Québec science, 1 janvier 2012, Décembre 2012, Vol. 51, No. 4
[" quebecscience.qc.ca 40065387 5 , 9 5 $ EN KIOSQUE JUSQU\u2019AU 3 JANVIER 2013 QS Baby-krach chez les bélugas Ce que cachent nos calendriers.À quoi riment les prophéties mayas?Notre français, des racines en Turquie À l\u2019assaut du «triangle des Bermudes spatial» Québec Science Décembre 2012 (dernier numéro ?) 50 ANS ET TOUT SES VOLTS LE DON D\u2019ORGANES LE SUCRE AU PILORI APRÈS LE TABAC 21-12-2012 LA FIN DU MONDE ET PUIS APRÈS?PAS AUSSI SIMPLE QU\u2019ON LE DIT La cérémonie de remise des Prix du Québec 2012, qui s\u2019est tenue le 13 novembre dernier à l\u2019Assemblée nationale, a permis, cette année encore, de souligner le travail accompli par ces personnes émérites, dont la carrière témoigne de l\u2019envergure et du dynamisme de la communauté scientifique québécoise.LAURÉATE ET LAURÉATS SCIENTIFIQUES DES PRIX DU QUÉBEC 2012 LE PRIX MARIE-VICTORIN Sciences naturelles et génie Accordé au biologiste Louis Bernatchez.Professeur au Département de biologie de l\u2019Université Laval.Il est considéré comme le chef de file mondial dans l\u2019étude de l\u2019écologie moléculaire.Il figure sur le site Internet science.ca parmi les 250 plus grands scientifiques canadiens, dont 38 Québécois, qui se sont démarqués par l\u2019excellence de leur contribution.LE PRIX ARMAND-FRAPPIER Création ou développement d\u2019une institution de recherche ou administration, et promotion de la recherche Attribué au biologiste Edwin Bourget, professeur émérite de l\u2019Université Laval et sommité mondiale de l\u2019écologie des systèmes côtiers, il a consacré trente ans de recherche aux invertébrés littoraux.Ses talents d\u2019administrateur universitaire ont également fait école tant à l\u2019Université de Sherbrooke qu\u2019à l\u2019Université Laval.LE PRIX LÉON-GÉRIN Sciences humaines et sociales Décerné au professeur Paul-André Linteau.Historien à l\u2019Université du Québec à Montréal.Il n\u2019a eu de cesse d\u2019approfondir ses analyses sur la ville et les conditions de développement de l\u2019espace urbain, les processus d\u2019aménagement du territoire et les populations qui l\u2019habitent.LE PRIX MARIE-ANDRÉE-BERTRAND Innovation sociale Attribué pour la première fois à la psychologue Louise Nadeau, professeure titulaire au Département de psychologie de l\u2019Université de Montréal.Elle a acquis une solide réputation en matière de traitement des dépendances et des troubles mentaux qui leur sont souvent associés.LE PRIX WILDER-PENFIELD Recherche biomédicale Remis au neurologue Guy Rouleau qui a découvert, à lui seul, une vingtaine de gènes responsables de maladies neurologiques et psychiatriques.Il est reconnu comme un des premiers chercheurs à avoir implanté les méthodes de génétique modernes à l\u2019étude et à la caractérisation des maladies neurologiques.LE PRIX LIONEL-BOULET Recherche et développement en milieu industriel Décerné à Louis-Philippe Vézina, vice-président et chef des opérations scientifiques chez Médiago inc.Chef de file en sciences biologiques au Québec, il a contribué à faire de Médicago, un leader mondial dans le développement d\u2019une nouvelle génération de vaccins plus efficaces avec rapidité et avec des coûts avantageux.2 0 1 2 Louis Bernatchez BIOLOGIE DE LA CONSERVATION P R I X M A R I E - V I C T O R I N Edwin Bourget ÉCOLOGIE MARINE P R I X A R M A N D - F R A P P I E R Paul-André Linteau HISTOIRE P R I X L É O N - G É R I N Louise Nadeau PSYCHOLOGIE P R I X M A R I E - A N D R É E - B E R T R A N D Guy Rouleau NEUROLOGIE P R I X W I L D E R - P E N F I E L D Louis-P.Vézina BIOTECHNOLOGIE P R I X L I O N E L - B O U L E T prixduquebec.gouv.qc.ca Félicitations DÉCEMBRE 2012 VOLUME 51, NUMÉRO 4 Québec Science S 36 Le sucre, c\u2019est pas du gâteau Partout sur la planète, la consommation de sucre explose.Mais notre propension envers le sucre serait-elle une menace pour la santé publique, au même titre que l\u2019alcool et le tabac?Par Catherine Girard 22 40 36 SOMMAIRE EN COUVERTURE 16 La fin du monde et puis après?Que signifie tout ce ramdam autour d\u2019une apocalypse annoncée ?Que voulaient vraiment dire les Mayas ?Par Joël Leblanc 22 «Un grand leurre» La croyance en la fin du monde se sécularise et se mondialise.Propos recueillis par Elias Levy 40 Jour après jour, mois après mois Le monde est-il en fin de course?Tout dépend du calendrier! Ce prodige de l\u2019astronomie ancienne et des mathématiques, qui nous a permis de dompter le temps, a connu bien des formes et des réformes.Retour sur une découverte remarquable.Par Olivier Rey 43 La mesure du temps chez les Mayas Cette civilisation n\u2019utilisait pas un, mais deux calendriers! Par Joël Leblanc C O U V E E R T U R E : T I M V E R N O N / S C I E N C E P H O T O L I B R A R Y 4 Québec Science | Décembre 2012 Un monde sans fin?On n\u2019a plus les fins du monde qu\u2019on avait! À moins d\u2019être un néo-punk fataliste ou d\u2019appartenir à une secte religieuse apocalyptique, on peine à croire tous ces scénarios de destruction massive.Pourtant, le monde est bien fragile.Billet Par Raymond Lemieux n n\u2019a plus peur de la fin du monde.La prophétie maya qui donne le 21 décembre 2012 comme date ultime de l\u2019épopée humaine vaut ce qu\u2019elle vaut: un calcul mathématique sans conséquence; une curiosité historique que les Mexicains ont eu l\u2019habileté d\u2019exploiter au bénéfice de leur industrie touristique.Le lendemain, 22 décembre, l\u2019hiver sera installé.Comme chaque année, il nous restera les achats à compléter, le sapin de Noël à décorer et le réveillon à préparer.Joyeuse apocalypse! Jadis, la perspective d\u2019un anéantissement général n\u2019amusait personne.Peste, famine, déluge, retour des morts, méga-tremblement de terre, etc., la menace de ces châtiments divins suscitait de terribles angoisses.Bien sûr, une pincée de déraison pimentait ces scénarios catastrophes, surtout lorsque, par hasard, ils coïncidaient avec des années formant un chiffre rond ou avec le passage d\u2019une comète.Cependant, ils avaient bel et bien un sens dans des cultures qui cherchaient à comprendre leurs origines et leur destin.Plus près de nous, au XXe siècle, c\u2019est l\u2019invasion d\u2019extraterrestres et la guerre nucléaire qui auront tenu le monde en haleine.Autre siècle, autres frayeurs.«Et nous voyons maintenant que l\u2019abîme de l\u2019histoire est assez grand pour tout le monde.Nous sentons qu\u2019une civilisation a la même fragilité qu\u2019une vie», notait le poète français Paul Valéry.Cette citation devrait être reproduite en caractères gras sur tous nos calendriers.Aurait-on aujourd\u2019hui refoulé l\u2019angoisse que peut nous inspirer la précarité des choses?Sommes-nous las de nous faire rebattre les oreilles avec la fragilité du monde?En soulignant l\u2019exotisme de certaines civilisations aujourd\u2019hui disparues, les rend-on étrangères à notre histoire?Dans un livre à succès publié il y a quelques années1, le biologiste Jared Diamond considérait qu\u2019il fallait nuancer tout cela.Non, il n\u2019y aura pas de fin du monde au sens où l\u2019entendent certains prophètes du nouvel âge.Sauf que, oui, il y a des facteurs qui caractérisent une société en déclin, tels que Diamond les a remarqués dans l\u2019empire maya, la Grèce mycénienne, le pays khmer ou la société viking.Ces facteurs tiennent pour l\u2019essentiel à des problèmes environnementaux mal compris, à d\u2019incessantes rivalités militaires, à des institutions inadaptées ou encore au déclin d\u2019un allié.Nous n\u2019en sommes pas là, se dit-on.Un réflexe tout à fait nor - mal dans nos sociétés animées par l\u2019idée de progrès : ne trouve-t-on pas aujourd\u2019hui une solution à tout?Ce n\u2019est plus «Après moi le déluge!»,mais plutôt «Aprèsmoi, la reconstruction!» Est-ce là notre nouvelle religion?La penséemagi- que d\u2019un monde qui a fait de la notion même de croissance sa valeur refuge?C\u2019est dans un tel état d\u2019esprit que l\u2019ancien président états-unienGeorgeW.Bush avait refusé de ratifier le protocole de Kyoto, prétextant que les progrès technologiques allaient mieux régler le problème qu\u2019un traité international.Un déni sous forme d\u2019optimisme serait-il plus dangereux que l\u2019anxiété de nos ancêtres?Les Mayas ont eu beau faire tous les sacrifices humains pour honorer leur dieuKinichAhau, dont dépendait la succession du temps, rien n\u2019y fit.Leur société a implosé avant même la date fatidique qu\u2019ils avaient calculée avec tant de précision.Ironie?Oui, mais ils croyaient que la Terre était plate.QS 1 L\u2019effondrement, Jared Diamond, Éditions Gallimard, 2008.O Le dieu maya Kinich Ahau.Combien de touristes demandera-t-il en sacrifice pour le 21 décembre prochain? Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.millot@quebecscience.qc.ca Reporter Marine Corniou et Catherine Girard Collaborateurs François Bergeron, Serge Bouchard, Viviane Desbiens, Dominique Forget, Joël Leblanc, Elias Levy, Olivier Rey, Jean-Pierre Rogel Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Isabelle Arsenault, Frefon, Philippe Jasmin, Aaron McConomy, Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Directrice marketing et partenariats Caroline Guay Chargée de projets marketing et partenariats Caroline Pou Attachée de presse Véronique Lavoie PUBLICITÉ Jean-François Litalien Tél.: 514 217-3005 jflitalien@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Octobre 2012 (501e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2012 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Expor tation.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca Actualités et rubriques 26 Organes recherchés Au Québec, près de 1300 personnes attendent un rein, un cœur, un foie, un poumon ou un pancréas.À peine le tiers d\u2019entre elles seront opérées dans l\u2019année, et 50 mourront après avoir patienté en vain.Pourtant, 90% des Québécois se disent prêts à donner leurs organes après leur mort.Qu\u2019est-ce qui cloche?Par Pascale Millot 32 Le modèle espagnol En Espagne, on croit avoir trouvé le remède au manque d\u2019organes.Ce modèle est-il «transplantable» chez nous?Par Pascale Millot 8 Morts suspectes chez les bélugas Un nombre inquiétant de bébés bélugas s\u2019échouent sur les rives du Saint-Laurent.Des biologistes et des médecins vétérinaires mènent l\u2019enquête.Par Dominique Forget 10 Notre français, des racines en Turquie De nouvelles données sur l\u2019origine du français bousculent les théories des linguistes.Par Dominique Forget EURÊKA! 13 À l\u2019assaut du «triangle des Bermudes spatial» Oubliez le club d\u2019échecs, le journal universitaire ou l\u2019équipe de football.À l\u2019Université Concordia, un club étudiant a mis au point un satellite qui ira explorer un des mystères de l\u2019exosphère.Par Dominique Forget 4 BILLET Un monde sans fin?Par Raymond Lemieux 6 AU PIED DE LA LETTRE Votre courrier 45 SUIVEZ LE GUIDE Par Viviane Desbiens 47 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR 48 LU POUR VOUS Théorème vivant Par François Bergeron 49 TOILE DE FOND Par Catherine Girard 11 Jean-Pierre Rogel La moitié pour la nature?50 Serge Bouchard Shippagan : au passage des canards Nos chroniqueurs Québec Science S Ne tuons pas la beauté du monde Gaston Boisvert, de Sainte-Thècle, a grandement apprécié l\u2019article «Terre cherche autres Terres», de Robert Lamontagne (novembre 2012).Ce lecteur assidu aime croire qu\u2019il existe d\u2019autres créatures dans le cosmos.Par contre, certaines phrases de la chronique «Les Boules», de Serge Bou- chard, l\u2019ont fait frissonner.«Comment se fait-il que nous restions là béatement satisfaits de notre immobilisme confortable et médiocre?[.] Je ne pourrais exprimer adéquatement ce que ce texte de Serge Bouchard a pu faire ressurgir en moi de constatations antérieures très personnelles et de similaires souvenirs, à parcourir certaines routes du Québec.[.] Je pense qu\u2019il nous faudrait réajuster nos critères de véritable beauté des paysages à sauvegarder, des biens patrimo - niaux à conserver, autant que des nouveautés à construire sans défigurer les sites.» Étudiants sous influence?Jean-Philippe Blais, de Québec, a été surpris par certains passages de l\u2019entrevue du docteur Marc Zaffran, parue dans notre numéro spécial 50e anniversaire («N\u2019ayons plus peur des maux», octobre 2012).Il aimerait d\u2019ailleurs rectifier certains points.«Il est faux de dire que, en leur offrant de multiples cadeaux, l\u2019industrie pharmaceutique entre en contact très tôt avec les étudiants, que ceux-ci se retrouvent avec une dette envers les entreprises et qu\u2019ils en viennent à délaisser leur sens critique.Il y a des règles facultaires strictes à ce sujet.Les principaux intéressés eux-mêmes sont très sensibles à la question et les associations étudiantes des quatre facultés de médecine du Québec ont des politiques très sévères quant à la présence des entreprises pharmaceutiques.La Fédération médicale étudiante du Québec, qui représente tous les étudiants, a également une politique très claire interdisant ce genre de pratique.Dans la même entrevue, le docteur Zaffran décrit les futurs médecins comme des êtres angoissés.Je crois qu\u2019il faut éviter les généralisations.Ils sont avant tout 3 700 futurs professionnels engagés, dévoués, d\u2019origines variées et de person nalités uniques, qui ont en commun le désir d\u2019améliorer la santé des autres.» Système d\u2019éducation à deux vitesses L\u2019entrevue que Gaétan Lafrance nous a accordée («Il faut un temps d\u2019arrêt pour examiner l\u2019avenir des universités», novembre 2012) a inspiré une réflexion à Daniel-Ber- trand Bouchard, de Bergeronnes.«Au Québec et au Canada, il ne devrait pas exister de classes d\u2019étudiants.[.] Or augmenter les frais de scolarité divise les étudiants en deux classes: ceux qui paient et ceux qui s\u2019endettent.Financer les universités à même les revenus des entreprises qui bénéficient du savoir des diplômés, voilà qui serait équitable et vraiment démocratique.[.] Le Québec compte environ 3 millions de travailleurs.Si les employeurs versaient dans un fonds de financement universitaire un simple 50 $ par année pour chacun de ces travailleurs, on récolterait 150 millions de dollars.Ce montant est amplement suffisant pour couvrir la hausse que l\u2019on voulait imposer aux étudiant.» Papillon populaire La capsule «Nouvel arrivant» (novembre 2012) à propos du grand porte-queue, un papillon qui commence à s\u2019établir au Québec, a suscité beaucoup d\u2019émoi parmi nos lecteurs.André St-Hilaire, de Québec, en a vu un cet été.«Quel beau moment furtif.C\u2019est grâce à votre édition de novembre que j\u2019ai pu l\u2019identifier.Merci!» Quant à Rita Tremblay, de Rouyn-Noranda, elle nous a fait parvenir la photo suivante afin de savoir s\u2019il s\u2019agissait de l\u2019espèce en question.D\u2019après Maxim Larrivée, entomologiste à l\u2019Insectarium de Montréal, il s\u2019agit plutôt d'un tigré du Canada (Papilio cana- densis), une espèce très commune, le printemps, au Québec.«Le grand porte-queue (P.cres- phontes) se distingue de P.canadensis par ses grandes ailes noires, dont celles du haut sont traversées par une bande diagonale de points jaunes.Le dessous des ailes (partie ventrale) est jaunâtre, avec des queues élargies contenant un point jaune au milieu», explique l\u2019expert.Oups! Une erreur s\u2019est glissée dans l\u2019encart sur la recherche dans le réseau de l\u2019Université du Québec, (novembre 2012).La photo qui accompagne l\u2019article «La résilience contre vents et marées» a été prise à la Pointe-au-Goémon, entre Cap-Chat et Sainte-Anne- des-Monts, et non à Sainte-Flavie.QS 6 Québec Science | Décembre 2012 Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca Bar des sciences L\u2019événement aura lieu le mercredi 28 novembre 2012, de 17 h 30 à 19 h à la Société des arts technologiques, 1201, boul.Saint-Laurent à Montréal.L\u2019entrée est gratuite, mais il est préférable de réserver en appelant au 514 521-8356 poste 424.Pour plus d\u2019information, consultez la page Facebook de Québec Science.QUE NOUS APPREND LA FIN DU MONDE?QS Québec Science Que signifient les prophéties?D\u2019où viennent- elles?Une discussion particulière sur le sort qui nous attend quelques jours avant l\u2019apocalypse annoncée du 21 décembre.À Montréal V A N D E R W E Y D E N , 1 4 4 6 Voir l'innovation comme une seconde nature De nombreux centres et chaires de recherche d'avant-garde Des chercheurs de calibre international Une approche humaine de l'ingénierie Un programme de valorisation des travaux de recherche et découvertes Des laboratoires et équipements de pointe UNIVERSITÉ DE Bd SHERBROOKE | voir au futur | | | | DES SECTEURS D'AVENIR POUR DES ETUDES DE 2° ET 3° CYCLES Domaines de recherche en génie Environnement et développement durable Environnement et géotechnique Matériaux structures et matériaux innovateurs Matériaux composites Biomatériaux et bio-Ingénierie Procédés biologiques et biotechnologies Procédés pharmaceutiques Énergies nouvelles Gestion de l'énergie systèmes intelligents systèmes logiciels Traitement et transport de l'information Semi-conducteurs Micro-nano-ingénierie Plasma Acoustique, aéroacoustique et vibrations à Pour en savoir plus sur nos programmes d'études supérieures en génie et pour connaître nos infrastructures de recherche de haut niveau, visitez-nous : USherbrooke.ca/genie/recherche arl Guimond n\u2019a pas chômé, l\u2019été dernier.Cet habitant du Bic, qui travaille pour un fabricant de filets de pêche du Bas-Saint-Laurent, a dû répondre à un nombre anormalement élevé d\u2019appels d\u2019urgence.«C\u2019est moi qu\u2019on contacte quand on trouve un mammifère marin mort sur les rives de l\u2019estuaire», explique-t-il.Sept jours par semaine, depuis pratiquement 15 ans, il se tient disponible pour recueillir les dépouilles.«Je ramasse la carcasse et, si elle n\u2019est pas dans un état de décomposition trop avancé, je la transporte dans ma remorque jusqu\u2019à Saint- Hyacinthe, aux laboratoires de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal.» Avant 2008, Carl Guimond s\u2019occupait chaque année d\u2019au plus trois carcasses de «veaux» \u2013 ainsi qu\u2019on appelle les bébés bélugas.Depuis la fonte des glaces du printemps dernier, et jusqu\u2019au 19 octobre, il en a recueilli 17, le plus souvent entre Rivière-du-Loup et Matane.«Le nombre avait augmenté ces dernières années mais, là, c\u2019est mon record!» affirme M.Gui- mond.Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins (GREMM), à Tadoussac, a aussi connu un été hors de l\u2019ordinaire.«J\u2019ai commencé à passer mes étés sur l\u2019eau pour étudier les bélugas en 1985.Au fil des ans, j\u2019ai vu à trois reprises une femelle nager avec son veau mort sur la tête.Peut-être en signe de deuil.C\u2019était avant 2012.Cet été, nous avons reçu cinq signalements de femelles portant un veau mort sur leur tête!» Quel coupable se cache derrière ces morts de nouveau-nés?Robert Michaud met les PBDE (polybromodiphényléthers) au banc des accusés.Ces composés chimiques sont ajoutés dans quantité de produits plastiques et textiles pour les rendre moins inflammables.Certains d\u2019entre eux ont été bannis en Europe dès le début des années 1990.Le Canada n\u2019a emboîté le pas que 10 ans plus tard.«Les PBDE peuvent perturber le fonctionnement de la glande thyroïde des mammifères, fait valoir le biologiste.Or, l\u2019hypothyroïdie peut nuire aux contrac - tions des muscles de l\u2019utérus et, donc, à la mise bas.» QS LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS, TROIS MOUVEMENTS 8 Québec Science | Décembre 2012 Un nombre inquiétant de bébés bélugas s\u2019échouent sur les rives du Saint-Laurent.Des biologistes et des médecins vétérinaires mènent l\u2019enquête.Par Dominique Forget G R E M M C Morts suspectes chez les bélugas Une femelle béluga porte son veau mort sur la tête. Décembre 2012 | Québec Science 9 À Saint-Hyacinthe, c\u2019est le docteur Stéphane Lair, professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal, qui supervise les nécropsies effectuées sur les carcasses de bélugas.Des 17 veaux recueillis ces derniers mois, seulement 3 étaient dans un état suffisamment acceptable pour être disséqués dans son laboratoire.«Ces veaux semblent être morts parce qu\u2019ils ont été séparés de leur mère trop tôt, peut-être parce qu\u2019elle était morte ou trop faible pour s\u2019occuper de son petit», a-t-il constaté.Les nécropsies réalisées sur deux femelles adultes trouvées échouées cet été semblent confirmer l\u2019hypothèse.Selon les observations du docteur Lair, toutes les deux seraient mortes en accouchant.Une première souffrait d\u2019une infection de la cavité abdominale, suggérant une mise bas difficile.La seconde avait un utérus anormalement gros, indiquant qu\u2019elle venait d\u2019accoucher au moment de sa mort.L\u2019an dernier, trois femelles échouées semblaient être mortes dans les mêmes conditions; l\u2019année précédente, deux.«Ce sont de petits nombres, mais c\u2019est plus qu\u2019au cours des 25 années précédentes», souligne le vétérinaire.Le docteur Lair reste néanmoins prudent.Selon lui, il est beaucoup trop tôt pour accuser formellement les PBDE.«C\u2019est un travail d\u2019enquête que nous menons et la petite taille de la population de bélugas nous empêche d\u2019avancer rapidement.Toutefois, je crois au principe de précaution.Il ne faut pas attendre d\u2019être certain à 100% de l\u2019impact d\u2019un produit chimique pour agir.» Le vétérinaire déplore les coupes budgétaires effectuées par le gouvernement de Stephen Harper dans de nombreux programmes scientifiques, dont celui de l\u2019Institut Maurice-Lamontagne, à Mont- Joli.L\u2019Institut a pour mandat de suivre le niveau des polluants dans le fleuve et de documenter leurs effets chez les mammifères marins.Huit des 11 postes du labora - toire d\u2019écotoxicologie y ont été sup pri més dernièrement.Robert Michaud partage l\u2019inquiétude de son collègue.Il est vrai, concède-t-il, que la population est stable, autour de 1 100 bêtes, selon le dernier recensement de 2008.Sauf que, normalement, elle devrait augmenter de 1% à 3% par année : «Le gouvernement fédéral s\u2019est vanté à la fin des années 1990 d\u2019avoir réduit considérablement, grâce à ses programmes, la concentration de certains polluants dans le fleuve, comme les BPC.Mais la charge d\u2019autres contaminants a augmenté et personne ne fait le suivi.» QS En biologie évolutive, on estime le moment où une espèce a donné naissance à deux espèces distinctes en comptant les différences entre leurs ADN respectifs.Les mutations accumulées indiquent la durée d\u2019évolution depuis qu\u2019elles ont divergé.La glottochronologie fait de même pour dater la séparation de deux langues apparentées.Ainsi, ces dernières perdraient 20% de leur patrimoine commun tous les millénaires.En comparant des mots simples, comme «deux» (qui se dit dos en espagnol et two en anglais) ou encore «étroit» (dont les équivalents sont estrecho et narrow), on constate facilement, par exemple, la proximité du français et de l\u2019espagnol, deux langues italiques.Selon la glottochronologie, les langues germaniques (dont fait partie l\u2019anglais) se seraient séparées des langues italiques il y a 5 500 ans.Et au sein des langues italiques, la scission entre espagnol, italien et français aurait commencé il y a 1 700 ans.Mais la méthode est débattue, notamment à cause des fréquents emprunts entre langues.GLOTTOCHRONOLOGIE MOT DE SCIENCE FIABLES?La manipulation de données et le plagiat sont de plus en plus courants chez les scientifiques.Il y a un peu plus d\u2019un an, la revue Nature avait révélé que la rétractation d\u2019articles avait décuplé au cours de la dernière décennie.Il s\u2019était trouvé des optimistes pour arguer que les chercheurs avaient sûrement commis leurs erreurs de bonne foi.Une nouvelle enquête, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, a de quoi les déprimer.L\u2019équipe d\u2019Arturo Casadevall, du Albert Einstein College of Medicine à New York, a analysé 2 047 études biomédicales qui ont fait l\u2019objet d\u2019une rétractation par des revues scientifiques.On a découvert que 21% des cas étaient attribuables à des erreurs de bonne foi; 43% résultaient d\u2019une erreur professionnelle, incluant la manipulation de données; 14% étaient dus à une similarité avec des travaux déjà publiés; 10% étaient liés au plagiat; et 12% à une cause indéterminée.DES NOUVELLES DE LA LUNE Une étude publiée en octobre vient appuyer la thèse selon laquelle la Lune serait le résultat d\u2019une collision entre un astre indéterminé et la Terre, alors que cette dernière était encore toute jeune.Deux équipes états-uniennes ont démontré que le sol lunaire contenait une plus faible quantité de zinc que les roches terriennes ou martiennes.Le zinc, d\u2019un point de vue cosmologique, est considéré comme volatil.Sa condensation et son évaporation surviennent à une température relativement basse.Les quantités de zinc et de ses différents dérivés, les isotopes, présentes sur Terre et sur Mars correspondent à la formation de ces astres par accrétion d\u2019un nuage de poussières.En revanche, le zinc présent sur la Lune témoignerait d\u2019un épisode d\u2019évaporation massive de ce composé au moment de la formation de l\u2019astre.Un résultat compatible avec le scénario de la collision.Notre satellite serait donc né de l\u2019agrégation d\u2019un nuage de débris formé à la suite d\u2019un impact entre un corps céleste de la taille de Mars et notre planète.Le déroulement exact de ce cataclysme cosmique est cependant encore mystérieux.La récente découverte pourrait aider à en éclaircir quelques points.I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N 10 Québec Science | Décembre 2012 actualités \u2019est grâce à de lointains cousins d\u2019Anatolie qu\u2019on parlerait français, au jourd\u2019hui.Cette péninsule située à l\u2019extrémité occidentale de l\u2019Asie, et composant les deux tiers de la Turquie actuelle, aurait donné naissance aux langues indo- européennes \u2013 une famille qui comprend la plupart des langues parlées en Europe, mais également l\u2019hindi, le perse et le sanskrit.L\u2019équipe de biologistes, de mathématiciens et de psychologues, qui a publié cette affirmation dans la revue Science au mois d\u2019août dernier, a eu recours à une méthode analogue à celle qu\u2019emploient les généticiens pour retracer l\u2019origine d\u2019une éclosion virale.«Plutôt que de comparer des gènes pour identifier des liens entre différents virus et cerner la souche d\u2019origine, nous avons comparé des mots pour déterminer leur ascendance commune», explique Quentin Atkinson, professeur à l\u2019université d\u2019Auckland en Nouvelle-Zélande, qui a chapeauté l\u2019étude.Plus spécifiquement, l\u2019équipe s\u2019est attardée aux cognats, ces mots de langues différentes qui ont une sonorité et un sens semblables.Par exemple, «mère» se dit mater en latin, madar en perse, matka en polonais, mat en russe, mutter en allemand et mother en anglais.Grâce à un algorithme mathématique, les chercheurs ont analysé les cognats de 103 langues courantes ou mortes pour établir leur degré de parenté et bâtir un arbre, analogue à un arbre généalogique.Le français et l\u2019italien, ainsi, auraient pour origine les langues germaniques qui seraient elles-mêmes issues des langues balto-slaves, et ainsi de suite.Des données chronologiques et géographiques ont aussi été intégrées au modèle.«Nous sommes partis du point d\u2019arrivée, connaissant la répartition actuelle des langues indo-européennes autour du globe, poursuit Quentin Atkinson.Nous avons également fourni à l\u2019ordinateur les informations chronologiques connues à propos de l\u2019évolution des langues dans le temps.On sait, par exemple, que le roumain a commencé à se séparer du latin vers l\u2019an 270, quand les Romains se sont retirés de la province de Dacie, qui correspond à peu près à la Roumanie actuelle.» Les chercheurs ont aussi spécifié à l\u2019ordinateur que les peuples anciens avaient probablement migré par voie terrestre et non par voie maritime.Des milliers d\u2019opérations mathématiques ont permis à l\u2019algorithme de déterminer qu\u2019une langue proto-indo-européenne se parlait il y a 8 000 à 9 500 ans, en Anatolie.«Vraisemblablement, les locuteurs de cette langue primitive étaient des agriculteurs qui ont disséminé leurs mots dans toute l\u2019Eurasie, en même temps que les arts agraires», estime Quentin Atkinson.La publication de ces résultats a eu l\u2019effet d\u2019une bombe chez les spécialistes de la linguistique historique.Car la majorité d\u2019entre eux sont persuadés que les langues indo- européennes sont nées dans la steppe située au nord de la mer Noire, aux environs de l\u2019actuelle frontière entre la Russie et l\u2019Ukrai - ne.Selon eux, ce serait un peuple de guerriers qui aurait permis leur diffusion en Europe et en Inde, il y a environ 6 000 ans.«L\u2019hypothèse anatolienne ne tient pas la route, affirme John Colarusso, professeur d\u2019anthropologie et de linguistique à l\u2019université McMaster, à Hamilton en Ontario.Tous les indices laissent croire que les premiers locuteurs avaient domestiqué le cheval et possédaient des chariots.Les langues indo-européennes ont en commun plusieurs mots pour nommer la roue, l\u2019essieu ou des pièces d\u2019un attelage.» Or, les chariots seraient apparus vers l\u2019an 3 500 avant notre ère, selon les trouvailles des archéologues.«C\u2019est impossible que la langue d\u2019origine ait commencé à se fractionner avant», soutient le professeur Colarusso.Quentin Atkinson fait confiance à son algorithme : «Les archéologues n\u2019ont certainement pas la vérité absolue.Et les mathématiques ne mentent pas.» QS De nouvelles données sur l\u2019origine du français bousculent les théories des linguistes.Par Dominique Forget Notre français, des racines en Turquie C Indo-Européenne Image de l\u2019Anatolie.Ce serait le lieu d\u2019origine des langues indo-européennes.A L I S O N W R I G H T / S P L Décembre 2012 | Québec Science 11 \u2019histoire commence en 2006.Le mouvement international pour la conservation de la nature se cherche un second souffle.Les appels à l\u2019opinion publique et aux gouvernements ne font plus autant recette.Il faut trouver quelque chose de neuf.L\u2019initiative viendra de l\u2019aile «préservationniste», un courant un peu plus radical que les autres au sein de la mouvance écologiste.Ses partisans considèrent la nature comme une valeur en soi, à laquelle les humains doivent se soumettre; pour eux, l\u2019important est de sauver la nature «sauvage», ou ce qu\u2019il en reste.Par opposition, les conser- vationnistes qu\u2019on peut qualifier de «traditionnels» sont centrés sur la protection de l\u2019environnement au sens large, incluant les écosystèmes exploités; ils militent pour le développement durable.Les préservationnistes sont alors en force, grâce à la Wild Foundation.Créée en 1974 par Ian Player, un médecin sud- africain, la WF a d\u2019abord soutenu des projets voués à la protection d\u2019animaux africains victimes de la chasse.Son action est pratique, mais ses motivations sont morales : ayant massacré la nature, les humains ont un devoir impérieux de préserver ce qu\u2019il en reste.Depuis que la Wild Foundation a établi son quartier général à Boulder, au Colorado, elle vise large.Elle propose une nouvelle idée : l\u2019humanité sera sauvée de la catastrophe si on consacre la moitié des terres de la planète à la protection de la nature.À la même période, l\u2019International Bo- real Conservation Campaign (IBCC), une importante initiative ayant pour but de protéger la forêt boréale nord-américaine, n\u2019avance pas.Pour la relancer, en mai 2007, ses promoteurs adressent au gouvernement canadien une lettre ouverte, endossée par 1 300 scientifiques, l\u2019enjoignant d\u2019accélérer la protection «d\u2019un des derniers écosystèmes vierges de la planète».La lettre souligne que seulement 10% de ce territoire est alors protégé; ses auteurs identifient quatre objectifs d\u2019intégrité écologique, puis ils affirment qu\u2019un «examen des initiatives de protection passées indique que les zones protégées devraient couvrir environ la moitié des territoires si l\u2019on veut atteindre les objectifs».La seule référence scientifique à laquelle renvoie ce passage est une étude préliminaire non publiée.Mais qu\u2019importe, la cause est entendue : il faut réserver «la moitié pour la nature»*.Les conservationnistes vont sauter sur cette idée très «marketing».Elle devient le slogan de l\u2019IBCC.La puissante Pew Foundation, qui finance la campagne depuis Washington, engage un certain Mathew Jacobson, spécialiste des relations publiques, pour la diriger au Québec.Celui-ci va vite établir des contacts au plus haut niveau.Approchés à l\u2019automne 2008, les conseillers de Jean Cha- rest sont sensibles à l\u2019idée de protéger 50% de la forêt boréale inexploitée et, pourquoi pas tant qu\u2019on y est, 50% du territoire du Plan Nord, lequel concerne un total de 1,2 million de kilomètres carrés.Jean Charest teste l\u2019idée en campagne électorale.Il s\u2019engage à mettre la moitié du territoire du Plan, dit-il, «à l\u2019abri du développement industriel».Réélu en décembre 2008, il en fait une des idées fortes du Plan Nord.Les environnementalistes jubilent, les Autochtones aussi, et le Québec devient un «leader international» en conservation.Les trois années suivantes verront un déluge d\u2019encouragements pleuvoir sur Québec.Les environnementalistes du monde entier applaudissent à tout rompre.Cela culmine dans une motion de félicitations officielle votée en 2012 par le congrès de l\u2019Union internationale de conservation de la nature, motion présentée par la Pew Foundation et le gouvernement du Québec.Pourtant, l\u2019objectif de protection de 50% a toujours été flou, et le gouvernement du Québec ne l\u2019a jamais justifié rationnellement.D\u2019ailleurs, s\u2019agit-il de la moitié du total ou de chacune des zones écologiques d\u2019importance, soit la forêt boréale, la taïga et la toundra?Vise-t-on une inter- vivant Les carnets du Par Jean-Pierre Rogel L La moitié pour la nature?Comment le mouvement conservationniste international a poussé le précédent gouvernement du Québec à faire une étonnante promesse.*En 2009, à l\u2019ouverture du congrès de la Wild Foundation à Mérida au Mexique, le Canadien Harvey Locke (initiateur du Corridor Yellowstone- Yukon) lance officiellement le mouvement «Nature Needs Half» qui aura son propre site et ses propres fonds.Les scientifiques-vedettes que sont Jane Goodall, Sylvia Earle et Edward Wilson donnent leur appui.Encore aujourd\u2019hui, aucune étude scientifique d\u2019envergure ne justifie le 50% de protection, mais le slogan a pris son envol.G L O B A L F O R E S T W A T C H C A N A D A A N D B O R E A L S O N G B I R D I N I T I A T I V E Aires protégées Territoire visé par l\u2019objectif de protection de 50% du gouvernement Charest Limite de la forêt boréale connection de zones protégées, entre autres pour préserver le caribou?Quelles seront les activités «non industrielles» tolérées?En fait, le projet de préservation menace de se vider complètement de son sens.On constate, sur des cartes précises, qu\u2019au moins la moitié de cet immense territoire ne présente pratiquement aucun intérêt forestier, minier ou énergétique.Autrement dit, si on délimite des aires protégées sans critères écologiques rigoureux, alors oui, on va atteindre 50% de protection, mais ce sera de la poudre aux yeux! À Québec, le ministre de l\u2019Environnement et ses fonctionnaires, trop malins, n\u2019engagent pas le débat sur ces questions.Ils gèrent l\u2019urgence, et l\u2019urgence, c\u2019est la grogne de l\u2019industrie forestière.Le sud du territoire du Plan Nord fait l\u2019objet d\u2019une exploitation forestière intensive.L\u2019industrie rechigne à l\u2019idée de se voir retirer des morceaux de ce qu\u2019elle considère comme «son» terrain de jeu.On trouve des compromis.On jongle un temps avec un concept flou de «réserves de la nature», puis on le retire.À l\u2019automne 2012, l\u2019édifice s\u2019écroule avec la défaite du Parti libéral de Jean Charest.Mais s\u2019écroule-t-il vraiment?Parce qu\u2019ils ont mené un lobbying très large, s\u2019étendant à tous les partis, les organismes dominants au Québec que sont devenus Pew et l\u2019Initiative boréale canadienne (IBC) ne le pensent pas.Même sans Plan Nord, pour eux, l\u2019engagement est pris : la moitié de cet immense territoire sera protégée.On peut voir les choses différemment.Pourquoi donc le Québec devrait-il se lier à un objectif flou et non fondé scientifiquement?Certes, le Grand Nord est un territoire neuf qui mérite une planification originale, laquelle pourrait d\u2019ailleurs être guidée par les principes de conservation.L\u2019occasion est même unique et il faut la saisir rapidement.Mais pour ce faire, il semble plus logique de commencer par écouter les Autochtones qui occupent ces terres depuis des millénai - res et les chercheurs qui étudient ce territoire, plutôt que de se lier à un objectif qui n\u2019est que cosmétique.QS DES FORÊTS DANS LE GRAND NORD Il y a 2,6 millions d\u2019années, des forêts parsemaient le pays jusqu\u2019au-delà du cercle polaire.Alexandre Guertin-Pasquier, étudiant à la maîtrise au département de géographie de l\u2019Université de Montréal, est allé gratter le sol de l\u2019île Bylot, dans le nord du Nunavut.Là, à 2 000 km de la forêt actuellement la plus septentrionale, il a étudié des restes d\u2019arbres découverts il y a quelques années et datant de 2,6 à 3 millions d\u2019années.À cette époque, la température annuelle moyenne qui régnait sur l\u2019île était de 0 °C contre -15 °C aujourd\u2019hui.Il n\u2019est bien sûr pas question ici d\u2019érablières ou d\u2019étendues de chênes de dizaines de mètres de haut.Ces forêts comprenaient les mêmes types d\u2019arbres que l\u2019on retrouve de nos jours dans les forêts les plus nordiques : saules, pins, épinettes, aulnes, mélèzes, etc.Comme maintenant, ces arbres atteignaient des hauteurs maximales de 3 m à 5 m.«Il ne s\u2019agit pas de fossiles, mais bien de restes d\u2019arbres, explique le jeune chercheur.Ils sont restés emprisonnés dans de la tourbe, puis ont été recouverts de sédiments et conservés par le froid.Ce qui explique l\u2019absence de contamination par des germes et leur étonnante préservation.» Les arbres ne peuvent pas avoir été apportés par la voie des eaux, car ils présentent des radicelles qui auraient été irrémédiablement détruites par cette immersion.L\u2019une des choses les plus remarquables à propos de cette découverte est la présence de certaines essences à une telle latitude.De fait, si plusieurs espèces de conifères et de feuillus actuels s\u2019adaptent parfaitement au manque de luminosité, on retrouve sur le site des espèces similaires à celles d\u2019aujourd\u2019hui dont la limite de distribution se trouve beaucoup plus au sud.Comment faisaient-elles pour survivre à l\u2019hiver polaire où la nuit dure environ trois mois?Le mystère reste entier.Avec le réchauffement climatique, une telle forêt pourrait-elle de nouveau exister au nord du 73e parallèle?Cela dépend de nombreux facteurs.«Les modélisations climatiques prévoient que l\u2019île Bylot devrait retrouver le même climat qu\u2019il y a 3 millions d\u2019années dans à peu près un siècle, explique Alexandre Guertin-Pasquier.Mais les forêts ne regagneront pas ces régions avant fort longtemps.Avec les vents dominants actuels, les graines et le pollen voyagent surtout d\u2019ouest en est.Le réchauffement climatique fait bien gagner aux arbres du terrain vers le nord, mais à un rythme très lent, de quelques mètres par an.Il faudra des centaines d\u2019années avant qu\u2019ils atteignent l\u2019île.De plus, pour que les arbres poussent, il faut que d\u2019autres plantes se soient d\u2019abord développées afin de fabriquer un sol propice.» O.R.MENACES SUR LE KOALA Le koala n\u2019a pas la vie facile.Ce symbole australien doit faire face à de nombreux fléaux qui s\u2019abattent sur lui.En plus des accidents de la route, du rétrécissement de son habitat et des attaques des animaux domestiques, deux maladies font des ravages chez ce petit marsupial.Un virus, le KoRV (pour koala retrovirus), provoque des leucémies, des cancers, des insuffisances de la moelle osseuse et un syndrome d\u2019immunodéficience comparable à celui du sida chez l\u2019humain.L\u2019épidémie dont sont victimes les koalas constitue ironiquement une chance d\u2019observer l\u2019intégration des rétrovirus dans les gènes.Son étude pourrait apporter des connaissances précieuses sur ce processus et peut-être permettre de trouver en plus un traitement pour sauver ces marsupiaux.D\u2019autre part, une infection à chlamydia toucherait jusqu\u2019à 50% de ces petits mammifères.Des chercheurs craignent que les deux maladies menacent le koala d\u2019extinction.actualités 12 Québec Science | Décembre 2012 E R I C I S S E L É E / I S T O C K P H O T O Décembre 2012 | Québec Science 13 eurêka! ILS CHERCHENT, ILS TROUVENT, ILS INNOVENT P H I L I P P E J A S M I N ick Sweet n\u2019a pu réprimer un cri de joie lors du très sérieux gala organisé par l\u2019Agence spatiale canadienne pour marquer le 50e anniversaire du lancement d\u2019Alouet - te, premier satellite de communication canadien.Sur scène, on venait d\u2019annoncer que le club étudiant qu\u2019il dirige, Space Concordia, avait remporté le premier prix au Défi canadien de conception de satel - lites.Cette compétition initiée par l\u2019entreprise Geocentrix Technologies opposait des scientifiques de 13 université.La récompense?Un voyage dans l\u2019espace! Ce n\u2019est évidemment pas la quarantaine d\u2019étudiants du club gagnant qui ira se balader en orbite.C\u2019est plutôt ConSat-1, le satellite conçu par la troupe, qui sera propulsé par une fusée à 800 km de la surface terrestre.Avec ses 34 cm de haut, l\u2019engin ressemble à un carton de lait peint en noir.Rien à voir avec Radarsat et les autres grands noms du monde des satellites.«ConSat-1 est un nanosatellite», précise Nick Sweet, qui est originaire de Repen- tigny et finissant en génie informatique.Les nanosatellites ont connu un essor considérable au cours des 10 dernières années, notamment grâce à la miniaturisation des composantes électroniques.C\u2019est ce qui permet à ConSat-1 d\u2019être équipé de trois microprocesseurs.«À 800 km d\u2019altitude, les rayons cosmiques peuvent perturber le fonctionnement binaire des microprocesseurs, explique Gregory Gibson, étudiant en génie électrique et natif À l\u2019assaut du «triangle des Bermudes spatial» Oubliez le club d\u2019échecs, le journal universitaire ou l\u2019équipe de football.À l\u2019Université Concordia, un club étudiant a mis au point un satellite qui ira explorer un des mystères de l\u2019exosphère.Par Dominique Forget N Gregory Gibson, Nick Sweet et Justin Jean-Pierre 14 Québec Science | Décembre 2012 Tout compte fait Seulement 48% des élèves québécois de quatrième secondaire ont réussi l\u2019examen du ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport pour le cours Applications technologiques et scientifiques (ATS) en juin 2012, d\u2019après le quotidien Le Soleil.ATS est l\u2019un des deux cours de sciences obligatoires pour l\u2019obtention du diplôme d\u2019études secondaires.Par ailleurs, l\u2019un des trois cours de mathématiques du même niveau n\u2019a été réussi que par 65% des élèves.Selon la Fédération des syndicats de l\u2019enseignement, qui a mené son enquête auprès de 277 professeurs de sciences et de mathématiques, le programme serait trop chargé pour le nombre d\u2019heures d\u2019enseignement.Puisque le cours ATS, introduit avec la réforme, est nouveau au programme, il est impossible de comparer les résultats à ceux des années précédentes.La Fédération des syndicats de l\u2019enseignement souhaite collaborer avec le Ministère pour ajuster le tir.LA GÉNÉTIQUE DE L\u2019ACCOUTUMANCE Vous êtes accro à la cigarette et toutes vos tentatives pour arrêter de fumer ont échoué?Il est possible que vos gènes vous mettent des bâtons dans les roues.Une étude de l\u2019Institut et hôpital neurologiques de Montréal démontrerait en effet que certaines personnes sont plus sensibles que d\u2019autres aux stimuli du tabagisme.Autrement dit, certains fumeurs ont plus envie d\u2019allumer si on leur met sous le nez une cigarette ou s\u2019ils voient d\u2019autres personnes fumer.Aussi, quand ils tentent d\u2019arrêter, ils sont plus susceptibles de rechuter.Les chercheurs qui ont mené l\u2019étude se sont rendu compte que le rythme de métabolisation de la nicotine dans l\u2019organisme \u2013 c\u2019est-à-dire sa dégradation par une enzyme du foie \u2013 est propre à chaque personne en fonction de ses gènes.Ce sont en effet les gènes qui déterminent la vitesse à laquelle la nicotine est métabolisée.Si cette vitesse est lente, le fumeur maintient un taux de nicotine plutôt constant dans la journée.Au contraire, si un fumeur possède un métabolisme nicotinique rapide, il ressent des poussées de nicotine dès qu\u2019il tire sur sa cigarette et il les associe au sentiment de bien-être qui se manifeste dans son cerveau.On n\u2019a qu\u2019à penser au conditionnement pavlovien pour comprendre la dépendance au tabac.Ces résultats pourraient améliorer les méthodes de désaccoutumance.En effet, connaître le type de métabolisme d\u2019un fumeur avant de se lancer dans une cure permettrait d\u2019adapter la thérapie.Les personnes au rythme lent tireraient sans doute profit d\u2019un traitement avec des timbres à la nicotine.Pour les autres, il vaudrait mieux recourir à une thérapie sans nicotine, qui viserait avant tout à réduire l\u2019état de besoin, à l\u2019aide d\u2019un antidépresseur spécifique, par exemple.de Pointe-Claire.Quand un des microprocesseurs est touché, les deux autres peuvent prendre le relais.» Le satellite étudiant sera lancé en 2013 ou au début de l\u2019année 2014 par une fusée qui reste à être déterminée.Une fois dans l\u2019exosphère, il s\u2019occupera à mesurer les anomalies de radiation dans une portion de l\u2019espace qui surplombe le Brésil et s\u2019étend jusqu\u2019en Afrique du Sud.«Quand les satellites commerciaux traversent cette zone, ils cessent de fonctionner, explique Gregory Gibson.C\u2019est un peu un \u201ctriangle des Bermudes spatial\u201d.On veut prendre des mesures pour mieux comprendre ce qui s\u2019y passe.» En plus du lancement de leur satellite, le prix décerné à Space Concordia permettra la construction d\u2019une station terrestre afin de recevoir les données trans mises par ConSat-1 au moment où celui-ci volera au-dessus de Montréal.Le NORAD (North American Aerospace Defense Command ou Commandement de la défense aérospatiale de l\u2019Amérique du Nord) se chargera de suivre son orbite.L\u2019engin est équipé de petits aimants qui lui permettent de se positionner par rapport au champ magnétique terrestre.«On s\u2019attend à ce que ConSat-1 reste sur son orbite pendant un minimum de un an, mais il pourrait peut-être nous envoyer des données pendant 10 ou 25 ans», rêve Justin Jean-Pierre, qui termine cette année son baccalauréat en génie informatique et qui conçoit aussi des applications pour les téléphones intelligents.L\u2019équipe a travaillé pendant près de deux ans pour mettre au point son prodige.«Notre design mécanique était le plus perfectionné, dit Gregory Gibson, qui joue dans un groupe de rock alternatif pendant ses temps libres.Par exemple, plutôt que d\u2019avoir deux antennes, une première pour émettre des données et une seconde pour en recevoir, notre satellite en a une seule qui peut fonctionner sur deux fréquences différentes.» Plusieurs des membres du club pourraient avoir terminé leurs études avant le lancement de ConSat-1 dans l\u2019espace, mais tous jurent qu\u2019ils continueront à investir temps et énergie pour suivre «leur bébé».«Je marcherais sur des charbons ardents pour assister au décollage de la fusée, même si ça se passe au Kazakhstan», assure Nick Sweet.QS eurêka! > > F R E F O N Achetez 2 abonnements, Plus de 60 titres ! 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QUE SIGNIFIE TOUT CE RAMDAM AUTOUR D\u2019UNE APO LA FIN DU MONDE 16 Québec Science | Décembre 2012 La pleine lune sur le site archéologique de Chichén Itzá, au Mexique.Un paysage que plus aucun humain ne verra d\u2019ici peu, à en croire les prophètes de malheur.K O R D .C O M / F I R S T L I G H T E APOCALYPSE ANNONCÉE ?QUE VOULAIENT VRAIMENT DIRE LES MAYAS ?Par Joël Leblanc E ET PUIS APRÈS ?ur un petit quai qui s\u2019avance dans le golfe du Mexique, Mateo Morales, ancien ouvrier de l\u2019industrie pétrolière reconverti en pêcheur, lance avec adresse son humble filet dans l\u2019eau bleue; et le remonte, chaque fois chargé de deux ou trois poissons.Autour de lui s\u2019agitent des frégates et des pélicans.C\u2019est septembre et quelques rares curieux flânent le long du rivage sous le chaud soleil du Yu- catán.Nous sommes dans le village portuaire de Chicxulub, à une quarantaine de kilomètres au nord de Mérida.Un tel calme, une telle nonchalance surprennent quand on sait que des milliers de touristes convergeront ici pour assister au spectacle ultime : l\u2019anéantissement du monde, qu\u2019avaient prédit les Mayas.Mateo en rigole d\u2019avance.«Des séismes?Des inondations?La fin du monde, c\u2019est pour les touristes.C\u2019est vous les Américains qui l\u2019avez inventée, dit-il en relançant son filet.Nous, on va juste essayer d\u2019en profiter.» Le Mexique a officiellement déclaré 2012 l\u2019«année Maya» et une importante campagne publicitaire, menée dans de nombreux pays, mise sur l\u2019apocalypse pour faire pleuvoir les pesos.Les cinq États du sud-est occupés autrefois par les Mayas \u2013 Tabasco, Chiapas, Campeche, Yucatán et Quintana Roo \u2013, attendent 52 millions de touristes; et plus de 600 événements \u2013 des expositions, des concerts et des célébrations traditionnelles \u2013 ont été Décembre 2012 | Québec Science 17 S Mateo Morales sur son quai de Chicxulub 18 Québec Science | Décembre 2012 organisés pour promouvoir la culture de cette fabuleuse civilisation.Dans cette région pauvre, théâtre de la guerre aux narcotrafiquants, on ne se fait pas trop d\u2019illusions.«Les publicités attirent un peu plus de touristes vers les grands sites archéologiques comme Chichén Itzá, mais l\u2019argent va dans les caisses du gouvernement, pas dans les villages qui en auraient bien besoin», déplore Pedro Solice, un guide d\u2019origine maya établi à Mérida.On peut le croire : les casas d\u2019ici sont rustiques et on préfère souvent la bière à l\u2019eau douce.C\u2019est plus salubre.Si les Mayas modernes n\u2019ont cure de la fin du monde, leur pays porte pourtant les stigmates d\u2019une véritable catastrophe.Chicxulub se situe en effet au cœur même d\u2019un gigantesque cratère de 180 km de diamètre, formé par l\u2019impact d\u2019une météorite à la fin du Crétacé il y a 65,5 millions d\u2019années.Le choc fut d\u2019une telle violence qu\u2019il entraîna des conséquences inimaginables.Pour les dinosaures et pour 60% des espèces vivantes, cela a été incontestablement la fin.D\u2019accord Mateo, cela s\u2019est passé avant l\u2019apparition d\u2019Homo sapiens! Mais l\u2019histoire humaine a aussi connu des fins du monde avec tout ce qu\u2019elles comportent de mys - tère.Il y a 3 200 ans, la civilisation hittite, puissant royaume du Moyen-Orient situé dans la Turquie et la Syrie actuelles, s\u2019éteignait après sept siècles de domi nation sans que l\u2019on pût expliquer pourquoi.Cent ans plus tard, ce sont les Mycéniens, prédécesseurs des Grecs de l\u2019Antiquité et grands vainqueurs de la guerre de Troie, qui subissaient le même sort malgré cinq siècles de hauts faits d\u2019armes.À la même époque, les souverains du Nouvel Empire d\u2019Égypte assistaient impuissants à l\u2019effondrement de leur pouvoir après des siècles de prospérité.Deux mille ans plus tard, au début du Xe siècle de notre ère, le peuple maya \u2013 encore lui \u2013, et la dynastie Tang de Chine disparaissaient à quelques années d\u2019intervalle.Et si nous étions les prochains?Si notre civilisation \u2013 et même l\u2019humanité entière \u2013 était arrivée à une fin et que 2012 s\u2019avérait notre dernière année?Ne nous reste- t-il plus qu\u2019à croire les prophètes de malheur et à surveiller la chute d\u2019une comète meurtrière, une inversion polaire ou un tremblement de terre dévastateur provoqué par un alignement planétaire?N\u2019est-ce pas ce qu\u2019annonçaient les prêtres mayas, précisant même que le monde devait s\u2019arrêter ce 21 décembre 2012?«Oh là! Jamais de la vie!, s\u2019exclame Louise Paradis, archéologue à l\u2019Université de Montréal.Aucun texte maya ne parle d\u2019une fin des temps pour 2012 ou de quelque autre date que ce soit.» Notre pêcheur Mateo au- 500 Quelques théologiens s\u2019accordaient pour prédire la fin du monde 6 000 ans après sa création.Tout dépendait donc de la date à laquelle on fixait cette création mais, pour beaucoup, l\u2019an 500 était la date finale.À noter : l\u2019intérêt pour les chiffres ronds dans les prédictions apocalyptiques.6 avril 793 La panique s\u2019empare des gens de Tolède en Espagne qui, la veille de Pâques, jeûnent toute une nuit à la suite de l\u2019annonce de l\u2019imminente fin du monde.Au lendemain, toujours vivants, les crédules s\u2019offrent un festin.800 Beau chiffre rond, on prédit donc l\u2019Apocalypse.1033Millième anniversaire de la crucifixion du Christ.Bonne raison pour annoncer sa deuxième venue et le début de la fin.1284 Le pape Innocent III an non - ce l\u2019Apocalypse cette année-là, 666 ans après la naissance de l\u2019Islam.1er février 1524 Selon les calculs d\u2019astrologues, un déluge devait faire disparaître Londres cette journée-là; 20 000 personnes abandonnèrent leur maison.On stocka de la nourriture et de l\u2019eau dans une forteresse bâtie pour l\u2019occasion, mais il ne plut même pas.On refit les calculs et on annonça le cataclysme pour le 1er février 1624.Un autre coup d\u2019épée dans l\u2019eau.20 février 1524 Un alignement de quelques planètes fut interprété comme un signe de la fin des temps.Le monde devait être détruit par un déluge en cette journée, puisque l\u2019alignement se trouvait dans la constellation des Poissons.« IL EST DANS LA NATURE DES HUMAINS DE CONFÉRER DES SUPER-POUVOIRS AUX PEUPLES DISPARUS ET MYSTÉRIEUX.ON AIME À PENSER QUE LES CIVILISATIONS ANCIENNES ÉTAIENT PLUS SAGES QUE NOUS, ET QUE LEUR GRAND SAVOIR A DISPARU AVEC ELLES.» \u2013 ROBERT LAMONTAGNE, ASTROPHYSICIEN Le temple des Masques, Lamanai, au Belize P H O T O S : J O Ë L L E B L A N C CHRONOLOGIE DE LA FIN DES TEMPS UNE SÉLECTION DES rait-il raison?«La date du 21 décembre 2012, poursuit la spécialiste des civili - sations mésoaméricaines, apparaît dans le \u201ccompte long\u201d comme la fin d\u2019un cycle et le début d\u2019un autre, rien de plus que l\u2019équivalent du passage d\u2019un millénaire à un autre pour nous.» «La fin du monde, c\u2019est un concept indo-européen, renchérit Robert Lamon- tagne, astrophysicien à l\u2019Université de Montréal et spécialiste malgré lui, depuis quelques années, des catastrophes planétaires.Pour les Mayas, la continuité représentait la norme, la notion de fin du monde n\u2019existait pas.» Si tel était le cas, alors pourquoi cette prophétie a-t-elle été autant relayée?Robert Lamontagne a sa petite idée : «Il est dans la nature des humains de conférer des super-pouvoirs aux peuples disparus et mystérieux.On aime à penser que les civilisations anciennes étaient plus sages que nous, et que leur grand savoir a disparu avec elles.Cette propension est particulièrement poussée dans les mouvements New Age.» e «mayanisme», justement, a émergé dans la première moitié du XXe siècle.Cemouvement nouvel âge attribue aux anciens Mayas des capacités quasi divines.Il les désigne en outre comme les inventeurs du calendrier mésoaméricain (ce qui est faux) et allègue qu\u2019ils comprenaient la précession des équinoxes (rien ne l\u2019indique).À ces théories incertaines, les adeptes du maya- nisme mêlent des relents de croyances aux extraterrestres et à la disparition de l\u2019At- lantide.Mais au fait, qui étaient les Mayas?«Il s\u2019agit du peuple autochtone qui a occupé l\u2019Amérique centrale de l\u2019an 2000 avant notre ère jusqu\u2019à l\u2019arrivée des Espagnols au XVIe siècle, précise Louise Paradis.Les Mayas ont été précédés par les Olmèques, une civilisation de laquelle ils ont hérité plusieurs traits culturels et sûrement quelques gènes.» Ils ont occupé un territoire qui englobe aujourd\u2019hui le sud-est du Mexique, le Belize, le Guatemala, le nord du Honduras et le nord du Salvador.Cultivateurs de maïs, de haricots et de courges, ils étaient aussi pêcheurs.Leur mythologie les a poussés à jucher leurs temples sur de hautes pyramides en paliers afin de se rapprocher du dieu soleil.À l\u2019arrivée des conquistadors, les Mayas étaient déjà fortement en déclin, probablement en raison de graves famines provoquées par de très longues et anormales périodes de sécheresse.Il fut facile pour les Espagnols de les combattre et de les assimiler.C\u2019est seulement il y a 200 ans qu\u2019on les a «redécouverts», lorsque les ruines de différentes cités ont été repérées sous la gangue végétale de la jungle qui avait rapidement repris ses droits.«Plusieurs sites comme Chichén Itzá et Uxmal au Mexique, Tik\u2019al au Guatemala, Lama- nai au Belize et Copán au Honduras ont été dégagés, explique Louise Paradis, mais des dizaines dorment encore dans la forêt.» La visite de ces sites, souvent reconnus par l\u2019UNESCO comme patrimoine mondial de l\u2019humanité, fascine les touristes.La hauteur et la stature des imposants édifices enflamment l\u2019imagination.Parmi les pyramides et les temples, on a identifié quelques observatoires astronomiques.«Les Mayas n\u2019étaient pas des \u201csauvages\u201d, tient à préciser Robert Lamontagne.Ils étaient d\u2019excellents observateurs du ciel.Ils décortiquaient le mouvement des astres pour élaborer des calendriers précis qui avaient une utilité pratique : mesure du temps, récoltes, voyages, navigation, etc.Mais ils n\u2019étaient pas les seuls à le faire.Les Grecs, les Égyptiens et les Babyloniens Décembre 2012 | Québec Science 19 1658 Christophe Colomb lui- même avait annoncé la fin du monde pour cette année-là, soit 7 000 ans après la Création.1666 Le chiffre du millénium additionné au nombre de la Bête ne pouvait indiquer\u2026 que la fin.Le grand incendie de Londres fut même considéré comme l\u2019amorce de la destruction.5 avril 1719 Jacques Bernouilli, ancêtre d\u2019une famille de mathématiciens, annonce le retour d\u2019une comète qui doit balayer toute vie sur Terre.19 mai 1780 Le ciel s\u2019obscurcit mystérieusement pendant plusieurs heures en Nouvelle-Angleterre, tandis que des hectares de forêt brûlent plus à l\u2019ouest.On craint alors la venue du Jugement dernier.1856 La guerre de Crimée est vue comme la bataille de l\u2019armageddon.1874 Première prophétie de fin du monde par les Témoins de Jéhovah.Il y en aura d\u2019autres : 1878, 1881, 1910, 1914, 1918, 1925, 1975, 1984, 1999.1900 Le père Lachaise annonce la fin pour 1900; chiffre rond encore.18 mai 1910 Passage de la comète de Halley.La fin est proche.17 décembre 1919 À cause de l\u2019alignement de six planètes, un météorologue annonce la destruction du Soleil.1998-2000 : La fin du siècle! Plus de 140 prédictions différentes en 3 ans.Sans compter le fameux bogue de l\u2019an 2000 qui devait saboter tous les systèmes informatiques.2012 Le 21 décembre, tous aux abris! L Cinteotl, le dieu du maïs Les Mayas érigaient des pyramides pour se rapprocher du dieu soleil.Ici, la pyramide du Devin de la cité d\u2019Uxmal, au Mexique.El Caracol, vestige archéologique du site de Chichén Itzá, qui servait d\u2019observatoire astronomique.S MEILLEURES FINS DU MONDE DE NOTRE HISTOIRE ! avaient aussi ce savoir.» Le calendrier maya comptait 365 jours, mais il n\u2019incluait aucun jour intercalaire, comme en comportent nos années bissextiles pour compenser la durée réelle de l\u2019année solaire qui est en vérité de 365,242198 jours.Il s\u2019y glissait donc une erreur d\u2019un jour tous les quatre ans, ce qui faisait graduellement décaler l\u2019année au cours des siècles.En comparaison, le calendrier julien d\u2019avant l\u2019ère chrétienne n\u2019accumulait qu\u2019un jour de retard tous les 150 ans.Et notre calendrier grégorien s\u2019égare d\u2019une journée tous les 3 300 ans.Côté astronomie, les Mayas étaient donc bons élèves, mais nullement plus doués que les autres peuples.Et leurs pyramides?Ils ont laissé de très nombreux et impressionnants ouvrages d\u2019architecture, mais cela ne faisait pas d\u2019eux une civilisation «avancée» pour autant.Leurs outils et armes étaient de pierre, car ils ne connaissaient pas vraiment les métaux, et ils n\u2019utilisaient pas la roue.Chaque cité était un état autonome.Bien que reconnus pour leurs qualités guerrières, jamais les Mayas ne se sont regroupés comme le firent les Grecs, ce qui facilita de beaucoup la tâche des conquistadors qui écrasèrent leurs clans les uns après les autres.\u2019 est au milieu du XXe siècle que les hiéroglyphes mayas ont commencé à livrer leurs secrets aux archéologues.On a découvert la fameuse inscription de Tortuguero évoquant la fin du cycle au XIIIe baktun (voir l\u2019encadré sur le calendrier maya en page 43).Il n\u2019en fallait pas plus aux adeptes 20 Québec Science | Décembre 2012 Une soudaine et intense activité solaire Le Soleil, c\u2019est bien connu, ne brille pas toujours avec la même ardeur.Des siècles d\u2019observation ont permis de mesurer ses variations d\u2019intensité.Ces dernières suivent un cycle très inconstant, dont les pics reviennent en moyenne tous les 11,2 ans.Selon les catastrophistes, un pic d\u2019activité solaire particulièrement puissant devait culminer en 2012.Les astronomes l\u2019attendent plutôt pour 2013\u2026 et ce pic s\u2019annonce inhabituellement faible.L\u2019inversion des pôles Le champ magnétique de notre planète est mouvant; les pôles nord et sud se déplacent de plusieurs kilomètres chaque année et l\u2019intensité du champ n\u2019est pas constante non plus.Des archives géologiques démontrent que ce champ s\u2019est inversé à de nombreuses reprises dans le passé de la Terre, soit au moins 300 fois au cours des 200 derniers millions d\u2019années.Actuellement, on mesure une baisse de la force du champ magnétique, ce qui fait dire aux alarmistes qu\u2019une inversion est imminente, inversion durant laquelle nous ne bénéficierons plus d\u2019aucune protection contre les dangereux rayons cosmiques.Mais ce qu\u2019ils ignorent, c\u2019est que le champ magnétique du dernier siècle était anormalement intense et qu\u2019il tend en ce moment vers des valeurs normales.Même si la dernière inversion remonte à 780 000 ans, rien n\u2019annonce qu\u2019il s\u2019en produira une nouvelle, pas même au cours du prochain millénaire.Un alignement planétaire dévastateur Toutes les planètes du Système solaire se placeront sur une même ligne avec le Soleil et leurs forces gravitationnelles s\u2019additionneront, ce qui disloquera la Terre et la fera exploser.Ah bon?Premièrement, n\u2019importe quel petit logiciel capable de calculer la position des planètes peut démontrer qu\u2019aucun alignement n\u2019est prévu à court ou long terme.En fait, cela n\u2019a probablement jamais eu lieu depuis la formation du système solaire.De toute manière, le cas échéant, les forces résultantes seraient à peu près équivalentes à un centième de la force gravitationnelle que la Lune exerce sur nous.L\u2019explosion d\u2019une étoile en supernova L\u2019étoile Bételgeuse, qui se trouve dans la constellation d\u2019Orion, est en fin de vie.Elle explosera, dit-on, en une supernova qui expulsera une formidable énergie destructrice autour d\u2019elle.Or, le spectacle se produira quelque part au cours des 100 000 prochaines années et ne constituera un danger que pour les planètes situées dans un rayon de 25 années-lumière.Nous sommes à 600 années-lumière de cette étoile! Une collision avec une autre planète Malgré les progrès de l\u2019astronomie et les innombrables observations télescopiques, il se trouve encore des gens pour croire que des planètes encore inconnues \u2013 Niribu ou Planète X \u2013 se cachent à l\u2019intérieur ou aux abords du Système solaire et que l\u2019une d\u2019elles entrera bientôt en collision avec la Terre.L\u2019éruption d\u2019un super-volcan Il y a des volcans et il y a des super-volcans.Ces derniers explosent très rarement, mais la destruction qu\u2019ils provoquent aux environs est totale, comme le prouvent certains indices géologiques.Le parc de Yellowstone, au Wyoming, est situé sur l\u2019un de ces super-volcans.Il paraîtrait qu\u2019il va entrer en éruption en 2012, ce que ne corroborent aucunement les données du Yellowstone Volcano Observatory qui épie les moindres signes d\u2019activité volcanique du monstre depuis 2001.LES CATACLYSMES ANNONCÉS C E L E N A K A L I S T R A T O V A du nouvel âge pour y constater un autre talent des Anciens : celui de prédire la fin des temps.En 1966, dans son livre intitulé TheMaya, l\u2019archéologueMichael D.Coe écrit: «Il est suggéré [.] que l\u2019armageddon emporterait les peuples dégénérés de la Terre et toute la création au dernier jour du treizième [baktun].Ainsi, [.] notre Univers actuel [.] serait annihilé quand le grand cycle du compte long aura atteint sa fin.» En 1975, cette fin du XIIIe baktun commença à devenir le sujet de spéculation chez de nombreux auteurs NewAge.Selon eux, elle correspondait à une «transformation globale de la conscience».En 1987, Jose Argüelles, auteur états-unien versé dans le mayanisme, annonce officiellement dans son livre Le facteur maya la date de la fin du monde : le 21 décembre 2012 (il ne la verra pas, puisqu\u2019il est décédé en 2011).«Ensuite, le Web s\u2019est chargé du reste, explique Robert Lamontagne.La croyance a dépassé les rangs des ésotériques et a atteint la toile mondiale.De tous les cataclysmes qui ont été proposés pour la destruction finale, le seul qui soit \u201cmentionné\u201d par les Mayas est un quelconque alignement galactique.Il correspond au passage du Soleil devant le centre de la galaxie à tous les ans.Les autres éléments apocalyptiques s\u2019y sont greffés par la suite : pic de l\u2019activité solaire, inversion des pôles, super- alignement planétaire, explosion de l\u2019étoile Bételgeuse, collision avec la planète Niribu, éruption d\u2019un super-volcan, etc.Au total une demi-douzaine de catastrophes, toutes plus imprévisibles les unes que les autres.» La supposée prophétie est donc un ramassis de chimères pour donner un semblant de scénario de fin du monde.Mais malgré ses invraisemblances, pourquoi certains y ont-ils cru ou y croient-ils encore?Et cela, après l\u2019échec notoire de centaines de prophéties de fin du monde, d\u2019apocalypse, d\u2019armageddon qui ont nourri l\u2019imaginaire collectif durant les derniers millénaires.Combien faudra-t-il encore de fausses prophéties pour qu\u2019on cesse d\u2019y porter attention?Pourquoi l\u2019humain cultive-t-il cette angoisse d\u2019une improbable fin?«C\u2019est une projection de notre condition première : il est certain qu\u2019on va mourir et il doit en être de même pour le monde.Les prophéties de fin du monde sont aussi vieilles que l\u2019humanité, confirme Alain Bouchard, sociologue des religions à l\u2019Université Laval.Les êtres humains ont besoin d\u2019être inquiets pour se sentir vivants.En imaginant une fin, on enchante le monde, même si ce n\u2019est pas de façon positive.On a l\u2019impression de sortir du quotidien, de la routine, pour entrer dans un univers où il se passe \u201cautre chose\u201d.» Bref, de tout temps, on a aimé le surnaturel, la magie.Si les Mayas ont fait état de la fin d\u2019un cycle, on conclut qu\u2019ils voulaient parler d\u2019une fin du monde.«Intrinsèquement, nous avons des mécanismes qui nous font faire des rapprochements faciles.Même si ces liens sont fragiles, ce n\u2019est pas ça qui importe; l\u2019important c\u2019est que ça vienne conforter notre foi», précise le sociologue.Autour des prophéties de fin des temps se créent des collectivités dans le but de préparer l\u2019«après» ou d\u2019être capables, ensemble, de survivre au bouleversement.«On a alors l\u2019impression d\u2019avoir accès à une chose à laquelle le voisin n\u2019a peut- être pas accès.On se sent comme un initié; on est déjà en situation privilégiée; on est une espèce d\u2019élu et on est capable de décoder les événements qui se déroulent autour de soi comme autant de signes annonciateurs de la fin qui approche.C\u2019est valorisant!» conclut Alain Bouchard.Car il ne faut pas oublier que la fin d\u2019un monde, particulièrement dans les religions monothéistes, signifie surtout le commencement d\u2019un monde meilleur où les fidèles seront récompensés et les mécréants châtiés.Quand on estime qu\u2019on fait partie du camp des fidèles, on peut même avoir hâte à ce moment de récompense ultime : la félicité! Et comme les grandes religions sont encore bien tenaces, parions qu\u2019il y aura quantité d\u2019autres apocalypses.La fin des fins n\u2019est pas pour demain\u2026 QS Décembre 2012 | Québec Science 21 POURQUOI L\u2019HUMAIN CULTIVE-T-IL CETTE ANGOISSE D\u2019UNE IMPROBABLE FIN?«C\u2019EST UNE PROJECTION DE NOTRE CONDITION PREMIÈRE : IL EST CERTAIN QU\u2019ON VA MOURIR ET IL DOIT EN ÊTRE DE MÊME POUR LE MONDE », DIT LE SOCIOLOGUE ALAIN BOUCHARD.La fin du monde est un sujet de prédilection pour les prophètes et.les caricaturistes.Le Musée McCord de Montréal en fait un sujet d\u2019exposition qui se tient jusqu\u2019au 26 janvier 2013.Calendrier maya 2012, Garnotte (alias Michel Garneau).© Musée McCord Catastrophe nucléaire en Russie, Aislin (alias Terry Mosher) 1986, © Musée McCord Bombardements, Éric Godin, 1999, © Musée McCord Comment expliquez-vous le grand engouement que les théories annonçant une prochaine fin du monde suscitent aujourd\u2019hui?D\u2019un point de vue rationnel, l\u2019apocalypticisme ne peut pas signifier la fin du monde, puisque les scientifiques ont prédit que celle-ci aurait lieu dans environ 7 milliards d\u2019années.Pourtant, cette vision, qui puise ses fondements dans la littérature biblique \u2013 le Livre de Daniel, qui relate l\u2019exil juif à Babylone; l\u2019Apocalypse de saint Jean; le Nouveau Testa - ment \u2013, n\u2019a cessé depuis 22 siècles de gagner du terrain et de captiver un public de plus en plus large.Aujourd\u2019hui, plusieurs personnes voient à travers le prisme de l\u2019apocalyp ticisme.En 2012, les scénarios apocalyptiques sont beaucoup plus populaires qu\u2019à l\u2019époque de la grande dépression économique des années 1930 ou de la Deuxième Guerre mondiale.L\u2019apocalypticisme transcende les sociétés.C\u2019est un phénomène so- ciétal qui fait fi des frontières religieuses, des idéologies et des cadres culturels.Qui sont aujourd\u2019hui les tenants de l\u2019apocalypti- cisme?La vision augurant une fin du monde imminente est partagée par des groupes hétéroclites : les fondamentalistes juifs, musulmans et chrétiens; des peuples qui sont opprimés; des individus qui considèrent que leur culture est sérieusement menacée par la mondialisation, etc.Bien qu\u2019ils ne prônent pas la fin du monde, les fondamentalistes religieux partagent aussi largement la vision apocalyptique dans la mesure où, pour eux, le monde est divisé entre le bien et le mal.Ces intégristes exhortent le pouvoir divin à intervenir pour corriger les dérèglements qui, selon eux, minent l\u2019existence humaine sur terre.Pour beaucoup de gens non religieux, l\u2019apocalypticisme est désormais la seule réponse et la seule solution aux graves problèmes sociaux, politiques et écologiques qui affligent l\u2019humanité.Pendant de nombreux siècles, les fondements de l\u2019apocalypticisme étaient essentiellement religieux.Ce n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui?La croyance en l\u2019apocalypse n\u2019a plus un fondement strictement biblico-religieux.Au- jourd\u2019hui, beaucoup d\u2019adeptes de l\u2019apoca- lypticisme, qu\u2019ils soient laïcs ou religieux, sont résolument convaincus que les hommes et les gouvernements sont totalement inaptes à trouver des solutions viables aux grands problèmes auxquels l\u2019humanité est au- jourd\u2019hui confrontée : l\u2019environnement, la crise économique mondiale, le sous-développement dans les pays pauvres et les famines, par exemple.À leurs yeux, les solutions à ces problèmes gravissimes ne peuvent émaner que d\u2019une entité externe \u2013 divine ou extraterrestre \u2013 par rapport aux systèmes sociaux et politiques contemporains.C\u2019est une vision très tranchée de l\u2019avenir.Pour les croyants en l\u2019apocalypse, le monde actuel est divisé entre les forces du mal et les forces du bien.Ils sont persuadés que la crise économique ou une succession de catastrophes naturelles provoqueront bientôt 22 Québec Science | Décembre 2012 U N I V E R S I T E C O N C O R D I A Directeur du département des sciences religieuses de l\u2019Université Concordia, où il est professeur agrégé depuis 2009, Lorenzo DiTommaso est l\u2019auteur de plusieurs essais remarqués et de plus de 100 articles scientifiques sur les croyances apocalyptiques.Son prochain ouvrage, The Architecture of Apocalypticism, premier volume d\u2019une trilogie, sera publié en 2013 par Oxford University.Dans ce livre, l\u2019auteur démonte les ressorts des croyances apocalyptiques très en vogue aujourd\u2019hui dans les pays occidentaux et du Tiers-Monde, et analyse exhaustivement la place que celles-ci occupent dans différentes cultures.En raison du grand intérêt que les scénarios apocalyptiques suscitent aujourd\u2019hui, Lorenzo DiTommaso est fréquemment invité à donner des conférences aux quatre coins du monde.Il se rendra au cours des prochains mois à Jérusalem, Milan, Londres et Brasilia.Pour lui, en cette deuxième décennie du XXIe siècle, la croyance en l\u2019apocalypse \u2013 notion qu\u2019il décrit avec le terme «apocalypticisme» \u2013 est une réponse puissante, mais «totalement inepte» aux grands problèmes actuels.«Croire, ou faire croire, que notre monde sera sauvé et innocenté par une puissance céleste ou une réalité transcendante, c\u2019est un déni du rationalisme scientifique et un grand leurre.Pourtant, de plus en plus de gens adhèrent à cette vision réductrice et fallacieuse de l\u2019avenir de l\u2019humanité», constate-t-il avec inquiétude.La croyance en la fin du monde se sécularise et se mondialise.L\u2019entrevue Un grand leurre \u201c \u201d Décembre 2012 | Québec Science 23 un cataclysme tellement dévastateur que les structures sociales et politiques actuelles s\u2019effondreront.Selon eux, un plan divin visant à reconstruire un monde meilleur se profile derrière les forces de l\u2019histoire.Pour les tenants de l\u2019apocalypticisme, il est urgent d\u2019éradiquer le monde dans lequel nous vivons pour le remplacer par quelque chose de meilleur où les forces du mal seront définitivement annihilées.Les nouvelles technologies de l\u2019information comme Internet et les médias sociaux ne sont- elles pas devenues les principaux relayeurs des thèses apocalyptiques?Internet et les médias sociaux ont indéniablement grandement contribué à la propagation des croyances apocalyptiques à l\u2019échelle planétaire.L\u2019apocalypticisme est un phénomène très paradoxal, surtout à une époque où l\u2019humanité a fait des bonds de géant au chapitre des avancées scientifiques et technologiques.Aujour - d\u2019hui, on continue à envoyer des hommes dans l\u2019espace; des découvertes majeures nous permettent de mieux déterminer la taille de l\u2019Univers; on pense avoir décrypté la morphologie du célèbre boson de Higgs, la pièce manquante à l\u2019échafaudage construit par les physiciens pour décrire l\u2019infiniment petit.De leur côté, les adeptes des théories apocalyp tiques interprètent, ordonnent et extrapolent à leur manière à partir des crises socioéconomiques ou des catastrophes naturelles, auxquelles ils confèrent une dimension eschatologique augurant la fin des temps.Ils ont ainsi établi, avec une assurance déconcertante, un magistère de la connaissance du futur qui transcende l\u2019empirisme scientifique et le rationalisme humain.Par exemple, les récents tremblement de terre et tsunami, qui ont dévasté le Japon, ont une explication scientifique, une dimension sociale (la destruction de villages entiers), une dimension démographique (la population de Fukushima s\u2019est enfuie).Or, pour les tenants de l\u2019apocalypticisme, cette catas- A A R O N M c C O N O M Y / C O L A G E N E .C O M 24 Québec Science | Décembre 2012 trophe naturelle recèle une tout autre dimension.Elle est le signe patent de la fin du monde qui, selon eux, est très proche.L\u2019apocalypticisme n\u2019est-il pas une solution simpliste pour solutionner des problèmes très complexes?L\u2019apocalypticisme n\u2019est certainement pas une vision d\u2019enfant ni d\u2019adulte de l\u2019avenir du monde.C\u2019est une vision d\u2019adolescent qui envisage le futur de l\u2019humanité sans aucune nuance et d\u2019une manière radicalement binaire : en noir et blanc.Il y a le bien et le mal, et absolument rien entre ces deux conceptions antinomiques.Les prophéties apocalyptiques se basent sur trois grands axiomes.Premièrement, le monde est divisé entre les tenants du bien et les hérauts du mal.Deuxièmement, un autre monde, envisagé comme un paradis, transcende le monde actuel.Troisièmement, ce dernier est en perdition et doit être remplacé par un autre univers où l\u2019humanité pourra enfin s\u2019épanouir et vivre en paix.C\u2019est une vision du futur simpliste, imma ture et très dangereuse.Quelle place occupe le célèbre calendrier maya dans les croyances apocalyptiques?Ces trois dernières décennies, le calendrier maya a nourri les scénarios apocalyptiques les plus débridés.Dans les années 1980, un groupe de chercheurs français a transformé la tendance cyclique du calendrier maya en une tendance linéaire qui a renforcé les prédictions apocalyptiques.Il faut rappeler que l\u2019apocalypticisme est fondé sur une notion du temps qui est linéaire et non cyclique.Certains des cycles du calendrier maya annoncent des événements astronomiques qui auront lieu dans le futur, jusqu\u2019à 7 000 ans après l\u2019époque présente.La théorie voulant que les Mayas aient prédit la fin du monde le 21 décembre 2012 a commencé à se propager.Cette prédiction a été réfutée par une équipe d\u2019archéologues états-uniens qui ont retrou - vé en 2010, dans une galerie souterraine d\u2019un temple au Guatemala, des fresques datant de 1 200 ans représentant le plus ancien calendrier maya.Ces chercheurs ont démontré que l\u2019année 2012 est le terme d\u2019un cycle de 5 125 années et non l\u2019annonce de la fin du monde.C\u2019est seulement l\u2019échéance de 13 baktun, qui signifie «cycle» en langue maya, et non pas la fin du comptage du calendrier maya, qui est infini, même s\u2019il est divisé en segments.Comment expliquer les divergences d\u2019interprétation auxquelles le calendrier maya donne lieu dans la communauté scientifique?Le calendrier maya est très complexe.Le système de comptage qu\u2019il utilise pour mesurer le temps est toujours l\u2019objet de vifs débats parmi les spécialistes.À l\u2019instar des autres calendriers amérin - diens, le calendrier maya se base aussi sur la notion apparente des corps célestes.Scientifiquement, nous savons que les étoiles ne bougent pas, que ce sont les êtres humains qui se déplacent.Les calculs de ce calendrier ont été établis en partant du postulat que les étoiles se déplacent.Les Mayas n\u2019avaient pas la même conception de la précision que les scientifiques du XXIe siècle.Dans le grand cycle du calendrier maya, d\u2019une durée de 26 000 ans, la notion de précision est plutôt floue.L\u2019apocalypse prédite par le calendrier maya à la fin de 2012 est-elle devenue une croyance fortement ancrée chez de nombreux peuples et cultures?À la différence de l\u2019apocalypse de 2011 annoncée par le pasteur et animateur de radio chrétien états-unien Harold Camping, dont les fondements sont essentiellement bibliques, celle de 2012, faussement prédite dans le calendrier maya, est devenue au fil des années un véritable phénomène de société, surtout grâce à Internet et aux médias sociaux, qui ont relayé avec frénésie cette conjecture.L\u2019apocalypse de 2012 s\u2019est transformée en une «méga-prédiction apocalyptique» [NDLR: le terme anglais employé par Lorenzo DiTommaso est super flat apocalypticism].Ainsi, à l\u2019époque de la rationalité scientifique et de la primauté intellectuelle des hommes, un large public fasciné par les théories apocalyptiques s\u2019est attelé consciemment ou inconsciemment à forger, à partir de la prédiction induite par le calendrier maya, ses propres visions sur l\u2019avenir du monde.Les fondements des théories apocalyptiques ne puisent plus leur essence uniquement dans la tradition biblico-religieuse.Nous sommes aujour - d\u2019hui dans une nouvelle ère de l\u2019apocalyp- ticisme, sa phase séculière.Désormais, les balises théologiques traditionnelles, imposées par le judaïsme, le christianisme et l\u2019islam, sont éludées.Les positions sur l\u2019apocalypticisme exprimées jadis par les rabbins, les prélats catholiques et les imams ne sont plus prises en considération.L\u2019apo- calypticisme est ainsi sorti peu à peu de son cadre traditionnel religieux pour se séculariser et se mondialiser.QS Propos recueillis par Elias Levy L\u2019entrevue \u201cL\u2019apocalypticisme, c\u2019est une vision d\u2019adolescent, qui envisage le futur de l\u2019humanité sans aucune nuance et d\u2019une manière radicalement binaire: en noir et blanc.Il y a le bien et le mal, et absolument rien entre ces deux conceptions antinomiques du monde.C\u2019est immature et très dangereux.» 7 TE pose Je more p 2e ATE | y LJ Lampe) 024 URICESIMAISONS \"Mals@n du 21 GI ècl LE MAGAZINE DE LA MAISON SAINE ECOBOGIQUES \u2014 et depuis 12994 | \u201cRE TAN UP 3 / \\\" bid (2 Des maisons solaires ; ND 4 A ETE Sr HR rs a haute performance > a 4 ç rite EUX a la fine pointe des unie 4 ELE] wi iE maisons saines © 7 ry 4 HDB hoo 14) LS Pager IHOHINS IgE WE HIS b 2 li ly ' & PONS PMB < CII als@n il Crag 1 - ATE CAR \u2014pe ve (7 \u20ac À er A TR Tif by 9 a u Numéro d\u2019essai gratuit, abonnements, archives, cours, consultations et coffret DVD (14 émissions de télé) WWW MalSONSalne ca 26 Québec Science | Décembre 2012 l s\u2019appelait Marc-André Gohier-Desmarais.Il avait 24 ans.Il était beau, il était fort, aimé de tous.«Du genre à faire 100 km en plein milieu de la nuit pour venir en aide à un ami en difficulté», raconte sa mère, Danielle Go- hier, les joues striées de longues coulées de mascara noir.Attablée dans un Tim Hortons de Laval, en banlieue de Montréal, la digne dame avoue qu\u2019elle ne s\u2019en remet pas : «Cela a fait 17 mois hier, mais c\u2019est encore très dur.» La mort de Marc-André ressemble à une de ces tragiques publicités de la Commission de la santé et de la sécurité du travail.Par un matin ven - teux, en plein mois de décembre, le jeune menuisier commence sa journée à Saint-Adolphe-d\u2019Howard, dans les Laurentides, où il travaille à la cons - truction d\u2019un chalet qui surplombera le lac Sainte-Marie.C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019on monte les murs.Un énorme crochet de métal fixé à un câble tendu à l\u2019extrême, un treuil, quelques ouvriers qui manœuvrent à l\u2019ombre du couvert forestier.Dos au lac, Marc-André vérifie le crochet attaché à l\u2019un des pans de mur quand, tout à coup, clac!, le câble cède, projetant le crochet qui le frappe de plein fouet au visage.Le jeune homme bascule dans le vide sous l\u2019impact.Sa tête heurte violemment la berge, 7 m plus bas.Quand l\u2019ambulance arrive, il est inconscient; il a le nez défoncé, le visage tuméfié, l\u2019arrière du crâne fracassé.Transféré au centre de traumatologie de l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal (HSCM), Marc-André ne reprendra jamais connaissance.Mais parce que ses parents ont autorisé les médecins à prélever ses organes, cinq personnes ont, grâce à lui, pu continuer à vivre.Entre ces deux événements, entre le deuil et la renaissance, la douleur et la joie, le désespoir et l\u2019espoir, a eu lieu ce prodige scientifique et humain : l\u2019extraction des organes d\u2019un mort et leur transfert dans le corps d\u2019un vivant.Ce prodige, quelque 1 270 Québécois en ont rêvé en 2011.De ce nombre, seulement 400 ont obtenu le rein, les poumons, le cœur, le pancréas ou le foie qu\u2019ils attendaient et 50 sont morts, faute d\u2019avoir eu à temps l\u2019organe salvateur.Quand on examine froidement les statistiques, cela saute aux yeux : le Québec manque d\u2019organes pour répondre à la demande.L\u2019année dernière, seulement 140 personnes ont, à l\u2019instar de Marc-André, fait ce «don de vie» \u2013 comme disent les campagnes de sensibilisation \u2013 pour un taux global de 15 donneurs par million d\u2019habitants.C\u2019est plus que la moyenne canadienne (13,7), mais cela reste une des plus basses du monde! Les Québécois seraient-ils donc si peu généreux?«Pas du tout, répond le docteur Pierre Marsolais, conseiller médical à l\u2019enseignement et au développement hospitalier chez Transplant Québec.Selon un récent sondage effectué par notre organisme, 9 personnes sur 10 se disent favorables au don d\u2019organes et les trois quarts de la population affirment être prêts à poser le geste.» Dans les faits, la moitié des Québécois apposent leur signature au bas de leur carte d\u2019assurance maladie Au Québec, près de 1300 personnes attendent un rein, un cœur, un foie, un poumon ou un pancréas.À peine le tiers d\u2019entre elles seront opérées dans l\u2019année, et 50 mourront après avoir patienté en vain.Pourtant, 90% des Québécois se disent prêts à donner leurs organes après leur mort.Qu\u2019est-ce qui cloche?Par Pascale Millot ORGANES I RECHERCHÉS I L L U S T R A T I O N : I S A B E L L E A R S E N A U L T ) S | \u201d oN = > a (4 1 { .bs Ny Ÿ a\u201c, r= \\ \u201cA 7 A \u2014\u2014- 4 7 ro.\u2014\u2014\u2014\"\" / i 74 \u2018L ~ Ah _\u2014 EN \u2014 383-200 Sd 7 [EE = re\u201d v ar A eet S \u2014 CR a Cr oa as : Sa 2 TE.WN rN vy \\ NX Re hy SN 3 » arseomnoult / h, Mi >= A 1 Na f G nT Tiny \u2014 à nN) A % A À.= ry ui TW ou s\u2019inscrivent sur le Registre des consentements de la Chambre des notaires.Sauf que signer ne suffit pas.Il faut savoir que c\u2019est toujours la famille qui a le dernier mot.En fait, la signature de la personne décédée sert essentiellement à faciliter la décision des proches qui ignorent souvent les volontés du défunt.Et puis, ne donne pas ses organes qui veut! Première condition : être en état de mort cérébrale, alors que notre cerveau ne fonctionne plus, mais que notre cœur bat toujours.Or, cette «manière de mourir» ne représente que 1% à 2% des décès (voir l\u2019encadré «Mourir, c\u2019est compliqué» à la page 29).Il s\u2019agit la plupart du temps de victimes de traumatismes fulgurants (accidents de la route, du travail ou accidents vasculaires cérébraux).Fort heureusement, ces morts violentes sont de plus en plus rares, notamment parce que les campagnes de sécurité routière ont fait chuter le nombre d\u2019accidents.Il y a un autre «problème» avec la mort cérébrale : elle va à l\u2019encontre de notre conception habituelle de la grande faucheuse.Pendant longtemps, c\u2019est l\u2019arrêt du cœur qui signait notre arrêt de mort.Une mort claire, évidente, dont les manifestations ont été reproduites ad nauseam dans les tableaux de maîtres, les films de guerre, les séries télévisées.La respiration s\u2019arrête, le regard devient vitreux, la peau pâlit, le corps se refroidit, puis durcit.Rien de tel avec la mort cérébrale.Je l\u2019ai constaté moi-même en me rendant au chevet d\u2019un jeune homme fauché par un sale coup du destine beau garçon allongé dans le lit numéro 10 du service des soins intensifs du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) est parfaitement immobile.Il a les yeux clos, un tuyau dans la gorge, des sondes branchées un peu partout.Il est chaud, sa peau est rosâtre et sa poitrine se soulève à un rythme régulier.À l\u2019écran, au-dessus du lit, le tracé dentelé de l\u2019électrocardiogramme reproduit fidèlement les battements de son cœur.Il a l\u2019air de dormir.Mais il ne dort pas.La veille, il a subi un choc terrible qui a bousillé son cerveau.Le scan a confirmé les ravages.Dans la nuit, un médecin a constaté le décès et l\u2019a noté sur le certificat.Pour confirmer le diagnostic, le docteur André Denault, intensiviste au CHUM, reprend les examens et m\u2019invite à assister à ce rituel troublant.Il soulève les paupières du jeune homme et, à l\u2019aide d\u2019un pointeur lumineux, teste ses réflexes pupillaires.La pupille ne change pas.«Le nerf optique fait partie du cerveau, dit-il.Si le cerveau est détruit, il ne répond plus.» Il vérifie ensuite les réactions à la douleur.Rien ne bouge, ni à l\u2019échographie ni sur le corps du patient.Enfin \u2013 et c\u2019est là le test déterminant \u2013, l\u2019inhalothérapeute débranche le respi ra - teur artificiel qui forçait l\u2019entrée d\u2019air dans les poumons de l\u2019hom me et injecte à la place de l\u2019oxygène.On appelle ça le «test d\u2019apnée».Dix minutes \u2013 pas une de plus, pas une de moins \u2013, c\u2019est le temps qu\u2019il faut pour s\u2019assurer qu\u2019on ne peut respirer par soi-même.Dix minutes où rien ne bouge dans le lit numéro 10 en cet après-midi d\u2019automne.Puis l\u2019inhalo- thérapeute rebranche la machine.Et les poumons du jeune homme aux yeux clos se gonflent à nouveau.Il y a de quoi être troublé face à ces morts qui n\u2019en ont pas l\u2019air.«Pour les familles, c\u2019est difficile de réaliser que leur proche, qui semble respirer normalement sous leurs yeux, est parti pour toujours», 28 Québec Science | Décembre 2012 «S\u2019occuper d\u2019un donneur d\u2019organes est tellem des résidents arrivent en quatrième année de jamais avoir été confrontés à cette réalité», Pierre Marsolais.Ainsi, 20% à 40% desmédecins reconnaître la mort cérébrale.L Le docteur Pierre Marsolais, intensiviste à l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, entouré des infirmières spécialisées en don d'organes et de tissus, Marie-Claude Prud'homme (à gauche) et Véronique Patoine.P H I L I P P E J A S M I N reconnaît France-Élaine Loiselle, la coordonnatrice de Transplant Québec, dépê - chée sur les lieux ce jour-là.Cela peut même être difficile pour des médecins.En fait, plusieurs études internationales démontrent qu\u2019une proportion importante d\u2019entre eux (de 20% à 40%) ne savent pas reconnaître la mort cérébrale.Il faut dire que la formation en ce domaine fait cruellement défaut.Dans les facultés de médecine québécoises, elle se limite à quelques heures, généralement en début de cursus.Intensiviste à l\u2019HSCM, Pierre Marsolais dispense ce cours à l\u2019Université de Montréal.Depuis des années, l\u2019énergique docteur se bat pour augmenter le nombre de dons d\u2019organes, une cause à laquelle il entend bien convertir tous les médecins de la province.«S\u2019occuper d\u2019un donneur d\u2019organes est tellement rare que bien des résidents arrivent en quatrième année de spécia - lisation sans jamais avoir été confrontés à cette réalité», explique-t-il.Résultat, ils hésitent; ils sont mal à l\u2019aise, et ne réussissent pas à aborder la question avec les familles des donneurs, alors complètement atterrées par la perte d\u2019un être cher.«Certains médecins se sentent même en conflit d\u2019intérêts, craignant de se faire reprocher de ne pas avoir tout fait pour sauver la vie de leur patient afin d\u2019utiliser ses organes au bénéfice d\u2019un autre malade», poursuit le médecin.Pis, il leur arrive même de se tromper.En juin 2011, à l\u2019Hôpital Sainte-Croix de Drummondville, Madeleine Gauron, 77 ans, a été déclarée morte après s\u2019être étouffée avec un os de poulet.Un médecin, qui n\u2019avait visiblement pas suivi le cours 101 en mort cérébrale, a demandé à son fils la permission de prélever les organes de sa mère.Celui-ci a refusé.Grand bien lui fit, madame Gauron s\u2019est réveillée le lendemain! Ces cas sont heureusement rarissimes mais, chaque fois, ils entachent pour des mois, voire des années, cette cause difficile Décembre 2012 | Québec Science 29 ent rare que bien e spécialisation sans », déplore le docteur ns ne savent pas MOURIR, C\u2019EST COMPLIQUÉ Longtemps, c\u2019est l\u2019état de notre cœur qui a déterminé si nous étions vivant ou mort.Maintenant, c\u2019est celui de notre cerveau.Quand est-on vraiment mort?Cette question, on ne passe en général pas ses temps libres à se la poser.Elle est pourtant au centre de la médecine de transplantation.C\u2019est en 1968 que la Harvard Medical School a adopté le concept de mort cérébrale (ou mort neurologique).Puisque la médecine avait désormais les moyens de maintenir artificiellement un cœur en fonction, il était devenu illogique de considérer ses battements comme l\u2019indicateur absolu de la vie.En modifiant la définition de la mort, on s\u2019est également assuré d\u2019une bien meilleure qualité des organes destinés à la greffe.Car même si le cerveau s\u2019éteint, la circulation sanguine, maintenue artificiellement, permet d\u2019oxygéner cœur, reins, poumons, foie et pancréas pendant plusieurs heures, in vivo, en parfait état pour la greffe.Poser un diagnostic de mort neurologique est cependant un exercice délicat qui nécessite notamment de connaître les circonstances ayant mené à l\u2019arrêt du cerveau, afin d\u2019écarter ce que l\u2019on appelle les «facteurs confondants».Certaines drogues, des barbituriques, de l\u2019alcool ou une hypothermie sévère peuvent en effet imiter cet état.Selon la «définition de Harvard», cinq critères président à la détermination de la mort cérébrale : l\u2019absence d\u2019activité électrique dans le cerveau, de réactivité à l\u2019examen neurologique, de réponse à la douleur, de réflexes des nerfs crâniens et de ventilation spontanée.Mais en 1976, le Royaume-Uni a révisé cette définition.Désormais, ce n\u2019était plus l\u2019ensemble du cerveau qui servait de baromètre pour constater le décès (whole brain death), mais le tronc cérébral (brain stem death).Cette petite partie du système nerveux central située à l\u2019arrière du crâne, sous le cerveau, relie la moelle épinière au reste de l\u2019encéphale et est responsable de la respiration, du rythme cardiaque ainsi que du contrôle de la douleur.Au Canada, un comité d\u2019experts sélectionné par le Conseil canadien pour le don et la transplantation (CCDT) a été chargé, en 2003, d\u2019harmoniser les pratiques.«Il y avait beaucoup de variantes dans l\u2019application des critères de diagnostic de la mort cérébrale selon les provinces et même selon les hôpitaux», explique le docteur Sam Shemie, titulaire de la Chaire Bertram-Loeb de dons d\u2019organes et de tissus à l\u2019Université d\u2019Ottawa, qui a dirigé ce comité d\u2019experts.Entre autres recommandations, le comité a décidé d\u2019adopter la définition plus large de la mort cérébrale (brain stem death), comme au Royaume-Uni.Cette définition est cependant loin de faire l\u2019unanimité.«Au Canada, il n\u2019y a pas de définition légale de la mort, précise le docteur Marsolais.Celle-ci peut être prononcée par un médecin selon la \u201cpratique médicale acceptée\u201d.» Ainsi, certains appliquent la définition préconisée par le CCDT (basée sur le tronc cérébral) et d\u2019autres utilisent toujours les critères de Harvard en s\u2019assurant que le cerveau au complet ne présente plus d\u2019activité.P.M.Sur ce scan cérébral, on voit bien la différence entre le cerveau d\u2019un individu en santé, d\u2019un autre en état de mort cérébrale et d'un troisième en état neurovégétatif. à porter.«Il suffit d\u2019un cas comme celui- là pour faire chuter le nombre de consentements de la population», dit le directeur de Transplant Québec, Louis Beaulieu.Or, pour un donneur qui échappe au système, c\u2019est potentiellement huit personnes qui ne pour ront bénéficier de la greffe tant attendue.Dans des conditions idéales, il est en effet possible de «récupérer» les deux reins, les deux poumons, le pancréas et le cœur.Quant au foie, parce qu\u2019il a la capacité de se régénérer, il sera dans certains cas coupé en deux, chacune des parties pouvant ensuite être transplantée séparément.Mais avant d\u2019en arriver là, il y a un travail colossal et une logistique délirante à orga niser.Car on ne greffe pas des organes en criant scalpel.Les maintenir en bon état pour la transplantation demande des heures d\u2019efforts, des moyens techniques importants et, de la part des méde cins intensivistes qui s\u2019oc cu pent du donneur, une connaissance avan cée de la physiologie humaine.Il faut administrer des vasopresseurs et des inotropes pour maintenir la pression, insérer un cathéter dans l\u2019artère pulmonaire pour mesurer la volé - mie, installer un support respiratoire, effectuer une bronchoscopie, aspirer les sécrétions, surveiller la température, doser diligemment les hormones pour réduire l\u2019inflammation des organes, trans - fuser plasma et plaquettes, adminis trer des antibiotiques.Trop d\u2019eau et c\u2019est l\u2019œdème pulmonaire; pas assez et c\u2019est le cœur qui lâche.Trop de sodium et le foie sera rejeté par le receveur.Et oubliez le mythe de la course contre la montre.Entre le moment où la famille de l\u2019homme du lit numéro 10 aura consenti au don, et celui où ses organes seront prélevés, il se sera écoulé plus de 36 heures.Des heures qui serviront à stabiliser certaines fonctions endommagées par l\u2019accident et les interventions de réanimation.C\u2019est aussi le temps qu\u2019il faudra à Transplant Québec pour «répartir» les organes selon un ordre de priorités complexe qui tient compte du temps passé par un malade sur la liste d\u2019attente, de la compatibilité sanguine et cellulaire du donneur et du receveur, de l\u2019âge et de l\u2019état de santé du futur greffé, etc.Il faut aussi organiser le transport des équipes chirurgicales, réserver les salles d\u2019opération, informer la famille du déroulement des choses pour qu\u2019elle puisse prendre des dispositions funéraires.Et les paramètres varient d\u2019heure en heure.L\u2019état du donneur peut soudainement se détériorer.Quant aux receveurs, ils peuvent être affaiblis par une infection et se trouver dans l\u2019impossibilité de subir une opération de cette ampleur.C\u2019est sans compter certaines anomalies ou patho - logies qui ne seront visibles qu\u2019une fois le prélèvement des organes effectué et qui, à la dernière minute, peuvent tout faire échouer.our les équipes de soins intensifs aussi, ces moments sont éprou vants.«Ce qui motive la plupart des médecins, explique le docteur Marsolais, c\u2019est la bienveillance.Nous sommes heureux quand notre patient va mieux.Dans le cas d\u2019un donneur, cela fait déjà des heures que l\u2019on travaille pour le sauver; il meurt malgré tout, et il nous faut encore passer des heures à son chevet pour que ses organes soient greffés à de parfaits inconnus.En plus, jamais personne ne reconnaîtra que vous avez fait quelque chose d\u2019exceptionnel.» Seule gratification?Le soulagement des familles.«Sa mort a servi à quelque cho - se.» «Il était si généreux; il aurait été heureux de savoir qu\u2019il a fait le bien.» «Elle est par tie si vite; je suis soulagé d\u2019avoir respecté ses dernières volontés.» Des phrases com - me celles-là, toutes les familles qui ont consenti au don en prononcent.«Stéphanie s\u2019apprêtait à entrer au cégep en sciences infirmières.Elle voulait sauver des vies.Elle est décédée, mais elle a sauvé des vies», raconte René Tapp, dont la fille est morte en 2008 dans un accident de la route.Puis, il ajoute, doucement : «Nous aussi, ça nous a donné une raison de continuer\u2026» Plusieurs études confirment les bienfaits psychologiques de ce geste altruiste sur les proches de la personne décédée.Dans un article publié par Clinical Transplantation en 2008, une équipe de Colombie-Britannique a bien démontré que, quand le processus se déroule correctement, les familles ressentent moins de symptômes de stress post-trau- 30 Québec Science | Décembre 2012 Entre le deuil et la renaissance, la douleur et la joie, le désespoir et l\u2019espoir, a lieu ce prodige scientifique et humain: l\u2019extraction des organes d\u2019un mort et leur transfert dans le corps d\u2019un vivant.P K E V I N C U R T I S / S P L matique, de dépression et de tristesse que les autres endeuillés.Un sondage effectué en 2006 par Impact Recherche pour le compte de Transplant Québec auprès de 500 familles a révélé que 9 personnes sur 10 estiment que ce geste a eu un effet positif sur leur deuil.Et puis, bien sûr, à l\u2019autre bout de la chaîne, il y a ces gens pour qui le mot «don» prend tout son sens.Des gens comme Louise Delisle qui, atteinte de fibrose kystique, a passé des mois enchaînée à des bonbonnes d\u2019oxygène avant de recevoir de nouveaux poumons, en 2006.«Je me souviens de ce jour où, après mon opération, je suis allée me promener dans un parc le long du fleuve Saint-Laurent.Il y avait des buttes que je descendais et que je montais en riant, sans pouvoir m\u2019arrêter.Ce sentiment d\u2019euphorie ne m\u2019a jamais quittée.Respirer à fond, ne pas tousser aussitôt que je suis couchée sur le dos, faire du vélo, du tennis, ne plus avoir de rhumes tout le temps; chaque jour, je suis reconnaissante», raconte cette rédactrice de la région de Montréal.Louise a eu de la chance et elle le sait.Mais pour un patient qui tire le bon numéro, il y en a des dizaines qui ne connaîtront jamais cette renaissance.Car la liste d\u2019attente gonfle d\u2019année en année.Au Québec, elle s\u2019est allongée de 400 noms depuis 2004.C\u2019est pire dans le reste du Canada, et la tendance n\u2019est pas prête de s\u2019inverser alors que la population vieillit.On greffe maintenant des patients à un âge avancé (au-delà de 70 ans, voire de 80 ans pour le foie).Surtout, il faudra composer dans les prochaines années avec l\u2019épidémie de diabète qui, dans près de la moitié des cas, s\u2019accompagne d\u2019insuffisance rénale.Or, le rein est déjà l\u2019organe dont le manque est le plus criant.En 2011, 975 des 1 264 personnes de la liste de Transplant Québec en attendaient un.Des pressions économiques se font aussi sentir, car la médecine dispose aujourd\u2019hui de moyens très sophistiqués \u2013 mais aussi très coûteux \u2013 pour maintenir en vie des malades en attente d\u2019une greffe.Dans les couloirs de l\u2019Hôpital de Montréal pour enfants, la photo d\u2019un adolescent au sourire éclatant illustre tout le dilemme de la médecine de transplantation.Prisonnier d\u2019un cœur de Berlin (une pompe artificielle remplaçant l\u2019organe défectueux), Vincent Lambert a vécu dans le service des soins intensifs pendant 10 mois.Il y a subi cinq opérations à cœur ouvert.Coût du séjour?Trois millions de dollars.«Il a fini par obtenir un cœur et, deux semaines plus tard, il est rentré chez lui, mais il aurait pu aussi mourir quelques jours avant d\u2019avoir sa greffe», explique le docteur Sam Shemie, intensiviste à l\u2019Hôpital.Au-delà de ce cas extrême, il en est d\u2019autres, tristement banals, comme ces dizai nes de milliers de malades qui subissent de longues séances d\u2019hémodialyse pour filtrer leur sang plusieurs fois par semaine.Un traitement qui coûte pas moins de 60 000 $ par année et par patient, alors qu\u2019une transplantation rénale revient à 70 000 $.Même en ajoutant les 10 000 $ de médicaments antirejet par année, la greffe s\u2019avère plus rentable.Elle est aussi plus efficace.«La dialyse est un traitement imparfait qui diminue de beaucoup la qualité et l\u2019espérance de vie.Ainsi, après cinq ans de dialyse, 40% à 60% des patients sont encore en vie, alors que 85% des greffés du rein survivent après cinq ans», explique le docteur Jacques Malaise, chirurgien-transplanteur au CHUM.Dans quelques heures, deux personnes diront adieu à la dialyse.Pour le moment, il est 21 h 30 dans le service des soins intensifs du CHUM.À l\u2019écran, au-dessus du lit numéro 10, le tracé de l\u2019électrocardiogramme est toujours aussi régulier.Quelque part, dans une petite maison de banlieue, une femme inconsolable ne comprend toujours pas pourquoi le destin a choisi de lui enlever si brutalement l\u2019homme qu\u2019elle aime.Bientôt, un chirurgien ouvrira la cage thoracique et l\u2019abdomen de son amoureux, et prélèvera ses organes internes.Son cœur s\u2019envolera ensuite pour ailleurs au Québec, où une autre femme, tiraillée entre la peur et l\u2019espoir, entend déjà distinctement les battements de sa nouvelle vie.QS Suite du dossier à la page suivante Décembre 2012 | Québec Science 31 Il était une fois la greffe d\u2019organes\u2026 L\u2019histoire de la transplantation a donné lieu à autant de légendes que d\u2019exploits.Quelques repères.C\u2019est en 1952 qu\u2019a eu lieu, à Paris, la première greffe réussie d\u2019un organe humain.Le docteur Louis Michon, de l\u2019hôpital Necker, avait transplanté à un charpentier de 17 ans, tombé d\u2019un toit, un des reins de sa mère.Le jeune homme mourut 21 jours plus tard.Le 3 décembre 1967, le controversé chirurgien Christiaan Barnard pratiquait, en Afrique du Sud, la première greffe cardiaque sur un patient qui ne survécut que 18 jours.Car on avait beau maîtriser les techniques de transplan - tation \u2013 la suture vasculaire est au point depuis le début du siècle \u2013, l\u2019organisme hôte rejetait presque systémati - quement le greffon.Les choses n\u2019allaient cependant pas tarder à changer avec la découverte de la ciclosporine, ce médicament immunosup - presseur mis en marché au début des années 1980, qui, en neutralisant les défenses immunitaires du receveur, a fait chuter sensible ment le nombre de cas de rejet.Aujourd\u2019hui, la transplantation est devenue une opération courante.On en réalise plus de 100 000 par année dans le monde.Au Canada, ce sont quelque 2 300 personnes (dont 400 au Québec) qui reçoivent chaque année ce «don de vie».P.M.I L L U S T R A T I O N : I S A B E L L E A R S E N A U L T e téléphone ne dérougit pas dans les locaux de l\u2019Organisa tion nationale de transplantation (ONT), à Madrid.À l\u2019écran des ordinateurs défilent les noms de milliers de malades qui, de l\u2019Andalousie à la Catalogne, en passant par le Pays basque et les Baléares, attendent l\u2019appel salvateur.L\u2019appel que Javier Garcia Luque a reçu, il y a quatre ans.Le volubile gaillard souffrait d\u2019une maladie auto-immune rarissime incurable et mortelle.À 38 ans, son foie a cessé de fonctionner.Il a dû quitter son boulot de camionneur.Il a perdu 20 kg; sa peau est devenue orange; son estomac s\u2019est mis à gonfler.Puis, il a commencé à vomir du sang et devait se rendre fréquemment à l\u2019hôpital pour nettoyer son organisme des toxines qui l\u2019empoisonnaient.Les médecins ont été très clairs : seule l\u2019implantation d\u2019un nouveau foie pourrait lui permettre de continuer à vivre.Et puis, il y a eu ce jour où le téléphone a sonné.Après une dizaine d\u2019heures passées sur la table d\u2019opération, il s\u2019est réveillé avec le foie d\u2019un autre, rempli d\u2019espoir et de reconnaissance.«J\u2019ai demandé un miroir et j\u2019ai tout de suite vu que mon teint était redevenu rosâtre.Je savais que l\u2019opération avait réussi», raconte-t-il dans son petit appartement de Guadarrama, au nord-ouest de la capitale espagnole.Bien sûr, il lui a fallu du temps avant de retrouver la forme mais, aujourd\u2019hui, il a repris une vie presque normale, si ce n\u2019est des 16 pilules qu\u2019il avale quotidiennement, et le strict régime alimentaire auquel il est astreint.Javier a de la chance : il vit dans le pays où le système de don d\u2019organes fonctionne le mieux.Avec son taux record de 34 donneurs par million d\u2019habitants, la contrée de Dalí et de Nadal est citée en exemple et a été maintes fois imitée, notamment par le Portugal, la Croatie, la Russie, l\u2019Uruguay, l\u2019Argentine et la Belgique.L\u2019Organisation mondiale de la santé l\u2019a érigé en modèle.Pourtant, on s\u2019en doute, on ne meurt pas plus en Espagne que dans les autres pays industrialisés, et le mythe selon lequel les accidents de voiture y sont plus fréquents est démenti par les récentes statistiques.Les Espagnols ne sont pas non plus de nature plus généreuse.«Ce n\u2019est pas parce que le sujet est abordé dans plusieurs films de Pedro Almodovar que les gens sont plus enclins à donner leurs organes», dit en riant David Rodríguez-Arias.Ce chercheur à l\u2019Institut de philosophie du Centre 32 Québec Science | Décembre 2012 L Les employés de l\u2019Organisation nationale de transplantation, à Madrid, en plein boulot; au fond, avec la chemise bleue, David Unuñela, infirmier et formateur pour l\u2019ONT.Ci-contre : Comme des milliers d'Espagnols, Juan Castiella a signé sa carte pour dire : «Soy Donante» (je suis un donneur).À gauche : à la Fondation Puigvert de Barcelone, située dans le magnifique hôpital Sant Pau, on travaille à augmenter le nombre de dons de reins entre «vifs».P H O T O S : P A S C A L E M I L L O T LE MODÈLE ESPAGNOL En Espagne, on croit avoir trouvé le remède au manque d\u2019organes.Ce modèle est-il «transplantable» chez nous?Par Pascale Millot des sciences humaines et sociales du Conseil national de recherche espagnol travaille depuis de nombreuses années sur ce sujet.Il a raison.Selon les sondages, 57% seulement de la population se dit prête à ce geste de générosité.Est-ce alors la loi qui favorise le don d\u2019organes?L\u2019Espagne est en effet soumise au régime du «consentement présumé», par opposition au «consentement explicite», en vigueur au Canada.En d\u2019autres termes, chaque citoyen est tenu d\u2019inscrire son refus sur un registre, à défaut de quoi il est considéré comme un donneur potentiel.Au Canada, c\u2019est l\u2019inverse; il faut avoir clairement exprimé sa volonté (sur le Registre de consente - ment de la Chambre des notaires, son testament ou sa carte d\u2019assurance maladie) pour être considéré comme un donneur.«Dans les faits, cela ne change pas grand-chose, car nous demandons toujours l\u2019autorisation à la famille et, si elle refuse, nous respectons ses volontés», certifie le docteur Santiago Yus, intensiviste à l\u2019hôpital La Paz, à Madrid, un des plus gros au pays.Pour appuyer ses dires, il brandit son téléphone portable dans lequel est enregistré le numéro de l\u2019ambassade de Russie.«J\u2019ai déjà cherché à joindre la famille d\u2019un homme né en Russie pour obtenir son accord», dit-il tout en reconnaissant que la loi espagnole permet des exceptions.«Il est arrivé que nous prélevions des organes sur des itinérants dont on n\u2019a jamais pu retrouver la famille», admet le docteur Yus, ce qui serait illégal au Canada.Il faut cependant chercher ailleurs les raisons du succès ibérique.«Notre secret?Nous avons mis en place un système qui nous assure d\u2019identifier tous les donneurs potentiels», s\u2019enorgueillit Rafael Matesanz, dans son vaste bureau.Avant d\u2019être nommé à la tête de l\u2019organisation d\u2019État, le médecin pratiquait la néphrologie dans un hôpital madrilène.Il avait assisté, en 1986, à la grève des chirurgiens transplanteurs réclamant plus d\u2019organes pour faire leur travail.En 1979, il avait entendu les rues de la capitale résonner, non pas des revendications des mineurs au chômage, mais des slogans des dialysés.Somos enfermos en riñon artificial («Nous sommes malades de nos reins artificiels»), pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants.afael Matesanz n\u2019a pas pris son mandat à la légère.Directeur de l\u2019ONT depuis 1989, il a provoqué une petite révolution.En 3 ans, il a désigné 100 mé - decins coordonnateurs (au- jourd\u2019hui, ils sont près de 180), assistés chacun d\u2019au moins une infirmière, dont la principale mission consiste à identifier, dans l\u2019ensemble des services de leur établissement, les donneurs potentiels.La plus grande difficulté?La même qu\u2019au Canada : obtenir la collaboration des autres intensivistes, souvent surchargés et peu sensibilisés au don d\u2019organes.«L\u2019objectif des médecins est de sauver la vie de leurs patients.Nous leur demandons de s\u2019occuper d\u2019un mort.En ce sens, nous représentons leur échec et nous sommes parfois vus comme des vautours qui rôdent», explique Santiago Yus qui est l\u2019un de ces coordonnateurs.À ces ressources humaines s\u2019ajoute un programme de formation que l\u2019ONT dispense dans toute l\u2019Espagne, mais aussi dans d\u2019autres pays européens et en Amérique du Sud.Ainsi, depuis 1990, 14 000 professionnels \u2013 intensivistes, urgentologues, neurologues, personnel des urgences extrahospitalières, infirmières \u2013 ont reçu un cours de 9 heures qui porte notamment sur le diagnostic de mort cérébrale, mais qui s\u2019intéresse aussi beaucoup à la manière d\u2019aborder les familles dans ces moments extrêmement difficiles.«Avant, les gens mouraient à la maison parmi les leurs.Aujourd\u2019hui, ils meurent à l\u2019hôpital entourés de personnes qu\u2019ils ne connaissent pas.Les professionnels doivent avoir des outils pour soutenir et informer correctement les proches.Le don d\u2019organes est abordé dans cette optique, comme une \u201coption de fin de vie\u201d», explique David Unuñela, infirmier et formateur pour l\u2019ONT.Le nerf de la guerre?Le financement! «Partout dans le monde, les hôpitaux qui pratiquent les greffes travaillent fort pour repérer les donneurs potentiels, car sans organes, pas de greffes.Mais sensibiliser les nombreux hôpitaux qui ne sont pas des centres de transplantation est beaucoup plus difficile», estime Rafael Matesanz.Pour pallier ces difficultés, les gouvernements provinciaux subventionnent les hôpitaux en fonction du nombre de donneurs identifiés.Enfin, au lieu de dépenser des milliards en campagnes publiques d\u2019information, l\u2019ONT cible les médias.«Il a été clairement établi que le niveau de connaissances du public est directement lié au niveau d\u2019éducation des journalistes en ce domaine», poursuit monsieur Matesanz.Et l\u2019ONT ne ménage pas ses efforts.Campagnes de presse, formation des coordonnateurs pour expliquer les notions complexes aux journalistes, réunions avec les médias spécialisés, sans oublier quelques recommandations spéciales aux reporters étrangers dans mon genre pour les dissuader de rencontrer des éthiciens ou des philosophes, rien n\u2019est laissé au hasard pour faire «passer le message».Résultat, depuis la création de l\u2019organisation, le taux de donneurs a plus que doublé, passant de 14 par million d\u2019habitants à 34.L\u2019Espagne est ainsi un des rares endroits au monde où la liste des malades en attente d\u2019un organe n\u2019a pas augmenté, malgré la croissance démographique.Mais les choses vont changer.Car on souffre là-bas des mêmes maux qu\u2019ailleurs et la demande pour des transplantations est constamment en hausse.Comment faire grimper encore le nombre d\u2019organes disponibles alors qu\u2019on utilise déjà ceux qu\u2019il aurait été impensable de transplanter il y a quelques années : des reins et des foies provenant de personnes de 70 ans?Ou encore des organes provenant d\u2019individus souffrant d\u2019hypertension, de diabète et même Décembre 2012 | Québec Science 33 R Le docteur Santiago Yus, médecin-coordonnateur en don d'organes à l'hôpital La Paz, à Madrid, accompagné des infirmières Damiana Gurria Sanz et Socorro Alvarez. d\u2019hépatite C, qui seront greffés à des receveurs souffrant de la même maladie?«Nous ne pourrons plus répondre à la demande si nous nous limitons aux donneurs en état de mort cérébrale», reconnaît Rafael Matesanz.Que faire?L\u2019ONT n\u2019a pas l\u2019intention de perdre son rôle de leader en ce domaine.D\u2019abord, elle préconise de développer le don «entre vifs».Comme on donne son sang ou sa moelle osseuse, on peut offrir un rein ou une partie de son foie de son vivant à son mari, son enfant; voire, dans certains cas, à un parfait inconnu (on appelle ça le don «altruiste»).Cela comporte de nombreux avantages médicaux.Ainsi, la transplantation peut être effectuée tôt dans l\u2019évolution de la maladie du receveur, avant même le début des traitements de dialyse, ce qui entraîne généralement de bien meilleurs résultats.Mais ce geste extrême de générosité soulève de sérieuses questions éthiques.Un médecin peut-il légitimement mettre en danger la santé d\u2019un individu en pleine forme, même si c\u2019est dans le but de sauver quelqu\u2019un d\u2019autre?«Il est prouvé que les risques pour le donneur sont vraiment minimes.Cela dit, aucun médecin n\u2019aime prélever un rein sur un donneur vivant», explique Lluis Guirado Perich, chef du service de transplantation rénale à la Fondation Puigvert de Barcelone.Comment, par ailleurs, s\u2019assurer que le donneur n\u2019a pas été manipulé par le receveur ou d\u2019autres membres de la famille pour forcer son «altruisme»?Afin de prévenir ces abus, les médecins s\u2019efforcent de comprendre les motivations des donneurs.«Au Québec, explique la docteure Isabelle Houde, néphrologue et présidente du comité du don d\u2019organes et de tissus de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec, nous menons des entretiens psychologiques avec le donneur et il m\u2019est déjà arrivé de conseiller à une mère de retirer son offre quand je me suis aperçue qu\u2019elle avait subi ce genre de manipulation.» n Espagne comme ailleurs, une autre avenue est mise de l\u2019avant : prélever des organes sur des personnes non pas en état de mort cérébrale, mais en état de mort cardiaque (après décès cardiovas- culaire ou DDC).En fait, cette pratique n\u2019est pas nouvelle.Dans les débuts de la médecine de transplantation, avant la définition du concept de mort cérébrale, c\u2019était la seule manière d\u2019obtenir des organes.«Cependant, on s\u2019est vite rendu compte que ceux-ci étaient en bien meilleur état quand on les prélevait sur des patients dont le cerveau était éteint, mais dont le cœur battait toujours», explique Pierre Marsolais, de l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.Aujourd\u2019hui, les techniques de préservation des organes se sont grandement améliorées, ce qui a encouragé les médecins à recourir de nouveau à ce type de prélèvement.Les choses sont cependant compliquées car, quand le cœur cesse de battre, les autres organes dépérissent rapidement; et plus on attend, plus les risques de détérioration augmentent.Il faut donc faire vite.Très vite.La version canadienne du prélèvement après décès cardiovasculaire \u2013 dit «contrôlé» \u2013 concerne des patients hospitalisés présentant des atteintes neurologiques graves, pour lesquels la famille a accepté l\u2019arrêt des traitements.Si le cœur flanche à l\u2019intérieur d\u2019une fenêtre temporelle de deux heures (pas plus, sinon, les organes seront trop abîmés), on peut effectuer le prélèvement.Avant cela, a lieu un étrange rituel.Le no touch dans le jargon des médecins.Pendant une période de temps variable (entre 5 et 10 minutes au Québec, 2 minutes à Pittsburgh, 72 secondes à Denver!), les médecins vérifient l\u2019absence de circulation et de respiration, ce qui suffit à s\u2019assurer de la permanence de l\u2019arrêt cardiaque.C\u2019est aussi le temps dont dispose la famille pour «se recueillir» avant que la personne chère soit emmenée en salle d\u2019opération.«L\u2019équipe chirurgicale est prête dans la salle d\u2019à côté car, quand le cœur est arrêté, les reins déclinent rapidement.Il faut canuler l\u2019aorte pour injecter un liquide froid dans les reins et les mettre ainsi en dormance cellulaire afin de les protéger.Après, on peut commencer la dissection», poursuit le docteur Marsolais.Pour l\u2019instant, seuls des reins et quelques foies ont été prélevés dans le cadre d\u2019un projet pilote qui a débuté en 2007.Mais on entend généraliser cette pratique et l\u2019étendre au pancréas ainsi qu\u2019aux poumons.En Espagne les choses se déroulent de manière différente.«Il s\u2019agit de personnes qui ont subi un arrêt cardiaque en dehors de l\u2019hôpital.Après l\u2019échec d\u2019une réanimation de 30 minutes, les patients sont branchés sur un respirateur et on commence les mesures de préservation des organes dans l\u2019ambulance.À l\u2019hôpital, le décès est déclaré et on procède à une circulation extracorporelle, comme on le fait pour des opérations cardiaques, par exemple.Dans plusieurs cas, avant même de demander l\u2019autorisation à la famille pour le don d\u2019organes», explique Ivan Ortega.Juriste et chercheur à l\u2019école d\u2019infirmerie de l\u2019université de Alcalá de Henares, il travaille avec le philosophe David Rodriguez afin d\u2019améliorer les protocoles et d\u2019augmenter le taux de donneurs.Mais pas à n\u2019importe quel prix.En avril dernier, les deux chercheurs ont cosigné un article dans The Lancet qui remet en question certaines pratiques troublantes.«Il y a des cas documentés, en Autriche, en Suède, au Japon, en France et aux États-Unis, où les mêmes techniques de \u201créanimation\u201d que l\u2019on utilise dans le but de maintenir les organes en bon état pour être transplantés ont permis à quelques patients de revenir à la vie avec un pronostic neurologique acceptable», poursuit Ivan Ortega qui est aussi infirmier des services préhospitaliers d\u2019urgence par hélicoptère à Madrid.Pour éviter ce genre d\u2019«inconvénients», certains experts recommandent de gonfler un ballonnet dans l\u2019aorte, ce qui empêche le sang de remonter jusqu\u2019au cerveau au cas où le patient n\u2019aurait pas perdu toutes ses fonctions cérébrales.On comprend que cette recommandation soulève elle aussi la controverse.QS 34 Québec Science | Décembre 2012 «Nous ne pourrons plus répondre à la demande si nous nous limitons aux donneurs d\u2019organes en état de mort cérébrale», reconnaît le directeur de l\u2019Organisation nationale de transplantation espagnole, Rafael Matesanz.E Rafael Matesanz économise z jusqu\u2019à 56 % (sur le pri x en kiosq ue) N O V E M B R E / D É C E M B R E 2 0 1 2 | 5 , 9 5 $ TESTÉS POUR VOUS DES IDÉES DE CADEAUX POUR LES CYCLISTES ESSAIS UN CYCLOCROSS ET DEUX VÉLOS DE MONTAGNE 29 PO LE DÉFI VÉLO MAG PAR CEUX QUI L\u2019ONT VÉCU DESTINATIONS BRÉSIL, CYCLOTOURISME ET CHALEUR HUMAINE ROULER DANS LES MONTAGNE BLANCHES TENDANCES 2013 AU SALON INTERBIKE, CHEZ CANNONDALE, NORCO ET SPECIALIZED PLUS Entraînement Nutrition Mécanique ce n\u2019est pas parce que c\u2019est noël qu\u2019il faut leur passer un sapin.offrez-leur un abonnement à ces magazines [en plus, ils sont imprimés sur du papier provenant de forêts gérées de façon responsable] f e exceptionnelle qui s\u2019adr fr Une o esse à nos abonnés.Faites découvrir nos tr ois magazines à vos pr 5 , 9 5 $ | N O V E M B R E / D É C E M B R E 2 0 1 2 oches.1 magazine 25 2 magazines 40 3 magazines 55 [taxes en sus] $ $ $ Cette of .ca/publication/noel velo.qc e d\u2019abonnement d\u2019un an se termine le 31 décembr fr e 2012. 36 Québec Science | Décembre 2012 ûche de Noël, biscuits de pain d\u2019épice, galette des Rois, etc.Il n\u2019y a pas à dire, durant le temps des fêtes, les douceurs sont à l\u2019honneur.En dehors de cette période de l\u2019année, ces friandises sont peut-être moins prisées, mais le sucre, lui, ne demeure pas moins omniprésent.Depuis la mayonnaise jusqu\u2019à la sauce à spaghetti du commerce, en passant par le beurre d\u2019arachide, les glucose, fructose et dextrose pèsent lourd dans nos assiettes.Pis, au cours des 50 dernières années, leur consommation à l\u2019échelle de la planète a triplé.Ces substances en apparence inoffen - sives sont en train de devenir un enjeu de santé publique, comme le tabac ou l\u2019alcool.«En alimentation, nous avons longtemps cru que l\u2019ennemi numéro un était le gras, affirme Jean-Philippe Chaput, professeur à l\u2019École des sciences de l\u2019activité physique de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Depuis les années 1970, nous nous sommes donc efforcés de diminuer notre apport en lipides.Le problème, c\u2019est que, pour maintenir le goût des produits, l\u2019industrie a remplacé le gras par le sucre.» La faute au sucre si aujourd\u2019hui, on constate une pandémie d\u2019obésité et d\u2019autres maladies apparentées?Les preuves sont déjà suffisantes aux yeux de l\u2019endocrino- logue Robert Lustig, de l\u2019université de Californie à San Francisco, pour entamer une croisade sans merci contre les sucres maudits.En février dernier, il signait un véritable appel aux armes dans la revue britannique Nature.Tout comme l\u2019alcool et le tabac, le sucre est «omniprésent, toxique, peut être consommé de manière abusive et a un impact négatif sur la société», scande-t-il.Sa conférence Sugar : the Bitter Truth a été visionnée près de deux millions de fois sur YouTube.Pour la nutritionniste Nathalie Jobin, cofondatrice d\u2019Extenso, le centre de référence sur la nutrition de l\u2019Université de Montréal, il ne faut toutefois pas confon - dre les sucres ajoutés avec ceux que l\u2019on retrouve naturellement dans les fruits, les Décembre 2012 | Québec Science 37 LE SUCRE, C\u2019EST PAS DU GÂTEAU Partout sur la planète, la consommation de sucre explose.Mais notre propension envers le sucre serait-elle une menace pour la santé publique, au même titre que l\u2019alcool et le tabac?Par Catherine Girard T H O M A S V O G E L / I S T O C K P H O T O B légumes ou le lait.«Les premiers constituent des calories vides, explique-t-elle, et augmentent la densité énergétique des aliments, sans les rendre plus nourrissants ou rassasiants, ce qui nous incite à manger plus.Mais le sucre que nous consommons avec des vitamines, des minéraux, des fibres ou des protéines joue un rôle essentiel dans l\u2019organisme puisque, en plus de constituer le carburant du cerveau, il représente la principale source d\u2019énergie des muscles.» D\u2019ailleurs, en cas de jeûne prolongé ou de régime faible en glucides \u2013 comme la populaire méthode Atkins \u2013, le foie a la capacité d\u2019en générer à partir des acides gras, qui proviennent des lipides, ou encore à partir des acides aminés issus des protéines.«Pour nos ancêtres, le sucre n\u2019était disponible que sous forme de fruit durant quelques mois \u2013 à la période des récoltes \u2013 ou dans le miel, explique Robert Lustig.Mais maintenant, on ajoute du sucre à pratiquement tous les aliments trans - formés, et il devient difficile à éviter.» Avec comme conséquence que la consommation de sucre ajouté est devenue la principale cause du syndrome métabolique, un trouble qui se caractérise par la combinaison d\u2019au moins quatre problèmes de santé liés à l\u2019embonpoint abdominal : l\u2019hyperglycémie, l\u2019hypertension, l\u2019hypertrigly- céridémie (taux élevé de graisses dans le sang) et l\u2019hypocholestérolémie HDL (faible taux de bon cholestérol).En Amérique du Nord, le syndrome métabolique touche environ une personne sur cinq et augmente considérablement les risques de diabète de type 2 ainsi que de maladies cardio- vasculaires.D\u2019après le docteur Lustig, le sucre serait également nocif pour le foie, puisque cet organe transforme les surplus de glucides en gras, provoquant la stéatose hépatique (communément appelée «foie gras»).Ce trouble serait principalement causé par le fructose qui, contrairement au glucose, ne peut être métabolisé que dans le foie.Mais a-t-on toutes les preuves pour incriminer à ce point le sucre?Jean-Philippe Chaput rappelle que les effets néfastes du fructose sur le foie n\u2019ont été démontrés que sur des souris et des rats de laboratoire.Le chercheur souligne que les tests sur ces rongeurs ont été menés avec des concentrations de fructose beaucoup plus élevées que celles qu\u2019on retrouve dans notre alimentation.Ce qui est néanmoins certain, c\u2019est que 38 Québec Science | Décembre 2012 COSTA RICA (CIRCUIT SUD) HOLGUÍN EN BOUCLES GUADELOUPE BAJA CALIFORNIA CUBA (CENTRO) DESTINATIONS SOLEIL VIETNAM MAJORQUE TOSCANE SLOVÉNIE TOSCANE 8 JOURS COSTA BRAVA FIVE BORO BIKE TOUR, NEW YORK VIRGINIE CAPE COD BIKE THE DRIVE, CHICAGO MONTRÉAL\u2013BOSTON ASIE, EUROPE, AMÉRIQUE Pensez v élo ! Vous rêvez vacances ?poste 506?RÉSERVEZ DÈS MAINTENANT ! Titulaire d\u2019un permis du Québec Hiver-printemps ?e 2012 19 au 26 décembr ier vier au 6 févr 30 jan vier e au 6 jan 30 décembr il / 13 au 20 avr 6 au 13 avr ier 11 au 18 févr 2013 il 30 mar 26 avr 25 mai au 9 juin 31 mai au 15 juin s 2 au 10 mar s s / 18 au 25 mar 11 au 18 mar il s au 20 avr il au 11 mai 8 au 16 juin 15 au 30 juin 4 au 12 mai / 18 au 26 mai 18 au 23 mai / 8 au 13 juin 3 au 5 mai 24 au 26 mai 26 mai au 1er juin MIEL TROMPEUR Nombreux sont ceux qui croient qu\u2019il est préférable d\u2019aromatiser son café avec du miel ou du sirop d\u2019érable.Pourtant, d\u2019après le docteur Robert Lustig, à quantité égale, ces sucres naturels ne sont pas meilleurs pour la santé.«La différence, c\u2019est qu\u2019ils sont plus chers, et qu\u2019ils ont un goût distinctif.Les gens ont donc tendance à en utiliser moins», précise-t-il.La nutritionniste Nathalie Jobin ajoute que le sirop d\u2019érable contient plus de minéraux que le sucre raffiné ou le miel, mais que «ce n\u2019est pas une raison suffisante pour en consommer davantage». la consommation d\u2019une des formes de sucre ajouté, le fructose, nuirait à la sécrétion de leptine, l\u2019hormone qui induit le sentiment de satiété.De plus, il faut savoir que le fructose est presque toujours combiné au glucose, qui, lui, active la production de ghréline, l\u2019hormone qui stimule l\u2019appétit.La recette est implacable : impossible de se contenter d\u2019un seul biscuit.Et si encore il n\u2019y avait que ça! Aux yeux de leurs pourfendeurs, les sucres agissent à la manière d\u2019une drogue sur le cerveau.Il est en effet établi que l\u2019ingestion de sucre déclenche la montée de dopamine, un neurotransmetteur associé au circuit cérébral de la récompense.En 2007, des chercheurs de l\u2019Université de Bordeaux, en France, ont découvert que, chez le rat, le pouvoir attractif du sucre est plus élevé que celui de la cocaïne.Leur expérience, qui a fait l\u2019objet d\u2019une publication dans la revue PLoS One, a consisté à offrir aux rongeurs le choix entre de l\u2019eau sucrée ou une dose intraveineuse de cocaïne.Neuf fois sur 10, les rats ont opté pour l\u2019eau sucrée.La préférence s\u2019observait même chez ceux ayant déjà connu les effets de la cocaïne.«Afin de réduire notre consommation de sucre ajouté, nous n\u2019avons pas d\u2019autre choix que de mettre en place des politiques publiques en ce sens», rappelle Jean-Philippe Chaput.Selon lui, il faut d\u2019abord insister sur la prévention, comme nous l\u2019avons fait avec le tabac et l\u2019alcool.«À long terme, c\u2019est là que se situe la clé.Quand le cola est moins cher que le lait, ça envoie un mauvais message», déplore-t-il.Pour dis - suader les gens de consommer de tels produits, le chercheur préconise la mise en application d\u2019une taxe plutôt «salée».«Un supplément sur les boissons gazeuses d\u2019un cent l\u2019once, comme ce qui est en vigueur dans certaines villes états-uniennes, n\u2019a pas vraiment d\u2019impact, juge-t-il.Si on veut diminuer la consommation d\u2019un produit, il faudrait en doubler le prix.» Une telle taxe alimentaire devrait permettre de faire la distinction entre les bons et les mauvais sucres.«C\u2019est l\u2019er - reur qu\u2019a commise le Danemark lorsqu\u2019il a instauré, l\u2019année dernière, un fedtafgift \u2013 une taxe sur le gras \u2013, raconte Jean- Philippe Chaput.Les autorités ont mis tous les types de gras dans le même panier, alors que certains sont indispensables à la santé.Forcément, la mesure n\u2019a pas produit les effets escomptés.» Malgré cet échec, le Danemark s\u2019apprête maintenant à taxer les boissons gazeuses, à l\u2019instar de l\u2019Irlande et de la France.C\u2019est à suivre surtout que le Danemark est le pays d\u2019Europe où la consommation de bonbons et de gommes à mâcher est la plus élevée.Inspirera-t- elle d\u2019autres pays?Dans tous les cas, ce sera certainement un exemple à surveiller, soutient Jean-Philippe Chaput.C\u2019est l\u2019avenir des friandises qui est aussi en jeu.QS +Pour en savoir plus Fat Chance : Beating the Odds Against Sugar, Processed Food, Obesity, and Disease, Robert Lustig, Hudson Street Press.(Sortie prévue le 27 décembre 2012.) Apport recommandé D\u2019après Santé Canada, le sucre ne devrait pas excéder 25% de notre apport calorique quotidien.Pour un régime de 2 000 calories, cela représente environ 30 cuillères à thé de sucre par jour.L\u2019Organisation mondiale de la santé est plus restrictive.Selon elle, nous ne devrions pas en consommer plus de 12 cuillères à thé par jour.Dangereux pour le corps, mais bon pour\u2026 l\u2019esprit! D\u2019après Alex Parker, professeur de pathologie et de biologie cellulaire à l\u2019Université de Montréal, le sucre protégerait contre les maladies neurodégénératives, comme l\u2019alzheimer ou le parkinson.C\u2019est ce qu\u2019il a remarqué sur les vers Cænorhabditis elegans qu\u2019il a gavés de fortes doses de glucose.Avant cela, on supposait que la restriction calorique pouvait être dommageable pour le cerveau.Ce résultat a donc surpris.Il reste à comprendre pourquoi le sucre a un tel effet sur le cerveau.«Les neurones ont besoin de beaucoup d\u2019énergie pour combattre la dégénérescence, et le glucose leur procure cette ressource dont ils ont besoin», suppose M.Parker.Le sucre, une panacée?Il ne faut pas sauter aux conclusions si vite.Le chercheur précise que le sucre affecte la santé globale des vers : «Leur espérance de vie est diminuée.Leur progéniture est aussi moins nombreuse.Il nous faudrait d\u2019abord trouver comment ne cibler que les neurones au moment de l\u2019ingestion du sucre à nos vers, puis vérifier si on note des résultats similaires chez les humains.» Décembre 2012 | Québec Science 39 P O W E R A N D S Y R E D / S P L 40 Québec Science | Décembre 2012 Le monde est-il en fin de course?Tout dépend du calendrier ! Ce prodige de l\u2019astronomie ancienne et des mathématiques, qui nous a permis de dompter le temps, a connu bien des formes et des réformes.Retour sur une découverte remarquable.Par Olivier Rey JOUR APRÈS JOUR, MOIS APRÈS MOIS \u2019un des tout premiers calendriers remonterait à plus de 25 000 ans.Il s\u2019agirait de bois de rennes comportant des encoches trouvés en Dordogne dans le sud-ouest de la France.On y reconnaît les phases de la lune.D\u2019ailleurs, à peu près tous les calendriers qui vont suivre s\u2019inspireront des astres pour mesurer le temps.Mais voilà, rien n\u2019est simple dans le cosmos et aucun cycle lunaire, solaire ou terrestre n\u2019est parfaitement régulier, ce qui compliquera bien des choses.Le calendrier d\u2019aujourd\u2019hui est ainsi le résultat d\u2019idées glanées çà et là auprès des autres civilisations au fil des siècles.Le découpage de la journée en 24 tranches de une heure est emprunté aux astronomes de Babylone qui divisaient le jour en 2 fois 12 heures, peut-être parce que une année solaire correspond à peu près à 12 cycles lunaires (une lunaison dure en moyenne 29,53 jours).Les Babyloniens, qui comptaient sur une base sexagésimale, trouvaient sans doute également commode de pouvoir diviser 60 par 12.En revanche, c\u2019est aux Romains que nous devons de faire débuter notre journée à minuit.Les juifs, les musulmans et les Chinois préféraient qu\u2019elle commence au début de la nuit, tandis qu\u2019en Égypte ou en Inde, on réservait cet honneur au lever du soleil.Même si 24 heures font une journée, ces heures ont longtemps été d\u2019une durée «inégale».Seule l\u2019heure de midi, lorsque le soleil se trouve au zénith, restait immuable.En été, les 12 heures de la journée étaient plus longues que les 12 heures de la nuit et, en hiver, c\u2019était l\u2019inverse.Cette méthode des heures élastiques convenait parfaitement à la population dont l\u2019activité était jadis régie par la présence ou non de lumière.Les astronomes, eux, préféraient les heures égales, beaucoup plus précises et pratiques.Ce n\u2019est qu\u2019au XIIIe et au XIVe siècle, avec l\u2019apparition de l\u2019horlogerie, que les heures se trouvèrent progressivement «égalisées».En tant qu\u2019étalons pour mesurer le temps, la lune et le soleil ont rivalisé auprès des différentes civilisations.Certaines, comme celle des Mayas, ont choisi l\u2019astre du jour.Mais la plupart des premières sociétés organisées ont jeté leur dévolu sur l\u2019astre de la nuit.En Chine, en Grèce, en Mésopotamie et dans l\u2019Empire romain, le calendrier est lunaire.Les Romains font se succéder des périodes de 29 et 30 jours en alternance pour faire une moyenne avec le cycle lunaire de 29,53 jours.Les 12 lunaisons qui entrent à peu près dans une année solaire sont à l\u2019origine des 12 mois que nous connaissons encore.Rome nous a aussi légué l\u2019appellation de ces mois.Certains portent le nom d\u2019une divinité ou d\u2019une fête à laquelle ils sont consacrés.Ainsi, janvier (ianuarius) provient de Janus, dieu du commencement, et mai (maius) de Maïa, déesse de la croissance.D\u2019autres sont simplement nommés d\u2019après leur rang dans le premier calendrier romain, qui commençait alors en mars : septembre, le septième mois de l\u2019année et décembre, le dixième.Les cinquième et sixième mois, soit quintilis et sextilis, seront plus tard remplacés par julius et augustus en l\u2019honneur de Jules César et d\u2019Auguste.Toutes les civilisations ont eu leur façon propre de nommer les mois.Les Inuits, par exemple, s\u2019ins piraient des événe- ments liés aux saisons dans le Grand Nord.Ainsi, à Igloolik, le-temps-des- phoques (nattian) désignait approximativement la période d\u2019avril et mai, alors que l\u2019hiver-com- mence (ukiulirut) correspondait à la période couvrant octobre et novembre.Il y a tout de même un hic avec le calendrier lunaire : 12 lunaisons, cela ne fait que 354 jours.Comme l\u2019année solaire en compte 365 et des poussières, les mois se trouvent peu à peu décalés par rapport au cycle solaire.Or celui-ci représente le repère majeur pour les sociétés; il marque le retour du printemps, des moissons, des pluies, de l\u2019hiver, etc.Pour résoudre le problème, on a ajouté presque systématiquement des jours çà et là ou des mois intercalaires pour faire coïncider le calendrier lunaire avec l\u2019année solaire (l\u2019année tropique).Les Romains ont eu recours à cet ajustement.Aussi, leur calendrier était-il défini comme «luni-solaire»: leur année comptait 355 jours et se composait de 12 mois en plus d\u2019un treizième, intercalé tous les 2 ans.Ainsi trituré par toutes sortes d\u2019impératifs politiques et religieux, notre calendrier a subi maintes Décembre 2012 | Québec Science 41 N E W Y O R K P U B L I C L I B R A R Y / S P L - I L L U S T R A T I O N : F R E F O N La semaine, une pure invention Les sept jours de la semaine ne correspondent à aucun cycle naturel.Ce découpage est hérité des Hébreux qui ont divisé le temps en sept jours pour le faire correspondre à la Genèse.Ils auraient emprunté ce rythme aux Chaldéens.Ceux-ci vivaient selon un cycle de sept jours, cessant toute activité au septième, considéré comme un jour néfaste.Les jours doivent leur nom à la Mésopotamie et aux sept astres connus par les astronomes babyloniens : la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et le Soleil.Le septième jour, qui reste «le jour du soleil» en anglais (sunday) et en allemand (sonntag), a été transformé en «jour du seigneur» \u2013 dies Dominicus devenu dimanche \u2013 par l\u2019empereur Constantin 1er.Cette périodicité de sept jours s\u2019est étendue partout, y compris à Rome qui utilisait jusqu\u2019alors un cycle de huit jours.Les très riches heures du duc de Berry, livre d\u2019heures du XVe siècle.Une horloge de poche de 1635 assortie d\u2019un calendrier mensuel.Un objet recyclable éternellement.L modifications au cours des siècles.Que l\u2019année commence en janvier, par exemple, au moment de l\u2019élection des consuls, date de l\u2019an 600 de l\u2019ère de Rome (153 avant notre ère).Pour d\u2019autres peuples, elle débute au solstice d\u2019hiver, aux équinoxes ou au début du printemps.ne autre étape essentielle dans l\u2019élaboration de notre calendrier a lieu en 707 de l\u2019ère romaine (46 avant notre ère), alors que Jules César décide de mettre de l\u2019ordre dans tout cela.Les mois intercalaires ont été utilisés un peu abusivement par les prêtres et les pontifes, qui décidaient alors de leur emploi.Résultat, à cette époque, le calendrier accuse 90 jours d\u2019avance sur le cycle solaire.L\u2019empereur entreprend donc de fondre le calendrier lunaire dans le calendrier solaire égyptien.Désormais, l\u2019année comporte 365 jours et on ajoute un jour tous les 4 ans pour rattraper le quart de jour supplémentaire que dure la révolution de la Terre autour du Soleil.Les mois sont alors fixés.Ils durent 30 ou 31 jours, à l\u2019exception de février qui en compte 28 ou 29, et ne sont plus synchronisés avec les lunaisons.Faire débuter le calendrier romain avec la naissance du Christ représente une évolution fondamentale et avant tout logique.Autrefois, selon le pays ou la région, on utilisait le couronnement d\u2019un souverain, la fondation d\u2019une dynastie ou encore, chez les Grecs, les olympiades, comme point de départ à un décompte des années.Chez les Romains, il s\u2019agissait de la fondation de Rome, qui aura eu lieu en 753 avant notre ère.Mais au VIe siècle, le pape Jean 1er reconsidère ce calendrier et décrète que le compte des années débutera plutôt avec la naissance du Christ.Les historiens modernes estiment cependant que le moine chargé de déterminer ce moment a alors fait une erreur de cinq ou six ans! Le calendrier julien, mis en application par Jules César, reste en vigueur jusqu\u2019au XVIe siècle.Il est peu à peu truffé de fêtes et de références chrétiennes qu\u2019on lui ajoute pour concurrencer les anciennes célébrations païennes.Puis, en 1582, afin d\u2019asseoir encore davantage l\u2019autorité de l\u2019Église, le pape Grégoire XIII lui impose \u2013 encore! \u2013 une réforme.Ce changement était justifié par une erreur des savants de l\u2019époque de César.La durée de l\u2019année qu\u2019ils avaient calculée était de 11 minutes et 4 secondes de plus que l\u2019année solaire réelle.Au bout de quelques siècles, le décalage avec le cycle naturel atteignait presque 11 jours! La fête de Pâques (fête du renouveau et du printemps) se déplaçait de plus en plus vers l\u2019été.Le pape décide donc de supprimer 10 jours au calendrier.Le jeudi 4 octobre 1582 est alors suivi du vendredi 15 octobre.La nouvelle année calculée par les érudits du XVIe siècle dure seulement 26 secondes de plus que l\u2019année solaire, ce qui correspond à un décalage d\u2019environ 3 jours sur 10 000 ans.Ce nouveau calendrier d\u2019origine catholique, dit grégorien, a toutefois du mal à passer chez les protestants et les orthodoxes.La Grande- Bretagne ne l\u2019adopte que près de deux siècles plus tard et la Grèce, uniquement en 1924! Sa propagation n\u2019en est pas moins mondiale, car elle suit l\u2019expansion des pays européens hors de leurs frontières, notamment au moyen de la colonisation.Grégoire XIII peut être fier, son calendrier sert maintenant de référence internationale officielle.Mais tous les autres calendriers n\u2019ont pas nécessairement été relégués aux oubliettes.Les musulmans se réfèrent toujours à leur calendrier lunaire et plus de un milliard de Chinois continuent à utiliser le calendrier luni-solaire populaire pour rythmer leur vie de tous les jours.Il y a eu plusieurs tentatives pour créer un calendrier universel basé sur les connaissances modernes et le système décimal.Un des plus célèbres essais, le calendrier révolutionnaire français, n\u2019a pas résisté 10 ans à la tradition implantée depuis des centaines d\u2019années dans nos rituels quotidiens.QS 42 Québec Science | Décembre 2012 Calare, calendes, calendaria, calendrier Le mot calendrier provient du mot «calendes» (de calare, en latin, signifiant «appeler») qui correspondait aux premiers jours du mois romain.Ces jours-là, on annonçait les fêtes mobiles et on payait ses dettes inscrites dans des livres de compte, les calendaria.Les différentes phases de la lune vues par le savant perse Al-Biruni (973-1048).Grégoire XIII U N E W Y O R K P U B L I C L I B R A R Y / S P L es prêtres mayas étaient dépositaires du temps.Ce sont eux qui annonçaient le coup d\u2019envoi des fêtes rituelles et religieuses, mais également les moments appropriés pour les semences et les récoltes.La survie des cités et de leurs habitants dépendait de leur maîtrise des calendriers.En plus d\u2019être les messagers des dieux et d\u2019agir comme devins, ils se devaient de bien comprendre l\u2019astronomie \u2013 en particulier les déplacements de notre planète dans le Système solaire \u2013 afin de prévoir les changements de saison.«Les Mayas étaient de grands observateurs du ciel; ils en étaient presque obsédés, confirme Robert Lamontagne, astrophysicien à l\u2019Université de Montréal.Ils connaissaient bien les déplacements de la Terre et de la Lune, mais aussi ceux de quelques planètes, avec un fort penchant pour Vénus.» L\u2019archéologue Louise Paradis précise : «Pour marquer le temps, ils utilisaient plus d\u2019un calen - drier.Le Haab, calendrier solaire civil de 365 jours, s\u2019apparentait à notre calendrier grégorien et servait surtout à la vie agricole.» On sait que ce calendrier comptait 18 «mois» de 20 jours chacun, pour un total de 360 jours, auxquels s\u2019ajoutaient 5 jours complémentaires nommés uayeb et réputés porter la poisse : malheur aux enfants qui naissaient durant cette période! «Venait ensuite le Tzolk\u2019in, poursuit l\u2019archéologue, un calendrier de 260 jours.Celui-là était sacré, son caractère divinatoire et religieux permettait de fixer les dates des jeûnes et des célébrations divines.Il était divisé en 20 \u201cmois\u201d de 13 jours chacun.» Si l\u2019on suivait les deux calendriers en même temps à partir du jour 1, lorsqu\u2019on arrivait au jour 260 du Haab, le cycle du Tzolk\u2019in était terminé.Le lendemain, le jour 261 du Haab correspondait au jour 1 du Tzolk\u2019in.«À notre époque, nous n\u2019avons pas d\u2019équivalent, mais si nos fêtes religieuses suivaient de tels calendriers, nous pourrions par exemple fêter Noël deux fois dans la même année solaire!» sourit Robert Lamontagne.À la question «Quel jour sommes-nous?» un prêtre maya donnait donc deux dates, une par calendrier : 11 Yax, 6 Etznab.Les deux calendriers se synchronisaient de nouveau au jour 1 tous les 52 ans, un événement cyclique souligné par des célébrations de renouveau.Il est à noter que ces types de calendriers n\u2019étaient pas uniques aux Mayas; d\u2019autres peuples d\u2019Amérique centrale les utilisaient aussi et tous semblent les avoir hérités de la civilisation olmèque, plus ancienne.Aucun de ces deux calendriers ne numérotait les années.Aujourd\u2019hui, nous prenons comme référence la naissance du Christ comme année 1 de notre ère (il n\u2019y a pas eu d\u2019année 0!) et nous les additionnons à mesure qu\u2019elles s\u2019écoulent.Pour savoir où ils en étaient, les Mayas faisaient pareil : ils avaient un point de référence dans le passé et ils additionnaient les années depuis ce moment.Ils exprimaient le chiffre de façon plutôt complexe.«C\u2019est ce que les archéologues appellent le \u201ccompte long\u201d, explique Louise Paradis.Une date en compte long s\u2019exprime par une suite de cinq nombres.On pourrait comparer la méthode à notre manière de dire, en plaisantant, qu\u2019un événement date de deux ans, trois mois, une semaine et quatre jours.Le compte long était unique aux Mayas.» Voici par exemple une date au hasard exprimée en notation maya : 11.19.9.11.11.Lisons-la à rebours : le dernier chiffre désigne le nombre de kinob 1 (jours), l\u2019avant-dernier le nombre de uinalob (périodes de 20 kinob ).Puis vient le nombre de tunob (périodes de 18 uinalob ).Le terme suivant correspond au nombre de katunob (périodes de 20 tunob) et on termine avec le nombre de bak- tunob (périodes de 20 katunob ).À une exception près, il s\u2019agit d\u2019un système de base 20.Voyons de plus près notre exemple : 11 kinob : 11 jours 11 uinalob : 11 x 20 = 220 jours 9 tulob : 9 x 18 x 20 = 3 240 jours 19 katunob : 19 x 20 x 18 x 20 = 136 800 jours 11 baktunob: 11 x 20 x 20 x 18 x 20 = 1 584 000 jours La date 11.19.9.11.11 indique donc qu\u2019il s\u2019est écoulé un total de 1 724 271 jours, soit 4 724 ans, depuis l\u2019instant zéro des Mayas.Le plus difficile pour les archéologues n\u2019a pas été de comprendre cette notation, mais de dépister le fameux instant zéro.Car à l\u2019arrivée des Espagnols au XVIe siècle, la civilisation maya était en fort déclin et le compte long n\u2019était plus en usage depuis quelques siècles.Mais au début du XXe siècle, en se basant sur des phénomènes astronomiques relatés dans les écrits mayas, on a pu repérer des jours précis de leur calendrier et leur assigner le jour équivalent dans le nôtre.Ainsi a-t-on pu révéler l\u2019instant zéro : il s\u2019agit du 13 août de l\u2019an 3114 avant notre ère.La date 11.19.9.11.11, donnée plus haut en exemple, correspond au 3 juillet 1608, jour de la fondation de la ville de Québec.Et la fin du monde dans tout cela?De toutes les inscriptions hiéroglyphiques retrouvées sur l\u2019ensemble des sites archéologiques mayas, une seule, celle du monument 6 du site de Tortuguero (État de Tabasco), mentionne que le 13e baktun constituerait un achèvement.Le 13.0.0.0.0 est ici en cause, c\u2019est-à-dire le 21 décembre 2012, date qui marquerait la fin d\u2019un cycle de 5 125 ans (13 baktunob1).Si ce jour peut avoir revêtu une symbolique pour les Mayas, jamais ils n\u2019ont prophétisé la moindre fin du monde à cette date.À preuve, d\u2019autres inscriptions men tionnent des dates ultérieures à 2012.1 En maya, le pluriel est indiqué par une terminaison en ob.Cette civilisation n\u2019utilisait pas un, mais deux calendriers ! Par Joël Leblanc LA MESURE DU TEMPS CHEZ LES MAYAS L Décembre 2012 | Québec Science 43 Le fameux calendrier qui indique l\u2019achèvement du monde, le 21 décembre 2012. Les connaissances s'exposent\u2026 \u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 IC DEFRE FOUR ee Ja IQUATRE-TEMPS [ SAUVAE ail 115 Ca TOY ~~ > 1@ ¢ lou ol EL > 1 F/G À observation Migrations Xe A Las sf ol SN LF PTT TTY ao {+ 1 Naturalis os das} PF 19 > A 2 À) d 1, gu 3 Ù 14 OUT es \u20ac 5 vd == p= une visite sImpose_ y a NAGAZINESGE ENCE cClolan A 4 \u2014 \u2014\u2014 Er MCE «| SEE Décembre 2012 | Québec Science 45 es livres datant des XVIe et XVIIe siècle provenant des plus importantes collections de Montréal sont exceptionnellement réunis à la Grande Bibliothèque.L\u2019exposition Le livre de la Renaissance à Montréal, volet II: l\u2019huma nisme scientifique ne présente aucune reproduction.Elle offre au public le passage du temps et les marginalias de leurs premiers lecteurs, c\u2019est-à-dire des manchettes manuscrites en marge du texte pour attirer l\u2019attention.Plusieurs des ouvrages ont beaucoup voyagé et affichent des ex-libris (tampons d\u2019institution) qui en témoignent.«Ces livres doivent être manipulés avec beaucoup de soin», affirme Brenda Dunn- Lardeau, commissaire de l\u2019exposition et professeure titulaire au département d\u2019études littéraires de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Elle a eu l\u2019idée de monter cette exposition alors qu\u2019elle et son équipe travaillaient sur les manuscrits de la Renaissance conservés à l\u2019UQAM.Les universitaires souhaitaient déterminer quelle était la spécialité particulière de cette collection.«Pour y arriver, une bonne façon est de comparer une collection avec une autre, explique la professeure.À l\u2019Université McGill, ce sont surtout des ouvrages sur l\u2019histoire de la médecine qui prédominent, alors qu\u2019au musée Stewart, ce sont les voyages au Nouveau Monde et les cartes géographiques.À l\u2019UQAM, ce sont des œuvres d\u2019historiens.» Brenda Dunn-Lar- deau a eu le goût de partager avec le public la richesse de ces fonds de conservation.Grâce à cette exposition, c\u2019est tout un pan du savoir scientifique historique qui s\u2019ouvre au visiteur.«Dans l\u2019humanisme scientifique, les savants de la Renaissance veulent retourner aux savoirs de l\u2019Antiquité gréco-ro- maine et faire connaissance avec ceux qui font autorité: Euclide, Aristote, Archimède», relate la com mis saire.L\u2019avènement de l\u2019imprimerie rend ces textes plus accessibles : on édite les plus vieux manuscrits issus du Moyen Âge, on les corrige et on les imprime.On retrouve aussi des ouvrages des scientifiques contemporains de la Renaissance, dont de nombreux livres de gynécologie.La professeure Dunn-Lardeau explique : «Au Moyen Âge, il y avait un mépris du corps de la femme.Alors qu\u2019à la Renaissance, on lui démontre intérêt et respect.» Différents manuels exposent par exemple les multiples manières d\u2019accoucher.Louise Bourgeois, accoucheuse de Marie de Médicis, est la première sage- femme à publier un témoignage.Elle relate notamment les bienfaits de l\u2019administration du clystère (lavement), pour «éveiller la nature et faire baisser l\u2019enfant».Dans l\u2019humanisme scientifique, les savants veulent faire preuve de rigueur.Une nouveauté s\u2019installe : l\u2019observation directe et expéri mentale.La dissection anatomique s\u2019inscrit dans cette démarche.Mais les auteurs comme Vé- sale \u2013 célèbre pour ses planches anatomiques \u2013 doivent se justifier, car l\u2019Église crie à l\u2019immoralité! «Pour bien soigner le corps, il faut bien le connaître, tel est le but de la dissection», clame- t-il au début de ses ouvrages.Malgré les efforts des savants de la Renaissance pour faire preuve de rigueur basée sur l\u2019observation, la tradition de l\u2019imaginaire merveilleux a du mal à disparaître.Ainsi, dans l\u2019étude sur les poissons, dite «de Rondelet» \u2013 médecin et naturaliste français \u2013, se glisse un chapitre sur les sirènes\u2026 Le livre de la Renaissance à Montréal, volet II: l\u2019humanisme scientifique, Collection nationale de la Grande Bibliothèque, jusqu\u2019au 27 janvier 2013, entrée libre.www.banq.qc.ca R I C H A R D - M A X T R E M B L A Y © P E N E L O P E S T E W A R T D Installation en cire d\u2019abeille Inspirée par le modèle de la ruche, l\u2019artiste Penelope Stewart présente une œuvre in situ au Musée d\u2019art de Joliette.Sur un pan de mur, ce sont 8 000 tuiles de cire d\u2019abeille que l\u2019on peut voir et toucher.Chacune prise à part présente des motifs géométriques apparemment abstraits.Mais, lorsqu\u2019on les considère ensemble, on observe plutôt le tracé d\u2019une ville à plan circulaire, tel que suggéré par la ruche.Apian Screen, Musée d\u2019art de Joliette, jusqu\u2019au 30 décembre.www.museejoliette.org Initiation à la science pour tout-petits Les petits curieux auront de quoi faire au Centre des sciences.Dès le 8 décembre, on y propose l\u2019espace Clic!, dédié aux jeunes de quatre à sept ans.Les enfants pourront s\u2019initier à la science grâce à la manipulation et l\u2019expérimentation.Construire une maison, fabriquer des montagnes russes et créer des formes ainsi que des motifs sont autant d\u2019activités qu\u2019ils pourront réaliser pour développer leur logique, leur créativité et leur dextérité.Clic!, Centre des sciences de Montréal, dès le 8 décembre.www.centredessciencesdemontreal.com Musique et santé: duo parfait Inspirés par leur commune passion pour la musique, Anne Robert et son chirurgien, le docteur Alain Gagnon, ont créé le projet Continuum.Un projet multidisciplinaire pour informer et soutenir les patients atteints d\u2019une mutation génétique les prédisposant au cancer.En plus du site Internet, la violoniste et le pianiste ont créé un concert relatant les phases émotionnelles vécues par la patiente.On peut d\u2019ailleurs se procurer le disque.Un livre est également paru dans le cadre du projet.Continuum, concerts, disque, livre et site Internet.www.chumontreal.qc.ca AUTRES RENDEZ-VOUS La science de la Renaissance s\u2019ouvre au public 46 Québec Science | Décembre 2012 Québec Science fait le bilan de l\u2019année en présentant, comme de coutume, 10 découvertes issues de nos laboratoires; 10 beaux moments de science que l\u2019on partage avec vous.LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE À L I R E D A N S L E P R O C H A I N N U M É R O 20e ÉDITION ! Décembre 2012 | Québec Science 47 Aujourd\u2019hui le Par Joël Leblanc Au nom de la loi ! Et si les policiers pouvaient immobiliser à distance les chauffards qui refusent d\u2019obéir à l\u2019appel des gyrophares?Le V-Strike est un concept imaginé pour l\u2019an 2020.Ressemblant à un pistolet jouet futuriste, il émettra des radiofréquences qui mettront KO les systèmes informatiques des véhicules ciblés.La voiture sera alors «désactivée» à 90%, ce qui permettra un arrêt graduel et sécuritaire.Finies les poursuites dignes du Far West?http ://itechfuture.com/concept-gadget-car-offenders/ Les méduses médusées Dans les aquariums et autres Marineland de ce monde, les ondulations lentes et gracieuses des méduses offrent un spectacle fascinant.Mais en pleine mer, certaines espèces constituent une menace pour la sécurité des baigneurs.Leurs longs tentacules se terminent par des nématocystes, petits dards microscopiques qui peuvent injecter une substance urticaire servant à paralyser les proies dont elles se nourrissent.Malheur au nageur qui s\u2019y frotte! Selon l\u2019espèce en cause, le contact peut même être fatal.Mais voici Ocean Guard à la rescousse : des bouées que l\u2019on dispose dans les aires de baignade des mers du Sud et qui émettent des sons à très basses fréquences.Une méthode simple qui maintiendrait les méduses à distance sans les blesser.Mais qu\u2019en diront les baleines?www.yankodesign.com/2012/10/10/jellyfish-ahoy/ Bobo Dans un futur proche, lorsque vous échapperez votre gadget électronique, les égratignures et les fissures laisseront des bleus sur l\u2019appareil, ou plutôt des rouges! Le printemps dernier, des chercheurs de la University of Southern Mississippi ont présenté au congrès de l\u2019American Chemical Society un nouveau polymère qui rougit quand on l\u2019altère.Et ce n\u2019est pas tout: en l\u2019exposant au soleil, il se répare lui-même! Comme tous les plastiques, ce matériau contient de longues chaînes de polymères.Mais ces chaînes sont liées par de petits ponts moléculaires qui se brisent lorsqu\u2019il y a éraflure, ce qui change la forme de la molécule.L\u2019exposition au soleil procure l\u2019énergie nécessaire pour rétablir les ponts et permettre la «guérison».http ://itechfuture.com/bruisabl e-gadgets-heal-themselves-in- the-sun/ futur 48 Québec Science | Décembre 2012 C omment qualifier le livreThéorème vivant?Roman d\u2019aventures, journal de bord, autobiographie, re - cueil de portraits de scientifiques ou ouvrage de vulga risation d\u2019une recherche de haut calibre?En fait, ce livre est tout ça à la fois.L\u2019auteur nous y raconte sa vie de chercheur, au jour le jour, pendant les mois qu\u2019a nécessités la mise au point de sa preuve d\u2019une importante avancée mathématique.Cet auteur, c\u2019est le jeune mathématicien français Cédric Villani, récipiendaire en 2010 de la prestigieuse médaille Fields, l\u2019équivalent en mathématiques du prix Nobel.Les histoires merveilleuses que Villani narre à ses enfants, sa relation avec sa compagne, les voyages, la musique, les rencontres avec d\u2019éminents scientifiques et les promenades en forêt jouent dans ce récit inclassable des rôles tout aussi importants que la réflexion profonde nécessaire à l\u2019élaboration des idées mathématiques avec lesquelles il jongle.La réalité passionnante qui est décrite dans cette histoire est des plus vraies : le chercheur que je suis s\u2019y est reconnu plusieurs fois.Théorème vivant alterne entre des moments intimes («Je referme la porte des enfants, ma fille glousse encore dans son lit en repensant aux aventures de Goofy, le héros de l\u2019histoire imaginaire du jour.») et la saga scientifico-intellectuelle («Le plus gros morceau de la démonstration, la section 10, est en cours de construction.Il y a le fichu contrôle du mode zéro, j\u2019en étais sûr, qui allait me faire baver.Et je dois exposer le résultat dans 10 jours! Dix petits jours pour faire tenir ça debout.»).Villani est aussi friand de bonne chère, de musique, autant classique que rock, et de mangas.«Que c\u2019est étrange d\u2019être de retour au bercail après si longtemps, raconte-t-il.J\u2019ai eu les larmes aux yeux en buvant un verre de lait cru, le premier en six mois.La tendre ciabatta et la baguette croustillante se passent de commentaires.» Même les rencontres avec de jolies demoiselles trouvent leur place dans ce livre qui est loin d\u2019être un article scientifique.Un exemple?«De retour d\u2019un colloque au Caire, je rentre chez moi.L\u2019aller au Caire était somptueux, en compagnie de la passagère la plus mignonne que l\u2019on ne vît jamais.Nous avons regardé ensemble un film sur mon ordinateur, partageant nos écouteurs comme frère et sœur.» En relatant les étapes de son chemine - ment vers la preuve d\u2019un théorème complexe, Cédric Villani fait ressentir au lecteur la passion, les embûches et les exaltations qui, tour à tour, jalonnent sa démarche de chercheur, qui s\u2019entremêlent naturellement avec sa vie personnelle.D\u2019ailleurs, il n\u2019hésite pas à détailler les concepts et les formules au cœur de ses recherches.Même pour un mathématicien, ces parties plus techniques sont parfois trop spécialisées pour être facilement compréhensibles, mais elles ajoutent beaucoup de crédibilité au livre.Heureusement, le fait d\u2019en sauter certaines ne fait pas perdre le fil de l\u2019histoire! Ainsi, peu importe le degré de connaissances mathématiques du lecteur, il trouvera dans Théorème vivant un réel plaisir à découvrir le quotidien d\u2019un chercheur.Cédric Villani y mentionne égale ment plusieurs des grands cerveaux, d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui; entre autres Elliott Lieb, un des plus célèbres spécialistes de physique mathématique, qui a consacré une partie de sa vie à la quête de la stabilité de la matière.«Tout entier perdu dans cette quête, écrit-il.Elliott est allé chercher la solution dans la physique, dans l\u2019analyse, dans le calcul des énergies.Il a entraîné avec lui nombre de chercheurs, créé des écoles de pensée.» Fidèle représentation de la vie de cher- Lu À LA CARTE! Il n\u2019est pas d\u2019usage de parler de vins dans Québec Science,mais lorsqu\u2019un guide des vins comme celui de François Chartier est appuyé par une démarche scientifique, pourquoi pas?Son dernier livre, un guide d\u2019harmonisation des vins et des mets, définit les profils aromatiques des vins pour ainsi aider les goûteurs à faire leur choix en fonction de leurs papilles, ce qui nécessitait beaucoup de recherche et d\u2019expérimentations culinaires.S\u2019il est vrai que nous ne sommes pas portés à boire un grand cru de bourgogne blanc avec une poutine, savait-on que le vin chilien se marie très bien avec des frites au four assaisonnées à l\u2019estragon?Ainsi, le guide distingue 3 500 harmonies avec les vins.Un tel guide dans les poches, Bacchus aurait eu droit à un doctorat honoris causa.Le Chartier, guide d\u2019harmonisation des vins et des mets, François Chartier, Les éditions La Presse, 2012, 384 p.Théorème vivant Une fiction peut être mathématique.Un roman en fait la démonstration.François Bergeron, mathématicien, le commente.pour vous LES PILIERS DU CIEL Il n\u2019y a pas que les Mayas qui se questionnaient sur la place et le mouvement des astres dans le ciel.Un peu partout, d\u2019anciennes civilisations ont laissé des traces et des vestiges témoignant de leur fascination.Le livre Géométrie céleste nous propose un tour du monde archéo- astronomique.On nous fait visiter Stonehenge au Royaume-Uni, les pyramides mayas au Mexique, le temple d\u2019Angkor Vat au Cambodge, mais on nous fait surtout découvrir des sites méconnus comme le dolmen de Kilclooney en Irlande, la machine d\u2019Anticythère, trouvée au fond de la mer Égée en J É R Ô M E B O N N E T cheur en mathématiques, Théorème vivant révèle comment cette science sert à explorer les limites de la pensée humaine, et aussi combien cette exploration est très souvent nourrie par des rencontres avec des personnages fascinants.QS +Pour en savoir plus Regardez cette vidéo mettant en scène Cédric Villani.Il y explique ses objectifs et la forme de son livre Théorème vivant.www.youtube.com/watch?v=3K7QWPc231M François Bergeron est professeur-chercheur au département de mathématiques de l\u2019Université du Québec à Montréal et directeur d\u2019un centre de recherche en mathématiques.Il a été professeur invité dans plusieurs universités en France, aux États-Unis, en Australie et au Chili.Il provient d\u2019une famille comptant de nombreux scientifiques, dont une dizaine de mathématicien(ne)s.Il a participé à la genèse d\u2019un documentaire (réalisé par son frère Jean) sur les aspects mathématiques d\u2019une œuvre d\u2019Escher, Achever l\u2019inachevable.Décembre 2012 | Québec Science 49 Théorème vivant, Cédric Villani, Éditions Grasset & Fasquelle, 2012 POUR UN CŒUR ET DES POUMONS EN SANTÉ Les maladies cardiorespiratoires sont responsables de près de la moitié des décès au pays.Dans le but de changer la donne, la Chaire de transfert de connaissances, éducation et prévention en santé respiratoire et cardiovasculaire de l\u2019Université Laval vient de lancer le site coeurpoumon.ca.Destiné au grand public et aux professionnels de la santé, ce portail est une mine d\u2019information et offre même des renseignements sur le diabète et l\u2019obésité.Le contenu est étoffé par des schémas et des vidéos, mais la section s\u2019adressant aux patients contient beaucoup de jargon médical (déficit en alpha 1-antitrypsine, tomodensitométrie thoracique, déhiscence dans le septum inter-auriculaire, etc.), ce qui rend les données moins accessibles.www.coeurpoumon.ca LA STATION SPATIALE INTERNATIONALE EN DIRECT En décembre, Chris Hadfield s\u2019envolera vers la Station spatiale internationale pour une mission de six mois.Afin de le voir à l\u2019œuvre, et peut-être même assister au concert qu\u2019il prévoit donner \u2013 l\u2019astronaute canadien est également guitariste \u2013, on peut télécharger gratuitement ISSLive! sur le iPhone ou le iPad.Développée par la NASA, cette application permet de recevoir des informations en direct de la Station, d\u2019effectuer une visite virtuelle des lieux et même d\u2019avoir un aperçu des écrans de la console de contrôle.En anglais seulement.À télécharger sur iTunes.* toile de fond REVUE SCIENTIFIQUE Ayant pris le virage numérique, l\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS) publie depuis quelques mois un webzine mensuel.Dans une facture visuelle colorée et aérée, la revue fait état des recherches menées par les professeurs et les étudiants de ce réseau universitaire.Le plus : les articles sont rédigés par des journalistes scientifiques.planete.inrs.ca Appli Par Catherine Girard Grèce, le calendrier lunaire d\u2019Ishango trouvé au Congo, et les temples de Ggantija, dans l\u2019archipel maltais, qui pourraient être les plus vieilles structures religieuses ayant «porté» le monde.«L\u2019astronomie nous a ouvert une nouvelle perspective sur le temps : connaître les cycles du soleil et de la lune nous a permis d\u2019anticiper l\u2019avenir avec confiance, en nous donnant une charpente stable dans un monde qui, autrement, était chaotique», explique l\u2019auteur.En tout cas, ce dernier nous initie à l\u2019astronomie un peu comme les Anciens ont dû apprivoiser le ciel.De beaux chapitres sur les Pléiades, la Grande Ourse et Sirius intrigueront même les moins curieux.À lire après la pseudo fin du monde maya.Géométrie céleste, Ken Taylor, Broquet, 2012, 240 p.B L g u e \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022\u2022\u2022 lieu L\u2019esprit du Les Acadiens sont de grands migrateurs.Ils sont toujours allés dans quelque bout du monde faire de nouvelles souches, ouvrir des chemins de fortune, sillonner des mers inconnues et travailler.L\u2019aventure se poursuit.C\u2019est comme si les vagues d\u2019un grand dérangement continuaient encore de froisser la surface dumiroir de leur identité.Je songe au très beau nom de Shippagan qui signifie «passage des canards».On reconnaît la racine algonquine de Shiship qui évoque les canards en général.Les Al- gonquiens micmacs sont encore là en fond de toile, tout proches des Acadiens.Ces derniers sont de drôles d\u2019oiseaux, des canards de mer, des canards de terre; ils passent et s\u2019en vont, puis ils reviennent.Incapables de vraiment oublier leurs baies, ils sont beaux de leurs voyages aller-retour, ils sont beaux de leur histoire; ils sont beaux à mourir.Mais que penser de tout ce charivari?J\u2019ai suivi la route du nord du Nouveau- Brunswick, où s\u2019étale la péninsule acadienne.J\u2019ai vu défiler Maisonnette, Caraquet, Pokemouche, Shippagan et l\u2019île Miscou; j\u2019ai bien vu les inquiétudes, ressenti les doutes et entendu une montagne de questions.Les jeunes Acadiens jouent une autre fois le tout pour le tout.Ils s\u2019en vont au Québec; ils s\u2019en vont vers Fort McMurray en Alberta, vers le pétrole et le travail.S\u2019ils réussissent en grand, ils seront quelque part dans le grand monde, comme un homardier au Mexique, comme une artiste à Paris.Ils s\u2019en vont partout, pareils à des canards libres, mais des canards affolés, des oiseaux qui ont perdu le nord.L\u2019économie fait loi; la terre se dépeuple; la mer ne retient plus personne; la pêche n\u2019est plus ce qu\u2019elle était; la vie est trop tranquille, juste bonne pour les retraités.L\u2019Acadie, l\u2019Acadie\u2026 Faudra-t-il un jour prochain fermer les livres de son histoire, déposer le bilan de ses racines, remballer la terre mère pour l\u2019entreposer au musée?Que deviendront ces villages, ces maisons, ces anses, ces baies, ces champs?Al- lons-nous tous ensemble regarder sur nos écrans plasma, dans nos condos, des reportages sur une Acadie qui n\u2019existera plus?Il faut croire que non.Les Acadiens n\u2019en sont pas à leurs premières armes sur le chapitre de la renaissance et leur histoire est pleine de rebondissements.Leur histoire future, j\u2019entends.Bathurst s\u2019appelait Nepisiguit, puis Sainte-Anne de Nepisiguit.Quelque amoureux de la couronne britannique a eu jadis l\u2019idée sacrilège de changer le toponyme de la petite ville pour la rebaptiser du nom curieux de Bathurst.Lord Bathurst devait être bien content, tout comme le général Monckton, le magnifique Monckton, dont le souvenir ne devrait apparaître sur aucune carte, dans aucune région du monde.Si les Acadiens ont survécu à ces «lèse- toponymes», comme ils ont survécu aux nombreuses vicissitudes de leur histoire, alors tous les espoirs sont permis.Ils vivent après tout dans une province qui s\u2019appelle Nouveau-Brunswick.Qu\u2019est-ce que l\u2019ancien Brunswick?Et qu\u2019est-ce que ce Brunswick a de nouveau?Dans un monde idéal, le Nouveau-Brunswick s\u2019appellerait Acadie en français, Acadia en anglais, Mégoumagué en micmac, et cette nouvelle Acadie serait encore à faire, question de la réinventer, comme une péninsule devant nous.À Bathurst, j\u2019ai passé du temps dans une grande salle où de nombreuses personnes étaient venues pour m\u2019écouter.Comme d\u2019habitude, j\u2019ai réfléchi à voix haute sur des sujets dramatiques : que faire d\u2019une langue mère dévaluée et condamnée par la majorité?Que faire d\u2019une terre ancestrale qui ne retient plus sa jeunesse?Que faire de sa mémoire, de sa nostalgie, de son identité?Quelle est la part de l\u2019amour de notre terre natale dans la décision de se faire une vie, d\u2019élever ses enfants?Et quels sont ces pays que nous chantons en même temps que nous les désertons?Il n\u2019est évidemment pas de réponse à ce genre de questions.Il faut vivre et laisser libre cours à la vie.On verra bien.Les Acadiens sont des oiseaux migrateurs, ils vont et reviennent.Il apparaît impossible qu\u2019un jour arrive où plus personne ne se souviendra de rien.QS Par Serge Bouchard 50 Québec Science | Décembre 2012 Shippagan: au passage des canards M A R I O L A N D R Y , L A P R E S S E C A N A D I E N N E / L ' A C A D I E N O U V E L L E Le grand tintamarre à Caraquet LE RÉGIME ENREGISTRÉ D\u2019ÉPARGNE-ÉTUDES UN INVESTISSEMENT DANS L\u2019AVENIR Pourquoi le REEE FÉRIQUE est la solution la plus avantageuse pour les ingénieurs et diplômés en génie ?Accès à toutes les subventions gouvernementales, y compris l\u2019Incitatif québécois pour l\u2019épargne-études (IQEE), qui n\u2019est pas pris en charge par toutes les institutions ?nancières.Possibilité de récupérer l\u2019IQEE non obtenu dans le passé, en transférant chez nous votre REEE existant.Frais de gestion minimes, aucuns autres frais (pas de frais de transaction, d\u2019administration, d\u2019entrée ou de sortie, de transfert, de commission ni de cotisation).Une gamme complète de fonds de qualité convenant à tous les pro?ls d\u2019investisseurs.Rendements concurrentiels.Service-conseil sans frais additionnels.Politique d\u2019investissement 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futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Placements Banque Nationale inc., à titre de Placeur principal, et par Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Les Fonds FÉRIQUE payent des frais de gestion à Gestion FÉRIQUE lui permettant d\u2019assumer les frais de conseillers en valeurs, de mise en marché et de distribution des Fonds FÉRIQUE ainsi que les frais d\u2019administration du gérant des Fonds FÉRIQUE.Chaque Fonds FÉRIQUE assume ses propres frais d\u2019exploitation.Les Fonds FÉRIQUE sont sans commission lorsqu\u2019un porteur de parts souscrit par l\u2019entremise de Placements Banque Nationale inc.ou de Services d\u2019investissement FÉRIQUE; certains frais de courtage pourraient toutefois être exigibles si la souscription se fait par l\u2019entremise d\u2019un courtier indépendant.1-800-291-0337 Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans. Sophie Limoges, étudiante au baccalauréat en actuariat En étudiant les pratiques de modélisation de l\u2019impact des changements climatiques, Sophie alimente la ré?exion sur la mise en place de meilleures stratégies de gestion de risque en cas de catastrophes naturelles.Julia Agullo, étudiante au doctorat en chimie En travaillant sur la réduction du CO2 par voie électrochimique, Julia explore les moyens d\u2019éliminer et de transformer ce gaz en produit à valeur ajoutée.Ses résultats de recherche pourraient entre autres être utilisés dans les piles à combustible."]
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