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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Janvier-Février 2015, Vol. 53, No. 5
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2015, Collections de BAnQ.

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[" LA REVUE DE L\u2019ANNÉE 2014 Les découvertes de l\u2019année 4 0 0 6 5 3 8 7 6,45$ M E S S A G E R I E D Y N A M I Q U E 1 0 6 8 2 quEbEc SciEncE Janvier - Février 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA ET CINQ AUTRES SUCCÈS DE NOS CHERCHEURS 22e Édition Un ange gardien contre l\u2019alzheimer Les dessous de Vénus La molécule des idées noires Une planète de plus au tableau Pétrole et golfe du Saint-Laurent : le scénario du pire LA PAR OLE ES T À VO US! VOTEZ POUR VOTR E DÉC OUVER TE.RÈGLE MENT S EN P AGE 5 3. DEUX = p}{co ONMERMES NC NT RANSIG N'AN TES Plus de cellules sou es our SN 8\u2019 Th -pe.\\ @ in Wwe le traitement ve a leucemi \u2018A \u2018 ve a + 1 VERE, Bravo au D! Guy, VE mia re \u201c= aS lo 5 TG) rene \u20ac münolôgie et Ras\u201d ol) lo x LUS) ersit iy ontr al.#7 | re] [Let] rrai | ot nt th ms que'des cellul és\" onten eels fm cord ilica CLL ombre ged de patient TENE IE yl x té Une planete bien loin de son étoile ©) a 7 or Bravo pa Ev Naud et a s n équipe de reche rche f int + apr fre DIT aa \u2018axisten > ~ = Celz « ercher ; io Ep v de i gr Lo [=p SX, élefe ds Rar Too: petits, Paes 8 \u2018Obse ofré dû Mont-Mégäntict > Unive SCAR UIS Montréal rai oi 18 Pied de nez aux chasseurs de planètes Regarder le plus loin possible, avec les instruments les plus sophistiqués, voilà la règle qui prime dans la chasse aux exoplanètes.Mais miser sur l'astuce et l'originalité est tout aussi payant! 22 Un ange gardien contre l\u2019alzheimer La maladie d\u2019Alzheimer est liée à un problème de cholestérol.C\u2019est en suivant cette théorie que des chercheurs ont découvert un gène qui réduit de moitié le risque de démence et pourrait permettre de retarder l\u2019apparition des symptômes.25 L\u2019épinette contre-attaque Certaines épinettes résistent à la vorace tordeuse, on vient de comprendre pourquoi.28 Choqué à vie Une commotion cérébrale, ça fait mal! Mais le pire, ce sont ses conséquences, qui se font sentir après bien des années.30 Pétrole à haut risque L\u2019éventuelle exploitation de l\u2019or noir du golfe Saint- Laurent menacera-t-elle vraiment l\u2019environnement?Des chercheurs ont simulé le scénario du pire.Leurs résultats sonnent comme un avertissement.32 Une manne de cellules souches On vient d\u2019identifier une molécule qui stimule la multiplication des cellules souches contenues dans le sang de cordon.À la clé?Des greffes plus simples et plus nombreuses pour soigner les patients atteints de leucémie ou d\u2019autres cancers du sang.38 Les dessous de Vénus La tectonique des plaques ne serait pas le seul mécanisme responsable du déplacement des continents sur Terre.C\u2019est ce que révèle une observation minutieuse de Vénus.40 Cette molécule qui nous déprime Les dépressifs n\u2019ont pas un cerveau tout à fait comme les autres.Leurs idées noires sont associées à la présence d\u2019une molécule que l\u2019on n\u2019avait jamais observée auparavant.42 Deux printemps arctiques L\u2019océan Arctique se réchauffe.Et la disparition de la banquise polaire provoque un phénomène inattendu: la production de phytoplancton en automne.45 Comme les coquillages En gravant de toutes petites fissures dans le verre, des chercheurs ont réussi à en augmenter la résistance.Une idée qu\u2019ils ont empruntée aux coquillages.14 Jean-Pierre Rogel L\u2019art de la manipulation 58 Serge Bouchard Voyage au cœur d\u2019un pipeline quebec science JANVIER-FÉVRIER 2015 ENTREVUE 8 APRÈS LES SONDAGES, VOICI L\u2019HÉDONOMÈTRE! Les mots utilisés dans les réseaux sociaux en disent beaucoup sur le moral et le bonheur des gens, affirme le mathématicien Chris Danforth.Propos recueillis par Mélissa Guillemette 11 LE DERNIER GROGNEMENT DE L\u2019OURS BLANC?Strictement dépendant de la banquise, Ursus maritimus pourrait bien s\u2019éteindre bientôt.Avant la fin du siècle, craignent les chercheurs.Par Marion Spée 12 UN CARIOCA DÉFIE GOOGLE Un ex-joueur de soccer a développé une cartographie originale qui permet de livrer le courrier dans une favela de Rio.Par Simon Coutu ACTUALITÉS RUBRIQUES 4 BILLET Pétrole ou bélugas?Par Raymond Lemieux 6 AU PIED DE LA LETTRE 56 SUR LA TOILE/LIVRES Par Marine Corniou 55 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc les dÉcouvertes de l\u2019annÉe LE MEILLEUR DE LA RECHERCHE QUÉBÉCOISE EN 2014 Un dossier réalisé par Vincent C.Allaire, Marine Corniou, Jean-Daniel Doucet, Dominique Forget et Joël Leblanc VOTEZ POUR LA DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE! DÉTAILS EN PAGE 53 48 REVUE DE L\u2019ANNÉE 2014 C O U V E R T U R E : E V G E N Y S E R G E E V / I S T O C K P H O T O / F É 4 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 Pétrole ou bélugas?écourageant.Il n\u2019y a pas d\u2019autre mot.Après tant d\u2019efforts pour le sauver, voilà le béluga du Saint-Laurent au bord de l\u2019extinction! Le groupe d\u2019experts fédéraux lui a attribué le statut d\u2019«espèce en voie de disparition».Que s\u2019est-il passé?En 1983, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) avait déjà jugé que le béluga était «en voie de disparition».Ce statut a été révisé en 2004 et, en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada, le béluga avait alors été catégorisé «espèce menacée».Comme si, en changeant une loi, on améliorait par magie la situation des animaux! Le retour dans la catégorie critique a quelque chose d\u2019encore plus désolant, car les initiatives pour ménager le Saint-Laurent n\u2019ont pas manqué.Depuis bientôt 40 ans, une myriade d\u2019usines d\u2019assainissement et de traitement des eaux ont été construites le long du fleuve; des centaines d\u2019hectares de marais et de refuges fauniques ont été protégés (songeons aux grands marais de l\u2019Île- Verte, de Baie-du-Febvre ou de Cap-Tour- mente); un lac a été promu Réserve mondiale de la biosphère (le lac Saint-Pierre et ses 103 îles); des parcs nationaux ont été créés (ceux des Îles-de-Boucherville et du Bic); et un vaste parc marin a été établi, sans compter qu\u2019un «plan d\u2019action Saint-Lau- rent» fédéral-provincial a été instauré.On surnomme parfois le béluga «canari des mers» à cause de son siffle - ment.Mais comme le canari des mines, qui alertait les travailleurs de l\u2019imminence d\u2019une catastrophe souterraine, le cétacé pourrait bien avoir une fonction similaire pour nous indiquer l\u2019état de santé du fleuve.Aurions-nous donc baissé notre garde?La prolifération d\u2019algues toxiques, ainsi que le bruit généré par l\u2019activité industrielle et maritime, ont été mis en cause pour expliquer les déboires de notre cétacé-vedette.On peut ajouter toutes les nouvelles formes de menaces qui affectent le fleuve, telles la pollution par les plastiques (voir Québec Science du mois dernier) ou l\u2019introduction d\u2019espèces envahissantes.Si le fleuve constitue une voie de communication et de commerce essentielle, on devrait pouvoir comprendre qu\u2019il ne peut pas être utilisé n\u2019importe comment.Que des pétroliers circulent dans la Voie maritime comme cela a été constaté l\u2019été dernier, soit; on aurait cru que les moyens d\u2019urgence en cas d\u2019accident avaient été mis en place.Mais non! Un document produit par la Société d\u2019intervention SIMEC (c\u2019est la même entreprise qui s\u2019est occupée de la dépol- lution de la rivière Chaudière après l\u2019accident de Lac-Mégantic) a calculé qu\u2019une fuite de 14 000 tonnes en 12 heu res (certains superpétroliers peuvent pourtant en transporter 10 fois plus) souillerait en 5 jours 100 km de rives, depuis Rivière- du-Loup jusqu\u2019à Rimouski, a révélé le journal Le Devoir, en novembre dernier.Et toute opération de nettoyage serait rendue encore plus compliquée si la glace et le mouvement des marées s\u2019en mêlaient.«Il n\u2019existe aucun scénario de dispersion clairement établi pour le pétrole», a rappelé le chercheur Émilien Pelletier de l\u2019Université du Québec à Rimouski.De plus, on ne sait pas comment se comporterait le brut des sables bitumineux dans les eaux du Saint-Laurent.Bref, les incertitudes sont très nombreuses.La révision du statut du béluga a, pour le moment, forcé l\u2019arrêt des travaux de construction d\u2019un terminal pétrolier à Cacouna, près de Rivière-du- Loup.Le site se trouve près d\u2019une pouponnière de bélugas, a-t-on écrit cent fois.Ouf! N\u2019est-ce qu\u2019un sursis?Chose certaine, l\u2019extinction d\u2019une espèce, quelle qu\u2019elle soit, serait la démonstration de l\u2019échec cuisant de «notre» développement durable.Le beau risque ne peut pas exister en ce qui a trait à l\u2019environnement.?QS Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Vincent C.Allaire, Serge Bouchard, Simon Coutu, Jean-Daniel Doucet, Mélissa Guillemette, Joël Leblanc, Jean-Pierre Rogel, Marion Spée Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Frefon, Simon Coutu, Christian Fleury, Katy Lemay, Aaron McConomy, Anthony Tremmaglia Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Nellie Létourneau Tél.: 514 571-5884 nletourneau@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Janvier 2015 (519e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2015 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEBEc SciEncE JANVIER-FEVRIER 2015 VOLUME 53, NUMÉRO 5 C M C A A U D I T E D Par Raymond Lemieux Billet Malheureux béluga! Tous les efforts déployés pour le sauver pourraient-ils donc être vains?D 1 Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Le taux de rendement sert uniquement à illustrer les effets du taux de croissance composé et ne vise pas à refl éter les valeurs futures d\u2019un fonds, ou le rendement d\u2019un placement dans un fonds.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fl uctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d\u2019investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.2 Ratio de frais de gestion au 1er juillet 2014.3 Médiane des ratios de frais de gestion des fonds communs de placement de cette catégorie selon l\u2019étude PALTrak (Morningstar Research Inc.) au 30 juin 2014.1   ACHETER PLUS RAPIDEMENT VOTRE PREMIÈRE MAISON La stratégie consiste à combiner un program - me d\u2019épargne systématique avec un CELI, un REER et un RAP.Elle est particulièrement efficace pour les jeunes en début de carrière.Étape 1 : cotisez chaque année à votre CELI.Étape 2 : lorsque votre salaire devient plus important, retirez l\u2019argent de ce régime, sans incidence fiscale, et cotisez au régime enregistré d\u2019épargne-retraite (REER).Les cotisations REER étant déductibles, vous obtiendrez alors un remboursement d\u2019impôt\u2026 que vous déposerez dans le CELI.Étape 3 : utilisez le régime d\u2019accession à la propriété (RAP) pour sortir des sommes de votre REER et les utiliser comme mise de fonds (vous disposerez de 15 ans pour rembourser votre REER).Utilisez le montant du CELI pour vos dépenses d\u2019emménagement et parer aux imprévus.3 IDÉES POUR TIRER PARTI DE VOTRE CELI Utilisez-vous pleinement votre compte d\u2019épargne libre d\u2019impôt (CELI) ?Voici trois utilisations ingénieuses à envisager.CAPSULE CONSEIL 2   MAXIMISER VOS REVENUS DE RETRAITE À la retraite, tous vos revenus seront imposables \u2013 sauf les retraits que vous ferez de votre CELI.Or, il faut savoir que les progra mmes de la pension de sécurité de la vieillesse (PSV) et du supplément de revenu garanti (SRG) sont régressifs en fonction du revenu : ils prévoient un seuil (par exemple, un revenu net de 71 592 $, pour la PSV, en 2014) au-delà duquel vos prestations sont graduellement réduites.Tout retrait de votre REER ou de votre fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) risquera donc de vous faire franchir ce seuil, et à plus forte raison dans le cas du FERR, qui vous oblige à faire des retraits minimaux.Rien de tel si vous avez bâti une partie de votre épargne-retraite dans un CELI : les sommes que vous en tirerez à la retraite ne s\u2019additionneront pas à vos revenus imposables, et vous ne perdrez donc aucun avantage fiscal lié au revenu.3   RÉDUIRE VOS IMPÔTS Comme les revenus de placement sont non imposables dans un CELI, on a intérêt à y détenir ses placements au potentiel de rendement le plus élevé.Supposons que vous avez 20 000 $ dans votre CELI.Vous les placez dans un fonds d\u2019actions qui vous procure un rendement de 8 %, soit un gain en capital de 1 600 $.Si ce gain avait été réalisé dans un compte imposable, vous auriez dû ajouter 800 $ à vos revenus imposables (50 % des gains en capital étant soumis à l\u2019impôt).Donc, même si les gains en capital profitent d\u2019un traitement fiscal avantageux, il vaut souvent mieux conserver ses titres de croissance dans le CELI, parce qu\u2019ils sont susceptibles de produire des rendements plus élevés.À cet égard, pour maximiser le rendement d\u2019un fonds de placement, il est important d\u2019être attentif à son ratio de frais de gestion (RFG), puisque le rendement que vous obtenez est celui du portefeuille moins les frais.Par exemple, pour un même rendement brut espéré de 7 %, un fonds dont le RFG est de 0,90 %2, comme le Fonds FÉRIQUE Actions, vous procurera un rendement net de 6,10 %, contre seulement 4,72 % pour un fonds dont le RFG serait de 2,28 %3.Investir dans les Fonds FÉRIQUE, une famille de fonds à frais réduits, est donc un choix logique dans une stratégie d\u2019utilisation du CELI.CENTRE DE CONTACT CLIENTS 514-788-6485 1 800 291-0337 (sans frais) client@ferique.com Heures d\u2019ouverture du lundi au vendredi de 8 h à 20 h RAP Permet une mise de fonds de 5 % sur une résidence de 300 000 $.ÉTAPE 1 Vous épargnez chaque mois : Vous obtenez un rendement annuel composé de 5 %.1 ÉTAPE 2 Après sept ans, vous avez près de 15 000 $ dans votre CELI.ÉTAPE 3 Vous retirez 15 000 $ de votre REER grâce au RAP.CELI 150 $ dans votre En supposant un taux d\u2019imposition de 40 %, vous obtenez un remboursement d\u2019impôt de 6 000 $.Vous disposez des 6 000 $ de votre CELI pour vos frais d\u2019emménagement.Vous transférez la somme dans votre REER ACHETER PLUS RAPIDEMENT VOTRE MAISON UN EXEMPLE 40 ANS ET BEAUCOUP PLUS QUE DES REER ! COUREZ LA CHANCE DE GAGNER L\u2019UN DE NOS 40 LOTS DE 1 000 $.Assurez-vous simplement d\u2019avoir fait une cotisation nette d\u2019au moins 500 $ à un compte admissible chez Services d\u2019investissement FÉRIQUE, comme le CELI FÉRIQUE, avant les dates prévues aux règlements.Plus vous cotisez, plus vos chances de gagner augmentent.Détails et règlements au ferique.com Pour plus d\u2019information, consultez : \u2022 la version complète de cet article au ferique.com/materieleducatif \u2022 notre m icrosite : celiferique.com Pour obtenir plus de renseignements ou pour ouvrir un compte : 6 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 courrier@quebecscience.qc.ca Au pied de la lettre Une pilule difficile à avaler?François Auger de Québec, un médecin généraliste, réagit à notre reportage de décem - bre sur les promesses an ti can cé reuses de l\u2019aspirine, en dénonçant un «bel exemple de surmédicalisation».«Il ne faut pas oublier que, lorsqu\u2019on prévient un risque de maladie avec un médicament, la majorité des patients n\u2019en retireront que les effets secon daires.» Il ajoute que : «Jack Cusick travaille pour le Wolfson Institute of Preventive Medicine qui est subventionné par une trentaine d\u2019organismes, dont Avantis, AstraZeneca, Gla - xo SmithKline et Pfizer.Les compagnies pharmaceutiques ont intérêt à utiliser le prestige des universités pour faire leurs études démontrant que l\u2019utilisation de médicaments peut diminuer le risque de maladie.» Rappelons toutefois que, au total, plus de 200 études ont démontré les propriétés anticancéreuses de l\u2019aspirine, un médicament non breveté qui, a priori, n\u2019intéresse pas les compagnies pharmaceutiques.Un drone, ce n\u2019est pas banal L\u2019article concernant les travaux faits sur les drones à Alma, au Lac-Saint-Jean, a fait réagir Jean Léger, un de nos lecteurs.«Cet article est sans équivoque à propos de ce que l\u2019on nous fait croire quant aux utilisations humanitaires et commerciales de ces engins avant tout créés pour provoquer la mort.Lorsque je dis \u201cprovoquer la mort\u201d, je pèse mes mots», écrit-il.Il rappelle que plusieurs drones ont justement été conçus en Israël à des fins militaires.À ce sujet, nous invitons nos lecteurs à lire l\u2019entrevue avec Kathleen Lawand, chef de l\u2019unité Armes au Comité international de la Croix-Rouge (octobre 2014) et à réentendre, en baladodiffusion, le Bar des sciences que nous avons tenu avec l\u2019émission Les années lumière de Radio-Canada, le 29 octobre dernier.Bien filtrée Serge Rouleau est un lecteur assidudeQuébec Science.«Je vous avoue que nous adorons Québec Science et, d\u2019ailleurs, nous venons de nous réabonner pour deux ans.»Attentif, il tient à signaler une imprécision dans le texte «Du plastique au fond du Saint-Lau- rent» (décembre 2014).«Il s\u2019agit de bien faire la différence entre une \u201cusine (ou station) de filtration d\u2019eau\u201d et une \u201cusine de traitement des eaux usées\u201d.La première traite l\u2019eau en vue de sa consommation et la seconde traite les eaux usées avant leur rejet dans l\u2019environnement (fleuve, rivière, ou autre).Dans l\u2019introduction de l\u2019article, juste sous le titre, on peut lire: \u201c[\u2026] trop petites, elles échappent aux usines de filtration des eaux et se retrouvent dans le lit du fleuve\u201d.Il aurait été plus juste de dire qu\u2019elles \u201céchappent au traitement des eaux usées et se retrouvent dans le fleuve\u201d.Parfois, on utilise divers types de filtration lors du traitement des eaux usées, mais pas dans la majorité des cas au sein des installations municipales.» Tous philosophes! La philosophie prend-elle sa place dans la société québécoise?Claude Moreau n\u2019en est pas convaincu.Il nous livre quelques commentaires inspirés par l\u2019entrevue que nous proposions, en décembre dernier, avec Frédéric Bouchard («Tous philosophes!»).«J\u2019ai toujours été frappé par le manque de réflexion et de philosophie, ou l\u2019absence de conception du monde, qui se manifeste au Québec et en Amérique du nord, en général.[\u2026] Les étudiants, en leur printemps érable, ont soulevé le problème des formations orientées sur les demandes du marché.Après quelques années, les gens deviennent \u2018\u2018obsolètes\u2019\u2019.[\u2026] J\u2019ai vu des jeunes formés à l\u2019aide des technologies informatisées d\u2019analyse de laboratoire ne sachant pas quoi faire quand surgissait un problème d\u2019ordinateur, alors que les plus vieux parvenaient à se débrouiller.«M.Bouchard mentionne le besoin qu\u2019il existe une diversité de regards sur les grandes questions concernant les orientations.C\u2019est ce dont se prive le secteur économique, puisque la finalité est souvent déjà déterminée: \u2018\u2018l\u2019augmentation de la valeur de l\u2019action\u2019\u2019.» Selon M.Moreau, même les médias sont piégés par ce manque de réflexion.«À la suite d\u2019un drame, ils nous bombardent d\u2019opinions provenant de soi-disant experts afin de ne pas nous laisser le temps de réfléchir.Les qualificatifs remplacent l\u2019analyse.» Bravo! Nicole F.Bernier, de l\u2019Institut de recherche en politiques publiques, se réjouit de l\u2019article «Un beau coup de vieux» (novembre 2014), et dans lequel elle est interrogée.«Vous avez parlé aux bonnes personnes et bien fait ressortir les enjeux principaux.Bravo !» Pour recueillir des données dans le cadre d\u2019une grande expérience scientifique québécoise qui aura lieu en février 2015 dans toute la province.Toutes les informations au www.buzzons.ca cliquez Grande Expérience.1000 2000$ à l\u2019Université Laval 14 18 Titulaire d\u2019un permis du Québec p h o t o : D i a n e D u f r e s n e e t Y v a n M o n e t t e DESTINATIONS SOLEIL CUBA HOLGUÍN EN BOUCLES 8 au 15 février 8 au 15 mars 5 au 12 avril CUBA VARADERO EN BOUCLES 1er au 8 mars LES ÎLES DE GUADELOUPE 19 au 26 mars europe amérique Aussi en 2015 Plus de 15 destinations En liberté, formule de voyage destinée aux cyclistes autonomes.NOUVEAU NOUVEAU Les prix sont valides pendant 60 jours à compter du 11 décembre 2014 (voir page 66).LIBRE COMME L\u2019AIR 2 0 1 5 70DESTINATIONS AU QUÉBEC ET À TRAVERS LE MONDE LE GRAND TOUR DESJARDINS Cantons-Vermont.si beaux, si bons, si près! Plus de départs En Liberté Pour en savoir plus sur nos 70 destinations, visitez notre site ou demandez notre brochure.veloquebecvoyages.com ?Vivez l\u2019été quatre saisons MAJORQUE 24 avril au 9 mai PUGLIA 23 mai au 7 juin TOSCANE EN LIBER 23 mai au 5 juin TUGAL POR 31 mai au 15 juin TÉ SONOMA ET NAP 11 au 18 avril TUCSON 18 au 25 avril AH UT 25 avril au 2 mai FIVE BORO BIKE TOUR, NEW YORK 1er au 3 mai VIRGINIE 2 au 10 mai SAN FRANCISCO ALLEY A V \u2014 A BARBARA SANT 9 au 17 mai CAPE COD 16 au 21 mai 8 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 Pourquoi mesurer le bonheur ?Il existe toutes sortes d\u2019indicateurs du progrès social et économique dans nos sociétés: le taux d\u2019emploi, les dépenses des ménages, les importations et exportations d\u2019un pays.Cependant, ils ne disent rien sur ce que les gens ressentent.Mon collègue Peter Dodds et moi avions commencé à nous intéresser aux mots utilisés dans les blogues et les chansons pour évaluer l\u2019humeur ambiante, puis Twitter est arrivé.C\u2019était une source d\u2019information parfaite pour observer ce qui se trame dans le monde.Et qu\u2019avez-vous appris ?Que les tweets révèlent l\u2019humeur du moment, tandis que les paroles de chansons rendent plutôt l\u2019état d\u2019esprit prévalant au cours de toute une année.Ainsi, nous avons constaté que, depuis les 50 dernières années, les chansons étaient de plus en plus tristes.Cela est en partie dû à l\u2019apparition de la musique industrielle et du rap dans les années 1970 et 1980.Quant aux blogues, ils nous ont appris que le bonheur suit une courbe en fonction de l\u2019âge.D\u2019après les mots qui y sont utilisés, les gens semblent en effet plus tristes au début et à la ?n de leur vie qu\u2019au milieu.Ce qui est étonnant, c\u2019est que la courbe des résultats transposés sur un graphique est complètement opposée à celle des sondages qui évaluent le bonheur selon l\u2019âge en posant directement la question aux répondants.Ça nous laisse croire que les sondages et notre étude mesurent des choses différentes.Notre analyse des tweets, par contre, est généralement en accord avec les sondages.Nous avons par exemple mesuré le bonheur selon les États américains et les résultats étaient similaires à ceux de la ?rme Gallup.Les internautes expriment-ils leurs sentiments réels sur Twitter ?Il y a certainement des personnes dont le but est de donner d\u2019elles-mêmes et de leurs émotions une impression différente de la réalité.Mais, collectivement, je pense que les tweets fournissent de bons indices quant à l\u2019humeur ambiante.Imaginons un message du genre : « J\u2019attends depuis cinq heures à l\u2019urgence.Quel bonheur!» Votre hédonomètre le percevrait-il comme positif?Peut-il détecter l\u2019ironie?Notre algorithme ne cherche pas à comprendre le sens de chaque tweet.Il met tous les mots dans un grand sac et évalue s\u2019ils sont positifs ou négatifs.Des algorithmes très sophistiqués arrivent aujourd\u2019hui à détecter le sens réel d\u2019une phrase.Ils ne fonctionnent vraiment bien que dans les environnements pour lesquels ils ont été créés.Un jour \u2013 ça prendra du temps \u2013, des algorithmes pourront comprendre le sens exact des phrases dans tous les contextes.Pour l\u2019instant, nous nous en tenons à notre méthode en nous disant que les tweets ironiques se perdent dans le ?ot des autres sans trop fausser les données.Les mots utilisés dans les réseaux sociaux et les œuvres culturelles en disent beaucoup sur le moral et le bonheur des gens, af?rme le mathématicien Chris Danforth.ACTUALITES LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS TROIS MOUVEMENTS Après les sondages, voici l\u2019hédonomètre ! Codirecteur du Computational Story Lab et professeur de mathématiques et de sciences naturelles et techniques à l\u2019université du Vermont, Chris Dan- forth a eu l\u2019idée, à première vue saugrenue, de mesurer le bonheur de la population à partir des mots utilisés dans les tweets, les paroles de chansons, les scénarios de ?lm et les livres.Il a ainsi mis au point un « hédonomètre» (du grec hêdonê, le plaisir), une sorte de baromètre de l\u2019état d\u2019esprit qui révèle l\u2019humeur d\u2019une population.L\u2019outil de l\u2019avenir pour les décideurs et les politiciens ?Propos recueillis par Mélissa Guillemette Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 9 Selon votre hédonomètre, la planète Twitter anglophone a vécu l\u2019un des jours les plus sombres de 2014 quand Justin Bieber a été arrêté aux États-Unis ! Croyez-vous vraiment que le moral de la population a été affecté par cet incident?Je veux bien admettre que, si ce résultat re?était le désarroi émotionnel de beaucoup d\u2019adolescentes, il n\u2019était probablement pas révélateur de ce que les gens ressentaient vraiment! Il montrait simplement la grande popularité de Justin Bieber [NDLR: chanteur, 20 ans, désigné en 2012 comme «troisième célébrité la plus \u201cpuissante\u201d au monde» par le magazine Forbes].Les événements liés aux célébrités peuvent prendre d\u2019espace sur les réseaux sociaux; il nous faut composer avec cela.Qui devrait utiliser votre outil ?On espère que, un jour, les décideurs \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse des maires, des premiers ministres ou des présidents \u2013, pourront, grâce à nos résultats quotidiens, percevoir comment les citoyens se sentent par rapport à la façon dont sont gérées leurs administrations respectives.Par exemple, Michael Bloomberg, l\u2019ancien maire de New York, a voulu limiter à moins de 500ml les formats des boissons gazeuses dans les restaurants a?n de lutter contre l\u2019obésité.Il aurait pu savoir, dès les premières semaines, si cette règle in?uencerait réellement les comportements.On aurait pu évaluer sur Twitter si les New-Yorkais utilisaient davantage de mots à corrélation positive à l\u2019égard des comportements sains, plutôt que d\u2019attendre cinq ans les données du département de la Santé.Notre outil peut aussi servir les journalistes, entre autres en leur permettant de décrire le sentiment général d\u2019une population, par rapport à un événement L\u2019humeur des Américains en 2014 selon les résultats de l\u2019hédonomètre.J P M / I M A G E S O U R C E / C O R B I S L\u2019arrestation de Justin Bieber La Saint-Valentin Jour de l\u2019an Pâques Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre La fête des mères La fête des pères Haloween Émeute de Ferguson 13e anniversaire du 9/11 Émeute de Ferguson Mort de Robin Williams Con?it Israël et Hamas Crash de Malaysia Airlines Victoire de l\u2019Allemagne contre le Brésil La fête de l\u2019Indépendance Veille du Jour de l\u2019an ) .) . 10 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 particulier, en allant au-delà de l\u2019anecdote que représentent quelques tweets.Est-ce que l\u2019analyse des micromessages pourrait un jour remplacer les sondages?Selon moi, les tweets et les sondages sont des sources complémentaires d\u2019information.Il y a donc de l\u2019espace pour les deux.Et plus on a d\u2019outils, mieux c\u2019est; surtout quand on gère quelque chose d\u2019aussi complexe qu\u2019un pays.Avec les sondages, on peut s\u2019assurer que tous les groupes démographiques sont représentés, tandis que les données de Twitter se limitent aux usagers du réseau social, évidemment.Mais quand un sondeur vous demande comment vous vous sentez, que pouvez-vous vraiment répondre à cela?Notre approche est plutôt observationnelle.Contrairement aux participants à un sondage, vos «répondants» ne savent pas que leurs données sont utilisées par l\u2019hédonomètre.Vous êtes-vous attiré des critiques ?Nous sommes très prudents quant au choix des questions de recherche avec lesquelles nous travaillons, si bien que nous n\u2019avons jamais eu de critiques à ce sujet jusqu\u2019à présent.D\u2019autres chercheurs dans le domaine ont toutefois été blâmés pour avoir violé la vie privée des usagers des réseaux sociaux, ou pour les avoir manipulés.Par exemple, une étude de Facebook a semé la controverse et fait couler beaucoup d\u2019encre, l\u2019été dernier.L\u2019entreprise a manipulé le ?l d\u2019actualité, de sorte que certains usagers voient plus de statuts joyeux de leurs amis; et d\u2019autres, plus de statuts tristes.Facebook souhaitait déterminer si cela aurait un effet sur le moral de ses usagers; s\u2019il y aurait un phénomène de contagion.Mais elle n\u2019a pas informé les utilisateurs de cette manipulation\u2026 L\u2019hédonomètre détermine chaque jour le niveau de bonheur de la population.Mais peut-il montrer comment évolue son moral tout au long d\u2019une journée ?Les gens sont heureux au réveil, à tout le moins selon ce qu\u2019ils écrivent en ligne.Mais à mesure que la journée avance, ils perdent leur optimisme et ont tendance à s\u2019emporter, même à maudire la vie.Puis, ils s\u2019endorment et tout va bien de nouveau! nQS +Pour en savoir plus A?n de voir l\u2019humeur pour chaque jour des dernières années : hedonometer.org VOL POUR LE MIOCÈNE Avec ses ailes déployées, il avait une envergure de près de 7 m, soit deux fois celle de l\u2019albatros hurleur (3,70 m), ce qui en fait le plus imposant de tous les oiseaux ayant jamais existé.Pelagornis sandersi a vécu il y a entre 6 et 25 millions d\u2019années, pendant la période géologique du Miocène.Son fossile a été mis au jour en Caroline du Sud, il y a 30 ans.Un oiseau rare au point qu\u2019il a fallu tout ce temps pour l\u2019identi?er sans risque d\u2019erreur.Il ne faut d\u2019ailleurs pas le confondre avec un ptérosaure qui conserve son statut de plus grand animal volant de la planète.Cette espèce s\u2019est éteinte au Crétacé, il y a 65 millions d\u2019années.Le fossile de Pelagornis sandersi indique qu\u2019il était assez lourd, pesant entre 20 kg et 40 kg, et qu\u2019il avait de courtes pattes.Il volait donc en se lançant du haut des falaises, comme les fous de Bassan.Il pouvait atteindre une vitesse de 60 km/h.Cela dé?e les actuelles théories de l\u2019aéronautique, estiment les chercheurs du Centre national de synthèse sur l\u2019évolution de Durham en Caroline du Nord qui l\u2019ont examiné.Inspirera-t-il les constructeurs de futurs avions ?(R.L.) LA DRÔLE DE FACE DE MON BANQUIER Les spéculateurs et les banquiers sont loin d\u2019être au-dessus de tout soupçon.Une étude conjointe des universités de Chicago et de Zurich, publiée dans la revue Nature en novembre dernier, indique que nos soupçons à l\u2019endroit du monde de la ?nance sont fondés.La méthode des chercheurs, pour établir la réputation des ?nanciers, est aussi vieille que le commerce des chameaux.Elle tient du jeu de pile ou face.Cent vingt-huit employés d\u2019une grande banque internationale (dont le nom n\u2019est pas divulgué) se sont pliés à l\u2019expérience.Ils ont été répartis en deux groupes.Dans chacun, l\u2019expérience s\u2019est amorcée par des questions a?n de savoir comment ils se sentaient.Ensuite, pendant que ceux du premier groupe étaient interrogés sur leurs habitudes de vie en général, les autres répondaient plutôt à des questions bien précises sur leur profession.Puis la véritable épreuve a commencé.Facile ! Il suf?sait de lancer 10 fois une pièce en l\u2019air et de noter sur quel côté elle retombait.Face rapportait 20$, pile ne rapportait rien.Personne ne surveillait personne.Résultat, dans le premier groupe, la pièce est tombée côté face dans 51 % des cas (ce qui est normal et bien proche du 50 % de probabilité), contre 58,2 % des cas chez les participants du second groupe.Oups ! Exclusivement l\u2019effet du hasard ?L\u2019étude a été reproduite avec des étudiants et des employés venus d\u2019autres secteurs professionnels.Or, chez eux, aucune différence aussi notable n\u2019a été signalée d\u2019un groupe à l\u2019autre.Selon les chercheurs suisses et états-uniens, ces résultats permettent de conclure que, si les employés du secteur ?nancier ne sont pas plus tricheurs que les autres comme individus, ils le deviennent quand ils s\u2019associent au milieu.C\u2019est donc le conditionnement professionnel qui les incite à la tricherie ! Les scienti?ques estiment aussi que les gens de la ?nance devraient reconsidérer les systèmes de bonus ou de gains de performance qui ont cours chez eux.Ces initiatives, croient-ils, peuvent en effet induire chez le personnel des banques un comportement frôlant la malhonnêteté.Ils suggèrent donc, notamment, l\u2019instauration d\u2019un serment professionnel de moralité à l\u2019usage du personnel bancaire.Qui commence ?(R.L.) ACTUALITÉS > F R E F O N Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 11 L \u2019archipel arctique canadien abrite le quart des quelque 25 000 ours blancs de la planète.Mais, selon des chercheurs des universités de l\u2019Alberta et McGill, ce dernier sanctuaire pourrait bien ne plus être si accueillant d\u2019ici 2100.La glace, indispensable à la survie des ours, se fragilise et se raré?e.C\u2019est ce qu\u2019indiquent les résultats de leur étude, publiée récemment dans la revue PLOS ONE.Les chercheurs ont estimé l\u2019évolution, mois par mois, de la proportion de surface gelée, de l\u2019épaisseur de la couche de glace et de celle de la couche de neige dans l\u2019archipel arctique canadien, en appliquant un scénario selon lequel le réchauffement global serait de 3,5 °C d\u2019ici 2100.«Cela correspond à ce qui arrivera si nous ne faisons rien», précise le biologiste Stephen Hamilton, premier auteur de l\u2019étude.«Nous avons utilisé un modèle régional, capable de prendre en compte les mouvements de glace et de montrer les changements avec une haute résolution», ajoute Bruno Tremblay, professeur au département des sciences atmosphériques et océaniques de l\u2019Université McGill.Ces changements relatifs à la glace et à la neige revêtent une grande importance pour la survie et la reproduction de l\u2019ours blanc, notamment parce qu\u2019ils affectent son mets préféré: le phoque annelé.«Il arrive que les ours chassent de petits bélugas ou des narvals, mais les phoques sont la principale raison pour laquelle ils peuvent vivre là», assure Andrew Dero- cher, professeur de biologie à l\u2019université de l\u2019Alberta et spécialiste de l\u2019ours blanc.C\u2019est leur gras, très riche en calories, qui fait saliver ces géants.«Souvent même, les ours mangent le gras et laissent la viande», commente Stephen Hamilton.Les phoques plongent sous la banquise et mettent le museau dehors pour respirer par les trous qu\u2019ils maintiennent ouverts dans la glace de mer.Les ours s\u2019arrangent pour A N D R E W D E R O C H E R > Le dernier grognement de l\u2019ours blanc?Hautement dépendant d\u2019une banquise malmenée par le réchauffement climatique, l\u2019ours blanc pourrait bien s\u2019éteindre d\u2019ici 2100.Par Marion Spée ACTUALITÉS La banquise arctique est essentielle à l\u2019ours blanc.Or, elle se fragilise d\u2019année en année, et met en péril le mammifère symbole du Grand Nord. 12 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 C arlos Pedro da Silva me fait signe de le suivre dans une petite ruelle beaucoup trop étroite pour permettre à une voiture de s\u2019y aventurer.Le colosse indique, sur sa droite, un bâtiment bleu de deux étages.« Ici, dit-il, vivent cinq familles; l\u2019immeuble a trois entrées, mais pas d\u2019adresse.Comment voulez-vous qu\u2019un facteur puisse livrer le courrier ?» Nous sommes à Rocinha, la plus grande favela du Brésil.Le recensement of?ciel soutient que quelque 70 000 personnes y habitent.Mais les estimations plus réalistes dénombrent au-delà de 180 000 résidants.Les maisons multicolores, bâties les unes au-dessus des autres, grimpent au ?anc des collines vertes de Rio de Janeiro.Sans guide, le visiteur non initié est quasiment certain de se perdre dans ce dédale.Les favelas sont des quartiers pauvres construits avec les moyens du bord.On les trouve dans la plupart des grandes villes du Brésil.Les rues et ruelles y sont tracées de manière informelle, au ?l des > Un carioca dé?e Google Bien avant Google Maps, un ex-joueur de soccer a créé des algorithmes pour cartographier la plus grosse favela de Rio de Janeiro.Sa méthode, développée à la main, lui permet de livrer le courrier aux milliers de clients d\u2019un immense labyrinthe.Par Simon Coutu ACTUALITÉS être là à ce moment précis et attrapent leur proie.Dans le climat actuel, la plupart des régions de l\u2019archipel ne connaissent pas de périodes sans glaces.Mais d\u2019ici 2100, selon les prévisions de l\u2019étude, les périodes d\u2019eau libre dureront de deux à cinq mois en fonction des zones.Sans glace, il est presque impossible pour l\u2019ours de chasser.Les phoques sont très dif?ciles à attraper dans l\u2019eau.Selon les chercheurs, ces conditions pourraient affamer jusqu\u2019à 20% des individus.«Les phoques n\u2019en sortiront pas gagnants pour autant», tempère Andrew Derocher.Selon les prévisions et en fonction des zones du Grand Nord, l\u2019épaisseur de la couche de neige va être divisée par deux, et peut-être même trois, d\u2019ici la ?n du siècle.«Parce qu\u2019il y aura moins de glace de mer, la neige tombera dans l\u2019eau et ne restera pas», explique Bruno Tremblay.Or, la neige est un élément crucial pour les phoques qui y creusent des abris pour leurs petits.Ce n\u2019est pas tout.La glace va s\u2019amincir, devenant de deux à cinq fois moins épaisse, en fonction des zones de l\u2019archipel.Résultat, elle sera plus cassante et se disloquera plus tôt.Un drame.Chez Ursus maritimus, la reproduction a lieu au printemps, après quoi les femelles se constituent des réserves de graisse et s\u2019abritent dans une tanière pendant la gestation.Si la banquise débâcle prématurément, elles en souffriront doublement: elles n\u2019auront pas assez de temps pour constituer leurs réserves et ne seront pas capables d\u2019attendre que la glace se reforme! «Résultat, de moins en moins d\u2019oursons vont naître, ils seront plus petits, et la mortalité sera plus importante», déplore Andrew Derocher.Alors, les ours s\u2019adapteront-ils ou bien sont-ils voués à disparaître?«Question incontournable, fait remarquer Stephen Hamilton.L\u2019adaptation d\u2019une espèce n\u2019est pas comme celle d\u2019un individu.Si un individu peut apprendre deux ou trois choses, une espèce doit, pour s\u2019adapter, pouvoir transmettre de nouveaux traits génétiques aux jeunes générations.Un processus qui demande beaucoup de temps.» Et l\u2019hybridation?Les ours blancs peuvent se reproduire avec des grizzlys, et les hybrides nés de cette union peuvent eux aussi se reproduire.Selon le chercheur, il est possible que ces métissages soient plus fréquents à l\u2019avenir, mais ce ne sera pas un moyen de sauver l\u2019espèce.C\u2019est certain, les changements sont trop brutaux pour que les ours blancs puissent compter sur l\u2019adaptation naturelle.nQS Rocinha, la plus grande favela du Brésil.Entre 70000 et 180000 personnes y habitent.S I M O N C O U T U vagues d\u2019immigration.« Elles n\u2019ont pas de nom ! dit Carlos Pedro da Silva.Elles n\u2019ont pas de commencement, ni de ?n.» Même Google est incapable de créer des cartes de ces communautés à l\u2019aide de ses satellites, puisque plusieurs allées sont cachées par d\u2019autres structures.À Rocinha, il a donc longtemps été impensable de recevoir une lettre à la maison.Surtout que, la plupart des résidants ne détiennent pas de titre de propriété.Le gouvernement n\u2019est donc pas tenu de leur livrer le courrier.Mais en 2000, le facteur da Silva a entrepris de cartographier les lieux.Un travail de moine qui a mené cet ancien joueur de soccer de la célèbre équipe Flamengo de Rio de Janeiro à inventer une technique inédite pour retrouver plus facilement ses clients.Au lieu de donner des adresses aux habitants de la favela, il a créé des routes à suivre jusque chez eux à partir de repères physiques qu\u2019il croise sur son chemin.« Maison, maison, restaurant, mur, garage\u2026 Pour trouver le client 202, Francis de Sousa, je dois trouver une maison après cette suite », dit M.da Silva, en suivant du doigt un tableau complexe imprimé sur une pile de feuilles agrafées.« Nous ne voulons pas donner d\u2019adresse aux gens, poursuit-il.Nous souhaitons simplement les localiser.Rocinha, c\u2019est sinueux et tortueux mais, pour nous, c\u2019est une série de lignes droites.» Sa compagnie, Carteiro Amigo (le Facteur amical) permet aujourd\u2019hui aux résidants de neuf favelas de Rio de Janeiro de recevoir chaque jour leur courrier en main propre.Seulement à Rocinha, 12 000 personnes font appel à ses services.La livraison coûte 16 reals par mois et par famille, l\u2019équivalent d\u2019environ 8 $.« Les gens trouvaient que mon système ressemblait à un programme d\u2019ordinateur», dit-il en riant.Dans la rue principale, on peine à s\u2019entendre à cause des klaxons incessants de dizaines de motos qui passent à toute vitesse.Le facteur m\u2019entraîne dans son petit bureau où s\u2019empilent les lettres et les colis.Deux hommes sont occupés à trier le courrier.« Nous sillonnons quotidiennement toutes les rues de la favela, raconte le Facteur amical.J\u2019ai aujourd\u2019hui 50 employés qui parcourent à pied des centaines de kilomètres par jour.» Le système de Carlos Pedro da Silva offre aussi l\u2019avantage majeur de pouvoir s\u2019adapter quotidiennement aux changements dans ces quartiers en constant développement.« Un jour, un mur devient une maison; le lendemain, on trouve un nouveau commerce sur notre route.Si un facteur remarque une différence sur son trajet, le système est tout de suite mis à jour.» À Rio, la grande majorité des favelas ont l\u2019eau courante et l\u2019électricité et l\u2019on estime que 65 % de leurs habitants font aujourd\u2019hui partie de la nouvelle classe moyenne brésilienne.Mais ces communautés ont malheureusement encore la réputation d\u2019être des endroits dangereux où règnent les tra?quants de drogue.Au cours des dernières années, la municipalité de Rio de Janeiro a créé une police destinée à paci?er les favelas, notamment en vue de la Coupe du monde de soccer et des Jeux olympiques.L\u2019opération s\u2019est souvent faite dans la douleur et donne encore lieu à des échanges violents entre policiers et groupes criminels.Pour des questions de sécurité, Carteiro Amigo n\u2019engage donc que des habitants des communautés que dessert sa compagnie.« Les facteurs savent quels secteurs éviter, note M.da Silva.S\u2019ils assistent à une scène de violence, ils sont capables de réagir rapidement.En plus, nous créons des emplois dans la communauté.» À Rio, 1,5 million de personnes vivent dans des favelas.Un marché quasi illimité pour Carteiro Amigo, mais\u2026 fort intéressant aussi pour d\u2019autres compagnies, comme Google qui a commencé à cartographier ces immenses bidonvilles l\u2019an dernier, grâce à des citoyens engagés pour prendre des photos en parcourant les rues à pied.Des représentants du géant de Mountain View ont d\u2019ailleurs récemment rendu visite à Carlos Pedro.« Ils voulaient photographier mes cartes ! J\u2019ai dit non : ma méthode est brevetée, inventez la vôtre ! » nQS Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 13 Carlos Pedro da Silva.Son entreprise, Carteiro Amigo (le Facteur amical), permet aujourd\u2019hui aux résidants de neuf favelas de Rio de Janeiro de recevoir chaque jour leur courrier en main propre.Viendrait-il donner des leçons à notre société des postes?S I M O N C O U T U M A T H I E U B É L A N G E R M O R I N Après avoir terminé son développement larvaire, le parasite \u2014 remarquez sa taille par rapport à son hôte! \u2014 s\u2019extirpe de l\u2019abdomen de la coccinelle alors paralysée, pour se loger entre ses pattes.Il y tisse ensuite un cocon pour amorcer sa métamorphose.14 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 L \u2019entomologiste Jacques Brodeur est professeur au département de sciences biologiques de l\u2019Université de Montréal.Il a retrouvé un de ses sujets à la une du National Geographic de novembre 2014 (tirage : la bagatelle de 14 millions d\u2019exemplaires).Belle occasion pour Québec Science de le saluer et de parler de parasitisme chez les insectes.La photo à la une du magazine est saisissante.Éclairé par en dessous et presque translucide, un cocon est accroché entre les pattes d\u2019une coccinelle.C\u2019est celui d\u2019une guêpe parasitoïde qui vit au Québec, Dinocampus coccinellæ.Que s\u2019est-il passé ?La guêpe a d\u2019abord pondu un œuf dans l\u2019abdomen de la coccinelle.Quand l\u2019œuf a éclos, la larve s\u2019est développée, d\u2019abord à l\u2019intérieur, puis elle s\u2019est extirpée de l\u2019abdomen de la coccinelle par un petit trou.Elle a ensuite tissé son cocon entre les pattes de son hôte.La phase suivante est encore plus extraordinaire.Paralysée par le cocon, les pattes engluées, la coccinelle est prisonnière mais toujours vivante.Elle bouge un peu et tressaute.Ce comportement, ainsi que ses couleurs vives, éloigne les oiseaux et les insectes prédateurs.La larve est donc bien protégée, cachée sous son «garde du corps», qu\u2019elle libérera quand elle n\u2019en aura plus besoin, c\u2019est-à-dire arrivée à maturité.C\u2019est une sorte de manipulation ma?euse, de «racket de la protection».En pondant son œuf, la guêpe a fait à la coccinelle une proposition que cette dernière ne pouvait refuser : la vie sauve contre sa «collaboration».Le parasitisme est une dimension fondamentale du vivant.Un nombre considérable d\u2019espèces \u2013 essentiellement des virus, des bactéries et des insectes \u2013, ne peuvent vivre qu\u2019à l\u2019intérieur d\u2019organismes hôtes ou en symbiose avec eux.Ce phénomène touche aussi les oiseaux.Les coucous, par exemple, sont reconnus pour parasiter les nids des pies.Ils y déposent leurs œufs pour que les pies élèvent leurs petits.Les coucous tueront celles qui n\u2019en prendront pas soin.Dans le cas étudié par Jacques Brodeur, la coccinelle ne meurt pas et, une fois libérée, arrive à se reproduire, quoique avec un succès moindre que la moyenne de ses congénères.C\u2019est intéressant parce que, habituellement, les insectes parasitoïdes tuent leurs hôtes.On l\u2019observe chez plus d\u2019une centaine d\u2019espèces de guêpes qui pondent un ou plusieurs œufs dans la larve d\u2019un autre insecte, laquelle sera ensuite mangée ou tuée par les jeunes parasitoïdes en croissance.Jolie mentalité, dira-t-on ! Mais, sur le plan de l\u2019évolution, il va de soi qu\u2019il n\u2019y a aucune intention, juste une stratégie pour perpétuer les gènes de la guêpe.Les manipulations des parasites sont parfois très sophistiquées.L\u2019exemple le plus frappant concerne ce qu\u2019on a appelé le «suicide des grillons ».C\u2019est le titre que les médias ont donné à une recherche du biologiste Frédéric Thomas, du CNRS français, recherche que nous avions d\u2019ailleurs évoquée dans ces colonnes.En simpli?ant, disons qu\u2019il existe dans le sud de la France des vers qui doivent absolument passer du milieu terrestre au milieu aquatique pour se reproduire.Comment y arrivent-ils ?La larve Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel L\u2019art de la manipulation Une coccinelle « garde du corps », un grillon poussé au suicide\u2026 Quand les parasites manipulent le comportement de leurs hôtes ! microscopique du ver se laisse avaler par un grillon, se développe et grandit dans son corps jusqu\u2019à en occuper la majeure partie, puis conditionne son hôte à se précipiter dans un milieu aquatique, ruisseau ou étang.Le grillon étant un insecte terrestre, cela va à l\u2019encontre de son instinct de survie et, de fait, il meurt dans l\u2019eau.Grâce à des techniques de génétique et de protéomique, Frédéric Thomas et ses collègues ont démontré que le « suicide » du grillon est bel et bien piloté par le ver.Au-delà de ces histoires fascinantes, que doit-on comprendre?En général, le parasitisme peut se concevoir comme une course évolutive menée par des espèces partenaires.Le parasite doit trouver un hôte pour se reproduire et transmettre ses gènes.La sélection naturelle va favoriser parmi ces derniers ceux qui lui donneront la possibilité de pénétrer dans ce partenaire ou de manipuler son comportement à son pro- ?t.Pour sa part, l\u2019hôte lutte constamment a?n d\u2019être moins vulnérable ou d\u2019échapper aux effets négatifs du parasitisme.Les gènes qui seront sélectionnés au cours de l\u2019évolution de cette espèce seront ceux qui lui permettront de résister à l\u2019envahisseur, de l\u2019éviter ou, mieux encore, de le tuer.Ainsi se construit une « course aux armements» dont on entend peu parler, mais qui est omniprésente au sein du vivant.Pensez aux guêpes parasitoïdes, mais pensez aussi, par exemple, au parasite du genre plasmodium qui cause la malaria chez l\u2019homme lorsqu\u2019il est transmis par la piqûre de certains moustiques anophèles.Ou au trypanosome, ce parasite qui infecte les mouches tsétsés, vectrices de la maladie du sommeil.Pensez aux nombreux virus qui infectent les humains et qui s\u2019adaptent continuellement à notre système immunitaire.Et ?na- lement, imaginez que nous arrivions un jour à orienter leur évolution de façon à nous servir d\u2019eux pour nous protéger\u2026 Le summum de la stratégie: manipuler les manipulateurs.nQS PORTES OUVERTES À L\u2019ÉTS Le dimanche 1er février 2015 de 10 h à 17 h *Concours réservé aux étudiants de niveau collégial seulement Po u r e n s a v o i r p l u s s u r l \u2019 É T S : www.etsmt l .ca Visites guidées de l\u2019ÉTS et de laboratoires \u2022 Stands d\u2019information sur nos programmes et nos services \u2022 Démonstrations des prototypes étudiants (sous-marin à propulsion humaine, robots, voiture solaire, etc.) \u2022 Rencontres avec des étudiants, des professeurs et des chercheurs passionnés ÉCOLE DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE 1100, rue Notre-Dame Ouest Montréal (QC) H3C 1K3 www.etsmtl.ca Bonaventure Gagnez une bourse d\u2019études de 1000 $ à l\u2019ÉTS | Participez entre le 12 janvier et le 1er février 2015 CONCOURS* facebook.com/etsmtl : Parution :QS\u2022 parution : JAN et FEV 2015\u2022 format : 2/3 PAGE 4,7\u201dX 9,375\u201d (hauteur) \u2022 De : ÉTS, ketsia.colin@etsmtl.ca 514-396-8800 (7374) 16 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 >Retrouvez Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 17 Notre jury Xavier Roucou, professeur au département de biochimie de l\u2019Université de Sherbrooke et auteur de la découverte \u2013 Prix du public 2013; Mathieu Picard, professeur adjoint au département de génie mécanique de l\u2019Université de Sherbrooke; Vincent Allaire, agent pour les médias au Centre canadien science et médias; Robert Lamontagne, chercheur au département de physique de l\u2019Université de Montréal et directeur exécutif de l\u2019Observatoire du Mont-Mégantic; Chantal Srivastava, journaliste au magazine Les années lumière à Radio-Canada; Normand Voyer, professeur au département de chimie de l\u2019Université Laval.Et l\u2019équipe de Québec Science, Pierre Sormany, Raymond Lemieux, Joël Leblanc, Marine Corniou et Dominique Forget.otre dossier des découvertes de l\u2019année est un rendez-vous unique avec le meilleur de la science québécoise.Le meilleur?Aux yeux de notre jury, du moins.Avec les critères que nous nous sommes fixés: chacune de nos découvertes doit avoir fait l\u2019objet d\u2019un article dans une publication savante reconnue, elle doit avoir été annoncée entre le 1er novembre 2013 et le 31 octobre 2014 et\u2026 elle doit susciter l\u2019étonnement.C\u2019est là peut-être le seul critère subjectif.Et pourquoi pas?La science peut nous surprendre, pourquoi l\u2019ignorerait-on?Cela dit, notre bilan de l\u2019année se veut surtout un hommage à la persévérance, à l\u2019ingéniosité et au travail des milliers de chercheurs dans nos laboratoires.D\u2019année en année, ils nous permettent de comprendre un peu mieux les choses qui nous entourent.Mais leur trouvailles conduisent parfois à des innovations qui peuvent changer notre quotidien.Après tout, la science d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est notre monde de demain! les 10 decouvertes de l\u2019annee QUELLE SERAIT, SELON VOUS, LA DÉCOUVERTE SCIENTIFIQUE 2014?C\u2019est votre tour de voter pour la découverte de l\u2019année, celle qui vous touche, vous impressionne ou vous inspire le plus.Rendez-vous sur le site www.quebecscience.qc.ca! A N T H O N Y T R E M M A G L I A z les 10 découvertes en vidéo sur www.quebecscience.qc.ca et sur Canal Savoir, le 15 janvier à 20h30 N e qui m\u2019allume, c\u2019est la possibilité qu\u2019il y ait de la vie sur d\u2019autres planètes», s\u2019enthousiasme Marie-Eve Naud, les yeux pétillants.La jeune astronome n\u2019a pas encore trouvé d\u2019extraterrestres, mais elle a tout de même attrapé dans ses filets une planète unique en son genre.«C\u2019est la planète la plus éloignée de son étoile jamais observée.Elle se trouve à 2 000 unités astronomiques de son astre, c\u2019est-à-dire à 2 000 fois la distance entre le Soleil et la Terre, précise cette doctorante à l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes, créé récemment au sein de l\u2019Université de Montréal.On ne pensait pas qu\u2019un tel éloignement était possible!» «Sa» planète, comme disent ses collègues du département de physique, a été nommée, selon la nomenclature 18 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 Regarder le plus loin possible, avec les instruments les plus sophistiqués, voilà la règle qui prime dans la chasse aux exoplanètes.Mais miser sur l'astuce et l'originalité est tout aussi payant ! Par Marine Corniou Pied de nez aux chass LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC UdeM «C L U C A S G R A N I T O L\u2019astronome Marie-Eve Naud devant le télescope CHFT, à Hawaii. Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 19 asseurs de planètes astronomique, GU Psc b, puisqu\u2019elle se situe autour de l\u2019étoile GU Psc dans la constellation du Poisson, Pisces ou Psc.Cette géante gazeuse isolée met 163 000 ans pour boucler son orbite.Une éternité, quand on sait que Neptune, la planète la plus excentrée du système solaire, effectue son tour du Soleil en «seulement» 165 ans.Et c\u2019est justement parce qu\u2019elle se trouve si loin de son étoile que l\u2019équipe de Marie-Eve Naud a pu distinguer aisément GU Psc b.Pas à l\u2019œil nu, mais presque! «Habituellement, les exoplanètes sont très proches de leur étoile, et elles sont des millions de fois moins brillantes qu\u2019elle.Essayer d\u2019en voir une, c\u2019est un peu comme tenter de repérer une luciole autour d\u2019un lampadaire, à des dizaines de kilomètres de distance», illustre la chercheuse.Voilà qui explique pourquoi, sur les 1 700 et quelques exopla- nètes découvertes à ce jour, seule une vingtaine ont été «vues» par imagerie.En général, les astronomes ne peuvent que déduire leur présence par des méthodes indirectes, comme la détection de l\u2019infime baisse de luminosité qu\u2019une planète provoque en passant devant son étoile.«GU Psc b, elle, est si éloignée de son étoile qu\u2019elle n\u2019est pas noyée dans sa lumière.Elle est donc facile à voir au mo - yen des méthodes d\u2019imagerie standard», poursuit Marie-Eve Naud qui a tiré le portrait de sa protégée avec le télescope chilien Gemini Sud et publié ses résultats en mai 2014 dans The Astrophysical Journal.Si la présence de GU Psc b sau - te quasiment aux yeux, encore a- t-il fallu savoir où et comment la chercher.L\u2019idée de départ, Marie- Eve la doit à son directeur de thèse, Étienne Artigau.«Une question me trottait dans la tête depuis plusieurs années, raconte ce dernier : jusqu\u2019à quelle distance une planète peut-elle être liée à son étoile?Dans la chasse aux exoplanètes, on a tendance à cher cher celles qui sont proches de leur soleil, suivant le modèle de la Terre.Personne n\u2019avait donc vraiment pensé à scruter l\u2019espace à grande distance des étoiles.» Restait tout de même à décider vers quel coin du ciel pointer le télescope.En cela, l\u2019équipe de l\u2019Université de Montréal \u2013 qui, en passant, a été la première au monde à détecter un système planétaire par imagerie directe en 2008, comme en faisait part Québec Science en février 2009 \u2013, a bénéficié des indications d\u2019une autre doctorante, Lison Malo qui achevait sa thèse consacrée au repérage des groupes d\u2019étoiles jeunes.«Pour trouver des exoplanètes, précise Marie-Eve Naud, on se concentre sur des systèmes planétaires jeunes et chauds, plus faciles à détecter parce qu\u2019ils émettent encore leur propre lumière infrarouge.Lison Malo avait identifié un groupe d\u2019une centaine d\u2019étoiles jeunes, comprenant GU Psc a, dont on a pu scruter les alentours en exclusivité.» Et nul besoin pour cela d\u2019utiliser des techniques de traitement d\u2019images complexes : Marie-Eve Naud savait qu\u2019elle pouvait se «contenter» d\u2019une série d\u2019images obtenues grâce au télescope Gemini Sud.«Les planètes sont beaucoup plus apparentes en lumière infrarouge qu\u2019en lumière visible, explique-t-elle, car elles sont froides, contrairement aux étoiles.On a donc photographié le ciel avec deux filtres pour obtenir une image dans l\u2019infrarouge et une autre dans un spectre un peu plus proche de la lumière visible.Lorsqu\u2019on a comparé les deux clichés de l\u2019étoile GU Psc a et de ses alentours, on a vu un point, dans l\u2019infrarouge, qui n\u2019apparaissait pas sur l\u2019autre image : cela ne pouvait être qu\u2019une planète!» Et sur plus de 90 clichés d\u2019étoiles jeunes passés au crible par l\u2019astronome, GU Psc b, qui est de 9 à 13 fois plus massive que Jupiter, est le seul «compagnon» qu\u2019elle a décelé.«Je compte maintenant évaluer la fréquence de ces planètes éloignées.Elles sont peut-être rares, mais on sait désormais qu\u2019elles existent, proches de nous, et qu\u2019elles sont faciles à trouver! On vient de démontrer qu\u2019il n\u2019est pas obligatoire d\u2019utiliser des systèmes très sophistiqués et de déployer des efforts considérables pour trouver des exoplanètes», se réjouit-elle.Ce pied de nez malicieux aux autres chasseurs de planètes présente aussi un réel avantage scientifique.Car les astronomes ont beau découvrir des exopla- nètes à la pelle, ils peinent ensuite à les étudier, tant elles sont difficiles à distinguer de leur étoile.«Les systèmes de type GU Psc b sont au contraire faciles à observer, souligne Ma rie- Eve Naud.Nous avons utilisé plusieurs autres observatoires pour étudier GU Psc b en détail : le télescope du Mont-Mégantic, au Québec, mais aussi les télescopes Gemini Nord, Keck et Canada-France-Hawaii, tous trois situés au sommet du Mauna Kea, à Hawaii.On a utilisé la spectroscopie pour analyser directement la quantité de lumière que la planète émet dans chaque longueur d\u2019onde.C\u2019est crucial pour déterminer la composition de son atmosphère ainsi que d\u2019autres caractéristiques physiques comme sa masse, sa température ou son rayon.» Précieux objet d\u2019étude, cette planète esseulée vient aussi chambouler les connaissances sur la formation des systèmes planétaires, censés émerger à partir de disques de matière entourant les jeunes étoiles.Les poussières du disque s\u2019agglutinent petit à petit, formant des boules plus ou moins compactes.Mais GU Psc b échappe à cette règle! «On se demande ce qu\u2019elle fait là.La masse de son étoile ne fait que le tiers de celle du Soleil.Le disque de matière qui gravitait autour d\u2019elle ne pouvait donc pas s\u2019étendre jusqu\u2019à GU Psc b, déduit Marie-Eve Naud.Peut-être cette planète s\u2019estelle formée près de son étoile, puis aura ensuite été éjectée à cause de l\u2019interaction avec un autre \u201ccompagnon\u201d?» Quoi qu\u2019il en soit, cette bizarrerie astronomique est un joli cadeau du ciel.?QS 20 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC La planète GU Psc b, à 2 000 unités astronomiques de son étoile, est plus brillante en infrarouge que dans les autres longueurs d'onde.SUR LES 1 700 ET QUELQUES EXOPLANÈTES DÉCOUVERTES À CE JOUR, SEULE UNE VINGTAINE ONT ÉTÉ «VUES» PAR IMAGERIE. UNIVERSITÉ | [UNIVERSITÉ| | (UNIVERSITÉ DE L'ANNÉE DE L'ANNÉE \u2018 DE L'ANNÉE | DEUXIEME EN RECHERCHE EN RECHERCHE EN RECHERCHE PLACE AU CANADA AU CANADA AU CANADA EN RECHERCHE DANS SA CATEGORIE, DANS SA CATEGORIE, DANS SA CATEGORIE, AU CANADA sein RESEARCH Infosource ! selon RESEARCH Infosource Tne.lon RESEARCH Infosource En [ ] a DANS SA CATÉGORIE, selon RESEARCH Infosource Inc 3 AC Cr ok x So ~Laurent\u2019e de déversement à la future \u2014_ ip pétroliére de Old Te Votez pour les chercheurs de l'UQAR pour le Prix du Public Québec Science - Découverte de l\u2019année 2014 WWW.QUEBECSCIENCE.QC.CA U OAR oup de chance! À la loterie génétique, le quart des Nord-Américains héritent d\u2019une petite variation, nichée au milieu d\u2019un gène, qui les protège contre la maladie d\u2019Alzheimer.«Cette variante naturelle du gène appelé HMGCR réduit de 30% à 50% le risque de développer la maladie», précise Judes Poirier, le généticien à l\u2019origine de cette découverte faite à l\u2019Institut Douglas, à Montréal.Et elle pourrait ouvrir la voie à un traitement préventif pour toute la population.Cet atout génétique n\u2019est pas une parade absolue contre la démence, mais il permet de retarder de quatre ans en moyenne l\u2019apparition des symptômes.Quatre années particulièrement précieuses quand on sait que, après l\u2019âge de 85 ans, 45% des gens développent l\u2019alzheimer.Cette prouesse, aucun médicament, sur plus d\u2019une centaine testés jusqu\u2019ici, n\u2019a réussi à l\u2019égaler.Même chez les personnes qui commencent à souffrir de légers troubles de la mémoire, la présence de ce facteur génétique ralentit la progression vers le stade de démence.C\u2019est ce qu\u2019a vérifié l\u2019équipe de Judes Poirier en collaboration avec des scientifiques de l\u2019université de Californie et de la Mayo Clinic, dans le Minnesota, qui ont suivi au total 1 600 patients pendant 3 ans et ont participé à l\u2019étude publiée l\u2019été dernier dans Molecular Psychiatry (un journal du groupeNature).On pourrait croire que, pour les trois quarts d\u2019entre nous qui ne possédons pas cet «ange gardien» génétique, la nouvelle a peu d\u2019importance.Erreur! Car elle permet de renforcer une théorie que Judes Poirier défend depuis des années, selon laquelle l\u2019alzheimer serait clairement lié à un problème de cholestérol! En effet, le gène HMGCR en question régule la production du cholestérol dans le cerveau.«Sur les 10 facteurs de risque génétique les plus importants associés à la maladie d\u2019Alzheimer, 6 ont un lien avec le cholestérol, sa synthèse, son transport ou son absorption par les cellules.Il est logique qu\u2019un gène de protection soit lui aussi associé au cholestérol», observe le chercheur, directeur adjoint du Centre d\u2019études sur la prévention de la maladie d\u2019Alzheimer de l\u2019Institut Douglas.Bien que ce lipide ait mauvaise réputation, le cholestérol est un constituant essentiel des cellules.Il intervient notamment dans le développement des synapses, ces points de contact et de communication entre les neurones, et dans la fabrication de la gaine qui entoure les fibres nerveuses.«Ce n\u2019est pas un hasard si le quart de tout le cholestérol de l\u2019organisme est concentré dans le cerveau, ajoute Judes Poirier.Il sert en quelque sorte de matière première aux neurones.» Or, lorsque la maladie d\u2019Alzheimer débute, elle détruit de nombreux neurones.«Ceux qui 22 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 La maladie d\u2019Alzheimer est liée à un problème de cholestérol.C\u2019est en suivant cette théorie que des chercheurs ont découvert un gène qui réduit de moitié le risque de démence et pourrait permettre de retarder l\u2019apparition des symptômes.Par Marine Corniou Un ange gardien con t LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC McGILL C A A R O N M c C O N O M Y / C O L A G E N E restent se reconnectent donc les uns aux autres et parviennent ainsi à compenser la perte, du moins pendant un certain temps.Mais, pour se reconnecter, ils ont besoin de cholestérol», ex- plique-t-il.Justement, le variant génétique mis en évidence par son équipe favorise indirectement l\u2019absorption du cholestérol au sein des neurones.Résultat, ces derniers sont plus aptes à former de nouvelles synapses et à contrer les effets de la destruction neuronale.Selon le généticien, cette découverte est un pas concret vers la prévention de la maladie.Car ce variant est tellement puissant qu\u2019il contrebalance totalement l\u2019action du principal facteur de risque génétique de la maladie, l\u2019APOE4, un gène lié, une fois encore, au transport du cholestérol dans le cerveau.Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 23 n tre l\u2019alzheimer R É J E A N P O U D R E T T E Judes Poirier, chercheur-généticien à l\u2019Institut Douglas de Montréal Qu\u2019est-ce qu\u2019un variant génétique?Nous ne sommes pas tous égaux sur le plan génétique.Globalement, si nous possédons le même «kit» de gènes, chacun de ceux-ci existe en plusieurs «versions», selon les individus.Si on compare un gène à une boîte de chocolats, on peut dire que la composition de la boîte varie d\u2019une personne à l\u2019autre (dans la vôtre il y a un chocolat blanc là où, dans la sienne, votre voisin trouve un praliné, par exemple), chaque boîte constituant ainsi un «variant».C\u2019est ce qui explique qu\u2019il y ait des yeux bleus et des yeux verts, des cheveux bruns ou des cheveux roux.Si, pour ces deux exemples, les variations ont peu d\u2019importance, il existe des gènes dont certaines versions (aussi appelées «allèles») sont plus avantageuses que d\u2019autres; et il existe aussi certains variants qui portent carrément malheur. «L\u2019APOE4 augmente de 6 à 22 fois le risque d\u2019alzheimer», précise Judes Poirier qui a été le premier à avoir découvert l\u2019influence de ce gène sur la maladie, il y a 20 ans.C\u2019est simple : entre 65% et 90% des personnes atteintes de cette démence possèdent l\u2019APOE4.Et c\u2019est précisément en suivant la piste de ce «fléau» génétique que l\u2019équipe a mis en évidence le variant HMGCR protecteur.«En fait, nous avons examiné plus de 700 cerveaux, accessibles dans la banque de l\u2019Institut Douglas.Certains d\u2019entre eux avaient appartenu à des gens porteurs de l\u2019APOE4, qui n\u2019avaient toutefois pas eu la maladie.On a découvert que ces personnes possédaient une version particulière du gène HMGCR qui annulait l\u2019effet de leur gène nuisible APOE4», poursuit le généticien.En améliorant la disponibilité du cholestérol au sein des neurones, ce «bon» variant a carrément l\u2019effet inverse de l\u2019APOE4 qui entraîne une réduction de 50% du taux de transporteurs de cholestérol dans le cerveau et précipite habituellement l\u2019évolution de la maladie.D\u2019où l\u2019idée de Judes Poirier de tenter d\u2019imiter l\u2019effet du variant protecteur chez les personnes qui n\u2019ont pas la chance de l\u2019avoir reçu à la naissance.La bonne nouvelle, c\u2019est qu\u2019il existe un vieux médicament, le probucol, qui remplit cette mission.«En fait, le mécanisme d\u2019action du probucol atténue, d\u2019une part, le facteur de risque qu\u2019est l\u2019APOE4, et mime, d\u2019autre part, l\u2019effet protecteur de l\u2019HMGCR», ajoute le chercheur.C\u2019est un coup double! Au printemps 2015, Judes Poirier compte lancer un essai clinique pour évaluer l\u2019effet du pro- bucol chez des personnes qui n\u2019ont pas l\u2019alzheimer, mais qui ont un risque élevé d\u2019en souffrir (parce qu\u2019un ou plusieurs membres de leur famille en sont atteints).«L\u2019essai se fera à petite échelle, sur 60 personnes, mais on fera un suivi très serré, avec de l\u2019imagerie cérébrale, des ponctions lombaires et un profilage génétique complet pour voir si certains patients répondent mieux que d\u2019autres au traitement», précise-t-il.Si les tests sont concluants (au bout de deux ans), une étude plus vaste pourrait être lancée.Le chercheur a du mal à cacher son enthousiasme.Il est persuadé que la piste du cholestérol pourrait enfin débloquer la recherche qui cumule les échecs année après année.Depuis 2002, plus de 400 essais cliniques ont ainsi été menés pour trouver de nouveaux médicaments contre la maladie d\u2019Alzheimer; 99,6% d\u2019entre eux ont échoué.«Le problème, c\u2019est que, quand les symptômes apparaissent, il est déjà trop tard, rappelle Judes Poirier.En se concentrant sur la prévention, 10 ou 15 ans avant le début de la maladie, on espère retarder l\u2019apparition des symptômes.» Même si guérir les malades reste le but ultime, des simulations épidémiologiques démontrent que, si on parvenait à retarder de cinq ans le début de la maladie, on réduirait de presque la moitié le nombre de personnes atteintes d\u2019ici 2050.Ce serait une immense victoire.?QS 24 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC LA PISTE DU CHOLESTÉROL POURRAIT ENFIN DÉBLOQUER LA RECHERCHE SUR L\u2019ALZHEIMER, QUI CUMULE LES ÉCHECS ANNÉE APRÈS ANNÉE.Jean Bédard, chercheur à la Commission géologique du Canada, et Lyal Harris, professeur au Centre Eau Terre Environnement de l\u2019INRS INRS .CA ET SI L\u2019ABITIBI RESSEMBLAIT À VÉNUS ?P h o t o : M a r c R o b i t a i l l e é E ét di t l l èt V nus, Félicitations à tous les laur riches en métaux! e dans ces terr ospection minièr la pr cée scienti?que qui bouleverse Une per égion Opatica.comme la r d-du-Québec en Abitibi et dans le Nor mations pr pour expliquer des for ont développé un modèle géologique yal Harris e cheurs L t Jean Bédar les cher n u an a p an e éats es ésentes d des découvertes 2014 de ! Québec Science L\u2019épinette contre-attaque Certaines épinettes résistent à la vorace tordeuse; on vient de comprendre pourquoi.Par Joël Leblanc LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC U.LAVAL R I C H A R D B É R U B É Saint-Cyrille-de-Wendover, près de Drummondville, à quelques centaines de mètres au nord de l\u2019autoroute 20, pousse une belle plantation d\u2019épinettes blanches.Toutes mises en terre au même moment, en 1963, elles croissent à l\u2019unisson.Vue du ciel, la forêt quinquagénaire forme de beaux grands carrés bien verts, bien touffus, et couvre 50 hectares.Mais il y a des trous : les tordeuses des bourgeons de l\u2019épinette sont sur place et profitent du buffet! Car, depuis 2006, elles sont de retour.L\u2019infestation a d\u2019abord été repérée au nord du fleuve Saint-Laurent.La surface forestière envahie double maintenant chaque année et touche la Gaspésie.Cela rappelle de bien mauvais souvenirs.La dernière épidémie, au cours des années 1970 à 1990, s\u2019était soldée par des pertes de 3 mil - liards de dollars.Mais dans la petite plantation de Saint- Cyrille-de-Wendover, des chercheurs ont repéré d\u2019irréductibles épinettes qui conservent leurs aiguilles face à l\u2019envahisseur! «Parmi les arbres morts ou atteints se dressent des individus sains que les tordeuses ne semblent pas affecter», explique John Mackay, chercheur au département des sciences du bois et de la forêt de l\u2019Université Laval.Une étude pilotée par Éric Bauce, directeur du laboratoire à l\u2019origine de la découverte, et Joerg Bohlmann avait déjà démontré, en 2010, que les aiguilles de ces résistants étaient particulièrement riches en picéol et en pungénol, des composés phéno liques.«Lors de nos expériences, le taux de survie des larves de tordeuses chutait lorsque ces deux substances étaient ajoutées à leur alimen - tation», poursuit John Mackay.Le professeur a donc voulu connaître le mécanisme qui est à la base de cette résistance.Il s\u2019est adjoint notamment les services de Geneviève Parent, spécialiste en génétique des populations.«Nous avons mesuré l\u2019expression de 24 000 gènes différents chez 7 arbres résistants à la tordeuse et 7 non résistants, raconte la chercheuse.L\u2019un de ces gènes a attiré notre attention.Il est exprimé 1 000 fois plus chez les épinettes résistantes!» Ce gène porte le nom poétique de Pgbglu- 1 et il sert à produire une bêta-glucosidase.Il s\u2019agit d\u2019une enzyme, c\u2019est-à-dire d\u2019une protéine qui facilite une réaction bio- chimique.Les travaux des chercheurs, publiés en novembre 2014 dans The Plant Journal, ont permis de vérifier qu\u2019elle est exprimée principalement dans les aiguilles des épinettes blanches, et en tout temps, pas seulement en réponse à l\u2019infestation.«C\u2019est cette enzyme qui permet de fabriquer le picéol et le pungénol.On a noté que tous les arbres en produisent, mais à des niveaux très variables, précise Geneviève Parent.Ce qu\u2019on a constaté de plus intéressant, cependant, c\u2019est que la résistance est fortement héréditaire.Nous avons fait germer des graines provenant des individus résistants et les petites épinettes obtenues ont eu une production élevée de l\u2019enzyme.» La découverte fournit une nouvelle arme dans la sempiternelle lutte du Québec contre la tordeuse des bourgeons de l\u2019épinette.«Nous travaillons étroitement avec le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec afin de repérer et de sélectionner les arbres les plus résistants dans les populations qui servent de base aux reboisements.Ainsi, les prochaines parcelles forestières exploitées pourront être renouvelées avec des arbres plus résistants, de quoi réduire de beaucoup les conséquences économiques et écologiques des épidémies ultérieures.» ?QS 26 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 À John Mackay, du département des sciences du bois et de la forêt de l\u2019Université Laval et Geneviève Parent, spécialiste en génétique des populations.Tordeuse 101 La fameuse tordeuse des bourgeons de l\u2019épinette est un tout petit papillon de nuit inoffensif.C\u2019est son stade larvaire qui cause tous les problèmes.Dans la première moitié de l\u2019été, les chenilles se gavent des bourgeons et des aiguilles des épinettes, ainsi que des sapins.Des travaux en paléontologie démontrent que l\u2019insecte faisait déjà ses ravages en Amérique du Nord, il y a plus de 1 000 ans.Les épidémies semblent être cycliques, mais leur rythme s\u2019est accéléré depuis les deux derniers siècles.L\u2019arbre, qui est ainsi privé de ses aiguilles pendant quelques années, finit par en mourir et son bois se déprécie rapidement s\u2019il n\u2019est pas recueilli tout de suite.L\u2019épidémie des années 1970-1990 (la troisième du XXe siècle) a détruit plus de 200 millions de mètres cubes de bois.L\u2019infestation actuelle a commencé par une zone de 3 000 hectares, en 2006.En 2013, ce sont quelque 3,2 millions d\u2019hectares de forêt qui avaient été modérément ou gravement atteints par le ravageur.UNE NOUVELLE ARME DANS LA SEMPITERNELLE LUTTE DU QUÉBEC CONTRE LA TORDEUSE DES BOURGEONS DE L\u2019ÉPINETTE M A R T I N C H A R E S T , - § Be \u2018 a $ 2° s @ J Len j I | ao © 2 e Ÿ \u2018 Ï U ee Toy \"4 3- «7 A .or made Pen\u201d Ta Ca a & ° HC Boe .se Q \u20ac IN 0 \\ 9 sr\" 8 ) % vi\u2019 axe $ ; + [> 2 \u201cSAY s é ç |> 3 C \\ be dK A TY HN fe oe?> Kg 7 A sd CE dos « cc ge \u2014 \u2014 .wf © © * 3?® 9° abrAV, 9 + p [ é 9 Ld 4 Vos travaux novateurs préservent ra Go l'environnement.renforcent l'ééonomiére > \u2018' auxel aurea © a [ améliorent Ia qualité dE Vie non seulement des dix découvertes de 20 y des Canadiens mais du monde entier: £4 «4 \u2014 aie ty.\u2014 vp v v ô £ 7 p \u20ac INNOVATION.CA DRASS CANADA FOUNDATION TINE CANADIENNE FOR INNOVATION POURLINNOVATION ee La recherche au service des colléctivités .a © ©\u201c A San Lm A at aan : t vlan! Et paf! Les oreilles bourdonnent, la vision se trouble, une violente douleur martèle le crâne.Diagnostic : commotion cérébrale.Plus de 30 000 sportifs en souffrent chaque année au Canada.Les commotions cérébrales, Louis De Beaumont connaît ça.À l\u2019époque où il jouait comme capitaine de son équipe de hockey midget AAA, à Sainte-Foy, sa tête a encaissé quelques dures mises en échec.Maintenant dans la trentaine et professeur adjoint au département de psychologie de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, il vient de découvrir, avec son équipe de chercheurs, que les traumatismes crâniens survenus dans la vingtaine entraînent des dommages latents et persistants au cerveau qui aggravent son processus de vieillissement.À l\u2019aube de la soixantaine, les sportifs commotionnés dans le passé connaîtront une diminution plus marquée de leur mémoire, de leur niveau d\u2019attention et de leur vitesse de réaction.«Nous avons analysé par résonance magnétique le cerveau de 30 ex-athlètes de hockey et de football universitaires, âgés entre 51 et 75 ans.La moitié a été commotionnée une trentaine d\u2019années plus tôt et l\u2019autre non, explique le neu ro psy cho lo gue, aussi chercheur à l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.Ensuite, à partir des images obtenues, nous avons identifié des millions 28 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 E Une commotion cérébrale, ça fait mal! Mais le pire, ce sont ses conséquences qui se font sentir après bien des années.Par Jean-Daniel Doucet Choqué à vie LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC UQTR/McGILL/UQAM/UdeM G R A H A M H U G H E S / L A P R E S S E C A N A D I E N N E deminuscules dommages toujours existants.Même si les sujets n\u2019avaient pas de maladies neu ro dégéné ratives, nous avons trouvé davantage de dommages au cerveau des commotionnés.Et plus ces patients ont de dommages, plus ils ont de dysfonctions motrices et cognitives.» Est-ce si étonnant?Lors des placages les plus durs, la tête d\u2019un joueur de football universitaire peut subir une accélération dépassant momentanément les 98 g, autant que lors de certains accidents spectaculaires de NASCAR! Le cerveau est projeté violemment contre les parois de la boîte crânienne, endommageant les circuits neu ro naux.L\u2019a - thlè te est sur la touche au moins 10 jours! Quand il revient, il a peut-être l\u2019air tout neuf, mais seulement en apparence.Car, dans les profondeurs de son cerveau, la matière blanche est endommagée.«La matière blanche, c\u2019est le \u201ccâblage\u201d qui transmet l\u2019information entre les \u201cprocesseurs\u201d de l\u2019\u201cordinateur\u201d, c\u2019est-à-dire entre les zones de la matière grise, à la surface du cerveau», explique Sébastien Tremblay, doctorant en neurosciences à l\u2019Université McGill et premier auteur de l\u2019étude parue dans la revue britannique Brain, en novembre 2014.«La commotion cérébrale altère les \u201cfils électriques\u201d et perturbe le flot d\u2019information pendant plusieurs années», pour- suit-il.C\u2019est principalement dans la zone frontale du cerveau que l\u2019on remarque ces blessures.«Cette zone, c\u2019est celle qui nous différencie des singes, celle qui est impliquée, entre autres fonctions, dans la prise de décision, la régulation émotionnelle et l\u2019inhibition», précise Louis De Beaumont.Si le cerveau est altéré dès la vingtaine, pourquoi les symptômes n\u2019apparaissent-ils que 30 ans plus tard?Il faut savoir qu\u2019il est normal que la zone frontale s\u2019atrophie avec le vieillissement.Mais si elle a déjà été endommagée par une commotion cérébrale, son fonctionnement en sera d\u2019autant plus perturbé.Sébastien Tremblay explique : «Disons que le cerveau est un ordinateur qui contient 10 processeurs et que, pour effectuer une tâche ordinaire, il vous en faut 7.Vers 60 ans, vous avez, comme tout le monde, perdu 2 processeurs; il vous en reste donc encore 8 pour faire le travail.Sauf si, à 20 ans, vous avez déjà perdu 2 processeurs lors de commotions cérébrales\u2026» Cela dit, peut-on faire quelque chose pour prévenir la neurodégénérescence consécutive à une commotion?On peut au moins la ralentir, croit le professeur De Beaumont: «Les commotionnés doivent rester mentalement actifs, bien manger, garder un poids santé et maintenir une bonne capacité cardiovasculaire», con - seille-t-il, en rappelant que, de toute manière, commotion ou pas, une meilleure forme physique prévient en partie les pertes cognitives dues au vieillissement.Louis De Beaumont, qui a choisi la psychologie plutôt que le hockey junior majeur, prêche-t-il lui-même par l\u2019exemple?«Avec le travail, j\u2019ai moins de temps pour le sport», avoue-t-il.Mais une chose est sûre, ses recherches ont de quoi lui garder un «mental» très actif.?QS Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 29 Les zones surlignées en jaune sont celles où on trouve une diminution significative de l\u2019intégrité de la matière blanche chez les anciens athlètes commotionnés, par rapport à leurs homologues d\u2019âge équivalent n\u2019ayant jamais subi de commotion cérébrale.La figure tend à montrer que c\u2019est l\u2019aire frontale qui est surtout affligée par cette atteinte de la matière blanche chez les anciens athlètes commotionnés.Ce patron est semblable à celui retrouvé dans le vieillissement du cerveau, suggérant que le cerveau commotionné vieillit prématurément.Louis De Beaumont, professeur adjoint au département de psychologie de l\u2019UQTR, et Sébastien Tremblay, doctorant en neurosciences à l\u2019Université McGill.Ils ont remarqué que les commotions cérébrales provoquent des séquelles qui se manifestent après 60 ans.S T É P H A N E D E N I S « LA COMMOTION CÉRÉBRALE ALTÈRE LES \u201cFILS ÉLECTRIQUES\u201d ET PERTURBE LE FLOT D\u2019INFORMATION PENDANT PLUSIEURS ANNÉES.» 30 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 oute la population retient son souffle.Nous sommes en 1996 et, au large des Îles-de-la-Ma- deleine, des navires de la Garde côtière tentent de renflouer la barge Irving Whale, échouée 26 ans auparavant avec 4 300 tonnes de mazout et 7 500 kg de BPC à son bord.«On craignait tous qu\u2019elle se rompe», se rappelle l\u2019océanographe Frédéric Cyr qui allait entrer à l\u2019école polyvalente des Îles, à l\u2019époque.La barge n\u2019aura finalement pas cédé, mais la tragédie du IrvingWhale a laissé des traces dans la mémoire du chercheur.«Un jour, bien avant le renflouement, je jouais sur la plage avec mes parents.J\u2019ai creusé dans le sable et, tout à coup, ça s\u2019est mis à sentir terriblement le pétrole.C\u2019était proba ble - ment du mazout échappé de l\u2019Irving Whale au moment du naufrage.» La même pla - ge cachait des milliers de sacs de plastique enfouis, bourrés de sable contaminé par la marée noire de 1970.Aujourd\u2019hui, les Îles pourraient devoir faire face à une autre catastrophe écologique, s\u2019inquiète Frédéric Cyr.Son regard se tourne vers le golfe du Saint-Laurent où la compagnie Corridor Resources se propose d\u2019exploiter par 460 m de fond, entre les Îles-de-la-Madeleine, Terre- Neuve et la Nouvelle-Écosse, un potentiel site pétrolifère baptisé Old Harry.Qu\u2019ad- viendra-t-il si un puits venait à exploser, comme cela s\u2019est produit dans le golfe du Mexique en 2010?La compagnie se fait rassurante.Le rapport d\u2019ingénierie qu\u2019elle a commandé à la firme SL Ross conclut que, si le puits qu\u2019elle projette de forer venait à sauter et à causer un important déversement en surface, la nappe de pétrole se dégraderait avant d\u2019atteindre les côtes.Le panache qui en résulterait serait contenu dans un secteur d\u2019environ 20 km sur 40 km.Au- delà de cette zone, le pétrole serait suffisamment évaporé, dilué ou dégradé pour n\u2019avoir aucun impact notable sur les côtes.Sauf que ce rapport comporte de très sérieuses lacunes, ont constaté Frédéric Cyr et ses collègues Daniel Bourgault et Dany Dumont, de l\u2019Université duQuébec à Rimouski (UQAR).L\u2019équipe a refait les calculs de dispersion du pétrole.Les résultats, publiés dans la revue Environmental Research Letters, indiquent que, advenant un déversement, les côtes de Terre-Neuve et de l\u2019île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, seraient susceptibles d\u2019être touchées, et que les Îles-de-la-Ma- deleine ne seraient pas nécessairement épargnées.L\u2019équipe de l\u2019UQAR a développé son propre modèle de simulation en se basant sur des données fournies par Pêches et Océans Canada et Environnement Canada.Les chercheurs ont réalisé plusieurs simulations virtuelles de déversements, qu\u2019ils ont fait se produire à différents moments de l\u2019année et pendant soit 1 jour, 10 jours ou 100 jours.Des animations vidéo permettaient de voir la marée noire prendre différentes formes et différentes directions, selon les conditions de départ.Le modèle de l\u2019UQAR est loin À gauche, Frédéric Cyr et Daniel Bourgault et, à droite, Dany Dumont de l\u2019UQAR L A U R E L M c F A D D E N P E T E R G A L B R A I T H L\u2019éventuelle exploitation de l\u2019or noir du golfe Saint-Laurent menacera-t-elle vraiment l\u2019environnement?Des chercheurs ont simulé le scénario du pire.Leurs résultats sonnent comme un avertissement.Par Dominique Forget Pétrole à haut risque LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC UQAR T d\u2019être parfait, préviennent les chercheurs.Il ne tient pas compte des processus chimiques, physiques ou biologiques suscep - tibles de dégrader le pétrole, comme l\u2019évaporation ou la biodégradation.«Nous avons simplifié les choses, pour d\u2019abord comprendre l\u2019étalement horizontal d\u2019un traceur inerte», prévient Daniel Bourgault.C\u2019est une première étape qui pourra mener à des études plus complètes.Selon les chercheurs de l\u2019UQAR, la firme SL Ross a commis trois erreurs dans ses calculs.D\u2019abord, elle a eu recours aux courants saisonniers moyens pour modéliser les déplacements d\u2019une éventuelle nappe de pétrole.Or, ces courants sont presque 10 fois plus faibles que les courants de marée et autres tourbillons qui agitent quotidiennement les eaux.«Prenons l\u2019exemple de la marée, illustre Daniel Bourgault.C\u2019est un mouvement pério dique de va-et-vient.En cas de déver sement dans le golfe du Saint-Laurent, une nappe de pétrole se ferait tirer dans un sens pendant six heures, et dans le sens opposé pendant les six heures suivantes.Si on prend la moyenne, on donne l\u2019impression que le pétrole est resté sur place, mais ce n\u2019est évidemment pas le cas.» Aux courants de marée, il faut ajouter les grands tourbillons de dizaines de kilomètres de diamètre qui marquent la circulation des eaux dans le golfe.Là encore, ces tourbillons agissent dans tous les sens et, lorsqu\u2019on fait des moyennes saisonnières, on masque leur effet \u2013 important \u2013 sur le transport et la dispersion des polluants.La deuxième erreur commise par SL Ross est d\u2019avoir considéré que le pétrole déversé à la surface se diluerait instantanément dans les 30 premiers mètres d\u2019eau, accélérant sa disparition.«Pourtant, le pétrole bénéficie d\u2019une grande flottabilité à la surface», affirme Daniel Bourgault.La firme SL Ross, révèlent les chercheurs, a commis une troisième bourde, difficile à expliquer.Afin d\u2019envisager le pire scénario possible, elle a prévu que du pétrole pourrait s\u2019échapper du site Old Harry pendant 30 jours.«Mais lorsqu\u2019on y regarde de plus près, on voit que les consultants ont plutôt simulé 120 déversements successifs de 6 heures, sans aucun effet cumulatif!» s\u2019étonne Frédéric Cyr.Comme si, toutes les six heures, on recommençait à zéro, en oubliant le pétrole déversé dans la simulation précédente.«Avant que Daniel, Frédéric et Dany se lancent dans ces calculs, aucune étude indépendante n\u2019avait encore été entreprise concernant l\u2019impact environnemental d\u2019un déversement de pétrole dans le golfe Saint-Laurent», souligne Angela Carter, professeure spécialisée en politiques en vi - ron nementales à l\u2019université de Waterloo, en Ontario, et cosignataire de l\u2019étude.Reste à voir si l\u2019Office Canada Terre- Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers (qui doit décider si elle émettra, ou non, un permis de forage à Corridor Resources) tiendra compte des résultats de l\u2019UQAR.Corridor Resources répète qu\u2019elle compte creuser son premier puits d\u2019exploration d\u2019ici la fin de l\u2019année 2015.?QS Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 31 M I C H E L R O U L E A U Jour 1 Jour 100 Jour 10 ADVENANT UN DÉVERSEMENT DE PÉTROLE, LES CÔTES DE TERRE-NEUVE ET DE L\u2019ÎLE DU CAP-BRETON, EN NOUVELLE- ÉCOSSE, SERAIENT SUSCEPTIBLES D\u2019ÊTRE TOUCHÉES, ET LES ÎLES-DE-LA-MADELEINE NE SERAIENT PAS ÉPARGNÉES.Le scénario catastrophique d\u2019un déversement de pétrole au site Old Harry, au milieu du golfe Saint-Laurent On vient d\u2019identifier une molécule qui stimule la multiplication des cellules souches contenues dans le sang de cordon.À la clé?Des greffes plus simples et plus nombreuses pour soigner les patients atteints de leucémie ou d\u2019autres cancers du sang.Par Marine Corniou Une manne de cel l LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC UdeM Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 33 \u2019été dernier, Mai Duong a ému tout le Québec.Atteinte d\u2019une leucémie, cette mère de famille lançait un appel public pour trouver un donneur de moelle osseuse.C\u2019était son seul espoir de guérison.Hélas, aucun donneur compatible n\u2019ayant pu être trouvé, les médecins ont dû se rabattre sur un plan B: la greffe de sang de cordon ombilical, contenant, tout comme la moelle osseuse mais en bien moins grande quantité, des cellules souches à partir desquelles toutes les cellules sanguines se développent.Du fait de sa petite stature, Mai Duong a pu se contenter de ce don qui a permis à son sang de se reconstituer après la chimiothérapie.Mais toutes les personnes atteintes d\u2019un cancer du sang n\u2019ont pas cette «chance».«Le sang de cordon, qui provient d\u2019un bébé naissant, contient très peu de cellules souches, ce qui fait que seuls 5% des dons recueillis peuvent être utilisés pour soigner des adultes», précise Guy Sauvageau, chercheur à l\u2019Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) de l\u2019Uni ver sité de Montréal.Son équipe vient toutefois d\u2019identifier une molécule «miracle» qui pourrait révolutionner la greffe de cellules souches et sauver de nombreuses vies.L\u2019UM171 \u2013 ainsi nommée en l\u2019honneur de l\u2019Université de Montréal \u2013 permet de multiplier par 13 le nombre de cellules souches présentes dans le sang de cordon ombilical! «Lorsqu\u2019on met les cellules souches au contact de cette molécule pendant 12 jours, elles prolifèrent et on obtient à la fin l\u2019équivalent de 10 unités de sang de cordon en une! Cela rend désormais possible, en théorie, l\u2019utilisation de la totalité des unités de sang de cordon, quel que soit le gabarit du receveur», précise Guy Sauvageau, qui est aussi hématologue-greffeur à l\u2019Hôpital Maisonneuve-Rosemont.C\u2019est d\u2019autant plus intéressant que l\u2019UM171 multiplie aussi \u2013 par 100 cette fois \u2013 les «progéniteurs», un autre type de cellules essentielles à la réussite de la greffe.«Plus les progéniteurs et les cellules souches sont abondants, mieux c\u2019est», résume Guy Sau vageau.Après amplification par l\u2019UM171, le sang de cordon devient même plus riche que la moelle osseuse utilisée habituellement pour les greffes chez les adultes! Le potentiel est énorme : 600 000 unités de sang de cordon sont accessibles dans le monde (dont 9 500, stockées dans la banque d\u2019Héma-Québec), mais leur utilisation restait jusqu\u2019ici marginale.Pour en arriver à ce résultat, l\u2019équipe a accompli un véritable travail de titan, qui a été publié dans Science en septembre dernier.Il lui a fallu d\u2019abord sélectionner 5 280 molécules dans la collection exclusive de l\u2019IRIC, qui contient plus de 125 000 composés \u2013 autant de médicaments potentiels.Le choix s\u2019est fait un peu au hasard, un peu intuitivement, et chacune de ces molécules a ensuite été mise en contact avec des cellules souches en culture, histoire de voir si elles avaient un quelconque effet sur leur croissance.«L\u2019une d\u2019elles se détachait clairement du lot par son efficacité, raconte Anne Marinier, qui dirige une équipe de 30 chi mis tes à l\u2019IRIC et qui a participé à la recherche.Nous avons donc fabriqué 300 co pies de cette perle rare, en changeant cha - que fois un petit élément et en réévaluant son activité.C\u2019est comme cela qu\u2019on a abouti à l\u2019UM171, 20 fois plus efficace que la molécule de départ.» Une optimisation qui a demandé plus de deux ans de travail.Du côté des cellules, la doctorante Iman Farès s\u2019est assurée, en la testant chez des souris, que l\u2019UM171 n\u2019induisait pas de proli fération anormale \u2013 c\u2019est-à-dire cancéreuse \u2013, qu\u2019elle pouvait être «rincée» et éliminée facilement en vue de la greffe, et qu\u2019elle ne présentait pas de danger.La molécule s\u2019est avérée sécuritaire et incroyablement efficace.L\u2019équipe s\u2019est ensuite asso ciée à des chercheurs de l\u2019université de Toronto pour mettre au point un bioréacteur permettant de distribuer automatiquement, sans manipulation, l\u2019UM171 aux cellules en culture pendant 12 jours.Des bioréacteurs ont maintenant été installés dans quatre hôpitaux, à Québec, Vancouver et Montréal.K A T Y L E M A Y C H R I S T I A N C H A R B O N N E A U , I R I C el lules souches L L\u2019hématologue Guy Sauvageau et la chercheuse Anne Marinier, de l\u2019IRIC, tiennent une poche contenant des cellules souches de sang de cordon, qu'ils savent désormais multiplier. «Nous allons lancer un essai clinique sur 25 pa tients, dès le mois de mars 2015, chez des gens comme Mai Duong qui aurait pu faire partie de l\u2019essai.Le but est de vérifier qu\u2019on peut bien utiliser les cordons de petite taille, habituellement rejetés, grâce à l\u2019amplification par l\u2019UM171», précise le docteur Sauvageau qui compte breveter la molécule.Ce n\u2019est pas tout.L\u2019équipe s\u2019attend aussi à ce que le sang de cordon enrichi augmente les chances de guérison.Son taux élevé de cellules souches pourrait réduire de moitié la durée de l\u2019aplasie, cette période de latence entre la greffe et la production des premières cellules sanguines fonctionnelles.«C\u2019est une période dangereuse, pendant laquelle les défenses immunitaires sont inexistantes; et le risque de décès, élevé.L\u2019aplasie dure environ 26 jours lors des greffes de cordon actuelles (18 jours pour la moelle osseuse).Avec le sang de cordon amplifié, elle pourrait être ramenée à 12 jours», poursuit le chercheur.Et ce n\u2019est pas le seul avantage du sang de cordon.D\u2019abord, le prélèvement est indolore et rapide, contrairement au don de moelle osseuse qui nécessite l\u2019anesthésie générale du donneur.Ensuite, comme ses cellules sont encore immatures, le sang de cordon n\u2019a pas besoin d\u2019être totalement compatible avec l\u2019organisme du receveur, ce qui augmente les chances de trouver une correspondance (la moelle osseuse, elle, doit être parfaitement compatible).«La greffe de sang de cordon entraîne aussi moins de risques de complications immunologiques à long terme et, pour des raisons qu\u2019on ignore, moins de risques de rechute», ajoute le docteur Sauvageau.Depuis la publication de l\u2019article, le médecin et son équipe sont au cœur d\u2019un tourbillon médiatique international.Il faut dire que l\u2019espoir que représente la découverte est immense : aujourd\u2019hui, entre 30% et 40% des personnes atteintes de leucémie ou d\u2019autres cancers du sang ne trouvent jamais de donneurs de moelle osseuse compatibles, et ne peuvent donc bénéficier d\u2019aucune transplantation.Chez les personnes d\u2019origine asiatique, comme Mai Duong, ce taux grimpe même à 70%, car les inscrits au registre des donneurs volontaires de moelle osseuse sont majoritairement caucasiens.Pour Guy Sauvageau, l\u2019UM171 n\u2019est rien de moins que «la découverte de sa vie et le couronnement de 20 ans de recherche».Il ne souhaite toutefois pas s\u2019arrêter là.«Mon objectif est d\u2019identifier les mécanismes qui permettent de multiplier les cellules souches du sang, dont on ne connaît presque rien.On ne sait pas encore comment l\u2019UM171 stimule leur prolifération, mais en trouvant à quelle protéine elle se lie, à la surface des cellules, nous aurions enfin la clé pour comprendre les mécanismes en jeu», dit-il, conscient que son rêve est enfin à portée de pipette.?QS 34 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC L\u2019ESPOIR QUE REPRÉSENTE LA DÉCOUVERTE EST IMMENSE: AUJOURD\u2019HUI, ENTRE 30% ET 40% DES PERSONNES ATTEINTES DE LEUCÉMIE OU D\u2019AUTRES CANCERS DU SANG NE TROUVENT JAMAIS DE DONNEURS DE MOELLE OSSEUSE COMPATIBLES. Plus que jamais, nos cerveaux sont dans une classe à part > > 3 3 3 F3LICITATIO FRANÇOIS BARTHELAT DÉPARTEMENT DE GÉNIE MÉCANIQUE A CRÉÉ UN NOUVEAU TYPE DE VERRE INSPIRÉ DE LA NACRE ET QUI PEUT SE DÉFORMER SANS SE CASSER.JUDES POIRIER INSTITUT DOUGLAS A DÉMONTRÉ QU\u2019UNE VARIATION COMMUNE DANS LE GÈNE HMGCR PEUT PROTÉGER CONTRE L\u2019ALZHEIMER.R e j e a n P o u d r e t t e AUX TROIS CHERCHEURS AFFILIÉS À MCGILL, ET À LEURS ÉQUIPES, DONT LES TRAVAUX FIGURENT PARMI LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE DE QUÉBEC SCIENCE. 3 TIONS GUSTAVO TURECKI INSTITUT DOUGLAS A IDENTIFIÉ UNE MICROMOLÉCULE QUI POURRAIT AMÉLIORER LA RÉPONSE AU TRAITEMENT DES PATIENTS DÉPRESSIFS.NOUS SOMMES FIERS DE NOS CHERCHEURS QUI, PAR LEURS TRAVAUX, AMÉLIORENT NOTRE SANTÉ ET NOTRE QUALITÉ DE VIE. e 15 septembre 1990, la sonde Magellan lancée par la NASA se met en orbite autour de Vénus et déploie son antenne radar.Pendant les quatre années qui suivent, l\u2019orbiteur envoie vers la Terre des données qui permettent de tracer la carte de Vénus la plus précise à ce jour.Les astronomes découvrent alors la surface rocheuse de notre planète sœur que son atmosphère jaunâtre et dense avait jusque-là cachée au regard des télescopes optiques.Vingt-cinq ans plus tard, les gigaoctets d\u2019informations de Magellan viennent de provoquer une révolution en géologie, ébranlant \u2013 c\u2019est le cas de le dire! \u2013 la théorie de la tectonique des plaques.Rien de moins.À l\u2019origine de cette découverte : le géophysicien Lyal Harris, du centre Eau Terre Environnement de l\u2019INRS (INRS-ETE), et le géochimiste Jean Bédard, de la Commission géologique du Canada.Dans un café du quartier Saint-Roch de Québec, à deux pas de leurs bureaux, les chercheurs expliquent leurs travaux à grand renfort de schémas.«La tectonique des plaques explique bien la plupart des mouvements actuels de la croûte terrestre, dit Jean Bédard.Elle laisse d\u2019ailleurs différents indices géologiques : les rifts, les failles transformantes, comme celle qui court du nord au sud au milieu de l\u2019Atlantique, et surtout les arcs volcaniques qui apparaissent aux zones de subduction \u2013 là où une plaque s\u2019enfonce sous une autre.» C\u2019est le cas par exemple des îles Aléoutiennes qui s\u2019étendent de l\u2019Alaska vers la Sibérie.«La théorie prescrit que ce mécanisme agirait depuis le tout début», continue Lyal Harris.Plus précisément depuis l\u2019Archéen, il y a 4 milliards d\u2019années, quand la vie primitive est apparue et que les premiers continents se sont formés.Est-ce bien le cas?Et comment le vérifier?«L\u2019ennui, c\u2019est que les formations rocheuses d\u2019âge archéen du Canada, de l\u2019Australie ou du sud de l\u2019Afrique, par exemple, restent difficiles à déchiffrer.Des chercheurs y voient des structures apparentées à d\u2019anciens arcs volcaniques, mais ce n\u2019est pas certain.» En d\u2019autres mots, rien ne prouve que la tectonique des plaques agissait déjà à l\u2019Archéen.Pour le savoir, les scientifiques se sont tournés vers Vénus.Car, puisqu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019eau et peu de sédiments sur notre voisine, sa croûte est exposée partout et elle est facile à étudier, contrairement à celle de notre Terre.Un modèle parfait, donc.En scrutant les vieilles images radar livrées par Magellan, les chercheurs ont pu confirmer, comme d\u2019autres scientifiques avant eux, que Vénus n\u2019a pas de tectonique des plaques.«Pas de rifts, pas de failles transformantes, pas d\u2019arcs volcaniques», énumère Jean Bédard.Sauf que ça bouge quand même dans la croûte vénusienne! «Près du pôle Nord de Vénus, décrit le géochimiste, se trouve un grand plateau volcanique, de la taille de l\u2019Australie, appelé plaine de Lakshmi.On voit que les montagnes au nord et au nord-est de cette plaine ont été soulevées par une collision.La plaque est clairement arrivée du sud et elle s\u2019est encastrée dans celle qui était au nord.Les roches se sont plissées et chevauchées, et de grandes failles sont apparues sur les côtés.Exactement comme l\u2019Inde, qui a percuté l\u2019Asie pour former l\u2019Himalaya.La ressemblance est vraiment frappante.» Il y a donc des mouvements «continentaux» sur Vénus, même en l\u2019absence de tectonique des plaques.Un phénomène unique?Les scientifiques ont cherché des structures semblables sur Terre, et ils en ont trouvé! «Dans les formations géologiques de l\u2019Abitibi et de l\u2019Opatica, juste au nord de Matagami et de Chibougamau, poursuit Lyal Harris, il y a de très vieilles structures archéennes qui montrent une géométrie identique à celle de Lakshmi sur Vénus.» Il restait à expliquer comment les continents pouvaient bouger 38 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 La tectonique des plaques ne serait pas le seul mécanisme responsable du déplacement des continents sur Terre.C\u2019est ce que révèle une observation minutieuse de Vénus.Par Joël Leblanc LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC INRS/CGC Les dessous de V L Lyal Harris, de l\u2019INRS-ETE, et Jean Bédard, de la Commission géologique du Canada.M A R C R O B I T A I L L E Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 39 e Vénus Cartes géomagnétiques.À gauche, une partie de l\u2019hémisphère nord de Vénus.Les zones bleues sont celles où le champ gravitationnel est plus faible et les rouges, celles où il est plus fort.La plaine de Lakshmi est repérable à l\u2019ouest de la grande zone bleue.À droite, l\u2019Abitibi actuelle.Les chercheurs y voient d\u2019anciennes structures similaires à celles de Vénus.Vénus Abitibi sans tectonique des plaques.C\u2019est encore Magellan qui a fourni les meilleurs indices.En plus des images radar, la sonde a envoyé des relevés sur la gravité de Vénus.Ainsi, selon la densité géologique des terrains survolés, l\u2019orbiteur accélérait ou ralentissait légèrement; et c\u2019est à partir de ces changements de vitesse qu\u2019on a pu calculer les variations du champ gravitationnel de la planète.«En traitant ces vieilles données par des méthodes modernes, Lyal a pu dresser une carte des anomalies gravimétriques de Vénus par rapport à une densité moyenne», explique Jean Bédard.On y voit que la plaine de Lakshmi présente une anomalie faible, ce qui signifie que la roche de surface y est moins dense que les roches volcaniques en profondeur; comme les continents de la Terre.Des mesures d\u2019épaisseur de la croûte vénusienne ont aussi permis au géophysicien de réaliser des reconstitutions tridimensionnelles.«Elles montrent que cette roche moins dense de la plaine de Lakshmi descend très profondément, décrit Lyal Harris en dessinant.Comme si ce \u201ccontinent\u201d était un gros iceberg de roche.» Ce sont des remontées de magma chaud \u2013 appelées panaches \u2013, qui pourraient avoir déplacé la plaque géologique par-dessous.«Un peu comme l\u2019eau d\u2019une fontaine qui jaillirait sous un plafond et retomberait en parasol, poursuit Jean Bédard.Cet \u201ciceberg\u201d est poussé par ce courant et se déplace rapidement.» Ce phénomène s\u2019observerait encore sur Terre, en parallèle avec la tectonique des plaques.On sait par exemple que, au cours des 70 derniers millions d\u2019années, le sous-continent indien s\u2019est déplacé vite par rapport aux plaques déportées par la tectonique.«Les analyses gravimétriques et les relevés sismiques sur Terre indiquent que la plaque indienne présente aussi cette forme d\u2019iceberg et qu\u2019un panache de magma a accéléré son voyage, comme la plaine de Lakshmi sur Vénus», explique Lyal Harris.Pas de doute, il faudra maintenant repenser la façon de mener la prospection minière dans les roches datant de l\u2019Archéen.Le nouveau modèle géologique de plaques poussées par des panaches et qui s\u2019encastrent les unes dans les autres permet d\u2019identifier les zones soumises aux contraintes plus fortes ou plus faibles.L\u2019or, par exemple, peut remonter dans la croûte et s\u2019y concentrer sur des périodes de millions d\u2019années seulement si cette dernière est relâchée, et non pas lorsqu\u2019elle est compressée.Ainsi, des gisements d\u2019or se cachent peut-être à des endroits où on n\u2019allait pas prospecter jusqu\u2019ici.?QS IL Y A DES MOUVEMENTS «CONTINENTAUX» SUR VÉNUS, MÊME EN L\u2019ABSENCE DE TECTONIQUE DES PLAQUES. Les dépressifs n\u2019ont pas un cerveau tout à fait comme les autres.Leurs idées noires sont associées à la présence d\u2019une molécule que l\u2019on n\u2019avait jamais observée auparavant.Par Dominique Forget n bon coup de pied au derrière! Voilà le remède qu\u2019ont longtemps prescrit les bien portants aux personnes dépressives, jugées paresseuses ou tristes.Il a fallu moult campagnes publiques de sensibilisation pour faire comprendre que la dépression est une maladie comme les autres, résultant du dérèglement des cellules ou des tissus.Et encore, tous ne sont pas convaincus.Pour les sceptiques, la dépression fait partie des aléas de l\u2019existence.La découverte de l\u2019équipe du docteur Gustavo Turecki, professeur au département de psychiatrie de l\u2019Université McGill et chercheur à l\u2019Institut universitaire en santé mentale Douglas, à Montréal, pourrait venir à bout de quelques préjugés.En autopsiant le cerveau de 104 individus ayant légué le contenu de leur boîte crânienne à la science, cet Argentin d\u2019origine a trouvé que la matière grise des per sonnes dépressives n\u2019était pas tout à fait comme celle des autres individus.Rien qui soit visible à l\u2019œil nu ni même sous le microscope.Mais, dans leur cortex préfrontal, la quantité de micromolécules miR-1202 était inférieure à celle qu\u2019on peut normalement mesurer dans le cerveau d\u2019individus non dépressifs.Le docteur Turecki et son équipe ont publié leurs résultats dans la revue Nature Medicine.La micromolécule miR-1202 appartient à la famille des micro-ARN.Le psychiatre explique : «Il s\u2019agit de brins d\u2019ARN très courts.Contrairement aux autres ARN, ils ne servent pas à coder des protéines; ils ont plutôt une fonction de régulation.» L\u2019équipe de chercheurs a compris que la miR-1202 régulait l\u2019action d\u2019un récepteur du glutamate dans les neurones.Or, le glutamate, un neurotransmetteur, exerce un effet stimulant sur le cerveau.Le docteur Turecki et son équipe ont voulu aller plus loin.Ils ont recruté une cinquantaine de patients dépressifs et ont mesuré la concentration de miR-1202 circulant dans leur sang.Tous les sujets en avaient moins qu\u2019une personne en bonne santé mentale! Ensuite, les patients ont été traités avec un antidépresseur pendant huit semaines.«Le taux de miR-1202 a augmenté chez ceux qui ont bien répondu au médicament, résume le docteur Turecki.On a aussi remarqué que, chez les personnes dont l\u2019état s\u2019est amélioré, le taux de miR-1202 était particulièrement bas avant le début du traitement.» Or, les antidépresseurs actuellement sur le marché agissent sur la sérotonine, un tout autre neurotransmetteur que le glutamate.«Quand on agit sur la sérotonine, avance le professeur, il se produit peut- être une réaction en chaîne qui entraîne 40 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 Cette molécule qui nous déprime C H R I S T I A N F L E U R Y U LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC McGILL des répercussions sur le taux de glutamate disponible dans le cerveau.» Le médecin, qui agit comme chef du programme des troubles dépressifs à l\u2019Institut Douglas, estime que sa découverte offre plusieurs pistes de recherche et ouvre la voie à des applications cliniques.De nouveaux modes de traitement de la dépression, agissant, ceux-là, sur la miR-1202, pourront être explorés.L\u2019analyse du taux de miR-1202 dans le sang des personnes dépressives pourrait aussi aider à dépister les patients susceptibles de répondre positivement à un antidépresseur.«Il existe une vingtaine de médicaments contre la dépression et, avant de trouver le bon, ce peut être long, fait valoir le psychiatre.Si on avait des indices sur leur efficacité potentielle avant de commencer, ça permettrait de gagner du temps.» En novembre dernier, le psychiatre revenait d\u2019une mission en Chine au cours de laquelle il a rencontré plusieurs collègues intéressés par les nouvelles avenues de traitement de la dépression.«On ne sait pas si, toutes proportions gardées, il y a plus ou moins de personnes dépressives en Chine qu\u2019au Canada, dit le chercheur.Mais même si c\u2019est un petit pourcentage de la population chinoise, ça représente énormément de monde! Il y a beaucoup à faire pour soigner et, aussi, pour changer les mentalités.Là-bas, les préjugés au sujet de la dépression ont la vie dure.» ?QS Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 41 LA DÉPRESSION EST UNE MALADIE COMME UNE AUTRE, RÉSULTANT DU DÉRÈGLEMENT DES CELLULES OU DES TISSUS.Le docteur Gustavo Turecki, du département de psychiatrie de l\u2019Université McGill, a eu recours à la banque de cerveaux Douglas-Bell Canada pour mener ses études. Deux printemps a LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC U.LAVAL/UQAR Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 43 L\u2019océan Arctique se réchauffe.Et la disparition de la banquise polaire provoque un phénomène inattendu: la production de phytoplancton en automne.Par Dominique Forget s arctiques Des échantillons d\u2019eau captés à la surface de l\u2019océan Arctique à partir du brise-glace NGCC Amundsen (en haut, à droite), ont révélé la présence de phytoplancton à l\u2019automne, du jamais vu! © M A R T I N F O R T I E R - A R C T I C N E T ( G A U C H E , E N H A U T athieu Ardyna savait bien que quelque chose ne tournait pas rond.Au cours d\u2019expéditions menées dans l\u2019Arctique entre 2005 et 2010, à bord du brise-glace NGCC Amundsen, des échantillons prélevés dans l\u2019océan avaient laissé entrevoir un tableau inquiétant.Les eaux de surface recueillies à l\u2019automne étaient étonnamment riches en biomasse.Plus précisément, en phyto- plancton \u2013 cet ensemble d\u2019organismes végétaux microscopiques qui vivent en suspension dans l\u2019eau et constituent le premier maillon de la chaîne alimentaire marine.«Dans l\u2019océan Arctique, normalement, on observe une production du phytoplancton au printemps, juste après la fonte des glaces.Pas à l\u2019automne», explique le jeune chercheur qui termine un doctorat en océanographie au sein de l\u2019Unité Mixte Internationale Takuvik, un partenariat entre l\u2019Université Laval de Québec et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français.L\u2019étude d\u2019images satellites captées par la NASA a permis à Mathieu Ardyna de saisir l\u2019ampleur du phénomène qu\u2019il avait seulement appréhendé sur le terrain.Depuis 10 ans, les productions phyto- planctoniques automnales sont devenues courantes dans l\u2019Arctique.Cette découverte, publiée dans la revue scientifique Geophysical Research Letters, a alerté la communauté scientifique internationale.«C\u2019est tout l\u2019écosystème marin qui risque d\u2019être transformé par l\u2019arrivée de cette nouvelle source de nourriture», signale Michel Gosselin, professeur en écologie du phytoplancton à l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski, qui a cosigné l\u2019étude avec, entre autres collaborateurs, Mathieu Ardyna et Marcel Babin, pro- M Mathieu Ardyna, chercheur océanographe à l\u2019Université Mixte Internationale Takuvik fesseur à l\u2019Université Laval et expert en optique marine et télédétection.Michel Gosselin résume le cycle biologique qui a normalement cours dans l\u2019océan Arctique.Au printemps, les rayons du soleil devenant plus ardents, une portion de lumière arrive à traverser la banquise à la surface des eaux.Cette lumière stimule la croissance d\u2019algues sous la glace, où les nutriments se trouvent en abondance.Au fur et à mesure que la banquise est chauffée par le soleil, les algues s\u2019en détachent et s\u2019enfoncent dans l\u2019océan.Quand la glace se rompt enfin, c\u2019est le phytoplanc- ton qui prend le dessus.Ces organismes se multiplient rapidement, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils aient consommé tous les nutriments à la surface de l\u2019eau.Une portion du phytoplancton tombe dans les profondeurs de l\u2019océan.Le reste est consommé par le zoo- plancton (le krill ou les copépodes, par exemple) qui nourrira à son tour les poissons, les oiseaux; éventuellement, les phoques et les baleines.Ce cycle se répète une fois l\u2019an depuis des siècles.Sauf que, sous l\u2019effet du réchauffement climatique, tout est en train de changer.«Comme la banquise se forme plus tard à l\u2019automne, la surface de l\u2019océan est exposée aux tempêtes qui ont cours à partir du mois de septembre, explique Mathieu Ardyna.Les forts vents provoquent un brassage des eaux et permettent aux nutriments des couches profondes de remonter à la surface.» Le phytoplancton, qui a besoin de la lumière du soleil pour se développer, profite de l\u2019arrivée de ces nutriments pour proliférer à nouveau.L\u2019Arctique s\u2019offre alors un deuxième printemps.Bien que les images de l\u2019océan captées par les satellites SeaWiFS etMODIS de la NASA ne montrent pas directement le phyto- plancton, elles permettent d\u2019estimer la concentration de chlorophylle \u2013 le pigment vert servant aux végétaux afin de capter l\u2019énergie lumineuse \u2013 à la surface de l\u2019eau.«Il a fallu faire tout un boulot de vérification et de validation des images, dit Mathieu Ardyna, notamment pour pallier certaines données qui manquaient à cause de la présence de nuages sur les clichés.» Les résultats montrent que, depuis 10 ans, les productions automnales de phytoplancton surviennent jusqu\u2019à une latitude de 73º dans la portion ouest de l\u2019océan Arctique (du côté canadien) et même encore plus au nord, dans la portion est (du côté de la Russie).Au-delà du 80e parallèle, aucune production automnale n\u2019a été détectée.«Cela démontre que l\u2019océan Arctique est en voie de passer d\u2019un mode polaire à un mode boréal», signale Mathieu Ardyna.En effet, sous les latitudes plus tempérées de l\u2019océan, dans l\u2019Atlantique Nord par exemple, les productions phytoplanctoniques se produisent deux fois par année, au printemps et à l\u2019automne.Les conséquences de cette mutation seront majeures, prévoient les scientifiques, mais elles restent difficiles à définir.Les poissons et les mammifères qui nagent dans les couches supérieures de l\u2019océan profiteront certainement de cette nouvelle source de nourriture automnale.En revanche, les espèces associées au couvert de glace ou vivant dans le fond des eaux seront les grandes perdantes.?QS 44 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 NOTRE MISSION annuairefeep.com/sciences préparer les jeunes à affronter la complexité du monde LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC TOUT L\u2019ÉCOSYSTÈME MARIN ARCTIQUE RISQUE D\u2019ÊTRE TRANSFORMÉ PAR CETTE DEUXIÈME EXPLOSION DE PHYTOPLANCTON.Production phytoplanctonique dans la mer de Barents Michel Gosselin, de l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski et Marcel Babin, expert en optique marine et télédétection Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 45 ls peuvent renforcer à peu de frais des fenêtres déjà installées, améliorer la résistance du verre des téléphones intelligents tout comme celle des pa- rebrises de voiture ou des vitres de protection d\u2019un aréna.Et c\u2019est en s\u2019ins - pirant des mollusques, plus préci sément de la façon dont est structurée leur coquille, que François Barthelat et son équipe du laboratoire de biomimétique des matériaux à la faculté de génie de l\u2019Université McGill réussissent à augmenter de façon spectaculaire la résistance du verre.C\u2019est en utilisant un «engraveur» laser qu\u2019ils y parviennent.Projeté directement dans le verre, le laser le chauffe et y sculpte Comme les coquillages En gravant de toutes petites fissures dans le verre, des chercheurs ont réussi à en augmenter la résistance.Une idée qu\u2019ils ont empruntée aux coquillages.Par Vincent C.Allaire I LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC McGILL Un arrangement structurel particulier confère à la nacre une résistance 3 000 fois supérieure à celle des matériaux qui la composent.L\u2019étude de ces remarquables propriétés pourrait nous conduire à développer de nouveaux matériaux composites.S A C H A C A V E L I E R 46 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 de minuscules cavités, des microfissures qui ne font pas plus de 10 micromètres, à peine le dixième de la largeur d\u2019un cheveu.Les ingénieurs gravent ensuite dans le verre un tracé de pointillés, qui rappelle les bords dentelés des timbres-poste.En somme, ils renforcent le verre en le fissurant ! Comment est-ce possible?M.Bar thelat répond : «On confond souvent dureté et résistance; mais la dureté d\u2019un matériau ne lui confère pas nécessairement sa solidité.C\u2019est le grand problème en science des matériaux, dans lesquels il est très difficile de combiner les deux propriétés.» La nacre des coquillages présente justement ce double avantage.Or, elle est constituée de minéraux friables.Mais c\u2019est la disposition de ces minéraux, s\u2019apparentant à celle des briques d\u2019un mur, qui les consolident en empêchant la nacre de se fissurer complètement, ont remarqué les ingénieurs.Ainsi, en cas de choc, l\u2019énergie se disperse le long des espaces entre les minéraux.Le réseau de microfissures engravées dans le verre joue le même rôle, comme le font aussi les joints d\u2019un mur de briques.Sous la force d\u2019un impact, les différentes sections du verre, guidées par les fissures, peuvent donc se frotter les unes aux autres.Cela crée de la friction, dissipe l\u2019énergie et prévient la création d\u2019une vraie fissure, voire empêche le verre de voler en éclats.Pour plus de résistance encore, les chercheurs remplissent les microfissures d\u2019un polymère transparent qui joue le rôle des protéines dans la nacre des coquillages : il forme des filaments et contribue lui aussi à disperser l\u2019énergie.La découverte de François Barthelat permet à un morceau de verre de multiplier par 200 sa capacité d\u2019absorber l\u2019énergie d\u2019un impact ! La vitre de protection de l\u2019aréna, qui sépare les spectateurs des joueurs de hockey, pourrait ainsi parfaitement résister au puissant lancer frappé de P.K.Subban! «On pense maintenant que cette technique pourrait s\u2019appliquer à tous les matériaux», dit M.Barthelat.Et notamment, pense-t-il, elle permettrait de créer des céramiques ou des aciers beaucoup plus résistants que ceux d\u2019aujourd\u2019hui.?QS LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE AU QUÉBEC ON CONFOND SOUVENT DURETÉ ET RÉSISTANCE; MAIS LA DURETÉ D\u2019UN MATÉRIAU NE LUI CONFÈRE PAS NÉCESSAIREMENT SA SOLIDITÉ.De gauche à droite : Roberto Martini, François Barthelat et Mohammad Mirkhalaf, du laboratoire de biomimétique des matériaux à l\u2019Université McGill B E N J A M I N T U R Q U E T parcsquebec.com | 1 800 665-6527 L\u2019UNIVERS LA VIE NOS ANCÊTRES DÉCOUVREZ NOS ORIGINES À A P RCS NATIONA TROIS VERS TRA UX isites de l\u2019ASTROLab et de l\u2019Observatoire V \u2022 TIONAL ARC NA DU MONT P -MÉGANTIC isite V \u2022 du Musée d\u2019histoire naturelle ASHA TIONAL DE MIGU ARC NA P Activités de fouilles archéologiques \u2022 T ARC NA IONAL DU LA P A T A C-TÉMISCOU Soirées d\u2019astronomie \u2022 Activités de découverte \u2022 Hébergement \u2022 : Adrian Burke, Mathieu Dupuis, Patrick Eid, Johanne Kerr Photos , NASA et Luc Rousseau D \u2022 évoilement du fossile complet d\u2019Elpistostege Activités de découverte \u2022 Randonnée à la falaise de foss \u2022 iles oyage malécite en rabaska V \u2022 \u2022 isites des sites V parc avec un archéologue Activités de découverte \u2022 Hébergement \u2022 archéologiques du I _ _ i . 48 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 EN REVUE L\u2019épopée victorieuse Le projet était incroyablement ambitieux, mais cela valait la peine d\u2019y croire.Dix ans après son lancement par l\u2019Agence spatiale européenne, la sonde Rosetta a finalement réussi à se mettre en orbite autour d\u2019une comète, et à y faire atterrir un petit robot.Une première dans l\u2019histoire spatiale! Rosetta a parcouru plus de 6,5 milliards de kilomètres avant de rejoindre, au mois d\u2019août, la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, autour de laquelle elle s\u2019est mise en orbite (voir Québec Science, juin-juillet 2014).Elle a pu réaliser des photos d\u2019une précision inédite, révélant un noyau cométaire double et biscornu.Cette proximité a aussi permis aux scientifiques de choisir un site d\u2019atterrissage pour Philaé, un mini-laboratoire doté de 10 instruments de mesure.Le 12 novembre, Rosetta a largué son compagnon: Philaé a chuté pendant sept longues heures, la gravité de la comète étant particulièrement faible.L\u2019atterrissage, retransmis avec 28 minutes de décalage (le temps nécessaire pour que les données parviennent jusqu\u2019à la Terre), a tenu en haleine des centaines de scientifiques et des milliers de curieux, partout dans le monde.Le robot a finalement touché le sol, mais ses harpons ne se sont pas déclenchés.Il a rebondi deux fois (au ralenti), puis s\u2019est stabilisé à 1 km du site visé, coincé à l\u2019ombre d\u2019une falaise.Avant de se mettre en veille, faute d\u2019éclairage solaire suffisant pour recharger ses batteries, il a eu le temps de forer le sol, de prendre des clichés et de transmettre de nombreuses données à la sonde Rosetta qui nous les a relayées.Les informations sont encore en cours d\u2019analyse, mais les scientifiques ont déjà affirmé avoir décelé des molécules organiques, à la surface du noyau, contenant «au moins trois atomes de carbone».Les scientifiques espèrent que Philaé redonnera signe de vie au printemps, si ses batteries parviennent à se recharger à l\u2019approche du Soleil.De son côté, Rosetta va continuer à escorter la comète Tchouri \u2013 qui «frôlera» le Soleil le 13 août 2015 \u2013 afin d\u2019étudier les phénomènes de dégazage du noyau.Elle pourrait continuer à travailler jusqu\u2019en novembre prochain.(M.C.) Cette magnifique photo de la comète « cacahouète » Tchourioumov a été prise par la sonde Rosetta.En l\u2019examinant mieux, les chercheurs ont repéré un site où ils ont fait atterrir le robot Philaé.Un exploit! A B A S D U L L E H / L A P R E S S E C A N A D I E N N E S .E N T R E S S A N G L E / E .D A Y N E S / S P L L\u2019année de Neandertal On connaît mieux ses gènes, ses habitudes alimentaires, sa culture et même ses aptitudes artistiques.En 2014, une dizaine d\u2019études majeures ont permis d\u2019affiner le portrait de l\u2019homme de Neandertal, de plus en plus éloigné de celui de brute épaisse aux sourcils proéminents, qui prévalait au siècle dernier.Les préjugés avaient déjà basculé en 2010 quand une équipe du Max Planck Institute de Leipzig, en Allemagne, avait révélé que entre 1% et 4% de nos gènes provenaient directement de ce lointain cousin (avec lequel nos ancêtres ont donc «batifolé»).En 2013, les mêmes chercheurs, menés par Svante Pääbo, spécialiste de génétique évolutionniste, séquençaient un génome néandertalien entier.Cela leur permettait de préciser, en janvier 2014 dans la revue Nature, quels types de gènes nous avait légués Neandertal: quelques caractéristiques liées à la peau et aux cheveux, mais aussi des gènes de susceptibilité au diabète de type 2et à la maladie de Crohn.On apprenait aussi, grâce à une équipe de l\u2019université de Washington, qu\u2019environ 20% de son génome persiste encore en nous aujourd\u2019hui, fragmenté et disséminé dans toutes les populations, sauf chez les Africains.En octobre, Svante Pääbo (encore lui!) réussissait à situer avec précision la période de «croisements» entre Homo sapiens et Neandertal.C\u2019était entre 52 000 et 58 000 ans avant notre ère.Les deux espèces se seraient côtoyées en Europe, pendant 2 600 à 5 400 ans.Et ce n\u2019est pas tout.Une analyse d\u2019excréments retrouvés en Espagne révélait que les hommes de Neandertal, considérés comme carnivores, mangeaient aussi des plantes et des noix.Une autre étude, dirigée par un paléontologue de l\u2019université de Nouvelle- Angleterre, suggérait maintenant qu\u2019ils parlaient un langage proche de celui d\u2019Homo sapiens.Une autre encore démontrait qu\u2019ils étaient d\u2019habiles chasseurs, adeptes de pigeons rôtis, à en croire les os retrouvés dans la grotte de Gorham, à Gibraltar.Peut- être aimaient-ils aussi l\u2019art abstrait, comme le suggèrent de mystérieuses gravures géométriques découvertes dans cette même grotte (revue PNAS du 1er septembre).Chose certaine, Nean- dertal n\u2019a pas fini de nous surprendre, 40 000 ans après sa disparition.(M.C.) La grande faucheuse Les premiers symptômes sont d\u2019une banalité confondante: maux de tête, frissons, mal de gorge.Mais rapidement, le scénario tourne au cauchemar: éruptions cutanées, saignements des muqueuses, vomissements accompagnés de sang.Le virus Ebola, qui tue plus de la moitié des personnes infectées, se transmet par les liquides organiques et par le contact avec le corps des personnes décédées.En août, l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) rapportait que 60% des nouvelles infections avaient lieu lors des enterrements.L\u2019épidémie a commencé à faire des ravages au début de l\u2019année 2014 et n\u2019a cessé de se propager depuis.En date du 1er décembre, elle avait fait près de 7 000 morts, essentiellement en Sierra Leone, au Liberia et en Guinée.Un espoir?Quelques traitements et des vaccins expérimentaux ont été proposés à l\u2019OMS par des laboratoires de santé publique ou des compagnies pharmaceutiques.Parmi eux, un vaccin mis au point par l\u2019Agence de santé publique du Canada.Cependant, à ce jour, aucun n\u2019a encore prouvé son efficacité et son innocuité.(D.F.) Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 49 L\u2019épave retrouvée C\u2019est une énigme vieille de plus de 160 ans que les archéologues sous-marins de Parcs Canada ont résolue, cet automne.Grâce à un robot téléguidé, ils ont enfin repéré l\u2019épave du NSM Erebus, par 11 m de fond, dans la baie de la Reine-Maud, dans l\u2019Arctique canadien.Retour sur les faits.Le 19 mai 1845, le capitaine britannique John Franklin quitte le Royaume-Uni à la recherche du passage du Nord- Ouest.Avec la centaine d\u2019hommes qui forment ses équipages, il dispose de deux solides voiliers, l\u2019Erebus et le Terror, dont les coques ont été renforcées de plaques de métal afin de résister au choc des glaces.En août 1845, les explorateurs croisent quelques pêcheurs dans la baie de Baffin.Après quoi, on ne les reverra plus jamais.Depuis 1850, des expéditions s\u2019organisent pour retrouver les épaves.En 1859, une équipe trouve dans un cairn, sur l\u2019île du Roi-Guillaume, une note indiquant que les navires étaient restés pris dans les glaces et que John Franklin était mort le 11 juin 1847.Il faudra attendre 2014 pour connaître la suite.Selon une très belle image sonar réalisée par Parcs Canada, l\u2019épave de l\u2019Erebus serait relativement en bon état.Haute de 4 m à 5 m, elle aurait conservé ses principaux ponts et le grand mât serait intact.Les archéologues sous-marins devront remonter les pièces avec moult précautions pour éviter qu\u2019elles se détériorent au contact de l\u2019air.En laboratoire, elles seront photographiées et auscultées sous rayons X.La composition des métaux et autres matériaux sera passée au crible.Les chercheurs espèrent découvrir quelques indices sur le déroulement des derniers mois de l\u2019expédition.Le frère du disparu, le NSM Terror, n\u2019a toujours pas été retrouvé.Parcs Canada, en se fiant à des récits inuits, pense que l\u2019épave pourrait reposer plus au nord, dans le détroit de Victoria.(D.F.) 50 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 EN REVUE La cloche de l\u2019Erebus.On peut encore y lire l\u2019année de l\u2019expédition.P A R C S C A N A D A / E N H A U T : L E S E R V I C E H Y D R O G R A P H I Q U E D U C A N A D A L\u2019ADN spatial On peut dire que l\u2019ADN est coriace.Il est capable de revenir (presque) intact d\u2019un aller-retour dans l\u2019espace.C\u2019est ce qu\u2019ont découvert des chercheurs de l\u2019université de Zurich, en Suisse, après avoir déposé quelques gouttes d\u2019ADN bactérien sur une fusée TEXUS-49.L\u2019engin, destiné à la recherche et lancé depuis la base de Kiruna, en Suède, a atteint 270 km d\u2019altitude avant de retomber sur Terre à l\u2019aide d\u2019un parachute.À la surprise des scientifiques, le matériel génétique était toujours là, sur les 15 points de la «carlingue» où il avait été appliqué.Il en restait même 53% de la quantité initiale dans les rainures des têtes de vis; moins sur les autres points.Et ce n\u2019est pas tout, 35% de l\u2019ADN récupéré était encore fonctionnel, c\u2019est-à-dire apte à transmettre de l\u2019information génétique à des bactéries (en l\u2019occurrence, un gène de résistance antibiotique).D\u2019après les chercheurs, qui ont publié ces résultats dans PLOS ONE en novembre, lors de son voyage, l\u2019ADN a été exposé pendant trois minutes à des températures supérieures à 100 °C, en plus de subir les effets de la vitesse et des rayons cosmiques.L\u2019avant de l\u2019appareil a même subi des températures de 1 000 °C lors du retour, particulièrement violent, dans l\u2019atmosphère.Voilà qui renforce l\u2019hypothèse de la panspermie, selon laquelle des molécules complexes à l\u2019origine de la vie sur Terre ont pu être apportées par des météorites ou des comètes.(M.C.) Un dinosaure refait surface Il a détrôné Tyrannosaurus rex au palmarès des lézards les plus terrifiants de tous les temps.Le spinosaure, long de 15 m, avait une mâchoire large de 1 m et munie de dents capables de déchiqueter ou de dévorer n\u2019importe quelle proie.Spectaculaire, il arborait une voile dorsale allongée, soutenue par de très hautes épines neurales.Les premiers vestiges du mastodonte ont été mis au jour dans le désert égyptien, il y a plus de 100 ans, puis entreposés à Munich, en Allemagne.Mais, réduite en poussière lors du bombardement de la ville par les Alliés pendant la Deuxième Guerre mondiale, la bête est devenue une sorte de monstre imaginaire, jusqu\u2019à ce que le National Geographic la ramène sous les feux de la rampe après la découverte de nouveaux et nombreux ossements dans les monts Kem Kem, au Maroc, prisés par des chasseurs de fossiles.Il y a là, d\u2019ailleurs, un marché de dents de spinosaures.Les restes de Spino ont représenté un casse-tête aussi invraisemblable que fascinant pour les chercheurs.Ses côtes constituaient une cage thoracique proéminente, tandis que ses vertèbres soutenaient un long cou qui portait un crâne énorme.Les paléontologues ont passé tout ça au scanner du centre médical de l\u2019université de Chicago et de l\u2019hôpital Maggiore de Milan, en Italie, pour reconstituer numériquement la bête.Le résultat a permis de localiser le centre de gravité de l\u2019animal et de calculer sa masse, de sorte qu\u2019on a pu comprendre comment il se déplaçait.Surprise! Le spinosaure marchait à quatre pattes (contrairement au T-Rex et à bien d\u2019autres dinosaures) et passait son temps dans l\u2019eau.Doté d\u2019immenses pieds plats, probablement palmés, il est le premier dinosaure connu adapté à la vie semi- aquatique, comme le révèle une étude publiée dans Science, en septembre 2014.La région du Maroc où on l\u2019a découvert était d\u2019ailleurs à l\u2019époque un vaste système fluvial.À partir des données accumulées par les ordinateurs, les scientifiques ont pris la peine de produire une maquette grandeur nature en trois dimensions de l\u2019animal.Reproduite en mousse de polystyrène, elle est exposée depuis l\u2019automne à Washington.Le spinosaure était-il un rival du T-Rex?N\u2019en déplaise aux amateurs de Godzilla, il n\u2019y a jamais eu de combat entre les deux monstres, Spino vivant au Crétacé inférieur, il y a près de 100 millions d\u2019années, et T-Rex régnant à la fin du Crétacé, près de 40 millions d\u2019années plus tard.(R.L.) Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 51 D I N O P E D I A Les chercheurs Cora Thiel et Oliver Ullrich récupèrent des molécules d\u2019ADN bactérien revenues de l\u2019espace.A D R A N M A T T A U E R Bébé miracle Il est né en septembre et il fait le bonheur de ses parents.Vincent est le premier bébé au monde à avoir vu le jour grâce à une greffe d\u2019utérus.L\u2019histoire de sa naissance a fait l\u2019objet d\u2019une publication dans The Lancet, par l\u2019équipe du chirurgien Mats Brännström de l\u2019hôpital universitaire de Göteborg, en Suède.Le médecin a réalisé neuf greffes utérines en 2013, dans l\u2019unique but de permettre à des femmes nées sans utérus de vivre une grossesse.Cela étant, la procédure est encore expérimentale, risquée pour la receveuse, la donneuse et peut-être aussi pour l\u2019enfant.Vincent est heureusement en bonne santé, mais il est né plus de deux mois avant terme, en raison d\u2019une complication de la grossesse, une pré-éclampsie.On ignore toutefois si le problème était lié à la greffe.Le chirurgien a tout de même gagné son pari, puisque plusieurs de ses «sujets» sont actuellement enceintes (après des procédures de fécondation in vitro).Voilà de quoi donner de l\u2019espoir aux femmes atteintes de malformations utérines ou ayant subi une ablation de l\u2019utérus.(M.C.) EN REVUE L\u2019évanescence des ondes Être ou ne pas être, telle est la question.C\u2019est d\u2019ailleurs celle que se posent les cosmologistes depuis l\u2019annonce, en mars dernier, de l\u2019observation des «ondes gravitationnelles primordiales» par l\u2019équipe du centre d\u2019astrophysique Harvard-Smithsonian, aux États-Unis.Ces ondes, ce sont en quelque sorte les témoins de l\u2019inflation, c\u2019est-à-dire de la fulgurante expansion de l\u2019Univers, survenue dans la première seconde après le big-bang.Einstein avait prévu leur existence dans sa théorie de la relativité générale, il y a 100 ans, et les astrophysiciens cherchaient, depuis, à les observer «en vrai».La publication des résultats de l\u2019expérience, appelée BICEP2, a donc fait l\u2019effet d\u2019une bombe.Pour la première fois, les traces de ces ondes, qui créent d\u2019infimes distorsions de l\u2019espace-temps, avaient pu être repérées par un télescope situé en Antarctique.Mais voilà\u2026 Quelques semaines plus tard, après avoir effectué de nouvelles analyses, les auteurs eux-mêmes émettaient des doutes quant à la validité de leurs résultats.Les fluctuations détectées pourraient en fait provenir de poussières, présentes dans la Voie lactée, susceptibles de déformer le signal de la même manière que les ondes gravitationnelles.Cette hypothèse a été renforcée en septembre 2014, quand une autre équipe (qui travaille avec le satellite Planck) a démontré que la portion du ciel scrutée par BICEP2 contenait bien plus de poussières galactiques que ce que l\u2019on pensait.Des analyses conjointes BICEP2/Planck sont en cours et devraient permettre enfin de trancher quant à la nature des observations effectuées.(M.C.) 52 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 T H E L A N C E T Les installations du télescope BICEP2 en Antarctique VOTEZ POUR LE PRIX DU PUBLIC QUÉBEC SCIENCE DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE 2014 en collaboration avec Canal Savoir L\u2019équipe des chercheurs dont la découverte aura obtenu le plus grand nombre de voix recevra le « Prix du Public Québec Science Découverte de l\u2019année 2014 », en collaboration avec Canal Savoir.Pour participer et consulter le règlement du concours, allez au www.quebecscience.qc.ca/decouverte2014.Le vote prend fin le 19 février 2015.Les 10 découvertes de l\u2019année 2014 feront l\u2019objet d\u2019une émission diffusée sur les ondes de Canal Savoir à compter du 15 janvier à 20 h 30.?1 forfait estival De la Terre aux étoiles au Parc national du Mont-Mégantic pour une famille : > 2 nuits en chalet EXP > 1 visite de l\u2019ASTROLab et de l'Observatoire de jour > 1 soirée d\u2019astronomie à l'ASTROLab > 1 accès aux 60 km de sentiers ?3 accès aux activités hivernales du Parc national du Mont-Mégantic pour une famille incluant la location d\u2019équipement.?1 carte-cadeau de COOPSCO de 100$.?4 forfaits famille et 4 paires de billets pour le Centre des Sciences de Montréal donnant accès aux expositions et IMAX® TELUS.?Les livres Histoire des sciences au Québec et Du scribe au savant des éditions Boréal.VOTEZ SUR www.quebecscience.qc.ca/decouverte2014 P H O T O : R É M I B O U C H E R Notre jury d\u2019experts a sélectionné 10 percées scientifiques exceptionnelles issues des universités et des laboratoires du Québec.À votre tour de vous faire entendre.Courez la chance de gagner l\u2019un des nombreux prix d\u2019une valeur totale de près de 1500$ ! Parc national du Mont-Mégantic 54 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE PROVOQUER LE ÉBAT À lire dans notre prochain numéro Une plongée dans l\u2019étrange monde des fantasmes Normal d\u2019avoir de drôles d\u2019idée ou d\u2019étranges pensées à propos de son beau-frère, de sa tante, de son patron, de la gérante de la quincaillerie du coin ou du facteur qui sonne toujours deux fois?Qu\u2019est-ce qui distingue un fantasme normal d\u2019un fantasme anormal?À partir de quand ces errances de l\u2019esprit deviennent-elles des pathologies?Les neuropsychologues nous proposent une incursion dans cet anti-monde du réel.L\u2019élan d\u2019Amérique Ils sont des dizaines de jeunes à vouloir développer de petites entreprises appelées \u2013 dans leur jargon \u2013 start-up pour mousser des innovations technologiques en informatique ou en santé, et pour placer le Québec sur les rails d\u2019une nouvelle économie.Ce sont des gens d\u2019affaires, mais aussi des créatifs.Et des audacieux! Le Québec peut-il faire davantage pour soutenir leurs efforts?Une grande rencontre avec Boris Cyrulnik Comment vivre dans une société comme la nôtre où l\u2019anxiété est omniprésente?«L\u2019angoisse fait partie de la condition humaine», nous répond cet illustre neuropsychiatre.Il ajoute: «L\u2019immense majorité des souffrances psychiques est de nature neuro-développementale, affective relationnelle ou socioculturelle.C\u2019est pourquoi, en psychiatrie, le modèle médical n\u2019est presque plus pertinent.» 1918.L\u2019Europe est à feu et à sang.Après des millions de morts, les belligérants se décident à faire la paix.Ils reconfigurent le monde.C\u2019est la fin de grands empires.Mais l\u2019amertume et le désir de vengeance vont subsister.1418 la grande guerre Le dénouement et la paix VALISE SURPRISE Équipée d\u2019une batterie, la Bluesmart peut recharger votre téléphone six fois avant d\u2019être à plat.Une balance intégrée indique son poids.Un capteur GPS vous permet de voir en tout temps, sur votre téléphone, où elle se trouve.Si, par distraction, vous l\u2019oubliez dans un coin, elle envoie un texto vous prévenant que vous partez sans elle.Cette valise a fait fureur sur la plateforme de socio-financement Indiegogo, en novembre dernier.Mais équipée de tous ces gadgets électroniques, reste à voir comment elle passera les contrôles des aéroports\u2026 www.trendhunter.com/trends/ bluesmart-carryon-suitcase Janvier ~ Février 2015 | Québec Science 55 DÉMON ROUGE Pour un poids de moins de 170 kg, une puissance de 205 chevaux-vapeur, la nouvelle Panigale 1299 de Du- cati, le prestigieux constructeur italien de motos, peut transformer son cavalier en boulet humain.Sous son aspect tape-à-l\u2019œil, l\u2019engin est bourré de technologies invisibles qui le rendent «intelligent».Senseurs, ordinateurs et activateurs donnent un coup de pouce au pilote inexpérimenté et corrigent ses erreurs, à des vitesses où les réflexes ne suffisent plus.Par exemple, lors d\u2019un virage, l\u2019inclinaison est détectée et la machine se prépare à l\u2019accélération qui suivra la sortie de la courbe : la suspension arrière se durcit.Rien à craindre, la moto ne lèvera pas le nez.Mais tout cela n\u2019empêchera peut-être pas les pires cow-boys de se tuer sur les routes.www.panigale.ducati.com/it LE SURF-SCIENCE D\u2019une part, le National Ocean Service des États-Unis, l\u2019équivalent de notre ministère des Pêches et des Océans, se désole du fait que moins de 5% des océans du monde ont été explorés.Les côtes, notamment, sont difficiles d\u2019accès aux scientifiques, à cause des vagues.D\u2019autre part, la compagnie californienne Board Formula tente de mettre en marché le Smart Phin, un aileron pour planche de surf équipé de capteurs.Le joujou peut non seulement suivre la position géographique du surfeur, mais aussi mesurer la température, la salinité et le pH de l\u2019eau où il batifole.L\u2019argument de vente: transformer les surfeurs en une flotte de scientifiques citoyens qui recueilleront des données en pratiquant leur loisir préféré.Tout le monde y gagnera, promet l\u2019entreprise : les informations seront accessibles gratuitement pour les chercheurs, et les surfeurs interrogés se disent déjà heureux de contribuer éventuellement à une meilleure connaissance de la planète.http://www.wired.com/2014/11/board-formula/ Par Joël Leblanc Aujourd\u2019hui le futur > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > CHASSEUR DE HIGGS Rappelez-vous.En 2012, les physiciens de l\u2019Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), à Genève, annonçaient avoir découvert le boson de Higgs, une particule élémentaire dont on cherchait à prouver l\u2019existence depuis plus de 50 ans (voir Québec Science, juin- juillet 2012).Le dossier n\u2019est pas clos pour autant.Maintenant que le Higgs a été «vu», l\u2019essentiel reste à faire: il faut comprendre comment il se comporte.Hautement instable, il se désintègre instantanément, créant peut-être dans la foulée \u2013 et c\u2019est ce qui excite les chercheurs \u2013 des particules jamais observées, étrangères à la physique classique.Ces particules dites exotiques, si elles existent, laissent sur les détecteurs du Grand collisionneur de hadrons (LHC) des traces que les algorithmes ont bien du mal à repérer.D\u2019où l\u2019idée de demander l\u2019aide du public! Fin novembre, des chercheurs des universités de New York, d\u2019Oxford et de Birmingham, impliqués dans les expériences du CERN, ont donc lancé le projet Higgs Hunters, c\u2019est-à-dire Chasseurs de Higgs.Le principe?Demander à des bénévoles de scruter quelques images (il y en a 25 000 au total!) obtenues lors des collisions de particules effectuées au LHC et de décrire ce qu\u2019ils y voient.Tout le monde peut participer (mais les explications sont en anglais).Il suffit de repérer les traces de particules surgies de nulle part ou émanant d\u2019un point éloigné du centre de l\u2019accélérateur, où se produisent les collisions.En un clic, on signale l\u2019«anomalie» et le nombre de traces qui en émergent.Selon les instigateurs du projet, ces traînées erratiques correspondraient peut-être à des particules nouvelles qui pourraient «révolutionner notre compréhension de l\u2019Univers».Le jeu n\u2019est peut-être pas des plus palpitants, mais il en vaut la chandelle.www.higgshunters.org JE DORS, DONC JE DONNE Nous la connaissons toutes, la touche snooze du réveille-matin, qui permet de remettre la sonnerie à plus tard.Grâce à iCukoo, une application pour téléphone intelligent, les Britanniques peuvent maintenant paresser au lit en ayant bonne conscience: chaque fois qu\u2019ils pressent le bouton snooze, ils versent un montant à une œuvre de charité (ils ont cinq possibilités, comme la recherche contre le cancer de la prostate ou l\u2019alphabétisation).Évidemment, la durée de ce sommeil supplémentaire et la somme allouée à chaque report de réveil restent modifiables.Au cas où la paresse deviendrait trop dispendieuse! LUMIÈRE ET DÉSERTS En 2015, ce sera l\u2019année internationale de la lumière, mais aussi l\u2019année des sols, selon le calendrier des Nations unies.Un site www.light2015.org, en anglais) souligne les principaux événe- ments organisés dans le monde autour de la lumière et donne quelques informations sur les techniques comme la photonique.Du côté des sols, c\u2019est l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO) qui coordonne les festivités, avec un site en français www.fao.org/ soils-2015/fr mettant l\u2019accent sur les enjeux liés à la désertification.Par Marine Corniou Sur la toile Matières à lire LES BRÈCHES DE L\u2019ÉVOLUTION Partant du constat que la théorie de l\u2019évolution est souvent mal comprise, Jean Deutsch, professeur émérite de génétique et de zoologie en France, livre ici 12 «histoires naturelles» dans lesquelles déambulent des vers sans tête, des poissons sans yeux, des animaux sans sexe et les mystérieux hommes de Florès.Si les récits ont un ton un peu (trop) didactique, ils ont l\u2019avantage d\u2019illustrer les points qui font débat dans la théorie de Darwin, comme la notion d\u2019espèce, ou la part de l\u2019inné et celle de l\u2019acquis.Car à mesure que les connaissances et la génomique progressent, il est nécessaire de réajuster et de faire évoluer la théorie de l\u2019évolution\u2026 Le corbeau qui tenait en son bec un outil, Jean Deutsch, Éditions du Seuil, 2014, 224 p.SECRETS D\u2019HISTOIRE Grâce aux techniques utilisées par la police scientifique (tests d\u2019ADN, analyses sanguines, tests balistiques, etc.), les chercheurs arrivent à éclairer les moindres zones d\u2019ombre du passé.Toutankhamon est-il bel et bien le fils du pharaon Akhenaton?Certains des Romanov ont-ils survécu au massacre de la famille impériale russe?Dans son dernier ouvrage, Philippe Charlier, médecin légiste et paléontologue, exhume quelques personnalités du passé.Grâce aux analyses faites sur un fragment de dent, d\u2019os ou de tissu, il livre les clés de quelques-unes des énigmes les plus opaques du passé.Empoisonnements, meurtres, disparitions ou filiations contestées, rien n\u2019échappe à son œil scrutateur.Quand la science explore l\u2019histoire, Philippe Charlier avec David Alliot, Éditions Tallandier, 2014, 264 p.LE VRAI ET LE FAUX Astrologie, croyance à la réincarnation, à la télépathie, au pouvoir de guérison, etc.Le paranormal et les pseudosciences sont présents dans toutes les sphères de notre société, au grand dam du scientifique Serge Larivée, professeur à l\u2019École de psycho-éducation de l\u2019Université de Montréal.Faits et chiffres à l\u2019appui, il analyse et décortique les raisons qui sous-tendent l\u2019attirance que certains ressentent pour ces croyances.Ce faisant, il transmet au lecteur les bases d\u2019un raisonnement solide et critique, essentiel pour distinguer les réelles promesses de la science des écrans de fumée.Le professeur ne manque pas d\u2019humour.«Contrairement à ce qu\u2019on pourrait penser, expose-t-il, science et pseudoscience ne sont pas les deux côtés d\u2019une même médaille, comme le supposent ceux qui relient l\u2019astronomie et l\u2019astrologie.Le seul point commun entre ces deux approches, c\u2019est qu\u2019elles partagent les mêmes quatre premières lettres.On pourrait en dire autant de la marque de yogourt Astro!» Quand le paranormal manipule la science, Serge Larivée, Éditions MultiMondes, 2014, 226 p.> > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 56 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 3 3 7 DÉCOLLAGE IMMÉDIAT ! Empress of Irela nd : un naufrage historique Des photos pour ré?échir Magazines branchés ! Lecteurs allumés ! NE SUR I AZ G : MA US INCL A ANAD OIRE DU C T S I \u2019H L com .ds ouillar debr les E7769 PP40063645 MAI 2014 - 4,95 $ mag des azines com .cience \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 Dans les années 1950, les mères battaient encore leurs enfants lorsqu\u2019ils commettaient des fautes graves.Aucune loi n\u2019empêchait les parents d\u2019exercer leur courroux sur les fesses de leurs rejetons.Je me souviens d\u2019en avoir mangé toute une, à l\u2019occasion de la construction d\u2019un pipeline à Pointe- aux-Trembles.À cette époque, un grand nombre de raffineries de pétrole faisaient la fierté de la province de Québec.Ces raffineries se con centraient en un seul lieu, presque à l\u2019extrémité est de l\u2019île de Montréal.Notre terrain de jeu se perdait dans des réseaux de grands tuyaux; une épaisse fumée jaune sortait des cheminées, qui sentait les œufs pourris.Torches enflammées et ampoules électriques illuminaient le ciel, la nuit, créant l\u2019impression d\u2019une cité fantôme où se terraient des mons - tres.Or, ces monstres de la pétrochimie rejetaient directement dans le fleuve, tout près du quai de la rue Marien, leurs résidus de pétrole; le pipi noir de la prospérité.Les «compagnies d\u2019huile» avaient entrepris la construction d\u2019un pipeline souterrain entre le quai et la rue Sherbrooke.Cela creusait une grande tranchée dans le sol calcaire, qui attirait les enfants du quartier.Dans le fond de cette tranchée, de gros tuyaux avec, à intervalle régulier, des bouches pour y pénétrer.Ce chantier était laissé sans surveillance et nous pouvions y jouer à volonté.Nos mères nous interdisaient absolument de nous aventurer dans ces coins-là, ce qui les rendait absolument irrésistibles.Aussi, fus-je pris en flagrant délit de courir à crou- petons à l\u2019intérieur du pipeline, d\u2019une bouche à l\u2019autre, pour impressionner mes copains.C\u2019est alors que ma mère a choisi de sortir la verge de la punition.Je connais donc le pipeline de l\u2019intérieur.J\u2019ai vu le fleuve Saint-Laurent charrier de l\u2019huile brune à une époque où le mot «environnement» n\u2019existait pas.J\u2019ai connu les sols contaminés, la nature morte, les carrières dénudées, les camions d\u2019huile, la féérie chimique des nuits d\u2019été.J\u2019ai entendu le bruit incessant du raffinage, senti son odeur, son inoubliable puanteur; j\u2019ai connu les explosions des réservoirs, la mort tragique des pipe-fitters, la fatigue des chauffeurs de truck attablés au delicatessen, la nuit, le jour, en hiver, en été, entre la Shell et la Texaco.Le pétrole était notre monde et ce monde était toxique.Mais, dans les années 1950, la toxicité faisait partie de la prospérité.Amenez-en du pétrole! Charrions-en du pétrole! Dans ce temps-là, le pétrole, ce n\u2019était pas de l\u2019énergie; c\u2019était juste du «gaz».Je suis vieux, aujourd\u2019hui, et il ne me viendrait plus à l\u2019idée de courir à croupetons dans un gros tuyau.Mais j\u2019ai toujours les yeux ouverts.Je vois que le pétrole d\u2019aujourd\u2019hui est plus sale que celui d\u2019hier.Et voici que l\u2019on projette la construction d\u2019un super-oléoduc en provenance de l\u2019Alberta, lequel va passer, non pas dans Outremont, mais bien dans le quartier de ma jeunesse, l\u2019est de Montréal.Devrais-je m\u2019en étonner?En plus, ce pipeline traversera tout le sud du Québec, répandant son mal comme une peste noire à la grandeur du territoire.Selon les dires des promoteurs, ce projet serait un grand bienfait pour le monde.Les «compagnies d\u2019huile» s\u2019appellent désormais des «entreprises énergétiques»; elles travaillent pour le bien commun et pour la qualité de nos vies.Tant leur image que leur discours nous font valoir, une publicité après l\u2019autre, un progrès responsable, des richesses réconfortantes et de vertes vallées.Autant dire le paradis terrestre.En vérité, nous sommes en train de nous engluer dans nos mauvaises habitudes.Nous sommes des automobiles et nous baignons dans l\u2019huile.Le voyage au long cours du grand serpent noir aura des retombées pour tous : des gouttes sales de richesse tout au long du trajet.Serait-ce cela, le progrès?Les mères ne battent plus leurs enfants; c\u2019est devenu un crime.Mais quant aux dommages collatéraux de l\u2019enrichissement collectif, nous nous enfonçons.Je dirais que, dans ma jeunesse, on en brassait et on ne se contait pas de menteries : on savait que c\u2019en était.Aujourd\u2019hui, on en brasse tout autant, mais on prétend brasser des affaires propres.Or, de la «marde» propre, cela n\u2019existe pas.?QS 58 Québec Science | Janvier ~ Février 2015 Voyage au cœur d\u2019un pipeline Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 L A R R Y M A C D O U G A L / L A P R E S S E C A N A D I E N N E Rouyn-Noranda Gatineau Rimouski Saguenay Trois-Rivières Montréal Québec L\u2019Université du Québec Un monde de découvertes 360 groupes et laboratoires de recherche, dont 156 chaires de recherche 221 M$ en subventions et contrats de recherche 96 000 étudiants répartis dans les universités, les écoles et l\u2019institut www.uquebec.ca PLACE AUX ESPRITS OUVERTS."]
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