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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Juin-Juillet 2016, Vol. 54, No. 8
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2016, Collections de BAnQ.

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[" quEbEc SciEncE Juin-Juillet 2016 6,45$ M E S S A G E R I E D Y N A M I Q U E 1 0 6 8 2 PP 40065387 Vacances! POURQUOI VOTRE CERVEAU DOIT LÂCHER PRISE LES EXPLICATIONS DES NEUROLOGUES SUR QUELLE PLANÈTE VIVENT-ILS?LE BOOM DU MYCOTOURISME EXTRATERRESTRES DESTINATIONS GOURMANDES POLITIQUE OTTAWA MISE (ENFIN!) SUR LA SCIENCE AGRICULTURE LE VRAI POUVOIR DES MOUCHES J U I N - J U I L L E T 2 0 1 6 parcsquebec.com | 1 800 665-6527 CET ÉTÉ, VOYAGEZ JUSQU'AUX ORIGINES! PARCS QUÉBEC L\u2019UNIVERS LA VIE NOS ANCÊTRES quEbEc SciEncE JUIN-JUILLET 2016 POLITIQUE 6 MISER SUR LA LA SCIENCE La nouvelle ministre des Sciences, Kirsty Duncan parvien dra-t-elle à réparer les pots cassés par ses prédécesseurs conservateurs?Propos recueillis par Marc-André Sabourin GÉOLOGIE 11 BIENVENUE EN ANTHROPOCÈNE La Terre a une histoire, même sans nous.Et les géologues vont décider cet été si nous sommes ou non à l\u2019aube d\u2019un nouvel âge.Par Raymond Lemieux MÉDECINE 12 LES PLUS PATIENTS DES PROFS Les médecins apprennent beaucoup de choses à leurs patients.Mais l\u2019inverse est aussi vrai.L\u2019Université de Montréal l\u2019a compris et a orchestré une innovation pédagogique sans précédent.Par Martine Letarte ACTUALITÉS 9 Normand Baillargeon Le paradoxe de Fermi 14 Jean-Pierre Rogel Ce béluga a un nom 49 Jean-François Cliche Un «spaghetti» de variables 50 Serge Bouchard Une terre sans moustique ni pou BIOLOGIE Planète champignon Les champignons sont à la base de la vie sur Terre et les sciences biologiques sous-estiment leur rôle depuis trop longtemps.Un dossier spécial de Joël Leblanc et Guillaume Roy 22 Passionné de spores Une entrevue avec J.André Fortin 25 Le mystère de la morille de feu 26 Le boom du mycotourisme ENVIRONNEMENT L\u2019enjeu agricole 2016 a été proclamée Année internationale des légumineuses par les Nations unies.Une occasion pour prendre conscience de l\u2019importance des enjeux agricoles.En voici quatre, glanés aux quatre coins de la Terre.Un dossier de Mélissa Guillemette, Joël Leblanc, Nicolas Mesly et Bouchra Ouatik 38 Inde: Le dérapage de la révolution verte 40 Québec: Apatite, bactéries, mycorhizes et eaux usées 42 Nigeria/Bénin/Manitoba: Le potager n\u2019est pas plus vert chez le voisin 44 Kenya: De la viande qui fait «bizz» RUBRIQUES CHRONIQUES En couverture 16 Le cerveau aussi a besoin de vacances Les neurologues et les psychologues s\u2019entendent: les vacances sont bonnes pour la santé des méninges.Mais afin d\u2019en retirer tous les bénéfices, encore faut-il savoir décrocher.Par Marie Lambert-Chan 4 BILLET En finir avec l\u2019égotourisme Par Raymond Lemieux 5 AU PIED DE LA LETTRE 48 À LIRE ASTRONOMIE 32 Sommes-nous seuls dans le cosmos?Grâce aux percées technologiques, ainsi qu\u2019à la volonté de chercheurs et de philanthropes enthousiastes, la quête de la vie extraterrestre est plus que jamais à l\u2019ordre du jour.Par Mélissa Guillemette P A G E C O U V E R T U R E : J E A N J U L L I E N e cri du loup rend la forêt bien mystérieuse.Dans les années 1990, des activités dites écotou- ristiques étaient organisées la nuit dans le parc national de la Jacques- Cartier, au nord de Québec, afin que des vacanciers puissent frémir en entendant les loups.Cette initiative permettait aux gens d\u2019aller à la rencontre du légendaire canidé, mais cela n\u2019a pas été sans avoir un impact sur les meutes.Si Canis lupus hurle, c\u2019est, entre autres bonnes raisons, pour avertir ses semblables de la présence d\u2019intrus dans leur voisinage.Or, le touriste y était un intrus.Ainsi, dans un rapport remis à la Direction du développement de la faune, les biologistes Michel Hénault et Hélène Jolicœur, de la Société de la faune et des parcs du Québec, ont fait remarquer : «Des changements significatifs ont été observés dans le patron organisationnel de la meute.Le temps consacré à la surveillance des louveteaux a ainsi doublé après les sessions d\u2019appels nocturnes [.].On en déduit que le temps supplémentaire accordé par la meute à la surveillance des jeunes a été pris aux dépens du temps normalement accordé à la recherche de nourriture.» On comprend pourquoi «par principe de précaution» ces activités ont été ensuite abandonnées.C\u2019était pourtant de l\u2019écotourisme! «Tout le monde a l\u2019idée d\u2019un tourisme vert, mais il faut savoir que, même si cela n\u2019est pas un tourisme de masse, il peut être dommageable», a tenu à rappeler Alain-Adrien Grenier, professeur au département d\u2019études urbaines et touristiques à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), lors d\u2019un débat sur l\u2019écotourisme qui se tenait au printemps dernier au Cœur des sciences, à Montréal.«Pour chacun, l\u2019expérience de contact avec la nature est important, dit-il.Mais il faut se demander si on ne va pas trop loin.» Trop loin?Les exemples pleuvent.De décembre 2015 à février 2016, ce ne sont pas moins de 50 000 personnes qui ont débarqué en Antarctique, pour s\u2019offrir une balade dans ce supposé dernier continent sauvage.Au Burundi, on propose aujourd\u2019hui d\u2019aller à la rencontre des derniers gorilles de montagne.Coût : 800 $ pour une heure.Oh! pardon, King Kong, pour le dérangement! Près de 100 000 personnes visitent chaque année les fragiles îles des Galá- pagos, un archipel que l\u2019UNESCO a inscrit sur la liste des sites en péril.En versant quelques milliers de dollars, les visiteurs peuvent nager avec les otaries et taquiner les iguanes.Au secours, Darwin! Tout ça pour la photo.Pour le selfie.Pour pouvoir se pavaner dans un monde exotique.Se donner l\u2019impression de vivre une aventure.Se jouer en vrai le documentaire animal.«Au prix que j\u2019ai payé, j\u2019ai le droit de marcher où je veux», a déjà entendu Alain-Adrien Grenier.Écotou- risme?Égotourisme! Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est en vacances qu\u2019on a le droit d\u2019être un mal élevé ou un délinquant écologique.Un autre intervenant lors de la discussion du Cœur des sciences, Richard Remy, guide à Karavaniers, une agence de voyages d\u2019aventure basée à Montréal, n\u2019a pas de mal à admettre que le passage de touristes peut avoir de l\u2019impact.C\u2019est pourquoi il brandit une charte éthique.Mais il fait aussi valoir que l\u2019accessibilité permet de créer un lien affectif avec la nature et les communautés rencontrées.C\u2019est le bon côté de la médaille.Que l\u2019on se comprenne bien : prendre des vacances est bénéfique, prendre contact avec la nature également.Le reportage que nous vous proposons dans ce numéro vous le démontrera bien.Mais on n\u2019est pas obligé de se trimballer sur toutes les rivières d\u2019Amérique pour autant.Ni d\u2019aller déranger les loups, les gorilles ou les manchots.?QS 4 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 En finir avec l\u2019égotourisme Les vacances font du bien à notre moral, mais elles peuvent aussi nuire à l\u2019environnement.Pourrait-on développer un tourisme durable?L Billet Par Raymond Lemieux Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Normand Baillargeon, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Marie Lambert-Chan, Joël Leblanc, Martine Letarte, Nicolas Mesly, Bouchra Ouatik, Jean-Pierre Rogel, Guillaume Roy et Marc-André Sabourin Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Louise Bilodeau, Frefon, Jean Jullien, Philippe Landreville, Nicolas Mesly, Sarah Mongeau-Birkett, Sonia Roy Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Dominique Roberge Tél.: 514 623-0234 droberge@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Parution : Mai 2016 (530e numéro) Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2016 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca www.quebecscience.qc.ca quEbEc SciEncE JUIN-JUILLET 2016 VOLUME 54, NUMÉRO 8 SERVICE AUX ABONNÉS Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca 1251, rue Rachel Est Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Tarifs d\u2019abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ C M C A A U D I T E D Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certifié FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables. L\u2019amour\u2026 éternel débat Notre dossier sur l\u2019amour «Sommes- nous faits pour vivre en couple?» (avril 2016) a suscité d\u2019intéressantes interventions, particulièrement autour de l\u2019amour-passion.Ainsi, Jocelyn Beau- dry fait une distinction : «Pour appeler un chat, un chat et par conséquent être vigilant, je préférerais dire que c\u2019est l\u2019amour-obsession qui serait problématique et non l\u2019amour-passion.» Quant à Benoit Otis, il prend le point de vue un brin cynique d\u2019«un observateur hors circuit, c\u2019est-à-dire non branché au réseau de transmission du virus de l\u2019amour-passion», aux yeux duquel «ce grand amour peut apparaître comme une forme de désir maladif de possession poussant deux passionnés à s\u2019appartenir l\u2019un l\u2019autre», et pose une question qui peut faire sourire\u2026 ou réfléchir : «Peut- on vraiment éviter de contracter cette maladie?Si l\u2019amour-passion est synonyme de souffrance, se pourrait-il que la plupart des gens soient un peu masochistes?»Notre lecteur conclut en esquissant une double explication de la vie en couple : «Il peut s\u2019agir d\u2019un manque d\u2019autonomie affective.On a toujours besoin de l\u2019autre.On recherche une épaule sur laquelle appuyer son incapacité chronique de fonctionner par soi- même.[\u2026] Inversement, les personnes qui se suffisent à elles-mêmes voient l\u2019autre comme un supplément, plutôt qu\u2019un complément.Le temps d\u2019une relation, ces gens autonomes peuvent librement profiter du plaisir d\u2019être ensemble, et partager un bonheur grandissant à mesure qu\u2019ils se découvrent en tant que couple.» Économie de kilomètres Après la lecture de notre article qui traitait des efforts de l\u2019industrie aérospatiale pour réduire ses émissions polluantes d\u2019ici 2050, «Voler vers le futur» (avril-mai 2016), France Duchesne ouvre la réflexion sur le présent : «Je ne peux m\u2019empêcher de penser que, d\u2019ici à ce que nous puissions profiter de ces nouvelles technologies, les transporteurs pourraient faire leur (grande) part en ce qui concerne la consommation de carburant.Ils haussent rapidement leurs prix lorsque celui du pétrole augmente, mais ne sont pas très rapides pour modifier leurs trajets afin de réduire le nombre de kilomètres parcourus.Si on va directement à une destination, le billet coûte plus cher.Et comme la majorité des clients recherchent des billets au meilleur prix, les vols qu\u2019on leur offre multiplient les correspondances.et les kilomètres.Il y a tout un système à repenser ici.» Parce que du sucre, c\u2019est du sucre\u2026 «Votre article sur le sirop d\u2019érable («De la cabane au labo», mars 2016) est très intéressant, rappelle Michèle LaPalme, mais attention! Pour les diabétiques, le sirop d\u2019érable, ainsi que le miel d\u2019ailleurs, est aussi nocif que les autres sucres.Du sucre, c\u2019est du sucre, naturel ou non.» Précision À la page IV de notre section «La recherche dans le réseau de l\u2019Université du Québec» (avril-mai 2016), nous avons inversé le nom des coauteurs de Histoire de la médecine au Québec, 1800-2000, publié chez Septentrion.C\u2019est l\u2019historien Denis Goulet qui est l\u2019auteur principal de ce livre, une référence en matière d\u2019histoire du système de santé québécois.Le professeur est à préparer Boursiers d\u2019Europe 1920-1959 en arts, médecine et sciences, une histoire qui devrait nous éclairer entre autres sur la création d\u2019une élite médicale et scientifique québécoise.Rappelons que M.Goulet est directeur du Groupe de recher che en histoire de la médecine et des institutions (GREHMI) et qu\u2019il enseigne à la faculté de médecine de l\u2019Université deMontréal et au département d\u2019histoire de l\u2019Université du Québec à Montréal.Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 5 Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca Prix du public \u2013 Découverte 2015 Retrouvez les entrevues vidéo des 10 finalistes sur notre site quebecscience.qc.ca/decouverte2015.En avril dernier, la chercheuse Salma Taktek, ingénieure en biotechnologie, recevait le prix des lecteurs «Découverte de l\u2019année 2015» des mains de Raymond Lemieux, rédacteur en chef, Québec Science.L\u2019équipe de Mme Taktek, regroupant des scientifiques de l\u2019Université Laval, de l\u2019entreprise Premier Tech et de l\u2019Université de Montréal, a découvert qu\u2019une triple association entre les racines des plantes, les mycorhizes et des bactéries capables de solubiliser le phosphate pourrait remplacer les engrais chimiques agricoles.Photo de droite : de gauche à droite, première rangée : Hani Antoun, chercheur, Université Laval; Salma Taktek, la lauréate; André J.Fortin, chercheur, Université Laval.Deuxième rangée : Jean-Claude Dufour, doyen, faculté des sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation, Université Laval; Marc St-Arnaud, chercheur, Université de Montréal; Yves Piché, chercheur, Université Laval; Martin Trépanier, Premier Tech; Robert Beauregard, doyen, faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, Université Laval; Edwin Bourget, vice-recteur à la recherche et à la création, Université Laval.A T T A R A H E L L 6 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 Après un créationniste, un avocat et un vendeur d\u2019assurances à la tête du ministère canadien des Sciences, la nouvelle titulaire, Kirsty Duncan, a de quoi surprendre.Un doctorat en géographie! De l\u2019expérience en recherche! Des amis scienti?ques! La femme de 49 ans veut ramener la science dans la prise de décision à Ottawa, redonner la parole aux chercheurs fédéraux et lutter contre les changements climatiques.Un virage à 180 degrés qui s\u2019amorce à peine, comme en témoigne l\u2019état de ses bureaux sens dessus dessous, où les visiteurs partagent la salle d\u2019attente avec de vieux écrans d\u2019ordinateur.Québec Science s\u2019y est rendu pour parler avec elle de son parcours étonnant \u2013 cette géographe a ?irté avec la danse traditionnelle écossaise et fait des recherches en virologie \u2013 et, surtout, pour savoir comment elle compte atteindre ses objectifs ambitieux.Propos recueillis par Marc-André Sabourin La nouvelle ministre des Sciences, Kirsty Duncan, est une.scienti?que, ce qui n\u2019est pas habituel en politique.Saura-t-elle réparer les pots cassés par ses prédécesseurs conservateurs?Entrevue V ous pratiquez la cornemuse et la danse traditionnelle écossaise, vous êtes géographe et politicienne.Pourriez-vous classer ces activités en ordre de préférence?À une époque, l\u2019art et la danse étaient tout ce qui comptait à mes yeux.Ça n\u2019a pas fonctionné, alors j\u2019ai opté pour la géographie, un sujet qui me passionnait.J\u2019ai adoré ma carrière de scienti?que, mes recherches, mes étudiants.Sauf que, aujourd\u2019hui, ma vie, c\u2019est la politique et elle me permet d\u2019encourager la science.En 1992, vous avez lu un livre sur la grippe espagnole, une pandémie à laquelle vous avez ensuite consacré 10 ans de votre vie.Vous avez mis sur pied une expédition multidisciplinaire visant à exhumer les corps de six mineurs enterrés dans le pergélisol de Norvège en 1918, dans l\u2019espoir de prélever des spécimens du virus.Étiez-vous géographe ou virologue?En une seule année, la grippe espagnole a fait plus de morts que la peste noire au Moyen-Âge; et plus de morts que tous les combats de la Première Guerre mondiale.Je ne suis pas virologue, ce n\u2019est pas mon domaine d\u2019expertise, mais quand j\u2019ai appris ça, j\u2019ai passé une année dans les entrailles de la bibliothèque de l\u2019université de Toronto à lire tout ce que je trouvais sur le sujet.Ça m\u2019obsédait! Je savais que les pandémies vont et viennent, et je voulais que nous soyons mieux préparés pour la prochaine.Avec un spécimen du virus, nous aurions pu tester des médicaments, créer un vaccin.Mais aucun n\u2019avait été préservé depuis 1918.Alors j\u2019ai tenté d\u2019en récupérer un.Finalement, les six corps étaient en état de décomposition avancée et aucun spécimen du virus n\u2019a été retrouvé.Vos détracteurs quali?ent l\u2019expédition d\u2019échec.Est-ce le cas?Je suis très ?ère de cette expédition.J\u2019y ai cru assez pour y investir 85 000 $ de ma poche.À l\u2019époque, c\u2019était très dif?cile d\u2019obtenir de l\u2019argent pour la recherche multidisciplinaire; aujourd\u2019hui encore, à bien y penser.Nous avons reçu un prix de l\u2019American Biological Safety Association pour nos protocoles de sécurité.Tout s\u2019est déroulé avec l\u2019accord de la communauté de la région et dans le respect des conditions imposées par le gouvernement norvégien.Vous en avez tiré un livre, Hunting the 1918 Flu: One Scientist\u2019s Search for a Killer Virus, où vous écrivez qu\u2019être une femme était un désavantage en science.Est-ce encore le cas?Je n\u2019ai pas écrit que c\u2019était un désavantage, mais un dé?.Les femmes doivent affronter des dif?cultés dans chaque discipline où les hommes sont majoritaires, et la science ne fait pas exception.J\u2019ai passé les 25 dernières années de ma vie à œuvrer pour que les jeunes femmes ne rencontrent pas les mêmes problèmes que moi en science, mais ça reste toujours dif?cile.Le sexisme et les politicailleries en science vous ont profondément affectée.Pourtant, en 2008, vous êtes entrée au Parlement, où le sexisme et les querelles politiques sont omniprésents.Pourquoi?Dans mes cours, j\u2019enseignais les faits.La science, évidemment, mais je mettais continuellement mes étudiants au dé?de changer le monde.Comment allez-vous améliorer votre MISER SUR LA SCIENCE Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 7 communauté?Votre environnement?Je me souviens d\u2019un cours où je parlais des changements climatiques; où j\u2019expliquais que les humains avaient une in?uence réelle sur le climat.Et j\u2019ai compris que je ne pouvais plus rester les bras croisés.Quand vous étiez dans l\u2019opposition, vous avez vivement défendu l\u2019approche controversée du chirurgien italien Paolo Zamboni pour traiter la sclérose en plaques.Quelle est votre position aujourd\u2019hui?Écoutez, toute ma vie, je me suis battue pour que les décisions soient fondées sur des preuves scienti?ques, et c\u2019est ce que je vais continuer de faire.En ce moment, il y a des essais cliniques en cours.Attendons les résultats.Le premier ministre a déclaré que le «gouvernement croit en la science».Est-ce pour cela qu\u2019il a nommé non pas un, mais deux ministres des Sciences \u2013 le ministre de l\u2019Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bain, et vous?La science est un continuum, depuis la recherche fondamentale jusqu\u2019à la commercialisation des idées.Ce n\u2019est pas l\u2019une ou l\u2019autre.Il faut donc s\u2019assurer que les chaînons soient bien attachés, du début à la ?n.Mon travail consiste essentiellement à soutenir la recherche, tandis que le ministre Bain travaille surtout du côté de l\u2019innovation.Vous devez aussi soutenir vos collègues: l\u2019une des tâches que vous a con?ées le premier ministre Justin Trudeau est de réinsérer les considérations scientifiques au cœur du processus décisionnel.C\u2019est un objectif louable, mais comment y parvenir?Peu de ministres ont des connaissances scienti?ques.C\u2019est un grand dé?.Prenez les changements climatiques.Dès 1995, le Groupe d\u2019experts international sur l\u2019évolution du climat, le GIEC, a dit que le comportement des humains avait un impact sur le climat.Et ce n\u2019est qu\u2019en 2011 ou 2012 que le ministre de l\u2019Environnement a reconnu que, oui, les changements climatiques constituent un problème! Nous avons des chercheurs fantastiques au gouvernement; j\u2019ai travaillé avec plusieurs d\u2019entre eux à Environnement Canada.Alors pourquoi ces données ont-elles été balayées du revers de la main?Il faut s\u2019assurer que les preuves scienti?ques se rendent jusqu\u2019au cabinet des ministres.Certes, mais comment?La première annonce de ce gouvernement a été de réinstaurer le formulaire long du recensement, a?n que nos politiques puissent se fonder sur des faits.Justin Trudeau m\u2019a également demandé \u2013 et c\u2019est l\u2019une de mes priorités \u2013 de créer le poste de conseiller scienti?que en chef, dont le rôle sera notamment de s\u2019assurer que la science est accessible au public et qu\u2019elle est considérée au gouvernement lors des prises de décision.Où en êtes-vous rendue, concernant ce dossier?J\u2019ai discuté avec les conseillers scienti?ques du Royaume-Uni, d\u2019Israël, des États-Unis, de Nouvelle-Zélande et d\u2019Australie pour connaître les meilleures pratiques.Au P H I L I P P E L A N D R E V I L L E La ministre fédérale des Sciences, Kirsty Duncan: «La science est un continuum, depuis la recherche fondamentale jusqu\u2019à la commercialisation des idées.Ce n\u2019est pas l\u2019une ou l\u2019autre.Il faut donc s\u2019assurer que les chaînons soient bien attachés, du début à la ?n.» 8 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 Québec, j\u2019ai rencontré le scienti?que en chef Rémi Quirion à plusieurs reprises à ce sujet.Nous avons aussi consulté des chercheurs du gouvernement et j\u2019ai contacté tous les députés et tous les sénateurs pour avoir leurs idées.Je peux vous dire que, depuis que je suis au Parlement, personne n\u2019a jamais fait ça.Les consultations sont maintenant terminées; nous en sommes à l\u2019analyse, et je n\u2019utilise pas ce mot à la légère.C\u2019est de la science administrative, et nous analysons les résultats.Et quand publierez-vous vos conclusions?J\u2019espère que nous pourrons ouvrir le poste d\u2019ici quelques mois.Vous avez «démuselé» les scienti?ques fédéraux.Mais reprendre la parole après 10 ans n\u2019est pas facile.Comment allez-vous changer pour de bon la culture du silence?C\u2019est dif?cile.Nous comptons sur le futur conseiller scienti?que en chef pour s\u2019assurer que les chercheurs du gouvernement puissent parler librement de leurs travaux.Qui le conseiller scienti?que en chef servi- ra-t-il, exactement?Le public, le gouvernement ou les chercheurs?Ce sera clari?é lorsque nous aurons les résultats des analyses.Le dernier budget fédéral consacre 2 milliards de dollars sur trois ans au développement des infrastructures des universités et des collèges, mais seulement 95 millions de dollars par année pour les agences fédérales de ?nancement de la recherche.De nouveaux labos, c\u2019est bien, mais il faut de l\u2019argent pour les utiliser\u2026 J\u2019ai été très claire à ce sujet: nous ne répéterons pas ce qui s\u2019est produit avec le programme d\u2019infrastructures de 2008, où il y a eu des immeubles, mais pas d\u2019argent pour la science.Au cours des dernières années, les agences de ?nancement ont été affamées.Ces 95 millions, c\u2019est le plus gros investissement qu\u2019elles ont reçu en une décennie.Est-ce qu\u2019il faudra en faire plus?Oui.Mais je suis ?ère de ce début.Qui établira les priorités pour les recherches à ?nancer: le gouvernement ou les agences de ?nancement?Le gouvernement précédent a essayé d\u2019usurper l\u2019agenda scienti?que.Lais- sez-moi vous donner un exemple.En 2006, 9% des fonds alloués par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada étaient conditionnels à la participation d\u2019un partenaire privé.Aujourd\u2019hui, c\u2019est 37%! Cette hausse doit s\u2019arrêter.Et il faut trouver un meilleur équilibre.Alors que l\u2019échec peut faire partie de la démarche scienti?que.Absolument! .avez-vous le droit à l\u2019échec en politique?La seule façon de réussir, c\u2019est de collaborer avec les chercheurs, de faire les choses ensemble.Mon rôle est d\u2019écouter.Écouter et rassembler les gens, construire des partenariats.Ma promesse, c\u2019est de travailler de toutes mes forces pour la communauté scienti?que.nQS DISPONIBLE SUR Téléchargez l\u2019application, abonnez-vous et proitez du premier mois gratuit.VOTRE QUOTIDIEN COMME VOUS NE L\u2019AVEZ JAMAIS LU.À découvrir dans la nouvelle version de l\u2019application : \u2022 Une interface revisitée \u2022 Une lecture intuitive dans un environnement épuré \u2022 L\u2019actualité boniiée : des photoreportages saisissants Entrevue Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 9 L \u2019automne dernier, l\u2019astronome Tabetha Boyajian et ses collègues, travaillant avec le fameux télescope Kepler utilisé pour rechercher des exoplanètes, ont observé, sur une étoile appelée KIC 8462852, des phénomènes lumineux qui leur semblaient ne pas avoir d\u2019explication naturelle connue.Diverses hypothèses ont aussitôt été émises pour expliquer ces extraordinaires manifestations.L\u2019une d\u2019elles, proposée par des chercheurs de l\u2019université d\u2019État de Pennsylvanie, laisse rêveur.Ce qu\u2019on a observé, sug- gèrent-ils, résulterait de l\u2019ombre projetée par une mégastructure construite par une civilisation très en avance sur la nôtre dans le but de combler ses immenses besoins énergétiques.Une telle structure hypothétique est appelée « sphère de Dyson », du nom de Freeman Dyson, l\u2019éminent physicien qui en a avancé l\u2019idée dans les années 1960.L\u2019audacieuse conjecture a bien entendu fait abondamment parler et intensément vibrer le monde du programme de recherche d\u2019intelligence extraterrestre Search for Extra-Terrestrial Intelligence (SETI), aux États- Unis.Ce programme a eu, et a toujours, de très sérieux et convaincants défenseurs, à commencer par un de ceux qui l\u2019ont mis en place, le regretté astronome Carl Sagan.Mais d\u2019autres scienti?ques ont présenté, contre l\u2019idée de l\u2019existence de civilisations extraterrestres pouvant communiquer avec nous, divers arguments dont l\u2019un, peut-être le plus fameux, est connu sous le nom de paradoxe de Fermi.Enrico Fermi, à qui on doit le mot «neutrino», est l\u2019un des grands physiciens du XXe siècle.Le paradoxe qui porte son nom lui est venu durant une conversation informelle avec des collègues du Projet Manhattan, à l\u2019heure du lunch, sur la possibilité d\u2019une vie intelligente extraterrestre.Des êtres venus d\u2019ailleurs auraient-ils pu voyager jusqu\u2019à nous?On pourra être intuitivement tenté de répondre par l\u2019af?rmative à cette question, en se rappelant qu\u2019il y a tant de galaxies, contenant tant de planètes, qu\u2019il doit très certainement s\u2019en trouver une, et même plusieurs, où ont pu se développer la vie, puis la vie intelligente et en?n les moyens de voyager jusqu\u2019à nous.Cette intuition a été précisée en 1961 par Frank Drake, un autre des fondateurs du SETI, et l\u2019équation qui porte son nom est probablement, avec le paradoxe de Fermi, la proposition de recherche la plus connue concernant la vie extraterrestre.Le nombre auquel aboutit cette équation désigne celui des civilisations, dans notre galaxie, avec lesquelles la communication serait possible.En termes simples, les facteurs qui le déterminent comprennent le taux de formation des étoiles; la probabilité qu\u2019elles ont des planètes où la vie est susceptible d\u2019être apparue; celle que des êtres intelligents s\u2019y trouvent et qu\u2019une civilisation disposant de technologies de communication avec d\u2019autres mondes s\u2019y est développée; ainsi que des estimations de la durée de vie d\u2019une telle civilisation.Comme on l\u2019imagine, le nombre (N) varie évidemment et même grandement selon les valeurs qu\u2019on attribue aux facteurs considérés.Mais avec des estimations jugées assez raisonnables de 10% pour chacun de ces facteurs, on arriverait à un nombre immense (un million?) de planètes dont les habitants seraient capables de communication radio! C\u2019est à un argumentaire de ce genre que réagit Fermi en posant la question, sur d\u2019hypothétiques extraterrestres dotés de technologies avancées, qui constitue son fameux paradoxe: LE PARADOXE DE FERMI Des êtres venus d\u2019ailleurs auraient-ils pu voyager jusqu\u2019à nous ?I L L U S T R A T I O N : F R E F O N / P H O T O : J U L I E D U R O C H E R Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon 10 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 «Mais alors, où sont-ils?» Autrement dit, s\u2019ils sont si nombreux, s\u2019ils ont eu tant de temps pour développer leurs technologies, s\u2019ils sont venus jusqu\u2019à nous, comment expliquer qu\u2019on ne les voit nulle part, alors qu\u2019ils devraient être si répandus?(La remarque est ?ne.Le paradoxe admet les prémisses d\u2019une position et arrive ensuite à une conclusion précisément contraire à celle que ses partisans voulaient en tirer !) Naturellement, pour certaines personnes, le paradoxe est facilement résolu : les extraterrestres sont déjà parmi nous ! D\u2019ailleurs, toute une industrie vit de cette croyance qui alimente notamment l\u2019idée que les gouvernements cachent des informations.L\u2019affaire de Roswell (en 1947, un ovni se serait écrasé au Nouveau-Mexique) est souvent citée à ce propos.On y trouve toutes les failles argumentatives et méthodologiques des pseudosciences : méconnaissance des faits; interprétation sélective et même fabrication de données; construction, sur cette fragile base, de spéculations grati?ées du nom de «théories»; accusation de collaboration avec les pouvoirs, etc.D\u2019autres solutions existent et un ouvrage récemment réédité du physicien britannique Stephen Webb (If the Universe Is Teeming With Aliens\u2026 Where Is Everybody?)en énumère\u2026 75 ! Certaines sont plausibles; d\u2019autres, déprimantes.Considérez celle-ci : si un seul des facteurs de l\u2019équation de Drake a pour valeur 0, alors nous sommes seuls dans l\u2019Univers.Durant un débat avec Carl Sagan sur le programme SETI, Ernst Mayr, l\u2019un des plus importants biologistes du XXe siècle et qui était critique de ce projet, rappelait que nous ne disposons que d\u2019un seul exemple d\u2019une intelligence d\u2019un niveau supérieur : le nôtre.Nous devrions donc, en ré?échissant au paradoxe de Fermi, tenir compte de ce que nous apprend cet exemple.Or, constate Mayr, il nous suggère que cette intelligence est tout à fait capable de s\u2019autodétruire, voire que cela est probable.De sorte que nous serons disparus avant d\u2019entrer en contact avec une autre intelligence supérieure, laquelle se sera de toute façon probablement déjà autodétruite.On souhaite pouvoir lui donner tort.nQS Nous pourrions avoir disparu avant même d\u2019entrer en contact avec une autre intelligence, laquelle se serait probablement déjà autodétruite.Autodéfense intellectuelle Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 11 L a planète est ni plus ni moins en train de basculer dans un nouvel âge géologique.Ce serait la faute à Homo sapiens qui serait ainsi considéré comme une «force géologique».Le début d\u2019un temps nouveau?C\u2019est l\u2019Union internationale des sciences géologiques (UISG) et sa Commission internationale de stratigraphie qui devraient décréter, au mois d\u2019août prochain, l\u2019établissement de ce nouvel échelon dans le tableau du temps; une idée qu\u2019avait déjà évoquée, en 1995, le prix Nobel de chimie Paul Crutzen.Le géologue Michel Lamothe, directeur du département des sciences de la Terre et de l\u2019atmosphère à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), suit de près ce débat.« Le calendrier des temps géologiques est une construction complexe », dit ce spécialiste du Quaternaire.« La détermination des époques se fonde notamment sur des \u201ccoupures\u201d importantes, telles que disparition ou apparition d\u2019espèces », explique-t-il.Par exemple, la fin de l\u2019Archéen (il y a 2,5 milliards d\u2019années) correspond à l\u2019émergence des bactéries; l\u2019Orosirien (il y a 2 milliards d\u2019années) a vu apparaître les premiers eucaryotes, des organismes plus complexes dotés d\u2019un noyau cellulaire et porteurs de mitochondries; l\u2019Homérien (il y a 430 millions d\u2019années) a connu l\u2019avènement des premières plantes terrestres; et la ?n du Crétacé (il y a 65 millions d\u2019années) correspond à l\u2019extinction des dinosaures.Aujourd\u2019hui, nous sommes en pleine ère de l\u2019Holocène, et ce, depuis la ?n de la dernière glaciation, survenue il y a 11700 ans.«Nous assistons à un changement majeur, de nature anthropogénique, constate Michel Lamothe.La pollution des lacs, des rivières et des eaux souterraines, ainsi que la hausse du niveau marin, l\u2019augmentation des températures, de même que la pollution de l\u2019atmosphère par les gaz à effet de serre en sont des signes.Pas de doute là-dessus.» Mais à quand situons-nous le début de cette époque?Doit-on ?xer le point de bascule en l\u2019an 1800, aux origines de la révolution industrielle ou au début du Néolithique, il y a 11000 ans, lors de la sédentarisation des humains ?Peut-être en 1945, à l\u2019explosion de la première bombe atomique ?C\u2019est à cette question que les géologues devront répondre d\u2019autant plus que ce sont tous des événements lisibles dans les couches terrestres et qu\u2019ils sont tous des signes propres à l\u2019activité humaine.Déjà, un chercheur français, Maurice Fontaine, avait proposé au début du siècle dernier de dé?nir un âge du Molysmocène (moly pour «déchets»), puisque nous générons maintenant plus de déchets que de restes humains.«Quoi qu\u2019il en soit, on insérerait une deuxième époque dans l\u2019interglaciaire actuel, dit Michel Lamothe.Mais ce ne sera pas facile de défendre cette idée, surtout que le milieu des stratigraphes est très conservateur.À mon avis, on devrait considérer, pour l\u2019instant, l\u2019An- thropocène comme une sous-époque de l\u2019Holocène et l\u2019utiliser de façon infor- A c t u a l i t é s BIENVENUE EN ANTHROPOCÈNE La Terre a une histoire, même sans nous.Et les géologues vont décider cet été si nous sommes ou non à l\u2019aube d\u2019un nouvel âge.Par Raymond Lemieux Note : Cet article a été rédigé au début de l\u2019Anthropocène à la ?n du Quaternaire dans l\u2019ère Cénozoïque de l\u2019éon du Phanérozoïque, en avril 2016 du calendrier chrétien.L\u2019Etna en éruption, 2012 M A R T I N R I E T Z E / S C I E N C E P H O T O L I B R A R Y 12 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 S i l\u2019on en croit les chiffres de l\u2019Organisation mondiale de la santé, médecins et patients ne se comprennent tout simplement pas.Plus de la moitié des malades chroniques ne suivent pas le traitement prescrit ou le suivent mal.Mais c\u2019est souvent, nous dit l\u2019Organisation, parce que le plan de traitement du médecin n\u2019a pas été réalisé de concert avec le patient.Pour remédier au problème à sa source, l\u2019Université de Montréal (UdeM) intègre désormais des patients à son personnel enseignant.En effet, qui mieux qu\u2019un malade peut déceler les failles «prati- co-pratiques » dans le raisonnement d\u2019un futur médecin?Vincent Dumez est un pionnier de ce qu\u2019on appelle désormais l\u2019approche du patient partenaire.Le système de santé québécois, il le connaît sous toutes ses coutures.Hémophile, il savait déjà s\u2019autotransfuser à six ans et pouvait reconnaître quand il était nécessaire de se rendre aux urgences.À 15 ans, dans le contexte du scandale du sang contaminé, il contracte le VIH et les hépatites A, B et C.Il estime, une fois tous ses séjours additionnés, avoir passé un total de quatre ans dans les hôpitaux.Devenu consultant en management, il rencontre, lors d\u2019un mandat professionnel, le docteur Jean Rouleau, alors doyen de la faculté de médecine de l\u2019UdeM.C\u2019était en 2010.«En discutant, raconte Vincent Dumez, nous avons réalisé que nous partagions la même vision de la médecine de demain; une vision où la relation entre le médecin et le patient est au cœur du processus de soins.En considérant le patient non pas comme quelqu\u2019un qu\u2019il faut prendre en charge, mais comme quelqu\u2019un qui détient un savoir ayant de la valeur, on a beaucoup plus de chances de le mobiliser dans le processus de soins.» Avec, au bout du compte, de meilleurs résultats pour tout le monde.Vincent Dumez quitte alors son travail de consultant et se consacre au développement de l\u2019approche du patient partenaire à la faculté de médecine de l\u2019UdeM, où il est aujourd\u2019hui codirecteur de la Direction collaboration et partenariat patient.Depuis, l\u2019université a recruté et formé des centaines de patients partenaires.En plus de participer aux cours magistraux, certains font aussi du mentorat auprès des futurs professionnels de la santé.Le résultat est étonnant.Repor- tons-nous à un matin de février dernier.Simultanément, les quelque 1500 étudiants de tous les programmes de santé de l\u2019UdeM travaillent en petits groupes interdisciplinaires, avec un professionnel de la santé et un patient partenaire.Un A c t u a l i t é s melle.En fait, la plus grande utilité de cette nouvelle appellation \u2013 et surtout du buzz que cette opération suscite \u2013 est de faire prendre conscience aux gens que la Terre est fragile et que c\u2019est l\u2019Homme qui est responsable des modi?cations qu\u2019elle subit présentement.Cet apport est foncièrement positif.En tant que scienti?ques inquiets de l\u2019évolution des choses, ce débat nous aide.» nQS LES PLUS PATIENTS D Les médecins apprennent beaucoup de choses à leurs patients.aussi vrai.L\u2019Université de Montréal l\u2019a compris et a orchestré une Par Martine Letarte LES ÂGES DE LA TERRE La nuit des temps sur Terre, c\u2019est l\u2019Hadéen.Le mot vient de Hadès, le nom du dieu de l\u2019enfer chez les Grecs.Il désigne la première période géologique de la planète, soit celle de sa formation qui a commencé il y a 4,6 milliards d\u2019années et qui s\u2019est terminée il y a 4 milliards d\u2019années.Trois éons suivent ce grand moment.Les éons sont les très grandes périodes de la formation du monde, divisées en ères qui sont, à leur tour, subdivisées en époques, puis en périodes.L\u2019éon de l\u2019Archéen, témoin de l\u2019apparition de la vie et de l\u2019émergence des continents, s\u2019étendait il y a 4 milliards jusqu\u2019à 2,5 milliards d\u2019années; le Protérozoïque, qui voit la complexi?cation des organismes, durera ensuite jusqu\u2019à 540 millions d\u2019années avant nous.Puis l\u2019éon du Phanérozoïque, qui a commencé avec le Cambrien, annonce l\u2019extension de mers peu profondes.La température moyenne planétaire était alors de 5 °C plus élevée qu\u2019aujourd\u2019hui.La vie complexe se développe à partir de l\u2019éon Phanérozoïque qui comprend trois ères : le Paléozoïque, le Mésozoïque et le Cénozoïque.Jadis, elles étaient appelées ères primaire, secondaire et tertiaire.Ces grands pans de l\u2019histoire s\u2019échelonnent depuis il y a 540 millions d\u2019années jusqu\u2019à aujourd\u2019hui et concernent les périodes du Cambrien, de l\u2019Ordovicien, du Silurien, du Dévonien, du Carbonifère, du Permien, du Trias \u2013 qui a vu les premiers dinosaures \u2013, du Jurassique \u2013 avec l\u2019apparition des ?eurs \u2013, du Crétacé, du Paléogène, du Néogène et du Quaternaire.Les célèbres fossiles de Miguasha, en Gaspésie, datent du Dévonien (il y a 380 millions d\u2019années).L\u2019Union internationale des sciences géologiques s\u2019est permis de redé?nir le Quaternaire.Considéré d\u2019abord comme une ère, il est maintenant catégorisé comme étant une période.Vincent Dumez, codirecteur de la Direction collaboration et partenariat patient : «La relation entre le médecin et le patient est au cœur du processus de soins dans la médecine de demain.» cas ?ctif est présenté, celui d\u2019un jeune Autochtone amené à l\u2019hôpital à la suite d\u2019un accident lui ayant causé des blessures mineures.Mais l\u2019adolescent présente également de multiples problèmes de santé, dont une dépendance aux drogues et une lésion prémaligne dans la bouche, en plus de souffrir du diabète de type 2.La clinicienne attitrée à l\u2019un des groupes, Céline Huot, pédiatre endocrinologue au CHU Sainte-Justine, demande donc aux étudiants qu\u2019elle encadre lequel, parmi ces problèmes de santé, devrait être traité en priorité.«Il faut demander au patient, lance une étudiante en travail social.C\u2019est toujours lui qui décide, sinon, on n\u2019arrivera à rien.» Mais lorsque des étudiants suggèrent de discuter avec le jeune homme de son alimentation pour mieux contrôler son diabète, le patient partenaire du groupe intervient: «Enseigner à quelqu\u2019un comment contrôler son diabète, c\u2019est un très long processus.On ne peut pas dire à un jeune à peine sorti de l\u2019adolescence de bien s\u2019alimenter et s\u2019attendre à des résultats instantanés.C\u2019est extrêmement dif?cile de contrôler son diabète.Personnellement, en ce moment, je trouve ça pire à gérer que ma ?brose kystique.» Non seulement l\u2019approche du patient partenaire a maintenant gagné le secteur de la recherche mais, dans plusieurs établissements de santé du Québec, des Centres d\u2019hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) entre autres, les patients ont part aux prises de décision, particulièrement dans des comités de consultation et en contrôle de qualité.Même le Collège des médecins a pris le virage.Il intègre depuis peu la participation des patients dans la mise en application des nouveaux actes accordés aux pharmaciens et aux in?rmières.«La présence du patient vient changer toute la dynamique», af?rme Jean-Bernard Trudeau, secrétaire adjoint du Collège des médecins du Québec.Les universités à l\u2019étranger s\u2019intéressent de près à cette approche révolutionnaire, souvent surnommée «approche Montréal».En France, par exemple, la faculté de médecine de l\u2019Université Paris 13 travaille à déterminer dans quelle mesure la perspective du patient peut contribuer à la formation des futurs médecins.Aux États-Unis, Barbara Brandt, directrice du National Center for Inter- professional Practice and Education, au Minnesota, regarde avec envie l\u2019approche de l\u2019UdeM.«C\u2019est un programme unique dans le monde en raison de l\u2019engagement majeur de cette université à intégrer les patients à la formation, à les rémunérer, à les traiter d\u2019égal à égal avec les membres de la faculté», dit-elle.Déjà, à l\u2019université Thomas Jefferson de Philadelphie et à l\u2019université du Minnesota, des patients sont invités à témoigner en classe.C\u2019est un début.Mme Brandt est consciente qu\u2019il y a encore beaucoup de chemin à faire avant que, à l\u2019échelle du pays, des patients partenaires soient intégrés aux cursus universitaires.«Montréal est une grande inspiration en matière de formation à l\u2019échelle nationale, reconnaît-elle.Mais c\u2019est très dif?cile pour nous d\u2019en faire autant, parce que cela nécessite beaucoup de ressources, ainsi que de logistique.Et parce que l\u2019approche vient transformer des mentalités.» nQS Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 13 S A R A H M O N G E A U - B I R K E T T ENTS DES PROFS Les médecins apprennent beaucoup de choses à leurs patients.Mais l\u2019inverse est \u2019Université de Montréal l\u2019a compris et a orchestré une innovation pédagogique sans précédent. L orsque Leone Pippard, photographe et journaliste indépendante de Toronto, a découvert l\u2019estuaire du Saint-Laurent, au début des années 1970, elle s\u2019est mise à photographier ces petites baleines que les pêcheurs locaux appelaient encore «marsouins».Établie près de Pointe-Noire, à l\u2019embouchure du Saguenay, elle s\u2019est vite rendu compte de deux choses.La première était que, s\u2019il était dif?cile de distinguer entre elles ces baleines toutes blanches, qui ne sautaient pas commodément hors de l\u2019eau et ne levaient pas la queue, on y parvenait tout de même.La seconde, c\u2019est que, été après été, elle reconnaissait les individus, ce qui signi- ?ait probablement que la population n\u2019était pas très nombreuse.«Leone a tout de suite vu qu\u2019il fallait protéger les bélugas et elle a été la première à lancer l\u2019idée d\u2019un parc marin, raconte le biologiste Robert Michaud, directeur du GREMM (Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins).Elle a aussi démontré qu\u2019on pouvait les identi?er individuellement.En 1984, elle m\u2019a con?é tous ses négatifs et ses dessins.Avec mon patron de l\u2019époque, Pierre Béland, nous avons commencé à monter ce que nous appelons l\u2019album de famille.» L\u2019album de famille contient aujourd\u2019hui plus de 800 descriptions de bélugas identi?és sur des photos par des signes distinctifs (une marque sur un ?anc, un blanc très pur ou, au contraire, un peu jaunâtre, de petites encoches sur la crête dorsale, etc.).Ce catalogue, aujourd\u2019hui informatisé, se double de celui des bélugas retrouvés morts, dont une bonne partie ont été autopsiés dans le cadre du suivi de santé des bélugas.En s\u2019appuyant sur le catalogue des vivants, le GREMM a lancé une campagne de ?nancement Adoptons un béluga.En 25 ans, moyennant chacun un don de 5000$, plus de 140 petites baleines blanches ont ainsi été parrainées.Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel 14 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 CE BÉLUGA A UN NOM Cinquante nuances de blanc et des entailles subtiles.L\u2019« album de famille » des bélugas du Saint-Laurent est devenu un précieux outil pour la science.P H O T O S : G R E M M Flippo, un béluga adopté par le magazine Québec Science, en 1994. Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 15 Mais cette banque de données est aussi devenue, au ?l du temps, un instrument de recherche.«En nous limitant aux cas pour lesquels nous possédons une identi?cation ?able, nous avons autour de 350 individus bien répertoriés.Pour chacun, s\u2019enthousiasme Robert Michaud, nous pouvons estimer son âge et son sexe; nous connaissons les secteurs qu\u2019il fréquente et en quelle compagnie; nous pouvons les suivre au ?l des années et constituer des lignées familiales.C\u2019est une fenêtre extraordinaire sur le comportement de ces mammifères !» Alors, par exemple, qu\u2019est devenu Flippo, un béluga ?è- rement adopté par le magazine Québec Science, en 1994?Reconnaissable aux deux profondes cicatrices de son pédoncule droit, cette femelle a été observée pour la première fois en 1977 par Leone Pippard et a été vue pendant quelques années, puis elle a disparu.Le catalogue rend compte précisément de cette dernière rencontre : «Le 18 juillet 1997, nous croisons une dizaine de bélugas au large de l\u2019île Verte.Dans ce groupe constitué d\u2019adultes, de jeunes et d\u2019un veau de l\u2019année, nous repérons Flippo.Le troupeau se scinde en plusieurs groupes dispersés de deux à trois individus.Le vent commence à se lever, nous décidons donc de nous diriger à la tête du troupeau pour recueillir le plus grand nombre de données avant de quitter le site .» Qu\u2019est-il arrivéà Flippo depuis?L\u2019hypothèse la plus vraisemblable est qu\u2019elle est morte, puisque cela fait près de 20 ans qu\u2019on ne l\u2019a pas vue et qu\u2019elle avait déjà une trentaine d\u2019années quand on l\u2019a repérée la dernière fois.Chaque béluga répertorié possède un nom.Des municipalités, des entreprises et des écoles ont adopté des baleines, des collectifs se sont formés dans ce but comme pour adopter récemment Athéna, une femelle adulte «régulière» du Saguenay.Dans la liste, les prénoms sont nombreux, allant de Loulou à Delphine, Élisabeth, Albert, Pablo, Pénélope, Coco, et Charlotte (ce dernier étant en fait un mâle, comme Loulou: le sexe a été établi après l\u2019adoption).Et puis il y a Céline, ainsi nommée par une riche touriste des États-Unis de passage, convaincue sur-le-champ de délier sa bourse pour parrainer un béluga.Vite, comment l\u2019appeler?Céline, comme la célèbre chanteuse: voilà un nom authentiquement québécois ! L\u2019album de famille a notamment permis de trancher une vieille polémique sur les bélugas.Leur longévité, qu\u2019on estimait à 35 ans, avait été établie par l\u2019analyse de la dentine prélevée sur les dents des animaux morts.Mais on croyait alors, sur la base de deux études, que les bélugas produisaient deux couches de dentine par an.Erreur ! C\u2019est seulement une couche, si bien qu\u2019un animal auquel on donnait 30 ans en avait en fait le double.Le GREMM l\u2019a démontré d\u2019une autre manière, par le temps écoulé entre les premières et les dernières photos de certains bélugas.Par exemple, la femelle Slash, connue depuis 1980, était déjà blanche à cette époque, ce qui signi?e qu\u2019elle est née avant 1966.Lors de son décès en 2013, elle avait donc au moins 47 ans.On estime aujourd\u2019hui que les bélugas peuvent vivre jusqu\u2019à 60 et même 80 ans.Ces observations ont aussi permis d\u2019étudier les réseaux sociaux formés par les bélugas.On savait déjà que, en été, les mâles vivent séparément des femelles, qui s\u2019occupent des veaux de l\u2019année et des jeunes, en petits troupeaux.« Mais jusqu\u2019à récemment, explique Robert Michaud, on ignorait que des femelles âgées semblent agir comme des chefs de clans matriarcaux, en s\u2019occupant de jeunes qui ne sont pas les leurs.» Ainsi, Slash, qui a eu son dernier veau en 1992, a passé ses dernières années dans le rôle de «grand-tante bienveillante» s\u2019occupant des bébés de femelles plus jeunes.Au passage, on a d\u2019ailleurs repéré des grand-mères.Ainsi Pacalou, connue depuis 1997, a donné naissance à Miss Frontenac en 2004 qui a eu son premier bébé il y a deux ans.Des bélugas qui ont des noms et des histoires individuelles sont une mine d\u2019or pour la science\u2026 et autant de raisons de mieux les apprécier et les protéger.nQS On estime aujourd\u2019hui que ces mammifères peuvent vivre jusqu\u2019à 60 et même 80 ans.Un béluga auquel on donnait 30 ans peut en avoir le double.Dessins de Leone Pippard Un événement du Finale national e Félicitations aux gagn ants ! Cégep de Granby Benjamin Savage, Renaud et Julien Bo urassa Le c a besoin I L L U S T R A T I O N : S O N I A R O Y , C O L A G E N E .C O M ous êtes enfin en vacances! Tous les soucis qui vous accablaient au boulot, quelques jours auparavant, se sont évanouis.Sans horaire ni obligations, vous avez l\u2019impression d\u2019avoir la tête plus légère.Votre intuition est juste : votre cerveau est lui aussi en vacances.Mais attention, il n\u2019est pas oisif pour autant.«Même en vacances, le cerveau reste très actif, mais pas de la même manière que pendant un travail répétitif ou requérant une grande concentration, ce qui lui est très bénéfique», affirme Sylvain Baillet, professeur en neurologie et neurochirurgie à l\u2019Institut et hôpital neurologiques de Montréal.En effet, bien que les neuroscientifiques n\u2019aient jamais comparé les méninges de vacanciers à celles de travailleurs \u2013 une situation plutôt difficile à reproduire en laboratoire \u2013, ils accumulent depuis plus de 20 ans des indices qui suggèrent que le fonctionnement du cerveau se modifie lorsqu\u2019on l\u2019extirpe de la routine métro-boulot-dodo.Ce qui tombe un peu sous le sens, puisque barboter dans la piscine n\u2019exige pas le même effort que rédiger un courriel destiné à des clients.Au travail, on planifie, on mémorise, on organise, on prend des décisions et on «multi- tâche».Le cortex préfrontal, responsable du maintien de l\u2019attention et de la mémoire de travail, est chauffé à blanc.De son côté, en conjugaison avec l\u2019amygdale et l\u2019insula, le cortex cingulaire antérieur bosse très dur pour détecter nos erreurs, transformer nos intentions en actions, résoudre des problèmes et jongler en temps réel avec plusieurs occupations.En prenant la clé des champs, on permet à ces régions cérébrales de souffler un brin.Mais on ne les laisse pas totalement en jachère.On continue d\u2019y faire appel, mais de façon plus Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 17 le ciboulot dans le hamac e cerveau aussi oin de vacances Les neurologues et les psychologues s\u2019entendent: les vacances sont bonnes pour la santé des méninges.Mais afin d\u2019en retirer tous les bénéfices, encore faut-il savoir décrocher.Par Marie Lambert-Chan légère, qu\u2019il s\u2019agisse de lister les objets à mettre dans sa valise ou de se rappeler du trajet menant au chalet.Cela dit, les vacanciers ne passent pas leur temps à organiser et à planifier; ils aiment bien se livrer au farniente.Et c\u2019est précisément là qu\u2019entre en scène le réseau du mode par défaut (RMD).Curieuse expression qui désigne l\u2019activité du cerveau au repos, c\u2019est-à-dire ces instants où il n\u2019est ni à la tâche ni endormi.«Pendant longtemps, on a entretenu des idées préconçues à propos de ce qui se tramait dans le cerveau quand on ne faisait rien, raconte Sylvain Baillet qui dirige également le Centre d\u2019imagerie cérébrale McConnell, à Montréal.On croyait qu\u2019on y observerait peu d\u2019activité ou que cette activité serait confuse et varierait d\u2019un individu à l\u2019autre.Or, avec l\u2019avènement de l\u2019imagerie cérébrale, la communauté scientifique a découvert avec surprise que l\u2019activité au repos du cerveau est aussi intense et éner- givore que lorsque ce dernier est accaparé par une tâche.Elle est également très structurée, couvrant plusieurs régions qui \u201cs\u2019allument\u201d de façon synchronisée et spontanée, dès que le cerveau est inoccupé.Cela survient tous les jours, à tout moment, mais on peut penser que les vacances y sont plus propices.» t que fait-on exactement lorsqu\u2019on flemmarde dans son hamac, absorbé dans son RMD?On rêvasse, on fantasme, on se projette dans le futur, on fait resurgir des souvenirs, on se rejoue des conversations, on passe en revue sa façon de traiter les autres, on replonge dans ses désirs et ses déceptions.On peut même avoir une illumination (que croyez- vous que faisait Archimède dans sa baignoire quand il a crié «Eurêka!»?).Loin d\u2019être une perte de temps, cette forme d\u2019introspection est en fait une habitude très saine.«Il est de plus en plus évident que cette pensée non dirigée est cruciale pour consolider son identité et donner du sens à sa vie, déclare Mary Helen Immordino-Yang, neuroscientifique et psychologue, qui enseigne au Brain and Creativity Institute de l\u2019université de Californie du Sud.Malheureusement, dans le train-train quotidien, nous sommes souvent trop occupés à accomplir une tâche après l\u2019autre, ce qui nous empêche de nous laisser aller à ce que j\u2019appelle une réflexion interne constructive.» Selon elle, la capacité du cerveau à enclencher et à interrompre le RMD, de même que la force de la connectivité entre les régions cérébrales impliquées dans ce réseau, serait associée à un bien-être accru, un quotient intellectuel plus élevé, une ouverture à la nouveauté, une plus grande créativité et de meilleures habiletés 18 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 le ciboulot dans le hamac 2013 17 jours 2014 16 jours 2015 14 jours DE MOINS EN MOINS DE VACANCES AU QUÉBEC «Il est de plus en plus évident que cette pensée non dirigée est cruciale pour consolider son identité et donner du sens à sa vie.» Les grandes régions actives du cerveau dit au repos.Ces réseaux actifs sont quasi-identiques à ceux en fonction lors des tâches de langage, d\u2019attention, de mémoire et de mouvement.Ces images ont été obtenues en analysant des données électrophysiolo- giques recueillies à l\u2019Institut et hôpital neurologiques de Montréal par l\u2019équipe du professeur Sylvain Baillet (photo de droite).Malgré les bienfaits que cela apporte, les travailleurs Québécois prennent de moins en moins la route des vacances.Plus de 1 personne sur 10 reste au travail en été.CROP ET L\u2019ORDRE DES CONSEILLERS EN RESSOURCES HUMAINES AGRÉÉS U N I V E R S I T É M c G I L L de lecture.A contrario, un cerveau qui présente une activité au repos anormale pourrait révéler la présence d\u2019unemaladie neurodégénérative ouneuropsychiatrique, comme la maladie d\u2019Alzheimer, la schizophrénie, un trouble du spectre de l\u2019autisme, un déficit de l\u2019attention ou la dépression.«À partir de là, s\u2019interroge Sylvain Baillet, pourrait-on imaginer que, chez une personne en santé, il y aurait aussi des conséquences à ne jamais laisser libre cours à son RMD et à réprimer les régions cérébrales que ce dernier sollicite?Pour le moment, on ne le sait pas.» En revanche, on sait que l\u2019absence de vacances a des répercussions psychologiques et physiologiques nocives : stress, anxiété, problèmes cardiaques, insomnie, difficultés de concentration et de mémoire, fatigue et, au bout du compte, épuisement professionnel.«Toutes les études sur la récupération démontrent que le détachement psychologique par rapport au travail est important pour la santé mentale, note Jacques Forest, psychologue et professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Tout comme la vie est faite de cycles d\u2019éveil et de sommeil, il faut aussi une alternance entre les périodes de travail et les pauses, où l\u2019on peut penser à autre chose.» Le danger, c\u2019est que les travailleurs ne sentent pas toujours l\u2019usure s\u2019installer.«Ils sont comme la grenouille qui reste dans la marmite, alors que l\u2019eau devient de plus en plus chaude, jusqu\u2019à ce qu\u2019elle s\u2019ébouillante, fait remarquer Julie Ca- rignan, associée principale chez SPB Psychologie organisationnelle, à Longueuil.C\u2019est un piège, même pour ceux qui fi- Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 19 Besoin de vitamine N?n séjour dans la nature, si court soit-il, pourrait faire un bien fou à votre cerveau.«De plus en plus d\u2019études démontrent en effet que le contact avec la nature stimule les sens et accroît l\u2019acuité mentale, la créativité et l\u2019habileté à discerner des motifs cohérents là où d\u2019autres ne voient que le chaos», affirme le journaliste états- unien Richard Louv qui consacre sa carrière à ce qu\u2019il a baptisé le nature deficit disorder, expression qu\u2019on pourrait traduire librement par « trouble déficitaire lié à une carence en nature» .«Ce n\u2019est pas un vrai diagnostic médical, mais plutôt un terme qui décrit les conséquences de notre aliénation par rapport à la nature.L\u2019urbanisation de notre environnement, la peur de l\u2019étranger, la circulation automobile et la technologie ne sont que quelques-uns des facteurs qui nous confinent à l\u2019intérieur, particulièrement les enfants qui n\u2019ont jamais aussi peu joué dehors», dit l\u2019auteur qui a écrit trois livres à ce sujet, dont le dernier, Vitamin N, vient tout juste de sortir en librairie (Algonquin Books).Aux quatre coins de la planète, des scientifiques s\u2019intéressent au pouvoir de Dame Nature sur notre matière grise.En Corée du Sud \u2013 un pays qui a créé des forêts thérapeutiques pour aider autant les victimes de stress post-traumatique que les cancéreux \u2013, des chercheurs ont observé que le visionnement de scènes urbaines accélère le débit sanguin dans l\u2019amygdale, une zone cérébrale qui exerce un contrôle sur la peur et l\u2019anxiété.Les images évoquant la nature éveillent plutôt les cortex cingulaire antérieur et insulaire, associés à l\u2019empathie et l\u2019altruisme.Aux États-Unis, dans les années 1980, deux psychologues de l\u2019université du Michigan ont élaboré la théorie de la restauration de l\u2019attention.Selon eux, l\u2019environne - ment naturel exerce sur nous une fascination douce et apaisante qui exige moins d\u2019efforts cognitifs que le milieu urbain, où les distractions et les bruits en tout genre épuisent notre attention.Cela explique peut-être pourquoi d\u2019autres chercheurs ont remarqué que les enfants aux prises avec un trouble déficitaire de l\u2019attention ont plus de facilité à se concentrer quand ils sont entourés d\u2019arbres et d\u2019animaux.D\u2019autres études ont démontré qu\u2019une balade dans un secteur urbain achalandé peut conduire à la rumination et à la mauvaise humeur, en plus d\u2019affaiblir l\u2019attention et la mémoire de travail.Une promenade effectuée dans la nature a l\u2019effet inverse.En d\u2019autres mots, une balade en forêt, une journée à la mer ou même un après- midi au parc suffisent à détendre le cerveau.«Un peu de temps passé dans la nature est mieux que rien, et plus on en passera, mieux on s\u2019en portera», conclut, pragmatique, Richard Louv.U N I C O L A S M C C O M B E R / I S T O C K P H O T O nissent par s\u2019accorder des vacances.Ils sont si épuisés qu\u2019ils tombent malades et que leurs vacances deviennent une convalescence.Ils se privent alors des bienfaits d\u2019une vraie pause, par exemple prendre du recul, faire le plein d\u2019énergie et avoir de nouvelles idées.» algré les preuves scientifiques, les travailleurs québécois prennent de moins en moins la route des vacances.Ou, s\u2019ils le font, ils ne décrochent pas vraiment, car ils persistent à rester en lien avec leur emploi ou à apporter du boulot.C\u2019est la tendance qui se dégage de l\u2019édition 2015 du sondage annuel mené par la firme CROP et l\u2019Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.Il révèle que les Québécois prennent en moyenne 2 se mai nes de vacances alors que ce nombre était de 2,3 en 2013.Plus de 1 individu sur 10 reste au bureau tout l\u2019été et 2 employés sur 5 sont incapables de couper les ponts avec leur organisation.Pourtant, la Loi sur les normes du travail stipule qu\u2019un employé ayant un an ou plus d\u2019ancienneté a droit à au moins deux semaines de vacances payées par année.«C\u2019est très triste, commente Jacques Forest.Il y a une idée largement répandue voulant que, en travaillant plus, on performe davantage.Or, il n\u2019y a rien de plus faux.» Ce spécialiste de la psychologie de la performance donne en exemple les athlètes olympiques qui se font un devoir d\u2019inclure le repos dans leur routine.«Prenez les skieurs acrobatiques, dit-il.Pour eux, une bonne journée de travail équivaut à trois ou quatre descentes.Pas 150! Que font- ils, le reste du temps?Massothérapie, étirement, réchauffement, alimentation, hydratation, sieste.Pourquoi en irait- il autrement pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde?» On en est peut-être rendu à un point où il faut réapprendre l\u2019art de se reposer, soulève Sylvain Baillet.«Sans tomber dans le \u201cmysticisme\u201d, je pense qu\u2019on peut entraîner son cerveau à se décon- 20 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 le ciboulot dans le hamac LA RECHERCHE NOTRE MOTEUR.Consultez l\u2019actualité scienti?que de l\u2019ÉTS sur substance.etsmtl.ca SUBSTANCE ÉTS Suivez-nous «Pour devenir un pro du repos, il ne suffit pas de s\u2019exercer une fois par année pendant la belle saison.Il faut décompresser tous les jours.» M A R T I N E D O U C E T / I S T O C K P H O T O necter du travail, ce qui \u2013 je le conçois \u2013 exige une certaine discipline», dé- clare-t-il en ajoutant que les organisations ont aussi leur rôle à jouer en incitant leurs employés à prendre des pauses sous toutes leurs formes, depuis la «microsieste» jusqu\u2019à l\u2019année sabbatique.Comment arrive-t-on à mettre son cerveau en mode vacances?Les recherches en psychologie organi sation - nelle indiquent qu\u2019une récupé ration pleine et entière passe par le détachement psychologique et le changement d\u2019activation.Autrement dit, il faut s\u2019adonner à une activité plaisante qui change les idées.Laquelle?Il y a autant de réponses qu\u2019il y a d\u2019individus.«Pour moi, c\u2019est le vélo ou le ski, raconte Jacques Forest.Quand je pratique ces sports, je ne pense à rien d\u2019autre.» Car le véritable «tue-vacances», c\u2019est la rumination, un état où l\u2019on ressasse les mêmes pensées.Et cet état peut être induit\u2026 par le fameux RMD! En effet, entre la rêvasserie et la mélancolie, il n\u2019y a qu\u2019un pas.«En songeant beaucoup à soi, on peut en venir à broyer du noir, reconnaît Mary Helen Immordino-Yang.Pour éviter cet écueil, il faut s\u2019occuper l\u2019esprit.mais pas trop! Une réunion entre amis, une promenade, un bon bouquin sont d\u2019excellents antidotes.» Pour devenir un pro du repos, il ne suffit pas de s\u2019exercer une fois par année pendant la belle saison.«Il faut décompresser tous les jours», recommande Jacques Forest.C\u2019est d\u2019autant plus important que différentes études démontrent que les bénéfices psychologiques des vacances annuelles sont temporaires : ils disparaissent déjà, un ou deux jours après le retour au travail.Chez les plus chanceux, les effets se prolongent jusqu\u2019à quatre semaines.«Avec l\u2019espérance de vie qui augmente et les carrières qui se prolongent, il faut absolument trouver des moyens pour mieux équilibrer les périodes de travail et de repos afin d\u2019avoir une vie personnelle et professionnelle épanouie», estime Jacques Forest.Et, conséquemment, un cerveau en meilleure santé.?QS Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 21 SEVRAGE NUMÉRIQUE u cours des dernières années, la multiplication des écrans et la tendance à l\u2019hyper-connectivité ont poussé certains à pratiquer des «détox» numériques; des sevrages de quelques jours, voire de quelques semaines, où les téléphones intelligents, les textos, les réseaux sociaux et Internet sans fil sont proscrits.Leur argument: se débrancher permet de mieux se reconnecter à soi-même.La plupart profitent évidemment de la période des vacances pour s\u2019imposer cette cure.Qu\u2019en pensent les scientifiques?Tous les experts interrogés dans le cadre de cet article s\u2019entendent pour dire que ce ne sont pas les bidules électroniques qui posent problème, mais davantage les motivations de leurs utilisateurs.« Je recommanderais une telle détox à une personne qui consulte compulsivement son téléphone tous les soirs pour répondre à ses courriels afin de s\u2019attirer les bonnes grâces de son patron.Mais je ne le conseillerais pas à une personne en vacances qui utilise sa tablette pour réaliser des vidéos-souvenirs ou regarder des films avec ses enfants», illustre Jacques Forest.En fait, il faudrait plutôt prôner une détox du boulot.Malheureusement, pour plusieurs, il est désormais difficile, voire impossible, de « tirer la plogue» .«Le monde du travail est beaucoup plus complexe et ambigu qu\u2019il ne l\u2019était, explique la psychologue Julie Carignan, de SPB psychologie organisationnelle, qui voit passer dans son bureau bien des gestionnaires qui ont du mal à décrocher.Il est devenu ardu d\u2019organiser son emploi du temps de manière à partir la tête en paix, soit parce qu\u2019il n\u2019y a pas de collègue clairement identifié à qui on peut déléguer ses dossiers, soit parce que les projets en cours n\u2019ont pas un début et une fin précis.Résultat : on remet sans cesse ses vacances à plus tard ou on part avec l\u2019intention de consulter ses textos et ses courriels pour être sûr de ne rien manquer.» Pour se sortir de cette impasse, la psychologue recommande de planifier autant que possible son départ et, en cas d\u2019urgence, d\u2019offrir un mode de communication moins envahissant que son cellulaire personnel, par exemple le numéro de téléphone de son hôtel ou celui d\u2019un intermédiaire de confiance qui agira comme messager.A J E A N J U L L I E N Il nous est tous arrivé de découvrir des champignons au hasard d\u2019une promenade en forêt.Chaque fois, c\u2019est comme une surprise.Sont- ils donc rares?Loin de là! En réalité, les champignons sont omniprésents.C\u2019est parce qu\u2019ils sont sous terre qu\u2019ils nous semblent rares.Les pleurotes, les bolets, les morilles qu\u2019on cueille pour la cuisine ne sont qu\u2019une petite partie de l\u2019organisme qui émerge en surface.Le reste est sous nos pieds et c\u2019est gigantesque.Dans chaque décimètre cube de sol, on trouve des mètres de filaments plus fins que de la soie d\u2019araignée.C\u2019est du mycélium, c\u2019est-à-dire l\u2019être vivant proprement dit.Sous un seul mètre carré de prairie, le mycélium présent dans le sol, si on l\u2019étalait, pourrait dépasser 100 mètres carrés! On connaît mal les champignons.Pourtant, vous dites qu\u2019ils sont génétiquement proche de nous! Évolutivement parlant, les champignons sont, en effet, plus près de nous que les plantes.Au cours du temps, les premiers êtres vivants se sont divisés en deux groupes : le premier, ce sont les plantes.Le second s\u2019est subdivisé pour donner, d\u2019une part, les champignons et, d\u2019autre part, les ancêtres des animaux.Comme nous, ils sont dépourvus de chlorophylle et ne pratiquent pas la photosynthèse.Et comme nous, ils stockent les glucides sous forme de glycogène.La vie a commencé dans l\u2019eau, mais sans les champignons; son émergence aurait été impossible sur la terre ferme.Après l\u2019apparition des continents à la suite de l\u2019activité volcanique, le sol était minéral et stérile.La pluie et le vent ont érodé les continents et des sédiments se sont accumulés auxmarges continentales.Mais ces sédiments ne pouvaient pas supporter les premières plantes, il fallait encore «préparer le terrain», ce que les champignons ont fait.Les champignons ont la capacité de sécréter des acides organiques.Aux premiers temps de la Terre, ils sont sortis de l\u2019eau, ont attaqué la roche et dissous les sédiments, une molécule à la fois, ce qui a rendu les minéraux accessibles aux plantes.Puis, après leur mort, leurs restes ont contribué à l\u2019apparition des premiers sols meubles.Les plantes n\u2019ont pu sortir de l\u2019eau à leur tour qu\u2019une fois ce travail accompli, il y a près de 500 millions d\u2019années.Aujourd\u2019hui, c\u2019est aussi grâce à eux si la matière morte peut être métabolisée et redevenir disponible dans les cycles biogéochimiques nécessaires à la vie.Un arbre mort, un cadavre d\u2019insecte, tout ça finit par disparaître et être réutilisé grâce aux champignons qui les digèrent doucement.Ils sont, depuis tout ce temps, le système digestif de la Terre.Mais comment, vivant sur des sédiments stériles et incapables de faire la photosynthèse, ont-ils pu survivre sans source de carbone?En s\u2019associant avec des algues qui pou- 22 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 Dites «champignon» et la plupart des gens pensent moisissure, gâterie hallucinogène ou garniture à pizza.Mais pour J.André Fortin, ils sont à la base de la vie sur Terre et les sciences biologiques sous-estiment leur rôle depuis trop longtemps.Retraité de l\u2019Université Laval depuis quelques années, le biologiste forestier, aussi directeur-fondateur de l\u2019Institut de recherches en biologie végétale de l\u2019Université de Montréal, a consacré sa carrière de chercheur à comprendre la biologie des champignons, et sa carrière de professeur à diffuser ce savoir.Aujourd\u2019hui, il s\u2019emploie, sur toutes les tribunes possibles, à aviver l\u2019intérêt des scientifiques pour ce monde méconnu.À la clé, une meilleure agriculture et une meilleure foresterie.Propos recueillis par Joël Leblanc «TOUS LES PRINCIPES DE L\u2019AGRICULTURE MODERNE ONT ÉTÉ DÉVELOPPÉS ET SONT APPLIQUÉS COMME SI LES MYCORHIZES N\u2019EXISTAIENT PAS.IL FAUT REPENSER LES PRA TIQUES AGRICOLES.» DOSSIER PLANÈTE CHAMPIGNONS Passionné de spores vaient la réaliser.Cette association donne un lichen, c\u2019est-à-dire un organisme symbiotique constitué de deux organismes distincts.Grâce à la lumière, l\u2019algue fabrique par photosynthèse des sucres qui nourrissent le champignon, lequel, à son tour, absorbe l\u2019eau et les minéraux de l\u2019environnement puis les fournit à l\u2019algue.Par ce troc, les deux peuvent vivre n\u2019importe où et survivre dans à peu près toutes les conditions.Les premiers organismes à coloniser la terre ferme ont été des lichens.Des espèces biologiquement différentes se seraient donc associées pour arriver à se développer.Mais la biologie ne nous dit-elle pas que le moteur de l\u2019évolution est la compétition?Si la compétition est un moteur évolutif efficace à l\u2019échelle des individus et des espèces, la symbiose, elle, permet de passer à des niveaux supérieurs.Des êtres très différents se complètent et arrivent à réaliser des choses qu\u2019aucun d\u2019eux n\u2019aurait pu faire indépendamment.Les algues et les champignons se sont associés pour coloniser le sol brut sous for - me de lichens.Par la suite, c\u2019est l\u2019association des gymnospermes (dont les co ni fères) avec les mycorhizes \u2013 des champignons qui vivent sur les racines des arbres \u2013, qui a permis l\u2019essor des premières forêts au Dévonien, il y a plus ou moins 400 millions d\u2019années.Puis d\u2019autres associations mycorhiziennes ont permis le peuplement des montagnes par d\u2019autres arbres\u2026 Les mycorhizes, justement, ont été au cœur de toute votre carrière de chercheur.Qu\u2019avez- vous découvert?J\u2019ai constaté à quel point la symbiose des plantes avec les mycorhizes est fondamentale et universelle.Les racines d\u2019à peu près toutes les plantes du monde hébergent des mycorhizes.La plante fournit au champignon souterrain du sucre qu\u2019elle fabrique par photosynthèse; jusqu\u2019à 30% des produits de la photosynthèse peuvent être destinés aux mycorhizes.En échange, le champignon apporte à la plante des minéraux et de l\u2019eau.Les racines d\u2019un arbre, aussi ramifiées soient-elles, n\u2019ont pas une si grande surface de contact avec le sol.Mais la symbiose avec les longs et nombreux filaments du mycélium d\u2019un champignon accroît la surface totale d\u2019échange à laquelle l\u2019arbre a accès indirectement.Les mycorhizes sont non seulement très répandues, mais elles ont toujours été là: les plantes et les champignons ont Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 23 L O U I S E B I L O D E A U «MALHEUREUSEMENT, LES BIOLOGISTES ÉTUDIENT ENCORE L\u2019ARBRE EN TANT QU\u2019ÊTRE INDÉPENDANT, SANS SES MYCORHIZES, ALORS QUE LE CHAMPIGNON TRANSFORME EN PROFONDEUR SA BIOLOGIE.» «Il faut réaliser toute l\u2019importance du rôle des champignons.La formation des biologistes, au pays, néglige tout un pan de l\u2019histoire de la vie sur Terre et de son fonctionnement actuel.C\u2019est cela qu\u2019il faut maintenant corriger», dit le professeur J.André Fortin. évolué de concert depuis toujours.Malheureusement, les biologistes étudient encore l\u2019arbre en tant qu\u2019être indépendant, sans ses mycorhizes, alors que le champignon transforme en profondeur sa biologie.Par exemple, la proline, un acide aminé qui joue un rôle dans la résistance à la sécheresse, est produite plus abondamment dans une plante myco- rhizée.En fait, tout le protéome \u2013 l\u2019ensemble des protéines \u2013 s\u2019en trouve modifié.En présence de champignons, certaines substances apparaissent dans la plante; d\u2019autres sont amplifiées; d\u2019autres disparaissent.De telles connaissances ont-elles modifié notre approche de l\u2019agriculture?Les agronomes ont le même problème que les biologistes : ils ont toujours considéré les céréales et les légumes comme des plantes qui poussent en solo.Tous les principes de l\u2019agriculture moderne ont été développés et sont appliqués comme si les mycorhizes n\u2019existaient pas.Il faut repenser les pra tiques agricoles.Les recherches démontrent des augmentations de rendement lorsque les plantes poussent avec leurs mycorhizes.Malgré cela, rien n\u2019est fait pour les favoriser; au contraire, elles les déciment, notamment par le labourage intensif.En respectant l\u2019alliance entre racines et mycorhizes, on augmente la résistance aux maladies \u2013 on peut donc utiliser moins de pesticides \u2013, la résis tance aux stress environnementaux \u2013 on obtient donc des plants plus vigoureux \u2013, la résistance à la déshydratation et le rendement à l\u2019hectare \u2013 donc plus besoin d\u2019autant d\u2019engrais\u2026 De plus, on a découvert comment cultiver les mycorhizes en laboratoire, puis en usine, et il est maintenant possible de fournir aux agriculteurs de l\u2019inocu- lum, c\u2019est-à-dire des mycorhizes sélectionnées et performantes, pour enrichir leurs terres sur des centaines de milliers d\u2019hectares en même temps qu\u2019ils y font croître leurs plants.Les gains en production sont significatifs.Sans compter que ça coûte moins cher en engrais et en pesticides.Cette année, au Canada, la superficie cultivée avec mycorhizes atteint 600 000 hectares.Pourquoi, alors, ces pratiques ne sont-elles pas encore généralisées?Je suis un biologiste forestier.Lorsque je venais mettre mon nez dans le do - maine agricole, on me disait de retourner à mes forêts\u2026 Travailler avec les champignons exige une formation en mycologie que les agronomes ne reçoivent pas.C\u2019est seulement récemment qu\u2019on a commencé à me prêter une oreille attentive; c\u2019est-à-dire depuis que d\u2019autres chercheurs, ailleurs, ont commencé à obtenir des résultats similaires aux miens.Heureusement, les agriculteurs sont plus ouverts aux essais.Ils n\u2019ont pas les œillères des scientifiques formés dans un moule.L\u2019agri culture durable passera par cet outil biologique insoupçonné qu\u2019est le champignon.Vous vous intéressez aussi au fait que les champignons peuvent absorber du CO2 sans photosynthèse.Pour construire leur paroi cellulaire, les champignons sont enmesure d\u2019utiliser le gaz carbonique de l\u2019air comme source de carbone structurel.Et ils font ça sans chlorophylle!Dans la perspective de l\u2019augmentation actuelle de la concentration de CO2 atmosphérique \u2013 il y en a déjà 35% de plus qu\u2019il y a 100 ans \u2013, il y a lieu de se demander comment ça influencera les champignons.Tout porte à croire qu\u2019ils pourraient augmenter leur croissance et se développer sans prévenir.Déjà, je soupçonne qu\u2019un phénomène semblable pourrait être en jeu dans les problèmes de moisissures de nos écoles primaires.Les enfants ont un métabolisme plus élevé que le nôtre et l\u2019air des écoles est plus riche en gaz carbonique que l\u2019air atmosphérique.Sans une ventilation adéquate, les niveaux de CO2 demeurent élevés et favorisent le développement des champignons.Mais ce ne sont quemes intuitions quime suggèrent cette hypothèse.Le Québec passe-t-il à côté d\u2019une source importante de revenus en négligeant ses champignons?Savez-vous que des Français viennent déjà ici pour en cueillir?Le potentiel commercial des champignons est gigantesque dans la forêt québécoise.Prenez les morilles de feu, des champignons recherchés qui poussent souvent après un incendie de forêt.En 2013, de nombreux feux ont ravagé le nord du Québec, notamment à la baie James.Des milliers de tonnes de champignons ont poussé là-haut, l\u2019équivalent de dizaines de millions de dollars, et personne ne les a récupérés.Autre exemple : nous avons 500 000 hectares de plantations d\u2019épinette blan - che au Québec, le terrain idéal pour la culture du cèpe.Plusieurs milliers de tonnes de cèpes pourraient y être cultivées, si l\u2019on s\u2019y mettait.Ou encore les chanterelles qui poussent dans les sapinières à bouleau blanc, un habitat typique de la forêt gaspésienne.La superficie inhabitée de cette région offre un potentiel de production phénoménal, colossal.Et il y a un marché en attente pour des truffes du Québec.Bref, on a recensé 2 437 espèces de champignons dans la province.Ce n\u2019est pas rien.Il faut apprendre à gérer cette ressource.Dans la région de Castille-et-León, en Espagne, l\u2019industrie du champignon génère 65 millions d\u2019euros par an [NDLR: environ 94 millions de dollars], dont 20 millions en «mycotou- risme», dans un territoire deux fois plus petit que la Gaspésie! On y trouve 32 usines de conditionnement des champignons pour les cueilleurs commerciaux.Pourquoi pas ici?Maintenant que vous êtes à la retraite, quel est votre souhait?Qu\u2019on réalise toute l\u2019importance du rôle des champignons.Les universités au Canada où des mycologues donnent de vrais cours de mycologie sont des exceptions.La formation des biologistes, au pays, néglige tout un pan de l\u2019histoire de la vie sur Terre et de son fonctionnement actuel.C\u2019est cela qu\u2019il faut maintenant corriger.Les champignons sont partout et ils ont un rôle écologique immense.Sans eux, pas de vie végétale, donc pas de vie tout court.?QS Pour en savoir plus: Les mycorhizes \u2013 l\u2019essor de la nouvelle révolution verte.J.André Fortin, Christian Plenchette, Yves Piché, Éditions MultiMondes, 2015.24 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 PlanÈte champignons «L\u2019AGRI CULTURE DURABLE PASSERA PAR CET OUTIL BIOLOGIQUE INSOUPÇONNÉ QU\u2019EST LE CHAMPIGNON.» l\u2019été 2013, 185 000 hectares de forêt sont ravagés par les flammes à près de 250 km au nord de Chibougamau.L\u2019année suivante, à la mi-juin, la morille de feu abonde dans les parcelles ciblées par Jean-François Bourdon, étudiant à la maîtrise en foresterie à l\u2019Université Laval, et son équipe.En 19 jours de récolte et de prise de données scientifiques sur le terrain, les chercheurs ont récolté 202 kg de morilles fraîches, d\u2019une valeur totale de près de 7 000 $.«Après avoir discuté avec plusieurs cueilleurs, j\u2019ai estimé à 1 500 kg au plus la quantité de morilles de feu cueillies en 2014 au Québec, évalue M.Bourdon qui étudie ce champignon depuis 2011.C\u2019est hasardeux de se lancer dans de grandes estimations, mais des milliers de tonnes ont certainement été laissées au sol, considérant que les cueilleurs n\u2019ont exploré qu\u2019une infime partie du territoire disponible.» À 35$ le kilogramme, ce sont donc des centaines de millions de dollars qui ont pourri en forêt.Manque de chemins forestiers pour accéder aux sites d\u2019incendies, manque d\u2019informations sur les bons secteurs de récolte, manque de cueilleurs bien renseignés, plusieurs raisons ont été invoquées pour expliquer ces pertes.Afin de bien cibler la morille, il faut d\u2019abord savoir où elle se cache avant que le feu ne la fasse sortir.J.André Fortin, biologiste retraité du Centre d\u2019études sur la forêt de l\u2019Université Laval, rappelle que la morille est un organisme nécrosophage.«Ce champignon forme de petites structures, des microsclérotes, dans les horizons profonds du sol où le pH se situe entre 5,5 et 5,7.Il se nourrit alors de petits bouts de racines qui meurent dans le sol.Lorsque survient un incendie, des tonnes de racines mortes sont alors disponibles, ce qui fait émerger les morilles», explique-t-il.Jean-François Bourdon souligne que les morilles émergent seulement lorsque le feu est assez intense pour brûler sérieusement le sol, comme c\u2019est le cas en juin ou en juillet.«Lorsque les feux surviennent au printemps, le sol est encore gelé et ne brûle pas en profondeur.Mais plus l\u2019été avance et plus le sol est sec.» Pour faciliter la cueillette, le chercheur a mis au point un outil cartographique qui permet de prédire l\u2019émergence des morilles de feu.«Grâce à la télédétection, dit-il, j\u2019identifie les sites qui présentent un meilleur potentiel.» Pour ce faire, il utilise les photos satellites du U.S.Geological Survey (USGS) des États-Unis et analyse les forêts avant et après un incendie.Afin de déterminer l\u2019intensité du brûlage au sol, précise-t-il, il utilise particulièrement les bandes situées dans l\u2019infrarouge et non celles de la lumière visible.Les hypothèses du chercheur se sont confirmées sur le terrain car, d\u2019après les données récoltées, on retrouve plus de morilles où le sol a brûlé plus intensément; il devient donc possible de produire une carte de probabilité de présence de la morille.L\u2019outil permettra d\u2019éliminer rapidement les sites de feux les moins intéressants pour mieux orienter la cueillette, car la récolte de la morille nécessite une très grosse organisation.Pour rentabiliser les investissements dans les régions isolées, où se produisent la majorité des incendies, les cueilleurs doivent s\u2019installer en forêt pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines, en complète autonomie.(G.R.) Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 25 Le mystère de la morille de feu Un an après un incendie de forêt, la morille de feu pullule\u2026 mais pas tout le temps.Comment prédire sa présence et favoriser la récolte?À Jour de récolte de morilles avec François Bourdon, Franck Tuot et Claude Paradis, à 250 km au nord de Chibougamau.G U I L L A U M E R O Y hanterelle, morille, champignon homard, pied-de- mouton, bolet, matsutake, armillaire ventrue\u2026 Les Québécois commencent enfin à découvrir les délices de leurs sous-bois.«On compte au- jourd\u2019hui 14 cercles mycologiques au Québec et toute une communauté de scientifiques bénévoles qui ont identifié plus de 2 450 espèces sur le portail de Mycoquébec, se réjouit le biologiste J.André Fortin.Aussi, plus de 100 entreprises commercialisent maintenant chez nous des produits forestiers non ligneux (PFNL) \u2013 champignons, plantes, noix et fruits sauvages retrouvés en forêt.C\u2019est un essor sans précédent!» Mais comment, parmi les 3 000 espèces de champignons forestiers, distinguer la dizaine qui sont savoureux et comestibles?Le «mycotourisme» fait partie de la réponse.Dans toutes les régions du Québec, des «myco-entrepreneurs»misent désormais sur les touristes, comme le fait Amyco champignons sauvages, dans Charlevoix.«Tous les samedis, on offre des sorties d\u2019initiation à la cueillette.L\u2019intérêt est grandissant.C\u2019est que de plus en plus de gens souhaitent entrer en relation avec la nature; la cueillette sauvage est une bonne façon d\u2019y parvenir», soutient Anthony Avoine Giguère, 26 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 C Le boom du mycotourisme Une nouvelle ère s\u2019ouvre au Québec, celle du champignon! Les amateurs se réjouissent, les entrepreneurs applaudissent, les régions s\u2019enrichissent.Quant aux projets et aux succès scientifiques, eh bien ils poussent comme\u2026 vous savez quoi.Par Guillaume Roy PlanÈte champignons biologiste et propriétaire d\u2019Amyco qui a accueilli une centaine de mycologues en herbe, l\u2019an dernier.Même son de cloche au domaine Gourmet sauvage, à Saint-Faustin\u2013Lac- Carré, dans les Laurentides, où plus de 200 personnes assistent aux ateliers de cueillette organisés chaque année.«Les cours sont pleins et on a de bonnes listes d\u2019attente.De plus en plus de gens veulent apprendre à cueillir les champignons forestiers», se réjouit Gérald LeGal, un pionnier de la commercialisation des champignons forestiers, qui a lancé son entreprise en 1993.Mais le mycotourisme ne fait pas l\u2019affaire que des entrepreneurs.En dynamisant l\u2019arrière-pays forestier, il fait bénéficier de ses retombées économiques des régions entières, estime Marie- France Gévry, biologiste à la faculté de foresterie, de géographie et de géoma- tique de l\u2019Université Laval et administratrice de l\u2019Association pour la commercialisation des produits forestiers non ligneux (ACPFNL).Dans la région de Kamouraska, par exemple, élus, citoyens et gens d\u2019affaires ont décidé de mettre leurs efforts en commun pour faire de l\u2019industrie du champignon, depuis la forêt jusqu\u2019à la table, un levier de développement régional.Leur «stratégie champignon», officiellement lancée en 2013, exigeait en ce sens de stimuler l\u2019émergence d\u2019entreprises mycologiques, de former des équipes de guides et d\u2019inciter les restaurants et les hôtels à prendre le virage champignon, explique Pascale G.Malenfant, professionnelle de recherche et chargée du projet chez Biop- terre, un centre de valorisation des bioproduits.Trois ans plus tard, continue-t-elle, la stratégie commence à porter ses fruits : «Ainsi, la Pourvoirie des Trois Lacs, à Saint-Bruno-de-Kamouraska, a formé 300 personnes à la cueillette, l\u2019an dernier.La fréquentation augmente de 35% chaque année et près de la moitié des touristes proviennent de l\u2019extérieur de la région.» De plus, un atelier de conditionnement achète les champignons des cueilleurs, six restaurants ont désormais des champignons au menu et sept bou- Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 27 DES CHAMPIGNONS EN VILLE Montréal n\u2019échappe pas à la fièvre des champignons.La Mycoboutique, qui se décrit comme le marché général du champignon, initie plus de 600 personnes par an.Mais il n\u2019y a pas que la cueillette.La restauration fait aussi partie intégrante du mycotourisme et les chefs du Québec sont nombreux à faire la promotion des champi - gnons du terroir.«Il y a 10 ans, il n\u2019y en avait presque pas.Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a pas un restaurant qui se respecte sans champignons au menu», note Pierre Noël, propriétaire de la Mycoboutique.PRÉPAREZ VOS PANIERS! Quelques suggestions d\u2019endroits où s\u2019informer pour organiser une sortie champignons.Filière mycologique de la Mauricie mycomauricie.com Mycotourisme Kamouraska www.mycotourismekamouraska.com Mycoboutique, Montréal www.mycoboutique.com Parc régional du Massif du Sud\u2013 Chaudière-Appalaches massifdusud.com/initiation-a-la-cueillette- des-champignons/ Amyco champignons sauvages, Charlevoix www.amyco.ca Forêt Montmorency www.foretmontmorency.ca/fr/activites/autres- activites/de-la-foret-a-l-assiette-champignons/ Champignon boréal, Saguenay www.facebook.com/champignonboreal Aventure Myco Boréale, Mashteuiatsh www.facebook.com/aventuremyco Faune en Nord, Chibougamau www.faunenord.org Écogîtes du lac Matagami www.ecogiteslacmatagami.ca e La Mycoboutique tiques en vendent au grand public.Pour assurer la stabilité sur les marchés, un réseau de producteurs de champignons est en voie de formation.«C\u2019est plus que du mycotourisme.C\u2019est une économie qui émerge!» résume fièrement Pascale G.Malenfant.Le champignon est même en train de devenir une fierté régionale.En septembre dernier, plus de 500 personnes se sont déplacées pour participer au premier Festival des champignons forestiers du Kamouraska.Au programme : cueillette en forêt, kiosques mycologiques, dégustation de champignons et démonstrations culinaires, et même atelier de teinture à base de champignons! «C\u2019était au-delà de nos espérances, surtout pour un festival organisé en unmois», mentionne PerleMorency, propriétaire du café-bistro Côté Est, qui a organisé l\u2019événement conjointement avec Biopterre, et qui travaille déjà à sa deuxième édition : «Nous sommes en train de nous créer une identité culinaire régionale», croit-elle.Les mycologues de Kamouraska ont pris pour modèle la province de Cas- tille-et-León, en Espagne, connue pour être la référence mondiale en mycotou- risme.Sur un territoire forestier de 27 000 km2, presque 30 fois plus petit que celui des forêts de tout le Québec (761 100 km2), il se cueille annuellement 27 000 tonnes de champignons, et la majorité des restaurants les mettent au menu.Près du tiers des revenus sont générés par le secteur récréatif et plus de la moitié de la population rurale dépend de cette activité.La forêt y est même aménagée pour favoriser la production de champignons.Également inspirés par le modèle espagnol, des intervenants socioécono- miques de la Mauricie, cette fois, souhaitent mettre le champignon en vedette pour en faire un produit d\u2019appel touristique, fait savoir Patrick Lupien, ingénieur forestier et coordonnateur de la Filière mycologique de la Mauricie, une initiative qui a vu le jour en 2014 sous le leadership du Syndicat des producteurs de bois de laMauricie (SPBM).Depuis 2 ans, plus de 500 personnes ont suivi une formation d\u2019initiation de 1 journée donnée par les différentes entreprises de la Filière, rappelle M.Lu- pien.Mais, cet été, c\u2019est une gamme complète d\u2019activités mycotouristiques qui est offerte avec le projet La route des champignons.«Des forfaits incluent la cueillette, la cuisine, des repas gastronomiques et l\u2019hébergement.Il y a un très fort engouement, chez les épicuriens, pour des aliments santé produits près de chez soi», dit-il.red Chappuis, un chef à domicile basé à Trois-Ri- vières a donné un atelier de mise en valeur des champignons forestiers à plus d\u2019une vingtaine de chefs de la Mauricie.«C\u2019est vraiment génial, pour un cuisinier, de travailler avec les ressources du terroir, surtout le champignon crabe, qu\u2019on trouve seulement en Amérique du Nord», dit-il.Pour se positionner comme leader de l\u2019industrie au Québec, la Mauricie souhaite former tout un écosystème d\u2019entreprises pour stimuler le tourisme, mais aussi la cueillette, la transformation et la commercialisation des produits.C\u2019est pourquoi la Filièremycologique travaille sur l\u2019implantation de la première usine de transformation commerciale de champignons au Québec.Si tout va comme prévu, l\u2019usine, d\u2019une valeur estimée à F LE CHAMPIGNON HOMARD Avez vous déjà aperçu un gros champignon orange et difforme en bordure d\u2019un sentier?Si cela vous arrive, ramassez-le, il pourrait s\u2019agir de l\u2019un des très bons champignons comestibles au Québec.Parce que son nom officiel \u2013 dermatose des russules \u2013 fait penser plus à une maladie de peau qu\u2019à un trésor gastronomique, on préfère le commercialiser sous l\u2019appellation «champignon homard», «champignon crabe» ou encore «russule orangée».Mais sachez que c\u2019est en fait la russule à pied court qui est parasitée par un autre champignon Hypomocès lactiflorum.Plus le champignon est infesté, plus sa couleur, initialement blanche, devient orangée.Geneviève Laperrière, étudiante au doctorat à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, travaille dans le cadre d\u2019un projet de recherche afin de déterminer comment un champignon au goût médiocre peut ainsi devenir aussi savoureux.AUGMENTER LA PRODUCTION DE CÈPES DANS LES PLANTATIONS Dans de bonnes conditions, une plantation d\u2019épinettes peut produire plus de 30 kg de bolets par hectare \u2013 une valeur annuelle de 600 $/ha \u2013, ce qui permettrait d\u2019améliorer les revenus tirés de forêts privées.Des recherches sont nécessaires pour identifier quels aménagements pourraient stimuler la croissance des différents bolets prisés par les gastronomes, dont le cèpe d\u2019Amérique, croit Marie-France Gévry, biologiste à l\u2019Université Laval et administratrice de l\u2019Association des produits forestiers non ligneux du Québec (ACPFNL).A L E X P O T E M K I N / I S T O C K P H O T O G U I L L A U M E R O Y entre 750 000 $ et 1,5million de dollars, devrait voir le jour d\u2019ici trois ans.Les projets scientifiques ne sont pas en reste.La Filière travaille entre autres avec Hugo Germain, directeur du Groupe de recherche en biologie végétale à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et son étudiante au doctorat, Geneviève Laperrière.Contrairement à nombre de plantes, les champignons sont éphémères.Et comme chaque espèce apparaît à une période différente de la saison, il est difficile et coûteux d\u2019en faire l\u2019inventaire.Mais des recherches sont en cours pour trouver le moyen de déceler la présence de mycélium, la partie végétative du champignon, cachée dans le sol.En 2015, l\u2019équipe d\u2019Hugo Germain a d\u2019ailleurs réussi à détecter la présence de quatre espèces de champignons à la fois, grâce à une technologie mise au point par Génome Québec.«Cette technologie nous permet d\u2019aller chercher 15 millions de séquences d\u2019ADN d\u2019un seul coup, dit le chercheur.Plus les séquences d\u2019un cham pignon sont nombreuses, plus il est abondant.» Étant donné que les champignons forestiers développent des relations symbiotiques avec les racines des arbres, il deviendrait alors possible de faire des corrélations entre la présence d\u2019un champignon et 75 facteurs abiotiques \u2013 c\u2019est-à-dire physico-chimiques \u2013 dont le type de végétation, la nature du terrain, la pente, l\u2019hydrographie et la topographie.«Cette étude permettra de prédire où se trouvent les champignons à partir d\u2019un modèle fondé sur les différentes données que l\u2019on retrouve sur les cartes forestières qui sont particulièrement précises au Québec», commente Danny Brisson, propriétaire de Progigraph (www.pro- gigraph.com), une entreprise de cartographie basée en Abitibi.Le géomaticien travaille actuellement à différents projets de mise en valeur des PFNL en collaboration avec les communautés algonquines de la région, mais il estime que le modèle en préparation pourra s\u2019appliquer n\u2019importe où au Québec.?QS Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 29 Son nom signifie «champignon des pins».Le matsu- take est consommé au Japon depuis des temps immémoriaux mais, comme une très grande partie des forêts de pins de l\u2019archipel ont été rayées de la carte par la maladie du dépérissement du pin, la production de ce champignon s\u2019est presque totalement effondrée.«Les Japonais adorent les produits saisonniers du terroir et la rareté du matsu- take fait en sorte que les prix atteignent 2000 $/kg au Japon», témoigne Ma- saka Takahatake, vice-présidente de l\u2019Association Canada-Japon de Montréal.On comprend que le Québec fasse figure de paradis pour les amateurs japonais! Ce champignon convoité, symbole traditionnel de prospérité et de richesse, l\u2019est aussi pour son parfum exceptionnel de menthol et de cannelle, ainsi que pour ses vertus\u2026 aphrodisiaques.Il faut dire que le matsutake atteint sa valeur maximale lorsque les spécimens sont encore jeunes et qu\u2019ils ont la forme d\u2019un pénis en érection! Le matsutake pousse principalement dans les vieilles forêts de pins gris, particulièrement abondantes dans le Nord-du-Québec.Des projets de localisation par télédétection réalisés par Biopterre, il y a quatre ans, ont par ailleurs permis d\u2019identifier l\u2019habitat du matsutake avec une probabilité de 93%.On parle d\u2019une moyenne de 46,3kg/ha de ce champignon sur les sols où le lichen est mince, et de 15,2 kg/ha sur les sols à lichen épais.Après avoir participé à une mission commerciale au Japon et à un projet- pilote d\u2019accueil de mycotou- ristes japonais à Wemindji, en territoire cri, Pierre Chevrier, ancien coordonnateur à Biopterre et aujourd\u2019hui propriétaire des ÉcoGîtes du lac Matagami, souhaite profiter de son expertise pour attirer la clientèle japonaise, dès l\u2019automne prochain.«Les matsutakes constituent une ressource exceptionnelle et abondante, mais difficile d\u2019accès dans certains secteurs.Ils sont un peu les diamants de la forêt, comme disent les Japonais», illustre-t-il.Dans cette région, déplore cependant Sylvain Paquin, directeur du Centre d\u2019information et d\u2019apprentissage culturel cri (CIACC), certains touristes ne sont pas les bienvenus.«On a des problèmes avec les cueilleurs \u201cmercenaires\u201d: ils brisent nos parcelles d\u2019inventaire et récoltent n\u2019importe quoi.» M.Paquin souhaite donc que les cueilleurs de l\u2019extérieur reçoivent une formation au CIACC, dans le but d\u2019assurer une cueillette éthique de qualité, et d\u2019en maximiser les retombées pour la communauté crie, où une quinzaine de cueil- leurs indépendants participent déjà à l\u2019effort de récolte.On trouve aussi des mat- sutakes dans les forêts nordiques du Lac-Saint-Jean, de Charlevoix et de la Côte- Nord.(G.R.) Un trésor japonais CULTIVER DES TRUFFES AU QUÉBEC?Jérôme Quirion compte récolter bientôt les premières truffes cultivées au Québec.C\u2019est à Saint-Denis-de- Brompton et à Sherbrooke, en Estrie, qu\u2019il a planté, en 2009, 2 000 arbres, principalement des chênes et des noisetiers, mycorhizés de truffes.Alors que toutes les cultures de truffes ont échoué jusqu\u2019à présent, l\u2019entrepreneur de 31 ans espère réussir avec une truffe indigène, Tuber canaliculatum, qu\u2019il entend commercialiser sous le nom de «truffe des Appalaches».P I E R R E C H E V R I E R Un amateur venu expressément du Japon brandit un matsutake comme un trophée! Des champignons géants de 8 m de hauteur et de 1 m de diamètre ont été les premiers organismes géants à s\u2019implanter sur la terre ferme il y a 420 millions d\u2019années.Ils devaient détonner dans le paysage à une époque où les plantes mesuraient à peine plus de 1 m.Dès 1859, dans la région de Gaspé, William Dawson, un géologue canadien, a découvert d\u2019énormes fossiles de prototaxites, de mystérieuses structures longtemps considérées comme les premiers troncs d\u2019arbres.Mais la morphologie rectiligne du fossile a suscité des doutes et fait l\u2019objet d\u2019un débat depuis près de 150 ans.En 2007, le chercheur Kevin Boyce, de l\u2019université Stanford de Californie a résolu une partie du mystère en approchant la question sous un angle différent.«Nous avons fait l\u2019analyse des ratios d\u2019isotopes de carbone radioactifs (Carbone 12 et 13) près des fossiles.Alors que les végétaux, qui synthétisent le carbone grâce à la photosynthèse, produisent des ratios stables dans le sol, nous avons découvert que les ratios de carbone sont très variables près des proto- taxites, ce qui signifie qu\u2019ils étaient des organismes hétérotrophes, ce qui nous laisse penser à une forme primitive de champignon», explique le paléontologue.De plus amples recherches moléculaires pourront éventuellement déterminer si ces organismes étaient de réels cryptogames ou non.Les prototaxites ont disparu il y a 350 millions d\u2019années, soit près de 30 millions d\u2019années après l\u2019apparition des arbres sur Terre.30 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 P L A N È T E C H A M P I G N O N p a r G u i l l a u m e R o y MANGEUR DE PLASTIQUE Au cœur de la forêt amazonienne tropicale, une équipe de chercheurs de l\u2019université Yale, au Connecticut, a trouvé une espèce de champignon du genre Pestalotiopsis qui a la capacité de décomposer le polyuréthane.Le cham pi gnon peut même survivre en consommant exclusivement du plastique sous forme liquide ou solide, ce qui laisse présager un excellent potentiel de biorémédia- tion \u2013 de décontamination si vous préférez.Une solution pour traiter les 300 millions de tonnes de plastique produites chaque année sur la planète?LE PLUS GROS ORGANISME SUR TERRE?Le plus gros organisme sur Terre est un champignon.Un spécimen d\u2019armillaire couleur de miel (Armillaria ostoyea) couvre 9,65 kilomètres carrés de forêt en Oregon, aux États-Unis.La découverte a été faite lors de l\u2019analyse d\u2019arbres morts qui avaient été colonisés par ce champignon.Le monstre aurait entre 4 000 et 8 650 ans! LES CHAMPIGNONS S\u2019EMBALLENT Mille ans, c\u2019est le temps qu\u2019il faut au polystyrène pour se dégrader.Pourtant, il existe des emballages qui se décompo - sent en seulement 30 à 90 jours.C\u2019est ce que l\u2019entreprise new-yorkaise Ecovative offre à ses clients : des produits faits à base de mycélium, la partie végétative des champignons, et de résidus agricoles.On fait croître le mycélium dans un moule, puis on le sèche pour arrêter sa croissance.Le produit demeure stable jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit jeté au compost.LES GÉANTS DU CAMBRIEN SQUATTEUR DE FOURMIS Lorsque le champignon Cordyceps unilateralis infecte une fourmi, il prend littéralement les commandes de son cerveau! Ainsi, tel un zombi, la fourmi se met à grimper dans un arbre, s\u2019immobilise là où son ravisseur le décide, c\u2019est-à-dire à un endroit propice à son propre développement, puis elle meurt.Le parasite grandit à même le cadavre de la fourmi.Le moment venu, il en émerge et dissémine ses spores tout autour.R I C H A R D B I Z L E Y / S P L L\u2019actualité scientifique à la portée de tous ! ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous PROCUREZ-VOUS ÉGALEMENT les autres magazines publiés par Vélo Québec Éditions 2ans 63$ * 41% de réduction sur le prix en kiosque 3ans 86$ * 46 % de réduction sur le prix en kiosque 1an 35$ * 34% de réduction sur le prix en kiosque * Prix avant taxes MYTHIQUE PASSAGE DU NORD-OUEST COMMENT DEVIENT-ON PLEINAIRISTE ?EXPLOREZ VOTRE NATURE 5 ESCAPADES DANS LE BAS-SAINT-LAURENT VÉLO, VIN ET AUTRES NOURRITURES CÉLESTES Entre La Rochelle et Bordeaux BANC D\u2019ESSAI 8 RÉCHAUDS TESTÉS POUR VOUS CONCOURS PLUS DE 3000 $ EN PRIX à gagner N I U MAI_J 6 6,45 $ 1 0 2 7 8 3 P40065 P M D 0 6 8 4 1 vélo ?État des lieux au Québec EN VEDETTE EVE LANDRY DESTINATIONS  Montréal-New York Un classique attachant Région de Mégantic Pour grimpeurs seulement MAI/JUIN 2016 4 0 0 6 5 3 8 7 6,45 $ MD : 10683 DOSSIER TEST Répertoire des activités de l\u2019été Les cartes vélo de Shawinigan et du Bas-Saint-Laurent Vol NUTRITION Les dix meilleures barres énergétiques ENTRAÎNEMENT Les intervalles démystifiés SANTÉ Cerveau et muscle, le duo parfait 7 8 3 4 0 0 6 5 Aussi offert en édition numérique.Gratuit pour les abonnés papier de Québec Science. 32 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 la vie c\u2019est extra SOMMES-NOUS SEULS DANS L GRÂCE AUX PERCÉES TECHNOLOGIQUES, AINSI QU\u2019À LA VOLONTÉ DE CHERCHEURS ET DE PHILANTHROPES ENTHOUSIASTES, LA QUÊTE DE LA VIE EXTRATERRESTRE EST PLUS QUE JAMAIS À L\u2019ORDRE DU JOUR.Par Mélissa Guillemette S LE COSMOS?orne Trottier a beau être ingénieur électrique de formation et diriger Matrox, une multinationale dans le domaine de la vidéo, de l\u2019infographie et de l\u2019imagerie, ce sont des photos de l\u2019espace sidéral qui décorent son bureau à Dorval.Ça, et un montage qu\u2019il a créé en assemblant, avec du ruban électrique, les 12 images d\u2019un calendrier expliquant l\u2019histoire de l\u2019Univers, depuis le big-bang jusqu\u2019à l\u2019ap - pa rition de la vie sur Terre.« J\u2019aime beaucoup l\u2019astronomie», dit-il.On comprend que c\u2019est un euphé misme, quand il se met à citer l\u2019astronome Carl Sagan, l\u2019un des fondateurs de l\u2019astrobiologie, et les communiqués de l\u2019Institut SETI pour la recherche d\u2019une intelligence extraterrestre.L\u2019homme d\u2019affaires québécois incarne parfaitement la curiosité que suscite la recherche de vie extraterrestre chez Monsieur et Madame Tout-le-Monde.Mais lui ne doute pas une seconde que la vie extraterrestre existe.C\u2019est pourquoi sa fondation a offert 1 million de dollars, sur cinq ans, à l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes (iREx) qui regroupe des chercheurs de l\u2019Université de Montréal et de McGill.«Quand j\u2019ai commencé à m\u2019intéresser à l\u2019astronomie, cette quête était un rêve, dit le philanthrope.Mais je crois maintenant que c\u2019est de mon vivant [NDLR: M.Trottier a 67 ans] que les scientifiques vont déceler des signes de vie évidents quelque part dans notre galaxie.Ce n\u2019est qu\u2019une question de temps, puisque les technologies sont de plus en plus performantes.» Il ne saurait mieux dire.Les chercheurs de l\u2019iREx espèrent en effet détecter une planète propice à l\u2019apparition de la vie d\u2019ici 10 ans! Les scientifiques cherchent donc une planète semblable à la Terre, à commencer par la taille, explique Denis Laurin, scientifique de programme à l\u2019Agence spatiale canadienne (ASC), à Saint-Hubert, au sud de Montréal.«Une planète de L P H O T O : C H A R L E S L I N D S A Y Photo tirée de l\u2019exposition de l\u2019artiste Charles Lindsay, en résidence à l\u2019Institut SETI pour la recherche d\u2019une intelligence extraterrestre, en Californie.Ce photographe travaille en collaboration avec des astronomes et cherche de nouvelles façons d\u2019intégrer l\u2019art à la science.Par ses œuvres, il essaie de briser les frontières entre la réalité et les perceptions que l\u2019on peut avoir de l\u2019Univers.On peut voir ses œuvres sur : www.charleslindsay.com. très grandes dimensions, comme Jupiter, c\u2019est souvent une planète gazeuse, où il n\u2019y a pas vraiment de surface», dit le spécialiste, en montrant une présentation PowerPoint qu\u2019il a préparée pour le club d\u2019astronomie de l\u2019Agence.À l\u2019inverse, les planètes légèrement plus grandes que la Terre, tout comme celles qui sont plus petites, sont telluriques, c\u2019est-à-dire qu\u2019elles offrent une surface rocheuse et solide sur laquelle la vie peut pousser ou marcher.«Mais si la planète est trop petite, elle ne va pas pouvoir retenir une atmosphère; tout ce qui est volatil \u2013 l\u2019eau, l\u2019oxygène, le dioxyde de carbone \u2013 va s\u2019échapper dans l\u2019espace», ajouteM.Laurin.La planète idéale doit aussi se trouver dans la «zone habitable» autour de son étoile, c\u2019est-à-dire là où la chaleur dégagée par l\u2019astre est adéquate.«Il faut que la température à la surface de la planète, ou dans certaines de ses régions, se situe entre 0 °C et 100 °C pour permettre à l\u2019eau d\u2019exister sous forme liquide, au moins pendant certaines périodes», ajoute M.Laurin.Car c\u2019est probablement dans l\u2019eau que se forment les premiers micro- organismes, cet élément favorisant les réactions chimiques entre les molécules.a recherche d\u2019une jumelle de la Terre en est encore à ses débuts car, il n\u2019y a pas si longtemps, les seules planètes connues étaient celles de notre système solaire; les chances d\u2019y trouver de la vie étaient donc plutôt limitées.Mais depuis la découverte des premières exoplanètes dans les années 1990, près de 2 000 d\u2019entre elles ont été formellement nommées.Ce n\u2019est qu\u2019un début! Seulement dans notre galaxie, il y aurait en effet desmilliards de planètes dans la zone habitable de leur soleil, selon des estimations de chercheurs de l\u2019université nationale australienne et de l\u2019université de Copenhague publiées en 2015 dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society.Des milliards ! Sur le lot, une sur six serait tellurique.Pour l\u2019instant, avec les technologies dont ils disposent, les scientifiques trouvent surtout d\u2019imposantes sphères gazeu - ses très chaudes, comme l\u2019in hos pitalière Jupiter, ou de très lointaines planètes difficiles à caractériser.C\u2019est le cas notamment de Kepler-452b dont la découverte a été annoncée par la NASA, l\u2019an dernier.C\u2019est la première planète d\u2019une taille se rapprochant de celle de la Terre détectée dans la zone habitable d\u2019une étoile dont la masse ressemble à celle du Soleil.Cette planète, dont le diamètre est 60% plus grand que celui de la Terre \u2013 ce qui représente un écart minime \u2013, fait le tour de son étoile en 385 jours.De plus, ce système planétaire est plus ancien que le nôtre, ce qui signifie que la vie pourrait avoir eu le temps de s\u2019y développer.Y a-t-on repéré des «habitants»?Pas pour le moment, puisqu\u2019elle se situe à 1 400 années-lumière et que, à cette distance, il est impossible d\u2019en savoir plus; par exemple, de mesurer sa densité pour confirmer s\u2019il s\u2019agit bien d\u2019une boule de roche.«À partir de 2019, ce sera absolument intense \u2013 une découverte après l\u2019autre \u2013 et les chercheurs qui réagiront vite vont se démarquer», prédit l\u2019astrophysicien René Doyon, professeur au département de physique de l\u2019Université de Montréal, avec, dans les yeux, un parfait mélange d\u2019excitation et d\u2019effroi devant l\u2019ampleur du travail à venir.C\u2019est pour cette raison qu\u2019il a mis sur pied l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes qui bénéficie de l\u2019aide financière de Lorne Trottier.Pourquoi 2019?C\u2019est à ce moment qu\u2019un arsenal de nouveaux instruments complémentaires sera alors à la disposition des astronomes.«D\u2019abord, dit-il, le télescope-satellite TESS va chercher les étoiles les plus proches de la Terre \u2013 à une trentaine d\u2019années-lumière, où elles sont surtout de faible masse \u2013 et trouver des planètes candidates orbitant autour.» À partir de la fin de 2017, il scrutera le ciel à la recherche d\u2019étoiles en transit, c\u2019est-à-dire dont la luminosité baisse un temps, et ce périodiquement, trahissant le passage d\u2019une planète devant elle.Le télescope spatialKepler, qui a trouvé plus de 1 000 exoplanètes (dont Kepler-452b) suivant cettemêmeméthode dite des «transits», scrutait une région précise du ciel, grosse comme lamain.TESS, lui, regardera plutôt de tous les côtés et saura déterminer le rayon \u2013 la taille \u2013 de ses trouvailles.Ensuite, une fois que le professeur Doyon et son équipe auront identifié des planètes similaires à la Terre, ils calculeront leur masse avec SPIRou et NIRPS, des spectrographes infrarouges (les étoiles de faible masse émettent surtout dans l\u2019infrarouge) qui seront installés au cours des prochaines années sur des télescopes au sol, le premier au nord (télescope Canada-France-Hawaï) et le second au sud (observatoire de La Silla au Chili).Ils étudieront les planètes grâce à l\u2019impact gravitationnel qu\u2019elles ont sur leur étoile.«Si on détermine le rayon d\u2019une planète avec TESS et sa masse avec SPIRou ou NIRPS, on obtiendra sa densité.Tout de suite, on saura si on est devant une boule de roche ou une boule de gaz», explique René Doyon.Enfin, conclut l\u2019astrophysicien : «Quand l\u2019équipe sera certaine qu\u2019une planète est rocheuse, on va l\u2019observer avec le télescope James-Webb.» Cet appareil est la «cadillac» des télescopes infrarouges.Il sera lancée dans l\u2019espace en octobre 2018 par la NASA.Jusqu\u2019à présent, l\u2019ASC a investi 170millions de dollars dans ce colosse métallique, notamment pour la création de son imageur-spectrographe conçu par Le télescope- satellite Tess Lorne Trottier: «Je crois maintenant que c\u2019est de mon vivant que les scientifiques vont déceler des signes de vie éviden L «Des gens se moquent science où notre sujet M c G I L L une équipe codirigée par René Doyon.En retour, les chercheurs d\u2019ici auront droit à 5 % du temps de télescope.«C\u2019est avantageux, car 170 millions, c\u2019est loin d\u2019équivaloir à 5% du budget total de 8 milliards!» souligne Denis Laurin, de l\u2019ASC.René Doyon espère encore amasser 15 millions de dollars en 10 ans pour l\u2019iREx.Il lui faut donc trouver 14 autres Lorne Trottier! «Idéalement, les fonds publics financeraient toute la recherche, mais ils sont limités, car l\u2019ASC a été négligée ces 10 dernières années, dit M.Trottier qui fait partie du Comité consultatif de l\u2019espace, un groupe de huit experts, créé par Ottawa en 2014, qui conseille le gouvernement fédéral quant à sa politique spatiale.Le Canada a investi beaucoup d\u2019argent dans James- Webb, et il faut saluer cet effort, mais combien va-t-il investir pour soutenir les astronomes qui analyseront les données de ce télescope?Presque rien.Ça n\u2019a pas de sens.» [NDLR: De 2019 à 2024, l\u2019ASC accordera 10,3 millions de dollars au soutien scientifique pour cette mission.] Le don de sa fondation va permettre, entre autres, l\u2019embauche de chercheurs postdoctoraux à l\u2019Université McGill et à l\u2019Université de Montréal.e nouvel Institut spatial de McGill vient d\u2019ailleurs tout juste d\u2019emménager dans l\u2019ancienne faculté de dentisterie, rue University, àMont- réal.À peine les photos de nébuleuses et autres levers de Terre étaient-elles apposées sur les murs que, déjà, les bureaux étaient surpeuplés, signe de l\u2019effervescence qui anime ce secteur de recherche.«Et nous allons embaucher bientôt un autre spécialiste des exoplanètes», annonce Nicolas Cowan, professeur adjoint au département de physique et au département des sciences de la Terre et des planètes, en montant l\u2019escalier qui craque.Ce spécialiste de l\u2019atmosphère des exoplanètes attend lui aussi avec grande impatience que James-Webb flotte dans l\u2019espace.Car le nouveau télescope lui procurera des données bien meilleures que celles présentement fournies par Spitzer, lancé en 2003, qui n\u2019a pas été conçu pour analyser l\u2019atmosphère des exoplanètes.«Quand une planète \u201ctransite\u201d, explique le jeune barbu au look d\u2019adepte de plein air, la lumière de l\u2019étoile passe à travers l\u2019atmosphère de la planète; elle est donc filtrée.On peut voir l\u2019empreinte de certaines molécules : le méthane, le dioxyde de carbone, l\u2019eau \u2013 n\u2019importe quel gaz qui cause l\u2019effet de serre sur la Terre, en fait.Si on trouve une combinaison de gaz étrange, ce pourrait être un signe de vie.» C\u2019est ce qu\u2019on appelle une «biosignature».Le professeur arrive aussi à évaluer la température des exoplanètes grâce à leur rayonnement dans le domaine infra - rouge.Montrant les graphiques d\u2019une des planètes qu\u2019il étudie, il précise : «Son atmosphère a une température de 3 000 kelvins (2 727 ºC ) sur sa face illuminée et de 1 000 kelvins sur sa face nocturne.À partir de 350, c\u2019est trop chaud pour qu\u2019il y ait de la vie.» Quand une planète candidate réunissant tous les critères estimés nécessaires à la vie sera identifiée, les chercheurs espèrent y repérer des micro-organismes, ajoute Nicolas Cowan, qui enseigne par ailleurs l\u2019astrobiologie, c\u2019est-à-dire la science de l\u2019apparition et de l\u2019évolution de la vie : «Pas des dauphins ou des bonshommes verts.Des microbes!» En effet, la «vie» recherchée n\u2019est plus la même qu\u2019avant.«Il y a quelques décennies, les scientifiques écrivaient des articles dans les revues les plus réputées, comme Science, sur les plantes qu\u2019on devrait trouver sur Mars, raconte le chercheur.Ça, c\u2019est l\u2019ancienne astro- biologie; maintenant, on est plus modestes.Malgré tout, des gens semoquent encore de l\u2019astrobiologie, parce que c\u2019est la seule science où notre sujet d\u2019étude n\u2019existe peut-être pas\u2026 encore!» Quoique si la vie évolue depuis longtemps sur une autre planète, il est fort possible qu\u2019elle ait pris des formes qui pourraient nous être familières.Ici même, sur Terre, des espèces complètement différentes sont parvenues à revêtir une même apparence ou à adopter des attributs semblables au fil de l\u2019évolution.Pourquoi cela ne se serait-il pas produit aussi ailleurs dans l\u2019Univers?«Les extraterrestres auront peut- être un code génétique différent du nôtre, mais ils pourraient très Les astronomes espèrent beaucoup du télescope James-Webb.Une réplique de ce télescope, déjà devenu un chouchou, est montrée çà et là aux États-Unis, et même ailleurs dans le monde.dents quelque part dans notre galaxie.Ce n\u2019est qu\u2019une question de temps, puisque les technologies sont de plus en plus performantes.» L Kepler-452b t de l\u2019astrobiologie, parce que c\u2019est la seule t d\u2019étude n\u2019existe peut-être pas\u2026 encore!» N A S A / C H R I S G U N N bien avoir eux aussi des bras et deux yeux, dit René Doyon.Une vision stéréoscopique, c\u2019est bien plus utile que de voir d\u2019un seul œil.» Pendant que les professeurs Doyon et Cowan et leurs collègues misent sur les exoplanètes pour trouver les premières formes de vie extraterrestres, d\u2019autres espèrent encore en trouver dans notre propre système solaire.C\u2019est le cas de la chercheuse postdoctorale Jacqueline Goordial et du professeur Lyle Whyte, de l\u2019Université McGill.Ils ont longtemps misé sur Mars, une planète rocheuse à température froide, où il y a déjà eu de l\u2019eau en abondance.Pour vérifier leur hypothèse, ils se sont rendus à University Valley, une région aride et très froide de l\u2019Antarctique, afin d\u2019y étudier le pergélisol.Ce dernier ressemble à la surface de la planète rouge, particulièrement là où la sonde spatiale Phoenix s\u2019est posée en 2008, soit au pôle nord martien.Ils pensaient pouvoir y trouver des écosystèmes microbiens actifs, découverte qui leur aurait permis d\u2019en attendre autant de Mars.Ils ont été déçus.«Le pergélisol n\u2019était pas complètement mort\u2026mais presque, raconte Lyle Whyte.On a trouvé des micro-organismes, mais ils ne se reproduisaient pas.Ils ne redevenaient actifs que si on les transférait dans un environnement à -10 ºC ou -5 ºC environ.Sachant que la surface deMars est encore plus froide et sèche que celle de University Valley, ce n\u2019est pas un résultat encourageant pour la recherche de vie martienne.» Il y a toujours une possibilité que vivent sur Mars des organismes adaptés aux conditions extrêmes ou que certaines bactéries existent dans le sous-sol ou dans ces étranges canauxqui apparaissent en été et qu\u2019on soupçonne être de l\u2019eau très salée à l\u2019état liquide.«Mais si, depuis 1997,Mars était numéro un surma liste des endroits où chercher de la vie dans le Système solaire, aujourd\u2019hui jemiserais plutôt sur Europe et Encelade.» Ces dernières sont des lunes orbitant autour de Jupiter et Saturne, respectivement.Toutes deux semblent couvertes d\u2019une croûte de glace sous laquelle un océan pourrait être suffisamment chaud pour favoriser l\u2019apparition de la vie.Mais comment vérifier cela?Qui sait si la glace d\u2019Europe n\u2019a pas des kilomètres d\u2019épaisseur?Ce ne serait pas facile d\u2019y creuser!Mais sur Encelade, d\u2019immenses geysers naturels fournissent une porte d\u2019entrée vers ses eaux liquides; d\u2019ailleurs, la sonde états-unienneCassini (qui étudie Saturne et son environnement) est passée à travers une colonne de vapeur, à une cinquantaine de kilomètres de la surface de cette lune, en octobre dernier.Intéressée à en savoir plus, la NASA prévoit envoyer une sonde en orbite autour d\u2019Europe dans les années 2020, et examine la possibilité de lancer une mission aussi vers Encelade.n fouillant au-delà du Système solaire, les scientifiques les plus optimistes pensent toutefois que les extraterrestres sont plus avancés que nous, technologiquement parlant.C\u2019est pourquoi ils scrutent le ciel à la recherche de messages radio ou lumineux qu\u2019ils nous auraient envoyés.Le plus sérieux groupe quant à ce genre de recherche est l\u2019Institut SETI, basé en Californie.En 2015, Yuri Milner, un richissime homme d\u2019affaires, a annoncé un don équivalent à 130millions de dollars sur 10 ans pour la création des programmes Breakthrough Listen et Breakthrough Message.Le premier veut donner accès, aux chercheurs de signaux extraterrestres, à plus de temps d\u2019observation sur de grands télescopes; le second évaluera l\u2019intérêt d\u2019envoyer un message dans le cosmos (soulignons qu\u2019il y a déjà eu une dizaine de transmissions de messages.Deux Québécois ayant la recherche de type SETI pour passe-temps ont d\u2019ailleurs participé au projet Cosmic Call, qui a lancé des messages radio vers neuf étoiles en 1999 et 2003, depuis la Cri- mée, en Russie.Il s\u2019agit de l\u2019astrophysi- cien YvanDutil et du physicien Stéphane Dumas).Yuri Milner est soutenu par nul autre que le célèbre physicien britannique Stephen Hawking.Cela dit, l\u2019entrepreneur québécois Lorne Trottier ne mettrait pas un sou dans la recherche de signaux extraterrestres : il croit plutôt aux microbes.«J\u2019ai déjà été plus optimiste.Carl Sagan croyait qu\u2019on avait de bonnes chances de trouver de la vie intelligente.Mais si de telles civilisations existaient, je pense qu\u2019on les aurait déjà détectées.» L\u2019astronome Jérôme Maire, un Français d\u2019origine, est, à sa connaissance, le seul scientifique au Canada à participer à ce type de recherche.«En Europe, c\u2019est considéré comme farfelumais, aux États- 36 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 L\u2019imageur-spectrographe qui sera installé sur le télescope James-Webb a été conçu par une équipe codiri- gée par René Doyon, de l\u2019Université de Montréal.E la vie c\u2019est extra «Je trouverais ça trop troublant la vie est apparue ici, mais on sait J A M E S W E B B S P A C E T E L E S C O P E Unis, c\u2019est pris très au sérieux», explique ce chercheur postdoctoral à l\u2019Institut Dunlap de l\u2019université de Toronto.Depuis deux ans, il participe à un projet états-unien qui utilise, pour la première fois, un détecteur de signaux dans le proche infrarouge de l\u2019ordre de la na- noseconde nommé Niroseti.Si des extraterrestres souhaitaient nous joindre, ce genre de signaux serait pour eux un excellent moyen d\u2019y arriver, car la lumière dans le proche infrarouge n\u2019est pas absorbée par la poussière ou les gaz interstellaires.De plus, l\u2019impulsion rapide permet de concentrer la lumière de sorte qu\u2019elle brille davantage qu\u2019une étoile.Depuis janvier, le détecteur Niroseti fouille l\u2019espace autour du Système solaire en ciblant des exoplanètes prometteuses, c\u2019est-à-dire situées dans des systèmes assez vieux pour que la vie ait eu le temps d\u2019y devenir «intelligente».Jérôme Maire ne se fait tout de même pas trop d\u2019illusions.Car il faudrait, ex- plique-t-il, non seulement que ces extraterrestres aient pensé à bricoler un émetteur laser infrarouge clignotant très vite, mais aussi qu\u2019ils le pointent directement vers nous; bref, qu\u2019ils sachent que nous sommes à l\u2019écoute.«Mais si jamais notre instrument détectait un signal, d\u2019autres instruments devraient le confirmer avant que nous puissions annoncer haut et fort notre découverte.Nous pensons que, dans la nature, il n\u2019existe pas de phénomène physique pouvant produire des signaux aussi rapides; mais nous nous trompons peut- être.Pour être franc, disons qu\u2019on a probablement plus de chances de gagner à la loterie que de capter un signal venu d\u2019ailleurs!» Et même si une équipe y arrivait, la communication avec les extraterrestres n\u2019irait pas de soi.Le jeu du «téléphone- maison» n\u2019est pas si simple! Ni rapide : «Il en faut, du temps, afin que la lumière voyage sur des distances aussi incroyables, rappelle le chercheur.Pour qu\u2019un signal venu d\u2019une étoile dans le voisinage du Système solaire nous parvienne, il faudrait quelques dizaines d\u2019années!» Mais peu importe le moyen, René Doyon est convaincu que l\u2019on finira par détecter de la vie quelque part dans l\u2019Univers.«Je trouverais ça trop troublant, trop dérangeant qu\u2019on soit seuls.On ne sait pas comment la vie est apparue ici, mais on sait que ce n\u2019est pas du domaine du miracle.Les ingrédients nécessaires existent ailleurs dans l\u2019Univers.» C\u2019est aussi ce que croit passionnément Lorne Trottier, après l\u2019astronome Carl Sagan qui affirmait: «Nous som - mes faits de poussière d\u2019étoiles.» ?QS Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 37 Les paysages planétaires ont longtemps inspiré les artistes, qui en ont tiré des affiches aux allures touristiques! Invitant?Même après plusieurs décennies d\u2019écoute, les radiotélescopes participant au programme de recherche d\u2019intelligence extraterrestre SETI n\u2019ont capté aucun message.t qu\u2019on soit seuls.On ne sait pas comment it que ce n\u2019est pas du domaine du miracle.» S E T H S H O S T A K , S E T I I N S T I T U T E huit heures de route de la capitale, New Delhi, se trouve la ville de Ludhiana.Elle abrite la mythique université agricole du Punjab (PAU), «mère de la révolution verte».La PAU collabore avec le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR).Depuis la fin des années 1960, des généticiens travaillent à mettre au point, dans des centres de recherche au Mexique, aux États-Unis, en Inde et aux Philippines, des hybrides de blé et de riz qui permettraient de doubler, voire tripler les rendements.Il s\u2019agit de produire enmasse pour s\u2019assurer de nourrir à long terme les populations grandissantes d\u2019Asie et d\u2019Amérique latine.Connu sous le nom de «révolution verte», l\u2019enjeu de cet effort scientifique, largement financé par le gouvernement états-unien et certains organismes privés comme la Rockefeller Foundation, était aussi politique.L\u2019un des buts poursuivis, entre autres, était d\u2019empêcher l\u2019Inde de tomber dans le giron communiste.Le hic, c\u2019est que ces hybrides sont boos- tés avec un engrais chimique, l\u2019urée, et qu\u2019ils siphonnent une quantité démentielle d\u2019eau! «On a atteint des rendements de blé et de riz de six tonnes par hectare, mais au prix de nos nappes phréatiques.D O S S I E R L \u2019 E N J E U A G R I C O L E L\u2019INDE EST LE BERCEAU DE LA RÉVOLUTION VERTE, FONDÉE SUR LA UN MILLIARD D\u2019ÊTRES HUMAINS.MAIS CES HYBRIDES ONT AUSSI Par Nicolas Mesly au Punjab, en Inde À 2016 a été proclamée Année internationale des légumi - neuses par les Nations unies.Une occasion pour prendre conscience de l\u2019importance des enjeux agricoles.Et si la sécurité alimentaire de la planète passait par de nouvelles cultures?En voici quatre, glanées aux quatre coins de la Terre.38 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 INDE LE DÉRAPAGE DE LA R N I C O L A S M E S L Y A DÉCOUVERTE D\u2019HYBRIDES DE BLÉ ET DE RIZ QUI, DIT-ON, AURAIT SAUVÉ DE LA FAIM I MENÉ À UNE CATASTROPHE ÉCOLOGIQUE ET ALIMENTAIRE.La prochaine révolution verte doit préserver nos ressources naturelles», déclare Rajan Aggarwal, spécialiste des sols et de l\u2019eau de la PAU.Pour cultiver le paddy \u2013 le riz com- plet\u2013, on troue le sol d\u2019une multitude de puits.Plus de 12 millions de pompes siphonnent les nappes phréatiques! L\u2019irrigation est telle que le Punjab est devenu le plus grand lac artificiel d\u2019eau douce de la planète.Les chiffres déclinés par le spécialiste sont hallucinants.Pour n\u2019en donner qu\u2019un : depuis 1991, le niveau des nappes d\u2019eau souterraine a baissé entre 10 m et 30 m! Il aura fallu une seule génération pour vider le sous- sol du Punjab.Les scientifiques rencontrés à la PAU cherchent donc des solutions pour une agriculture plus durable.D\u2019abord, ils planchent sur des variétés de riz basmati hâtives.Prêtes à être récoltées à 100 jours plutôt qu\u2019à 130 ou 140, elles exigent une moins grande quantité d\u2019eau.Ensuite, ils encouragent l\u2019utilisation par les agriculteurs d\u2019unemachine au laser (qui coûte plus de 25 000 $) pour niveler leurs champs.L\u2019appareil fait économiser de 15% à 25%d\u2019eau.Ils ajoutent que, depuis 10 ans, un tiers de la superficie cultivée de l\u2019État a été nivelée grâce à cet enginmiracle «made in Punjab».Enfin, ils optent pour des systèmes d\u2019irrigation goutte à goutte, auxquels de plus en plus d\u2019agriculteurs ont déjà recours.L\u2019objectif ultime de la PAU: réduire la consommation d\u2019eau et laisser à la mousson le soin de recharger les aquifères.Comme dans le reste de l\u2019Inde, 60%des terres cultivées au Punjab sont pluviales et 40% sont irriguées.Toutefois, rappelle l\u2019ex-doyen de la PAU, l\u2019agroéconomiste S.S.Johl, c\u2019est la révolution verte qui a transformé le Punjab en producteur de riz.La région était d\u2019abord productrice de blé.Le che- cheur est formel : le Punjab, déjà en déficit d\u2019eau, ne devrait pas produire de telles quantités de riz.En même temps, il dénonce les subventions à outrance de NewDelhi qui, selon lui, sont les vé- Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 39 A RÉVOLUTION VERTE Les agriculteurs indiens préfèrent maintenant acheter des semences développées par les chercheurs de l'université agricole du Punjab (PAU) plutôt que les semences industrielles.Elles offrent de meilleurs rendements. D O S S I E R L \u2019 E N J E U A G R I C O L E P, K\u2026 Azote, phosphore et potassium sont les éléments majeurs dont les plantes ont besoin en grande quantité pour croître.D\u2019ailleurs, c\u2019est au pourcentage de chacun de ces éléments présents dans la préparation que font référence les trois chiffres qui se trouvent sur les emballages d\u2019engrais (par exemple 20-10-20).Mélangés à la terre, ces éléments pénètrent dans les plantes par leurs racines.Si les composés d\u2019azote et de potassium se trouvent ou se fabriquent relativement aisément \u2013 et n\u2019importe où \u2013, le phosphore, lui, est plus localisé.D\u2019ordinaire, il provient de quelques gisements de roches sédimentaires phosphatées dont les strates se sont accumulées pendant des millions d\u2019années au fond d\u2019anciennes mers aujourd\u2019hui disparues.Les principaux gisements se trouvent au Maroc, en Chine, aux États-Unis et en Syrie.Le minerai tiré de ces gisements est une variété de phosphate de calcium appelée apatite.Telle quelle, l\u2019apatite n\u2019est pas très soluble; elle doit être traitée à l\u2019acide sulfurique pour être assimilée par les plantes.On l\u2019appelle alors superphosphate.Comme tous les minerais, l\u2019apatite est une matière première non renouvelable et on finira un jour par avoir exploité tous les gisements.Difficile de connaître ce moment, toutefois: 50 ans pour les plus pessimistes; quelques siècles pour les plus optimistes.Quoi qu\u2019il en soit, sans l\u2019apatite, l\u2019agriculture comme on la pratique aujourd\u2019hui ne pourra que péricliter.Mais ça, c\u2019est sans compter sur les mycorhizes.Ces champignons souterrains, en forme de fins filaments, s\u2019associent intimement aux racines et augmentent le volume de sol dans lequel la plante peut puiser des ressources.«De plus, les mycorhizes sont capables, grâce à des en- ritables responsables du pillage des nappes phréatiques.Les producteurs ne paient ni pour l\u2019eau ni pour l\u2019électricité, ils bénéficient de subventions pour l\u2019urée et le diesel, en plus d\u2019obtenir des prix garantis pour la culture de riz et de blé.Ce qui encourage un gaspillage éhonté des ressources et une attitude «au plus fort la pompe» entre producteurs.e long de la route qui mène de Ludhiana à Bathinda jusqu\u2019à Chandigarh, la capitale du Punjab, les champs de blé passent du vert à l\u2019or.Nous sommes au début de mars et, dans trois semaines, des milliers de moissonneuses y battront le grain.J\u2019aperçois régulièrement d\u2019immenses ronds d\u2019épis couchés, comme si des éléphants s\u2019y étaient prélassés.Cette verse n\u2019est due ni au vent ni à la grêle, mais à une trop grande utilisation d\u2019urée, m\u2019ex- plique-t-on.Les hybrides de blé de la révolution verte ont été conçus pour avoir des pailles courtes qui leur permettent de résister aux intempéries.Trop d\u2019urée fait pousser les plants en orgueil, fragilisant les tiges, qui plient sous le poids des épis.Résultat : les grains sont mangés au sol par les rats et les oiseaux.Que la révolution verte ait dérapé, en voici bien la preuve.Il faut dire que l\u2019urée, fortement subventionnée par New Delhi, coûte moins cher que le sel, ce qui encourage sa su- rutilisation.Le gouvernement de l\u2019actuel premier ministre de l\u2019Inde, Narendra Modi, envisage de transférer directement aux producteurs les subventions \u2013 évaluées à près de 13 milliards de dollars par an \u2013 actuellement octroyées aux fabricants d\u2019engrais.Mais cela aurait pour effet d\u2019augmenter le prix de l\u2019engrais à la ferme, une mesure pas très populaire.«Je suis contre.Je préfère que les subventions de l\u2019urée restent entre les mains des fabricants.Parce que je ne veux pas attendre un mois avant d\u2019être remboursé par le gouvernement», dit Haridenyat Gill, un producteur de céréales rencontré sur sa ferme tout près de Lidhuana.En plus de fragiliser les plants, cette surdose d\u2019urée épandue dans l\u2019ensemble du pays a brûlé les sols.L\u2019Inde a un rendement de céréales à l\u2019hectare par quantité d\u2019engrais appliquée plus bas que celui de la Chine et deux fois moindre que celui des États-Unis.C\u2019est pour cette raison que Narendra Modi a lancé en février dernier un vaste programme appelé «Carte nationale des sols».Cette opération vise à doter de laboratoires d\u2019analyses de sol plus de 2 000 points de vente de compagnies d\u2019engrais, au cours des 3 prochaines années.Selon ce plan, chaque producteur possédera sa carte de sol.Il connaîtra ainsi les besoins en azote, phosphore, potasse et microé- léments de son lopin de terre, ainsi que son taux de matière organique.«C\u2019est une situation \u201cgagnant-gagnant\u201d puisque les producteurs vont utiliser moins d\u2019urée.Le gouvernement va donc économiser 40 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 N L QUÉBEC APATITE, BACTÉRIES, MYCORHI ON N\u2019AURA PLUS JAMAIS LES ENGRAIS QU\u2019ON AVAIT! ET C\u2019EST TANT MIEUX.Par Joël Leblanc E Y E O F S C I E N C E / S P L Une mycorhize au microscope électronique d\u2019énormes subventions et la santé des sols va s\u2019améliorer», se réjouit P.K.Joshi, directeur Asie du Sud de l\u2019Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), basé à New Delhi.Quelque 140 millions de cartes de santé de sol ont déjà été émises par le ministère indien de l\u2019Agriculture.«Ces tests de sols, ce n\u2019est pas assez! Nous devons accroître leur fertilité en réduisant notre dépendance aux engrais chimiques, en favorisant la diversité et la rotation de cultures», affirme Vibha Varshney, éditrice du magazine Down to Earth publié par le Centre pour la science et la technologie, aussi basé à New Delhi.Pour briser les monocultures de blé et de riz, elle suggère l\u2019adoption de politiques agricoles qui favoriseraient par exemple la culture de lentilles, championnes toutes catégories en matière écologique.Peu gourmandes en eau, elles permettraient de régénérer les sols en azote naturel et de réduire l\u2019apport d\u2019urée.De plus, le pays en est fortement déficitaire (le Canada fournit 40% des lentilles importées par l\u2019Inde).Cette culture aurait des effets bénéfiques non seulement sur le plan agronomique, mais aussi sur le plan nutritionnel, la lentille étant riche en fer.«Cette seconde révolution verte doit aussi tenir compte des déficiences alimentaires de la population indienne.Près de 90% des femmes enceintes au pays sont anémiques!» ajoute A.Kishore, responsable de l\u2019agriculture durable et des change - ments climatiques à l\u2019IFPRI.Reste à voir si le gouvernement donnera l\u2019impulsion nécessaire pour concrétiser cette deu xiè me révolution verte.?QS Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 41 zymes particulières, de dissoudre le phosphate, même le phosphate non traité chimiquement, et de le rendre disponible pour la plante, explique J.André Fortin, biologiste rattaché à l\u2019Université Laval.Les superphosphates sont tellement solubles qu\u2019ils sont rapidement lessivés par les eaux de pluie.Des phosphates ordinaires restent plus longtemps dans le sol, et ils peuvent servir de source de phosphore à une plante si elle se fait aider par ses mycorhizes.» Mais il existe aussi des gisements d\u2019apatite ignée, c\u2019est-à-dire issue du refroidissement du magma.Ils renferment généralement moins d\u2019apatite que les gisements sédimentaires et elle est plus difficile à séparer de la roche, car elle est plus dure.Cette source de phosphore étant de moins bonne qualité pour les engrais, on l\u2019a longtemps négligée.Avec la pénurie annoncée, cependant, elle devient intéressante.Surtout grâce à l\u2019élargissement des connaissances sur les mycorhizes.Là où les agriculteurs épandaient autrefois des superphosphates, ils peuvent maintenant inoculer la terre avec des mycorhizes pour favoriser une symbiose avec les racines des plantes, puis fertiliser la terre avec des phosphates ordinaires.«Par l\u2019intermédiaire des mycorhizes, continue J.André Fortin, ces phosphates fournissent autant de phosphore que les superphosphates, et comme ils ne risquent pas d\u2019être lavés par les pluies, on n\u2019a pas besoin d\u2019en mettre autant.» Ces mycorhizes sont offertes, depuis quelques années, sous forme de poudre et les cultivateurs sont de plus en plus nombreux à adopter la formule.L\u2019apatite ignée, elle, attend dans le sol.Au Québec, deux entreprises prévoient commencer prochainement l\u2019exploitation de mines d\u2019apatite: Mine Arnaud, à Sept-Îles, et Arianne Phosphate, au Saguenay.Une agriculture un peu plus verte que pourrait soutenir l\u2019industrie minière d\u2019ici\u2026 La situation est encore plus intéressante depuis qu\u2019une équipe de l\u2019Université Laval a démontré, il y a un an, que l\u2019association plante-mycorhize pouvait être encore améliorée par l\u2019arrivée d\u2019un troisième joueur : des bactéries, présentes dans le sol, capables de sécréter des acides organiques et de dissoudre l\u2019apatite.Ces bactéries rendent le phosphore encore plus disponible aux mycorhizes qui le transmettent à leur tour à la plante1.Il y a aussi des initiatives intéressantes en différents endroits du monde pour récupérer les énormes quantités de phosphore que contiennent nos excréments et ceux des animaux d\u2019élevage.À Vancouver, par exemple, une compagnie a mis au point une technologie prometteuse qui permet de récupérer jusqu\u2019à 90% du phosphore présent dans les eaux usées par un procédé biologique.Elle le transforme en un engrais économique directement utilisable par les agriculteurs.Le procédé permet déjà de produire 2 000 tonnes d\u2019engrais par an à la station d\u2019épuration d\u2019Edmonton, en Alberta.1 La découverte a d\u2019ailleurs valu aux chercheurs une place dans notre palmarès des 10 découvertes de l\u2019année 2015 et a été la préférée de nos lecteurs.Voir Québec Science, janvier-février 2016, p.25-27.L'eau est un enjeu critique dans le Punjab et en Uttar Pradesh, parmi les États les plus pauvres de l'Inde.Ce paysan puise le liquide vital dans une nappe souterraine grâce à une pompe au diesel.HIZES ET EAUX USÉES N I C O L A S M E S L Y n peu partout sur les terres rurales du Nigeria, poussent, en abondance, des légumes colorés, variés et nourrissants.Par exemple, c\u2019est le cas du worowo, une plante verte aux larges feuilles amères, mais délicieuses une fois cuites; de l\u2019amarante, reconnaissable à sa grappe de graines rouges qui surgit d\u2019entre ses feuilles; ou encore de la courge cannelée, large cucurbitacée verte à la chair pâle.Cependant, les légumes indigènes du Nigeria \u2013 c\u2019est-à-dire ceux qui poussent naturellement dans le pays \u2013 sont loin d\u2019être populaires, même à la campagne, et moins encore dans les villes, comme l\u2019explique le professeur en agronomie de la Osun State University, Odunayo Clement Adebooye.Ainsi, les populations urbaines ne les considèrent pas comme raffinés.«Leur perception, explique-t-il, c\u2019est que ces légumes, parcequ\u2019ils poussent dans la brousse et sont cueillis à l\u2019état sauvage, sont de la nourriture de pauvres.» Mais que préfèrent alors les gourmets des villes?Les légumes «exotiques», importés dans l\u2019agriculture nigériane, comme le chou, la laitue et le concombre.Des légumes pourtant beaucoup moins riches en nutriments et plus difficiles à cultiver que les plantes sauvages.L\u2019équipe du professeur Adebooye s\u2019est donc donné comme mission de populariser les légumes indigènes du Nigeria, autant auprès des cultivateurs que des consommateurs.«Nous faisions face à trois problèmes.D\u2019abord, un problème demarché, car les gens ne connaissaient pas les avantages alimentaires de ces légumes.Il y avait aussi un problème d\u2019usage, car les gens ignoraient comment les préparer.Et, finalement, un problème d\u2019ordre agronomique, c\u2019est-à-dire que les agriculteurs ne savaient pas les cultiver de façon profitable.» Bref, ces mal-aimés du public intéressaient peu les cultivateurs.«Ils disaient: \u201cVous, les scientifiques, vous voulez que nous produisions quelque chose que nous ne connaissons pas, mais qui l\u2019achètera?\u201d» raconteM.Adebooye.Les chercheurs ont donc sélectionné, pour leur projet, les légumes les plus susceptibles de devenir populaires, en se basant notamment sur la facilité à les cultiver et sur la perception que la population avait d\u2019eux.À partir d\u2019une liste de 22 légumes, ils ont mené des tests pour identifier ceux qui répondaient le mieux à leurs critères.Trois d\u2019entre eux se sont démarqués : l\u2019amarante, la courge cannelée et l\u2019aubergine écarlate.Pour convaincre les cultivateurs de se consacrer à la culture de ces plantes, 42 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 NIGERIA/BÉNIN/MANITOBA LE POTAGER N\u2019EST PAS PLUS VERT CHEZ LE VOISIN U Une aubergine écarlate cultivée en Afrique OÙ ON A LA PREUVE QUE L\u2019ÉDUCATION ALIMENTAIRE ET CULINAIRE PORTE SES FRUITS (ET LÉGUMES).Par Bouchra Ouatik l\u2019équipe du professeur Adebooye devait d\u2019abord leur prouver que les acheteurs seraient au rendez-vous.Les chercheurs ont donc lancé, à la radio, à la télévision et dans les journaux, une campagne de promotion couvrant tout le sud-est du Nigeria.Ces publicités mettaient en vedette un personnage appelé «Ramo, le vendeur de légumes».«La première publicité portait sur la production : nous expliquions comment les légumes pouvaient être cultivés.La seconde portait sur l\u2019utilisation : nous disions aux gens comment les cuisiner.La troisième portait sur la distribution : nous informions les gens des endroits où ils pouvaient les acheter», dit Odunayo Clement Ade- booye.Chaque jour, 10 millions d\u2019auditeurs étaient à l\u2019écoute, ajoute-t-il.Dans chaque publicité, les chercheurs fournissaient un numé ro de téléphone où les joindre.Une fois semée, par l\u2019intermédiaire de Ra mo, l\u2019idée que les légumes indigènes cons tituaient un bon choix, les cher - cheurs de la Osun State University ont recru té des agriculteurs pour leur apprendre à cultiver ces plan - tes.Au total, 22 coopératives, rassem blant plus de 1 200 fermiers, dont la moitié étaient des fermières, ont pris part au projet.«Ce n\u2019était pas facile de les recruter», fait remarquer l\u2019agronome en expliquant que les agriculteurs hésitaient à se lancer dans la culture d\u2019une nouvelle variété de légumes.Mais ils ont été épaulés tout au long du projet.Ils ont suivi une formation pour apprendre à les semer, à protéger les plants des organismes nuisibles et à maximiser leurs récoltes.Leur statut de coopérative a facilité l\u2019obtention de prêts destinés à moderniser leur équipement.es chercheurs avaient également à cœur d\u2019impliquer les femmes dans le processus.Ces dernières jouent un grand rôle dans la culture et la vente des légumes au Nigeria, mais elles ont rarement un pouvoir de décision, explique M.Adebooye : «Nous avons donné aux femmes des rôles de leadership dans les coopératives.» Bien que les participants au projet étaient déjà des agriculteurs aguerris, les chercheurs ont profité de l\u2019occasion pour raffiner leurs techniques de travail.L\u2019équipe de la Osun State University a collaboré avec des chercheurs de l\u2019université de Parakou, au Bénin.Là-bas, l\u2019équipe du professeur Pierre Irenikatche Akponikpe a introduit une technique appelée microdosage qui permet de maximiser la récolte avec un minimum d\u2019engrais.La technique consiste à appliquer une faible dose d\u2019engrais, directement au pied de la plante.«Les producteurs appliquent généralement l\u2019engrais à la volée, avec des doses largement supérieures à la mi- crodose, explique M.Akponikpe.Le ci- blage est mal fait et il y a beaucoup de pertes : l\u2019engrais n\u2019atteint pas les racines.» En outre, ajoute-t-il, dans la méthode traditionnelle, un fermier creuse un trou et sème la graine, et un second s\u2019occupe plus tard de distribuer l\u2019engrais dans le champ.«Dans la technique du microdosage, celui qui sème peut immédiatement appliquer l\u2019engrais», souligne-t-il.Le chercheur estime qu\u2019il est possible d\u2019accroître d\u2019une fois et demie la récolte, tout en utilisant le tiers de l\u2019engrais requis dans la méthode traditionnelle.Avec le travail des chercheurs du Bénin, les récoltes ont été bonnes.Et les messages de Ramo, le vendeur de légumes, diffusés régulièrement sur les ondes nigérianes, ont eu du succès! «Nos publicités ont fait en sorte que les gens sont tombés sous le charme de ces légumes et, lorsqu\u2019ils ont constaté qu\u2019ils en avaient pour leur argent, la demande a augmenté», explique Odunayo Cle ment Adebooye.Les chercheurs ont aussi organisé des ateliers culinaires dans plusieurs villes du pays pour montrer comment apprêter les légumes.«Nous cuisinions devant les gens et ils pouvaient manger gratuitement.Parfois, 600 personnes venaient!» assure M.Adebooye.Déjà, grâce aux efforts de ce dernier et de ses collègues, des plantes vertes longtemps snobées par une partie de la population nigériane occupent une place de choix sur de nombreuses tables du pays.Bien sûr l\u2019amarante, la courge cannelée et l\u2019aubergine écarlate peuvent être incorporées dans les recettes traditionnelles nigérianes, mais les chercheurs ont voulu aller encore plus loin pour tirer le maximum de ces aliments, riches en nutriments tels que les polyphénols qui ont notamment des propriétés antioxy - dantes.«Par exemple, l\u2019un des problèmes, dans notre région du monde, est l\u2019anémie, souvent due à une carence en fer, rappelle M.Adebooye.Or, la courge cannelée et l\u2019aubergine contiennent de grandes quantités de fer.» Aussi l\u2019équipe du professeur Odunayo Clement Adebooye compte-t-elle sur les compétences de Rotimi Aluko, chercheur au département des sciences de la nutrition de l\u2019université du Manitoba.«Vous devez manger beaucoup de salade pour obtenir suffisamment de nutriments!» dit en riant le spécialiste qui, dans son laboratoire de Winnipeg, étudie comment extraire les nutriments des plantes sélectionnées, puis de quelle manière les incorporer en doses concentrées dans d\u2019autres aliments comme le jus d\u2019orange, les barres tendres ou le pain.Dans la technique qu\u2019il a mise au point, le spécialiste en nutrition humaine réduit en poudre les feuilles séchées des plantes et les mélange à de l\u2019eau.Puis il passe la préparation à la centrifugeuse afin d\u2019isoler les molécules de polyphénols qui se trouvent dans les feuilles.«Nous travaillons présentement à optimiser l\u2019extraction, en variant la température de l\u2019eau, le ratio de feuilles par rapport à l\u2019eau et la durée de l\u2019extraction», spécifie-t-il.Lorsque cette mixture de polyphénols sera prête à être utilisée dans la fabrication d\u2019autres aliments, elle risque toutefois de leur donner une couleur verdâtre.«Les gens sont réticents à manger du pain vert, admet M.Aluko.Mais il faudra les éduquer, leur dire que le vert n\u2019est pas mauvais, que c\u2019est même bon pour eux!» ?QS Le projet de recherche décrit dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international.Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 43 L Une courge cannelé Les Nigérians et les Béninois redécouvrent les légumes indigènes. D O S S I E R L \u2019 E N J E U A G R I C O L E 44 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 NOURRIR POULETS, COCHONS, VACHES ET POISSONS AVEC DES INSECTES?UNE IDÉE QUI FAIT MOUCHE, DU KENYA AU CANADA.Par Mélissa Guillemette, à Kisumu, au Kenya DE LA VIANDE QUI FAIT «BIZZ» uand la professeureMonica Ayieko fait frire des termites ou des criquets dans le laboratoire de l\u2019université de science et technologie Jaramogi Oginga Odinga, dans l\u2019ouest du Kenya, le campus entier salive à cause des arômes.«Non seulement l\u2019odeur est incroyablement agréable, mais c\u2019est aussi bon au goût!» explique la responsable du département de sécurité alimentaire.Le problème, c\u2019est que cette chair nutritive dégoûte pasmal demonde, y compris au Kenya où seulement certaines tribus s\u2019en délectent.Et même si ces protéines représentent une façon simple de répondre aux besoins alimentaires d\u2019une populationmondiale toujours croissante, la majorité des humains font la fine bouche devant les insectes.Mais pas les animaux.«Quand une mouche passe, mon chien ne se pose pas de questions : il la mange!» lance Monica Ayieko.Voilà pourquoi son équipe étudie la possibilité de donner des bestioles à six pattes aux animaux d\u2019élevage, une façon détournée d\u2019utiliser les insectes pour renforcer la sécurité alimentaire à l\u2019échelle de la planète.Dans les faits, le concept n\u2019est pas nouveau au Kenya, ni dans plusieurs autres pays d\u2019Afrique et d\u2019Asie, où les populations connaissent déjàmille et une astuces pour attraper les insectes et les offrir aux animaux.Quand Monica Ayieko était petite, par exemple, elle a appris à fabriquer des pièges à termites.«On utilisait des pots renversés et de l\u2019herbe pour les attirer et on donnait nos prises aux poulets», dit la professeure rencontrée lors de la Conférence internationale sur la législation et les politiques concernant l\u2019utilisation des insectes pour l\u2019alimentation humaine et animale enAfrique de l\u2019Est, tenue à Kisumu, une ville près de son université, enmars dernier.Cette tradition inspire aujourd\u2019hui une panoplie de chercheurs et d\u2019entrepreneurs partout dans le monde.Une centaine d\u2019entre eux sont même venus jusqu\u2019au Vic Hotel de Kisumu \u2013 pas exactement la porte à côté! \u2013 pour en parler.Le bétail et les poissons, tout comme K E N Y A Q Larves de mouches soldats noires séchées E N T E R R A Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 45 Lorem ipsum nous, ont besoin de protéines.En cemo- ment, nous sommes même en compétition avec eux pour les obtenir\u2026 Par exemple, la farine de poisson est une excellente source de protéines à intégrer à l\u2019alimentation des porcs, des poulets et des vaches laitières, entre autres.Obtenue après l\u2019extraction de l\u2019huile des poissons, cette farine est constituée entre 40% et 70%de protéines, selon la qualité, avec une teneur intéressante en acides aminés.«Chaque année, environ 16millions de tonnes de poissons sont transformées en farine dans le monde, indique le spécialiste du dossier entomophagie de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO), Paul Vantomme, qui a troqué sa chemise, après sa conférence, pour un teeshirt à motif de \u201cbibittes\u201d.C\u2019est un excellent produit mais, en gros, on donne aux bêtes des aliments qu\u2019on peut nous- mêmes manger, comme des sardines et des anchois.Ce n\u2019est pas une pratique durable.» L\u2019offre est d\u2019ailleurs en baisse, et les prix en hausse.Le soya (environ 45% de protéines) \u2013 un autre aliment que l\u2019humain consomme \u2013 est également un produit largement utilisé par les éleveurs.Un peu moins complet que la farine de poisson, il est beaucoupmoins cher.Toutefois, les terres disponibles pour le cultiver ne sont pas illimitées.En comparaison, les insectes offrent l\u2019avantage de pouvoir être élevés sur de petites superficies, et contiennent, selon l\u2019espèce, jusqu\u2019à 70% de protéines! Justement, dans la cour arrière de l\u2019université où travaille Monica Ayieko, un réservoir de la taille d\u2019une brouette empeste.Il est rempli de déchets végétaux récupérés au marché, et des larves de mouches soldats noires (environ 48% de protéines) s\u2019y alimentent, avant de s\u2019écarter du tas une fois prêtes à devenir nymphe.En s\u2019isolant ainsi, elles tombent, par un conduit, au fond d\u2019un seau : l\u2019heure de la récolte a sonné.«C\u2019est le genre de système qu\u2019un simple fermier pourrait avoir chez lui», explique Nyakeri EvansManyara, un étudiant au doctorat supervisé par Monica Ayieko.Il effectue présentement son travail de terrain chez Sanergy, une entreprise de Nairobi qui offre un service de toilettes publiques dans les bidonvilles, pour ensuite transformer leur contenu en fertilisant grâce aux larves.«Sanergy espère aussi commercialiser ces larves pour l\u2019alimentation animale», explique le docto- 1 Komi Fiaboe et Monica Ayieko (au centre) discutent devant un système d'élevage de criquets dans des boîtes à œufs au Centre international de physiologie et d'écologie des insectes, au Kenya.2 Dans ce système d'élevage de mouches soldats noires aperçu à l'université de science et technologie Jaramogi Oginga Odinga, les larves sont réparties dans les bacs selon leur âge.3 Criquets d'élevage.4 Le réservoir devant lequel pose le doctorant Nyakeri Evans Manyara est rempli de déchets végétaux qui font les délices des larves de mouches soldats noires.P H O T O S : M É L I S S A G U I L L E M E T T E 1 2 3 4 rant, qui cherche la combinaison idéale de déchets (déjections humaines, restants de table, fruits et légumes du marché, pelures de banane et déchets de brasserie) pour que les larves profitent bien.Chez les paysans du Kenya, l\u2019idée n\u2019est pas de remplacer les farines de poisson; ils n\u2019en achètent pas en raison de leur prix élevé, et laissent plutôt les poulets picorer dans la nature.Mais en élevant leurs propres mouches, ils pourraient mieux engraisser leurs bêtes, sans dépenser un sou.«S\u2019ils ne donnent pas de protéines à leurs poulets, ces derniers ne leur en fourniront pas beaucoup», explique l\u2019entomologiste Komi Fiaboe, dans le lobby du Vic Hotel.Donc, moins d\u2019œufs et moins de viande pour nourrir la famille.Ce Togolais d\u2019origine travaille au Centre in - ter national de physiologie et d\u2019écologie des insectes du Kenya et codirige un vaste projet de recherche : INSFEED (Intégration d\u2019insectes aux aliments pour la volaille et le poisson en Afrique subsaharienne), financé par le Centre de recherches pour le développement international du Canada et le gouver nement australien.Les chercheurs dressent d\u2019abord un inventaire en libre accès des propriétés nutritives des insectes indigènes.Ils évaluent également les risques de contamination (champignons, bactéries, métaux lourds) et les stratégies pour les éviter.Enfin, ils déterminent le potentiel économique, pour les agriculteurs, de l\u2019élevage ou de la cueillette des insectes afin de pouvoir nourrir leurs propres animaux, ou encore pour les vendre à l\u2019industrie de l\u2019alimentation animale.ttraper des insectes?Le Centre se spécialise dans la gestion des insectes nuisibles depuis sa fondation, dans les années 1970.Les mêmes substances dont on se sert pour attirer les insectes vers un piège mortel pourraient être utilisées pour cueillir les bestioles comestibles, estime Komi Fiaboe.«Par exemple, nous utilisons présentement des phéromones pour attirer les \u201cmouches à fruits\u201d (entre 43% et 60% de protéines, selon l\u2019espèce et le stade de développement) vers des pesticides afin de protéger les mangues.On peut procéder de la même manière pour recueillir les insectes afin de nourrir la volaille.Évidemment, nous ne voulons pas donner aux poulets des mouches contaminées par les pesticides, alors nous cherchons un moyen, une fois piégées, de les faire mourir sans les intoxiquer.» Une centaine d\u2019entreprises tentent déjà de percer l\u2019immense marché.Et les entrepreneurs pensent pouvoir offrir les insectes, entiers ou moulus, à un prix moins élevé que les farines de poisson, en plus d\u2019assurer une constance dans la production.Au pays, l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments n\u2019a encore approuvé aucun produit à base d\u2019insectes à l\u2019usage du bétail.L\u2019Agence se garde de divulguer le nombre d\u2019entreprises en processus d\u2019approbation, mais confirme que plusieurs se sont rensei - gnées sur la façon de soumettre une demande concernant des insectes comme «aliments nouveaux» pour les élevages.Paul Vantomme trouve d\u2019ailleurs inusité que les insectes soient considérés comme des «aliments nouveaux», ici comme en Europe.«On n\u2019invente rien! Ce n\u2019est pas du nano!» dit celui qu\u2019on surnomme l\u2019«entoparrain».Brad Marchant est le premier entrepreneur canadien à avoir entamé ces démarches, il y a quatre ans! Les mouches soldats noires de sa compagnie, Enterra Feed, basée à Langley, en banlieue de Vancouver, font pourtant déjà les délices des poissons d\u2019élevage chez nos voisins du sud, où l\u2019entreprise a obtenu une certification en 10 mois; et les certifications pour la volaille et les fruits de mer devraient venir bientôt.En Suisse, où les produits d\u2019Enterra Feed pour les poissons et la volaille ont été approuvés, il a fallu environ six mois.Chaque jour, 100 tonnes de restes de fruits et légumes de l\u2019industrie alimentaire aboutissent dans l\u2019usine d\u2019Enterra Feed.En quatre heures, le tout disparaît.«C\u2019est particulièrement impressionnant de voir fondre une pile de déchets alimentaires!» explique Brad Marchant, le 46 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 U N E A G R I C U L T U R E P O U R S A U V E R L A P L A N È T E D E L A F A M I N E VOUS EN MANGEZ DÉJÀ L\u2019idée que les poulets, porcs et poissons qui aboutissent dans votre assiette aient mangé des insectes vous dégoûte?Eh bien, sachez que vous mangez déjà jusqu\u2019à 500 grammes d\u2019insectes par année! Tofu, fromage, café moulu, raisins secs, poivre, champignons, figues: autant de produits qui peuvent contenir une infime quantité de fragments d\u2019insectes, ou même d\u2019insectes entiers, tout en respectant les normes de l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments.Bon appétit! LES CHAMPIONNES Selon l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture, les espèces les plus prometteuses pour l\u2019alimentation animale sont: > la mouche soldat noire > la mouche domestique > le ver à soie > le ténébrion jaune A L\u2019usine d\u2019Enterra Feed, près de Vancouver.Chaque jour, près de 100 tonnes de restes de fruits et légumes de l\u2019industrie alimentaire y aboutissent.D O S S I E R L \u2019 E N J E A G R I C O L E P H O T O S : E N T E R R A directeur général de l\u2019entreprise, qui souhaite également fournir les producteurs de crevettes et de porc.«On a hâte de pouvoir vendre au Canada; après tout, on utilise les déchets de fruits et légumes locaux et ce serait plus logique de revendre les protéines ici aussi.» Il souligne que de plus en plus de règlements, en Amérique du Nord, obligent l\u2019industrie à ne plus acheminer de déchets organiques vers les dépotoirs.«C\u2019est bien, mais laisser ces nutriments se décomposer équivaut à une perte énorme.Nous les convertissons plutôt en une autre forme de nourriture.Préserver les nutriments sera de plus en plus important, au fur et à mesure que la population augmentera sur la Terre.» AuQuébec aussi, l\u2019idée fait son chemin.En collaboration avec le professeur Grant Van- denberg, du département des sciences animales de l\u2019Université Laval, le Centre de développement bioalimentaire du Québec démarre tout juste un projet-pilote de 2 ans avec des mouches domestiques et des mouches soldats noires, réparties dans 24 volières.«RECYQ- Québec vise à éliminer tous les résidus putrescibles des sites d\u2019enfouissement d\u2019ici 2020 et ce projet représente une des avenues pour revaloriser ces résidus, dit Marie-Pier Aubin, coordonnatrice du secteur agricole du centre basé à La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent.Si on est capable de développer à faible coût une production standardisée de protéines, alors que l\u2019alimentation est le plus gros fardeau financier pour les élevages de production animale et d\u2019aquaculture, on réglera deux problèmes.» En plus des restes de fruits et légumes d\u2019épicerie, la drêche de brasserie sera testée comme aliment pour les larves.L\u2019entreprise québécoise Larvatria va encore plus loin et achève sa phase de recherches pour un projet d\u2019élevage de mouches domestiques nourries au fumier de vaches laitières! Plutôt que de laisser les déjections des vaches se décomposer en monceaux pendant des mois dans les fermes, avec toutes les émanations de méthane que cela implique, le président Gilles-André Bouchard propose de les composter dans sa future usine en trois ou quatre jours à l\u2019aide des larves.«Avec notre procédé, on élimine 300 kg de CO2 par tonne de fumier qu\u2019on fait dévorer ainsi, dit cet homme d\u2019affaires qui a quitté l\u2019industrie de l\u2019informatique pour celle des insectes.À terme, on espère pouvoir vendre des crédits de carbone.» En plus des larves, composées à plus de 68% de protéines! «En 2026, on va se demander pourquoi on ne le faisait pas déjà en 2016», affirme l\u2019entomologiste néerlandais Marcel Dicke, et auteur du livre de recettes The Insect Cookbook: Food for a Sustainable Planet, interviewé dans le bar du Vic Hotel.Mais n\u2019est-ce pas tout aussi insensé que dans le cas des sardines et des anchois que de donner aux bêtes des insectes que nous pourrions manger?«Ce ne sont pas tous les insectes qui peuvent être utilisés comme nourriture humaine, prévient- il.J\u2019ai goûté à des biscuits auxmouches soldats noires, une fois.Je ne pense pas que ça va conquérir les consommateurs.» Selon Paul Vantomme, il faut éviter de faire d\u2019unemoucheun éléphant.«Onentend souvent des slogans du genre \u201cles insectes vont sauver la planète\u201d.Je n\u2019y crois pas; ils ne sont qu\u2019une partie de la solution.Convaincre les gens des pays développés de manger moins de viande aurait un impact bien plus important que tout ce que les insectes pourraient apporter.» Qui veut goûter aux criquets frits deMonica Ayieko?QS La production de cet article a été rendue possible grâce à la bourse Québec Science- Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada.Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 47 DES INSECTES PLUTÔT QUE DES ANTIBIOTIQUES?Il faudra certainement plus de recherche sur le sujet, mais il est possible que la chitine, une molécule présente dans l\u2019exosquelette des insectes (et chez les crustacés aussi), stimule le fonctionnement du système immunitaire des bêtes.Dans un rapport de 2013, l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture parlait même d\u2019une «option prometteuse afin de remplacer les antibiotiques présentement utilisés pour le bétail».«Auparavant, les scientifiques croyaient que la chitine ne pouvait être digérée par les humains et les animaux, explique Marcel Dicke, professeur à l\u2019université de Wageningen, aux Pays-Bas, une sommité internationale en entomologie.Or, des chitinases (des enzymes qui peuvent dégrader la chitine) ont été repérées dans l\u2019intestin de populations humaines exposées aux insectes.Aussi, les poulets qui ont mangé des insectes semblent en meilleure santé.Mais pour le moment, il y a très peu de littérature sur le sujet.» LE MEILLEUR ENNEMI Les insectes sont souvent vus comme des nuisances.On invente donc toutes sortes de techniques pour les piéger : tapette à mouches, poisons en aérosol, rubans collants et autres.Pourtant, sur le million d\u2019insectes décrits scientifiquement à ce jour \u2013 et au total, il pourrait y avoir plus de 6 millions d\u2019espèces \u2013, seules 5 000 espèces sont véritablement nuisibles.À méditer devant une chandelle à la citronnelle! «Laisser ces nutriments se décomposer équivaut à une perte énorme.Nous les convertissons plutôt en une autre forme de nourriture.» 48 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 ÉGAREMENT Pourquoi ne retrouve-t-on plus la voiture au stationnement?Pourquoi l\u2019un a le sens de l\u2019orientation et l\u2019autre, pas du tout?Comment les premiers navigateurs pouvaient-ils trouver leur route dans des espaces immenses n\u2019offrant qu\u2019un minimum de repères?Pourquoi certains espaces publics nous rassurent-ils, alors que d\u2019autres créent en nous un malaise?Qu\u2019ont donc les animaux, qui s\u2019orientent tout naturellement, et que nous n\u2019avons pas?Les réponses au titre de l\u2019essai de ce psychologue expérimental, spécialiste de psychogéographie, professeur à l\u2019université de Waterloo, en Ontario, sont à la fois toute simples et très complexes : c\u2019est la faute à notre cerveau.Ou c\u2019est grâce à lui, selon le point de vue qu\u2019on adopte.Extrait: «La possibilité de faire abstraction de notre contexte spatial présent, de fermer les yeux et de nous imaginer dans un autre endroit, peu importe s\u2019il est stylisé ou non, est probablement spécifique aux êtres humains.Notre capacité à visualiser mentalement l\u2019organisation des étages d\u2019un bâtiment depuis différentes perspectives, et non seulement de nous imaginer dans le bâtiment, mais en outre de voir ce que nous verrions depuis notre position imaginée, est un don qui n\u2019est possédé par aucun autre animal.» Colin Ellard étudie sous tous les angles notre rapport historique et actuel à l\u2019espace : urbanisme, architecture, géographie, nature, mondes virtuels, mémoire spatiale, imagination, etc.Mais il va bien plus loin que la leçon de psychologie : «La manière dont notre esprit analyse l\u2019espace est l\u2019une des raisons de notre extraordinaire capacité à accomplir des miracles technologiques, mais aussi l\u2019une des causes de notre négligence quant à nos responsabilités envers la planète, à tel point que nous sommes en passe de la perdre.» (H.M.) Vous êtes ici.Pourquoi les hommes sont capables d\u2019aller sur la Lune et se perdent dans un parc, Colin Ellard, Seuil, 2016, 330 p.À LA SOUPE! «Qu\u2019est-ce qu\u2019on mange?» devaient demander les enfants des colons de la Nouvelle-France.«Des légumes!» pouvaient répondre leurs parents.Car pour nos aïeux, le potager était, on s\u2019en doute, une nécessité.Historien et chercheur associé au Musée canadien de l\u2019histoire, co- concepteur et coréalisateur du Musée virtuel de la Nouvelle-France, Jean-Pierre Hardy raconte \u2013 tableaux, plans et illustrations à l\u2019appui \u2013 deux siècles de jardins et de potagers québécois.Champlain emmène sur son navire le premier jardinier de Nouvelle-France, Martin Béguin.Celui-ci trace déjà, en 1608, les carrés de légumes et le jardin d\u2019ornement où s\u2019épanouiront les roses qu\u2019affectionne le fondateur.Sans oublier les communautés religieuses qui devaient entretenir d\u2019immenses jardins vivriers et floraux ni les colons des villes et les colons des champs dont les productions familiales, potagères et fruitières, étaient, vous le verrez, étonnamment variées.Quelques trouvailles dans ce livre foisonnant: c\u2019est Pierre Boucher, seigneur de Boucherville, qui dresse, en 1634, le premier inventaire des plantes poussant chez nous : 26 légumes, depuis l\u2019ail jusqu\u2019au salsifis.On produit le plus souvent les semences, mais on en importe aussi d\u2019Europe et des colonies anglaises.De quatre variétés de laitues au début du XVIe siècle, on passe à plus de 50, deux siècles plus tard.Le pois est la légumineuse la plus consommée, mais il est cultivé plutôt dans les champs que dans les potagers.Il ne faut pas imaginer les mêmes légumes qu\u2019aujourd\u2019hui : beaucoup d\u2019hybridations naturelles se sont produites, des mutations génétiques aussi.Pour qui s\u2019intéresse à la culture, dans tous les sens du terme.(H.M.) Jardins et jardiniers laurentiens 1660-1800 \u2013 Creuse la terre, creuse le temps, Jean-Pierre Hardy, Septentrion, 2016, 302 p.Matières à lire Le développement du Québec et du Canada est intimement lié à l\u2019usage du Saint-Laurent.C\u2019est par le fleuve que sont arrivés les premiers navires; c\u2019est aussi par le fleuve que sont arrivés la plupart de nos ancêtres; c\u2019est par le fleuve que l\u2019économie s\u2019est d\u2019abord développée.Le Saint-Laurent: la redécouverte d\u2019un géant Mais si le Saint-Laurent participe à la fois à l\u2019identité sociale, écologique et culturelle du Québec, en prenons-nous vraiment la pleine mesure?Québec Science propose cet été un numéro spécial entièrement et exclusivement consacré à ce géant bleu.Une série de reportages qui conduiront les lecteurs et les lectrices depuis Cornwall jusqu\u2019à Baie-Comeau et de Montréal à Gaspé.Ils révéleront à la fois les défis scientifiques et les défis économiques qui sont aujourd\u2019hui associés à l\u2019avenir du Saint-Laurent.Il faut rappeler que plus de 70% de la population québécoise se concentre le long des 1197 km du Saint- Laurent.C\u2019est d\u2019ailleurs pas moins de 4 millions de personnes qui s\u2019y approvisionnent en eau potable.Mais le fleuve reste un espace économique qui fournit près de 25000 emplois directs dans le transport, les pêcheries et le tourisme.Mais comment aujourd\u2019hui mieux concilier la mise en valeur économique du Saint-Laurent et la conservation des espaces naturels fragiles qui le jalonnent?À lire dans notre prochaine édition Un numéro spécial à ne pas manquer et qui permettra de comprendre le Saint-Laurent autrement pendant les vacances, un moment privilégié pour partir à sa redécouverte! Juin ~ Juillet 2016 | Québec Science 49 l est vrai que l\u2019on entend souvent cette maxime selon laquelle les plats préparés sont plus «polluants» que ceux que l\u2019on cuisine à la maison.Et l\u2019idée n\u2019est pas erronée, pourvu que l\u2019on garde en tête qu\u2019elle n\u2019est rien de plus qu\u2019une règle générale.«Si on se concentre juste sur ce qu\u2019on voit chez nous, on peut avoir l\u2019impression qu\u2019on va générer beaucoup plus de déchets en cuisinant nous-mêmes, explique l\u2019ingénieure Renée Michaud, directrice exécutive du CIRAIG, un centre de recherche de l\u2019École polytechnique spécialisé dans l\u2019analyse du cycle de vie des produits.Mais il faut aussi voir ce qui se passe en amont.Avant que la sauce soit mise en pot et apportée à l\u2019épicerie, il y a une série d\u2019étapes qui font intervenir des emballages, des transports, des pertes, etc.Parfois, avec la mondialisation, il y a des produits qui font quasiment le tour du monde avant d\u2019arriver sur les tablettes.» En tenant compte de tout cela, il n\u2019est pas déraisonnable de penser que, en général, la sauce maison est plus écolo que celle que l\u2019on achète à l\u2019épicerie.Mais, avertit Mme Michaud, l\u2019empreinte environnementale totale d\u2019un produit est l\u2019aboutissement d\u2019une foule de variables enchevêtrées qui, lorsqu\u2019on les démêle, peuvent donner des résultats étonnants.Ainsi, à vue de nez, on se dit qu\u2019une tomate importée du Mexique doit avoir un bilan carbone plus lourd qu\u2019une tomate cultivée au Québec, à cause des gaz à effet de serre émis lors de son transport.Et c\u2019est souvent vrai mais, en agriculture, les impacts environnementaux se concentrent surtout à la ferme, les transports étant une source secondaire.Alors si la tomate est, par exemple, achetée en hiver et qu\u2019elle a été produite dans une serre chauffée au mazout \u2013 comme l\u2019ont été beaucoup de serres québécoises pendant longtemps, même si l\u2019industrie locale a fait des progrès sur ce plan ces dernières années \u2013, il est bien possible que le légume «bien de chez nous» soit, en fin de compte, plus polluant que son équivalent mexicain.En fait, même des détails \u2013 comment dire \u2013 presque intimes d\u2019une recette maison peuvent faire une différence.Y met-on beaucoup de bœuf haché ou assez peu?Comme l\u2019élevage affecte nettement plus l\u2019environnement que la production de fruits et légumes \u2013 et comme l\u2019industrie en met généralement peu, parce que la viande coûte cher \u2013, cela peut faire pencher la balance écolo du côté de la sauce préparée.Y met- on seulement le chapeau des champignons, ou y met-on presque tout le pied?«A priori, dit Mme Michaud, on peut penser que les fabricants \u2013 puisque c\u2019est pour eux un business \u2013 vont tenter de limiter les pertes, de tout récupérer et qu\u2019ils seront donc très efficaces.Or on sait que le gaspillage alimentaire est important dans nos sociétés.Il y a une grande partie des aliments qu\u2019on jette à la maison parce que les gens évaluent mal leurs besoins, ne font pas une bonne rotation dans leur frigo, etc.Alors il y a quand même beaucoup de perte à la maison.» Encore une fois, cela peut amener nombre d\u2019exceptions à la règle voulant que les plats maison soient plus écologiques.Pour tout dire, ajoute Mme Michaud, cet aspect des pertes peut même rendre les emballages souhaitables pour l\u2019environnement.«Afin de mesurer l\u2019empreinte d\u2019un concombre, par exemple, il faut compter l\u2019utilisation des terres, les engrais et les pesticides, les quantités d\u2019eau utilisées, les différentes étapes de transport, de lavage, de manipulation, etc.Tout ça a une empreinte écologique.Et c\u2019est évidemment pire si, pour chaque concombre que je consomme, il y en a cinq qui ont dû être jetés.Il faut alors considérer l\u2019empreinte des six.Donc, si le fait de les emballer permet de limiter les pertes à un ou zéro au lieu de cinq, c\u2019est tout l\u2019impact en amont qui est diminué.» ?QS Vous avez la tête remplie de questions de nature scientifique, mais vous ne savez pas trop où chercher les réponses?Envoyez-les à l\u2019adresse questionspourQS@gmail.com, et notre chroniqueur se fera un plaisir d\u2019y répondre ! Les grandes questions du monde Par Jean-François Cliche Un «spaghetti» de variables «Étant préoccupée par les questions d\u2019environnement, je tente de faire ma petite part en cuisinant tous mes plats avec des aliments de base comme des légumes frais, congelés ou en boîte, des pâtes, etc.Mais j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il y a un problème.Si je fais une sauce à spaghettis, par exemple, je dois ouvrir une boîte de tomates, une boîte de sauce tomate, une boîte de pâte de tomates, la boîte de jus de tomates, celle des champignons, etc.Au final, cela fait beaucoup plus d\u2019emballages que si j\u2019achète ma sauce toute faite; il n\u2019y a alors qu\u2019un seul pot à recycler.Mais, malgré tout, on dit toujours que cuisiner soi- même est plus écolo que d\u2019acheter des plats préparés.Où est l\u2019erreur?» demande Sylvie Glen.I 50 Québec Science | Juin ~ Juillet 2016 L\u2019esprit du lieu Par Serge Bouchard Mon frère, le géologue, me disait un jour : «Tu sais, la Terre, nous lui sommes profondément indifférents, elle se passerait bien de nous.Quand nous aurons tout détruit de sa beauté, elle s\u2019en refera une, elle sera belle une autre fois, mais serons-nous encore là pour le constater?» Les temps cosmiques et géologiques sont des temps qui nous dépassent.La beauté du monde n\u2019est pas humaine, elle se situe hors de notre entendement; en sommes- nous si jaloux?Car il faut croire que l\u2019humain vit sur la Terre dans le seul but de la défigurer.J\u2019ai une amie qui revient d\u2019Hawaï.Ces îles volcaniques, depuis toujours isolées du reste du monde, s\u2019étaient au fil du temps transformées en paradis des arbres et des fleurs, bougainvilliers, orchidées, hibiscus, oiseaux du paradis et des dizaines de variétés dont on ne saurait plus dire le nom.Sur ces îles et ces îlots poussait une forêt tropicale aux arbres magnifiques, dont le fameux Santal, arbre mythique, bois odorant dont les effluves portent à laméditation, invitent à la sagesse et inspirent le calme.Il n\u2019y avait ni prédateur, ni reptile, ni moustique, ni pou, ce qui est bon pour la paix de l\u2019esprit et le repos des vieilles âmes.Soixante-trois espèces d\u2019oiseaux habitaient les îles, en compagnie d\u2019une sorte de chauve-souris et du phoque moine, vieux mammifère solitaire et grognon.La tortue des mers venait pondre ses œufs sur la plage, à l\u2019ombre des palmiers, en toute tranquillité.Il y a près de 2000 ans, des humains ont abordé ce paradis, c\u2019étaient des Polynésiens de la famille desMaoris, en provenance des îlesMarquises.Ils amenaient avec eux la religion des grands Tabous et du Mana, ils apportaient aussi des chiens et des cochons.Plusieurs générations occupèrent pacifiquement les îles de l\u2019Archipel, allant de l\u2019une à l\u2019autre à bord de leur fameuse pirogue, le va\u2019a.Grands navigateurs, ils connaissaient les constellations, sachant s\u2019orienter en haute mer à la seule observation des vagues, du ciel et du vent.Ils mangeaient du porc, des poissons, de la tortue, de grosses mangues juteuses et des bananes.Les chiens étaient heureux qui n\u2019avaient pas de puces, le temps était au beau fixe, avec beaucoup de soleil, beaucoup de pluie, de la chaleur à profusion.Puis vinrent les bateaux européens.Les îles furent officiellement découvertes en 1778 par le capitaine Cook, qui y trouva d\u2019ailleurs une mort tragique auxmains des indigènes.La Pérouse, Vancouver et combien d\u2019autres vinrent mouiller dans les parages de l\u2019archipel malencontreusement nommé Sandwich, en l\u2019honneur du comte anglais à qui l\u2019on doit le plat du même nom, oh! malheur toponymique! À partir de là, l\u2019île fut déflorée, spoliée, transformée, littéralement salie.Les Anglais n\u2019apportaient pas que des chevaux, des chèvres et des moutons; venaient avec eux les jeux de pouvoir, la hiérarchie monarchique, la syphilis, toute l\u2019avidité, toute la violence, tous les maux dumonde.Dès 1810, Hawaï eut son roi, Kamehameha 1er, qui prit pourmodèle le roi d\u2019Angleterre.Au nom de la croissance économique, on dépouilla les îles de leur bois de santal, un nombre dramatique de fleurs disparurent en raison des brouteurs, on faillit exterminer les tortues, les phoques et les baleines à bosse.Avec l\u2019introduction de la malaria aviaire, 23 espèces d\u2019oiseaux s\u2019envolèrent\u2026 Dès 1812, le malheur était tel, en ce paradis perdu, que les Hawaïens étaient prêts à tout pour quitter leur île.On en recensemêmequi partirent travailler en Oregon aux côtés des Canadiens français et desMétis dans les dursmétiers de la traite des fourrures \u2013 comme le rapporte leMont- réalais Gabriel Franchère, en 1811, dans son journal de voyage.En un peu plus d\u2019un siècle, Hawaï changea du tout au tout.Aujourd\u2019hui, la population originale des Hawaïens ne représente plus que 6 % des habitants.Cet État américain est le seul qui soit bilingue, la langue hawaïenne y étant officiellement reconnue.Toutefois, ce statut est symbolique : il reste aujourd\u2019hui moins de 1 000 locuteurs.Malgré la démantibulation de la culture, de la nature et de l\u2019environnement, malgré ses blessures, Hawaï demeure dans l\u2019esprit du tourismemondial une destination paradisiaque.Mon amie revient d\u2019Hawaï, elle fut sensible à sa beauté, d\u2019autres amis y vont régulièrement, les avions sont pleins, les bateaux de croisière aussi.Des vagues et du soleil, des plages et des hôtels, des fleurs rouges et du ukulélé, du surfing, du kitesurfing, du trecking, du snorkeling, du golf et des ananas, du bon café, des bonnes bananes, de l\u2019observation de volcans, l\u2019archipel est un point chaud dans tous les sens du terme.Mais il suffirait d\u2019un épisode majeur de réveil volcanique pour que tout ce qui est disparaisse et retourne en cendres.La lave effacerait les blessures.Repartirait alors la roue de la beauté, la lente roue de la beauté, qui ramènerait l\u2019odeur du bois de santal, les oiseaux disparus et les fleurs originales auxquelles on pourrait donner de beaux noms, l\u2019innocence en somme, une île pacifique sans moustique ni pou.?QS Une terre sans moustique ni pou Diamond Head, cratère de l\u2019île d\u2019Oahu, dans l\u2019archipel d\u2019Hawaii N A N C Y N E H R I N G / I S T O C K P H O T O UNE EXPO QUI ACTIVE LA MATIÈRE GRISE ! 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