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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Octobre-Novembre 2019, Vol. 58, No. 3
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2019, Collections de BAnQ.

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[" >QUEBEC SCIENCE 10 INVENTIONS QUÉBÉCOISES QUI DÉCOIFFENT ! LA DÉPRESSION, CE MAL INSAISISSABLE OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 .Décembre 1918.La grippe espagnole sévit et des policiers de Seattle patrouillent, visages masqués.GRIPPE , EBOLA, SRAS Les pires virus de la planète sont sous surveillance.Elle pourrait arriver plus vite qu\u2019on le pense.PRÊTS POUR LA PROCHAINE PANDÉMIE ?OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 PORTES OUVERTES Maîtrises Doctorats Stages de 1er cycle 2 NOVEMBRE 2019 PHOTO @LAËTITIA BOUDAUD INRS.CA/ portesouvertes 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019-10/11.indd 2 19-09-16 14:52 SOMMAIRE QUÉBEC SCIENCE OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Carnet de santé Par Alexandra S.Arbour 11 Technopop Par Chloé Freslon | 13 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome C O U V E R T U R E : W I K I M E D I A C O M M O N S , P H O T O M O N T A G E : Q S 42 10 28 6 REPORTAGES 17 Dix inventions qui décoiffent On dévoile des technos créées au Québec qui ont l\u2019ambition de rendre notre monde plus intelligent, plus vert, plus ef?cace et, pourquoi pas, plus amusant ! 28 La dépression, ce mal insaisissable Si l\u2019on a tant de mal à soigner cette maladie, c\u2019est parce que ses mécanismes échappent encore aux chercheurs.Pourquoi ?42 Le garde-manger des Québécois se meurt Si rien n\u2019est fait, les terres qui produisent la moitié de nos légumes pourraient disparaître d\u2019ici 50 ans.EN COUVERTURE 34 Prêts pour la prochaine pandémie ?Dans le laboratoire le plus sécurisé du Canada, des microbiologistes surveillent de près les pires pathogènes de la planète.Le but : répondre au mieux à la prochaine grande épidémie, qui se produira peut-être plus rapidement qu\u2019on le pense.SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS On visite la plus ancienne pépinière publique du Québec, où germent les forêts de demain.8 LE KOMBUCHA, UNE JUNGLE COMPLEXE Des études récentes se sont penchées sur cette boisson populaire pour en évaluer les risques et les bienfaits.10 LA MATIÈRE NOIRE PRÉCÈDE-T-ELLE LE BIG BANG ?Une théorie audacieuse pourrait insuf?er un nouvel élan à la quête de cette matière mystérieuse.11 SAINT-LAURENT: ET SI UN DÉVERSEMENT PÉTROLIER SURVENAIT ?Une simulation numérique révèle l\u2019ampleur d\u2019un possible désastre.14 EMPORTÉS PAR LA FOULE La foule est-elle un monstre incontrôlable ou une source d\u2019intelligence collective ?Entrevue avec le chercheur Mehdi Moussaïd.En 1918, la pandémie de grippe espagnole fauchera plus de 50 millions de vie, un nombre cinq fois plus élevé que celui de soldats tués pendant la Grande Guerre.04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019-10/11.indd 3 19-09-16 14:52 QUÉBEC SCIENCE 4 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Cadeaux empoisonnés Des scienti?ques paient le prix pour avoir accepté des dons du prédateur sexuel Jeffrey Epstein.Tirons-en des leçons.P ro?teriez-vous des largesses d\u2019un millionnaire qui a agressé et exploité sexuellement des dizaines de ?lles, certaines âgées d\u2019à peine 13 ans ?Dons en argent, voyages à bord d\u2019un jet privé, séjours dans des propriétés luxueuses, dîners arrosés au Dom Pérignon : voilà ce que le magnat Jeffrey Epstein a offert à des chercheurs et des universités pendant plus de 20 ans.Reconnu coupable en 2008 d\u2019avoir sollicité des prostituées mineures, il a passé 13 mois en prison, alors qu\u2019il encourait une peine à vie ?un accord controversé dévoilé en 2018 par le Miami Herald.L\u2019été dernier, Jeffrey Epstein était de retour devant la justice, accusé cette fois de tra?c sexuel.En attente de son procès, il s\u2019est suicidé en prison.Depuis, les révélations se succèdent.L\u2019homme d\u2019affaires a su tisser une toile d\u2019in?uence impressionnante sur la scène scien- ti?que.En personne ou à travers l\u2019une de ses nombreuses fondations, il a cultivé des liens avec le généticien George Church, le mathématicien Martin Nowak, le paléontologue Stephen Jay Gould, le psychologue Steven Pinker, les physiciens Seth Lloyd, Kip S.Thorne et Lee Smolin, et même le regretté Stephen Hawking, pour ne nommer que ceux-là.Il a fait pleuvoir des milliers, voire des millions de dollars sur les universités Harvard, de la Colombie-Britannique et de l\u2019Arizona ainsi que sur le Massachusetts Institute of Technology (MIT).Il a ?nancé en partie le magazine scienti?que Nautilus.Et il a énormément donné au MIT Media Lab, un prestigieux laboratoire.Pendant des années, son directeur Joi Ito aurait anonymisé une partie des dons de Jeffrey Epstein a?n de ne pas attirer l\u2019attention sur ce lien philanthropique douteux.Devant l\u2019opprobre, Joi Ito a démissionné début septembre.D\u2019autres ont tenté de s\u2019en sortir avec des excuses.George Church a blâmé « la vision en tunnel propre aux nerds » ?comme si les chercheurs avaient la tête trop occupée pour faire preuve d\u2019esprit critique à l\u2019endroit de leurs donateurs.L\u2019une des rares chercheuses à graviter dans l\u2019orbite de Jeffrey Epstein, l\u2019oncologue Doris Germain, a déclaré que, si elle avait connu le passé du magnat, elle aurait refusé ses dons.« Mais, a-t-elle ajouté, qu\u2019en est-il des autres personnes qui donnent de l\u2019argent aux fondations ?On ne sait pas ce qu\u2019elles font.Tout est propre ?Je ne sais pas.» Plaider l\u2019ignorance est carrément odieux.Les détails de la vie scabreuse de Jeffrey Epstein, surtout à la suite de sa condamnation en 2008, se trouvent en quelques clics sur le Web.Dans cette sordide affaire, il s\u2019en trouve pour dire que Jeffrey Epstein a quand même fait une bonne action en ?nançant la recherche.Mais la philanthropie n\u2019est pas un commerce d\u2019indulgences : on ne commet pas un crime d\u2019une main en tendant des billets verts de l\u2019autre pour se racheter.En s\u2019offrant un accès aux scienti?ques, Jeffrey Epstein s\u2019est paré d\u2019une aura de respectabilité dont il avait bien besoin après sa sortie de prison.Qu\u2019ils le veuillent ou non, les universités, leurs fondations et leurs chercheurs ont facilité cette réhabilitation ?et ont servi de paravent à l\u2019homme, qui continuait à abuser d\u2019adolescentes impunément.Aujourd\u2019hui, ils en paient le prix.Tous doivent en tirer des leçons.Le sous-?nancement chronique de la science rend le milieu vulnérable aux donateurs toxiques.Jeffrey Epstein n\u2019est pas un cas isolé ; pensons seulement à la famille Sackler, qui doit sa fortune aux ventes d\u2019OxyContin, un puissant antidouleur à l\u2019origine de la crise des opioïdes, et qui a donné des millions de dollars à des musées et des universités, dont l\u2019Université McGill.D\u2019ailleurs, un programme de recherche y porte toujours le nom des Sackler.Le milieu scienti?que doit amorcer une ré?exion éthique quant à la provenance de son ?nancement privé.Les fondations ont déjà des codes de conduite, mais manifestement, cela pourrait être mieux.Que faire par exemple des dons de bienfaiteurs dont elles voudraient se dissocier ?De véritables cadeaux empoisonnés, si l\u2019on en juge les réactions dans l\u2019affaire Epstein.Le président du MIT, Leo Rafael Reif, s\u2019est engagé à redonner l\u2019argent à des organismes venant en aide aux victimes d\u2019agressions sexuelles.Au moment d\u2019écrire ces lignes, l\u2019administration de l\u2019Université Harvard, elle, a décidé de conserver les dons, tout comme elle l\u2019avait fait en 2006 quand les premières allégations contre Jeffrey Epstein avaient fait surface\u2026 Comme quoi, l\u2019argent n\u2019a pas d\u2019odeur.Mais il a un formidable pouvoir : celui de faire perdre tout sens commun, même aux plus brillants.lQS 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019-10/11.indd 4 19-09-16 14:52 QUÉBEC SCIENCE 5 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 Mots croisés Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca ERRATUM À la suite de la publication de l\u2019article « Tous des cancres en science ?» (septembre 2019), le professeur Pierre Chastenay a tenu à corriger une af?rmation faite en entrevue, à savoir que 40 % des 500 enseignantes du primaire qu\u2019il a sondées en 2015 ont déclaré ne jamais faire de science en classe.En réalité, elles sont plutôt 7 %.Et 68 % n\u2019en font qu\u2019une heure par semaine.TOUS CANCRES EN SCIENCE ?La ré?exion de Joël Leblanc sur l\u2019échec de l\u2019enseignement des sciences a suscité bien des réactions.En voici quelques-unes.Étant enseignante de sciences au secondaire, je pourrais en dire long sur le sujet.Que de frustrations auxquelles plusieurs font la sourde oreille.Malgré les difficultés, il y a quand même des gens passionnés qui savent transmettre quelques notions au passage.?Annick Simard Augmentons les exigences quant aux compétences des futurs enseignants au primaire (le programme en enseignement est l\u2019enfant pauvre de l\u2019université) ! Et augmentons les salaires en conséquence a?n de redorer le blason de la profession et d\u2019aller chercher les meilleurs candidats ! ?Louise Laurion L\u2019enseignement des techno- sciences mérite d\u2019être débattu, tout comme l\u2019enseignement de la sexualité ou de l\u2019histoire.En tant que formatrices des maîtres et chercheuses en didactique des sciences travaillant en collaboration avec des enseignantes depuis des années, nous ne partageons pas la lecture de Joël Leblanc.L\u2019auteur trace un portrait peu ?atteur, mais surtout injuste et réducteur des enseignantes du primaire en leur attribuant une incompétence telle qu\u2019elles devraient cesser d\u2019enseigner les sciences et la technologie.Selon lui, leurs connaissances technoscienti?ques sont faméliques et leur relation avec les sciences est difficile, voire pathologique.S\u2019il est vrai que les situations d\u2019apprentissage en sciences gagneraient dans certains cas à être plus fréquentes ou enrichies sur le plan didactique, le contexte dans lequel les enseignantes du primaire réalisent leurs activités est particulièrement dif?cile : manque de temps, de matériel, d\u2019espace, etc.Cela dit, nous en sommes témoins régulièrement : les situations pertinentes et audacieuses d\u2019enseignement des sciences sont nombreuses.D\u2019ailleurs, une « spécialisation » dès le primaire nous priverait collectivement de la souplesse du cadre du primaire, dans lequel les enseignantes peuvent pro?ter des occasions fournies par les questions des élèves.Lorsqu\u2019on prend le temps de reconnaître les bons coups réalisés en classe, on outille les enseignantes pour qu\u2019elles aillent plus loin avec les jeunes.Le ton condescendant et paternaliste de l\u2019article, sans compter le con?it d\u2019intérêts de l\u2019auteur (M.Leblanc est fondateur de l\u2019entreprise d\u2019éducation scienti?que Zapiens ; différentes commissions scolaires sont ses clientes), ne fera rien pour améliorer la situation.Au contraire, cela contribuera à cristalliser l\u2019idée selon laquelle seuls les scienti?ques de formation peuvent enseigner les sciences.?Chantal Pouliot et Sylvie Barma (Université Laval), Audrey Groleau (UQTR) et Sandrine Turcotte (UQO) LA RÉPONSE DE NOTRE JOURNALISTE : Je suis heureux de constater que mon article suscite la ré?exion.Cela dit, je n\u2019attribue pas aux enseignantes « une incompétence ».Elles disent elles-mêmes se sentir ainsi.Elles abordent aussi sans détour leurs connaissances insuf?santes et leur relation pathologique avec les sciences.Les conditions excusant cette situation (temps, matériel\u2026) sont toutes énoncées dans mon texte.Qu\u2019il y ait des bons coups dans certaines écoles est formidable, mais je suis triste de savoir qu\u2019ils ne sont pas la norme.Pour le con?it d\u2019intérêts, s\u2019il existe, il m\u2019est défavorable, car j\u2019ose dépeindre un portrait peu ?atteur de mes clients et je préconise un meilleur enseignement des sciences à l\u2019école : quand ce sera le cas, je serai au chômage.Je suggère aussi, à l\u2019image des trois derniers rapports du Conseil supérieur de l\u2019éducation, d\u2019améliorer la formation des maîtres.La balle est dans votre camp.OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 VOLUME 58, NUMÉRO 3 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Jocelyn Coulon, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Martine Letarte, Etienne Plamond Emond, Martin Primeau, Alexis Riopel, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint, Dominique Wolfshagen Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs Dorian Danielsen, Jean-François Hamelin, Nicole Aline Legault, Maxim Morin, Pierre-Paul Pariseau, Michel Rouleau, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 3 octobre 2019 (557e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 72 $ Outre-mer, 1 an : 112 $ 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2019 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019-10/11.indd 5 19-09-17 12:16 Le cabinet des curiosités C\u2019 est un verger pas comme les autres.Oubliez les pommes les plus rouges.Ce sont les cocottes qui suscitent l\u2019intérêt dans les rangées d\u2019épinettes blanches situées tout au fond des 155 hectares de la pépinière forestière de Berthier.« C\u2019est vraiment une bonne année », dit le directeur, Conrad Drolet, en pointant les amas de cônes à la cime des résineux.Ces cônes participeront à une grande mission : reboiser les forêts exploitées du Québec et contribuer aux programmes de captation du carbone.En tout, 150 millions d\u2019arbres sont livrés annuellement.Il y a 94 vergers à graines dans la province, tandis que certaines semences sont récoltées directement dans la nature.« Les récoltes commencent au mois d\u2019août et s\u2019étirent jusqu\u2019en décembre », explique M.Drolet, qui travaille ici depuis 35 ans.Tous les « fruits » recueillis parviennent au Centre de semences forestières de la pépinière de Berthier.Les semences de feuillus sont traitées en premier, à l\u2019automne : elles sont lavées et les ailes sont retirées (pensez aux samares d\u2019érable pour vous les représenter).Les cônes des résineux passent quant à eux dans un tambour tournant où ils sont chauffés.Cette opération permet d\u2019ouvrir les cocottes et de récupérer les graines.Reste à enlever les ailes et à trier les semences grâce à un séparateur à l\u2019eau : celles qui sont craquées absorbent l\u2019eau et coulent, tandis que les bonnes ?ottent.Puis un contrôle de la qualité s\u2019impose : Geneviève Loslier y veille au laboratoire.Elle soumet de petits lots de graines à différents tests.Elle en fait germer au réfrigérateur pour valider les taux de succès ; on croirait de la luzerne ! Elle en place d\u2019autres dans un appareil analogue à ceux utilisés pour les mammographies.« Aux rayons X, on voit facilement s\u2019il manque quelque chose à la semence, indique Mme Loslier.Ça passe ou ça casse ! » Les graines dorment ensuite dans des bidons en plastique placés dans des chambres froides.« C\u2019est comme une bibliothèque, lance Conrad Drolet.Mais chaque baril contient des centaines de milliers de futurs arbres » plutôt que des livres.Vient le printemps et les graines sont acheminées aux 19 pépinières (6 publiques et 13 privées) qui fournissent chacune des plants au programme de reboisement du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.Il faut savoir que, dans la province, on replante l\u2019équi- QUÉBEC SCIENCE 6 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 La pépinière forestière de Berthier, située à Sainte-Geneviève-de-Berthier, a été fondée en 1908 par l\u2019un des deux premiers ingénieurs forestiers canadiens-français, Gustave-Clodimir Piché.En période de pointe, jusqu\u2019à 125 employés y travaillent.Dans les six pépinières exploitées par le gouvernement du Québec, les forêts de demain germent.Littéralement ! Nous avons visité la plus ancienne.Par Mélissa Guillemette Un incubateur de forêts P H O T O S : M A X I M M O R I N / O S A La banque de semences tente d\u2019avoir en tout temps des réserves de graines pour cinq ans.valent de 20 % des arbres qui ont été coupés, tandis que le reste se régénère naturellement.Les résineux sont prêts en deux ans, alors que les feuillus ont besoin d\u2019une seule année de croissance avant d\u2019être plantés dans la nature, au printemps suivant, non sans avoir été inspectés pour répondre à 21 critères précis quant à la quantité de racines et à l\u2019inclinaison du plant entre autres.Les jeunes arbres sont fournis gratuitement aux sociétés sylvicoles et aux propriétaires de boisés par le biais des agences régionales de mise en valeur des forêts privées.La serre de Berthier est la seule à produire des feuillus, qui représentent seulement 1 % des arbres du programme.En visitant les lieux, nous avons aperçu un lot pour le compte de Benoît Truax, directeur général de la Fiducie de recherche sur la forêt des Cantons-de-l\u2019Est.Plusieurs équipes de recherche font ainsi appel aux services de la pépinière.« Si nous voulons tirer des conclusions de nos travaux, il faut utiliser un produit standardisé », a-t-il mentionné par téléphone.Son projet consiste à planter neuf essences de feuillus dans différents types de sols et régions du sud du Québec pour déterminer quelle espèce parvient à coloniser quel environnement, au-delà des cartes de classi?cation conçues il y a des décennies.Augmenter le taux de feuillus mis en terre aurait pour effet d\u2019accroître la diversité et donc la résilience des forêts, menacées par des pathogènes et les changements climatiques, selon le chercheur.« Tout ce que nous avons devant les yeux en forêt peut disparaître n\u2019importe quand.» D\u2019où l\u2019importance des millions de petits plants fraîchement arrosés qui brillent au soleil à la pépinière de Berthier.lQS QUÉBEC SCIENCE 7 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 Des pousses de pin gris prouvent que le traitement des semences est réussi.Cet appareil sépare les semences selon leur grosseur, pour faciliter le nettoyage ensuite.Au total, 20 essences d\u2019arbres sont produites dans le cadre du programme de reboisement du Québec, qui dispose d\u2019un budget d\u2019environ 200 millions de dollars par année.On voit ici de l\u2019érable à sucre.Chaque écaille d\u2019un cône (ici de l\u2019épinette blanche) contient deux semences.de forêts SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 8 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M Le kombucha, une jungle complexe S i les consommateurs n\u2019y voient qu\u2019un sympathique liquide légèrement vinaigré et pétillant, les petits comme les gros producteurs connaissent eux le côté moins séduisant du kombucha : cette boisson à base de thé sucré est fabriquée grâce à une large membrane caoutchouteuse peu ragoûtante qui y a baigné jusqu\u2019à l\u2019embouteillage.Cette épaisse pellicule, nommée «mère de kombucha » ou encore SCOBY (pour symbiotic culture of bacteria and yeast), est produite par des bactéries qui s\u2019y abritent avec les autres microorganismes responsables de la fermentation.Car, au contraire de la bière ou du yogourt, qui contiennent généralement de une à deux lignées isolées de levures ou de bactéries respectivement, le kombucha renferme une jungle complexe.Ces microorganismes assurent le processus de fermentation sous la forme d\u2019une course à relais miniature : sur la ligne de départ se trouvent des levures, qui transforment le sucre en alcool.Ensuite, des bactéries s\u2019emparent de l\u2019alcool et le changent en différents acides ainsi qu\u2019en gaz carbonique, d\u2019où le caractère légèrement effervescent et vinaigré de la boisson.« C\u2019est ce qu\u2019on appelle une symbiose, une cohabitation béné?que pour chacun des acteurs, explique Sébastien Bureau, fondateur et président de Mannanova Solutions, une entreprise de consultation et de soutien en production de kombucha et autres aliments fermentés.Les bactéries se nourrissent de l\u2019alcool créé par les levures et, en échange, ça fait en sorte qu\u2019il y a peu d\u2019alcool parce que les levures s\u2019étouffent quand il y en a trop.J\u2019aime bien comparer le tout à une ville, où chacun a un rôle à jouer et des ressources.» Il con?e que l\u2019une de ses erreurs de débutant est d\u2019avoir tenté d\u2019isoler les microorganismes du kombucha dans l\u2019espoir de concevoir une recette optimale.«Contrôler une culture aussi complexe, n\u2019y pensez pas ! Il vaut mieux la laisser être aussi sauvage qu\u2019elle veut l\u2019être.De toute façon, au bout d\u2019une génération, les proportions de microorganismes auront déjà changé ! » précise M.Bureau.Si le kombucha est si sauvage et imprévisible, est-il potentiellement dangereux à consommer ?Aucunement, a conclu l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments au terme d\u2019une étude d\u2019un an réalisée sur plusieurs kombuchas commerciaux.« Les échantillons analysés étaient tous satisfaisants, rapporte Annie Locas, gestionnaire nationale en microbiologie à l\u2019Agence.Nous n\u2019avons trouvé aucun microorganisme pathogène [qui cause une maladie] ni indicateur [qui ne rend pas malade, mais qui peut être un indice de mauvaises pratiques d\u2019hygiène].» Le mérite de ces résultats rassurants revient à la symbiose, car ce sont les membres de la tribu microscopique qui créent ensemble un environnement favorable et protégé des envahisseurs.« Il est rare que des contaminants se développent dans le kombucha, d\u2019abord parce qu\u2019il y a déjà beaucoup de \u201cmonde\u201d, mais surtout parce que ce milieu très acide nuit énormément au développement de pathogènes», signale Patricia Taillandier, professeure de microbiologie à l\u2019Institut national polytechnique de Toulouse et coauteure d\u2019un article passant en revue les principales connaissances actuelles sur le kombucha dans la littérature scienti?que.Elle ajoute que les microorganismes présents produisent aussi d\u2019autres molécules, dont des vitamines.Le kombucha est de plus en plus populaire, mais est-il sans risque pour la santé ?A-t-il un effet béné?que ?Des études récentes se sont penchées sur cette boisson fermentée tantôt redoutée, tantôt très prisée.Par Dominique Wolfshagen Carnet de santé ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour QUÉBEC SCIENCE 9 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 La boisson serait-elle alors non seulement sans risque, mais aussi béné?que pour la santé?Dans une étude publiée en février dernier dans les Annals of Epidemiology, des chercheurs ont fait le tour des travaux scienti?ques parus à ce sujet pour constater que pratiquement toute la recherche sur les bienfaits du kombucha reposait sur des expériences in vitro ou réalisées sur des animaux, ce qui signi?e que les résultats ne s\u2019appliquent pas nécessairement à l\u2019humain.Les rares études ayant été effectuées sur l\u2019humain se basaient sur des cas anecdotiques ou présentaient des problèmes de méthodologie.Autrement dit, cette revue conclut qu\u2019il n\u2019existe actuellement aucune preuve scienti?que solide qui attesterait les effets salutaires de la consommation de kombucha.Par ailleurs, il ne faut pas oublier sa teneur en sucre non négligeable, même si elle est habituellement moindre que celle des jus et boissons gazeuses.Reste que les chercheurs pourraient éventuellement prouver certains avantages du kombucha, selon la professeure Taillandier.Les principaux espoirs sont fondés d\u2019une part sur des taux élevés d\u2019antioxydants, une famille de molécules fréquemment associée à des bienfaits pour la santé, allant de propriétés anti- in?ammatoires à une protection contre le cancer ?des hypothèses encore débattues ou nuancées dans la communauté scienti?que.D\u2019autre part, il est attendu qu\u2019une boisson regorgeant d\u2019autant de microorganismes vivants ait des propriétés probiotiques, ce qui laisse présager une in?uence positive sur le système digestif.Mais il y a loin de la coupe aux lèvres ! lQS J ason est entré dans mon cabinet nonchalamment, en évitant mon regard.J\u2019ai tout de suite remarqué la carrure de sa mâchoire, sa barbe bien taillée, ses épaules larges dans sa chemise à carreaux et ses bermudas de style militaire.Jusqu\u2019ici rien de bien particulier\u2026 Sauf que Jason était là pour son examen gynécologique annuel.Vous comprendrez que Jason était alors en processus de changement de sexe.Il est né dans un corps féminin, mais ne s\u2019est jamais senti comme tel.Dès son plus jeune âge, il s\u2019identi?e aux petits garçons de son entourage, voulant s\u2019habiller et se comporter comme eux.Dans son Abitibi natale, il sent qu\u2019il fait ?gure de curiosité et n\u2019a pas accès à des bloqueurs hormonaux ?des médicaments qui auraient pu retarder l\u2019émergence des caractéristiques sexuelles féminines avant la puberté.Adolescent, Jason observe, avec horreur, la formation de ses seins, puis le début de ses règles.Après des démarches ardues, il rencontre un médecin qui accepte de lui prescrire de la testostérone.Ses menstruations se tarissent, ses poils poussent un peu partout, sa voix devient plus rauque.Soulagement.Mais il n\u2019est pas au bout de ses peines.Jason a choisi une carrière dans le domaine de la construction.Il me raconte la peur incessante qu\u2019un collègue découvre le pot aux roses.Une fois, alors qu\u2019il était sur un chantier éloigné, son binder ?une sorte de corset pour aplatir ses seins ?s\u2019est brisé.Il a passé une heure dans les toilettes à tenter de bander sa poitrine avec du ruban adhésif\u2026 Évidemment, tous ces stresseurs s\u2019additionnent et minent la santé mentale de Jason.Il se tourne vers la consommation de drogues, abandonne l\u2019école et fait même quelques séjours en prison.Malheureusement, il ne s\u2019agit pas d\u2019un parcours atypique pour les personnes trans.Jusqu\u2019à 70 % d\u2019entre elles ont déjà songé à mettre ?n à leurs jours et le tiers font une tentative de suicide avant l\u2019âge de 14 ans.Au Québec, des regroupements de personnes trans et non binaires ?qui dé?- nissent leur identité à l\u2019extérieur des règles conventionnelles du genre, à la fois homme et femme ou encore ni homme ni femme ?déplorent le conservatisme médical qui prévaut encore en 2019.Ils militent pour que cessent la psychiatrisation et la patho- logisation de leur condition.Ils réclament aussi que tous les soins requis ?traitements médicaux, chirurgies de reconstruction et interventions considérées comme esthétiques telles que l\u2019épilation au laser ou les entraînements vocaux ?soient couverts par la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec.Actuellement, seules l\u2019hormonothérapie et les opérations de changement de sexe le sont.Cela n\u2019empêche pas des voix de s\u2019élever contre le ?nancement des soins aux personnes trans.Certains arguent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une « mode » et que la prescription de bloqueurs hormonaux à la puberté est banalisée compte tenu de l\u2019incertitude quant à leur innocuité à long terme, entre autres pour ce qui est de la fertilité.D\u2019autres craignent le phénomène de dé- transition ?quand, après avoir subi une transformation, une personne décide de revenir au sexe qu\u2019elle avait à la naissance.Jason, après un parcours jalonné d\u2019obstacles et de violences psychologiques au quotidien, a ?nalement pu accéder gratuitement à une chirurgie de réassignation sexuelle.Son histoire illustre selon moi pourquoi les personnes trans devraient avoir accès à des soins de santé de qualité sans délai et sans restriction d\u2019âge, ce qui est d\u2019ailleurs recommandé par la WPATH, l\u2019association professionnelle mondiale pour la santé des personnes transgenres.Et s\u2019il souffrait d\u2019un effet secondaire méconnu de son hormonothérapie ?Il pourrait probablement être soigné.Et s\u2019il décidait de changer d\u2019idée ?Il pourrait probablement revenir en arrière, ce qui représenterait bien sûr un dé?.La seule chose qui soit vraiment irréversible, c\u2019est la souffrance qu\u2019il a vécue dans son corps de jeune ?lle.lQS Dans mon corps de jeune ?lle SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 10 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M , N A S A La matière noire précède-t-elle le big bang ?S i l\u2019on ne trouve pas la matière noire, c\u2019est qu\u2019on se trompe sur son origine ?et donc sur ses propriétés ?depuis le début.Alors qu\u2019on la supposait directement issue du big bang, elle se serait en fait formée\u2026 avant ! Cette hypothèse est celle de Tommi Tenkanen, chercheur postdoctoral à l\u2019Université Johns Hopkins, qui vient de donner un coup de pied dans la fourmilière de la physique théorique.Un coup de pied bienvenu, car il faut se rendre à l\u2019évidence : en dépit des efforts déployés pour «attraper» ces mystérieuses particules qui constitueraient 84 % de la masse de l\u2019Univers, notamment à l\u2019aide de gigantesques détecteurs souterrains, les chercheurs restent bredouilles.Selon Tommi Tenkanen ?et d\u2019autres théoriciens ?, si les particules de matière noire étaient vraiment un produit du big bang, on en aurait déjà vu la trace, car leurs propriétés seraient somme toute comparables à celles de la matière ordinaire.Pour lui, c\u2019est donc clair : la matière noire est antérieure au big bang.Elle en a été « spectatrice ».Pour comprendre, il faut se défaire de quelques idées reçues.« Ce que les cosmologistes appellent \u201cbig bang\u201d ne correspond pas au début de l\u2019Univers, mais plutôt à une époque, il y a 13,8 milliards d\u2019années, où l\u2019Univers était très chaud et dense.Cette époque a pu être précédée par d\u2019autres phases, notamment par une ère d\u2019expansion très rapide qu\u2019on nomme \u201cin- ?ation cosmique\u201d», explique le chercheur.Si beaucoup de théories supposent que cette in?ation est survenue une fraction de seconde après le big bang, elle pourrait aussi avoir eu lieu avant.Quand le « pré-Univers » a cessé de gon?er, toute l\u2019énergie qu\u2019il contenait se serait brutalement convertie en chaleur.La température aurait atteint un maximum: le fameux big bang.« Pendant l\u2019in?ation, une quantité massive de particules a pu être produite et pourrait constituer la totalité de la matière noire», précise le physicien.Ces particules seraient de type scalaire ?la seule ainsi connue étant le boson de Higgs ?et n\u2019interagiraient pas avec la matière visible.«En un sens, ce sont les sœurs jumelles invisibles du boson de Higgs», dit-il.L\u2019idée d\u2019une production pré-big bang n\u2019est pas entièrement nouvelle, mais elle se heurtait à des modélisations trop complexes.Tommi Tenkanen est le premier à en proposer un modèle mathématique simple dans la revue Physical Review Letters.« C\u2019est un article très intéressant.Il y a beaucoup de travail récent sur cette classe de modèles, mais son approche permet pour la première fois d\u2019obtenir des conclusions générales qui s\u2019appliquent à de nombreux scénarios, commente Aaron Vincent, physicien à l\u2019Université Queen\u2019s, qui s\u2019intéresse à la nature des particules de matière noire.Si l\u2019in?ation a réellement eu lieu, on doit se demander si cette époque a laissé plus de traces qu\u2019on le croyait.» La bonne nouvelle, c\u2019est que cette dernière hypothèse est démontrable, af?rme son auteur.« On ne pourra jamais voir les particules en question, trop insaisissables, dans les détecteurs, pense-t-il.Par contre, si la matière noire est née pendant l\u2019in?ation cosmique, cela in?ue sur la façon dont les galaxies sont distribuées dans l\u2019Univers.» Ça tombe bien : le satellite Euclid doit être lancé en 2022 par l\u2019Agence spatiale européenne pour scruter plus de deux milliards de galaxies et sonder le côté sombre de l\u2019Univers.Cette mission permettra aux chercheurs de cartographier la matière noire en évaluant la distorsion que celle-ci produit sur les galaxies.«De quoi tester mon scénario », se réjouit Tommi Tenkanen.lQS La matière noire est partout dans l\u2019Univers, mais personne ne parvient à la détecter.Une théorie audacieuse pourrait insuf?er un nouvel élan à la quête.Par Marine Corniou Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Et si un déversement pétrolier survenait dans le Saint-Laurent ?QUÉBEC SCIENCE 11 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 L a popularité des systèmes à commande vocale comme Siri et Alexa ne se dément pas : ce marché vaut 40 milliards de dollars américains ! Mais lorsqu\u2019on y regarde de plus près, on se rend compte que ces assistants sont surtout performants pour une portion de la population.Vous l\u2019aurez deviné, ceux qui les conçoivent : les hommes.En mars 2018, Delip Rao, vice-président à la recherche de la Fondation IA, expliquait que, historiquement, les systèmes de reconnaissance vocale ont toujours moins bien décrypté les voix féminines que les voix masculines.Déjà, en 2017, des chercheurs américains le constataient : sur YouTube, la génération automatique de sous-titres se révélait moins précise pour les voix de femmes (et celles avec un accent écossais !).La reconnaissance vocale est désormais répandue dans nombre d\u2019applications.En voiture, on peut demander que joue de la musique.Dans les centres d\u2019appels, un tel système est souvent requis pour comprendre à quel service le client veut accéder.Même chose pour les applications d\u2019apprentissage de langues, qui l\u2019utilisent pour corriger une mauvaise prononciation.Une étude de Deloitte prévoit que l\u2019industrie des assistants vocaux à domicile atteindra 250 millions d\u2019unités d\u2019ici la ?n de l\u2019année 2019 à travers le monde.L\u2019intelligence arti?cielle et sa capacité à apprendre sont basées sur des jeux de données.Plus l\u2019on a de données pour nourrir l\u2019algorithme, plus le résultat est pertinent.Or, force est de constater qu\u2019on n\u2019a pas fourni assez de voix diversi?ées à la machine.Certains plaident que ces voix sont peu disponibles, d\u2019autres af?rment que personne n\u2019a pensé à inclure ces voix.Il y aurait peut-être une explication purement technique, selon l\u2019experte en mégadonnées et linguiste Rachael Tatman, qui travaille chez Kaggle, une plate- forme de compétitions en science des données.Les femmes ont généralement des voix plus aiguës et souf?ées, ce qui se traduit par un signal acoustique moins fort.Ce sont des voix plus à risque d\u2019être noyées dans le bruit ambiant et donc d\u2019être mal comprises.Pour contrer ce problème, on conseille aux utilisateurs de parler plus fort, de parler davantage « en direction de l\u2019appareil », de détacher leurs mots.Bref, on leur demande de s\u2019adapter au système.Pourtant, le but d\u2019une machine est d\u2019être au service de l\u2019humain et non l\u2019inverse.Google af?rme que son système de reconnaissance du langage humain est ?able à 95 % ; mais de quels humains parle-t-on au juste ?lQS Siri aime mieux les hommes ! I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M I l y a près de 50 ans, la barge pétrolière Irving Whale faisait naufrage et souillait de mazout les plages des îles de la Madeleine.Ce désastre écologique a marqué la mémoire des Madelinots qui, depuis, appréhendent un autre déversement d\u2019hydrocarbures.Une nouvelle étude con?rme leurs craintes : l\u2019ouest de l\u2019archipel serait quatre fois plus à risque d\u2019être atteint par une marée noire que les côtes de la Gaspésie, et ce, que l\u2019accident se produise dans l\u2019estuaire ou dans le golfe du Saint-Laurent.Cette donnée est tirée d\u2019une simulation numérique de la dérive d\u2019hydrocarbures créée par des chercheurs de l\u2019Institut Maurice-Lamontagne et de l\u2019Université du Québec à Rimouski.« C\u2019est l\u2019aboutissement de 20 ans d\u2019expertise », souligne Denis Lefaivre, spécialiste en océanographie physique à Pêches et Océans Canada et premier auteur de l\u2019étude dévoilée à la réunion de l\u2019Union géodésique et géophysique internationale tenue en juillet dernier à Montréal.Son équipe a bâti un modèle qui programmait de «faux» déversements partout dans l\u2019estuaire et le golfe, et pas uniquement dans les chenaux de navigation ?là où l\u2019on présume à tort que surviennent la plupart des fuites d\u2019hydrocarbures.« Les navires qui sont en train de couler ou de brûler cherchent à atteindre le port le plus proche, explique Denis Lefaivre.Ainsi, les déversements surviennent souvent en chemin vers le rivage.» Pour bien calculer le parcours des hydrocarbures, les chercheurs sont revenus dans le temps.Ils ont utilisé des données enregistrées entre 2001 et 2010 : les débits d\u2019eau douce, les marées, les vents de surface, la pression atmosphérique, les précipitations, etc.Puis, ils ont simulé de faux accidents toutes les trois heures pour cette décennie, des mois d\u2019avril à décembre.Les hydrocarbures virtuels étaient suivis à la trace pendant huit jours, une période après laquelle ils descendent dans la colonne d\u2019eau.Les scienti- ?ques ont découvert que seulement 6 % des particules d\u2019hydrocarbures s\u2019échappaient du golfe par les détroits de Cabot ou de Belle Isle.Un peu plus de la moitié sont demeurées dans le golfe, ce qui mettrait en péril les écosystèmes de la surface aux fonds marins si un réel déversement se produisait.En?n, 41 % des particules se sont virtuellement échouées sur un rivage.Ces tendances étaient constantes d\u2019une année à l\u2019autre.Si les îles de la Madeleine étaient les plus touchées, d\u2019autres zones se révèlent vulnérables : l\u2019île d\u2019Anticosti, l\u2019Île-du-Prince- Édouard, l\u2019île du Cap-Breton, la rive nord de la Gaspésie et la côte ouest de Terre-Neuve.« En connaissant les régions à haut risque, on pourra mieux plani?er la récupération du pétrole et protéger les côtes en amont », espère Denis Lefaivre.lQS M.L.-C. veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 RÊVEZ, RÉSERVEZ! Photo?: Diane Dufresne et Yvan Monette Vélo Québec Voyages Événement En liberté Groupe sur mesure À Vélo Québec Voyages, la lexibilité de nos formules de vacances n\u2019a d\u2019égal que les envies de votre cœur, les trésors de votre imagination et la force de vos mollets.Quelle que soit la formule que vous choisissez, nous vous donnons rendez-vous sur la route de vos rêves.Découvrez le monde à vélo! Nous organisons, vous roulez. QUÉBEC SCIENCE 13 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf V I G G A u tribunal de l\u2019opinion publique, il y a longtemps que le procès des gras saturés est terminé.L\u2019arme du crime, les maladies coronariennes, a tué des millions de gens.La cause est entendue, jugée et rangée dans un classeur verrouillé à double tour : les gras saturés sont coupables sur toute la ligne et condamnés à voir leur part dans notre alimentation réduite autant que possible, idéalement sous les 10 % des apports énergétiques quotidiens, selon la plupart des guides alimentaires.Mais voilà, depuis quelques années, une volonté se manifeste de porter ce dossier clos en appel, pour ainsi dire.Ici et là, des chercheurs en nutrition estiment que les gras saturés ne sont pas les assassins qu\u2019on croit.Pas plus tard qu\u2019en juillet dernier, une quinzaine d\u2019entre eux se sont fait entendre dans le British Medical Journal (BMJ).Leurs arguments ne convainquent pas tous leurs collègues, mais n\u2019en sont pas moins intéressants.D\u2019abord, disent-ils, l\u2019expression «gras saturés» couvre des acides gras différents qui n\u2019ont pas tous les mêmes effets sur la santé.Certains sont authentiquement néfastes, mais d\u2019autres semblent neutres, voire béné?ques.Les gras saturés du yogourt, des noix et des poissons, par exemple, ne sont pas associés à des problèmes de santé, alors que ceux de la viande semblent plus problématiques.En outre, le type de matrice dans laquelle baignent les acides gras saturés «pourrait être plus déterminant pour la santé cardiaque que la quantité totale de gras saturés », écrivent les auteurs.Une même sorte de lipides peut se présenter dans des emballages différents, si l\u2019on veut : dans le lait entier, les graisses se trouvent sous forme de gouttelettes ?dont la taille diminue beaucoup lorsque le lait est homogénéisé ; dans les yogourts, ces gouttelettes de lipides sont dispersées dans une gelée protéinée ; dans les viandes, les lipides sont pour la plupart conservés dans des adipocytes (des cellules dont la fonction principale est de stocker des graisses) et ainsi de suite.Ces différentes matrices peuvent in?uencer la transformation des gras saturés pendant la digestion et leurs effets sur le cœur.Et l\u2019on sait maintenant, poursuit le texte du BMJ, que le tristement célèbre LDL, pour low density lipoprotein (le «mauvais cholestérol»), n\u2019est pas toujours pernicieux.Ce sont les petites et les moyennes particules de LDL qui sont associées aux maladies coronariennes et non les grosses.Par conséquent, en avoir beaucoup « ne se traduit pas forcément par un risque accru de problèmes cardiovasculaires», af?rment les auteurs.Or, dénoncent-ils, le LDL sanguin est encore utilisé dans bien des études comme un indicateur de risque cardiaque ?ce qui entretiendrait la confusion.Il faut dire que plusieurs grandes études récentes tendent à leur donner raison.En 2014, une méta-analyse publiée dans les Annals of Internal Medicine et portant sur quelque 500 000 personnes a conclu que «les données actuelles ne soutiennent pas clairement les lignes directrices en santé du cœur qui encouragent une forte consommation de gras polyinsa- turés et une faible consommation de gras saturés».Un exercice du même genre paru en 2010 dans l\u2019American Journal of Clinical Nutrition était arrivé à des résultats très comparables.Alors, faut-il changer les lignes directrices sur les gras saturés?Notons que l\u2019un des auteurs de l\u2019article du BMJ, Benoît Lamarche de l\u2019Université Laval, me disait il y a quelques années «ne pas avoir choisi de camp dans ce débat ».Mais il craint maintenant les effets pervers des lignes directrices actuelles, comme le remplacement des lipides par des sucres dans l\u2019industrie agroalimentaire et le fait que certains vont se priver d\u2019aliments nourrissants comme le lait pour éviter leurs gras saturés.Ce ne sont toutefois pas tous les experts qui sont de cet avis ?même s\u2019ils reconnaissent la validité des questions soulevées par l\u2019article du BMJ.Certains gras saturés sont béné?ques, certes, mais « les viandes rouges et les produits carnés, qui sont des sources majeures d\u2019acides gras saturés, sont continuellement associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires.Alors ce texte n\u2019est pas un feu vert aux gras saturés, a écrit le chercheur anglais Tom Sanders sur le site du Science Media Centre en réaction à l\u2019article du BMJ.[\u2026] Il n\u2019y a aucun doute dans la littérature scienti?que que certains acides gras saturés augmentent le cholestérol sanguin et que, pour chaque micromole par litre qui s\u2019ajoute dans le sang, le risque relatif de mort par cause cardiovasculaire grimpe d\u2019environ 10 % ».Bref, le débat est donc loin d\u2019être tranché.Une vraie saga judiciaire\u2026lQS Gras saturés : a-t-on condamné des innocents ?514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 RÊVEZ, RÉSERVEZ! À Vélo Québec Voyages, la lexibilité de nos formules de vacances n\u2019a d\u2019égal que les envies de votre cœur, les trésors de votre imagination et la force de vos mollets.Quelle que soit la formule que vous choisissez, nous vous donnons rendez-vous sur la route de vos rêves.Nous organisons, vous roulez. La foule est-elle un monstre incontrôlable ou une source d\u2019intelligence collective ?Pour Mehdi Moussaïd, chercheur en fouloscopie, elle est un peu les deux.Et elle est surtout inspirante.Par Jocelyn Coulon EMPORTÉS par la foule QUÉBEC SCIENCE 15 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; C H R I S T I A N J O S T ENTREVUE AVEC MEHDI MOUSSAÏD D ans un monde de plus en plus urbanisé, la foule occupe une place grandissante au cœur de nos vies et de nos villes.On la trouve dans les rues, le métro, les stades, les lieux de pèlerinage.Pour beaucoup, elle est dangereuse.Pour d\u2019autres, elle peut être enivrante.Mehdi Moussaïd, chercheur en sciences cognitives à l\u2019Institut Max Planck de développement humain de Berlin, en fait son objet d\u2019étude depuis une dizaine d\u2019années.Dans Fouloscopie : ce que la foule dit de nous (2019), il cherche à en percer les mystères.Il partage quelques-uns de ses constats avec Québec Science.Québec Science : La fouloscopie est-elle une science, et Édith Piaf y estelle pour quelque chose ?Mehdi Moussaïd : La fouloscopie est la science qui étudie le comportement des foules.La chanson d\u2019Édith Piaf La foule saisit bien le ?ot qui agite une masse de personnes : il est dense, il emporte, il précipite au point où une jeune femme se retrouve dans les bras d\u2019un inconnu.Mais la foule les désunit et ils sont séparés à jamais.Les foulologues ont commencé à modéliser les mouvements de la foule il y a une soixantaine d\u2019années, presque au moment où Piaf a popularisé cette chanson.Voilà une belle coïncidence ! QS L\u2019étude des foules s\u2019appuie-t-elle sur les travaux menés dans d\u2019autres disciplines scienti?ques ?MM Oui.J\u2019ai un doctorat en éthologie, soit la science du comportement des espèces animales dans leur milieu naturel.Il est donc intéressant d\u2019étudier le comportement des troupeaux de moutons, des bancs de sardines et des colonies de fourmis a?n de comprendre les foules humaines.Mais c\u2019est une discipline qui relève aussi beaucoup de la physique : l\u2019étude des dunes et de l\u2019écoulement des ?uides nous apprend beaucoup sur la façon dont se structurent nos déplacements collectifs.QS Alors, à quoi la foule humaine ressemble-t-elle ?MM La foule est une étrange créature.Si vous la regardez de plus près, vous constaterez qu\u2019elle est constituée d\u2019une multitude de petits composants qu\u2019on appelle communément « les gens ».Ce sont eux qui propagent l\u2019information et les émotions d\u2019un bout à l\u2019autre de son corps gigantesque.QS Peut-on comparer ces composants à des particules ?MM Oui, dans certaines conditions.Lorsque la foule devient dense, les individus, serrés les uns contre les autres, ont de moins en moins de liberté de mouvement.Leur déplacement devient plus prévisible et ressemble alors à celui de particules dans un gaz.Aujourd\u2019hui, cette analogie entre piétons et particules ?gure dans la majorité des outils de simulation de foule utilisés pour l\u2019organisation des grands rassemblements.QS Vous êtes chercheur en sciences cognitives et vous pensez que le comportement des foules relève de la psychologie humaine.En général, les gens se conforment à l\u2019avis de la majorité.Donc, il en va de même dans une foule ?MM De nombreuses expériences ont démontré que, dans un groupe de 10, si 9 personnes voient un petit objet et la 10e un grand, celle-ci va se conformer au groupe et ne pas croire ce que ses yeux ont effectivement vu.Dès lors, les gens dans une foule ont tendance à s\u2019imiter.Ils suivent leurs voisins pour aller dans un sens ou dans un autre.C\u2019est normal.QS La foule à laquelle nous pensons tout de suite est celle des grandes artères.Les piétons y déambulent et, ?nalement, s\u2019organisent pour ne pas se heurter.Pourquoi ?MM Les piétons avancent comme les fourmis légionnaires.Ces fourmis sont les championnes du tra?c bidirectionnel.Le long de leurs colonnes de chasse, les individus font des allers- retours incessants entre leur nid et les sources de nourriture.Les fourmis sont très ef?cacement organisées sur leur piste : celles qui quittent le nid se déplacent sur les côtés de la route, tandis que celles qui rentrent chargées de proies occupent la partie centrale.Une organisation en trois voies qui permet d\u2019éviter les embouteillages tout en protégeant les porteuses de nourriture des pillards.QS Les ?ux piétonniers s\u2019organisent-ils de la même manière ?MM À peu près.Confrontée au problème du tra?c bidirectionnel, la foule se structure en deux voies et non trois comme les fourmis.Tous les gens qui vont dans un sens occupent une moitié de la rue, laissant l\u2019autre moitié à ceux qui se déplacent dans le sens opposé.Une sorte d\u2019autoroute de piétons.Et ce qui est spectaculaire, c\u2019est que ces autoroutes humaines sont des structures gigantesques qui peuvent s\u2019étendre sur des centaines de mètres.Il y a très peu de collisions ou même de manœuvres d\u2019évitement, et les individus n\u2019en ont pas toujours conscience ?comme si la foule s\u2019organisait sans prendre la peine d\u2019en informer les piétons. ENTREVUE QUÉBEC SCIENCE 16 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 QS L\u2019autre foule que nous rencontrons est celle des stades, des grandes manifestations culturelles, des lieux de pèlerinage.Elle peut se révéler violente et mortelle.Pourquoi ?MM Une foule trop dense peut s\u2019autodé- truire.Le rassemblement le plus effrayant à étudier est le pèlerinage annuel à La Mecque.En 2006, une bousculade a fait 362 morts.Neuf ans plus tard, en 2015, malgré une modernisation du lieu pour permettre une meilleure déambulation des centaines de milliers de pèlerins, le nombre de victimes a dépassé les 2 000 à l\u2019issue d\u2019une nouvelle bousculade.QS Comment cela est-il arrivé ?MM À La Mecque, pour se rendre aux stèles de Satan, les pèlerins doivent emprunter un pont, nécessairement étroit.Cette étape est un cauchemar pour les organisateurs du pèlerinage.La foule s\u2019engage sur le pont à environ deux individus par mètre carré.C\u2019est une densité acceptable.Puis, elle se densi?e et atteint cinq personnes.Cette fois, l\u2019avancée stoppe.Tout est ?gé.C\u2019est alors que des tremblements, baptisés turbulences, commencent.La foule se fait balancer vers l\u2019avant, vers l\u2019arrière et sur les côtés sans aucune raison apparente.La densité peut alors atteindre neuf personnes par mètre carré.Lorsqu\u2019une de ces vagues de bousculade heurte une paroi rigide, les individus se trouvant au contact de l\u2019obstacle subissent des pressions extrêmes capables de leur briser les os.QS La tragédie semblait inévitable, non ?MM Il existe un seuil de densité, autour de six ou sept personnes par mètre carré, au-delà duquel émergent spontanément les turbulences.Quelles que soient les raisons du rassemblement, si ce seuil est atteint, des gens risquent de mourir.C\u2019est mécanique.Mais limiter la densité n\u2019est pas chose facile, surtout lorsque l\u2019évènement attire des centaines de milliers, voire des millions d\u2019individus.QS En étudiant les foules, pourrait-on mieux les canaliser et ainsi éviter les tragédies ?MM Certainement.Nos recherches nous permettent de comprendre les mécanismes de ces drames, comme le phénomène des turbulences, et de trouver comment adapter l\u2019environnement pour réduire les risques d\u2019accidents.Des études récentes ont ainsi montré qu\u2019un poteau judicieusement placé devant une issue de secours permettait d\u2019accélérer l\u2019évacuation d\u2019un lieu.En effet, l\u2019obstacle va diviser le ?ux de piétons quelques mètres devant la sortie, réduisant alors les bousculades autour de l\u2019issue de secours.QS En parlant de catastrophe, les travaux des foulologues ne sont-ils pas utilisés par l\u2019industrie cinématographique?MM En effet.Dans les ?lms-catastrophes comme World War Z, il faut produire des milliers de faux ?gurants fuyant des attaques d\u2019extraterrestres ou de zombies.C\u2019est un simulateur, nommé Massive, qui est à l\u2019origine de ce rendu remarquable, un logiciel conçu à partir des recherches que nous conduisons en laboratoire.Les modèles inspirés de la physique ?gurent en tête de liste des méthodes employées pour produire ces foules de synthèse.QS Mais l\u2019industrie hollywoodienne produit souvent des foules aux comportements inhumains\u2026 MM Dans les ?lms, les mouvements de panique sont souvent associés à des comportements égoïstes.On y voit généralement des gens fuir avec affolement, n\u2019hésitant pas à agresser leurs voisins pour se mettre les premiers à l\u2019abri.En visionnant de vraies scènes de panique, je n\u2019ai jamais vu ce visage sombre de la foule.Elle ne perd jamais à ce point toute notion d\u2019humanité.Au contraire, les récentes recherches du professeur John Drury [NDLR : professeur de psychologie sociale à l\u2019Université du Sussex] montrent qu\u2019en cas d\u2019urgence la foule a tendance à devenir solidaire et altruiste.QS L\u2019un de ces cas d\u2019altruisme n\u2019est-il pas l\u2019évacuation des tours jumelles de New York le 11 septembre 2001 ?MM La majorité des quelque 17 000 personnes présentes dans les tours ont quitté les lieux calmement.Les occupants sont descendus en ?le indienne et non en se bousculant.Ce déplacement discipliné s\u2019accompagnait de comportements altruistes fréquents, comme le fait de laisser passer les blessés, de prêter de rares téléphones portables pour que chacun puisse communiquer avec ses proches et de libérer la moitié de la largeur des escaliers pour permettre le passage des pompiers.Aucun témoignage de violence n\u2019a été recueilli.QS La foule est-elle intelligente ?MM Elle peut l\u2019être, oui.La foule peut jouer aux échecs par exemple ! En 1999, une foule composée de 50 000 joueurs d\u2019échecs amateurs a réussi à tenir tête au champion du monde Garry Kasparov.Wikipédia est un autre exemple de projet mené à bien par une foule d\u2019anonymes.L\u2019intelligence collective est une discipline jeune, qui évolue rapidement.Un de mes étudiants va tenter de mesurer le quotient intellectuel d\u2019une foule en faisant passer des tests cognitifs standards à des centaines de personnes en même temps.La foule sera-t-elle plus intelligente que les individus qui la composent ?C\u2019est ce que nous verrons.lQS En 1999, une foule composée de 50 000 joueurs d\u2019échecs amateurs a réussi à tenir tête au champion du monde Garry Kasparov. qui décoiffent.10 INVENTIONS DOSSIER SPÉCIAL P our une deuxième année, nous nous sommes mis en quête de technos créées au Québec qui ont l\u2019ambition de rendre notre monde plus intelligent, plus vert, plus ef?cace et, pourquoi pas, plus amusant ! Au printemps dernier, en collaboration avec l\u2019Association pour le développement de la recherche et de l\u2019innovation du Québec et son réseau conseil en technologie et en innovation (ADRIQ-RCTi), nous avons lancé un appel aux inventeurs indépendants et aux entreprises en démarrage.Puis, notre jury a étudié attentivement toutes les candidatures et en a sélectionné 10.Nos critères ?Chaque technologie devait présenter un côté novateur et répondre à un besoin notable.Elle devait par ailleurs posséder un potentiel commercial et laisser présager des retombées considérables.En?n, selon le stade d\u2019avancement, sa réalisation, sa fabrication ou sa mise en œuvre devaient se révéler réalistes.Voici donc notre sélection.INVENTIONS DE L\u2019ANNÉE \u2022\u2022\u2022 NOTRE JURY Pascal Monette, président-directeur général de l\u2019ADRIQ-RCTi ; Marilyn Rémillard, directrice des communications et des évènements à l\u2019ADRIQ-RCTi ; Augustin Brais, directeur du Bureau des partenariats et des infrastructures de recherche à Polytechnique Montréal ; Jesse Vincent-Herscovici, vice-président au développement des affaires à Mitacs ; et Marie Lambert-Chan et Etienne Plamondon Emond, de Québec Science.Un dossier coordonné par Etienne Plamondon Emond ?COUP DE CŒUR DU JURY Les jurés ont été particulièrement séduits par l\u2019une des inventions citées dans notre palmarès.Un coup de cœur qui vaudra à son auteur un accompagnement d\u2019une durée de 10 heures avec un expert de l\u2019ADRIQ-RCTi.Le nom du lauréat sera dévoilé le 21 novembre, au 29e Gala des prix Innovation de l\u2019ADRIQ-RCTi, au Palais des congrès de Montréal. INVENTIONS DE L\u2019ANNÉE \u2022\u2022\u2022 QUÉBEC SCIENCE 18 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 P H O T O S : J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N COMMENT ÇA MARCHE 1 Un réseau métallo-organique (MOF) est d\u2019abord fabriqué grâce à un procédé novateur, moins gourmand en énergie que la méthode traditionnelle pour synthétiser ces éponges moléculaires et non générateur de sous-produits toxiques.2 À l\u2019aide de manipulations chimiques, le MOF est transformé en un propergol adapté à l\u2019utilisation prévue.Sa phase solide rend plus facile son maniement.3 Dans le réacteur du véhicule spatial, la pâte est mise en contact avec un oxydant, comme de l\u2019acide nitrique.4 La réaction provoque un puissant souf?e qui propulse l\u2019engin.?ne goutte, et hop! ça s\u2019en?amme.En une fraction de seconde, l\u2019hypothèse de Cristina Mottillo venait d\u2019être validée.«La première fois qu\u2019on l\u2019a testé, c\u2019était un moment très excitant ! Avec un peu de carburant et un peu d\u2019oxydant, on a vu une forte réaction », raconte la pdg d\u2019ACSYNAM, une jeune pousse montréalaise fondée en 2016.Son carburant, baptisé Xpulsion, pourrait bientôt alimenter fusées, satellites et autres engins spatiaux.Il serait plus sécuritaire et au moins aussi performant que les agents de propulsion actuellement utilisés.Chimiquement, Xpulsion est constitué de réseaux métallo-organiques ou MOF (pour metal-organic frameworks), des matériaux de synthèse dont Cristina Mottillo est devenue experte pendant son doctorat en chimie dans le laboratoire de Tomislav Friš?i?à l\u2019Université McGill.Petites éponges à l\u2019échelle moléculaire, les MOF font l\u2019objet d\u2019études industrielles pour absorber des émanations toxiques, capter du CO 2 à la bouche des usines ou emmagasiner du gaz naturel.Mais personne n\u2019avait encore pensé à s\u2019en servir pour faire voler des fusées.«Nous avons été les premiers à découvrir qu\u2019on peut transformer les MOF en propergols [des produits de propulsion combinant comburant et combustible] et nous sommes présentement la seule entreprise à travailler sur un tel carburant pour l\u2019industrie spatiale», explique la chimiste.Xpulsion est d\u2019ailleurs en voie d\u2019être breveté et devrait fonctionner avec les réacteurs existants des engins spatiaux.En variant sa composition ou en le mélangeant à d\u2019autres produits, il sera adaptable à de multiples usages, du simple décollage à la balade interstellaire.À l\u2019heure actuelle, c\u2019est surtout de l\u2019hydrazine qui propulse les satellites.«Ce composé est vraiment ef?cace.Par contre, il est très toxique et dif?cile à utiliser», souligne Cristina Mottillo.Les techniciens qui le manipulent doivent prendre d\u2019in?nies précautions, à un point tel que l\u2019Union européenne envisage de bannir la substance en 2021.À l\u2019inverse, la forme pâteuse d\u2019Xpulsion facilite sa manipulation et réduit les risques de fuite, tandis que sa composition est intrinsèquement moins toxique que celle de l\u2019hydrazine.Qui plus est, l\u2019entrée massive d\u2019acteurs privés dans l\u2019industrie spatiale, qui ne disposent pas des mêmes moyens pour gérer des produits dangereux que les agences nationales, gon?e la demande de carburants plus simples d\u2019utilisation et moins chers.Et c\u2019est justement ce marché que vise ACSYNAM.La compagnie collabore avec cinq entreprises aérospatiales canadiennes et américaines ?dont Reaction Dynamics, établie à Montréal, qui met au point un lanceur spécialisé dans les petites livraisons vers l\u2019espace ?en vue d\u2019une commercialisation.Cristina Mottillo af?rme que sa PME pourra synthétiser le carburant elle-même et qu\u2019elle est prête à multiplier l\u2019échelle de la production.Une mise en marché pourrait survenir dès le début de 2020.Houston, nous avons un carburant ! U XPULSION : un nouveau carburant pour viser les étoiles Alors que l\u2019industrie spatiale est en pleine mutation, ACSYNAM concocte un carburant moins nocif pour l\u2019environnement et la santé des travailleurs.Par Alexis Riopel « Cristina Mottillo est la pdg d\u2019ACSYNAM.Une seule goutte de son carburant mélangée à un peu d\u2019oxydant engendre une forte réaction. QUÉBEC SCIENCE 19 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 1 Les appareils électroniques sont déchiquetés et acheminés vers un broyeur à billes pour être réduits en poudre.Cela a pour effet d\u2019augmenter la surface de contact traitée et donc d\u2019accélérer la décomposition chimique des matériaux.L\u2019équipe a dé?ni la taille de particule idéale pour diminuer l\u2019énergie nécessaire à la réaction.2 Les matériaux sont placés dans un réacteur et chauffés à des températures variant de 350 à 500 °Celsius, en l\u2019absence d\u2019oxygène.3 Comme les matériaux électroniques contiennent des retardateurs de ?ammes, des ingrédients sont ajoutés lors de la sublimation des plastiques (qui passent alors à l\u2019état gazeux) a?n de stabiliser et de capter les émissions susceptibles de contaminer les produits qui ressortiront du réacteur pour être valorisés.4 Les métaux sont libérés et demeurent à l\u2019état solide.Quant aux plastiques, ils se voient convertis en solides (noir de carbone) et en gaz.Certains de ces gaz sont condensés pour former une huile vendue comme produit chimique.D\u2019autres gaz non condensables (des hydrocarbures) sont utilisés pour chauffer des unités de l\u2019usine.5 Comme les solides sortent mélangés du réacteur, il faut les séparer : noir de carbone, métaux de base (comme le cuivre et le nickel) et métaux précieux (tels que l\u2019or, l\u2019argent, le platine et le palladium).Ils sont revendus comme matière première.COMMENT ÇA MARCHE ?es déchets électroniques constituent une mine d\u2019or.Dans le vrai sens du mot ! » assure Jamal Chaouki, professeur au Département de génie chimique de Polytechnique Montréal et directeur de la technologie chez Pyrocycle.Il y a bien de l\u2019or et d\u2019autres métaux précieux dans les appareils électroniques ?en concentration souvent plus grande que dans les minerais d\u2019ailleurs.Or, les procédés actuellement employés pour les récupérer occasionnent des pertes et des émissions néfastes, en plus de se dérouler souvent loin de chez nous, aux États-Unis.Quant aux plastiques contaminés par des retardateurs de ?ammes, leur recyclage est un échec.Mohamed Khalil a mis au point une solution dans le cadre de son doctorat réalisé sous la supervision du professeur Chaouki et de Jean-Philippe Harvey (également de Polytechnique Montréal).Il l\u2019a testée à l\u2019incubateur J.-Armand-Bombardier au cours de la dernière année et il fera un essai à plus grande échelle dans un entrepôt d\u2019Anjou ces prochains mois ?la jeune compagnie aura même son premier employé ! Un réacteur de la taille d\u2019une voiture est utilisé pour effectuer la « pyrolyse » des appareils électroniques ?d\u2019où le nom de l\u2019entreprise.Cela consiste à chauffer la matière, sans oxygène, pour la décomposer et ainsi obtenir de nouveaux produits.La «recette» de Pyrocycle inclut l\u2019ajout, dans le réacteur, de certaines substances (con?dentielles, car une demande de brevet provisoire a été déposée) pour capter les émissions toxiques produi tes .« On parvient à stabiliser les retardateurs de flammes des plas- t iques », aff irme M.Khalil, président- directeur général de l\u2019entreprise.Puisque le traitement se fait à des températures relativement basses, les métaux ne sont pas sublimés ; il y a donc moins de pertes, indique l\u2019équipe.Au bout du procédé, Pyrocycle obtient une huile que l\u2019industrie pétrochimique peut employer, ainsi que du noir de carbone et des métaux prêts à entamer une seconde vie.«On participe à la création d\u2019une économie circulaire ; on transforme les déchets en matière réutilisable», dit Mohamed Khalil.Déjà, quatre centres de tri de matières recyclables ont mentionné vouloir recourir aux services de l\u2019entreprise.Sachant que les Canadiens produisent individuellement plusieurs kilos de déchets électroniques chaque année, le marché pour l\u2019invention est immense.Et Mohamed Khalil compte bien le percer.L PYROCYCLE : la chimie pour recycler nos cellulaires Passez des appareils électroniques au broyeur et vous obtiendrez une poudre grise.Un véritable trésor, selon Pyrocycle, qui mise tout sur ces grains.Par Mélissa Guillemette « À la tête de Pyrocycle, Mohamed Khalil réduit en poudre des produits électroniques pour récupérer les métaux. INVENTIONS DE L\u2019ANNÉE \u2022\u2022\u2022 P H O T O : C L A U D E L O U T F I De gauche à droite, François Menet, Marise Bonenfant et Marc-Olivier Schüle, qui ont fondé Myelin.COMMENT ÇA MARCHE 1 L\u2019accès à l\u2019application Myelin se fait par ordinateur ou téléphone cellulaire.Au début, le nouvel utilisateur répond à une série de questions qui aide l\u2019algorithme à mieux cibler ses besoins pour faire de meilleures recommandations.2 L\u2019internaute peut poser différentes questions liées à l\u2019autisme.La plateforme, propulsée par l\u2019intelligence arti?cielle, montre des études scienti?ques synthétisées relatives à la question ainsi que des façons d\u2019intervenir auprès de la personne autiste.3 En choisissant une intervention, l\u2019utilisateur peut évaluer dans le temps si celle-ci a bien fonctionné et donner son avis aux autres membres de la plateforme.?MYELIN : l\u2019IA pour démêler le vrai du faux sur l\u2019autisme Basée sur l\u2019intelligence arti?cielle, l\u2019application Myelin cible les sources ?ables sur l\u2019autisme.Un coup de pouce pour les intervenants, les personnes autistes et leurs proches.Par Annie Labrecque es vaccins causent- ils l\u2019autisme ?Les cellules souches pourraient-elles en venir à bout?Une solution chlorée aide-t-elle vraiment les personnes autistes?L\u2019application Myelin, lancée of?ciellement en 2018, tente de donner l\u2019heure juste sur les questions entourant les troubles du spectre de l\u2019autisme.Selon Marc-Olivier Schüle, cofondateur de Myelin avec Marise Bonenfant et François Menet, «il y a plus de 3 000 articles publiés chaque jour en santé mentale.Pour lire seulement ceux en lien avec l\u2019autisme, on a calculé qu\u2019il faut au moins 18 heures par jour en restant à l\u2019affût», dit-il.Le trio d\u2019entrepreneurs a donc choisi ce domaine où ils croyaient pouvoir changer les choses.«L\u2019intelligence arti?cielle devient extrêmement précieuse parce qu\u2019elle permet d\u2019accélérer le travail», indique Marc-Olivier Schüle.L\u2019analyse est réalisée grâce à un premier algorithme qui permet à Myelin d\u2019extraire les données et d\u2019effectuer un tri automatisé dans cette masse gigantesque d\u2019études ?certaines en libre accès et d\u2019autres payantes.Myelin ne garde que celles qui sont ?ables parmi les méta-analyses, les revues systématiques et les guides de pratiques.Lorsqu\u2019un utilisateur de la plateforme pose une question, par exemple comment réduire l\u2019anxiété de son enfant chez le coiffeur, d\u2019autres algorithmes entrent en action pour que Myelin recommande les meilleures recherches, liste les avis des membres de la communauté ainsi que des interventions pertinentes et personnalisées.Pour le moment, Myelin n\u2019est accessible qu\u2019à environ 300utilisateurs, qui sont surtout des professionnels af?liés à des centres hospitaliers, mais M.Schüle espère en faire pro?ter le grand public d\u2019ici la ?n de l\u2019année.Une version anglaise est aussi dans la mire.«On aimerait que les anglophones puissent l\u2019adopter», mentionne-t-il.Et si cela fonctionne bien pour l\u2019autisme, d\u2019autres problèmes de santé pourraient un jour béné?cier des mêmes assises technologiques de l\u2019application : hyperactivité, troubles de stress post-traumatique, maladie d\u2019Alzheimer, etc.Il n\u2019y a pas de doute, la petite entreprise est sur une bonne lancée.L QUÉBEC SCIENCE 21 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 P H O T O S : G A Ë L L E V U I L L A U M E COMMENT ÇA MARCHE ?Q uiconque a fréquenté les arénas a probablement déjà remarqué que les buts de hockey sont dif?ciles à bouger, particulièrement lorsqu\u2019ils ont quitté la patinoire.« Un but pèse environ 90 kg [200 lb] et n\u2019a pas de poignées, donc il se prend mal.Puis il faut le sortir de la glace pour le transporter sur le béton mouillé et glacé, alors il y a vraiment un enjeu de santé et sécurité », constate Alain Phaneuf, président fondateur de Phaneuf International.Il ne compte plus les heures passées autour des patinoires avec ses enfants Marc-Olivier, qui a longtemps joué au hockey avant d\u2019entreprendre une carrière d\u2019arbitre, et Audrey, aujourd\u2019hui membre de l\u2019équipe nationale de patinage de vitesse.L\u2019homme d\u2019affaires souhaite désormais créer l\u2019aréna de demain.Son entreprise s\u2019est intéressée aux ?lets de hockey à la suite d\u2019une présentation de son concept de surfaceuse à glace entièrement électrique aux acteurs du monde des arénas québécois.Elle apprend alors les nombreux enjeux derrière le déplacement des buts : cette opération multiplie les risques de blessures pour les employés des 650 patinoires de la province, car elle est effectuée une dizaine de fois chaque jour.Par ailleurs, cette tâche ne peut être accomplie que par des employés très forts.Cela réduit énormément le bassin de candidats possibles, alors que le Québec connaît une rareté de main-d\u2019œuvre.« Nous avons donc décidé de concentrer nos énergies à relever ce dé?», indique Alain Phaneuf, qui s\u2019est associé pour ce projet à Pierre Beaudet, de Science de la glace, une compagnie qui réalise de la formation, de la recherche et du développement en matière de glaces sportives.Les partenaires ont pu concevoir leur but intelligent grâce à la ?rme d\u2019ingénierie Lapalme Conception Mécanique et Centris Technologies, une entreprise spécialisée dans la mise au point et l\u2019intégration de solutions logicielles.Pour le moment, le but intelligent est déplacé à l\u2019aide d\u2019une télécommande, mais dans une deuxième phase d\u2019implantation, il pourra se mouvoir de façon autonome.« Pour y arriver, les arénas devront se doter de notre système d\u2019intelligence arti- ?cielle essentiel au fonctionnement de nos surfaceuses, qui arriveront sur le marché au début de 2020, explique Alain Phaneuf.Il intégrera la vision arti?cielle, l\u2019Internet des objets et l\u2019apprentissage automatisé.» Les buts Phaneuf innovent sur d\u2019autres fronts : ils sont recouverts d\u2019une peinture qui ne s\u2019écaille pas et qui ne rouille pas ?conçue en collaboration avec Peintures Cloverdale ?en plus d\u2019être munis de crochets d\u2019ancrage qui permettent de ?xer les ?lets en moins d\u2019une heure.« Avec un but traditionnel, cette opération requiert environ quatre heures à un employé expérimenté ; notre système permet d\u2019être quatre fois plus rapide », af?rme M.Phaneuf.À l\u2019heure actuelle, une vingtaine de buts intelligents sont mis à l\u2019essai dans des aré- nas de la province.Phaneuf International ne compte pas s\u2019arrêter en si bon chemin.«Nous visons les marchés étrangers et nous avons déjà rencontré plusieurs investisseurs potentiels, précise Alain Phaneuf.Notre ambassadeur, Steve Bégin, ancien joueur de la Ligue nationale de hockey, contribue beaucoup à notre rayonnement.» Les arénas du monde entier pourraient donc être envahis de buts intelligents québécois qui bougeront seuls sur les patinoires! PHANEUF INTERNATIONAL : des buts de hockey intelligents Déplacer des buts de hockey sans risquer de se blesser ni d\u2019échapper quelques jurons : le rêve pourrait devenir réalité dans un aréna près de chez vous.Par Martine Letarte 1 Le but est soulevé du sol grâce à deux moteurs-roues, de même qu\u2019à un patin situé à l\u2019arrière du ?let qui facilite le déplacement sur les surfaces en réduisant la friction.2 À l\u2019aide d\u2019une télécommande, on déplace le but de l\u2019extérieur de la glace jusqu\u2019à l\u2019endroit désiré sur la patinoire.Lorsque la vision et l\u2019intelligence arti?cielles seront ajoutées, le but glissera de façon autonome grâce à la géolocalisation.3 Une fois le but rendu à l\u2019endroit désiré, un système intégré perce la glace et fait descendre une tige d\u2019ancrage.ALAIN PHANEUF, président fondateur de Phaneuf International INVENTIONS DE L\u2019ANNÉE \u2022\u2022\u2022 QUÉBEC SCIENCE 22 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 I M A G E : I N N O V A T I O N C A N A D A , Z A M B O N I N COMMENT ÇA MARCHE 1.Le génome de la tumeur maligne du patient est d\u2019abord séquencé.Une étape bien moins coûteuse qu\u2019il y a 20 ans et qui se fait en une journée au coût d\u2019environ 1 000 $.2.Le médecin soumet ensuite la séquence obtenue à Streamline Genomics.Comparativement à ses concurrents, la plate- forme analyse un très grand nombre de gènes et prend en compte aussi bien l\u2019ADN que l\u2019ARN dans ses calculs.3.Un rapport écrit et visuel est créé à même le tableau de bord en ligne.Il est concis et simple, tout en laissant la possibilité au médecin de creuser certaines informations.?JOSETTE-RENÉE LANDRY, cofondatrice et présidente- directrice générale de Streamline Genomics STREAMLINE GENOMICS : pour une médecine véritablement personnalisée La plateforme Streamline Genomics simpli?e considérablement l\u2019analyse de la signature génétique de maladies comme les cancers.Par Maxime Bilodeau u r p a p i e r , l a médecine personnalisée est un fort beau concept : grâce à l\u2019analyse de la signature génétique d\u2019une maladie, on peut améliorer la qualité des soins, la précision du diagn ostic, voire les chances de guérison.Dans la réalité, ses promesses tardent à se concrétiser.Prenez les cancers: on sait que chaque tumeur maligne est dotée de variants génétiques uniques, puisque propres au patient.Cependant, les professionnels de la santé, médecins en tête, ne disposent pas des outils adéquats pour donner un sens aux informations obtenues grâce au séquençage.« Il existe de bonnes solutions sur le marché, mais elles s\u2019adressent à des individus qui savent programmer et qui ont du temps, ainsi que de l\u2019énergie, à consacrer à cette tâche, explique Josette-Renée Landry, cofondatrice et présidente-directrice générale de Streamline Genomics.La barrière, ce n\u2019est pas le séquençage, qui coûte trois fois rien de nos jours, mais l\u2019analyse de ses données.» Les patients sont les principales victimes de ce cul-de-sac thérapeutique.Privés d\u2019accès à la médecine personnalisée, ils en paient le prix de leur santé, parfois même de leur vie.Plusieurs personnes traitées pour un cancer auraient pu recevoir de meilleurs soins si leur tumeur avait été séquencée et analysée correctement, souligne l\u2019entrepreneuse titulaire d\u2019un doctorat en génétique.La plateforme conçue par Josette- Renée Landry et son équipe corrige cette injustice.Streamline Genomics simpli?e le repérage des mutations clés dans les tumeurs cancéreuses.Le rapport créé par ses algorithmes fournit un résumé concis et utile qui oriente ensuite les décisions cliniques des professionnels de la santé.Attention : le logiciel ne remplace pas le médecin pour autant; il lui remet simplement les bonnes informations entre les mains de manière conviviale.Pour l\u2019instant, Streamline Genomics est à l\u2019essai au CHU Sainte-Justine, où Josette-Renée Landry occupe le rôle d\u2019« innovatrice en résidence».Financé entre autres par HEC Montréal, ce programme a pour but de faciliter l\u2019implantation de technologies médicales audacieuses dans le système de la santé.À l\u2019hôpital mère- enfant, Mme Landry recueille ainsi les commentaires de ses principaux utilisateurs, les médecins.« Ils décrivent la plateforme comme intuitive : pas besoin de lire un manuel d\u2019instructions pour comprendre comment l\u2019utiliser », se réjouit-elle.Un autre aspect particulièrement apprécié : sa capacité à centraliser en un seul endroit les données cliniques pertinentes issues de plusieurs sources, surtout publiques, comme ClinVar, qui répertorie les variants dont le rôle dans différentes maladies est reconnu dans la littérature scienti?que.En un simple clic, le médecin accède à une analyse en profondeur dont la qualité se situe à des années-lumière des rapports basés sur un nombre limité de gènes produits par la société américaine Foundation Medicine, son principal compétiteur.Les prochains mois seront critiques pour Streamline Genomics.La jeune pousse, qui souf?era deux bougies en novembre, espère obtenir un ?nancement suf?sant pour poursuivre ses activités de développement.L\u2019intelligence arti?cielle, sous la forme de l\u2019apprentissage automatique, devrait être intégrée à la plateforme dans la foulée, décuplant ainsi sa puissance d\u2019analyse.En outre, elle devrait par la suite fournir de l\u2019information pertinente sur certaines maladies génétiques rares, et non pas uniquement sur les cancers, comme c\u2019est le cas à l\u2019heure actuelle.Bientôt, la médecine personnalisée ne relèvera plus de la science-?ction.S QUÉBEC SCIENCE 23 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 1 Une fois abonnée à E-nundation, une municipalité a accès à une carte colorée par les données liées aux risques d\u2019inondation.Celles-ci sont de sources multiples : prévisions du débit de la rivière établies par le ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, topographie du terrain, emplacement des installations, etc.2 D\u2019un simple coup d\u2019œil, les autorités ciblent les secteurs les plus à risque et coordonnent mieux leurs interventions.Routes à fermer, zones à évacuer, nombre de sacs de sable à utiliser pour protéger des bâtiments : l\u2019application détaille les mesures à prévoir.3 Un abonnement à E-nundation permet aux citoyens de connaître la probabilité d\u2019être touchés par le sinistre, les niveaux d\u2019eau qui seront atteints de même que les dommages pécuniaires estimés en cas d\u2019inondation.4 Cette dernière information pro?te aussi aux compagnies d\u2019assurance.Grâce à E-nundation, elles pourront déterminer les primes des sinistrés de manière ?able plutôt que de simplement refuser de les assurer, faute de connaissances sur la nature du risque.I M A G E S : E - N U D A T I O N COMMENT ÇA MARCHE ?L E-NUNDATION : le logiciel qui met en échec les inondations Et si les riverains et les municipalités pouvaient prévoir en temps réel les risques d\u2019inondation et l\u2019ampleur des dégâts ?C\u2019est ce que promet l\u2019application E-nundation.Par Maxime Bilodeau e Richelieu en 2011, les rivières des Outaouais et de la Petite Nation en 2017, le lac des Deux Montagnes cette année: le sud du Québec a connu son lot d\u2019épisodes de crues printanières exceptionnelles dans la dernière décennie.Chaque soudaine montée des eaux occasionne d\u2019importants soucis aux riverains et municipalités touchés.Bonne nouvelle : ils disposeront bientôt d\u2019un tout nouvel outil, sous la forme d\u2019un logiciel de prévision du risque d\u2019inondation, pour les aider dans leur lutte contre les éléments.«E-nundation offre aux résidants, mais aussi aux municipalités et aux compagnies d\u2019assurance, un rapport détaillé de plusieurs sources d\u2019informations croisées qui prévoit et caractérise le risque d\u2019inondation jusqu\u2019à trois jours en amont.Les outils actuels, comme les cartes de zones inondables et les rares stations hydrométriques aménagées à même les cours d\u2019eau, sont inadaptés aux situations d\u2019urgence », explique Hachem Agili, président-directeur général de Geosapiens, une société dérivée de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que.C\u2019est entre les murs de cet établissement universitaire qu\u2019a germé l\u2019idée d\u2019E-nundation, son produit phare, à la suite des inondations qui ont touché Saint-Jean-sur-Richelieu en 2011.Ce qui était alors un projet pilote dirigé par le professeur Karem Chokmani, toujours engagé au sein de Geosapiens, n\u2019a cessé de prendre de l\u2019ampleur.Le gouvernement fédéral lui a alloué un million de dollars, par l\u2019entremise du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité, a?n de concrétiser le logiciel.«Puis, nous avons remporté le Dé?AquaHacking 2018, qui consiste à résoudre les problèmes liés à l\u2019eau », raconte Hachem Agili, qui s\u2019est joint à l\u2019équipe du projet en 2015.Les 25 000 $ assortis à ce premier prix ont rendu possible le démarrage de l\u2019entreprise.Depuis, Geosapiens a entre autres reçu une subvention du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.La stratégie de commercialisation d\u2019E-nundation est simple mais ef?cace.« Nous avons communiqué avec des municipalités touchées par les crues printanières de 2017 et de 2019.Jusqu\u2019à maintenant, la réponse est plutôt encourageante ; nous avons bon espoir que plusieurs utiliseront E-nundation pour faire face aux prochains épisodes d\u2019inondation », af?rme le doctorant en sciences de l\u2019eau.Ce faisant, ces municipalités auront accès à une cartographie dynamique de l\u2019ensemble de leur territoire à partir de laquelle elles pourront simuler divers scénarios, des plus optimistes aux plus pessimistes, et prendre les mesures adéquates.« On passe ainsi d\u2019une culture de réaction aux évènements à une culture de prévision », dit-il.Si tout va bien, les habitants de Montréal et de l\u2019Outaouais pourront aussi accéder à la plateforme en ligne au courant de l\u2019automne.« Ils n\u2019auront qu\u2019à donner quelques renseignements comme l\u2019adresse postale, le type de maison et son nombre d\u2019étages.Une fois le formulaire rempli, ils obtiendront un rapport personnalisé du risque d\u2019inondation », détaille celui qui a reçu le prix de l\u2019entrepreneur social 2019 de Mitacs, un organisme national de recherche sans but lucratif.De quoi éviter quelques cheveux blancs aux riverains qui appréhendent les effets des changements climatiques dans les prochaines décennies. QUÉBEC SCIENCE 24 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 INVENTIONS DE L\u2019ANNÉE \u2022\u2022\u2022 NICK LAPERLE, président-directeur général de la PME montréalaise Eers COMMENT ÇA MARCHE 1 Des microphones internes et externes sont intégrés à des écouteurs qui, une fois vissés dans des mousses mémoires, sont insérés dans les oreilles.2 Un algorithme calcule la différence entre le volume des bruits extérieurs capté par le microphone externe et celui détecté par le microphone intraauriculaire entre le tympan et le bouchon de manière à évaluer l\u2019étanchéité de ce dernier.Une lumière rouge, jaune ou verte signale le degré de protection auditive.3 Les microphones atténuent le volume des bruits extérieurs entendus dans les écouteurs ?une opération complétée en moins de 10 millisecondes ?a?n d\u2019éviter qu\u2019un bruit soudain endommage l\u2019oreille.4 En appuyant sur un bouton, le microphone intraauriculaire capte et discrimine notre voix pour retransmettre ce qu\u2019on dit, par l\u2019entremise d\u2019une bande radio dédiée, dans les écouteurs des collègues.5 Pour évaluer le stress subi par les employés, le microphone interne permet aussi de noter le rythme cardiaque et la profondeur de la respiration, tandis qu\u2019un capteur mesure la température corporelle.Le microphone externe aide aussi à évaluer l\u2019intensité du bruit auquel sont exposés les travailleurs.?SONX : écoute sélective Un appareil créé par la PME Eers protège l\u2019ouïe des travailleurs des bruits excessifs tout en permettant les échanges entre collègues.Par Etienne Plamondon Emond ines, chaînes de production, pistes d\u2019aéroports : plus ieurs mil ieux exposent les tra- va i l leurs à du bruit excessif.Et le nombre de personnes souffrant de surdité professionnelle explose.Les cas déclarés à la Commission des normes, de l\u2019équité, de la santé et de la sécurité du travail sont passés de 4 781 en 2014 à 10 608 en 2018.L\u2019an dernier, ils représentaient plus de 10 % des lésions professionnelles enregistrées au Québec.Nick Laperle, président-directeur général de la PME montréalaise Eers, tient entre ses mains ?et enfoncée dans ses oreilles ?une solution pour contrer ce ?éau : le SonX.Dans la salle de conférences de son entreprise, un haut-parleur crache une ambiance industrielle.Le sonomètre indique 95 décibels et la table tremble.Avec les bouchons et écouteurs du SonX vissés dans mes oreilles, je ne perçois pourtant qu\u2019un bruit étouffé.Devant moi, Nick Laperle remue les lèvres sans que j\u2019entende sa voix.Sans rien porter devant sa bouche, il appuie sur un bouton de son appareil et je discerne aussitôt ses paroles, la cacophonie derrière ne s\u2019élevant pas d\u2019un ton.Ce dispositif est le fruit du dé?qu\u2019il s\u2019est donné : protéger l\u2019ouïe des travailleurs sans gêner leurs conversations.« Dans le bruit, si vous n\u2019êtes pas capable de communiquer, vous allez enlever votre protecteur auditif ou relever le masque que vous portez pour respirer, souligne-t-il.C\u2019est dangereux, puis c\u2019est stressant tant pour la personne qui crie que pour celle qui se fait crier dessus.» L\u2019entrepreneur n\u2019en est pas à sa première invention pour prévenir la surdité professionnelle.Dès la ?n des années 1990, il constate la gravité du problème en aidant sa mère propriétaire de cliniques d\u2019audioprothèses.Avocat de formation, il fonde Sonomax, conçoit un système passif d\u2019atténuation du bruit, puis un logiciel pour évaluer l\u2019étanchéité des protecteurs auditifs qu\u2019il vend à la compagnie américaine 3M en 2009.Six ans plus tard, il déménage son entreprise, rebaptisée Eers, en face de l\u2019École de technologie supérieure ?où il ?nance la création de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Eers en technologies intra-auriculaires.Pour perfectionner le SonX, il fait appel à une quinzaine d\u2019employés et une vingtaine d\u2019étudiants.Parmi eux, la posdoctorante Rachel Bouserhal met au point les algorithmes qui décortiquent et discriminent les bruits captés par l\u2019appareil à l\u2019intérieur du conduit auditif a?n de retransmettre avec clarté les paroles prononcées par ondes radio.Du personnel des usines de production et des installations ferroviaires de Rio Tinto au Saguenay ont commencé à tester le dispositif.Une douzaine d\u2019autres compagnies du secteur manufacturier comme du transport aérien leur ont emboîté le pas à travers des projets pilotes.La commercialisation est prévue pour l\u2019an prochain, mais déjà employeurs et employés tendent l\u2019oreille à cette solution ! M I M A G E S : L I N O C I P R E S S O ; S O N X QUÉBEC SCIENCE 25 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 Vous n\u2019avez pas la berlue : nous avons bien inclus deux technologies liées à l\u2019audition dans notre sélection ! Une coïncidence qui s\u2019explique peut-être par le fait que ces entreprises ont un certain lien de parenté.Au cours de nos entrevues, nous avons appris que Daniel Ferland a d\u2019abord proposé le concept de ses protecteurs auditifs pour chevaux à Nick Laperle, qui l\u2019a plutôt encouragé à poursuivre le travail sur son projet ?tout en devenant son mentor.Comme quoi ils étaient faits pour s\u2019entendre ! 1 Un bouchon en mousse de la forme du conduit auditif du cheval renferme des microphones interne et externe pour atténuer le son entendu par l\u2019animal.2 En plus des microphones, d\u2019autres capteurs, dont un oxymètre, un accéléromètre et un gyroscope, recueillent des informations.3 Les données sont envoyées dans l\u2019infonuagique, où elles sont regroupées et analysées par l\u2019intelligence arti?cielle.4 Une application mobile af?che les signes vitaux de l\u2019animal, ainsi que sa vitesse et son nombre de foulées lors d\u2019un entraînement, en plus de reconstituer son parcours.5 L\u2019intelligence arti?cielle fait des prévisions sur la performance du cheval en compétition ou sur sa santé, voire lancera une alerte en cas d\u2019urgence.COMMENT ÇA MARCHE ?L orsque le cheval piaffe, regarde ses ?ancs ou se couche à répétit ion, i l est souvent trop tard : il souffre de « coliques », un douloureux trouble digestif potentiellement fatal.Les propriétaires et les entraîneurs pourraient bientôt prévenir cette situation à l\u2019aide de données enregistrées par un bouchon d\u2019oreille nouveau genre: l\u2019eQuiet.Passionné de chevaux, l\u2019ingénieur du son Daniel Ferland se consacre à cette invention depuis le moment où il a assisté à une compétition hippique au parc équestre de Blainville en 2014.Ce jour-là, la construction dans le voisinage et des enfants turbulents dans les gradins déconcentraient et stressaient les bêtes.Un professeur d\u2019équitation lui a alors demandé si de meilleurs protecteurs auditifs auraient pu changer la donne.À l\u2019affût des avancées en matière d\u2019écouteurs antibruits, Daniel Ferland s\u2019attaque au problème.Avec l\u2019aide d\u2019audiologistes, il conçoit d\u2019abord un bouchon qui épouse adéquatement la forme du conduit auditif du cheval, question de diminuer de 25 à 40 décibels le bruit entendu par l\u2019animal, comparativement à 5 décibels pour les bouchons traditionnels.En le dotant de microphones interne et externe, qui permettraient aux utilisateurs de moduler l\u2019atténuation du son, il pro?te de l\u2019occasion pour y insérer un gyroscope, un accéléromètre et un GPS pour mesurer les performances des chevaux à l\u2019entraînement.Mais surtout, des capteurs biométriques donnent de nouveaux indices sur l\u2019état de santé de l\u2019animal, notamment des modi?cations de la température et du rythme cardiaque avant-coureurs de coliques.« L\u2019idée est de se rendre compte que le cheval ne va pas bien avant que les symptômes se manifestent », explique celui qui a fondé l\u2019entreprise Ossicles.Les microphones intraauriculaires, en captant la respiration sans les distorsions provoquées par des bruits extérieurs, pourraient par ailleurs détecter un emphysème.L\u2019entreprise travaille avec Mathilde Leclère, professeure à la Faculté de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal spécialisée dans les maladies respiratoires équines, pour valider les données amassées.Daniel Ferland montre une photo de son premier modèle installé sur un cheval avec une multitude de « ?ls qui dépassent ».« J\u2019ai vite réalisé que ce n\u2019est pas le genre de travail qu\u2019on peut faire dans un garage.» Il commence dès lors à s\u2019entourer.Par l\u2019entremise d\u2019un projet ?nancé par la compagnie de télécommunications Ericsson et l\u2019organisme sans but lucratif Mitacs, il obtient l\u2019aide d\u2019étudiants en génie électrique de l\u2019École de technologie supérieure pour miniaturiser son dispositif.Pour analyser des données à l\u2019aide de l\u2019intelligence arti?cielle, il intègre en janvier 2019 la première cohorte montréalaise de l\u2019incubateur Next AI.En entraînant la machine avec des données issues de la littérature scienti?que et d\u2019autres enregistrées par l\u2019appareil, « on peut déjà déceler des anomalies », souligne Abdhallah Bari, embauché depuis comme directeur scienti?que de la jeune entreprise.Ce dernier cherche maintenant à ce que les données soient traitées en temps réel dans le bouchon même, sans avoir à les envoyer dans l\u2019infonuagique, question d\u2019analyser l\u2019information au grand galop ! EQUIET : un murmure à l\u2019oreille des chevaux En révolutionnant les bouchons d\u2019oreille pour chevaux, la jeune entreprise Ossicles pourrait aussi prévenir des maladies chez ces animaux.Par Etienne Plamondon Emond I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; E Q U I E T INVENTIONS DE L\u2019ANNÉE \u2022\u2022\u2022 QUÉBEC SCIENCE 26 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 COMMENT ÇA MARCHE 1 Avec des données fournies par des lidars ou la caméra d\u2019un téléphone intelligent, un logiciel procède par photogrammétrie et reconstruit en un nuage de points tridimensionnels l\u2019objet numérisé pour déterminer ses dimensions, son volume et ses contours.2 La grande innovation entre ensuite en jeu : l\u2019IA reconnaît l\u2019objet, soit en comparant le nuage de points à d\u2019autres, identiques ou similaires, dans une base de données, soit en le décomposant en formes géométriques de base pour déduire son identité.3 Une IA plus classique effectue une interprétation des données ou une analyse prédictive selon des besoins commerciaux ou industriels.Elle peut, par exemple, signaler des différences entre une pièce neuve et une pièce usée dans le domaine manufacturier, ou entre un plan virtuel et sa réalisation concrète dans le secteur de la construction.I M A G E S : V Y O O Une partie de l'équipe derrière Vyoo : Lionel Le Carluer, Sherif Abuelwafa, Danaë Blondel et Laurent Juppé VYOO : le futur Google de la recherche en 3D Des entrepreneurs français se sont installés au Québec pour mettre au point une technologie qui fait entrer les moteurs de recherche dans une nouvelle dimension.Par Etienne Plamondon Emond n randonnée dans une forêt néo- zélandaise en 2012, Danaë Blondel se retrouve devant une espèce d\u2019arbre qu\u2019elle ne reconnaît pas.La juriste de formation et cavalière émérite tente de le décrire avec des mots dans un moteur de recherche.Ce dernier affiche\u2026 plus d\u2019un million de résultats ! Elle se dit qu\u2019il aurait été intéressant de pouvoir l\u2019identi?er avec une simple numérisation réalisée à l\u2019aide de son téléphone intelligent.C\u2019est ainsi que lui vient l\u2019idée de créer un moteur de recherche visuel 3D.Son conjoint, Lionel Le Carluer, suspend sa carrière en ?nance pour mener à bien avec elle ce projet.Le couple d\u2019origine française s\u2019associe à Laurent Juppé, qui concevait des technologies d\u2019animations 3D en temps réel pour la télévision et les jeux vidéos.Ils lancent ensemble l\u2019entreprise Applications mobiles Overview en France, où ils mettent au point un prototype baptisé Vyoo.Puis, ils font un voyage déterminant au Québec.Ils y trouvent de potentiels soutiens ?nanciers, mais surtout une expertise universitaire en apprentissage automatique et en vision numérique cruciale pour atteindre leurs objectifs.Les trois cofondateurs s\u2019incorporent, transfèrent leurs activités et déménagent à Montréal en 2017.« Le Québec nous a permis d\u2019aller trois fois plus vite », assure Lionel Le Carluer, rencontré dans un local de l\u2019accélérateur d\u2019entreprises Centech, af?lié à l\u2019École de technologie supérieure.La jeune pousse d\u2019une quinzaine d\u2019employés vient d\u2019y achever un accompagnement de deux ans dans le programme Propulsion.En collaboration avec Denis Laurendeau, professeur spécialisé en vision numérique à l\u2019Université Laval, la PME a élaboré un réseau de neurones arti?ciels pour apprendre à partir des formes géométriques de base.L\u2019intelligence arti?cielle (IA) décompose ainsi les contours, les volumes et les dimensions a?n de reconnaître les objets.Pour perfectionner son outil, l\u2019entreprise en démarrage collabore avec des partenaires selon leurs besoins.Plusieurs applications sont actuellement testées : la reconnaissance de pièces industrielles dans le secteur manufacturier ; l\u2019inventaire dans des bâtiments pour assurer la traça- bilité du matériel dans le domaine de la construction ?notamment pour comparer les plans avec leur réalisation physique ou améliorer le recyclage et le réemploi de matériaux lors d\u2019une démolition ; la mesure corporelle pour des besoins relatifs à la santé ; et la géolocalisation et l\u2019évaluation de nids-de-poule pour les services de voirie.L\u2019entreprise s\u2019affaire en parallèle à concevoir une IA capable de détecter certains ?chiers, lors d\u2019un usage destiné à une imprimante 3D, a?n de bloquer une production matérielle interdite.Le ?ltre pourrait ainsi freiner l\u2019impression d\u2019objets protégés par une propriété intellectuelle ou ceux qui posent un risque à la sécurité, comme les composants d\u2019une arme à feu.Est-ce qu\u2019il est désormais possible de balayer un arbre avec la caméra de son téléphone pour en déterminer la nature?Pas pour l\u2019instant, admet Lionel Le Carluer, puisqu\u2019en matière arboricole les bases de données ne possèdent pas suf?samment d\u2019éléments comparables.Même si la technologie est pour le moment affectée au milieu industriel, l\u2019entreprise n\u2019abandonne pas pour autant le rêve qui a donné naissance à Vyoo : celui de devenir à terme le Google de la recherche visuelle en trois dimensions.E ? QUÉBEC SCIENCE 27 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 I M A G E S : R É J E A N M E L O C H E , B O D Y F O R M 3 D 1 Avec un téléphone intelligent, le podiatre ?lme un pied en effectuant des balayages de bas en haut et de droite à gauche.2 À l\u2019aide des données brutes acquises à partir de cette captation vidéo, l\u2019application Podform 3D effectue dans l\u2019infonuagique une reconstruction virtuelle précise et en trois dimensions du pied du patient.3 La modélisation est retouchée automatiquement pour, entre autres, obtenir des formes arrondies et lisses a?n que l\u2019orthèse épouse exactement la forme du pied.4 L\u2019application transforme la modélisation en un ?chier qui permet aussitôt une impression 3D.COMMENT ÇA MARCHE ?ANTONIN BÉRUBÉ, podiatre et fondateur de Bodyform 3D T rouver orthèse à son pied demeure compliqué.Règle générale, un po- diatre prend une empreinte à l\u2019aide de plâtre de Paris.Il attend une quinzaine de minutes que le moule sèche pour l\u2019envoyer par la poste à un manufacturier.Ce dernier s\u2019en sert pour mouler une reproduction physique du pied en plâtre (encore !) qu\u2019il numérise ensuite pour créer l\u2019orthèse commandée.« C\u2019est long, fastidieux, salissant, ça coûte cher et ça brise souvent dans le transport», soulève Antonin Bérubé, podiatre à temps partiel.Ne serait-il pas plus simple de numériser directement le pied ?Et pour ce faire, pourquoi ne pas recourir aux téléphones intelligents, dont les fonctionnalités sont de plus en plus avancées ?En août 2018, il partage ses ré?exions avec un patient, Pierre Laferrière, qui est maître d\u2019enseignement invité à l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS).Ce dernier lui suggère de concevoir lui-même la solution et lui fait découvrir le soutien à l\u2019entrepre- neuriat offert par l\u2019ÉTS.Dans les mois qui suivent, Antonin Bérubé rencontre l\u2019équipe de l\u2019entreprise en démarrage Applications mobiles Overview (voir le texte de la page précédente) à l\u2019accélérateur d\u2019entreprises Centech.Elle lui montre comment l\u2019un de ses logiciels acquiert des données en trois dimensions à partir d\u2019une vidéo réalisée avec un téléphone cellulaire.La concrétisation de son concept semble alors à portée de main.À partir des données brutes fournies par le logiciel, il suf?t maintenant de reconstruire en trois dimensions la modélisation du pied avec la précision et les propriétés nécessaires à la production d\u2019une orthèse.Dès le début de 2019, Antonin Bérubé fonde Bodyform 3D, embauche une ingénieure logicielle spécialisée en vision numérique et reconstruction tridimensionnelle, puis développe son application Podform 3D.Au printemps, la jeune pousse commence un parcours de 12 semaines au Centech, puis s\u2019engage à la ?n de l\u2019été dans un processus d\u2019accompagnement de deux ans au même endroit.Depuis, Bodyform 3D a réduit de façon radicale le temps requis par l\u2019application pour traiter l\u2019information et modéliser un pied, qui passe de 45 à 2 minutes.Récemment, l\u2019entreprise a aussi entamé un projet en collaboration avec le centre collégial de transfert technologique Top- med, spécialisé en innovations médicales.D\u2019ici le printemps 2020, les partenaires compareront les performances de Pod- form 3D avec celles d\u2019autres scanneurs, outils et logiciels qui établissent la norme actuelle dans l\u2019industrie.La première clientèle visée ?Les manufacturiers d\u2019orthèses plantaires, car ils pourront mettre la solution à la disposition des podiatres qui leur passeront des commandes.Antonin Bérubé ne cache pas son ambition de s\u2019attaquer dans un deuxième temps à des logiciels servant à la conception d\u2019orthèses destinées à d\u2019autres parties du corps, mais aussi à la vente en ligne de vêtements, de souliers ou de casques personnalisés.« Est-ce que quelqu\u2019un a déjà porté une paire de patins qui étaient vraiment confortables?» interroge le podiatre.Il imagine pour son application mobile la possibilité de fabriquer cet équipement sportif de manière à épouser parfaitement la forme de nos pieds malgré ses matériaux rigides.À l\u2019aune de ses avancées, il lui apparaît possible de franchir le pas.PODFORM 3D : une application pour sortir du moule À partir d\u2019une vidéo ?lmée avec un téléphone, la technologie de l\u2019entreprise Bodyform 3D permet de commander une orthèse plantaire parfaitement ajustée.Par Etienne Plamondon Emond SANTÉ S i seulement j\u2019avais su à ce moment-là qu\u2019il fallait agir.» Ces mots, Mashrura Tasnim y songe encore souvent.Ils ont été prononcés par son amie, une intervenante psychosociale, après le suicide d\u2019un étudiant dépressif dont elle assurait le suivi dans une université du Bangladesh.Mashrura Tasnim s\u2019est alors interrogée: serait-il possible de suivre en temps réel la détresse des patients souffrant de dépression pour intervenir en cas de crise et donc éviter des suicides ?Tout son parcours universitaire a été in?uencé par cette question.Aujourd\u2019hui doctorante au département d\u2019informatique de l\u2019Université de l\u2019Alberta, Mashrura Tasnim travaille sur une application pour téléphone intelligent qui analysera la voix de son propriétaire pour suivre l\u2019évolution de la maladie.Il y a en effet toute une littérature scienti?que qui lie la voix et le diagnostic de dépression.« Notre dispositif ne s\u2019intéresse pas aux mots, mais à une foule de paramètres comme l\u2019acuité de la voix et le niveau d\u2019énergie.» Ce travail d\u2019analyse se fera automatiquement, au ?l des appels que l\u2019usager passera.Si le dispositif repère une intensi?cation de la détresse, un message sera envoyé à une personne désignée comme ressource en cas d\u2019urgence.Mashrura Tasnim cherche ainsi un moyen de combattre le risque le plus grave ?le suicide ?d\u2019une maladie encore mystérieuse.Pourtant le nombre de recherches à son sujet va toujours croissant.Environ 22 000 études ont été publiées l\u2019an dernier contre 12 000 il y a 10 ans dans la base de données en sciences biomédicales PubMed.Mais la biologie de la maladie demeure insaisissable, alors même que le syndrome est désigné par l\u2019Organisation mondiale de la santé comme l\u2019un des plus grands fardeaux dans le monde, touchant plus de 300 millions d\u2019individus.Le ?ou est tel que le diagnostic ne peut se faire à partir de tests objectifs ?sanguins, génétiques ou d\u2019imagerie par exemple.Les médecins le posent uniquement en se basant sur un éventail de symptômes, qui varient énormément d\u2019un individu à l\u2019autre et LA DÉPRESSION CE MAL INSAISISSABLE Si l\u2019on a tant de mal à soigner la dépression, c\u2019est parce que ses mécanismes échappent encore aux chercheurs.Le syndrome engloberait peut-être des maladies variées.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE ILLUSTRATIONS : PIERRE-PAUL PARISEAU « , QUÉBEC SCIENCE 28 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 pen 071740 = rr ps hd Fe A 5 > Pa.t ren\u201d 3 LJ 7e ie q 8 5 Le A a Pf J + Nd RE: J \u201cx 1.ig J (as a 6 Pa ob LR) FS 5 No > WN UN \u2014 \u201c= D Te / Sy N, 7 Xr A = D £2 A 5 \\, « ¢ CEA | L 4 ced \u2014 1 As y je De 4 = r N 14 A a (TE == =\u2014 2) (246 AE = pr \u2014 | eV 4 = Pa Un eu Ÿ = = 8 bung we oY Peay & === == = AN 1) reurvex vx une \u2014 = === ee = N { {| p\u2014\u2014\u2014 \"SE GR 3j \u2014 FER = = ÿ N aN >] um me Un VS == \\ \u201c~~ mg VW Vu oe 7 vam ER TER N WN PUR Ve 2 Cu Q é Le VE Se - = = / Qu S| re -\u2014 = \"Vu PU == = =.wa.VS OU = = % = ES Gus 3 XV] yr \u2014_\u2014 WP VF \u2014 ~\u2014 \u2014\" 1 pr r= a = - wi fer a » = A À pe À vi | \u201c Plus on comprend la dépression, moins on comprend en fait.\u201d selon qu\u2019on est un homme ou une femme.Une aberration pour Thomas Insel, un neuroscienti?que et psychiatre in?uent aux États-Unis.En 2013, à la sortie de la dernière mouture du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (le DSM-5), il écrivait d\u2019ailleurs que les malades « méritent mieux ».Bien que la psychothérapie ait démontré son ef?cacité, le traitement le plus commun demeure pharmacologique et fonctionne par essai-erreur ; on dit généralement qu\u2019un tiers des patients parvient à la rémission au premier antidépresseur essayé, qu\u2019un autre tiers doit essayer plus d\u2019un médicament et que le dernier tiers n\u2019obtiendra pas de soulagement.Faute de comprendre la biologie derrière la maladie, la mise au point de nouveaux médicaments piétine, car les cibles à favoriser sont inconnues.Il faut savoir que les médicaments utilisés pour vaincre la dépression ont tous été découverts de façon fortuite, souvent en cherchant à traiter d\u2019autres problèmes médicaux (congestion, tuberculose.).Résultat : des patients vraiment joyeux ! « La dépression, c\u2019est très hétérogène », souligne Bruno Giros, chercheur au Centre de recherche Douglas et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurobiologie des troubles mentaux.Il la compare au cancer, qu\u2019on ne voit plus comme un seul trouble, mais comme un groupe de maladies : le cancer du poumon à petites cellules, le cancer de la prostate, etc.«Pour la dépression, c\u2019est pareil, dit-il.On doit passer par un raf?ne- ment de l\u2019évaluation diagnostique.Mais trouver des sous-classes de la dépression est compliqué.» À l\u2019image des dessins de striatums, d\u2019hippocampes et de synapses qui ornaient son tableau le jour de notre visite à son bureau ! « Plus on comprend la dépression, moins on comprend en fait», déclarait-il alors.Pourtant, de 1970 à 1990, les choses semblaient sur le point de se régler.On pensait avoir découvert le nœud du problème, le facteur sur lequel intervenir pour guérir la dépression: un déséquilibre chimique dans le cerveau.SE HEURTER À UN MUR À cette époque, les chercheurs s\u2019emballent pour la « psychiatrie biologique », raconte Bruno Giros, qui est aussi professeur à l\u2019Université McGill.« C\u2019était l\u2019explosion de la biologie moléculaire.On a mis au jour des récepteurs des neurotransmetteurs et on les a clonés.On faisait des progrès à pas de géant.» Comment les chercheurs en sont-ils venus à l\u2019hypothèse du « déséquilibre SANTÉ \u2013 Bruno Giros, chercheur au Centre de recherche Douglas QUÉBEC SCIENCE 30 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 LA QUÊTE D\u2019UN « BIOMARQUEUR » La dépression se voit-elle à partir d\u2019un examen d\u2019imagerie du cerveau ?Le chercheur et psychiatre Argyris Stringaris a récemment publié, avec des collègues, un article dans JAMA Psychiatrics sur l\u2019anhédonie, une manifestation fréquente chez les gens dépressifs qui se résume à une impossibilité à éprouver du plaisir.À partir d\u2019images par résonance magnétique du cerveau de quelque 4 500 enfants (car oui, la dépression touche aussi les enfants), son équipe a observé que l\u2019anhédonie est associée à une hypoconnectivité au repos entre différentes régions du cerveau ainsi qu\u2019à une faible activation des circuits en jeu dans l\u2019anticipation d\u2019une récompense.A-t-on pour autant trouvé une façon objective de diagnostiquer la maladie ?« Non, lâche le directeur de la Mood, Brain and Development Unit du National Institute of Mental Health, basé à Bethesda, au nord de Washington, joint par téléphone.Cette découverte permet de tirer des conclusions relativement à un groupe de patients, mais elle n\u2019est pas assez signi?cative sur le plan individuel.Voilà le problème le plus commun auquel on est confrontés » dans la recherche d\u2019un biomarqueur de la maladie.Pour surmonter cet obstacle, selon lui, il faudrait davantage d\u2019études longitudinales ?un véritable suivi des patients dans le temps ?, mais elles coûtent très cher.Il se réjouit donc de savoir que les jeunes ayant participé à son étude seront suivis jusqu\u2019à l\u2019âge adulte.chimique», selon laquelle la dépression était due au niveau anormal d\u2019un neurotransmetteur, plus particulièrement la sérotonine, qui contribue à la maîtrise des émotions?Ils savaient que plusieurs des médicaments efficaces contre la dépression agissent sur la production de sérotonine : on parle des antidépresseurs tricycliques, des inhibiteurs de monoamine oxydase et des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine.Il n\u2019y avait alors qu\u2019un pas à faire pour imaginer un lien de cause à effet.Cette théorie offrait l\u2019avantage de réduire la stigmatisation des personnes dépressives (mais des chercheurs ont depuis remarqué qu\u2019elle semble aussi donner une plus grande crédibilité à la pharmacothérapie qu\u2019à la psychothérapie).Mais la communauté scienti?que a rapidement réfuté cette vision simpliste de la maladie\u2026 qui a néanmoins percolé dans l\u2019imaginaire collectif.En réalité, « les données laissent entendre qu\u2019une altération de l\u2019activité de la sérotonine peut causer la dépression dans certaines circonstances, mais qu\u2019elle n\u2019est ni nécessaire ni suf?sante », peut-on lire dans un article de 2015 qui revient sur l\u2019histoire de cette théorie dans World Psychiatry.Après les grands espoirs portés par la psychiatrie biologique, « on s\u2019est heurtés à un mur, et les avancées ont été minimes, reconnaît Bruno Giros.Quand les psychiatres voient un patient, il ne leur est pas utile de connaître les récepteurs\u2026 ».Les recherches des dernières décennies ne cessent de prouver que la maladie n\u2019est pas qu\u2019un trouble du cerveau.Dans son postdoctorat en neurosciences à l\u2019Icahn School of Medicine at Mount Sinai, à New York, Caroline Ménard a entrepris de produire une synthèse des connaissances sur la pathogenèse de la dépression, c\u2019est- à-dire les mécanismes à sa source, à partir d\u2019études sur des animaux et des humains.« C\u2019est le genre de texte, se dit-on, qui comptera 8 000 mots et ?nalement, c\u2019est un monstre!» L\u2019article publié en 2016 dans Neuroscience fait plus de 19 000 mots\u2026 Évidemment, son « monstre » parle des circuits concernés dans le cerveau.« Mais il y a désormais une grande ouverture vis-à-vis d\u2019autres mécanismes biologiques.Tout l\u2019aspect immunitaire était nouveau à ce moment-là, le côté vasculaire aussi », se souvient Caroline Ménard.L\u2019in?ammation semble ainsi jouer un rôle dans la maladie : en manipulant le système immunitaire de souris, des chercheurs ont réussi à les rendre plus ou moins susceptibles de développer ce qui s\u2019apparente à une dépression (elles ont moins envie de boire de l\u2019eau sucrée QUÉBEC SCIENCE 31 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 SANTÉ I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ou de se débattre pour survivre si on les immerge).Cette in?ammation ?nirait par abîmer la barrière hématoencéphalique (BHE) protégeant le cerveau.«Il y a même des compagnies pharmaceutiques qui veulent réutiliser des molécules employées a?n de soulager l\u2019arthrite ou d\u2019autres problèmes d\u2019in?ammation pour traiter la dépression», commente Caroline Ménard.Son article évoque les nouvelles recherches indiquant qu\u2019un microbiote intestinal altéré pourrait contribuer à affaiblir la BHE.Il décrit également l\u2019effet du stress dès l\u2019enfance et celui des traumatismes, de l\u2019isolement et du rejet social, de l\u2019épigénétique (l\u2019in?uence de l\u2019alimentation, de l\u2019exercice et des autres facteurs environnementaux sur l\u2019expression des gènes)\u2026 Bref, on est loin du simple déséquilibre chimique.Ou du gène qui expliquerait tout.L\u2019hypothèse qu\u2019un gène ou un petit lot de gènes nous mettraient plus à risque de dépression semble en effet de moins en moins plausible.Une étude publiée en mars dernier dans The American Journal of Psychiatry à partir de données relatives à des dizaines de milliers de personnes n\u2019a pas trouvé de corrélations entre la maladie et 18 gènes scrutés depuis des années dans l\u2019espoir d\u2019en faire des biomarqueurs de la dépression.« On dit souvent que la dépression court dans une famille, mais c\u2019est difficile de discerner si c\u2019est bien l\u2019hérédité qui est en cause ou un milieu socioéconomique similaire de génération en génération, dit Caroline Ménard, qui est aujourd\u2019hui professeure au Département de psychiatrie et de neurosciences de l\u2019Université Laval.Nous, on le voit : si l\u2019on donne un environnement enrichi à des souris [c\u2019est-à-dire une cage plus grande avec un nid, des jouets, une roue, des cachettes et des congénères pour augmenter les interactions sociales], ça améliore leur résilience face au stress et elles sont plus heureuses.» Pour déterminer des sous-classes de la dépression à partir de cette variété de facteurs, il faudra encore beaucoup de travail.« On va éventuellement avoir une médecine plus personnalisée : par exemple, ceux qui ont une réponse immunitaire forte pourraient être traités avec tel médicament », indique la chercheuse.Pareille prouesse a peut-être été réalisée au Toronto Western Hospital.L\u2019équipe du clinicien-chercheur Jonathan Downar et ses collègues américains sont parvenus à diviser un groupe de personnes dépressives en quatre sous-types à l\u2019aide de l\u2019imagerie par résonance magnétique fonctionnelle et d\u2019un algorithme.Ces «biotypes» se traduisent par des variations dans le dysfonctionnement des réseaux limbique et fronto-striatal, des régions liées aux émotions et au raisonnement.Ces travaux, publiés dans Nature Medicine en 2017, ont été effectués à partir de données rétrospectives (le dossier médical et les examens d\u2019imagerie par résonance magnétique fonctionnelle du cerveau de patients déjà traités) ; il reste donc à tester la technique sur des malades cherchant un traitement et à reproduire le tout.Fait intéressant : la technique pourrait prédire la réponse à un traitement utilisé auprès des patients chez qui les médicaments ont échoué, soit la stimulation magnétique transcrânienne répétitive.On se rapproche donc de l\u2019idée de lier un type de dépression à un traitement précis.« Mais soumettrait-on vraiment tous les patients à des scans?demande le Dr Downar.Ça en ferait beaucoup ! » Il garde toujours en tête cette idée de faciliter le diagnostic et le traitement, pas de les compliquer, car, en tant que psychiatre, il sait bien que l\u2019accès aux soins demeure un problème au pays.« Une autre piste qu\u2019on poursuit est l\u2019observation [en parallèle des tests d\u2019imagerie] des symptômes autres que ceux de la dépression.Certains patients ont depuis toujours une tendance à s\u2019en faire avec un rien, d\u2019autres sont très impulsifs et d\u2019autres encore ont un trouble alimentaire ; peut-être tombent-ils dans des catégories différentes.» Tout cela reste à voir.QUELLE BIOLOGIE?Et si les données des différentes études sur la dépression étaient faussées par des patients qui n\u2019avaient tout simplement pas de problème biologique ?C\u2019est la question que pose Anne Harrington, historienne de la psychiatrie et professeure à l\u2019Université Harvard, dans l\u2019essai Mind Fixers : Psychiatry\u2019s Troubled Search for the Biology of Mental Illness, paru au printemps dernier.En mettant l\u2019accent uniquement sur le LA FLORE INTESTINALE DU PATIENT DÉPRESSIF Depuis une dizaine d\u2019années, on cherche des traces de la maladie dans l\u2019intestin ou plutôt dans son microbiote, soit l\u2019ensemble des microorganismes qui le colonisent.De nombreuses études réalisées sur des rongeurs ont révélé un lien entre la vulnérabilité au stress et la composition de la ?ore intestinale, et les travaux avec des humains commencent à voir le jour.Une équipe belge a ainsi effectué une grande étude sur deux cohortes de plus de 1 000 patients.Elle a découvert que deux souches bactériennes, Coprococcus et Dialister, sont moins nombreuses chez les personnes dépressives.Et cela a du sens ! « Coprococcus produit du butyrate, une molécule connue pour ses effets anti- in?ammatoires.Or, les patients qui souffrent de dépression ont de l\u2019in?ammation », explique Mireia Valles- Colomer, qui a participé à cette recherche au cours de son doctorat au VIB-KU Leuven Center for Microbiology.À l\u2019inverse, la présence de cette même Coprococcus et de Faecalibacterium est associée à une meilleure qualité de vie.« On constate que le microbiote est un important contributeur alors qu\u2019il n\u2019était pas du tout pris en considération jusqu\u2019à tout récemment, dit Mireia Valles-Colomer.On est encore loin de pouvoir utiliser cette information pour le diagnostic ; par exemple, on ne sait pas si le microbiote de tous les patients atteints de dépression est perturbé.» Actuellement, elle collabore avec des cliniciens pour analyser le microbiote de patients qui ne répondent pas aux traitements classiques.Des prébiotiques ou des probiotiques pourraient ainsi un jour entrer dans la pharmacopée de la maladie.QUÉBEC SCIENCE 32 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 côté «biologique» de la dépression ?ce qui a eu pour effet de favoriser la profession de psychiatre, selon elle ?, tout le monde est perdant.Où se trouve la limite entre la maladie et la tristesse passagère qui peut envahir un individu ?« Cela ne signi?e pas qu\u2019il n\u2019y a pas moyen d\u2019aider ces personnes aux prises avec une souffrance mentale, une catégorie plus vaste que la maladie mentale», explique-t-elle en entrevue, ajoutant que les travailleurs sociaux et les psychologues devraient avoir une plus grande place dans nos systèmes de santé.Et les chercheurs en sciences sociales devraient quant à eux être intégrés aux travaux sur les causes biomédicales de la dépression, poursuit-elle.«Les patients sont des personnes, pas seulement des systèmes biologiques dans lesquels on fait pénétrer une substance chimique ! Ils ont des attentes, des réactions.On a besoin des disciplines qui utilisent d\u2019autres méthodes et d\u2019autres types de données, et surtout il ne faut pas considérer cela comme une rivalité.» Par exemple, comment comprendre l\u2019énorme effet placébo observable chez les individus dépressifs sans ces scienti?ques?Bruno Giros, au Centre de recherche Douglas, croit pour sa part que la participation des cliniciens à la recherche devrait aller de soi.Il est très optimiste et demeure persuadé que des découvertes majeures sont à venir (lui-même cherche activement de nouvelles cibles de traitement).« Les promesses des neurosciences sont encore récentes, rappelle le chercheur.On a fait d\u2019énormes avancées en 20 ans avec les techniques d\u2019imagerie cérébrale, les approches génétiques et l\u2019op- togénétique [une technique qui permet de stimuler des neurones grâce à la lumière].Il faudra encore un peu de temps avant de tout éclaircir.Est-ce que les chercheurs sont déprimés pour autant?Non!» Mashrura Tasnim fait partie de ces chercheurs pleins d\u2019espoir.Elle a déjà testé son application pour téléphone intelligent sur des lots de données audios en anglais et en allemand.Son taux de succès dans le diagnostic de la dépression est encourageant: 81 %.Pour ce qui est de déterminer la gravité de la maladie, l\u2019algorithme demeure à améliorer, mais pour cela, il lui faut obtenir plus de données, c\u2019est-à-dire persuader des patients d\u2019installer l\u2019application sur leur téléphone.Elle est convaincue d\u2019y parvenir.« Le dé?sera ensuite de s\u2019assurer que les personnes-ressources agissent vraiment quand elles recevront un signal.» Ce qui, elle le sait, pourrait bien être une question de vie ou de mort.lQS PRESCRIPTION PERSONNALISÉE Une analyse génétique pourrait servir un jour à désigner le bon traitement pour chaque patient.Un grand essai clinique, appelé ADOPT-PGx, a cours aux États-Unis en ce moment.Les participants, des hommes et des femmes en dépression depuis au moins trois mois, sont tous soumis à un test génétique.Deux gènes sont particulièrement d\u2019intérêt : CYP2D6 et CYP2C19, car ils encodent les enzymes qui métabolisent une classe importante d\u2019antidépresseurs, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine.« Ils ont un effet sur la quantité de médicament actif qui circule dans le sang », signale le Dr Josh Peterson, professeur de bio-informatique à l\u2019Université Vanderbilt, au Tennessee, qui dirige cet essai.Pour la moitié des participants, le médecin traitant recevra le résultat du test génétique et des recommandations dès le début du suivi et pourra s\u2019en servir pour choisir l\u2019antidépresseur à prescrire.Dans l\u2019autre moitié des cas, l\u2019information sera acheminée seulement à la ?n de l\u2019essai clinique a?n de comparer le rétablissement des deux groupes.Le résultat déterminera s\u2019il vaut la peine d\u2019intégrer l\u2019outil à l\u2019arsenal médical.« La pharmacogénomique n\u2019explique pas à elle seule la résistance aux antidépresseurs, mais on tente de montrer que les facteurs génétiques sont un élément majeur dans la variabilité de la réponse au traitement », indique le Dr Peterson.Les patients sont des personnes, pas seulement des systèmes biologiques dans lesquels on fait pénétrer une substance chimique.« » \u2013 Anne Harrington, historienne de la psychiatrie QUÉBEC SCIENCE 33 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 L e tax i s \u2019 a r- rête au cœur d\u2019un quartier semi-industriel de Winnipeg, le long d\u2019un boulevard où quelques entrepôts côtoient des maisonnettes sans charme.Aussi improbable que cela puisse paraître, les plus grands ennemis du genre humain se trouvent presque tous entre les murs de l\u2019immeuble fédéral banal dans lequel je m\u2019apprête à entrer.Impossible de ne pas ressentir un frisson\u2026 Autour, pas de clôture, encore moins de barbelés.Certes, les visiteurs doivent montrer patte blanche à l\u2019entrée \u2013 présentation d\u2019une pièce d\u2019identité, signature du registre, port du badge ?, mais ces mesures n\u2019ont rien d\u2019exceptionnel.« Nous ne pouvons pas vous donner de détails, mais il y a bel et bien des systèmes de sécurité à l\u2019extérieur et à l\u2019intérieur », assure l\u2019agente des communications qui me guidera tout au long de la journée.Ici, les « détenus » sont aussi dangereux que minuscules.Ils ont pour noms Ebola, Marburg, Nipah et ils font partie du club des virus les plus mortels de la planète.Tuant de 25 à 90 % des gens qu\u2019ils infectent, leur réputation n\u2019est plus à faire.Celle du Laboratoire national de microbiologie (LNM) de l\u2019Agence de la santé publique du Canada, qui m\u2019ouvre exceptionnellement ses portes, non plus.C\u2019est ici qu\u2019ont été mis au point un traitement et un vaccin contre la ?èvre hémorragique Ebola, le dernier étant utilisé pour contenir l\u2019épidémie actuelle en République démocratique du Congo.Mais la principale mission du LNM est défensive: il s\u2019agit du point névralgique de la riposte nationale contre les maladies infectieuses.Et de notre rempart le plus solide contre les épidémies de toutes sortes, même les plus exotiques qui se tiennent pour l\u2019instant à distance du pays.Car tous les experts, ceux de l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) en tête, sont d\u2019accord sur un point : l\u2019arrivée de la prochaine pandémie n\u2019est qu\u2019une question de temps et ses conséquences seront majeures.Pour s\u2019en convaincre, il suf?t de penser à la grippe espagnole de 1918, qui a infecté le tiers de la population mondiale et tué de 50 à 100 millions d\u2019individus.Ou encore à la peste noire du 14e siècle, qui aurait décimé en cinq ans de 30 à 50 % de la population européenne.Ou à la variole, l\u2019une des maladies les plus contagieuses Dans le laboratoire le plus sécurisé du Canada, des microbiologistes surveillent de près les pires pathogènes de la planète.Le but : répondre au mieux à la prochaine grande épidémie, qui se produira peut-être plus rapidement qu\u2019on le pense.PAR MARINE CORNIOU I M A G E : N M L / C O R Y A R O N E C P H O T O G R A P H Y L T D .PRÊTS POUR LA PROCHAINE PANDÉMIE ?SANTÉ QUÉBEC SCIENCE 34 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 En cas de crise, les équipes de Winnipeg formées à la gestion des urgences s\u2019installent dans cette salle équipée de moyens de communication dernier cri et coordonnent les opérations.Il existe quatre niveaux d\u2019urgence et, dans les situations les plus graves, tous les postes sont occupés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.En ces lieux, la hiérarchie habituelle vole en éclats: au total, 15 personnes sont en mesure de diriger le centre et c\u2019est l\u2019une d\u2019elles qui prend les rênes.Autour des tables, chacun revêt un gilet de couleur qui permet de savoir dans quelle équipe il se trouve (logistique, communications.). SANTÉ et dévastatrices que l\u2019humanité ait connues.Imaginez l\u2019équivalent dans notre monde surpeuplé et hyperconnecté, où les déplacements de personnes et de marchandises ne cessent de s\u2019intensi?er\u2026 S\u2019il est vrai que la médecine a progressé, l\u2019humanité n\u2019a pas ?ni d\u2019en découdre avec les infections.Rien que depuis 1980, le nombre annuel de ?ambées épidémiques, toutes causes confondues, aurait triplé.Lorsque la prochaine pandémie touchera le territoire canadien, les 600 employés du centre de Winnipeg, des biologistes aux informaticiens en passant par les agents administratifs, seront prêts à y faire face.Lors de la dernière frayeur qu\u2019a connue la planète, la grippe H1N1 en 2009, le personnel s\u2019est relayé 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 (même si, ?nalement, cette nouvelle souche s\u2019est révélée peu meurtrière).Que l\u2019épidémie majeure à venir se présente sous les traits d\u2019une grippe fulgurante ou d\u2019une réplique du SRAS (le syndrome respiratoire aigu sévère), la première étape sera de reconnaître le pathogène en cause le plus tôt possible.« Nous sommes le laboratoire de référence pour diagnostiquer n\u2019importe quelle menace infectieuse dans le pays, résume Matthew Gilmour, directeur scienti?que du LNM.Nous avons aussi une mission de surveillance.Nous nous penchons sur les microorganismes émergents et sur ceux déjà connus à l\u2019étranger, même s\u2019ils n\u2019ont encore jamais posé de problème au Canada.Dès qu\u2019une menace surgit au pays, nous devons être capables d\u2019offrir des tests diagnostiques aux Canadiens.» Pour faciliter ce travail de veille, le LNM collabore avec un réseau international d\u2019instituts de recherche qui lui envoient, par colis hautement sécurisés, des spécimens de tous les microbes inquiétants.Le Laboratoire national de microbiologie travaille aussi étroitement avec toutes les provinces, notamment avec l\u2019Institut national de santé publique du Québec.Dès qu\u2019un hôpital observe des symptômes inhabituels chez un patient, repère une série de cas suspects ou une maladie exotique rare, les experts du LNM sont avertis.«Le Zika en est un bon exemple.Aucune clinique, aucun hôpital public ou privé du pays ne connaissait ce virus avant l\u2019épidémie [NDLR : qui a débuté au Brésil en 2015].Personne n\u2019offrait de tests diagnostiques, à part nous », illustre le Dr Gilmour.CONFINEMENT MAXIMAL Évidemment, on ne manipule pas des bestioles aussi virulentes à la légère.Des précautions extrêmes doivent être prises pour garantir la sécurité des employés, limiter les risques d\u2019accident, de fuite ou d\u2019attaque terroriste.D\u2019ailleurs, les consignes sont claires: il m\u2019est interdit de photographier les portes, les fenêtres et les caméras de surveillance, histoire de prévenir tout acte malveillant.Le LNM, qui fête ses 20 ans cette année, est la seule installation au Canada à être classée niveau 4 sur l\u2019échelle de sécurité biologique.Cela correspond au plus haut degré de con?nement, indispensable pour manipuler les « P4 », les pathogènes de classe 4.«Cette catégorie regroupe des pathogènes susceptibles de provoquer des maladies graves, avec des taux de mortalité et de transmission élevés, et contre lesquels nous n\u2019avons en général ni vaccins ni traitements », explique Mike Drebot, virologue réputé du LNM.Tous les P4 connus sont des virus, dont la plupart causent des ?èvres hémorragiques comme Ebola.Après avoir franchi une multitude de portes, qui ne s\u2019ouvrent qu\u2019avec les badges des rares employés autorisés (lesquels ne me lâchent pas d\u2019une semelle), j\u2019arrive ?nale- ment dans l\u2019enceinte de haute sécurité.Mais impossible pour moi d\u2019y entrer: il faut au moins un an de formation et d\u2019entraînement pour pouvoir y mener des expériences.Je me contente par conséquent de regarder à travers les vitres.Côté matériel, rien ne diffère des laboratoires de microbiologie classiques: comptoirs en acier, microscopes, pipettes et hottes ventilées.L\u2019équipement des chercheurs, en revanche, ne passe pas inaperçu ! Dans une énorme combinaison de plastique bleue, ressemblant à un scaphandre avec casque intégral, un employé s\u2019affaire ce jour-là à démonter toutes les machines pour la désinfection annuelle.Sa combinaison est reliée à un câble jaune en spirale ?xé au plafond qui la gon?e tel un costume de bonhomme Michelin.« C\u2019est comme un équipement d\u2019astronaute: l\u2019air est injecté à l\u2019intérieur pour maintenir une pression positive », indique Brad Pickering, scienti?que responsable des installations de niveau 4.Si par malheur le plastique protecteur était transpercé, l\u2019air irait ainsi de l\u2019intérieur vers l\u2019extérieur, tenant les virus à distance du scaphandrier.« Quant à la pièce, elle est maintenue en sous-pression par rapport au reste du bâtiment : l\u2019air ne peut pas s\u2019en échapper», ajoute-t-il.On ne s\u2019en rend pas compte, mais l\u2019enceinte est construite comme une «boîte en béton dans une autre boîte en béton », un peu selon le principe des poupées russes.Au-dessus du plafond, un compartiment est réservé aux installations de traitement de l\u2019air, doublement ?ltré ; sous le plancher, les ef?uents liquides sont également décontaminés deux fois par jour.Avant d\u2019entrer dans ce bunker, les chercheurs en?lent, dans un sas, une tenue chirurgicale avec des sous-vêtements jetables (on ne plaisante pas avec la sécurité !) avant de se glisser dans le «scaphandre», équipé d\u2019une radio pour les communications.« La règle est qu\u2019on ne travaille pas dans le laboratoire plus de quatre heures d\u2019af?lée.Évidemment, à l\u2019intérieur, on ne peut ni boire ni manger, ni aller aux toilettes », détaille Brad Pickering.Pas question, donc, d\u2019avaler un litre de café avant d\u2019y pénétrer : il faut compter au moins 20 minutes de procédure pour sortir du laboratoire.« Il faut d\u2019abord prendre une douche chimique pour décontaminer la combinaison, puis une douche personnelle.» Imperturbable, le technicien-astronaute essuie toutes les surfaces avec des gestes lents et appliqués.«Certaines manipulations sont plus dif?ciles à faire que dans un laboratoire de moindre sécurité.Nous devons porter deux paires de gants sous la paire de gants de la combinaison, qui ressemblent à des gants de vaisselle.Cela demande beaucoup de dextérité!» précise Brad Pickering.Les échantillons viraux sont eux-mêmes con?nés dans des ?oles spéciales.On refuse de me pointer l\u2019endroit où ils sont stockés dans le laboratoire\u2026 Reste que les pires virus du monde sont tapis là, dans l\u2019un des frigos ou derrière la porte close que j\u2019aperçois au fond.Y compris celui de la grippe espagnole de 1918, que des scienti?ques ont «ressuscité» ici, en 2007, dans le but de l\u2019étudier.Car le LNM ne se contente pas de con?r- mer des diagnostics.« Nous tentons aussi d\u2019une part de comprendre ce qui fait qu\u2019une maladie a émergé et pourquoi elle est virulente et d\u2019autre part de déchiffrer la biologie I M A G E S : N A T I O N A L C E N T R E F O R F O R E I G N A N I M A L D I S E A S E QUÉBEC SCIENCE 36 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 Il n\u2019existe qu\u2019une cinquantaine de laboratoires de niveau 4 sur la planète, conçus pour résister aux pannes de courant, aux séismes et à toute autre catastrophe naturelle.Dans le laboratoire de niveau 4, les chercheurs sont équipés d\u2019une combinaison intégrale gon?ée d\u2019air et plusieurs paires de gants couvrent leurs mains.Un casque et un micro permettent de communiquer.La combinaison (ici, un modèle de démonstration) est faite d\u2019un seul morceau pour être entièrement étanche.Elle est stérilisée par une douche chimique après chaque utilisation.Le LNM possède aussi un laboratoire de niveau 3 installé dans un camion.Il permet de faire des analyses sur les lieux d\u2019un rassemblement, comme la réunion du G7 en 2018, pour parer au bioterrorisme.QUÉBEC SCIENCE 37 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 SANTÉ de l\u2019agent infectieux et d\u2019améliorer les tests diagnostiques.Parfois, ces recherches aboutissent à un vaccin, comme dans le cas d\u2019Ebola », mentionne Matthew Gilmour, qui ajoute que ses collègues et lui publient plus de 300 articles scienti?ques chaque année.En 2009 par exemple, l\u2019équipe de Winnipeg a été l\u2019une des premières dans le monde à séquencer le génome de H1N1.Le but : tenter autant que possible d\u2019avoir une longueur d\u2019avance sur ces pathogènes, que très peu de chercheurs ont les moyens d\u2019étudier.En effet, il n\u2019existe qu\u2019une cinquantaine de laboratoires de niveau 4 sur la planète, conçus pour résister aux pannes de courant, aux séismes et à toute autre catastrophe naturelle.LES VIRUS ANIMAUX SOUS LA LOUPE Les installations de Winnipeg demeurent uniques au monde : elles abritent non pas un, mais deux laboratoires de niveau 4 sous le même toit.Le second appartient au Centre national des maladies animales exotiques de l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments.C\u2019est l\u2019équivalent vétérinaire du LNM.« Nous travaillons sur les maladies qui pourraient toucher le bétail et avoir des conséquences dramatiques sur l\u2019économie canadienne et le commerce, comme la peste porcine africaine », dit Alfonso Clavijo, directeur du volet animal.Cette maladie virale hémorragique fait paniquer les éleveurs du monde entier.Depuis 2018, elle se propage de façon fulgurante en Asie et a déjà conduit à l\u2019abattage de plus d\u2019un million de porcs en Chine.Aucun cas n\u2019a été rapporté au Canada pour l\u2019instant, mais on craint le pire.Si la peste porcine épargne les humains, elle fait ?gure d\u2019exception\u2026 Au total, les trois quarts des maladies animales émergentes peuvent se transmettre aux humains, selon l\u2019Organisation mondiale de la santé animale.L\u2019étroite collaboration entre les experts en santé animale et ceux en santé humaine est donc hautement stratégique.« C\u2019est vraiment la force de notre centre.Tous les pathogènes de niveau 4 qui infectent l\u2019humain actuellement sont d\u2019origine zoonotique », poursuit Alfonso Clavijo.Pas besoin de chercher loin pour trouver des exemples.Les virus grippaux sont véhiculés par les volailles et les oiseaux sauvages ; le VIH vient des singes ; la peste et la ?èvre de Lassa, des rats; le redoutable virus Marburg et le virus du SRAS, des chauves-souris ; et le virus Ebola, d\u2019un animal dont on ignore encore le nom\u2026 Ainsi, de 60 à 80 % des pathogènes humains émergents sont des virus qui affectent initialement les animaux, selon les estimations.La viande de brousse, les marchés de volailles, les élevages industriels ou même les animaux domestiques sont souvent le point de départ des pires épidémies.Dans cette promiscuité, les virus peuvent franchir la barrière des espèces et acquérir la capacité à se propager directement d\u2019une personne à une autre.De cette capacité dépend leur destin : la transmission peut tourner court après quelques cas ou, au contraire, être à l\u2019origine d\u2019une ?ambée épidémique, voire d\u2019une pandémie.En moyenne, une nouvelle maladie infectieuse a surgi chaque année au cours des 30 dernières années, souvent en provenance directe des forêts tropicales denses d\u2019Afrique ou d\u2019Asie, à la faveur de la déforestation galopante, qui favorise les contacts avec la biodiversité.Les plus menaçantes font toutes partie du bestiaire du LNM.Au printemps 1918, alors que la Première Guerre mondiale tire à sa ?n, la grippe espagnole se répand en Europe.En France, à Aix-les-Bains, des soldats américains atteints du virus sont traités dans un hôpital d\u2019une base militaire.La pandémie de grippe fauchera plus de 50 millions de vies, un nombre cinq fois plus élevé que les soldats tués sur les champs de bataille.COMBIEN DE VICTIMES POURRAIT FAIRE UN VIRUS RESPIRATOIRE GRAVE ?1 SEMAINE 25 000 1 MOIS 700 000 6 MOIS 33 000 000 QUÉBEC SCIENCE 38 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 I M A G E S : W I K I M E D I A C O M M O N S ; S H U T T E R S T O C K .C O M MALADIE X\u2026 OU Y Mais le LNM a beau tenir son stock de virus à jour, rien ne garantit que le prochain tueur de masse en fait partie.Les chercheurs le savent bien : réussir à prédire la prochaine souche pandémique relève plus de la boule de cristal que de la science ! Et les chances sont grandes que le virus en question nous prenne par surprise.En 2009, tout le monde avait les yeux tournés vers l\u2019Asie, surveillant de près la grippe aviaire.Finalement, la pandémie a été causée par un virus de grippe porcine originaire d\u2019Amérique, que personne n\u2019avait vu venir\u2026 «L\u2019une de nos forces, à Winnipeg, est notre capacité à diagnostiquer rapidement l\u2019inconnu, grâce au séquençage génétique et à la bio-informatique », assure Matthew Gilmour.De son côté, pour composer avec l\u2019imprévu, l\u2019OMS a ajouté en 2018 la «maladieX» sur sa liste des grandes menaces pour la santé mondiale, qui serait provoquée par un agent « potentiellement épidémique encore inconnu.» L\u2019objectif: inciter la communauté internationale à se préparer à tous les scénarios.À quoi pourrait ressembler l\u2019agent X?Probablement à un virus transmis par voie respiratoire, à en croire un rapport du Johns Hopkins Center for Health Security sorti ?n 2018.Une sorte de grippe, sans doute, ou un nouveau syndrome respiratoire comme celui du Moyen-Orient, détecté pour la première fois en 2012 en Arabie saoudite et transmis par les chameaux.Même si le risque de pandémie bactérienne (comme la peste) n\u2019est pas à écarter, notent les experts, notamment à cause de la résistance croissante aux antibiotiques, les virus ont une force à ne pas négliger : ils peuvent muter et se répliquer à toute allure, et il n\u2019existe aucun antiviral ef?cace contre une vaste gamme de pathogènes viraux.En une semaine, un seul malade infecté par un virus transmissible par voie aérienne pourrait contaminer 25 000 individus.En un mois, 700 000.Et en six mois, ledit virus pourrait tuer 33 millions de personnes, selon des modélisations effectuées par l\u2019Institute for Disease Modeling.De quoi faire passer le virus Ebola, qui ne se transmet « que » par contact avec les ?uides corporels, pour un amateur.«Un virus respiratoire grave serait une catastrophe.Le monde n\u2019est pas prêt à se défendre contre une telle maladie », con?ait le directeur général de l\u2019OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à mon passage au siège de l\u2019Organisation à Genève en juillet dernier.Il ne cesse d\u2019exhorter les gouvernements des États membres à investir dans le renforcement des systèmes de santé, incluant la mise en place de laboratoires d\u2019analyse, la formation d\u2019un réseau de détection précoce, l\u2019accès aux diagnostics et aux vaccins.Plus de 400 millions de personnes n\u2019ont toujours pas accès aux services de santé les plus essentiels.« La sécurité sanitaire mondiale est largement sous-?nancée.Il faut réparer le toit avant que la pluie tombe, a-t-il martelé.Il faut aussi lutter contre la guerre, la pauvreté, le manque d\u2019infrastructures dans les pays les plus à risque.» Le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg exporte d\u2019ailleurs son expertise là où les moyens font défaut, à Pris le 19 novembre 1918, ce cliché montre le personnel soignant d\u2019un hôpital militaire situé à Fort Porter, dans l\u2019État de New York.Là aussi, le masque était de rigueur pour se protéger de la grippe.QUÉBEC SCIENCE 39 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 SANTÉ la demande du Réseau mondial d\u2019alerte et d\u2019action en cas d\u2019épidémie (GOARN), dont il fait partie.Ce réseau, coordonné par l\u2019OMS, réunit des établissements de plus de 100 pays.Le LNM a ainsi envoyé des troupes en Afrique de l\u2019Ouest entre 2014 et 2016 : certains chercheurs et techniciens ont passé des mois sur place, testant plus de 5 500 échantillons sanguins potentiellement contaminés par Ebola.Allen Grolla a fait partie du voyage.Ce biologiste a mis au point un système unique au monde, un laboratoire mobile « fait maison » qui ressemble à une table couverte d\u2019une bulle de plastique transparent.« Ces petits laboratoires de niveau 4 sont facilement transportables sur le terrain, puisque tout se plie et tient dans une valise», illustre-t-il en insérant un tube de sang factice dans une boîte vitrée qui fait of?ce de sas attenant à la « bulle » hermétique.Des gants intégrés à la paroi permettent de faire les tests diagnostiques en deux à trois heures en pleine brousse sans avoir à revêtir de scaphandre protecteur.Depuis 2003, Allen Grolla a trimbalé son laboratoire mobile en Chine pour traquer le SRAS, au Bangladesh pour le virus Nipah, en Angola pour la ?èvre de Marburg, et il s\u2019est frotté à Ebola un nombre incalculable de fois.Il peut en témoigner mieux que personne : virus et bactéries n\u2019ont que faire des frontières.Advenant une crise mondiale, c\u2019est à Genève, à 7 000 km de Winnipeg, que s\u2019organiserait la riposte.Dans le sous- sol du bâtiment principal de l\u2019OMS se niche la SHOC room, connue en français comme le Centre stratégique d\u2019opérations sanitaires.Le jour de ma visite, tout était calme, mais on imagine facilement l\u2019effervescence qui doit régner dans la salle en temps de crise, lorsque tous les postes sont occupés autour des tables disposées en rectangle et que les téléphones ne dérougissent pas.Le mur du fond est couvert d\u2019un immense écran ; sur les côtés, plusieurs téléviseurs sont suspendus, branchés en continu sur les chaînes d\u2019information ou af?chant des cartes géographiques détaillées.Des horloges numériques indiquent l\u2019heure de New York, d\u2019Auckland, de Londres.C\u2019est ici qu\u2019on coordonne, depuis 2003, la collaboration entre les États membres, les partenaires humanitaires et les réseaux tels que le GOARN en cas de drame sanitaire.Autant dire que ces murs recouverts de boiseries surannées ont dû entendre des conversations tendues\u2026 Sur l\u2019écran principal, les pays du monde entier apparaissent en vert, orange ou rouge selon l\u2019état d\u2019urgence dans lequel ils se trouvent.Sans surprise, la République démocratique du Congo est en rouge à cause de l\u2019épidémie d\u2019Ebola qu\u2019elle subit depuis plus d\u2019un an ; le Yémen aussi, à cause du choléra ; la Somalie à cause d\u2019une éclosion de poliomyélite.Même si les experts font le point quotidiennement, ils n\u2019activent le Centre qu\u2019une quinzaine de fois par année, lorsqu\u2019une situation dégénère quelque part.De son côté, le LNM de Winnipeg dispose d\u2019un centre d\u2019opérations de crise, très similaire, qui orchestre la lutte contre les épidémies et le bioterrorisme au Canada et communique, au besoin, avec l\u2019équipe de l\u2019OMS.« Nous recevons 7 500 signalements par mois, formels ou informels, à propos de morts par maladies infectieuses ou de cas considérés comme inhabituels.Sur le lot, nous en suivons en moyenne 450 de près, nous menons une trentaine d\u2019enquêtes et nous attribuons un niveau de risque à une dizaine de situations.Si le problème surgit dans un pays qui est équipé pour le surmonter, le risque est faible.Si le risque est élevé, l\u2019OMS peut entrer en scène », explique Jorge Castilla, chargé des programmes de réponse d\u2019urgence à l\u2019OMS.De toutes les crises récentes, c\u2019est celle d\u2019Ebola en Afrique de l\u2019Ouest, de 2014 à 2016, qui a mobilisé le plus de personnel dans cette salle.L\u2019OMS a pourtant été vertement critiquée pour sa riposte tardive à l\u2019épidémie, pour les lacunes en matière d\u2019expertise et de coordination et pour son manque de transparence.« Nous travaillons désormais avec des anthropologues pour nous aider à mieux lutter contre Ebola en favorisant la collaboration des communautés », a dit le directeur général de l\u2019OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, juste avant d\u2019entrer dans la SHOC room.Il sait que le monde doit désormais faire face à un nouveau ?éau, qui n\u2019a rien de microbien : les fausses rumeurs et la désinformation, qui entravent la lutte partout où une maladie émerge.Lors de la dernière pandémie, en 2009, les réseaux sociaux en étaient à leurs balbutiements.« Aujourd\u2019hui, ils ont une puissance inouïe : en quelques heures, une fausse information peut atteindre des millions de personnes.Les dommages sont déjà immenses.Personne ne s\u2019attendait à voir la rougeole réapparaître dans les pays développés par exemple », se désole-t-il.Une épidémie d\u2019un nouveau genre que les experts d\u2019ici et d\u2019ailleurs risquent d\u2019avoir du mal à contenir.lQS \u201c Un virus respiratoire grave serait une catastrophe.Le monde n\u2019est pas prêt à se défendre contre une telle maladie.\u201d \u2013 Tedros A.Ghebreyesus, directeur général de l\u2019OMS QUÉBEC SCIENCE 40 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 QUELQUES VIRUS PARMI LES PLUS MENAÇANTS VIRUS EBOLA Afrique subsaharienne (épidémie en cours en République démocratique du Congo) Transmission : par le sang, les liquides biologiques, les sécrétions Létalité : de 50 à 90 % VIRUS DE LA FIÈVRE HÉMORRAGIQUE DE CRIMÉE-CONGO Afrique, Balkans, Moyen- Orient et Asie Transmission : tiques, animaux d\u2019élevage et par le sang, les sécrétions ou liquides biologiques de sujets infectés Létalité : jusqu\u2019à 40 % VIRUS DU SYNDROME RESPIRATOIRE DU MOYEN-ORIENT Arabie saoudite Transmission : chameaux, dromadaires et par contact étroit avec une personne infectée Létalité : de 10 à 60 % INFECTION À VIRUS NIPAH (SYNDROME RESPIRATOIRE ET ENCÉPHALITE) Asie (Malaisie, Bangladesh, Inde) Transmission : porcs et par les sécrétions de personnes infectées Létalité : de 40 à 75 % VIRUS DE LA FIÈVRE DE LASSA Afrique de l\u2019Ouest Transmission : par l\u2019urine ou les excréments de rongeurs Létalité : 1 % VIRUS MARBURG Afrique subsaharienne Transmission : par le sang, les liquides biologiques, les sécrétions Létalité : de 25 à 80 % ILLUSTRATIONS : MICHEL ROULEAU ENVIRONNEMENT LE GARDE-MANGER DES QUÉBÉCOIS SE MEURT S herrington, au cœur d\u2019une région fertile de la Montérégie baptisée le « triangle d\u2019or ».En ce mois de mai, c\u2019est le début de la saison des semis pour le producteur maraîcher Denys Van Winden.Ses employés ont transplanté des pousses de laitue il y a quelques jours.Ce matin, ce seront des oignons.Mais une ombre plane sur tous ces champs.« Vous voyez, là au centre, il n\u2019y en a presque plus », indique l\u2019agriculteur en pointant la section d\u2019une parcelle où la terre noire laisse sa place à un sol qui tire plutôt sur le brun.Et le constat n\u2019a rien d\u2019anodin : ce substrat d\u2019ébène, le terreau fertile de ces champs, s\u2019amenuise peu à peu.Cette terre noire, c\u2019est un sol organique formé par l\u2019accumulation de résidus végétaux et animaux.Il a commencé à se constituer il y a des milliers d\u2019années dans le lit de la mer de Champlain, qui submergeait à l\u2019époque les basses terres du Saint-Laurent.Recouvert par la suite de Si rien n\u2019est fait, les terres qui produisent la moitié des légumes du Québec pourraient disparaître d\u2019ici 50 ans.Un chercheur et des cultivateurs font équipe pour trouver des solutions.PAR MARTIN PRIMEAU ILLUSTRATIONS : DORIAN DANIELSEN QUÉBEC SCIENCE 42 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 milieux humides, il a patiemment attendu l\u2019arrivée d\u2019agriculteurs, venus notamment des Pays-Bas et d\u2019Italie, pour être drainé, puis cultivé au début des années 1950.Maintenant exposé à l\u2019air, il disparaît au rythme de deux centimètres d\u2019épaisseur par année.« Avant, le champ arrivait à la hauteur du chemin, con?e d\u2019ailleurs M.Van Winden, mais maintenant il se retrouve un mètre plus bas.» Tous les producteurs maraîchers de la région sont touchés.Si la situation ne change pas, les Québécois devront bientôt importer leurs laitues, oignons et carottes\u2026 même pendant l\u2019été.Cherchant à éviter la catastrophe, Denys Van Winden et 13 autres producteurs de la région se sont regroupés pour s\u2019attaquer au problème.Ils ?nanceront au cours des cinq prochaines années une chaire de recherche du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada assortie d\u2019une enveloppe globale de 11,2millions de dollars.De ce montant, 7 millions seront versés par les producteurs.Jean Caron, professeur à la Faculté des sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation de l\u2019Université Laval, en sera le titulaire.Spécialiste de la physique du sol, il collabore depuis une dizaine d\u2019années avec ces producteurs pour améliorer leurs techniques d\u2019irrigation.Il tentera maintenant de freiner la disparition de ce concentré de précieuse matière organique.Le chercheur sait déjà de quoi a l\u2019air la bête à laquelle il s\u2019attaque.« Sur les deux centimètres qui s\u2019en vont chaque année, la moitié vient de la biodégradation », explique le chercheur.Le carbone qui s\u2019y trouve s\u2019oxyde et se dissipe dans l\u2019air sous forme de gaz carbonique.«Ce sol est essentiellement un tas de compost, ajoute-t-il.On ne peut rien y faire.» Le second centimètre, lui, se trouve balayé par l\u2019érosion éolienne.«En culture maraîchère, le sol est laissé à nu et est exposé aux vents, poursuit M.Caron.Dans des essais préliminaires, on a mesuré que jusqu\u2019à un centimètre de terre peut disparaître d\u2019un coup lorsqu\u2019il y a des épisodes de rafales.» Pour tenter de résoudre ce problème, le chercheur et son équipe vont déployer tout un arsenal technologique dans les champs.Au cœur de celui-ci, une cinquantaine de stations météorologiques réparties à des endroits stratégiques sur deux parcelles pour chaque année que durera l\u2019étude.Des plaques métalliques géoréférencées seront quant à elles enfouies profondément dans le sol.Elles serviront à mesurer l\u2019épaisseur de celui-ci à divers endroits tout au long de l\u2019étude.Les chercheurs s\u2019appuieront aussi sur des collecteurs de sol érodé qui agiront comme de véritables pièges à insectes pour calculer les déplacements des couches su- per?cielles dus au vent.Et l\u2019on n\u2019a pas parlé encore des détecteurs de mouvement ! Éole n\u2019aura plus de secret pour les chercheurs : ceux-ci auront pour chaque parcelle un tableau précis de la circulation de l\u2019air.« Le vent vient généralement de l\u2019ouest, mais c\u2019est vrai seulement à 30 m dans le ciel, précise M.Caron.Au sol, on sait que ça peut être différent.» L\u2019aménagement de murs «brise-vents» composés d\u2019arbres et d\u2019arbustes plantés perpendiculairement aux vents dominants s\u2019est révélé d\u2019une ef- ?cacité quali?ée jusqu\u2019ici de « mitigée » par le chercheur.«Notre hypothèse, c\u2019est qu\u2019on pourrait être beaucoup plus ef?caces en en utilisant plusieurs simultanément», dit-il.Pour ce faire, son équipe testera l\u2019emploi de murs brise-vents mobiles, faits de toiles ajourées.Elle les installera dans les champs à chaque tempête.Les chercheurs mesure- « Dans des essais préliminaires, on a mesuré que jusqu\u2019à un centimètre de terre peut disparaître d\u2019un coup lorsqu\u2019il y a des épisodes de rafales [de vent].» \u2013 Jean Caron, spécialiste de la physique du sol QUÉBEC SCIENCE 43 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 ront également l\u2019ef?cacité de l\u2019arrosage en surface destiné à alourdir les particules de terre pour éviter leur dispersion par le vent.Des murs permanents composés de deux espèces arbustives, le miscanthus et le saule, seront aussi dressés en bordure des champs.« Ces deux espèces sont bien adaptées à la terre noire, signale M.Caron.De plus, elles produisent un fort tonnage de biomasse sur une super?cie limitée de culture.» Si le chercheur parle de biomasse, c\u2019est parce que le saule et le miscanthus seront périodiquement fauchés et broyés en ?ns copeaux a?n d\u2019amender le sol et d\u2019y retourner de la matière organique.« En étendant ces résidus à la ?n de la saison de culture, on pense aussi qu\u2019ils vont réduire l\u2019érosion éolienne », mentionne le chercheur, qui pense diminuer de moitié le rythme de disparition de la terre noire en combinant toutes ces approches.Question d\u2019allonger encore plus la durée de vie des terres noires montérégiennes, l\u2019équipe du professeur Caron se penchera en outre sur la gestion de l\u2019eau.Elle pense entre autres pouvoir freiner la décomposition du sol en ralentissant le drainage des champs en dehors de la saison de culture.Si les solutions envisagées par l\u2019équipe de M.Caron ne promettent pas de renverser complètement le processus de dégradation des sols organiques, elles auront au moins le mérite de le contenir.Ailleurs dans le monde, on lance plutôt la serviette.Denys Van Winden, qui produit aussi des légumes en Floride durant l\u2019hiver, en sait quelque chose.«Là-bas, lorsqu\u2019une terre devient infertile, on la retourne à son état initial en la noyant de nouveau, raconte-t-il, puis on détruit un autre milieu humide pour commencer à le cultiver.» Le professeur Caron, lui, souhaite offrir une solution pérenne.En emmagasinant une série de données sur la dizaine de parcelles étudiées, il compte concevoir des algorithmes qui produiront un plan de gestion « personnalisé».«Les solutions qu\u2019on est en train d\u2019élaborer pourront servir autant en Ontario qu\u2019en Floride ou en Europe», af?rme-t-il.LES SOLS MINÉRAUX AUSSI Malheureusement, le problème de dégradation des terres agricoles ne se limite pas aux sols organiques.Les sols dits « minéraux », formés essentiellement d\u2019argile, de limon ou de sable et qui servent entre autres à la culture de maïs, de soja et de céréales, montrent également des signes de fatigue.Un premier drapeau rouge avait été levé en 1990, avec la publication d\u2019une grande étude intitulée «Inventaire des problèmes de dégradation des sols agricoles du Québec ».A?n de véri?er plus de 25 ans plus tard si la situation avait changé, le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ) a commandé une nouvelle étude en 2017, codirigée par Marc-Olivier Gasser, chercheur à l\u2019Institut de recherche et de développement en agroenvironnement.L\u2019équipe de M.Gasser recueille depuis l\u2019an dernier des échantillons de terre sur 71 sites au Québec, dont 68 sont d\u2019origine minérale.Il en extirpe une série de données, tant sur la physicochimie du sol que sur sa biologie.Dans 25 % des cas, les lieux étudiés en 1990 sont revisités.« On est vraiment chanceux de pouvoir comparer nos données avec celles d\u2019il y a presque 30 ans, note le chercheur.On est les seuls au Canada à avoir cette possibilité.» En attendant les résultats de cette étude qui prendra ?n en 2022, le professeur Gasser s\u2019en remet à des résultats qu\u2019il a publiés en 2012 pour commenter l\u2019état des terres minérales au Québec.Il avait alors révélé qu\u2019elles avaient perdu un pour cent de matière organique en l\u2019espace de 11ans.«La situation n\u2019a rien de dramatique, souligne tout de suite le chercheur, mais c\u2019est un signe qu\u2019on ne va pas dans la bonne direction.» Les terres minérales du Québec comptent encore de trois à huit pour cent de matière organique, selon lui.«On est loin des seuils critiques qu\u2019on trouve en Europe et aux États-Unis par exemple, où ils sont à un et deux pour cent », précise le chercheur.Alors qu\u2019on cherche toujours des façons de sauver les sols organiques, les méthodes pour préserver et même améliorer la qualité des sols minéraux sont bien connues.Un groupe d\u2019agronomes du MAPAQ s\u2019évertue d\u2019ailleurs à convaincre les producteurs du Québec de les adopter.ENVIRONNEMENT QUÉBEC SCIENCE 44 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 «L\u2019idée principale, c\u2019est de limiter le travail du sol de manière à réduire sa compaction et à le rendre plus vivant », explique Odette Ménard, ingénieure et agronome au MAPAQ.Exit le labour qui tasse le sol et permet d\u2019enfouir les résidus de la culture précédente.On les laisse désormais en surface.Les producteurs adeptes de cette méthode vont même intégrer dans leur rotation de cultures des engrais verts, des plantes qui ont pour seul rôle de nourrir la terre en se décomposant a?n d\u2019y augmenter la quantité de matière organique.«Avec le temps, le sol devient comme une éponge, fait observer Mme Ménard.Il absorbe l\u2019eau rapidement lorsqu\u2019il pleut et la retourne à la plante lorsqu\u2019elle en a besoin.» La couverture de résidus de culture, elle, limite l\u2019évaporation et l\u2019érosion éolienne.Un écosystème microbien s\u2019installe avec le temps dans le sol pour tenir compagnie aux vers de terre.Présentement, de 8 à 10 % des producteurs québécois auraient adopté cette pratique, selon Mme Ménard.«Il faut comprendre que les rendements mettent de cinq à huit ans avant d\u2019être au rendez-vous.Mais selon nos résultats, un sol en santé ?nira par produire plus.» Pareille approche ne peut toutefois pas être envisagée par des producteurs horticoles comme Denys Van Winden, qui cultivent un sol « à nu », sans résidus de culture en surface pour protéger la terre.Malgré tout, il leur reste du temps pour trouver des solutions et permettre à une prochaine génération de cultiver laitues, oignons et carottes en sol québécois.lQS «En Floride, lorsqu\u2019une terre devient infertile, on la retourne à son état initial en la noyant de nouveau, puis on détruit un autre milieu humide pour commencer à le cultiver.» \u2013 Denys Van Winden, producteur maraîcher L\u2019INCROYABLE DESTIN D\u2019UN AUTODIDACTE DE GÉNIE le remporter sans jamais fois nommé pour le prix Également disponible en version numérique 28 NOBEL ! QUÉBEC SCIENCE 45 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 V I S I T E R C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb VOIR Quel est ton métier ?Prenez neuf chercheurs calés dans leur domaine (de l\u2019astrophysique aux neurosciences).Puis sortez-les de leur zone de confort dans une rencontre scienti?que arrangée où ils deviennent étudiants d\u2019un jour et tentent de comprendre le sujet qui anime un autre chercheur.Cela donne The Most Unknown, un inspirant documentaire datant de 2018 qui s\u2019avère une joyeuse célébration des sciences.Les participants se prêtent au jeu en toute humilité et s\u2019extasient devant les grandes questions de l\u2019humanité sans réponse.Du microbiologiste hipster qui amène un doctorant en psychologie cognitive BCBG observer des créatures quasi « extraterrestres » dans les sources thermales américaines à l\u2019astronome qui plonge dans les abysses pour scruter des microbes mangeurs de gaz à effet de serre, ces rencontres créent des étincelles jusque dans notre salon.The Most Unknown, réalisé par Ian Cheney, sur Net?ix (avec sous-titres français).QUÉBEC SCIENCE 46 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 I M A G E : M U S É E R U T H E R F O R D Un trésor montréalais bien caché C\u2019est un aparté dans un livre qui m\u2019a menée sur la piste d\u2019un lieu dont je n\u2019avais jamais entendu parler : le musée Rutherford de l\u2019Université McGill.Il est dédié au physicien néo-zélandais Ernest Rutherford, qui a enseigné la physique expérimentale sur ce même campus entre 1898 et 1907 avant de remporter le Nobel de chimie pour ses recherches sur le phénomène des transmutations nucléaires.Si cette modeste exposition présente une sélection d\u2019appareils utilisés par M.Rutherford pour étudier la radioactivité, la magie opère réellement lorsque l\u2019histoire nous est racontée par son conservateur, le professeur Jean Barrette.Pendant plus d\u2019une heure, il sait autant captiver les ferrés en physique que piquer la curiosité de ceux et celles pour qui l\u2019isotope est une notion vague.Car M.Barrette ne manque pas d\u2019anecdotes fascinantes qu\u2019il adapte selon l\u2019intérêt des visiteurs.Par exemple, en évoquant la première étudiante du professeur Rutherford (Harriet Brooks, première physicienne canadienne), il rebondit sur les dif?cultés des femmes de l\u2019époque à accéder à des carrières en recherche.Il attire aussi notre attention sur les 69 articles scienti?ques qu\u2019a écrits Ernest Rutherford pendant ses neuf années à Montréal.Un tel rythme de rédaction, il y a 120 ans, équivaudrait aujourd\u2019hui à un papier toutes les six semaines, s\u2019exclame-t-il.La visite (gratuite !) donne aussi accès à la collection McPherson, constituée d\u2019instruments scienti?ques datant du milieu du 19e siècle jusqu\u2019en 1920.Thermomètres ultraprécis, premiers appareils à rayons X pour le corps humain, phonographe et matériel optique sont soigneusement préservés.Si le temps le permet, une démonstration viendra illustrer les explications de certains dispositifs ! Visites des collections Rutherford et McPherson sur rendez-vous (curator@physics.mcgill.ca) au pavillon Rutherford, à Montréal.On peut également observer les objets de la collection Rutherford à cette adresse (en anglais) : www.physics.mcgill.ca/museum/rutherfordcollection.html I M A G E : N E T F L I X .C O M LIRE La ille du labo Hope Jahren est franchement douée.Cette géobiologiste américaine au délicieux sens de l\u2019humour sait vulgariser les sciences avec l\u2019agilité d\u2019une poète.Bien qu\u2019elle ait ?guré parmi les 10 personnalités les plus in?uentes selon le magazine Times en 2016, elle s\u2019émerveille toujours devant le monde végétal avec l\u2019enthousiasme contagieux d\u2019une enfant.Mais avant de gagner des prix prestigieux et d\u2019acquérir la reconnaissance de ses pairs, cette bourreau de travail a passé des années à tenter de s\u2019imposer dans un monde d\u2019hommes pour obtenir un ?nancement adéquat.La ?lle qui aimait les sciences est le sublime récit de son parcours, où l\u2019on découvre ses (més)aventures sur le terrain avec Bill Hagopian, son ?dèle allié, ainsi que les réalités du quotidien de son laboratoire.Le tout est présenté de façon originale, alors qu\u2019elle entrelace les pans de sa vie avec le cycle de la vie des arbres.Une lumineuse autobiographie qui se lit d\u2019un trait et fait souvent éclater de rire.La ?lle qui aimait les sciences : une histoire d\u2019arbres et de vie, par Hope Jahren, Flammarion, 408 p.R E G A R D E R QUÉBEC SCIENCE 47 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 La parenté s\u2019amène Pourquoi Néandertal, mon frère : 300 000 ans d\u2019histoire de l\u2019homme fait-il vibrer une corde sensible ?Est-ce à cause de la menace qui plane sur la survie de notre espèce ?Ou la ?nesse du récit en est-elle responsable ?Qu\u2019importe, toutes les raisons sont bonnes pour se laisser porter par le portrait captivant de ce grand chasseur sous la plume des auteurs Silvana Condemi et François Savatier.Lauréat du Grand Prix du livre d\u2019archéologie en 2017, l\u2019ouvrage déboulonne des mythes et suggère des pistes de ré?exion a?n de mieux comprendre le quotidien de Néandertal.Comment survivait-il au froid ?sans Canada Goose ?Comment a-t-il pu enrichir son bagage génétique si sa minuscule population occupait un immense territoire ?Et pourquoi faudrait-il éviter de lui faire un high ?ve si l\u2019on croisait cet être à la poigne spectaculaire au supermarché ?Voilà quelques-uns des angles intrigants à partir desquels on découvre ce cousin loin d\u2019être aussi primitif qu\u2019on le pense.Néandertal, mon frère : 300 000 ans d\u2019histoire de l\u2019homme, par Silvana Condemi et François Savatier, Flammarion, 250 p.Quand l\u2019ingénieur dit « Oups ! » Les cerveaux les plus brillants ne sont pas à l\u2019abri des faux pas et la série documentaire Les pires erreurs de l\u2019ingénierie nous donne les exemples les plus spectaculaires de ces constructions défectueuses.Chaque épisode propose une ?ne sélection de cas ayant tourné au drame et d\u2019autres dont la ?n a été heureuse : gratte-ciel new-yorkais qui menace de s\u2019écrouler, cathédrale qui s\u2019effrite et route qui s\u2019effondre.La bévue structurelle la plus célèbre, celle de la tour de Pise, n\u2019est pas en reste ! Une armada d\u2019ingénieurs civils et mécaniques et d\u2019autres experts dé?le à l\u2019écran pour expliquer où tout a basculé.Instructive sans trop appuyer sur les ?celles du suspense, la série nous fait prendre conscience du travail et du savoir-faire nécessaires à la construction des structures qui nous entourent.Et elle ébranle juste assez notre con?ance pour qu\u2019on retienne notre respiration en traversant un pont ! Les pires erreurs de l\u2019ingénierie, les lundis à 20 h à Canal D, dès le 14 octobre.IMAGES : CANAL D ; RADIO-CANADA En voiture Les chemins de fer exercent une fascination sur plusieurs d\u2019entre nous et la nouvelle série documentaire Les trains de l\u2019impossible a tout pour ébahir.Imaginez un monorail du 19e siècle en Allemagne qui épouse le cours sinueux d\u2019une rivière à 12 m du sol ! Ou un funiculaire de Lisbonne qui permet aux habitants de dompter la ville et de gravir des rues à 25 % d\u2019inclinaison.Chaque épisode présente des voies ferrées construites en terrains hostiles.Ce joli convoi ferroviaire rend également hommage aux ingénieurs qui facilitent nos déplacements.Les trains de l\u2019impossible, les mercredis à 21 h à ICI Explora, dès le 30 octobre. Offre en vigueur jusqu'au 26 septembre 2019,23h59 E n mai, le réputé journal britannique The Guardian a annoncé un changement sémantique loin d\u2019être anodin : désormais, ses journalistes utiliseront les termes «urgence» ou «crise climatique » de préférence à la formulation traditionnelle «changements climatiques», qui « ne re?ète pas adéquatement la gravité de la situation».Dans un même élan, l\u2019Association canadienne des journalistes a invité les médias à mieux couvrir l\u2019enjeu du réchauffement planétaire, notamment en parlant d\u2019« urgence climatique ».Que ce soit dans les médias, au sein des groupes environnementaux ou même dans vos propres discussions entre amis et collègues, les mots qu\u2019on emploie pour décrire notre réalité environnementale contemporaine semblent avoir de plus en plus de mordant : « négationnisme climatique », « apartheid du climat », « effondrement des écosystèmes »\u2026 Les formulations descriptives couramment utilisées en sciences sont remplacées par des expressions plus sensationnalistes.Je n\u2019y échappe pas : même le thème de mes chroniques, « Anthropocène », n\u2019est pas anodin, puisque cette notion n\u2019est toujours pas of?ciellement approuvée par la communauté scienti?que.Mea-culpa.Alors, a-t-on raison de recourir à un tel vocabulaire ou y a-t-il exagération ?Devons-nous instiller émotions et jugements de valeur dans la description d\u2019une réalité scienti?que ?Pour le Guardian comme pour d\u2019autres, la « dramatisation » sémantique est un moyen de susciter l\u2019intérêt du lecteur et une réaction de sa part (citoyens, politiciens, décideurs, etc.) quant à l\u2019enjeu ciblé, ce que plusieurs groupes et individus ont su maîtriser au ?l des ans à tort ou à raison.Mais poussons la ré?exion un peu plus loin.Même les membres très respectés de la communauté scienti?que n\u2019hésitent plus à employer des expressions qui semblent trahir ce « devoir » de réserve qui leur est souvent associé.Le chercheur en écologie forestière appliquée de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO) Christian Messier fait ?gure d\u2019exemple.Devant les périls qui guettent les forêts du Québec et l\u2019accumulation des connaissances scienti?ques à ce sujet, il ne met pas de gants blancs et parle de « risques d\u2019effondrement » de ces écosystèmes.Jérôme Dupras, également professeur à l\u2019UQO, lui emboîte le pas, craignant un « effondrement de la biodiversité », m\u2019a-t-il con?é.S\u2019ils se permettent ces mots durs, c\u2019est parce que le degré de certitude quant à la réalité des changements climatiques et au rôle des activités humaines menant à l\u2019augmentation des températures planétaires ne cesse de croître.Est-ce si étonnant que le langage, lui aussi, suive cette courbe et soit de plus en plus af?rmé ?Cela étant, traiter d\u2019enjeux environnementaux et sociétaux si complexes requiert l\u2019utilisation d\u2019une sémantique qui se doit d\u2019être adaptée au contexte.«Lorsque nous parlons du phénomène physique des changements climatiques, c\u2019est le terme que nous devrions utiliser.Si nous parlons des répercussions économiques et sociopolitiques plus larges des changements climatiques, il est sans doute opportun de parler de \u201ccrise\u201d, voire d\u2019une \u201curgence\u201d», m\u2019a indiqué par courriel le climatologue américain Michael Mann.Or, s\u2019il soutient sans gêne la démarche de l\u2019adolescente militante Greta Thunberg, il n\u2019est pas friand des expressions « rupture du climat» ou encore «dérèglement climatique».Expressions qu\u2019emploie notamment la jeune ?lle\u2026 et auxquelles j\u2019ai moi- même recouru à plusieurs reprises.Pour le climatologue, il ne fait aucun doute que le climat ne s\u2019effondre pas, mais qu\u2019il évolue plutôt de manière dangereuse, ce qui devrait être suf?sant pour provoquer l\u2019inquiétude et souligner l\u2019urgence de la situation.Verdict ?Les mots ont un poids qu\u2019il ne faut pas sous-estimer.Devant le besoin irréfutable d\u2019actions climatiques ambitieuses, il peut être tentant d\u2019adopter un discours en?ammé.Toutefois, même si le vocabulaire utilisé est parfois juste, la réaction suscitée n\u2019est pas toujours celle escomptée.Parlez-en à Greta Thunberg, qui subit (bien injustement) l\u2019opprobre de toute une frange d\u2019analystes et de politiciens qui conspuent ses paroles et qui, eux-mêmes, exploitent une sémantique lourde de sens : «sainte Greta », « religion de l\u2019écologie », « ?gure messianique », etc.Soyons très clairs : ce retour de bâton ne signi?e pas qu\u2019il faille se censurer.Mais j\u2019estime que certains contextes se prêtent mieux que d\u2019autres à l\u2019utilisation d\u2019un langage plus acéré pour décrire la situation environnementale actuelle.Par exemple, s\u2019il m\u2019apparaît de plus en plus évident que l\u2019humain est devenu sa plus grande menace quant à sa capacité de prospérer sur Terre, il me semble quelque peu réductionniste d\u2019af?rmer qu\u2019il nous reste « 18 mois pour sauver la planète ».La prudence demeure donc de mise a?n que nos mots se conjuguent avec la rigueur scienti?que requise.Une notion qui n\u2019est pas exclusive à quelques groupes ou organisations et qui devrait s\u2019appliquer à tout un chacun, moi le premier\u2026 et tout autant à ceux qui déchargent tout le poids de leurs mots sur les épaules d\u2019une adolescente engagée.lQS Le poids des mots JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.Anthropocène QUÉBEC SCIENCE 49 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M QUÉBEC SCIENCE 50 OCTOBRE-NOVEMBRE 2019 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME OFFRE DE LANCEMENT ABONNEZ-VOUS > NOUVELLE APPLICATION NUMÉRIQUE quebecscience.qc.ca/abonnement 514 521-8356 - 1 800 567-8356, poste 504 Offre en vigueur jusqu\u2019au 15 octobre 2019, 23 h 59 ABONNEMENT NUMÉRIQUE 1 AN \u203a 8 numéros \u2022 15 $ 2 ANS \u203a 16 numéros \u2022 30 $ 3 ANS \u203a 24 numéros \u2022 45 $ (plus taxes) 73% sur le prix en kiosque ÉCONOMISEZ Portes ouvertes Venez vous informer sur nos 300 programmes aux 3 cycles d\u2019études.Samedi 26 octobre 2019 | 10 h à 16 h "]
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