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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Avril-Mai 2019, Vol. 57, No. 7
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2019, Collections de BAnQ.

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[" AVRIL-MAI 2019 QUEBEC SCIENCE > + .COMPENSER SES ÉMISSIONS DE CO2 : UNE BONNE IDÉE ?.SAUVER LES LIONS BLANCS .DES OBJETS DE SCIENCE AUX ENCHÈRES AVRIL-MAI 2019 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 100 ANS DE CHIRURGIE PLASTIQUE : PLUS QUE DES LIFTINGS ! ÉCRANS Nos enfants sont-ils vraiment en danger ? DÈS LE 11 AVRIL PLANÉTARIUM RIO TINTO ALCAN espacepourlavie.ca VIAU PASSEPORT POUR L\u2019UNIVERS A ÉTÉ DÉVELOPPÉ PAR L\u2019AMERICAN MUSEUM OF NATURAL HISTORY, NEW YORK (AMNH.ORG) EN COLLABORATION AVEC LA NATIONAL AERONAUTICS AND SPACE ADMINISTRATION (NASA).E?DITO_MOT_CROISE?S_032019.indd 2 19-03-11 11:27 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Carnet de santé Par Alexandra S.Arbour | 11 Technopop Par Chloé Freslon | 13 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin | 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome | INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 1 LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Les dé?s de la voiture de demain INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DANS UN FUTUR PRÈS DE CHEZ VOUS Recette pour une ville intelligente Santé : ces machines qui vous veulent du bien Remettre l\u2019IA dans le droit chemin SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Les objets de science sont la nouvelle lubie des collectionneurs fortunés.8 CET IMMENSE GLACIER QUI MENACE LES CÔTES Le glacier de Thwaites sombrera -t-il ans la mer ?10 DU CHOU FRISÉ POUSSE AU NUNAVIK À Kuujjuaq, des chercheurs travaillent avec la collectivité pour renforcer un projet de serres.11 LE CHAMP MAGNÉTIQUE PERD LE NORD Pourquoi le nord magnétique se déplace-t-il vers la Sibérie ?14 LE BEL AVENIR DES LUMIÈRES Le psychologue Steven Pinker veut remettre au goût du jour les idéaux des intellectuels du 18e siècle.À L\u2019INTÉRIEUR INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : dans un futur près de chez vous Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec 28 EN COUVERTURE Écrans : nos enfants sont-ils en danger ?Les appareils numériques ont changé notre rapport à l\u2019espace, au temps et aux autres.Les tout-petits n\u2019échappent pas à la déferlante.Que risquent-ils ?REPORTAGES 17 Chirurgie plastique : 100 ans et pas une ride La chirurgie plastique célèbre son centenaire au Canada.Une occasion de découvrir que les plasticiens font bien plus que des liftings.24 La roulette russe aquatique En apnée sportive, des plongeurs sont prêts à mettre en péril leur santé, voire leur vie.36 Compenser ses émissions de CO2 : une bonne idée ?À quoi ressemblerait un monde où tous les passagers aériens compenseraient leurs émissions de gaz à effet de serre ?40 Sauver les lions blancs du Timbavati En Afrique du Sud, un couple d\u2019écologistes tente par tous les moyens de protéger ces félins rares.SOMMAIRE QUÉBEC SCIENCE AVRIL-MAI 2019 40 36 17 46 Chaque foyer nord- américain possède en moyenne 7,3 écrans.Qu\u2019en est-il chez vous ?I L L U S T R A T I O N D E L A P A G E C O U V E R T U R E : D E L P H I N E M E I E R E?DITO_MOT_CROISE?S_032019.indd 3 19-03-11 13:28 QUÉBEC SCIENCE 4 AVRIL-MAI 2019 F in novembre 2018 : He Jiankui, un biophysicien chinois, annonçait la naissance de jumelles issues d\u2019embryons modi?és génétiquement.Opérée en catimini, pour ne pas dire de façon voyou, cette première scienti?que a choqué la communauté scienti?que.Le chercheur a bidouillé dans le code génétique de ces ?llettes avec la prétention de les immuniser contre le virus de l\u2019immunodé?cience humaine (VIH).Une intention injusti?able pour quantité de raisons : la vie de ces bébés n\u2019était pas menacée par une maladie grave, impossible à prévenir et à traiter ; la technique d\u2019édition génétique utilisée, CRISPR-Cas9, est loin d\u2019être parfaite et peut provoquer des dommages collatéraux; une telle procédure ouvre la porte à la création de « bébés sur mesure » ; et surtout ce type de modi?cation est transmissible à la descendance des individus et peut donc bouleverser le patrimoine génétique de l\u2019humanité de manière irréversible.Au ?l des semaines, cette nouvelle troublante s\u2019est transformée en véritable roman-feuilleton.On a appris qu\u2019un troisième enfant génétiquement modi?é devrait voir le jour cet été.Puis, craignant pour sa réputation, le gouvernement chinois a désavoué He Jiankui qui, sous le coup d\u2019une enquête, aurait été mis en résidence surveillée, puis congédié de son université.En février, la MIT Technology Review révélait que la suppression du gène CCR5, en plus de rendre les jumelles immunes au VIH, aura probablement des conséquences sur leurs fonctions cognitives, améliorant leur mémoire et leurs capacités d\u2019apprentissage.Une information qui soulève des doutes sur le dessein réel de He Jiankui : désirait-il en fait créer des humains supérieurement intelligents ?Mais ce qui retient surtout l\u2019attention, c\u2019est le nombre grandissant de scienti?ques ayant avoué qu\u2019ils connaissaient le projet de leur collègue.Parmi eux, plusieurs chercheurs renommés, dont le biologiste moléculaire Craig C.Mello, récipiendaire d\u2019un prix Nobel.Michael Deem, un biophysicien de l\u2019Université Rice, aurait même cosigné l\u2019article scienti?que de He Jiankui qui détaillait la procédure de modi?cation génétique (soumis à la revue Nature, qui l\u2019a refusé).Qui ne dit mot consent ?Ces chercheurs s\u2019en sont défendus, prétextant qu\u2019ils n\u2019auraient pas su à qui dénoncer la manœuvre hasardeuse.La parade est un peu facile.Il existe nombre de forums où ils auraient pu exprimer leurs craintes et leurs réserves.Et s\u2019ils ne souhaitaient pas intervenir publiquement, ils auraient pu à tout le moins alerter des bioéthiciens bien au fait des enjeux de l\u2019ingénierie du génome.Concédons-leur toutefois qu\u2019il est ardu d\u2019agir en l\u2019absence de normes harmonisées entre les différents pays quant à l\u2019encadrement de la modi?cation génétique de la lignée germinale.Par exemple, cette pratique est interdite au Canada, tandis qu\u2019un ?ou règne en Chine.C\u2019est précisément ce vacuum qui a permis à des scien- ti?ques de renom de garder le silence et à He Jiankui de franchir le Rubicon.L\u2019Organisation mondiale de la santé essaie de corriger le tir : les 18 et 19 mars dernier, à Genève, elle tenait la première réunion de son comité consultatif qui élaborera des normes internationales pour la gouvernance et la surveillance de l\u2019édition du génome humain.Soit, mais quelles seront les incitations pour les nations à se soumettre à ces règles alors que la manipulation du vivant fait pratiquement l\u2019objet d\u2019une course entre les puissances scienti?ques ?Certains appellent à un examen des valeurs scienti- ?ques.La biologiste moléculaire Natalie Ko?er en fait partie.Dans un texte d\u2019opinion éclairant publié dans Nature, elle rappelle ceci à ses collègues : « Nous devons être en mesure de ré?échir à la façon dont notre recherche s\u2019intègre dans la société.Cela exige non seulement notre intelligence, mais aussi nos émotions.Je crains que, dans la poursuite de l\u2019objectivité, la science n\u2019ait perdu son cœur.» Elle suggère que les scienti?ques cultivent la compassion, l\u2019humilité et l\u2019altruisme, a?n que l\u2019édition génétique soit appliquée avec prudence et diligence au béné?ce de tous.Dif?cile de la contredire : pour jouer aux apprentis sorciers avec la vie d\u2019un être humain (et potentiellement de toute sa lignée), il faut être aveuglé par l\u2019ambition ou drôlement arrogant.lQS Qui ne dit mot\u2026 Le silence de nombreux scienti?ques dans l\u2019affaire des jumelles chinoises génétiquement modi?ées soulève bien des questions.Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan E?DITO_MOT_CROISE?S_032019.indd 4 19-03-11 13:31 Mots croisés QUÉBEC SCIENCE 5 AVRIL-MAI 2019 AVRIL-MAI 2019 VOLUME 57, NUMÉRO 7 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Julie Blackburn, Hélène Gélot, Jean-François Cliche, Jocelyn Coulon, Chloé Dioré de Périgny, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Martine Letarte Lucie Pagé, Etienne Plamondon Emond, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs Kanellos Cob, Jean-François Hamelin, Alexi Hobbs, Delphine Meier, Nicole Aline Legault, Sébastien Thilbault, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Lynda Moras Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 28 mars 2019 (553e numéro) Abonnement Canada, 1 an: 36 $ + taxes États-Unis, 1 an:72$/Outre-mer, 1 an:112$ 514 521-8356, poste 504 ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2019 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca OBÉSITÉ : QUELS SONT LES PRÉJUGÉS DES PATIENTS ?Très intéressant cet article sur les préjugés des professionnels de la santé envers les personnes obèses.Cependant, l\u2019inverse est tout aussi possible.Donnez à un patient, peu importe son problème de santé, trois pro?ls de médecin : un obèse, un cycliste mince et un autre fumeur.Lequel pensez-vous qu\u2019il choisira ?Il y aurait sans doute des études à faire de ce côté aussi.\u2014 Benoit Soucy COMPRENDRE LES TROUS NOIRS\u2026 ENFIN ! Chapeau à Marine Corniou pour son texte sur les trous noirs.Habituellement, c\u2019est un sujet qui me rebute un peu, mais j\u2019ai été happé dès le début de l\u2019article.Les spécialistes interrogés sont intéressants et c\u2019est bien vulgarisé.C\u2019est la première fois que j\u2019arrive à saisir la nature complexe de ce phénomène.Bravo ! \u2014 Jean-François Legris LE PRIX DU PUBLIC DE LA DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE 2018 Cette année, c\u2019est un nouveau test pour dépister les cancers de l\u2019endomètre et de l\u2019ovaire qui a obtenu la faveur de nos lecteurs, avec plus du tiers des votes enregistrés dans le cadre du concours des 10 découvertes de l\u2019année.Ensemble, les cancers de l\u2019utérus et de l\u2019ovaire sont les troisièmes pour ce qui est de l\u2019incidence et de la mortalité chez les femmes.Encore aujourd\u2019hui, ils sont dif?ciles à dépister avant qu\u2019il soit trop tard.Le taux de guérison n\u2019a d\u2019ailleurs guère bougé au cours des 25 dernières années.Mais les choses pourraient bientôt changer grâce à un test de détection précoce baptisé PapSEEK et mis au point par une équipe de l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) à Montréal dirigée par la Dre Lucy Gilbert, directrice du service de gynécologie oncologique au CUSM et professeure au Département d\u2019obstétrique et gynécologie de l\u2019Université McGill, et le Dr Kris Jardon, chercheur et gynécologue-oncologue à l\u2019IR- CUSM.Des chercheurs de la Johns Hopkins University School of Medicine, de l\u2019Université de Göteborg, du Rigshospitalet de Copenhague et de l\u2019Hôpital universitaire d\u2019Odense ont également participé à cette découverte.Toutes nos félicitations ! Encore une fois, chers lecteurs, vous avez participé en grand nombre à ce concours.En votant pour votre découverte préférée, vous couriez la chance de remporter un séjour familial au parc national du Mont-Mégantic.La gagnante est Sylvie Laferrière, de Gatineau.INVENTEURS, MANIFESTEZ-VOUS ! Le magazine Québec Science lance une nouvelle édition de son concours des meilleures inventions québécoises de l\u2019année, en collaboration avec l\u2019Association pour le développement de la recherche et de l\u2019innovation du Québec.Nous sommes à la recherche de technologies, pensées et créées par des Québécois, qui ont le potentiel de rendre notre monde meilleur, plus intelligent, plus ef?cace et, pourquoi pas, plus amusant ! Les entreprises en démarrage sont invitées à poser leur candidature dès maintenant.Pour plus de détails : www.quebecscience.qc.ca/meilleures-inventions-2019-inscriptions VOTRE CHOIX E?DITO_MOT_CROISE?S_032019.indd 5 19-03-11 13:34 QUÉBEC SCIENCE 6 AVRIL-MAI 2019 Le cabinet des curiosités E lle est partie en quatre minutes, au prix de 2 900 000 $ US.La « lettre sur Dieu », écrite par Albert Einstein en 1954, a fait l\u2019objet d\u2019une brève lutte entre deux acheteurs au cours d\u2019enchères organisées par Christie\u2019s à New York en décembre dernier.C\u2019est la troisième fois que cette lettre est mise sur le marché, mais sa valeur ne cesse d\u2019augmenter : en 2008, elle avait été adjugée à un collectionneur pour « seulement » 400 000 $ US.Christie\u2019s a ?airé le bon ?lon : ces deux dernières années, la société de vente aux enchères britannique a tenu trois ventes en ligne consacrées à Einstein (rassemblant des lettres, des cartes postales et des photographies du physicien) ainsi qu\u2019une vente intitulée « Sur les épaules des géants », qui proposait 51 lots de manuscrits ou d\u2019articles ayant appartenu à des ?gures majeures de la science, dont Isaac Newton.Parmi les « objets-vedettes », un fauteuil roulant en cuir utilisé par Stephen Hawking dans les années 1980 et une copie de sa thèse de doctorat ?le lot est parti à 1 000 000 $ US.« Ce qui est frappant dans nos ventes d\u2019objets associés aux scienti?ques, ce sont les sommes misées par les collectionneurs et le fait que ceux-ci viennent du monde entier.L\u2019augmentation considérable de la valeur des objets scienti?ques a été l\u2019un des changements les plus importants dans notre domaine au cours des 15 dernières années », souligne Thomas Venning, directeur de la division des livres et manuscrits chez Christie\u2019s à Londres.Il prépare d\u2019ailleurs un autre encan autour de plusieurs scienti?ques de renom pour le mois de mai.Chez Sotheby\u2019s, à New York, Cassandra Hatton fait le même constat.La vente aux enchères « Geek Week » qu\u2019elle a mise sur pied ?n 2018 a largement dépassé ses attentes.Au menu, 400 lots liés à l\u2019exploration spatiale et à l\u2019histoire des sciences et de la technologie*.Parmi ces trésors, certains lui étaient particulièrement chers : des manuscrits de l\u2019Américain Richard Feynman, décédé en 1988, et sa médaille du Nobel de physique datée de 1965.« C\u2019est mon physicien préféré, car je viens de Los Angeles et il enseignait au California Institute of Technology.C\u2019est une icône là-bas ! Cela faisait 10 ans que j\u2019essayais de dénicher des documents, puis sa famille a communiqué avec moi pour plani?er la vente ! Les planètes se sont alignées », raconte, dans un français parfait, la vice-présidente du secteur des livres et manuscrits de Sotheby\u2019s.C\u2019est la nouvelle lubie des collectionneurs fortunés : les objets associés à la science ou aux grands scienti?ques sont plus populaires que jamais.Par Marine Corniou Machine Enigma version M4, datant de 1944.Opérationnelle.Prix de vente : 435 000 $ US 1 LA SCIENCE, adjugé ! vendu ! * LES OBJETS PRÉSENTÉS DANS CES PAGES SONT ISSUS DE LA VENTE « GEEK WEEK » DE SOTHEBY\u2019S. Médaille du prix Nobel de physique attribuée à Richard P.Feynman pour son travail en électrodynamique quantique en 1965.Prix de vente : 975 000 $ US I M A G E S : S O T H E B Y \u2019 S Les documents imprimés se sont vendus jusqu\u2019à 10 fois plus cher que ce qu\u2019elle avait estimé.« L\u2019histoire de ces objets est fascinante.Prenez une médaille de prix Nobel, en or 23 carats.En temps normal, sa valeur est d\u2019environ 10 000 $ US.Celle de Richard P.Feynman s\u2019est vendue 900 000 $ US : la science est donc bien plus importante que l\u2019objet », se réjouit Cassandra Hatton.En matière d\u2019artéfacts scienti?ques, les collectionneurs ont des goûts éclectiques.Tout y passe : des fossiles de tricératops aux fragments de roches lunaires en passant par le chapeau de scout de l\u2019astronaute Neil Armstrong, un recueil dactylographié de Marie Curie ou les machines Enigma utilisées par l\u2019armée allemande pour chiffrer et déchiffrer des messages pendant la Seconde Guerre mondiale.« J\u2019adore ces machines : c\u2019est rare d\u2019en trouver qui fonctionnent encore, de pouvoir les manipuler », dit Cassandra Hatton avec un enthousiasme contagieux.Son péché mignon ?Les livres scienti- ?ques du 17e siècle.Cela dit, elle n\u2019a pas boudé son plaisir quand elle est tombée sur une première édition de L\u2019origine des espèces, écrite par Charles Darwin en 1859.« J\u2019ai récemment trouvé une bibliothèque qui avait deux copies du Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde, de Galilée, qu\u2019il a rédigé en 1632 pour défendre l\u2019héliocentrisme », relate-t-elle, comparant ses trouvailles à des voyages dans le temps.Quant à Thomas Venning, quand on lui demande quel objet l\u2019a particulièrement marqué, il se tourne de nouveau vers Einstein.Ou plutôt vers sa garde-robe.« Je souris chaque fois que je repense au jour où j\u2019ai vendu sa veste en cuir Levi Strauss », confie-t-il.Prix du morceau ?146 744 $ US\u2026 payés par nulle autre que la compagnie Levi\u2019s ! lQS 3 Échantillons de roche lunaire rapportés par Luna 16, une mission robotique du programme spatial soviétique Luna lancée en 1970.Le fragment central est du basalte, avec des cristaux de feldspath visibles.Sur les autres fragments, on voit les traces minérales (vitri?ées) laissées par un impact de météorite.Prix de vente : 855 000 $ US 2 Combinaison spatiale complète du programme Gemini avec casque, gants et bottes, datant de 1963-1965.Le casque et les gants ont été fabriqués sur mesure pour l\u2019astronaute Pete Conrad, le commandant de la mission Apollo 12, et les bottes pour Frank Borman (mission Apollo 8, la première à survoler la Lune).Prix de vente : 162 000 $ US 4 QUÉBEC SCIENCE 7 AVRIL-MAI 2019 QUÉBEC SCIENCE 8 AVRIL-MAI 2019 Il a la taille de la Floride.Mais au lieu d\u2019attirer les retraités en quête de chaleur, il soulève l\u2019inquiétude chez les chercheurs.Le glacier de Thwaites, situé dans l\u2019Antarctique occidental, est l\u2019un des plus gros de la planète, mais surtout l\u2019un des plus menaçants.Sa fonte est déjà responsable de quatre pour cent de l\u2019augmentation globale du niveau de la mer chaque année, selon les estimations, et la quantité d\u2019eau qu\u2019il relâche annuellement a doublé depuis le milieu des années 1990.L\u2019écroulement complet du glacier causerait une hausse du niveau de la mer de 0,8 m, d\u2019après les modèles actuels.Mais il entraînerait aussi dans sa course des structures voisines, ce qui pourrait signi?er une élévation totale de 3 m.Des villes et des îles entières pourraient y passer.À quel rythme ?Dif?cile à prévoir parce que très peu de scienti?ques ont étudié ce glacier, situé à plusieurs heures de vol des stations de recherche du continent.On ne sait même pas à quoi ressemblerait l\u2019effondrement d\u2019un tel mastodonte : un déclin morceau par morceau ou un grand plongeon ?« Personne n\u2019a jamais vu un glacier s\u2019écrouler.Ce n\u2019est pas comme les prévisions météo, dont les modèles s\u2019améliorent tous les jours grâce aux nouvelles données », dit David Holland, un diplômé de l\u2019Université McGill devenu professeur à l\u2019Université de New York.David Holland a déjà pris le thé sur le glacier de Thwaites il y a quelques années, sans s\u2019y attarder toutefois.L\u2019océanographe était alors en route vers son sujet d\u2019étude : le glacier de l\u2019île du Pin.« On croyait à l\u2019époque qu\u2019il était le plus important », vu sa dégradation accélérée, explique le glaciologue originaire de Terre-Neuve.Jusqu\u2019à ce que les données recueillies par satellite et les modèles mathématiques tournent les projecteurs vers son voisin, Thwaites, qui possède tous les ingrédients de l\u2019instabilité, en plus de représenter le plus grand bassin versant.Avec des collègues de différentes spécialités, il a milité pendant près de 10 ans pour que le glacier soit étudié sous toutes ses givrures ; il a ?nalement eu gain de cause.Les États-Unis et le Royaume-Uni ont lancé récemment un programme qui ?nance huit équipes pour cinq ans.Le projet MELT de M.Holland, soutenu par le campus d\u2019Abou Dhabi de son université, s\u2019intéresse à la ligne d\u2019ancrage du glacier.Ce terme fait référence à cet endroit au-delà duquel un glacier marin perd son appui sur son lit, qui se trouve sous le niveau de la mer, et « ?otte ».La première étape du projet, qui a eu lieu à l\u2019hiver 2019, a consisté à déterminer, grâce à des explosions et à un sismomètre, l\u2019emplacement exact de cette ligne.Cette donnée est capitale : plus la ligne recule vers l\u2019intérieur du continent, plus de l\u2019eau entre sous le glacier, ce qui accélère sa fonte.L\u2019an prochain, trois trous seront percés dans le glacier à l\u2019aide de jets d\u2019eau ?et de beaucoup de patience, car le couvert fait plus d\u2019un kilomètre d\u2019épais.Le premier sera fait avant la ligne d\u2019ancrage, jusqu\u2019à la base, et des appareils suivront la fonte de la glace dans les profondeurs.À ce sujet, une étude menée à partir de radars et de satellites et publiée en janvier dernier a révélé qu\u2019une immense cavité de 10 km sur 4 km s\u2019est formée entre 2011 et 2016 à la base du glacier\u2026 Pour revenir au projet MELT, le deuxième trou sera creusé après la ligne d\u2019ancrage, jusque dans la mer.« Nous y enverrons un robot qui nagera dans les environs et nous dira quelles sont les propriétés de l\u2019eau », mentionne David Holland.En?n, le dernier trou donnera des indications sur la fonte au front du glacier, cette partie plus mince qui se désagrège pour relâcher des icebergs dans la mer d\u2019Amundsen.SUR LE VIF I M A G E : N A S A Cet immense glacier qui menace les c Un vaste programme de recherche tente de déterminer si et quand le glacier de Thwaites sombrera dans la mer.Par Mélissa Guillemette w I M A G E : S H U T T E R S T O C K En savoir plus sur l\u2019histoire du glacier de Thwaites aidera également à perfectionner les projections.C\u2019est ce à quoi s\u2019attaquera l\u2019équipe de la géo- chimiste Joanne Johnson, qui travaille au British Antarctic Survey.Son équipe refera l\u2019historique du niveau de la mer d\u2019Amundsen des 10 000 dernières années en datant les « plages soulevées » des îles environnantes.Ces lieux témoignent d\u2019époques où le niveau de la mer était plus élevé qu\u2019aujourd\u2019hui et où la calotte glaciaire était forcément plus mince.« Ces îles sont entourées par beaucoup de glace et il est très dif?cile pour les bateaux d\u2019y accéder.C\u2019est en partie pour cette raison qu\u2019on détient très peu d\u2019information sur le niveau de la mer de cette région », indique la chercheuse, qui « se croise les doigts ».Cette équipe percera également la neige et la glace jusqu\u2019à la roche pour prélever des carottes du mont Murphy et de la chaîne Hudson, près du glacier de Thwaites.Les chercheurs espèrent ainsi reconstituer les épisodes de croissance et de décroissance des glaciers au ?l du temps.Ces deux endroits sont intéressants parce que des travaux de datation sur des roches de surface y ont déjà été effectués.« Le problème, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de roches qui \u201cdépassent\u201d du glacier de Thwaites, mais ces travaux devraient nous informer sur ce qui lui est arrivé à lui aussi.» Un autre projet de recherche à saveur historique permettra d\u2019étudier les sédiments des fonds marins.Et une autre équipe se penchera sur la nature du socle du glacier.Est-il fait de roche ?Est-il mou ?Ce facteur in?uence son glissement naturel vers l\u2019océan.« On souhaite que toutes ces études fournissent des données pour améliorer les projections et aider les gouvernements à se préparer à la montée des eaux », dit Joanne Johnson.lQS U ne femme de 40 ans, appelons-la Barbara, va chez le dentiste pour une simple extraction.Dans la salle d\u2019attente, elle se demande si elle doit lui révéler qu\u2019elle est porteuse du virus de l\u2019immunodé?- cience humaine (VIH).Son médecin lui a dit récemment que le virus n\u2019était plus détectable dans son sang et que son taux de globules blancs CD4 ?responsables de la défense immunitaire et qui sont touchés dans la maladie ?était presque normal.Barbara décide ?nalement de garder sa séropositivité pour elle.De toute façon, elle prend religieusement sa trithérapie et elle n\u2019a pas touché à la drogue intraveineuse depuis une vingtaine d\u2019années.Choquant ?Pas vraiment.Du moins, la science lui donne en partie raison.Une étude parue dans le New England Journal of Medicine en 2016 a montré qu\u2019une personne atteinte du VIH dont la charge virale est indétec- table ne peut transmettre le virus.Un véritable point de bascule pour les sé- ropositifs.À ce propos, la procureure générale du Canada a publié une directive en décembre 2018 stipulant qu\u2019un individu séropositif avec une charge virale indétectable ne devrait pas être poursuivi dans l\u2019éventualité d\u2019un non-dévoilement de son statut sérologique.Cette avancée importante découle des progrès scienti?ques accomplis depuis la mise au jour du virus en 1983.D\u2019abord, il y a eu la découverte et la démocratisation des antirétroviraux au milieu des années 1990.À défaut d\u2019avoir un vaccin, les personnes à risque de contracter le virus peuvent dorénavant prendre une médication de manière préventive, qui porte le nom de prophylaxie préex- position.Aujourd\u2019hui, nous n\u2019avons jamais été aussi près d\u2019éradiquer ce ?éau.Malgré tout, la sensibilisation demeure essentielle : une banalisation du VIH se traduirait par une transmission accrue de la maladie.Pour la médecin que je suis, le VIH est devenu une maladie chronique comme une autre, qui se contrôle par une prise en charge globale et une médication ef?cace, au même titre que le diabète de type 2.Je constate qu\u2019en 2019 tous les ingrédients sont réunis pour que les hommes et les femmes infectés par le VIH puissent mener une vie tout à fait normale.Or, il y a une ombre au tableau.Le problème, c\u2019est que je vous ai raconté une version idéalisée de l\u2019histoire de Barbara.Voilà ce qui s\u2019est réellement passé : cette dame s\u2019est présentée chez son dentiste et lui a dit qu\u2019elle avait le VIH.Elle l\u2019a fait par souci d\u2019honnêteté et non parce qu\u2019elle y était obligée.La divulgation de son statut sérologique est requise par la loi canadienne dans trois situations seulement : au moment de contracter une assurance, lors d\u2019une demande d\u2019immigration ou encore avant un rapport sexuel avec possibilité de transmission dite « réaliste ».Le dentiste a réagi en tenant des propos dégradants sur son passé trouble, ironisant qu\u2019elle n\u2019avait sûrement pas attrapé sa maladie sur une cuvette de toilette\u2026 Choquant ?Ça, oui ! À cause de ce type de discrimination, les personnes séropositives risquent davantage de souffrir de maladies chroniques ou de troubles de santé mentale que la population en général.Le véritable obstacle n\u2019est plus médical, mais bien social : si la trithérapie n\u2019est pas si dif?cile à avaler, c\u2019est le regard de la société qui laisse un goût amer.lQS Cachez ce VIH que je ne saurais voir\u2026 s côtes Carnet de santé ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour QUÉBEC SCIENCE 10 AVRIL-MAI 2019 À 58° de latitude nord, sur les rives de la rivière Koksoak, de la rhubarbe, des bettes à carde et des navets poussent au milieu du paysage rocailleux du plus grand village du Nunavik.Depuis 2014, une quarantaine d\u2019habitants viennent jardiner dans les deux serres communautaires de Kuujjuaq.« Les gens désireux d\u2019avoir un lot donnent leur nom, puis il y a un tirage au sort, explique Marc-André Lamontagne, membre du comité des serres.Plus de 80 personnes se sont montrées intéressées pour la saison à venir, c\u2019est un record ! » Actuellement, les 46 lots des serres non chauffées permettent de récolter plus d\u2019une tonne de légumes, fruits et herbes aromatiques par an.Un chiffre qui pourrait augmenter si les écarts de température entre le jour et la nuit étaient atténués dans les serres et si la saison de culture, pour l\u2019instant de mi-mai à ?n septembre, durait plus longtemps.C\u2019est l\u2019objet des travaux portés par l\u2019Observatoire hommes-milieux international Nunavik et dirigés par Jasmin Raymond, de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que, et Didier Haillot, de l\u2019Université de Pau, en France.« En novembre dernier, on a installé des caissons remplis de roches sous les bacs de culture d\u2019une des deux serres, détaille Didier Haillot.Grâce à des ventilateurs, l\u2019air chaud de la serre est diffusé dans les roches au cours de la journée et cette chaleur est restituée la nuit.» Ce système tout simple permet d\u2019emmagasiner la chaleur au quotidien pendant la saison de culture, mais il n\u2019est pas adapté au stockage saisonnier.« Pour cela, on aura plutôt recours à la géothermie, dit Jasmin Raymond.L\u2019idée, encore à l\u2019étude, est d\u2019installer des panneaux solaires thermiques sur la serre et de stocker la chaleur produite dans des forages.» Elle pourrait ensuite être utilisée en octobre a?n d\u2019allonger la saison de culture.Si la première des deux serres existe depuis les années 1990, le projet des serres communautaires a véritablement vu le jour avec le passage, à partir de 2009, de différents chercheurs venus sensibiliser les habitants du Nord aux bienfaits des légumes.Lorsque l\u2019intérêt des Kuujjua- miut pour le jardinage a été con?rmé, une deuxième serre a été construite en 2012.« Avec l\u2019arrivée progressive des commerces dans le Nord, la disponibilité alimentaire a beaucoup changé, raconte Véronique Coxam, de l\u2019Institut national de la recherche agronomique de France, engagée dans ces travaux.Aujourd\u2019hui, chez les Inuits, 35 % de l\u2019énergie apportée par les aliments provient de boissons sucrées, croustilles et autre malbouffe.Ils mangent peu de fruits et légumes.» Il y a moins d\u2019un siècle pourtant, ils tiraient 100 % de leur nourriture de la chasse, de la pêche et de la cueillette, contre seulement de 15 % à 20 % aujourd\u2019hui.Le menu traditionnel inuit était adapté à leur mode de vie.« Les Inuits disent qu\u2019avant ils cueillaient assez de petits fruits pour en avoir toute l\u2019année et que maintenant il n\u2019y en a plus suf?samment », poursuit la chercheuse.Les changements climatiques seraient à blâmer, selon différentes études.Voilà pourquoi « la volonté de cultiver des plantes traditionnelles dans les serres a été mentionnée plusieurs fois dans nos enquêtes auprès des habitants.C\u2019est l\u2019un des objectifs du projet », signale Véronique Coxam.L\u2019amélioration de l\u2019alimentation est loin d\u2019être le seul avantage de l\u2019introduction du jardinage dans le Nord-du-Québec, assure Marc-André Lamontagne.« Jardiner favorise l\u2019adoption de saines habitudes de vie, procure un apaisement, permet de faire de l\u2019exercice physique et renforce les liens sociaux.» Il s\u2019accompagne aussi de découvertes ! « On a organisé une fête des récoltes l\u2019automne dernier et de vieilles dames inuites ont goûté du chou frisé pour la première fois.» lQS SUR LE VIF P H O T O : A L E X I H O B B S Du chou frisé pousse au Nunavik À Kuujjuaq, des chercheurs travaillent main dans la main avec la collectivité pour renforcer le projet de serres communautaires et évaluer ses retombées.Par Hélène Gélot À la ?n de septembre, les serres de Kuujjuaq ferment.Des scien- ti?ques tentent d\u2019y prolonger la saison de culture. Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe I M A G E : S H U T T E R S T O C K Le champ magnétique perd le nord P endant des années, j\u2019ai laissé des algorithmes très ef?caces me suggérer quoi écouter sur Spotify, quoi acheter sur Amazon ou quoi regarder sur YouTube.Mais un jour, Gmail a décidé de me proposer quoi répondre à mes courriels et là, j\u2019ai dit non ! Ces dernières années, la messagerie de Google a offert à ses utilisateurs une fonctionnalité appelée « réponses intelligentes » (smart replies).Il s\u2019agit de phrases toutes faites apparaissant en bas de votre courriel de réponse.Vous pouvez alors les utiliser pour con?rmer que c\u2019est « bien reçu » ou que « ce sera fait ».Vous pouvez même dire « Je t\u2019aime » sans faire l\u2019effort de le taper au clavier.Il vous suf?t d\u2019un clic et cette réponse s\u2019af?che dans le corps du courriel.Il n\u2019y a plus qu\u2019à l\u2019envoyer ! Ces réponses sont créées grâce à l\u2019apprentissage automatique, l\u2019une des applications de l\u2019intelligence arti?cielle.L\u2019algorithme de Google explore des milliards de courriels sur Gmail (y compris les vôtres), puis vous soumet des expressions tirées de cette base de données.Selon un article du Wall Street Journal, 10 % des réponses envoyées par Gmail sont générées par l\u2019entremise de cette fonction.Mais qui sont ces utilisateurs ?Des pdg devant répondre à 250 courriels par jour ?J\u2019ai du mal à croire que ce soit possible en 2019, alors qu\u2019il existe des outils de gestion de projets et des messageries instantanées professionnelles, comme Slack ou Trello.Je ne crois pas non plus à l\u2019argument de Google voulant que cette fonction améliore notre productivité.Et qu\u2019en est-il de la vie privée ?Le géant califor- nien a évidemment besoin d\u2019analyser nos courriels a?n de nous offrir la réponse la plus intelligente possible, chose qu\u2019il fait en tout temps a?n de nous signaler les pourriels par exemple.Et ce n\u2019est qu\u2019en 2017 que Google a annoncé qu\u2019il cessait de scruter les courriels de Gmail dans un but publicitaire.J\u2019éprouve un certain malaise.Google semble vouloir remplacer mon cerveau.Si je conserve cette fonctionnalité de Gmail, qui sera vraiment l\u2019auteur de mes courriels ?Après avoir passé des années à nous étudier, l\u2019algorithme nous imite et nous l\u2019imitons à notre tour en cliquant sur ces répliques suggérées.Allons-nous tous ?nir par écrire de façon homogénéisée, neutre et aseptisée ?Bien que je salue la prouesse technologique, je reste incapable d\u2019embrasser cette nouveauté.Je n\u2019ai pas envie qu\u2019un robot me dise quoi écrire.Peut-être est-ce mon orgueil de chroniqueuse ?\u2026 lQS Hé Google, dis-moi quoi écrire ! Par Chloé Dioré de Périgny Ça y est, le pôle Nord magnétique est passé à l\u2019est.Il se déplace vers la Sibérie après avoir quitté l\u2019Arctique canadien.Rassurez-vous, ce point mouvant n\u2019a rien à voir avec le nord géographique ; l\u2019Arctique est toujours bel et bien à sa place.Le nord magnétique, c\u2019est le repère qu\u2019indique n\u2019importe quelle boussole et ce qui donne le cap aux systèmes de navigation du monde entier.Son déplacement n\u2019est pas nouveau : les scienti?ques en sont conscients depuis le 19e siècle, et l\u2019on sait que les pôles se sont même inversés à plusieurs reprises dans l\u2019histoire de la planète.Mais depuis les années 1990, la vitesse de dérive du pôle Nord a plus que triplé, passant de 15 km par an à 55 km par an.Si bien que les chercheurs ont dû mettre à jour le Modèle magnétique mondial, auquel recourent les systèmes de navigation, ?n janvier 2019, soit un an plus tôt que prévu.L\u2019autre modèle le plus utilisé, le Champ géomagnétique international de référence, devra quant à lui être revu en 2020.« Dans la plupart des régions du globe, ce n\u2019est pas un souci pour la navigation, car la différence entre le champ magnétique réel et le dernier modèle établi reste relativement faible.Pour le pôle Nord magnétique, par contre, on a une ampli- ?cation régionale de l\u2019erreur qui est problématique, puisqu\u2019il se déplace plus vite que prévu », explique Arnaud Chulliat, géomagnétiste à l\u2019Université du Colorado à Boulder et à l\u2019Agence américaine d\u2019observation océanique et atmo sphérique.Contrairement à ce qu\u2019on peut penser, les pôles magnétiques Nord et Sud ne sont pas sur un même axe et se déplacent indépendamment l\u2019un de l\u2019autre, en fonction de la dynamique du noyau terrestre.Le champ magnétique, qui nous protège des radiations cosmiques, est en effet produit par les mouvements de convection dans le noyau externe de la Terre, essentiellement composé de fer liquide.Pourquoi le pôle Nord se déplace-t-il plus rapidement ?Les scienti?ques l\u2019ignorent.« On ne peut pas directement voir ce qu\u2019il se passe dans le noyau ; on n\u2019a pu mesurer que les mouvements à sa surface et ils ne nous racontent pas toute l\u2019histoire », indique Arnaud Chulliat.Et impossible, pour l\u2019instant, d\u2019employer les simulations numériques de ces dynamiques, car elles reproduisent les inversions magnétiques sur des centaines de milliers d\u2019années, mais demeurent peu ?ables sur de courtes durées.Cela n\u2019empêche pas les chercheurs d\u2019émettre des hypothèses.Selon les travaux de Phil Livermore, géophysicien à l\u2019Université de Leeds, au Royaume-Uni, cette accélération brusque serait due à un courant très rapide de ?uides dans le noyau externe, à la hauteur de la zone polaire canadienne.Mais pour le moment, aucune hypothèse ne fait consensus.Sauf celle-ci : contrairement aux rumeurs catastrophistes qui circulent sur le Web, l\u2019inversion totale des pôles n\u2019est pas pour demain.lQS QUÉBEC SCIENCE 12 AVRIL-MAI 2019 INRS.CA Institut national de la recherche scientifique Le temps d\u2019écran contribue au risque d\u2019obésité chez les enfants Une exposition prolongée à un écran peut diminuer la qualité du sommeil et entraîner, notamment, un risque accru d\u2019obésité chez les jeunes révèlent les recherches de la professeure de l\u2019INRS Tracie Barnett.Auteure de plusieurs études sur le sujet, cette experte en épidémiologie de l'obésité pédiatrique s\u2019intéresse au quotidien, à l\u2019environnement social, à l\u2019alimentation, au niveau d\u2019activité physique et à la sédentarité des enfants.Tracie Barnett QUÉBEC SCIENCE 13 AVRIL-MAI 2019 V oilà de quoi pousser les hauts cris : quand il a rédigé son rapport sur la toxicité du glyphosate, l\u2019herbicide le plus utilisé dans le monde, l\u2019Institut fédéral allemand d\u2019évaluation des risques (BfR) aurait plagié des textes que lui avaient fournis\u2026 les fabricants de glyphosate.Imaginez un peu : environ la moitié des chapitres sur la santé humaine serait un copier-coller pur et simple, et c\u2019est ce travail du BfR qui a servi de base au renouvellement de l\u2019homologation européenne du glyphosate en 2017.Les apparences sont accablantes pour la science règlementaire.Mais sur le fond, y a-t-il vraiment matière à scandale ?Cette histoire a commencé quand des députés européens (des socialistes et des verts, essentiellement) ont commandé un rapport d\u2019expertise à un spécialiste du plagiat, Stefan Weber, de l\u2019Université de Vienne, et à un militant, Helmut Burtscher- Schaden, des Amis de la Terre.À l\u2019aide d\u2019un logiciel, ceux-ci ont comparé le rapport du BfR avec les documents fournis par l\u2019industrie dans sa demande de renouvellement d\u2019homologation.Et ils ont évalué qu\u2019une bonne partie de son contenu était constituée de passages repiqués dans les documents des fabricants.D\u2019où la conclusion que bien des gens ont tirée : le processus est vicié, car le BfR mangeait dans la main de Monsanto, inventeur de l\u2019herbicide.Et la base factuelle est vraie : il y a bel et bien eu une forme de « plagiat ».Mais le fait est que, dans un cas comme celui-ci, le pourcentage de texte copié-collé n\u2019est pas un bon indicateur de l\u2019indépendance d\u2019une agence sanitaire.Alors là, pas du tout.La proportion la plus élevée d\u2019éléments « plagiés » a été trouvée dans les sections présentant des études non publiées que l\u2019industrie a fournies au BfR, soit 81,4 %.Celui-ci y a copié les résumés des compagnies puis, et c\u2019est un point essentiel, a inscrit de courts commentaires en italique à la suite de chaque résumé.Plusieurs de ces études industrielles passent carrément à la moulinette : le BfR en quali?e certaines d\u2019« inacceptables »; dans d\u2019autres cas, il corrige à la baisse les « seuils sans effet » (soit la plus forte dose qui ne produit pas d\u2019effet observable).Il est très clair que l\u2019institut allemand a gardé toute la distance critique nécessaire même si le copier-coller représente plus de 80 % de ces chapitres.MM.Weber et Burtscher-Schaden l\u2019admettent, mais ajoutent que les passages copiés ne sont pas tous accompagnés de commentaires.Dans les sections qui abordent la littérature scienti?que publiée en lien avec la santé humaine, le duo a trouvé 50,1 % de texte plagié mais aucune notation particulière.Selon eux, le BfR aurait ainsi donné une crédibilité indue à ces passages en faisant semblant d\u2019en être l\u2019auteur.Le BfR, lui, jure de son indépendance en expliquant que c\u2019est la manière habituelle de procéder, ce que plusieurs scienti?ques ont aussi con?rmé sur les réseaux sociaux : parmi les documents industriels, l\u2019organisation retient les passages qu\u2019elle juge conformes et élague le reste, le modi?e ou y ajoute ce qu\u2019elle juge pertinent.D\u2019où les 49,9 % de « contenu original », si je puis dire.On peut certainement trouver bizarre cette façon de faire.Dans un dossier où il suf?t d\u2019un rien pour alimenter les pires soupçons, c\u2019est une drôle de manière de « gérer sa crédibilité ».Mais est-ce le signe que les fonctionnaires allemands étaient téléguidés par l\u2019industrie ?En dépit des apparences, cela me semble très difficile à croire.D\u2019abord parce que cela implique que le BfR, après avoir maintenu une distance critique en révisant les études con?dentielles des fabricants du pesticide, serait devenu soudainement crédule et complaisant à l\u2019égard de la même industrie quand est venu le temps d\u2019examiner la littérature scienti?que publiée.C\u2019est invraisemblable.Ensuite, les conclusions du BfR sont en droite ligne avec celles de pratiquement toutes les autres instances de santé publique du monde ?et son rapport fut d\u2019ailleurs passé au crible des autres agences sanitaires européennes avant la décision de 2017.Santé Canada a aussi réautorisé l\u2019utilisation du glyphosate récemment.Et si le Centre international de recherche sur le cancer (lié à l\u2019Organisation mondiale de la santé) a jugé cet herbicide « probablement cancérigène » en 2015, nombre d\u2019autres organisations l\u2019ont contredit par la suite.Alors, à moins de soupçonner tout ce beau monde de faire partie d\u2019un complot, il faut conclure que cette histoire de plagiat est une grosse tempête dans un bien petit verre d\u2019eau\u2026 lQS Glyphosate : le faux scandale du rapport copié-collé Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf V I G G QUÉBEC SCIENCE 14 AVRIL-MAI 2019 P H O T O : R O S E L I N C O L N Le bel avenir des Lumières Le psychologue Steven Pinker veut remettre au goût du jour les idéaux des intellectuels du 18e siècle.Par Jocelyn Coulon QUÉBEC SCIENCE 15 AVRIL-MAI 2019 héritage des grands penseurs du 18e siècle ?la raison, la science, l\u2019humanisme et le progrès ?est de plus en plus mis à mal par la montée des philosophies antira- tionalistes, la promotion des fausses nouvelles, l\u2019obsession identitaire et le rejet de la science.Steven Pinker, professeur à l\u2019Université Harvard et psychologue cognitiviste, nous invite à combattre ces dérives.Dans son livre Le triomphe des Lumières, il défend bec et ongles les idéaux qui apportent depuis plus de deux siècles bien-être, connaissance, développement et paix à l\u2019humanité.Ce natif de Montréal n\u2019en démord pas : les Lumières ont encore beaucoup à nous enseigner.Québec Science en a discuté avec lui.Québec Science : Les Lumières n\u2019ont plus la cote sur le marché des idées.Que nous ont-elles donné au juste ?Steven Pinker : Dans La vie de Brian, ?lm réalisé en 1979 par le groupe humoriste britannique Monty Python, des rebelles en Galilée veulent chasser les Romains.Ils en soupèsent le pour et le contre au cours d\u2019une scène très drôle où ils se rendent compte que l\u2019envahisseur a beaucoup apporté : « Mais à part le système sanitaire, la médecine, l\u2019éducation, le vin, l\u2019irrigation, les routes, le système de santé publique, qu\u2019est-ce que les Romains ont fait pour nous ?» dit l\u2019un des rebelles.Ceux qui contestent les Lumières me semblent être dans la même position.Ils béné?cient des avancées de la science, mais mettent l\u2019accent sur ce qui ne va pas.Or, les Lumières ne sont pas un système d\u2019oppression.Au contraire, elles nous libèrent des préjugés, des dogmes religieux, de la pensée magique, et installent la raison, la science, l\u2019humanisme et le progrès dans notre vie de tous les jours.Le résultat n\u2019est pas mauvais : des percées spectaculaires dans presque tous les domaines de l\u2019activité humaine.QS Et comment arrivez-vous à démontrer cette in?uence toujours présente ?SP C\u2019est là toute la raison d\u2019être de mon livre.J\u2019y propose 75 graphiques représentant des mesures du bien-être de l\u2019humain, telles que le savoir, la longévité, la prospérité, l\u2019éducation, le temps consacré aux loisirs, la sécurité personnelle, la criminalité, la guerre et la démocratie.Toutes ces mesures af- ?chent une augmentation à long terme.En général, nous nous ?ons surtout à des images et à des anecdotes pour nous faire une idée de l\u2019état du monde.Il faudrait plutôt évaluer le bien-être des individus à l\u2019aide d\u2019un étalon qui demeure stable au ?l du temps.QS Comment les Lumières ont-elles produit un tel effet ?SP Le philosophe Emmanuel Kant disait des Lumières qu\u2019il s\u2019agit de « la sortie de l\u2019homme hors de l\u2019état de tutelle dont il est lui- même responsable », c\u2019est-à-dire « la paresse et la lâcheté » avec lesquelles il se soumet aux « dogmes et formules » des autorités religieuse et politique.La manière de se libérer de cette condition, af?rmaient les penseurs des Lumières, est de s\u2019en remettre à la raison et d\u2019accepter de confronter les convictions à des normes objectives.Ils étaient persuadés qu\u2019il fallait vigoureusement appliquer des critères rationnels pour comprendre le monde.QS D\u2019où la nécessité de fonder la raison sur la science ?SP Absolument ! La science, c\u2019est l\u2019aiguisement de la raison en vue de comprendre le monde.La révolution scienti?que, qui a commencé avant les Lumières, s\u2019est accélérée à ce moment-là.Il nous est dif?cile de l\u2019appréhender aujourd\u2019hui tant les découvertes qu\u2019elle a permises nous sont devenues une seconde nature.Pour les philosophes des Lumières, la sortie de l\u2019ignorance et de la superstition a montré à quel point notre sagesse pouvait être erronée, et comment les méthodes propres à la science ?fondées sur le scepticisme, le faillibilisme, des débats ouverts et des véri?cations empiriques ?sont le paradigme de la façon d\u2019aboutir à des connaissances ?ables.QS Le tableau n\u2019est pas complet sans l\u2019humanisme et le progrès, n\u2019est-ce pas ?SP En effet, tout est lié.Les penseurs des Lumières étaient convaincus de l\u2019impérieuse nécessité d\u2019établir un fondement laïque à la morale.Ils étaient hantés par l\u2019Inquisition, les croisades, la chasse aux sorcières.Ils ont jeté les bases de l\u2019humanisme, qui privilégie le bien-être des individus par rapport à la gloire de la race, de la nation ou de la religion.Ils ont mis l\u2019accent sur la défense des droits individuels et l\u2019abolition de la torture, des châtiments corporels, de l\u2019esclavage et du despotisme.La science et l\u2019humanisme ont permis à l\u2019humanité, grâce à une meilleure compréhension du monde, d\u2019accomplir des progrès intellectuels et moraux.QS Mais la notion de progrès a toujours été contestée par les critiques des Lumières.Ils y voyaient une volonté de créer un « homme » nouveau.Avaient-ils raison ?SP Il y a malentendu.L\u2019idéal de progrès ne doit pas être confondu avec le mouvement du 20e siècle visant à remanier la société et à façonner la nature humaine selon le bon vouloir des technocrates et des plani- ?cateurs.Au contraire, le progrès tel que l\u2019espéraient les Lumières s\u2019est concentré sur les institutions.Il est dans l\u2019ordre des choses que la raison, dans ses efforts pour améliorer le bien-être des personnes, cible \u2019 \u2018 ENTREVUE AVEC STEVEN PINKER QUÉBEC SCIENCE 16 AVRIL-MAI 2019 avant tout les systèmes que sont les gouvernements, les lois, les écoles, les marchés et les organismes internationaux, systèmes qu\u2019elles ont institués.QS Les avantages de la science sont depuis longtemps au rendez-vous.Comment confondre les sceptiques et les convaincre des bienfaits des Lumières ?SP Prenons la santé.Elle occupe une part grandissante des dépenses dans les pays développés et même en développement.Et pour cause : les avancées en matière de santé donnent des résultats phénoménaux.L\u2019antisepsie, l\u2019anesthésie et les transfusions sanguines ont permis à la chirurgie de guérir plutôt que de torturer et de mutiler.L\u2019espérance de vie a doublé depuis les années 1800 et est passée de 40 ans à environ 80 ans aujourd\u2019hui.Cela est en partie le résultat de la réduction de la mortalité infantile et juvénile.Depuis 1850, elle a été divisée par 100 grâce aux progrès de la médecine et de l\u2019hygiène.Même dans les pays du Sud, les résultats sont frappants, ce qui fait dire à l\u2019économiste Steven Radelet que « les progrès en santé dont ont béné?cié les populations pauvres à l\u2019échelle mondiale au cours des dernières décennies sont si considérables et étendus qu\u2019ils comptent parmi les plus grandes réussites de l\u2019histoire de l\u2019humanité ».QS Au sujet de l\u2019écologie, vous reprochez à une frange du mouvement écologiste son alarmisme.Vous n\u2019allez pas vous faire des amis\u2026 SP Je partage l\u2019objectif de protection de la qualité de l\u2019air et de l\u2019eau, des espèces et des écosystèmes, mais je rejette les solutions qui visent à stopper le développement, à nier la science, à revenir en arrière.L\u2019humanité n\u2019est pas irrémédiablement engagée sur la voie du suicide écologique.La crainte d\u2019une pénurie de ressources est infondée.La position d\u2019un écologisme misanthrope, qui assimile l\u2019humanité moderne à une bande d\u2019affreux déprédateurs se livrant à un pillage en règle d\u2019une planète vierge, est tout aussi erronée.Je crois, au contraire, qu\u2019à mesure que le monde s\u2019enrichit et s\u2019approprie de nouvelles technologies il se dématérialise, se décarbone et se densi?e, épargnant la Terre et les espèces.À mesure que les gens deviennent plus riches et mieux éduqués, ils se soucient davantage de l\u2019environnement, inventent des moyens de le protéger et sont mieux à même d\u2019en assumer les coûts.QS Il n\u2019y a pas que les écologistes qui sonnent l\u2019alarme.Les scientifiques sont aussi très préoccupés.Il est dif?cile de réconcilier votre discours avec les nombreuses études qui, jour après jour, soulignent à quel point notre planète se porte mal.Qu\u2019en pensez-vous ?SP La prétention selon laquelle le monde tend à sa perte écologique est parfaitement inutile.Si elle était vraie, nous ne devrions rien faire, puisque nous sommes condamnés et que tout effort serait futile.Et d\u2019ailleurs, il n\u2019existe pas d\u2019« environnement » qui aurait été pur jusqu\u2019à l\u2019arrivée des êtres humains.Les environnements changent sans cesse, en même temps que les espèces prennent de l\u2019expansion, se contractent, se déplacent et se poussent les unes et les autres vers l\u2019extinction.Il nous faut cerner des problèmes particuliers, dont les changements climatiques sont le plus important, sans toutefois oublier la surpêche et la perte des insectes pollinisateurs, notamment, et trouver des solutions, puis chercher à les implanter.Bon nombre de ces solutions iront à l\u2019encontre de l\u2019esthétisme du mouvement écologiste traditionnel.QS De quelle façon ?SP Par exemple, l\u2019énergie nucléaire sera nécessaire à la lutte contre les changements climatiques.De même, l\u2019agriculture intensive reposant sur la haute technologie, y compris sur l\u2019utilisation d\u2019organismes génétiquement modi?és, sera bonne pour l\u2019environnement parce qu\u2019elle permet de produire davantage de nourriture sur une moins grande super?cie, d\u2019atténuer les pressions sur les forêts et de laisser les terres agricoles retrouver leur état naturel.QS Vous mettez l\u2019accent sur la connaissance dans les remarquables développements humain et scienti?que.C\u2019est essentiel pour vous ?SP La supernova de la connaissance redé- ?nit continuellement ce qu\u2019être humain signi?e.Comprendre qui nous sommes, d\u2019où nous venons, comment le monde fonctionne et ce qui importe dans la vie dépend de notre participation à ce vaste réservoir de connaissances en constante expansion.Ainsi, à plusieurs reprises dans l\u2019histoire, les hommes et les femmes ont inventé des technologies qui accélèrent le savoir et le multiplient de façon exponentielle, comme l\u2019écriture, l\u2019imprimerie et les médias électroniques.Du côté plus immatériel, offrir une meilleure éducation aujourd\u2019hui rend un pays plus démocratique et plus paci?que demain.En?n, l\u2019éducation est l\u2019un des trois éléments qui composent l\u2019indice de développement humain des Nations unies, avec l\u2019espérance de vie et le PIB par habitant.Ça dit tout.lQS ENTREVUE Pour les philosophes des Lumières, la sortie de l\u2019ignorance et de la superstition a montré à quel point notre sagesse pouvait être erronée, et comment les méthodes propres à la science ?fondées sur le scepticisme, le faillibilisme, des débats ouverts et des véri?cations empiriques ?sont le paradigme de la façon d\u2019aboutir à des connaissances ?ables. QUÉBEC SCIENCE 17 AVRIL-MAI 2019 SCIENCES La chirurgie plastique célèbre son centenaire au Canada.Une occasion de parcourir son histoire et de découvrir ce qui se pratique dans nos établissements de santé, où les plasticiens font bien plus que des liftings.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE ILLUSTRATION : KANELLOS COB CHIRURGIE PLASTIQUE 100 ANS ET PAS UNE RIDE QUÉBEC SCIENCE 18 MARS 2019 SCIENCES I M A G E S : W E L L C O M E C O L L E C T I O N ; W I K I M E D I A C O M M O N S ; S H U T T E R S T O C K 1 2 QUÉBEC SCIENCE 18 AVRIL-MAI 2019 L a plast ic ienne Lucie Lessard fait dé?ler les photos de son cellulaire plus vite que son ombre.« Si vous avez le cœur solide, je peux vous montrer le trou.» Le « trou » fait référence à l\u2019épaule d\u2019un patient à qui l\u2019on a enlevé une tumeur sur l\u2019humérus gauche, puis la clavicule et l\u2019omoplate.« J\u2019avais un trou de 25 cm sur 20 à fermer.» Petit dé?technique supplémentaire : le patient a été opéré assis pour reconstruire à la fois l\u2019avant et l\u2019arrière de l\u2019épaule.La chef de la division de chirurgie plastique du Centre universitaire de santé McGill fouille dans son bureau décoré de souvenirs de conférences internationales.Elle exhibe des instruments et du ?l plus ?n qu\u2019un cheveu, et fait mine d\u2019opérer.Elle ne tremble pas du tout ; une trentaine d\u2019années de pratique ont précisé ses gestes.« J\u2019ai utilisé des vis avec des ailes en métal pour accrocher aux os les tissus mous restants, poursuit-elle.Après, j\u2019ai pris un lambeau sous le mamelon, que j\u2019ai gardé attaché au muscle et à une artère.Je l\u2019ai fait monter jusqu\u2019à l\u2019épaule par l\u2019intérieur du corps pour que l\u2019artère reste toujours ?xée.» Elle vient tout juste de visiter ce patient, qui est sur le point d\u2019obtenir son congé de l\u2019hôpital.Une opération comme les autres, quoi ! La Dre Lessard a aussi des photos de la reconstruction du crâne et de la main d\u2019une femme s\u2019étant fait attaquer par un ours (hein !), des os du nez qu\u2019il lui a fallu retirer du cerveau d\u2019un homme tombé dans un escalier (ayoye !) et de la nouvelle mâchoire d\u2019un enfant accidentellement blessé par balle (ohhhh !).« Je suis triste quand je vois la chirurgie plastique être ridiculisée ou réduite au nip and tuck.Les gens n\u2019ont pas idée de toutes les choses dif?ciles qu\u2019on est capables de faire », déclare cette spécialiste en chirurgie craniofaciale.Surtout qu\u2019à l\u2019origine la spécialité n\u2019avait absolument rien à voir avec l\u2019augmentation mammaire, la liposuccion ou la labioplastie, une opération qui connaît une forte croissance actuellement au Québec et qui consiste à réduire les lèvres de la vulve.Nip and tuck : signi?e littéralement « inciser et retendre ».C\u2019est le surnom donné en anglais aux interventions esthétiques de type lifting.C\u2019est aussi le titre d\u2019une émission de télévision américaine des années 2000.Au Moyen Âge, les interventions « chirurgicales » étaient pratiquées par des artisans et non par des médecins. QUÉBEC SCIENCE 19 MARS 2019 D\u2019ARTISAN À SPÉCIALISTE Au Moyen Âge, les interventions « chirurgicales » étaient pratiquées par des artisans et non par des médecins, explique Thomas Schlich, professeur à l\u2019Université McGill et auteur du Palgrave Handbook of the History of Surgery.« Ils apprenaient par compagnonnage et fonctionnaient en guilde », raconte l\u2019expert, dont le bureau se trouve dans un bâtiment historique aux planchers qui craquent.Ces opérations ont été intégrées à la médecine au 19e siècle, ce qui a jeté les bases de la chirurgie moderne.Un article scienti?que de 1883 relate ainsi les 25 cas de becs-de-lièvre corrigés par le chirurgien général Thomas Roddick, qui était aussi professeur à l\u2019Université McGill.La spécialité « plastique » a quant à elle émergé avec les « gueules cassées » de la Première Guerre mondiale ; les tranchées et leurs obus étaient sans pitié pour les visages.On dit souvent du Dr Harold Gillies, basé à Sidcup, en Angleterre, qu\u2019il fut le père de la chirurgie plastique.« Les conditions étaient réunies : la chirurgie existait of?ciellement depuis quelques décennies, donc on possédait les techniques nécessaires.Également, on pouvait recourir à de nouvelles méthodes comme l\u2019antisepsie, l\u2019anesthésie, la suture et l\u2019autogreffe, en plus de la compréhension qu\u2019on avait des groupes sanguins », indique le Dr Schlich.Le Canadien Ernest Fulton Risdon a collaboré avec le Dr Gillies à Sidcup.Il est de retour au pays en 1919 ?il aurait travaillé brièvement à l\u2019hôpital de Sainte- Anne-de-Bellevue (auprès des anciens combattants) avant d\u2019établir sa pratique à Toronto.Il a été le premier à se consacrer exclusivement à la chirurgie plastique, à une époque où ses collègues s\u2019opposaient à toute spécialisation.Au Québec, le premier plasticien quali?é a été Jack Gerry.Formé au Missouri, il est revenu exercer à Montréal dans les années 1930.Il a d\u2019ailleurs cofondé la Société canadienne de chirurgie plastique et l\u2019ancêtre de l\u2019Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec.Évidemment, la Seconde Guerre mondiale a elle aussi contribué à l\u2019expansion de la pratique.« Puis, dans les années 1960- 1970, des plasticiens ont proposé leurs services comme une façon d\u2019améliorer son corps, sans raison médicale, mentionne le Dr Schlich : pour eux, la souffrance 1 Représentation du métier de barbier-chirurgien.Cet artisan réalise de petites interventions chirurgicales à l\u2019époque où la médecine évite le sang, suivant les directives de l\u2019Église.2 Portrait de 1917 d\u2019un soldat français blessé à la bouche et à la joue pendant la guerre.3 Walter Yeo, un soldat britannique blessé au visage, particulièrement aux paupières, pendant la Première Guerre mondiale, a été opéré à plusieurs reprises par le Dr Harold Gillies.Ces photos montrent une greffe de peau ressemblant à un masque, l\u2019une des dernières interventions, ainsi que le résultat ?nal.4 Des photos et illustrations présentées dans un livre écrit par le Dr Harold Gillies, qui fut l\u2019un des premiers à considérer les facteurs esthétiques dans la reconstruction des visages.4 QUÉBEC SCIENCE 19 AVRIL-MAI 2019 Lambeau : tissu prélevé sur une partie du corps pour en reconstruire une autre.Le lambeau peut être pédiculé (attaché en tout temps à son artère et à sa veine malgré le déplacement) ou libre (complètement coupé du corps, mais il sera rattaché ailleurs grâce à des sutures microscopiques).3 I M A G E : S C I E N C E M U S E U M ( L O N D R E S ) liée à l\u2019apparence se rapprochait d\u2019une maladie que la chirurgie pouvait traiter.Le marché s\u2019est développé.» Le côté nip and tuck était né.Les liftings se sont saisis de l\u2019avant-scène, laissant dans l\u2019ombre les reconstructions requises par une malformation ou un accident.Ce qui nous amène aux années 1980, époque à laquelle la Dre Lessard a été formée à l\u2019Université Harvard et en Suède avant de revenir à Montréal.« C\u2019était une ère exceptionnelle pour la chirurgie ! Pour les os, on passait des sutures de métal pas très solides aux plaques dont on se sert à présent.On parvenait à opérer sans laisser de cicatrice, en passant par les cheveux ou l\u2019intérieur de la bouche.On découvrait aussi le concept d\u2019angiosomes, cette carte géographique du corps qui permet de choisir la bonne zone à utiliser comme lambeau.» Mais le comble des avancées a été la microchirurgie.Plutôt que de conserver les lambeaux attachés à une artère et à une veine en tout temps, on pouvait désormais opérer avec des lambeaux « libres », c\u2019est- à-dire complètement coupés du corps.Il suffisait de recoudre les minuscules vaisseaux sanguins du lambeau et de la zone receveuse à l\u2019aide d\u2019un microscope.« On a été parmi les premiers à en faire, à l\u2019hôpital Royal Victoria, avec les Chinois et les Australiens.Cela a commencé avec le rattachement de doigts », se rappelle la Dre Lessard.TOURNEDOS ET GREFFES DE PEAU Au cours de sa carrière, Lucie Lessard a elle-même contribué à l\u2019avancement des techniques en inventant, entre autres, le « lambeau tournedos », une façon ef?cace et rapide de refermer la plaie d\u2019un patient opéré pour un cancer près du cerveau.En gros, le lambeau est posé à l\u2019envers, le derme directement sur le cerveau, une technique décrite en 2013 dans le Journal of Craniofacial Surgery.Une greffe de peau couvre ensuite le tout.La Dre Lessard s\u2019apprête à publier un article scienti?que témoignant des spé- ci?cités ethniques à considérer en cas de fracture du plancher de l\u2019orbite qui abrite l\u2019œil.« On a pris des mesures à partir de 100 tomodensitogrammes [CT scans] et l\u2019on a réalisé que le plancher de l\u2019orbite des Inuits est plat tandis que celui des Caucasiens a un angle de 30° à 40°.Maintenant, on en tient compte dans nos reconstructions.» De tels articles et les rapports de cas sont essentiels à la dissémination des nouvelles techniques en chirurgie plastique.Les échanges avec des collègues pratiquant les mêmes types d\u2019interventions sont aussi une occasion de progresser, selon le Dr Pierre Brassard, un chef de ?le en matière d\u2019opération de réassignation génitale.Il se réjouit d\u2019ailleurs du boum actuel dans la chirurgie trans.« Il y a de plus en plus de congrès et de rencontres.Il va y avoir également des études plus complètes, au béné?ce des patients.» De façon générale, existe-t-il des ouvrages majeurs, des « bibles » prescrivant les étapes à suivre pour les différentes interventions chirurgicales ?« Non, il n\u2019y a pas de livre qui dit comment féminiser un visage » par exemple, répond le plasticien, amusé.Pierre Brassard a commencé à suivre des femmes enfermées dans un corps d\u2019homme, Greffe : contrairement au lambeau, le tissu greffé ne s\u2019accompagne pas de son artère et de sa veine.La zone receveuse doit le revasculariser.On parle d\u2019auto- greffe quand le tissu est prélevé sur le patient lui-même et d\u2019allogreffe quand il provient d\u2019une autre personne.SCIENCES QUÉBEC SCIENCE 20 AVRIL-MAI 2019 À l\u2019âge de 2 ans, Alicia a été opérée par Dre Lucie Lessard, en raison d\u2019une malformation vasculaire.Elle a été soignée de nouveau par la chirurgienne à l\u2019âge de 5 ans, après une récidive.C\u2019était il y a plus de 25 ans et la patiente se porte bien aujourd\u2019hui.I M A G E S : D R E L U C I E L E S S A R D ou l\u2019inverse, au CHU de Québec-Université Laval au début des années 1990.Aujourd\u2019hui, il leur consacre tout son temps au Centre métropolitain de chirurgie plastique, à Montréal, le seul établissement au Canada qui pratique des interventions de réassigna- tion génitale.« La qualité esthétique et la qualité fonctionnelle sont bien meilleures à l\u2019heure actuelle qu\u2019à mes débuts.Ainsi, pour la phalloplastie [la construction d\u2019un pénis, réalisée à partir des organes génitaux féminins et d\u2019un lambeau libre tiré de l\u2019avant-bras], on obtient quelque chose de beaucoup plus beau et l\u2019on a trouvé comment contourner des complications urinaires en divisant l\u2019opération en étapes.» Il faut trois ou quatre interventions pour parvenir au résultat ?nal.Mais ce qui in?uence le plus le résultat, selon lui, ce n\u2019est pas tant l\u2019évolution des techniques que l\u2019expérience du plasticien.« Il faut avoir fait une bonne centaine de chirurgies pour se sentir con?ant.Après 10 ans, j\u2019étais meilleur; après 15 ans, je m\u2019étais encore amélioré ; et aujourd\u2019hui, je remarque une différence.On acquiert une plus grande compréhension des particularités individuelles.Ce n\u2019est pas comme fabriquer des portes ; la technique varie selon l\u2019anatomie de chaque personne, la qualité de sa peau et la quantité disponible.» DES RECHERCHES PROMETTEUSES Et maintenant, où s\u2019en va la chirurgie plastique ?Les techniques restent essentiellement les mêmes, mais de nouveaux outils ou des procédés ambitieux propulsent la discipline plus loin.Spécialisée dans le traitement des grands brûlés au CHU de Québec-Université Laval, la Dre Ariane Bussières constate chaque jour à quel point une mauvaise cicatrisation diminue la qualité de vie des patients.« Quand on fait des greffes de peau, de 70 % à 80 % des patients se retrouvent avec des cicatrices pathologiques, c\u2019est-à-dire boursouf?ées, rouges, larges, qui piquent, très in?am- matoires.» Des inconforts qui pourront être soulagés grâce à un appareil au laser à dioxyde de carbone sur le point d\u2019être acquis par l\u2019établissement hospitalier.Le laser pénètre jusqu\u2019à quatre millimètres dans la peau et brûle de petits points, ce qui permet à la cicatrice de se remodeler.Des scienti?ques d\u2019un peu partout dans le monde ont aussi dans leur mire le potentiel des cellules souches pour améliorer la cicatrisation.Ces 10 dernières années, des pas de géant ont été accomplis du côté de la fabrication de peau en laboratoire.À partir d\u2019un prélèvement sur le patient, le Centre de recherche en organogénèse expérimentale peut fournir les premières bandes de derme et d\u2019épiderme aux chirurgiens plastiques du CHU de Québec-Université Laval en six semaines.Mais pour soigner un corps brûlé sur une grande surface, ces quelques pièces de peau ne suf?sent pas.Il faut donc procéder à plusieurs greffes au fur et à mesure que de nouvelles bandes sont prêtes.« Si le délai de production pouvait être plus court, ce serait encore une avancée », note la Dre Bussières avant de raccrocher et d\u2019aller commencer sa journée par une reconstruction du sein à la suite d\u2019un cancer, suivie de deux interventions à la main et d\u2019une autre aux membres inférieurs ; la chirurgienne est appelée à travailler en dehors de l\u2019unité des grands brûlés.Edward Buchel, rédacteur en chef de la revue scienti?que canadienne Plastic Surgery, martèle qu\u2019à court terme il faut s\u2019attaquer au traitement chirurgical des cancers du sein, qui n\u2019est pas toujours optimal au Canada.« Au moment où l\u2019on enlève la tumeur, on peut reconstruire immédiatement le sein en gardant tout le mamelon ?et sa sensibilité ?et en utilisant des cellules de gras du ventre pour combler le vide.C\u2019est une plus grosse chirurgie, mais au moins les femmes ressortent du bloc opératoire \u201centières\u201d et n\u2019ont pas à y revenir plus tard », dit celui qui est aussi chef adjoint de la chirurgie à l\u2019Of?ce régional de la santé de Winnipeg, au Manitoba.À plus long terme, il espère que les connaissances relatives aux rejets dans les cas de greffes majeures, comme les transplantations de bras ou de visage, évolueront pour réduire ces risques.Mais ce sont les prothèses bioniques qui le font carrément rêver.« On a déjà la partie \u201crobot\u201d, mais le dé?est de trouver comment la rattacher au système nerveux, signale le Dr Buchel.Si un nerf touche un composé métallique d\u2019un bras robotisé, il s\u2019irrite et finit par ne plus transmettre d\u2019information.Mais des recherches incroyables aux États-Unis et en Europe intègrent de nouveaux matériaux à proximité des nerfs pour que le signal électrique active la prothèse selon le désir de la personne.» Des prouesses à mille lieues du nip and tuck.lQS L\u2019ébéniste Francis Camiré a subi un accident en travaillant le bois, détruisant une partie de son crâne.Dre Lessard a utilisé une prothèse de polyéthylène conçue sur mesure grâce à l\u2019impression 3D pour reconstruire sa boîte crânienne.QUÉBEC SCIENCE 21 AVRIL-MAI 2019 I M A G E S : U N I V E R S I T Y H E A L T H N E T W O R K ; C I U S S S D E L \u2019 E S T - D E - L \u2019 Î L E - D E - M O N T R É A L SCIENCES LES INTERVENTIONS EXTRÊMES L\u2019une des récentes interventions les plus impressionnantes est la greffe de visage, une prouesse réalisée seulement une quarantaine de fois dans quelques pays, dont récemment au Québec par le Dr Daniel Borsuk à l\u2019hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal.En début d\u2019année, un patient a même reçu une deuxième greffe de visage en France, sept ans après la première et deux mois après son rejet.Cette intervention demeure donc risquée et a mené au décès de quelques patients.Elle est toujours controversée, remarque Thomas Schlich, historien de la médecine.« Elle nécessite beaucoup de ressources.Certains se demandent si le résultat en vaut la peine.C\u2019est une question qui se pose pour tous les nouveaux traitements.» Parmi les autres exploits canadiens, notons une greffe d\u2019avant-bras (avec la main), effectuée avec succès en 2016 à Toronto.À l\u2019échelle internationale, des jambes ont déjà été transplantées.La greffe du pénis et du scrotum ?gure également parmi les interventions les plus étonnantes.De telles chirurgies ont été exécutées aux États-Unis et en Afrique du Sud, mais le premier cas fut l\u2019exploit de spécialistes chinois, en 2006.Le succès s\u2019est révélé mitigé : malgré une bonne récupération, le nouveau membre a été retiré deux semaines après l\u2019opération parce que le patient et sa femme souffraient de troubles psychologiques.2 1 1 et 2 La première transplantation d\u2019avant-bras au Canada a été réalisée en 2016 par la University Health Network de Toronto.Au total, 18 chirurgiens se sont succédé pendant l\u2019intervention de 14 heures.Les vaisseaux sanguins, les nerfs, les muscles et la peau du moignon de la patiente ont été rattachés à ceux du bras issu d\u2019un don d\u2019organe.3 La première greffe de visage au pays a eu lieu à Montréal, à l\u2019hôpital Maisonneuve-Rosemont, en 2018.Maurice Desjardins éprouvait des dif?cultés à respirer et mastiquer depuis l\u2019accident qui l\u2019avait dé?guré sept ans plus tôt.Une centaine de professionnels de la santé ont participé à l\u2019intervention de 30 heures supervisée par le plasticien Daniel Borsuk.3 ÉCONOMISEZ?proiter du moment présent?! Forfait pour la semaine (3 au 9 août) également ofert. QUÉBEC SCIENCE 23 MARS 2019 veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 RÉSERVEZ DÈS MAINTENANT ! DES WEEK-ENDS COMPLÈTEMENT VÉLO ! en partenariat avec en partenariat avec NOUVEAU Duo Week-end s Roulez les DEUX et ÉCONOMISEZ?! Oubliez le quotidien et sa routine\u2026 roulez entre amis, en famille, en amoureux et découvrez le Québec à votre rythme.29 juin au 1er juillet au Centre-du-Québec Attrapez l\u2019été qui débute.Ajoutez-y trois jours de plaisir à vélo via Victoriaville, où vous dormirez deux nuits, et vous avez là l\u2019expérience de vacances parfaite pour prendre le temps de vivre.Belle occasion de s\u2019initier aux joies du cyclotourisme.3 au 5 août au Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean De Saguenay à Roberval via le Horst de Kénogami, pédalez dans une nature hors du commun avec des points de vue inoubliables sur le lac Saint-Jean.Trois jours de vélo-vacances pour être actif, respirer et proiter du moment présent?! Forfait pour la semaine (3 au 9 août) également ofert.Forfaits vacances clé en main, incluant itinéraire balisé, encadrement, transport du bagage, repas et soirées animées.Photos : François Poirier, Simon Laroche et Yvan Monette/Diane Dufresne QUÉBEC SCIENCE 24 AVRIL-MAI 2019 SANTÉ LA ROULETTE RUSSE AQUATIQUE ean Emmanuel Turquois ne manque pas d\u2019air.Le 30 novembre 2018, ce Franco-Québécois a retenu son souf?e sous l\u2019eau pendant 6 min 49 s à l\u2019occasion d\u2019une compétition d\u2019apnée statique tenue au Complexe aquatique Laurie-Ève-Cormier, à Boucherville.C\u2019est près d\u2019une minute de plus que le très long vidéoclip d'Another Brick in the Wall, de Pink Floyd ! Mais cette performance reste à des années-lumière de celle réalisée par Stéphane Mifsud en 2009 sur la Côte d\u2019Azur : 11 min 35 s.Aussi bien dire une éternité pour les organes de son corps, privés d\u2019oxygène frais durant tout ce temps.Pour accomplir ces exploits, les deux hommes ont dû apprendre à dompter le gaz carbonique, explique Maxim Iskander, fondateur et président du Club d\u2019apnée sportive de Québec (CASQ).« Ce n\u2019est pas le manque d\u2019oxygène qui donne envie de respirer, mais bien l\u2019accumulation de CO 2 dans l\u2019organisme.L\u2019enjeu est donc d\u2019en produire le moins possible », nous indiquait-il en marge d\u2019un cours d\u2019initiation à l\u2019apnée statique du CASQ donné en octobre 2018.Car oui, il s\u2019agit d\u2019un véritable sport, en croissance à travers le monde depuis la sortie du Grand Bleu sur les écrans en 1988.Statique, dynamique, en profondeur : l\u2019objectif de la discipline qui se pratique en piscine comme dans la nature est toujours le même, soit résister à l\u2019asphyxie le plus longtemps possible.Pour limiter la production de CO 2 , il n\u2019y a pas trente-six solutions : il faut ralentir l\u2019activité du corps, dont les milliards de cellules réclament sans cesse de l\u2019oxygène.Méditation, relaxation et respiration profonde sont d\u2019ailleurs des incontournables dans la préparation des pratiquants de l\u2019apnée, qu\u2019on quali?e parfois de yoga aquatique.Ce n\u2019est toutefois que la première partie de l\u2019équation ; encore faut-il résister à la hausse généralisée du niveau de CO 2 .Heureusement, l\u2019être humain peut compter sur un ré?exe de survie présent chez tous En apnée sportive, des plongeurs sont prêts à tout pour réaliser une performance digne de ce nom.Quitte à mettre en péril leur santé cognitive, voire leur vie.PAR MAXIME BILODEAU J QUÉBEC SCIENCE 25 AVRIL-MAI 2019 6 M I N 4 9 S les mammifères : celui d\u2019immersion.« Une série de réactions physiologiques spéci- ?ques se mettent en branle dès que le visage entre en contact avec de l\u2019eau.Le rythme cardiaque diminue considérablement, les capillaires des extrémités se ferment a?n de rediriger le sang vers les organes vitaux », énumère Maxim Iskander.Une cascade d\u2019évènements cardiovasculaires, métaboliques et cérébrovasculaires documentée par une revue de la littérature publiée en 2018 dans Experimental Physiology, la plus récente sur le sujet.PAS SANS RISQUES La réponse à l\u2019immersion est si forte qu\u2019elle permet à des néophytes de tenir pendant près de trois minutes sous l\u2019eau dès leurs premières plongées, avons-nous constaté à la formation du CASQ.Cela ne surprend guère Anthony Bain, chercheur au département de kinésiologie de l\u2019Université de Windsor, en Ontario, et auteur d\u2019une thèse sur la physiologie de l\u2019apnée sportive achevée en 2016.« C\u2019est environ après cette durée que la phase de lutte débute.L\u2019apnéiste livre alors une véritable bataille contre lui-même : son diaphragme est secoué par des spasmes involontaires, il peine à simplement garder sa bouche et ses voies respiratoires bloquées », décrit le scientifique.Par l\u2019entraînement, les apnéistes de haute voltige apprennent à faire ?de ces signaux de détresse.Cela, parfois, au péril de leur vie.Entre 2004 et 2015, le Divers Alert Network a recensé 763 incidents d\u2019apnée sportive sur la planète.De ce nombre, quatre sur cinq se sont avérés fatals, peut-on lire dans un rapport qu\u2019a fait paraître l\u2019organisation à but non lucratif.Les causes de décès sont nombreuses et vont des attaques d\u2019animaux marins aux collisions avec un bateau.Mais 83 % des tragédies s\u2019expliquent plutôt par un comportement inapproprié des plongeurs, par une forme physique insuf?sante ou par un état de santé inadéquat.« Les accidents mortels sont souvent le lot de personnes qui vont trop loin sans supervision appropriée ou, pire, qui plongent I M A G E S : S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE 26 AVRIL-MAI 2019 SANTÉ À S\u2019EN FOULER LA RATE Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019on quali?e les Bajau de nomades des mers : les représentants de ce peuple indonésien passent jusqu\u2019à 60 % de leurs journées sous l\u2019eau pour garnir leur garde-manger, rapporte une étude parue l\u2019année dernière dans la revue Cell.Pour maintenir leur folle cadence de travail, ces indigènes comptent sur un atout inédit : une rate 50 % plus grosse que la moyenne.En situation d\u2019apnée, ce sanctuaire à globules rouges se contracte et propulse davantage de transporteurs d\u2019oxygène dans le sang.Résultat : une capacité accrue à demeurer sous l\u2019eau sans s\u2019asphyxier.Cette carte maîtresse s\u2019expliquerait par des variations génétiques importantes, ce qui laisse penser que les Bajau ont évolué en ce sens.Plusieurs autres peuples sont des adeptes de plongée en apnée de par le monde.C\u2019est le cas des Ama, des pêcheuses japonaises, qui plongent jusqu\u2019à 100 à 150 reprises par jour pour recueillir des perles précieuses.Une activité millénaire qui, comme pour les Bajau, aurait provoqué des adaptations physiologiques chez ces femmes, souligne une étude de l\u2019American Journal of Physiology ?Regulatory, Integrative and Comparative Physiology.seules.La plupart surviennent d\u2019ailleurs en piscine, alors qu\u2019on aurait tendance à penser que ce sont les disciplines en profondeur qui sont problématiques », souligne Maxim Iskander.DES SÉQUELLES À LONG TERME Plus souvent, un apnéiste qui surestime ses capacités se met à trembler ou s\u2019évanouit ?environ un pour cent des concurrents dans une compétition d\u2019apnée perd ainsi la carte.Ces malaises sont considérés comme banals par plusieurs apnéistes.Pourtant, ils pourraient être synonymes de graves dommages au cerveau, montre une étude publiée dans la revue Applied Physiology, Nutrition, and Metabolism en 2017.Dans cette étude, les chercheurs ont soumis des adeptes d\u2019apnée de tous les niveaux à une batterie de tests neuropsy- chologiques.Au ?nal, les plongeurs d\u2019élite ont moins bien performé que les novices et les sujets du groupe témoin au test de Stroop, qui permet d\u2019apprécier la mémoire à court terme.En outre, on a décelé chez eux les mêmes biomarqueurs que chez les individus victimes d\u2019un traumatisme crânien.François Billaut, professeur au Département de kinésiologie de l\u2019Université Laval, est l\u2019auteur principal de ces travaux.C\u2019est l\u2019effet cumulatif de l\u2019exposition du cerveau à des conditions de sous-oxygénation qui altère les fonctions cognitives, observe-t-il à la lumière de ces données.« Le meilleur indicateur des séquelles subies par le cerveau semble être la capacité physique plutôt que les évanouissements.Plus votre record personnel est enviable et plus vous possédez d\u2019années d\u2019expérience, plus vous courez de risques d\u2019avoir des séquelles », analyse l\u2019expert, lui-même apnéiste amateur ?il « vaut » quatre minutes en apnée statique, une activité à laquelle il s\u2019est initié enfant en plein océan Paci?que, ayant vécu quelques années sur l\u2019île de Tahiti.Les résultats alarmants de son étude n\u2019ont pas ébranlé les participants.« Leur réaction allait de l\u2019aveuglement volontaire à la relative indifférence.Ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019aucun de ces athlètes n\u2019a arrêté de plonger après avoir pris connaissance de nos données », raconte François Billaut, qui, lui non plus, n\u2019est pas près de mettre un terme à sa pratique.L\u2019apnée est après tout un sport, au même titre que la course à pied ou l\u2019alpinisme.Elle comporte donc des risques.« On a beau faire remarquer cette vérité à un sportif, il s\u2019en moque.L\u2019humain cherche toujours à repousser ses limites, ce n\u2019est pas nouveau », tranche le chercheur.lQS Un apnéiste qui surestime ses capacités se met à trembler ou s\u2019évanouit.Ces malaises sont considérés comme banals par plusieurs athlètes.\u201c \u201d | INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 1 LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Les dé?s de la voiture de demain INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DANS UN FUTUR PRÈS DE CHEZ VOUS Recette pour une ville intelligente Santé : ces machines qui vous veulent du bien Remettre l\u2019IA dans le droit chemin LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 2 Dans un futur près de chez vous L\u2019intelligence arti?cielle (IA) promet de redessiner notre monde, et elle le fait déjà : les assistants vocaux, la reconnaissance faciale, les suggestions de contenus de Net?ix et de Spotify et les robots qui battent les meilleurs joueurs d\u2019échecs, de go et de poker ne sont que quelques-unes des applications désormais bien connues du grand public.Mais avant de se retrouver sous les projecteurs, ces produits ont d\u2019abord émergé de travaux scienti?ques.Vecteurs de l\u2019intelligence arti?cielle, les universités n\u2019ont pas ?ni d\u2019explorer les possibilités de l\u2019IA dans une panoplie de domaines : santé, cybersécurité, transport, machinerie, logiciels, justice, cinéma\u2026 C\u2019est sans compter l\u2019incontournable ré?exion éthique sur le développement responsable de cet outil dont la puissance donne souvent le tournis.Ce dossier donne un aperçu des prouesses de l\u2019IA, dont on pourra faire l\u2019expérience dans un futur pas si lointain, et des risques auxquels nous serons peut-être confrontés.Ce dossier est inséré dans le numéro avril-mai 2019 du magazine Québec Science.Il a été ?nancé par l\u2019Université du Québec et produit par le magazine Québec Science.Le comité consultatif était formé de : Caroline Chartrand, UQAM Lionel Berthoux, UQTR Yves Chiricota, UQAC François Cormier, UQAR Louis Lafortune, UQO Francine Tremblay, UQAT Josée Charest, INRS Josée Gauthier, ENAP Éric Lamiot, TÉLUQ Céline Poncelin de Raucourt, UQ Marie Lambert-Chan, QS Coordination : Marie Lambert-Chan et Valérie Reuillard Rédaction : Maxime Bilodeau Chloé Dioré de Périgny Martine Letarte Etienne Plamondon Emond Direction artistique : Natacha Vincent Correction-révision : Sophie Cazanave Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, de contribuer au développement scienti?que du Québec et au développement de ses régions.3 L\u2019IA dans la cité Que nous réserve la ville intelligente ?6 Place à la voiture de demain Les futurs véhicules autonomes doivent être en mesure d\u2019éviter les collisions et d\u2019affronter les rigueurs de l\u2019hiver.8 Le cinéma des algorithmes Quand l\u2019IA se déploie sur grand écran.9 L\u2019IA révolutionne le secteur manufacturier Les entreprises manufacturières prennent les grands moyens pour mesurer leurs activités en temps réel.10 Ces machines qui vous veulent du bien Les machines dotées d\u2019une intelligence arti?cielle sont appelées à transformer le domaine de la santé.12 Quand la machine analyse la machine Grâce à l\u2019IA, des informaticiens réussissent à rendre les logiciels beaucoup plus rapides.13 Leia à la rescousse de la justice Comment intégrer l\u2019intelligence arti?cielle de façon responsable dans le monde du droit ?14 Remettre l\u2019IA dans le droit chemin Des chercheurs veillent à ce que les robots respectent nos droits fondamentaux.C O U V E R T U R E : S H U T T E R S T O C K | INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 3 D epuis 2016, une foule de dispositifs technologiques sont expérimentés dans une résidence de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS) à Montréal.Entre autres fonctionnalités, ils peuvent lancer une alerte en cas de fuite d\u2019eau, baisser le chauffage si il y a un redoux ou permettre d\u2019éteindre les lumières à l\u2019aide d\u2019une commande.Mais l\u2019ambition de ces systèmes automatisés dépasse largement le confort des locataires.De la maison intelligente à la ville intelligente, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Pour Mohamed Cheriet, professeur à l\u2019ÉTS et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la durabilité écologique d\u2019Eco-Cloud, ces installations constituent un « banc d\u2019essai ».Son but ?Explorer leur potentiel à améliorer la gestion de l\u2019énergie à l\u2019échelle d\u2019un quartier, voire d\u2019une municipalité.À terme, le déploiement du système est prévu dans 200 résidences pour le début de l\u2019année 2020.Les données amassées permettront d\u2019analyser en temps réel la consommation d\u2019eau et d\u2019électricité à l\u2019intérieur d\u2019une résidence et aussi dans plusieurs d\u2019entre elles, et ce, simultanément, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une petite cité en soi.Et le projet s\u2019intègre à un terrain de jeu encore plus vaste : le Laboratoire à ciel ouvert de la vie intelligente (LAB-VI).Par cette initiative de Vidéotron, menée en collaboration avec l\u2019ÉTS, l\u2019entreprise Ericsson et le Quartier de l\u2019innovation, on met en place une infrastructure technologique pour tester différentes solutions numériques dans le quartier Grif?ntown, à Montréal, comme des abribus intelligents.Les partenaires auront bientôt accès à un réseau 5G grâce auquel des capteurs partageront entre eux une quantité massive de données de façon plus rapide et en temps réel.L\u2019IA dans la cité Donner la clé de la ville à l\u2019intelligence arti?cielle promet d\u2019améliorer son empreinte écologique et l\u2019ef?cacité de ses services.Mais y a-t-il un prix à payer ?Par Etienne Plamondon Emond I M A G E S : S H U T T E R S T O K LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 4 Conférer un sens aux données Pour extraire des informations utiles de cette masse de données, l\u2019intelligence arti?cielle (IA) vient en renfort.Des techniques comme l\u2019apprentissage profond permettent d\u2019y déceler des tendances, des dynamiques et des corrélations.Avec son équipe, Mohamed Cheriet a ainsi entraîné un réseau de neurones arti?ciels avec des données sur la consommation énergétique enregistrées dans la résidence étudiante de l\u2019ÉTS, mais aussi dans d\u2019autres régions du Canada, aux États-Unis et en France.Grâce à cette méthode, les chercheurs ont anticipé les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par des habitations selon les moments de la journée avec une précision déclassant les approches traditionnelles.Le taux d\u2019erreur était de 12 % dans les endroits où la principale source d\u2019énergie était renouvelable, comme ici avec l\u2019hydroélectricité, et d\u2019à peine 2 % là où le secteur résidentiel dépendait du gaz naturel ou du charbon.Les fournisseurs d\u2019électricité peuvent ainsi mieux prévoir les pics de consommation a?n d\u2019éviter le recours à des sources d\u2019énergies polluantes d\u2019appoint.Les habitants, quant à eux, peuvent savoir à quelle heure il est préférable de mettre en marche leur lave-vaisselle, lorsqu\u2019un système de gestion automatique ne le fait pas à leur place, pour diminuer de près de 25 % leurs émissions de GES.Un tableau de bord En plus de tracer la voie pour réduire l\u2019empreinte carbone d\u2019une métropole, ces technologies offrent un « tableau de bord » aux administrations municipales en mesurant l\u2019utilisation et l\u2019occupation de l\u2019espace dans le temps, selon Mohamed Cheriet.« Les décideurs peuvent mieux comprendre ce qui se passe dans les différents secteurs et proposer de meilleurs services.» C\u2019est aussi ce qu\u2019espère Jean-Charles Grégoire, professeur au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS).« L\u2019IA pourrait être exploitée pour déterminer le plus tôt possible le degré de gravité d\u2019une situation d\u2019urgence et mobiliser les forces nécessaires plus rapidement », souligne-t-il.Le chercheur a entamé une ré?exion avec la Ville de Montréal pour améliorer les communications entre les services policiers, ambulanciers et d\u2019incendie.« Avec le réseau sans ?l que nous avons maintenant, il est possible d\u2019échanger plus d\u2019informations », estime-t-il.Les algorithmes pourraient également repérer un fait atypique sur des voies de circulation dotées de caméras.« À l\u2019heure actuelle, il est possible de dire s\u2019il y a un ralentissement dans la circulation à un endroit et de savoir à quoi il est dû », indique M.Grégoire.Si les renseignements sont inhabituels ou correspondent à ceux notés dans des circonstances dramatiques, le système pourrait lancer par lui-même une alerte aux services d\u2019urgence avant même que quiconque ait signalé un accident.Une gouvernance à revoir « La ville va concevoir de nouveaux outils pour répondre de manière plus rapide et plus ciblée aux besoins des résidants, prendre le pouls Marie-Christine Therrien, directrice du Cité-ID LivingLab de l\u2019École nationale d\u2019administration publique I M A G E : E N A P Jean-Charles Grégoire, professeur au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que | INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 5 I M A G E : S H U T T E R S T O C K ETS de leurs idées et de leurs exigences », considère pour sa part Marie-Christine Therrien, directrice du Cité-ID LivingLab de l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP).Son unité de recherche sur la résilience urbaine participe activement aux discussions avec la Ville de Montréal en vue de sa candidature aux Dé?s des villes intelligentes, un concours d\u2019Infrastructure Canada.De plus, elle est membre de l\u2019Observatoire international sur les impacts sociétaux de l\u2019intelligence arti?cielle et du numérique, créé par les Fonds de recherche du Québec en décembre 2018.Sa mission ?Accompagner les organisations publiques dans ce nouvel environnement numérique (voir « Remettre l'intelligence arti?cielle dans le droit chemin », p.14).Car ces percées technologiques risquent de bouleverser le fonctionnement des administrations municipales.Ce n\u2019est qu\u2019une question de temps avant que des algorithmes effectuent l\u2019analyse des formulaires ou des demandes de permis par exemple.Ils accéléreront leur tri, leur traitement et la réponse apportée, mais ils engendreront une réorganisation du travail à l\u2019interne.« Il faut faire attention aux questions d\u2019acceptabilité sociale », soulève Marie-Christine Therrien.Et pas seulement pour gagner l\u2019adhésion des fonctionnaires.Si les gens peuvent y trouver leur compte, ils ne souhaitent pas pour autant dévoiler leurs renseignements personnels à n\u2019importe quel prix.« Comment seront utilisées les données ?À qui serviront-elles ?Quels sont les rôles des gouvernements et des grands joueurs de l\u2019industrie ?» énumère-t-elle.Ces questions, les municipalités ne pourront pas en faire l\u2019économie.Une récente controverse autour d\u2019un projet de quartier intelligent à Toronto a montré la sensibilité de cet enjeu.Sidewalk Labs, une ?liale du géant numérique Alphabet, travaille depuis 2017 à l\u2019aménagement d\u2019une zone urbaine sur les rives du lac Ontario.Elle y prévoit l\u2019installation de multiples capteurs, notamment pour analyser les mouvements des résidants et revoir en conséquence l\u2019urbanisme et les services.Le but af?ché est d\u2019accroître la qualité de vie.Mais la sécurisation des données s\u2019est révélée un maillon faible.En octobre 2018, une conseillère du projet experte en protection de la vie privée, Ann Cavoukian, a démissionné avec fracas.Sa raison : les entreprises engagées dans le projet n\u2019avaient pas l\u2019obligation de supprimer les informations qui désigneraient les visiteurs dans le quartier.« L\u2019espace public et l\u2019espace privé sont mélangés, observe dans ce cas Marie-Christine Therrien.Cela veut dire que les responsables n\u2019ont pas pris les moyens de protéger la vie privée et c\u2019est profondément perturbant.» La Ville de Montréal a publiquement déclaré qu\u2019elle éviterait de tomber dans cet écueil.Au LAB-VI, Mohamed Cheriet assure qu\u2019une anonymisation des données est effectuée pour les résidences de l\u2019ÉTS.Il évoque d\u2019autres façons de faire, comme l\u2019utilisation de deux IA, l\u2019une à l\u2019échelle du quartier et l\u2019autre dans le logement, pour restreindre la sortie de données sensibles.Il aimerait aussi explorer le potentiel de la chaîne de blocs (blockchain) pour séparer des données a?n d\u2019éviter des atteintes à la vie privée et des fuites d\u2019information.Intelligente mais vulnérable ?Les administrations municipales peuvent déjà être la cible de pirates informatiques prenant en otage des données pour demander des rançons.«Les problèmes risquent d\u2019être accrus dans des villes plus intelligentes où l\u2019infrastructure sera elle-même essentielle pour les opérations du quotidien, relève Jean-Charles Grégoire.Le souci de cloisonner ou d\u2019isoler différents aspects des opérations de la ville est important, car les vecteurs et points d\u2019entrée des attaques seront diversi?és.» D\u2019autant plus que les accès à des bases de données doivent être accordés à de nombreux acteurs ?employés, entreprises ou résidants ?selon le cas.Jean-Charles Grégoire donne l\u2019exemple d\u2019une station d\u2019épuration des eaux située sur un terrain clos pour mettre à l\u2019abri les équipements et le système informatique.En connectant cette installation à l\u2019extérieur, on la rend vulnérable.« On crée une porte dans ce qui était une enceinte fermée, signale-t-il.Comment va- t-on la verrouiller ?» L\u2019intelligence arti?cielle fait néanmoins partie de la solution : elle sert désormais à détecter des intrusions dans les systèmes informatiques.« Mais il faut que les installations informatiques et les bases de données soient conçues pour garantir un certain nombre de services malgré des problèmes ou des attaques », avertit M.Grégoire.Pour rendre une ville intelligente, il vaut donc mieux plani?er en amont l\u2019implantation de l\u2019IA et des systèmes numériques de manière\u2026 intelligente.n LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 6 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K ; U Q O Place à la voiture de demain Des véhicules autonomes circuleront un jour sur nos routes.D\u2019ici là, ils doivent être en mesure d\u2019éviter les collisions et d\u2019affronter les rigueurs de l\u2019hiver.Par Maxime Bilodeau L \u2019 avenir du transport intelligent est aux portes de Candiac.Depuis l\u2019automne dernier, une petite navette électrique autonome y effectue tous les jours un trajet de deux kilomètres ponctué de quelques arrêts.Limitée à 25 km/h, elle transporte gratuitement jusqu\u2019à 15 passagers.Un opérateur est toujours présent à bord pour répondre aux questions des usagers.Mais surtout par mesure de sécurité, au cas où les caméras intelligentes, les appareils de télédétection par laser ou les radars dont est muni le véhicule ?ancheraient.Au moment d\u2019écrire ces lignes, aucun accident n\u2019a été rapporté, pas même au carrefour à quatre feux de signalisation qu\u2019il doit franchir plusieurs fois par jour.Ce projet pilote est sans précédent au Canada : jamais un véhicule autonome n\u2019a circulé librement sur une voie publique au pays, souligne Ilham Benyahia, professeure au Département d\u2019informatique et d\u2019ingénierie de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO).« C\u2019est hautement symbolique, ça dénote une évolution des mentalités.Il faut le voir comme un premier pas a?n de gagner la con?ance du grand public et des décideurs », se réjouit celle qui siège également au conseil d\u2019administration de la Société des systèmes de transport intelligents du Canada, un organisme national qui représente les intérêts de ce secteur.La navette est exploitée par la société française Keolis, à qui le gouvernement du Québec a alloué une subvention de 350 000 $.Conduite coopérative Si l\u2019Autonom Shuttle (c\u2019est son nom) excelle sur la boucle à laquelle elle est con?née, il y a fort à parier que son rendement chuterait considérablement sur un tout autre parcours.La raison : l\u2019intelligence arti?cielle (IA) qui la pilote a en quelque sorte appris sa course par cœur, comme un étudiant le ferait la veille d\u2019un examen.Ajoutez au tableau des croisements inconnus ou des obstacles inattendus, et sa performance en sera affectée.« La conduite est un processus décisionnel continu dans un environnement dynamique et changeant.La machine ne possède pas encore les ré?exes suf?sants pour éviter les collisions », con?rme Ilham Benyahia.Pour réaliser cet exploit, il faudra entre autres que les véhicules autonomes discutent entre eux, mais aussi avec des infrastructures routières numériques.C\u2019est l\u2019idée de la conduite coopérative, c\u2019est- à-dire un réseau routier global où tous les acteurs s\u2019entraident grâce à un système de communication sans ?l, soutient Ilham Benyahia, qui L\u2019Autonom Shuttle est une petite navette électrique autonome qui roule sur la voie publique à Candiac depuis l\u2019automne 2018. | INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 7 \u201c Ilham Benyahia utilise des simulations virtuelles pour étudier le comportement des véhicules autonomes.étudie la question.« Un bout d\u2019autoroute est congestionné à cause d\u2019un accident soudain ?Pas de problème : l\u2019information est transmise à l\u2019IA de l\u2019ensemble des voitures qui prévoient y circuler a?n qu\u2019elle recalcule leur itinéraire », explique-t-elle.Les travaux qu\u2019elle mène, essentiellement des simulations virtuelles, en sont pour l\u2019instant à leurs balbutiements.Ce qui ne l\u2019empêche pas de collaborer avec la Ville de Gatineau pour mettre à l\u2019épreuve ses théories sur des structures existantes.Il est par exemple question d\u2019enrichir les communications de panneaux à message variable situés en bordure d\u2019autoroutes et à des embranchements stratégiques.« On espère ainsi mieux cerner les problèmes routiers actuels et les solutions pour les atténuer.Certaines conclusions pourraient être récupérées a?n d\u2019entraîner les algorithmes d\u2019IA des voitures autonomes », prévoit-elle.Jusqu\u2019à maintenant, des zones à risque ont été ciblées à partir des données des services de police et de travaux publics de Gatineau.Une phase sur le terrain devrait suivre sous peu.Mon pays, c\u2019est l\u2019hiver La poudrerie, la glace et les chaussées enneigées représentent un dé?supplémentaire pour les véhicules autonomes.Ce n\u2019est pas un détail banal : ces conditions dif?ciles de conduite sont présentes de 15 % à 20 % du temps en milieu urbain au Québec, peut-on lire dans une étude canadienne citée par l\u2019Association québécoise des transports.C\u2019est la raison pour laquelle la navette autonome de Candiac a cessé ses activités en décembre dernier ; son ef?cacité en plein hiver n\u2019a jamais été testée auparavant.Là où elle a déjà roulé, soit à Lyon, à l\u2019aéroport Charles-de-Gaulle à Paris et dans le sud des États- Unis, la saison froide est dénuée de neige et les températures sont relativement clémentes.Le problème se situe dans l\u2019interprétation de la scène, indique Sousso Kelouwani, professeur au Département de génie mécanique de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).« L\u2019été, les bandes au sol agissent comme des balises pour les divers capteurs qui coiffent une voiture autonome.Mais l\u2019hiver elles sont recouvertes par la neige, tout comme les divers panneaux de signalisation », expose celui qui travaille au Laboratoire d\u2019innovation et de recherche en énergie intelligente (LIREI).Résultat : un véhicule sans chauffeur est incapable de déterminer sa position sans une erreur de moins de 25 mm sur de telles routes, le seuil de réussite minimal à atteindre.À moins, bien sûr, de munir les voitures autonomes de systèmes d\u2019aide à la localisation et à la navigation spéci?ques à l\u2019hiver.De tels systèmes, qui misent sur les rayons X pour détecter des formes et des obstacles en présence de neige, sont en cours de validation au LIREI.Le but : aider l\u2019algorithme des véhicules intelligents à prendre les décisions appropriées, ce qui n\u2019est pas une mince tâche.« L\u2019état de la route, notamment en matière d\u2019adhérence à la chaussée, est la seconde partie du problème de la conduite hivernale.Il faut que la machine soit capable d\u2019ajuster ses distances de freinage selon les conditions environnementales », analyse Sousso Kelouwani.Attention, piétons S\u2019il est dif?cile de reproduire des conditions hivernales en laboratoire, cela n\u2019en demeure pas moins essentiel à la réussite de tels travaux.Il en va de la qualité de l\u2019apprentissage ?donc des performances futures ?des algorithmes.Concrètement, cela signi?e de passer beaucoup de temps à préparer les scénarios auxquels les robots intelligents du LIREI sont soumis.« Ça va aussi loin que de s\u2019assurer que les piétons portent des manteaux aux couleurs voyantes, des tuques et des cagoules.Sans ça, l\u2019IA pourrait ne pas être en mesure de les reconnaître », illustre Sousso Kelouwani, qui se penche sur cette question en collaboration avec l\u2019entreprise québécoise Nova Bus.Ce n\u2019est sûrement pas sous le chaud soleil de Mountain View, en Californie, où la voiture sans conducteur de Google est en cours de développement, que cet aspect retient l\u2019attention\u2026 n LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 8 Le cinéma des algorithmes Les algorithmes résolvent bien des problèmes de la vie moderne.Mais ils peuvent aussi se faire artistes.Par Martine Letarte Image tirée de L\u2019impossibilité d\u2019une île, un ?lm « intelligent » portant sur la crise migratoire en mer.À la frontière entre le paysage et le ?lm de ?ction, on trouve le travail de Martin Beauregard, professeur en création et nouveaux médias à l\u2019Université du Québec en Abitibi- Témiscamingue (UQAT), et de son équipe.À l\u2019aide d\u2019algorithmes, ils font émerger de nouvelles formes narratives où des créatures évoluent dans un monde virtuel avec une certaine autonomie.Pour vous faire une idée de ces vidéos d\u2019art intelligentes, pensez aux économiseurs d\u2019écran et à leurs formes abstraites qui dansent et se transforment sous vos yeux.Le ?lm intelligent en est une version sophistiquée\u2026 à l\u2019extrême ! Un exemple ?Dans L\u2019impossibilité d\u2019une île, Martin Beauregard s\u2019est penché sur la crise migratoire en mer.Il a effectué une recherche sur le Web pour façonner un imaginaire visuel.« Nous avons trouvé beaucoup d\u2019images sur lesquelles ?guraient des objets rejetés sur les côtes.Nous avons joué avec des modélisations 3D de ces objets, comme des gilets de sauvetage, des bouts de bois et même des parties de corps de migrants échoués sur la plage.Nous les avons mélangés pour réaliser des sculptures virtuelles.» Les décors sont créés par le même type de processus.Ensuite, son équipe a imaginé des interactions entre l\u2019environnement et les « personnages » composés d\u2019objets fragmentaires.Ces possibilités ont été programmées a?n de proposer une véritable expérience immersive.« Nous réalisons une sorte de bricolage algorithmique, indique le chercheur.Nous ne travaillons pas avec un scénario ni avec un schéma de montage, mais avec un concept de paysage doté de personnages de ?ction qui ont une certaine autonomie dans une histoire qui se déroule en temps réel », c\u2019est-à-dire que le ?lm se construit au fur et à mesure de l\u2019écoute et dure jusqu\u2019à ce qu\u2019on l\u2019interrompe.Impossible, donc, de voir exactement le même ?lm deux fois ! « On a toujours des surprises lorsqu\u2019on le reprend, explique l\u2019artiste.On peut voir par exemple de nouvelles créatures se former devant nos yeux grâce à différents amas d\u2019objets.C\u2019est vraiment une autre façon de concevoir le ?lm à travers la programmation.» Cette forme narrative en émergence continue d\u2019ailleurs à inspirer le professeur, qui présente ses œuvres à travers le pays et à l\u2019étranger.Pour la création de nouvelles vidéos, il explore le thème de l\u2019écologie au sens élargi.« Je m\u2019intéresse à sa dimension sociale, en lien avec les sciences informatiques et l\u2019intelligence arti?cielle, l\u2019économie, l\u2019environnement et les changements climatiques, énumère-t-il.Tous ces éléments interagissent.» Il reste donc à voir quel cinéma (imprévisible) se feront les futurs algorithmes.n I M A G E : M A R T I N B E A U R E G A R D | INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 9 L\u2019IA révolutionne le secteur manufacturier Pour mieux surveiller en temps réel leurs activités, des entreprises manufacturières se tournent vers l\u2019intelligence arti?cielle avec l\u2019aide de scienti?ques.Par Martine Letarte L \u2019 usine intelligente, complètement connectée, capable de façon autonome de produire, d\u2019anticiper les problèmes et d\u2019arrêter la production en cas de force majeure : rêve ou réalité ?Disons que c\u2019est un rêve en train de se réaliser ! Il reste encore beaucoup de travail à faire dans la majorité des usines au Québec avant de pouvoir dire mission accomplie.Pour faciliter la transition, les entreprises peuvent compter sur les travaux d\u2019Abderrazak El Oua?, professeur-chercheur au Département de mathématiques, informatique et génie de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).Alors que la concurrence internationale force les compagnies québécoises à améliorer leur productivité, les technologies dotées de systèmes d\u2019intelligence arti?cielle font leur entrée dans plusieurs entreprises manufacturières de la province.Elles s\u2019insèrent petit à petit dans des domaines aussi variés que l\u2019aérospatiale, l\u2019automobile et l\u2019alimentation.« On trouve souvent dans la même chaîne de production des machines complètement automatisées, des machines semi- automatisées et d\u2019autres encore manuelles, alors il est dif?cile d\u2019implanter des solutions pour intégrer tous ces éléments et les superviser de façon globale », constate Abderrazak El Oua?.Depuis une dizaine d\u2019années, poussés par l\u2019évolution du Web et la mise au point de dispositifs de communication peu coûteux, le professeur et son équipe travaillent sur différents outils qui aident les entreprises à maximiser la production.Par exemple, ils conçoivent des modèles informatiques pour simuler le comportement des procédés et des équipements lorsqu\u2019il y a des nouveautés dans la chaîne de production.« Les entreprises peuvent ainsi s\u2019assurer que tous les processus fonctionneront parfaitement ensemble avant de passer à la mise en application », explique le chercheur.Les techniques de surveillance des procédés d\u2019usinage sont également au cœur des travaux du groupe.« L\u2019implantation massive de capteurs dans les machines permet d\u2019avoir accès à des informations pertinentes pour suivre les conditions de production et prévenir toutes sortes de défectuosités dans le procédé, comme des vibrations et des bris d\u2019outils », mentionne M.El Oua?.Ces travaux ont une in?uence directe sur l\u2019économie du Québec en donnant un coup de pouce aux responsables de l\u2019innovation dans les entreprises qui ont de grands dé?s à relever.« Ils doivent surveiller la performance de tous les postes de la chaîne de production de façon constante, donc ils doivent avoir un accès aux données en temps réel, dit le chercheur.Ils doivent aussi décentraliser la prise de décision.Cela permettrait ainsi à une machine de s\u2019arrêter seule si un bris survient au lieu d\u2019être stoppée par quelqu\u2019un qui aurait appuyé sur le bouton.» Si l\u2019intelligence arti?cielle peut changer la donne dans la productivité des usines, l\u2019intelligence humaine reste tout de même cruciale pour arriver à mettre le tout en place.n I M A G E : U Q A R Abderrazak El Oua?, professeur au Département de mathématiques, informatique et génie de l'UQAR LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 10 Ces machines qui vous veulent du bien Amélioration des diagnostics médicaux, prolongement de l\u2019autonomie, prévention du suicide : les machines dotées d\u2019une intelligence arti?cielle sont appelées à révolutionner le domaine de la santé.Par Maxime Bilodeau L\u2019œil qui voit tout I nterpréter des images médicales est un art.La preuve : un radiologue bien entraîné peut prendre jusqu\u2019à une semaine pour analyser, puis interpréter une poignée de numérisations 3D du cerveau d\u2019un seul patient.Pour repérer des tumeurs, dont l\u2019apparence varie considérablement, le délai peut être encore plus long, souligne Christian Desrosiers, professeur à l\u2019École de technologie supérieure de Montréal (ÉTS).« Si l\u2019on tient compte du salaire moyen assez élevé des radiologues, puis du volume d\u2019analyses à effectuer, on se rend compte rapidement qu\u2019on peut faire mieux », explique-t-il.L\u2019intelligence arti?cielle (IA) pourrait livrer de meilleures analyses d\u2019images médicales.À force d\u2019être exposée à des clichés de patients, la machine peut les faire parler.Mieux encore : elle est en mesure de capter certaines subtilités qui échappent même à l\u2019œil du plus expérimenté des cliniciens, soutient Christian Desrosiers.« Contrairement à l\u2019humain, l\u2019ordinateur a la capacité de déceler des patrons dans une série d\u2019images que rien ne semble relier à priori », dit-il.Prudence, cependant : cette technologie est loin d\u2019avoir fait ses preuves.Le jour où des algorithmes assisteront, voire remplaceront des radiologues n\u2019est pas encore arrivé.Reste qu\u2019elle démontre du potentiel.Ainsi, dans le cadre d\u2019un projet mené en collaboration avec des chercheurs du Centre universitaire de santé McGill, l\u2019IA entraînée par l\u2019équipe de Christian Desrosiers et « emprisonnée » dans un logiciel est parvenue à se prononcer correctement sur la situation de patients atteints d\u2019un cancer du cerveau 80 % du temps.Pour ce faire, elle a distingué des marqueurs prédictifs (la dimension de la tumeur, son emplacement, sa taille\u2026) à partir d\u2019une centaine d\u2019images médicales préalablement annotées à la main par des cliniciens.« L\u2019algorithme a pu reconnaître la maladie, en déterminer le stade, puis dire si le patient se situait en haut ou en bas de la moyenne du taux de survie », précise l\u2019expert.Pour atteindre un score proche de 100 %, des milliers de clichés auraient été nécessaires.Or, de tels jeux de données n\u2019existent pas au Québec à l\u2019heure actuelle.« Ce n\u2019est pas qu\u2019il manque d\u2019images médicales à analyser, mais bien qu\u2019elles ne sont pas nécessairement annotées », nuance Christian Desrosiers, qui compte néanmoins sur de vastes bases de données ouvertes, comme l\u2019UK Biobank, a?n de pallier ce problème.I M A G E : É T S Christian Desrosiers, professeur à l\u2019ÉTS | INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 11 Cuisinière, dis-moi, le rond est-il éteint ?D éménager dans un centre de soins se fait rarement de gaieté de cœur.Et pour cause : cette transition signi?e de faire une croix sur son indépendance, synonyme de qualité de vie.Ce deuil pourrait être différé grâce aux recherches du Laboratoire d\u2019intelligence ambiante pour la reconnaissance d\u2019activités (LIARA) de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).« Nos travaux concernent les personnes en perte d\u2019autonomie, semi-autonomes et qui souffrent de maladies neurodégénératives, comme l\u2019alzheimer.Nous collaborons aussi à des projets sur la dystrophie myotonique de type 1, qui ne touche que l\u2019adulte », énumère Sébastien Gaboury, directeur du LIARA.Les habitats intelligents imaginés par le LIARA sont dotés de dizaines de capteurs qui suivent en temps réel les faits et gestes de leurs occupants.Oubliez les caméras, jugées trop intrusives pour la vie privée; on parle ici d\u2019accéléromètres, de gyroscopes, de capteurs infrarouges.Bref, d\u2019espions dont on oublie la présence, mais qui produisent néanmoins des tonnes de signaux.Le but : traiter, analyser et interpréter ces données a?n de brosser un tableau clair et net d\u2019une situation.« Ça va aussi loin que de fusionner, au sein d\u2019un même algorithme, les informations relatives au déplacement avec celles sur le débit d\u2019eau d\u2019un lavabo.C\u2019est ainsi qu\u2019on arrive à construire une librairie des activités de la vie quotidienne, comme se préparer des pâtes ou laver sa vaisselle », illustre Kévin Bouchard, professeur de mathématiques et membre du LIARA.Le LIARA travaille depuis peu avec des intervenants du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre- Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal a?n d\u2019établir l\u2019emploi du temps de patients aux prises avec une légère dé?cience cognitive.Les détecteurs de mouvements et autres prises intelligentes installées par l\u2019équipe de Sébastien Gaboury permettent par exemple de répondre à ces questions : combien de temps passent-ils à dormir ?Vont-ils à la salle de bain souvent durant la nuit ?Se nourrissent-ils trois fois par jour ?« Au bout de trois mois de collecte de données, on connaît la routine d\u2019un individu.S\u2019il en déroge, ça peut devenir une information clinique intéressante », mentionne-t-il.Sans surprise, l\u2019industrie est aux aguets.Des entreprises comme Samsung, IBM et Bosch planchent, semble-t-il, sur les prochaines générations d\u2019appareils électroménagers intelligents.« Nous côtoyons des chercheurs issus des laboratoires privés de ces multinationales lors des congrès scienti?ques auxquels nous participons.Rendre nos habitats véritablement intelligents fait assurément partie de leurs objectifs », indique Sébastien Gaboury.Suicide en prison : prévenir l\u2019irréparable L e suicide dans les prisons est un sujet tabou.Pourtant, il n\u2019en est pas moins réel, comme l\u2019a découvert Wassim Bouachir, professeur au Département Science et technologie de la Télé-université (TÉLUQ), lorsqu\u2019il a commencé à s\u2019intéresser à ce sujet.« Des statistiques américaines montrent que plus de 70 % des décès de cause non naturelle dans les milieux carcéraux sont dus à des suicides.Il n\u2019y a aucune raison de penser que la situation est différente au Canada, où il est cependant dif?cile de mettre la main sur des statistiques ?ables », explique-t-il.La pendaison serait la ?n privilégiée par la majorité des détenus suicidaires.Le scienti?que a donc voulu, dans ses recherches, améliorer ce triste bilan.Pour ce faire, il n\u2019y a pas trente-six solutions : il faut repérer les prisonniers avec des idées noires avant qu\u2019ils commettent l\u2019irréparable, un tour de force rendu possible grâce aux avancées en acquisition d\u2019images et en intelligence arti?cielle.« De nos jours, on peut capter des images sophistiquées grâce à des caméras intelligentes, puis les soumettre à des algorithmes capables de prédire des scénarios », remarque-t-il.Auparavant, seule la vidéosurveillance par une personne, au coût d\u2019une invasion permanente de la vie privée, permettait de détecter un comportement suicidaire.Pour inculquer la notion de suicide à la machine, Wassim Bouachir et son équipe ont conçu de toutes pièces 42 vidéos qui illustrent une scène de pendaison dans une cellule ?le recours à des données authentiques était, pour des raisons évidentes, impensable.Concrètement, cela signi?e de recruter des volontaires qui font mine de former un nœud coulant, le ?xent en hauteur et le passent autour de leur cou.Après avoir été exposée à répétition à ces simulacres, la caméra intelligente a atteint un impressionnant taux de précision de 90 % quand on lui a montré des scènes simulées, mais auxquelles le système n\u2019avait pas été soumis.Les 10 % d\u2019erreur sont dus à une confusion entre le fait de passer sa tête dans le nœud coulant et\u2026 d\u2019en?ler un chandail.Rien, toutefois, pour refroidir les autorités carcérales du Canada et de certains pays de l\u2019Union européenne désireuses d\u2019implanter cette technologie dans leurs établissements lorsque celle-ci sera rendue à maturité.« Avant cela, il va falloir la mettre à l\u2019épreuve dans une vraie prison.Ce sera l\u2019heure de vérité pour la caméra », conclut-il.n I M A G E S : S H U T T E R S T O C K LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 12 Qui n\u2019a jamais été exaspéré par un ordinateur s\u2019éternisant à exécuter une commande ?Bonne nouvelle : grâce à l\u2019IA, des informaticiens réussissent à rendre les logiciels beaucoup plus rapides.Par Etienne Plamondon Emond L a machine n\u2019a pas dépassé l\u2019humain, mais l\u2019humain est déjà dépassé par ses machines ! Un ordinateur comprend des milliards de transistors assemblés dans des con?- gurations complexes.De plus, de multiples couches de logiciels y sont programmées.« Ça devient très dif?cile pour nous de saisir ce qui se passe », convient Daniel Lemire.Ce professeur d\u2019informatique à la Télé-université (TÉLUQ) cherche à améliorer la performance et la vitesse des logiciels tout en réduisant leur consommation énergétique.Pour mieux comprendre la machine, il a fait appel à l\u2019intelligence arti?cielle (IA).« C\u2019est un peu comme un humain qui fait de la psychologie et qui essaie de comprendre l\u2019être humain », prend-il comme analogie.Il y a moins d\u2019un an, pourtant, le chercheur en informatique restait sceptique quant au potentiel de l\u2019IA dans son domaine.Puis, au début de l\u2019été 2018, il a participé à un séminaire en Allemagne où un dé?a été soulevé par une entreprise : faire en sorte que des bases de données se recon?gurent automatiquement pour que leur traitement s\u2019effectue dans le délai le plus court possible.En compagnie d\u2019autres informaticiens, il a expérimenté des codes durant une semaine.Les résultats préliminaires se sont révélés positifs.« J\u2019ai quitté le séminaire en ayant changé de point de vue, raconte-t-il.Je me suis dit que la puissance de ces outils était sous-estimée et que ça devait être développé.» Dès son retour, il a adopté des techniques d\u2019apprentissage automatique.Une petite révolution en optimisation des logiciels, un secteur où les informaticiens s\u2019y prennent souvent « à la mitaine ».Ces derniers vont généralement effectuer un test avec un code, en mesurer les répercussions, faire des ajustements et le conserver s\u2019il permet d\u2019obtenir des gains.« Le problème avec cette approche, c\u2019est que la personne fait des tests sur une machine particulière, dans un contexte particulier et avec des données particulières, indique Daniel Lemire.L\u2019idée avec l\u2019IA, c\u2019est qu\u2019on lui dit d\u2019essayer un grand éventail de paramètres sur plein de données a?n d\u2019apprendre lequel fonctionne bien avec quel type de données.» Par exemple, des informaticiens hésitaient parfois à employer des instructions vectorielles, c\u2019est-à-dire des codes qui réalisent des opérations en parallèle sur plusieurs données.En effet, ce genre de calculs produit des résultats disparates en fonction des ordinateurs et des données.« Avant l\u2019IA, on était prudents parce qu\u2019on ne savait pas exactement quand ça pouvait bien ou mal nous servir, dit-il.Pour la machine, c\u2019est facile de regarder des centaines de milliers de cas et d\u2019en déduire des règles d\u2019application.» L\u2019acquisition d\u2019une masse critique de données pour perfectionner une intelligence arti?cielle constitue un enjeu dans plusieurs domaines, comme en radiologie, où le nombre d\u2019images est limité.Cette question ne se pose pas pour les activités de Daniel Lemire : « On peut engendrer des données pratiquement à l\u2019in?ni », s\u2019enthousiasme-t-il.Avec son équipe, l\u2019informaticien a mis à l\u2019épreuve les techniques d\u2019apprentissage automatique sur la bibliothèque de logiciels Roaring Bitmaps, utilisée par d\u2019autres systèmes informatiques.Il a ainsi réussi à multiplier par environ 50 la vitesse de calcul de certaines de ses tâches.Par la même occasion, ces opérations deviennent 50 fois moins énergivores.Des résultats prometteurs, alors que la pression pour diminuer l\u2019empreinte écologique des installations informatiques, notamment les centres de données, augmente à l\u2019aune des changements climatiques.Et parions que ces avancées éviteront du coup quelques crises de nerfs aux utilisateurs impatients.n Quand la machine analyse la machine I M A G E : S H U T T E R S T O C K | INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 13 Leia à la rescousse de la justice Intégrer l\u2019intelligence arti?cielle de façon responsable dans le monde du droit ?C\u2019est la raison d\u2019être du projet LegalIA.Par Chloé Dioré de Périgny « B onjour, Leia.J\u2019aimerais avoir tes conseils.C\u2019est à propos de l\u2019un de mes collègues de travail.Il me rabaisse et se moque de moi sans arrêt, ça devient vraiment dif?cile à vivre », con?e l\u2019homme au bout du ?l.« À quelle fréquence est-ce que cela arrive ?» lui demande aussitôt Leia.« Bien trop souvent.» Le robot à la voix féminine l\u2019informe être en train de parcourir la base de données juridiques à la recherche des possibles recours.Voilà une conversation utilisée par les initiateurs du projet LégalIA pour présenter leur prototype en construction et l\u2019un de leurs objectifs : rendre plus accessible le système de justice.« Le premier volet couvrira le harcèlement psychologique, car le cheminement d\u2019une victime est souvent dif?cile.Elle peut mettre du temps à réaliser ce qui lui arrive et elle ne saura pas nécessairement à qui en parler, comment elle peut agir ou qui peut l\u2019accompagner dans cette épreuve », explique la professeure du Département des sciences juridiques de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) Laurence-Léa Fontaine, qui participe au projet.Leia, dotée de capacités de langage et d\u2019une intelligence arti?cielle (IA), pourra aiguiller les individus vers les démarches juridiques possibles et des ressources spécialisées.Surtout, elle offrira des « consultations » anonymes et sans jugement.À terme, elle couvrira différents cas de ?gure en droit familial.Lancé en 2017 par des professeurs d\u2019informatique et de droit de l\u2019UQAM, le projet LegalIA est une ré?exion sur l\u2019utilisation éthique de l\u2019intelligence arti?cielle dans le monde du droit.Comment cela fonctionne-t-il ?L\u2019algorithme de Leia repose sur la justice prédictive, soit la recherche de cas similaires traités dans le passé à partir de critères qu\u2019on lui aura attribués.Ainsi, le robot pourra prédire le verdict des prochains litiges à vitesse grand V ! Si les avocats demeureront les seuls à pouvoir offrir de véritables conseils juridiques, Leia leur sera néanmoins utile pour préparer les plaidoiries.Habituellement, ils parcourent eux-mêmes pour leurs clients la jurisprudence dans la banque de données de la Société québécoise d\u2019information juridique, mais la recherche peut être longue et les résultats approximatifs.« Chaque juriste a son histoire et risque d\u2019utiliser des termes qui pourraient dénaturer la recherche.Avec un robot, il n\u2019y a pas d\u2019émotion en jeu, c\u2019est la différence entre la machine et l\u2019humain », déclare Laurence-Léa Fontaine.Les juges pourraient eux aussi y recourir.Mais une confiance aveugle en la machine ne serait guère mieux.Il n\u2019est pas exclu qu\u2019un robot puisse intégrer des décisions juridiques discriminatoires à ses recommandations.Il serait alors lui-même biaisé.« Pour le moment, on est dans le ?ou, on ne sait pas comment la machine évoluera », dit Mme Fontaine, pour qui cette ré?exion sur les dérapages éventuels de la technologie est essentielle pour introduire l\u2019IA de façon responsable dans les tribunaux.Au-delà de ses talents d\u2019assistante juridique, Leia pourrait aussi fournir du soutien psychologique aux victimes de harcèlement.« Mais nous ne savons pas encore si M.et Mme Tout-le-monde accepteront de parler à un robot ou préféreront se con?er à un être humain », s\u2019interroge Laurence-Léa Fontaine.C\u2019est ce qu\u2019on verra avec le prototype de Leia qui devrait voir le jour cette année.n I M A G E : S H U T T E R S T O C K I M A G E : É M I L I E T O U R N E V A C H E , U Q A M Laurence-Léa Fontaine, professeure à l\u2019UQAM LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 14 André Richelieu Remettre l\u2019intelligence arti?cielle dans le droit chemin Des biais discriminatoires à la collecte de renseignements personnels, l\u2019intelligence arti?cielle est loin d\u2019être neutre.Comment veiller à ce que les robots respectent nos droits fondamentaux ?Par Chloé Dioré de Périgny Vous êtes-vous déjà prêté au jeu Art Sel?e de Google ?Réalisez un égoportrait et le système de reconnaissance faciale vous renvoie à votre sosie artistique parmi les tableaux exposés dans différents musées du monde.En janvier 2018, le concept a conquis les internautes, et l\u2019application Google Arts & Culture a battu des sommets de téléchargement.Mais rapidement, des femmes se sont plaintes d\u2019être associées à des portraits d\u2019hommes et des Afro-Américains n\u2019ont pas aimé être comparés à des esclaves.Une faille de la reconnaissance faciale ou un algorithme misogyne et raciste ?Sachant que les machines capables de simuler une intelligence sont de plus en plus utilisées dans des ministères, des banques et des entreprises, ces biais discriminatoires pourraient avoir des conséquences importantes sur nos vies.Les algorithmes d\u2019apprentissage nous seront-ils nuisibles au ?nal ?Voilà qui intéresse des chercheurs d\u2019ici, comme en témoigne le lancement récent de l\u2019Observatoire international sur les impacts sociétaux de l\u2019intelligence arti?cielle et du numérique (OIISIAN), qui réunit plus de 160 scienti?ques québécois.Il faut savoir qu\u2019un algorithme agit comme une petite boîte noire qui transforme des données en décisions.Il s\u2019appuie généralement sur des informations passées, ce qui signi?e qu\u2019il peut facilement reproduire un schéma d\u2019iniquité si celui-ci est originairement présent dans la base de données.« On parle de biais algorithmiques, mais le pauvre et malheureux algorithme n\u2019y est pas pour grand-chose ! Si on lui donne des informations biaisées, il ne faut pas s\u2019étonner que les décisions qu\u2019il prenne le soient aussi », déclare d\u2019emblée Marie-Jean Meurs, professeure au Département d'informatique de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).Elle est également cofondatrice du réseau HumanIA, qui propose une ré?exion multidisciplinaire sur les enjeux éthiques et sociaux de l\u2019intelligence arti?cielle (IA).I M A G E : S H U T T E R S T O C K | INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 15 I M A G E : D E N I S C H A L I F O U R Dans le cas d\u2019Art Sel?e de l\u2019application Google, la base de données de référence, soit les tableaux recensés, manquait de diversité et ne représentait pas l\u2019ensemble des utilisateurs.« C\u2019est comme si vous appreniez une langue avec pour seul vocabulaire celui de la cuisine, alors qu\u2019on vous demande de parler d\u2019histoire », illustre Mme Meurs.Si la majorité des portraits de personnes noires auxquels l\u2019IA avait accès étaient des esclaves, conformément aux peintures des siècles passés, il est normal que l\u2019algorithme s\u2019en soit contenté.Au-delà de ce cas divertissant, les banques de données incomplètes peuvent provoquer des injustices.Allons-y d\u2019un exemple type utilisé par le professeur de l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP) Pier-André Bouchard St-Amant, membre de l\u2019OIISIAN.Un algorithme apprend à déterminer parmi divers restaurants montréalais lesquels devront se soumettre à un contrôle sanitaire.Pour ce faire, on attribue au robot une base de données composée des plaintes déposées pour intoxications alimentaires.Le problème est le suivant : est-ce que les personnes à faible revenu portent autant plainte que celles qui sont plus aisées ?Si l\u2019algorithme travaille essentiellement à partir des données sur les restaurants « chics », ces établissements seront probablement davantage ciblés par les autorités sanitaires.De leur côté, les commerces plus modestes subiront moins de contrôles.La santé des consommateurs moins fortunés en pâtirait-elle ?Données à vendre Chaque individu laisse quantité de traces numériques derrière lui.Pensons aux cartes de ?délité, aux commentaires formulés sur Facebook ou aux recherches sur le moteur Google.Toutes ces données peuvent être épluchées par des robots et être vendues à des publicitaires ou à des compagnies d\u2019assurances.« À partir du moment où les données sont vues comme un objet privé, les droits de propriété entrent en jeu et elles deviennent \u201cmarchandisables\u201d », explique M.Bouchard St-Amant.Ainsi, en avril 2018, des médias ont révélé que les renseignements personnels de 87 millions d\u2019utilisateurs de Facebook avaient été exploités par la ?rme Cambridge Analytica pour influencer les électeurs pendant la campagne présidentielle américaine de 2016.Est-ce aux entreprises de prendre plus de précautions et de s\u2019assurer que leurs algorithmes offrent un traitement équitable aux individus ?Ces enjeux doivent être pris en compte dans la conception même des prototypes, selon Pier-André Bouchard St-Amant.« Un travail doit être fait en amont pour codi?er les contraintes éthiques dans les algorithmes, mais il faut aussi veiller à ce que les décisions prises à la sortie respectent les droits fondamentaux.» Reste à voir si ces véri?cations éthiques seront une priorité pour Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, qui détiennent le quasi-monopole de l\u2019intelligence arti?cielle.Entre-temps, certains explorent les voies législatives.En 2016, le Parlement européen a adopté un règlement sur la protection des données personnelles.Tout individu sur le territoire européen peut désormais avoir accès à son « dossier » de renseignements personnels, les modi?er et s\u2019opposer à leur utilisation.La Californie lui a emboîté le pas : une loi similaire y sera appliquée dès 2020.Qu\u2019en est-il chez nous ?« Au Canada et au Québec, dans la course effrénée à l\u2019innovation, les gouvernements deviennent eux-mêmes des promoteurs de la technologie », déplore Jonathan Roberge, sociologue au Centre Urbanisation Culture Société de l'Institut national de la recherche scienti?que (INRS).Plus de 230 millions de dollars seront injectés par le fédéral pour soutenir les innovations et favoriser l\u2019adoption des technologies d\u2019intelligence arti?cielle au cours des 10 prochaines années, tandis que le provincial allouera 60 millions de dollars.L\u2019essentiel des investissements seront faits à Montréal.Cela étant dit, une ré?exion éthique importante a débouché récemment sur la publication de la Déclaration de Montréal, dont les 10 principes encadreront le développement responsable de l\u2019intelligence arti?cielle.On y stipule notamment que la vie privée de chacun doit être protégée de l\u2019intrusion des systèmes d\u2019IA et que les personnes engagées dans leur développement doivent anticiper les éventuelles conséquences néfastes.Jonathan Roberge doute toutefois que les signataires respectent les principes adoptés, qui relèvent de l\u2019utopisme et manquent de fondement scienti?que.« Pour que l\u2019intelligence arti?cielle pro?te à tous, les chercheurs de tous les domaines devraient travailler conjointement a?n de brosser un tableau réel de ces enjeux », soutient Marie-Jean Meurs.Une vision pluridisciplinaire est également nécessaire pour bien communiquer les intentions des scienti?ques et ainsi ménager l\u2019acceptabilité sociale.Un système aura beau être techniquement bien programmé et conforme au droit, si la population est réfractaire aux changements, la réforme sera vouée à l\u2019échec, selon Pier-André Bouchard St-Amant.Il cite l\u2019exemple de Boston, « À partir du moment où les données sont vues comme un objet privé, les droits de propriété entrent en jeu et elles deviennent \" marchandisables \".» \u2013 Pier-André Bouchard St-Amant | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 16 LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 16 qui a voulu optimiser les horaires des autobus scolaires grâce à l\u2019intelligence arti?cielle ; le résultat a déplu aux parents, contraints de changer leur emploi du temps.« C\u2019est comme une réforme ?scale : si l\u2019on imposait à certaines personnes de payer plus et à d\u2019autres de payer moins, la réponse automatique serait \u201cpourquoi ?\u201d Il faut expliquer aux gens le principe et les critères employés pour pouvoir justi?er la transformation.» Marie-Jean Meurs ajoute que les débats éthiques sur l\u2019intelligence arti?cielle doivent être bien circonscrits.« Qu\u2019on ré?échisse à des dilemmes du genre \u201cEst-ce qu\u2019il vaudrait mieux qu\u2019une voiture autonome en perte de contrôle écrase une mamie ou une jeune maman avec sa poussette\u201d n\u2019a pas de sens ! Si elle tue quelqu\u2019un, c\u2019est que ses capteurs ne fonctionnent pas.Alors peu importe qui est devant, elle ne le verra pas ! » S\u2019il faut demeurer prudent face au développement technologique, Pier-André Bouchard St-Amant reste tout de même con?ant en « notre capacité à débrancher la prise électrique si cela va trop mal ».« On ne se sait pas où l\u2019on s\u2019en va avec l\u2019IA, mais il ne faut pas s\u2019interdire d\u2019expérimenter parce qu\u2019on a peur, mentionne-t-il.L\u2019intelligence arti?cielle nous a énormément apporté, ne serait-ce que dans le domaine de la santé.On va peut-être devoir apprendre de nos erreurs, mais on va apprendre quand même.» n IMAGE : SHUTTERSTOCK 1 AN \u203a 8 numéros \u203a 36 $ 2 ANS \u203a 16 numéros \u203a 58 $ 3 ANS \u203a 24 numéros \u203a 81 $ Économisez jusqu\u2019à 51% sur le prix en kiosque ABONNEZ-VOUS ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous 514 521-8356 - 1 800 567-8356, poste 504 (plus taxes) L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE À LA PORTÉE DE TOUS Aussi offert en édition numérique 1 AN \u203a27 $* *Gratuit pour les abonnés à l'édition imprimée QUÉBEC SCIENCE 28 AVRIL-MAI 2019 J\u2019 ai fait le compte.Ordinateurs, tablettes, téléphones intelligents et t é l é v i s e u r s : à l a m a i s o n , nous avons sept « écrans » qui sont, pour mes enfants de trois et six ans, autant de promesses de jeux, de dessins animés et de divertissement facile.Le nombre paraît élevé, et pourtant ma famille est dans la norme, puisqu\u2019on compte en moyenne 7,3 écrans par foyer en Amérique du Nord.Voilà qui donne le vertige, alors que le premier téléphone intelligent n\u2019est apparu qu\u2019en 2007 et la première tablette en 2010.Véritables aimants électroniques, ces appareils exercent sur nos petits, comme sur nous, un magnétisme puissant.Il suf?t que mes enfants aperçoivent la tablette pour lâcher la pâte à modeler ou les jouets qui les occupaient pourtant deux minutes plus tôt.Comme (presque) tous les parents de mon entourage, je me questionne sur le fameux « temps d\u2019écran », ce cumul des minutes passées le nez collé aux appareils numériques, quels qu\u2019ils soient.Et comme eux, je culpabilise si jamais « j\u2019oublie » un peu trop longtemps ma progéniture devant des épisodes en rafale de La Pat\u2019patrouille.La culpabilité est d\u2019autant plus vive que, depuis quelques années, les dangers de la surexposition aux écrans occupent une place grandissante dans la sphère médiatique.Il faut dire que, entre l\u2019âge de trois et cinq ans en moyenne, les enfants canadiens passent plus de deux heures par jour devant un écran, soit le double de ce qui est recommandé par la Société canadienne de pédiatrie.Une étude menée en 2016 au Royaume-Uni a même établi qu\u2019environ 51 % des nourrissons de 6 à 11 mois se divertissent quotidiennement grâce à un écran tactile ! Un peu partout, l\u2019inquiétude monte : et si ces technologies omniprésentes étaient nocives ?Si elles bousillaient le cerveau des tout-petits, à l\u2019âge critique où les réseaux neuronaux se mettent en place ?Preuve que ces craintes sont légitimes, elles sont partagées par les inventeurs mêmes du divertissement mobile ! Plusieurs dirigeants de la Silicon Valley ont en effet af?rmé protéger leurs petits des sirènes du numérique, les inscrivant parfois dans des garderies et écoles où ces appareils sont carrément bannis.De là à diaboliser les écrans, il n\u2019y a qu\u2019un pas, que certains franchissent sans hésiter.Aux États-Unis comme en Europe, des pédiatres commencent à faire des liens entre le temps passé devant l\u2019écran et la manifestation de symptômes autistiques ou de troubles du comportement.Dans une tribune du journal Le Monde, des professionnels français de la santé soulignaient, en janvier dernier, la forte augmentation depuis 2010 des troubles intellectuels et cognitifs (+24 %) ainsi que des troubles psychiques (+54 %) et du langage (+94 %) chez les enfants scolarisés.« Parmi d\u2019autres [facteurs], quelle pourrait être la responsabilité de la surexposition aux écrans ?» s\u2019interrogeaient-ils.Mais pendant que certains experts sonnent l\u2019alarme, d\u2019autres préconisent au contraire de garder la tête froide, à l\u2019instar d\u2019un groupe britannique qui a publié, début 2019, des recommandations sur l\u2019utilisation des écrans chez les enfants.S\u2019appuyant sur une revue de 13 articles de synthèse, les chercheurs concluent qu\u2019il n\u2019y a pas de preuves solides d\u2019un effet « toxique » direct ÉCRANS : NOS ENFANTS SONT-ILS EN DANGER ?SANTÉ En une décennie, les appareils numériques ont changé notre rapport à l\u2019espace, au temps et aux autres.Les tout-petits n\u2019échappent pas à la déferlante, au contraire.Que risquent-ils ?PAR MARINE CORNIOU ILLUSTRATIONS : DELPHINE MEIER REPORTAGE_LES E?CRANS ET LES JEUNES_2019_04/05.indd 28 19-03-11 10:42 QUÉBEC SCIENCE 29 AVRIL-MAI 2019 REPORTAGE_LES E?CRANS ET LES JEUNES_2019_04/05.indd 29 19-03-11 10:50 QUÉBEC SCIENCE 30 AVRIL-MAI 2019 des écrans et que leur caractère nocif est souvent exagéré.Ils se gardent d\u2019ailleurs de ?xer une limite de temps d\u2019exposition.Alors, qui croire ?Et surtout, que faire à la maison ?Faut-il tout interdire, minuter l\u2019utilisation ou lâcher la bride ?« La littérature scienti?que sur le sujet est dif?cile à suivre.Elle touche à de nombreux domaines, de l\u2019épidémiologie à la psychologie en passant par les sciences de la communication ou du développement, et les études sont loin d\u2019être toutes de bonne qualité », indique d\u2019emblée Jenny Radesky, pédiatre spécialiste du développement à l\u2019Université du Michigan, précisant que, devant l\u2019explosion des nouvelles technologies, la science ne tient pas la cadence.C\u2019est elle qui a piloté les lourds travaux de synthèse ayant conduit à la diffusion, en 2016, des recommandations de l\u2019Association américaine de pédiatrie sur le temps d\u2019écran pour les enfants de zéro à cinq ans.« Je fais partie des chercheurs de plus en plus nombreux qui pensent que nous n\u2019aurons jamais de preuves parfaites, d\u2019essais cliniques contrôlés permettant d\u2019établir des liens clairs entre la technologie et le développement des enfants », dit-elle.Le hic ?D\u2019abord, il est dif?cile de mettre en évidence l\u2019effet néfaste d\u2019un facteur parmi les milliers d\u2019autres qui ont une in?uence sur la population.Ensuite, on dispose d\u2019observations, de corrélations, mais en aucun cas de preuves directes de cause à effet.En?n, dans ces études, le temps d\u2019écran est estimé par les parents ?avec une précision qui peut laisser à désirer.Malgré tout, dans cet imbroglio, quelques consensus émergent (voir page 34), bien qu\u2019ils reposent sur des études réalisées au temps pas si lointain où le seul écran était la télévision.Chez les tout-petits comme chez les adolescents, une surexposition aux écrans nuit au sommeil et favorise l\u2019obésité.Chez les bambins, l\u2019excès de télé compromet l\u2019acquisition du langage.Sur le plan des effets cognitifs à long terme, les études divergent davantage.Mais les enfants qui ont passé des heures scotchés au petit écran semblent vivre plus tard certaines dif?cultés qui, si elles sont compliquées à quanti?er, n\u2019en sont pas moins inquiétantes.Linda Pagani en sait quelque chose ; ses études font autorité dans le domaine.Cette psychologue et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine af?lié à l\u2019Université de Montréal a suivi une cohorte d\u2019environ 2 000 enfants nés au Québec entre 1997 et 1998, en notant le nombre d\u2019heures qu\u2019ils avaient passées devant la télévision à l\u2019âge de deux ans et demi.« En moyenne, ces jeunes regardaient la télé 1 h 15 min chaque jour.Nous avons trouvé que chaque heure de télé au-delà de la moyenne était associée à des risques pour leur santé et leur bien-être physique, psychologique et social », explique-t-elle.Entre autres, à 10 et 13 ans, ceux qui avaient été les plus téléphages à 2 ans échouaient davantage en mathématiques que les autres, étaient moins engagés en classe, couraient plus de risques d\u2019être harcelés par leurs pairs et étaient plus agressifs.« Dans ces analyses, j\u2019ai tenu compte de la con?guration familiale, du niveau de scolarité de la mère, du statut socioéconomique de la famille et de bien d\u2019autres facteurs pour isoler l\u2019incidence de la télé.Cela reste une corrélation, mais on s\u2019approche du modèle causal.» Ces observations ont été con?rmées par plusieurs études, dont une publiée ?n janvier dans JAMA Pediatrics par une équipe de l\u2019Université de Calgary.En évaluant le développement de 2 441 enfants aux âges de deux, trois et cinq ans, les chercheurs ont montré que ceux qui étaient le plus exposés aux écrans (cette fois tous appareils confondus) réussissaient moins bien les tests dans les sphères de la communication, de la motricité, du raisonnement et de la résolution de problèmes.« Nos résultats indiquent que l\u2019excès d\u2019heures consacrées aux écrans peut être l\u2019une des raisons pour lesquelles il y a des disparités dans l\u2019apprentissage et le comportement à l\u2019entrée à l\u2019école », résumait alors l\u2019auteure principale, Sheri Madigan.APPRENTISSAGES MANQUÉS Comment expliquer cette « nocivité » ?S\u2019il y a peut-être des conséquences directes sur les structures cérébrales en développement, le principal écueil est évident : le temps passé devant Net?ix ou YouTube ne l\u2019est pas à courir dehors, à imaginer des aventures, à construire des tours de cubes, à régler des chicanes ou à nouer des amitiés avec les pairs\u2026 « C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019effet de déplacement.Les écrans ont tendance à remplacer des activités qui seraient plus enrichissantes SANTÉ 2 heures : temps d\u2019écran moyen des enfants canadiens âgés de trois à cinq ans chaque jour I M A G E : S H U T T E R S T O C K REPORTAGE_LES E?CRANS ET LES JEUNES_2019_04/05.indd 30 19-03-11 10:42 LES PARENTS COMME MODÈLES Et si l\u2019on commençait par balayer devant sa porte ?« Trop de parents ont les yeux ?xés sur leur téléphone quand ils promènent leurs jeunes enfants en poussette ou qu\u2019ils les balancent au parc », déplore la pédiatre Michelle Ponti.Les recommandations savantes sont d\u2019ailleurs unanimes.On préconise d\u2019établir un « plan familial d\u2019utilisation des médias » qui comportera des moments sans techno pour tous, comme les repas.« Moi-même, je réalise que je m\u2019occupe mieux de mes enfants quand mon téléphone est loin de moi », admet Jenny Radesky, de l\u2019Université du Michigan.Il ne s\u2019agit pas que d\u2019une impression.Avec ses collègues, en 2017, elle a interrogé 170 familles sur la façon dont les appareils portables interrompaient les interactions avec leurs enfants (d\u2019environ trois ans).Selon leur étude, publiée dans Child Development et corroborée par d\u2019autres travaux, plus les interruptions sont nombreuses, plus les comportements dif?ciles seraient fréquents, comme les crises, les pleurnicheries et l\u2019hyperactivité.Des études tout aussi récentes ont montré que les parents rivés à leur téléphone étaient plus impatients et moins réceptifs quand leurs enfants les sollicitaient.Ce qui crée chez les petits davantage d\u2019anxiété.À bon entendeur\u2026 I M A G E : D E L P H I N E M E I E R REPORTAGE_LES E?CRANS ET LES JEUNES_2019_04/05.indd 31 19-03-11 13:21 QUÉBEC SCIENCE 32 AVRIL-MAI 2019 pour l\u2019enfant », dit Michelle Ponti, pédiatre au Child and Parent Resource Institute de London, en Ontario.Un constat qui justi?e à lui seul le principe de précaution, en particulier avant cinq ans.« On sait ce dont un enfant a besoin pour se développer : il a besoin d\u2019interactions directes, du regard de ses parents, de manipuler des objets, d\u2019être actif, et ce n\u2019est pas facile pour lui d\u2019appliquer ce qu\u2019il voit en deux dimensions aux vraies expériences de vie », ajoute la pédiatre, qui a présidé le groupe de travail de la Société canadienne de pédiatrie ayant formulé en 2017 les recommandations sur le temps d\u2019écran pour les moins de cinq ans.En bref, les experts conseillent d\u2019éviter tout écran avant deux ans et de ne pas dépasser une heure par jour entre deux et cinq ans.Pour les enfants plus grands, les recommandations sont en cours d\u2019élaboration, mais deux heures par jour semblent suf?re amplement\u2026 Chose certaine, à tout âge, on éteint les appareils au moins une heure avant le coucher.Pas facile, pour les parents, de suivre ces conseils, alors que l\u2019attention des bambins est désormais happée par une kyrielle d\u2019écrans consultables partout et en tout temps ; un téléphone cellulaire permet de faire patienter les enfants au restaurant, dans une salle d\u2019attente, en voiture.« Cela augmente de façon exponentielle l\u2019utilisation des écrans, note Linda Pagani.Je suis très préoccupée.» QUAND, OÙ ET COMMENT Courons-nous à la catastrophe ?Doit-on parler, comme l\u2019a fait le magazine américain The Atlantic en 2017, de « génération détruite », sacri?ée sur l\u2019autel de la technologie ?« L\u2019écran en soi n\u2019est pas un danger.Il peut même être béné?que, rassure Michelle Ponti.C\u2019est l\u2019usage qui en est fait qui peut poser problème, par exemple laisser un enfant pendant des heures devant du contenu inapproprié\u2026 » C\u2019est notamment pour cette raison que la télévision allumée en permanence est considérée par les chercheurs comme un des usages les plus nocifs.En 2012, une étude américaine avait révélé que les enfants de huit mois à huit ans étaient soumis en moyenne à près de quatre heures de télé en toile de fond.Dans les milieux les plus pauvres, on frôlait plutôt les six heures ! En plus d\u2019interrompre les jeux et de réduire les échanges verbaux avec les parents, la télévision en roue libre peut exposer les petits à du contenu violent, vulgaire ou inadapté.La tablette ou le téléphone ne sont pas plus sécuritaires, car les enfants apprennent très vite à naviguer de l\u2019inoffensif Caillou aux belliqueux Power Rangers.Or, le choix du contenu est primordial, comme l\u2019a montré l\u2019Américain Dimitri Christakis, l\u2019un des spécialistes du sujet.Il a invité plus de 500 parents pendant 12 mois à non pas réduire le temps d\u2019écran de leur progéniture de trois à cinq ans, mais à simplement éviter tout contenu violent au pro?t d\u2019émissions éducatives.« C\u2019est une stratégie de réduction des méfaits, commente Caroline Fitzpatrick, professeure de psychologie à l\u2019Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse, et spécialisée sur la question.Les enfants qui avaient regardé du contenu éducatif étaient moins agressifs et avaient moins de problèmes de comportement, indépendamment du nombre d\u2019heures d\u2019écoute.» Plus la science avance, plus les chercheurs s\u2019entendent sur ce point : le temps d\u2019écran n\u2019est peut-être pas la variable la plus importante finalement.« Ce qui se dégage, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de règle simple qui s\u2019applique à tout le monde.Dans les études, il faut prendre en compte le milieu socioprofessionnel, le mode d\u2019éducation, le degré d\u2019attachement, l\u2019existence de con?its familiaux, le type de contenu, l\u2019heure à laquelle l\u2019enfant est devant l\u2019écran.Il faut des études complexes », souligne Jenny Radesky.Sans surprise, les jeunes issus de milieux défavorisés, moins stimulés une fois les écrans fermés, paient le plus lourd tribut en cas de surexposition.C\u2019est ce qu\u2019a fait ressortir Caroline Fitzpatrick avec des collègues américains en 2016, en évaluant les compétences d\u2019enfants d\u2019âge préscolaire dans plusieurs sphères du développement.« Les enfants de milieux plus pauvres regardent davantage la télé, mais chaque heure d\u2019écoute entraîne aussi chez eux plus de dommages », mentionne-t-elle.Cette hypothèse, dite de la susceptibilité différentielle, s\u2019impose de plus en plus, con?rme Jenny Radesky.« On ne peut pas faire comme si les enfants et leurs milieux de vie étaient tous identiques.» Dans ses recherches, la pédiatre essaie justement de comprendre les facteurs de vulnérabilité, histoire de personnaliser un jour les recommandations.Ce qu\u2019elle observe, sans qu\u2019il y ait pour l\u2019instant de preuves établies, c\u2019est que les enfants qui ont des comportements plus dif?ciles, qui sont impulsifs ou qui ont du mal à maîtriser leurs émotions sont ceux qui ont un rapport plus problématique avec les écrans.Même chose pour les petits aux prises avec des symptômes autistiques.L\u2019œuf ou la poule ?« Les parents utilisent souvent le téléphone ou la tablette pour les calmer, donc ces enfants sont plus exposés, remarque Jenny Radesky.Mais c\u2019est probablement une activité plus satisfaisante pour eux que pour les autres enfants, peut-être pour des raisons neurophysiologiques, donc ils la réclament davantage aussi.Or, ce sont eux qui ont le plus besoin d\u2019apprendre à se contenir autrement.» Pour rompre le cercle vicieux, il faut marteler le message, répètent les chercheurs.La question des écrans doit s\u2019inviter dans toutes les familles, faire partie de l\u2019examen de routine en pédiatrie.Idéa- SANTÉ « Les enfants de milieux plus pauvres regardent davantage la télé, mais chaque heure d\u2019écoute entraîne aussi chez eux plus de dommages.» \u2013 Caroline Fitzpatrick REPORTAGE_LES E?CRANS ET LES JEUNES_2019_04/05.indd 32 19-03-11 10:42 QUÉBEC SCIENCE 33 AVRIL-MAI 2019 lement, pour éviter les dérives, le parent devrait être à côté de l\u2019enfant, nommer ce qu\u2019il voit sur l\u2019écran et même jouer avec lui à ses applications « éducatives » préférées.Dans les faits, rares sont les parents qui commentent systématiquement en direct les actions de Caillou ou de Petit Ours Brun.On pro?te plutôt de ce moment de calme (d\u2019hypnose ?) pour préparer le souper ou prendre une douche.Mais ce gardiennage électronique ne doit pas devenir la règle, car les enfants ont besoin de solliciter tous leurs sens, de rêvasser, voire de s\u2019ennuyer pour se construire et consolider leurs connaissances, explique Francis Eustache, chercheur en neuropsychologie à l\u2019Institut national de la santé et de la recherche médicale à Caen, en France.« Il faut pouvoir s\u2019extraire du moment présent et de l\u2019émotion qui l\u2019accompagne pour synthétiser l\u2019information.C\u2019est de cette manière qu\u2019on forge notre vision du monde, nos opinions, notre personnalité, notre capacité de discernement.» Les écrans ne disparaîtront pas, dit-il, dit-il, précisant que toutes les révolutions techniques, y compris la démocratisation de l\u2019écriture, ont amené leurs lots de doutes.« Ces technologies sont aussi très positives, elles permettent l\u2019accès à la connaissance, mais elles ne sont pas neutres.Et les plus jeunes sont plus à risque parce qu\u2019ils n\u2019ont pas connu l\u2019avant.Ils doivent réaliser que le monde ne se limite pas à cela.» Sur ce, je vais jouer dehors avec mes petits.lQS LE TROU NOIR DE LA RECHERCHE Combien de temps les enfants passent-ils devant un écran à l\u2019école ou à la garderie ?Aucune donnée ne semble exister au Québec.Films, jeux vidéos, dessins animés, Just Dance : les activités sur écran en classe ou au service de garde ainsi que dans certaines garderies échappent au contrôle des parents.« C\u2019est le trou noir de la recherche », lance Caroline Fitzpatrick, professeure de psychologie à l\u2019Université Sainte-Anne, en Nou- velle-Écosse.Alors que de nombreux parents mènent une lutte quotidienne pour limiter le temps que leurs enfants passent sur la tablette, à l\u2019ordinateur ou devant la télé à la maison, les écoles et les services de garde sont loin de bannir les écrans.Chaque établissement gère l\u2019utilisation de ces appareils comme il l\u2019entend.« Nous n\u2019avons pas de politique », indique Alain Perron, responsable des relations de presse à la Commission scolaire de Montréal.Même son de cloche du côté du ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.De son côté, le ministère de la Famille, qui supervise les centres de la petite enfance et les garderies, prévoit dans ses règlements que « le prestataire de services de garde ne peut utiliser un téléviseur ou tout autre équipement audiovisuel que si leur utilisation est intégrée au programme éducatif ».Dans les faits, toutefois, il est dif?cile de savoir ce qui se passe entre les murs.Des études, menées notamment aux États-Unis, ont pourtant révélé que les jeunes enfants sont exposés très tôt aux écrans dans leurs milieux de garde.Les enfants gardés à domicile (par un parent ou une personne extérieure à la famille) sont les plus exposés, entre autres à cause de la télévision allumée en toile de fond.Selon une étude effectuée en 2009, les enfants américains gardés en milieu familial regardaient en moyenne 2,4 heures de télévision par jour contre 0,4 heure pour les enfants des garderies.Si, à l\u2019école, la télévision ne fonctionne pas en continu au fond de la classe, les ?lms vus au service de garde peuvent vite faire grimper le quota.Ce manque de données complique la tâche des chercheurs.« D\u2019autant que, dans la plupart des études, le temps est évalué par les parents : il y a un biais de souvenir, de désirabilité sociale, c\u2019est pourquoi je travaille avec d\u2019autres chercheurs à concevoir un outil de mesure plus ?able, en temps réel, qui tiendra compte de tous les appareils allumés ou utilisés », précise Caroline Fitzpatrick.Voilà qui nous fournira une meilleure estimation de ce qui se passe à la maison, mais qui ne permettra pas de comptabiliser le temps d\u2019écran\u2026 hors de la maison.REPORTAGE_LES E?CRANS ET LES JEUNES_2019_04/05.indd 33 19-03-11 10:42 QUÉBEC SCIENCE 34 AVRIL-MAI 2019 EFFETS DES ÉCRANS : QUE DIT LA SCIENCE ?SOMMEIL De nombreuses études révèlent une corrélation entre le temps d\u2019exposition aux écrans et la réduction de la durée de sommeil chez les enfants et les adolescents.Les cycles du sommeil sont aussi perturbés.En?n, la lumière bleue émise par les écrans altère la synthèse de la mélatonine, l\u2019« hormone du sommeil », et retarde l\u2019endormissement.SURPOIDS ET OBÉSITÉ Un temps important passé devant la télévision est associé à la consommation de plus de malbouffe et est corrélé, chez les enfants d\u2019âge préscolaire, à une augmentation du risque ultérieur d\u2019obésité.Des essais cliniques ont montré que le fait de réduire le temps d\u2019écran était directement lié à une prise de poids moindre chez les enfants.RÉTINE ET VISION La lumière bleue des écrans a des effets néfastes sur la rétine.En août 2018, une étude publiée dans Scienti?c Reports mettait au jour les mécanismes en cause, montrant que cette longueur d\u2019onde entraîne diverses réactions chimiques qui, au ?nal, libèrent des molécules toxiques dans les cellules photoréceptrices.L\u2019utilisation des écrans (et la lecture de près en général) pourrait contribuer à la croissance fulgurante de la myopie, tout comme le fait de passer moins de temps à l\u2019extérieur, résumait une étude parue dans Ophthalmology en août dernier.LANGAGE La surexposition aux écrans est associée à un retard de langage chez les bambins.Catherine Birken, pédiatre au Hospital for Sick Children de Toronto, l\u2019a con?rmé en 2017 en évaluant 900 enfants de 18 mois.Environ 20 % d\u2019entre eux passaient en moyenne 28 minutes chaque jour à regarder des contenus sur la tablette.Et pour chaque demi-heure d\u2019utilisation quotidienne supplémentaire, le risque de retard de langage augmentait de 49 %.SANTÉ I L L U S T R A T I O N S : N .V .; I M A G E S : S H U T T E R S T O C K REPORTAGE_LES E?CRANS ET LES JEUNES_2019_04/05.indd 34 19-03-11 10:42 QUÉBEC SCIENCE 35 AVRIL-MAI 2019 DÉVELOPPEMENT COGNITIF ET PERFORMANCES SCOLAIRES Plusieurs études font un rapprochement entre l\u2019exposition précoce à la télévision et de moins bonnes fonctions exécutives (comme la mémoire de travail et la capacité à s\u2019organiser), un engagement moindre en classe et davantage de dif?cultés en mathématiques.À très court terme, certaines émissions au rythme trop rapide ou d\u2019autres trop éloignées de la réalité nuisent à l\u2019exécution de certaines tâches.EFFETS NEUROLOGIQUES Les écrans peuvent-ils modi?er les structures du cerveau ?La vaste étude américaine Adolescent Brain Cognitive Development, qui suit une cohorte de 10 000 enfants de 9 à 10 ans pendant 10 ans et les soumet à des IRM cérébrales, s\u2019attaque au sujet.Des résultats préliminaires sont parus ?n 2018 sur 4 500 enfants : ceux qui passent plus de sept heures par jour (aïe !) devant un écran présentent un amincissement prématuré du cortex, mais on n\u2019en connaît pas les conséquences.DÉPRESSION ET ANXIÉTÉ Les jeunes qui passent trop de temps à jouer à des jeux vidéos, à naviguer sur leurs téléphones ou à regarder la télévision ont des niveaux d\u2019anxiété et de dépression plus élevés que les autres, dès l\u2019âge de deux ans.C\u2019est ce que conclut une étude américaine publiée en octobre 2018 à partir des données sur 40 000 enfants de 2 à 17 ans.Début 2019, une étude britannique réaf?rmait le lien entre la dépression chez les adolescents et l\u2019utilisation abusive des réseaux sociaux.Là encore, la causalité n\u2019est pas prouvée.ATTENTION ET CONCENTRATION L\u2019épidémie de troubles de l\u2019attention et d\u2019hyperactivité a-t-elle un lien avec un temps d\u2019écran déraisonnable ?La preuve est loin d\u2019être faite, mais de nombreuses études établissent des corrélations.La télévision en toile de fond à un très jeune âge semble être associée à des troubles de l\u2019attention.Aussi, en 2018, une étude publiée dans JAMA et menée auprès de 3 000 adolescents de 15 ou 16 ans a révélé que l\u2019utilisation intensive des médias électroniques était liée à davantage de symptômes d\u2019inattention et d\u2019hyperactivité.Cause ou conséquence ?! REPORTAGE_LES E?CRANS ET LES JEUNES_2019_04/05.indd 35 19-03-11 10:42 QUÉBEC SCIENCE 36 AVRIL-MAI 2019 ENVIRONNEMENT COMPENSER SES ÉMISSIONS DE CO 2 : UNE BONNE IDÉE ?À quoi ressemblerait un monde où tous les passagers aériens compenseraient leurs émissions de gaz à efet de serre ?PAR JULIE BLACKBURN U n voyage en avion est de loin le geste le plus polluant qu\u2019un individu puisse poser.Constat décourageant pour les plus engagés, qui hésitent à sacri?er leur faible empreinte carbone au pro?t d\u2019une conférence à l\u2019étranger ou de vacances outre-mer.Depuis neuf ans, Jean Descôteaux, résidant de Kingsey Falls, fournit sa part d\u2019efforts en ?nançant la plantation d\u2019arbres avec Carbone Boréal, un programme de compensation associé à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).« Par exemple, pour deux billets Montréal-Málaga, en Espagne, j\u2019ai ?nancé la plantation de 28 épinettes au coût de 100 $.» Ses ?lles marchent sur ses traces : depuis leur départ du nid familial, elles compensent leurs déplacements en avion.Ce marché volontaire n\u2019est pas nouveau, mais il se diversi?e, innove et, après quelques années de décroissance, il atteint des sommets.Entre 2008 et 2018, la demande a été multipliée par 140, selon l\u2019ONG américaine Forest Trends ! Pour l\u2019instant, les programmes de compensation volontaire sont surtout liés aux voyages en avion, mais dans les faits, ils peuvent couvrir toutes les activités polluantes.Certains pays, notamment le Royaume- Uni et la Corée du Sud, ont d\u2019ailleurs instauré des programmes pour encourager la population à réduire son empreinte écologique au moyen de projets de compensation locaux.Cette pratique attire non seulement les individus, mais aussi de grandes entreprises comme Microsoft, qui achètent de leur propre chef des crédits carbone.Le secteur de l\u2019aviation fera aussi le grand saut en compensant la croissance des vols à partir de 2020 (voir l\u2019encadré de la page 38).Pour mieux en saisir l\u2019effet, rappelons qu\u2019un vol Montréal-Punta Cana en classe économique, aller-retour, représente 1 tonne de CO 2 par personne.C\u2019est énorme si l\u2019on considère que l\u2019empreinte carbone par habitant au Québec est de 9,6 tonnes par année, une donnée qui exclut les voyages en avion hors du pays.« Il est préférable d\u2019éliminer les émissions à la source, mais c\u2019est une bonne stratégie pour diminuer son empreinte carbone personnelle », selon Claude Villeneuve, professeur à l\u2019UQAC et responsable de Carbone Boréal.La réduction à la source est cent pour cent ef?cace\u2026 et gratuite.La compensation est coûteuse et comporte parfois des failles.ÉVITER OU SÉQUESTRER Les programmes de compensation volontaire se divisent en deux catégories : ceux qui évitent les émissions de CO 2 et ceux qui séquestrent le carbone déjà émis.Dans le monde, on trouve davantage de plans du premier type, qui remplacent des pratiques polluantes par des mécanismes plus verts pour empêcher la production de CO 2 .Une génératrice au diésel peut ainsi être remplacée par une éolienne grâce aux fonds reçus.Mais il faut être vigilant, car, en cas de simple ajout, il y a augmentation des émissions ; ainsi, des panneaux solaires sont installés pour alimenter une entreprise, mais cette dernière conserve tout de même son installation au charbon\u2026 Au Québec, il existe des projets de reboisement, donc de séquestration du carbone, comme celui utilisé par Jean Descôteaux et ses ?lles.L\u2019arbre absorbe le carbone et le transforme en biomasse sous forme de bois, d\u2019humus et de branches.La compensation est calculée sur la durée de vie complète de l\u2019arbre et le crédit acheté prend ainsi des dizaines d\u2019années avant d\u2019être honoré.Quoique sur le terrain, l\u2019absorption est un peu plus rapide et la compensation réelle plus importante, dit Claude Villeneuve.« Vous payez un arbre et vous pouvez avoir ses coordonnées géographiques, mais dans les faits, il n\u2019est pas seul à transformer votre CO 2 .Pour 2 000 arbres plantés par Carbone Boréal il y a 12 ans, il y en a 14 000 aujourd\u2019hui [sous l\u2019effet de la reproduction naturelle].En outre, on plante toujours 30 % d\u2019arbres additionnels en guise de tampons en cas d\u2019incendie ou de maladie.Tous ces arbres non attribués effectuent pareillement un travail de séquestration.Finalement, un crédit d\u2019une tonne équivaut à presque deux tonnes de CO 2 .» Pour que le gaz soit réellement éliminé, celui qui compense ne doit pas en pro?ter pour multiplier les vols ou abuser de la viande rouge.Le processus aurait alors un simple effet déculpabilisant.« On suppose I M A G E S : S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE 37 AVRIL-MAI 2019 que l\u2019individu qui compense est conscien- tisé, donc qu\u2019il ne va pas tirer pro?t de la situation pour augmenter ses émissions ailleurs », mentionne Jean Nolet, pdg de la Coop Carbone, qui aide les entreprises à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et qui soutient des projets de compensation locaux.Les études sur la question sont rares, mais son hypothèse est appuyée par une recherche qu\u2019ont publiée dans la revue Environmental and Resource Economics en 2007 des chercheurs américains.Ils se sont intéressés aux retombées de la compensation volontaire sur la consommation d\u2019électricité des résidants de Traverse City, au Michigan.Le distributeur de la ville lançait un projet d\u2019énergie renouvelable et offrait des crédits carbone aux ménages.Après plusieurs mois, les chercheurs ont comparé la consommation énergétique des foyers qui avaient participé au projet avec celle des foyers sur la liste d\u2019attente du programme de compensation.Ils ont constaté que le premier groupe n\u2019avait pas pris prétexte de cette participation pour consommer davantage d\u2019énergie.L\u2019expérience a donc été positive, car les émissions de CO 2 des ménages ont globalement chuté.Du côté des entreprises, des chercheurs de l\u2019Université Stanford ont mesuré la réussite d\u2019un programme californien qui permet aux entreprises de compenser huit pour cent de leurs émissions en ?nançant des projets forestiers au lieu de verser l\u2019ensemble de leurs redevances à l\u2019État dans le cadre du marché of?ciel du carbone.Dans un article de Frontiers in Ecology and the Environment, ils indiquent que, en 2015, 4,7 millions de tonnes de CO 2 ont été séquestrées grâce à cette initiative.Surtout, notent-ils, les entreprises n\u2019ont pas saisi l\u2019occasion pour accroître leurs émissions.Mais ce n\u2019est pas toujours aussi simple, si l\u2019on en croit une étude sur l\u2019industrie automobile en Grande-Bretagne publiée en 2016 dans Energy Economics.On y apprend que, lorsqu\u2019un individu change sa voiture énergivore pour un véhicule moins gourmand, il roule plus dans une proportion de 19 %.« Il y a donc une légère augmentation des comportements polluants ?c\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019effet rebond ?, mais on peut quand même dire qu\u2019on évite des émissions.On peut croire qu\u2019on aurait affaire au même comportement en matière de compensation », estime Charles Séguin, professeur en économie de l\u2019environnement LA COMPENSATION VOLONTAIRE EN CHIFFRES AVIATION : UNE INDUSTRIE EN CROISSANCE 4,1 MILLIARDS DE PASSAGERS EN 2017, ce qui représentait une croissance de 7,3 % par rapport à 2016.55 000 ITINÉRAIRES possibles dans le monde UNE INDUSTRIE DE 755 G$ SEULEMENT EN 2017, 62,7 MILLIONS DE TONNES d\u2019équivalent CO 2 ont été évitées ou retirées de l\u2019atmosphère grâce aux programmes de compensation volontaire à travers le monde.Ce qui équivaut aux émissions produites par 150 millions de barils de pétrole.L\u2019équivalent CO 2 est une unité de mesure unique qui permet de quanti?er les différents gaz à effet de serre sur la base de l\u2019effet du principal d\u2019entre eux, le dioxyde de carbone.Par exemple, 1 tonne de méthane = 25 tonnes d\u2019équivalent CO 2 .DEPUIS 2005, 430 MILLIONS DE TONNES d\u2019équivalent CO 2 ont été compensées.Source : Forest Trends.EN 2017, L\u2019AVIATION CIVILE A GÉNÉRÉ 859 MILLIONS DE TONNES DE CO 2 Avec le programme CORSIA, l\u2019industrie évalue qu\u2019elle devra compenser 2,6 milliards de tonnes de CO 2 entre 2021 et 2035 (voir l\u2019encadré en p.38).Source : données pour l\u2019année 2017 de l\u2019OACI. à l\u2019Université du Québec à Montréal.Il fait observer que le prix associé aux crédits carbone envoie un « signal » aux consommateurs, c\u2019est-à-dire qu\u2019il transmet une information au sujet des modi?cations à apporter aux comportements d\u2019achat et de vente d\u2019un bien.Toutefois, ce signal n\u2019est pas toujours clair, car l\u2019action demeure volontaire et les prix sont très variables.« Cela peut aller du simple au centuple, de 0,50 $ à 50 $ pour un crédit.Le signal de prix le plus fort est celui auquel on ne peut se soustraire, comme la taxe carbone sur l\u2019essence », dit M.Séguin.Mais Claude Villeneuve rappelle que la valeur des crédits s\u2019ajoute à la dépense, ce qui fait assurément ré?échir.Certains calculeront qu\u2019il sera « peut-être moins cher de ne pas polluer que de payer pour polluer », juge le professeur.CONCEPT GÉNÉRALISABLE ?Il y a un intérêt croissant pour les crédits carbone volontaires, mais l\u2019effet dans le grand ensemble est encore très modeste.Selon Forest Trends, même avec les engagements pris dans le cadre de l\u2019accord de Paris sur le climat, ce qui inclut les efforts du marché règlementé, il faudrait au moins 11 000 millions de tonnes d\u2019équivalent CO 2 de réduction supplémentaire chaque année pour que la température de la planète ne grimpe pas de deux degrés.Serait-il possible de compenser ces 11 000 millions de tonnes grâce au marché volontaire?Lena Boysen, chercheuse postdoctorale à l\u2019Institut Max-Planck de météorologie, en Allemagne, a fait un exercice théorique du genre avec des collègues.Elle a évalué la possibilité d\u2019avoir recours aux arbres pour séquestrer l\u2019excédent de CO 2 actuellement dans l\u2019atmosphère.Elle conclut, dans un article publié en 2017 dans la revue Earth\u2019s Future, que le territoire nécessaire à la mise en place d\u2019un tel projet couvrirait le tiers des forêts actuelles et le quart des terres fertiles, ce qui détruirait les écosystèmes naturels et aurait des conséquences dramatiques pour l\u2019environnement.Selon cette étude, il faut impérativement concevoir des moyens autres pour stocker le carbone et pour éliminer les émissions à la source, comme de nouvelles technologies vertes en agriculture, dans le secteur de l\u2019énergie ou en gestion de l\u2019eau.Les forêts ne suf?ront donc pas, mais les techniques et programmes continueront sans conteste de s\u2019améliorer.Jean Descô- teaux et ses ?lles y croient.Ils compensent non seulement leurs déplacements aériens, mais aussi leurs déplacements sur la route.Ils réduisent même leurs émissions dans d\u2019autres sphères de leur vie.« Pour nous, c\u2019est important ; c\u2019est devenu un mode de vie.On est même végétariens ! » QUÉBEC SCIENCE 38 AVRIL-MAI 2019 LES TRANSPORTEURS AÉRIENS S\u2019Y METTENT Le secteur de l\u2019aviation est responsable annuellement de 2,4 % des émissions globales de gaz à effet de serre liées à l\u2019énergie, et ces émissions vont croissant.À la conférence de Paris, en 2015, les 192 États membres de l\u2019Organisation de l\u2019aviation civile internationale (OACI) se sont entendus pour lancer un vaste chantier de compensation concertée.« Les transporteurs aériens visent la carboneutralité relativement aux vols qui auront lieu à partir de 2020.Ce sera un marché du carbone parallèle, à travers des projets sur le terrain », souligne William Raillant-Clark, responsable des communications à l\u2019OACI, dont le siège social est à Montréal.Le programme CORSIA (pour Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation) sera mis en œuvre cette année-là.Les transporteurs chercheront d\u2019abord à diminuer les émissions à la source en améliorant l\u2019ef?cacité énergétique des appareils ou en utilisant du bio- carburant.Quant aux programmes de compensation existants et aux crédits qui seront admissibles, la question est toujours débattue par les États membres, qui seront chargés de leur application.L\u2019OACI n\u2019a donc pas pu nous en dire plus.BIEN CHOISIR SON PROJET Une simple recherche sur le Web permet d\u2019acheter des crédits carbone parmi 2 000 projets dans 83 pays du monde.La plupart sont ouverts aux acheteurs étrangers.Selon Forest Trends, c\u2019est en Asie qu\u2019on trouve la moitié des propositions qui ont vu le jour depuis 2005.L\u2019Amérique du Nord couvre 20 % de l\u2019offre.Mais avant d\u2019acheter ses crédits carbone à l\u2019étranger, il faut bien s\u2019informer.« Lorsqu\u2019on achète des crédits carbone dans un autre pays, il faut s\u2019assurer que le programme est transparent et régi par un protocole sérieux, car on ne peut pas voir ni suivre son investissement », explique Jean Nolet, pdg de la Coop Carbone.Une cer- ti?cation solide con?rmera la validité du projet, peu importe son emplacement.Par exemple, il doit être « additionnel », c\u2019est-à-dire que sa mise en place n\u2019aurait pas eu lieu sans l\u2019apport des crédits carbone.Un nombre croissant de programmes d\u2019ici ou d\u2019ailleurs proposent des « cobéné- ?ces », qui attirent les acheteurs.Par exemple, on peut trouver des projets qui favorisent l\u2019emploi, stimulent la croissance économique d\u2019un village ou protègent une zone naturelle d\u2019accès à l\u2019eau potable.« Les programmes qui comportent un aspect éthique ou éducatif ont une in?uence sociale primordiale, déclare Diego Creimer, de la Fondation David Suzuki.On ne peut pas avoir de compensation sans justice sociale.» Il recommande ainsi les projets appuyés par Gold Standard à l\u2019extérieur du Canada ou un programme comme Coop Carbone au Québec.lQS ENVIRONNEMENT Magazine de l\u2019année au Canada, 2014 Finaliste en 2013, 2015, 2016 et 2017 nouveauprojet.com LE GRAND MAGAZINE DU QUÉBEC NOUVEAU QUÉBEC SCIENCE 40 AVRIL-MAI 2019 SCIENCES IMAGE : KAREN JANE DUDLEY QUÉBEC SCIENCE 41 AVRIL-MAI 2019 «L es photos sont interdites », avertit Linda Tucker.La fondatrice et directrice de la Global White Lion Protection Trust s\u2019adresse aux passagers du véhicule ouvert, tous magnétisés par le regard bleu acier de Matsieng, l\u2019un des 10 lions blancs à l\u2019état sauvage sur la planète.Le majestueux félin porte un collier émetteur pour être repéré sur cette terre protégée, au cœur du Grand Timbavati, dans le nord-est de l\u2019Afrique du Sud.Il s\u2019agit de la troisième réserve de biosphère en importance dans le monde, baptisée K2C, pour « Kruger to Canyon », qui, comme son nom l\u2019indique, jouxte le parc national Kruger.Si les photos sont interdites, c\u2019est parce que l\u2019image de Matsieng, une fois diffusée sur les réseaux sociaux, pousserait des braconniers à remuer ciel et terre pour venir tuer l\u2019animal.Sa tête est mise à prix : de 75 000 $ à 200 000 $.Une somme de loin supérieure à celle proposée pour les lions fauves, ces félins au pelage sable que tout le monde connaît.« Le lion blanc est unique et spécial, car il a une grande importance tant culturelle que scienti?que », dit Linda Tucker, devenue la Jane Goodall des lions blancs d\u2019Afrique du Sud bien malgré elle.En 1991, entourée d\u2019un groupe de lions menaçants, elle fut sauvée par une médecin tsonga.Cette aventure l\u2019a poussée à abandonner sa carrière internationale en marketing pour devenir écologiste.Si Linda Tucker travaille de près avec les peuples tsonga et sepedi pour préserver le lion blanc, son conjoint écologiste, Jason Turner, étudie le félin de façon scienti?que.Il se bat lui aussi pour protéger cet emblème, notamment pour qu\u2019il ne disparaisse pas une seconde fois du Timbavati, qui veut dire « endroit où les lions esprits sont descendus du ciel ».SAUVER LES LIONS BLANCS DU TIMBAVATI En Afrique du Sud, un couple d\u2019écologistes tente par tous les moyens de protéger ces félins rares, dont le pelage blanc et le regard bleu aiguisent l\u2019appétit des braconniers.PAR LUCIE PAGÉ I M A G E S : S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE 42 MARS 2019 En effet, les lions blancs reviennent de loin.Ils ont techniquement disparus entre 1994 et 2006.À l\u2019époque, on capturait systématiquement ces animaux rares pour les exposer dans des cages ou des cirques, ou pour les livrer aux touristes désireux de les caresser.Aujourd\u2019hui, on en trouverait 300 élevés en captivité à travers le monde, selon les estimations de la Global White Lion Protection Trust.Chaque année ou presque, quelque part sur la planète, un zoo annonce la naissance de lionceaux blancs.En 2006, la Global White Lion Protection Trust a mis sur pied le premier programme de réinsertion du lion blanc en milieu naturel, réintroduisant en 2009 une première femelle et ses petits, dont Matsieng, sur son territoire privé de près de 2 000 hectares.L\u2019organisme emploie 50 personnes, dont 10 gardes-chasses exclusivement voués à protéger ces lions des braconniers.LIONS EN CAGE Car les lions d\u2019Afrique, quelle que soit leur couleur, sont menacés de toutes parts.Ils n\u2019échappent pas à l\u2019hécatombe qui touche tant d\u2019espèces sauvages.D\u2019une population de plus de 200 000 il y a un siècle, il ne reste environ que 20 000 individus en liberté sur le continent.Loin d\u2019être idolâtrés par tous, les lions sont considérés par certains en Afrique du Sud comme de simples animaux d\u2019élevage.« Ici, le commerce des os de lion et la chasse \u201cen conserve\u201d sont légaux », rappelle Jason Turner.Ce type de chasse consiste à élever des lions en captivité et à les lâcher dans un espace clos, à la merci de chasseurs à qui l\u2019on garantit une prise ?et la photo au côté du gros félin mort.Une pratique choquante qui a motivé la création de la Global White Lion Protection Trust en 2002.Il y a ainsi de 7 000 à 8 000 lions en Afrique du Sud élevés dans des conditions abominables en cage ou dans des enclos restreints, soit deux fois plus que le nombre de lions sauvages.Chaque année depuis 2008, 800 d\u2019entre eux sont tués par des chasseurs de trophée.Et pour enfoncer le clou, le gouvernement sud-africain, en 2018, a quasiment doublé le quota de squelettes de lion destinés à l\u2019exportation, le portant à 1 500 par année.Une décision prise sans consultation publique et sans considération des données probantes, visant à satisfaire le marché asiatique, où les os de lion sont souvent vendus comme des os de tigre, ENVIRON 300 LIONS BLANCS sont élevés en captivité dans le monde.SCIENCES 1 2 QUÉBEC SCIENCE 42 AVRIL-MAI 2019 QUÉBEC SCIENCE 43 MARS 2019 réputés pour être de puissants remèdes contre le rhumatisme et l\u2019impuissance entre autres.Sans surprise, les quelques lions blancs dans ce lot sont les plus prisés parce qu\u2019ils sont beaux et rares.« Le résultat de ces élevages est que les lions deviennent stupides à cause des reproductions entre les membres d\u2019une même famille », déplore Craig Packer, directeur du Centre de recherche sur le lion de l\u2019Université du Minnesota, qui étudie ces félins depuis 40 ans.Si le chercheur ne fait pas de différence entre les lions blancs et les autres, les peuples du Timbavati, eux, voient en ce pelage clair une marque d\u2019exception.Ces félins font partie de l\u2019histoire orale et de la spiritualité des populations du K2C depuis des siècles, où ils sont considérés comme des messagers divins.Toutefois, la première observation of?cielle de l\u2019animal fut enregistrée en 1938 par la Sud-Africaine Joyce Mostert, qui habitait avec sa famille propriétaire de terres dans la réserve faunique du Timbavati.Puis, l\u2019engouement pernicieux du public pour l\u2019animal explosa dans les années 1970, quand Chris McBride, chercheur et écologiste, écrivit un livre après avoir vu naître deux lions blancs de lions de couleur fauve.Ce pelage atypique est en effet dû à une mutation génétique que doivent porter et transmettre les deux géniteurs.La mutation, qui perturbe la production de mélanine, a été mise au jour en 2013, après sept ans de recherche par des scientifiques de sept pays, une étude menée avec la fondation de Linda Tucker sous l\u2019expertise de Jason Turner.« Ce n\u2019est pas d\u2019albinisme qu\u2019il s\u2019agit, mais de leucistisme, qui résulte d\u2019un double gène ou allèle récessif », précise le scienti?que.Contrairement aux animaux albinos, le lion blanc n\u2019est pas dépourvu de couleur : il a des yeux bleu-gris, vert-gris ou or, des traits noirs sur le nez ainsi qu\u2019une ligne noire sous les yeux et des taches foncées derrière les oreilles.Et malgré son nom, le félin n\u2019a pas toujours la blancheur de la neige ; il peut aussi être de couleur crème.« Le lion blanc n\u2019a rien de spécial, si ce n\u2019est un gène qui lui donne une autre couleur », indique Craig Packer.Ainsi, alors que le lion fauve Panthera leo est classé comme « espèce vulnérable » par l\u2019Union internationale pour la conservation de la nature, on ne trouve sur la liste aucune mention particulière du lion blanc, qui ?gure pour l\u2019instant parmi les Panthera leo.Jason Turner aimerait que ses protégés soient reconnus comme une sous-espèce à part.« Il faudrait sauver tous les lions, mentionne-t-il, mais avoir une classi?cation distincte pour le lion blanc nous aiderait dans notre lutte.Nous aurions un argument de taille pour changer les lois.» La situation n\u2019est pas sans rappeler celle de l\u2019ours Kermode, une sous-espèce endémique aux forêts pluviales tempérées de la côte nord de la Colombie-Britannique.En effet, l\u2019Ursus americanus kermodei, variante de l\u2019ours noir Ursus americanus, arbore lui aussi un beau pelage blond.« Votre façon de protéger 1 Linda Tucker, fondatrice et directrice de la Global White Lion Protection Trust.En 1991, entourée d\u2019un groupe de lions menaçants, elle fut sauvée par une médecin tsonga.Cette aventure l\u2019a poussée à abandonner sa carrière internationale en marketing pour devenir écologiste.2 Linda Tucker et son mari, Jason Turner, scienti?que et écologiste, posent un collier émetteur sur un lion blanc.3 Il n\u2019y a que 10 lions blancs à l\u2019état sauvage sur la planète, dont ces deux félins.Celui de droite s\u2019appelle Matsieng.Il a été réintroduit en milieu naturel en 2009, sur le territoire de la Global White Lion Protection Trust, dans le nord-est de l\u2019Afrique du Sud.4 En 2015, Jason Turner a publié une étude montrant pourquoi les lions blancs ont survécu si longtemps sur le territoire à proximité du parc national Kruger.Ces superprédateurs se fondent parfaitement dans le paysage, caractérisé par des rivières aux lits de sable blanc et, en hiver, par une brousse aux longues tiges pâles.I M A G E S : K A R E N J A N E D U D L E Y ; S H U T T E R S T O C K 3 4 QUÉBEC SCIENCE 43 AVRIL-MAI 2019 l\u2019ours Kermode est ce vers quoi nous souhaitons tendre pour le lion blanc », déclare Jason Turner.Depuis 1925, le Canada protège l\u2019animal connu également sous le nom d\u2019« ours esprit » de même que son territoire de 220 000 hectares, et plus largement quelque 6,4 millions d\u2019hectares de région sauvage dans la forêt pluviale de Great Bear.« Notre ours Kermode est peut- être protégé, ainsi qu\u2019un immense territoire, mais sa source de nourriture, qui est essentiellement le saumon, ne l\u2019est pas, tempère Thomas Reimchen, écologiste généticien à l\u2019Université de Victoria en Colombie- Britannique.Le gouvernement provincial gère le territoire et le gouvernement fédéral le saumon.Or, ce dernier refuse de protéger cette ressource.Il ne reste à l\u2019ours Kermode que 15 % de ses réserves originales de saumon comparativement à il y a 100 ans.Il est certainement appelé à disparaître.» Il n\u2019a pas de mots plus encourageants pour ceux qui tentent de conserver le lion blanc.« Ils rêvent en couleurs.Si l\u2019ours Kermode existe toujours, c\u2019est parce qu\u2019il est isolé.Le lion blanc est accessible.Aucune loi, aucune mesure ne pourra le protéger », tranche Thomas Reimchen.Ce genre de propos ne décourage pas Linda Tucker et Jason Turner.« Les lions blancs n\u2019ont pas seulement une importance nationale ; ils font partie du patrimoine mondial », plaident-ils en chœur.Dans leur combat, les écologistes se heurtent bien sûr aux propriétaires de camps de chasse aux trophées, pour qui l\u2019animal est une mine d\u2019or.« L\u2019argument principal de ces propriétaires, c\u2019est que ce lion ne peut pas survivre en milieu naturel à cause de son pelage blanc, explique Linda Tucker.Or, c\u2019est totalement faux.» Ce n\u2019est pas par hasard que les lions blancs ont survécu sur ce territoire par le passé.Jason Turner l\u2019a d\u2019ailleurs prouvé.Son étude scienti?que, publiée en 2015, montre que les lions blancs se fondent parfaitement dans le paysage du K2C, caractérisé par des rivières aux lits de sable blanc et, en hiver, par une brousse aux longues tiges pâles.Il a comparé les taux de prédation des félins fauves et des blancs sur deux territoires et en a conclu que les seconds n\u2019étaient pas désavantagés.« Les lions blancs sont des superprédateurs et chassent tant le jour que la nuit.Ils sont en fait meilleurs chasseurs que les lions fauves les nuits sans lune », illustre Jason Turner.Il consacre sa thèse de doctorat à l\u2019importance biologique du lion blanc dans la région du K2C, mais aussi à son importance culturelle.« On s\u2019est aperçus que le savoir culturel et indigène est essentiel pour nos recherches.Ces sources d\u2019information sont de plus en plus intégrées à la science, poursuit-il.Même l\u2019Union internationale pour la conservation de la nature accepte maintenant la raison culturelle comme facteur de conservation.Les scienti?ques commencent à réaliser qu\u2019il faut laisser la place aux autres genres de savoir ?ancestral, oral, spirituel, culturel ?pour augmenter les chances de conservation.» « La solution est politique, insiste de son côté Linda Tucker.Il y a tellement de corruption dans ce domaine.Depuis la légalisation du commerce des os, nous sommes en situation de crise.» Le scienti?que Craig Packer nuance : « La solution n\u2019est pas seulement politique.Pour conserver le lion, il faut d\u2019immenses territoires.Or, l\u2019être humain n\u2019arrête pas d\u2019étendre le sien\u2026 » Le débat est in?ni, le problème très complexe.Il y a un proverbe africain qui dit que, si vous tuez un lion blanc, vous tuez le monde.Peut-on imaginer un monde sans lions ?Linda Tucker et Jason Turner en sont incapables, et c\u2019est la raison de leur lutte.lQS SCIENCES QUÉBEC SCIENCE 44 AVRIL-MAI 2019 GO Dé?métropolitain 26 mai 50 À 150 KM 2 5, 50, 65 OU 100 K M GO Tour de l\u2019Île de Montréal 2 juin 21 KM GO Tour la Nuit 31 mai Photo : Maxime Juneau / APMJ L I R E I M A G E : S H U T T E R S T O C K Une combattante venue du Nord Si l\u2019Arctique est un baromètre, les peuples autochtones eux, sont « comme des sentinelles postées au sommet du monde, voyant venir le danger et sonnant l\u2019alarme, prévenant l\u2019humanité avant que n\u2019arrive le désastre », écrit Sheila Watt-Cloutier dans son bouleversant essai Le droit au froid.L\u2019auteure est considérée comme l\u2019une des plus in?uentes défenseuses de l\u2019environnement et des droits de la personne; elle a même été pressentie pour un prix Nobel en 2007.Son livre, en?n paru en version française, est un puissant plaidoyer en faveur de la lutte contre les changements climatiques et la protection des droits de l\u2019homme.« Sans la jouissance d\u2019un climat stable et sécuritaire, les peuples ne peuvent exercer leurs droits économiques, sociaux et culturels.Pour les Inuits, comme pour tout le monde, c\u2019est ce que j\u2019appelle le \u201cdroit au froid\u201d », lit-on.À travers son récit personnel, Sheila Watt-Cloutier aborde une autre grande histoire, celle de son peuple.Élevée sur la banquise par sa mère et sa grand-mère, elle a passé les 10 premières années de sa vie à se déplacer en traîneau à chiens dans la blancheur du territoire du Nunavik.La jeune Inuite est ensuite envoyée dans un pensionnat au Manitoba, où elle découvre les Beatles, le basketball et les minijupes.Quand elle revient à Kuujjuaq, le Nord n\u2019a plus rien à voir avec ce qu\u2019elle a connu, traumatisé par les délocalisations forcées et les massacres des chiens, entre autres.Puis les concentrations de contaminants dans le milieu marin ?et ultimement dans le lait maternel ?bouleversent de nouveau le mode de vie des habitants.La carrière de Mme Watt-Cloutier sera un combat pour protéger l\u2019Arctique ?et la planète ?sur les scènes régionale, nationale et internationale, au sein du Conseil circumpolaire inuit.Elle a travaillé auprès des scienti?ques, mais aussi des aînés et des chasseurs, qui connaissent le territoire comme personne.Ce récit nous instruit de l\u2019intérieur sur la culture et la réalité des peuples inuits, qui sont les premiers à subir les conséquences des mutations climatiques.Le droit au froid est une histoire de résilience, de voix retrouvée et de ténacité.Une lecture nécessaire et inspirante qui porte nos yeux sur la vie au nord du 55e parallèle et sur le destin de ces communautés, intimement lié à celui des gens du « sud ».Le droit au froid, par Sheila Watt-Cloutier, Écosociété, 360 p.C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb ÉCOUTER Retour vers le futur Fermez les yeux, respirez profondément, puis oubliez les soucis du présent pour vous propulser dans le futur en compagnie de Flash Forward.À quoi ressemblerait une grossesse humaine dans l\u2019espace ?Et si l\u2019on pouvait se téléporter ?Que se passerait-il si le Rio Grande, le ?euve qui sépare les États-Unis et le Mexique, s\u2019asséchait ?Le balado imagine les scénarios les plus improbables de l\u2019avenir en se basant sur des recherches scienti?ques et des questionnements actuels.Le tout est boni?é d\u2019une dose de science- ?ction, mais demeure juste assez farfelu pour être plausible.Flash Forward, www.?ashforwardpod.com QUÉBEC SCIENCE 46 AVRIL-MAI 2019 La Terre en plongée Le temps a passé à une vitesse folle depuis 1972, année où Apollo 17 nous a rapporté La bille bleue, le premier portrait de la Terre vue de la Lune.Pour souligner le Jour de la Terre, le documentaire Planète Terre : l\u2019empreinte de l\u2019Homme, nous montre un vaste échantillon d\u2019images recueillies par la NASA dans les décennies suivantes.Vous y verrez le déploiement des « paradis » touristiques que sont la Playa del Carmen, au Mexique, et Las Vegas au ?l des années, puis le tapis enneigé du Kilimandjaro fondre et les lacs s\u2019assécher.Pendant ce temps, les centrales électriques solaires émergent, formant d\u2019intrigants signaux lumineux.Bien qu\u2019il ne réinvente pas la roue, ce documentaire qui regarde de haut ce qui se passe ici-bas nous montre sans arti?ce que notre présence sur Terre ne passe pas inaperçue.Planète Terre : l\u2019empreinte de l\u2019Homme, le lundi 22 avril à 22 h à ICI Explora.I M A G E : I C I E X P L O R A V O I R LIRE La science sort ses gros canons Au cinéma, avec votre maïs souf?é et vos lunettes 3D, êtes-vous du genre à remettre en doute le réalisme des histoires de superhéros, des épopées interstellaires et des rencontres du troisième type ?Si vous levez votre grand verre de boisson gazeuse en guise de oui, vous adorerez La science fait son cinéma.Ici, l\u2019astrophysicien Roland Lehoucq et le paléontologue Jean-Sébastien Steyer abordent les concepts scienti?ques respectés ou mis à mal dans une quinzaine de longs métrages.Le ?lm Gravité leur permet d\u2019expliquer à l\u2019aide des lois de la physique comment George Clooney peut poursuivre Sandra Bullock (et elle, le Soyouz) dans l\u2019apesanteur de l\u2019espace.Ils illustrent comment Matt Damon, dans Seul sur Mars, se casse un peu trop la tête pour produire de l\u2019eau a?n de faire pousser ses patates.Ils s\u2019inquiètent aussi pour la santé cardiaque et la température interne de Godzilla, le roi des monstres.Qui aurait pensé que les gros canons d\u2019Hollywood animeraient des conversations aussi instructives ?La science fait son cinéma, par Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer, Le Bélial\u2019 Éditions, 246 p.LIRE Et Phi alors ?Qu\u2019ont en commun la silhouette de l\u2019Aston Martin coupé DB9, le cœur de la carambole ou la spirale d\u2019un ouragan ?Le nombre d\u2019or, quoi d\u2019autre ?Ce trésor mathématique qui fascine les humains depuis des siècles est le sujet de l\u2019ambitieux The Golden Ratio.Le livre réussit d\u2019ailleurs très bien sa mission de vulgariser l\u2019exquise géométrie de ce concept associé à la beauté.Abondamment illustré, doublé de graphiques, de formules savantes et d\u2019explications bien tassées, il est assez bavard pour plaire aux connaisseurs, sans se faire trop intimidant pour les autres.Un beau livre, dans tous les sens du mot.The Golden Ratio: The Divine Beauty of Mathematics, par Gary B.Meisner, Race Point Publishing, 224 p.QUÉBEC SCIENCE 47 AVRIL-MAI 2019 M U S É E R E D P A T H De la mer au jardin On ne s\u2019ennuie pas au Musée Redpath, surtout les ?ns de semaine, toujours remplies d\u2019activités et d\u2019ateliers.Ces jours-ci, le musée d\u2019histoire naturelle propose aux 9 à 14 ans des initiations aux mondes de la musique et des mammifères marins ; pour les 4 à 7 ans, des découvertes multisensorielles dans l\u2019univers des canidés ; et pour les familles, la découverte des jardins anciens.Consultez le calendrier en ligne du Musée pour rester à l\u2019affût et ainsi voir d\u2019un autre œil ses foisonnantes collections.Une destination à tenir en réserve pour les petits-enfants ainsi que les neveux et nièces en visite.Musée Redpath, à Montréal, sur le campus de l\u2019Université McGill, mcgill.ca/redpath/fr V I S I T E R Carte de Paris la nuit scienceontourne.com 2 7 e é d i t i o n Finale n ationale Cégep d e Chicou timi 3 et 4 m ai 2019 Concours scientifique intercollégial Un événement du Un événement de Grand partenaire QUÉBEC SCIENCE 49 AVRIL-MAI 2019 S ur une échelle d\u2019empreinte écologique de 1 à 10 ?1 étant une très faible empreinte ?, j\u2019aime penser que je me situe entre 5 et 6.Ma famille et moi (un trio) mangeons peu de viande, compostons, possédons un véhicule hybride que nous troquons fréquemment pour un mode de transport actif ou collectif, consommons peu et voyageons très peu en avion.Malgré ces efforts et l\u2019engouement que suscitent les appels à l\u2019action environnementale tels que le Pacte pour la transition, il m\u2019arrive d\u2019être dépassé par l\u2019ampleur et la complexité du dé?écologique.Pas étonnant, me direz-vous, puisque nous vivons dans un monde qui ne cesse de se complexi?er, au point où plus personne n\u2019en saisit les tenants et aboutissants, comme l\u2019analyse l\u2019historien et auteur Yuval Noah Harari.À preuve, la crise climatique \u2013 l\u2019un des plus grands, sinon le plus grand dé?du 21e siècle ?étend ses tentacules dans des sphères aussi variées qu\u2019interreliées: production alimentaire, maintien des écosystèmes naturels, santé, économie, justice sociale, sécurité, géopolitique\u2026 La liste est longue.Faut-il alors s\u2019étonner qu\u2019il soit si dif?cile de mettre en œuvre des solutions à la taille du dé?Pourtant, on nous ressasse depuis des années les pistes d\u2019action individuelles et collectives qui semblent à portée de la main pour atténuer le dérèglement climatique et s\u2019y adapter.Comment se fait-il que nos bottines semblent alors à des années-lumière de nos proverbiales babines ?La situation est si grave que plusieurs en sont venus à dire, à l\u2019instar de Nicolas Hulot, ancien ministre français de la Transition écologique, que l\u2019heure des petits pas est révolue, qu\u2019il faut un véritable changement de paradigme a?n de renverser la vapeur.Que se cache-t-il derrière ce blocus operandi climatique ?Derrière cette incapacité à faire de ce sujet un enjeu prioritaire, pour citer M.Hulot ?J\u2019en ai discuté avec Anne-Sophie Gousse-Lessard, docteure en psychologie sociale et environnementale et professeure associée à l\u2019Institut des sciences de l\u2019environnement de l\u2019Université du Québec à Montréal.Elle explique que l\u2019action climatique est inéluctablement liée aux changements de comportements profonds et durables.Rien d\u2019étonnant ici.Là où le bât blesse, c\u2019est que le processus menant auxdits changements est complexe et passe par différentes étapes hiérarchiques : savoir (être conscient de l\u2019enjeu), comprendre (en quoi c\u2019est important pour soi), vouloir (chercher des solutions au problème) et agir (mettre en œuvre les bonnes intentions).Fait non négligeable : entre l\u2019intention d\u2019agir et l\u2019action se trouve habituellement un gouffre énorme, qui s\u2019accompagne de plusieurs barrières psychologiques, comme de nous comparer à d\u2019autres qui sont plus « verts » que nous ou de subir la pression sociale qui nous demande d\u2019agir sur la question climatique sans que nous sachions exactement comment nous y prendre.Pire, si votre compréhension de l\u2019enjeu climatique est grevée par les discours ambiants catastrophistes, vous en viendrez à penser que vous n\u2019aurez aucune emprise sur la situation.Par exemple, si vous estimez que votre empreinte écologique se situe à 8 sur une échelle de 10 et que je ne cesse de vous dire que nous sommes en plein effondrement écologique (aussi vrai cela soit-il), il est à parier que votre aiguille se déplacera vers 9 plutôt que 7 ! Puisque nous allons droit dans le mur, autant renoncer\u2026 S\u2019il est dif?cile pour quiconque, moi le premier, d\u2019offrir un ?l d\u2019Ariane qui nous guiderait dans le labyrinthe climatique, y a-t-il néanmoins quelques pistes d\u2019action à la hauteur du dé?Permettez-moi d\u2019y aller de deux ré?exions.Sur le plan scienti?que, on assiste à l\u2019émergence de programmes de recherche qui transcendent les disciplines, favorisent les solutions innovantes axées sur la science, le politique et les acteurs professionnels.Au Québec, une telle approche est mise de l\u2019avant par des regroupements tels que le Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable.À l\u2019étranger, des organisations comme Future Earth jouent ce rôle.Cette plateforme, lancée en 2012, se veut un outil de coordination et de diffusion de la recherche sur les changements environnementaux planétaires et d\u2019aide à la décision.Personne n\u2019est dupe, les petits gestes individuels ne suf?ront pas à faire bouger notre aiguille collective d\u2019empreinte écologique de manière substantielle.L\u2019indispensable changement de paradigme global passera par notre aptitude à renouer avec ce qui a fait le succès de notre espèce : la coopération.Or, celle-ci s\u2019exprime dans nos milieux de vie immédiats.C\u2019est au sein de nos communautés, de nos quartiers, de nos écoles que nous nous donnerons les moyens tangibles d\u2019agir, en décuplant les modèles de transition écologique transformateurs, inspirants, accessibles, réalisables et reproductibles.De tels modèles existent et se multiplient.Il faut les généraliser.Ainsi, le projet Celsius, mis en œuvre dans des ruelles de l\u2019arrondissement de Rosemont?La Petite-Patrie, alimentera les résidences aux alentours en énergie renouvelable (géothermie).Je vous propose donc quelques devoirs : lisez le livre Demain le Québec, qui offre des modèles de transition écologique locaux; furetez sur le site Web Seeds of a Good Anthropocene, qui propose de tels modèles à l\u2019échelle internationale ; élargissez vos horizons en découvrant le concept de la décroissance conviviale, qui a fait l\u2019objet d\u2019une conférence au Forum social mondial en 2016.Vous m\u2019en donnerez des nouvelles ! lQS Climat : des gestes simples pour un problème complexe ?JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.Anthropocène QUÉBEC SCIENCE 50 AVRIL-MAI 2019 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME QUÉBEC SCIENCE 51 AVRIL-MAI 2019 LE GÉNIE EN SANTÉ, PARLONS-EN! MARDI 14 MAI 2019 \u2022 18 H 30 \u2022 GRANDE BIBLIOTHÈQUE \u2022 GRATUIT COMMENT COLLABORENT L\u2019INGÉNIERIE ET LA MÉDECINE POUR CONCEVOIR DES TRAITEMENTS AUDACIEUX ET NOVATEURS ?Le mardi 14 mai prochain, Polytechnique Montréal vous donne rendez-vous à l\u2019auditorium de la Grande Bibliothèque de Montréal pour échanger sur l\u2019une des préoccupations principales de notre société : la santé.Métro Berri-UQAM CONFÉRENCE ANIMÉE PAR Matthieu Dugal, journaliste et animateur à  ICI Radio-Canada Première, et par Carl-Éric Aubin, professeur titulaire en génie mécanique à Polytechnique Montréal, directeur exécutif et scientiique de l\u2019Institut TransMedTech et chercheur au CHU Sainte-Justine.RÉSERVATION NÉCESSAIRE RDV.POLYMTL.CA Un test de dépistage des cancers de l'utérus et de l'ovaire remporte le Prix du public Québec Science Découverte de l'année 2018 Félicitations à la D'° Lucy Gilbert et à son équipe! (le cru Aussi re gd | ; Fondati McGill Universit FONDATION DU PÆV CEDAR ap + MERCI À NOS PARTENAIRES du Centre universitaire WV Health Centre CÈDRES FE Gili Mc 1 de santé McGill Foundation HN EN FOUNDATION "]
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