Québec science, 1 janvier 2018, Décembre 2018, Vol. 57, No. 4
[" QUEBEC SCIENCE DÉCEMBRE 2018 DÉCEMBRE 2018 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 0 6 5 3 8 7 Les savoirs autochtones démythi?és Le sexisme des assistants vocaux La famille, source de GES ?COMMENT LE CINÉMA VA SE PASSER DES ACTEURS CONSCIENCE LE RÊVE UNE FENÊTRE SUR LA DÈS LE 2 NOVEMBRE PLANÉTARIUM RIO TINTO ALCAN espacepourlavie.ca VIAU 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Polémique Par Jean-François Cliche 11 Technopop Par Chloé Freslon | 48 Culture Par Émilie Folie-Boivin | 50 Rétroviseur Par Saturnome SUR LE VIF 6 VOYAGE AU CŒUR DU SON Dans la chambre anéchoïque de l\u2019IRCAM, à Paris, les acousticiens étudient la musique dans toute sa ?nesse.8 NEUTRINOS : LA CHASSE RELANCÉE De nouveaux détecteurs au Fermilab, aux États-Unis, pourraient faire la lumière sur les neutrinos.10 DE MEILLEURS CASQUES DE SKI Une simulation numérique précise les chocs à la tête qui guettent les skieurs.11 SIRI, MIROIR DE NOS BIAIS La féminisation des assistants vocaux perpétue des valeurs rétrogrades.12 LE PROBLÈME AVEC LA SCIENCE DANS L\u2019ARCTIQUE Le représentant des Inuits du Canada, Natan Obed, dénonce les faiblesses de la recherche nordique.35 DÉCHETS DES UNS, TRÉSORS DES AUTRES Des entreprises s\u2019unissent pour allonger le cycle de vie de leurs ressources.EN COUVERTURE Le rêve, une fenêtre sur la conscience Qu\u2019ils soient doux ou angoissants, nos rêves en disent long sur notre matière grise.Et ils pourraient même aider les scienti?ques à comprendre d\u2019où et comment émerge la conscience.SOMMAIRE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE DÉCEMBRE 2018 36 15 22 28 42 REPORTAGES 15 Le savoir autochtone peut-il protéger l\u2019environnement ?Les « savoirs traditionnels » suscitent la mé?ance, puisqu\u2019ils ne sont pas validés scienti?quement.Des Autochtones expliquent leur nature et leur pertinence pour la protection du territoire.22 Une bière qui prend l\u2019air Des Québécois se lancent dans l\u2019aventure des bières de fermentation spontanée.28 Quand le cinéma se passera des acteurs Au cinéma, les effets spéciaux s\u2019attaquent au dernier élément qui leur échappait : les acteurs.42 Les scienti?ques du dimanche Mettre le grand public à pro?t pour faire avancer la science?C\u2019est ce que font des projets participatifs, qui se multiplient.Pour le meilleur ou pour le pire?CHERCHEUSE EN VEDETTE 46 ÉCHEC AU PHOSPHORE Dominique Claveau-Mallet a mis au point une techno qui vient à bout du phospore responsable des cyanobactéries.Une faible partie de la population a déjà réussi à contrôler un rêve.En faites-vous partie?C O U V E R T U R E : D U S H A N M I L I C P O U R Q U É B E C S C I E N C E LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Le dopage d\u2019hier à aujourd\u2019hui Des technos qui mènent à la victoire Commotions cérébrales: où en est-on?Le sport, une affaire de psychologie IL VA Y AVOIR DU SPORT! À L'INTÉRIEUR IL VA Y AVOIR DU SPORT! Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec. QUÉBEC SCIENCE 4 DÉCEMBRE 2018 E n septembre, le glacier Marchant, situé en Antarctique, a été discrètement rebaptisé.On l\u2019appelle désormais Matataua.C\u2019est que le nom initial traîne une odeur de scandale : une enquête de l\u2019Université de Boston a révélé que le renommé géologue David Marchant a traité de façon abjecte une étudiante, Jane Willenbring, au cours d\u2019une expédition scienti?que dans cette région du globe en 1999.Il l\u2019insultait, lui lançait des roches quand elle urinait dans la nature et l\u2019invitait à coucher avec son frère, qui était aussi du voyage.Il avait 37 ans ; elle en avait 22.Il dirigeait sa thèse et était déjà reconnu comme une sommité ; elle était sans ressources, dans l\u2019endroit le plus isolé de la planète.L\u2019histoire s\u2019est déroulée bien avant la déferlante du mouvement #MoiAussi, mais elle montre que le milieu de la recherche n\u2019est pas imperméable à l\u2019inconduite sexuelle.Au contraire, celle-ci y serait endémique : dans le réseau universitaire québécois, plus du tiers des étudiants ont vécu une forme de violence sexuelle, surtout des femmes, ainsi que des membres des minorités sexuelles et de genre, selon l\u2019enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire, dévoilée en 2017.Dans le tiers des cas, l\u2019agresseur était en position d\u2019autorité.Aux États-Unis, un rapport des National Academies of Science, Engineering, and Medicine révélait récemment que 20 % des étudiantes en sciences à l\u2019Université du Texas ont été harcelées sexuellement par un professeur ou par un membre du personnel.Malgré tout, les dénonciations sont exceptionnelles en sciences.Les femmes avisent plutôt leurs collègues féminines des prédateurs qui hantent les départements.Sur les réseaux sociaux circulent des récits suivis de mots-clics comme #MeTooSTEM, #ScienceToo et #astroSH (qui fait référence au harcèlement sexuel en astronomie).Qu\u2019est-ce qui explique cette culture du silence ?Le manque de courage des universités, qui veulent préserver leur réputation ; le traitement des plaintes, où le fardeau de la preuve incombe toujours aux victimes ; et l\u2019absence de réelles sanctions.C'est d'ailleurs ce que dénonçait une campagne anonyme qui a secoué l'Université du Québec à Montréal à la ?n octobre.Des torts que souhaite redresser la nouvelle Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d\u2019enseignement supérieur, adoptée par l\u2019Assemblée nationale du Québec il y a un an.Il s\u2019agit d\u2019un pas dans la bonne direction.Mais des lacunes demeurent, entre autres la con?dentialité des dossiers disciplinaires préservée par les lois sur la protection des renseignements personnels.Les victimes ne peuvent connaître l\u2019issue des enquêtes et encore moins les sanctions appliquées.Quand bien même ces punitions seraient connues, elles auraient de quoi décevoir : avis écrit, suspension temporaire, interdiction de superviser des étudiantes.Les renvois sont toujours rarissimes.Des voix s\u2019élèvent pour exiger des universités qu\u2019elles considèrent les violences sexuelles comme une forme d\u2019inconduite en recherche.Elles devraient être ainsi réprimandées au même titre que le plagiat et la fabrication de données.Le problème, c\u2019est que les universités ferment également les yeux sur ces méfaits, surtout lorsqu\u2019ils sont commis par des scienti?ques connus.Dans ce cas, vaut-il mieux s\u2019attaquer aux subventions, le nerf de la guerre?C\u2019est la tactique des fondations Wellcome Trust et Cancer Research UK, dont les nouvelles règles sont claires : appliquez une politique de tolérance zéro à l\u2019égard du harcèlement ou perdez votre ?nancement.Après des décennies d\u2019immobilisme, il y a urgence d\u2019agir.Ces atermoiements et ces moments de lâcheté conduisent nombre de femmes à renoncer à une carrière en sciences, un domaine qui manque cruellement d\u2019effectifs féminins.Quant à celles qui persistent, elles sont consumées par la peur de représailles.Jane Willenbring a attendu d\u2019avoir un poste de professeure associée à l\u2019Institut d\u2019océanographie Scripps avant d\u2019accuser David Marchant, con?ait-elle à Science.« Je crois que je ne serais pas où je suis aujourd\u2019hui si j\u2019avais dit quelque chose [à l\u2019époque].» lQS #MoiAussi au labo Les dénonciations comme celles qui ont fait tomber Harvey Weinstein sont pratiquement inexistantes en sciences.Pourquoi ?Ces atermoiements et ces moments de lâcheté conduisent nombre de femmes à renoncer à une carrière en sciences.Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan OÙ ACHETER UN CELLULAIRE D\u2019OCCASION ?J\u2019ai lu avec grand intérêt votre reportage sur les déchets électroniques.Les passages concernant l\u2019achat de téléphones recyclés et remis à neuf ont particulièrement retenu mon attention.Comme, en bonne dinosaure que je suis, je n\u2019ai pas encore de téléphone cellulaire, j\u2019étais contente de savoir que je pourrais me procurer un téléphone d\u2019occasion et ainsi apporter ma (petite) contribution à l\u2019humanité.Or, en visitant le site Web de GEEP, j\u2019ai constaté que l\u2019entreprise ne vend pas de tels téléphones [\u2026] Votre article porte donc à confusion, et il serait peut-être utile de publier un erratum dans un prochain numéro.Et si vous avez l\u2019adresse d\u2019une compagnie qui vend vraiment des appareils remis à neuf, je suis preneuse ! ?Myriam Pineau Réponse de notre journaliste : En effet, GEEP revend surtout en lots les cellulaires récupérés, car la qualité des appareils reçus n\u2019est pas toujours suf?sante pour la vente au détail.De plus, de nombreux appareils sont encore « verrouillés », bien que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes oblige les fournisseurs à les déverrouiller depuis 2017.GEEP vend parfois des téléphones portables en magasin, selon la disponibilité.Autrement, on peut se procurer des téléphones d\u2019occasion sur les plateformes de vente en ligne, telle Kijiji.C\u2019est une option importante mentionnée par plusieurs intervenants interrogés pour ce dossier.Mélissa Guillemette UNE PLANÈTE FATIGUÉE Depuis plus de 40 ans, je suis impliqué dans la sauvegarde de l\u2019environnement.[\u2026] En lisant la conclusion de l\u2019article sur les déchets électroniques, je me rends compte que nous sommes très mal engagés dans ce « développement durable » tant souhaité.Pendant qu\u2019on s\u2019occupe de puérilité enfumée, nos matières premières se volatilisent, la planète est tannée comme dirait l\u2019autre, usée, polluée.Tant que l\u2019industrie dictera ses lois, nous n\u2019arriverons pas à éviter le pire.Il est temps que nos dirigeants à tous les niveaux entendent nos voix.J\u2019adore votre revue.Elle est assurément essentielle à notre vie démocratique.Et bravo pour l\u2019éditorial de Marie Lambert-Chan.Votre ?dèle abonné, ?Marc Fortin DU MOUVEMENT À QUÉBEC SCIENCE Au cours des 18 dernières années, notre directeur artistique François Émond a monté de toutes pièces 171 numéros de Québec Science.C\u2019est plus de 21 000 pages qui, mises bout à bout, s\u2019étirent sur 2,5 kilomètres.Un boulot colossal qu\u2019il a accompli avec une créativité sans cesse renouvelée.L\u2019aventure se termine toutefois ici, car François désire entreprendre un nouveau chapitre de sa vie.Il lègue à Québec Science un héritage visuel important.Pour lui, le magazine est un objet vivant qui doit exhaler une certaine magie, indiquant au lecteur qu\u2019il ne s\u2019ennuiera jamais.François a su insuf?er un côté ludique et esthétique à la science en faisant appel au talent des photographes et des illustrateurs d\u2019ici ?des artistes avec lesquels il était ?er de collaborer.Innovateur, débrouillard et ouvert d\u2019esprit, François est un collègue formidable, qui encourage la critique de son travail, toujours à la recherche de la meilleure idée.Il nous manquera beaucoup.Bon vent, François ! /// Le philosophe Normand Baillargeon a signé sa toute dernière chronique dans le numéro d\u2019octobre-novembre 2018.Depuis trois ans, il éclairait les lecteurs sur de grands enjeux éthiques de la science.Vous pouvez relire toutes ses chroniques sur notre site, dans la section « Opinion ».Merci, Normand ! /// Nous accueillons une nouvelle chroniqueuse techno, Chloé Freslon.Travaillant dans le domaine du Web depuis 10 ans, elle écrit notamment pour le journal Métro et produit le balado URElles, qui porte sur les femmes dans l\u2019univers des technologies.lQS Mots croisés DÉCEMBRE 2018 VOLUME 57, NUMÉRO 4 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Joël Leblanc, Martine Letarte, Alexis Riopel, Saturnome Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Jean-François Hamelin, Nicole-Aline Legault, IDHP Matane, Dushan Milic, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Sophie Desbiens Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Chantal Verdon 418 559-2162 514 521-8356, poste 402 cverdon@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 15 novembre 2018 (550e numéro) Abonnement Canada, 1 an: 36 $ + taxes États-Unis, 1 an:72$/Outre-mer, 1 an:112$ 514 521-8356, poste 504 ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2018 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca QUÉBEC SCIENCE 5 DÉCEMBRE 2018 QUÉBEC SCIENCE 6 DÉCEMBRE 2018 Le cabinet des curiosités 2 3 Voyage au coeur du son Dans la chambre anéchoïque de l\u2019IRCAM, à Paris, les acousticiens étudient la musique dans toute sa ?nesse.Par Alexis Riopel Q uand nous entrons dans la chambre sourde de l\u2019Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM), Olivier Warusfel remue lèvres et mâchoire, mais aucun son ne sort de sa bouche.Cette pièce annihile-t-elle vraiment tous les sons ?Après une seconde, je réalise que le chercheur plaisante : les voix portent dans cette pièce, mais il n\u2019y a tout simplement aucun écho.« Ce qui ressemblerait le plus à la chambre anéchoïque dans la nature, ce serait de marcher en raquettes dans une neige poudreuse épaisse qui étouffe le bruit du vent », indique-t-il.Bien loin d\u2019un sentier de neige, nous sommes à Paris, sous les pavés de la place Igor-Stravinsky, où se cache l\u2019IRCAM.La pièce maîtresse de ce centre de recherche est sa chambre anéchoïque, logée dans deux boîtes en béton imbriquées l\u2019une dans l\u2019autre.Sur les murs, des structures pointues en laine de verre réduisent le bruit ambiant à moins de 20 décibels.« Ici, on peut mesurer l\u2019acoustique d\u2019un objet isolé, souligne l\u2019acousticien.C\u2019est comme si l\u2019on était en absence de lieu.» Ainsi, les chercheurs peuvent enregistrer avec une précision extrême la propagation dans l\u2019espace des ondes sonores pour chacune des fréquences d\u2019un violon, d\u2019une guitare, d\u2019un cuivre, d\u2019une percussion ou même d\u2019un chanteur.Grâce à ces « champs de rayonnement », ils synthétisent ensuite le son de l\u2019instrument avec une grande ?délité, ce qui fait la joie des musiciens électroniques.Les champs de rayonnement ont le pouvoir de faire revivre numériquement des instruments du passé, comme le cornu, un cor de la Rome antique.« À partir de quelques fragments recueillis à Pompéi, et avec quelques gravures, nous l\u2019avons virtuellement ressuscité, raconte le chercheur Thomas Hélie.On peut maintenant jouer du cornu sur ordinateur \u2013 on entend même ses défauts ! » LE CASQUE D\u2019ÉCOUTE DU FUTUR Olivier Warusfel utilise plutôt la chambre ané- choïque pour reconstituer la richesse acoustique dans les enregistrements musicaux.Quiconque écoute un violon en concert arrive à percevoir que l\u2019instrument projette sa musique dans toutes les directions, explique-t-il.Non seulement nos oreilles décomposent le son latéralement, mais notre cerveau distingue un son venant de l\u2019avant d\u2019un son venant de l\u2019arrière grâce à l\u2019« ombre acoustique » de notre corps.En effet, notre nez, notre bouche et nos cheveux perturbent les ondes sonores qui arrivent à nous, et notre cerveau apprend à reconnaître cette ombre acoustique qui nous est propre pour situer l\u2019origine d\u2019un son.Toutefois, on perd cette capacité à l\u2019écoute d\u2019un enregistrement avec un casque.Afin de créer une expérience d\u2019écoute réellement immersive, Olivier Warusfel et ses collègues plongent des cobayes dans la chambre anéchoïque, installent des micros au creux de leurs oreilles et dirigent des sons vers eux depuis tous les angles.Cela leur permet de comprendre comment la forme du visage de chaque cobaye fait ombrage au son.Les chercheurs peuvent ensuite concevoir un ?ltre sonore sur mesure pour chacun des participants et l\u2019appliquer à des enregistrements musicaux a?n d\u2019en restaurer la tridimensionna- lité.Quand la personne écoute cette musique tra?quée à l\u2019aide de petits écouteurs ordinaires, elle se croit au cœur de l\u2019orchestre.Toutefois, la mesure de l\u2019ombre acoustique dans la chambre anéchoïque prend beaucoup de temps.À long terme, Olivier Warusfel espère mettre au point une technique qui offrira cette expérience d\u2019écoute exceptionnelle au grand public.« Ce serait un bond énorme par rapport à ce qui existe aujourd\u2019hui, mentionne-t-il.Actuellement, quand vous écoutez le son d\u2019un violon, d\u2019une ?ûte ou d\u2019un trombone avec un casque classique, vous écrasez toute la richesse de la musique.» lQS 1 Vue sur la chambre anéchoïque.Les instruments étudiés y sont disposés en plein centre.2 L\u2018entrée de l\u2018un des huit studios de l\u2018Institut.3 La partie émergée du sol de l\u2018IRCAM, dans le 4e arrondissement de Paris.4 Un studio d\u2018enregistrement.Toutes les chambres sont désolidarisées de la structure du bâtiment pour éviter les vibrations causées par le métro, qui passe tout près.QUÉBEC SCIENCE 7 DÉCEMBRE 2018 1 4 P H O T O S : P H I L I P P E B A R B O S A .C O M QUÉBEC SCIENCE 8 DÉCEMBRE 2018 C \u2019est un destin inhabituel pour un détecteur de particules : après avoir fonctionné en Italie de 2010 à 2014, ICARUS, un monstre de 18 m de long, a déménagé au CERN, en Suisse, pour y être modernisé; puis il a traversé l\u2019Atlantique à l\u2019été 2017 pour prendre ses quartiers au Fermilab, à côté de Chicago.Dès janvier 2019, il enregistrera des données provenant d\u2019un faisceau de neutrinos dans le but de repousser les frontières de la physique.Rien de moins ! Si les physiciens arrivent à les générer grâce à des accélérateurs de particules, dans la « nature », les neutrinos sont produits essentiellement lors de réactions nucléaires, dans les centrales sur terre, mais surtout au cœur des étoiles, comme notre Soleil.Le problème, c\u2019est que ces particules sont incroyablement discrètes.Chaque seconde, des centaines de milliards d\u2019entre elles nous traversent à une vitesse proche de celle de la lumière, pratiquement sans interagir avec la matière.Bien que furtifs, certains de ces fantômes peuvent être interceptés par d\u2019immenses détecteurs, construits sous terre à l\u2019abri des rayons cosmiques.Avec l\u2019arrivée du géant ICARUS dans ses installations souterraines, le Fermi- lab intensi?e sa traque entamée depuis plusieurs années.Le détecteur rempli de 760 t d\u2019argon liquide fera ainsi équipe avec deux autres détecteurs dernier cri, MicroBooNE (en fonction depuis 2015) et SBND (dès 2020), au sein d\u2019un programme international regroupant 250 chercheurs.Au ?nal, ces trois détecteurs vont se déployer le long d\u2019un faisceau de neutrinos à des distances stratégiques, soit à 600 m, 470 m et 110 m de la source respectivement.Ils tâcheront de voir comment les neutrinos se comportent sur de courtes distances et de détecter, peut-être, une nouvelle particule, le neutrino stérile.On connaît à ce jour trois types de neutrinos : les neutrinos électroniques, muoniques et tauiques, selon la particule à laquelle ils sont associés.Véritables caméléons, ils peuvent changer spontanément d\u2019identité, passant d\u2019un type à l\u2019autre en cours de route.« Ces \u201coscillations\u201d ne surviennent que sur de grandes distances [NDLR : plusieurs dizaines de kilomètres], dit Roxanne Guénette, professeure à l\u2019Université Harvard, engagée dans l\u2019expérience MicroBooNE.Or, des expériences conduites dans les années 1990 ont mis au jour des anomalies sur de courtes distances qui pourraient être expliquées par une quatrième sorte de neutrinos.» Le fameux neutrino stérile.L\u2019intérêt pour ce petit nouveau a été ravivé en juin 2018, à la suite du dévoilement de résultats issus du Fermilab qui con?rmaient ces anomalies à l\u2019aide d\u2019un détecteur en fonction depuis 16 ans, MiniBooNE, encore utile malgré son âge.Alors qu\u2019ils étudiaient la transformation de neutrinos muoniques en neutrinos électroniques, les chercheurs ont mesuré Neutrinos : la chasse relancée La mise en service d\u2019immenses détecteurs au Fermilab, aux États-Unis, pourrait prochainement faire la lumière sur des particules aussi bizarres que prometteuses : les neutrinos.Par Marine Corniou SUR LE VIF Le détecteur ICARUS, en arrière-plan, a été installé au Fermilab.F E R M I L A B QUÉBEC SCIENCE 9 DÉCEMBRE 2018 w L \u2019empreinte carbone de chaque Québécois se chiffre à 9,3 tonnes(t).Quels gestes concrets peut-on poser pour la réduire?Voilà une question qui en taraude plus d\u2019un.Pour orienter ces ré?exions, une étude parue dans Environmental Research Letters a épluché une série d\u2019analyses sur le cycle de vie en 2017 a?n de désigner les actions individuelles les plus ef?caces.Les résultats sont à la fois intéressants et éclairants, mais disons qu\u2019une partie d\u2019entre eux n\u2019a pas ?ni de faire jaser.Voyons voir\u2026 Acheter une voiture hybride au lieu d\u2019une auto à essence ?Pas mal, mais pas miraculeux non plus : dans les pays industrialisés, cela fait une différence annuelle d\u2019environ 0,5t de dioxyde de carbone (CO 2 ), le principal des gaz à effet de serre (GES), responsables du réchauffement planétaire.Devenir végétarien est déjà un peu plus ef?cace : 0,8 t de CO 2 en moins par année et par personne.Mais faire une croix sur un vol transatlantique annuellement est deux fois mieux : 1,6 t.Vivre sans auto?2,4 t.C\u2019est bien, mais rien pour décrocher la tête du palmarès.Selon les calculs des auteurs de l\u2019étude, Seth Wynes et Kimberly A.Nicholas, de l\u2019Université de Lund (Suède), un geste surclasse tous les autres : avoir un enfant de moins.Cela représenterait une économie moyenne de 58,6 t de CO 2 par année.Plus que tous les autres gestes réunis ! Comment les auteurs parviennent-ils à cette conclusion ?Ils ont attribué à chaque parent la moitié des émissions de GES à venir de leurs enfants, puis le quart des émissions futures des petits-enfants, et ainsi de suite.Wynes et Nicholas expliquent que cela permet d\u2019utiliser « l\u2019approche par cycle de vie la plus complète possible ».Le principe se défend : une famille de cinq consomme plus qu\u2019une famille de quatre, et une descendance de 50 personnes émet plus de GES qu\u2019une descendance de 40.Mais cette manière de comptabiliser les gaz à effet de serre souffre de plusieurs problèmes, ont fait remarquer deux autres chercheurs dans une réplique publiée en mars 2018 dans la même revue.Si l\u2019on met les émissions des enfants sur l\u2019ardoise des parents, cela signi?e que les enfants ne sont responsables d\u2019aucun GES puisque, autrement, on se trouve à compter le même bilan deux fois ?d\u2019abord pour les parents, puis pour les enfants.Certes, reconnaissent les auteurs de la réplique, Philippe van Basshuysen (de la London School of Economics) et Eric Brandstedt (de l\u2019Université de Lund lui aussi), le fait d\u2019avoir des enfants met en branle une série d\u2019évènements qui auront, en ?n de compte, une empreinte carbone.Mais la responsabilité de ces émissions relève de choix individuels (prendre l\u2019avion ou non par exemple) qui ne sont pas ceux des parents.Posons le problème autrement.Ma conjointe et moi avons quatre enfants, ce qui porte nos émissions à 55,8 t de CO 2 annuellement (6 × 9,3).Nous en aurions fort probablement eu un cinquième si la raison (à moins que ce n\u2019ait été l\u2019instinct de survie) n\u2019avait pas ?ni par me faire dire non.Selon la comptabilité de Wynes et Nicholas, cette décision a permis d\u2019éviter la production de 58,6 t de dioxyde de carbone par an.En les soustrayant de notre bilan familial, nous devenons un foyer « zéro émission » ! Bien sûr, on pourra me répondre que chacun de mes enfants «vaut» 58,6 t de CO 2 par année, et que ma famille a donc une lourde empreinte carbone malgré tout.Soit.Mais il n\u2019y a pas de raison pour que la comptabilité commence à ma génération : après tout, ce n\u2019est pas de ma faute si mes parents et mes beaux-parents ont décidé d\u2019avoir des enfants, non ?Toute légitime soit l\u2019intention de départ, il me semble que cette manière de comptabiliser les émissions de GES mène à trop d\u2019absurdités pour être vraiment utile.Mais peut-être est-ce parce que je suis en con?it d\u2019intérêts, et quatre fois plutôt qu\u2019une, sur cette question\u2026 lQS La famille, source de GES ?Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf un excès de neutrinos électroniques par rapport à ce que prédit la théorie.Leur hypothèse ?Les neutrinos stériles viendraient peut-être mettre leur grain de sel dans les oscillations et semer la pagaille dans les équations ! « Jusqu\u2019ici, ces résultats n\u2019étaient pas très signi?catifs, tempère Roxanne Gué- nette.Mais le fait qu\u2019on trouve ces anomalies dans plusieurs expériences est intrigant.» Comme son nom l\u2019indique, le neutrino stérile n\u2019interagirait aucunement avec la matière.Et puisqu\u2019il n\u2019est pas annoncé par la théorie du « modèle standard », qui est censée décrire tout le bestiaire des particules, il viendrait mettre un sacré coup de pied dans la fourmilière ! « Le Saint-Graal en physique, c\u2019est justement de découvrir quelque chose qui ne marche pas dans la théorie.Les neutrinos stériles seraient une preuve indéniable qu\u2019il y a une nouvelle physique au-delà du modèle standard », s\u2019enthousiasme la chercheuse.Cette faille, les physiciens en ont désespérément besoin pour expliquer l\u2019inexplicable, notamment la composition de la matière noire et de l\u2019énergie noire, dont on ne sait rien et qui constituent pourtant 95 % de l\u2019Univers ! Le neutrino stérile serait-il la réponse ?Pour le savoir, le Fermilab met les bouchées doubles.En plus du programme d\u2019étude des neutrinos sur de courtes distances, le laboratoire prépare un projet « longue distance », appelé DUNE (Deep Underground Neutrino Experiment).« Ce sera le faisceau de neutrinos le plus puissant jamais construit.Il traversera 1 300 km sous terre pour venir frapper quatre gigantesques détecteurs situés dans une mine du Dakota du Sud », indique Roxanne Guénette.Opérationnel en 2026, DUNE mesurera certaines propriétés des neutrinos, notamment l\u2019« ordre des masses » (on ne sait toujours pas lequel des trois types est le plus lourd).« On essaiera aussi de voir si les antineutrinos se comportent différemment des neutrinos.Si c\u2019est le cas, cela pourrait nous apprendre pourquoi l\u2019antimatière a disparu de l\u2019Univers actuel, ajoute-t-elle.C\u2019est excitant, car, chaque fois qu\u2019on a fait des expériences sur les neutrinos, on a eu de grosses surprises! » Après des décennies sous le radar, les neutrinos font une entrée fracassante sous les projecteurs.lQS C S A I M A G E S / I S T O C K P H O T O U n casque de ski doit protéger une tête qui percute, à grande vitesse, un obstacle métallique, selon les normes de l\u2019industrie.Qu\u2019arrive-t-il quand une tête s\u2019enfonce plutôt dans un banc de neige au ralenti ou heurte un autre skieur ?Voilà la question que se sont posée Nicolas Bailly, un jeune chercheur formé en génie mécanique, et certains de ses collègues.Il s\u2019agit d\u2019un sujet qui passionne l\u2019ingénieur depuis très longtemps.« J\u2019ai grandi dans une petite station des Alpes, dit ce Français d\u2019origine installé au Québec pour son postdoctorat.J\u2019ai fait beaucoup de compétitions de ski\u2026 et je me suis beaucoup blessé aussi ! » Pour mener son étude, publiée récemment dans la revue Medicine and Science in Sports and Exercise, Nicolas Bailly a reproduit virtuellement les cinq accidents les plus fréquents associés à des traumatismes craniocérébraux (ou TCC, un terme qui comprend différentes blessures, de la commotion cérébrale à la fracture du crâne jusqu\u2019au coma profond), selon un coup de sonde réalisé auprès de l\u2019in?rmerie de 15 stations de ski françaises.Soulignons que ses travaux ont été en partie ?nancés par le manufacturier Salomon, qui conçoit des casques et voulait obtenir plus de données a?n d\u2019améliorer ces produits.Le constat de l\u2019étude est troublant : la plupart des chutes recensées n\u2019ont rien à voir avec le type de chute qui sert à certi?er les casques.« Les normes ont été créées pour les pires cas ; le casque est donc super pour sauver des vies, mais pas pour éviter les commotions », af?rme Nicolas Bailly.Pour arriver à cette conclusion, qui commande une révision des standards de fabrication des casques, il n\u2019était pas question d\u2019étudier de vraies collisions, compte tenu de leur nature imprévisible, ni d\u2019utiliser des simulations à l\u2019aide de mannequins, extrêmement coûteuses.Le chercheur a donc recouru à un modèle mis au point pour les collisions entre piétons et automobilistes, non sans l\u2019adapter.Il a évidemment ajouté des planches à neige, des skis et des bâtons à ses sportifs virtuels, ainsi que toutes les contraintes liées à ces sports, comme les mouvements impossibles en raison du port de bottes rigides et l\u2019ajustement des ?xations.En outre, il a fait des tests pour différentes morphologies, diverses vitesses de croisière, deux types de neige et des distances variées par rapport à un obstacle.De toutes ces possibilités croisées ont émergé 1 149 vidéos où l\u2019on voit inévitablement des bonshommes animés se casser la margoulette.Du Jackass en puissance ! L\u2019étude a été réalisée alors que Nicolas Bailly était au doctorat au Laboratoire de biomécanique appliquée (IFSTTAR/ Aix-Marseille Université), en France, mais ses travaux sur le sujet se poursuivent ici.Dans le cadre de son postdoctorat à l\u2019École de technologie supérieure et à l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, il modélise l\u2019effet d\u2019un choc ?accident de ski ou autre ?sur la colonne vertébrale et la moelle épinière.Il espère améliorer la compréhension des blessures en vue de leur traitement.lQS De meilleurs casques de ski grâce à la simulation On attend d\u2019un casque qu\u2019il nous protège la tête en tout temps.Mais les normes sont conçues pour un type de choc précis.Par Mélissa Guillemette SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 10 DÉCEMBRE 2018 Les 5 accidents les plus fréquents sur les pentes lChute d\u2019un skieur vers l\u2019avant lChute d\u2019un skieur sur le côté lChute vers l\u2019arrière d\u2019un planchiste lCollision entre deux skieurs lCollision avec un obstacle* 72 % des TCC 13 % des TCC *Ce type de collision est utilisé pour tester les casques.V I G G QUÉBEC SCIENCE 11 DÉCEMBRE 2018 Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe La féminisation des assistants vocaux perpétue des valeurs rétrogrades.« ?Siri, qui est ton patron ?C\u2019est vous.?Siri, t\u2019arrive-t-il de te sentir surmenée ?Je n\u2019y ai jamais vraiment pensé.?Siri, t\u2019arrive-t-il de te sentir maltraitée?Je n\u2019y ai jamais vraiment pensé.» Hilary Bergen a mené plusieurs conversations de la sorte avec l\u2019assistant vocal d\u2019Apple.Son objectif : comprendre pourquoi des outils technologiques comme Siri, mais aussi Alexa d\u2019Amazon, Cortana de Microsoft et l\u2019Assistant Google, sont des « femmes » et surtout pourquoi sont ainsi perpétués des valeurs rétrogrades et des biais sexistes.« Si les programmeurs ont donné des voix féminines aux assistants virtuels, c\u2019est parce que cela encourage les échanges intimes, avance l\u2019étudiante au doctorat interdisciplinaire en lettres et en sciences humaines de l\u2019Université Concor- dia.De façon générale, nos sociétés considèrent les femmes comme non menaçantes.Les voix rassurantes de ces assistants \u2013 tour à tour associées aux images de la secrétaire, de la parfaite petite amie ou de la gentille maman \u2013 sont une illusion qui facilite et camou?e les nombreuses atteintes à la vie privée qu\u2019on leur autorise, comme fouiller dans nos textos et nos courriels.» Comme d\u2019autres avant elle, Hilary Bergen note que les réponses scrip- tées de Siri trahissent nos a priori sur le genre.Par exemple, pendant longtemps, lorsque l\u2019utilisateur ?ir- tait avec Siri, voire la harcelait, cette dernière répliquait systématiquement « Je rougirais si je pouvais ».« Ce n\u2019est pas une réponse acceptable! » s\u2019insurge la doctorante, qui rappelle au passage que l\u2019assistant d\u2019Apple était incapable, il y a peu encore, de fournir un conseil adéquat à une utilisatrice appelant à l\u2019aide après une agression sexuelle ou un épisode de violence conjugale.Pour Hilary Bergen, ces lacunes ne seraient pas étrangères au fait que 92 % des développeurs de logiciels sont des hommes ayant un âge médian de 29 ans, selon un sondage mondial réalisé en 2015.« Heureusement, Apple corrige le tir à chaque nouvelle mise à jour de Siri », convient-elle.Depuis 2013, la compagnie à la pomme propose également à ses utilisateurs de choisir une voix masculine.« Mais la voix féminine reste l\u2019option par défaut », signale l\u2019étudiante.Pour mettre un terme dé?nitif à ce sexisme numérique, la solution ne résiderait-elle pas dans la création d\u2019assistants virtuels au genre neutre, comme le réclame le groupe EqualAI?« Non, répond Hilary Bergen du tac au tac.Siri est simplement notre miroir.C\u2019est nous qui devons changer; pas elle.Nous devons être plus sensibles aux relations de pouvoir entre les genres et à la façon dont nous traitons les femmes, même si elles sont virtuelles.» lQS M.L.-C.Siri, miroir de nos biais Combien de fois par jour textez-vous un LOL (laughing out loud) ?Moi, jamais.Ces trois lettres ne semblent jamais exprimer complètement mon sentiment.J\u2019aime en revanche le lire dans les messages des autres et me demander ce que mon interlocuteur a vraiment voulu dire.Si le LOL servait il y a quelques années à exprimer son amusement ou son hilarité, il n\u2019est que rarement usité dans ce sens en 2018.Dans le ?ux de la conversation, il sert plutôt à montrer que l\u2019interlocuteur est attentif, comme on dirait « Hum, hum! » Il est également devenu un signal d\u2019empathie entre deux personnes, soit le signe que vous avez lu et reconnu le message.C\u2019est aussi un moyen d\u2019injecter un peu de légèreté, de la même manière que vous pourriez lâcher un petit rire ou faire un clin d\u2019œil à votre vis-à-vis.Il arrive en outre que le terme soit employé de façon sarcastique, voire ironique, et qu\u2019il vise à souligner l\u2019absence totale d\u2019hilarité.Mais le rire à gorge déployée?Plus vraiment, non.Manifestement, les connotations associées au LOL semblent être aussi uniques que les personnes les utilisant.Le mot « LOL » ?gure dans l\u2019édition 2013 du Petit Robert et est reconnu depuis 2011 par le dictionnaire Oxford English.Le LOL est même sorti de nos écrans pour se prononcer à voix haute.Nos (plus jeunes) amis français disent parfois « J\u2019ai LOLé ».Comment un acronyme de trois lettres a-t-il pu devenir un verbe conjugué à toutes les sauces : paresse numérique ?fainéantise linguistique ?Je ne crois pas.J\u2019ai beau ne pas y recourir, je dois reconnaître que le LOL a sa place dans notre vocabulaire parce que, d\u2019une certaine façon, envoyer un texto, c\u2019est « écrire comme on parle ».Il fut une époque où écrire à quelqu\u2019un était un acte codi?é ; cela consistait à prendre du papier et un crayon avec toutes les implications grammaticales et orthographiques que cela comportait.De nos jours, la communication informelle est institutionnalisée.On peut écrire à quelqu\u2019un sans avoir peur de briser les règles.Certains appellent ça l\u2019appauvrissement de la langue.Au contraire, j\u2019aime voir le tout comme une évolution, une communication plus accessible qui rapproche les gens.N\u2019est-ce pas cela la base d\u2019Internet: faire tomber les barrières ?lQS L\u2019évolution (pas si drôle) du LOL QUÉBEC SCIENCE 12 DÉCEMBRE 2018 Natan Obed tient un omble chevalier attrapé dans les eaux à proximité des monts Torngat, au Nunatsiavut (Labrador). QUÉBEC SCIENCE 13 DÉCEMBRE 2018 ENTREVUE AVEC NATAN OBED L a science dans le Nord ne tourne pas rond, estime Natan Obed, président élu de l\u2019Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), l\u2019organisation qui représente les quelque 65 000 Inuits du Canada.Elle se fait trop souvent aux dépens des communautés nordiques et répond aux questions des chercheurs en visite bien plus qu\u2019à celles des habitants de ces régions.Nous l\u2019avons rencontré pour en savoir plus.= = = Québec Science : Dans un discours au Sommet sur la pérennité de l\u2019Arctique, tenu à Montréal en mai 2018 dans le cadre des sommets de la recherche du G7, vous avez dressé un portrait peu reluisant de la recherche menée dans le Nord.Quels sont les principaux problèmes ?Natan Obed: La recherche dans l\u2019Inuit Nunangat [NDLR : les régions inuites du Canada] part généralement de la prémisse qu\u2019il y a un problème qu\u2019un chercheur ou un petit projet de recherche peut régler.Également, quand une personne vient pour la première fois dans l\u2019Arctique entreprendre un projet de recherche, souvent elle ne réalise pas qu\u2019une douzaine d\u2019autres sont déjà venues nous poser les mêmes questions, certaines parfois intimes.QS Les chercheurs sont-ils persona non grata dans le Nord ?NO Nous voulons connaître les perspectives différentes des nôtres et nous sommes heureux de faire partie du monde de la recherche.Il y a beaucoup de questions auxquelles la science doit encore répondre et nos communautés n\u2019ont pas la capacité d\u2019effectuer ces recherches elles-mêmes.Cela dit, quand un chercheur choisit un sujet parmi ses champs d\u2019intérêt, nous ne sommes pas obligés d\u2019être emballés.Heureusement, il existe des scienti?ques qui ont un respect profond de nos communautés, qui établissent des partenariats pour mettre sur pied des projets qui béné?cient Le représentant des Inuits du Canada, Natan Obed, dénonce les faiblesses de la recherche nordique.Par Mélissa Guillemette Le problème avec la science dans l\u2019Arctique J A C K I E D I V E S / C A N A D A C 3 QUÉBEC SCIENCE 14 DÉCEMBRE 2018 à la société inuite et qui répondent aux questions qui nous intéressent.C\u2019est le cas du Dr Gonzalo Alvarez, à l\u2019Institut de recherche de l\u2019Hôpital d\u2019Ottawa.Il étudie la tuberculose.QS Quels sont les sujets chers aux communautés inuites ?NO L\u2019enjeu qui nous touche le plus est l\u2019environnement, mais il y a aussi l\u2019effet du climat sur les infrastructures et la prévention du suicide et de la tuberculose.QS Que suggérez-vous pour améliorer la donne ?NO La solution commence avec les établissements de recherche, qui doivent s\u2019assurer que des Inuits siègent aux comités qui approuvent les projets.Même chose pour les conseils d\u2019administration des instituts de recherche fédéraux.Pour le moment, nous demeurons essentiellement des observateurs pour toutes les décisions liées aux projets de recherche dans l\u2019Arctique canadien et cela doit changer.QS Vous af?rmez que les données scienti?ques sur le Nord sont souvent ignorées des autorités.Que voulez-vous dire ?NO Les données de recherche sur la santé, sur l\u2019environnement ou sur notre dé?cit en infrastructures par exemple ne se traduisent pas en interventions de la même façon qu\u2019elles le seraient s\u2019il s\u2019agissait de données concernant la population du sud du Canada.Il n\u2019y a pas encore eu de réelle volonté de s\u2019attaquer aux inégalités entre les Inuits et le reste des Canadiens que ces données mettent en lumière.C\u2019est maintenant l\u2019heure de transformer les données en actions.QS La Station canadienne de recherche dans l\u2019Extrême-Arctique a été inaugurée au Nunavut par le gouvernement fédéral en octobre 2017.Quelle place souhaitez-vous y avoir?NO Cette station de recherche est un projet emballant et il est important pour nous de nous assurer que le gouvernement respecte les Inuits.L\u2019ITK souhaite donc que 25 % du ?nancement alloué dans le cadre du premier plan stratégique de Savoir polaire Canada, responsable de la Station, soit destiné aux priorités de recherche des Inuits et administré grâce à un processus basé sur l\u2019autodétermination.QS Les carrières en recherche intéressent-elles les Inuits?NO Des Inuits ont fait un parcours en recherche et ont une maîtrise ou un doctorat, mais nous avons très peu de professeurs.Nous devons guider la nouvelle génération en ce sens.QS Comment y arriver ?NO Le contexte est particulier, et les dé?s tirent leur origine de la colonisation.Rappelons que nos premiers contacts avec l\u2019éducation formelle remontent aux pensionnats autochtones\u2026 Ensuite, plusieurs de nos 51 communautés ont été constituées dans les an nées 1950 et 1960 ; notre système d\u2019éducation y est donc jeune.Certaines communautés n\u2019ont pas eu d\u2019école secondaire avant les années 1980 ou 1990.Pour ces raisons, seulement 34 % des Inuits possèdent un diplôme d\u2019études secondaires.Donc, le bassin d\u2019Inuits qui se rendent aux études postsecondaires est petit.Je souhaite qu\u2019on puisse nouer des partenariats avec des organismes du Sud pour que les Inuits voient la recherche comme une possible carrière, comme un espace où ils peuvent être respectés et où ils pourraient accomplir des choses pour leur société, en plus de gagner leur vie.QS À quand une université du Nord, un projet sur la table depuis très longtemps ?NO Avec plusieurs organisations, nous sommes au début d\u2019un plan étalé sur cinq ans dans le but de créer une université dans l\u2019Inuit Nunangat.Nous devons répondre à plusieurs questions, comme où l\u2019établir et quelles disciplines offrir.Ce ne serait pas une université exclusivement pour les Inuits, mais bien une université dirigée par les Inuits et dans la perspective inuite.C\u2019est une différence importante, car nous souhaitons qu\u2019elle s\u2019insère dans le reste du monde universitaire.Ses diplômes seront transférables par exemple.QS Des organisations inuites possèdent des installations de recherche.À quoi res- semblent-elles ?NO La plus grande est à Kuujjuaq ; les autres sont modestes.Elles permettent néanmoins de développer tranquillement nos capacités.Nous aimerions que nos stations fassent partie du réseau des installations de recherche dans l\u2019Arctique pour que nous n\u2019en soyons pas les seuls utilisateurs, pour que la communauté scienti?que au sens large s\u2019en serve.Notre nouvelle relation avec le gouvernement du Canada et les organismes de ?nancement nous permet d\u2019espérer que nous obtiendrons des fonds pour y arriver.Je suis optimiste.Nous sommes très résilients : nous sommes passés à travers tant d\u2019épreuves.lQS ENTREVUE S C O T T D O U B T / I T K Natan Obed sur la colline du Parlement, à Ottawa, lors d\u2019un rassemblement pour la prévention du suicide chez les jeunes Inuits.«Pour le moment, nous demeurons essentiellement des observateurs pour toutes les décisions liées aux projets de recherche dans l\u2019Arctique canadien et cela doit changer.» ENVIRONNEMENT PAR MÉLISSA GUILLEMETTE PHOTOS: JEAN-FRANÇOIS HAMELIN Les « savoirs traditionnels » suscitent la mé?ance, puisqu\u2019ils ne sont pas validés scienti?quement.Des Autochtones expliquent leur nature et leur pertinence pour la protection du territoire.QUÉBEC SCIENCE 15 DÉCEMBRE 2018 Jimmy Papatie est le directeur des ressources naturelles de Kitcisakik, en Abitibi-Témiscamingue.LE SAVOIR AUTOCHTONE PEUT-IL PROTÉGER L\u2019ENVIRONNEMENT ? QUÉBEC SCIENCE 16 DÉCEMBRE 2018 ENVIRONNEMENT J immy Papatie arrête sa camionnette dans un paysage désolant.Tout autour de la montagne, les arbres ont été coupés ; la ligne est encore bien franche, même si la coupe date d\u2019il y a plusieurs années.L\u2019ombre se fait rare ; nous en aurions pourtant besoin en cette journée anormalement chaude de septembre.Seul un immense pin gris se tient debout.« Les forestières appellent ça un semencier.Mais il va mourir », lâche l\u2019Anichinabé quinquagénaire, sur le ton de celui qui ne doute pas.Il est le directeur des ressources naturelles de Kitcisakik, une communauté située dans la partie nord de la réserve faunique La Vérendrye et qui vit toujours sur son territoire ancestral de quelque 6 000 km2.Depuis 1998, en raison d\u2019une entente spéciale, ses membres sont consultés par le gouvernement du Québec pour la réalisation des plans d\u2019exploitation forestière.« On lui dit par exemple de ne pas couper le top des montagnes parce que l\u2019orignal en a besoin durant l\u2019hiver : il y a moins de neige.» Jimmy Papatie sort son téléphone satellite et nous montre une application qui répertorie toutes les sections critiques du territoire : une frayère à esturgeons ici, des nids d\u2019aigles à tête blanche là, des zones de cueillette de plantes\u2026 « Si le gouvernement nous apprend qu\u2019il a prévu un couloir de 20 m autour du lac pour protéger les espèces, on peut demander de l\u2019augmenter à 150 m et dire que c\u2019est non négociable.On ne peut pas se permettre de perdre une seule autre espèce ; l\u2019histoire du caribou des bois est le résultat de décennies à mépriser nos connaissances.» L\u2019animal est pratiquement disparu de la région : il y reste seulement 18 bêtes en tout, selon un rapport du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs de 2018.Il est vrai que les habitants de Kitcisakik connaissent le territoire comme personne.Ce savoir est quali?é de « traditionnel ».Il comprend les connaissances transmises oralement, de génération en génération, sur des sujets aussi variés que les animaux, le climat, l\u2019eau ou les plantes, ainsi que les savoir-faire et les philosophies basés Des paysages captés à proximité de Kitcisakik.Une étude de 2005 révélait que plus de la moitié des super?cies productives avaient été exploitées sur le territoire ancestral des habitants de cette communauté.Ce territoire a plusieurs visages: on trouve des forêts feuillues au sud, puis des forêts mélangées au centre et des résineux au nord. QUÉBEC SCIENCE 17 DÉCEMBRE 2018 sur des millénaires d\u2019interaction avec l\u2019environnement local.Aux yeux de la communauté de Kitcisakik ?et de membres des autres communautés autochtones ?, ces savoirs traditionnels sont essentiels pour préserver le territoire et la pratique d\u2019activités ancestrales.Mais à quel point ces savoirs sont-ils pris au sérieux par les décideurs et les scienti?ques?Sont-ils vraiment pris en considération dans les projets de développement (mines, exploitation forestière ou des hydrocarbures), dont la majorité sont mis en œuvre dans les régions éloignées, là où vivent des communautés autochtones, au Québec comme ailleurs dans le monde?Au total, on dit que quelque 20 % de la surface de la planète sont des territoires autochtones.Au Canada, le premier cas de consultation des Autochtones pour évaluer un grand projet remonte à la ?n des années 1970.Une commission d\u2019enquête fédérale se penche alors sur la possibilité de construire un oléoduc au Yukon, dans la vallée du Mackenzie.Le juge Thomas Berger opte pour une approche révolutionnaire : il visite une trentaine de communautés nordiques pour produire son rapport, qui recommande ?nalement de ne pas aller de l\u2019avant avec ce projet, ou à tout le moins de le reporter, pour protéger des terres et des cours d\u2019eau qu\u2019il a découverts comme essentiels à la survie de peuplements d\u2019animaux.« Peut-être [les Canadiens] ont-ils commencé à comprendre qu\u2019ils peuvent apprendre d\u2019un peuple qui a réussi à vivre dans le Nord pendant des siècles, un peuple qui n\u2019a jamais cherché à modi?er l\u2019environnement, mais plutôt à vivre en harmonie avec lui », écrit-il alors.En 1992, le Canada devient signataire de la Déclaration de Rio sur l\u2019environnement et le développement, qui stipule que les communautés autochtones « ont un rôle à jouer dans la gestion de l\u2019environnement et le développement du fait de leurs connaissances du milieu et de leurs pratiques traditionnelles ».Mais il faudra attendre des jugements importants de la Cour suprême dans les années 2000 pour que la consultation des Autochtones soit systématique \u2013 une « obligation de consulter » qui est avant tout liée à leurs droits ancestraux ou issus de traités.Ces promesses sur papier ne signi?ent pas que tout le monde est à l\u2019aise avec le concept de « savoirs traditionnels ».« Tenir compte systématiquement du savoir autochtone, au même titre que la science et les données probantes, pourrait s\u2019avérer problématique dans les cas où le savoir autochtone et la science se révéleraient contradictoires », écrivait l\u2019hiver dernier Patrick Beauchesne, sous-ministre du Développement durable, de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec, dans une missive LA MÉMOIRE ORALE EST-ELLE SOUS-ESTIMÉE?C\u2019est le propos du livre The Edge of Memory: Ancient Stories, Oral Tradition and the Post-Glacial World, publié récemment par l\u2019anthropologue Patrick Nunn, de l\u2019Université de la Sunshine Coast.Il a interrogé des communautés du sud de l\u2019Australie qui ont vécu isolées les unes des autres pendant des millénaires.Son constat : leurs histoires se recoupaient et documentaient des évènements majeurs survenus il y a plusieurs milliers d\u2019années, comme la montée rapide du niveau de la mer après la dernière glaciation. QUÉBEC SCIENCE 18 DÉCEMBRE 2018 ENVIRONNEMENT adressée au gouvernement fédéral au sujet du projet de loi C-69, qui concerne les évaluations d\u2019impact (voir l\u2019encadré p.19).À la suite du dévoilement de ce document, obtenu par Radio-Canada, Daniel Baril, anthropologue et militant pour la laïcité, enfonçait le clou dans une lettre d\u2019opinion publiée dans Le Devoir, y af?rmant que ceux qui voient dans le « savoir autochtone », qui inclut la spiritualité, une plus grande richesse de points de vue sombrent dans un « relativisme postmoderniste tout aussi extrémiste que navrant ».Pourtant, ailleurs dans le monde, on observe un intérêt croissant pour les savoirs traditionnels liés à la gestion des ressources naturelles et de l\u2019environnement, à la conservation et au climat.Le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat, par exemple, dit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une « base inestimable pour développer les stratégies d\u2019adaptation et de gestion des ressources naturelles en réponse aux changements, qu\u2019ils soient environnementaux ou d\u2019une autre nature ».L\u2019Unesco a fourni en 2012 une revue de la littérature sur la contribution des savoirs autochtones pour la compréhension des changements climatiques.Manifestement, plusieurs ne voient pas d\u2019opposition entre la science et les savoirs traditionnels ; des chercheurs s\u2019attellent même à trouver comment bâtir des ponts entre ces deux « systèmes de connaissances ».Rien n\u2019illustre mieux cette tendance que la présence de Natan Obed, président élu de l\u2019Inuit Tapiriit Kanatami, organisme qui représente les Inuits du Canada, à titre d\u2019invité d\u2019honneur du sommet de la recherche du G7 tenu à Montréal en mai dernier.Interrogé en marge de la rencontre, M.Obed reconnaît que le terme savoir traditionnel peut faire peur, d\u2019autant plus qu\u2019il est trompeur.« Il donne l\u2019impression d\u2019être ?gé dans le temps, alors que ce savoir évolue sans cesse.Notre science autochtone fonctionne un peu de la même façon que la science occidentale, qui a ses hypothèses, ses expérimentations et la revue des résultats par les pairs.Mais comme nous sommes une société orale, notre manière d\u2019envisager la connaissance est évidemment très différente.Ça ne veut pas dire que nos résultats sont moins signi?catifs ; ils peuvent apporter plus de profondeur aux évaluations environnementales au béné?ce de tous.» Des subtilités souvent dif?ciles à saisir pour les non-Autochtones.Également invitée à ce sommet, Gail Whiteman raconte comment elle a eu du mal à comprendre les Cris de la baie James à son arrivée à Ne- maska (auparavant Nemiscau) et Eastmain, où elle effectuait des recherches doctorales en 1995.« J\u2019étudiais les répercussions des projets de développement des ressources naturelles sur leur vie.Ils me répétaient continuellement : \u201cÇa change notre façon de gérer.\u201d Je me demandais ce qu\u2019ils avaient à gérer ! » explique la Torontoise d\u2019origine qui dirige aujourd\u2019hui le Pentland Centre for Sustainability in Business à l\u2019Université de Lancaster, au Royaume-Uni.Ses interlocuteurs l\u2019ont alors invitée à les accompagner dans un camp de chasse le temps d\u2019un hiver.Au bout de 10 semaines, c\u2019est devenu clair comme de l\u2019eau de roche.« Le savoir traditionnel est un système de gestion des ressources basé sur des millénaires d\u2019observations détaillées et pointues, résume Gail Whi- teman.C\u2019est comme les chercheurs qui vont sur le terrain scruter les habitudes des oiseaux, sauf qu\u2019eux ils sont toujours sur place et depuis des générations ! Mais les données archivées se transmettent à travers les histoires et les mythes, et l\u2019on n\u2019est pas habitués à ce genre de langage.» « Je vais vous raconter une histoire », nous annonce d\u2019ailleurs à plusieurs reprises Jimmy Papatie, pendant que nous explorons l\u2019érablière de laquelle la communauté tire un sirop bien noir, puis le séchoir à champignons, sans oublier les rivières du coin.Il y a eu celle de l\u2019ours qui se soigne, celle du bouleau qui était orgueilleux et celle de sa grand-mère.« Quand elle était jeune ?lle, elle est arrivée en canot devant Jimmy Papatie nous entraîne dans le dédale des routes forestières à proximité de son domicile. QUÉBEC SCIENCE 19 DÉCEMBRE 2018 une magni?que forêt de pins gris.Et là, un arbre lui a parlé.Il lui a dit : \u201cUn jour, on va tous partir.Et tu vas voir ça de ton vivant.\u201d Et c\u2019est arrivé, avec les coupes forestières ! Mais les Blancs ne me croient pas vraiment quand je dis ce genre de choses\u2026 Moi-même, j\u2019étais sceptique quand mon grand-père m\u2019a dit qu\u2019il me fallait apprendre de l\u2019ours pour survivre ! Apprendre de l\u2019ours !?J\u2019ai compris plus tard.» SAVOIRS MARGINALISÉS Ce décalage sur le plan du langage explique peut-être en partie le constat sans appel du comité d\u2019experts mandaté en 2016 par Ottawa pour revoir les processus d\u2019évaluation environnementale avant la rédaction du projet de loi C-69 : le savoir traditionnel est marginalisé, voire mis en doute par les professionnels qui chapeautent ces évaluations.Il est en outre « fréquent de reléguer le savoir autochtone à une annexe isolée, ce qui empêche ces précieuses connaissances d\u2019in?uer sur le projet et sur les résultats de l\u2019évaluation environnementale », af?rmaient les auteurs, qui donnaient des directives explicites sur la façon de recueillir et d\u2019intégrer le savoir autochtone aux processus.Si le projet de loi C-69 est adopté (au moment d\u2019écrire ces lignes, il était étudié au Sénat), une nouvelle agence canadienne d\u2019évaluation d\u2019impact sera créée.Elle devra indiquer clairement, à la ?n de ses rapports, « comment le savoir autochtone a été pris en compte au cours de l\u2019évaluation », assure un porte-parole de la ministre de l\u2019Environnement et du Changement climatique du Canada, Catherine McKenna.Le gouvernement devra faire de même quand il rendra ses décisions.De plus, un comité consultatif autochtone mis en place cet automne doit conseiller le gouvernement sur l\u2019application du nouveau modèle.Le Canada n\u2019est pas le seul à peiner dans ce dossier.Partout dans le monde, on a du mal à faire une place aux savoirs traditionnels dans les évaluations d\u2019impact, observe l\u2019épidémiologiste canadienne Marla Orenstein.« Les autres pays sont peut-être même un peu à la traîne derrière le Canada.Il y a encore beaucoup d\u2019incertitudes quant à la façon de tenir compte des savoirs autochtones et dont cette prise en compte doit être considérée ensuite par l\u2019autorité qui approuve le projet », af?rme la présidente sortante de l\u2019International Association for Impact Assessment, qui travaille à la Canada West Foundation, un groupe de ré?exion albertain.À l\u2019heure actuelle, les rapports d\u2019évaluation d\u2019impact comportent une faille importante, selon elle : les enjeux y sont traités isolément.« Il y a un chapitre sur QU\u2019EST-CE QUE L\u2019ÉVALUATION D\u2019IMPACT ?L\u2019évaluation d\u2019impact est un processus utilisé partout sur la planète pour analyser les projets de développement susceptibles de modi?er de façon signi?cative l\u2019environnement.Elle comprend un examen des effets du projet sur les plans environnemental, économique et social.Elle propose aussi des moyens d\u2019atténuer les répercussions.Tout cela dans le but d\u2019éclairer les décideurs.Il en existe différentes versions, selon le type de projet et l\u2019autorité concernée (gouvernement provincial ou fédéral par exemple). QUÉBEC SCIENCE 20 DÉCEMBRE 2018 ENVIRONNEMENT l\u2019hydrogéologie, un qui aborde les effets sur la végétation, puis sur la qualité de l\u2019air, etc., illustre Marla Orenstein.Tout cela ne répond pas aux questions des communautés sur la manière dont le projet in?uencera leur qualité de vie, leur territoire, leurs relations avec leurs voisins\u2026 Quand le savoir traditionnel est bien intégré, il fournit des réponses précises à ces questions.Donc le problème, ce n\u2019est pas le savoir traditionnel, c\u2019est le reste ! » C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui a mené Suzy Basile, une Attikamek, à faire un doctorat en environnement.« Dans cette discipline, il n\u2019y a pas d\u2019humains dans l\u2019équation : on se place au-dessus et on tente de gérer la nature.Je voulais apporter la vision qu\u2019ont les peuples autochtones de l\u2019environnement, c\u2019est-à-dire un tout dont on fait partie et pour lequel on ne peut pas avoir la prétention de tout décider », dit celle qui est aujourd\u2019hui professeure à l\u2019École d\u2019études autochtones de l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.Dans une vaste salle communautaire de La Petite-Bourgogne, à Montréal, où elle m\u2019entraîne, se déroule l\u2019« exercice des couvertures ».Il s\u2019agit de la dernière activité de la journée tenue à l\u2019occasion de la rencontre internationale Femmes en résistance face à l\u2019extractivisme, qui s\u2019est déroulée sur trois jours en avril dernier.Suzy Basile y est venue en observatrice.De véritables pièces d\u2019étoffe sont étendues sur le sol et pliées au ?l du récit de la colonisation au Canada pour symboliser la dépossession des peuples.Suzy Basile réfléchit à la lettre du sous-ministre Patrick Beauchesne.« Pour les gouvernements, particulièrement le Québec, on est une boîte de Pandore.Ils se demandent s\u2019ils vont perdre quelque chose en discutant du territoire avec nous.Pourtant, l\u2019idée est de partager les ressources et le territoire, pas d\u2019enlever la couverture à l\u2019un pour la donner à l\u2019autre.» LE SOUTIEN DE LA SCIENCE La communauté innue de Mashteuiatsh, située près de Roberval, mobilise beaucoup de ressources pour répondre chaque année à une ?opée de demandes de consultation.« Et de façon générale, à la ?n, on est déçus.Les compromis se font souvent juste de notre côté, pas de celui des gouvernements », dit Hélène Boivin, coordonnatrice au développement de l\u2019autonomie gouvernementale.Si bien que sa communauté se tourne vers la science dans l\u2019espoir de mieux faire valoir ses inquiétudes et de convaincre les décideurs.Elle travaille présentement avec une équipe de l\u2019Université Laval pour construire un outil de mesure des effets cumulatifs des différents projets, ce qui aidera à déterminer quelles sections du territoire sont saturées et lesquelles peuvent encore absorber des perturbations.Il faut dire que le territoire ancestral des Pekuakamiulnuatsh de Mashteuiatsh est le théâtre de bien des activités, dont l\u2019exploitation forestière et la villégiature.Mais ils trouvent triste de devoir recourir à la validation scienti?que pour être entendus.« Ça nous blesse quand notre savoir n\u2019est pas considéré sur un pied d\u2019égalité avec celui des biologistes et autres spécialistes, qui ont tout notre respect, soit dit en passant, mentionne Charles-Édouard Verreault, conseiller élu responsable du dossier du territoire 1.Un doré pêché par un jeune homme de la communauté à l\u2019aide d\u2019un ?l métallique et d\u2019un bâton en bois.2.Deux perdrix noires abattues par Jimmy Papatie.3.Un cèpe d'Amérique qu\u2019on trouve dans la région.4.Le capteur de rêves fait partie de la culture de plusieurs nations.Celui-ci est accroché au dépanneur de Kitcisakik.1 2 3 QUÉBEC SCIENCE 21 DÉCEMBRE 2018 à Mashteuiatsh.Nous faisons pourtant de la recherche depuis des millénaires pour trouver comment survivre sur ces terres.» « On a protégé nos territoires avec succès pendant longtemps, et l\u2019on sait toujours comment le faire », renchérit Deborah McGregor, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la justice environnementale et les droits des peuples autochtones à l\u2019Université York, à Toronto.Cette Anichinabée de la Première Nation White?sh River se fait d\u2019ailleurs catégorique : les évaluations environnementales ne protègent pas l\u2019environnement.Elle estime qu\u2019il est peut-être temps de parler de gouvernance autochtone, un concept qui va beaucoup plus loin que la simple consultation; ici, il est question de pouvoir décisionnel.« Cela fait 20 ans que les gens me disent qu\u2019ils ne savent pas comment intégrer les savoirs traditionnels.Et ceux qui ont compris ne veulent pas le faire parce que cette intégration changerait la gestion des ressources au Canada et ils ne sont pas prêts à ça.» Qui plus est, l\u2019essence du savoir est complètement perdue si ses détenteurs ne sont pas assis à la table où sont prises les décisions, argue-t-elle.Elle rappelle d\u2019ailleurs que le Canada a adhéré à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui parle de « consentement préalable » nécessaire pour entreprendre tout projet ayant des incidences sur les terres ancestrales et les ressources s\u2019y trouvant.Certains chercheurs et écologistes soutiennent la gouvernance autochtone, comme Linda Etchart, une chercheuse britannique qui travaille avec des communautés de la forêt amazonienne et qui écrivait dans la revue Palgrave Communications en 2017 : « Si les communautés autochtones réussissent à garder le contrôle sur leurs territoires et peuvent maintenir leurs habitudes, leurs traditions et leurs modes de vie, elles seront peut-être capables de résister au développement et aux conséquences délétères de la modernité.» Jimmy Papatie, de Kitcisakik, y veille.Il nous montre une carte des claims miniers situés au nord du territoire de sa nation.Des centaines de taches rosées cerclent la région, mais aucune ne ?gure à l\u2019intérieur, puisque le statut de réserve faunique ne permet pas l\u2019exploitation minière.« Notre communauté travaille sur une politique minière quand même.Peu importe ce qui arrive, on sera prêts.» lQS LA SCIENCE QUI INTÈGRE LES SAVOIRS TRADITIONNELS : OPPORTUNISTE ?Des articles scienti?ques cosignés par des membres des communautés autochtones ?Ça existe.Les scienti?ques non autochtones souhaitent ainsi re?éter l\u2019apport des savoirs traditionnels à leurs travaux.Mais cette reconnaissance est-elle suf?sante ?D\u2019autres chercheurs choisissent plutôt de ne pas inclure les savoirs traditionnels dans leurs articles scienti?ques, même s\u2019ils leur seraient utiles, pour ne pas les « voler ».Ce fut le cas en Australie pour des recherches sur des espèces d\u2019oiseaux qui contribuent à répandre le feu, de façon volontaire, pour pouvoir s\u2019alimenter de carcasses brûlées, un phénomène bien connu de différentes communautés aborigènes.L\u2019équipe a exclu les témoignages d\u2019aborigènes recueillis, sauf ceux de garde-feux, et a plutôt fait de l\u2019observation directe et des entrevues avec d\u2019autres intervenants.Des publications cosignées avec des aborigènes pourraient toutefois suivre.La propriété intellectuelle en lien avec les savoirs autochtones fait l\u2019objet d\u2019une ré?exion à l\u2019échelle de la planète.Au Canada, par exemple, le projet de loi C-69 prévoit la possibilité que des connnaissances particulières soient tenues con?dentielles, comme l\u2019emplacement exact d\u2019un lieu sacré.4 SCIENCE BRASSICOLE UNE BIÈRE QUI PREND L QUÉBEC SCIENCE 22 DÉCEMBRE 2018 Le Québec brassicole se lance dans l\u2019aventure des bières de fermentation spontanée.Bactéries et levures sauvages, au boulot ! PAR JOËL LEBLANC PHOTOS : IDHP MATANE REND L\u2019AIR Francis Joncas prend la pose en plein remplissage du coolship.C\u2019est dans ce bassin que le moût séjourne pendant 24 heures a?n d\u2019être ensemencé par les germes naturellement présents dans l\u2019air.Dans ses mains, la première bière de fermentation spontanée commercialisée au Québec, issue du même bassin, trois ans plus tôt. QUÉBEC SCIENCE 24 DÉCEMBRE 2018 P ar un matin frais de novembre 2017, une centaine de quidams font la queue sur le trottoir de la rue Amherst, à Montréal, devant Expérience Bière, un dépanneur spécialisé en produits de microbrasseries.On interpelle l\u2019un d\u2019entre eux, un client enthousiaste arrivé une heure avant l\u2019ouverture dans l\u2019espoir de repartir avec la dernière nouveauté.« Je suis quatorzième; je suis pas mal sûr d\u2019avoir ma bouteille.» Il sera l\u2019un des rares chanceux à mettre la main sur une Perséides, une bière dite de « fermentation spontanée », produite en série limitée.Le dépanneur n\u2019en a reçu que 46.Elles seront vendues en une quinzaine de minutes, tout comme dans les six autres dépanneurs de la province où est distribuée la fameuse bière le même jour.Au total, ce sont seulement 1 350 bou teilles \u2013 numérotées ! \u2013 qui trouveront preneur ce jour-là.Mais qu\u2019a-t-elle de si spécial ?Pour le savoir, il faut entrer dans une cabane sur la plage de L\u2019Anse-à-Beau?ls, en Gaspésie, à 1 000 km de Montréal, où le précieux liquide a été concocté.Minuscule, l\u2019endroit est quasiment vide ; seul un grand bassin peu profond en acier inoxydable, appelé coolship, y occupe presque tout l\u2019espace.Détail important, les quatre murs sont percés de fenêtres sans vitres, un simple grillage empêchant les oiseaux d\u2019entrer.C\u2019est dans ce réservoir que, en mai 2016, Francis Joncas, propriétaire de la mi- crobrasserie Pit Caribou, a entamé la conception de la très convoitée Perséides.« J\u2019ai appliqué les méthodes ancestrales des Belges, se rappelle celui qui a fait des stages dans les réputées maisons Cantillon et Tilquin.J\u2019ai pompé mon moût chaud et fumant vers ce coolship ; je l\u2019ai laissé reposer et refroidir pendant toute une journée, à découvert.J\u2019ai ensuite transféré la mixture dans des barils en chêne et je l\u2019ai laissée fermenter un an et demi.» Disons que l\u2019opération tranche avec la façon traditionnelle de faire de la bière.Les brasseurs font d\u2019abord tremper des céréales maltées dans de l\u2019eau chaude pour en extraire les sucres.L\u2019eau sucrée obtenue, appelée « moût », est ensuite bouillie afin d\u2019être stérilisée.Puis, le moût est rapidement refroidi et transféré dans une cuve de fermentation pour que le sucre se transforme en alcool.Pour ce faire, les brasseurs inoculent le moût avec une souche de levure particulière, précisément sélectionnée en vue d\u2019obtenir le produit voulu.À quelques exceptions près, c\u2019est normalement la seule et unique espèce de microorganisme qui se retrouve dans la bière.La Perséides se démarque surtout à cette dernière étape : l\u2019équipe de Pit Caribou a plutôt laissé la nature choisir quels microorganismes ensemenceraient le moût.« Pendant les 24 heures que ce moût passe dans le coolship, les levures et les bactéries naturellement présentes dans l\u2019air y tombent.C\u2019est la nature qui fait le travail toute seule, d\u2019où le terme \u201cfermentation spontanée\u201d », explique Gérald Bourdaudhui, directeur de la division Ferment au Labo ?Solutions brassicoles, à La Pocatière, une entreprise qui produit des levures sous forme liquide pour les brasseurs et distillateurs.Les pieds dans le golfe du Saint-Laurent, la microbrasserie Pit Caribou, à L\u2019Anse-à-Beau?ls, près de Percé.C\u2019est dans la petite cabane blanche derrière le bâtiment principal que se trouve le fameux coolship où démarre la fermentation spontanée. QUÉBEC SCIENCE 25 DÉCEMBRE 2018 Mis à part leur inoculation particulière, le travail sur les bières spontanées s\u2019inscrit dans les autres opérations de routine à la microbrasserie.1.L\u2019empâtage, ou trempage du malt, qui permet d\u2019extraire les sucres de la céréale et d\u2019obtenir le moût.2.L\u2019examen de l\u2019état des levures.3.La surveillance de toutes les bières en production.4.Le soutirage de la lie après fermentation.5.Le chai, où vieillissent notamment les spontanées dans les barils en chêne.6.La ?ltration du produit, après maturation.1 3 5 6 4 2 QUÉBEC SCIENCE 26 DÉCEMBRE 2018 Quels sont ces microorganismes qui plongent dans le bouillon ?« Il y a des levures, bien sûr, continue l\u2019ingénieur brassicole d\u2019origine belge, comme des saccharomyces et brettanomyces, versions sauvages des ferments domestiqués, si familiers des brasseurs.Mais aussi des bactéries, comme les lactobacilles, pé- diocoques, leuconostoques, Weissela, etc.Les premières fermentent, transformant le sucre en alcool, alors que les secondes en font plutôt de l\u2019acide lactique.Et chaque espèce ajoute aussi les sous-produits des réactions métaboliques qui lui sont propres.» Pas surprenant que ces bières soient parmi les plus complexes en saveurs, avec tous ces microorganismes qui y laissent leurs traces.Ce moût enrichi est ensuite transféré dans un contenant fermé, mais pas hermétique, habituellement un baril en chêne.C\u2019est dans ce tonneau que la magie opère.Pendant plusieurs mois, voire quelques années, les germes s\u2019activent à tour de rôle et transforment le liquide sucré en une potion alcoolisée et, surtout, acidulée.C\u2019est ainsi qu\u2019on faisait la bière autrefois, et c\u2019est encore comme cela qu\u2019on fabrique les lambics, ces bières typiques de la vallée de la Senne, près de Bruxelles.Les lambics sont parmi les rares bières de fermentation spontanée sur le marché.La gueuze (assemblage de lambics) et la kriek (lambic aux cerises) contribuent notamment au succès mondial de ce type de bière, dont la demande est très forte.Elles sont tellement courues que leur appellation a dû être protégée; ne s\u2019appelle pas lambic qui veut.L\u2019analyse microbiologique d\u2019une gueuze de la brasserie Cantillon a révélé la présence de pas moins de 16 souches de levure et de 8 souches de bactéries, un pro?l aux antipodes de la bière standard avec son unique souche de levure.Le mythe veut même qu\u2019un bon lambic ne puisse provenir que de la vallée de la Senne, où vivent naturellement les « bons » microbes.Au goût, la Perséides de Pit Caribou revendique pourtant une parenté certaine avec ses cousines belges.À la dégustation de la bouteille no 967, dès la première gorgée, les notes de pomme verte et de pêche ont laissé rapidement place à une acidité franche et marquée, mais équilibrée.Indiscutablement surette, elle ressemble à un jeune lambic de 12 à 18 mois d\u2019âge.UN COMBAT RÈGLEMENTAIRE Francis Joncas a dû mener tout un combat pour obtenir l\u2019autorisation de la brasser.« À la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ), se rappelle-t-il, on me disait que, pour vendre une bière, il fallait qu\u2019elle réponde à la dé?nition de l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments.Cette dé?nition stipule que la boisson doit nécessairement contenir des levures.Ces levures devaient-elles absolument être ajoutées de la main de l\u2019homme ?Ce n\u2019était pas précisé, mais les fonctionnaires de la RACJ interprétaient cette dé?nition de la sorte.» Accompagné d\u2019une avocate du Centre de recherche sur les biotechnologies marines de Rimouski, Francis Joncas est monté au palier fédéral pour faire clari?er la loi.Et il a réussi ! « L\u2019Agence a tranché en ma faveur après quelques mois, en me con?rmant que les levures ne devaient pas obligatoirement être ajoutées par un brasseur.J\u2019ai envoyé ce courriel de con?r- mation à la RACJ et, deux heures après, j\u2019avais son approbation, à la condition que le bâtiment où se trouve le coolship respecte les normes de salubrité.» Avec cette clari?cation, le Québec de- viendra-t-il une nouvelle terre de lambic ?D\u2019autres brasseurs ont déjà manifesté leur intérêt à explorer cette voie.« On travaille sur l\u2019idée d\u2019un coolship mobile, indique Pierre-Paul Carpentier, brasseur et propriétaire d\u2019À la Fût, à Saint-Tite.Installé dans une remorque fermée, le bassin serait transporté dans différents lieux forestiers a?n de tester les micro?ores locales.On ouvrirait la remorque, on y verserait le moût chaud et on attendrait.On le transférerait ensuite dans des barils avant de le rapporter dans nos caves pour fermentation.» Chaque milieu ayant un microécosystème qui lui est propre, les bières de forêt se démarqueront assurément des bières marines comme celles de Pit Caribou.Pour le plus grand plaisir des amateurs prêts à faire la queue en pleine matinée pour acheter une bière, Francis Joncas continue d\u2019innover.Il a l\u2019intention de sortir des assemblages de bières spontanées.« Comme pour les gueuzes, je vise à combiner des bières vieillies un an, deux ans et trois ans.J\u2019ai présentement 6 000 L qui fermentent en barils depuis un an et je viens de faire un nouveau brassin.Le produit ?nal assemblé sera prêt en 2020.» Elles ont beau être spontanées, ces bières exigent bien de la patience.lQS SCIENCE BRASSICOLE Le pub de Pit Caribou, à Percé, à moins de 10 km de la brasserie mère LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Le dopage d\u2019hier à aujourd\u2019hui Des technos qui mènent à la victoire Commotions cérébrales: où en est-on?Le sport, une affaire de psychologie IL VA Y AVOIR DU SPORT! 2 LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Le sport est un grand laboratoire L e sport n\u2019évolue pas que dans les arénas et les gymnases.Il est un laboratoire en soi, où interviennent tour à tour la biomécanique, la médecine, la psychologie, la chimie, la technologie, le génie, le marketing et même la diplomatie.Ce n\u2019est pas nouveau : depuis la Grèce antique, les esprits scienti?ques étudient les méthodes d\u2019entraînement pour améliorer les performances des athlètes.Aujourd\u2019hui, grâce aux chercheurs, des sportifs réussissent à repousser les limites de leur endurance et tirent pro?t de technologies de plus en plus pointues.On se tourne également vers la science quand vient le temps de disséquer et de vaincre les maux qui affectent le monde du sport, comme le dopage, les commotions cérébrales et les troubles du comportement alimentaire.Ce dossier illustre bien à quel point le sport est un objet de fascination sans ?n pour les scienti?ques ?qui n\u2019hésitent pas à donner leur 110 %.Ce dossier est inséré dans le numéro de décembre 2018 du magazine Québec Science.Il a été ?nancé par l\u2019Université du Québec et produit par le magazine Québec Science.Le comité consultatif était formé de: Marie Auclair, UQAM Caroline Boily, UQTR Myriam Duperré, UQAC Ève-Marie Lavoie, UQAC Pietro-Luciano Buono, UQAR Christophe Maïano, UQO Stéphanie Duchesne, UQAT Josée Charest, INRS Mario Dubois, ÉTS Éric Lamiot, TÉLUQ Andrée LaRue, UQ Valérie Reuillard, UQ Marie Lambert-Chan, QS Coordination: Marie Lambert-Chan et Valérie Reuillard Rédaction: Annie Labrecque Marie Lambert-Chan Maxime Bilodeau Graphisme: François Émond Correction-révision: Sophie Cazanave Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, de contribuer au développement scienti?que du Québec et au développement de ses régions.3 Une longue histoire de triche Le monde du sport est gangrené par le dopage.Retour sur une lutte sans trêve.5 Commotions cérébrales : la science progresse Des chercheurs perfectionnent les techniques de détection et les protocoles de guérison.8 La victoire, une avancée technologique à la fois Pour grimper sur la plus haute marche du podium ou simplement pour garder la santé, un sportif peut aujourd\u2019hui compter sur la technologie.11 Le sport contre le Big Mac Un chercheur montre que l\u2019entraînement à haute intensité peut compenser les effets néfastes de la malbouffe.12 Le sport, une affaire de tête ! Pour se surpasser, un athlète doit veiller à s\u2019entraîner aussi mentalement.14 Le sport pour mettre les villes en valeur Le professeur André Richelieu étudie comment la réputation d\u2019une ville ou d\u2019un pays peut se faire (et se défaire) grâce au sport.16 L\u2019essor fulgurant du sport électronique Des millions de spectateurs regardent des tournois de jeux vidéos sur le Web ou dans des stades remplis à craquer.Explications.C O U V E R T U R E : A L E X / U N S P L A S H - C I - H A U T : W A V E B R E A K M E D I A / I S T O C K P H O T O 3 U DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT A veux de dopage : Lance Armstrong a beaucoup à perdre », rapportait Le Devoir en 2013, dans la foulée des confessions du septuple vainqueur déchu du Tour de France.« La Russie a mis en place un système de dopage d\u2019État », titrait Radio-Canada à l\u2019été 2016, après que l\u2019avocat canadien Richard McLaren eut déposé un rapport incendiaire sur la question.« Soupçons de dopage dans le ski de fond », af?rmait Le Monde à quelques jours de l\u2019ouverture des Jeux olympiques d\u2019hiver de Pyeongchang plus tôt cette année.Les scandales sur le dopage se suivent et se ressemblent, donnant plus que jamais l\u2019impression qu\u2019il a gangrené le milieu sportif.La consommation de substances qui améliorent les performances sportives n\u2019est pourtant pas un phénomène nouveau dans l\u2019histoire, mentionne Laurent Turcot, professeur au Département des sciences humaines de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).« Il y a toujours eu des athlètes qui ont testé les limites de la légalité dans l\u2019espoir de grignoter quelques secondes.On peut retracer des cas qui s\u2019apparentent à du dopage aussi loin que dans l\u2019Antiquité », souligne celui qui prépare un colloque sur la question en 2020 à l\u2019UQTR.On sait par exemple que des soldats de la Grèce antique avalaient des concoctions d\u2019herbes avant de livrer bataille.Avance rapide jusqu\u2019à la seconde moitié du 19e siècle, alors que le sport moderne commence à se développer.On fait alors état de certaines pratiques qui s\u2019assimilent au dopage.Leur particularité : elles sont tout sauf scienti?ques, comme le rappelle le cas de Thomas Hicks, vainqueur du marathon olympique de 1904, qui a reçu une injection de strychnine et d\u2019alcool de ses assistants alors qu\u2019il ralentissait.Dans le meilleur des cas, ces substances pouvaient procurer un Une longue histoire de triche Le monde du sport est gangrené par le dopage malgré l\u2019émergence de méthodes de dépistage sophistiquées dans les dernières décennies.Retour historique sur une lutte sans trêve.Par Maxime Bilodeau « N I C O L A S H O I Z E Y / U N S P L A S H LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | certain avantage lié à l\u2019effet placébo.Dans le pire des scénarios, elles étaient fatales.« On ne peut pas encore parler de dopage à cette époque, puisque les connaissances scienti?ques et les outils qui permettent de le mesurer n\u2019étaient pas au rendez-vous », nuance Laurent Turcot.Il faudra attendre la seconde moitié du 20e siècle avant que les savoirs physiologiques et biologiques arrivent à maturité, en pleine guerre froide.Le choc entre les blocs de l\u2019Est et de l\u2019Ouest se transporte alors sur les terrains de sport.C\u2019est dans ce terreau fertile que verront le jour nombre de pratiques dopantes, comme la prise massive de testostérone, une hormone à la fois anabolisante et psychostimulante.Et c\u2019est lors du scandale de Ben Johnson, sprinteur canadien épinglé pour dopage au stanozolol, une autre substance qui accélère l\u2019anabolisme musculaire ?transformant ses consommateurs en culturistes ?, aux Jeux olympiques de 1988 à Séoul que le grand public prend véritablement conscience du dopage.« Il est le premier athlète à faire son entrée dans les livres d\u2019histoire non pas parce qu\u2019il a battu un record, mais bien parce qu\u2019il a été la première grande vedette à se faire prendre la main dans le sac », dit Laurent Turcot.Dans les coulisses de l\u2019antidopage Christiane Ayotte, directrice du Laboratoire de contrôle du dopage de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS) depuis 1991, a vécu de près la controverse soulevée par l\u2019affaire Johnson.Alors associée de recherche au centre montréalais, elle se souvient du dé?technique que représentait le dépistage de stéroïdes anabolisants, des substances qui étaient utilisées à l\u2019entraînement pour augmenter la masse musculaire et accélérer la récupération.« Lors des contrôles, les traces qui subsistaient dans l\u2019organisme étaient trop minimes pour être décelables.La méthode employée, basée sur la détection d\u2019anticorps, était notoirement inef?cace », raconte la sommité mondiale dans la lutte antidopage.Résultat : ces substances avaient la réputation d\u2019être indétectables.C\u2019est une avancée technologique « de dernière minute et non publicisée » qui a changé la donne et provoqué la chute de Ben Johnson.Plus sensibles, les outils décelaient désormais des traces évidentes de dopage dans les échantillons soumis, coupant l\u2019herbe sous le pied aux tricheurs.Ces dénonciations allaient se reproduire dans les décennies suivantes, pendant lesquelles l\u2019érythropoïétine (EPO) synthétique, dont on se sert pour accroître arti?ciellement la production de globules rouges, ces transporteurs d\u2019oxygène aux muscles à l\u2019effort, allait notamment faire son apparition dans des sports comme le cyclisme et l\u2019athlétisme.« Aujourd\u2019hui, on peut en détecter des doses aussi petites qu\u2019un picogramme par millilitre d\u2019urine.C\u2019est très, très en deçà des microgrammes par millilitre qu\u2019on décelait dans les années 1980 et 1990 », indique Christiane Ayotte.Si les laboratoires antidopages sont mieux équipés que jamais, ils peuvent aussi compter sur des méthodes novatrices comme le passeport biologique a?n d\u2019attraper les fraudeurs.Ce document permet un suivi personnalisé de plusieurs variables sanguines de l\u2019athlète, lesquelles sont mesurées au ?l du temps lors des divers contrôles qu\u2019il subit.Grâce à cet outil, toute éventuelle anomalie synonyme de dopage est mise au jour.Malgré tout, des athlètes trouvent le moyen de passer sous le radar de la suspicion.À preuve, le récent scandale de dopage institutionnel de la Russie : on a découvert que l\u2019État a mis en place un ingénieux stratagème pour remplacer les échantillons positifs par des échantillons normaux aux Jeux olympiques de Sotchi, en 2014.En guise de punition, le pays de Vladimir Poutine a été exclu des Jeux d\u2019hiver de 2018 ainsi que de l\u2019Agence mondiale antidopage (AMA) en 2015 ?une sentence récemment levée, puisque l\u2019organisation a réadmis les Russes en son sein dans un revirement pour le moins controversé.« Ceux qui se dopent de nos jours le font à l\u2019aide de microdoses plus ou moins indétectables.Est-ce ef?cace ?On l\u2019ignore.Probablement que les effets sont relatifs à la récupération : on en prend entre deux compétitions ou à l\u2019entraînement pour l\u2019accélérer », avance la proche collaboratrice de l\u2019AMA.À l\u2019heure de la méthode d\u2019édition ciblée des gènes CRISPR, le dopage génétique interpelle également les autorités antidopages.Il permettrait, par exemple, de transférer des copies supplémentaires du gène fabriquant l\u2019EPO.Même si rien ne porte l\u2019AMA à croire que des athlètes y recourent actuellement, cela pourrait en être tout autrement dans 5, 10, 15 ans d\u2019ici.« Plusieurs études et ré?exions sont déjà entamées à ce sujet.Nous serons prêts », tranche Christiane Ayotte.Il le faut, car la lutte contre le dopage ressemble à celle menée contre d\u2019autres crimes: on observe un écart constant entre les moyens dont disposent les « policiers » pour effectuer leur travail et ce que les « malfrats » investissent pour s\u2019y soustraire.« On oublie que le système sportif, à l\u2019image de la société, est teinté par l\u2019atteinte de l\u2019excellence à tout prix, fait valoir Laurent Turcot.C\u2019est le système capitaliste : on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour accéder aux plus hautes sphères, quitte à tricher au passage.» Ainsi, la roue continuera de tourner : les grands champions risqueront encore le tout pour le tout ; leurs statues ne cesseront d\u2019être déboulonnées; et les médias en feront leurs choux gras.4 Christiane Ayotte, directrice du Laboratoire de contrôle du dopage de l\u2019INRS depuis 1991 N I C O L A S P A Q U E T U DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT L e Québec est le premier endroit au monde à s\u2019être doté d\u2019un protocole de gestion des commotions cérébrales ?c\u2019est dire comme le sujet s\u2019est élevé au rang de préoccupation collective au cours des dernières années ! Publié en 2017, le document gouvernemental d\u2019une douzaine de pages détaille la marche à suivre en cas de traumatisme craniocérébral léger (TCL).Surtout, il cristallise la prise de conscience du milieu sportif vis-à-vis d\u2019un ?éau qui touche plusieurs disciplines.« Tous les intervenants, des joueurs aux parents en passant par les fédérations, sont plus que jamais sensibilisés aux commotions cérébrales.C\u2019est sur toutes les lèvres », con?rme Éric Wagnac, professeur au Département de génie mécanique de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal.Malgré tout, les commotions cérébrales sont encore très fréquentes.Selon l\u2019expert en traumatologie, jusqu\u2019à une commotion sur deux n\u2019est jamais détectée.Les joueurs de soccer sont tout particulièrement à risque.Paradoxal pour un sport qui, en théorie, n\u2019implique pas de contacts ! « C\u2019est un des rares sports dans lequel on utilise activement sa tête.Or, ces impacts répétés causent des microdéchirures au cerveau qui, à long terme, peuvent provoquer des symptômes de commotion cérébrale comme les maux de tête ou les pertes de mémoire », explique le jeune chercheur.Mise en jeu Le risque réel auquel sont exposés les as du ballon rond n\u2019a toutefois jamais été calculé.La raison : il est dif?cile de mesurer les accélérations de la tête subies 5 Commotions cérébrales : la science progresse Une commotion cérébrale sur deux n\u2019est jamais décelée.Pour renverser la tendance, des chercheurs perfectionnent les techniques de détection et les protocoles de guérison.Par Maxime Bilodeau Joueuses portant le bandeau conçu par des chercheurs de l'ÉTS pour mieux détecter les différents types d\u2019accélération de la tête.É R I C W A G N A C LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L 6 par des joueurs sur le terrain lorsque les instruments de détection sont dotés\u2026 de ?ls.Résultat : les rares études parues sur le sujet ont été principalement réalisées en laboratoire, « ce qui est plutôt imparfait », souligne Éric Wagnac.Avec son collègue Yvan Petit, aussi du Département de génie mécanique de l\u2019ÉTS, et la doctorante Caroline Lecours, il a donc entrepris de corriger la situation.Pour y arriver, les collaborateurs ont misé sur le SIM-G, un bandeau constitué d\u2019un gyroscope et de deux accéléromètres qui a le mérite de se faire facilement oublier.Huit joueurs et 16 joueuses de bon niveau et âgés de 18 à 24 ans ont ainsi en?lé ce petit bijou technologique avant de s\u2019affronter dans des matchs « amicaux ».Les accélérations de la tête des participants ont été enregistrées tout au long de leurs passes d\u2019armes, qui étaient elles-mêmes captées par l\u2019œil attentif d\u2019une caméra.Le but : distinguer les différents types d\u2019accélérations subies par la boîte crânienne, puis déterminer le risque de commotion cérébrale associé à chaque type.« Nous nous attendions à ce que les mouvements de rotation, comme une redirection du ballon, soient plus dangereux, puisqu\u2019ils provoquent du cisaillement entre les matières blanche et grise du cerveau », af?rme Éric Wagnac.Leurs doutes ont été con?rmés : tant chez les hommes que chez les femmes, les techniques de tête, et tout particulièrement celles où s\u2019effectue un mouvement de rotation, ont entraîné des accélérations potentiellement dommageables.Les impacts involontaires, comme la collision entre deux joueurs, étaient aussi synonymes de risques, mais bien moindres.Les défenseurs sont, semble-t-il, plus touchés que les attaquants.« La prochaine étape est d\u2019établir des seuils de détection spéci?ques au soccer, puisque les seuils utilisés dans cette étude pilote sont ceux en vigueur au football, les seuls dont nous disposons encore.À terme, nous voulons mettre le doigt sur des patrons distincts de coups à la tête qui causent des commotions cérébrales », révèle le scienti?que.Le meilleur traitement ?Le sport ! Une fois la détection des commotions cérébrales facilitée, encore faut-il proposer un traitement adéquat.C\u2019est ce qui intéresse Philippe Fait, professeur au Département des sciences de l\u2019activité physique de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et fondateur de la Clinique Cortex, qui se spécialise dans la prise en charge du TCL.« J\u2019aime dire que je fais de la recherche appliquée : les cas que je rencontre à la clinique nourrissent mes projets et vice versa.Ce sont des vases communicants », fait valoir ce précurseur ?sa clinique est la première du genre à avoir ouvert ses portes au Québec.| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | \u201c Le soccer est l\u2018un des rares sports dans lequel on utilise activement sa tête.Or, ces impacts répétés causent des microdéchirures au cerveau qui, à long terme, peuvent provoquer des symptômes de commotion cérébrale comme les maux de tête ou les pertes de mémoire.\u2013 Éric Wagnac, chercheur à l\u2018ÉTS U DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT 7 Ses recherches portent entre autres sur les pertes de capacités fonctionnelles qui découlent des commotions cérébrales.Dans le cadre d\u2019une étude parue en 2014 dans le Journal of Neurotrauma, il a par exemple demandé à 13 jeunes âgés de 9 à 15 ans aux prises avec des séquelles de commotion cérébrale d\u2019accomplir deux tâches simultanément ; la première sollicitait la mémoire alors que la seconde, qui consistait à appuyer sur des boutons à un certain rythme, faisait appel aux capacités motrices ?nes.Au ?nal, les jeunes athlètes éprouvaient davantage de dif?culté que leurs coéquipiers non blessés à réaliser cette double tâche.Des clichés obtenus à l\u2019aide de l\u2019imagerie par résonance magnétique montraient d\u2019ailleurs un fonctionnement anormal des structures activées dans l\u2019accomplissement de ces tâches, ce qui explique les pertes de capacités fonctionnelles des sujets.Philippe Fait croit au potentiel de l\u2019activité physique pour aider les jeunes ?et les moins jeunes ?victimes à remonter la pente à la suite d\u2019une commotion cérébrale.Une idée banale en apparence, mais néanmoins radicale.« Historiquement, le traitement pour la commotion cérébrale a toujours été le repos.Quand j\u2019ai commencé à explorer la possibilité de faire suivre aux commotionnés un programme d\u2019exercice, on riait donc un peu de moi », raconte-t-il.Les résultats ont pourtant été au rendez-vous : au sein d\u2019un groupe de 15 jeunes sportifs à qui l\u2019on a prescrit un entraînement aérobie de faible intensité, la gravité des symptômes de la commotion cérébrale a diminué après une quarantaine de jours, pouvait-on lire dans les pages du British Journal of Sports Medicine en 2017.La recherche du meilleur protocole de guérison d\u2019une commotion cérébrale n\u2019est pas une sinécure.Selon l\u2019expert, plusieurs facteurs comme l\u2019âge et le sexe des victimes, de même que la gravité des coups, la récidive et la persistance des symptômes, in?uent sur l\u2019approche à préconiser.« On commence à peine à reconnaître qu\u2019il existe différents types de maux de tête selon la nature du TCL.Des serrements diffus n\u2019indiquent pas la même chose qu\u2019une douleur localisée ou que des vertiges », illustre-t-il.Le chemin vers des interventions véritablement personnalisées sera encore long.Au moins, la marche est bien entamée.\u201c Quand j\u2019ai commencé à explorer la possibilité de faire suivre aux commotionnés un programme d\u2019exercice, on riait un peu de moi.\u2013 Philippe Fait, chercheur à l\u2018UQTR En février 2018, les Canadiens de Montréal annonçaient que leur gardien de but, Carey Price, souffrait d\u2019une commotion cérébrale, résultat d\u2019un tir violent à la tête durant un match contre les Flyers de Philadelphie.G R A H A M H U G H E S / L A P R E S S E C A N A D I E N N E LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 8 // Muscler son cerveau pour de vrai ! Bon an, mal an, l\u2019Impact de Montréal, les Canucks de Vancouver, les Falcons d\u2019Atlanta et le Manchester United connaissent du succès sur le terrain.Cela, ces équipes le doivent en partie au NeuroTracker, un logiciel de suivi d\u2019objets multiples en 3D conçu par la PME montréalaise CogniSens.Le principe de ce programme d\u2019entraînement cognitif est simple.À l\u2019écran, plusieurs balles dé?lent simultanément.L\u2019utilisateur doit suivre le mouvement de certaines tout en ignorant sciemment les autres.Au ?l du temps, la dif?culté augmente : le nombre de balles se multiplie, leur vitesse s\u2019accroît, des tâches doubles sont imposées.Les capacités attentionnelles et cognitives sont alors mises à rude épreuve.«Chez des adeptes de sport de groupe, comme le soccer ou le football, ces exercices développent la capacité à gérer des situations de jeu complexes», explique David Labbé, de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS).« Les joueurs entraînent leur vision périphérique et apprennent à focaliser leur attention sur un ou plusieurs éléments.Au ?nal, ils ont plus de ressources cognitives à allouer à leur performance et ils se blessent moins », souligne-t-il.Sur le terrain, cela se traduit par de meilleures performances individuelles et collectives.Du moins, en théorie.Avec son équipe, le professeur du Département de génie logiciel et des technologies de l\u2019information a entrepris de le véri?er.Ensemble, ils ont réalisé plusieurs études à l\u2019aide du NeuroTracker dans les cinq dernières années, notamment auprès de joueurs de hockey.« Parmi nos belles découvertes, nous avons constaté que les utilisateurs du logiciel prennent de meilleures décisions en situation de jeu.De plus, leurs ligaments croisés antérieurs sont moins durement mis à l\u2019épreuve, ce qui laisse croire à une fréquence moindre de blessures », énumère-t-il.Parvenir à démontrer l\u2019ef?cacité d\u2019une solution d\u2019entraînement cognitif, commerciale de surcroît, n\u2019est pas une mince affaire.Dans une étude publiée l\u2019an passé, le Global Council on Brain Health concluait à l\u2019inef?cacité généralisée des outils de gymnastique mentale et autres applications de musculation de la N E U R O T R A C K E R La victoire, une avancée technologique à la fois Que ce soit pour grimper sur le podium ou simplement pour garder la santé, un sportif peut aujourd\u2019hui compter sur la technologie pour atteindre ses objectifs.Par Maxime Bilodeau Le logiciel NeuroTracker entraîne les capacités cognitives. U DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT matière grise.Selon cette organisation indépendante composée de chercheurs dans le domaine, les preuves en faveur de ces outils sont tout simplement inexistantes.Sauf dans le cas du NeuroTracker, dont la validité a bel et bien été con?rmée par la science.// Ils chassent les secondes Frédéric Domingue et Claude Lajoie sont en quête de watts.Et pas n\u2019importe lesquels : ceux qui permettent d\u2019atteindre la plus haute marche du podium et ceux qui condamnent à l\u2019anonymat du peloton.« Nous travaillons avec des cyclistes de haut niveau dont la forme physique est plafonnée.Leur puissance aérobie maximale ne monte plus, leur seuil lactique est stable\u2026 Chez eux, de simples corrections de position et d\u2019équipement peuvent procurer des gains énormes », explique Claude Lajoie, professeur au Département des sciences de l\u2019activité physique de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).Avec son collègue Frédéric Domingue, professeur au Département de génie électrique et génie informatique de l\u2019UQTR, le chercheur du Laboratoire d\u2019innovations et technologies pour le sport et la performance humaine est en voie de disposer d\u2019une expertise unique en matière d\u2019amélioration des performances à vélo et, dans une moindre mesure, au triathlon.Dans les derniers mois, le duo a bourlingué aux quatre coins de la planète a?n d\u2019acquérir le savoir nécessaire à ce noble dessein.Lorsque Québec Science les a joints, ils venaient de passer une semaine en souf?erie à Mooresville, en Caroline du Nord.Un séjour pendant lequel ils ont étudié les effets de l\u2019écoulement de l\u2019air sur le corps d\u2019athlètes ?la friction de l\u2019air est la principale résistance que rencontre un cycliste à l\u2019effort sur le plat.Mais, surtout, un séjour onéreux : le tarif horaire pour utiliser de telles installations oscille autour de 400 $ ! Les données recueillies alors représentent un investissement à long terme.« Notre objectif est de concevoir une souf?erie virtuelle, un 9 U Q T R une avancée technologique à la fois Frédéric Domingue, professeur au Département de génie électrique et génie informatique, et Claude Lajoie, professeur au Département des sciences de l\u2019activité physique, tous deux à l'UQTR. 10 logiciel 3D qui créera des positions dans le confort de notre laboratoire.On pourra ainsi s\u2019atteler à la chasse aux secondes sans même visiter une véritable souf?erie, une aubaine », af?rme Claude Lajoie.Cette démarche sera multidisciplinaire ; elle engagera aussi bien des ingénieurs que des kinésiologues par exemple.En outre, elle s\u2019articulera autour d\u2019étapes logiques qui nécessiteront chacune un appareillage propre, comme l\u2019électromyographie et la spectroscopie dans le proche infrarouge.Bien que très appliquées, ces recherches sont susceptibles d\u2019avoir de précieuses retombées scienti?ques.À terme, elles pourraient permettre de désigner les facteurs qui limitent la performance chez les cyclistes de haut niveau, rien de moins.« Nous pourrons cibler des constantes chez ces athlètes, s\u2019il y en a bien sûr.Chez l\u2019élite, il est parfois dif?cile de généraliser la portée des résultats, puisque chaque cas est à priori unique.Or, encore faut-il le prouver », indique celui dont le laboratoire pourrait bientôt se métamorphoser en chaire de recherche sur les méthodes innovantes pour la performance en cyclisme.// Un chandail, mille enjeux Le chandail intelligent Hexoskin habille les astronautes de la Station spatiale internationale, des athlètes de haut niveau comme les sœurs Dufour-Lapointe et\u2026 des candidats à la chirurgie cardiaque.Ce textile bourré de capteurs et d\u2019accéléromètres, produit par l\u2019entreprise québécoise Carré Technologies, pourrait aider à évaluer le taux d\u2019adhésion des patients fraîchement passés sous le bistouri à un programme de réadaptation physique.Voilà ce que souhaite explorer Neila Mezghani, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en analyse de données biomédicales de la Télé-université (TÉLUQ) en mesurant en temps réel et automatiquement la quantité d\u2019exercices réalisés.« Ces patients ont tendance à surestimer leur niveau réel d\u2019activité physique », constate la chercheuse.Avec son équipe, elle recrutera dans les prochains mois une centaine de sujets, la moitié en forme et l\u2019autre moitié aux prises avec un problème cardiaque en voie (ou non) de guérison.Sous l\u2019œil attentif d\u2019une caméra, chacun exécutera 16 mouvements à cinq reprises pendant plusieurs minutes.Cette base de données de plusieurs milliers d\u2019heures alimentera ensuite des algorithmes élaborés par Neila Mezghani.« Nous enseignerons à une machine à reconnaître et à distinguer entre eux les mouvements.Comme un enfant qui apprend l\u2019alphabet, elle deviendra meilleure au fur et à mesure de son apprentissage », mentionne-t-elle.La richesse des données collectées aura un effet certain, spéci?e la scienti?que.La preuve : grâce à une telle approche, elle a obtenu un taux de succès de 97 % lors de la conception récente d\u2019une application mobile capable de détecter les chutes.Ces textiles intelligents émettent un signal dont la précision exige la plus grande attention, souligne Tiago H.Falk, professeur à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS).« S\u2019il est facile à mesurer lorsqu\u2019on s\u2019assoit calmement dans un laboratoire, sa précision tend à se dégrader rapidement lorsqu\u2019on bouge.L\u2019activité électrique du cœur se perd alors dans un océan de bruits », signale-t-il.Le contexte souffre alors de ces interférences : la courbe anormale de l\u2019électrocardiogramme estelle synonyme d\u2019anomalie cardiaque?Ou est-elle simplement due à la fatigue inhérente à un effort physique vigoureux ?Impossible pour l\u2019utilisateur de le savoir avec certitude.Par le passé, Tiago H.Falk a travaillé sur la reconnaissance automatique de la parole, un domaine dans lequel le message se détériore à cause du bruit ambiant et de la réverbération entre autres.De manière surprenante, ces recherches utiles pour l\u2019amélioration des commandes vocales qui colonisent nos gadgets le sont également pour le perfectionnement des vêtements intelligents.« La parole, comme l\u2019activité cardiaque, musculaire ou cérébrale, a une signature distincte.L\u2019objectif est de déceler ces patrons, puis de les séparer du bruit ambiant », dit l\u2019expert en apprentissage des machines et coauteur d\u2019un brevet qui détaille le procédé complexe pour y arriver.Coïncidence : il mène ses recherches en collaboration avec\u2026 Carré Technologies, l\u2019entreprise québécoise derrière l'Hexoskin.LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L D E N I S B E A U M O N T / T É L U Q Neila Mezghani, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en analyse de données biomédicales de la TÉLUQ 11 D ans le documentaire Super Size Me, sorti en 2004, l\u2019Américain Morgan Spurlock se nourrit exclusivement de repas chez McDonald\u2019s pendant un mois.Au terme de cette période, il constate qu\u2019il a pris 11 kg et qu\u2019il a un taux de cholestérol élevé, des sautes d\u2019humeur et des problèmes de foie notamment.Ce ?lm a inspiré une étude d\u2019Antony Karelis, chercheur en sciences de l\u2019activité physique à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).« On sait que la malbouffe augmente les risques de maladies cardiovasculaires et que l\u2019entraînement par intervalles est une méthode très ef?cace pour diminuer les complications métaboliques associées à ces maladies.Pourquoi ne pas combiner les deux ?» s\u2019est demandé le chercheur, qui a travaillé en collaboration avec son collègue Christian Duval, également de l\u2019UQAM.« Il y a près de 90 millions d\u2019Américains qui mangent de la malbouffe quotidiennement.Des athlètes se disent qu\u2019ils peuvent eux aussi en manger s\u2019ils font de l\u2019exercice.L\u2019entraînement protège, oui, mais on ne sait pas jusqu\u2019à quel point », ajoute Antony Karelis.À la différence du ?lm, leur expérience à saveur de Big Mac s\u2019est déroulée sur 14 jours ?à la demande du comité d\u2019éthique de la recherche ?et comprenait une séance quotidienne d\u2019entraînement intense.Les 15 volontaires étaient tous des hommes actifs physiquement et âgés de 18 à 30 ans.Ces derniers n\u2019ont pas rechigné à l\u2019idée d\u2019avaler un trio McDo pour déjeuner, dîner et souper.« C\u2019est la partie \u201centraînement\u201d qui s\u2019est révélée un dé?pour eux », souligne le chercheur.L\u2019entraînement par intervalles à haute intensité consistait en 15 sprints d\u2019une minute, entrecoupés d\u2019une minute de marche sur un tapis roulant.« La littérature scienti?que démontre que c\u2019est une méthode très ef?cace pour obtenir des bienfaits pour la santé.Le concept de cet entraînement est qu\u2019on fatigue le muscle, on le repose et on le fatigue de nouveau », explique Antony Karelis.Grâce à cet entraînement, les participants dépensaient entièrement les quelque 3 441 calories consommées tous les jours en moyenne.En revanche, ils ingurgitaient 4 724 mg de sodium par jour, alors que Santé Canada recommande un apport maximal de 2 300 mg\u2026 L\u2019effet protecteur du sport Au bout des deux semaines, l\u2019équipe de chercheurs a comparé les bilans de santé des participants avant et après l\u2019expérience.Mis à part des problèmes gastro-intestinaux mineurs rapportés par deux volontaires, la majorité a conservé un bon état de santé, apprend-on dans l\u2019étude publiée dans le journal Nutrients en août 2017.« En général, on constate qu\u2019il n\u2019y a pas eu de détérioration de la plupart des paramètres à l\u2019étude [NDLR : pression artérielle, taux d\u2019insuline et de glucose entre autres].Un seul, le niveau de bon cholestérol, avait diminué après l\u2019expérience », mentionne Antony Karelis.Même si l\u2019entraînement par intervalles à haute intensité peut avoir un effet protecteur contre la malbouffe, le chercheur indique que des études supplémentaires sont requises pour le con?rmer.Il aurait d\u2019ailleurs souhaité répéter l\u2019expérience chez les femmes ou sur un plus grand groupe par exemple.« Notre objectif était d\u2019arriver à déterminer le seuil d\u2019activité physique minimal nécessaire.Mais faute de ?nancement, l\u2019étude n\u2019a pas été prolongée ».Il vaut donc mieux tempérer ses envies de malbouffe ! U DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT I S T O C K P H O T O Le sport contre le Big Mac Dans une étude inspirée du ?lm Super Size Me, un chercheur montre que l\u2019entraînement à haute intensité peut compenser les effets néfastes de la malbouffe.Par Annie Labrecque LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | // Le désavantage du décalage horaire Les équipes sportives de l\u2019Est, comme les Canadiens de Montréal, sont-elles défavorisées lorsqu\u2019une partie se joue dans un autre fuseau horaire ?C\u2019est ce qu\u2019a voulu savoir Geneviève Forest, directrice du Laboratoire du sommeil de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO), qui s\u2019intéresse à l\u2019effet de la perturbation du rythme circadien (communément appelé « horloge biologique ») sur la performance.En collaboration avec Jonathan Roy, un étudiant à la maîtrise (non, il ne s\u2019agit pas du ?ls de Patrick Roy !), elle a analysé les liens entre le lieu des matchs et leur issue ?victoire ou défaite ?chez des équipes professionnelles de hockey, de baseball et de basketball de 2010 à 2015.Leurs constats ?Si le match a lieu dans l\u2019Ouest en après-midi, tout le monde part sur un pied d\u2019égalité, peut-on lire dans leur article publié dans le Journal of Sleep Research en 2017.Mais si la partie a lieu le soir, et toujours dans l\u2019Ouest, l\u2019équipe locale est avantagée.L\u2019équipe de hockey en voyage gagnera 41,6 % des matchs, comparativement à 46,6 % à domicile.« Même s\u2019il n\u2019est que 19 h, le corps se prépare à dormir, car, pour l\u2019équipe en déplacement [de l\u2019Est], il est 23 h ou minuit, rappelle Geneviève Forest.Nous avons observé ce désavantage sur la performance pour les trois sports, mais il est plus important pour le basketball et le hockey.Au football, l\u2019effet est tout aussi prononcé, mais il ne se démarque pas sur le plan des statistiques, possiblement parce qu\u2019il y a moins de parties au calendrier et que les joueurs disposent de plus de temps entre deux parties pour s\u2019adapter au changement d\u2019horaire.» Quant aux équipes originaires de l\u2019Ouest, elles ne subissent pas d\u2019effet notable lorsqu\u2019elles se déplacent vers l\u2019Est, peu importe le sport.Cette étude sert de prémisse au projet de recherche 12 Le sport, une affaire de tête ! Pour se surpasser, un athlète doit veiller à s\u2019entraîner aussi mentalement.Pour cela, il peut compter sur des spécialistes qui s\u2019intéressent autant à son sommeil et à sa motivation qu\u2019à son image corporelle.Par Annie Labrecque Geneviève Forest, directrice du Laboratoire du sommeil de l\u2019Université du Québec en Outaouais, et l\u2019une de ses étudiantes S A R A H S C O T T / U Q O U DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT auquel se consacre actuellement Geneviève Forest : « On s\u2019intéresse aux jeunes athlètes des programmes sport-études au secondaire qui s\u2019entraînent intensivement alors qu\u2019ils vivent des changements majeurs.À l\u2019adolescence, leur horloge biologique se déphase : ils se couchent et se réveillent tard.Mais avec leur horaire très contraignant, ils doivent se lever très tôt et ne dorment pas les 10 heures nécessaires par nuit.Quelle est l\u2019in?uence de ce dé?cit de sommeil sur les performances sportive et scolaire ?» Les résultats de cette nouvelle étude devraient paraître en 2019.Comme quoi, il ne faut jamais négliger les bras de Morphée, qu\u2019on joue dans les ligues majeures ou mineures ! // Attitude gagnante, résultats gagnants Comme disait Bob dans le ?lm Les boys, « la dureté du mental » peut expliquer une mauvaise ou une bonne performance.C\u2019est justement l\u2019une des spécialités de Jacques Plouffe, chercheur en kinésiologie à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).Au début de sa carrière, les athlètes professionnels se préoccupaient peu de leur état d\u2019esprit.« Il y a 30 ans, les athlètes avaient peur d\u2019avouer qu\u2019ils avaient une faiblesse mentale ou des problèmes de motivation.C\u2019était tabou.Maintenant, ils comprennent qu\u2019il leur faut un coach mental au même titre qu\u2019un coach derrière le banc.» Le préparateur mental aide les athlètes à conserver une attitude positive et à envisager l\u2019épreuve sportive comme un dé?et non comme une menace, une intervention à mille lieues d\u2019une séance de psychothérapie.« Il y a quatre composantes dans la force mentale : la motivation, la con?ance, la concentration et la relaxation, énumère Jacques Plouffe.L\u2019athlète aura la force mentale nécessaire pour exploiter tout son potentiel si ces composantes sont développées à leur maximum.» Pour arriver à cette disposition particulière, les sportifs peuvent se remémorer les meilleures périodes de leur vie sportive ou de leur vie en général, se concentrer sur des pensées positives, contrôler leur respiration, répéter des mots riches de sens et faire du yoga ou de la méditation.« On les aide à être absorbés par le moment présent et à éliminer toutes les distractions possibles.» Mais l\u2019entraînement mental ne donne pas de résultats du jour au lendemain.« Beaucoup font l\u2019erreur de s\u2019entraîner mentalement à la dernière minute, avant une compétition importante.Il faut s\u2019exercer tous les jours, comme on le fait avec son corps », précise Jacques Plouffe.C\u2019est encore plus vrai pour les Jeux olympiques.Selon Jacques Plouffe, il faut les aborder comme un objectif à long terme et viser une excellente performance plutôt qu\u2019une médaille.« Ceux qui veulent absolument un podium ont peur de perdre, ce qui les empêche de véritablement se concentrer, de se détendre et de se motiver pour donner le meilleur d\u2019eux-mêmes.» // Le sport qui rend malade L\u2019activité sportive a une action bienfaisante indéniable sur la santé, mais elle peut également provoquer chez les athlètes des troubles du comportement alimentaire (TCA).Pensons à l\u2019anorexie sportive, présente notamment chez les femmes qui veulent devenir minces, et à la dysmorphie musculaire, rencontrée principalement chez les hommes qui souhaitent augmenter leur masse musculaire.Johana Monthuy-Blanc, directrice du Laboratoire de recherche interdisciplinaire sur les troubles du comportement alimentaire en lien avec la réalité virtuelle et la pratique physique, le Loricorps, à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), mentionne que certains sports sont plus susceptibles de mener à des déséquilibres alimentaires.« Les judokas, surtout les hommes, sont particulièrement assujettis à la ?uctua- tion pondérale de performance, qu\u2019on nomme \u201ceffet yoyo\u201d.Ils essaient d\u2019être à la limite inférieure de poids d\u2019une catégorie et prennent ensuite le plus de masse possible en 48 heures avec des stratégies pouvant conduire à des TCA, comme l\u2019utilisation excessive de séances de sudation ou la suralimentation », décrit-elle.Les plongeurs et les patineurs artistiques, eux, sont obligés de maintenir une silhouette parfaite pour répondre aux exigences tant physiques qu\u2019esthétiques de leur discipline.Malheureusement, plusieurs athlètes touchés par ces troubles ne consultent un spécialiste que lorsque la situation est devenue presque irréversible.« Les symptômes sont déjà tellement graves qu\u2019on doit \u201csortir\u201d le sportif de sa pratique », dit Johana Monthuy-Blanc.Le médecin prescrit carrément un arrêt de tout entraînement, un drame pour un athlète.Le Loricorps, en collaboration avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, a donc créé un programme d\u2019intervention qui vise la clientèle sportive aux prises avec des troubles alimentaires légers ou modérés dans l\u2019espoir de résoudre à temps leurs dif?cultés.Et de favoriser une pratique du sport la plus saine possible.\u201c Certains sports sont plus susceptibles de mener à des déséquilibres alimentaires.\u2013 Johana Monthuy-Blanc LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 14 New York a les Yankees, le Madison Square Garden et le US Open.Londres a le Chelsea, l\u2019Arsenal et Wimbledon.Montréal a les Canadiens, la Coupe Rogers et, quoi qu\u2019on en pense, le Stade olympique.Depuis plusieurs années maintenant, l\u2019image d\u2019une destination passe entre autres par le sport, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019organiser une manifestation d\u2019envergure comme les Jeux olympiques ou de devenir le domicile d\u2019une équipe reconnue.Même les contrées moins développées s\u2019y mettent, tel l\u2019Azerbaïdjan qui, pour séduire les touristes, accueille un Grand Prix de formule 1 depuis 2016.Miser sur le sport pour asseoir sa renommée peut s\u2019avérer une excellente idée, mais aussi, parfois, une catastrophe.À ce sujet, on se souviendra de l\u2019échec retentissant de la course de formule E qui s\u2019est tenue à Montréal en 2017.Comment les décideurs peuvent-ils y voir plus clair ?André Richelieu, professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) , a analysé une centaine d\u2019études scienti?ques et pratiques pour en tirer une stratégie qui a fait l\u2019objet d\u2019une publication l\u2019automne dernier dans la revue Sport, Business and Management.Il nous en livre ici les grandes lignes.Vous observez depuis plus de 15 ans le monde du sport.Au cours de cette période, comment les villes et les pays ont-ils utilisé le sport pour accroître leur visibilité ?À une époque pas si lointaine, le sport n\u2019était que du sport : un match, des spectateurs, des hot-dogs.Aujourd\u2019hui, le sport est une expérience.On le voit par exemple à Las Vegas, où les matchs des Golden Knights sont ponctués de spectacles à grand déploiement.Ce qui demeure, toutefois, à travers le temps, c\u2019est le caractère rassembleur du sport.Voilà pourquoi les villes et les pays utilisent le sport pour attirer des touristes et se mettre en valeur sur la scène internationale.Cela s\u2019opère grâce aux rendez-vous sportifs, mais aussi aux ligues.Depuis les années 1980, la NBA [National Basketball Association] a travaillé très fort pour se faire connaître en Chine.Résultat, ses matchs y sont désormais six fois plus populaires que les trois plus importants championnats Le sport pour mettre les villes en valeur Le professeur André Richelieu étudie comment la réputation d\u2019une ville ou d\u2019un pays peut se faire (et se défaire) grâce au sport.Par Marie Lambert-Chan André Richelieu A N N I E S P R A T T / U N S P L A S H © U Q A M / S E R V I C E D E L \u2019 A U D I O V I S U E L U DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT 15 de soccer européen réunis.Des Chinois voyagent d\u2019ailleurs aux États-Unis juste pour assister à des parties de basket.Que proposez-vous aux gouvernements qui désirent accueillir des épreuves sportives pour redorer leur image ?Je ne veux pas donner l\u2019impression que c\u2019est une recette, car chaque cas demeure particulier.Mais de manière générale, tout doit démarrer par une vision à long terme où l\u2019on pense à léguer un héritage socioéconomique à la population.Cela signi?e que le sport n\u2019est pas une ?nalité, mais un moyen pour améliorer les conditions de vie des habitants.Ainsi, à Singapour, la piste du Grand Prix de formule 1 est un circuit routier utilisé toute l\u2019année par les citadins.En Pologne, en 2012, à l\u2019occasion du Championnat d\u2019Europe de soccer, le gouvernement a investi davantage d\u2019argent dans les routes, les autoroutes et les tramways que dans les stades.On a aussi construit une voie rapide pour réduire la durée du trajet entre la Pologne et l\u2019Allemagne.Dans ce cas-ci, ce fut bon à la fois pour la population locale et pour les acteurs économiques.Malheureusement, il arrive encore trop souvent qu\u2019on se concentre sur le côté « bling-bling » d\u2019une rencontre sportive.La suite se révèle af?igeante.À Athènes, il pousse des oliviers sur des terrains neufs qui n\u2019ont servi qu\u2019aux compétitions de baseball et de softball aux Jeux olympiques de 2004.À Rio, le mythique stade Maracaña est laissé à l\u2019abandon.C\u2019est sans parler de Sotchi, une ville désertée après que la Russie y a dépensé 55 milliards de dollars américains pour les Jeux d\u2019hiver de 2014.C\u2019est en raison de ces coûts exorbitants que les candidatures n\u2019af?uent pas au Comité international olympique.Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?Organiser de grandes manifestations sportives vaut la peine pour les villes et les pays qui ont une faible notoriété sur la scène internationale.Cela leur permet de se « mettre sur la carte ».C\u2019est également ce que recherchent des pays qui ont des desseins politiques et qui, à ces ?ns, instrumentalisent le sport, quitte à le vampiriser.Je pense notamment à la Russie et au Qatar.Parallèlement, un mouvement émerge à travers l\u2019Europe et l\u2019Asie : des populations refusent d\u2019accueillir les Jeux olympiques parce qu\u2019elles estiment le retour trop faible.Et elles ont raison.Prenez seulement la Coupe du monde de soccer.C\u2019est le pays hôte qui assume entièrement les risques sans recevoir de contribution équitable de la Fédération internationale de football association (FIFA) .Ainsi, si une horde de houligans détruisent des installations, la facture est épongée par le gouvernement.À ce chapitre, je crois que Montréal et les autres villes d\u2019Amérique du Nord qui organiseront la Coupe du monde de 2026 ont raté une occasion de mieux négocier avec la FIFA.Elles ne sont pas les seules : bien des villes et des pays n\u2019ont pas encore compris qu\u2019ils ont le gros bout du bâton par rapport aux grandes organisations sportives en raison de la rareté des candidatures.Dans votre étude, vous af?rmez que les plus petits rendez-vous sportifs, comme les dé?s cyclistes, sont plus grati?ants pour les villes que les gros.Pourquoi ?Oui, cela semble contre-intuitif, mais pratiquement toutes les études le montrent.Les petites manifestations sportives impliquent des enjeux politiques moins grands.On se soucie davantage d\u2019utiliser les installations dont on a vraiment besoin.C\u2019est moins grandiose et donc il y a moins d\u2019intrusion de politiciens, de célébrités et de commanditaires.À la ?n, les béné?ces sont mieux distribués entre toutes les parties prenantes.Mais par-dessus tout, ces rencontres favorisent une réelle participation sportive de la communauté et l\u2019adoption de saines habitudes de vie.C\u2019est l\u2019héritage du sport dans sa plus belle expression.À gauche, la tour du Stade olympique de Montréal.Ci-dessous, le stade Maracaña, au Brésil, laissé à l\u2019abandon, et les installations olympiques des Jeux de Sotchi, en Russie, qui ont coûté 55 milliards de dollars.I S I T S H A R P / I S T O C K P H O T O W I K I P E D I A | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | 16 Pour les non-initiés, le sport électronique est déroutant : des joueurs professionnels font du jeu vidéo leur métier à temps plein et se rassemblent, l\u2019instant d\u2019un tournoi, devant des milliers d\u2019adeptes qui les regardent jouer.Cela n\u2019a rien d\u2019une lubie.D\u2019ici la ?n de 2018, le chiffre d\u2019affaires mondial du sport électronique s\u2019élèvera à 906 millions de dollars américains et l\u2019assistance globale pourrait atteindre 380 millions de personnes, selon la ?rme Newzoo.Pas de doute possible, les jeux vidéos pratiqués en réseau ont la cote ! Simon Dor, professeur en études vi- déoludiques à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), raconte que le sport électronique a pris son envol avec les compétitions de StarCraft à la ?n des années 1990, en Corée du Sud.Ce jeu de stratégie en temps réel (STR) se déroule dans un univers de science-?ction où trois types d\u2019armées s\u2019affrontent dans la Voie lactée.Sa popularité est si grande qu\u2019on publie les résultats des matchs dans les journaux coréens.« Des organisations ?nancées par des compagnies comme Samsung ont mis en place les premières équipes de joueurs à l\u2019époque, relate le chercheur.Deux chaînes spécialisées à la télévision diffusaient des parties de StarCraft presque 24 heures sur 24 ! Le modèle s\u2019est propagé en Europe et en Amérique dans les années 2010.» Plus populaire que Djokovic Loin d\u2019avoir une intrigue linéaire et prévisible, les jeux de STR comme StarCraft et Age of Empires offrent une possibilité in?nie de scénarios pour divertir le public.« Les joueurs utilisent des tactiques communes, mais la manière dont ils jouent change au ?l du temps et peut même différer d\u2019une région à l\u2019autre, remarque Simon Dor, qui est spécialisé dans l\u2019histoire de ce genre de jeux.À un certain moment, un joueur créera une nouvelle stratégie qui surprendra le reste des joueurs, qui vont tenter de l\u2019adopter par la suite.» D\u2019autres formes de jeux connaissent aussi un vif intérêt, tels que les jeux de tir à la première personne (le joueur voit à l\u2019écran ce que son personnage voit ; c\u2019est le cas d\u2019Overwatch) et les battle royale, où le but est de survivre (Fortnite, PUBG).Plusieurs éléments ont contribué à propulser le sport électronique, mais c\u2019est surtout la transmission des tournois en direct qui a fait découvrir ce passe-temps à un large auditoire.La plateforme Twitch, lancée en 2011, permet à n\u2019importe qui de publier ses parties en temps réel, mais on y regarde surtout les joueurs professionnels concourir.« Les joueurs ont formé leur propre communauté d\u2019inconditionnels grâce à Twitch, mentionne Simon Dor.Ils y interagissent avec eux.» Ces personnalités intéressent un public parfois plus large que celui des sports traditionnels.Par exemple, le joueur américain Tyler « Ninja » Blevins réussit à attirer 32,3 millions d\u2019abonnés comparativement au joueur de tennis Novak Djokovic, qui est suivi par 20,2 millions de partisans.Voyant le pouvoir attractif du sport électronique, des commanditaires n\u2019hésitent pas à investir des millions pour s\u2019y associer.Même les sports classiques entrent dans l\u2019arène, comme la National Basketball Association (NBA), qui possède maintenant sa propre ligue électronique avec 17 équipes et qui a obtenu 152 millions de vues sur les réseaux sociaux lors des ?nales.La NBA pourrait bien avoir misé juste : selon certaines prévisions, le sport électronique est en voie de détrôner le basket, le hockey et même le soccer dans le cœur des amateurs.L\u2019essor fulgurant du sport électronique Des millions de spectateurs regardent des tournois de jeux vidéos sur le Web ou dans des stades remplis à craquer.Qu\u2019est-ce qui explique cet engouement ?Par Annie Labrecque DU SPORT ÉLECTRONIQUE AUX JEUX OLYMPIQUES?Les joueurs de sport électronique ne seront pas conviés aux Jeux olympiques de Tokyo (2020), mais cela n\u2019empêche pas le Comité international olympique de penser sérieusement à les accueillir dans de futurs jeux.Dans l\u2019attente de la consécration, des stades voués à la discipline sont construits ; c\u2019est le cas au Texas (1 000 spectateurs) et en Colombie-Britannique (250 spectateurs).G O R O D E N K O F F / I S T O C K P H O T O ou contactez le service à la clientèle au 514 521-8356 ou au 1 800 567-8356, poste 504 VELO.QC.CA/NOEL *Cette offre d\u2019abonnement se termine en ligne le 31 décembre 2018 à 23 h 59 et par téléphone le 21 décembre 2018 à 17 h.Taxes en sus.Offre valide au Canada seulement.Limite d\u2019un abonnement d\u2019un an par personne, par magazine.**Sur le prix en kiosque des 3 magazines pendant un an, taxes en sus.VÉLO MAG parle vélo sous toutes ses formes : tests de matériel, guides d\u2019achat, destinations, compétitions, entraînement et nutrition.Roulez ! 6 parutions par année SEPTEMBRE/OCTOBRE 2018 OU L\u2019ART DE PRENDRE LA CLÉ DES CHAMPS PÉDALER À TOUT ÂGE POUR ÊTRE BIEN DANS SON CORPS ET DANS SA TÊTE LES PLUS BEAUX KITS DE FILLES DESTINATIONS \u2022 Descente au Colorado \u2022 Val-d\u2019Or, le cœur de l\u2019Abitibi-Témiscamingue \u2022 Les trésors de l\u2019Outaouais TESTS Argon 18 Krypton et Cannondale SuperSix Evo, les rois de la route BIKEPACKING LE Au Québec, seule une fraction de nos rebuts sont recyclés OÙ VONT NOS DÉCHETS ÉLECTRONIQUES?QUEBEC SCIENCE OCTOBRE - NOVEMBRE 2018 > ET SI L\u2019AVENIR DE CHACUN SE JOUAIT DANS L\u2019UTÉRUS ?LE PHYSICIEN QUI A PERDU LE NOBEL + LE ROBOT QUI FAIT DU RISOTTO ET AUTRES TECHNOS ÉTONNANTES ONT NOS DÉCHETS CTRONIQUES?U UÉBEC, SEULE UNE FRACTION DE NOS REBUTS EST RECYCLÉE QUÉBEC SCIENCE examine les questions relatives à la science et à la technologie, et pose un regard scienti?que sur les grands sujets d\u2019actualité.Découvrez ! 8 parutions par année GÉO PLEIN AIR ?aire les tendances : équipements et destinations, entraînement et nutrition, tests de produits et guides d\u2019achat.Respirez ! 6 parutions par année OFFREZ AUTANT D\u2019ABONNEMENTS QUE VOUS LE DÉSIREZ À Noël, ABONNEZ VOS PROCHES ET PROFITEZ D\u2019UN TARIF EXCEPTIONNEL ! 25 $* LE 1ER ABONNEMENT 15 $* CHAQUE ABONNEMENT ADDITIONNEL PLUS DE 60 %** DE RABAIS À l\u2019Institute for Creative Technology, de l\u2019Université de Californie du Sud, l\u2019actrice Emily O\u2019Brien a fait numériser son visage en très haute résolution dans un dispositif appelé LightStage.Ses expressions faciales, les changements de direction de son regard, les mouvements de ses lèvres ont été photographiés puis utilisés pour créer un double numérique de la jeune femme.Sorti en 2010, le projet Digital Emily, où on voit la «fausse» actrice s\u2019exprimer dans une vidéo, est l\u2019un des premiers projets à avoir franchi la «vallée de l\u2019étrange», en montrant un humain numérique très crédible. O L E G A L E X A N D E R / M I K E R O G E R S / W I L L I A M L A M B E T H / J E N - Y U A N C H I A N G / W A N - C H U N M A / C H U A N - C H A N G W A N G / P A U L D E B E V E C Au cinéma, les effets spéciaux sont omniprésents, parfois spectaculaires, souvent imperceptibles.L\u2019imagerie de synthèse s\u2019attaque au dernier élément qui lui échappait : les acteurs.PAR MARINE CORNIOU LE CINÉMA PEUT-IL SE PASSER DES ACTEURS?QUÉBEC SCIENCE 29 DÉCEMBRE 2018 A vec ses décors peints, sa fausse jungle de studio et son python en caoutchouc, le ?lm a un côté kitch qui trahit son âge.Il n\u2019empêche, la première adaptation cinématographique du Livre de la jungle, réalisée en 1942 par les frères Korda, est impressionnante : des dizaines d\u2019animaux en chair et en os, dont un tigre, une panthère noire, des loups et des éléphants, partagent l\u2019écran avec les acteurs.Trois quarts de siècle plus tard, le réalisateur américain Jon Favreau a troqué la ménagerie contre les images de synthèse.Son adaptation du roman de Rudyard Kipling, sortie en 2016, est une remarquable prouesse technique.Seuls quelques accessoires et le jeune acteur Neel Sethi, qui campe Mowgli, sont réels.Tout le reste ?animaux, paysages, brume, végétation ?a été créé numériquement par une armée d\u2019artistes d\u2019effets spéciaux.Filmé devant des écrans bleus, le comédien n\u2019a rien vu de la jungle luxuriante, ajoutée en postproduction.Le résultat est époustou?ant : des feuilles d\u2019arbres aux brins d\u2019herbe en passant par le pelage de Shere Khan, tout est parfaitement crédible.Si ce n\u2019est, bien sûr, des animaux doués de langage ! Dans ce royaume numérique, la question s\u2019impose : le prochain Mowgli sera-t-il virtuel ?« C\u2019est le rêve des studios de cinéma d\u2019avoir des \u201cacteurs\u201d qui feront tout ce qu\u2019on leur demande ! » s\u2019exclame Robin Tremblay, qui a travaillé comme animateur 3D sur de nombreux ?lms et enseigne depuis 25 ans à l\u2019École des arts numériques, de l\u2019animation et du design à Montréal.« Sur une image statique, on est déjà capable de reproduire un humain parfaitement.C\u2019est plus dif?cile de le faire bouger, mais c\u2019est juste une question de temps avant qu\u2019on y arrive », avance-t-il.C\u2019est aussi l\u2019avis de Pierre Raymond, autre vétéran du domaine.« Je suis persuadé que, d\u2019ici 5 à 10 ans, on aura des acteurs numériques, et les QUÉBEC SCIENCE 30 DÉCEMBRE 2018 gens ne pourront pas faire la différence avec les vrais.Le star system hollywoodien volera en éclats ! On va manifestement vers ça, même s\u2019il reste un mur éthique et technique à franchir », souligne celui qui a cofondé les studios Hybride en 1991.Sous ses airs de chalet familial niché entre les sapins, la bâtisse où il nous reçoit, située à Piedmont, dans les Laurentides, abrite une centaine de spécialistes des effets spéciaux numériques ou VFX (pour visual effects).Elle a d\u2019ailleurs dû être agrandie deux fois pour loger tout ce beau monde, alors que l\u2019entreprise faisait sa place parmi les joueurs mondiaux.Tels des trophées de chasse tapissant les couloirs de ce shack de luxe, les af?ches de ?lms donnent une idée de la renommée d\u2019Hybride : Sin City, 300, Monde jurassique, Avatar et Hunger Games, pour ne nommer que ceux-là.L\u2019équipe n\u2019a pas travaillé sur Le livre de la jungle, mais nul doute qu\u2019elle aurait eu les compétences pour le faire.Les yeux de Pierre Raymond pétillent lorsqu\u2019il décrit l\u2019évolution fulgurante des technologies au cours des 25 dernières années, des premiers dinosaures 3D du Parc jurassique aux superhéros et autres créatures fantastiques ultraréalistes qui peuplent nos écrans aujourd\u2019hui.À l\u2019instar des animaux du Livre de la jungle, cette intégration désormais parfaite du virtuel dans les images réelles ouvre la voie aux acteurs cent pour cent numériques, élargissant la palette des « partenaires de jeu » possibles.Les artistes d\u2019Hybride ont ainsi travaillé sur L3-37, véritable fusion robot-humain, dans Solo: une histoire de Star Wars, sorti en 2018.Ils ont effacé plan par plan l\u2019actrice qui a tourné les scènes pour la remplacer par un droïde plus vrai que nature, bougeant, respirant et marchant comme la jeune femme.« Ce qui a permis d\u2019atteindre un tel réalisme, c\u2019est bien sûr l\u2019augmentation de la puissance de calcul et de stockage informatiques, et le raf?nement des logiciels, capables notamment de recréer des atmosphères, des paysages, des animaux », détaille Pierre Raymond.CAPTER LES ÉMOTIONS HUMAINES Mais il y a un monde entre recréer une jungle ou un robot et animer le visage d\u2019un acteur.« Il y a tellement d\u2019émotions qui passent dans un regard.Et c\u2019est très dif?- cile de capter tous les détails du visage », observe-t-il.Pas facile, par exemple, de reproduire le mouvement des 43 muscles faciaux, la texture de la peau ou la façon dont elle ré?échit la lumière, en tenant compte de la présence des petits vaisseaux sanguins sous l\u2019épiderme.Le dé?est tel que peu de réalisateurs se sont risqués à diriger des humains virtuels.Certes, il y a eu quelques exemples convaincants, le premier à faire mouche étant le vieillard qui rajeunit au ?l du temps dans L\u2019étrange histoire de Benjamin Button (2008).Pendant la première heure du ?lm, le visage de Benjamin Button est entièrement numérique.Ce qui lui donne son air humain, ce sont ses expressions, empruntées à Brad Pitt grâce à la technique de captation de performance, qui permet à des comédiens de prêter leur talent à des personnages virtuels.« Les émotions et le jeu peuvent être reproduits, mais on ne peut pas encore s\u2019affranchir de la performance initiale d\u2019un vrai acteur », commente Pierre Raymond.À l\u2019aide de marqueurs placés sur le visage d\u2019un comédien, des caméras (souvent ?xées sur un casque) enregistrent les expressions faciales au plus près, qui sont reportées ensuite sur un personnage animé.Dans le cas de Benjamin Button, l\u2019équipe a fait appel aux chercheurs de l\u2019Institute for Creative Technologies, de l\u2019Université de Californie du Sud, qui ont CINÉMA L\u2019actrice Phoebe Waller-Bridge a interprété le droïde L3-37 dans Solo : une histoire de Star Wars.Le studio Hybride a ensuite «effacé» l\u2019actrice plan par plan tout en conservant le plus possible sa prestation et sa personnalité, pour un résultat très réaliste.Pour Le livre de la jungle, de Jon Favreau, tous les décors et les animaux, partenaires de jeu de l\u2019acteur Neel Sethi, ont été créés numériquement par les studios MPC et Weta Digital.M P C / W E T A D I G I T A L QUÉBEC SCIENCE 31 DÉCEMBRE 2018 R obin Tremblay l\u2019af?rme sans hésiter : humains mis à part, la barrière du réalisme a été franchie par les artisans des effets spéciaux.« Dans les ?lms, depuis deux ou trois ans, je ne vois plus les défauts qui me gênaient dans les feux, les explosions ou les destructions.Il reste encore un peu de travail pour reproduire à la perfection les liquides, la neige, le sable, mais on a énormément progressé », constate celui qui se spécialise dans le photoréalisme, c\u2019est-à-dire l\u2019art d\u2019observer les objets réels et de reproduire leurs propriétés en images de synthèse.L\u2019illusion est telle qu\u2019aujourd\u2019hui l\u2019immense majorité des ?lms font appel à des trucages impossibles à déceler.Mais pour reproduire le monde à la perfection au cinéma, il a d\u2019abord fallu traduire ses lois en équations.De quelle façon une roche renvoie-t-elle la lumière ?Comment la fourrure d\u2019un ours bouge-t-elle lorsque l\u2019animal court ?Comment le mur d\u2019un immeuble est-il pulvérisé lors d\u2019une explosion ?Les artistes d\u2019effets spéciaux composent avec des logiciels commerciaux, qui intègrent des simulations de toutes sortes de phénomènes physiques, comme l\u2019écoulement d\u2019un ?uide, la cinématique d\u2019un gaz ou l\u2019effet de la gravité.Chaque année, les techniques s\u2019af?nent pour reproduire l\u2019eau, les particules, les cheveux\u2026 « Mais chaque entreprise élabore aussi des extensions de logiciels supplémentaires selon ses besoins.Pour Paddington 2, nous avons dû concevoir des outils spéciaux pour une scène où l\u2019ours tombe dans l\u2019eau : il fallait rendre l\u2019effet des poils qui se mouillent », illustre Guillaume Laforge, responsable de la recherche et développement chez Rodeo FX, l\u2019une des plus grosses entreprises d\u2019effets spéciaux du Québec.Les 500 employés ont produit, entre autres, des scènes du Trône de fer et de Blade Runner 2049, qui a décroché l\u2019Oscar des meilleurs effets visuels en 2018.Mais si le réalisme a atteint des sommets, c\u2019est aussi grâce à « l\u2019illumination globale ».On le sait, lumière et cinéma vont de pair.Or, jusqu\u2019à récemment, freinés par des temps de calcul trop longs, les magiciens des VFX devaient se contenter d\u2019imiter la lumière, éclairant arti?ciellement les objets, rappelle Guillaume Laforge.Désormais, des algorithmes simulent le comportement de la lumière réelle, la faisant rebondir et se diffracter selon les matériaux rencontrés, la couleur et le type de surface.Ainsi, chaque objet de la scène devient une source de lumière, comme c\u2019est le cas dans la « vraie vie ».La preuve ultime que les artistes visuels maîtrisent les lois de la lumière a été apportée par Interstellaire, ?lm futuriste de Christopher Nolan sorti en 2014, dans lequel des astronautes partent en quête de planètes habitables dans une autre galaxie.Il y est question notamment de distorsions de l\u2019espace-temps, de relativité générale, de trous de ver et de trous noirs supermassifs.Pour représenter ces derniers de façon plausible, l\u2019équipe des studios britanniques Double Negative s\u2019est adjoint les services de Kip Thorne, lauréat du prix Nobel de physique en 2017.Ils ont conçu ensemble un algorithme basé sur les équations de la relativité pour mimer la façon dont la lumière issue d\u2019étoiles en arrière-plan est courbée au voisinage du trou noir.Un travail de plusieurs mois qui a donné lieu à une publication scienti?que sur la plateforme spécialisée arXiv.Mais attention, ce voyage intergalac- tique prend aussi certaines libertés avec les théories d\u2019Albert Einstein.« Au cinéma, on reste dans l\u2019illusion.On cherche à ce que ce soit vraisemblable, certes, mais beau avant tout.Si le réalisateur trouve que l\u2019éclairage ne fonctionne pas, même s\u2019il est scienti?quement correct, on va le modi?er », dit Guillaume Laforge.Aucune gêne non plus à jouer avec la gravité, à inventer des effets de caméra impossibles ou à rendre les explosions plus lentes et plus puissantes que ce que la nature permettrait.Copier les lois de la nature L E S S T U D I O S H Y B R I D E QUÉBEC SCIENCE 32 DÉCEMBRE 2018 mis au point des systèmes filmant un visage avec une résolution de quelques microns sous la lumière diffusée par des milliers de diodes.Aussi utilisés pour Avatar, ces dispositifs de recherche servent régulièrement à produire des doublures numériques pour les ?lms hollywoodiens.Si certains yeux experts ont décelé des failles sur le visage de Benjamin Button, le monde du cinéma a salué l\u2019exploit, soulignant tout de même que la supercherie passe mieux sur un vieillard, dont les traits sont moins ?ns\u2026 VALLÉE DE L\u2019ÉTRANGE Il faut dire que, face à un humain numérique, notre tolérance à l\u2019erreur est quasi nulle.C\u2019est pour cette raison que Jon Favreau a tenu à avoir un vrai acteur dans son Livre de la jungle : l\u2019environnement arti?ciel serait moins bien passé si Mowgli avait eu des airs de robot mal dégrossi.De fait, plus les pseudohumains paraissent humains, plus notre sentiment de familiarité envers eux augmente, jusqu\u2019à un certain point où tout bascule.La familiarité laisse alors place à une crainte ou un dégoût dif?cilement explicable.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la « vallée dérangeante » ou uncanny valley en anglais.Ceux qui ont vu le ?lm Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve, ont peut-être ressenti cette gêne en voyant le personnage de Rachel, initialement joué par Sean Young il y a 30 ans.Entièrement recréée par ordinateur, cette Rachel qui réapparaît inchangée à l\u2019écran pendant deux minutes a demandé un an de travail.« Et ça ne marche pas si bien, ses yeux ne sont pas très réussis », commente Christopher Nichols, superviseur d\u2019effets spéciaux, qui s\u2019est lui-même arraché les cheveux en tentant de créer des acteurs virtuels pour plusieurs grosses productions d\u2019Hollywood.Il est aujourd\u2019hui directeur du laboratoire du Chaos Group, une entreprise internationale qui met au point des solutions innovantes pour les artistes visuels.Son objectif : faire de la recherche pour franchir cette fameuse vallée.C\u2019est pour cela qu\u2019il a fondé en 2014 la Digital Human League avec une dizaine d\u2019autres maîtres des VFX.« Chaque fois qu\u2019une équipe concevait un humain virtuel pour un ?lm, elle repartait de zéro.On s\u2019est dit qu\u2019il valait mieux mettre nos connaissances en commun plutôt que de réinventer constamment la roue », explique-t-il de son bureau de Los Angeles, rappelant que copier l\u2019humain était déjà l\u2019une des ambitions des peintres hollandais à la Renaissance.CINÉMA « Quand les effets visuels numériques sont apparus, dans les années 1990, on intégrait quelques éléments 3D dans des environnements tournés en prise de vue réelle.Aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019inverse : l\u2019environnement est en images de synthèse et l\u2019on intègre quelques rares éléments réels, parfois juste l\u2019acteur ».\u2013 Pierre Raymond, cofondateur des studios Hybride Les studios Hybride QUÉBEC SCIENCE 33 DÉCEMBRE 2018 « Dès notre naissance, on ?xe les visages.C\u2019est une question de survie : si un bébé trouve qu\u2019un visage est menaçant ou bizarre, il hurle », indique-t-il.L\u2019équipe de DreamWorks l\u2019a appris à ses dépens en 2000, lorsqu\u2019elle a présenté sa première version du dessin animé Shrek à un jeune public.La princesse Fiona, trop réaliste, a fait fondre en larmes l\u2019auditoire ! Les animateurs ont donc corrigé le tir en redessinant l\u2019héroïne de façon moins humaine\u2026 « Le problème avec la vallée dérangeante, c\u2019est que tout le monde est gêné, mais personne n\u2019est capable de dire précisément ce qui cloche.Si vous présentez un personnage virtuel à des dizaines de personnes, toutes vous donneront des raisons différentes pour expliquer le malaise qu\u2019elles ressentent ! fait observer Christopher Nichols, qui parle d\u2019expérience.Si l\u2019on pouvait déterminer scienti?quement quelles sont les parties de l\u2019équation qui fonctionnent, on gagnerait du temps.» Avec l\u2019aide de l\u2019Institute for Creative Technologies, l\u2019équipe de la Digital Human League a numérisé en haute résolution le visage de deux humains, dont l\u2019actrice Emily O\u2019Brien, et mis les données en accès libre en 2015.« Grâce à ces données scienti?ques incroyables, on sait quelle texture de peau est réelle par exemple.On peut partir de ces variables et les modi?er pour voir l\u2019effet sur notre perception », s\u2019enthousiasme Christopher Nichols, fasciné par notre intolérance au moindre défaut.Cette compréhension est essentielle, croit-il.Car tôt ou tard, nous interagirons avec des humains numériques.« Autant les faire bien ! » C\u2019est aussi l\u2019avis de son collègue Hao Li, chercheur à l\u2019Université de Californie du Sud et fondateur de Pinscreen, une entreprise qui crée des avatars 3D réalistes à partir de la simple photographie d\u2019une personne.Ses travaux avant-gardistes, qu\u2019il a présentés avec son équipe en juin 2018 à Vancouver, au congrès annuel de graphisme numérique SIGGRAPH, sont renversants.Assis devant une webcam, un chercheur fait toutes sortes de mimiques qui sont reportées sur l\u2019avatar d\u2019un réalisme saisissant de Kim Jong-un ou de Donald Trump.En temps réel ! « Avec de l\u2019argent et du temps, on peut créer des acteurs virtuels assez convaincants.Mais la révolution, c\u2019est que n\u2019importe qui pourra bientôt le faire grâce à des algorithmes utilisant de vraies données.Au lieu de simuler et de passer à côté de certains détails, on part de quelque chose d\u2019existant », se réjouit Hao Li, interviewé par Skype.Il est persuadé que, à l\u2019aide de bases de données de visages, d\u2019expressions faciales, d\u2019émotions et avec un coup de pouce de l\u2019intelligence arti?cielle, l\u2019internaute moyen pourra bientôt agir sur des doubles numériques impossibles à démasquer.Peut-être pas avec une qualité suf?sante pour le cinéma, mais largement satisfaisante pour les jeux vidéos ou les appels sur Skype\u2026 « Ce n\u2019est pas impossible que, d\u2019ici un an, vous ayez sur Skype la même conversation qu\u2019en ce moment même, mais que ce ne soit pas moi qui parle », me lance-t-il en riant.La multiplication sur Internet des deepfakes, ces vidéos truquées qui superposent l\u2019image d\u2019une personne sur quelqu\u2019un d\u2019autre, semble déjà lui donner raison.Que ce soit sur petit ou sur grand écran, la frontière entre l\u2019imaginaire et la réalité n\u2019a jamais été aussi ténue.lQS Dans Rogue One: Une histoire de Star Wars, sorti en 2016, le personnage de Grand Moff Tarkin semble joué par Peter Cushing, acteur britannique pourtant mort en\u20261994! Il incarnait le même personnage dans l\u2019opus de 1977 réalisé par George Lucas.Pour le faire revivre, l\u2019équipe du studio Industrial Light & Magic, ?liale de Lucas?lm, est partie de la performance de Guy Henry, dont la stature et le faciès étaient vaguement similaires.Son visage a ensuite été remplacé par le visage numérique de Cushing, qui a pu être reconstitué avec précision grâce notamment à un moule du visage de l\u2019acteur découvert dans les archives de Lucas?lm.Le résultat est convaincant, mais l\u2019opération a été vivement critiquée sur le plan éthique.(Suite du dossier à la page 34.) Le Québec, plaque tournante des effets spéciaux Une vingtaine de studios internationaux installés à Montréal Croissance du secteur de 27 % par an entre 2009 et 2016 55 productions locales et 102 étrangères en 2017 Volume de contrats de 262 M$ en 2017 QUÉBEC SCIENCE 34 DÉCEMBRE 2018 P our être crédibles, voire imperceptibles, les effets spéciaux demandent une somme de travail informatique et manuel inimaginable pour le spectateur lambda.D\u2019abord, un énorme travail de documentation est effectué en amont de chaque simulation.Pour Le livre de la jungle, les artistes des studios MPC ont travaillé à partir de 400 000 photographies de paysages prises en Inde.Chacune des 50 espèces animales a été étudiée et modélisée du squelette à la fourrure, en prenant le temps de reproduire la façon dont la peau bouge sur les muscles.Au total, 800 artistes ont été mobilisés pendant un an.Le travail est si fastidieux que, pour les grosses productions, plusieurs compagnies mettent la main à la pâte.Pour Avatar par exemple, les studios laurentiens Hybride se sont chargés de l\u2019extension de décor dans la pièce circulaire qui sert de « salle de contrôle ».Ils ont été appelés à la rescousse par le géant néo-zélandais Weta Digital, qui croulait sous la tâche (quatre ans de travail auront été nécessaires pour le ?lm).Pour Star Wars : les derniers Jedi (sorti en 2017), 13 entreprises (dont Hybride et Rodeo FX) ont été sollicitées ! Pour Iron Man 3 (2013), ils étaient 17 studios et près de 2 000 personnes.Le partage des tâches se décline à toutes les échelles tant les expertises sont pointues.Les artistes, ultraspécialisés, procèdent par étapes successives suivant un montage linéaire, le fameux « pipeline ».« On travaille par couches : les modeleurs commencent par créer un personnage en 3D, puis d\u2019autres artistes intègrent la réaction du matériau à la lumière, ajoutent la texture, l\u2019animation, l\u2019éclairage, et ?nale- ment on greffe les parties 3D aux images ?lmées lors du compositing », énumère en simpli?ant Guillaume Laforge, responsable de la recherche et du développement chez Rodeo FX.Si la force de travail requise est considérable, la puissance des machines l\u2019est tout autant.« Nos ?chiers font parfois un téraoctet pour un personnage animé [NDLR : l\u2019équivalent du poids de 50 ?lms haute dé?nition] ! Rien que pour les ouvrir dans le logiciel, ça prend 10 minutes », précise l\u2019architecte de formation.Les objets en 3D sont décrits par un ensemble de points et de segments appelés « polygones ».Plus ce maillage est serré, plus la résolution est ?ne.Ainsi, un seul arbre du décor d\u2019Avatar pouvait être constitué de 1,2 million de polygones.Dans Blade Runner 2049, jusqu\u2019à 6 milliards de polygones composent certains plans.Multipliez ce chiffre par 30 pour avoir une seconde de ?lm et par le nombre de secondes que dure la scène\u2026 « On va de plus en plus loin dans la résolution, jusqu\u2019à décrire les cheveux un par un.En ce moment, on tente vraiment d\u2019optimiser la mémoire des ordinateurs, de sim- pli?er le pipeline, notamment en utilisant les mêmes formats de ?chiers pour toutes les étapes », explique Guillaume Laforge.Autre piste d\u2019amélioration : le « moteur de rendu », c\u2019est-à-dire le logiciel qui combine tous les éléments d\u2019une image numérisée et les restitue en image ?nale.L\u2019avènement de technologies empruntées aux jeux vidéos, qui permettent de calculer les images en temps réel, avec une qualité de plus en plus proche de celle requise par le cinéma, pourrait changer la donne.Depuis peu, on utilise ainsi la puissance de la carte graphique plutôt que l\u2019unité centrale de l\u2019ordinateur pour obtenir le rendu dé?nitif.« Cela permet de gagner du temps, comme si nos machines devenaient subitement trois ou quatre fois plus rapides », indique Robin Tremblay, professeur à l\u2019École des arts numériques, de l\u2019animation et du design.En?n, le raz-de-marée de l\u2019intelligence arti?cielle n\u2019épargne pas le domaine.Rien de mieux que de con?er le boulot fastidieux à une machine autonome\u2026 Parmi les tâches sur lesquelles planchent les chercheurs, celle de détourer les acteurs qui n\u2019ont pas pu être ?lmés sur fond bleu par exemple.Ce travail minutieux est souvent délocalisé en Inde pour y être effectué plan par plan, mais pourrait bientôt être géré par des machines.Autre exemple ?Début 2018, un inter- naute s\u2019est amusé à effacer la moustache de l\u2019acteur Henry Cavill, qui campait Superman dans le ?lm de 2017 La ligue des justiciers, en « entraînant » son ordinateur avec des centaines de photos de l\u2019acteur, rasé ou non.Il a fait l\u2019exercice sur quelques vidéos glanées sur le Web pour un coût d\u2019environ 300 $ et un résultat très acceptable.Ce qui est assez fou quand on sait que l\u2019équipe du ?lm a dépensé des millions de dollars pour effacer ladite moustache sur certains plans au moment de la postproduction.Il s\u2019agissait de scènes tournées tardivement, alors que l\u2019acteur embauché pour Mission : Impos- sible-Répercussions n\u2019avait pas le droit de la raser\u2026 Quand la techno allège la tâche des artistes C\u2019est en exploitant au mieux les avancées informatiques que les spécialistes des effets spéciaux gagneront en liberté et en créativité.Extension de décor dans Blade Runner 2049 À lire sur notre site Web Cinéma: la modélisation des foules devient en?n réaliste.www.quebecscience.qc.ca/technologie/ cinema-modelisation-foules R O D E O F X QUÉBEC SCIENCE 35 DÉCEMBRE 2018 L a fonderie Vestshell crée différents types de pièces de précision pour les industries médicale et aéronautique notamment.Chaque pièce est fabriquée à partir d\u2019un moule en céramique qui, par la suite, ne servira plus à rien.Pour éviter d\u2019alimenter davantage les lieux d\u2019enfouissement, Vestshell s\u2019est alliée à l\u2019entreprise Produits RLC, qui valorise la céramique et la revend à des cimenteries.Cerise sur le gâteau, Vestshell économise ainsi 25 000$ par année.C\u2019est ce genre de « mariage vert » que veulent faciliter les symbioses industrielles, ces regroupements d\u2019organisations qui s\u2019échangent différents biens et services pour allonger le cycle de vie des ressources.Le Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI), af?lié au Cégep de Sorel-Tracy, a permis à une vingtaine de territoires de mettre en place des symbioses industrielles au Québec.«Ce n\u2019est pas de la philanthropie, précise Jennifer Pinna, chef de projet au CTTEI.Les entreprises s\u2019échangent des biens et des services qui ont une vraie valeur sur le marché.» Les chercheurs du CTTEI les aident à évaluer le potentiel de leurs déchets, par exemple des boues usées et de la peinture au latex recyclée, en exploitant leurs propriétés physicochimiques.Par la suite, les scienti?ques élaborent des solutions pour les mettre en valeur et les transfèrent aux entreprises.L\u2019opération présente parfois des dé?s techniques.Ainsi, le CTTEI a contribué à la mise au point dans les dernières années d\u2019un terreau avec LiveRoof Québec, spécialisée en toitures végétalisées, qui prend part à la symbiose industrielle chapeautée par l\u2019organisme Lanaudière Économique.Le substrat est particulier, puisqu\u2019il contient entre autres des résidus alimentaires déshydratés et des déchets de bois récupérés dans des compagnies de la région.« Le CTTEI amène une expertise en recherche et développement qui permet de bien analyser les propriétés physico- chimiques des matières, de voir comment on peut les utiliser et de réaliser des tests et du prototypage », explique Véronique Morin, animatrice de la symbiose industrielle lanaudoise qui a aidé des entreprises à donner une seconde vie à 105 tonnes de matière tout en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre de 295 tonnes.Membre du Réseau Trans-tech, qui réunit tous les centres collégiaux de transfert de technologie, le CTTEI a aussi mis en réseau les différentes symbioses industrielles de la province grâce à sa plateforme Communauté Synergie Québec.« Cela favorise un partage d\u2019expériences, de bonnes pratiques et d\u2019outils pour permettre aux symbioses de gagner en ef?cacité », indique Jennifer Pinna.Ainsi, petit à petit, le CTTEI convainc les compagnies québécoises qu\u2019elles peuvent remplacer des matières premières vierges par des matières résiduelles.« Bien sûr, dit Jennifer Pinna, il y a de la résistance au changement, mais c\u2019est un dé?qui vaut la peine d\u2019être relevé parce qu\u2019on a tous à y gagner.» lQS Par Martine Letarte LES V ISAGES DE LA RECHERCHE APPL IQUÉE AU QUÉBEC Déchets des uns, trésors des autres Des entreprises s\u2019unissent pour allonger le cycle de vie de leurs ressources.Des « mariages verts » qui nécessitent un petit coup de pouce de la science.É M I L I E P E L L E T I E R Jennifer Pinna, chef de projet au Centre de transfert technologique en écologie industrielle La production de ce reportage a été rendue possible grâce au CNETE et au Réseau Trans-tech. QUÉBEC SCIENCE 36 DÉCEMBRE 2018 NEUROSCIENCES PAR ALEXIS RIOPEL ILLUSTRATION: DUSHAN MILIC R aymond s\u2019avance dans une petite chambre qui paraît à peu près normale, mais lui, par contre, est drôlement accoutré.Trente électrodes sont collées sur son corps, dont sept sur son visage.Dès qu\u2019il est installé dans le minuscule lit en bois, une voix résonne dans un haut-parleur : « Au réveil, agrippe-toi à ton rêve », lui dit Claudia Picard-Deland, chercheuse en neurosciences.Dès sa sortie des bras de Morphée, Raymond devra en effet noter au plus vite ses souvenirs avant qu\u2019ils s\u2019évanouissent pour toujours.Le jeune ébéniste fait partie de la centaine de volontaires qui font la sieste au pro?t de la science dans le cadre de la dernière étude du laboratoire des rêves et cauchemars, à l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.Depuis plus de 25 ans, les chercheurs y examinent les digressions cérébrales de leurs cobayes assoupis dans l\u2019espoir d\u2019en comprendre les mécanismes.Ces dernières années, ils ont réalisé ?comme d\u2019autres scienti?ques ailleurs dans le monde ?que les rêves constituent un outil puissant pour éclaircir l\u2019ultime énigme des neurosciences : la conscience.« La conscience, c\u2019est tout ! défend Christof Koch, président et directeur scienti?que de l\u2019Allen Institute for Brain Science, à Seattle, et l\u2019un des plus grands spécialistes de la conscience.Sans elle, on ne pourrait pas voir, on ne pourrait pas sentir, on ne pourrait pas ré?échir.On serait comme des zombies.» De fait, la conscience ne nous permet pas seulement de vivre des expériences, « c\u2019est ce qui nous distingue des machines », pense Francesca Siclari, médecin associée au Centre d\u2019investigation et de recherche sur le sommeil du Centre hospitalier universitaire vaudois, en Suisse.Or, le règne de la conscience ne se limite pas à nos heures d\u2019éveil.Aussi abracadabrants ou absurdes qu\u2019ils puissent être, les rêves constituent eux aussi des expériences conscientes.« À l\u2019éveil, mais aussi quand on rêve, on ressent quelque chose.C\u2019est une manière très simple de LE RÊVE UNE FENÊTRE SUR LA CONSCIENCE Qu\u2019ils soient doux ou angoissants, nos rêves en disent long sur notre matière grise.Et ils pourraient même aider les scienti?ques à comprendre d\u2019où et comment émerge la conscience. QUÉBEC SCIENCE 37 DÉCEMBRE 2018 QUÉBEC SCIENCE 38 DÉCEMBRE 2018 dire que les rêves sont des expériences conscientes », résume Jennifer Windt, philosophe à l\u2019Université Monash, en Australie, et auteure de Dreaming, paru aux MIT Press en 2015.En effet, quand on rêve qu\u2019on chute dans le vide, qu\u2019on perd ses dents ou même qu\u2019on tient une simple conversation, on ressent bien quelque chose.En quoi ces sensations diffèrent-elles de celles qu\u2019on éprouve en plein jour ?« Le rêve est une forme de conscience différente de l\u2019éveil, mais qui s\u2019en approche à plusieurs égards.Une grande partie de nos travaux aujourd\u2019hui consiste à discriminer l\u2019expérience vécue lors du rêve de celle vécue à l\u2019éveil », af?rme Tore Nielsen, professeur à l\u2019Université de Montréal et fondateur du laboratoire des rêves et cauchemars en 1991.Certes, quand on rêve, on contrôle beaucoup moins bien nos actions et nos idées.On est suspendu à un seul ?l de pensée auquel on ne peut échapper.Même quand on prend part à l\u2019action, on a parfois l\u2019impression de jouer le rôle d\u2019un témoin, incapable d\u2019évaluer la vraisemblance d\u2019une situation.En outre, nos émotions sont à ?eur de peau ?pourtant, les rêves ont du mal à s\u2019inscrire dans notre mémoire.Il n\u2019empêche, la différence avec la réalité est parfois si subtile que le rêve nous semble tout à fait réel.« C\u2019est le grand miracle des rêves : notre cerveau est capable de recréer un monde identique à la réalité, mais on n\u2019a aucune idée de la manière dont il y parvient », ajoute Tore Nielsen.Pour comprendre ce qui fait naître et ce qui anime la conscience, les rêves sont donc un terrain de jeu idéal.« Quand on dort, on peut à la fois être inconscient, dans les stades profonds du sommeil, et conscient, lors des rêves.À l\u2019aide de l\u2019imagerie cérébrale, on tente d\u2019observer cette transition », explique Francesca Siclari.Ce contraste entre les deux états est fort utile pour la recherche : il pourrait permettre de mettre le doigt sur « l\u2019interrupteur » de la conscience.Évidemment, d\u2019autres états altérés de la conscience aident aussi les scienti?ques dans leur quête.Les sujets hypnotisés, schizophrènes, anesthésiés, sous l\u2019effet de drogues hallucinogènes ou plongés dans une séance de méditation vivent tous des états de conscience modi?és.Cependant, le rêve a l\u2019avantage de survenir régulièrement et naturellement chez presque tout le monde.L\u2019EMPREINTE DU RÊVE « Bonne sieste », souf?e Claudia Picard- Deland au micro.Une fois Raymond assoupi, elle scrute l\u2019activité électrique de son cerveau et de ses muscles sur son moniteur.Elle le laissera dormir le temps d\u2019un cycle du sommeil, soit environ deux heures.Raymond tombera d\u2019abord dans un sommeil léger, puis glissera lentement vers un sommeil profond.Son corps sera alors complètement détendu, sa pression sanguine diminuera, sa respiration ralentira.Vers les 30 dernières minutes du cycle, Raymond entrera ?nalement dans le stade de sommeil « paradoxal », facile à repérer avec l\u2019électroencéphalographie (EEG).Dans cette phase, le corps du dormeur est paralysé.Seuls ses yeux sont actifs, bougeant dans toutes les directions comme s\u2019ils suivaient le déroulement d\u2019une scène agitée.De plus, son cerveau consomme autant d\u2019énergie qu\u2019à l\u2019éveil.Impossible, pour autant, de déterminer avec certitude à quel moment Raymond commencera à rêver.Pourtant, en 1953, quand les neuro- scienti?ques américains Eugene Aserinsky et Nathaniel Kleitman ont mesuré pour la première fois l\u2019activité électrique cérébrale typique du sommeil paradoxal, ils croyaient bien avoir trouvé un moyen de détecter les rêves.«Les chercheurs venaient de découvrir le sommeil paradoxal, au cours duquel l\u2019activité cérébrale est très rapide et désynchronisée, signale Francesca Siclari.Quand on réveillait des gens à ce moment-là, dans la plupart des cas, ils disaient avoir rêvé.» La communauté scienti?que a rapidement assimilé sommeil paradoxal et rêves à une seule et même chose.« Et puis, au ?l des années, on s\u2019est rendu compte qu\u2019on rêvait aussi dans d\u2019autres stades du sommeil, même dans ceux les plus profonds », continue Francesca Siclari.Les plus récentes études indiquent que jusqu\u2019à 70 % des dormeurs qu\u2019on réveille durant une phase de sommeil profond rapportent des rêves.À l\u2019inverse, certains sujets tirés d\u2019un sommeil paradoxal nient avoir rêvé.De même, les chercheurs ont réalisé que les rêves ne s\u2019articulent pas tous autour des trames narratives, mais que plusieurs expériences oniriques ne sont que des impressions, des émotions, NEUROSCIENCES «La conscience, c\u2019est tout! Sans elle, on ne pourrait pas voir, on ne pourrait pas sentir, on ne pourrait pas ré?échir.On serait comme des zombies.» \u2013 Christof Koch, neuroscienti?que H Ô P I T A L D U S A C R É - C Œ U R D E M O N T R É A L QUÉBEC SCIENCE 39 DÉCEMBRE 2018 des images ou des concepts ?autant de formes rudimentaires de la conscience.Devant ce casse-tête, Francesca Siclari s\u2019est mise à la recherche d\u2019un nouveau marqueur du rêve en 2012, alors qu\u2019elle faisait partie de l\u2019équipe de Giulio Tononi à l\u2019Université du Wisconsin à Madison.Giulio Tononi est un autre grand spécialiste de la conscience et il cherche par tous les moyens à en trouver la signature physiologique.« Le point de départ de cette étude n\u2019était pas le rêve, mais bien la conscience », soutient Francesca Siclari.La neurologue italienne et ses collègues ont sondé l\u2019esprit de dizaines de dormeurs avec l\u2019EEG à haute résolution.Plutôt que d\u2019installer 6 électrodes sur les sujets, comme c\u2019est souvent le cas, ils ont opté pour 256 électrodes.Ils réveillaient les dormeurs à quelques reprises au cours de la nuit et, chaque fois, leur demandaient s\u2019ils venaient de ressentir quelque chose, de vivre une expérience quelconque.Grâce à ces mesures extrêmement précises, les chercheurs ont découvert une corrélation entre l\u2019activité cérébrale dans la partie postérieure du cortex cérébral et les rêves, quelle que soit la phase du sommeil.Ils ont publié ces résultats en 2017 dans la revue Nature Neuroscience.« Ce qu\u2019on montre avec notre étude, c\u2019est que le rêve ne dépend pas tellement de l\u2019activité cérébrale globale, mais de l\u2019activité locale, résume la chercheuse.Lors du rêve, il y a très peu d\u2019ondes électriques lentes (NDLR : de un à quatre hertz) dans la zone postérieure du cortex.» Cette région intervient dans la vision et intègre les différents in?ux sensoriels en une expérience unique.« Beaucoup de gens pensent que, pour susciter la conscience, tout le cerveau doit être activé ou du moins de grosses zones.Notre étude révèle que l\u2019activation d\u2019une petite partie semble suf?sante, en tout cas pendant le sommeil », avance-t-elle.Pour autant, si cette zone contrôle les « sensations » du dormeur, elle n\u2019insuf?e pas à ces expériences conscientes la même complexité qu\u2019à l\u2019éveil.Car qui dit conscience dit aussi interprétation, ré?exion, voire prise de décision.REPRENDRE LES COMMANDES D\u2019où l\u2019intérêt croissant des « chasseurs de conscience » pour les rêves lucides, qui constituent une voie de recherche particulièrement prometteuse.Dans ces rêves très spéciaux, le sujet retrouve une certaine conscience de lui-même (métacognition) et un certain pouvoir sur ses actions (volition).Cependant, les rêves lucides sont très rares : la moitié des gens n\u2019en ont jamais fait, et la plupart des autres pas plus de un ou deux.« Plusieurs chercheurs croyaient auparavant qu\u2019il était impossible d\u2019avoir des pensées rationnelles dans un rêve.Toutefois, la recherche sur les rêves lucides nous apprend que c\u2019est faux, dit la philosophe Jennifer Windt.Il y a des preuves scienti- ?ques robustes établissant des différences en termes de métacognition et de volition entre le rêve lucide et le rêve normal.» Ainsi, en plus de la zone postérieure repérée par Francesca Siclari, ces rêves mobilisent d\u2019autres régions cérébrales associées au raisonnement.Pour preuve, en 2009, la psychologue allemande Ursula Voss démontrait que l\u2019activité cérébrale dans la région frontale du cortex était plus intense lors de rêves lucides.Cette région, située à l\u2019avant du cerveau, est extrêmement importante à l\u2019éveil.Elle est le siège des fonctions cognitives de haut niveau, comme le Francesca Siclari est médecin associée au Centre d\u2019investigation et de recherche sur le sommeil du Centre hospitalier universitaire vaudois, en Suisse.La structure derrière elle comporte plusieurs caméras sous lesquelles s\u2019assoient les sujets munis d\u2019un casque EEG.La scienti?que en tire de multiples photos utilisées pour reconstruire le casque en 3D.Cette image de synthèse sera superposée aux images des cerveaux des participants.L\u2019objectif : localiser l\u2019activité cérébrale enregistrée par rapport à l\u2019anatomie individuelle des sujets.S A M C H U V QUÉBEC SCIENCE 40 DÉCEMBRE 2018 raisonnement, la parole et la mémoire de travail.Cinq ans plus tard, la chercheuse et son équipe entreprenaient une expérience encore plus ambitieuse.Elles réussirent à provoquer une certaine lucidité chez des sujets endormis grâce à une stimulation transcrânienne par courant alternatif dans cette même zone frontale du cerveau.Leur démonstration réitérait l\u2019importance de la partie avant du cortex cérébral pour faire naître la conscience de soi et la volition lors des rêves lucides, et laissait même penser que cette zone pouvait remplir ces rôles à l\u2019éveil.Les résultats d\u2019Ursula Voss n\u2019ont toutefois pas été reproduits par d\u2019autres équipes dans le monde.Qu\u2019à cela ne tienne, la recherche sur les rêves lucides est en plein essor depuis quelques années.L\u2019équipe de Giulio Tononi a publié une étude en août 2018 qui montrait que la prise de galantamine augmentait les chances de faire un rêve lucide.Cette substance, normalement utilisée dans le traitement de la maladie d\u2019Alzheimer, stimule l\u2019activité du cortex cérébral en accroissant la concentration d\u2019acétylcholine, un neurotransmetteur.Le laboratoire des rêves et cauchemars de l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal mène lui aussi des études sur les rêves lucides.Convaincu de l\u2019importance du phénomène, Tore Nielsen croit même que la « lucidité » peut stimuler d\u2019autres aspects de la conscience dans le rêve.« Quand la ré?exion s\u2019active et qu\u2019on entre dans un rêve lucide, on peut accéder à d\u2019autres fonctions dont on dispose seulement à l\u2019éveil, comme les sensations cutanées ou vestibulaires.» Pour l\u2019instant, les scienti?ques en sont à déterminer « qui fait quoi » dans le cerveau.Mais très bientôt, ils en arriveront à se demander « pourquoi », la question qui constitue la clé de voûte du mystère de la conscience.Parviendront-ils à la résoudre, alors que certains prétendent que ce problème restera à jamais insoluble ?« Pourquoi l\u2019ingéniosité humaine ne conduirait-elle pas à cet exploit ?répond du tac au tac le neuroscienti?que Christof Koch.Aucune loi de la nature ne nous en empêche.Je suis extrêmement optimiste.» lQS NEUROSCIENCES « Quand la ré?exion s\u2019active et qu\u2019on entre dans un rêve lucide, on peut accéder à d\u2019autres fonctions dont on dispose seulement à l\u2019éveil, comme les sensations cutanées ou vestibulaires.» \u2013Tore Nielsen, neuroscienti?que APPLICATIONS | S ITE WEB | PAPIER + 9,98 !$ DE FRAIS DE L IVRAISON PAR ABONNEMENT, + TAXES l a c t u a l i t e .c o m /o f f r e 2 0 1 8 PREMIER ABONNEMENT ABONNEMENTS SUIVANTS 3999!$ 1999!$ CHACUN CERTAINS CADEAUX SE DÉBALLENT TOUTE L\u2019ANNÉE.OFFREZ L\u2019ACTUALITÉ! ! 40!% DE RABAIS DÈS LE 2e ABONNEMENT prixduquebec.gouv.qc.ca CONNAISSEZ-VOUS UNE PERSONNE AYANT UNE CARRIÈRE EXCEPTIONNELLE EN SCIENCE?LÉON-GÉRIN MARIE-VICTORIN WILDER-PENFIELD LIONEL-BOULET ARMAND-FRAPPIER MARIE-ANDRÉE- BERTRAND PR IX PR IX PR IX PR IX PR IX PR IX PR IX sciences humaines et sociales sciences naturelles et génie recherche biomédicale Les organisations, les groupes, les universités ainsi que les citoyens sont invités à proposer des candidatures pour les prix scienti?ques, soit : Pour plus de renseignements, consultez le SURVEILLEZ L\u2019APPEL DE CANDIDATURES QUI SERA LANCÉ SOUS PEU ! recherche industrielle administration, développement et promotion de la recherche ou d\u2019un institut de recherche innovation sociale Les chercheurs sont invités à poser leur candidature pour ce prix remis à une personnalité de 40 ans ou moins s\u2019étant illustrée en science.RELÈVE SCIENTIFIQUE L a science participative ne date pas d\u2019hier.En astronomie, on doit plusieurs découvertes à des non-spécialistes, dont celle de la planète Uranus en 1781.Du côté de la botanique, le frère Marie-Victorin demandait aux lecteurs dans la première édition de sa Flore laurentienne, en 1935, de lui communiquer leurs additions et corrections.Mais la révolution numérique propulse la contribution du quidam à un autre niveau.Et de plus en plus d\u2019initiatives réussissent à être suf?samment crédibles pour que leurs résultats soient publiés dans de prestigieuses revues scienti?ques comme Nature.La participation de non-initiés est-elle source de risques pour la qualité des résultats scienti?ques ?Non, d\u2019après Vincent Larivière, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante et professeur à l\u2019Université de Montréal.« M.et Mme Tout-le-monde ne participent pas n\u2019importe comment à des recherches.Ces projets comportent généralement une démarche systémique bien encadrée par des chercheurs, auxquels des amateurs fournissent une foule de données dif?ciles à obtenir autrement », explique-t-il.Par contre, Vincent Larivière se mé?e lorsque des non- scienti?ques sont responsables de l\u2019analyse des données.« Après le débroussaillage des profanes, les chercheurs doivent valider et interpréter les données », juge-t-il.Le professeur Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), souligne que derrière ce joli terme de science participative se cache une réalité plus prosaïque.« Il ne faut pas être naïf : elle fournit de petites mains gratuites aux chercheurs pour réaliser du travail qui, autrement, coûterait une fortune ! » s\u2019exclame-t-il.Le temps de la science participative serait toutefois compté, du moins pour les projets de classi?cation de masses de données, une tâche de plus en plus con?ée à l\u2019intelligence arti?cielle.« Dans plusieurs cas, les personnes participantes ?niront donc par être remplacées par des machines ! » laisse tomber Yves Gingras.Mais pour l\u2019heure, les scienti?ques du dimanche s\u2019en donnent à cœur joie.Coup d\u2019œil sur quatre projets d\u2019ici et d\u2019ailleurs qui illustrent le potentiel de la science participative.T É L E S C O P E S P A T I A L H U B B L E QUÉBEC SCIENCE 42 DÉCEMBRE 2018 LES SCIENTIFIQUES DU DIMANCHE Mettre le grand public à pro?t pour faire avancer la science?C\u2019est ce que font des projets participatifs, qui se multiplient.Pour le meilleur ou pour le pire?PAR MARTINE LETARTE QUÉBEC SCIENCE 43 DÉCEMBRE 2018 Zooniverse Chasseurs de galaxies et d\u2019anciennes graphies Dans le monde de la science participative, la plateforme Galaxy Zoo est probablement le projet le plus connu.Lancée en 2007 par des scienti?ques de l\u2019Université d\u2019Oxford appuyés par une équipe internationale d\u2019astronomes, elle permet aux internautes de classi?er des galaxies selon leur forme.Au cours des 24 premières heures suivant sa mise en ligne, le site recevait 70000 classi?cations par heure.ce qui l\u2019a planté ! Une décennie plus tard, Galaxy Zoo est toujours active et a nourri de nombreux articles scienti?ques, dont un publié dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society en 2016 qui dévoilait la classi?cation morphologique de 120 000 galaxies.Sa popularité est telle que ses créateurs ont élargi le concept en créant la plateforme Zooniverse, qui réunit des projets de science participative dans différents domaines.Comme Shakespeare\u2019s World, où l\u2019internaute peut aider une équipe de paléographes à transcrire des documents écrits à la main a?n de mieux comprendre l\u2019époque où vivait William Shakespeare (1564-1616).L\u2019objectif est aussi d\u2019alimenter l\u2019Oxford English Dictionary avec de nouveaux mots et de nouvelles variantes de mots.zooniverse.org QUÉBEC SCIENCE 44 DÉCEMBRE 2018 RinkWatch Les patinoires, témoins des changements climatiques Alors que patiner et jouer au hockey en plein air est l\u2019un des plaisirs de l\u2019hiver en Amérique du Nord, des chercheurs de l\u2019Université Wilfrid-Laurier, en Ontario, ont joint l\u2019utile à l\u2019agréable.En 2013, ils ont lancé le site RinkWatch, où les participants inscrivent leur patinoire et indiquent ensuite, chaque jour, si l\u2019on peut y patiner ou pas, en plus d\u2019entrer de l\u2019information sur la qualité de la glace.L\u2019objectif : étudier les effets à long terme des changements climatiques.Environ 1 500 patinoires extérieures et étangs au Canada et aux États-Unis ont ainsi été enregistrés.Les premières données ont permis de déterminer quelles sont les températures optimales pour patiner et ainsi d\u2019établir des prévisions d\u2019ici à la ?n du 21e siècle.Les chercheurs prévoient que Montréal et Toronto connaîtront 40 % moins de journées où les conditions seront bonnes pour patiner en 2100.Le groupe, qui a obtenu un soutien ?nancier de la Ligue nationale de hockey, travaille maintenant à comparer les données météorologiques d\u2019aujourd\u2019hui avec celles d\u2019il y a 50 ans.«En effet, on constate que la saison de patinage a raccourci», mentionne Robert McLeman, professeur associé en géographie et en études environnementales à l\u2019Université Wilfrid-Laurier, qui a été l\u2019un des initiateurs de RinkWatch.L\u2019article scienti?que sur le sujet doit être publié prochainement.rinkwatch.org Science participative ou science citoyenne ?Ces expressions ne sont pas synonymes, prévient Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences et professeur à l\u2019UQAM.Selon lui, il est plus juste d\u2019employer le terme science participative quand on fait référence à la contribution de non-spécialistes à la science.La science citoyenne, elle, serait une mauvaise traduction de citizen science.« Elle signi?e plutôt une science au service des citoyens, précise-t-il.Or, la science peut être vraie, fausse, utile ou inutile, mais elle n\u2019est au service de personne.» S H E L L E Y J A C K S O N D E S I G N QUÉBEC SCIENCE 45 DÉCEMBRE 2018 Comment susciter la participation de 300 000 personnes à un projet scienti- ?que?Une équipe a trouvé l\u2019astuce : elle a intégré le module Project Discovery dans EVE Online, un jeu vidéo archipopulaire qui se déroule dans l\u2019espace et qu\u2019a créé l\u2019entreprise islandaise CCP en 2016.La première mission scientifique des joueurs consistait à classi?er des protéines contenues dans les cellules du corps humain.Ils ont ainsi réalisé plus de 33 millions de classi?cations ! À l\u2019aide de l\u2019intelligence arti?cielle, les joueurs ont amélioré le modèle utilisé pour prédire la localisation des protéines, ce qui a permis d\u2019identi?er « 10 nouveaux membres de la famille des structures cellulaires connues sous le nom de rods and rings », indique Emma Lundberg, professeure au KTH Royal Institute of Technology à Stockholm, qui a conçu le module en collaboration avec CCP et Massively Multiplayer Online Science.Ces résultats ont été publiés en août dernier dans Nature Biotechnology.Parmi les auteurs, on trouve Bergur Finnboga- son, directeur de création chez CCP.Qui a dit que les jeux vidéos ne pouvaient pas être sérieux ?Entretemps, les données recueillies sont intégrées dans le Cell Atlas, qui fait partie du Human Protein Atlas.À terme, ce programme permettra de déterminer l\u2019emplacement de toutes les protéines humaines dans les cellules.Project Discovery est récemment revenu à la charge dans le domaine de l\u2019astronomie.La deuxième mission propose aux joueurs d\u2019EVE Online de découvrir des exoplanètes en traitant des données captées par des télescopes spatiaux.Le projet est mené avec le Département d\u2019astronomie de l\u2019Université de Genève et le professeur Michel Mayor, qui a découvert la première exoplanète en 1995.Après un an et demi, plus de 80 millions de classi?cations de courbes de lumière ont été effectuées par des centaines de milliers de joueurs.Des scienti?ques les analysent présentement.Le projet pourrait prochainement intégrer des données plus précises récoltées par d\u2019autres télescopes dont TESS, lancé en avril 2018.« Les joueurs sont encore très actifs et veulent aller plus loin, af?rme Bergur Finnbogason.Ce projet, qui cadre tout à fait avec EVE Online, pourrait durer encore longtemps avec l\u2019ajout de nouvelles données.» lQS eveonline.com/discovery #eCapelan Petits poissons cherchent photographes amateurs Le capelan est essentiel à la vie aquatique : il sert de nourriture aux baleines, à la morue de l\u2019Atlantique, aux oiseaux marins et aux phoques entre autres.Pourtant, on connaît peu cet humble poisson.Voilà pourquoi il est au cœur d\u2019un projet de science participative au Québec et dans les provinces maritimes.À l\u2019été 2017, le site eCapelan.ca a été lancé par le WWF-Canada et l\u2019Observatoire global du Saint- Laurent pour récolter des données sur les frayères de ce poisson le long de la côte atlantique.Les spécialistes cherchent à savoir combien il y en a et ce qui in?uence les stocks.Tout un chacun est invité à transmettre ses photos du capelan qui « roule » (il arrive en grands bancs serrés) sur le rivage entre les mois d\u2019avril et de juin, accompagnées de la date et des coordonnées GPS.Déjà, une quarantaine d\u2019aires de fraye ont été signalées et la majorité a été validée par les chercheurs.Quelques-unes étaient d\u2019ailleurs tout à fait inconnues des scienti?ques ! « Nous voulons continuer ce projet sur le long terme pour noter les changements dans les lieux de fraye des capelans et cibler, avec des communautés, des plages qui auraient besoin d\u2019être restaurées ou protégées de l\u2019activité humaine pour favoriser la reproduction du poisson », précise Brianne Kelly, du WWF-Canada.ecapelan.ca EVE Online \u2013 Project Discovery Jouer pour l\u2019avancement de la science H U M A N P R O T E I N A T L A S Le Human Protein Atlas permet de localiser les différentes protéines au sein des cellules humaines grâce à des images obtenues par microscopie confocale. QUÉBEC SCIENCE 46 DÉCEMBRE 2018 L e lac Brome, le lac Beauport, le lac Saint-Augustin : la liste des étendues d\u2019eau qui se meurent dans le sud de la province est longue.Le responsable de cette hécatombe silencieuse n\u2019a pourtant rien d\u2019un meurtrier.Son nom : le phosphore, un sel minéral essentiel à la vie, mais qui a tendance à se retrouver en trop grande quantité dans les cours d\u2019eau préférés des villégiateurs.Au-delà d\u2019une certaine concentration de cet oligoélément, l\u2019eau devient bleu-vert et visqueuse, comme une soupe épaisse.En cause, la prolifération de cyanobactéries.Ces microorganismes libèrent des toxines dangereuses avec lesquelles le Québec a fait connaissance en 2006 et en 2007, lors d\u2019épisodes aigus d\u2019algues bleu-vert, comme on appelle ces bactéries.Plus de 10 ans après, la « crise » sévit toujours, af?rme Dominique Claveau-Mallet, stagiaire postdoctorale à l\u2019Université McGill.« Ce n\u2019est pas parce que nous n\u2019entendons plus parler de la problématique qu\u2019elle n\u2019existe plus.Sa gravité ?uctue selon les années et les conditions météorologiques », explique la chercheuse et mère de deux enfants ?bientôt trois.Une chose est sûre, cependant : ces éclosions sont « nourries » par un apport régulier en phosphore, corollaire des rejets d\u2019eaux usées domestiques (toilette, douche\u2026) en provenance des chalets qui bordent les lacs et de leurs installations septiques rarement aux normes.Dans une usine de ?ltration d\u2019eau, le retrait du phosphore des eaux usées domestiques se fait de manière chimique ou par un procédé de membranes.Ces technologies complexes exigent cependant l\u2019intervention d\u2019une main-d\u2019œuvre spécialisée, ce qui est impossible avec des installations septiques enfouies sous terre et vidangées tous les deux à quatre ans.Résultat : de 2 mg à 8 mg de phosphore par litre d\u2019eaux usées ?ltré sont rejetés par les chalets en moyenne, ce qui dépasse largement ÉCHEC AU PHOSPHORE Dominique Claveau-Mallet a travaillé sur une technologie capable de venir à bout du phosphore responsable de la prolifération des cyanobactéries dans les lacs du Québec.CHERCHEUSE EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N QUÉBEC SCIENCE 47 DÉCEMBRE 2018 la norme environnementale de 1 mg ?xée par le gouvernement du Québec\u2026 Ce dernier ferme les yeux sur la situation étant donné le cul-de-sac technologique.Du moins jusqu\u2019à tout récemment.« Dans mon doctorat, j\u2019ai travaillé sur une technologie à base de ?ltre à scories, qui sont un sous-produit de l\u2019extraction du fer qui retient le phosphore dans les eaux usées.Grâce à ce dispositif, nous atteignons sans problème des valeurs de 0,5 mg de phosphore par litre d\u2019eaux usées ?ltré », fait valoir celle qui a reçu une Médaille académique du Gouverneur général du Canada en juin dernier au terme de ses études doctorales à Polytechnique Montréal.Cette reconnaissance, l\u2019une des plus prestigieuses au pays, souligne l\u2019obtention de la meilleure moyenne universitaire.Une première technologique La magie opère après que les eaux usées ont franchi les deux premières étapes de traitement, soit la fosse septique (décantation) et le champ d\u2019épuration (dégradation par voie biologique), qui ?ltre les déchets organiques.Les eaux usées pénètrent alors dans le ?ltre à scories, lesquels contiennent de la chaux qui réagit avec le phosphore dissous.Une réaction de précipitation se déroule alors ; des cristaux granuleux d\u2019hydroxyapatite se collent aux scories, piégeant de facto le phosphore.À un certain moment, le ?ltre est saturé de cristaux.Quand ?Dominique Claveau-Mallet a bâti un outil mathématique, P-Hydroslag, pour le déterminer.« À partir de diverses variables, comme la nature de l\u2019af?uent et le type de champ d\u2019épuration, j\u2019ai réalisé des simulations informatiques qui permettent de prédire la vie utile effective d\u2019un ?ltre à scories.Le but était de garantir une ef?cacité de plusieurs années », dit-elle.Ces travaux ont été menés en partenariat avec Bionest, une compagnie spécialisée en traitement des eaux usées produites par des résidences isolées, comme les chalets.Cette collaboration avec l\u2019industrie a permis de mettre à l\u2019épreuve ces prédictions sur le terrain.En outre, elle a abouti au dépôt d\u2019un brevet commun relatif à cette technologie passive de déphosphoration.Serge Baillargeon est directeur de la recherche et du développement chez Bionest.C\u2019est avec lui que Dominique Claveau-Mallet a collaboré pendant ses cinq années de doctorat.La technologie qu\u2019ils ont mise au point est en cours de certi?cation.Si tout va bien, elle devrait être commercialisée « quelque part en 2019 », pense-t-il.Bionest comblera alors un vide dans un marché au potentiel énorme ?il y aurait environ un million d\u2019installations septiques au Québec.« Pour la première fois, nous pourrons garantir l\u2019enlèvement du phosphore des eaux usées pendant une période de 8 à 15 ans », prévoit-il.L\u2019employé de Bionest ne tarit pas d\u2019éloges à l\u2019endroit de sa partenaire de recherche.« Elle est une collaboratrice hors pair, une des meilleures chercheuses qui nous a été donné de côtoyer », jure-t-il.Brillante, prompte et professionnelle, Dominique Claveau-Mallet a épargné à Bionest plusieurs années d\u2019essais et de tâtonnements infructueux, estime Yves Comeau, professeur à Polytechnique Montréal et directeur de thèse de l\u2019étudiante.« Dominique a cette capacité extraordinaire de devenir experte en tout.Travailler avec elle est extrêmement agréable », conclut-il.lQS Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion R.Q.: Pour vous, était-ce un préalable que vos recherches aient un impact environnemental ?D.C.-M.: Quand j\u2019ai décidé d\u2019entreprendre des études supérieures, j\u2019étais très intéressée par les marais arti?ciels.Ça me passionnait de voir qu\u2019on peut imiter des procédés naturels pour ramener les eaux usées à la nature de la manière la plus simple possible.Ce qui est important pour moi, c\u2019est l\u2019utilisation intelligente des ressources, et l\u2019eau est certainement une ressource primordiale.Mes travaux contribuent à éviter une forme de pollution qui autrement serait inéluctable.R.Q.: Aviez-vous imaginé que vos recherches seraient appliquées si rapidement ?D.C.-M.: Au début non ! Le dé?était grand parce que les ?ltres à scories étaient trop mal compris pour être utilisés facilement.De plus, une grande partie de mon travail était assez abstraite \u2013 j\u2019ai beaucoup ré?échi à la géochimie et à la précipitation de minéraux de phosphore ! Ce fut une étape marquante lorsque j\u2019ai compris le potentiel de mes premiers résultats de modélisation.Ça s\u2019est accéléré lorsque mon équipe s\u2019est associée à Bionest.Il s\u2019est créé une belle synergie entre l\u2019université et l\u2019industrie : j\u2019avais une connaissance plus fondamentale du procédé et Bionest avait les ressources et l\u2019expérience pour la mise en œuvre de nouvelles technologies.R.Q.: Comment avez-vous réussi à concilier le travail et la famille ?D.C.-M.: C\u2019est vrai que, dans le domaine de la recherche, on revient nécessairement à la maison avec les projets dans la tête, en quête d\u2019idées géniales.Malgré tout, je n\u2019ai jamais travaillé le soir ou la ?n de semaine, ou très rarement.Mon secret, c\u2019était d\u2019organiser mon temps et mes projets le plus ef?cacement possible et de formuler des objectifs clairs.Dormir et me reposer faisaient aussi partie de l\u2019horaire\u2026 Quand on divise les projets en tâches simples, tout devient plus facile.Suivant ce principe, j\u2019ai écrit la majorité de ma thèse dans le train par blocs de 45 minutes.SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/RQuirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.C H R I S T I N N E M U S C H I QUÉBEC SCIENCE 48 DÉCEMBRE 2018 ÉCOUTER Tête-à-tête en mains expertes Deux épidémiologistes qui avouent ne pas se laver les mains assez souvent, un ophtalmologiste qui raconte avoir découvert un clou planté près des yeux d\u2019un patient qui n\u2019en savait rien, une égyptologue qui compare les sarcophages aux BMW de notre époque\u2026 Dans le balado Ologies, les scienti?ques les plus captivants s\u2019entretiennent avec une passion débridée sur leur objet de prédilection, de la géologie à la cosmétologie.L\u2019intervieweuse et auteure scienti?que Alie Ward mène les discussions avec un enthousiasme contagieux.Ne vous laissez surtout pas freiner par la durée des épisodes : ça passe plus vite qu\u2019un rendez-vous chez n\u2019importe quel « -ologiste » ! Ologies (en anglais), accessible sur iTunes, Google Play, etc.alieward.com/ ologies R E G A R D E R L\u2019été dernier, pendant une semaine, 100 personnes âgées de 20 à 77 ans ont abandonné travail, enfants et cellulaire pour se livrer corps et âme à la science ?et au joug de Jean-René Dufort, épaulé par la journaliste scienti?que Marie- Pier Élie ?dans le cadre de la nouvelle émission Le gros laboratoire.À travers les quatre expériences présentées à chaque épisode, l\u2019équipe véri?e des hypothèses et déboulonne des mythes relatifs à certains comportements humains.Les participants visitent ainsi une salle de tir ou montent un simple meuble de jardin.Ces tests visent à mesurer différentes attitudes et réactions, comme les tendances racistes et la capacité des jeunes à communiquer convenablement.Le groupe de candidats choisis se veut une représentation la plus ?dèle possible de la population du Québec a?n de mieux nous découvrir ; ces hommes et ces femmes viennent de diverses régions et ont des origines et des niveaux de scolarité variés.Le résultat, qui n\u2019a pas de réelles prétentions scienti?ques, est pour le moins divertissant ! Il s\u2019agit d\u2019un concept importé des Pays-Bas, explique le producteur, Richard Gohier.« Quand Jean-René et moi avons vu la série, on s\u2019est tout de suite dit que ça prenait ce show-là ici ! Et j\u2019ai été étonné de voir le degré de volonté de nos participants », raconte-t-il en faisant référence à une expérience au cours de laquelle la majorité des gens ont accepté qu\u2019un lanceur de hache professionnel (oui, ça existe!) vise tout près de leur corps.Le producteur a été agréablement surpris par le portrait de la province que lui offraient ses « rats de laboratoire ».« Dans la société, on fait beaucoup de Québec bashing, mais les candidats se sont révélés être des gens curieux et intéressés par l\u2019aspect scienti?que des choses.Ça montre une belle image de qui on est, je trouve.» Le gros laboratoire, le mercredi à 21 h à ICI Explora, dès le 19 décembre.Rats de laboratoire C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb Jean-René Dufort et Marie-Pier Élie E X P L O R A Voyage au bout de la nuit Pro?tant de l\u2019une de ses précieuses nuits de recherche à l\u2019observatoire du Mauna Kea, à Hawaii, l\u2019astrophysicien Trinh Xuan Thuan nous faire explorer le cosmos.Dans cet essai présenté sous forme de balade méditative, il nous raconte les collisions avec les astéroïdes, l\u2019évolution des mouvements de la Lune et des lumières de l\u2019ombre, vulgarisant les beautés de l\u2019Univers avec un naturel désarmant.Cette manière scienti?que de lire le ciel, mâtinée de poésie et d\u2019œuvres d\u2019art, se lit de préférence calé sous les draps, et meuble brillamment les heures d\u2019insomnie.Une nuit, par Trinh Xuan Thuan, Éditions de L\u2019Iconoclaste, 280 p.Une expo qui fait du bruit L\u2019exposition Écho : réverbération dans l\u2019espace du Centre Phi, à Montréal, présente une nouvelle cuvée d\u2019œuvres en réalité virtuelle.Elle nous plonge dans les sonorités du cosmos à travers la trilogie Spheres, tandis que Space Explorers: Taking Flight nous invite à suivre des astronautes pendant leur entraînement.Il y a également le court documentaire The Real Thing, une immersion dans ces fausses villes que sont les reconstitutions chinoises de Paris ou de Venise.Écho : réverbération dans l\u2019espace, au Centre Phi, à Montréal, jusqu\u2019au 20 janvier 2019.Achat des billets en ligne: phi-centre.com QUÉBEC SCIENCE 49 DÉCEMBRE 2018 Toujours au rayon des cobayes, en voilà un qui n\u2019a pas froid aux yeux : Marc Mouret, un ex-ingénieur qui s\u2019est donné pour mission, dans le documentaire scienti?que 100 jours, de réaliser les dé?s sportifs les plus intenses.Il a ainsi nagé 1 km en eau glaciale, marché 100 km dans un désert pendant la plus chaude période de l\u2019année et gravi une montagne de 7 000 m sans oxygène.Et le Français ne s\u2019est accordé que 100 jours pour se préparer physiquement à chaque épreuve, ce que certains mettent une vie à réaliser.Il s\u2019est soumis, entre autres, à une batterie de tests pour voir comment il réagissait au froid (dont rester en caleçon dans le frigo d\u2019un supermarché pendant 40 minutes) en vue d\u2019apprendre ensuite à le supporter.Les réactions du corps en apnée, en altitude ou en panique sur un ?l de fer sont d\u2019ailleurs bien vulgarisées.Et à lire la douleur sur le visage de notre héros, on peut se dire que, s\u2019il n\u2019y en a pas de facile, le corps reste néanmoins une splendide machine.100 jours, le vendredi à 19 h 30 à TV5 Monde (six épisodes de 60 minutes), dès le 30 novembre.La splendide machine R E G A R D E R R E G A R D E R Dans la forêt avec Jane et les chimpanzés Le nom de la primatologue britannique Jane Goodall est bien connu du grand public.Si plusieurs documentaires ont déjà mis son travail en lumière, peu d\u2019entre eux l\u2019ont fait d\u2019une manière aussi intime et bouleversante que Jane, réalisé par Brett Morgen.Grâce à plus d\u2019une centaine heures d\u2019archives vidéos dont certaines n\u2019avaient encore jamais été vues par la principale intéressée, le ?lm offre une incroyable expérience immersive.On y accompagne la scienti?que autodidacte en Tanzanie dès le début de son aventure auprès des chimpanzés, dans les années 1960, et l\u2019on participe aux observations qui ont révolutionné notre manière de penser la place des humains dans le règne animal.Jane expose avec ?nesse comment les expériences personnelles de la célèbre chercheuse, entre autres son histoire d\u2019amour avec le cinéaste Hugo van Lawick et sa vie familiale, ont in?uencé l\u2019étude de son sujet.Une ode inspirante à la détermination, accompagnée de la splendide bande musicale du compositeur Philip Glass.Jane, documentaire à voir sur Net?ix (traduit en français), 90 minutes.VOIR LIRE S A N D R A L A R O C H E L L E RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME www.multim.com Également disponible en version numérique Chroniques tenues dans le magazine Québec Science entre 2009 et 2018. 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