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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2018-01, Collections de BAnQ.

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[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C V I I I , n u m é r o 1 \u2013 J a n v i e r 2 0 1 8 volume CVIII numéro 1 JANVIER 2018 envoi de publication N° de la convention 0040012293 Élections Montréal 2017 Cycle politique inédit Élections Catalogne 2017 Deux pouvoirs constituants Janvier 2018 Vol.CVIII, no 1 L\u2019Action L\u2019Action Miyuki Tanobe Un après-midi de Noël sur le Mont-Royal (1978), 12\" x 16\", Nihonga sur panneau Galerie Valentin Née à Morioka au Japon le 20 décembre 1937, Miyuki Tanobe étudie, dès l\u2019âge de 11 ans, avec Itaru Tanabe, grand maître de la peinture à l\u2019huile.Le réputé Chou Ota prend personnellement en charge la jeune étudiante.En 1959, Miyuki Tanobe est diplômée professeur de dessin et de peinture de l\u2019Université des Beaux-Arts de Tokyo.Elle devient l\u2019étudiante de Seison Maida, maître incontesté du Nihonga.En 1960-61, Miyuki Tanobe tient ses toutes premières expositions et est acceptée par l\u2019INTIN (Salon d\u2019Automne de la peinture Nihonga à Tokyo).En 1962 et 1963, elle travaille à l\u2019atelier La Grande Chaumière à Paris.En 1963, Miyuki s\u2019inscrit à l\u2019École supérieure nationale des beaux-arts de Paris et étudie avec le maître Chapelain Midy.En 1966, elle revient au Japon.Elle s\u2019établit à Montréal en 1971 à la suite de sa rencontre avec Maurice Savignac.Elle a le coup de foudre pour les quartiers populaires de la ville qu\u2019elle dépeint avec humour et souci du détail.À partir de 1972, Miyuki Tanobe tient régulièrement des expositions solo avec la galerie L\u2019Art français qui devient plus tard la Galerie Valentin.Parmi les distinctions reçues tout au long de sa carrière, Miyuki Tanobe obtient le prix du Conseil des arts du Canada en 1981 pour son illustration du poème de Gilles Vigneault Les gens de mon pays.En 1994, elle est reçue membre de l\u2019Académie royale des arts du Canada et est élue Officière de l\u2019Ordre national du Québec l\u2019année suivante.En 1999, la Monnaie royale canadienne lui demande d\u2019illustrer une pièce de collection de 50 cents, «Les petits sauteux », dans le cadre de la série Célébration du folklore et des légendes québécoises.En 2002, la Délégation du Québec à Paris choisit une de ses peintures avec celles de Riopelle, M.-A.Fortin et Derouin pour son service de vaisselle.Les oeuvres de Miyuki Tanobe représentent la vie des gens dans les quartiers populaires de Montréal et d\u2019autres villes du Québec.Elle peint les parcs envahis par petits et grands, parfois des scènes de mariage champêtres, des scènes marines très animées.Miyuki Tanobe est représentée par la Galerie Valentin 1490, rue Sherbrooke Ouest, bureau 200, Montréal Tél.: 514 939-0500 \u2022 Télec.: 514 939-0413 info@galerievalentin.com http://www.galerievalentin.com 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ; Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; François-Olivier Dorais, Ph.D.histoire ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph.D.histoire ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action La vérité, c\u2019est que Le Devoir a besoin de vous.jesoutiens .com Sommaire Éditorial En finir avec le déni - Robert Laplante 4 Articles Quo vadis la Catalogne ?La politique catalane depuis les élections du 21 décembre 2017 - Marc Sanjaume-Calvet 11 La Catalogne à la croisée des chemins - Magí Miret-Mestre 23 Deux pouvoirs constituants en Catalogne - Pepe Mercadal Baquero 35 L\u2019assemblée constituante du peuple - Jean-Luc Dion 51 Dossier Les élections montréalaises et l\u2019illustration d\u2019un cycle politique inédit - Florent Michelot et Michel Larcher 74 Lectures Note critique Lettre à Jean-Martin Aussant - David Leroux 114 JEAN-MARTIN AUSSANT 121 La fin des exils : résister à l\u2019imposture des peurs Recension JOHN PARISELLA 122 La politique dans la peau Courrier des lecteurs 130 Livres reçus 135 4 Éditorial Robert Laplante En finir avec le déni La campagne électorale est lancée depuis un moment déjà.C\u2019est sans vergogne que le gouvernement Couillard a commencé à faire pleuvoir les dollars pour faire croire à la manne.Avec leur complaisance habituelle, les bonimenteurs et faiseurs de bruit médiatique sont restés bien sagement campés dans leur rôle de relais béats.Ils ont gobé le vocabulaire : le mot surplus a été relayé même s\u2019il n\u2019est rien d\u2019autre en l\u2019occurrence qu\u2019une imposture comptable.Les sommes retranchées par une brutale politique de réduction des services publics ne sont pas des surplus.Elles ne sont pas non plus des réinvestissements.Elles sont tout simplement devenues un trésor de guerre que le gouvernement entend utiliser pour sa campagne électorale.Les baisses d\u2019impôts ne serviront qu\u2019à rendre encore plus faible la capacité d\u2019intervention de l\u2019État.Les réinjections de fonds ne se font pas là où elles seraient nécessaires, mais bien là où elles paraîtront payantes sur le plan électoral.Le cynisme de l\u2019opération a quelque chose de répugnant.C\u2019est une véritable perversion du langage qui va servir à présenter comme de la bonne gestion une opération qui ne cesse de faire régresser le Québec.Les indicateurs économiques actuels sont loin d\u2019être mauvais, certes, mais la lecture de la conjoncture va servir à les retourner contre le politique.Le paradoxe n\u2019en sera que plus grand et plus 5 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 cruel : le dynamisme québécois ne servira pas à faire grandir le Québec, mais bien plutôt à en faire un nain politique.Le gouvernement Couillard travaille à réduire sa capacité à orienter son développement en affaiblissant l\u2019État.Il travaille à laisser Ottawa instrumentaliser le dynamisme québécois.Bombardier, le cannabis, les chantiers maritimes Davie, le Port de Québec, Netflix, la liste n\u2019en finit plus de s\u2019allonger des dossiers où les pertes s\u2019accumulent, où les iniquités se creusent, où l\u2019impuissance est de règle.Et pourtant des sommes faramineuses seront consacrées à la publicité gouvernementale pour couvrir la démission, pour dresser les écrans de boucane.Millionièmes promesses sur le comptage des civières, épanchements sur la qualité de l\u2019éducation et la salubrité des écoles occupent la plus large part de l\u2019horizon que les baisses d\u2019impôt laisseraient enfin apercevoir.Quelques bricoles pour sacrifier à l\u2019ère du temps, de l\u2019esbroufe numérique pour faire oublier la goinfrerie médicale et le ton aura été donné.Et il n\u2019est pas dit que cela ne sera pas efficace.Notre peuple en ses millions « de gens fragiles à des promesses d\u2019élection », comme l\u2019a si bien chanté Claude Gauthier, n\u2019en finit plus de vaciller, de tanguer entre résignation et autodénigrement.Les sondages ne cessent de mesurer ses humeurs changeantes, d\u2019illustrer le brouillage des repères.La médiocrité de la politique politicienne s\u2019impose.On ne voit guère poindre de véritables contre- discours.La provincialisation de la classe politique est désormais consommée.Au seuil de la nouvelle année, c\u2019est bien cela qui frappe : le complet déphasage de notre élite dirigeante.Aucune voix crédible ne porte désormais la lecture de notre condition nationale.Si quelques ténors en appellent à « sortir les libéraux » on les cherche encore ceux et celles qui 6 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 en appellent à sortir de la dépendance.Notre peuple est minorisé et claquemuré dans un régime qui piétine toutes les règles constitutionnelles qu\u2019il a pourtant imposées.Il n\u2019y a plus rien qui tienne en matière de partage des compétences sur lesquelles les règles formelles sont pourtant encore invoquées.Ottawa agit à sa guise, impose ses choix, ses moyens, ses conditions.Le Québec est moins que jamais maître dans sa maison et sa classe politique se chamaille pour savoir comment tirer parti de la longueur de la laisse ! Le débat politique est devenu une véritable surenchère d\u2019impuissance consentie et de déni du réel.Les péquistes ne cessent de faire comme si la soumission au régime n\u2019avait que des conséquences endurables, comme si rien ne sera jamais si grave pour que le Québec se dresse.Les caquistes ne demandent pas mieux que de faire semblant de trouver noble la malhonnêteté intellectuelle d\u2019un aspirant baronnet et de se faire une petite musique de nuit avec les refrains mille fois répétés d\u2019une autonomie provinciale aussi chimérique que la volonté de l\u2019État canadian d\u2019y accorder la moindre attention.Québec solidaire et les autres partis et groupuscules s\u2019imaginent que le Québec peut se donner un projet de société en oubliant Ottawa et en déportant à gauche l\u2019indigence provinciale.Plus personne ne veut penser la politique nationale dans sa condition réelle, dans sa condition radicalement dépendante.Les programmes des partis ne sont plus que des énoncés sans fondement dans la realpolitik, des manifestations d\u2019une dépendance à ce point intériorisée que ses catégories ne sont plus perçues comme structurantes.La dépendance n\u2019est pourtant pas qu\u2019une somme d\u2019anecdotes ou un catalogue de limitations vues comme des « irritants ».C\u2019est un cadre, un paradigme de claustration.La politique provinciale 7 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 n\u2019est pas seulement une politique pour nation annexée, comme l\u2019a si bien montré Maurice Séguin, elle est devenue dans le Canada post-référendaire un véritable trompe-l\u2019œil.Le Québec n\u2019a plus le moindre contrôle sur la définition des finalités de son développement.Tout au plus peut-il s\u2019entre- déchirer sur les modalités d\u2019aménagement des contraintes que lui impose un régime qui n\u2019a plus le moindre souci pour ses réactions.Pis encore, pour sa capacité de réagir, tant la pusillanimité de sa classe politique est évidente et avérée.La vérité de notre condition politique c\u2019est que l\u2019État du Québec est en voie de décomposition, que le gouvernement du Québec a de moins en moins les moyens de sa mission et qu\u2019il a si bien intériorisé les contraintes que le Canada lui impose qu\u2019il ne se pense plus que dans la vision déformée que la faiblesse et l\u2019incohérence de ses gestes donnent à ses projets et à sa capacité de se projeter.On comprend dès lors en quoi la seule existence du Bloc québécois peut apparaître à plusieurs comme incongrue, voire obscène.Sa présence à Ottawa comme force d\u2019incarnation de la volonté de se conduire selon ses finalités propres suffit à révéler que l\u2019altérité radicale est la seule voie de représentation des intérêts et des actions de la nation.Il faut espérer que l\u2019année 2018 soit celle de la fin du déni.Il faut que l\u2019action militante force les partis à sortir de la politique des lamentations, qu\u2019elle impose l\u2019ambition d\u2019en finir avec la dépendance et pour ce faire d\u2019en finir avec les représentations de l\u2019action que nous sert une classe politique totalement engluée dans la politique provinciale.S\u2019il importe de se débarrasser des libéraux, il importe davantage d\u2019éviter de les remplacer par d\u2019autres portiers de la maison de fous canadian.Le Québec mérite mieux que la politique qu\u2019on lui sert.Des siècles de persévérance têtue ne peuvent 8 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 s\u2019abolir par le consentement à l\u2019impuissance et s\u2019avilir dans le renoncement à se faire maître de son destin.Il faut juger la classe politique à l\u2019aune de sa responsabilité historique et non pas à celle de ses appétits circonstanciels.q La Caisse d\u2019économie solidaire est l\u2019institution ?nancière des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une économie sociale et durable.Gérald Larose Président 1 877 647-1527 caissesolidaire.coop www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Fondaction est une institution ?nancière québécoise innovante.Par la collecte d\u2019épargne-retraite et l\u2019investissement dans les entreprises d\u2019ici, Fondaction participe à la création d\u2019une économie plus performante, plus équitable et plus verte.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 11 Articles Seulement un adjectif peut qualifier les élections catalanes de décembre dernier : « exceptionnelles ».Depuis 1980 la Catalogne a tenu onze élections régionales, toujours convoquées par le gouvernement catalan (Generalitat) : en effet, selon le Statut d\u2019autonomie de la Catalogne, le président catalan est la seule autorité détenant le pouvoir de dissoudre la chambre catalane et de déclencher de nouvelles élections.Néanmoins, le 21 décembre 2017 demeurera sûrement un événement historique dans le parcours électoral de l\u2019autonomie catalane.Premièrement, les élections ont été convoquées par le gouvernement central suite à la suspension de l\u2019autonomie catalane.Deuxièmement, le vote et le scrutin, ainsi que la campagne électorale, ont eu lieu dans une ambiance politique inusitée, avec les pouvoirs catalans sous tutelle de Madrid et les leaders souverainistes en prison ou en territoire étranger.Finalement, la polarisation et la politisation de la société catalane se sont traduites par un résultat et un taux de participation eux aussi historiques.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 Marc Sanjaume-Calvet* Quo vadis la Catalogne ?La politique catalane depuis les élections du 21 décembre 2017 * Chargé de cours et chercheur, Universitat Pompeu Fabra (UPF), Barcelona. 12 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 La voie unilatérale et la suspension de l\u2019autonomie Pour mieux comprendre le résultat électoral du 21 décembre, il faut le replacer dans le contexte de la démarche politique du souverainisme des dernières années1, majoritaire au parlement depuis 2012, mais incapable de trouver une voie ouverte pour exercer son programme politique pleinement2.Pendant la législature 2012-2015, les acteurs politiques catalans ont tenté de faire voter le peuple catalan sur la question territoriale de plusieurs manières.Le deuxième gouvernement du président Artur Mas (2012-2015), soutenu par Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), mais aussi d\u2019une manière intermittente par la gauche anticapitaliste de la Candidatura d\u2019Unitat Popular (CUP), avait établi comme priorité de son programme politique de faire voter les Catalans.Après plusieurs initiatives législatives bloquées par le gouvernement espagnol et la majorité parlementaire à Madrid, Artur Mas avait organisé une consultation sans cadre légal le 9 novembre 2014, qui aura des conséquences pénales graves pour lui-même et quelques ministres régionaux.Les résolutions et les lois liées au processus de consultation avaient été déclarées inconstitutionnelles par la Cour constitutionnelle espagnole3.1 Voir les ouvrages collectifs : Peter A.Kraus et Joan Vergés Gifra, eds., The Catalan Process.Sovereignty, Self-Determination and Democracy in the 21st Century, Institut d\u2019Estudis de l\u2019Autogovern, 2017; Xavier Cuadras-Morató, ed., Catalonia: a new independent state in Europe?: a debate on secession within the European Union, London: Routledge, Taylor & Francis Group, 2016.2 Voir : Pau Bossacoma et López-Bofill, « The secession of Catalonia.Legal strategies and barriers to secession », dans Catalonia : a new independent state in Europe?: A debate on secession within the European Union, ed.Xavier Cuadras-Morató (London : Routledge, Taylor & Francis Group, 2016), 107-48.3 Voir : Alain-G.Gagnon et Marc Sanjaume-Calvet, « Trois grands scénarios pour la Catalogne au XXIe siècle : autonomie, fédéralisme et sécession », à Repenser l\u2019autodétermination interne, ed.Michel Seymour (Editions Themis, 2016), 135-74. 13 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 L\u2019échec des tentatives de rendre effectif le « droit de décider » avait poussé la société civile (notamment les associations Assemblea Nacional Catalana \u2013 ANC et Òmnium Cultural), mais aussi les forces politiques souverainistes, à s\u2019accorder sur une voie unilatérale et une feuille de route commune.Une voie de négociation devait être ouverte avec Madrid, tout en envisageant un processus d\u2019indépendance advenant la continuité du blocage politique de la question catalane (comme ce fut le cas).Cette stratégie était soutenue par une nouvelle coalition politique préélectorale, Junts pel Sí, qui ressemblait le centre-droit (Convergencia Democratica de Catalunya \u2013 CDC) et le centre-gauche (ERC) souverainistes.Après une victoire en sièges, mais non en voix aux élections de septembre 2015, le nouveau président Carles Puigdemont, élu avec l\u2019appui critique de la CUP, avait décidé de suivre la feuille de route, mais aussi de convoquer un référendum sur l\u2019indépendance pour légitimer l\u2019option indépendantiste.Cette fois-ci, le référendum aurait un cadre légal, approuvé par le parlement catalan, mais sera déclaré encore une fois inconstitutionnel par la Cour constitutionnelle4.Le référendum du 1er octobre 2017 aura lieu dans un contexte politique et légal très tendu.Le gouvernement espagnol l\u2019avait déclaré illégal et avait essayé d\u2019empêcher sa tenue.D\u2019abord, pendant la campagne, avaient été perquisitionnés plusieurs ministères catalans et interdite toute publicité (même institutionnelle) sur le vote.Le jour même du référendum, la police espagnole avait essayé d\u2019empêcher physiquement le vote alors que des citoyens catalans se rassemblaient pacifiquement aux portes des bureaux de scrutin pour en empêcher leur fermeture.La violence policière 4 Voir : Arnaud Montreuil, « Contrer l\u2019indépendantisme catalan : les trois phases de la réaction espagnole », L\u2019Action nationale, vol.CVII, no 9, Novembre 2017. 14 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 fera plus de 1 000 blessés.Les forces politiques opposées à l\u2019indépendance (Cs, PSC et PP) refuseront de participer au référendum.Le résultat du vote, 43 % de participation et 90,2 % pour le Oui, sera reçu comme une victoire par les indépendantistes, mais comme un acte illégal par le gouvernement espagnol et les partis non souverainistes en Catalogne, à l\u2019exception de Catalunya en Comú (la branche catalane de Podemos) qui jugera le référendum légitime.À la suite du vote, le président catalan Puigdemont avait offert de négocier l\u2019indépendance avec Madrid.Dans un discours parlementaire solennel, Puigdemont déclarera l\u2019indépendance le 10 octobre 2017 pour la suspendre immédiatement, demandant des négociations avec le gouvernement espagnol et l\u2019Union européenne.Après quelques jours de mobilisation, l\u2019arrestation et la mise en prison préventive de deux leaders souverainistes de la société civile, aucune négociation n\u2019aura lieu, l\u2019exécutif de Mariano Rajoy refusant toujours de négocier sur l\u2019autodétermination ou l\u2019indépendance.La déclaration d\u2019indépendance sera toutefois ratifiée par un vote parlementaire le 27 octobre 20175.Le jour même de cette déclaration, le sénat espagnol votera l\u2019application de l\u2019article 155 de la Constitution espagnole suspendant l\u2019autonomie catalane.Le gouvernement catalan sera révoqué et ses membres accusés de sédition et de rébellion.Le parlement catalan sera dissous.Par l\u2019application de l\u2019article 155, le gouvernement espagnol prendra le contrôle direct de l\u2019autonomie catalane et Mariano Rajoy lui-même convoquera des élections régionales pour le 21 décembre.Suite aux accusations déposées contre les membres de l\u2019exé- 5 Voir : « Catalans declare independence as Madrid imposes direct rule » [http://www.bbc.com/news/world-europe-41780116, dernier accès 10/01/2017]. 15 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 cutif catalan, une partie d\u2019entre eux et le président s\u2019exileront à Bruxelles, alors que ceux qui étaient restés en Espagne comparaîtront en cour et seront emprisonnés sur ordre du juge.Résultats et tendances Cette situation politique, sans précèdent depuis le rétablissement de l\u2019autonomie catalane, explique aussi les résultats des élections du 21 décembre 2017.Premièrement, le conflit politique, comme cela a déjà été observé dans d\u2019autres contextes, a mené à une mobilisation électorale exceptionnelle.Il faut signaler que depuis quelques années, la participation électorale était déjà plus élevée aux élections régionales qu\u2019aux élections nationales.Néanmoins, dans ce cas-ci, la participation de 79,04 % constituera un résultat historique, seulement surpassé lors des élections générales de 1982 (voir graphique 1).Deuxièmement, la dynamique conflictuelle aura aussi clairement polarisé la campagne électorale et l\u2019arc parlementaire.Graphique 1.Taux de participation électorale 1980-2017 Source : Generalitat de Catalunya.Departament de Governació 16 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 D\u2019un côté, ceux qui soutenaient l\u2019idée de l\u2019indépendance (Junts per Catalunya, ERC et CUP) puis de l\u2019autre, les forces politiques rejetant l\u2019indépendance (Ciudadanos, PSC et PP).Les débats de la campagne ont donc mis en scène une très forte confrontation entre blocs, à l\u2019exception de Catalunya en Comú ayant adopté une posture mitoyenne, mais n\u2019ayant pas su exploiter cette position combinant droit de décider et indécision sur l\u2019indépendance.Troisièmement, la concurrence électorale, malgré cette polarisation en deux camps, est demeurée « interne » à chacun de ces camps.Les partis indépendantistes ont choisi de ne pas recréer de coalition préélectorale, et le président exilé Carles Puigdemont s\u2019est présenté avec une liste électorale propre (Junts per Catalunya), qui remplacera son parti politique (Parti démocrate européen catalan \u2013 PdeCat) et qui finalement remportera la victoire face aux indépendantistes de la gauche républicaine ERC, qui était en tête des sondages, mais dont le leader, Oriol Junqueras (ex-Vice- président), demeurait détenu à Madrid.Dans le camp anti- souverainiste, la victoire spectaculaire de Ciudadanos (avec 36 députés et la pluralité du vote populaire) a provoqué la chute du PP au pouvoir à Madrid, qui n\u2019a reçu qu\u2019un peu plus de 4 % des votes et fait élire 4 députés, en plus de barrer la voie aux socialistes (voir graphique 2).Globalement, le résultat des élections est loin d\u2019être concluant sur la question de l\u2019indépendance, et ce pour plusieurs raisons.La victoire des partis indépendantistes, ayant fait élire 70 députés sur 135, n\u2019a été pas soutenue par une majorité absolue en voix6.Par contre, le camp opposé à l\u2019indépendance (Cs, PSC, PP), minoritaire au Parlement, demeurera incapable de s\u2019imposer et ne parviendra pas à 6 Il faut rappeler que, même si le système électoral catalan est proportionnel, il y a quatre circonscriptions. 17 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 former une opposition commune avec Catalunya en Comú après avoir soutenu Madrid sur l\u2019application de l\u2019article 155 et les fortes mesures contre l\u2019autonomie catalane, proposées par l\u2019exécutif de Mariano Rajoy.À cela, il faut ajouter que l\u2019argument de la « majorité silencieuse », soit l\u2019idée qu\u2019une forte mobilisation en Catalogne serait favorable au camp anti-souverainiste, n\u2019a pas été supporté par le résultat électoral.La hausse du taux de participation (plus de 4 points par rapport à 2015) n\u2019a visiblement pas reflété l\u2019apparition d\u2019une « majorité silencieuse » en défaveur de l\u2019indépendance.En termes absolus, le camp souverainiste, cette fois divisé par les candidatures séparées de Junts per Catalunya, d\u2019ERC et de la CUP, a récolté 112 202 votes de plus (2 078 710 au total) qu\u2019en 2015 alors que le camp opposé à la souveraineté (Cs, PSC, PP) a obtenu 293 221 votes de plus (1 902 061 au total).Évidemment, l\u2019espace politique couvert par Catalunya en Comú, au milieu des deux grands blocs, a essuyé une perte importante de voix avec 41 253 votes en moins (326 360 au total).Graphique 2.Composition parlementaire en Catalogne après le 21 décembre 2017 Source : Diari Oficial de la Generalitat de Catalunya, 29 décembre 2017 18 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Le nouveau parlement, donc, est à l\u2019image d\u2019une Catalogne pratiquement divisée en deux blocs par rapport à l\u2019indépendance.La sociologie électorale signale cependant une réalité plus complexe, surtout si l\u2019on s\u2019intéresse à la géographie catalane.Alors qu\u2019on a tendance à lier cette division au territoire, Barcelone et la zone métropolitaine étant réputées plutôt défavorables à l\u2019indépendance, la distribution des appuis aux diverses options politiques est plus complexe.La victoire d\u2019ERC dans plusieurs quartiers barcelonais démontre notamment l\u2019existence d\u2019un souverainisme urbain plutôt campé à gauche.Néanmoins, si l\u2019indépendance demeure l\u2019option politique dominante en ce moment, on ne peut pas dire qu\u2019elle soit hégémonique.La situation du souverainisme Le bilan du souverainisme catalan jusqu\u2019à aujourd\u2019hui est donc aigre-doux.L\u2019analyse en sera différente si l\u2019accent est placé sur une lecture historique ou, au contraire, sur la réalité plus immédiate et l\u2019avenir du mouvement.En termes historiques, les forces indépendantistes ont réussi à faire de la question catalane l\u2019enjeu principal de la politique espagnole au cours de la dernière décennie, et même à en faire un enjeu international à certains moments (comme en novembre 2014, ou en octobre dernier).La question catalane est donc plus que jamais d\u2019actualité et l\u2019option de l\u2019indépendance, minoritaire et même marginale il y a quelques années, est devenue l\u2019option commune des partis souverainistes.Il faut se rappeler qu\u2019en 2006, à l\u2019époque de la réforme statutaire (du Statut d\u2019autonomie catalan), l\u2019opinion publique se montrait plutôt favorable à l\u2019autodétermination, mais au sein de l\u2019État espagnol.Les appuis à l\u2019indépendance surpassaient rarement 15 % chez les Catalans.Depuis les années 1990, ERC était le seul parti souverainiste et la CUP, 19 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 une formation politique marginale à l\u2019époque, ne comptait que quelques élus locaux.En termes stratégiques, l\u2019ancienne position régionaliste de la coalition CiU (Convergència i Unió), plutôt gradualiste et opposée aux changements institutionnels radicaux, fait aujourd\u2019hui partie de l\u2019histoire.De plus, suite à une élection tenue dans des circonstances exceptionnelles, convoquée par le gouvernement espagnol maintenant des leaders emprisonnés ou exilés, l\u2019indépendantisme jouit encore d\u2019une majorité parlementaire et ses représentants tentent en ce moment de former un nouveau gouvernement.Finalement, du côté de la société civile catalane, les mobilisations des dernières années témoignent d\u2019une vitalité importante du mouvement souverainiste, organisée d\u2019abord autour de la Plateforme pour le droit de décider (PDD), et plus tard des associations ANC et Òmnium Cultural.En résumé donc, pour ceux qui souhaitent l\u2019avènement d\u2019une nouvelle République catalane, le bilan de la dernière décennie demeure largement positif.Graphique 3.Évolution du vote pour l\u2019indépendance 2014\u2013 2017 Source : Generalitat de Catalunya.Departament de Governació 20 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Or, le bilan du dernier mandat et l\u2019évaluation de la situation actuelle s\u2019avèrent plus complexes.L\u2019appui par ailleurs solide à l\u2019indépendance présente en effet au moins deux faiblesses importantes, interne et externe.D\u2019un point de vue interne, et bien qu\u2019en termes absolus l\u2019appui à cette option progresse, elle demeure à court des 50 % (47,4 % le 21 décembre dernier).Il s\u2019agit d\u2019un appui fort qui surpasse, par exemple, le soutien à l\u2019indépendance écossaise tel qu\u2019exprimé lors du référendum de 2014 (45 %).Pour autant, les souverainistes catalans ont donc encore besoin d\u2019élargir leur base sociale, non seulement pour soutenir leur démarche politique, qui dans le cas de l\u2019unilatéralisme nécessite encore plus d\u2019appuis, mais aussi pour contrer la stratégie de division sociale mise en œuvre par les forces politiques unionistes.La division de la société catalane dénoncée par les indépendantistes risque de devenir réalité si le souverainisme ne parvient pas à élargir ses soutiens.D\u2019un point de vue externe qui plus est, les demandes catalanes se heurtent au cadre juridique et politique d\u2019un État qui rejette absolument le droit de faire sécession ou d\u2019exercer l\u2019autodétermination.Actuellement, le mouvement souverainiste, après avoir tenté une stratégie unilatérale, fait face à une vague de répression très forte qui a déjà mené quelques leaders à la prison ou à l\u2019exil.Cette situation oblige les partis et leurs leaders à réviser la stratégie adoptée jusqu\u2019alors.Le référendum du 1er octobre fut tenu dans l\u2019optique d\u2019une affirmation du pouvoir populaire catalan.Or, la capacité réelle du gouvernement régional à transformer cette affirmation en un État catalan indépendant était faible, en plus d\u2019être combattue par l\u2019État espagnol. 21 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Avenir et certitudes La stratégie officielle de Mariano Rajoy après la prise de contrôle des institutions catalanes et la convocation électorale était le « retour à la légalité ».Cependant, il y avait aussi une volonté politique de faire échouer l\u2019indépendantisme aux urnes.La nouvelle majorité parlementaire souverainiste et le mauvais résultat du PP ont donc à l\u2019inverse montré l\u2019incapacité du Gouvernement espagnol à trouver une issue au « problème catalan » et à imposer une solution.La voie judiciaire, sans aucune proposition politique afférente, a mené à la marginalité politique en Catalogne la force politique majoritaire dans le reste de l\u2019Espagne.Par contre, la stratégie du Gouvernement espagnol a efficacement mis en place une démarche légale (et même une doctrine constitutionnelle) qui empêche le camp sou- verainiste de faire avancer son projet.Ce blocage, qui se traduit par une panoplie de procès judiciaires contre les membres de partis indépendantistes et de l\u2019administration Puigdemont, fait en sorte de contraindre ces derniers à adopter une stratégie de résistance économique, sociale et légale.Si l\u2019appui à l\u2019indépendance demeure inférieur à 50%, l\u2019appui au statu quo est encore plus minoritaire selon le dernier sondage du Centre d\u2019Estudis d\u2019Opinió.Un modèle territorial semblable à l\u2019actuel n\u2019est préféré que par 27,4% des Catalans .La stratégie indépendantiste doit donc passer aussi par le mécontentement envers le modèle territorial actuel.Il faut aussi rappeler que d\u2019autres expériences, malgré des différences notables, peuvent aider à mieux définir les enjeux qui se profilent.Se référant au cas québécois, le poli- tologue François Rocher avait déjà annoncé que, dans le cas d\u2019un échec stratégique, les souverainistes risquaient de se retrouver devant une fermeture du système politique engen- 22 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 drant des coûts très élevés7.Comme le système constitutionnel canadien a évolué, après 1980 et 1995, dans le sens d\u2019un durcissement des conditions attachées à l\u2019autonomie et/ou au droit à la sécession, il en sera de même en Espagne suivant la doctrine constitutionnelle développée au cours des dernières années, puis conséquemment à la récente application de l\u2019article 155 suspendant l\u2019autonomie catalane.En attendent les prochains changements de stratégie et la formation d\u2019un nouveau gouvernement catalan, on ne peut qu\u2019évoquer certaines certitudes (les incertitudes étant beaucoup plus nombreuses).La dernière législature, achevée de manière brutale, nous en a enseignées au moins quatre.D\u2019abord, la mobilisation citoyenne demeurera très forte et surpassera à certains moments en importance l\u2019action gouvernementale.Deuxièmement, la majorité politique actuelle à Madrid et l\u2019État espagnol, qui n\u2019acceptent ni la consultation ni la voie unilatérale vers l\u2019indépendance, sont prêts à utiliser la force pour l\u2019empêcher.Troisièmement, l\u2019Union européenne protège l\u2019intégrité territoriale des États membres, et tolère la répression contre les mouvements souverainistes citoyens et pacifiques.Finalement, le souverainisme a besoin d\u2019élargir ses soutiens pour être capable de surmonter ses nouveaux défis, mais aussi pour empêcher une division sociale forte en Catalogne.Ces quatre constats devront faire partie des calculs partisans et de l\u2019équation gouvernementale catalane suite aux résultats du 21 décembre dernier.q 7 Voir : « Leccion de Quebec : si pierdes, pierdes dos veces » EL PAIS (08/04/2014) [https://elpais.com/elpais/2014/03/28/ opinion/1396007874_934878.html] 23 Articles Magí Miret-Mestre* La Catalogne à la croisée des chemins** Après le coup d\u2019État fasciste qui a conduit l\u2019Espagne à la guerre civile de 1936-1939, la dictature de Franco a imposé une très dure répression politique.Néanmoins, la langue et la culture catalanes ont continué à vivre dans la population.Plus tard, après la mort du dictateur, mais toujours sous la menace du pouvoir militaire, les partis politiques ont été autorisés et les premières élections démocratiques ont eu lieu en 1977.La constitution espagnole actuellement en vigueur a été approuvée.Celle-ci proclame « l\u2019unité indissoluble de la nation espagnole », reconnaît et garantit le droit à l\u2019autonomie des nationalités et des régions.Le nouveau régime politique a défini une nouvelle organisation du territoire qui comprenait les municipalités et 17 provinces autonomes ainsi que deux villes autonomes du nord de l\u2019Afrique (Ceuta et Melilla).Certaines de ces provinces ont une langue et une tradition culturelle propre (Pays basque, Catalogne, Pays de Valence, Îles Baléares, Galice).La création de cet État était une manœuvre uniformisante (« café pour tout le monde ») dont l\u2019intention était de ne pas faire de concessions importantes aux aspirations politiques d\u2019autonomie réclamées par une bonne partie des citoyens de la Catalogne et du Pays basque.On a rétabli la Generalitat * Historien ** Traduit du catalan par Consol Perarnau 24 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 en 1978 \u2013 l\u2019organe du gouvernement de la Catalogne dissous sous le régime franquiste \u2013 et en 1979, on a approuvé le Statut d\u2019autonomie de la Catalogne.Le gouvernement de la Catalogne fut contrôlé de 1980 à 2003 par une coalition électorale formée par les centristes nationalistes de Convergència Democràtica de Catalunya, dirigée par le leader charismatique Jordi Pujol.Cette coalition a fit un bon usage des compétences disponibles tout en donnant son appui au gouvernement central de l\u2019Espagne dirigé en alternance soit par le parti de droite Alianza Popular (l\u2019actuel Partido Popular), soit le Partido Socialista Obrero Español (Parti socialiste ouvrier espagnol).Les législatures catalanes de 2003-2006 et de 2006-2010 furent dirigées par une alliance réunissant le Parti socialiste de Catalogne, Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche républicaine de Catalogne) et les eurocommunistes d\u2019Initiatives pour la Catalogne.Les présidents de la Generalitat furent les socialistes Pasqual Maragall et José Montilla.À une large majorité, les Catalans ont adopté par référendum en 2006 un nouveau statut d\u2019autonomie qui fut entériné par Congrès des députés espagnol dominé à ce moment-là par le Parti socialiste espagnol (PSOE), malgré le rejet catégorique du Parti populaire (Partido Popular).Le texte apportait des modifications au statut d\u2019autonomie dont la plus importante concernait la définition de la Catalogne comme « nation » et l\u2019adoption de modalités de financement avantageuses.Les tensions entre les trois partis qui se sont partagé la présidence ainsi que le mécontentement croissant des électeurs nationalistes \u2013 chaque fois plus sensibilisés et mobilisés \u2013 ont eu comme résultat aux élections de 2010 de donner une vaste majorité à Convergència i Unió (CiU) (62 députés) et à son candidat Artur Mas qui deviendra président de la Generalitat.Les autres partis formèrent l\u2019opposition (Partit Socialista de 25 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Catalunya : 28 députés, Partit Popular de Catalunya : 18 députés, Communistes et Verts : 10 députés, Esquerra Republicana de Catalunya : 10 députés, et deux nouveaux partis, Solidaritat Catalana per la Independència : 4 députés, et Ciutadans : 3 députés).En fait, Solidaritat qui était une scission d\u2019Esquerra Republicana per Catalunya, n\u2019ira pas plus loin, alors que par la suite Ciutadans améliorera ses résultats.Ciutadans est un parti né en Catalogne qui se définit comme libéral progressiste, qui s\u2019est opposé dès sa création à la politique d\u2019immersion linguistique dans le domaine de l\u2019éducation et qui considère que le catalan et l\u2019espagnol doivent être les langues officielles de la Catalogne que les étudiants doivent connaître à la fin de leurs études indépendamment de leur origine familiale.Dans le cadre de l\u2019État espagnol, il appuie le Partido Popular et en Catalogne il s\u2019oppose au catalanisme.La désaffection d\u2019une importante partie de la population catalane envers les gouvernements espagnols \u2013 quels qu\u2019ils soient \u2013 s\u2019est accrue ces dernières années, les Catalans prenant conscience des effets négatifs de la politique centraliste espagnole qui nuisent aux intérêts et à la croissance économique des Catalans et aussi au fait que les investissements de l\u2019État espagnol sont nettement insuffisants et très inférieurs à la contribution de la Catalogne au produit intérieur brut.Ce déséquilibre financier peut être illustré par le cas de la ligne de chemin de fer à grande vitesse du Couloir de la Méditerranée qui aurait dû devenir une voie de communication de la côte méditerranéenne et servir d\u2019axe de transport des marchandises favorisant le développement des ports maritimes de València et de Barcelona.Mais ce projet fut bloqué pour des raisons politiques, par manque de soutien financier de l\u2019État espagnol.Par contre, l\u2019État, pour avantager la capitale espagnole, a financé en Espagne la construction d\u2019un vaste réseau 26 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 de chemins de fer à grande vitesse qui converge vers Madrid qui est sous-utilisé et très déficitaire.Mais ce ne sont pas seulement ces déséquilibres économiques qui expliquent que beaucoup de Catalans ont le sentiment que les gouvernements et organismes de l\u2019État espagnol sous-estiment ou méprisent la Catalogne.Cette hostilité se manifeste aussi dans des discours qui affirment que les Catalans en veulent toujours plus que les autres régions, qu\u2019ils veulent imposer leur langue dans l\u2019éducation, qu\u2019ils endoctrinent les étudiants et qu\u2019ils manipulent l\u2019histoire.Cette animosité contre tout ce qui est catalan est très forte chez beaucoup de citoyens espagnols qui méconnaissent la réalité catalane et qui adoptent une vision biaisée ou déformée par les médias espagnols.Depuis 2012, des rassemblements populaires et pacifiques de centaines de milliers de personnes pendant la Diada Nacional de Catalunya le 11 septembre ont exprimé un sentiment croissant d\u2019identification avec la Catalogne qui se traduisait par une radicalisation des revendications.Ces manifestations, organisées par des représentants de la société civile comme Assamblea Nacional de Catalunya et Òmnium Cultural ont contribué notablement au désir de changer le modèle de relation entre la Catalogne et l\u2019Espagne.Beaucoup de Catalans avaient le sentiment que la voie réformiste préconisée jusque-là avait atteint ses limites et que l\u2019État espagnol n\u2019était pas disposé à satisfaire leurs demandes.Ils ont amorcé un processus de rupture pacifique.Un symptôme évident de cette rupture de légitimité de l\u2019État espagnol fut la diminution progressive dans les manifestations de la présence du drapeau officiel catalan (« la senyera ») et son remplacement par le drapeau non officiel (« l\u2019estalada ») qui est le symbole de l\u2019indépendance de la Catalogne et qui est devenu omniprésent. 27 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 À cause du refus du gouvernement central de renégocier le pacte fiscal et en raison du retrait du soutien accordé par Convergència i Unió au Parti Popular, qui était minoritaire, le président de la Generalitat, Artur Mas, a décidé de convoquer des élections anticipées en 2012.À ces élections, les nationalistes de CiU (50 députés) et les indépendantistes d\u2019Esquerra Republicana de Catalunya (ERC : 21 députés) ont obtenu la majorité.Par contre, le Parti socialiste catalan (PSC : 20 députés) a payé pour son indécision concernant le projet national catalan.Le Parti Popular (19 députés), les Communistes et Verts (13 députés) ont maintenu leur position.Ciutadans a triplé ses résultats antérieurs (9 députés) de même que l\u2019organisation anticapitaliste, indépendantiste de la Candidature d\u2019unité populaire (CUP : 3 députés).Artur Mas fut à nouveau investi président avec l\u2019appui de CiU et d\u2019ERC.Le scandale de 2014 lié à la découverte de la fraude fiscale commise par Jordi Pujol, président fondateur de CiU, les soupçons persistants de corruption politique et de financement illégal ainsi que la rupture en 2015 de la coalition formée de Convergència Democràtica de Catalunya (CDC) et de son partenaire historique Unió Democràtica de Catalunya en raison de divergences quant au statut politique de la Catalogne, Convergencia, tous ces facteurs ont contribué à faire passer le gouvernement de la revendication autonomiste à la revendication de l\u2019indépendance.Ce changement va entraîner la refondation du CDC et la création du Partit Demòcrata Europeu Català (PDeCAT) qui préconise un État catalan indépendant et républicain.Le parlement de la Catalogne, avec le soutien de 85 de ses 135 députés, avait demandé au Congrès des Députés de l\u2019Espagne de pouvoir organiser un référendum sur l\u2019indépendance, demande qui fut rejetée en avril 2014.En 28 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 conséquence, le parlement catalan a choisi d\u2019adopter une « Loi de consultations populaires non référendaires et de participation citoyenne » protégée par le Statut d\u2019autonomie.Il a préparé une consultation pour les Catalans avec deux questions : « Voulez-vous que la Catalogne soit un État ?» et « Dans l\u2019affirmative, voulez-vous que cet État soit indépendant ?».Le gouvernement espagnol a présenté un recours d\u2019inconstitutionnalité contre quelques articles de la loi de consultations et contre le décret de convocation du référendum, ce qui a entraîné automatiquement une suspension provisoire de cinq mois, le temps que le Tribunal constitutionnel prenne sa décision.Devant cette situation, le gouvernement catalan a décidé de remplacer la consultation populaire non référendaire pour un « Processus de participation citoyenne » avec les mêmes questions.Le 4 novembre de 2014 le Tribunal constitutionnel, réuni en session urgente sur demande du gouvernement espagnol, a suspendu le processus de consultation.Pendant ce temps, la Generalitat organisait la consultation populaire prévue le 9 novembre de 2014.2,3 millions de personnes (soit 41 % du corps électoral), allèrent voter, la majorité en faveur de la création d\u2019un État indépendant de la Catalogne.La fiabilité des résultats était garantie par la Generalitat, mais sa représentativité était réduite en raison de la faible participation, causée par la consigne d\u2019abstention donnée par le Parti socialiste, le Parti populaire et Ciutadans.La tenue de cette consultation a déclenché une série d\u2019accusations de désobéissance et de prévarication contre le président Artur Mas, la vice-présidente Joana Ortega, l\u2019ex-ministre de la Présidence Francesc Homs et la ministre de l\u2019Éducation Irene Rigau.Ces personnes furent condamnées à payer de fortes amendes et à l\u2019inéligibilité politique ce qui les a empêchés de se présenter aux élections de 2017. 29 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Artur Mas a convoqué des élections anticipées au parlement de la Catalogne le 27 de septembre de 2015 où un taux de participation du 74,95 % a été observé.Avec l\u2019objectif d\u2019enclencher le processus d\u2019indépendance, on a formé la coalition Junts pel Sí (JxSí), réunissant Convergència de Catalunya et Esquerra Republicana de Catalunya avec le soutien d\u2019autres partis mineurs.Cette coalition a obtenu 62 députés.La seconde force politique était Ciutadants (25 députés), qui a presque triplé ses sièges au Parlement, en enlevant des votes au Parti socialiste (16 députés) et au Parti populaire (11 députés).Par ailleurs, un autre parti indépendantiste, Comitè d\u2019Unitat Popular (CUP) a aussi triplé sa représentation au Parlement (10 députés).La nouvelle coalition de gauche, Catalunya Sí que es Pot \u2013 favorable à une république catalane, mais ambiguë quant au statut politique de la Catalogne a obtenu 11 députés.N\u2019ayant pas une majorité parlementaire absolue, la coalition JxSí a été obligée de faire des alliances avec la CUP qui a accordé son soutien à la coalition à la condition qu\u2019Artur Mas quitte la présidence parce qu\u2019il avait adopté des politiques d\u2019austérité et avait réduit les dépenses d\u2019aide sociale.Il fut remplacé par Carles Puigdemont, qui était jusque-là maire de la ville de Girona et président de l\u2019Association des municipalités pour l\u2019indépendance.Le gouvernement espagnol a continué à pratiquer une politique intransigeante en se prévalant de ses pouvoirs constitutionnels et en invalidant toutes les initiatives législatives qui empiétaient sur les compétences de l\u2019État espagnol.En 2012, un total de 32 lois concernant la pauvreté, l\u2019énergie, les appartements vides et le manque de logements sociaux, l\u2019égalité effective entre hommes et femmes, les horaires commerciaux, les consultations populaires non référendaires, le changement climatique, qui avaient été approuvées par le parlement de la Catalogne, ont été contestées. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Le gouvernement de Puigdemont, devant les refus catégoriques de l\u2019État espagnol de négocier les conditions du référendum même s\u2019il n\u2019avait qu\u2019une portée consultative, décida unilatéralement de le convoquer pour le 1er octobre 2017.Madrid décida alors de contrôler les comptes de la Generalitat de Catalunya avec l\u2019intention claire de bloquer le financement du référendum.En conséquence, l\u2019autonomie de la Catalogne fut suspendue et cette suspension est toujours en vigueur.En dépit de la confiscation des bulletins de vote dans les imprimeries et entrepôts opérés par les forces de la sécurité de l\u2019État espagnol les jours précédant le référendum, celui-ci put avoir lieu grâce à l\u2019initiative de beaucoup de citoyens anonymes et d\u2019entités sociales comme l\u2019Assemblea Nacional de Catalunya et Òmnium Cultural.Les institutions officielles et les municipalités gouvernées par les partis non indépendantistes refusèrent de collaborer pour tenir des bureaux de vote.Les usages immodérés de la violence par les forces de la sécurité de l\u2019État espagnol, la confiscation des bulletins de vote et des urnes, la dispersion violente des citoyens de tous âges qui se comportaient pacifiquement, ces images ont fait le tour du monde.Malgré toutes ces difficultés, il y a eu une participation de 43 % des électeurs qui ont voté à 90 % en faveur de l\u2019indépendance.Pour sa part, le gouvernement espagnol n\u2019a pas hésité à soumettre le système judiciaire à ses finalités politiques portant ainsi atteinte à l\u2019indépendance de la justice.Les tribunaux et le ministère de la Justice de l\u2019État espagnol se sont alignés sur les désirs du gouvernement de l\u2019Espagne.Un des faits les plus graves fut la mise en accusation et l\u2019emprisonnement le 16 octobre de Jordi Sánchez et Jordi Cuixart, présidents de l\u2019Assamblea Nacional de Catalunya et Òmnium Cultural.Accusés de sédition, ils encourent 31 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 une peine de 30 ans de prison tout simplement pour avoir convoqué par les réseaux sociaux les Catalans à protester devant le ministère de l\u2019Économie de la Generalitat \u2013 où des milliers de citoyens se sont rassemblés pour empêcher les forces de sécurité espagnole de s\u2019emparer de documents administratifs relatifs à l\u2019organisation du référendum.Le parlement catalan, en se basant sur les résultats du référendum, a déclaré l\u2019indépendance de la Catalogne le 27 octobre sans tenir compte des avertissements d\u2019inconstitutionnalité.Le président Puigdemont a suspendu temporairement les effets de la déclaration d\u2019indépendance pour ouvrir le dialogue avec l\u2019État espagnol afin d\u2019arriver à une solution négociée.Cette suspension a provoqué incompréhension et déception chez les indépendantistes.L\u2019État espagnol a réagi immédiatement avec le soutien du Parti populaire, du Parti socialiste et de Ciutadans en appliquant l\u2019article 155 de la Constitution, ce qui a entraîné la dissolution du parlement, la suspension du gouvernement catalan et la soumission de l\u2019administration catalane aux directives des ministères espagnols.Le président Mariano Rajoy a du même coup convoqué des élections pour le 21 décembre 2017.Le gouvernement espagnol a interprété abusivement l\u2019article 155 \u2013 dont l\u2019application est très ambiguë dans le texte constitutionnel \u2013 et il en a profité pour prendre certaines décisions contraires à la défense et à la promotion de la culture et de langue catalanes.Les appels au dialogue adressés à l\u2019Union européenne ne furent pas entendus en raison du Brexit et de la volonté de ne pas encourager d\u2019autres mouvements sécessionnistes dans les États membres.De plus, plusieurs chefs d\u2019État ont donné explicitement leur soutien au maintien de l\u2019unité territoriale espagnole et à la légalité constitutionnelle. 32 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Quelques jours après l\u2019implantation de l\u2019article 155, Carles Puigdemont et quatre de ses ministres se sont installés à Bruxelles pour éviter la persécution de la justice espagnole, profitant du fait que la Belgique est l\u2019un des États européens les plus ouverts aux demandes d\u2019asile de citoyens des autres pays de l\u2019Union européenne.Les tribunaux espagnols ont alors demandé l\u2019extradition des fugitifs, mais cette demande fut finalement retirée parce que les tribunaux belges s\u2019apprêtaient à signifier un refus à l\u2019État espagnol.En novembre, le vice-président Oriol Junqueras et certains des ministres du gouvernement catalan furent emprisonnés pour délit de rébellion, de sédition et de malversation.Après un mois de prison, ils ont été mis en liberté provisoire sous caution dans l\u2019attente d\u2019un jugement, à l\u2019exception toutefois du vice-président et du ministre des Affaires intérieures qui sont encore en prison parce que les juges considèrent qu\u2019ils représentent un haut risque de fuite et de récidive.La présidente et les membres du parlement ont aussi été accusés des mêmes délits, mais on les a laissés en liberté sous caution.Les manifestations de citoyens pacifiques pour la liberté des prisonniers politiques \u2013 avec un ruban jaune comme symbole \u2013 ont été très nombreuses et continuent.Il y eut aussi des manifestations citoyennes contre la déclaration d\u2019indépendance auxquelles ont participé des groupes d\u2019extrême droite qui ont causé des incidents violents.La tension entre ceux qui étaient en faveur et contre l\u2019indépendance a provoqué l\u2019apparition des nombreux drapeaux espagnols aux balcons des appartements, phénomène très marginal jusque-là.Même si tous les partis indépendantistes considéraient les élections du 21 de décembre comme étant illégitimes, ils ont décidé d\u2019y participer pour empêcher la victoire des forces espagnoles.Esquerra Republicana de Catalunya a 33 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 choisi de se présenter sans faire d\u2019alliance, avec l\u2019intention de dépasser le Parti Demòcrata Europeu Català dirigé par Carles Puigdemont.Le caractère plébiscitaire de ces élections a favorisé « le vote utile » des pro-Espagne en faveur de Ciutadans et a mis en évidence la division, maintenant plus radicale, entre les partisans de l\u2019indépendance et les partisans de l\u2019unité espagnole.Le parti des Ciutadans a eu la majorité de votes et fait élire 36 députés, Junts per Catalunya (34 députés), Esquerra Republicana de Catalunya (32 députés).Le Parti Socialista de Catalunya (17 députés), Catalunya en Comú Podem (8 députés) et la CUP (4 députés).Le grand perdant fut le Parti Popular de Catalunya (4 députés).L\u2019affrontement pour l\u2019hégémonie entre les partis indépendantistes a profité, en dépit des prévisions électorales, au parti de Carles Puigdemont, qui, grâce à son charisme personnel, à la mise en valeur de son statut de « président légitime » et par sa participation active à la campagne électorale depuis Bruxelles en utilisant les moyens de communication télématiques, a réussi à surclasser Oriol Junqueres chef de ERC, qui étant en prison ne pouvait pas intervenir.Malgré la victoire relative de Ciutadans, la somme des résultats pour les trois partis indépendantistes (JxC, ERC et CUP) \u2013 plus de 2 millions de votes, soit 80 000 de plus qu\u2019en 2015 et un résultat similaire à celui du référendum du 1er octobre \u2013 leur a donné une majorité absolue de sièges au parlement et le pouvoir légitime de gouverner.Les événements politiques de 2017 entraînent la Catalogne vers un avenir très incertain.Un climat de découragement règne puisque le gouvernement espagnol ne manifeste aucune ouverture envers les demandes catalanes, les tribunaux sont discrédités, une réforme de la constitution espagnole semble impossible. 34 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 La formation du gouvernement catalan sera complexe, car huit des députés élus sont soit en exil, soit en prison dans l\u2019attente d\u2019être jugés.Ce gouvernement devra prendre des décisions équilibrées pour donner une réponse aux souhaits des électeurs indépendantistes sans mépriser l\u2019autre moitié des citoyens catalans qui veulent maintenir l\u2019union politique avec l\u2019Espagne.Pour sa part, le gouvernement espagnol devrait agir de façon responsable pour tenir compte des demandes de la Catalogne.Dans le cas contraire, il pourrait y avoir radicalisation des indépendantistes qui pourraient être tentés d\u2019abandonner la voie pacifique qui les a caractérisés jusqu\u2019à présent.q 35 Articles Pepe Mercadal Baquero* Analyse théorique des élections catalanes de 2015 et 2017 Deux pouvoirs constituants en Catalogne** La politique catalane est marquée, depuis 2012, par l\u2019essor du mouvement indépendantiste qui s\u2019exprime avec force et civisme dans les mobilisations de chaque 11 septembre, jour de la Diada (fête) Nacional de Catalunya.Le mouvement indépendantiste a ainsi fait pression sur les autorités politiques et les partis nationalistes pour adopter l\u2019indépendance de la Catalogne comme son projet politique.Artur Mas, président de la Generalitat entre 2010 et 2015, fut l\u2019image publique de la transition du nationalisme catalan vers l\u2019indépendantisme qui a mené à la confrontation avec le gouvernement de l\u2019Espagne.Cette transition fut aussi caractérisée par le passage d\u2019un cadre politique dominé par l\u2019axe gauche-droite à un cadre où l\u2019axe nationaliste est devenu hégémonique ce qui a profité à Mas et à son parti.Cette transition politique a culminé au mois de septembre 2015 avec une victoire électorale de la coalition indépendantiste Junts Pel Sí.Mais le pacte de gouvernement entre les partis indépendantistes aux idéologies économiques et sociales aussi différentes n\u2019a pas tenu, certains éléments de la coalition exigèrent le remplacement d\u2019Arturo Mas par un nouveau président.* Politologue, London School of Economics and Political Science ** Traduit du catalan par Consol Perarnau 36 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 L\u2019administration de Puigdemont a abouti à ce que l\u2019on appelle le processus d\u2019indépendance de la Catalogne avec l\u2019organisation d\u2019un référendum le 1er octobre de 2017 sans garanties légales et qui a entraîné la répression menée par les forces de sécurité de l\u2019État espagnol.En fait, le point culminant du processus a été la suspension de l\u2019autonomie de la Catalogne par le gouvernement de l\u2019Espagne et la convocation des élections le 21 décembre 2017, élections qui ont de nouveau confirmé la majorité indépendantiste au parlement de la Catalogne, mais avec une évidente polarisation de la société catalane.Dans cet article, nous allons comparer les élections de 2015 et de 2017 en appliquant un cadre théorique relatif au pouvoir constituant et au pouvoir constitué afin de montrer qu\u2019en Catalogne cohabitent deux pouvoirs constituants opposés à deux pouvoirs constitués différents.Les indépendantistes, mobilisés dès 2012, ont décidé d\u2019aller de l\u2019avant avec le processus d\u2019accession à l\u2019indépendance en contestant le pouvoir constitué de l\u2019État espagnol.Les non-indépendan- tistes, moins mobilisés jusqu\u2019en 2017, mais motivés par la polarisation des mois d\u2019octobre et novembre 2017, ont fini par former un autre pouvoir constituant confronté à une Generalitat de la Catalogne vouée, ces dernières années, aux attentes nationalistes d\u2019une partie de la société catalane.Afin de développer cet argument, nous aborderons dans la première section la littérature théorique qui conceptualise le clivage entre le pouvoir constituant et le pouvoir constitué.Dans la seconde et la troisième section, nous analyserons de façon comparée les résultats des élections autonomiques de la Catalogne de 2015 et 2017, en mettant l\u2019accent sur l\u2019évolution des taux de participation et sur la mobilisation de l\u2019électorat abstentionniste. 37 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Pouvoirs constituants La Révolution française, la Révolution américaine et la Révolution russe, en dépit de leurs différences idéologiques et de leurs conséquences, sont d\u2019excellents cas pour illustrer ce que toutes les révolutions ont en commun.En France, la période révolutionnaire entraîna des années de violence qui ont abouti à la dictature de Napoléon Bonaparte.Les treize colonies se sont débarrassées de la tutelle britannique pour rédiger leur propre Constitution qui a établi de façon durable les fondements du système démocratique des États- Unis.Lénine a mené les bolcheviks pour abattre le régime tsariste et ensuite éliminer les mencheviks pour instaurer un régime communiste et totalitaire qui a duré pendant une bonne partie du vingtième siècle.En dépit de leurs différences, ces trois révolutions ont des points communs.Pour cet article, nous nous sommes inspirés de la thèse d\u2019Antonio Negri formulée dans Insurgencies : Constituent Power and the Modern State (1999).Pour le philosophe et politologue italien, ce qu\u2019il importe de comprendre des révolutions, c\u2019est que toutes proviennent d\u2019un pouvoir constituant qui se construit progressivement.Le pouvoir constituant réside de façon latente chez les individus qui, comme sujets politiques, peuvent se mobiliser pour constituer une nouvelle relation entre eux et avec la structure qui les gouverne.Comme la semence d\u2019un arbre qui a toujours le potentiel de devenir un arbre à la condition d\u2019être arrosé, le pouvoir constituant, o potentia (Dussel 2006), dépend de certains facteurs pour arriver à s\u2019organiser, à s\u2019exprimer et à devenir une nouvelle force qui défie le pouvoir constitué.Le pouvoir constituant vit un conflit et une contradiction avec le pouvoir constitué.Le pouvoir constitué, c\u2019est la force effective qui s\u2019incarne dans quelques institutions et 38 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 lois fixées dans une phase historique antérieure.Tout pouvoir constitué vient d\u2019un pouvoir constituant qui a réussi à imposer ses règles et ses normes.Il y a conflit ouvert avec le pouvoir institué lorsque le pouvoir constituant essaie d\u2019instaurer une nouvelle relation entre la société et le système politique.(Arendt 1963 ; Bartomeus 2017 ; Beasley-Murray et al.2009 ; Ciccariello 2013 ; Dussel 2006 ; Negri 1999).Le conflit se produit lorsqu\u2019un nouveau pouvoir constituant cherche à devenir un pouvoir constitué en réformant ou en changeant le pouvoir constitué établi.Comme dit Negri (1999), « Si un pouvoir constituant initie chaque processus révolutionnaire, ouvrant les portes du pouvoir aux forces du changement et à l\u2019infinité des désirs de la foule, le pouvoir constitué ferme la révolution et revient à l\u2019ordre ».Les périodes de l\u2019histoire où le pouvoir constituant s\u2019organise pour tenter de changer l\u2019ordre des choses sont appelées moments constituants (Ciccoriello 2013), ou moments populistes (Mouffe 2016).Les institutions instaurées dans un moment constituant antérieur sont plutôt stables dans le temps, mais les sociétés, elles, évoluent à un rythme régulier provoquant périodiquement un éloignement ou un décalage entre la elles et le système politique.Survient alors une crise du système, ce qui favorise l\u2019irruption des mouvements sociaux de masse spontanés dans la vie politique qui remettent en cause l\u2019ordre constitutionnel et tentent de le remplacer par une nouvelle constitution.(Ciccariello 2013 : 128).De nombreux auteurs contemporains pensent que, depuis la fin des années 2000, les systèmes démocratiques occidentaux sont au milieu d\u2019une crise de légitimité (Castells 2017; Krastev 2014 ; Mason; 2012; Mouffe 2016).Compte tenu de ce que nous avons dit plus haut, il n\u2019est pas étonnant que, dès 2011, des vagues de protestations sociales et des crises dans les systèmes des partis se soient succédé en perturbant 39 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 le fonctionnement de toutes les démocraties post-indus- trielles, à l\u2019exception du Japon, ce que Manuel Castell appelle une rupture entre la société et le système.Cet éloignement entre la société et le système de la démocratie libérale et la subséquente crise de légitimité des institutions et des élites politiques a ouvert un espace favorable à l\u2019émergence de forces politiques nouvelles (ou antérieurement minoritaires), qui gagnent l\u2019appui de larges secteurs de la société occidentale.Comme dit Castells (2017 : 17), « dans une situation de crise économique, sociale, institutionnelle et morale, ce qui était un modèle de représentation s\u2019effondre dans la subjectivité des personnes ».Ainsi, en dépit de l\u2019hétérogénéité des mouvements de protestations, des indignés en Espagne aux partis et mouvements d\u2019extrême droite, en passant pour les mouvements Occupy, le soutien des Britanniques au Brexit ou le sujet que nous occupe, la montée du mouvement indépendantiste catalan, tous ces mouvements qui forment une vague ont en commun d\u2019être des pouvoirs constituants qui se nourrissent de la crise de légitimité de la démocratie libérale.Pour traiter du mouvement constituant en Catalogne, nous allons maintenant analyser et comparer les résultats des élections autonomiques de 2015 et de 2017 pour ensuite retourner à la théorie et examiner les particularités du pouvoir constituant en Catalogne.2015 la clameur d\u2019un peuple Le 27 septembre 2015 ont eu lieu en Catalogne des élections anticipées convoquées par le Président de la Generalitat sortant, Artur Mas (Convergència i Unió, CiU).Les partis indépendantistes obtinrent une majorité de sièges (72, au- dessus de la barre des 68).Junts Pel Sí (JxSí), était une coalition formée par Convergència Democràtica de Catalunya (CDC), par les non-indépendantistes d\u2019Unió Democràtica de 40 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Catalunya (UDC), et par Esquerra Republicana de Catalunya (ERC).Cette coalition avait été formée pendant l\u2019été 2015 et représentait la transition de larges segments du nationalisme catalan modéré vers indépendantisme (Ucelay-Da Cal 2015).De plus, il faut ajouter les électeurs indépendantistes de gauche qui étaient insatisfaits de la gestion de Mas et qui pour le sanctionner ont choisi de voter plutôt pour la Candidatura d\u2019Unitat Popular (CUP), qui est passée de 3 à 10 sièges et ce qui leur a conféré la balance du pouvoir et une grande influence sur la coalition en faveur de l\u2019indépendance et pour gouverner la Generalitat.(Orriols i Rodón 2015) Par ailleurs, les partís non-indépendantistes ont obtenu plus de votes que les partis indépendantistes (1 972 057 (48,11%) versus 1 957 348 (47,74%), mais comme le système électoral catalan avantage les régions sous-peuplées où prédomine l\u2019indépendantisme (Penedés 2015), ils ont obtenu une minorité de sièges (63).Il faut ajouter la liste de Catalunya Si Que es Pot (CSQP) dans les non-indépendantistes car cette force politique non-indépendantiste est toutefois favorable à l\u2019organisation d\u2019un référendum sur l\u2019indépendence de la Catalogne et refuse de s\u2019associer au bloc « unioniste » ou « constitutionaliste ».Tableau 1.Résultats des élections 27 septembre 2015 Parti Sièges Vote % de vote JxSí 62 1.620.973 39,54 C\u2019s 25 734 910 17,93 PSC 16 522 209 12,74 CSQP 11 366 494 8,94 PP 11 348 444 8,5 CUP 10 336 375 8,2 La particularité des élections du 27 septembre, c\u2019est que JxSí a voulu lui donner un caractère quasi-référendaire opposant les partis pro-indépendance et les partis contre l\u2019indépendance. 41 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Mais comme l\u2019expliquent Lluís Orriols et Toni Rodón (2015), ces élections n\u2019étaient pas un plébiscite entre le « sí » \u2013 oui \u2013 et le « no » \u2013 non \u2013 pour l\u2019indépendance, puisqu\u2019il y a eu un nombre important d\u2019électeurs qui tenaient compte d\u2019autres enjeux que la question de l\u2019indépendance de la Catalogne quand ils ont voté.Et pourtant, JxSí a réussi à imposer le thème de l\u2019indépendance durant la campagne électorale, dans le débat public antérieur et postérieur au 27 septembre, et il a formé une coalition qui unit des candidats avec des points de vue divergents sur l\u2019axe gauche-droite, mais convergents en faveur de l\u2019indépendantisme.Même s\u2019il est vrai que ces élections n\u2019étaient pas purement plébiscitaires, le positionnement pour le processus indépendantiste fut le principal facteur explicatif du vote (Rivera i Jaráiz 2016).En plus, le triomphe aux élections, suivi par la formation d\u2019un gouvernement après de tortueuses négociations avec la CUP qui ont envoyé Mas « à la poubelle de l\u2019histoire », selon les mots du député de la CUP Benet Salellas, ont forcé JxSí à proposer un candidat vraiment engagé en faveur de l\u2019indépendance \u2013 Carles Puigdemont qui a proposé une « feuille de route » de 18 mois aboutissant au référendum d\u2019autodétermination, en confrontation directe avec le système légal et politique espagnol (Simón 2016).Tableau 2.Relations indépendantistes \u2013 non-indépendantistes 27 septembre 2015 Indépendantistes Non-indépendantistes Sièges 72 63 Votes 1 957 348 1 972 057 % de votes 47,74 48,11 Un des faits les plus notables des élections du 27 septembre fut la participation de 74,95 % des électeurs inscrits ce qui était le plus haut taux de participation de l\u2019histoire des élections autonomiques catalanes (Martínez i Coma 2017).La mobili- 42 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 sation était très élevée, non seulement chez les partisans de l\u2019indépendance, mais aussi chez les non-indépendantistes comme le démontre l\u2019étroite marge qui sépare les deux camps.Mais certains prétendent que les électeurs qui se sont abstenus étaient en majorité contre l\u2019indépendance de la Catalogne.C\u2019est-à-dire qu\u2019aux élections de 2015 il y a eu une mobilisation différentielle entre les blocs.Les sondages ont indiqué que 90 % des gens favorables à l\u2019indépendance sont allés voter comparativement à seulement 71 % de ceux qui se disaient contre.(Martínez i Coma 2017) Cela implique que le réservoir des votes disponibles contre le projet indépendantiste est plus grand que celui des gens favorables à l\u2019indépendance.2017 les clameurs du peuple ?Au mois de juin 2017, et après dix-huit mois de pouvoir exercé par Carles Puigdemont à titre de président de la Generalitat, celui-ci annonce la tenue d\u2019un référendum en Catalogne le 1er octobre 2017.Puigdemont avait fait adopter la feuille de route et avait eu des relations difficiles avec ses partenaires ERC et de la CUP en plus de la confrontation avec le gouvernement de Mariano Rajoy.De plus, son parti avait connu une refondation et un changement de nom devenant Partit Demòcrata Europeu de Catalunya (PDeCAT).Les mois avant le référendum du 1er octobre, la tension avec le gouvernement de l\u2019Espagne s\u2019intensifiait.La consultation fut déclarée illégale dès le début parce qu\u2019elle violait la Constitution espagnole, elle n\u2019était pas reconnue par les forces non indépendantistes.Mais l\u2019indépendantisme catalan a maintenu le référendum et environ deux millions de personnes sont allées voter.Le gouvernement espagnol avait répondu par l\u2019usage des forces de sécurité pour empêcher le référendum, mais ils avaient obtenu l\u2019effet contraire : la police nationale et la 43 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 « guardia civil » n\u2019ayant pas pu empêcher la majorité des électeurs d\u2019exercer leur droit démocratique.La cause catalane s\u2019est internationalisée et pendant le mois d\u2019octobre il y eut une série de faits qui ont alimenté le conflit ; une déclaration d\u2019indépendance suspendue, des manifestations pour les deux blocs, une fuite d\u2019entreprises et une instabilité économique, des essais cachés de négociation et, finalement, une déclaration unilatérale d\u2019indépendance le 27 octobre et sa conséquence : l\u2019application de l\u2019article 155 de la Constitution qui permettait au gouvernement de l\u2019Espagne de suspendre l\u2019autonomie de la Catalogne, ses institutions gouvernementales et la destitution du président et des conseillers de la Generalitat.Après l\u2019application de l\u2019article 155, Puigdemont est parti à Bruxelles avec cinq ex-conseillers, les cinq autres ex-conseillers ainsi que l\u2019ex-Vice-président et chef d\u2019ERC Oriol Junqueras étaient emprisonnés.Rajoy après tous ces événements a convoqué les élections en Catalogne pour le 21 décembre 2017.La campagne du 21 décembre ne s\u2019est pas déroulée dans des conditions normales parce que la Generalitat était suspendue et que deux des chefs de parti ne participaient pas physiquement à la campagne.Puigdemont, avec une liste d\u2019indépendantistes sous le nom de Junts Per Catalunya (JxCat), a démontré au monde qu\u2019on peut faire une campagne électorale totalement télématique et avoir du succès.ERC, qui ne voulait pas une liste unitaire avec le PDeCAT, a souffert du manque de visibilité de son candidat Oriol Junqueras qui était en prison et qui n\u2019avait pas la présence visuelle de Puigdemont.Les partis « non indépendantistes », accusés d\u2019être « le bloc du 155 », réussirent à mobiliser les opposants à l\u2019indépendance avec des manifestations, et les sondages leur donnaient plus de sièges que les indépendantistes, mais tel ne fut pas le verdict final. 44 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Tableau 3.Résultats des élections 21 décembre 2017 Partis Sièges Votes % de votes C\u2019s 37 1 102 099 25,37 JxCat 34 940 602 21,65 ERC 32 929 407 21,39 PSC 17 602 969 13,88 CeC 8 323 695 7,45 CUP 4 193 352 4,45 PP 3 184 108 4,24 Les résultats finaux ne satisfirent personne.Les indépendantistes ont obtenu la majorité des sièges (70), mais la liste qui a obtenu le plus de votes fut Ciutadans (C\u2019s) qui défendait le nationalisme espagnol.Les « non-indépendantistes » ont réussi à mobiliser les absentéistes et ils ont augmenté le nombre de leurs votes (2 212 671 [50,94 %] versus 2 063 361 [47,49 %], avec seulement 65 sièges).JxCat fut la surprise de la nuit électorale en obtenant 34 sièges.Tableau 4.Relations indépendantistes \u2013 non-indépendantistes 21 décembre 2017 Indépendantistes Non-indépendantistes Sièges 70 65 Votes 2.063.361 2.212.671 % de votes 47,49 50,94 De ces résultats on peut dégager une série de conclusions.Les électeurs indépendantistes ne donnent aucun signe de fatigue.Après cinq ans de mobilisations qui ne se sont pas traduites en résultats effectifs, les récits indépendantistes contre le système politique espagnol ne perdent pas de sympathisants. 45 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 En plus, il semblerait que l\u2019indépendantisme ait plafonné avec le 47-48 % d\u2019électeurs, fait qui incite beaucoup d\u2019électeurs et dirigeants politiques à délaisser la voie unilatérale et à favoriser une négociation avec le gouvernement de l\u2019Espagne.Le succès de la campagne de Puigdemont est digne d\u2019intérêt.Aucun sondage n\u2019avait conclu que JxCat pourrait surpasser ERC.De nouveaux phénomènes comme l\u2019absence physique du candidat (aux réunions, débats, visites aux collectivités et dans les quartiers) et la dilution de l\u2019identité partisane avec le recours à des personnes de la société civile ou qui proviennent d\u2019autres formations sont des phénomènes que la science politique du siècle XXIe siècle devra analyser.De plus, la directrice de la campagne et numéro 10 de la liste de JxCat, Elsa Artadi, a fait un pas de géant pour devenir une figure majeure de la politique catalane.C\u2019s constitue un phénomène météorique en Catalogne.En 2010, ce parti avait 3 députés au Parlement de la Catalogne, en 2015, il en avait 25 et maintenant, il est la première force avec 37.Il a profité du conflit catalan et capitalisé sur le nationalisme espagnol en Catalogne et voudra maintenir cette logique pour disputer l\u2019hégémonie au PP, la droite dans le domaine national.N\u2019importe quelle négociation de Rajoy avec la Generalitat sera perçue comme une faiblesse et sera exploitée par C\u2019s, ce qui en fait pourrait être un motif suffisant pour lui retirer son soutien au Congrès espagnol et forcer des élections anticipées.La politisation sociale se concrétise au Parlement.C\u2019s tient un discours agressif pour attirer le vote non-indépendan- tiste, ce qui fragilise le PSC et CeC, forces qui défendant le consensus et le dialogue et qui souffriront le plus de la confrontation (Penadés 2017a). 46 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 L\u2019axe nationaliste éclipse l\u2019axe gauche-droite en Catalogne et potentiellement aussi au niveau de l\u2019État espagnol si le conflit perdure à l\u2019agenda public (Penadés 2017b).La conséquence, c\u2019est que les partis de gauche non nationalistes ne peuvent participer au gouvernement (Penadés 2017a).Finalement, il y a une conclusion plus théorique qui s\u2019impose et qui soutient l\u2019argument principal de cet article.La participation en 2017 fut plus élevée que celle de 2015, soit 81,94 % ce qui implique qu\u2019il y a eu une hyper-mobilisation, cette fois-ci.Il semblerait que la sensation de se trouver dans un moment constituant a mobilisé autant les indépendantistes que les non-indépendantistes.Conclusion Quoi qu\u2019il en soit, cette analyse sous-évalue un changement significatif aux élections de 2017.Le taux de participation historique de 2017 atteste d\u2019une forte politisation des citoyens qui ont pris conscience de l\u2019importance des enjeux et qui ont décidé d\u2019aller voter cette fois-là.Il y a eu un changement de comportement de ces électeurs.La sphère publique catalane fut occupée, pendant les mois de septembre, octobre et novembre par des épisodes politiques qui ont été suivis par tout le monde.Fait qui a provoqué un paradoxe ; si jusqu\u2019à maintenant il y avait un mouvement indépendantiste à qui on pouvait se référer comme pouvoir constituant, opposé au pouvoir constitué de l\u2019État espagnol, les non-indépendantistes représentent maintenant un second pouvoir constituant.Ceux-ci ne sont pas toutefois confrontés à l\u2019État espagnol, mais ils veulent en finir avec la direction qu\u2019a suivie la Generalitat de Catalunya ces dernières années.Ils se sentent exclus par cette institution qui les gouverne et qui fait la promotion d\u2019un projet indépendantiste. 47 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Bibliographie Bartomeus, Oriol (2017) \u201cCataluña y la crisis del sistema espanyol\u201d, Agenda Pública (online) http://agendapublica.elperiodico.com/cataluna-la-crisis-del-sistema-espanol/ Beasley-Murray, J., 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INE OUELLET\\[§ 1 {8 K DE VACHON aq a \u2019 AT Ca AYITOIQ= arr Xavier Barsalou-Duval Député de Fierre-Boucher\u2014 Les Patriotes\u2014Verchêres 1625, boulevard Lionei-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) J3X 1P7 Téléphone : 450 652-4442 Courriel : xavier barssiou-duval@pari.geca GABRIEL STE-MARIE Député fédéral de Joliette V+ BLOC Québécois 450 752-1940 gabriel ste-marie@parl.ge.ca MICHEL BOUDRIAS Député de Terrebonne Porte-parole en matière d'Anciens combattants, de Défense Seer aujilique et de Séçurfté nationale mets nationale, 73 Rue-SÉ-Louis, Terrebonne J&W 116 niches bäydrias@parl.gc.ca A .quebec (450-964-9417 Rassemblement pourun PAYS Souverain HA, Québec notre seule patrie 4 =\u201c www.rps.quebec D.e Souveraineté du Québec Langue française Fête nationale Assurance-vie th A Société ~ 5 NA 1 IN 177 Saint.Jean-Baptiste >, f = y dela MAURICIE 7 Me on CR EX Ru 8 £3 Se 819375748819.8007821 Shy 51 Articles Jean-Luc Dion* L\u2019assemblée constituante du peuple Quelques définitions Démocratie v Étymologie : du grec demos, peuple, et kratos, pouvoir, autorité.v La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple (principe de souveraineté), sans qu\u2019il y ait de distinctions dues la naissance, la richesse, la compétence, etc.Autrement dit, la nation ou le peuple est le seul détenteur de la souveraineté.(Toupie.org) République v Étymologie : du latin res publica, chose publique.v La république est un système politique dans lequel la souveraineté appartient au peuple qui exerce le pouvoir politique directement ou par l\u2019intermédiaire de représentants élus.Ceux-ci reçoivent des mandats pour * Ingénieur et professeur retraité, Université du Québec à Trois-Rivières 52 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 une période déterminée et sont responsables devant la nation.Par ses représentants, le peuple est la source de la loi.L\u2019autorité de l\u2019État, qui doit servir le « bien commun », s\u2019exerce par la loi sur des individus libres et égaux.Monarchie v Étymologie : du grec mono, seul, et archè, pouvoir, autorité, commandement.v La monarchie est un régime politique où le pouvoir est détenu par un seul chef, le monarque ou souverain.À l\u2019origine, ce pouvoir était légitimé par une relation spirituelle que le monarque entretenait avec une divinité.v Les régimes monarchiques peuvent varier selon les pouvoirs détenus par le monarque, du pouvoir absolu à un rôle symbolique.Constitution v Étymologie?: du latin cum, ensemble, et statuo, fixer, établir.v Loi fondamentale, ensemble des lois fondamentales qui, dans un pays, règlent l\u2019organisation et les rapports des pouvoirs publics et, éventuellement, déterminent les principes qui régissent les relations des gouvernants et des gouvernés (Larousse).Une constitution est la loi fondamentale d\u2019un État qui définit les droits et les libertés des citoyens ainsi que l\u2019organisation et les séparations du pouvoir politique (législatif, exécutif, judiciaire).Elle précise l\u2019articulation et le fonctionnement des différentes institutions qui composent l\u2019État (conseil constitutionnel, parlement, gouvernement, administration) (Toupie.org). 53 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Assemblée constituante v Une assemblée constituante est un pouvoir constituant.Elle prend la forme d\u2019une assemblée de représentants d\u2019un pays qui a pour mission de rédiger ou d\u2019adopter une constitution ou une modification de celle-ci, texte fondamental d\u2019un État organisant les pouvoirs publics.Dans le cas où l\u2019assemblée constituante n\u2019est chargée que de la rédaction d\u2019un projet, celui-ci est entériné par le détenteur du pouvoir ou par référendum (Toupie.org).Référendum v En droit constitutionnel, vote direct du corps électoral sur des questions limitativement énumérées d\u2019ordre constitutionnel, législatif.Vote direct du corps électoral qui participe à l\u2019élaboration des lois ou à leur ratification dans les démocraties semi- directes.En Suisse, ce vote peut porter sur des questions d\u2019intérêt communal, cantonal ou fédéral, et l\u2019initiative peut en revenir au peuple (http://stella.atilf.fr/).Le référendum est ainsi l\u2019outil démocratique par excellence. 54 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Introduction Les Québécois n\u2019ont pas encore pu se donner une constitution démocratique qui reflète leur culture, leur histoire et leur volonté.Or, dans une véritable démocratie, on reconnait que la constitution est la pierre d\u2019assise des libertés civiles et du progrès.Les citoyens ont ainsi la responsabilité de participer à son élaboration et à son adoption par référendum pour être vraiment maitres chez eux.Mais, encore faut-il que le peuple ait la possibilité et la volonté d\u2019y participer, ce qui n\u2019a jamais été le cas pour les Québécois qui vivent toujours dans un ancien régime imposé.La promotion d\u2019un projet de constitution nationale du Québec a déjà beaucoup trop tardé.Cette négligence est probablement une des causes de l\u2019indétermination destructive actuelle devant notre avenir.Pour que ce projet hautement républicain soit pris au sérieux et suscite un véritable intérêt dans la population, il devient donc urgent que l\u2019ensemble des organisations sociales et politiques de la nation, de même que tous les autres citoyens responsables, conviennent de son importance et de sa priorité.À cet effet, ils doivent amener les responsables politiques à proposer que le peuple lui-même rédige un projet de constitution républicaine du Québec.Cela passe normalement par la formation d\u2019une Assemblée constituante (AC) authentiquement démocratique d\u2019où sortira un projet de constitution qui sera ce que le peuple désire le plus profondément pour prendre sa place parmi les nations de la planète.Son trait distinctif : le tirage au sort du nom des membres de l\u2019AC à partir d\u2019une liste d\u2019électeurs qualifiés provenant de la liste électorale. 55 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Ce projet, s\u2019il est correctement proposé, est très probablement la meilleure façon d\u2019obtenir un engagement clair, enthousiaste et majoritaire du peuple vers un pays libre, considérant la situation actuelle qui est critique.Les répercussions internationales d\u2019un tel projet innovateur auront probablement un effet positif sur les électeurs québécois qui y verront une source de confiance et de fierté.C\u2019est une grave illusion de penser que la présente façon de faire où l\u2019on évoque un futur « référendum » sans définir clairement le projet, sans participation significative du peuple, puisse aboutir à un OUI, même faible.C\u2019est se diriger vers un mur, alors que le mot « référendum » est incompris et suscite même de la révulsion, bien que ce soit la forme de consultation la plus démocratique qui soit.Une bonne constitution, en plus de définir les institutions essentielles et normales d\u2019une République, doit inclure les énoncés des droits et devoirs fondamentaux du citoyen.Il n\u2019y a pas de raison sérieuse de les mettre dans un autre document.Ce sera une occasion pour tous les citoyens de réfléchir sur leurs responsabilités.On parle ici d\u2019un État républicain, car il est assez inconcevable que les Québécois optent éventuellement pour une monarchie.D\u2019ailleurs, avec quel souverain ! Le projet de constitution doit se réaliser à partir des principes et des faits suivants : u Tous les habitants du Québec bien établis sont des Québécois, tout en considérant le cas particulier des peuples autochtones qui demeurent dans des « réserves » crées par le gouvernement canadien au 19e siècle ; u Dans un régime démocratique, le peuple est le seul souverain ; 56 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 u Depuis la fondation de Québec en 1608, le peuple québécois n\u2019a jamais eu l\u2019occasion de définir la constitution qui régit son État.Le régime britannique, depuis 1763, lui a toujours imposé une constitution, particulièrement celle de 1982 qui fut d\u2019ailleurs refusée unanimement par notre Assemblée nationale ; u Malgré cela, le Québec fonctionne comme si cette constitution monarchique et illégitime du Canada était démocratique et reconnue, d\u2019où une situation ambiguë qui conduit inévitablement à la dissolution finale de la nation dans l\u2019Amérique anglophone, comme l\u2019indiquent clairement les statistiques sur la démographie du Québec et de la Francophonie canadienne ; u Au Québec, le nombre et la proportion de personnes ayant l\u2019anglais comme première langue officielle parlée se sont accrus.La minorité de langue officielle est passée de 1 058 250 personnes en 2011 à 1 103 480 en 2016, ce qui représente une croissance de 45 230 personnes.En outre, le poids relatif de la minorité de langue anglaise était de 13,7 % en 2016, comparativement à 13,5 % en 2011 (Statistiques fédérales1) ; u Le peuple québécois occupe et partage avec les peuples autochtones, sans le posséder pleinement depuis près de deux siècles et demi de colonisation, un territoire défini qui est celui de l\u2019actuelle « province du (ou de) Québec » ; u Le territoire du Québec, avec une superficie de 1 357 000 km2, est l\u2019un des plus vastes au monde et se classe au 17e rang parmi plus de 200 territoires sur la planète ; 1 « Le français, l\u2019anglais et les minorités de langue officielle au Canada » http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/as-sa/98-200- x/2016011/98-200-x2016011-fra.cfm « Recensement 2016 : le Québec plus anglophone », Le Soleil, 2 août 2017 57 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 u Notre territoire est pourvu de ressources naturelles d\u2019une richesse inouïe : minéraux très variés, rivières et lacs d\u2019eau douce en quantité, forêts variées, population instruite et inventive, etc.Historiquement, la plus grande partie de ces ressources a été exploitée par des entreprises étrangères à leur profit.C\u2019est tout particulièrement le cas des ressources minières qui ne nous rapportent essentiellement rien d\u2019autre que le salaire des mineurs2, u Pour diverses raisons, dont le défaut, depuis des décennies, d\u2019exposer clairement et sans cesse les raisons évidentes, dans tous les domaines, de réaliser l\u2019indépendance nationale, le peuple québécois est actuellement dramatiquement divisé, empêtré dans les manigances diviseuses des fédéralistes et soumis aux pressions dissolvantes d\u2019une société de consommation.u Le peuple québécois est constitué d\u2019une majorité francophone voisine de 94 % selon les dernières statistiques fédérales*, originaire de France et de nombreux autres pays, de plusieurs nations autochtones, d\u2019une minorité anglophone d\u2019origine britannique d\u2019environ 7 % et de quelques autres minorités issues de l\u2019immigration ; * Au Québec, 94,5 % de la population a déclaré pouvoir soutenir une conversation en français en 2016, une proportion semblable à celle observée au Recensement de 20113.u Il existe ailleurs en Amérique, particulièrement au Canada anglais, une Francophonie vivante, mais 2 D\u2019après le vérificateur général du Québec, à l\u2019Assemblée nationale en avril 2009.Cette déclaration a inspiré l\u2019article suivant : « Péril en la demeure » : https://grandslabours.blogspot.ca/2011/08/peril-en-la- demeure.html 3 http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/as-sa/98-200- x/2016011/98-200-x2016011-fra.cfm 58 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 déclinante, faute d\u2019une métropole comme la République du Québec qui pourrait la soutenir.Il importe donc que dans les prochaines démarches politiques on publicise le projet québécois auprès de ces minorités et qu\u2019on invite des observateurs avec droit de parole aux futures délibérations ; u Le projet de constitution sera considéré dans la perspective de réciprocité de traitement des minorités, anglophone au Québec et francophone au Canada4 ; u Le peuple québécois reconnaît la primauté du droit dans son organisation sociale ainsi que l\u2019importance d\u2019une véritable séparation des pouvoirs ; u Le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, ou droit à l\u2019autodétermination, qui est un des principes issus du droit international selon lequel chaque peuple dispose d\u2019un choix libre et souverain de déterminer la forme de son régime politique, indépendamment de toute influence étrangère ; u Ce projet de constitution républicaine, pour être vraiment démocratique, sera élaboré par le peuple, avec l\u2019assistance de constitutionnalistes, dans le cadre d\u2019une Assemblée constituante formée d\u2019électeurs de tous les milieux et de toutes les régions choisis par tirage au sort parmi les candidats volontaires et qualifiés selon des règles adoptées par l\u2019Assemblée nationale ; u Le peuple devra se prononcer par référendum sur l\u2019adoption ou le rejet du projet de constitution et le résultat sera exécutoire par l\u2019Assemblée nationale.4 Jean-Luc DION, « Les francophones du Canada : un cas de nécessaire réciprocité », L\u2019Action nationale, volume 81, n?4, avril 1991.Jean-Luc DION, « La Francophonie nord-américaine », document de travail préparé pour la Rencontre nationale du 14 mars 1992, L\u2019Action nationale \u2013 Hôtel Méridien, Montréal, Atelier no 17 : Francophonie nord-américaine. 59 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Sur les premières nations Il s\u2019agit d\u2019un projet de constitution républicaine et, dans une République, tous les citoyens doivent être égaux en droits et en devoirs sur un même territoire, avec rigoureusement les mêmes possibilités de bonheur, exerçant une solidarité normale et constructive.Par conséquent, il importe d\u2019éviter toute démarche ou la création de structures étatiques susceptibles de favoriser un communautarisme qui fragmente la société et oppose même des groupes de citoyens sur une base ethnique, religieuse ou autre.On sait que les « Premières Nations » et « autochtones » vivent actuellement et principalement sous le régime de la « Loi sur les Indiens »5, adoptée en 1876 en vertu de l\u2019article 91(24) de la loi constitutionnelle de 1867 qui donne au gouvernement canadien l\u2019autorité exclusive de légiférer sur « les Indiens et les terres réservées pour les Indiens.» Ce système de ségrégation a suffisamment causé de malheurs à ces premiers habitants du continent.Le gouvernement sud-africain s\u2019est d\u2019ailleurs inspiré de cette législation canadienne pour créer l\u2019apartheid en 19406.Il s\u2019impose donc d\u2019établir des relations justes et fraternelles avec ces peuples.Les Canadiens français de l\u2019époque et les Québécois d\u2019au- jourd\u2019hui ne sont aucunement responsables de la situation malheureuse de nos frères et sœurs qui résulte de cette loi ségrégationniste qui leur fut imposée.Depuis Samuel de Champlain, en 1603 à Tadoussac, qui préconisait de fondre nos nations, les francophones d\u2019Amérique ont générale- 5 Loi sur les Indiens (L.R.C.1985), ch.I-5), http://laws-lois.justice.gc.ca/ fra/lois/I-5/ 6 Clan de L\u2019Ours \u2013 « Les horreurs de la Loi sur les Indiens », http:// makwanini.com/?p=83 60 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 ment vécu en paix avec les Premières Nations en très grande majorité, jusqu\u2019au golfe du Mexique et aux montagnes Rocheuses.Il convient par conséquent de maintenir et renforcer des relations fraternelles avec ces onze nations7.La méthode de sélection démocratique des membres de la constituante exposée ici permet une représentation significativement accrue de nos frères autochtones à l\u2019Assemblée constituante de notre futur pays qui vivent dans de grandes régions.De plus, le projet de République fédérale du Québec8, qui sera sans doute considéré au cours des délibérations de l\u2019Assemblée constituante, fait une place considérable aux 17 régions du Québec.L\u2019Assemblée nationale devra faire en sorte que ces peuples participent étroitement et en grand nombre à définir, avec tous les autres Québécois, une constitution qui leur convienne en participant étroitement aux travaux de l\u2019Assemblée constituante.Par exemple, on pourrait convenir de faire, dès le début de la démarche, une publicité toute particulière vers ceux qui vivent dans les « réserves » afin de les inciter à 7 Au Québec, le terme autochtone désigne et les Inuits, et les Amérindiens.En ce qui concerne l\u2019appellation Premières Nations, elle ne désigne que les Amérindiens.Le terme indien, quant à lui, n\u2019est utilisé que dans le contexte de la Loi sur les Indiens.Au Québec, onze nations autochtones cohabitent avec la nation québécoise.Du nord au sud et de l\u2019est à l\u2019ouest, il existe 14 villages inuits et 41 communautés amérindiennes où vivent des Abénaquis, des Algonquins, des Attikameks, des Cris, des Hurons-Wendats, des Innus, des Malécites, des Micmacs, des Mohawks et des Naskapis.Par ailleurs, de plus en plus d\u2019Autochtones vivent dans les villes et villages des diverses régions québécoises, dont Val-d\u2019Or, La Tuque et Montréal.Source : https://www.autochtones.gouv.qc.ca/publications_ documentation/publications/document-11-nations-2e-edition.pdf 8 http://www.republiquefederaleduquebec.com/ République fédérale du Québec : refonder le Québec à partir des régions : http://manuscritdepot.com/livres-gratuits/pdf-livres/n.guy- bertrand.3.pdf 61 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 poser leur candidature au concours de qualification et à bien le préparer.On pourra tout particulièrement inviter leurs représentants à une rencontre officielle avec les membres de l\u2019AN et le Comité de Sages au début du processus.À ce sujet, voir le travail fait par les Organisations unies pour l\u2019indépendance (O.U.I.) : https://www.ouiquebec.org/ autochtones-et-independance La formation de l\u2019assemblée constituante Il importe au plus haut point que ce projet fondateur suscite un intérêt et une participation sans précédent qui seront garants de sa réussite.u La façon de former et de lancer l\u2019Assemblée constituante (AC) déterminera le succès ou l\u2019échec de l\u2019entreprise.Un échec éventuel pourrait être fatal à la cause du Québec de demain.En ce sens, le lancement très bien préparé et solennel de ce projet avec une adhésion populaire enthousiaste pourrait certainement entraîner sa réussite.u Il importe que des engagements à cet effet soient pris conjointement au plus tôt par tous les citoyens, groupements, mouvements et partis qui ont à cœur l\u2019avenir d\u2019un Québec libre de ses choix, particulièrement en vue des élections de l\u2019automne 2018.Le défi est certainement énorme et sans précédent\u2026 u Les futurs candidats et candidates républicains de tous les partis à l\u2019élection 2018 devront s\u2019engager solennellement, dans le cas où ils seraient élus à l\u2019Assemblée nationale (AN), à faire adopter une loi créant une Assemblée constituante (AC) dans les trois mois suivant l\u2019élection.u Le financement adéquat de l\u2019AC doit être assuré par l\u2019État québécois. 62 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 u Cette Assemblée constituante sera formée d\u2019au moins 1500 citoyens9 dont les noms seront tirés au hasard à partir d\u2019une liste d\u2019environ 50 000 personnes volontaires, provenant équitablement de tous les milieux et de toutes les régions, et qui se seront qualifiées suivant les modalités établies par un « Comité national de sages » (CNS).NOTE : On peut facilement justifier un nombre de 1500 membres de la Constituante, particulièrement en référence aux « États généraux du Canada français » qui furent un modèle de participation démocratique presque sans précédent, comme on le constate ici : « Les participants aux Assises nationales de 1967 appartiennent à deux ensembles : les délégués et les observateurs.Les premiers sont au nombre de 1623 et les deuxièmes 436 pour un total de 2059 participants.Les membres de la délégation se subdivisent à leur tour en trois groupes : la délégation territoriale, la délégation des associations et la délégation d\u2019outre- frontière10 ».Délégation territoriale.Le 16 avril 1967, 1620 délégués, 15 dans chacune des 108 circonscriptions électorales du Québec, sont élus par quelque 17 000 représentants d\u2019associations de citoyens et autres institutions.Ils constituent la délégation territoriale.79 % des 17 000 membres qui ont le droit de vote participent à l\u2019exercice et la représentation est donc jugée valide.Lors des assises préliminaires en novembre, l\u2019organisation 9 Si un congrès de parti politique réunit souvent plus de 1500 personnes, il ne parait nullement exagéré de confier à 1500 délégués la rédaction de la constitution du pays, particulièrement avec ce mode de nomination ou sélection.10 https://fr.wikipedia.org/wiki/Assises_nationales_des_%C3%89tats_g %C3%A9n%C3%A9raux_du_Canada_fran%C3%A7ais_de_1967 63 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 enregistre la présence de 1075 délégués territoriaux plus 17 suppléants, ce qui représente 68 % des élus.La moyenne d\u2019âge est de 41 ans.u Sa langue de fonctionnement sera la langue officielle, le français.u La répartition des citoyens constituants dans les régions sera faite avec une pondération selon la population et la superficie en vertu d\u2019une loi votée au deux tiers par l\u2019AN (voir Pondération territoriale des délégués pour la description).u L\u2019Assemblée nationale donnera à la nouvelle Commission des Institutions le mandat de rédiger, avec le soutien de constitutionnalistes, un canevas de constitution républicaine qui servira de base pour faciliter le travail des délégués dans leur région et aux assises nationales.Ce document de nature pédagogique devra présenter les principales structures et modes de fonctionnement possibles d\u2019une république, avec leurs qualités et leurs défauts, par exemple, le projet de République fédérale du Québec11.u Considérant que de nombreux éléments de l\u2019actuelle constitution de type britannique qui nous régit, de même que de nombreuses lois, peuvent toujours servir, on en tiendra compte avec attention dans la préparation de ce canevas de constitution républicaine.u Les membres de l\u2019AC en région auront le mandat de convoquer des assemblées de consultation et d\u2019élaborer des propositions pour étude et adoption aux assises nationales, spécifiant le système politique, les valeurs, les droits et les principes sur lesquels doit reposer la vie commune.11 République fédérale du Québec : refonder le Québec à partir des régions : http://manuscritdepot.com/livres-gratuits/pdf-livres/n.guy- bertrand.3.pdf 64 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Le comité national de sages Selon la loi de formation de l\u2019AC, l\u2019AN, aux deux tiers (ou aux trois quarts ?), votera la formation du Comité national de sages (CNS) composé de neuf (7) ou onze (9) membres qui ne feront pas partie de l\u2019AN, recrutés parmi les juristes et autres personnes de compétence reconnue, qui précisera le mode de fonctionnement de l\u2019Assemblée constituante et déposera son rapport après six mois, avec le mandat suivant : u Rédiger un questionnaire de qualification sur les connaissances de base d\u2019un citoyen en culture générale, histoire, géographie, langue, connaissance des institutions, etc.Il devra être rédigé de façon qu\u2019aucun citoyen ne soit exclu sur la base du diplôme détenu, mais que tous ceux choisis aient l\u2019aptitude à participer et contribuer efficacement aux délibérations de l\u2019AC.u Prendre les moyens requis afin que ce questionnaire reste strictement secret jusqu\u2019au début de la séance de qualification.u Prévoir que tous les citoyens du Québec inscrits sur les listes électorales pourront se présenter pour répondre à ce questionnaire à la même date et à la même heure partout sur le territoire dans des endroits appropriés désignés par le Directeur général des élections.Le temps alloué pour y répondre sera d\u2019au moins 90 minutes.u Faire en sorte qu\u2019au moins 50 000 candidats qualifiés soient ainsi désignés parmi lesquels seront tirés au hasard les noms des 1500 membres de l\u2019Assemblée constituante.Le CNS devra voir à ce qu\u2019un maximum de candidats soient qualifiés dans toutes les régions, 65 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 particulièrement dans les plus grandes et les moins populeuses12.u Étudier la possibilité que les Québécois en stage d\u2019étude ou de travail prolongé à l\u2019étranger puissent répondre au questionnaire en même temps qu\u2019au pays.u Déterminer la distribution des délégués dans les régions selon les indications générales fournies dans le chapitre suivant qui seront adoptées par l\u2019AN, ainsi que leur mode de fonctionnement en région et à l\u2019échelle nationale.u Selon la méthode proposée, le nombre de délégués dans chaque région sera proportionnel à sa population, avec une pondération territoriale : une grande région pourra avoir un nombre de délégués un peu plus élevé qu\u2019autrement [voir à la fin].u Proposer à l\u2019AN un calendrier des assises régionales et nationales de l\u2019AC en prévoyant une durée totale pouvant être comprise entre 18 et 24 mois.u Proposer à l\u2019AN une liste de juristes et constitutionnalistes neutres parmi lesquels seront choisis les conseillers qui assisteront les membres de la constituante pendant les assises régionales et nationales.u Voir à ce que les membres de l\u2019AC en région réalisent leur mandat d\u2019animer des assemblées de consultation des citoyens et d\u2019élaborer des propositions pour étude 12 Ces nombres sont un idéal qui doit frapper l\u2019imagination.En effet, il importe au plus haut point d\u2019avoir un échantillon très important de la population pour convaincre nos compatriotes que le projet est extrêmement sérieux et pleinement démocratique.50 000 personnes, ce n\u2019est tout de même que 0,006 3 % de la population du Québec.Il faut aussi tenir compte des absences qui seront inévitables.Toutefois, le nombre de candidats ne devrait pas être inférieur à 25 000 ou 35 000 afin que le caractère démocratique du projet soit crédible, avec au moins 1000 membres de l\u2019AC\u2026 66 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 et adoption aux assises nationales à partir du canevas de constitution proposé, avec le soutien des conseillers.u Réaliser la compilation et la mise en ordre fidèle des propositions de l\u2019Assemblée constituante dans un texte final de constitution qui sera remis à l\u2019Assemblée nationale pour adoption et déclaration officielle de mise en œuvre dans les meilleurs délais.Pondération territoriale des délégués Le tableau suivant donne un exemple de pondération territoriale du nombre de délégués à l\u2019Assemblée constituante.Elle permet d\u2019attribuer un nombre relativement plus élevé de délégués à une grande région telle que le Nord-du-Québec, par exemple.S i est la superficie de la région de numéro i.S est la superficie du Québec ; N est le nombre total de délégués.P i est la population de la région i, et P est la population du Québec.R i est le nombre de délégués dans la région numéro i.Il est proposé que le nombre Ri de délégués dans la région i soit donné par l\u2019expression : (1) R i = g(S i /S) x (P i /P) x N Où g(Si/S) est le facteur de pondération territorial défini dans la figure 1 (éq.2).Le facteur de pondération territorial est donné par cette simple expression : (2) g(Si/S) = a + Si/S 67 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Figure 1 \u2013 Facteur de pondération territorial g i en fonction de la superficie relative d\u2019une région S i /S.Le tableau suivant donne le résultat de ces calculs.http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/recensement/2011/recens2011_reg/ population/poptot_superficie_reg.htm Note : le nombre Ri est calculé avec l\u2019hypothèse de 1500 délégués 68 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Il reviendra au Directeur général des élections d\u2019admettre tous les candidats ayant réussi le test de qualification dans chaque région.C\u2019est parmi ces derniers que seront tirés les noms des candidats de la région.La somme X des R i calculés dans un premier temps de cette façon étant inférieure au total N des délégués (1500), tous les Ri sont alors normalisés en les multipliant par le rapport 1500/X, de même avec un « a » différent.De cette façon, pour a = 0,25, le nombre de délégués de Montréal passe de 358 sans pondération à 336.Celui de la Côte-Nord passe de 18 à 30, etc.De même avec le coefficient a = 0,5.Conclusion Un modèle inédit d\u2019Assemblée constituante a été proposé ici qui pourrait soulever un réel intérêt des Québécois de toutes origines pour leur avenir constitutionnel.Il s\u2019appuie sur le fait que les membres de cet organisme fondateur seraient tirés au sort parmi un ensemble important de candidats qualifiés figurant sur les listes électorales : un exercice authentiquement démocratique.Il a été conçu comme un défi à tous en vue des élections de l\u2019automne 2018.S\u2019il servait d\u2019élément important dans cette prochaine campagne électorale, peut-être pourrait-on espérer un réveil et un nouvel élan salutaire vers l\u2019autodétermination. 69 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Bibliographie · Une source d\u2019inspiration fut le travail de réflexion sur une Assemblée constituante citoyenne réalisé avec l\u2019initiative particulière de M.Alain M.Bergeron.Le résultat de ce travail se trouve ici : http://www.constituantecitoyenne.quebec/ · L\u2019indépendance, maintenant !, par un collectif sous la direction des Intellectuels pour la souveraineté, préface de Jacques Parizeau, Michel Brûlé Éditeur, Montréal 2012.· Daniel Turp, La Constitution québécoise \u2013 Essais sur le droit du Québec de se doter de sa propre loi fondamentale, Édition JFD, Montréal 2013.Le site du Pr Daniel Turp : http://danielturpqc.org/pagetx- perso.php?id=22 · Roméo Bouchard, Constituer le Québec, Atelier 10, 2014.· Les Organisations unies pour l\u2019Indépendance (O.U.I.) : https://www.ouiquebec.org/ · Le programme du Parti québécois : https://pq.org/programme/ · Le programme de Québec solidaire : https://quebecsolidaire.net/propositions/notre-programme · Jean-Luc Dion, Un projet de constitution pour la République du Québec : https://grandslabours.blogspot.ca/2011/01/un-projet- de-constitution-pour-le.html · André Binette, L\u2019indépendance, la constitution et la constituante, Éditions du Renouveau québécois, 2016.· Jacques-Yvan Morin, vice-premier ministre et ministre de l\u2019Éducation du Québec, « La portée universelle du combat des Québécois pour l\u2019autodétermination », 4e conférence des communautés ethniques de langue française, Québec, 31 mars au 2 avril 1978.· Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, 2006, Calmann Levy, téléchargeable ici : http://lavraiedemocratie.fr/IMG/pdf/bernard_manin_-_principes_du_gouvernement_ representatif.pdf 70 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 · Hugo Bonin, La démocratie hasardeuse, Montréal, XYZ éditeur, 2017, 155 pages · « Et si notre régime politique ne méritait pas qu\u2019on l\u2019appelle \u201cdémocratie\u201d ?», http://lavraiedemocratie.fr/ · Étienne CHOUARD, « Chercher la cause des causes » https://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8 · Étienne CHOUARD, « La Démocratie, c\u2019est le peuple qui exerce le pouvoir.Nous ne sommes pas en démocratie ».https://polony.tv/rencontres/etienne-chouard-la-democratie-c- est-le-peuple?autoplay=true · Secrétariat aux affaires autochtones, Amérindiens et Inuits.Portrait des nations autochtones du Québec 2e édition https://www.autochtones.gouv.qc.ca/publications_documentation/publications/document-11-nations-2e-edition.pdf · Diverses personnes dont MM.Jean-Yves Proulx et Robert Champagne de Trois-Rivières ainsi que le professeur Daniel Turp de l\u2019Université de Montréal ont fourni des commentaires constructifs et précieux dont ils sont remerciés. Numéro du Centenaire \u2013 Édition de luxe Couverture de velin, papier de qualité et signet en tissu L\u2019édition que les participants au Gala du centenaire ont reçue est en vente à notre boutique internet, par téléphone et par la poste.50 $ taxes et expédition comprises as mor Cc an ~~ à À Tr | | | CN { À \\ % A - Le ARTS VISUELS CINÉMA CRÉATION LITTÉRAIRE CULTURE ET SOCIÉTÉ HISTOIRE \u20ac1 PATRIMOINE LITTÉRATURE THEATRE ET MUSIQUE THEQRIES ET ANALYSES Ne \u2014\u2014\u2014 \u2014 Pre = 19 w= fe yr Xn TH, 11 Ww A) cr a.co Ng N 5 £4 Pr mL 1 ig A ] pre ur ER yh du L Re Li ne.= Tim, FA Le k Î rod Pre, N \u2014 AEE Fs Yo.* -, iar Nz Zip Ph Na »e EE 4 a i mis ay ch, n À Bi A SODEP.GC.CA Fri Dossier Élections Montréal 2017 Cycle politique inédit Dossier Lorsque l\u2019ancien se meurt et que le nouveau naît enfin Les élections montréalaises et l\u2019illustration d\u2019un cycle politique inédit - Florent Michelot et Michel Larcher 74 74 Dossier Florent Michelot et Michel Larcher* Lorsque l\u2019ancien se meurt et que le nouveau naît enfin Les élections montréalaises et l\u2019illustration d\u2019un cycle politique inédit Comme souvent, la dernière campagne montréalaise a débuté sur fond de désintérêt poli, d\u2019autant que la réélection de Denis Coderre semblait évidente.Comme un symbole de cette désaffection, depuis le retrait définitif de Louise Harel en 2013, la sphère péquiste s\u2019était illustrée par un désengagement significatif de l\u2019arène locale.En outre, en extrayant peu à peu Montréal de l\u2019analyse nationaliste, de nombreux militants se sont massivement désinvestis du terrain.On dit que certains en étaient arrivés à considérer que l\u2019élection opposerait les deux faces d\u2019une même pièce.Or, cela serait une affirmation simpliste, car la dernière campagne fournit, a posteriori, des éléments prospectifs riches.Notamment, la cartographie des résultats de cette élection atteste d\u2019une concentration originale des suffrages qui tranche avec le clivage peu ou prou est-ouest des scrutins précédents, au profit d\u2019une répartition nord-sud.De ce chambardement électoral, nous faisons l\u2019hypothèse que Montréal est le théâtre d\u2019un cycle politique nouveau, qui se nourrit de la crise de la représentation populaire et qui s\u2019étend à toutes les démocraties.En d\u2019autres termes, la singularité du vote du 5 novembre 2017 exige davantage d\u2019essayer d\u2019en comprendre les raisons, * Florent Michelot est chargé de cours en science politique (UQAM) et candidat au doctorat en andragogie (Université de Montréal) ; Michel Larcher est candidat à la maîtrise en science politique (Université de Montréal). L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 75 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 plutôt que d\u2019en décrire futilement la répartition.Ainsi, puisque Montréal n\u2019est pas une enclave territoriale, il convient de questionner ce qui a permis à une chalengeuse, Valérie Plante, de déjouer les pronostics et de s\u2019imposer face à l\u2019une des personnalités les mieux établies de la politique canadienne contemporaine.On verra ainsi que, malgré des réalisations notables de la part l\u2019administration Coderre, une certaine pratique omnipotente du pouvoir a été significativement rejetée par les électeurs de Montréal.Aussi, la « drôle de campagne » que nous avons connue témoigne notamment d\u2019une incompréhension des mutations médiatiques auxquelles nous assistons : dans ce contexte et face à un adversaire contrôlant, la campagne menée par Valérie Plante et son équipe a pris à contrepied certains codes traditionnels.Finalement, en réinjectant le sens du collectif dans le discours politique, Projet Montréal est en mesure de « remettre à niveau » la métropole québécoise, en l\u2019ouvrant aux plus hauts standards internationaux.1.L\u2019administration Coderre : quatre années de mandat pour un bilan contrasté Un mandat marqué par un salutaire renouvellement Un trait tiré sur les années Tremblay Au premier chef, si l\u2019on souhaite analyser le résultat de la dernière élection montréalaise, il faut reconnaître que Denis Coderre n\u2019a pas perdu parce qu\u2019il était perçu comme un mauvais maire.Certes, plusieurs bévues ont été commises par son administration \u2013 nous y reviendrons plus tard \u2013, mais il est difficile de nier l\u2019habileté avec laquelle ce dernier a réussi à mettre un frein à l\u2019esprit de copinage et à la corruption ayant caractérisé la politique montréalaise sous l\u2019égide du maire Gérald Tremblay. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 76 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 Il n\u2019est pas inutile de rappeler que la précédente administration avait été vertement critiquée quant à l\u2019éthique.En effet, le mandat de Gérald Tremblay avait été secoué durant plusieurs années par des allégations de corruption et de collusion, allégations qui furent confirmées par la commission Charbonneau.Dans son rapport, la commission indique qu\u2019un stratagème d\u2019élection « clé en main » existait entre un petit groupe de firmes de génie et le parti du maire Tremblay.Ce système de corruption et de collusion politique s\u2019était concrétisé par le gonflement artificiel de la valeur des contrats de construction attribués par la Ville et par le versement d\u2019une partie de cette augmentation aux caisses du parti au pouvoir (1).Cette succession d\u2019événements déplorables conduisit aux démissions des maires Gérald Tremblay et Michael Applebaum, l\u2019équipe de transition menée par Laurent Blanchard concluant le mandat 2009-2013.Ce contexte particulier permet d\u2019expliquer la raison pour laquelle la lutte contre la corruption se trouvait à être la priorité des Montréalais lors de la campagne électorale de 2013 (2) et fût le centre du discours de tous les candidats à la mairie (3).C\u2019est ainsi que, Denis Coderre, le futur maire promit de créer un poste d\u2019inspecteur général, inspiré notamment du Department of investigation de la ville de New York.Dans le but de réduire la corruption, l\u2019inspecteur général serait indépendant du pouvoir politique et aurait les prérogatives pour enquêter sur tous les projets (4).Peu de temps après son élection, Denis Coderre respectait cette promesse en mettant en place le Bureau de l\u2019inspecteur général (BIG) et en faisant pression sur l\u2019Assemblée nationale du Québec pour qu\u2019elle accorde certains pouvoirs à ce nouveau poste.Ledit inspecteur général supervise aujourd\u2019hui les processus d\u2019attribution et d\u2019exécution des contrats de la Ville de Montréal et des personnes morales lui L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 77 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 étant liées (5).Le rôle officiel de ce dernier est de favoriser l\u2019intégrité et le respect des dispositions légales relatives à la passation ou à la mise en œuvre des contrats en offrant des formations aux élus, en formulant des recommandations au conseil et en surveillant ce genre de processus (6).Par ailleurs, l\u2019inspecteur général a ainsi le pouvoir d\u2019annuler ou de suspendre des ententes contractuelles en cas d\u2019irrégularité dans les procédures de passation (7).Plus simplement, le BIG est une sorte de « police des contrats » (8) combattant les abus de corruption et de collusion à Montréal.À peine quelques années plus tard, il est évident que les résultats du BIG sont plutôt satisfaisants.En effet, ce dernier a permis de prendre connaissance de la présence du crime organisé, de collusion ou de manœuvre frauduleuse dans les secteurs du remorquage de véhicule, de la construction et du déneigement.S\u2019il faut rendre à César ce qui appartient à César, reconnaissons que la mise en place de cette institution par Denis Coderre nous semble être l\u2019une des plus grandes réussites de ce dernier.Et, même si certaines améliorations pourraient toujours être apportées en ce qui concerne l\u2019éthique à l\u2019image de la rotation des hauts fonctionnaires, il reste que l\u2019administration Coderre a réduit de façon drastique la perception de corruption et de collusion à Montréal.En quelque sorte, il est possible d\u2019affirmer que la volonté de rétablissement du lien de confiance entre le citoyen et la Ville est probablement le legs le plus important que laissera l\u2019administration Coderre à la métropole québécoise.Remettre Montréal « sur la map » En outre, Denis Coderre a été sans contredit un « maire voyageur ».Lors de son mandat, ce dernier a été particulièrement actif pour faire la promotion de sa ville sur la scène L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 78 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 internationale en multipliant les missions aux quatre coins du globe.S\u2019il est possible de faire remarquer que ce type de déplacement est assez commun pour le maire d\u2019une métropole, il n\u2019en demeure pas moins que Denis Coderre se distingue de ses prédécesseurs par l\u2019énergie qu\u2019il consacre à faire la publicité de Montréal lors de ces voyages.Quoique discutable sur la forme, en effet, la stratégie affichée de ce dernier était d\u2019effectuer une sorte de « diplomatie urbaine » visant à recréer des liens à l\u2019international.L\u2019ex-attaché de presse du maire résumait ainsi les caractéristiques de cette approche diplomatique : il s\u2019agissait de favoriser les relations de Montréal avec d\u2019autres villes, de prendre position sur divers enjeux urbains, sociaux et environnementaux et, enfin, d\u2019encourager la capacité d\u2019action des municipalités sur ces thèmes (9).En plus des diverses visites de rapprochement, Denis Coderre a particulièrement œuvré pour que Montréal regagne une voix audible sur la scène internationale.En effet, lors de sa mandature, ce dernier a été notamment en mesure d\u2019obtenir une place pour la métropole québécoise au sein du C40 Cities Climate Leadership Group, une organisation internationale qui vise à lutter contre le dérèglement climatique, ainsi que de Metropolis, une association qui rassemble plus de 100 villes à l\u2019international, soit deux importantes associations de grandes métropoles.Ce travail du maire sortant lui a d\u2019ailleurs permis d\u2019accéder à la présidence de ce dernier regroupement et d\u2019attirer plusieurs sommets internationaux à Montréal.Néanmoins, malgré ces quelques bons coups, la manda- ture 2013-2017 s\u2019est aussi dénotée par une pratique du pouvoir qui illustre l\u2019autre versant du volontarisme de Denis Coderre. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 79 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 Denis Coderre, l\u2019homme fort En fait, Denis Coderre s\u2019est illustré, sur la scène municipale par une pratique centralisatrice et parfois jugée autoritaire, notamment quant à sa volonté de contrôle des médias.La tentation de la centralisation Tout au long de la mandature, l\u2019administration Coderre a fortement tenté de faire pression sur le gouvernement libéral de Philippe Couillard pour remettre à plat la répartition des compétences municipales.Fin 2015, l\u2019administration Coderre sollicitait Québec afin d\u2019arracher certains pouvoirs aux arrondissements et de revenir sur le projet de loi 33 de 2003, qui avait alors fortement décentralisé la métropole.Parmi les demandes formulées, on citera le retrait des pouvoirs des arrondissements en matière de ressources humaines, de création des services et d\u2019en nommer les directeurs, d\u2019acquisition d\u2019immeubles et d\u2019approvisionnement ou d\u2019adoption de règlements d\u2019emprunt.Ce n\u2019est qu\u2019en septembre 2017 que l\u2019Assemblée nationale a finalement adopté le Projet de loi 121 (10) dit « Loi augmentant l\u2019autonomie et les pouvoirs de la Ville de Montréal, métropole du Québec ».Si le statut de Métropole a certes été adopté, le gouvernement n\u2019a pas cédé aux demandes de réaménagement des pouvoirs entre Montréal et ses arrondissements.Tout au plus, le projet de loi a réduit de 25k m2 à 15 k m2, la superficie au-delàÐ de laquelle le conseil municipal est autorisé à réaliser un projet en dépit d\u2019un règlement d\u2019arrondissement existant.Malgré ce camouflet parlementaire, l\u2019administration Coderre a tout de même pu mobiliser à son avantage la Charte de la Ville pour limiter les capacités d\u2019intervention des quartiers montréalais.En fait, au commencement de la campagne de 2017, d\u2019aucuns évoquaient la grande probabilité, pour Denis Coderre, L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 80 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 d\u2019obtenir une large majorité d\u2019au moins 43 sièges sur les 65 que compte le Conseil municipal.Plus que la symbolique d\u2019une réélection facile, ce cap de deux tiers des sièges aurait permis d\u2019aller encore plus loin que durant le mandat 2013-2017.En effet, la Charte de la Ville de Montréal (11) fait en sorte que certaines nominations (et, en creux, les destitutions) sont adoptées aux deux tiers des votes au sein du Conseil, singulièrement quant à l\u2019inspecteur général.Surtout, l\u2019article 85.5 de la Charte permet à la Ville de récupérer des pouvoirs des arrondissements.En théorie, cette pratique est limitée à une durée de deux ans, mais celle-ci peut être allongée advenant un vote au deux tiers.À plus forte raison, cette même Charte peut être modifiée par un règlement adopté par un vote aux deux tiers, selon l\u2019article 86.1.En attendant cette hypothétique majorité des deux tiers, l\u2019administration Coderre a entendu tirer parti de cet article 85.5 afin de mettre sur pied la réforme du financement des arrondissements en 2014, puis renouvelé en 2016.Après une douzaine d\u2019années de psychodrames, justifiés ou non, il n\u2019était plus question d\u2019évoquer les fusions municipales.Par contre, la ville-centre invoquait le fait que l\u2019attribution des crédits aux arrondissements était toujours réalisée selon « une base historique non uniforme, dont la composition demeurait incomprise pour la plupart des intervenants » (12).En effet, jusque-là, les budgets des arrondissements étaient établis en fonction des choix opérés par les anciennes villes.Applicable au 1er janvier 2015, cette réforme visait à revoir deux volets : tout d\u2019abord, les responsabilités de la ville- centre et des arrondissements (la collecte des déchets, le recyclage, le stationnement et déneigement allait passer en tout ou partie sous le contrôle de la ville-centre) et, ensuite, les paramètres déterminant comment l\u2019enveloppe de la ville- centre d\u2019environ 1 G$ serait désormais répartie entre les L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 81 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 19 arrondissements.Tandis que plusieurs arrondissements périphériques allaient sortir vainqueurs de ce rebrassage administratif (LaSalle : +21,68 % ; Pierrefonds-Roxboro : +11,10 % ; Rivière-des-Prairies\u2013Pointe-aux-Trembles : +10,20 %), plusieurs arrondissements centraux allaient très lourdement en payer le prix (Outremont : -19,34 % ; Ville-Marie : -13,67 % ; Plateau-Mont-Royal : -12,68 % ; Sud- Ouest : -10,83 %).L\u2019approche technocratique qui a présidé à cette réforme favorisait notamment le kilométrage linéaire de trottoirs, ne tenait guère compte de la densité de territoire.En bref, cette réforme s\u2019est avérée être l\u2019occasion de créer une première brèche au sein du Conseil municipal.Aussi, malgré la dimension technique du sujet et derrière le message d\u2019équité du maire, la réforme fut-elle un premier symbole de la volonté de mettre au pas les laboratoires de politiques publiques que pouvaient constituer les arrondissements, en totale contradiction avec l\u2019héritage localiste du fait municipal québécois.Denis Coderre et les journalistes Aussi habile sur le terrain que rompu aux techniques de la communication publique, Denis Coderre, qualifié parfois de « Kid Coderre, » s\u2019était bâti, avec les années, une image en appelant à une indulgence amusée.Tout au plus, son ton familier pouvait agacer.Mais, sur le plan des relations avec les médias, la mandature 2013-2017 fut l\u2019occasion de découvrir une autre facette de l\u2019omniprésent maire de Montréal.On apprit alors à connaître un Denis Coderre qui, ne se contentant pas de contrôler son message, cherchait aussi à avoir la main mise sur les médias.Fin 2016, le chroniqueur du quotidien La Presse, Patrick Lagacé, affirmait que le maire de Montréal aurait demandé au SPVM de l\u2019espionner.Peu de temps, le chroniqueur avait enquêté L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 82 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 sur un potentiel banal constat d\u2019infraction de Denis Coderre, alors qu\u2019il était encore député fédéral.Malgré les dénégations du maire, un document obtenu par le quotidien allait plus tard révéler que c\u2019est une attachée politique de l\u2019édile qui avait fourni au SPVM le numéro de cellulaire du journaliste Patrick Lagacé, en vue de l\u2019espionner.Aussi, cette appétence pour le contrôle s\u2019est traduite par une limitation draconienne de la liberté de parole des fonctionnaires municipaux.Le cas le plus emblématique fut le blâme à l\u2019égard de Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique, pour avoir critiqué le projet de regroupement administratif du Jardin avec le Biodôme, l\u2019Insectarium, ainsi que le Planétarium.Finalement, en pleine campagne électorale, le journaliste Thomas Gerbet a publié un article dévastateur qui revenait sur quatre années d\u2019« intimidation », de « réprimandes » et de « pressions » (13) : « toi, je vais veiller à l\u2019évolution de ta carrière », aurait-il notamment asséné à un jeune journaliste en 2016.Ce genre de commentaires ne venait pas seulement du maire, mais aussi de ses proches conseillers.En outre, la personnification de la politique montréalaise autour de Denis Coderre a fait disparaître des écrans radars le reste de son équipe d\u2019élus au point que plusieurs laissaient entendre que, même au sein du caucus et derrière les portes closes, la dissidence n\u2019était guère permise.L\u2019amplification de cette stratégie durant la campagne électorale de 2017 constituera, on le verra, une des nombreuses erreurs stratégiques.En miroir, une gesticulation néo-populiste Il est en effet difficile de caractériser correctement cette bête politique présente dans le paysage politique depuis 25 ans : la très grande plasticité idéologique du personnage rend complexe sa catégorisation. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 83 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 Or, la politique montréalaise comprend une forte tradition populiste qui a évolué avec le temps.Belley suggère ainsi que la politique municipale contemporaine se caractériserait par une conception néo-populiste (14) qui s\u2019exprime sous quatre critères : le conservatisme sur le plan financier ; le libéralisme socioculturel et notamment l\u2019ouverture aux groupes ethniques, religieux, etc.; un style populiste, singulièrement par la préférence accordée aux contacts directs avec les citoyens et la méfiance à l\u2019égard des groupes traditionnels, tels que les syndicats ; finalement, la préférence pour des politiques de gestion qui s\u2019inspirent du privé.Cette modélisation d\u2019un courant politique protéiforme permet de comprendre assez efficacement la conception de l\u2019action publique défendue par ce politicien unique qu\u2019est Denis Coderre.Ainsi, le conservatisme financier caractérise assez bien diverses réformes menées entre 2013 et 2017, comme on l\u2019a notamment dans vu dans les rapports avec les arrondissements.De même, le goût de Denis Coderre pour les médias sociaux et son aversion pour le travail des médias a amplifié le style populiste.Aussi, la campagne de 2013 avait très bien illustré sa proximité avec les communautés ethniques et religieuses.Enfin, la gestion inspirée du privé aura permis à l\u2019administration Coderre de régler, certes dans la douleur, la question des pensions aux SPVM et chez les pompiers de Montréal.D\u2019ailleurs, cette même inspiration aura orienté la conduite du 375e de Montréal, rapprochant davantage l\u2019anniversaire de l\u2019événementiel que de la politique publique culturelle.375e : l\u2019as dans la manche devient une épine dans le pied Au cœur du plan coderrien, le 375e anniversaire de la fondation de Montréal constituait un jalon important du dispositif de conservation de l\u2019Hôtel de Ville.Très tôt dans la mandature, 2017 a été perçue comme une opportunité : L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 84 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 le « hasard » ne pouvait mieux faire coïncider une année électorale avec une année de réjouissances collectives.Pourtant, jusque-là, il ne s\u2019agissait pas d\u2019un événement particulièrement relevé par la classe politique.Certes, depuis longtemps, Richard Bergeron, alors à la tête de Projet Montréal, proposait déjà l\u2019inauguration d\u2019une première ligne de tramway de 37,5 km à l\u2019occasion de ce 375e anniversaire.C\u2019est dans la première année de la mandature 2013- 2017 que Montréal a lancé les opérations.À l\u2019image de Régis Labeaume et « son » 400e de Québec, Denis Coderre pourrait donc compter sur « son » grand raout qui lui assurerait la visibilité requise à quelques mois des élections.À quoi devait-on s\u2019attendre ?Au-delà des festivités annoncées, grâce aux nombreux contacts provinciaux et fédéraux sur lesquels l\u2019administration disait pouvoir compter, l\u2019équipe Coderre annonçait l\u2019offre de « legs » aux générations montréalaises futures.Une formule grandiloquente qui n\u2019a pas longtemps résisté à un examen des faits un tant soit peu minutieux : en effet, en si peu de temps, comment pouvait-on compter sur des réalisations qui seraient à la hauteur de ces enflures verbales ?Tandis que les lignes de communication vantaient des projets qui seraient à la hauteur de l\u2019Expo 67, dont on célébrait aussi les 50 ans, cet anniversaire ne pouvait être qu\u2019esbroufe.Même comparé au 350e de Montréal, qui avait vu naître le musée Pointe- à-Callière et le Bidôme, ou au 400e de Québec, avec sa splendide promenade Samuel-de-Champlain, il aurait été difficile de faire bonne figure avec seulement trois années de planification.Surtout, les innombrables retards ainsi qu\u2019une planification déficiente et opérée à la hâte auront créé le sentiment d\u2019un projet mal coordonné. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 85 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 En pratique, l\u2019illumination du pont Jacques-Cartier, la promenade Fleuve-Montagne et le recouvrement de l\u2019autoroute Ville-Marie seront peut-être les seuls legs identifiables de façon pérenne de l\u2019année 2017.Mais, sans compter toutes les autres « menues dépenses » telles que l\u2019installation des bancs de granit sur le Mont-Royal pour 3,5 M$, il restera difficile de ne pas rester dubitatif vis-à-vis de ces héritages.D\u2019abord, l\u2019illumination du pont Jacques-Cartier, quoique peu polarisante, a tout de même suscité la grogne.Lors du spectacle du 17 mai 2017, d\u2019aucuns avaient apprécié la beauté de cette réalisation qui présente enfin une signature esthétique sur le fleuve Saint-Laurent plus élégante que ce que La Ronde avait à nous offrir jusque-là.Néanmoins, les 40 M$ investis dans ce projet ont fait sourciller et les policiers du SPVM n\u2019ont pas manqué de souligner ce montant : lors du spectacle inaugural de mai, près de 3 000 policiers avaient manifesté dans les rues de la métropole afin de dénoncer la réforme de leur régime de retraite et l\u2019absence de contrat de travail depuis décembre 2014.Comme un présage de la débâcle qui allait s\u2019annoncer, l\u2019ampleur du mouvement social avait forcé le maire à demander la tenue d\u2019une reprise du spectacle dans les semaines suivantes.Par ailleurs, la promenade Fleuve-Montagne devait, nous disait-on, être à Montréal ce que le High Line est à la ville de New York.Las, les exagérations des éléments de langage du maire ne pouvaient que décevoir.En dollars canadiens constants, la construction du High Line de « la grosse pomme » a coûté 73 M$ du kilomètre, contre 14 M$ du kilomètre de la promenade montréalaise.Évidemment, on ne peut comparer l\u2019incomparable : l\u2019écart de prix est tel (le projet new-yorkais a coûté cinq fois plus cher !) qu\u2019utiliser ce genre de superlatifs ne pouvait que mener à la déception, surtout que la livraison était assez éloignée des annonces L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 86 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 d\u2019origine.Ainsi, l\u2019avenue McGill College qui devait être piétonnisée de chacun de ses bords, ne l\u2019a été que d\u2019un seul.Enfin, même si le montant est assez modeste toute proportion gardée, il illustre la dérive des coûts du 375e.Présenté initialement pour un total de 31 M$, puis budgété à 42 M$, il en aura finalement coûté 55 M$ aux contribuables, soit une hausse de 77 % par rapport aux premières estimations.Parmi les dépassements divers, la reconstruction des trottoirs de la rue McTavish a ainsi coûté quatre fois plus cher que ce qui était prévu.En définitive, le recouvrement de l\u2019autoroute Ville-Marie, inauguré à la hâte avec une année de retard, a suscité le scepticisme : si la dimension piétonnière n\u2019était pas finali- sée, l\u2019aménagement très « minéral » n\u2019incite guère à la rencontre.La nomination de Richard Bergeron, nouvellement dans le giron de l\u2019équipe Coderre en tant que responsable du centre-ville, laissait pourtant espérer de meilleurs résultats.Au coût de 100 M$, dont les deux tiers provenaient du ministère des Transports du Québec, la réalisation ne convainc guère.Au chapitre des événements, on a assisté à la multiplication d\u2019activités d\u2019inspiration bien peu montréalaises.Car quelle fut la place effective de l\u2019histoire lors des fêtes du 375e ?Un nombre important de projets déposés par des institutions reconnues ont été rejetés par le comité organisateur du 375e.Dès mai 2016, Jean-François Nadeau du Devoir (15) soulignait les inquiétudes du milieu devant ce manque d\u2019intérêt.Tout cela fut peine perdue et l\u2019on dut se contenter d\u2019activités étonnamment désincarnées de toute connotation patrimoniale.Certes, les Géants qui se sont baladés dans le centre-ville du 19 au 21 mai ont attiré les foules : les Montréalais ont L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 87 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 indéniablement été émerveillés par le gigantisme placide des marionnettes articulées de la compagnie Royal Deluxe\u2026 de Nantes (France).Que dire encore de la présentation (d\u2019ailleurs très critiquée) de la version opéra du grand album-film The Wall des Britanniques de Pink Floyd ou de l\u2019installation du cinéaste français Michel Gondry ?Fêter pour fêter, peu importe le sens (ou l\u2019absence de sens) de la célébration, c\u2019est aussi ce que l\u2019on pouvait retenir de l\u2019entêtement à vouloir tenir le rodéo, certes coorganisé par l\u2019équipe du festival de Saint-Tite, mais qui ne correspond à aucune tradition historique ou culturelle de la région de Montréal, en plus de constituer une activité à l\u2019éthique douteuse.L\u2019organisation de la première compétition de Formule E à Montréal aura finalement été le symbole de l\u2019aveuglement : jusqu\u2019au dernier moment de la campagne, Denis Coderre et son équipe affirmeront que la première édition de Formule E à Montréal avait été un succès, tout en gardant un silence obstiné sur le bilan réel de l\u2019activité1.À quelques jours du scrutin, face à l\u2019insistance des médias et de l\u2019équipe de Valérie Plante, Denis Coderre lèvera le voile sur les chiffres : sur un total de 45 000 billets émis, près de la moitié ont été donnés aux fournisseurs et aux résidents du secteur.Au final, la Ville de Montréal y aura englouti 24 M$, dont un tiers pour la production de murets en béton.Il faut ajouter à cela la marge de crédit 1 Pour ne pas avoir à assumer ce bilan, on rappellera d\u2019ailleurs que Denis Coderre s\u2019est longtemps retranché derrière le statut d\u2019OBNL de l\u2019organisme Montréal c\u2019est électrique (MCE), une personne morale créée ad hoc quelques mois avant le grand prix de Formule E.Ce statut juridique permettait ainsi à la Ville de s\u2019affranchir des règles élémentaires de marchés publics et de transparence en faisant assumer la gestion de l\u2019activité par un organisme tiers.Le Bureau du vérificateur général de la Ville de Montréal a toutefois annoncé en décembre 2017 qu\u2019il enquêterait sur MCE quant à ses liens avec la firme Evenko. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 88 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 de 10 M$ accordée par la Ville de Montréal à l\u2019organisme Montréal c\u2019est électrique, ainsi qu\u2019un million et demi investi par le gouvernement du Québec dans le cadre de programmes divers.En définitive, le coût total du 375e a été estimé à 1 023 524 138 $ par Radio-Canada (16), une somme faramineuse si on la confronte aux quelques 500 M$ qui auraient été dépensés, selon le Globe and Mail, par le gouvernement canadien pour le 150e anniversaire de la Confédération (17).Bien sûr, toutes les comparaisons sont forcément boiteuses, car incomplètes, mais quelques rapprochements permettent néanmoins de jauger l\u2019importance des montants énumérés.Si tant est que l\u2019on accepte que certaines opérations dussent avoir été structurantes pour la métropole, on soulignera le manque chronique de financement à l\u2019égard de nos équipements.À titre d\u2019exemple, comme le métro de Montréal reste probablement l\u2019un des plus puissants héritages de l\u2019Expo 67 pour le développement de la ville, on peut dès lors imaginer le type d\u2019investissements massifs qui auraient pu être opérés avec le même montant.Notamment, considérant les 213 M$ déjà engagés d\u2019ici 2022 pour équiper 14 stations de métro supplémentaires (soit 15 M$ par station), on aurait pu doter toutes les stations restantes au coût de 562 M$, soit un peu plus de la moitié des festivités du 375e.En matière de ligne de métro, l\u2019exercice est plus complexe, car une bataille de chiffre fait rage : les premières estimations de prolongement de la ligne bleue situaient le montant à 1,5 G$, mais elles ont été depuis rehaussées à 3,7 G$.Ce montant pourrait davantage se rapprocher de 1 G$ en mobilisant la technologie déjà adoptée pour le Grand Paris express.Quoi qu\u2019il en soit, on comprend aisément que les choix qui ont été effectués relèvent d\u2019une conception singulière de l\u2019action publique. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 89 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 En maintenant Gilbert Rozon2 à la tête de La Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, Denis Coderre a fait un choix politique où le développement individuel et collectif se limitait à une conception étriquée du divertissement de masse.Face à la « juste-pour-riration » de Montréal dont ce 375e a été l\u2019apogée, la venue d\u2019une alternative politique prétendant projeter l\u2019intérêt général montréalais dans l\u2019avenir ne pouvait que trancher.2.La « drôle de campagne » À l\u2019image de la « drôle de guerre » qui s\u2019est étendu de septembre 1939 mai 1940, ce conflit sans réel combat, la campagne montréalaise 2017 revêt un quelque chose de campagne sans réelle campagne.Ce que nous appelons ici, une « drôle de campagne », c\u2019est surtout la très grande passivité du camp de Denis Coderre : la grande force médiatique et organisationnelle dont ce dernier disposait n\u2019aura finalement jamais été mobilisée à son plein potentiel.À l\u2019opposé, la jeune et dynamique équipe de Valérie Plante aura su imposer sa marque, sans grand éclat, mais avec un sérieux admirable.La fable communicationnelle du lièvre et de la tortue Au cours des deux mois de campagne, du 4 septembre au 5 novembre 2017, la base de données Eureka.cc a permis d\u2019identifier 3085 publications (Tableau 1) évoquant Denis Coderre ou l\u2019Équipe Coderre dans les médias mon- 2 Au demeurant, on ne pourrait ici passer sous silence les graves accusations de nature sexuelle à l\u2019encontre d\u2019Éric Salvail, producteur- animateur du spectacle télévisé de lancement des festivités, et de Gilbert Rozon, par ailleurs président-fondateur de Juste pour rire.Bien que cela soit difficile à établir, ces dénonciations émises dans la foulée de l\u2019affaire Weinstein, n\u2019ont pu que contribuer à ternir l\u2019image maire. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 90 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 tréalais.Sur celles-ci, 63 % avaient un ton positif contre 31 % négatif (6 % de neutres).Durant la même période, la base recensait 1960 publications mentionnant Valérie Plante ou Projet Montréal.La répartition de la tonalité de ces articles était, somme toute, équivalente.A priori, on ne peut donc pas établir que Valérie Plante ou Denis Coderre ont bénéficié d\u2019une image particulièrement avantageuse pour l\u2019un et défavorable pour l\u2019autre, dans les médias.Tout au plus, on relèvera que les médias montréa- lais de langue anglaise adoptaient une tonalité plus négative que ceux de leurs confrères francophones.Par contre, il reste que Denis a profité d\u2019une couverture médiatique plus importante (+36 %) que sa principale adversaire.Selon cette compilation, on affirme donc que Denis Coderre a obtenu 62 % du poids média de la campagne contre 38 % pour Valérie Plante.Cela est cohérent avec les chiffres d\u2019Influence Communication pour qui ce poids était relativement équivalent à la veille du scrutin (68 % contre 32 %) (18).Sauf que, la quantité ne faisant pas la qualité, il était souhaitable d\u2019affiner ces résultats en étudiant plus en détail le contenu de ces articles.S\u2019il était impossible de compulser chacun d\u2019entre eux, on s\u2019est concentré sur les trois principaux quotidiens francophones, de la première semaine de Tableau 1 Tableau synthétique des publications consacrées aux deux principaux candidats dans la presse montréalaise Médias en français Médias en anglais Total V.Plante Projet Montréal 1769 articles 147 articles 1960 articles Positif 67 % Neutre 4 % Négatif 29 % Positif 25 % Neutre 13 % Négatif 62 % Positif 64 % Neutre 5 % D.Coderre Équipe Coderre 2784 articles 239 articles 3085 articles Positif 66 % Neutre 5 % Négatif 29 % Positif 27 % Neutre 15 % Négatif 58 % Positif 63 % Neutre 6 % L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 91 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 septembre à la veille de l\u2019élection.Dans ces trois titres, on a relevé 329 articles qui mentionnaient soit Denis Coderre ou Équipe Coderre, soit Valérie ou Projet Montréal dans leur introduction (76 dans Le Devoir, 73 dans le Journal de Montréal et 180 dans La Presse).En traitant ces données dans le logiciel IRaMuTeQ, on peut alors faire ressortir des tendances plus fines.Dans les deux nuages de mots ci-dessous (Figure 1 Nuage de mots des termes associés à Denis Coderre et son équipe (à gauche) et à Valérie Plante et Projet Montréal (à droite).Pour faciliter la lecture, les noms des candidats ont été retranchés en ne gardant que celui de leur adversaire), on a identifié les 100 premiers noms qui étaient mentionnés dans les articles parlant de Denis Coderre ou de son équipe (à gauche) et de Valérie Plante et de son parti (à droite).Figure 1 Nuage de mots des termes associés à Denis Coderre et son équipe (à gauche) et à Valérie Plante et Projet Montréal (à droite).Pour faciliter la lecture, les noms des candidats ont été retranchés en ne gardant que celui de leur adversaire L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 92 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 On observe ainsi que les articles qui évoquaient Denis Coderre mettaient plus l\u2019accent sur son statut de maire de la Ville de Montréal ; son équipe est très peu présente dans les textes.À l\u2019inverse, il ressort de cela que le parti Projet Montréal en tant que groupe apparaît plus nettement.On pourrait poser l\u2019hypothèse que Valérie Plante et Projet Montréal étaient plutôt présentés comme les adversaires conjoints d\u2019un Denis Coderre esseulé.Aussi, par des analyses de proximité (figure 2), on peut constater quelques indications sur le champ lexical associé à l\u2019un ou l\u2019autre des candidats.Dans le cas de Denis Coderre, le vocabulaire employé est essentiellement relié à son statut Figure 2 Analyse de proximité lexicale des termes les plus fréquemment employés dans la presse montréalaise L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 93 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 de maire (travail, métropole, arrondissement, politique, ville, etc.) et au champ de l\u2019administration publique (taxe, compte, loi, administration, conseil).Quant à Valérie Plante, on y aperçoit les thématiques du transport ou du logement.Surtout, on constate effectivement que la question des billets de Formule électrique a constitué un boulet pour Denis Coderre.Si l\u2019on retranche tous les termes de nature politico-administrative, la Formule E arrive en tête de peloton des mots les plus fréquents des articles, particulièrement dans la dernière semaine du scrutin là où l\u2019attention serait la plus forte et où les dégâts seraient les plus manifestes.Si l\u2019on a beaucoup glosé sur le projet de « ligne rose » de Valérie Plante, il reste que celui-ci a été mentionné deux fois moins souvent.Réputé habile communicateur, Denis Coderre était aussi reconnu depuis la fin des années 2000 comme étant un des politiciens canadiens les plus aguerris quant à l\u2019usage des médias sociaux.Particulièrement présent sur Twitter et, dans une moindre mesure, sur Facebook, plusieurs considéraient que son omniprésence numérique avait été un atout de taille lorsqu\u2019il s\u2019était lancé en politique montréalaise il y a cinq ans.Or, l\u2019usage des médias sociaux au cours de la dernière campagne a attesté d\u2019un revirement significatif.Appuyée par la firme Upperkut, par ailleurs partenaire régulière du Parti québécois depuis plus de 10 ans, la présence de Valérie Plante a été largement remarquée sur Twitter.On peut ainsi constater, sur la base d\u2019une extraction de plus de 2600 tweets publiés entre début septembre et le jour du vote (Or, l\u2019usage des médias sociaux au cours de la dernière campagne a attesté d\u2019un revirement significatif.Appuyée par la firme Upperkut, par ailleurs partenaire régulière du Parti québécois depuis plus de 10 ans, la présence de L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 94 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 Valérie Plante a été largement remarquée sur Twitter.On peut ainsi constater, sur la base d\u2019une extraction de plus de 2600 tweets publiés entre début septembre et le jour du vote (Figure 2), que Valérie Plante, bien plus que son rival, se trouvait à la principale jonction des conversations étiquetées avec les mots-clics #PolMtl ou #Mtl2017.), que Valérie Plante, bien plus que son rival, se trouvait à la principale jonction des conversations étiquetées avec les mots-clics #PolMtl ou #Mtl2017.Sur le Web, les métriques offertes par l\u2019outil Google Trend montrent que Valérie Plante a suscité relativement moins de curiosité de la part des internautes sur l\u2019incontournable moteur de recherche de la multinationale de Mountain View.Toujours dans cette même période de septembre à début novembre, « Valérie Plante » est une expression moins recherchée que « Denis Coderre ».En fait, nous n\u2019observons que trois exceptions notables à cette tendance : lors de l\u2019annonce d\u2019un référendum sur la construction d\u2019un nouveau stade de baseball par Valérie Plante (le 27 septembre) ; au moment du dévoilement plus précis du projet de la « ligne rose » de métro et la bataille de chiffres sur les coûts qui s\u2019en est suivie (les 10 et 11 octobre) ; finalement, le lendemain de la diffusion de l\u2019émission Tout le monde en parle (le 16 octobre), seul moment de réel débat grand public de la campagne.En fait, ce ne sont que les 24 et 25 octobre (après la publication de sondages très favorables) que l\u2019intérêt pour Valérie va apparaître sur le Web, celle-ci faisant désormais jeu égal avec son concurrent.Par contre, on doit noter que, en nombre de recherches cumulées, Valérie Plante et Projet Montréal dépassent assez fortement Denis Coderre et son équipe.Encore une fois, on peut suggérer que Valérie Plante était davantage perçue comme une joueuse d\u2019équipe vis- à-vis de l\u2019hyperpersonnification de la campagne de l\u2019édile L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 95 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 sortant, cette dernière ayant littéralement effacé l\u2019entourage du candidat.Au regard de cela, on peut affirmer que Valérie Plante a su « surfer » avantageusement sur un écosystème médiatique qui, sans lui être favorable, ne semble pas l\u2019avoir particulièrement bousculée.Elle et ses stratèges ont efficacement communiqué aux Montréalais le contenu des propositions du parti en utilisant l\u2019ensemble des ressources à leur disposition, y compris au travers des pancartes.Au-delà de leur esthétique, ces outils promotionnels parfois jugés surannés ont été habilement employés par Projet Montréal qui en a fait des vecteurs d\u2019idées : à côté, les pancartes très conformistes de l\u2019Équipe Denis Coderre paraissaient bien fades.Surtout, malgré le slogan personnifié, mais pince-sans-rire, « Valérie Plante, l\u2019homme de la situation », on a constaté une forte reconnaissance de Projet Montréal en tant que joueur à part de la dernière campagne, tandis que l\u2019Équipe Denis Coderre restait sur banc.Dans les médias sociaux, le parti a été soutenu par une myriade d\u2019activistes rediffusant les messages proposés par celui-ci.Cela a permis de constituer un relais extrêmement puissant et mobilisé, malgré le fait que, deux mois après l\u2019élection, Valérie Plante continue d\u2019avoir 10 fois moins de « suiveurs » sur Twitter que son ancien rival.Du côté des médias traditionnels ensuite, qu\u2019il s\u2019agisse de la presse ou de la radiotélévision, l\u2019équipe de Projet Montréal a bénéficié d\u2019un poids média plutôt modeste.Mais, tandis que le peu de temps accordé à Projet Montréal était employé à mettre de l\u2019avant les thématiques de campagne, Denis Coderre s\u2019enferrait dans un quasi-mutisme incompréhensible : au-delà du bilan et du 375e, les éléments de langage étaient rares.Mécaniquement, cette carence a L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 96 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 créé de l\u2019espace pour la polémique.En pratique, tandis que Valérie Plante, en contrôle de son message, profitait des quelques occasions médiatiques pour parler de transport, de logement, etc., Denis Coderre s\u2019obstinait à évoquer son mandat finissant.Cette non-campagne n\u2019allait pas tarder à devenir son talon d\u2019Achille.La (non-)campagne de Denis Coderre La défaite de Projet Montréal, en 2013, avait très tôt scellé le sort de Richard Bergeron, l\u2019ex-chef de l\u2019opposition.Après trois courses infructueuses à la mairie, ce dernier avait annoncé son retrait progressif de la tête du parti.Son engagement au Comité exécutif de la Ville puis son ralliement, en bonne et due forme, à l\u2019Équipe Denis Coderre ont ensuite ouvert la voie à d\u2019autres défections dans le parti d\u2019opposition.Deux conseillers de Rosemont\u2013La-Petite- Patrie, Marc-André Gadoury et Érika Duchesne ont ainsi suivi les traces de leur ancien chef.Du côté de la quasi défunte Coalition Montréal, la résurgence sous respirateur artificiel de l\u2019ex-Vision Montréal de Louise Harel, l\u2019évolution n\u2019était guère plus enthousiasmante : avec un caucus de six élus en 2013, seul l\u2019indéboulonnable Marvin Rotrand, élu depuis 1982, siégeait toujours sous cette bannière.Certes, Benoît Dorais avait rejoint Projet Montréal, mais, surtout, Russell Copeman, Réal Ménard et Elsie Lefebvre avaient rallié Denis Coderre.Ayant obtenu la majorité au Conseil municipal par le jeu de ces glissements d\u2019un parti à l\u2019autre, le maire Coderre pouvait compter sur une dynamique encourageante.Pour une figure du libéralisme canadien depuis les années 1990, certains ralliements semblaient naturels.Russell Copeman, député libéral à l\u2019Assemblée nationale entre 1994 et 2008, en est un bon exemple.Il en va tout L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 97 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 autrement de l\u2019association de plusieurs personnalités identifiées au mouvement indépendantiste.Au fil des derniers mois de sa mandature, le maire Coderre avait réussi à attirer les conseillers Réal Ménard et Elsie Lefebvre.Le premier avait été élu sans discontinuité sous la bannière du Bloc québécois de 1993 à 2009.La seconde avait représenté le Parti québécois à l\u2019Assemblée nationale de 2004 à 2007.Il faut ajouter à cela plusieurs candidats identifiables au mouvement indépendantiste, dont Hadrien Parizeau (le petit-fils de 27 ans du premier ministre Parizeau), Scott McKay (député PQ du 2008 à 2014), Lorraine Pagé (présidente de la CSQ de 1988 à 1999), voire l\u2019ex-humo- riste radio Marc-Antoine Audette.Et c\u2019est sans compter l\u2019aide de quelques soutiens, dont un ancien organisateur de premier plan d\u2019Alexandre Cloutier dans ses courses à la chefferie du PQ.Par-delà ces quelques visages indépendantistes, l\u2019équipe de candidats de Denis Coderre en 2017 s\u2019était ouverte à diverses personnalités jugées plus ou moins critiques de l\u2019administration.La jeune trentenaire Cathy Wong fût sans doute l\u2019exemple le plus probant : présidente du Conseil des Montréalaises, très engagée dans le milieu communautaire (elle fût chroniqueuse à la radio CIBL, agente de développement jeunesse pour les YMCA du Québec et elle présida le Jeune Conseil de Montréal ainsi que le Forum jeunesse de l\u2019île de Montréal), elle était aussi l\u2019une des nouvelles figures du quotidien Le Devoir, où elle intervenait depuis plusieurs mois à titre de chroniqueuse.Un peu plus tôt dans la campagne, l\u2019Équipe Denis Coderre avait de plus convaincu Linda Gauthier de se joindre à elle.Présidente du Regroupement des activistes pour l\u2019inclusion au Québec (RAPLIQ) et réputée pour son engagement en faveur de l\u2019accessibilité universelle des infrastructures, elle s\u2019était montrée très critique vis-à-vis de l\u2019administration montréa- L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 98 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 laise.Rappelons qu\u2019en 2015, le RAPLIQ avait intenté un recours contre la Société de transport de Montréal (STM) et la Ville de Montréal.Indéniablement, la dynamique de rassemblement semblait profiter à l\u2019équipe sortante, tandis que Projet Montréal peinait à présenter des candidatures médiatiques.Aussi, devant ce tableau très positif en matière de ralliements, les stratèges du candidat Coderre avaient-ils le loisir de mettre sur pied une stratégie qui viserait, à tout le moins, à maintenir l\u2019écart avec sa concurrente directe.En bref, jusqu\u2019au lancement de la campagne officielle, dans la deuxième moitié de septembre, la machine électorale « coderrienne » semblait invincible\u2026 pour peu qu\u2019elle ne se grippe pas.Or, dans une campagne électorale que l\u2019on présentait comme un face-à- face inéquitable, Denis Coderre ne pouvait guère tirer parti d\u2019une quelconque division de l\u2019électorat, comme cela avait été le cas quatre années plus tôt.Bien qu\u2019on ne puisse affirmer qu\u2019il y ait eu absence de stratégie du côté de l\u2019équipe sortante, il est indéniable que, si stratégie il y a eu, elle fût insuffisamment réactive devant l\u2019évolution des événements.En effet, tout au long de la campagne, quatre sondages ont permis de jauger de l\u2019évolution rapide de la situation.Tandis que Valérie Plante et Projet Montréal stagnaient sous les 30 % (29 % à la mi-juin, selon le Léger ; 25 % à la mi-septembre d\u2019après Mainstreet), l\u2019avance de Denis Coderre et de son équipe fondait comme neige au soleil reculant de 43 % à 30 %.Dans le sprint final de la campagne, les derniers sondages allaient confirmer la tendance en annonçant l\u2019égalité (Léger), voire l\u2019inversion des courbes (CROP).En définitive, entre le Léger de juin et le CROP d\u2019octobre, le camp de Projet Montréal a gagné 2,5 points par mois, tandis que l\u2019Équipe Denis Coderre en a perdu 1,5 par mois.En fait, malgré le climat de confiance des L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 99 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 premières semaines, plusieurs indicateurs auraient donc dû alerter les organisateurs du clan Coderre.Pratiquement, il n\u2019en fut rien, car ce n\u2019est que dans la seconde quinzaine d\u2019octobre que l\u2019équipe Coderre passait finalement l\u2019attaque.À la suite du dernier CROP qui avertissait par ailleurs que Denis Coderre était perçu comme « arrogant » par plus de la moitié des personnes interrogées (contre 1/6 pour Valérie Plante), le maire sortant a bien tenté de corriger cette impression en prétendant qu\u2019il s\u2019agissait plutôt de détermination.Il est alors apparu davantage serein devant les journalistes, laissant le travail ingrat à ses coéquipiers jusque-là peu visibles.Or, les charges de ces derniers furent telles qu\u2019elles traduisirent davantage la perte de contrôle que la reprise en main du message.À trois jours du scrutin, une improbable sortie publique rassemblait notamment les transfuges de Coalition Montréal, Russell Copeman et Réal Ménard, et de Projet Montréal, Richard Bergeron, Érika Duchesne et Marc-André Gadoury : au cœur de ce point de presse, la « déroute possible des finances » de la Ville advenant l\u2019élection de Valérie Plante et, par-dessus tout, l\u2019accusation proférée par Richard Bergeron contre le parti Projet Montréal qui serait devenu « radical » et « d\u2019extrême gauche » (19).Sauf preuve du contraire, Projet Montréal n\u2019ayant rien à voir avec le radicalisme de l\u2019ultragauche, ces éléments de langage étaient si excessifs qu\u2019ils ne pouvaient que susciter la risée ou la consternation.L\u2019absence de coups politiques majeurs de Denis Coderre et de son équipe témoigne-t-elle d\u2019un excès de confiance ?Sans tomber dans une analyse psychologisante qui serait aussi fastidieuse que hasardeuse, des éléments tangibles nous portent à le croire.Pendant ce temps, contre toute attente, menant une campagne patiente, rigoureuse et posi- L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 100 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 tive, Valérie Plante a su capitaliser sur le bilan nuancé de Denis Coderre tout en projetant Montréal vers l\u2019avenir.Valérie Plante, la candidate mésestimée Élue contre toute attente à la tête de Projet Montréal à la fin de 2016 face au rigoureux Guillaume Lavoie, Valérie Plante s\u2019est montrée inébranlable durant l\u2019année préélectorale.Certes, le projet de « ligne rose » de métro a été largement présenté comme un facteur de succès, mais il serait toutefois erroné de limiter sa victoire à cela.En effet, la candidate du parti d\u2019opposition a démontré une forte cohérence pro- grammatique.La capacité à bâtir sur le bilan de Denis Coderre En fait, la stratégie électorale et de communication de la cheffe de Projet Montréal s\u2019est en partie construite en opposition à la personnalité et au bilan de Denis Coderre ; une opposition, certes, mais qui n\u2019était pas pour autant exclusivement négative.Il est possible d\u2019affirmer que l\u2019objectif des messages de Valérie Plante était de se démarquer par contraste vis-à-vis de son opposant, notamment grâce aux slogans employés sur les affiches mettant en vedette la candidate.D\u2019abord, « L\u2019homme de la situation.Valérie Plante.Mairesse de Montréal.» a marqué l\u2019imaginaire de cette campagne électorale.Comme le soulignait la politologue Julie Dufort (20), cet audacieux choix aura eu le mérite d\u2019attirer l\u2019attention par son ambiguïté et de situer l\u2019enjeu de la présence des femmes en politique au sein du débat public.Il permit aussi de projeter l\u2019image d\u2019une candidate forte, déterminée et à même de prendre une place ayant historiquement été réservée aux hommes.De plus, les slogans « Moins de \u201ctweets\u201d.Plus d\u2019action.» et « Moins d\u2019égo.Plus d\u2019action.» ont-ils tenté de souli- L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 101 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 gner à gros traits certaines caractéristiques attribuées à Denis Coderre, tout en mettant en relief la différence entre la formation politique d\u2019un seul homme et l\u2019idée de collectivité portée par Projet Montréal.En outre, il est possible d\u2019interpréter le message « Pas de squelettes.Pas de cassette.» comme étant une tentative de tirer parti des critiques relatives à l\u2019inexpérience de la candidate et de son équipe.En d\u2019autres termes, le fait de ne pas être une politicienne de carrière lui donnait l\u2019avantage de n\u2019avoir rien à cacher et mettait de l\u2019avant son supposé franc parlé.En somme, les messages véhiculés par les affiches de Valérie Plante n\u2019avaient pas tant pour objectif d\u2019attaquer Denis Coderre, que de présenter la candidate Plante comme une alternative aussi valable que différente du maire sortant.Valérie Plante a de plus été très efficace pour s\u2019imposer dans les thématiques de l\u2019Équipe Coderre.En effet, le maire sortant se positionnait dans la continuité de son précédent mandat en répétant que Montréal ne pouvait recommencer à zéro.L\u2019électeur était invité à choisir le candidat Coderre, car c\u2019est lui qui avait ramené l\u2019intégrité à l\u2019Hôtel de Ville, qui avait obtenu le statut de métropole et qui avait mis la table pour de grands projets comme le Réseau électrique métropolitain (REM) ou le prolongement de la ligne bleue.Toutefois, un passif, aussi reluisant soit-il, ne fait pas un projet.Pour cette raison, des propositions audacieuses telles que la «ligne rose» ont rendu bien pâle l\u2019argumentaire de Denis Coderre.Finalement, Valérie Plante a réussi à construire efficacement sa campagne en continuant à jouer un rôle « d\u2019opposition » contre son adversaire.Plante ne se contenta pas de critiquer le bilan de l\u2019administration Coderre : elle s\u2019en servit comme point d\u2019appui pour diffuser ses propositions, à l\u2019image de ses nombreux commentaires sur la gestion des chantiers routiers.Ces dernières avaient comme but de mettre le L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 102 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 maire sortant sur la sellette en le forçant à défendre son travail, malgré la grande insatisfaction des Montréalais sur cet enjeu (21), tout en offrant une occasion de présenter ses propres idées, dans le cas présent, celle de la création d\u2019une brigade des chantiers.Cette stratégie a aussi été employée par Valérie Plante pour s\u2019attaquer à la gestion de la Formule E.Après avoir appris qu\u2019au moins 45 % des billets pour l\u2019événement avaient été distribués gratuitement, la candidate a rapidement critiqué le manque de transparence et de jugement de la part de l\u2019administration Coderre.Le fiasco de cet événement a aussi permis à Valérie Plante de réitérer sa vision de Montréal, soit celle d\u2019une ville faisant de la qualité de vie de ses citoyens une de ses principales priorités.En somme, c\u2019est en projetant une image contrastant avec celle du maire sortant, en s\u2019appropriant les thématiques de ce dernier et en se servant du bilan de l\u2019administration Coderre pour mettre de l\u2019avant sa vision de Montréal que Valérie Plante s\u2019est imposée dans cette lutte électorale.La «ligne rose » et le retour du collectif Ce projet ayant structuré le discours et les idées de la future mairesse lors de la dernière période électorale n\u2019est pas nouveau, car il prolonge la vision de Projet Montréal, soit celle de « penser la ville en fonction de ceux qui l\u2019habitent » (22) et de prioriser le collectif.Il reste que la « ligne rose » n\u2019est pas le seul grand projet de transport en commun envisagé dans la région montréalaise.Le REM qui est quasiment à l\u2019étape de la mise en chantier était perçu comme un projet « visionnaire » pour Montréal selon Denis Coderre, voire comme le plus important des cinquante dernières années (23).Certes, le projet est ambitieux et vise à construire un réseau de transport automatisé L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 103 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 reliant la Rive-Sud, le centre-ville de Montréal, l\u2019aéroport Pierre-Elliott\u2013Trudeau, l\u2019ouest de l\u2019île et la Rive-Nord (24).Il s\u2019agit sans aucun doute d\u2019un énorme projet, mais qui comporte de sérieuses lacunes.Une des problématiques avec le REM se trouve dans le déséquilibre dans le développement du transport collectif entre l\u2019est et l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal.En effet, la population de l\u2019est de Montréal, francophone et moins fortunée, est à la fois plus élevée et moins bien desservie par le transport collectif, que celle de l\u2019ouest, anglophone et privilégiée.Aussi, la construction du REM ne ferait-elle qu\u2019accentuer ce déséquilibre entre ces deux régions de l\u2019île.De plus, le REM sera probablement plus utile pour les gens vivant à l\u2019extérieur de Montréal et constituera un énième incitatif à l\u2019étalement urbain.En effet, très peu de citoyens de la ville de Montréal en bénéficieront directement\u2026 à l\u2019exception de ceux qui se rendront à l\u2019aéroport Trudeau.À l\u2019opposé, le projet de « ligne rose » de Projet Montréal adresse justement une réponse aux derniers éléments soulevés.Cette ligne de métro cherche à améliorer le transport collectif dans l\u2019est de la ville et à donner aux Montréalais un projet bien à eux.Malgré tout, cette entreprise est parsemée d\u2019embûches.Ces obstacles, Valérie Plante les connaît.La mairesse affirmait déjà en campagne électorale que la « ligne rose » était plus une proposition qu\u2019un engagement, une sorte de vision de ce vers quoi le transport collectif mon- tréalais devrait tendre.Or, malgré ces atermoiements, cette ligne a su faire rêver, autant par son ambition que par l\u2019engouement qu\u2019elle a suscité.En suggérant de sortir de l\u2019immobilisme envers les grands projets, la « ligne rose » est une sorte de manifestation de la possibilité d\u2019un retour du collectif pour la communauté montréalaise.Elle constitue une espérance L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 104 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 pour la réaffirmation de la quête de l\u2019intérêt général dans la sphère politique.Comment peut-on entrevoir la gouvernance de Valérie Plante ?À la suite de son élection en 2013, Denis Coderre avait montré une certaine ouverture dans l\u2019attribution des différentes postes au sein du Comité exécutif de la Ville en offrant deux sièges à des élus de Coalition Montréal et en octroyant des fonctions sur certains comités à plusieurs conseillers indépendants.Cependant, il n\u2019avait pas voulu offrir de responsabilités particulières aux élus de Projet Montréal.Au demeurant, la quasi-totalité des collaborations entre le parti du maire et les autres élus avaient été réservée à ceux ayant une proximité idéologique avec Denis Coderre.De son côté, Valérie Plante propose une vision renouvelée des dynamiques relationnelles avec les élus.La mairesse s\u2019est montrée ouverte dans la distribution des postes du conseil municipal.En effet, cette dernière a suggéré la présidence du Conseil municipal à une élue de l\u2019opposition, une première dans l\u2019histoire de Montréal.Par ailleurs, Valérie Plante a manifesté son désir de collaboration avec les autres partis en offrant la présidence de conseils et commissions à des élus de l\u2019opposition.De fait, Valérie Plante semble vouloir transcender les lignes partisanes, probablement dans le but de présenter une administration apaisée et en rupture avec celles de ses prédécesseurs.Cela dit, il reste que cette singulière situation permet de se questionner sur la possibilité du manque d\u2019expérience au sein de son équipe. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 105 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 Une des divergences majeures entre Denis Coderre et Valérie Plante se situera peut-être au niveau de la répartition des pouvoirs entre la ville-centre et les arrondissements.Pour le maire sortant, un centre fort était synonyme d\u2019une ville forte.Son mandat a d\u2019ailleurs été marqué par une perte de certaines sphères de compétences pour les arrondissements.On peut s\u2019attendre à une attitude sensiblement différente de la part de Valérie Plante.En effet, cette dernière s\u2019est mainte fois prononcée en défaveur des visées centralisatrices de l\u2019ancien maire.En campagne électorale, la mairesse avait déclaré vouloir réviser la précédente réforme portant sur le financement des arrondissements dans le but d\u2019équilibrer la répartition des ressources pécuniaires entre ces derniers.Par ailleurs, Valérie Plante a réitéré à de multiples reprises qu\u2019elle n\u2019avait pas l\u2019intention de « plateauiser » l\u2019île de Montréal.Du reste, la mairesse préservera-t-elle ce respect de l\u2019indépendance des arrondissements ou tentera-t- elle de tirer parti des efforts de recentralisation pour tenter d\u2019aiguiller certaines pratiques locales ?* Contrairement à ce que certains bien-pensants du système médiatique (les mêmes qui avaient apporté leur soutien à Denis Coderre dans leurs éditoriaux) ont tenté d\u2019expliquer au lendemain de l\u2019élection, les résultats de cette dernière ne pouvaient être prévisibles.Par contre, nous croyons que cela s\u2019inscrit dans la séquence politique ouverte au début des années 2010 et qui est encore mal comprise.Pour cela, nous adoptons le vocable de « dégagisme », notamment popularisé dans le Printemps arabe de 2011 et théorisé plus récemment en France par Jean-Luc Mélenchon, qui vise à faire tomber les tenants d\u2019un ordre institutionnel traditionnel, qualifié parfois d\u2019establishment politique.Plusieurs en ont été les victimes, permettant ainsi à des figures perçues comme en L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 106 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 dehors du système, à tort ou à raison, d\u2019émerger contre toute attente.Hillary Clinton, Bernie Sanders, Donald Trump, Jack Layton, Justin Trudeau ou Emmanuel Macron, mais aussi Pauline Marois et Denis Coderre, sont autant de sujets victorieux ou défaits de cette vague de grande labilité électorale.Bien sûr, tous ne sont pas interchangeables, mais leurs parcours sont le produit des soubresauts d\u2019un même phénomène de crise démocratique dont on tarde à sortir.Dans ses Cahiers de prison, Gramsci n\u2019enseignait-il pas que la crise survient lorsque « l\u2019ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître » et que « pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » ?Pendant des années, la classe politique s\u2019est montrée dangereusement monolithique : or, on constate aujourd\u2019hui des campagnes plus imprévisibles qu\u2019autrefois.Celles-ci permettent des glissements qui laissent à penser que le renouveau est à portée de main.Sans négliger la nuisibilité de mouvements réactionnaires qui pullulent à travers le monde, la force du dégagisme réhabilite néanmoins l\u2019idée que la participation citoyenne reste le vecteur de changement par excellence.Tandis que, durant des années, on a collectivement déploré l\u2019apathie et le cynisme grandissant, la victoire de Valérie Plante et la défaite de Denis Coderre illustrent la capacité du grand nombre à bousculer les convenances politiques.Selon nous, la défaite du conformisme politique et la victoire de l\u2019audace d\u2019agir doivent être le principal enseignement de cette élection.Certes, les défis qui attendent la nouvelle mairesse de Montréal sont énormes.Et, dans une période de crise, les espoirs placés dans la candidature de Valérie Plante n\u2019en sont que plus fragiles.Il reste que, bénéficiant de l\u2019élan retrouvé par Denis Coderre, la nouvelle administration aura la responsabilité de permettre à Montréal de renouer L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 107 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 avec son destin de métropole dynamique et ambitieuse.En orientant les politiques publiques vers des projets collectifs et structurants tels que le transport, le logement et l\u2019environnement, Montréal est en mesure de redevenir le moteur d\u2019une société québécoise imaginative, ouverte et solidaire.q L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 108 É l e c t i o n s M o n t r é a l 2 0 1 7 Bibliographie 1.CHARBONNEAU, France et LACHANCE, Renaud.Rapport final de la Commission d\u2019enquête sur l\u2019octroi et la gestion des contrats publics dans l\u2019industrie de la construction.Montréal, Québec : Commission d\u2019enquête sur l\u2019octroi et la gestion des contrats publics dans l\u2019industrie de la construction, 2015.2.ICI.RADIO-CANADA.CA.« Sondage : la corruption, 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Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 40 pages grand format couleur qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés au Québec durant l\u2019année.3 parutions par année 30 $ par an \u2013 75 $ pour trois ans taxes et expédition comprises Lectures Note critique Lettre à Jean-Martin Aussant David Leroux 114 JEAN-MARTIN AUSSANT La fin des exils : résister à l\u2019imposture des peurs Recension JOHN PARISELLA 122 La politique dans la peau Courrier des lecteurs 131 Livres reçus 135 Lectures 114 Articles 114 Note critique David Leroux* Jean-Martin Aussant\u2026 Il y a maintenant longtemps que je ne t\u2019attendais plus nulle part.Je t\u2019avais pourtant espéré, et même plus qu\u2019espéré avec plusieurs de mes semblables.Tu étais passé devant nos yeux comme une comète : brillant, fascinant, nouveau.Ta présence dans un ciel monotone faisait rêver.Il faut dire, cher objet céleste JMA2012, que tu avais tout pour réussir.D\u2019abord la jeunesse, qualité non nécessaire, mais fort utile quand vient le temps de plaire aux foules au XXIe siècle.Tu avais les idées claires et nettes, limpides et fraîches comme cette eau qui coule des eskers abitibiens.Aucun de ces politiciens mollassons et intrigants qui tentaient de te piéger n\u2019y arrivait.Tu les mettais en pièce sans aucun complexe, sans même te prendre pour un superhéros.Tu leur lançais ces phrases-choc en 140 caractères dont seul toi détiens le secret, puis ils se taisaient et leur aura misérable disparaissait, les laissant nus devant nous, habillés de leur néant.Tu as rassemblé derrière toi des milliers de jeunes qui ont découvert qu\u2019ils étaient indépendantistes, que ce projet n\u2019avait rien de ringard et de dépassé.Mieux encore, tu as fait cela sans mettre de l\u2019avant cette obsession malsaine pour le gauchisme qui gangrène aujourd\u2019hui ce qui reste du souverainisme.Pour toi, l\u2019indépendance de notre nation était la première clé nécessaire pour déverrouiller notre avenir et protéger notre existence.Lettre à Jean-Martin Aussant * Étudiant en géographie politique, Université McGill 115 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Bien sûr, ton parti était petit.Il n\u2019a récolté que peu d\u2019appuis au scrutin de septembre 2012.Mais tu es resté, sagement.Tu savais qu\u2019il fallait construire le navire avant de triompher.Tu étais ouvert à toutes les possibilités pour le devenir de ce mouvement que tu avais mis en branle.Moi, j\u2019attendais que d\u2019autres bâtisseurs se greffent à nous.Je croyais qu\u2019avec toi en tête, sérieux et qualifié que tu étais, des politiciens sérieux et d\u2019expérience, exaspérés de l\u2019absence de volonté du Parti québécois quant à la réalisation de son projet, allaient prendre place dans cette belle et rutilante goélette dont tu t\u2019étais fait capitaine afin de lui permettre de prendre plus sûrement la mer et d\u2019affronter avec brio les tempêtes de l\u2019opinion publique québécoise.Je croyais en l\u2019avenir.Puis tu es disparu.Cher objet céleste JMA2012, tu avais tout pour toi, tout sauf une orbite prédictible.Quel malheur, quelle tristesse ! Oh, c\u2019est certain, tu es réapparu\u2026 J\u2019ai bien vu, un certain après-midi de juin 2015 triste à pleurer, ton reflet scintillant apparaître dans le firmament voilé de noir.Cette journée-là, je m\u2019en souviens, nous disions adieu à Jacques Parizeau, notre père à tous, la seule personne à ce jour ne m\u2019étant pas intime dont le départ m\u2019a fait verser des larmes.Tes mots, ton appel à « la fin de tous les exils », avaient fait revivre mon âme en deuil, ils étaient ceux qu\u2019il fallait dire pour me consoler.Mais ils furent hélas ! ceux qui allaient me faire ne plus jamais t\u2019attendre et t\u2019espérer nulle part.Car, objet céleste JMA2012, lorsqu\u2019on se pose devant un peuple entier comme l\u2019enfant prodige annonçant son retour, il faut être à la hauteur, il ne faut pas décevoir, sans quoi cet espoir que l\u2019on tue dans le cœur de ceux qui nous attendent devient une allégorie de notre propre mort, même si cette dernière n\u2019est prise qu\u2019au sens figuré.Je ne t\u2019attendais donc plus nulle part, Jean-Martin Aussant, surtout pas dans ma librairie.J\u2019avais ouï dire que tu jouais 116 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 parfois du piano sur scène en compagnie d\u2019étranges poétesses, que tu veillais aussi au bon fonctionnement d\u2019un organisme d\u2019économie sociale qui exigeait de toi le silence radio quant à tes opinions politiques.Pourtant, c\u2019est sur un étalage de livres que je t\u2019ai vu.J\u2019ai été très inquiet par la vision que tu m\u2019as offerte.Tu avais beaucoup changé.Tu étais vert pâle et très, très mince, arborant le numéro 12 en façade et ces mots qui résonnaient encore dans ma tête comme l\u2019ultime cassure : La fin des exils.Étais-tu devenu le 12e prisonnier d\u2019un camp de travail nouveau genre, essayais- tu de m\u2019envoyer un message de détresse codé ?Voulais-tu te racheter et revenir, enfin, pour vrai ?Avais-tu un plan ?Ébahi et intrigué, je t\u2019ai agrippé et j\u2019ai accepté que tu me parles.Tu avais 102 pages de choses à me dire et j\u2019ignorais vraiment à quoi m\u2019attendre.J\u2019ai vite réalisé que l\u2019objet de ton propos n\u2019avait rien à voir avec ton retour d\u2019exil.C\u2019est donc ma pire intuition qui était la bonne, je le crains : il a plutôt profondément à voir avec la détresse du prisonnier dénutri d\u2019un camp de travail.Pas que ce livre qui te représente aujourd\u2019hui dans l\u2019univers intellectuel québécois soit raté, loin de là.Tu y lances quelques bonnes pistes de réflexion, on y décèle par moments cet esprit qui avait charmé lors de ton passage bref et lumineux en « vraie » politique, celle qui a pour objet de s\u2019emparer du pouvoir afin de gouverner avec assurance.Mais on te sent limité.Est-ce ton absence du monde politique qui t\u2019afflige ?Sont-ce les aléas de la com et de la mise en marché qui t\u2019ont autant amaigri ?Est-ce le gauchisme duquel tu sens l\u2019obligation de te réclamer qui te fait dédaigner le pouvoir ainsi ?Je ne sais pas, mais cela m\u2019inquiète.Mais parlons de ton livre.Dans le premier chapitre, tu sens l\u2019obligation de justifier le choix du titre de ton essai.Tu expliques que les peurs engendrent des exils intellectuels, 117 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 que ces exils consistent à se retirer du collectif pour ne penser qu\u2019à soi.Bon, d\u2019accord\u2026 Mais pourquoi parler d\u2019exil ?Certes, notre société souffre d\u2019un grave problème en effet : elle peine à se penser elle-même comme autre chose qu\u2019un amas d\u2019individualités en compétition entre elles.Le collectif se dissout plus que jamais dans ce libéralisme des mœurs porté par la gauche et celui économique porté par la droite assoiffée de libre concurrence.Si cela est un exil, il n\u2019est pas simplement celui de citoyens apeurés qui fuient leurs responsabilités collectives.Mauvais diagnostic.C\u2019est un exil des hommes du politique auquel on assiste, littéralement, exil engendré par une idée de la liberté et des valeurs qu\u2019on lui accole aujourd\u2019hui (ouverture, tolérance, diversité) corrompue et dévoyée par un libéralisme qui se croit être l\u2019apothéose idéologique du genre humain.Il faut, si l\u2019on veut regagner nos terres intellectuelles, mieux identifier l\u2019ennemi que cela, et c\u2019est, je crois, la plus grande faille de ton essai après celle de ne pas avoir fait de l\u2019indépendance de notre nation le pivot absolu de ton écrit.Éduquer, calmer les peurs des gens face à un projet d\u2019émancipation nationale est certes très important, mais cela ne suffit pas.Tu dis, plus loin, qu\u2019il ne faut pas construire un pays en négatif d\u2019un autre, sous-entendant que notre projet de Québec pays ne devrait pas être bâti sur un rejet du Canada.Qu\u2019au contraire, il faut envisager les choses paisiblement et simplement comprendre que le Canada est un magnifique et aimable pays, mais qu\u2019il n\u2019est pas notre pays, que ses intérêts divergent des nôtres et qu\u2019il serait plus avantageux pour nous de faire notre LIT (voter nos Lois, collecter nos Impôts, signer les Traités qui nous lient aux autres), expression qui t\u2019est chère pour expliquer aux gens ce qu\u2019est la souveraineté selon toi.Deux choses ici doivent être mentionnées, je crois. 118 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Premièrement, je comprends que le fait de considérer ouvertement le régime canadien comme un régime ennemi n\u2019est pas très séduisant selon les standards de notre époque outrageusement festive.Je comprends que, dans le monde des bisounours, les ennemis n\u2019existent pas, le conflit politique peut être éradiqué par le droit et l\u2019économie, la paix dans le monde est possible, le consensus est accessible si l\u2019on éduque correctement les gens à l\u2019usage de la raison.Cela est bien naïf, me semble-t-il, et manque dramatiquement de réalisme.Le droit à l\u2019autodétermination des peuples peut aisément être bafoué sous le regard complice des grandes institutions supranationales et de leurs membres gardiens du libéralisme mondial, et ce même par des démocraties libérales exemplaires.Ne l\u2019a-t-on pas vu avec la Catalogne et l\u2019Espagne ?Pourtant, la cause catalane était portée de manière irréprochable par des progressistes et \u2013 pire encore \u2013 par des progressistes référendistes, donc extrêmement peu politiquement menaçants.On s\u2019est fié à la bonne foi des uns et des autres, au droit international, au conflit civilisé par le libéralisme.Résultat des courses ?La police espagnole a bousillé le référendum, Puigdemont est exilé et menacé de prison et l\u2019indépendance n\u2019est reconnue par aucun État, sauf par le pauvre Jean-François Lisée, aspirant chef d\u2019un « ostie de bon gouvernement » provincial.Deuxièmement, cher objet céleste JMA2012, ta définition de la souveraineté comme consistant à voter toutes ses lois, percevoir ses impôts et signer ses traités passe à côté de l\u2019essentiel.La souveraineté, c\u2019est avant toute chose d\u2019avoir le pouvoir absolu sur un territoire.C\u2019est d\u2019être capable d\u2019en contrôler les frontières, d\u2019empêcher des forces ennemies de l\u2019occuper, d\u2019avoir, entre certaines limites géographiques bien définies, le monopole de l\u2019utilisation de la violence physique.Un grand penseur politique a résumé la chose magnifiquement : « est souverain celui qui décide de l\u2019état d\u2019exception », 119 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 c\u2019est-à-dire celui qui peut, s\u2019il le faut, suspendre les droits et libertés civiles sur son territoire afin de préserver l\u2019intégrité de la constitution, des institutions et de l\u2019État.C\u2019est le Canada qui a actuellement cette prérogative.La sécession du Québec constitue certainement un « état d\u2019exception » aux yeux du Canada qui verrait alors son intégrité territoriale menacée.Qu\u2019on le veuille ou non, la création d\u2019un Québec pays sera un acte à la fois positif et créateur, mais aussi un geste négatif de cassure qui se fera contre une autre entité politique a priori plus forte que nous.Faire notre LIT, c\u2019est bien, c\u2019est positif, mais pour ne pas qu\u2019il devienne le lit de mort de nos espoirs, il nous faudra être plus réalistes que ça.La grande faiblesse de ton livre, c\u2019est donc d\u2019avoir de la difficulté à comprendre ces aspects plus rugueux de la lutte pour notre libération nationale.Paradoxalement, sa force, c\u2019est de dessiner les contours d\u2019un avenir adapté à notre société.Ton fort, JMA2012, c\u2019est l\u2019économie.Ça suinte de ton livre.Ne nous parle pas de progressisme, même si cela te gagne quelques amitiés superficielles et autres soirées mondaines.Ne nous parle pas non plus de sociologie québécoise, d\u2019une tendance naturelle au gauchisme et à l\u2019antimilitarisme que tu nous soupçonnes.Dessine-nous une vision économique nationale brillante, hors des sentiers battus, se fichant des étiquettes que la gauche et la droite t\u2019accoleront.Ton livre brille à partir du quatrième chapitre, quand tu nous invites à cesser de chercher à comprendre l\u2019État comme « une business ».Tu utilises d\u2019ailleurs l\u2019expression « ne pas exiler l\u2019État dans une business ».Je comprends le concept de reprendre le terme exil, mais du point de vue du sens des mots, ici, c\u2019est perdant.Arrête, avec l\u2019exil, s\u2019il te plaît, ça n\u2019est pas nécessaire.Mais autrement, en effet, la transformation de l\u2019État québécois en pourvoyeur de « services » à des « clients » est extrêmement pernicieuse.Cela 120 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 revient à ce que j\u2019exprimais plus tôt, une dépolitisation des sociétés.L\u2019État ne sert plus à générer de la grandeur, des projets, à donner du corps et de la structure à la nation.Il est devenu une succursale de services publics à des citoyens dont l\u2019essentiel de la nature réside dans le fait de payer des taxes.Cela a trois affreuses conséquences.Premièrement, l\u2019État s\u2019empêtre et se sclérose dans un rôle de peu d\u2019envergure.Deuxièmement, les citoyens perdent le sens de l\u2019appartenance nationale et s\u2019imaginent que ce qui les lie à la nation est aussi ténu et peu substantiel que la déclaration d\u2019impôt.Troisièmement, cela limite le débat politique à des questions de couches-culottes dans les CHSLD et de toilettes pour transgenre, ce que la gauche et la droite appellent de concert les « vraies affaires ».Tu proposes de revoir notre modèle de développement, d\u2019instaurer un revenu maximum, la gratuité scolaire.Tu as les compétences pour nous expliquer en quoi cela serait bon, pour qu\u2019on ait moins peur collectivement de ces changements radicaux de notre manière de gérer nos affaires nationales.Les mauvaises langues me traiteront de bolché- vique, mais ce qui me séduit le plus est ta proposition selon laquelle ce que personne n\u2019a inventé devrait être à tout le monde.Ta vision quant à nos ressources naturelles, quant au fait qu\u2019elles devraient servir à notre propre développement et enrichissement est emballante.Je ne saurais pas comment réaliser cela concrètement en étant au pouvoir, mais je n\u2019aurais aucune inquiétude à te voir en charge d\u2019un tel dossier, aussi ambitieux soit-il.Quand ce que tu écris traite de pareils sujets, quand tu nous dessines un avenir dans le domaine qui est le tien, avec tes meilleurs outils, c\u2019est à ce moment que mon espoir renaît.Pour finir cette lettre un peu longue, je n\u2019ai qu\u2019une dernière chose à te dire.De grâce, objet céleste JMA2012, la pro- 121 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 chaine fois que tu parles de « la fin des exils », ne tournes pas le fer dans la plaie une fois de plus et reviens pour vrai à la maison, faire de la vraie politique afin de changer vraiment les choses en gouvernant, loin des impostures gauchisantes supposément solidaires et de ses empêtrements intellectuels tels que « Faut qu\u2019on s\u2019parle », où je t\u2019ai aperçu il y a un an posant à côté de celui qui, aujourd\u2019hui, est à la tête d\u2019un parti qui perd son temps à faire la fine bouche sur le mot « patrimoine » sous prétexte que ce dernier porte en lui les stigmates de l\u2019oppression patriarcale.Je suis sûr que tu vaux mieux que cette interminable logorrhée de progressistes autoproclamés qui n\u2019avance le Québec vers aucun autre horizon que celui du nihilisme le plus affligeant.Je suis aussi certain que tu vaux mieux que l\u2019instrumentalisation d\u2019une phrase-choc prononcée par toi il y a deux ans et demi pour vendre un livre sur un tout autre sujet que l\u2019exil, et que tu pourrais vraiment faire une différence pour la suite des choses.Penses-y.JEAN-MARTIN AUSSANT La fin des exils : résister à l\u2019imposture des peurs, Atelier 10, coll.Documents, Montréal, 102 pages 122 Articles 122 Recension JOHN PARISELLA La politique dans la peau, Les éditions La Presse, 2015, 389 pages L\u2019avant-propos de la biographie de John Parisella, l\u2019homme qui ailleurs se fait passer pour un fédéraliste modéré ami des souverainistes, en donne le ton.En moins de cinq pages, l\u2019auteur y mentionne à six reprises ses origines immigrantes.Il y confie même qu\u2019au départ l\u2019idée du livre était de raconter son histoire en tant que fils d\u2019immigrant.Mais il a dû constater qu\u2019il y avait d\u2019autres caractéristiques à son parcours, comme, accessoirement, d\u2019avoir travaillé de près avec trois premiers ministres et un chef de l\u2019opposition.Le chapitre 1, intitulé « Mes racines », aborde longuement cette histoire de fils d\u2019immigrant et nous en dit beaucoup sur le regard que porte John Parisella sur le Québec français.On peut y lire : « Nos habitudes et nos discussions familiales avaient un aspect beaucoup plus multiculturel.Cette diversité me distinguait de la plupart de mes amis, des francophones de souche qui parlaient une seule langue à la maison.Nous, nous parlions minimalement deux langues ».Plus loin, l\u2019auteur ajoute même « je suis allé à l\u2019école anglaise [\u2026] cette décision a été déterminante dans ma jeunesse : elle m\u2019a ouvert aux autres langues et cultures ». 123 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Logiquement, Parisella s\u2019intéresse d\u2019abord à la politique américaine avant de s\u2019intéresser à la politique québécoise et avoue « J\u2019aurais tellement aimé être américain et participer à la croisade de Martin Luther King ! » Pour autant, il ne se pressera pas pour participer à la croisade du Martin Luther King québécois, René Lévesque, puisque « le nationalisme autour de la langue et de la culture me rendait mal à l\u2019aise [\u2026] je ne me sentais pas inclus ».Le fait que le mouvement des droits civiques américain tournait autour d\u2019une communauté caractérisée par une couleur de peau, un facteur autrement moins inclusif que la langue ou la culture, ne semble pourtant pas le déranger\u2026 Néanmoins, il est touché par la question linguistique au Québec, au point de faire de la crise de Saint-Léonard son sujet de mémoire de maîtrise.Par la suite, il devient enseignant et vit de près ou de loin les événements politiques de son époque : crise d\u2019octobre, conflit de travail et montée de René Lévesque, qu\u2019il invite dans un de ses cours (et qui s\u2019y fait traiter de nazi).Parisella avoue tout de même avoir voté PQ en 1976, malgré son nationalisme qu\u2019il qualifie d\u2019« ethnique », sans qu\u2019on sache trop pourquoi.Il regrettera ce vote et suivra alors un homme qui sur ces enjeux a connu un parcours semblable : Claude Ryan.Parisella décide alors de militer du PLQ.Il raconte : Compte tenu de mes racines, j\u2019aurais pu choisir de le faire auprès de la Commission des groupes ethniques, mais j\u2019ai toutefois choisi une autre voie, plus conforme à mes valeurs et mes racines : je préférais travailler dans les circonscriptions [\u2026] En décembre 1979, Pierre Bibeau me demandait de devenir le permanent responsable de l\u2019ouest de Montréal [\u2026] Mes racines et mon bilinguisme cadraient bien avec la clientèle de ces quartiers.Armé de ses racines, Parisella part ensuite en campagne référendaire.Une campagne qu\u2019il présente comme n\u2019étant 124 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 pas gagnée d\u2019avance en raison du haut taux de satisfaction à l\u2019égard du gouvernement et de ses talentueux communicateurs.Mais elle sera bel et bien gagnée par le camp du NON, entre autres grâce à l\u2019épisode des Yvette qui pour l\u2019auteur constitue un « véritable tournant ».Ensuite, tous ses efforts sont consacrés à l\u2019élection de 1981 et d\u2019abord au recrutement de candidats\u2026 ou plutôt de représentants de communautés.En effet, il écrit : Claude Ryan [\u2026] a ainsi réservé au moins trois circonscriptions de l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal (Jacques-Cartier, Nelligan et Westmount) pour une représentation renouvelée de la communauté anglophone.Pour la communauté italienne, il a désigné celle de Viger (dans l\u2019est de la municipalité de Saint-Léonard).Pour la communauté grecque, il a choisi la circonscription de Laurier-Dorion.Comme cette règle de la répartition des comtés en fonction de critères ethniques s\u2019ajoutait à une autre datant d\u2019une autre époque, celle d\u2019un choix libre des candidats par un vote des membres, cela ne se fit pas sans heurts.Dans Laurier, le président de l\u2019association libérale, Louis Marandola, d\u2019origine italienne, s\u2019est opposé à la désignation d\u2019une circonscription réservée à une candidature d\u2019origine grecque [\u2026] La tension était à ce point vive [lors de l\u2019investiture] que les forces policières avaient été dépêchées sur place en cas d\u2019émeute [\u2026] J\u2019avoue que la présence de l\u2019escouade anti-émeute m\u2019a bouleversé.On l\u2019aurait été à moins\u2026 Et il y eut d\u2019autres cas semblables, dont celui d\u2019un francophone (bilingue, précise Parisella) refusé dans Nelligan.Toutes ces tensions, avec une absence de fil conducteur pendant la campagne et la clause Canada comme position linguistique, contribuent à faire perdre le PLQ. 125 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Parisella quitte alors le parti pour fonder Alliance-Québec, dans le but de rapprocher les communautés anglophone, y compris juive, et francophone, et ce, à coup de contestations judiciaires de la loi 101 !?!?Rapidement, cela lui vaut un emploi au commissariat aux langues officielles ; ce qui ne l\u2019empêche pas de participer à la course à la chefferie du PLQ en appuyant Daniel Johnson.Ce dernier arrive troisième, mais comme Robert Bourassa a besoin d\u2019appuis chez les anglophones, Parisella redevient un apparatchik du PLQ et même un candidat en 1985.Il veut alors se présenter alors dans un comté francophone, car, dit- il, « je rejetais l\u2019idée de jouer sur mes racines anglo-italiennes pour remporter une circonscription dite \u201cà clientèle\u201d ».Se pose alors la question de son changement de nom de John à Jean.Mais il refuse d\u2019effectuer ce changement.Il pense ensuite se présenter dans Anjou, mais ne pourra, notamment en raison de son nom de famille, car le quota d\u2019élus italiens avait été atteint dans ce coin de Montréal.Ce qui lui fait dire « Jamais, durant toutes ces années dans le quartier francophone de Rosemont, je n\u2019avais ressenti que mon nom de famille puisse être un obstacle ».Comme quoi le Montréal francophone peut être plus ouvert que le Montréal multilingue\u2026 Finalement, il se présente dans Mercier, comté gagnable, car il y a 15 % de communautés culturelles, et perd aux mains de Gérald Godin, qui avait gagné des appuis dans ces communautés\u2026 notamment en payant de sa poche des amendes de l\u2019Office de la langue française ! Comme le PLQ est tout de même élu, Parisella se fait offrir plusieurs postes, dont un de haut-fonctionnaire au ministère de l\u2019Immigration.Il préfère toutefois la direction générale du PLQ et ensuite le cabinet du premier ministre, où il apprend à rédiger des notes de cinq lignes.Il y apprend 126 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 aussi comment Bourassa compose un conseil des ministres libéral : « il choisissait des ministres souples et habiles pour les ministères \u201cà clientèle\u201d \u2013 culture, communautés culturelles, affaires municipales, environnement, agriculture et développement régional ».Tous les ministres n\u2019étaient pas souples pour autant, puisque trois démissionnent lorsque Bourassa invoque la clause dérogatoire pour sauvegarder, en partie seulement, la règle de l\u2019affichage commercial exclusif en français.Malgré les pressions d\u2019Alliance-Québec, Parisella, lui, ne démissionne pas, il reste, mais pour mieux combattre la clause dérogatoire.Après l\u2019élection de 1989, Parisella se retrouve chef de cabinet.Cela lui permet de décrire les crises et tragédies de l\u2019époque : Polytechnique, St-Basile, Oka et Meech (qui échoue en dépit du PM de l\u2019Île-du-Prince-Édouard qui avait appuyé l\u2019accord en invoquant ses « racines libanaises »).Les suites de cet échec sont racontées sans qu\u2019on y apprenne beaucoup ; sauf peut-être au sujet d\u2019une première version du rapport Allaire plus radicale que la version finale (elle proposait un référendum sur la souveraineté plutôt que sur cette option ou sur le fédéralisme renouvelé).Mais là n\u2019est pas l\u2019essentiel.L\u2019essentiel c\u2019est la clause dérogatoire que Parisella contribue à ne pas faire reconduire, en disant à Bourassa, alors cancéreux, que le père de la Charte québécoise ne peut reconduire cette clause (ce qui est un non-sens considérant que cette charte inclut une telle clause).Ce qui fera dire à Parisella : « Depuis le soir du référendum [\u2026] je n\u2019avais jamais ressenti autant d\u2019émotion et de fierté ».Selon lui, cela facilitera la victoire du PLQ dans les comtés anglophones de 1994\u2026 dans le cadre d\u2019une élection globalement perdante pour lui cependant.La description du référendum de 1995 qui suit est peu originale, sauf quand l\u2019auteur dit que le OUI l\u2019aurait emporté si le vote avait eu lieu une semaine plus tôt. 127 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 Les années qui suivent sont l\u2019occasion pour Parisella de militer au sein du parti démocrate américain\u2026 et de commenter la politique américaine au Québec ! Puis, il sera nommé délégué général du Québec à New York, après avoir été conseiller de Jean Charest, et il n\u2019est pas clair qu\u2019il ait cessé de militer chez les démocrates\u2026 alors qu\u2019il était diplomate en pays étranger ! Les deux derniers chapitres échappent à la chronologie et portent, d\u2019une part, sur le tandem Bourassa-Ryan et, d\u2019autre part, sur l\u2019avenir.C\u2019est l\u2019occasion pour l\u2019auteur de revenir, encore et à plusieurs reprises, sur ses origines.Au final, ce livre vaut la peine pour deux raisons.Il nous en apprend sur cette bête de pouvoir qu\u2019est le PLQ.Surtout, il fait ressortir son obsession ethnique.Ce dernier point permet d\u2019ailleurs de comprendre pourquoi les libéraux voient souvent de l\u2019ethnique dans le nationalisme québécois : pour eux, tout, de la répartition des comtés à la composition du conseil des ministres, est soumis à une logique ethnique.Dès lors, ils ne peuvent s\u2019imaginer un nationalisme indif- férent aux origines ethniques.Autrement dit, l\u2019ethnicisme n\u2019est pas dans le nationalisme québécois, il est dans l\u2019œil de ses adversaires.Guillaume Rousseau Professeur de droit, Université de Sherbrooke 128 Articles Besoins excrétoires Tel un organisme cherchant à évacuer ses productions nocives, le gouvernement canadien multiplie ses activités d\u2019assainissement.Habilement endimanchées des épanchements du premier ministre, les excuses pleuvent.De telles manifestations expiatoires, dont je ne souhaite pas discuter la sincérité, attirent au moins l\u2019attention de la population sur de véritables drames dont les victimes sont réelles.Dans la foulée de ces séances publiques de mea culpa, certains s\u2019imaginent déjà recevoir des excuses officielles pour les dérives canadiennes à l\u2019endroit du Québec.J\u2019ose espérer que jamais elles ne viennent.Le Canada se forge une réputation de leader d\u2019un nouvel ordre mondial dont la force réside dans sa morale.Multipliant les gestes d\u2019ouverture, le Canada se purge de ses honteuses vicissitudes qui ternissent son auréole de vertu.À titre d\u2019exemple, la responsabilité canadienne quant au sort réservé aux premières nations est grande, et la souillure, honteuse.Les excuses gouvernementales, malgré leur nécessité, écorchent plus qu\u2019elles ne guérissent.Derrière les costumes traditionnels, la rencontre sous un tipi planté sur la colline du Parlement, les larmes pour les victimes des pensionnats et même une demande de changement de nom des Edmonton Eskimos, Trudeau manque à l\u2019essentiel 128 Courrier des lecteurs 129 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 et trahit les victimes qui lui ont accordé leur confiance.Car, derrière ces mises en scène pathétiques, qu\u2019est-ce que le Canada a vraiment accompli ?Outre une nécessaire visibilité médiatique, bien peu.Plusieurs de nos premières nations vivent toujours dans des conditions atroces, sont victimes de racisme et peinent à intégrer dignement nos sociétés.Le Canada mise sur la sensibilité contemporaine envers les premières nations pour se glorifier, mais refuse de modifier l\u2019ordre établi afin de reconnaître leur présence, intensifiant ainsi leur dépossession et leur crise identitaire.Si les excuses canadiennes sont possibles, c\u2019est uniquement parce que l\u2019on considère les premières nations comme vaincues et qu\u2019elles ne constituent plus une véritable menace au pouvoir en place, servant maintenant à démontrer la grandeur d\u2019âme d\u2019un pays bâti à leurs dépens.Au fond, des excuses empreintes de vérité s\u2019exprimeraient plutôt ainsi : « Nous sommes désolés de vous avoir écrasés, mais vous nuisiez à notre marche triomphante.Maintenant que vous êtes hors d\u2019état de nuire, sachez que nous sommes désolés d\u2019avoir dû vous faire subir de si terribles souffrances.Laissez-nous vous rendre hommage et ainsi nous déculpabiliser.Notre vernis de respectabilité en dépend.» Les excuses aux Japonais internés pendant la Seconde Guerre mondiale, aux migrants juifs et sikhs, aux LGBTQ2 et autres groupes sont de multiples exemples de besoins excrétoires dans un but de purification étatique et médiatique qui ne mettent pas en péril la hiérarchie canadienne.Quand on pense que les Acadiens n\u2019ont obtenu qu\u2019une reconnaissance factuelle du Grand Dérangement et des torts engendrés (Proclamation royale de 2003), et ce, sans excuse officielle.Mais qui s\u2019émeut encore de nos jours pour ces déportations d\u2019Acadiens ?Évidemment, c\u2019était avant la naissance du Canada tel qu\u2019on le connaît, mais de voir le 130 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2018 gouvernement canadien s\u2019immiscer dans l\u2019organisation de la fête nationale de l\u2019Acadie démontre la difficile juxtaposition de réalités historiques et politiques.Les Québécois demeurent un groupe qui pourrait également recevoir des excuses du fédéral.Or les indépendantistes québécois, en remettant en question la légitimité du pouvoir fédéral, constituent encore aujourd\u2019hui une menace réelle à la pérennité de l\u2019État fédéral canadien.Malgré l\u2019actuelle relative faiblesse du mouvement, nous ne pouvons pas espérer \u2013 nous ne devrions pas espérer \u2013 d\u2019excuse.En recevoir établirait que la lutte de libération nationale n\u2019inspire plus aucune crainte sérieuse et que l\u2019amadouement stratégique est de mise afin de venir à bout des séditieux.Le jour où le Canada commencera à présenter des excuses aux Québécois indépendantistes, je saurai que la fin est proche.Lucas Reed Heidman Espace Armand-Vaillancourt Un lieu de mémoire, de conservation et de partage Dans la campagne du Centre-du-Québec, dans la MRC de L\u2019Érable, à Plessisville, Armand Vaillancourt entrepose, depuis plus de vingt ans, plusieurs de ses œuvres monumentales et des centaines d\u2019œuvres produites, avec lui, par les enfants dans les écoles durant plusieurs décennies.Fils de la ferme, c\u2019est dans cette ferme qu\u2019il louait qu\u2019il se retire pour se ressourcer.Porté par une force créatrice hors du commun, cet artiste aux sensibilités multiples et aux talents croisés nous lèguera un héritage à la dimension du géant et du modèle qu\u2019il est pour le Québec d\u2019hier, d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.Comment contribuer au projet : \u2022 en faisant un don ; \u2022 en achetant une reproduction numérotée et signée par Armand Vaillancourt 250 $ ; \u2022 en achetant une des Mains signées par Armand Vaillancourt 1200 $.Voir les œuvres ?Contactez-nous pour un rendez-vous 514 842-7576 fondationav.org Quelques reproductions de l\u2019œuvre du centenaire sont encore disponibles Achat à la boutique internet, par la poste, au téléphone coordonnées page 144 ISBN 978-2-89070-024-6 \u2013224 pages \u2013 L\u2019Action nationale Éditeur 2017 D\u2019entrée de jeu, je n\u2019hésite pas à me définir comme un enfant de la Révolution tranquille parce que j\u2019ai été formé durant ces années d\u2019effervescence.J\u2019ai connu l\u2019avant et l\u2019après.J\u2019ai été immergé dans le système de valeurs préconisé par un catholicisme fervent.J\u2019ai vu les effets matériels de la prospérité économique et les conséquences des transformations sociales qui ont suivi l\u2019industrialisation du Québec de l\u2019après-guerre et qui, en dix ans, ont bouleversé le mode de vie, les valeurs et les comportements des Québécois.25 $ en vente à la boutique L\u2019étude des comptes publics Cette étude vise à déterminer la viabilité des finances publiques d\u2019un Québec indépendant.Elle estime l\u2019ensemble des revenus qu\u2019un Québec indépendant percevrait et l\u2019ensemble des charges additionnelles qu\u2019il assumerait, en partant de l\u2019hypothèse qu\u2019il fournirait les mêmes services à ses citoyens que ceux présentement offerts sans devoir chercher de nouvelles sources de revenus.18 $ taxe et expédition comprises achat à la boutique internet, par la poste, au téléphone (p.144) 135 Livres reçus JEAN-PIERRE LEFEBVRE L\u2019Homoman à la caméra.Je crée donc je suis Montréal, Les éditions du Boréal, Collection Liberté grande, 2017, 224 pages CHRISTIAN NADEAU Georges Leroux.Entretiens Montréal, Les éditions du Boréal, 2017, 384 pages ÉRIC BÉDARD Survivance.Histoire et mémoire du XIXe siècle canadien- français Montréal, Les éditions du Boréal, 2017, 240 pages KARIN SCHWERDTNER Le (beau) risque d\u2019écrire Montréal, Éditions Nota Bene, 2017, 236 pages HEINZ WEINMANN État-nation, tyrannie et droits humains.Archéologie de l\u2019ordre politique Montréal, Éditions Liber, 2017, 402 pages JEAN-FRANÇOIS HAMEL, BARBARA HAVERCROFT ET JULIEN LEFORT-FAVREAU Politique de l\u2019autobiographie.Engagements et subjectivités Montréal, Éditions Nota Bene, Collection Contemporanéité, 2017, 395 pages HONORÉ LALIBERTÉ Faire sauter l\u2019embâcle Mille et une nuits, 2017, 193 pages Inscrivez la « Ligue d\u2019action nationale » parmi vos fournisseurs avec votre numéro d\u2019abonné et payez directement votre renouvellement d\u2019abonnement de votre compte bancaire.Chez Desjardins et dans les institutions inancières participantes Votre date d\u2019échéance est indiquée sur votre 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nationale Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Véronneau Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Gabriel Arsenault Jean-Paul Auclair \u2020 Jacques Baillargeon Paul Banville Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Gaétan Breault Marcelle Brisson Henri Brun Paul Carrier Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau Normand Cossette George Coulombe Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Gérard Deguire Benoit Dubreuil André Dubuc Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Raymond Gagnier Léopold Gagnon Romain Gaudreault André Gaulin Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Germain Jutras Georges Lacroix Raymond Laflamme Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Gérald Larose Denis Lazure \u2020 Jacques Libersan Clément Martel Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Monique Michaud Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilbert Paquette Jacques Parizeau \u2020 Hubert Payne Claude Pilote Fernand Potvin Alain Prévost Arthur Prévost \u2020 Antoine Raspa Ghislaine Raymond-Roy René Ricard René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Denise Simoneau Michel Taillefer Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Marcelle Viger Madeleine Voora club des 100 associÉs 1000 $ à 1499 $ MeMbres bienfaiteurs 1500 $ à 4999 $ Robert Ascah André Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Jacques Cardinal Charles Castonguay Bernard Courteau Guy Cormier Richard Côté Harold Dumoulin Lucia Ferretti Leopold Gagnon Yvon Groulx Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Isabelle Lamarche Isabelle Laporte Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Laurent Mailhot Pauline Marois Cécile Martin et Marcel Masse \u2020 Michel Moisan Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell Pierre Karl Péladeau Gilles Pelletier Réal Pilon Richard Rainville Ivan Roy Paul-Émile Roy Ginette Simard Rita Tardif Robert G.Tessier \u2020 André Watier Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale de 1917 à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur L\u2019Action 143 Articles 143 Ligue d\u2019action na onale Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Michel Sarra-Bournet Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Anne-Michèle Meggs Simon-Pierre Savard-Tremblay Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib André Binette Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Robert Comeau Charles-Philippe Courtois Myriam D\u2019Arcy Catherine Fournier Henri Laberge Jacques C.Martin Gilbert Paquette Danic Parenteau Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Paul-Émile Roy Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2018 L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes Version numérique 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 85 $ 145 $ (73,93 $ + taxes) (126,11 $ + taxes) Abonnement de soutien 175 $ 300 $ Étudiant 50 $ 85 $ (43,49 $ + taxes) (73,93 $ + taxes) Institution 145 $ 240 $ ((126,11 $ + taxes (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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