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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2017-05, Collections de BAnQ.

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[" 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action JE M\u2019ABONNE MAINTENANT LeDevoir.com/numeriquepromo 514-985-3355 /mois 295$ OFFRE ÉCLAIR! Rabais exceptionnel pour un temps limité.Abonnement numérique à partir de Dossier Éditorial La nécrose et les pilleurs d\u2019héritage - Robert Laplante 4 Articles France : une élection de réalignement ?- Denis Monière 11 Libre-échange : retour sur une grande confusion langagière - Simon-Pierre Savard-Tremblay 15 Jean-Marc Léger (1927-2011) Fin diplomate et indépendantiste radical - Lucia Ferretti 37 L\u2019héritage musical du Québec dans L\u2019Action nationale depuis 1966 - Jean-François Veilleux 51 Un grand compositeur québécois vient de nous quitter - Éric Cornellier 69 Dossier Mode de scrutin LE MODÈLE NORDIQUE POUR LE QUÉBEC - Pierre Serré 74 Recensions D.PETER MACLEOD 114 Backs to the wall : the Battle of Sainte-Foy and the conquest of Canada ANDRÉ PRATTE, JONATHAN KAY ET AL.119 Bâtisseurs d\u2019Amérique : des Canadiens français qui ont fait l\u2019histoire COLLECTIF « FAUT QU\u2019ON SE PARLE» 125 Ne renonçons à rien.Le livre de la tournée « Faut qu\u2019on se parle » SOMMAIRE 4 Éditorial Il n\u2019y a pas de limites.Aplaventrisme et démission devant Ottawa en matière de financement de la santé, soumission et renoncement à faire valoir ses prérogatives dans le dossier de la légalisation de la marijuana, consentement à se laisser tourner en ridicule dans le dossier de l\u2019aide à Bombardier, résignation devant les décisions fédérales pour la nomination des juges.La liste ne cesse de s\u2019allonger.Et voilà que Philippe Couillard s\u2019est transformé en marcheur protestataire à Dolbeau Mistassini pour supposément partager l\u2019anxiété des populations que la crise forestière va frapper de plein fouet.Il a marché, certes, mais pour la protestation, il repassera.Il a déploré, le pauvre intendant.Il a déploré qu\u2019aucun député libéral fédéral n\u2019ait participé à la marche.Il a déploré et\u2026 il attend ! Il attend qu\u2019Ottawa fasse un geste, qu\u2019il annonce des mesures pour atténuer les effets de la déstabilisation planifiée de cette industrie mal en point.Il attend ! La province va offrir des garanties de prêt.C\u2019est tout ce qu\u2019elle fera, sachant pourtant que cela ne suffira pas pour faire face à la guerre tarifaire.Elle ne fera rien pour lancer le vaste programme de redressement du secteur forestier dont le Québec a désespérément besoin.La province n\u2019en a Robert Laplante La nécrose et les pilleurs d\u2019héritage 5 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 pas les moyens.Mais notre intendant va rester actif, il continuera de déplorer.Il mettra toute son énergie à attendre\u2026 Ottawa, qui a consacré plus de onze milliards au redressement de l\u2019industrie automobile ontarienne, n\u2019entend rien faire de comparable pour l\u2019industrie forestière du Québec.La chose est pourtant plus nécessaire que jamais et la crise enclenchée devrait en imposer l\u2019urgence et justifier une opération d\u2019envergure.Mais rien de cela ne se passe et ne se passera.Rien que la résignation béate de Québec.Personne ne connait le ministre responsable de la forêt québécoise tant il est silencieux.Il brille sans doute dans l\u2019ombre du silence de son gouvernement.Ou il marmonne dans les lamentations de circonstance d\u2019un Philippe Couillard prosterné devant l\u2019ordre canadian que pour rien au monde il ne voudrait égratigner.La crise forestière ne sera qu\u2019un autre épisode de la régression consentie.Il ne faut pas se leurrer, il n\u2019y a pas de limites.Rien ne sera jamais assez grave pour remettre en cause l\u2019oblitération canadian.Le Parti libéral est prêt à tout pour normaliser le Québec dans le Canada, prêt à dissoudre notre demi-État et à laisser souffrir son propre peuple pour ne rien troubler d\u2019un régime où il trouve sa raison d\u2019être et sa mission historique.Ce parti et le gouvernement qu\u2019il forme n\u2019ont pas d\u2019autre fonction dans le système canadian que de faire barrage à l\u2019émancipation de notre peuple.Il hésite d\u2019autant moins à gouverner contre lui, contre son intérêt national que sa fonction, désormais, n\u2019est plus seulement de faire barrage et de contenir l\u2019aspiration nationale, mais bien de la détruire en cassant tous les ressorts de la cohésion nationale.L\u2019affairisme qui l\u2019a toujours caractérisé et qui est au fondement de sa culture politique a muté.Il mène désormais une politique du nihilisme.C\u2019est un véritable choix d\u2019autodestruction. 6 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Tous les signes s\u2019alignent pour faire voir l\u2019évidence : le Parti libéral du Québec ne peut aspirer et se maintenir au pouvoir qu\u2019en jouant d\u2019une minorité de blocage qu\u2019il maintient mobilisée en jouant de tous les instruments du mépris et de l\u2019autodénigrement.Les sparages sur le racisme systémique ont déjà commencé d\u2019en donner un avant-goût.Il n\u2019y a pas limites.Une régression nationale ne se fait pas dans l\u2019honneur et la dignité.Les égarés de sa députation qui s\u2019indignent de se faire soupçonner de pactiser avec la mafia, de faire office de figurants dans les manœuvres de corruption sont, au mieux, des égarés, au pire des hypocrites qui font vertu de l\u2019aveuglement volontaire.Le règne des libéraux est celui de la corruption.Celui du banditisme pratiqué par certains pour faire main basse sur les ressources provinciales, très certainement \u2013 et l\u2019actualité ne manquera pas d\u2019élargir la galerie de personnages.Les voyous encravatés et les matrones en tailleur marine vont bientôt trouver place dans notre roman provincial.Mais cette corruption-là, ce brigandage ne sont pas les plus odieuses manifestations de ce qui arrive à ce gouvernement et, à travers lui, à notre vie nationale.C\u2019est la corruption de l\u2019esprit, le dévoiement des institutions, le salissage des valeurs qui devraient charpenter les débats publics, c\u2019est cette corruption-là qui est la plus grave.Que ce gouvernement se comporte comme une clique qui s\u2019est emparée de l\u2019État est certes désolant, mais ce n\u2019est pas le plus grave de ce que l\u2019Histoire retiendra contre lui et ses artisans.De Charest à Couillard, de suiveux en opportunistes, ce que cette engeance est en train de faire est tragique et répugnant : ils sont en train de dégoûter les Québécois du Québec et de ses institutions fondamentales.Le succès de leur affairisme ne durera pas toujours, mais il risque de laisser des traces durables, de véritables stigmates. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Le règne libéral est en passe de tourner à la promotion et la pratique de l\u2019anomie globale, au brouillage voire à la destruction de tout l\u2019ordre symbolique indispensable au respect de soi et à la confiance requise pour se donner un avenir.Sa politique ne produit que mépris et autodénigrement, prolongeant et servant bien en cela la politique d\u2019oblitération que pratique sans vergogne un gouvernement fédéral plus déterminé que jamais à en finir une fois pour toutes avec sa province récalcitrante.Les scandales de corruption ne sont pas d\u2019abord des problèmes d\u2019éthique et de gouvernance.Ce sont les manifestations d\u2019une nécrose du politique.Une nécrose que les partis d\u2019opposition ne parviennent guère à nommer et encore moins à combattre.Enferrés dans des luttes clientélistes aussi féroces que stériles, ils ne produisent pas une élite de remplacement.Ils sont incapables de la hauteur de vue et de l\u2019élévation d\u2019esprit pour se porter à la hauteur des moyens qu\u2019il faudrait prendre pour combattre ce mal qui pourrait bien nous être fatal.Les partis d\u2019opposition sont devenus folkloriques.La politique provinciale dans laquelle ils pataugent ne sera jamais plus qu\u2019un accélérant de la décomposition qu\u2019inflige au Québec la nécrose libérale.Ce n\u2019est pas de convergence et d\u2019alliances tactiques dont le Québec a besoin, c\u2019est d\u2019unité de la nation pour contrer les maîtres chanteurs et le délabrement institutionnel.L\u2019électoralisme va tuer le politique.C\u2019est cela la régression nationale.Aurons-nous trimé pendant quatre siècles pour finir ainsi dans les ambitions médiocres des pilleurs d\u2019héritage ?q Le numéro du centenaire de L\u2019Action nationale aura été et demeure un temps fort de l\u2019aventure intellectuelle particulière que constitue le travail de cette revue dans la culture québécoise.Un travail de symbiose exceptionnel.232 pages, format 8 po X 10 po, couleurs 20 $ taxes et expédition comprises Achat à la boutique internet, par la poste, au téléphone coordonnées page 144 Campagne de inancement du centenaire don à partir du site internet de L\u2019Action nationale action-nationale.qc.ca don au téléphone avec votre carte de crédit VISA ou MasterCard 514 845-8533 ou sans frais 1 866 845-8533 Compatriotes, ami(e)s du Québec, 2017 marque le centenaire de la revue L\u2019Action nationale.Fondée par de fervents nationalistes qui voulaient orienter l\u2019action collective par la pensée, la revue a été de tous les combats pour défendre la nation.Elle s\u2019est également voulue un laboratoire d\u2019idées, un lieu de débat et de réflexion proposant chaque mois à ses lecteurs des enquêtes approfondies sur les enjeux et les maux de notre vie nationale.Revue libre au service de la liberté du peuple québécois, L\u2019Action nationale s\u2019est développée sans soutien gouvernemental.Notre revue a survécu grâce au bénévolat de ses collaborateurs et à la générosité de ses donateurs.Pour assurer son avenir, nous voulons profiter de cette année du centenaire pour faire appel encore une fois à votre générosité.Vos dons iront grossir le capital de la Fondation Esdras-Minville et permettront à la revue de publier, mois après mois, des analyses éclairantes sur notre destin national.Vos contributions assureront la pérennité d\u2019une institution intellectuelle indispensable au combat national.Il faut des moyens pour accroître la force des idées.Il faut une pensée forte pour bâtir une nation forte.En soutenant L\u2019Action nationale, vous contribuez à donner puissance et élan à notre peuple.Bernard Landry Ancien premier ministre Président de la campagne de financement du centenaire de L\u2019Action nationale www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Fondaction est une institution ?nancière québécoise innovante.Par la collecte d\u2019épargne-retraite et l\u2019investissement dans les entreprises d\u2019ici, Fondaction participe à la création d\u2019une économie plus performante, plus équitable et plus verte.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 11 Articles Denis Monière* France : une élection de réalignement ?Le premier tour des élections présidentielles françaises a révélé des changements majeurs dans les comportements électoraux.Plusieurs phénomènes inédits se sont produits : renoncement du président sortant à la candidature, surprises des primaires au Parti socialiste et au parti Les Républicains où les candidats attendus furent défaits, quatre candidats qui arrivent dans le peloton de tête avec des écarts inférieurs à la marge d\u2019erreur dans les sondages, montée spectaculaire d\u2019un candidat radical, Jean-Luc Mélenchon, de même que celle d\u2019un candidat voué aux gémonies par les médias, Fillon, taux d\u2019abstention plus élevé qu\u2019en 2012 malgré l\u2019intensité de la campagne.Ces phénomènes indiquent qu\u2019on assiste à un déplacement des lignes de clivages politiques et à un réalignement des forces politiques.Il faut aussi remarquer que 45% de l\u2019électorat a voté pour deux candidats sans parti : Mélenchon 19,5% et Macron 24% ce qui dénote une désaffection profonde envers les partis traditionnels.Comme on le dit en France, l\u2019élection du deuxième tour est pliée, c\u2019est à dire que l\u2019élection de Macron est prévisible.Les élites se coaliseront dans ce qu\u2019on appelle un front républicain pour battre la candidate du Front national comme elles *  Politologue www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Fondaction est une institution ?nancière québécoise innovante.Par la collecte d\u2019épargne-retraite et l\u2019investissement dans les entreprises d\u2019ici, Fondaction participe à la création d\u2019une économie plus performante, plus équitable et plus verte.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 12 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 l\u2019ont fait en 2002.La campagne du deuxième tour marginalisera la gauche traditionnelle et mettra en opposition les tenants de la mondialisation et les partisans de l\u2019intérêt national.Le Front national même s\u2019il est défait imposera son agenda et fera porter le débat sur ses thèmes de prédilection : l\u2019emploi au pays, l\u2019identité, la sécurité.Qu\u2019un tiers des électeurs votent pour Marine Le Pen après la campagne de diabolisation dont elle sera l\u2019objet sera une victoire pour le Front national.Les effets de ce réalignement se manifesteront au troisième tour, soit lors des élections législatives.Pour gouverner en France, il ne suffit pas d\u2019être élu président de la république, encore faut-il pouvoir compter sur l\u2019appui d\u2019une majorité parlementaire.Un président élu sans le soutien d\u2019une majorité parlementaire risque d\u2019être un président potiche comme on l\u2019a vu en 1997 lorsque J.Chirac déclencha une élection législative anticipée qui donna la majorité au Parti socialiste.Chirac se retrouva impuissant et fut obligé de donner le pouvoir au premier ministre Jospin qui disposait d\u2019une majorité parlementaire.Le même cas de figure risque de se reproduire en juin prochain.L\u2019élection d\u2019un président sans parti est une première dans l\u2019histoire de la Ve république et cette situation rendra pratiquement impossible l\u2019élection d\u2019une majorité présidentielle.Macron tentera certes de faire des alliances avant l\u2019élection, il pourra même tenter de rallier des fractions de la gauche et de la droite dans un nouveau parti centriste, mais cette opération de replâtrage sera bancale parce qu\u2019il est peu probable que les appareils des partis traditionnels se laissent évacuer du jeu politique d\u2019autant plus qu\u2019organiser un nouveau parti en quelques semaines est un défi périlleux.Pour réaliser cette opération, il voudra s\u2019appuyer sur les partis centristes, mais ceux-ci sont marginaux dans la 13 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 politique française, ils ont toujours fait les frais de la polarisation entre la droite et la gauche.Il voudra rallier des élus socialistes paniqués devant la déconfiture du PS.Mais ces rescapés ne seront pas suffisants pour lui assurer une majorité à moins que le PS décide de se faire harakiri.Il pourra aussi se tourner vers la droite et tenter de récupérer les partisans d\u2019Alain Juppé, mais encore là, la collaboration du parti Les Républicains ne lui laissera pas les mains libres, il devra faire des concessions qui l\u2019éloigneront des socialistes qu\u2019il pourrait amadouer.Et puis, Les Républicains ne lui feront pas de cadeaux et voudront exercer le pouvoir.Macron sera à la merci de partis qu\u2019il ne contrôle pas et devra jongler avec un trop grand nombre de contradictions pour faire une politique cohérente.Dans ce tableau de l\u2019incertitude, il faut aussi faire entrer le Front national qui, fort d\u2019un appui de 30 à 40% donné à Marine Le Pen au second tour, pourra faire une percée significative aux législatives et disposer d\u2019une minorité de blocage.Le Front national qui a toujours été marginalisé dans les institutions politiques françaises sera en position de tirer profit de la performance de Marine Le Pen et de faire élire un nombre significatif de députés.Le FN deviendra un acteur politique de premier plan et ne pourra plus être mis au ban de la vie politique.Il bonifiera sa crédibilité et occupera l\u2019espace public ce qui polarisera encore plus les débats politiques.Autre inconnue, comment les électeurs de Mélenchon se positionneront-ils aux législatives ?Eux aussi sont orphelins de parti et ils n\u2019ont aucun attrait pour des candidats mondialistes et néolibéraux.Il est pour le moins symptomatique que Mélenchon n\u2019ait pas donné de consignes de vote à son électorat qu\u2019il sait hétéroclite.Une partie de cette clientèle a des affinités sociologiques et idéologiques avec l\u2019extrême- 14 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 droite et pourrait grossir les rangs du Front national.L\u2019autre partie s\u2019abstiendra ou se dispersera dans des petits partis sans poids électoral à moins que Mélenchon ne lance un nouveau parti, mais, à si brève échéance, une nouvelle organisation n\u2019aura pas les ressources financières pour faire une campagne productive.Chose certaine, la droite dominera l\u2019Assemblée nationale et fera la politique de la France.Elle devra tenir compte d\u2019une nouvelle configuration de la politique française où l\u2019extrême-droite deviendra un acteur parlementaire non négligeable.Cette recomposition des forces politiques rendra la politique française instable et imprévisible.Le Front national pourrait se retrouver dans la même position que le Parti communiste dans les années soixante qui avec 20% des votes faisait élire une quarantaine de députés.Le PC exerçait alors une fonction tribunitienne, c\u2019est-à-dire qu\u2019il canalisait le mécontentement des classes populaires, faisait valoir leurs revendications et par son opposition radicale forçait les élites politiques gaullistes à adopter des politiques favorables à la classe qui l\u2019appuyait.Tout parti antisystème qui participe à la vie parlementaire, en dépit de ses prétentions radicales, exerce en réalité une fonction d\u2019intégration même lorsqu\u2019il est cantonné dans l\u2019opposition.À moyen terme, tel pourrait être le destin du Front national.q 15 Articles Simon-Pierre Savard-Tremblay* Libre-échange : retour sur une grande confusion langagière Le verdict est impitoyable : une « révolte populiste » gronde en occident.Et ceux qui détiennent des positions hégémoniques dans l\u2019espace public hésitent constamment entre s\u2019en moquer, l\u2019ignorer ou l\u2019accuser d\u2019accointances sataniques.Il est totalement impensable, pour les thuriféraires du système, de percevoir dans les « attentats électoraux » qui se succèdent des manifestations d\u2019une colère qui soit, au fond, légitime.Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, écrivait Bossuet.Il leur est impossible de seulement même envisager que le malaise populaire puisse être fondé.Il leur est impensable d\u2019effleurer l\u2019idée qu\u2019il puisse y avoir des racines profondes dans cette expression, dans la nonviolence, du désespoir.La classe politique et médiatique était entièrement fermée à réfléchir aux questions soulevées, comme si c\u2019était justement incompatible avec le fait de démolir les mauvaises réponses des mouvements dits « populistes ».Et ils s\u2019étonnent quand Donald Trump remporte la présidence\u2026 Si le système politique craque, c\u2019est qu\u2019il s\u2019est lui-même condamné à l\u2019impuissance au nom d\u2019un principe érigé en religion officielle : le libre-échange.Ses bénéfices sont présentés comme étant incontestables et le fait qu\u2019il consti- * Doctorant en sociologie, président de Génération nationale 16 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 tue le seul avenir envisageable est indiscutable.Si jadis d\u2019importants penseurs y ont consacré de nombreux efforts théoriques et empiriques afin d\u2019en asseoir les fondements, si les instances supranationales ont eu dans les années 90 à le défendre avec une grande imagination par des statistiques plutôt tirées par les cheveux, le dogme qu\u2019il représente est aujourd\u2019hui si dominant qu\u2019on ne se donnera plus la peine d\u2019en débattre.Le simple fait de remettre en question un accord de libre-échange en particulier, sans en contester le principe en lui-même, mènera à une accusation de rejet de l\u2019ouverture et du progrès.*** Nous avons pu en avoir d\u2019éloquents témoignages lors de l\u2019épisode de l\u2019Accord économique et commercial global (AÉCG).La saga « la classe politique fait tout pour empêcher le débat d\u2019avoir lieu » n\u2019était pas en reste, alors que les épisodes burlesques ne cessaient de se succéder.Tout d\u2019abord, ce furent les négociations dans le secret le plus total.Ensuite, le « représentant » du Québec, Pierre- Marc Johnson, a comparé les adversaires au libre-échange aux climatosceptiques et aux défenseurs de la cigarette1.Ce même Johnson a ensuite rejeté du revers de la main une étude de l\u2019Université Tufts2 \u2013 dont la principale force est de déconstruire habilement les méthodologies employées par les gouvernements \u2013 démontrant que cet accord allait entraîner une baisse substantielle des recettes fiscales des États, 1 Charles Lecavalier, « Johnson s\u2019en prend aux opposants du libre- échange », Le Journal de Montréal, 13 juillet 2016.2 Pierre Köhler et Servaas Storm, L\u2019AECG sans œillères, Comment couper les « coûts du commerce et davantage encore » causera du chômage, des inégalités et des pertes économiques, Global Development and Environment Institute, Université Tufts, septembre 2016. 17 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 une augmentation des inégalités et une destruction programmée du secteur public.La réponse de Johnson ?Le but de l\u2019accord n\u2019est pas de régler les problèmes sociaux, mais de favoriser le commerce entre les pays3.On le remercie pour son honnêteté pour la première partie de sa déclaration, qui est l\u2019évidence même.La seconde partie, sur l\u2019amélioration du commerce entre les pays, est plus discutable, comme on le verra un peu plus loin.Le 11 octobre 2016, les autorités « compétentes » canadiennes annonçaient que le militant et député européen José Bové4 allait finalement être expulsé du Canada après avoir été bloqué pendant plusieurs heures aux douanes.De quoi venait nous parler Bové ?De l\u2019AÉCG.Les autorités, pourtant d\u2019habitude si obsédées par la libre circulation des marchandises, des capitaux et des personnes, s\u2019empressèrent donc de redécouvrir les « bienfaits » du contrôle des frontières dès lors qu\u2019il s\u2019agissait de protéger leurs dogmes et intérêts.Finalement, dès le lendemain, on apprenait que Bové allait pouvoir rester, un fiasco diplomatique pour le gouvernement Trudeau.Et que dire des effets politiques : loin de museler Bové, Ottawa lui a plutôt offert un splendide cadeau en matière d\u2019attention médiatique.On pouvait somme toute croire que l\u2019épisode Bové était venu clore cette série de faux pas.Erreur ! Et il n\u2019y a pas que les Québécois qui se voyaient le dindon de la farce.Les Belges aussi avaient l\u2019impression qu\u2019on se payait littéralement leur tête.Il y a quelques jours, David Lametti, secrétaire par- 3 Agence QMI, « Libre-échange Canada-Europe : \u201cplein d\u2019avantages\u201d, selon Pierre-Marc Johnson », Le Journal de Montréal, 20 septembre 2016.4 Je me permettrai de renvoyer le lecteur vers la petite entrevue que j\u2019ai réalisée avec lui sur mon blogue : Simon-Pierre Savard-Tremblay, « AÉCG, OGM, mondialisation.Entrevue avec José Bové », Blogue du Journal de Montréal, 11 octobre 2016. 18 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 lementaire de la ministre Chrystia Freeland, a déclaré au parlement wallon : « vous pouvez certainement passer des lois, mais dans certains cas vous devrez payer pour les faire appliquer.» Jane Murphy, vice-présidente de la Chambre de commerce Canada-Belgique-Luxembourg, un lobby de firmes transnationales, déclarait quant à elle qu\u2019elle ne comprenait pas les délégations frileuses à l\u2019endroit du traité, cherchant aussi à les rassurer sur le fait qu\u2019il n\u2019y aurait pas d\u2019invasion d\u2019ours et de sirop d\u2019érable5.Heureusement que nos brillantissimes « élites » sont là pour couper court à des phobies populaires aussi irrationnelles.Mais ce n\u2019est pas tout.En mai 2016, réagissant au rejet de l\u2019AÉCG par la Wallonie, Johnson y était allé d\u2019un tonitruant « Et puis quoi, on va faire du feu pour danser tout nus autour la nuit6 ?».En somme, l\u2019AÉCG est, pour nos « élites », une histoire de cachotteries et de moqueries lorsque les peuples ont le malheur de poser des questions.Pourquoi, d\u2019ailleurs, remettre en question la Vérité avec un grand V ?Après tout, le ministre des Finances du Québec, l\u2019ancien banquier Carlos Leitao, l\u2019a dit avec une clarté lumineuse : « le libre-échange est toujours positif7 ».Toujours.Fin de la discussion.Démocratie, vous dites ?Mais le dépassement de la démocratie serait incomplet si le vocabulaire n\u2019était pas frauduleusement manipulé.Le régime a toujours besoin de sa novlangue.*** 5 RTL Info, émission « C\u2019est pas tous les jours dimanche » le 16 octobre 2016.6 Sandro Faes, « La Wallonie contre l\u2019accord UE-Canada : \u201cEt puis quoi, on va faire du feu pour danser tous nus autour ?\u201d », RTBF, 3 mai 2016.7 « \u201cLe libre-échange est toujours positif\u201d, dit Carlos Leitao au sujet du PTP », Radio-Canada, 5 octobre 2015. 19 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Parmi ces sorties, pour le moins hasardeuses, parlons de cette missive que le gouvernement Couillard a fait parvenir à la Wallonie, implorant son gouvernement d\u2019ignorer le vote de son parlement et de renoncer à ses demandes : L\u2019AECG est un accord progressiste et moderne sans pré- cédent, qui sera au bénéfice des travailleurs et des entrepreneurs des deux côtés de l\u2019océan Atlantique.Nous souhaitons que les autorités wallonnes saisissent la main tendue par leurs partenaires dans le but d\u2019arriver à un consensus favorable à la prospérité de nos économies.Car c\u2019est bien de prospérité qu\u2019il s\u2019agit.L\u2019ouverture des marchés crée de l\u2019emploi.La fermeture a l\u2019effet inverse, en plus de toucher davantage les personnes les plus défavorisées.C\u2019est pourquoi, au nom de la fructueuse amitié qui nous lie aux francophones de Belgique depuis plus de 40 ans, le Québec demande que nous fassions ensemble le choix de l\u2019ouverture et de la confiance8.L\u2019intérêt de citer cet exercice épistolaire est de se pencher sur le vocable employé, qui est très loin d\u2019être anodin.Il est même plutôt sciemment sélectionné pour servir les intérêts de la caste dominante et, en fin de compte, offrir des contresens et des doubles sens en guise de Saintes Paroles.Les formulations, versant dans un politiquement correct aussi caricatural qu\u2019imbuvable, ont pour but de créer l\u2019adéquation entre « ouverture » et « bien », entre « fermeture » et « mal », et entre « Accord économique et commercial global » et « ouverture ».Donc, si vous suivez bien : l\u2019AÉCG est un accord de libre-échange, le libre-échange c\u2019est l\u2019ouverture, l\u2019ouverture c\u2019est le contraire de la fermeture, donc c\u2019est le bien.Outre le fait que le dogme de l\u2019ouverture à tous crins est un peu risible en soi, il importe de bien distinguer les mots qui sont ici amalgamés.8 « Le gouvernement québécois demande à la Wallonie d\u2019autoriser la signature du CETA », RTBF, 16 octobre 2016. 20 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Ouverture au commerce signifie, comme les termes l\u2019indiquent, qu\u2019un pays est ouvert au commerce avec l\u2019étranger.La logique est simple : lorsqu\u2019un pays n\u2019est pas en mesure de produire un certain bien, il l\u2019achète à l\u2019étranger.À l\u2019inverse, s\u2019il est particulièrement performant dans un secteur de production donné, il s\u2019enrichit en l\u2019exportant.Il n\u2019y a presque que des avantages : non seulement un pays peut combler ses différents manques, mais il accède à des marchés extérieurs, crée des emplois et fait croître ses entreprises.On peut bien entendu débattre du caractère indispensable de l\u2019ouverture au commerce (l\u2019économiste Paul Krugman, par exemple, calcule que la part des économies nationales consacrée au commerce international est négligeable), mais les effets sont généralement bénéfiques lorsque les décisions commerciales sont prises correctement.Or, le libre-échange n\u2019est pas synonyme de cette ouverture au commerce, pas plus qu\u2019il n\u2019est un concept intemporel.Un accord de libre-échange de première génération vise l\u2019abaissement des droits de douane et le laisser-faire, c\u2019est-à- dire que les restrictions soient les plus faibles possible sur l\u2019entrée des produits étrangers.Seules les marchandises en font partie.Le General Agreement on Tarifs and Trade (GATT), ancêtre de l\u2019Organisation mondiale du commerce, en était un.Un accord de libre-échange de seconde génération touche quant à lui, outre les marchandises, la libre circulation des services, les investissements, les marchés publics et la propriété intellectuelle.L\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) en était un.Concernant les marchés publics, un Accord plurilatéral sur les marchés publics (AMP) existe, et, au moment de rédiger ces lignes, un Accord sur le commerce des services (ACS) est en négociation, discuté dans l\u2019opacité la plus totale.Selon les informations rendues disponibles par 21 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 WikiLeaks9, les services publics sont appelés à être convertis à une logique de marché, tournant le dos à leur fonction de distribution universelle10.De plus, les professions réglementées et regroupées en ordres, comme celle des médecins, des pharmaciens, des comptables ou des avocats, seront considérées comme des fournisseurs de services encadrés par les lois du commerce.Au diable l\u2019esprit du code de déontologie de ces professions.Quant à l\u2019AÉCG, il est le premier accord forçant l\u2019ouverture des contrats d\u2019Hydro-Québec, un fleuron généralement considéré comme intouchable.Les contrats « stratégiques » fièrement protégés représentent environ la moitié de ceux qui sont octroyés par Hydro-Québec11.Or, si le verre est à moitié plein, il est aussi à moitié vide : l\u2019AÉCG pourrait donc s\u2019appliquer à tous les autres types d\u2019achats, dont les investissements valant plusieurs milliards de dollars par année.Le gouvernement du Québec ne pourra plus procéder de manière à favoriser nos entreprises locales, qui payent pourtant des impôts pour financer l\u2019État et ses sociétés.9 « Press Release - Secret Trade in Services Agreement (TISA) - Financial Services Annex 2014-06-19 », Wikileaks, 19 juin 2014.10 Scott Sinclair et Hadrian Mertins-Kirkwood, « Rapport spécial de la PSI : L\u2019Accord sur le commerce des services (ACS) et l\u2019agenda corporatiste.L\u2019ACS contre les services publics.», Public Services International, 28 avril 2014.11 Dans l\u2019AÉCG, le Québec a consenti à ouvrir l\u2019octroi des contrats publics à la concurrence, qu\u2019il s\u2019agisse des ministères, des organismes gouvernementaux, des municipalités ou des sociétés d\u2019État.Jusqu\u2019en 2011, seuls les marchés publics fédéraux y étaient astreints.En 2011, alors que les négociations concernant l\u2019AÉCG avaient commencé, l\u2019Accord plurilatéral sur les marchés publics a été renégocié à l\u2019OMC pour que les provinces et municipalités ouvrent également leurs processus d\u2019appels d\u2019offres à la concurrence.Le Canada semble donc s\u2019être alors préparé spécifiquement à l\u2019AÉCG en en appliquant certains pans, bien avant sa signature.Le Québec et l\u2019Ontario ont aussi conclu une entente en 2015 pour le faire conjointement, à un même rythme, en vue de se conformer à une AÉCG dont l\u2019entrée en vigueur était alors très loin d\u2019être certaine.Saine prévention, excès de zèle, ou politique du fait accompli ?J\u2019opterais pour la troisième option.Malgré cela, le Québec refusait, de 2011 à aujourd\u2019hui, de procéder ainsi pour Hydro- Québec de par l\u2019importance névralgique de la société d\u2019État. 22 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Un accord de libre-échange de troisième génération va encore plus loin dans son champ d\u2019application.Bien loin d\u2019alléger les charges réglementaires, comme c\u2019est ce qui est pourtant prétendu, ces traités versent plutôt dans la surenchère réglementaire.Ces accords sont généralement extrêmement volumineux, faisant des milliers de pages.On y intègre des domaines aussi précis que les enjeux environnementaux ou les normes du travail.Ils visent une transformation en profondeur de la vie interne des États pour tendre vers une uniformisation de leurs lois.Feu le Partenariat transpacifique (PTP), de 6000 pages, était un traité de ce genre, couvrant des domaines allant de l\u2019agriculture aux brevets pharmaceutiques (copiant la formule américaine qui sert les grandes entreprises) en passant par la propriété intellectuelle (nuisible pour les bibliothèques et favorisant la censure sur internet).Bien entendu, ces accords surviennent alors que les droits de douane sont déjà quasi inexistants.Il ne s\u2019agit donc plus, à proprement parler, de simple commerce entre les pays.« [It] is bout many things, but free trade ?Not so much12 », affirmait le grand économiste Joseph Stiglitz.*** Nous nous permettrons ici un détour par un exemple concret afin d\u2019illustrer l\u2019abus de vocabulaire entourant un « libre-échange » qui n\u2019en est pas vraiment un.Le bois d\u2019œuvre défraie la chronique depuis des décennies sans que les non-initiés ne sachent totalement de quoi il s\u2019agit.12 Blayne Haggart, \u201cTPP is about many things, but free trade?Not so much\u201d, The Globe and Mail, 9 novembre 2015. 23 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Le bois d\u2019œuvre est, grosso modo, un des éléments principaux de la guerre commerciale qui a présentement lieu en Amérique du Nord.Et non, la question n\u2019est pas liée à l\u2019arrivée de Donald Trump dont la stratégie est encore largement méconnue parce que probablement encore indéfinie.Aux États-Unis, une bonne partie des forêts est privée.Ce n\u2019est pas le cas du Québec, où la très grande majorité des forêts est publique.Ne serait-ce que pour cette raison, les soupçons de « subventions cachées », interdites par le libre-échange, étaient présents chez les Américains.Et ces soupçons n\u2019étaient pas totalement infondés puisqu\u2019il est vrai que l\u2019État québécois offrait aux compagnies forestières des espaces de coupe sans exigences de reboisement, ce que Richard Desjardins dénonçait dans son film L\u2019erreur boréale.Pour les Américains, l\u2019équation était fort simple : ces subventions publiques cachées étaient la cause du prix extrêmement faible du bois qui entrait aux États-Unis.Qui dit bois étranger à prix modique dit aussi difficulté pour les entreprises américaines à y faire face.Pour compenser, les États- Unis ont, à plusieurs reprises, établi des droits de douane assez costauds sur l\u2019entrée du bois canadien.À six reprises, l\u2019imposition de ces tarifs a été condamnée par les tribunaux.En 2006, les producteurs québécois demandèrent au gouvernement canadien un prêt pour compenser les pertes financières causées par les tarifs douaniers américains.Le gouvernement de Stephen Harper refusa.Les compagnies québécoises firent presque faillite et l\u2019industrie du bois d\u2019œuvre passa de 84 000 emplois à 60 000.Finalement, une entente eut lieu, établissant des tarifs moindres, ainsi que des quotas.Cette entente était à l\u2019avantage de la Colombie-Britannique et non du Québec.La Colombie- Britannique avait les moyens de supporter des quotas et des 24 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 tarifs modérés, puisque ses coûts de production étaient plus faibles qu\u2019ici.Mais ladite entente est venue à échéance en octobre dernier, annonçant un retour des tarifs douaniers américains.Sachant qu\u2019ils risquent de perdre encore une fois devant les tribunaux, les États-Unis font probablement le pari de ruiner autant que possible les industries forestières canadiennes avant d\u2019en subir le verdict.Le portrait ne serait pas complet si nous ne faisions pas un retour en 2013.La politique québécoise a alors été changée pour se conformer davantage aux exigences du libre-échange.C\u2019est un système de mise aux enchères qui a été mis en place.Le quart des droits de coupe était mis aux enchères, déterminant le prix des trois autres quarts.Le prix du bois québécois a alors bondi de 10 pour cent.Pour dépolitiser la question des coupes, on a créé le poste de forestier en chef chargé de déterminer la quantité pouvant être récoltée.Le prix du bois québécois étant désormais « fixé par le marché », les États-Unis ne devraient donc pas s\u2019en faire.Le problème, c\u2019est que le Canada refuse de négocier une condition spéciale pour le bois québécois dans l\u2019Accord de libre- échange nord-américain (ALÉNA), ne voulant pas porter ombrage à la Colombie-Britannique, où le bois pousse plus vite.Pourtant, le Québec s\u2019est doté d\u2019un régime particulier.Ottawa refuse aussi, par ailleurs, d\u2019offrir des garanties de prêt à l\u2019industrie du bois d\u2019œuvre pour éviter la catastrophe.C\u2019est plutôt Québec qui accepte de donner 300 millions de dollars, une somme par ailleurs insuffisante, pour pallier le manque de volonté d\u2019Ottawa.Ce que l\u2019exemple du bois d\u2019œuvre démontre, outre les faiblesses politiques des uns et des autres, c\u2019est que le « libre- échange » peut servir de prétexte à une guerre commerciale 25 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 larvée entre les pays, même si l\u2019idéologie libre-échangiste postule que l\u2019État est expiré.Il nous montre que la référence au « libre-échange » peut au contraire servir un contournement de celui-ci.*** Revenons maintenant à la question des générations de libre-échange.Si la sphère de ce qui peut être considéré comme une marchandise ne cesse de s\u2019élargir, il en va de même pour ce qui est du mot « protectionnisme ».Celui-ci est devenu un véritable point Godwin, synonyme de fermeture et d\u2019incompréhension dont la définition a depuis longtemps outrepassé la seule question des tarifs douaniers.Parmi les clauses les plus importantes de l\u2019Organisation mondiale du commerce figurent celle dite du « traitement national », faisant que les produits étrangers soient traités de la même manière que les locaux par les États, de même que celle de la « nation la plus favorisée », interdisant toute discrimination commerciale entre les partenaires.Je vois pour ma part certaines taxes douanières, modulables selon les coûts sociaux et écologiques des marchandises, comme un élément important de la nécessaire démondialisation qui marquera le modèle de coopération et commerce de demain.Vous estimez qu\u2019il faut soutenir nos produits locaux ?C\u2019est du protectionnisme.Il semblerait utile de mettre en place des normes sanitaires spécifiques pour les produits importés ?Toujours du protectionnisme.Si tout, ou presque, doit devenir marchandise, toute mesure tentant de freiner cette tendance est appelée à être classée comme protectionniste.Le protectionnisme a le dos très large.Et il est avantageux pour les partisans du présent régime de présenter le débat sur le libre-échange comme une résurgence du protection- 26 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 nisme tant honni.Pourtant, alors que les droits de douane sont déjà extrêmement bas, voire inexistants dans plusieurs domaines, et que les plus récents accords ne portent plus là-dessus, il est tentant d\u2019y voir une déviation de la vraie question.L\u2019enjeu fondamental n\u2019oppose, de fait, pas tant le « protectionnisme » à l\u2019« ouverture commerciale » que la survie du contrôle démocratique sur cette dernière.Le lecteur remarquera que nous ne discuterons pas, dans cet essai, des effets économiques du commerce mondial sur les populations touchées.Ces retombées seraient-elles hautement bénéfiques \u2013 et elles le sont à plusieurs égards \u2013 que cela passerait toujours à côté de la question fondamentale du libre-échange, qui est celle du régime post-démocratique qu\u2019il porte.La question du libre-échange a donc dépassé depuis longtemps la seule question de la levée des barrières sur certaines marchandises.Le vrai enjeu, c\u2019est celui du rapport entre l\u2019économique et le politique et du bouleversement de l\u2019équilibre tel qu\u2019il avait été défini auparavant.On constate dès lors une chose : de génération en génération, le « libre- échange » a évolué pour couvrir toujours un nombre perpétuellement croissant de domaines.La sphère de ce qui est commercialisable est de plus en plus étendue, si bien qu\u2019on ignore jusqu\u2019où la logique sera poussée.Pour que le capital puisse pleinement se déployer et être entièrement mobile, pour qu\u2019il puisse circuler d\u2019un territoire à l\u2019autre sur une carte mondiale traitée comme une base à investissements, il ne suffit donc plus d\u2019amoindrir les restrictions frontalières, pas plus que de stimuler le commerce entre les pays.Il s\u2019agit plutôt d\u2019imposer une politique officielle commune à tous les États.On ne peut donc plus parler de commerce entre les pays, mais de commercialisation totale des pays, transcendant ces derniers tout en leur assignant un rôle actif de soutien à la marchandisation. 27 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Les instances supranationales sont très productives en matière de postulats et de recettes à appliquer.Outre la promotion de leurs normes, elles ont aussi un certain nombre d\u2019instruments disciplinaires pour les imposer.Le Fonds monétaire international (FMI), par exemple, module son aide financière aux pays pauvres en fonction de leur niveau de soumission aux dogmes officiels de la mondialisation.Le libre-échange, dans tout cela, a une fonction très précise et vitale, celle de fournir le volet réglementaire, mettant en place un appareil de contraintes.*** Un peu d\u2019histoire s\u2019impose.Transportons-nous au début du XXe siècle, alors que nous assistions à une véritable mondialisation qui se terminera avec la Première Guerre mondiale.Les prix intérieurs étaient déterminés par les cours mondiaux.Cette mondialisation, qui ne sera égalée que près d\u2019un siècle plus tard, était favorisée par la baisse du coût des transports et se traduisait par une forte augmentation des migrations internationales.La Grande-Bretagne, alors première puissance mondiale, contrôlait les mers.Malgré le protectionnisme de l\u2019époque, le commerce mondial était en croissance \u2013 ce qui n\u2019a pourtant pas empêché la Première Guerre mondiale \u2013 et la Grande-Bretagne avait signé depuis 1860 un traité de libre- échange (Cobden-Chevalier) avec la France.À l\u2019époque, les entreprises étaient surtout nationales.Le phénomène des multinationales n\u2019était pas très développé et sera surtout caractéristique de la mondialisation que nous vivons présentement.Il y en avait tout de même quelques- unes, surtout dans les pays agricoles ou producteurs de matières premières (Canada, Australie, Argentine, Nouvelle- Zélande, Afrique du Sud).On remarque immédiatement que ce sont surtout de possessions britanniques, les grandes compagnies ayant été au cœur du processus de colonisation. 28 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Cette mondialisation était le résultat de la révolution industrielle.La première révolution industrielle désigne la période historique qui s\u2019étend de la fin du XVIIIe siècle et sur tout le XIXe siècle.Elle est caractérisée par un changement considérable dans les techniques et les méthodes de production des biens matériels.La machine à vapeur de James Watt en est l\u2019invention la plus emblématique tout en en étant le déclencheur, utilisée comme moteur pour actionner des machines (en particulier dans l\u2019industrie textile et la métallurgie).On parle alors de capitalisme industriel pour qualifier cette nouvelle réalité où les usines ont remplacé les manufactures et les ateliers, débouchant tant sur une production massive d\u2019objets que sur l\u2019augmentation effrénée du nombre d\u2019ouvriers, aux conditions de vie misérables.Vers la fin du XIXe, une seconde révolution industrielle est survenue avec l\u2019essor de l\u2019électricité, inséparable de Thomas Edison.Le monde en fut bouleversé sur tous les plans.Dans l\u2019usine, l\u2019organisation du travail s\u2019est complexifiée.La logique de métier existait.Celui qui exerçait un métier avait bénéficié d\u2019un apprentissage et d\u2019une expérience spécifiques.Le métier accordait ainsi à ceux qui le pratiquaient d\u2019avoir une certaine autonomie par le contrôle que leur donnait leur spécialisation.Cela a été liquidé par le capitalisme industriel vers la fin du XIXe siècle.La division moderne du travail est advenue, réduisant l\u2019autonomie des travailleurs.On séparait ceux qui planifiaient et ceux qui exécutaient des tâches répétitives et aliénantes.Rien n\u2019illustre mieux cette phase du capitalisme que la fameuse chaîne de montage, dont le caractère aliénant et déshumanisant a été brillamment rendu à l\u2019écran par Charlie Chaplin dans Les Temps modernes13 en 1936.Le travailleur était alors un véritable 13 On signalera au passage la formidable symbolique de Charlot se faisant aspirer dans l\u2019engrenage de la machine, le travailleur étant lui- même une composante du fonctionnement machiniste de l\u2019entreprise. 29 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 automate, condamné aux travaux répétitifs à une cadence accélérée, dans le but de servir les besoins d\u2019une nouvelle société centrée sur la consommation.Le début du XXe siècle représente peut-être avant tout la naissance du capitalisme de consommation.La consommation, c\u2019est ce qu\u2019il reste après les dépenses de subsistance.Donc, après le loyer et l\u2019épicerie, la consommation représente ce choix entre acheter un disque des Beatles, économiser pour aller dans le Sud, s\u2019inscrire au gym ou aller au cinéma.Cette part des avoirs des ménages a été en hausse tout au long du XXe siècle.Pour répondre tant à cette nouvelle consommation érigée en système tout autant que pour la façonner, l\u2019obsolescence programmée14 a été pensée en 192515 \u2013 donc bien avant les téléphones intelligents que nous sommes tenus de remplacer sur une base annuelle \u2013 par le cartel des fabricants d\u2019ampoules électriques.La plus vieille ampoule du monde brille dans une caserne de pompiers de Livermore, en Californie depuis 1901.Pour les clients de Réno-Dépôt, c\u2019est impensable parce que la logique de l\u2019obsolescence programmée oblige les ingénieurs à faire en sorte que les ampoules ne durent que 1000 heures.Sachant que tel produit pourrait être véritablement durable, les concepteurs sont appelés à être intelligents et créatifs\u2026 pour qu\u2019il ne dure que quelques années (et encore !).Sabotage au service de l\u2019innovation ou innovation au service du sabotage ?Peut-être bien les deux à la fois.Qu\u2019importe.Pire encore, on sait que des technologies beaucoup plus durables, à performances égales, ont été refusées par les fabricants.Le cycle de ce système est limpide : les produits soi-disant essentiels sont à acheter, à 14 Je ne saurais trop recommander le percutant reportage Prêt à jeter, réalisé par Cosima Dannoritzer en 2010 et diffusé sur la chaîne Arte.15 1925 ne fait cependant pas l\u2019unanimité chez ceux qui se penchent sur la question.La Chevrolet 1923 est citée comme l\u2019un des premiers exemples, entraînant un carrossage annuel. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 jeter et à racheter fréquemment.Pour que la consommation soit continue, les objets achetés doivent tomber en panne sur une base régulière.Il est donc inscrit dans la logique même du système que vous deviez changer votre frigo aux sept ans, votre ordinateur aux deux ans, votre cellulaire chaque année, etc.Ajoutez à cela le profit pouvant être réalisé par les garanties \u2013 souvent renouvelables \u2013 qui sont offertes à l\u2019acheteur, de même que le marché de la vente d\u2019assurances pour les biens les plus coûteux.Le client peut bien entendu les refuser, mais seulement à ses risques et périls.Le rapport entre cette dynamique héritée du début XXe siècle et le libre-échange est double.Tout d\u2019abord, le libre-échange se présente comme la libération intégrale du consommateur16 à qui on vend chaque accord comme une victoire indéniable pour son portefeuille, assimilant sa liberté à son pouvoir de consommer.Le libre-échange permettrait donc de multiplier ces achats de produits rapidement périmés.On tente ainsi de séduire le consommateur à coups d\u2019images évocatrices, comme celui d\u2019une réduction du prix de la pinte de lait advenant la signature de traités qui entraîneraient l\u2019abolition du système de la gestion de l\u2019offre au Canada17.L\u2019ineffable Maxime Bernier parlait quant à lui de « libérer le lait de poule », en référence aux œufs, au lait et à la crème, tous encadrés par l\u2019État, qui composent ce succulent breuvage du temps des fêtes.16 Lors d\u2019un échange radiophonique musclé entre l\u2019auteur de cet essai et l\u2019animateur Éric Duhaime, ce dernier a affirmé que pour lui le citoyen équivalait au consommateur, et que le fait que les traités de libre- échange restreignent l\u2019« étatisme » était suffisant pour considérer que le « peuple » était gagnant malgré son absence totale de participation dans les différents processus de négociation et de signature.Loin d\u2019être anecdotique, cette pensée est de plus en plus répandue.17 La problématique est très bien expliquée dans : Simon Bégin, Yannick Patelli, Yan Turmine, Une crise agricole au Québec.Vers la fin des fermes laitières traditionnelles ?, VLB Éditeur, 2016. 31 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Plus qu\u2019un discours démagogique, il faut avant tout y voir une victoire de l\u2019imaginaire du court terme.Peu importe que l\u2019agriculture soit un domaine complexe qui n\u2019est pas à traiter à la légère (on parle tout de même de l\u2019alimentation des gens), que le système de la gestion de l\u2019offre a empêché bien des crises de surproduction en plus de protéger nos producteurs nationaux et que son abolition mènerait au monopole de transnationales qui finiraient, elles aussi, par augmenter les prix des produits laitiers.La gestion de l\u2019offre est un système qui touche les producteurs de volaille, d\u2019œufs et de lait.Depuis le début de la décennie 1970, divers mécanismes ont été mis en place pour que l\u2019offre puisse répondre à la demande des consommateurs.Il y a ainsi des quotas sur les importations, tout ce qui excède leur quantité prédéterminée étant soumis à un tarif très élevé.Le prix du lait est aussi fixé en fonction des coûts de production.L\u2019État définit également le niveau cible que la production canadienne peut atteindre.C\u2019est ce qu\u2019on appelle le quota de mise en marché : est alors déterminé l\u2019objectif à réaliser pour la production de lait dit de transformation.L\u2019objectif est modifié en fonction des fluctuations de la demande.La Commission canadienne du lait achète et vend le beurre et la poudre de lait écrémé à un prix fixé, ce dernier servant de base pour les provinces, qui choisissent les prix à payer pour la transformation en produits dérivés tels que le yogourt, le fromage, la crème glacée, etc.Il faut aussi noter que le lait québécois est d\u2019une grande qualité comparativement à celui produit par des vaches dopées aux hormones de croissance et traitées comme des machines à produire.La France a subi les soubresauts, en agriculture, d\u2019une obsession pour le divin marché.Pendant quarante ans, les pays membres de la construction européenne étaient soumis à la Politique agricole commune (PAC), une belle réussite 32 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 démontrant que l\u2019on peut collaborer entre nations indépendantes sans se marcher sur le pied.Il avait toutefois fallu que le général de Gaulle, alors à la tête de la France, se batte fortement, entre 1965 et 1966, contre les volontés de l\u2019Allemagne qui rêvait d\u2019une plus grande centralisation.Quoi qu\u2019il en soit, la PAC eut des résultats probants, impliquant un prix minimal de rachat au producteur.En cas de chute des prix, les instances communes achètent donc la production à ce prix garanti.La France a aussi adopté des mesures d\u2019encadrement et des quotas sur le lait.Cela ne vous rappelle rien ?Comme nous, les Français ont voulu éviter tout autant la concurrence déloyale que la surproduction.Comme ici, on comprenait que l\u2019agriculture n\u2019est pas un secteur à traiter à la légère et qu\u2019il nécessite un encadrement particulier.Mais, comme nous risquons de le vivre, la France et l\u2019Europe ont cédé aux sirènes des « lois du marché » qui seraient tellement plus avantageuses pour le consommateur.Or, l\u2019agriculture est le domaine où offre et demande sont les plus difficiles à équilibrer.Les ministres de l\u2019Agriculture des pays européens ont finalement supprimé le prix garanti.La France n\u2019a utilisé aucun droit de veto et s\u2019est laissée faire.Quel en est le résultat ?Les producteurs se sont fait traire comme des vaches.Ils ne peuvent vendre leur lait qu\u2019en acceptant de le livrer quotidiennement, sur plusieurs années, sans connaître à l\u2019avance le prix.Dans les faits, le prix d\u2019achat du lait couvre à peine le prix de la production.La rémunération des éleveurs est alors bien difficile, sans parler des nécessaires investissements dans l\u2019amélioration constante des installations.Il faut donc être une très grosse exploitation pour survivre dans ce contexte.Il ne serait pas surprenant que la France se mette bientôt à importer son lait dans des fermes européennes étrangères, conformément aux lois du marché, dans des pays \u2013 comme l\u2019Allemagne \u2013 où la ferme-usine est 33 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 extrêmement répandue.Ou elle devra elle-même se convertir à ce modèle, traitant les vaches comme des machines produisant du lait de piètre qualité et rompant avec l\u2019esprit gastronomique si ancré dans l\u2019âme française.Bien des terres seraient, le cas échéant, laissées à l\u2019abandon au profit de ces industries.Et que dire du risque de délocalisations vers l\u2019Europe de l\u2019Est, où l\u2019on travaille beaucoup plus comme des forcenés et pour moins cher ?Mais cela, le libre-échangisme contemporain n\u2019en a cure.L\u2019autre lien qui peut et qui doit être fait, c\u2019est celui qui relie la prolifération du modèle libre-échangiste à l\u2019expansion continuelle de la corporation au cours du XXe siècle18.Celle- ci en est venue à acquérir une très grande puissance tant sur le consommateur \u2013 du père Noël à la banlieue, on ne compte plus ses inventions transformant radicalement les collectivités \u2013 que sur les pouvoirs publics.À partir de la décennie 1970, sa structure changera pour ne plus être soumise aux volontés des patrons, mais bien à celles des actionnaires.Les fonds d\u2019investissement s\u2019y enrichiront, alors que la corporation deviendra le théâtre permanent de transactions et de spéculation.Plusieurs entreprises doivent aujourd\u2019hui une plus grande part de leurs profits à leurs actions financières qu\u2019à leurs activités productives.Les entreprises seront alors soumises, dans leur fonctionnement même, au seul objectif de la croissance illimitée.Le modèle de la transnationale19 s\u2019est alors propagé dans cette course à la taille et aux volumes de production les plus 18 Une synthèse remarquable : François L\u2019Italien, Béhémoth Capital.Genèse, développement et financiarisation de la grande corporation, Nota Bene, 2016.19 Ne préférons ce terme, renvoyant au fait de transcender les nations, à celui de « multinationale », impliquant qu\u2019une compagnie, au final, aurait plusieurs patries. 34 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 importants.Pour pouvoir produire en masse, la multiplication des marchés était nécessaire.Il ne sert à rien, par exemple, de produire un million de voitures par année pour un marché de 500 000 personnes.Riche et puissante, la corporation était alors devenue une nouvelle entité souveraine, dont l\u2019expansion passait nécessairement par son émancipation d\u2019une autre souveraineté, celle du politique.Cette dernière n\u2019est certainement pas parfaite, et son mode de représentation démocratique peut assurément être amélioré, mais elle demeure tout de même un modèle où le peuple a son mot à dire, aussi partiellement que ce puisse l\u2019être.L\u2019idéologie économique dominante postule le contraire, estimant que l\u2019État ne peut qu\u2019être outil des intérêts particuliers des uns au détriment des autres, tandis qu\u2019un marché intégralement libéré de toute entrave serait plutôt garant du bien commun.Que chacun assume ses intérêts égoïstes, non pas en les imposant à travers les pouvoirs publics, mais bien en laissant tout le monde libre de le faire \u2013 et tout le monde s\u2019enrichira20.Il faut éviter que les impôts soient trop élevés, que le Code du travail soit trop contraignant, que les normes environnementales et sanitaires empêchent de faire du profit.Bref, il faut que Monsanto puisse continuer à nous empoisonner et que Wal-Mart puisse mettre à pied des centaines d\u2019employés en toute impunité, si les calculs coût-bénéfice laissent entendre que c\u2019est là le choix optimal.C\u2019est là où le libre- échange a son importance, fournissant la loi supranationale contraignant les États à accepter les recettes néolibérales et constituant le cadre idéologique justifiant la mobilité totale du capital.En somme, si l\u2019objectif de la corporation est celui 20 Dans une telle optique, les cadres étroitement nationaux sont à démanteler.Les paradis fiscaux, dans cette mesure, ne sont donc pas des anomalies, mais des conséquences parfaitement logiques de l\u2019imaginaire d\u2019une richesse qui n\u2019a pas à s\u2019arrêter là où une frontière se dresse. 35 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 de l\u2019accumulation des profits, le capitalisme mondialisé est son système économique et social.Le libre-échange, dès lors, est le régime réglementaire nécessaire à ce système, inscrivant légalement l\u2019impossibilité de sa contestation.Nous y reviendrons dans un article futur.q Xavier Barsalou-Duval Député de Fierre-Boucher\u2014Les Patriotes \u2014Verchères 1625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québéc) J3X 1P7 Téléphone : 450 652-4432 Courriel : xavier barsaslou-duval@parl gé ca Gabriel Ste-Marie Député lédéral de Joliette Circonscription 436, rue St-Viateur Joliette (Québec) JéE 3B2 \\ » Tél.: 450 752-1940 Téléc.: 450 752-1719 Sans frais : L 800 265-1940 MICHEL BOUDRIAS Député de Terrebonne parole en mate cien$ combattants, de Défense ro onale, de Sécurité publia e et de Séqu té nationale Rud Le 37 Articles Lucia Ferretti* Jean-Marc Léger (1927-2011) Fin diplomate et indépendantiste radical Très tôt, Jean-Marc Léger choisit son combat.Contre un État fédéral toujours plus centralisateur, il veut l\u2019épanouissement de la nation canadienne- française puis québécoise.Il veut aussi limiter l\u2019hégémonie mondiale de la culture anglo-américaine, qui tend, selon lui, à réduire au folklore les autres manières de concevoir et d\u2019exprimer le monde.Le trésor à protéger et à promouvoir : la langue française.Et l\u2019arme ?L\u2019État.Léger veut un Québec indépendant ; il veut une organisation internationale d\u2019États francophones forte.De Canadien français à Québécois Né à Montréal dans une famille modeste et très nombreuse, Léger reçoit de son premier milieu une identité canadienne- française sans ambivalence ainsi qu\u2019un nationalisme teinté d\u2019un vif intérêt pour la chose publique.De 1938 à 1946, il est formé par les sulpiciens au collège Grasset.Ceux-ci lui transmettent leur propre attachement à la France « comme [à] une sorte de patrie profonde, à l\u2019égal du Canada français * Département des sciences humaines, Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises, Université du Québec à Trois-Rivières 38 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 et du Québec1 ».Les sulpiciens favorisent aussi son initiation au journalisme et aux affaires internationales.À l\u2019Université de Montréal, Léger complète ensuite à la fois des études de droit et une maîtrise en histoire, celle-ci sous la direction de Maurice Séguin, grand penseur de l\u2019idéologie néonationa- liste en émergence.À l\u2019université, Léger s\u2019investit aussi dans le Quartier Latin aux côtés notamment de Camille Laurin, qui sera plus tard, avec François-Albert Angers, un des pères de la Charte de la langue française (Loi 101) ; il anime le club des relations internationales, une organisation étudiante fondée par D\u2019Iberville Fortier.Puis, en 1949 et 1950, il est étudiant en relations internationales à l\u2019Institut d\u2019études politiques de Paris.Ses rencontres avec des intellectuels et des figures politiques, sa découverte de l\u2019Union française et de l\u2019Algérie sont alors déterminantes.Il se rend compte que les Canadiens français parlent une langue de diffusion mondiale, et que le Québec pourrait briser son isolement en Amérique du Nord s\u2019il existait des organisations internationales francophones.La jeunesse de Léger, notons-le, se passe en marge des organisations catholiques.Il n\u2019a fait partie ni de la Jeunesse étudiante catholique (JEC) ni de Pax Romana, au contraire de Gérard Pelletier par exemple.Au contraire de Claude Ryan, 1 Jean-Marc Léger, Le Temps dissipé.Souvenirs, Montréal, HMH, 1999, 440.Fondés à Paris en 1641 et présents à Montréal depuis 1657, les sulpiciens, une société de prêtres séculiers, ont refusé aussi longtemps qu\u2019ils l\u2019ont pu de se canadianiser.Ils ont d\u2019ailleurs toujours conservé des liens étroits avec la France.La chapelle actuelle de leur Grand séminaire de Montréal a été agrandie et modifiée en 1907 avec des matériaux tous importés de France.C\u2019est aussi en France que les prêtres admis dans la Société continuent encore aujourd\u2019hui de faire leur solitude, qui est une période de formation à la vie sulpicienne.Il ne fait pas de doute qu\u2019on apprenait à aimer la France au collège Grasset plus que dans tout autre collège classique québécois.Dominique Deslandres, John A.Dickinson et Ollivier Hubert [dir.], Les Sulpiciens de Montréal.Une histoire de pouvoir et de discrétion, 1657-2007, Montréal, Éditions Fides, 2007. 39 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 il a choisi Paris et non pas Rome pour ses études en Europe.Dès les années 1940, et dans la suite lointaine d\u2019Edmond de Nevers, la distinction culturelle fondamentale des Québécois pour Léger, c\u2019est le français plus que le catholicisme ; et l\u2019État, plus que l\u2019Église, lui apparaît d\u2019emblée comme l\u2019institution la mieux à même désormais de favoriser l\u2019internationalisation des relations entre les peuples.À la demande d\u2019André Laurendeau, il devient membre de la Ligue d\u2019action nationale en 19492.Quand il entre en 1951, à 24 ans, au quotidien La Presse, le journaliste Jean-Marc Léger fait donc déjà sa propre lecture du Québec et du monde, et du Québec dans le monde.Sa pensée et son action se déploieront dans les soixante années suivantes en conjuguant constance et renouvellement.« Urgence d\u2019une gauche nationale3 » Dans les années 1950, Jean-Marc Léger contribue à la fondation de plusieurs des premières organisations internationales non gouvernementales francophones : l\u2019Association internationale des journalistes de langue française en 1952 ; l\u2019Union culturelle française en 1954 avec André Bachand ; puis, en 1961, avec le même et monseigneur Irénée Lussier, recteur de l\u2019Université de Montréal, l\u2019Association des universités entièrement ou partiellement de langue française.C\u2019est toutefois sur la situation interne du Québec que Léger réfléchit alors le plus intensément.En 1952, il codirige un numéro spécial de la revue française Esprit sur Le Canada 2 Jean-Marc Léger, « L\u2019engagement et la distance », dans Robert Comeau et Lucille Beaudry, dir., André Laurendeau un intellectuel d\u2019ici, Sillery, Presses de l\u2019Université du Québec, 1990, 241-245.3 Jean-Marc Léger, « Urgence d\u2019une gauche nationale », Cité Libre, 34, février 1961, 12-13. 40 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 français à la recherche de son avenir.Il y déplore que « le drame majeur du Canada français réside dans l\u2019absence totale d\u2019une politique nationale ».Il y appelle déjà à l\u2019union de la jeunesse pour renverser le duplessisme4.La jeunesse seule, dit-il, peut « élaborer l\u2019indispensable synthèse » du social et du national en une « doctrine » qui pourrait déboucher sur la formation d\u2019une nouvelle formation politique, « intensément sociale, authentiquement nationale » capable de remettre le Québec en mouvement5.Le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN) verra le jour en 1960.Plusieurs fois, au long de la décennie, Léger exprime sa conviction la plus profonde : Ni antisocial, ni réactionnaire, ni xénophobe, le nationalisme n\u2019est pas une idéologie du passé.Profondément social, au contraire, intensément partisan des échanges internationaux sur tous les plans, il reste jeune et tourné vers l\u2019avenir.Il reste jeune parce que la nation est jeune, et tourné vers l\u2019avenir parce que les nations, loin de constituer des réalités dépassées, sont encore les bases du monde de demain.Leur statut certes sera modifié, la mesure de leur autonomie mitigée, mais le fait profond de leur présence et de leur affirmation au monde subsistera pour le bien même de l\u2019humanité.4 Il le fera aussi dans « Une trahison à combattre, une imposture à dénoncer », L\u2019Action nationale, juin 1956, 933-940.Il y attaque férocement à la fois au gouvernement de l\u2019Union nationale, antidémocratique et corrompu, et les « socialistes » à la Trudeau, qui favorisent la centralisation fédérale et les intérêts des plus forts : « Contre une politique qui tente d\u2019allier les valeurs nationales les plus pures à un comportement rétrograde et à de sinistres entreprises sous le signe du \u201cpatronage\u201d et de la terreur, [les nationalistes] doivent réaffirmer que le nationalisme est essentiellement un humanisme.Contre une attitude qui défigure la notion de \u201cgauche\u201d et de progrès social, ils doivent clamer qu\u2019attaché à la promotion de tout l\u2019homme canadien-français, voué à la libération intégrale du peuple canadien- français, le nationalisme est d\u2019abord une démarche révolutionnaire.» (939-940).5 Jean-Marc Léger, « Le Canada français à la recherche de son avenir », Esprit, 20, 8-9 (août-septembre 1952), 259-278. 41 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Toute nation dotée de sa pleine personnalité culturelle constitue une richesse pour l\u2019humanité6.Contre certains intellectuels antinationalistes qui se réclament de la gauche, Léger écrira dans Cité libre, en 1961 : « Sous prétexte d\u2019\u201cantiracisme\u201d [\u2026] la gauche \u201cofficielle\u201d au Canada français a entrepris d\u2019élimer chez les masses le sens national, sans même se rendre compte qu\u2019elle nuisait à la fois à la révolution et à la nation ».Avec Laurendeau, Léger est aussi l\u2019un des premiers à conduire une réflexion globale sur l\u2019immigration au Québec, alors que les années 1950 voient des milliers de Grecs et d\u2019Italiens, entre autres, arriver à Montréal et se joindre presqu\u2019en bloc à la population anglophone de la ville.Tous deux exigent en vain du gouvernement Duplessis une politique d\u2019immigration en fonction des intérêts nationaux du Québec.Parce que l\u2019attraction quasi exclusive qu\u2019exerce alors l\u2019anglais sur les immigrants réduit les Québécois de langue française à ne devoir compter que sur eux-mêmes pour assurer l\u2019avenir de la nation québécoise, et ce dans un contexte démographique de plus en plus défavorable, Léger écrit : Sur le plan politique, nous devons tout tenter pour limiter l\u2019immigration ; sur le plan de la vie quotidienne, nous devons tout mettre en œuvre pour accueillir fraternellement et aider efficacement l\u2019immigrant, comportement que nous commandent des impératifs d\u2019ordre spirituel comme des exigences d\u2019ordre pratique7.6 Jean-Marc Léger, « En marge d\u2019une équivoque.Mesure de notre nationalisme », L\u2019Action nationale, XXXIX, 5, juin-juillet 1952, 351.Voir aussi « Le nationalisme à l\u2019heure de la révolution », L\u2019Action nationale, XLII, 1, septembre 1953, 7-14.7 Jean-Marc Léger, Le Canada français face à l\u2019immigration, Montréal, Institut social populaire, no 482, 1956, 14.Voir aussi Jean-Marc Léger, « Le devoir du Québec envers l\u2019immigrant », L\u2019Action nationale, mai- juin 1954, 410-422. 42 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 À l\u2019automne de 1956, Jean-Marc Léger fait de l\u2019Afrique noire une « découverte passionnée8 ».Il lit la situation de celle-ci à travers les yeux des jeunes élites intellectuelles et politiques qu\u2019il rencontre et dont il se sent profondément frère : même culture française, même attachement à la France définie comme porteuse d\u2019une civilisation à vocation universelle, désir partagé d\u2019émancipation économique et sociale pour leurs peuples ; et, parallèlement, même indifférence envers l\u2019éclatement des cultures traditionnelles, même sous-estimation de la faible pénétration de la culture française dans les masses et du mouvement vers leur islamisation.Son livre Afrique française, Afrique nouvelle sort à Montréal en 1958 avec une préface de Félix Houphouët-Boigny, ministre d\u2019État dans divers gouvernements de la IVe République et partisan de la « Françafrique », c\u2019est-à-dire d\u2019une communauté franco-africaine à base fédérale.On assistera plutôt sous peu aux indépendances rapprochées de presque tous les territoires français du continent.Sa couverture de l\u2019actualité internationale dans La Presse, sa présence régulière dans les émissions d\u2019affaires publiques à la télévision9, la nouveauté et la profondeur de sa réflexion sur le Québec, l\u2019écho que celle-ci rencontre dans la jeunesse nationaliste, ainsi que l\u2019excellente réception réservée à son livre sur l\u2019Afrique10 font qu\u2019au moment où il entre au Devoir, Jean-Marc Léger est déjà reconnu comme un intellectuel de premier plan.8 Jean-Marc Léger, Afrique française, Afrique nouvelle, Montréal, Le Cercle du livre de France, 1958.Ces mots font partie de la dédicace manuscrite à Luc-André B [iron ?] inscrite dans l\u2019exemplaire conservé à la bibliothèque de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.9 Gérard Laurence, « Le début des affaires publiques à la télévision québécoise 1952-1957 », Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, 36, 2, 1982, 213-239.10 Voir entre autres Lionel Groulx dans Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, 13, 3, 1959, 440-442. 43 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 « La souveraineté, condition de salut » Au Devoir, entre 1957 et 1969, Léger analyse l\u2019actualité internationale.En journaliste non aligné, si l\u2019on ose dire, il s\u2019y montre très critique du soutien des États-Unis aux dictatures de droite en Amérique latine11 et de leur refus d\u2019accepter la coexistence pacifique proposée par Khrouchtchev dans les relations est-ouest.Par ailleurs, comme le ministre Paul Gérin-Lajoie, le haut-fonctionnaire Claude Morin ou le professeur André Patry, il invite l\u2019État québécois à développer ses propres relations internationales dans les domaines de ses compétences constitutionnelles12.En 1964, la direction du Devoir lui échappe : le conseil d\u2019administration, qui doute de la profondeur de sa foi catholique, lui préfère Claude Ryan13.Léger devient très tôt indépendantiste.Selon lui, la commission Laurendeau-Dunton pose un faux problème auquel elle propose une fausse solution : le bilinguisme pancanadien, irritant pour les Canadiens anglais, n\u2019a jamais été réclamé par le Canada français.Ce qu\u2019il faut pour favoriser l\u2019émancipation globale des Canadiens français, c\u2019est davantage de pouvoirs pour l\u2019État québécois.Et même tous les pouvoirs.Cinq ans avant la création du Mouvement Souveraineté- Association, il expose son projet : « la Confédération, une 11 Pour retrouver les articles de Léger sur l\u2019Amérique latine, nous avons eu recours à Daniel Gay, « La presse d\u2019expression française du Québec et l\u2019Amérique latine : inventaire d\u2019éditoriaux et de para-éditoriaux, 1959- 1973 », Études internationales, 7, 3, 1976, 359-395.12 Robin S.Gendron, « \u201cLe prestige du Canada est en jeu\u201d.Le père Lévesque et l\u2019Université nationale du Rwanda dans les années 1960 : entre le Canada et le Québec », Globe, revue internationale d\u2019études québécoises, 12, 1, 2009, 95-114.13 Aurélien Leclerc, Claude Ryan.L\u2019homme du Devoir, Montréal, les Éditions Quinze, 1978, 79-81. 44 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 véritable confédération, volontairement formée par deux nations souveraines14 ».En 1963, Léger donne des cours aux militants du RIN sur la place du Québec dans le monde ; il écrit aussi dans le journal de cette formation politique.Au centre Paul-Sauvé, François Aquin et lui plaident en 1967 pour l\u2019union des indépendantistes (celle-ci sera pour l\u2019essentiel réalisée peu après par la création du Parti Québécois)15.Dans Le Devoir, il expose pourquoi « la souveraineté [est] condition de salut16 ».Le jour même, Claude Ryan annonce son exclusion de l\u2019équipe éditoriale pour motif d\u2019indépendantisme17.En 1969, pour ce motif, Ryan met fin à la collaboration de l\u2019écrivain et journaliste André Major ; on remarque que la même année, Léger quitte le journal18.A-t-il été remercié lui aussi ?Parallèlement à son emploi de journaliste, Jean-Marc Léger est très engagé dans les OING qu\u2019il a contribué à créer.Il est notamment le secrétaire général de l\u2019AUPELF depuis 1961, et le restera jusqu\u2019en 1978.Dans le numéro spécial de la revue Esprit, qu\u2019il coordonne en 1962 avec Léopold Sedar Senghor, poète et président du Sénégal, Léger avance avec 14 Jean-Marc Léger, « Le système né en 1867 doit faire place à une nouvelle association », Le Devoir, 26 février 1962.15 Denis Monière, « Le RIN, un parti de type européen », Bulletin d\u2019histoire politique, 22, 3, 2014, 48-59.Robert Comeau, Ivan Carel et Michel Martin, « Le RIN, parti indépendantiste : 1963-1968 : présentation », Ibid., 11-16.16 Jean-Marc Léger, « La souveraineté, condition de salut », Le Devoir, 23 octobre 1967.17 Claude Ryan, « Note de la direction », Le Devoir, 23 octobre 1967.18 « \u201cFaire cavalier seul\u201d, entretien avec André Major ».Propos recueillis par Karim Larose, Spirale : arts, lettres, sciences humaines, 246, 2013, 50-54 ; Gauthier, Gilles, « Un affrontement idéologique méconnu.Le débat entre Claude Ryan et Jean-Marc Léger sur la position du Devoir au sujet de la question nationale », L\u2019Action nationale, CI, 5, mai 2011, 69-92 45 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 un certain volontarisme que le rayonnement de la langue et de la culture françaises est désormais « une responsabilité commune » des pays qui ont celles-ci en partage et non plus celle du seul Hexagone.Il y exprime aussi pour une des premières fois sa conception de la Francophonie : une organisation favorisant la paix, pratiquant la solidarité et les échanges entre égaux, et promouvant la diversité et la richesse des cultures du monde19.« La francophonie : grand dessein, grande ambiguïté » D\u2019Iberville Fortier, l\u2019ancien camarade, avait commencé dès 1952 au service d\u2019Ottawa une brillante carrière internationale ; c\u2019est aussi pour le compte du fédéral que Gérard Pelletier mène la sienne.Celle de Jean-Marc Léger, conduite entre 1969 et 1981 au service du Québec, se révèle au contraire semée d\u2019obstacles.Il faut toute l\u2019ingéniosité de la France gaulliste, qui invente la notion de « gouvernement participant » et soutient alors indéfectiblement le Québec, pour que l\u2019État québécois siège de plain- pied, dès sa naissance en 1970, à l\u2019Agence de coopération culturelle et technique puis Organisation internationale de la Francophonie.Mais ce n\u2019est qu\u2019en 1986, soit après la fin du règne de Pierre Elliott Trudeau, que pourra se tenir le premier Sommet de la Francophonie, retardé précisément à cause des dissensions entre Ottawa et l\u2019OIF sur la présence du Québec.Haut fonctionnaire dans les institutions francophones, puis délégué général à Bruxelles, Jean- Marc Léger est convaincu que « pour le Québec, la participation au mouvement francophone n\u2019est pas seulement dans la nature des choses : elle est de l\u2019ordre de la nécessité.Il y va non pas uniquement de son enrichissement et de son rayonnement, mais de sa survivance même ».Il n\u2019aura 19 Jean-Marc Léger, « Une responsabilité commune », Esprit, nouvelle série, novembre 1962, 564. 46 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 de cesse de déplorer qu\u2019« Ottawa [ait] consacré au moins autant d\u2019énergie à tenter d\u2019empêcher avec acharnement l\u2019émergence du Québec qu\u2019à apporter sa propre contribution aux institutions francophones20 ».Cependant, regrette Léger, les malheurs de la Francophonie doivent aussi à elle-même : beaucoup de palabres, beaucoup de susceptibilités et de querelles de préséance, et somme toute peu d\u2019actions.Ni de moyens.La France, analyse-t-il, a toujours été davantage tournée vers l\u2019Europe que vers la consolidation de sa présence sur les divers continents ; en cette fin du XXe siècle, elle met plus d\u2019intérêt et de ressources dans la construction de l\u2019Union européenne que dans celle de la Francophonie21.Or, Léger constate que le contexte des années 1980 n\u2019est plus aussi favorable que vingt ou trente ans auparavant pour la Francophonie, car les élites politiques, professionnelles et administratives africaines, européennes et québécoises partagent de moins en moins de références culturelles françaises communes.Même s\u2019il a vu de près que les échanges entre États sont avant tout marqués par des rapports de force et des relations d\u2019intérêt, Léger restera toujours attaché à une vision somme toute idéaliste de la Francophonie : la mission propre de celle-ci est, selon lui, de promouvoir le français comme grande langue internationale par l\u2019innovation technique, les valeurs de l\u2019humanisme et la « fraternité » entre pays francophones.Il restera toujours fidèle à une vision de la culture française comme ayant vocation à l\u2019universel, vocation aussi 20 Jean-Marc Léger, La Francophonie : grand dessein, grande ambiguïté, Montréal, Hurtubise HMH, 1987, 127 et 131.21 Cette idée revient à quelques reprises sous sa plume.Voir notamment, Jean-Marc Léger, « Le repli sur l\u2019Europe a fait le malheur de la France depuis le XVIIIe siècle », L\u2019Action nationale, XCV, 2, février 2015, 26-29. 47 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 de rempart contre l\u2019anglicisation et l\u2019uniformisation du monde22.« Le pays à portée de main23 » Revenu au Québec au début des années 1980, Jean- Marc Léger termine sa vie professionnelle comme sous- ministre puis comme directeur général de la fondation Lionel-Groulx.Dans Vers l\u2019indépendance, qui paraît en 1993, Léger reprend des idées souvent exprimées auparavant, mais en y ajoutant un certain caractère d\u2019urgence.Plusieurs facteurs lui apparaissent désormais jouer contre le Québec français : une démographie désavantageuse, la médiocrité du système d\u2019enseignement, l\u2019amoindrissement du rôle de l\u2019État, la fragmentation de la cohésion sociale, une certaine confusion identitaire, une sorte d\u2019indifférence quant à l\u2019avenir national et, au contraire, un franc souci du maintien du niveau de vie personnel, souci qu\u2019il avait constaté du reste dès les années 196024.Le Canada du rapatriement de la constitution, de la Charte de 1982 et du multiculturalisme assure selon lui au Québec et aux Québécois un avenir fait de médiocrité et de ratatinement.L\u2019accès du Québec au monde, une politique de population conforme à ses intérêts nationaux, une vraie démocratie au service du bien commun, la solidarité sociale, l\u2019équilibre entre droits individuels et collectifs et la contribution du Québec au maintien de la diversité culturelle mondiale, tout cela, selon Léger, ne peut 22 Pour une analyse très critique de cette vision idéaliste, mais néanmoins fondatrice de la Francophonie, voir François Provenzano, « Francophonie.Idéologie, variation, canon : modèle québécois pour la francophonie littéraire », Tangence, 100, 2012, 133-152 23 Jean-Marc Léger, Vers l\u2019indépendance ?Le pays à portée de main, Montréal, Leméac, 1993.24 Jean-Marc Léger, Vers l\u2019indépendance, op.cit., p.21 ; Id., « L\u2019incertitude d\u2019un Québec mélancolique », Dimension, Digeste Éclair, VI, 3, mars 1969, 73-76 48 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 se réaliser que par l\u2019indépendance politique : « Il est urgent qu\u2019une grande colère s\u2019élève, purificatrice et libératrice.La colère faisant enfin sa rentrée dans notre histoire aura vertu singulièrement tonifiante25 ».* Jean-Marc Léger est mort sans avoir vu l\u2019indépendance du Québec ni la réalisation d\u2019une Francophonie internationale selon la conception qu\u2019il se faisait de celle-ci.Il a pu se dire qu\u2019au moins il n\u2019a jamais baissé la garde, ni les bras.q 25 Vers l\u2019indépendance, 202. Colloque organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en partenariat avéc la Société du patrimoine politique du Québéc: Mela Quétsc Mie | Colloque commémoratif 26 et 27 mai 2017 Les retombées de la visite du Général de Gaulle = au Québec en juillet 1967 )) A.> Le il 7 / .2 À | ~- hh hy y; .bo fd a 4 3b x XE ca Quest yd Yoni ahh Ten ately rl Ete 1 ENTRÉE GRATUITE ® Métro Place-des-Arts www.SSB.camfdagauiie MA aes EEE expo virtuelle 100e.action-nationale.qc.ca 100 1917-2017 L\u2019Action Nous vous invitons à visiter l\u2019exposition virtuelle consacrée à l\u2019histoire de L\u2019Action nationale.Cette exposition a été créée afin de commémorer le centième anniversaire de la revue.Elle rappelle les grands combats qu\u2019elle a menés et met en valeur les intellectuels qui mois après mois ont produit des analyses fouillées de la société québécoise et proposé des orientations sur les enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. L\u2019héritage musical du Québec dans L\u2019Action nationale depuis 1966 51 En 2017, la revue indépendantiste L\u2019Action nationale fête son centième anniversaire.On identifie rarement cette revue à la musique, et pourtant il est possible de retracer comment, selon elle, la musique contribue à l\u2019identité québécoise.C\u2019est ce que nous allons tenter pour les cinquante dernières années.Notre hypothèse est que les références à la musique dans L\u2019Action nationale sont toujours mises en lien directement avec le patrimoine national du Québec.Nous vérifierons cette hypothèse pour trois périodes décisives de l\u2019histoire récente : de 1966 au référendum de mai 1980, de juin 1980 à octobre 1995, moment de l\u2019entre-deux référendums, et enfin depuis le second référendum.Le site de Bibliothèques et Archives nationales du Québec donne accès en ligne aux articles de la revue jusqu\u2019en novembre 20131.En recherchant l\u2019occurrence de certains 1 À partir de septembre 2007, L\u2019AN prend soin d\u2019indiquer l\u2019année en cours à chaque page, ce qui permet un archivage plus simple tout en facilitant notre repérage.http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2163581 Jean-François Veilleux* * Département des sciences humaines, UQTR 100 1917-2017 L\u2019Action 52 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 mots-clés2, nous avons recensé une centaine d\u2019articles ayant la musique soit comme thème principal (biographie/ hommage, analyse ou étude, essai musicologique) soit de manière indirecte et secondaire (anecdote, correspondance, compte-rendu d\u2019un livre, extraits de paroles dans un texte).Nous avons complété cette recherche par un dépouillement exhaustif de la revue papier depuis janvier 2014.Nous pouvons classer ainsi les articles sur la musique : Thèmes principaux/Périodes 1966- 1980 1980- 1995 1995- 2016 Héritage musical (hymne national, chansonniers) 13 8 11 Culture et identité québécoise (tradition, folklore, langue française, nation, peuple, patrimoine, etc.) 6 13 30 Communication et radiodiffusion (radio, État, etc.) 1 3 6 Extraits anecdotiques concernant l\u2019art musical\u2026 5 3 12 D\u2019emblée, il est possible d\u2019affirmer que pendant les trois périodes, la musique québécoise est mise de l\u2019avant en tant que phénomène participant à l\u2019élaboration d\u2019un patrimoine, mais avec une légère baisse pendant la deuxième, nous tenterons d\u2019expliquer pourquoi.On peut également apercevoir une explosion des thèmes identitaires après le second référendum.2 Le mot « musique » revient 478 fois entre 1967 et 2006 ou recueille 959 résultats entre 1933 et 2006.En comparaison, entre 1933 et 2006, « chanson » en compte 656, « musical » : 353, « chansonnier » : 115. 53 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 1.Avant le référendum de 1980.La musique : un patrimoine et l\u2019expression d\u2019une identité renouvelée 1.1 Vers un patrimoine national musical Il faut attendre février 1966 pour que le romancier et poète Jean Marcel, qui dirige alors la « section culturelle3 », fasse entrer la musique dans l\u2019histoire contemporaine de la revue L\u2019Action nationale.Pour lui, la musique, particulièrement en Occident, « remplit une fonction mythique4 ».Il avance que la musique, qui ne représente rien en soi, ne serait porteuse d\u2019aucun sentiment précis, car « c\u2019est un art pur5 » ! Se référant à l\u2019histoire de la musique, de Mozart au dodécaphonisme, Marcel change finalement d\u2019avis : la musique permet d\u2019orienter le sentiment identitaire.S\u2019ensuit aussitôt dans la revue une concentration de dix articles sur la musique entre mai 1966 et avril 1968, dont sept par le compositeur, pianiste et organiste Léo Roy.En effet, Roy tient pour un temps une série intitulée « Le monde de la musique » dans la section culturelle désormais dirigée par André Major puis par Julia Richer.La chronique de Roy met l\u2019accent sur la théorie et l\u2019histoire de la musique depuis la Grèce, tout en s\u2019ouvrant aux sonorités actuelles de l\u2019Inde musicale, du ragtime, du free jazz et du rock.Ces articles témoignent de l\u2019ouverture de la revue à ce qui se passe dans 3 Avant 1966, la « section culturelle » était réservée principalement aux écrivains, à la poésie et au roman.4 Jean MARCEL.« Le sentiment de l\u2019histoire », L\u2019AN, LV, numéro 2, février 1966, p.742-745.« La musique apprivoise le temps ; elle est notre façon de marquer notre victoire sur lui.Par l\u2019histoire de la musique nous pouvons retracer l\u2019évolution de notre sentiment devant la représentation que nous nous faisons de l\u2019histoire ».5 Jean MARCEL.« Mozart et les marches militaires », L\u2019Action nationale, mai 1966, p.1137 à 1141. 54 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 le monde et à l\u2019inclusion de la musique québécoise dans la grande histoire de la musique occidentale.En avril 1968, par ailleurs, Léo Roy consacre quelques pages au patrimoine musical du Québec, entre autres sur Charles Wugk dit Sabatier (1819-1862), compositeur du chant patriotique « Le drapeau de carillon » sur un poème d\u2019Octave Crémazie connu sous le titre « O Carillon ».Pour Roy, Sabatier fut un véritable artiste, « un précieux apport musical en notre faveur, et il devint un ardent patriote canadien6 ».Après le départ de Roy, la revue cesse un temps de parler de musique.Cependant, en octobre 1974, Ernest Schenck, journaliste au Devoir, publie une étude sur la vie du grand compositeur Eugène Lapierre (1899-1970), ancien collaborateur à la revue.Seul président de la Société historique de Montréal qui ait été un musicien de profession, Lapierre a « bataillé toute sa vie pour la musique française », reconnaissant la mission importante de la musique pour la formation du sentiment collectif.Lapierre fut également critique musical, musicographe, auteur d\u2019une biographie de Calixa Lavallée et auteur du premier opéra-comique canadien.Le rêve d\u2019Eugène Lapierre était de créer une école de musique « susceptible de se classer au premier rang sur la scène internationale » ! Constatant l\u2019ignorance collective de notre richesse musicale, que Schenck nomme musique québécoise, il croit que « l\u2019État devrait s\u2019occuper davantage du recensement et de la diffusion des œuvres7 ».Après cet hommage très senti à Lapierre, l\u2019exceptionnel écrivain Bruno Roy, spécialiste de la chanson québécoise, présente dans un article de fond nos chansonniers aux lecteurs 6 Léo ROY.« La vérité sur Sabatier », L » Action nationale, LVII, numéro 8, avril 1968, p.707 à 709.7 Ernest SCHENCK.« Eugène Lapierre (1970) », L\u2019AN, LXIV, numéro 2, octobre 1974, p.154 à 169. 55 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 de L\u2019Action nationale8.Roy analyse l\u2019évolution de la chanson entre Madame Bolduc, Alys Robi, le Soldat LeBrun tout d\u2019abord, « l\u2019incontournable » Félix Leclerc, puis les premiers poètes en chanson du pays, Gilles Vigneault, Georges Dor et Les Séguin.Il démontre ainsi le pouvoir des chansonniers de consolider le sentiment d\u2019appartenance.À noter, donc, un premier aspect du rapport de la revue à la musique en ces années : la musique y est entendue comme un patrimoine national.1.2 La chanson au cœur de la mutation identitaire Ayant une « valeur de refuge », d\u2019après les mots de Lysiane Gagnon, souvent citée par les auteurs de L\u2019AN, la chanson québécoise précède la Révolution tranquille et naît dans les années 1940-1950 afin d\u2019exprimer « une société malade et aliénée9 ».Participant à son tour à notre « culture embryonnaire », la vivante jeunesse des années 1960 récupère puis monopolise, selon Gagnon, le modèle de la chanson émer- gente pour en faire la manifestation d\u2019une nouvelle culture, la sienne.Par l\u2019entremise de Claude Gauthier et Jean Rivard, elle découvre un pays à naître et à construire.Cette « nouvelle culture en gestation », qui explose avec fracas lors de l\u2019Osstidcho (1968), est traitée sommairement par la revue.En février 1969, l\u2019essayiste et romancier Jean Tétreau (1923- 2012) exprime dans la revue cette transformation irrévocable de l\u2019identité québécoise, lorsque le terme québécois vient brusquement supplanter les deux mots canadiens-français.D\u2019après Tétreau, la culture et les arts, dont la musique, vont 8 Bruno ROY.« De nos chansonniers », L\u2019Action nationale, LXIX, numéro 6, février 1980, 22 pages.9 Lysiane GAGNON.« La chanson québécoise », Libertés, vol.8, no 4, (46), 1966, p.35-49. 56 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 suivre le pas de cette territorialisation de l\u2019identité québécoise.Ce changement de perspective, un « repliement sur nous-mêmes auquel l\u2019histoire nous a contraints10 », encourage, soutient puis forge une nouvelle identité culturelle et collective plus vigoureuse qui veut se libérer une fois pour toutes des pressions du carcan fédéral.Les années 1970 sont certainement « l\u2019âge d\u2019or » de la chanson identitaire québécoise avec diverses réalisations dont la Superfrancofête sur les plaines d\u2019Abraham (13 au 24 août 1974), et les grandes fêtes de la Saint- Jean-Baptiste sur le mont Royal à Montréal (juin 1975 et du 23 au 26 juin 1976).Aussi, n\u2019est-il sans doute pas étonnant qu\u2019en mars 1980, alors qu\u2019approche le référendum, un indépendantiste de la première heure, le vieux père Gustave Lamarche, clerc de Saint-Viateur, qui tient ensemble, dans sa personne, le Québec traditionnel et l\u2019aspiration à un avenir de liberté, lance un appel à tous pour donner au Québec un hymne national officiel.L\u2019auteur propose carrément de récupérer le « Ô Canada » et d\u2019en adapter le texte pour refléter « notre nouveau statut international » qui suivra l\u2019accession du Québec au rang de pays souverain, au moment où le Canada sera devenu « un pays fraternellement étranger11 ».10 Jean TÉTREAU.« La mentalité canadienne-française (description d\u2019un phénomène) ».L\u2019Action nationale, LC, numéro 6, février 1969, p.581- 597.11 Gustave LAMARCHE.« À propos de l\u2019hymne national du Québec » (signé à Joliette le 16 janvier 1980), L\u2019AN, LXIX, numéro 7, 5 mars 1980, p.XIII et XIV.Originaire de Joliette, Lamarche en avait déjà lui-même écrit un sur une musique d\u2019André Mathieu, mais son exécution difficile rendait impossible la volonté d\u2019en faire « un chant de masse ».Il s\u2019agit du premier de cinq articles dans L\u2019AN pour défendre l\u2019idée d\u2019avoir un hymne national officiel au Québec (les autres sont de juin 1980, décembre 1983, octobre 1985, janvier 2013). 57 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 2.L\u2019entre-deux référendums : une période d\u2019abattement.2.1 Patrimoine musical : déprime post-référendaire et résignation à la folklorisation Depuis l\u2019année 1970, la revue n\u2019a plus de section culturelle.Cela n\u2019empêche pas quelques auteurs de reprendre le flambeau de la valorisation de notre patrimoine musical, aspect primordial pour la (re) définition d\u2019une « identité québécoise ».Cette identité semble passer par un hymne national, une fois de plus.Dès juin 1980, aux lendemains de l\u2019échec référendaire, une citoyenne de Sainte-Foy propose aux lecteurs de la revue de commander un exemplaire de son hymne « Nous sommes la nation12 » pour répondre à que doit-on chanter lorsque nous hissons notre drapeau, lorsque nous recevons des chefs d\u2019État ou encore lorsque le Québec est reçu dans d\u2019autres pays ?Deux ans plus tard, un lecteur de la revue souligne quant à lui l\u2019origine et l\u2019importance du chant « Ô Carillon » (1858), rappelant le centenaire de la victoire française des troupes du marquis de Montcalm.Ce chant révolutionnaire devint si populaire qu\u2019il fut presque considéré comme un hymne national13.Enfin, une lettre adressée au ministre des Affaires culturelles du Québec est publiée afin de faire comprendre qu\u2019un hymne national est un « pilier d\u2019appartenance ou un phare d\u2019engagement » qui peut rapprocher le lecteur de la réalité de la patrie, 12 Louise BEAULIEU.« Proposition pour un hymne national québécois », L\u2019AN, juin 1980, p.869.Cet hymne contient trois strophes, soit 30 vers de Jean-Yves Chouinard, sur une musique de Jean-Pierre Bérubé et un arrangement pour orchestre de 33 musiciens par Gilles Ouellet.Il est complètement tombé dans l\u2019oubli ! 13 Léandre FRADET.Correspondance du 25 août 1983, L\u2019AN, LXXIII, numéro 4, décembre 1983, p.373-374. 58 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 agissant comme un « appel à vivre14 ».C\u2019est le besoin naturel de chanter le pays, de chanter le peuple.Considérant que l\u2019œuvre « Gens du Pays » de Gilles Vigneault n\u2019a pas l\u2019étoffe d\u2019un hymne national, même si elle a servi pendant un temps de « pièce d\u2019identité québécoise », l\u2019auteur veut lancer un concours à toute la population pour la composition d\u2019un tel hymne.Le spécialiste de la chanson au Québec, Bruno Roy, propose un article percutant sur les origines des différentes formes musicales au Québec : le folklore, la chanson populaire et l\u2019air lyrique.Expliquant la conjonction du folklore et de la poésie, Roy croit que la chanson québécoise, notamment grâce à Félix Leclerc, a su passer d\u2019une « culture embryonnaire » à la voix naturelle de notre identité collective, trouvant écho dans l\u2019oreille du peuple15.Désormais, les groupes ont pris la relève.En à peine 25 ans, la musique québécoise a donc su atteindre une maturité proprement québécoise par l\u2019assimilation de musiques étrangères.Quatre autres articles publiés entre mars 1989 et septembre 1991 concernent aussi le patrimoine musical.Tout d\u2019abord, Aurélien Boivin, de l\u2019Université Laval, rend honneur à Félix Leclerc qui est décédé six mois plus tôt.Sans trop insister sur sa carrière musicale, c\u2019est plutôt ses talents extraordinaires de conteur qu\u2019il met de l\u2019avant.Conjuguant l\u2019amour du prochain et l\u2019amour du pays, le célèbre chansonnier condamne dans ses contes la guerre entre les peuples, tout en insistant sur l\u2019importance de 14 Guy HUARD.« Un hymne national québécois », L\u2019AN, LXXV, numéro 2, octobre 1985, p.184-186.15 Bruno ROY.« Chanter au Québec : une nécessité », L\u2019AN, LXX, numéro 7, 5 mars 1981, p.547-566. 59 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 « chanter le pays16 ».L\u2019article se termine sur une note d\u2019espoir, en ces temps troublés.André Gaulin offre deux articles sur les thèmes de la chanson québécoise.Collaborateur fréquent de la revue, il avait déjà témoigné au milieu de la décennie de cette « mutation » de la chanson québécoise, qui ne chante plus le pays, mais « se réfugie » dans l\u2019amour ou le souvenir17.Les chansonniers abordent de nouveaux thèmes (écologie, nostalgie du passé, incertitude sur l\u2019avenir, amour en rupture de ban) et la « québécitude » n\u2019est plus une vertu.Gaulin décrit la chanson des années 1960, qu\u2019elle soit politique, poétique ou d\u2019amour, comme « un lieu de la quête identitaire », une forme privilégiée de contestation ou bien une forme souveraine d\u2019affirmation18.Bref, la musique québécoise tendait alors de plus en plus à s\u2019affirmer comme conscience politique.Or, dans les années 1980, la chanson d\u2019ici n\u2019agit plus en tant que « mémoire commune », mais comme une expression consacrant la liberté individuelle.Après avoir analysé 14 chansons écrites après 1980, André Gaulin constate que la morosité qui a suivi l\u2019échec de mai 1980 est toujours palpable.Démontrant la « profonde rupture » vers 1980 de la chanson québécoise, celle-ci passe de la ferveur à la peur, entrant de plain-pied dans la domesticité et s\u2019inscrivant désormais dans « l\u2019absence à soi, la quête multiple, 16 Aurélien BOIVIN.« Félix Leclerc, conteur », L\u2019AN, LXXIX, numéro 3, mars 1989, p.224-240.Soulignons au passage que le grand Félix Leclerc a lui-même publié dans la revue un excellent texte de deux pages intitulé « La loi 101 » (janvier 1987, repris en septembre 1988 et mentionné dans l\u2019index paru en juin 2002).17 André GAULIN.« La chanson québécoise en mutation ».Québec français, mai 1984, p.46-47.18 André GAULIN.« La chanson, songeuse et voyageuse ».L\u2019AN, LXXXI, no 6, juin 1991, p.811-821.Cela s\u2019inscrit au Québec dans différentes sortes de chansons : résistance, colère, dépossession, désarroi, tendresse. 60 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 de l\u2019inespoir à l\u2019extase dans l\u2019éphémère19 ».Cette désillusion issue de la déprime post-référendaire marque totalement les thèmes des chansons.Roger Chamberland perçoit aussi « la désaffection du peuple québécois pour toute marque identitaire suite à l\u2019échec référendaire20 ».Les chansonniers décrochent du pays.Décrivant l\u2019émergence du clip vidéo, et la séduction de l\u2019anglais, il croit que « chanter en français est un engagement politique ».Si la chanson contemporaine privilégie l\u2019urbanité, la famille, les enfants et les nouveaux rôles sociaux, les Québécois veulent aussi se rapprocher de ce qui a longtemps fait partie de leurs racines.À l\u2019instar de B.Roy, d\u2019autres auteurs soulignent que la chanson québécoise est devenue un produit original, exportable, d\u2019où une certaine ouverture sur le monde.2.2 La bataille de la musique et de la culture En janvier 1987, la décision controversée du CRTC d\u2019amputer, à nouveau, les quotas de musique francophone indigne une partie du lectorat de la revue21.Passant de 65 % à 55 %, alors qu\u2019il était de 75 % avant 1980, le CRTC a évoqué le marché (clientèle) et l\u2019insuffisance de la production française contemporaine pour expliquer cette mesure d\u2019ailleurs demandée par les radiodiffuseurs francophones ! 19 André GAULIN.« Le thème de la \u201cp\u2019tite vie\u201d dans la chanson contemporaine », L\u2019Action nationale, LXXXI, numéro 7, septembre 1991, p.971-980.20 Roger CHAMBERLAND.« Thématique actuelle de la chanson québécoise », L\u2019Action nationale, LXXXI, numéro 7, septembre 1991, p.961 à 969.Professeur à l\u2019Université Laval, décédé accidentellement en 2003.21 Robert RODRIGUE.« Les ondes françaises perdent encore 10 % », LXXVI, no 5, janvier 1987, p.443-447. 61 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Robert Rodrigue s\u2019interroge à savoir si les détenteurs de licence ont vraiment déployé tous les efforts nécessaires pour développer chez le public ce « goût de l\u2019expression musicale francophone », proposant même en conclusion de créer un CRTQ.Les radios, en tant qu\u2019acteurs incontournables pour accentuer les stratégies de la dynamique sociale, doivent faire leur part pour diffuser et faire connaitre les réalisations d\u2019ici.Il ne s\u2019agit pas de « protection culturelle », mais bien de faire honneur à nos artistes.En novembre 1991, deux articles dénoncent l\u2019incompétence des radiodiffuseurs à mettre en valeur la musique francophone.Ces auteurs sont conscients de l\u2019importance de ces outils, ayant comme fonction sociale de représenter le vécu de la société où elles sont implantées, afin de promouvoir cette « société distincte » ainsi que sa spécificité culturelle.La question se pose de nouveau pour Marc Raboy : à quand un CRTQ ?Pour que le Québec soit souverain dans sa culture et pour qu\u2019elle ait des chances de s\u2019affirmer sans aliénation et sans occultation, il est impératif que la musique québécoise passe par la valorisation et la défense de la langue française.Car parler français en Amérique c\u2019est aussi jouer un rôle, soit celui de « prendre en compte le long combat de l\u2019Amérique française22 ».22 André GAULIN.« L\u2019enquête d\u2019identité dans la chanson francophone d\u2019Amérique ».CEFAN, 1994, p.99-109.Monsieur Gaulin était alors professeur au département des littératures à l\u2019Université Laval. 62 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 3.La période d\u2019après le second référendum : de l\u2019affirmation nationale dans le processus global de l\u2019uniformisation culturelle à son indépendance 3.1 Patrimoine musical du Québec : du retour aux sources à une vision plus globale Malgré l\u2019échec du référendum du 30 octobre 1995, qui est en réalité un véritable « match nul » (50,58 % pour le OUI et 49,42 % pour le NON, une différence de seulement 54 288 voix), les Québécois décident d\u2019opérer un retour sur soi indispensable pour retrouver la confiance en eux.De la reconnaissance des pionniers à la valorisation de la musique traditionnelle, la revue prends maintenant la musique comme un enjeu fondamental pour notre identité.Sur les onze articles de cette période, quatre concernent l\u2019importance des racines folkloriques dans le développement d\u2019une musique typiquement québécoise.Par exemple, la revue laisse place à deux membres de la Société pour la promotion de la danse traditionnelle québécoise (SPDTQ), dont son vice-président, Pierre Chartrand, qui part du « reviva- lisme » des années 1920 et remonte le siècle afin d\u2019expliquer comment la veillée traditionnelle urbaine a su s\u2019implanter et prendre son essor dans la culture populaire23.Cela témoigne que la revue poursuit un effort de sensibilisation de la popu- 23 Pierre CHARTRAND.« La promotion de la danse traditionnelle québécoise ou l\u2019Apologie du swing », L\u2019Action nationale, LXXXVIII, no 9, novembre 1998, p.113-120.Rappelant la fondation en 1944 des Archives de folklore de l\u2019Université Laval par Luc Lacourcière, Pierre Chartrand insiste sur le fait que les années 1950-1960 permettent la connaissance de notre répertoire traditionnel, période également alimentée par le « réveil nationaliste » des années 1970 et par la fondation à ce moment de plusieurs groupes à saveur traditionnelle. 63 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 lation à sa culture traditionnelle, ce qui favorise un « renforcement des identités et des valeurs nationales24 ».La revue publiera en 2004 des articles plus sérieux sur l\u2019héritage musical du Québec, notamment pour le dossier « Renouveau traditionnel : les enjeux politiques ».Dans une entrevue, Yves Lambert de La Bottine Souriante, explique que « le patrimoine vivant est indissociable du politique » et qu\u2019il faut être sensible au rapprochement musical voire au métissage des cultures25.Trois articles rendent un hommage chaleureux à des artistes québécois récemment décédés : Pauline Julien (1998), George Dor (2001) et Sylvain Lelièvre (2002).Ceux-ci ont su chanter la Québécie et ont permis aux Québécois de comprendre que l\u2019avenir passe d\u2019abord par les racines, que les traditions doivent être au service du possible.Bref, l\u2019identité du présent est inextricable du passé, ce qui garantit un futur, un possible « pays-à-venir », auquel on refuse de renoncer26.24 Caroline PERRON.« La relève de la tradition : Perpétuer l\u2019esprit de la musique », Ibid., p.121-134.25 Sylvain DESCHÊNES.« La démarche de monsieur Lambert », L\u2019Action nationale, XCIV, numéro 2, février 2004, p.85-107.Dans ce dossier, on retrouve aussi un autre texte de Deschênes, « La résurgence de la parole vivante » (p.74-84), ainsi qu\u2019un texte de Sylvie Genest intitulé « Québécitude et musique québécoise » (p.108-114).26 RÉDACTION (anonyme, Rosaire Morin ?).« Pauline Julien », L\u2019Action nationale, LXXXVIII, numéro 9, novembre 1998, p.9-10.André GAULIN.« Maintenant que Georges Dor\u2026 », L\u2019Action nationale, XCI, numéro 7, septembre 2001, p.107-112.Gaulin associe aussi Félix Leclerc au patriotisme dans « Les aspects de la culture et du pouvoir symbolique » (L\u2019Action nationale, XCVI, numéro 9, novembre 2006, 18 p.) : « Avec le retour des oies sauvages chantées par les deux Félix, Savard et Leclerc, mai célébrait un peu partout la fête nationale des Patriotes.» Jean- Luc GOUIN.« Hommage à Sylvain Lelièvre \u2013 La badloque », L\u2019Action nationale, XCII, numéro 6, juin 2002, p.25-28. 64 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Enfin, quatre articles couronnent cette période fructueuse.L\u2019Action nationale met ainsi de l\u2019avant ses plus belles synthèses de notre histoire musicale, dont l\u2019impressionnant dossier spécial sur « l\u2019héritage musical du Québec » en janvier 2014.Affirmant avec fierté notre « résistance culturelle » et quatre siècles de pratiques musicales, la revue témoigne de la richesse d\u2019une musique qui a permis l\u2019édification de représentations symboliques et d\u2019une référence collective par lesquelles s\u2019est construit tout un univers identitaire.Ce répertoire mérite d\u2019être nommé et l\u2019on doit renouer avec ce patrimoine27.3.2 Le 400e de Québec : l\u2019occultation fédérale de la nation québécoise La revue ne peut passer sous silence le traitement fédéral des fêtes du 400e anniversaire de fondation de Québec, berceau de l\u2019Amérique française, en 2008.La chanson officielle (Tant d\u2019histoires à raconter) ne mentionne pas le mot « Québec » \u2013 il a cependant été ajouté dans au moins une interprétation sur disque \u2013 ni le nom de personnages reliés à son histoire ! Le spectacle « Viens chanter ton histoire » n\u2019avait d\u2019historique qu\u2019un « clin d\u2019œil » à Félix Leclerc28.Négliger le fondateur de la Nouvelle-France, les musiciens du Québec ainsi que la 27 Jean-N.DE SURMONT.« L\u2019apport des phénomènes chansonniers dans la construction de la référence collective : le cas du Québec et de la France », L\u2019Action nationale, XCIV, no 3, mars 2004, p.74-93.Bruno ROY.« La chanson au Québec : un relais pour l\u2019avenir », L\u2019Action nationale, XCVII, numéros 9 et 10, novembre/décembre 2007, p.102- 116.Pierre-Paul SÉNÉCHAL.« Hymne national du Québec \u2013 comment chanter un pays qu\u2019on ne reconnaît plus ?», L\u2019Action nationale, CIII, no1, janvier 2013, p.36-53.Luc BELLEMARRE.« Y a-t-il une histoire de la musique classique du Québec ?L\u2019héritage musical du Québec », L\u2019Action nationale, CIV, no 1, janvier 2014, p.72-117.28 Gaston DESCHÊNES.« 2008 : L\u2019anniversaire exproprié », L\u2019Action nationale, XCVIII, numéros 9 et 10, novembre/décembre 2008, p.113- 142.L\u2019auteur est professeur à l\u2019Université McMaster et a également écrit un livre sur le tricentenaire de Québec. 65 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 majorité de nos symboles a été perçu par plusieurs comme une insulte, mais aussi comme une preuve supplémentaire de la volonté d\u2019Ottawa d\u2019usurper la légitimité de la culture nationale du Québec afin de briser l\u2019élan de son processus identitaire d\u2019affirmation à l\u2019échelle mondiale.3.3 La mondialisation comme tremplin pour la culture québécoise : l\u2019affirmation pleine et entière d\u2019une culture unique qui fait la fierté du Québec partout à travers le monde Les années 1995 et suivantes donnent aux chanteurs québécois l\u2019occasion de se démarquer sur la scène internationale.La revue souligne notamment toute la contribution de Luc Plamondon et de Céline Dion au rayonnement de la culture québécoise et à la conquête de marchés internationaux.Ceci démontre un souci de faire la preuve que lorsque les Québécois revendiquent leur identité à l\u2019étranger, cela permet d\u2019ouvrir des frontières, mais également de confirmer que, par son exportation culturelle, le Québec est moderne, dynamique et très ouvert sur le monde29.Cette troisième et dernière partie d\u2019analyse démontre clairement que la victoire du NON en octobre 1995 n\u2019a pas affecté la société québécoise de la même manière qu\u2019en mai 1980.Le retour fécond à la musique traditionnaliste et à une chanson franco-engagée au tournant des années 2000, faits relatés par les auteurs de la revue à de nombreuses reprises, permet de croire que l\u2019échec référendaire a cette fois stimulé la créativité musicale de nos artistes.* 29 Andréa OBERHUBER et Richard POULIN « Mondialisation et identité québécoise : le phénomène de l\u2019exportation culturelle \u2013 les exemples de Luc Plamondon et de Céline Dion », L\u2019AN, XC, numéro 7, septembre 2000, p.45-71. 66 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Certains thèmes traversent les trois époques.Par exemple, l\u2019importance pour le Québec d\u2019avoir un hymne national officiel, de reconnaître nos pionniers-musiciens et les figures de proue de notre histoire musicale, de valoriser notre mémoire collective, de promouvoir les liens évidents ou potentiels entre notre identité et notre culture artistique ou de comprendre le pouvoir qu\u2019a exercé la chanson sur les mentalités et le développement d\u2019une identité québécoise.Les auteurs de la revue étudiés dans notre essai s\u2019entendent aussi pour affirmer qu\u2019il est vital pour le Québec de contrôler ses télécommunications, comme la radio, en tant que service public essentiel, d\u2019où la nécessité perpétuelle d\u2019un CRTQ.Nous croyons qu\u2019en cinquante ans le discours sur la musique dans L\u2019Action nationale a eu tendance à se « replier » sur le Québec.L\u2019acte du repli n\u2019est pas négatif en soi et ne réfère pas uniquement à la survivance, mais devient plutôt la condition d\u2019un épanouissement futur30.C\u2019est d\u2019ailleurs ce repli stratégique que les Québécois(es) ont effectué au milieu des années 1960 en changeant de vocable national, s\u2019affirmant comme nation distincte.Cela est particulièrement flagrant dans l\u2019évolution de la chanson « Le plus beau voyage » de Claude Gauthier, renouant avec une identité qui maintenait à vif la mémoire collective : Je suis de nationalité canadienne-française (1960) Je suis de nationalité québécoise-française (1965) Je suis de nationalité québécoise (1970) Enfin, nous avions espéré, mais sans succès, retrouver dans le discours nationaliste de 1966 à nos jours une 30 Replier : « ramener en bon ordre un corps de troupes en arrière ».Selon le Dictionnaire de l\u2019Académie française, « la réflexion est l\u2019action de l\u2019âme qui se replie sur elle-même.» https://fr.wiktionary.org/wiki/ replier 67 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 augmentation de l\u2019importance de la musique d\u2019ici, spécialement la musique en français.Si quelques auteurs tels que Bruno Roy développent en ce sens, très peu de chroniqueurs en font leur priorité dans leur compréhension du nationalisme politique.Aucun article de L\u2019Action nationale ne traite d\u2019évènements majeurs tels que la Nuit de la Poésie en mars 1970 ni du collectif de chansonniers pour libérer les prisonniers politiques d\u2019Octobre 1970.« Chante et le Québec ne mourra pas.» \u2013 Félix Leclerc au 1er gala de l\u2019ADISQ en 1979. wo ARTS VISUELS CIEL VARIABLE ESPACE ESSE ETC MEDIA INTER LE SABORD TICARTTOC VIE DES ARTS ZONE OCCUPEE CINEMA 24 IMAGES CINE-BULLES CINEMAS SEQUENCES CREATION LITTERAIRE CONTRE-JOUR ENTREVOUS ESTUAIRE EXIT LES ECRITS MCEBIUS XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE CULTURE ET SOCIÉTÉ À BÂBORD! L'ACTION NATIONALE LIBERTE LINCONVENIENT NOUVEAU PROJET NOUVEAUX CAHIERS DU SOCIALISME RECHERCHES SOCIOGRAPHIQUES RELATIONS HISTOIRE ET PATRIMOINE CAP-AUX-DIAMANTS CONTINUITE HISTOIRE QUÉBEC MAGAZINE GASPÉSIE LITTÉRATURE LES CAHIERS DE LECTURE LETTRES QUÉBÉCOISES LURELU NUIT BLANCHE SPIRALE THÉÂTRE ET MUSIQUE CIRCUIT JEU REVUE DE THEATRE LES CAHIERS DE LA SORM THEORIES ET ANALYSES ANNALES D'HISTOIRE DE ART CANADIEN ETUDES LITTERAIRES INTERMÉDIALITÉS TANGENCE VOIX ET IMAGES U REVUES \u2026 sodep CULTURELLES QUÉBÉCOISES Société de développement des périodiques S 0 D E P.QC .CA Jgultureis québécois 69 Articles Éric Cornellier* Un grand compositeur québécois vient de nous quitter car maintenant/le vent n\u2019est plus seul/à chanter sur le rivage du temps \u2013 Alain Gagnon (poème non publié) Le 26 mars dernier, à l\u2019âge de 78 ans, le compositeur Alain Gagnon nous a quittés.Son décès n\u2019a pas fait beaucoup de bruit.Cela n\u2019est guère surprenant, car cet homme discret pratiquait un art qui ne suscite pas l\u2019enthousiasme des foules.Il écrivait des œuvres musicales exigeantes et résolument contemporaines.Des œuvres s\u2019inscrivant dans la grande tradition occidentale allant de Jean-Sébastien Bach à Arnold Schoenberg.En plus de sa famille et de ses amis, sa mort laisse dans le deuil des gens qui, comme moi, le connaissaient d\u2019abord par le contact avec ses œuvres.Contact, il faut ici le déplorer, qui aurait bien pu n\u2019avoir jamais lieu tant ses conditions d\u2019existence sont précaires et défavorisées par les environnements éducatif, socioculturel et médiatique dans lesquels nous baignons.Cette constatation mérite réflexion.* Enseignant au primaire et bachelier en musique 70 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Tout comme une œuvre littéraire a besoin de lecteurs pour vraiment s\u2019accomplir et prendre tout son sens, il en va de même pour la création musicale ; elle requiert une communauté d\u2019auditeurs.Ces auditeurs ne peuvent être les fruits d\u2019une génération spontanée.Il faut qu\u2019existent des conditions favorisant leur émergence.Et c\u2019est là que le bât blesse.La question qu\u2019il faut se poser est celle-ci : dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, une œuvre de qualité et d\u2019une certaine exigence a-t-elle des chances raisonnables d\u2019atteindre un public, de s\u2019imposer et d\u2019être reconnue à sa pleine valeur ?Pour ma part, je serais plutôt tenté de répondre par la négative.Le problème ici n\u2019étant pas la valeur intrinsèque de l\u2019œuvre, mais l\u2019absence quasi totale d\u2019un public étant à la hauteur.À qui la faute ?pouvons-nous nous demander.La faute, oserais-je répondre, est d\u2019abord éducative, et par la suite \u2013 et dans la même logique \u2013 socioculturelle et médiatique.Tâchons d\u2019éclairer quelque peu cette affirmation.La scolarité obligatoire ne se préoccupe pas suffisamment de fournir à tous et à toutes une formation artistique suffisante pour donner accès à des œuvres musicales présentant une certaine exigence.Une grande partie de la société se trouve donc dans l\u2019impossibilité de comprendre et d\u2019apprécier les œuvres de nos compositeurs.De leurs côtés, nos médias, renonçant à jouer un rôle de suppléance et d\u2019éducateur du goût public, construisent leur programmation en se laissant séduire par les sirènes des cotes d\u2019écoute et des dernières tendances sociales à la mode.Ainsi, la société québécoise ne réussit pas à échapper à cette tendance lourde qui caractérise toutes les sociétés de consommation et qui consiste à n\u2019évaluer toute chose qu\u2019à l\u2019aune de sa valeur monnayable.Dans ce contexte, seuls les artistes ayant un succès commercial passent pour être 71 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 dignes d\u2019intérêt.Et des créateurs de toute première importance comme Alain Gagnon n\u2019ont droit qu\u2019à des éloges privés sans aucune résonnance dans la sphère publique.Il y a de quoi se désoler.Né en 1938 à Trois-Pistoles, Alain Gagnon a fait des études musicales au Québec et en Europe.Pendant plus de trente ans, il a enseigné l\u2019harmonie, le contrepoint, la fugue et la composition à l\u2019Université Laval.La composition de ses œuvres s\u2019échelonne du début des années 1960 jusqu\u2019à sa mort.Son œuvre, variée, comprend des quatuors à corde, des œuvres pour piano, orgue ou guitare, des pièces orchestrales, et de nombreuses œuvres pour la voix (le meilleur de sa production, selon moi).Monsieur Gagnon était également poète et peintre.Plusieurs de ses œuvres vocales ont été écrites sur ses propres textes et ses partitions publiées arborent ses œuvres picturales sur leur page couverture.Sa musique, d\u2019une facture extrêmement personnelle et indépendante, mais rigoureusement construite, témoigne de ce que la pensée québécoise a de meilleur dans la poursuite de l\u2019authenticité individuelle.S\u2019éloignant de toute folklorisation, mais demeurant indéfectiblement fidèle à une tradition musicale provenant des pays de langue française, l\u2019œuvre d\u2019Alain Gagnon incarne ce que notre culture apporte de neuf et d\u2019original à l\u2019humanisme occidental.À ce jour, bien qu\u2019elles n\u2019aient connu qu\u2019une diffusion restreinte, ses œuvres ont été interprétées par des artistes de grand talent.Je pense ici en particulier au baryton Pierre Rancourt et au chœur de chambre Cantori de New York (et je sais commettre une injustice en oubliant ici d\u2019autres noms qui mériteraient d\u2019être cités).Mais il n\u2019existe pas à ma connaissance d\u2019enregistrements accessibles au grand public.Cela constitue une grave lacune. 72 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Espérons de tout cœur que les œuvres d\u2019Alain Gagnon continueront de trouver des interprètes de valeur et que, d\u2019ici peu, elles bénéficieront d\u2019enregistrements de qualité.Espérons que malgré tout elles sauront trouver un public capable de les accueillir et de reconnaître toute la richesse qu\u2019elles apportent à notre compréhension du monde.Cela ne serait que justice.q Dossier Mode de scrutin LE MODÈLE NORDIQUE POUR LE QUÉBEC 1.Deux options : la représentation proportionnelle mixte compensatoire et la représentation proportionnelle régionale compensée au national 75 2.Quelle est l\u2019influence des députés élus grâce au vote non francophone ?81 3.Résultats comparés : SMU, RPM et MN, élections de 1966 à 2014 87 4.Conclusion : le dinosaure SMU, la démocratie à la libérale de la RPM et le MN démocratique 106 74 Dossier Pierre Serré* Mode de scrutin Le modèle nordique pour le Québec Les partisans de la réforme du mode de scrutin ont enfermé celle-ci dans la perspective d\u2019une « représentation proportionnelle mixte » (RPM) compensatoire à l\u2019allemande.Or celle-ci n\u2019est absolument pas la forme la plus progressiste ni la plus juste et équitable de « représentation proportionnelle » (RP).Non seulement laisse-t-elle persister quelques distorsions favorisant particulièrement le parti dominant, le Parti libéral du Québec (PLQ), mais elle se trouve aussi à favoriser les forces anti- nationalistes et conservatrices en raison du vote bloc des non-francophones.En effet, la RPM a un impact différencié selon les partis quant à l\u2019accès au pouvoir.Elle procure une prime au parti gagnant qui bénéficie surtout au PLQ, une prime dont l\u2019ampleur suffit pour favoriser la prise du pouvoir en solitaire de ce dernier de manière quasi permanente.En cela, la RPM est semblable au mode de « scrutin majoritaire uninominal » (SMU) actuel du Québec (et du Canada).Elle continue de favoriser les forces anti-nationalistes et conservatrices en échange de l\u2019accès à un minimum de représentation pour les opposants nationalistes.Et finalement, la RPM partage une autre caractéristique importante avec le SMU actuel : son mode de dési- Ph.D.sciences politiques pspedrito9@gmail.com L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 75 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE gnation des candidats, les assemblées d\u2019investiture, favorise de manière indue les candidats qui parviennent à traduire concrètement l\u2019influence des non-francophones.En outre, ces candidats partageant un même profil anti-nationaliste et conservateur et sont suffisamment nombreux, sous la RPM, pour exercer un ascendant certain sur leurs autres collègues élus grâce à ses dispositions compensatoires.À l\u2019opposé, le « modèle nordique » (MN) de mode de scrutin proportionnel élimine la plupart des distorsions entre voix et sièges ; il agit de manière équitable entre partis et favorise l\u2019établissement de coalitions dans la formation des gouvernements ; il élimine la prime accordée au vainqueur et établit un équilibre complet entre forces politiques ; il n\u2019accorde aucun ascendant aux députés élus sous un mode d\u2019élection ou un autre, ne faisant en particulier élire aucun candidat par le SMU, source intarissable de distorsions démocratiques.Progressistes, nationalistes et indépendantistes peuvent s\u2019allier autour du modèle nordique et lutter pour empêcher que ne se poursuive la transformation du Québec en une République de bananes sans État et sans solidarité, soumise aux dictats du Canada et des entreprises transnationales, et pour mettre en place le Québec de demain, libre et démocratique.1.Deux options : la représentation proportionnelle mixte compensatoire et la représentation proportionnelle régionale compensée au national Les débats actuels sur un nouveau mode de scrutin pour le Québec font généralement la promotion de la « représentation proportionnelle mixte » (RPM) compensatoire à l\u2019allemande.En effet, ce dernier aurait l\u2019avantage de permettre de conserver le mode de scrutin majoritaire actuel (le SMU, L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 76 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE ou scrutin majoritaire uninominal) et de lui adjoindre un mécanisme permettant de respecter un « maximum » de proportionnalité dans la répartition des sièges.Ainsi, partant d\u2019une « représentation proportionnelle » (RP) calculée au national, la RPM compensatoire à l\u2019allemande signifie que 60 % des députés sont élus au SMU et que les 40 % restants proviennent de la soustraction du résultat calculé au national moins les 60 % élus au SMU.C\u2019est l\u2019utilisation de deux modes d\u2019élection, le SMU et la RP, qui en fait un mode d\u2019élection mixte, d\u2019où l\u2019appellation de « RPM ».On peut toutefois questionner la pertinence de conserver des éléments de SMU dans un nouveau mode de scrutin pour le Québec.De fait, les forces qui font la promotion de la réforme du mode de scrutin actuel connaissent fort bien les tares inhérentes du SMU.Seules à réclamer une réforme du mode de scrutin, elles acceptent pourtant de diluer leur proposition de représenation proportionnelle et embrassent une réforme compliquée devenant du coup une forme mixte.En réalité, une RPM a pour seul avantage de permettre aux députés actuels de conserver éventuellement leur poste, ce qui permettrait ainsi d\u2019en obtenir l\u2019appui pour enfin implanter la réforme tant désirée.L\u2019obtention de l\u2019appui du public est par conséquent d\u2019autant plus compliqué à obtenir.Plutôt que d\u2019axer la campagne de réforme du mode de scrutin autour de la simplicité des grands principes de la représenation proportionnelle, on choisit une RPM dont les arrangements alambiqués reposent sur des mécanismes pourtant beaucoup plus complexes et nettement plus lourds que presque n\u2019importe quel autre genre de représenation proportionnelle.Quelles sont les caractéristiques de la mécanique de la représentation proportionnelle mixte compensatoire à l\u2019allemande ? L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 77 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE \u2022 La répartition des sièges au national : les sièges sont d\u2019abord attribués au niveau national.Leur répartition reste par la méthode du plus fort en utilisant le quotient de Hare.\u2022 La répartition des sièges par région : le nombre de sièges par région exerce une influence directe sur le pluralisme.Plus une région comptera de sièges, plus le pluralisme y sera élevée.Connaissant le nombre de sièges par région, lequel peut fluctuer ou être uniforme, on peut calculer le nombre total de sièges par partis, nombre desquels on soustraira les sièges obtenus au SMU.Les sièges restants seront appelés « compensatoires », dans la mesure où ils corrigent le vote au SMU et visent à refléter le vote valide.Le calcul des sièges régionaux se fera sur la base de la méthode de la plus forte moyenne, en utilisant le diviseur de Saint-Laguë, plus favorable aux petits partis.\u2022 Les sièges en surnombre : le nombre de sièges par parti auxquels un parti a théoriquement droit dans une région excède parfois le nombre de sièges obtenus au SMU.Par exemple, grâce au SMU, le PLQ aurait obtenu 12 sièges sur 15 dans l\u2019Ouest de Montréal alors que théoriquement il n\u2019aurait dû en récolter que 10.Au lieu de lui enlever les deux sièges obtenus en excédent, la RPM compensatoire à l\u2019allemande convient de les lui laisser, ce qui fait que le total de sièges de la région s\u2019élèvera à 17 sièges au lieu de 15 ; le total national sera haussé d\u2019autant.\u2022 Restreindre l\u2019accès à la représentation en imposant des seuils : plusieurs pays ont décidé d\u2019imposer un ou plusieurs seuils pour restreindre l\u2019accès à la représentation.On espère ainsi, idée simpliste, écarter de la députation des partis jugés « extrémistes », quitte à compli- L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 78 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE quer en contrepartie l\u2019émergence de nouveaux partis1.On espère également d\u2019une part assurer la « stabilité gouvernementale » en procurant à un parti minoritaire aux voix une majorité artificielle de sièges2.Et d\u2019autre part éviter que la « balance du pouvoir » n\u2019aboutisse entre les mains de tels partis3.Les arguments évoqués ne sont en réalité que préjugés et arguments politiques livrés dans la bataille contre la réforme du mode de scrutin.Certainement clairement battus en brèche par ce que l\u2019on connaît du fonctionnement des systèmes électoraux.\u2022 L\u2019imposition de seuils d\u2019accès à la représentation : certains pays ont imposé, par exemple, un seuil de 5 % des votes valides au niveau national pour permettre à un parti à accéder à la députation.Dans d\u2019autres juri- 1 Comme si par enchantement ces courants politiques « extrémistes » disparaîtraient simplement en les empêchant d\u2019accéder à la députation.Comme si nier l\u2019existence de ces clivages politiques résoudrait les questions qu\u2019ils introduisent dans la vie politique.2 Comment faire plus instable ?Comment un système électoral peut-il être plus contraire aux principes de base de la démocratie représentative : tant de voix, tant de sièges ?En quoi un parti qui n\u2019a que 35 % des voix, mais porté au pouvoir avec une majorité de sièges, saurait-il faire les compromis nécessaires pour gouverner l\u2019ensemble ?En réalité, seules les coalitions arrivent au pouvoir avec un programme de gouvernement, les partenaires ayant négocié entre eux pour y arriver.Dans nos systèmes électoraux québécois et canadiens, tous les partis portés au pouvoir grâce à une « majorité » de sièges sont dotés des pleins pouvoirs et « gouvernent pour la majorité de l\u2019électorat », une affirmation incompréhensible.Les gouvernements sont jugés tantôt sur leur programme et leurs promesses, tantôt sur leur bilan et leurs réalisations.Toujours jugés sur l\u2019ensemble de leur œuvre ou sur leur dernière mesure populaire ou impopulaire : un gouvernement majoritaire, dont l\u2019élection tient d\u2019une nature confuse, gagne ou perd quand une vague renverse son adversaire ou quand l\u2019une d\u2019entre elles le renverse lui-même.Autant ces vagues sont incontournables pour qu\u2019il puisse y avoir alternance de partis au gouvernement, autant ces vagues créent une véritable instabilité gouvernementale.3 Comme si avoir 1 % ou 2 % des sièges était plus important pour former une coalition que l\u2019un ou l\u2019autre partenaire formant celle-ci ! L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 79 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE dictions, sans satisfaire un tel seuil national, des partis peuvent néanmoins accéder à la représentation s\u2019ils satisfont un ou deux autres seuils d\u2019accès à la représentation : obtenir au moins un élu dans une région ou obtenir au moins 5 % ou 10 % des votes valides dans une seule région.Avec de tels doubles ou triples seuils, l\u2019entrée à la chambre législative ne se fait finalement imposer que très peu de restrictions.Enfin, certains pays n\u2019imposent aucun seuil4 : les partis extrémistes peuvent exister, mais aucun des autres partis ne tentera de se les allier pour constituer une coalition gouvernementale.\u2022 L\u2019existence de primes à la députation : les partis les plus faibles ayant été éliminés en vertu des seuils d\u2019accès à la représentation, les pourcentages des votes valides obtenus par les partis éliminés seront disponibles pour l\u2019ensemble des autres partis, bénéficiant naturellement au parti le plus fort aux voix.Il s\u2019agit d\u2019un point très important, car la possibilité pour un parti de disposer d\u2019une prime suffisante pour le rendre capable d\u2019obtenir une majorité des sièges change toute la donne du type de représentation proportionnelle proposée.\u2022 Et autres particularités.La RPM compensatoire à l\u2019allemande souffre d\u2019un autre problème considérable : le mode de sélection des candidats propre au SMU.En assemblée d\u2019investiture, là où sont sélectionnés les futurs candidats des partis, les candidats remportant leur investiture ont tendance à être des hommes, âgés de 50 ans et plus, membres des professions libérales et liés à 4 Il existe toutefois toujours un seuil implicite : il s\u2019agit de calculer la proportion minimale de voix nécessaire pour permettre l\u2019élection d\u2019un parti donné. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 80 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE l\u2019élite économique locale.Ils sont blancs et appartiennent le plus souvent à la communauté majoritaire5.Collectivement, les élus peuvent exercer un biais façonnant les politiques gouvernementales.Une assemblée législative composée de millionnaires, avec faibles contrôles quant au démarchage entre élus et groupes d\u2019intérêts, comme on en trouve aux États-Unis, ne peut qu\u2019adopter des politiques et des mesures compatibles avec les vues de ses membres.Une assemblée excluant ou réduisant le poids des femmes, ou des minorités, des autochtones, etc., en fera autant.5 Lorsque les salaires offerts aux postes de ministres sont mauvais, les postes sont alors souvent occupés par des aventuriers qui n\u2019ont rien à perdre compte tenu de leur emploi ante-politique : attachés politiques, vendeurs d\u2019assurances, agents immobiliers, vendeurs d\u2019autos usagées, petits commerçants ou professionnels à leur compte, leurs finances sont souvent précaires, au point qu\u2019il leur est préférable de tout quitter et de se lancer dans une carrière politique qui les assurera d\u2019un siège d\u2019arrière-banc, voire d\u2019un tremplin au fédéral ou, au contraire, d\u2019une retraite dans un poste de député au provincial, un poste quelconque dans une Société d\u2019État ou Société de la Couronne.Ce sont eux qui administreront la culture, l\u2019immigration, l\u2019éducation, la santé et les services sociaux ; ce sont eux qui propulseront le Québec dans l\u2019économie du futur et qui protégeront l\u2019environnement et les espèces menacées.On les tiendra pour grands connaisseurs en économie pour avoir presque fait faillite ou vivoté d\u2019un emploi à l\u2019autre.Pis encore, ce sont eux qui seront chargé de l\u2019administration de la justice, qui se battront pour les droits individuels et collectifs, qui se prononceront contre la discrimination.Et, au final, ce sont eux dont on célèbrera le nom en les apposant sur telle ou telle ruelle, tel ou tel dépotoir.Lorsque les salaires offerts sont minimalement intéressants, les postes attirent alors souvent des membres de l\u2019élite économique, comme si de bons salaires étaient garanties de compétence ! Grâce aux appuis glanés auprès des leurs, ces candidats se donneront pour mission de renvoyer l\u2019ascenseur dès qu\u2019ils le pourront une fois rendus au pouvoir.Ils sont peu nombreux, soit, mais nettement plus influents.Conservateurs, ce sont eux qui imposeront leur conception du pays et des rapports que ce dernier doit entretenir avec le Canada.Issus du secteur privé, souvent de firmes œuvrant à l\u2019étranger.Leur soumission au premier ministre est toute relative ; seulement quand ce dernier est issu des mêmes sérails. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 81 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE 2.Quelle est l\u2019influence des députés élus grâce au vote non francophone ?La sélection des candidats sous le SMU comporte, dans le cas québécois, des implications qu\u2019on ne saurait ignorer : cela semble banal, mais demeure pourtant fondamental.Comme chacun le sait, le vote, au Québec, est fonction de la « langue parlée le plus souvent à la maison » (non de la « langue maternelle »), et cela depuis que le Parti québécois existe (et sans doute avant).Cela est bien connu, le SMU favorise le régionalisme tout autant que le clientélisme.Dans le cas québécois, il accorde une influence particulière aux groupes qui votent en bloc en faveur d\u2019un parti6, en l\u2019occurrence le PLQ ou son option.De fait, les députés ne sont d\u2019abord pas les représentants de leur « ethnie » (ou leur « groupe linguistique »), mais plutôt porte-parole de l\u2019électorat qu\u2019ils représentent.Sans quoi l\u2019influence des anglophones, depuis nombre de décennies, serait proche du néant puisque la communauté anglo-québécoise compte très peu de députés issus de ses rangs depuis les années soixante.De même, chez les allophones, comme les communautés étaient si peu nombreuses et se sont de plus tellement diversifiées au fil du temps que presque aucune ne dispose à elle seule d\u2019une influence suffisante pour influencer le PLQ.Ce sont surtout, voire quasi exclusivement des francophones qui les représentent.Dans la répartition des sièges, les non-francophones exercent donc une influence permanente sur l\u2019issue du scrutin dans 35 % à 40 % depuis 1970.Leur poids représente environ 25 % de la clientèle libérale en cas de victoire aux élections, 6 Ou contre un ou des partis.Deux exemples : en 1976, les anglophones votaient contre les PQ et PLQ et en faveur de l\u2019Union nationale ; en 1989, ils votaient de nouveau contre ces mêmes partis et en faveur des partis anglophones qu\u2019étaient les Equality Party et le Unity Party. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 82 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE et environ 35 % en cas de défaite.Sur le plan de la répartition des sièges, leur influence a pu être mesurée par l\u2019existence de seuils linguistiques : chaque élection et chaque sous- région comporte une proportion de francophones qui sépare les circonscriptions entre le ou les partis à clientèle mixte (non francophone et francophone, i.e.le PLQ) contre le ou les partis à clientèle francophone exclusivement (i.e.le Parti québécois [PQ], la Coalition avenir Québec [CAQ], Québec solidaire [QS], etc.).En réalité, au-delà de cette proportion de francophones, les candidats du ou des partis francophones étaient systématiquement élus, tandis qu\u2019en-deçà, seuls les candidats libéraux l\u2019étaient.Les seuils linguistiques déterminent donc trois cas de figure pour chaque élection et chaque sous-région, permettant de mesurer précisément l\u2019influence des non-francophones dans la répartition des sièges : les circonscriptions de Type A, dans lesquels les non-francophones renversent le vote francophone, auxquels s\u2019ajoutent les sièges de Type B, dans lesquels les non-francophones ne renversent pas le vote francophone, mais sont suffisamment nombreux pour exercer une influence sur les décisions de l\u2019élu, et enfin les sièges de Type C, dans lesquels les non-francophones ne sont pas présents et n\u2019exercent donc aucune influence sur les élus.Grâce à ces distinctions, il est possible de passer de la mesure de leur influence dans leur clientèle à une première mesure de leur influence dans la députation.Ainsi, de 1970 à 2014, lorsque le PLQ était défait, les députés à influence non francophone représentaient environ 90 % des sièges libéraux.Lorsque le PLQ était victorieux, attirant donc davantage de francophones, l\u2019influence des non-fran- cophones dans l\u2019ensemble des sièges libéraux se situait en moyenne à environ 67 %.Mais au fur et à mesure que l\u2019on L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 83 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE monte dans la hiérarchie du parti, les proportions représentées par les sièges A et B augmentent.Chez les ministres, ils représentaient environ 90 %, tandis que chez les 7 ou 8 ministres les plus importants, elles atteignaient presque les 100 %.Contrôle du PLQ dans l\u2019opposition, et contrôle du PLQ au pouvoir, influençant de manière permanente le cadre de légitimité de la politique au Québec.Les non-francophones ont contribué à faire élire huit des treize gouvernements depuis 1970.Leur vote a renversé le vote francophone non seulement au référendum de 1995, mais aussi aux élections de 1989, à celles de 2003, 2007, 2008 et 2014.Ces sièges A et B ont également fait passer le gouvernement péquiste de 2012 du statut de majoritaire à celui de minoritaire.En vertu de leur contrôle de l\u2019opposition, les sièges à influence non francophone ont miné les efforts gouvernementaux voulant montrer, en guise de résistance face à Ottawa, la solidarité nationale des Québécois.Elles ont plutôt affaibli les positions du Québec.Bref, tant lorsque le PLQ était au pouvoir que dans l\u2019opposition, les élus marqués par l\u2019influence des non-francophones ont constitué un puissant groupe ayant maintes fois démontré sa capacité d\u2019infléchir la conduite du gouvernement québécois, et même d\u2019affaiblir les positions nationalistes de ce dernier.(Il est important de distinguer entre « immigrants » et « non- francophones ».Les premiers peuvent être francophones ou francotropes, ou être anglophones ou anglotropes, si bien que les positions qu\u2019ils adopteront seront conséquentes.Le passage du temps a de plus transformé la composition du groupe non francophone ; de natifs hostiles à la loi 101, il s\u2019est composé de plus en plus d\u2019immigrants divisés entre francotropes et anglotropes.) L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 84 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE D\u2019autre part, en demeurant une clientèle captive des libéraux provinciaux et fédéraux, les non-francophones ont fait et continuent de faire l\u2019histoire du Québec.Cela même si le mythe continue de faire équivaloir l\u2019histoire québécoise à la seule histoire des francophones.Même lorsque celle-ci persiste à ignorer l\u2019impact des non-francophones en avalisant le discours des associations ethnoculturelles, lequel souligne plutôt combien « tous » les immigrants se sentent impuissants et aliénés face à une majorité francophone insensible, au contrôle de l\u2019État et\u2026 certainement xénophobe, idées circulant abondamment chez les non-francophones anglo- tropes.Les non-francophones valorisent ainsi le multiculturalisme et le clientélisme, qui affaiblissent le contrôle de la majorité francophone face au libre-choix fédéral.Ils offrent en effet la plus grande méfiance envers un État provincial-instrument de pouvoir de la majorité francophone, appelant à l\u2019aide l\u2019État fédéral pour garantir le libre-choix linguistique.Ils recherchent du coup le plus faible interventionnisme possible de l\u2019État provincial en matière de politiques nationales et sociales, se montrant par ailleurs plus favorables à une gouvernance forte, quitte à tolérer une plus faible participation à la décision publique et davantage de dérive dans la prise de décision.En d\u2019autres termes, le SMU a eu pour effet de créer un noyau de députés libéraux permanent, relativement insensible à la corruption et nettement enclin à se lier \u2013 se soumettre \u2013 à l\u2019élite économique et financière qui contrôle le PLQ et le Québec, qui fuit toute forme de nationalisme même en claire situation d\u2019agression canadienne.Si la RPM permet d\u2019avoir suffisamment d\u2019élus au SMU pour que le PLQ se maintienne sous la domination du groupe L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 85 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE de députés non francophone, il y a nettement problème.Un problème que toute personne attachée au devenir de la nation québécoise se devrait d\u2019examiner.D\u2019autres modes de scrutin proportionnels sont capables d\u2019écarter ce genre de situations.Aussi vrai que le SMU est « démocratiquement infect », ainsi que l\u2019affirmait publiquement René Lévesque en 1969 lors de la fondation du PQ, la RPM ne peut être une solution valable pour la majorité francophone.Le « modèle nordique » (MN), semblable à celui utilisé au Danemark et en Suède, permet au contraire de bénéficier des avantages de la RPM tout en en corrigeant les irritants les plus irrecevables.Plus simple également à expliquer que la RPM, le MN est plus juste, plus équitable, plus démocratique, et ne favorise aucune force politique de manière indue, contrairement à la RPM.De mécanique semblable à la RPM, le MN est un scrutin de liste, une proportionnelle régionale corrigée au national.En pratique, 85 % des sièges (125 sur 147) sont distribués entre les régions sur la base des votes valides via la méthode de la plus forte moyenne (en utilisant le diviseur de Saint-Laguë).Les 15 % de sièges restants (22 sur 147) sont dits « compensatoires » en ce sens qu\u2019ils renvoient à une répartition nationale des sièges de laquelle sont soustraits les 85 % de sièges de la répartition régionale.Ainsi, ces 22 sièges corrigeront les écarts entre la répartition régionale des sièges et la répartition nationale théorique des sièges.Par exemple, on détermine le nombre et la répartition des sièges (en l\u2019occurrence, aucun seuil) dans chaque région sur un total de 125 : partis A, B et C, 5 sièges chacun (méthode des plus fortes moyennes, diviseur de Sainte-Laguë).La somme des sièges alloués à la proportionnelle régionale (partis A, B, C, respectivement 50, 50, 25) est ensuite com- L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 86 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE parée à ce qu\u2019est la répartition nationale des sièges (respectivement 55, 60, 32, méthode du plus fort reste, Quotient de Hare).L\u2019écart entre ce total national et la somme des sièges pourvus à la proportionnelle régionale sera corrigé par les sièges compensatoires (respectivement 5, 10, 7).Donc, après avoir déterminé les sièges compensatoires, on les répartit par région.À cette étape, la répartition des sièges par parti et par région se fera selon la méthode du plus fort reste (Quotient de Hare) : ainsi, pour le parti A, la région 1 ne recevra aucun siège, la région 2 en recevra 2 (les régions 3, 4, 5 et 6, aucun, etc.), pour un total de 5 sièges compensatoires.Le même calcul est repris pour chaque parti.Bref, les sièges de la proportionnelle régionale additionnés aux sièges compensatoires correspondront presque parfaitement à la répartition calculée au national selon la méthode du plus fort reste. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 87 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE 3.Résultats comparés : SMU, RPM et MN, élections de 1966 à 2014 Pour évaluer les qualités de chaque mode de scrutin, on procède généralement par scénarios.Certains souligne que ces derniers étant infinis en nombre, le danger est de n\u2019en fabriquer que certains, ceux qui sont l\u2019objet des préférences des « scénaristes », et de s\u2019y tenir comme s\u2019il n\u2019en existait pas d\u2019autres.Mais on rétorque que justement, la fabrication de scénarios non pertinents rend les comparaisons insignifiantes.La meilleure façon d\u2019éviter de tels écueils et d\u2019éviter de multiplier le nombre de scénarios est de revenir aux résultats électoraux réels des 13 élections survenues au Québec entre 1966 et 2014 (et trois référendums)7 et reprendre la répartition des sièges avec des modes de scrutin différents.Les scénarios suivants reprennent donc des événements recouvrant des époques démocratiquement inégales, dont certaines seulement sont rigoureusement conformes au principe d\u2019égalité du droit de vote des électeurs, aux élec- 7 Celles-ci ne se sont pourtant pas déroulées dans des conditions démocratiques optimales.En matière de carte électorale, les distorsions étaient extrêmes et très bien connues dès la carte électorale utilisée en 1966 et en 1970.Elles n\u2019ont été que partiellement corrigées dans la carte utilisée lors des élections de 1973 et de 1976 (et du référendum de 1980).Il fallut attendre la carte utilisée aux élections de 1981 et de 1985 pour rétablir une cadre démocratiquement plutôt fidèle au principe d\u2019égalité du droit de vote des électeurs.L\u2019évolution démographique a par la suite entraîné de nouvelles distorsions amenant une sous-représentation des banlieues et des régions en croissance démographique, contre une surreprésentation marquée du centre des grandes métropoles et des régions en décroissance démographique Une nouvelle carte utilisée en 1989 fut utilisée lors du référendum de 1992, tandis qu\u2019une autre carte a été utilisée en 1994 et 1998 (en plus du référendum de 1995).La carte de 2003 a par la suite servi en 2007 et en 2008, tandis que les élections de 2012 et de 2014 reposaient sur la même carte électorale. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 88 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE tions contrôlées par le Directeur général des élections, un officier de l\u2019Assemblée nationale agissant avec la plus grande indépendance et la plus grande neutralité, chargé du respect des règles démocratiques, etc.Un passé qui pourrait néanmoins ressembler à une éventuelle réalité future.Ces scénarios supposent par ailleurs que les règles n\u2019ont aucune influence sur le comportement des acteurs, autant les électeurs que les partis politiques.Or dès l\u2019introduction de quelques modifications au mode de scrutin, notamment l\u2019établissement d\u2019un lien précis de proportionnalité entre voix et sièges ou l\u2019implantation d\u2019éléments de proportionnelle, les partis vont immanquablement changer leur comportement, cherchant à conquérir tous les votes sans égard à leur localisation.Les électeurs en feront autant, se permettant de voter davantage en fonction de leurs convictions qu\u2019en fonction d\u2019un nombre limité de partis8.Dans un premier temps, au tableau A1, (voir version internet), les résultats des 17 consultations (14 élections et 3 réfé- 8 Qui plus est, après les premières élections voyant la mise en place des réformes du mode de scrutin, les élections suivantes continueraient de creuser l\u2019écart par rapport au système électoral antérieur.Partis et électeurs deviendraient donc de plus en plus libres d\u2019agir en fonction de leurs convictions et libres d\u2019exprimer celles-ci.Les différents (et plus nombreux) partis politiques fidèles à leur électorat n\u2019en rechercheront pas moins la collaboration de leurs pairs les plus proches idéologiquement de manière à constituer des gouvernements de coalition.C\u2019est de la sorte qu\u2019ils offriront à l\u2019électorat le programme qu\u2019ils auront négocié avec leur(s) partenaire(s).Faute de réaliser leur programme promis, leur coalition éclatera ; faute de rester fidèles à leurs propres électeurs, ces partis éclateront.Partis programmatiques, ils s\u2019engageront précisément là où des partis pragmatiques se contentent d\u2019un programme flou, prêts à gouverner seuls, loin de toute coalition.Toutefois, à terme, les partis pragmatiques ne pourront que céder la place aux partis programmatiques.Un parti nationaliste et conservateur, tel la « Coalition Avenir Québec » par exemple, changera sans doute de nature au fil des élections, comme les autres partis.Quant aux électeurs, leur culture politique sera de plus en plus importante, tandis que leur taux de participation augmentera. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 89 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE rendums9) tenus de 1966 à 2014 sont présentés en fonction de trois modes de scrutin différents, dont deux simulés : les résultats réels, selon le mode de scrutin majoritaire uninominal (SMU), les résultats simulés selon la représentation proportionnelle mixte compensatoire à l\u2019allemande (RPM), et les résultats simulés selon le modèle nordique (MN), grosso modo semblable au mode de scrutin en usage au Danemark et en Suède.Pour ce qui est du SMU, faute de mieux10, il fut décidé d\u2019utiliser les véritables circonscriptions provinciales, au nombre de 108 à 125 de 1966 à 2014, et leurs résultats réels.Partant de ces résultats, pour le calcul des résultats simulés à la RPM, nous avons fait équivaloir ces circonscriptions à 60 % du total et leur avons ajouté 40 % d\u2019élus au scrutin de liste.Le nombre total d\u2019élus à la RPM repose donc sur environ 200 sièges pour chaque consultation11 ; en vertu de la règle des sièges en « surnombres », quelques autres sièges 9 Les référendums ont été traités comme des élections générales, ce qui permet d\u2019augmenter le nombre de scénarios.10 Afin de respecter le nombre maximal de circonscriptions qui existent actuellement, soit 125 sièges, on utilise habituellement les résultats des élections provinciales transposés dans les frontières des 75 circonscriptions fédérales, et on simule les résultats selon la Représentation proportionnelle pour 50 élus au scrutin de liste, ce qui aurait respecté les proportions respectives de 60 % et 40 % des 125 sièges.Il aurait évidemment été intéressant de disposer des résultats de toutes les élections depuis 1966 transposés dans les frontières des circonscriptions fédérales, mais nous ne disposions toutefois que de quatre élections retransposées dans les frontières fédérales, soit les élections de 1998, 2003, 2007 et 2008.11 Ce qui donne les nombres de sièges suivants : de 1989 à 2014, chacune des consultations comportait 125 sièges comblés par SMU, ou 60 % du total des sièges, auxquels s\u2019ajoutaient environ 85 d\u2019élus au scrutin de liste compensatoire, soit environ 40 % du total des sièges, pour un total de 210 sièges ; pour la carte de 1981-85, 122 au SMU et 83 en RPM, pour un total de 205 sièges ; pour la carte de 1973-76-80, 110 au SMU et 75 en RPM, pour un total de 185 sièges ; pour la carte de 1966-70, 108 au SMU et 72 en RPM, pour un total de 180 sièges.Totaux avant l\u2019ajout des sièges en surnombre. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 90 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE ont été ajoutés, ce qui a augmenté le total de sièges entre 1989 et 2014 entre 211 et 221.Pour la RPM, l\u2019utilisation des 108 à 125 circonscriptions provinciales comme base de calcul en lieu et place des 75 circonscriptions fédérales introduit un biais qu\u2019on ne peut ignorer : plus le nombre de sièges est élevé, plus les simulations sur cette base s\u2019approchent d\u2019une répartition proportionnelle des sièges.Enfin, la fourchette de sièges de la RPM était nettement plus imposante que celle du MN, dont le nombre fixe était de 147 circonscriptions de 1989 à 2014, et jusqu\u2019à 127 de 1966 à 197012.Pour des comparaisons optimales, il eut été préférable d\u2019utiliser le même nombre de sièges pour tous les modes de scrutin.Le tableau A2, (également dans la version internet), présente d\u2019abord les distorsions entre la répartition réelle des voix et la répartition des sièges selon chacun des trois modes de scrutin, SMU, RPM et MN.Diverses autres statistiques d\u2019intérêt suivent, en rapport avec les tableaux 1 à 5, qui résument les statistiques discutées ci-dessous.3.1 Les distorsions brutes La première observation (tableau 1) implique une comparaison entre les distorsions brutes (« % des sièges » moins « % votes valides ») entre partis selon le SMU, la RPM et le MN.Les distorsions moyennes en faveur du PLQ (17 consultations) varient considérablement selon les modes de scrutin, étant nettement favorables au PLQ sous le SMU (7 %), légèrement sous la RPM (2 %) et nulles sous le MN (0 %).Le mode de scrutin le plus favorable au PLQ reste donc le SMU.12 Et de 144 en 1981-85, 129 en 1973-76-80 et de 127 en 1966-70. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 91 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE Au PQ (16 consultations, car le parti n\u2019existait pas en 1966), les distorsions moyennes sont plus faibles : 2 % sous le SMU, 2 % sous la RPM et 1 % sous le MN.L\u2019impact du mode de scrutin semble plus limité.Cependant, lorsque l\u2019on distingue entre victoires et défaites, l\u2019impact du mode de scrutin explose.De fait, sous le SMU, le PLQ dispose d\u2019une surreprésentation imposante de 20 % pour ses 9 victoires contre une sous-représentation de 7 % lors de ses 8 défaites.Cet avantage moyen du PLQ sous le SMU fond comme neige au soleil avec la RPM : en situation de victoires, le PLQ dispose d\u2019une surreprésentation de 3 % contre une sous-représentation de 1 % en cas de défaites.C\u2019est toutefois le MN qui se révèle le plus proche de la proportionnalité recherchée : 0 % de distorsions en cas de victoires du PLQ, 1 % en cas de défaites.Au PQ, sous le SMU, les victoires du PQ suivent les résultats obtenus par le PLQ.Elles lui confèrent une surrepré- sentation moyenne « sièges c.votes valides » de 17 % des Tableau 1 : DisTorsions bruTes % De sièges c.% De voix, Québec, 17 consulTaTions De 1966 à 2014 1966- 2014 Distorsions brutes moyennes : « proportions des sièges » moins « proportions des votes valides » SMU RPM MN PLQ (n=17) 7% 2% 0% V D V D V D 20% -7% 3% -1% 0% -1% PQ (n=16) 2% 2% 1% V D V D V D 17% -11% 2% -2% 0% -1% V = victoire D = défaite L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 92 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE sièges contre une sous-représentation de 11 % en cas de défaites.Mais avec la RPM, cette surreprésentation lors de ses victoires tombe à 2 % du PQ, à laquelle s\u2019est rajoutée une sous-représentation équivalente (-2 %) dans ses défaites.Le portrait du MN est identique au PLQ : autant de votes valides que de sièges en cas de victoire (0 %), légère surreprésentation des sièges de 1 % par rapport aux proportions des votes valides.En somme, les mouvements des votes sont extrêmes sous les SMU et touchent autant le PLQ que le PQ.Ils sont considérablement réduits sous la RPM et, pour ainsi dire, inexistants sous le MN.3.2 Conséquences sur l\u2019accès au pouvoir Quel mode de scrutin a été le plus impliqué et quel parti en a le plus bénéficié dans l\u2019accès au pouvoir en solitaire ?Le SMU est le mode de scrutin qui offre la fréquence d\u2019accès au pouvoir la plus élevée pour l\u2019obtention de gouvernements majoritaires (tableau 2).En effet, sous le SMU de 1966 à 2014, 15 des 17 consultations ont fabriqué des gouvernements majoritaires, tandis que la RPM n\u2019en a produit que 7 et le MN, 5.Les gouvernements minoritaires, que l\u2019on fait équivaloir ici aux gouvernements de coalition, étaient donc marginaux sous le SMU (seulement 2 sur 17), mais représentaient 10 gouvernements sous la RPM et plus encore sous le MN, c\u2019est-à-dire 12 sur 17, ce qui en faisait pour ainsi la règle.Les 15 gouvernements majoritaires sous le SMU se sont partagés plutôt également entre PLQ (8) et PQ (6, plus 1 pour l\u2019UN, le cas aberrant de 196613).Avec la RPM, les 13 Avec l\u2019accès au pouvoir de l\u2019UN malgré 7 % de voix de moins que le PLQ. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 93 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE T a b l e a u 2 : a c c è s a u P o u v o i r s e l o n l e T Y P e D e g o u v e r n e M e n T s e T s e l o n T r o i s M o D e s D e s c r u T i n , T o T a l 1 9 6 6 à 2 0 1 4 e T T o T a u x P o u r l e s s Y s T è M e s D e P a r T i s D e 1 9 6 6 à 1 9 9 8 e T 2 0 0 3 à 2 0 1 4 , Q u é b e c , 1 9 6 6 à 2 0 1 4 1 9 6 6 - 2 0 1 4 : t o t a u x p o u r l a p é r i o d e s o u s é t u d e ( n = 1 7 ) T y p e d e g o u v e r n e m e n t s S M U ( d e 1 5 m a j o r i t a i r e s à 2 m i n o r i t a i r e s ) R P M ( d e 7 m a j o r i t a i r e s à 1 0 m i n o r i t a i r e s ) M N ( d e 5 m a j o r i t a i r e s à 1 2 m i n o r i t a i r e s ) P L Q P Q U N P L Q P Q É g a l i t é * P L Q P Q É g a l i t é * M a j o r i t a i r e s 8 6 1 5 2 0 4 1 0 M i n o r i t a i r e s * * 1 1 0 5 4 1 6 4 2 1 9 6 6 - 1 9 9 8 : s y s t è m e d e p a r t i s b i p a r t i s t e à p a r t i d o m i n a n t , l e P L Q ( n = 1 2 ) T y p e d e g o u v e r n e m e n t s S M U R P M M N P L Q P Q U N P L Q P Q É g a l i t é * P L Q P Q É g a l i t é * M a j o r i t a i r e s 5 6 1 5 2 0 4 1 0 M i n o r i t a i r e s * * 0 0 0 1 3 1 2 4 1 2 0 0 3 - 2 0 1 4 : s y s t è m e d e p a r t i s m u l t i p a r t i s t e à p a r t i d o m i n a n t , l e P L Q ( n = 5 ) T y p e d e g o u v e r n e m e n t s S M U R P M M N P L Q P Q C A Q P L Q P Q É g a l i t é * P L Q P Q É g a l i t é * M a j o r i t a i r e s 3 0 0 0 0 0 0 0 0 M i n o r i t a i r e s * * 1 1 0 4 1 0 4 0 1 N o t e s : * É g a l i t é c o r r e s p o n d a u x s i t u a t i o n s d u r é f é r e n d u m d e 1 9 9 5 e t d e s é l e c t i o n s d e 2 0 1 2 , a l o r s q u e l e O U I e t l e N O N , e n 1 9 9 5 , e t l e P L Q e t l e P Q , e n 2 0 1 2 , o b t e n a i e n t u n n o m b r e é g a l d e s i è g e s .* * L e s g o u v e r n e m e n t s m i n o r i t a i r e s s o n t c a r a c t é r i s é s p a r u n p a r t i a u p o u v o i r n e d i s p o s a n t q u e d \u2019 u n e m i n o r i t é d e s i è g e s ; c e s s i t u a t i o n s p e u v e n t a u s s i c o r r e s p o n d r e à d e s g o u v e r n e m e n t s d e c o a l i t i o n . L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 94 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE gouvernements de coalition14 prévalaient nettement (10 sur 17).Il reste que ses 7 gouvernements majoritaires se retrouvent deux fois plus fréquemment au PLQ (5) qu\u2019au PQ (2).Sous le MN, la prévalence des gouvernements de coalition était plus nette encore (12 sur 17).Pour les 5 gouvernements majoritaires restants, l\u2019avantage relatif du PLQ (face au PQ) était encore plus marqué que sous la RPM : 4 gouvernements PLQ majoritaires pour 1 majoritaire péquiste15.De tous les partis accédant minoritaires au pouvoir16, considérés dans la présente étude comme étant portés à la tête d\u2019une coalition gouvernementale, le PLQ qui semblait légèrement plus favorisé sous la RPM (par 5 fois contre 4 pour le PQ, en plus d\u2019une situation d\u2019égalité, en 1995), et même davantage sous le MN (par 6 fois contre 4 pour le PQ, plus deux situations d\u2019égalité, 1995 et 2012).Les choses ont-elles été « différentes » dans le « nouveau système de partis » qui s\u2019est mis en place depuis 2000- 14 Être minoritaire ne signifie nullement, sous le SMU, être à la tête d\u2019un gouvernement de coalition.Le parti minoritaire au pouvoir préfère le plus souvent tenter sa chance et gouverner seul.Toutefois, dans les modes de scrutin de type proportionnel tels que la RPM et le MN, ce qui était l\u2019exception sous le SMU était plutôt la règle.Former un gouvernement se fait le plus souvent dans le cadre de la formation d\u2019une coalition.15 Quoiqu\u2019il s\u2019agisse de la majorité obtenue lors du référendum de 1992, laquelle ne mettait pas en jeu l\u2019accès au pouvoir et sut rallier indépendantistes et fédéralistes nationalistes.16 C.-à-d.disposant d\u2019une pluralité des sièges ; or le concept de gouvernement minoritaire perd son sens quand il s\u2019agit de coalitions gouvernementales.Le parti normalement dominant d\u2019une coalition est celui qui dispose du plus de sièges.Mais il peut arriver qu\u2019un parti disposant de moins de sièges que ses partenaires ait une influence supérieure : l\u2019estimation des uns et des autres est politique.Ce qui est certain est le fait que tous les partenaires sont interdépendants et liés les uns avec les autres. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 95 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE 2003 jusqu\u2019à aujourd\u2019hui ?Ce nouveau système de partis17 serait marqué, avec l\u2019impossibilité d\u2019une troisième aventure référendaire, par le retour d\u2019un multipartisme chez les francophones en lieu et place d\u2019un bipartisme pur, face au maintien du vote bloc des non-francophones18.Il en découlerait une augmentation de la possibilité d\u2019accès au pouvoir en solitaire pour le PLQ (même si la part des votes valides de ce dernier n\u2019augmente pas) contre la difficulté permanente d\u2019accéder en solitaire au pouvoir pour tout parti reposant sur le vote francophone uniquement, au surplus lorsqu\u2019il s\u2019agit de partis nationalistes plutôt qu\u2019indépendantistes.De fait, pour cette période de cinq élections commençant en 2003 jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, les libéraux ont effectivement été plus fréquemment portés au pouvoir en vertu du SMU : 17 Ce nouveau système de partis tient ses racines dans un événement politique précis : l\u2019impossibilité de tenir un nouveau référendum sur l\u2019indépendance consacrée par la démission en 2000 du chef péquiste le plus « charismatique » depuis René Lévesque, Lucien Bouchard.Et l\u2019absence de vote non francophone en faveur des partis autres que le PLQ.En d\u2019autres termes, ce dernier est le seul parti à maintenir des appuis fixes et permanents grâce au vote bloc non francophone, cela face à un comportement électoral nettement divisé chez les francophones entre plusieurs alternatives partisanes.Des divisions inévitables chez les francophones puisque le maintien de l\u2019union des forces indépendantistes et nationalistes ne peut être maintenu en l\u2019absence de programme, d\u2019objectif ou de stratégie commune aux différents acteurs.18 Le vote libéral moyen, en cas de victoires, est passé de 53 % de 1966 à 1998 à 41 % de 2003 à 2014, une baisse de 12 %.De même, lorsque défait, le vote libéral moyen s\u2019élevait à 44 % de 1966 à 1998 et à 31 % à partir de 2003, une baisse de 13 % similaire.Du côté du PQ, le vote victorieux moyen est passé 47 % à 32 % dans le deuxième système de partis, tandis que le vote défait moyen est passé de 34 % à 31 %.Les baisses respectives ont alors été de 15 % et de 3 %.Ensemble, ces mouvements traduisent d\u2019une part le maintien de proportions de base du vote de chaque parti (autour du tiers des votes valides), mais l\u2019éparpillement du vote supplémentaire générant la majorité des voix : le vote n\u2019augmente plus au-delà des 40 %, il tend plutôt à se reporter sur d\u2019autres partis.La chose est surtout valable pour le vote francophone. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 96 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE 3 fois majoritaires et 1 fois minoritaires, l\u2019autre gouvernement allant au PQ, minoritaire en 2012.Or, sous la RPM, aucun gouvernement libéral n\u2019aurait accédé majoritaire au pouvoir : 4 élections se seraient soldées par une députation minoritaire du PLQ contre 1 minoritaire du PQ.La situation aurait même semblé plus corsée sous le MN : le PLQ aurait été 4 fois le parti disposant de la pluralité des sièges (minoritaire), tandis que PLQ et PQ se seraient partagés à égalité une majorité de sièges en 2012.En somme, le SMU atteint donc clairement son objectif, celui de fabriquer artificiellement des majorités gouvernementales, mais aussi celui de produire des aberrations incompréhensibles sur le plan démocratique : s\u2019il est possible de prédire une issue majoritaire à presque tous les scrutins, il reste impossible d\u2019expliquer pourquoi les variations au niveau des votes valides n\u2019ont aucune répercussion sur l\u2019accès au pouvoir comme gouvernement majoritaire.Cela dit, les mouvements des votes sont extrêmes sous les SMU et touchent autant le PLQ que le PQ.Ils sont considérablement réduits sous la RPM et, pour ainsi dire, inexistants sous le MN.Depuis l\u2019instauration du nouveau système de partis présentement en vigueur, en 2003 et pour un avenir prévisible, le SMU continuerait à accorder les pleins pouvoirs au seul PLQ, privilège dont ne jouirait aucun autre parti.En définitive, cependant, le nouveau système de partis semblerait mieux servi par la RPM et, surtout, par le MN.Le vote étant plus divisé, il serait plus normal que les gouvernements de coalition soient dorénavant la règle. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 97 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE 3.3 Le partage de la prime au(x) parti(s) le(s) plus fort(s) En moyenne pour les 17 consultations tenues de 1966 à 2014, les primes accordées au parti ou aux partis victorieux (tableau 3) dans le cadre du SMU représentent 21 % des sièges, dont 90 % appartient au parti victorieux (ou 20 % du total).Cependant, dans le système de partis bipartiste dominé par le PLQ de 1966 à 1998, lorsque le PLQ était donné gagnant, la prime moyenne qu\u2019il obtenait était plus forte encore : 27 % des sièges.Un PQ gagnant, durant la même période, n\u2019obtenait une prime moyenne que de 17 %, soit 10 % de moins.Dans le nouveau système multipartiste dominé par le PLQ, ayant commencé depuis 200319, on ne notait aucune différence entre PLQ et PQ pour les primes moyennes : 11 %.Ces primes étaient donc largement inférieures à celle du système bipartiste de 1966 à 1998, quand le PLQ obtenait une prime moyenne de 27 % et le PLQ, de 17 %.Les écarts respectifs moyens étaient donc inférieurs de 6 % de pour le PQ, mais surtout de 16 % pour le PLQ.Dans le cas de la RPM, la prime moyenne tous partis confondus aurait atteint 4 %, dont la moitié, 2 %, aurait correspondu à la prime moyenne obtenue par le parti victorieux.Ici, la prime moyenne du PLQ, 3 % de 1996 à 2014, s\u2019est avérée à peu près stable durant toute la période (3 % de 1966 à 1998 et 2 % de 2003 à 2014).Quant à elle, la prime moyenne de 2 % obtenue par le PQ suivait à peu près le même mouvement que celle du PLQ, quoi que légèrement inférieure (2 % dans le cas du PQ de 1966 à 1998, 3 % de 2003 à 2014).C\u2019est dans le MN que la prime moyenne était la plus faible, soit 2 %, Celle-ci ne bénéficiait toutefois pas au premier parti victorieux, dont la prime moyenne était de 0 %.Cette prime 19 Ayant en réalité été confirmé avec la démission de Lucien Bouchard en janvier 2001. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 98 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE T a b l e a u 3 : r é P a r T i T i o n D e s P r i M e s s e l o n l e s T r o i s M o D e s D e s c r u T i n , T o T a l 1 9 6 6 à 2 0 1 4 e T T o T a u x P o u r l e s s Y s T è M e s D e P a r T i s D e 1 9 6 6 à 1 9 9 8 e T 2 0 0 3 à 2 0 1 4 , Q u é b e c , 1 9 6 6 à 2 0 1 4 A m p l e u r d e s v i c t o i r e s P L Q g a g n a n t 1 9 6 6 - 2 0 1 4 S y s t è m e d e p a r t i s b i p a r t i s t e à p a r t i d o m i n a n t , l e P L Q , 1 9 6 6 - 1 9 9 8 S y s t è m e d e p a r t i s m u l t i p a r t i s t e à p a r t i d o m i n a n t , l e P L Q , 2 0 0 3 - 2 0 1 4 P Q g a g n a n t * P L Q g a g n a n t P Q g a g n a n t * P L Q g a g n a n t P Q g a g n a n t * % d e s v o t e s v a l i d e s 4 8 % 4 5 % 5 3 % 4 7 % 4 1 % 3 2 % S M U P r i m e s * * 2 0 % 1 6 % 2 7 % 1 7 % 1 1 % 1 1 % T o t a l s i è g e s * * * 6 8 % 6 1 % 8 0 % 6 4 % 5 2 % 4 3 % R P M P r i m e s * * 3 % 2 % 3 % 2 % 2 % 3 % T o t a l s i è g e s * * * 5 0 % 4 7 % 5 6 % 4 9 % 4 3 % 3 5 % M N P r i m e s * * 0 % 0 % 0 % 0 % 0 % 0 % T o t a l s i è g e s * * * 4 8 % 4 5 % 5 3 % 4 7 % 4 1 % 3 2 % N o t e s : * L e s v i c t o i r e s d u P Q i n c l u e n t l a v i c t o i r e d e l \u2019 U N e n 1 9 6 6 .* * E n % d e s v o t e s v a l i d e s .* * * E n % d u t o t a l d e s s i è g e s . L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 99 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE s\u2019explique par le fait que le parti victorieux disposait parfois de moins de sièges que de votes valides (4 consultations), ce qui est l\u2019envers d\u2019une prime ! Il disposait parfois d\u2019autant de voix que de sièges, ce qui revient à aucune prime pour 6 consultations.Et finalement, dans bien moins que la moitié des consultations (7 cas), le parti victorieux obtenait véritablement une prime, soit plus de sièges que de votes valides, pour une maigre prime moyenne de 1,3 %.Bref, le MN n\u2019offre pas de prime au parti gagnant.En somme, les primes moyennes au parti vainqueur étaient considérablement plus élevées sous le SMU, et davantage dans le système de partis initial (1966-1998) que dans l\u2019actuel (2003-2014).La RPM et le MN ne se distinguaient pour ainsi dire en rien, sauf pour un détail précis : les primes du MN voisinaient les 0 % pour les deux partis, ce que ne faisait pas la RPM.Or, avec cette légère surreprésentation offerte au parti vainqueur, relativement stable au cours de toute la période et entre les deux partis, la proportion totale des sièges, sous la RPM, atteignait exactement la moitié pour le PLQ de 1966 à 2014, contre 47 % pour le PQ.Ce détail représente une incitation puissante pour canaliser le vote vers le PLQ sous la RPM, avantage dont ne dispose pas le PQ.Une réserve, la disparition de cet avantage libéral dans les simulations de la RPM et du MN, sous le nouveau système de partis multipartiste : le PLQ y est loin de la majorité des sièges.Il reste un point essentiel propre au seul SMU, dont les conséquences doivent être soulignées : dans la période actuelle débutée en 2003, seul le PLQ dispose d\u2019une majorité de sièges (52 %) grâce à la prime (11 %) offerte au parti gagnant.Ni le PQ dans cette période, ni les autres modes de scrutins simulés ne produisent une majorité de sièges favorisant le parti vainqueur. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 100 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE 3.4 Le poids des élus au SMU par parti Les élus au SMU présentent des particularités qu\u2019il ne faut en aucun cas négliger.Tout est dans le processus de sélection des candidats des partis : les assemblées d\u2019investiture.Celles-ci favorisent des candidats au profil caractérisé pour chaque parti.Dans un parti tel que le PLQ, de droite et conservateur, les candidats sont le plus souvent des hommes blancs, âgés de 50 ans et plus, membres des professions libérales et liés à l\u2019élite économique locale, parfois la grande bourgeoisie, incluant quelques entrepreneurs et autres aventuriers en quête d\u2019avancement professionnel.Même s\u2019il s\u2019agit le plus souvent de francophones, le plus important reste le lien de représentation : près d\u2019une majorité de candidats et de députés libéraux a en commun d\u2019être redevables ou marqués par la présence du vote non francophone et va donc livrer en conséquence une fois élue.Pour des partis boudés par les non-francophones tels que la Coalition avenir Québec (CAQ), le profil est malgré tout semblable.La CAQ fait toutefois une plus large place aux petits commerçants, aux petits entrepreneurs et autres travailleurs autonomes qui se trouvent dans un cul-de-sac professionnel.Dans un parti tel que le PQ, de nombreux candidats proviennent des rangs du parti lui-même.Ils sont souvent d\u2019anciens attachés politiques dont les qualités principales sont d\u2019avoir servi un député ou un ministre et d\u2019avoir attendu dans l\u2019ombre que se profile une victoire dans une investiture.Ils avaient également l\u2019habitude de provenir plus nombreux de l\u2019élite intellectuelle, sociale et syndicale.Enfin, dans Québec solidaire (QS), les candidats aux investitures sont presque exclusivement des militants sincères, parfois très à cheval sur le programme du parti. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 101 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE Bien entendu, pour tous les partis, les assemblées d\u2019investiture doivent composer avec les desiderata du chef du parti.Ce dernier peut aussi vouloir \u2013 et le fait parfois \u2013 imposer son propre candidat.Celui-ci est alors très lié au pouvoir du chef.Il présente un profil ministrable contrairement aux aventuriers qui tentent leur chance à l\u2019encontre de la volonté du parti.Quand on jumèle maintenant le biais créé par les blocs de candidats désignés par les assemblées d\u2019investiture au programme et à la stratégie politiques du parti, les biais qui s\u2019exercent peuvent restreindre considérablement la liberté d\u2019expression générale.Par exemple, la stratégie adoptée par les PLQ et CAQ est anti-nationaliste, celle du PQ l\u2019est également dans les champs de compétence du Québec.Si bien qu\u2019au final, même si tous les partis sont capables de bomber le torse face à Ottawa, aucun ne porte quelque mesure nationaliste (i.e.protégeant les intérêts de la majorité francophone) à l\u2019Assemblée nationale.Les députés libéraux sont anti-natio- nalistes et se situent à droite, émanation de l\u2019élite économique québécoise, les députés caquistes se situent aussi à droite, issus des gens du commerce et des petits entrepreneurs, les députés péquistes sont issus du sérail de leur propre parti et sont plutôt conservateurs, tandis que les députés de QS, qui sont marginalisés, tiennent un discours conséquent.Les députés élus au SMU s\u2019amènent avec une conception particulière de la politique.Quelle est leur place au sein de la RPM ?Tout est fonction de la taille du noyau de députés élus au SMU sur le total des députés du parti.Déjà, si par définition 60 % des élus de la RPM viennent du SMU, il est fort probable que ces proportions augmenteront selon les partis et les circonstances.En outre, si la RPM permet de maintenir le PLQ sous la prédominance des fédéralistes conservateurs, et le PQ sous la prédominance de ses appa- ratchicks, il y a nettement problème. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 102 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE Qu\u2019en disent les résultats de la RPM obtenus par simulation (tableau 4) ?Il semble tout d\u2019abord que la proportion des élus au SMU sous la RPM \u2013 les autres provenant des dispositions compensatoires \u2013 ait été plus importante parmi les élus du PLQ (63 %) lors de toutes les consultations tenues de 1966 à 2014.Cette proportion moyenne était plus élevée dans le système de partis récent (70 % de 2003 à 2014) qu\u2019elle ne l\u2019était dans l\u2019ancien système de partis (61 % de 1966 à 1998).Au PQ, les résultats étaient relativement semblables.La proportion moyenne représentée par les élus au SMU dans les simulations de la RPM était de 55 % de 1966 à 2014, respectant à peu près le même écart entre les deux périodes.Or, dans la période 1966 à 1998, moins de la moitié des députés du PQ (48 %) provenaient du SMU, contre 60 % de 2003 à 2014.En d\u2019autres termes, sous la RPM, les résultats du PLQ dépendent plus étroitement du SMU que ceux du PQ ; la chose était fortement marquée dans la période 1966-1998, tandis que les deux partis se ressemblaient cul et chemise dans la période 2003-2014.La chose s\u2019explique de la manière suivante : les sièges au SMU du PLQ provenaient essentiellement des circonscriptions avec minorité non francophone, tandis que ceux du PQ provenaient des circonscriptions purement francophones.Les plus grandes différences provenaient des situations de victoires ou de défaites du parti.Ainsi, une moyenne de 77 % des sièges d\u2019un PLQ gagnant à la RPM provenait du SMU, contre 49 % des sièges libéraux lorsque le PLQ était défait.Les proportions étaient semblables \u2013 mais inférieures \u2013 dans le cas du PQ : gagnant, 67 % de ses sièges provenaient du SMU, contre près de la moitié moins (37 %) en cas de défaite.Autant pour le PLQ que pour le PQ, la quasi- totalité de la différence entre victoires et défaites provenait de la période 1966-1998 : 82 % des sièges au SMU pour un PLQ gagnant contre 45 % pour un PLQ perdant.Dans la L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 103 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE période 2003-2014, on n\u2019observe aucune différence significative entre un PLQ gagnant (70 %) ou perdant (71 %).Du côté du PQ, pour la période 1966 à 1998, un PQ gagnant avait en moyenne 67 % de sièges élus au SMU contre seulement 21 % alors qu\u2019il perdait.Mais dans la période récente 2003-2014, un écart significatif existait : 71 % de ses Tableau 4 : siMulaTions De la rPM : ProPorTions MoYennes rePrésenTées Par les élus au sMu sur le ToTal Des élus De la rPM, Pour le PlQ eT le PQ selon le sYsTèMe De ParTis, ToTal 1966 à 2014 eT ToTaux Pour les sYsTèMes De ParTis De 1966 à 1998 eT 2003 à 2014, Québec, 1966 à 2014 Partis/ Systèmes de partis et périodes Total 1966-2014* (n=17) Système bipartiste à parti dominant (le PLQ) 1966- 1998* (n=12) Système multipartiste à parti dominant (le PLQ) 2003- 2014 (n=5) Proportion des sièges au SMU sur le total des sièges à la RPM PLQ (n=17) 63% 70% 61% PQ (n=17)* 55% 48% 60% Situations de victoires et de défaites PLQ \u2013 victorieux 77% 82% 70% PLQ \u2013 défait 49% 45% 71% PQ \u2013 victorieux* 67% 67% 71% PQ \u2013défait 37% 21% 57% Note : * Les résultats du PQ incluent ceux de l\u2019UN en 1966. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 104 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE sièges d\u2019un PQ victorieux provenaient du SMU.Cette proportion descendait à 57 % pour un PQ défait.Bref, dans l\u2019ancien système de partis, observation d\u2019un écart moyen de 37 % entre victoires et défaites chez les libéraux, et d\u2019un écart moyen encore plus marqué au PQ de 46 %.Dans le nouveau système de partis, rigoureusement aucun écart moyen entre victoires et défaites chez les libéraux.Seul le PQ offre un écart moyen de 14 % entre victoires et défaites.3.5 Avantage comparatif entre partis : incitatif à voter pour le parti le plus fort Les deux partis ne sont pas égaux devant les modes de scrutin.Lorsque les proportions des sièges dépassent ou voisinent les 50 %, une certaine partie de l\u2019opinion publique, quelques points de pourcentages suffisent, en fait, se déplace et vient appuyer le parti dominant.Or, ce parti dominant, au Québec, en vertu du vote bloc des non-franco- phones, est le PLQ.Au tableau 5, les résultats réels au SMU montrent la prédominance globale du PLQ de 1966 à 2014.Toutefois, cette prédominance ne provient que de la période récente 2003- 2014, alors que le PLQ obtient 3 gouvernements majoritaires contre 0 pour le PQ.La période 1966-1998 était effectivement marquée par une égalité entre les deux principaux partis (6 gouvernements majoritaires chacun), dans la mesure où l\u2019on additionne les résultats de l\u2019UN en 1966 aux résultats du PQ.Cette égalité se propage-t-elle dans les autres simulations ?Déjà, l\u2019utilisation de la RPM, en simulation, montre la domination du PLQ (5 majoritaires contre 2 pour le PQ) dans la période 1968-1998, celle qui précisément donnait une égalité entre PLQ et PQ au SMU.Cette domination s\u2019accentue sous le FM, alors que le PLQ obtient 5 gouvernements majoritaires contre 1 seul pour le PQ. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 105 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE L\u2019hypothèse d\u2019un effet d\u2019entraînement (« band-wagon effect »), supposant que l\u2019obtention de 47 % des votes valides attirerait suffisamment d\u2019autres votes pour entraîner la formation de gouvernements majoritaires, accentuerait l\u2019écart entre la RPM et le MN.Le RPM générerait ainsi 7 gouvernements majoritaires pour le PLQ (1 dans chacune des systèmes de partis) contre 3 pour le PQ.En d\u2019autres termes, le PLQ se trouve plus près de la proportion critique des 50 % des votes valides grâce au vote non francophone.La mise à sa disposition d\u2019une prime grâce à l\u2019élimination des partis n\u2019obtenant pas 5 % du vote national aurait cette fâcheuse conséquence.Tableau 5 : noMbre De Fois où le ParTi gagnanT aTTeinT ou DéPasse 50 % Des sièges Puis 47 % eT Plus, selon Trois MoDes De scruTin, ToTal 1966 à 2014 eT ToTaux Pour les sYsTèMes De ParTis De 1966 à 1998 eT 2003 à 2014, Québec, 1966 à 2014 Ampleur des victoires 1966-2014 1966-1998 2003-2014 PLQ gagnant PQ gagnant PLQ gagnant PQ gagnant PLQ gagnant PQ gagnant Nombre de fois où le parti atteint ou dépasse les 50 % des votes valides SMU 9 6* 6 6* 3 0 RPM 5 2 5 2 0 0 MN 5 1 5 1 0 0 Effet d\u2019entraînement potentiel : nombre de fois où le parti atteint ou dépasse les 47 % des votes valides SMU 9 6* 6 6* 3 0 RPM 7 3 6 3 1 0 MN 5 2 5 2 0 0 Note : * Au SMU, dont 1 gouvernement unioniste majoritaire (1966).Aucun autre gouvernement unioniste dans les autres périodes ou sous les autres simulations. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 106 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE 4.Conclusion : le dinosaure SMU, la démocratie à la libérale de la RPM et le MN démocratique Distorsions brutes : 1.Sur le plan démocratique, le SMU est parfaitement hors compétition.Les distorsions s\u2019atténuent considérablement du SMU à la RPM jusqu\u2019à presque disparaître sous le MN.2.La différence principale entre RPM et MN tient à l\u2019existence d\u2019un seuil d\u2019accès à la représentation pour la RPM : tout parti incapable d\u2019obtenir au moins 5 % du vote valide offre ses points de pourcentages au parti ou aux partis qui franchissent ce seuil.Ainsi, la prime offerte au(x) parti(s) dominant(s) peut-elle largement dépasser les 5 %.Ces points entraînent la persistance de distorsions qui, autrement, sont largement éliminées, ainsi que le démontre le MN.L\u2019accès au pouvoir (les gouvernements majoritaires ou minoritaires) : 1.Le SMU permet de fabriquer artificiellement des gouvernements majoritaires, déjà en soit un accroc démocratique majeur.Le SMU, qui rejette l\u2019idée de coalitions au profit de la concentration du pouvoir et de la corruption, fonde son fonctionnement sur des mouvements importants de sièges d\u2019un parti à l\u2019autre et d\u2019une élection à l\u2019autre.Le SMU implique la gouvernance par une minorité passagère, ce qui est la définition-même de l\u2019instabilité gouvernementale.Et celle-ci est inscrite dans les gênes du SMU.Ajoutons ce trait mortel du SMU : la récompense accordée aux groupes votant en bloc de manière permanente.C\u2019est ce qui explique l\u2019avantage permanent du PLQ autant dans un système L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 107 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE bipartiste (1966-1998) que dans un système multipar- tiste (2003-2014) : le premier et plus encore le second font du PLQ le parti du pouvoir, le seul vraiment destiné à accéder en solitaire au pouvoir.2.Contrairement au SMU, les deux autres modes de scrutin respectent bien davantage le principe d\u2019une valeur égale pour tous les votes.Toutefois, des deux modes de scrutin concurrents alternatifs, l\u2019un reste la formule de représentation la plus démocratique : le MN.Par opposition à celui-ci, la RPM fabrique artificiellement davantage de gouvernements majoritaires.La prime accordée au parti gagnant : 1.Elle est évidemment considérable sous le SMU, mais tombe à 2 % à 3 % sous la RPM et est nulle (0%) sous le MN.Cette prime est évidemment supérieure lorsque le seuil élimine un maximum de partis alternatifs.2.Chose importante, la prime de la RPM (de l\u2019ordre de 2 % à 3 %) reste suffisante pour favoriser l\u2019accès au pouvoir en solitaire du PLQ, mais non du PQ.Seul le PLQ jouit d\u2019un incitatif à voter pour lui en tant que parti porteur d\u2019un gouvernement majoritaire (pour les électeurs croyant en la vertu et la nécessité de faire élire un gouvernement majoritaire, et plaçant cette capacité sur les seules épaules du PLQ).Toutefois, la chose ne s\u2019est avérée valide que pour l\u2019ancien système bipartiste, non pour le présent système multipartiste.Sous celui- ci, depuis 2003, seul le PLQ sous le SMU conserve la capacité de former des gouvernements majoritaires.Ni le PQ sous le SMU, ni aucun parti sous les modes de scrutin RPM et MN n\u2019y parviennent. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 108 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE Le poids des élus au SMU sur le total des élus de la RPM : 1.Par définition, les élus SMU de la RPM sont censés représenter 60 % de tous les élus à la RPM.En réalité, leur poids s\u2019est montré de loin supérieur lorsque le PLQ était victorieux.Du coup, le poids des non-franco- phones y devenait alors incontournable.La chose s\u2019est produite non seulement sous l\u2019ancien système de partis bipartiste mais aussi sous le nouveau système de partis multipartiste : une surinfluence des non-francophones grâce à la députation SMU de la RPM.2.Défait, le PLQ n\u2019était généralement pas sous l\u2019empire des élus à la SMU de la RPM dans l\u2019ancien système de partis.Par contre, dans le nouveau système de partis, le contraire s\u2019est produit : leur influence s\u2019est plutôt affirmée dans le nouveau système.3.En somme, un PLQ victorieux se place carrément sous l\u2019influence des non-francophones, ainsi qu\u2019un PLQ défait dans le cadre multipartiste en place depuis 2003.Ce faisant, les non-francophones multipliaient leur poids démographique de manière purement artificielle, ce qu\u2019aucun réformiste démocrate, indépendantiste, nationaliste ou socialiste ne saurait ignorer.L\u2019incitatif à voter pour le parti le plus fort, le PLQ : 1.L\u2019effet d\u2019entraînement que le parti gagnant exerce sur les partisans des autres partis a lieu lorsque sa victoire est claire ou lorsque celle-ci est toute proche (par hypothèse, atteignant au moins 47 % des votes valides).(L\u2019hypothèse de l\u2019« effet d\u2019entraînement » pourra évidemment se produire dans la mesure où elle est supérieure à l\u2019« attrait exercé par le parti négligé20 ».) En outre, cet 20 Les « bandwagon effect » et « underdog effect ». L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 109 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE avantage comparatif qu\u2019est l\u2019effet d\u2019entraînement est lui aussi une création purement artificielle, généralement favorable au PLQ sous le SMU.La supériorité du PLQ se voit également dans le système de partis de 1966 à 1998, tandis que le système de partis 2003-2014 (n=5) lequel semble toutefois ne pas avoir suffisamment d\u2019observations pour confirmer le même phénomène.2.L\u2019incitatif à voter pour le PLQ se répercute aussi dans les résultats de la RPM et du MN, tant lorsque le parti vainqueur obtient 50 % et plus des votes que lorsqu\u2019il en obtient 47 % ou plus.Les résultats de la RPM donnent plus de gouvernements majoritaires que ceux du MN, laissant traîner dans le décor le même mécanisme truqué et secret incitant les électeurs à voter pour le PLQ.En résumé : le SMU présentent des problèmes majeurs, nommément ses distorsions aberrantes difficiles à expliquer et démocratiquement injustifiables.En accordant une prime au gagnant, le SMU fabrique artificiellement des gouvernements majoritaires, en soit un accroc démocratique majeur, où le parti dominant, le PLQ, est contrôlé par les élus dont l\u2019élection a été marquée par l\u2019influence ou est carrément redevable au vote bloc des non-francophones.Un mode de scrutin offrant un avantage comparatif majeur au parti dominant, le PLQ.Quant à la comparaison RPM/MN, deux éléments majeurs de comparaison.1.Le MN, ne serait-ce que parce qu\u2019il ne fonctionne avec aucun seuil d\u2019accès à la représentation, contrairement à la RPM, se rapproche de l\u2019adéquation « sièges/votes valides » la plus démocratique.Du coup, la RPM offre une prime artificielle au parti gagnant, et fait plus régulièrement du PLQ, par opposition au MN, un parti disposant d\u2019une majorité des sièges. L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 110 MODE DE SCRUTIN.LE MODÈLE NORDIQUE 2.D\u2019autre part, parmi les élus de la RPM, ceux ayant été élus au SMU disposent d\u2019un poids majeur dans l\u2019ensemble des députations, victorieuses comme perdantes.Les élus redevables au vote bloc non francophones en font des élus-pivots qui déterminent l\u2019orientation fondamentale du parti, au pouvoir comme dans l\u2019opposition.Une telle chose est simplement impossible au MN puisque les candidats sont désignés par le chef et la direction du parti et qu\u2019aucun groupe ne peut être valorisé dans le processus de nomination des assemblées d\u2019investiture.Toute tentative de berner ses électeurs, de la part de la direction du parti, est potentiellement punie par la naissance d\u2019un nouveau parti reflétant l\u2019opinion publique au lieu de la détourner, ce que peut parfaitement se permettre le SMU et même la RPM, surtout lorsque celle-ci peut se le permettre en raison d\u2019une compétition restreinte.Des trois modes de scrutin, le MN est certes celui qui reflète le mieux le vote.Par opposition, la RPM fabrique quelques gouvernements majoritaires supplémentaires, chose apparaissant comme étant la « marque de commerce » du peu démocratique SMU.q La Caisse d\u2019économie solidaire est l\u2019institution ?nancière des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une économie sociale et durable.Gérald Larose Président 1 877 647-1527 caissesolidaire.coop Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 40 pages grand format qui vous permettent de partager le point de vue de lecteurs avertis sur les essais publiés au Québec durant l\u2019année.30 $ par année 75 $ pour trois ans taxes et expédition comprises 3 parutions par année Commande par la poste : L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 À la boutique internet action-nationale.qc.ca Parution Juin 2017 Assurez-vous d\u2019être abonné aux Cahiers de lecture Recensions D.Peter MacleoD 114 Backs to the wall : the Battle of Sainte-Foy and the conquest of Canada anDré Pratte, Jonathan Kay et al.119 Bâtisseurs d\u2019Amérique : des Canadiens français qui ont fait l\u2019histoire Jean-Martin aussant, alain VaDeBoncoeur, GaBriel naDeau- DuBois, Maïtée laBrecque-saGanash, claire BolDuc, Karel MayranD, Véronique côté, Will ProsPer 125 Ne renonçons à rien.Le livre de la tournée « Faut qu\u2019on se parle » Recensions 114 Recensions D.PETER MACLEOD Backs to the wall : the Battle of Sainte-Foy and the conquest of  Canada,  Madeira Park (Colombie-Britannique), Douglas & McIntyre, 2016, 253 pages Les chapitres sont brefs, le rythme soutenu, la recherche documentaire méritoire.Ce récit de Peter MacLeod, historien rattaché au Musée canadien de la guerre, porte sur la bataille de Sainte-Foy du 28 avril 1760, de sa préparation à son dénouement et à ses conséquences immédiates.L\u2019auteur tente de présenter l\u2019événement selon les points de vue des acteurs de l\u2019époque, ou du moins ce qu\u2019il pourrait en rester à travers leurs journaux, correspondances et archives.Le premier tiers du livre porte sur l\u2019avant-bataille, ce qui nous permet de prendre la mesure de la qualité de la vision des intérêts de la Nouvelle-France portée par ses derniers dirigeants politiques et militaires, Vaudreuil et Lévis.Suit, pour un peu plus d\u2019un autre tiers, la narration minutieuse de la bataille où se déploient les derniers grands efforts d\u2019une société qui met tout en œuvre pour ne pas être conquise.La dernière partie du livre \u2013 un peu moins que le tiers en pagination \u2013 suit l\u2019inexorable avancée des troupes britanniques vers Montréal et la désintégration de l\u2019armée de Lévis, dans un climat de violence gommé des manuels d\u2019histoire actuels. 115 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Aux yeux des derniers dirigeants de la Nouvelle-France, la défaite des plaines d\u2019Abraham ne scelle pas l\u2019issue de la colonie.Dans un premier temps, le gouverneur Vaudreuil vise à reprendre la capitale en attendant l\u2019arrivée des renforts français.Parallèlement, il envoie à Versailles le capitaine d\u2019artillerie Le Mercier afin de demander du secours.Le Mercier avait confié à Bourlamaque \u2013 et on peut penser que son point de vue était partagé \u2013 que son défi était rude en raison d\u2019une mission similaire effectuée une année plus tôt par Bougainville.Le futur explorateur de l\u2019Océanie avait caractérisé la situation militaire de la Nouvelle-France comme étant désespérée ce qui, selon Le Mercier, l\u2019avait fait revenir les mains vides.La dernière tentative diplomatique de Vaudreuil en France ne sera évidemment pas couronnée de succès, Versailles choisissant de consacrer ses ressources à la défense des colonies sucrières antillaises génératrices de revenus.Selon MacLeod, au lieu de demander à Versailles ce qui était « désirable », les autorités de la Nouvelle-France auraient dû ne requérir que le « nécessaire », à savoir une douzaine de canons de gros calibre et des munitions en vue de reprendre la capitale.Car en 1760, Québec pouvait, en effet, être reprise avec relativement peu de moyens militaires.Situées à l\u2019intérieur des murs de Québec, les forces britanniques sont aux prises avec la maladie et le scorbut.D\u2019octobre 1759 à avril 1760, quelque 667 soldats britanniques en meurent, près de dix fois moins les pertes (71) sublies lors de la bataille des Plaines d\u2019Abraham.En revanche, l\u2019occupant dispose d\u2019un grand pouvoir : la distribution de nourriture comme monnaie d\u2019échange avec les habitants affamés de Québec et de sa région pour l\u2019obtention d\u2019informations sur les mouvements de troupes françaises.Ce qui a marché, constate l\u2019auteur, ajoutant qu\u2019il en a tou- 116 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 jours été ainsi dans des situations similaires à travers les âges.Toutefois, Macleod aurait pu mieux décrire l\u2019ambiance de l\u2019époque.Dans un précédent livre portant sur la bataille des plaines d\u2019Abraham, Macleod avait notamment signalé que des boulets aux dimensions de l\u2019artillerie française \u2013 et uniquement ceux de dimensions de l\u2019artillerie française \u2013 avaient été subtilisés à l\u2019intérieur des remparts, au nez des troupes de James Murray, pour être utilisés lors de la bataille de Sainte-Foy.Dans ce livre-ci, MacLeod ne retient que les essais infructueux de Vaudreuil d\u2019infiltrer Québec afin d\u2019incendier les dépôts d\u2019armes ennemis.L\u2019auteur souligne que Lévis a rapidement tiré les leçons de la défaite des plaines d\u2019Abraham.Lors de cet événement, les miliciens canadiens s\u2019étaient bien battus, obligeant le général Wolfe à leur opposer trois bataillons.Macleod rappelle les mots de l\u2019officier français Malartic : les miliciens savaient tirer et avaient infligé de lourdes pertes à l\u2019ennemi.Afin de maximiser leur impact, Lévis les rassemble à l\u2019intérieur de compagnies rattachées à des bataillons de l\u2019armée régulière.Rappelons que, mis à part la ville de Québec, les soldats de l\u2019armée française n\u2019avaient pas de casernes et devaient loger chez les habitants et les citadins.Lévis répartira les miliciens selon leurs lieux d\u2019habitation, par paroisse, auprès des bataillons avec lesquels ils étaient devenus familiers pour avoir côtoyé leurs soldats dans la vie de tous les jours.La bataille de Sainte-Foy mettra aux prises 4 400 soldats britanniques face à 2 750 miliciens canadiens, 3 950 soldats français et 270 guerriers autochtones.Le désavantage numérique britannique est compensé par son écrasante supériorité en artillerie et par le choix du terrain de bataille.Selon MacLeod, les amateurs d\u2019histoire militaire auraient intérêt à mieux connaître cet épisode en raison de son 117 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 importance dans la tactique d\u2019assaut.« Tombée dans l\u2019oubli, la charge de Lévis devrait être aussi connue que celle de Montcalm sur les plaines d\u2019Abraham ou celle de l\u2019avancée canadienne lors de la bataille de la crête de Vimy en 1917 », soutient-il.Cette victoire serait même, d\u2019après lui, la plus « remarquable » de toute la guerre de Conquête, car c\u2019est la seule où le perdant ne se précipite pas de lui-même dans la défaite par une mauvaise décision comme le fit Montcalm en abandonnant une position défensive forte.Au final, cette bataille entraînera la mort de 266 Français, Canadiens et Autochtones et fera 733 blessés.Les Britanniques encaissèrent la perte de 292 soldats et de 837 blessés.Après la bataille et la victoire française, les troupes de Lévis affamées et épuisées s\u2019arrêtent aux portes de Québec et se préparent à en faire le siège.Les Britanniques avaient confisqué leurs fusils, mais plusieurs Canadiens des environs participeront aux travaux de terrassement.Des gens de Beauport, qui avaient caché des munitions de l\u2019armée française, remettent aux troupes de Lévis près de 1 000 livres de poudre et 1 500 boulets de canon.Chaque nuit, environ 80 guerriers autochtones montent la garde.Toutefois, l\u2019arrivée des premiers vaisseaux de guerre britannique le 9 mai met fin au rêve de reconquête armée.En l\u2019espace de quelques jours, la milice commence à se défaire et les troupes entreprennent leur retraite vers Montréal.En juin, la couronne française répudie sa dette de guerre.Lévis, Vaudreuil et Bigot en seront réduits à garantir, en leurs noms propres, les achats de nourriture pour l\u2019armée et les miliciens. 118 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Parallèlement, James Murray entreprend le « démantèlement de la Nouvelle-France paroisse par paroisse, en désarmant et en neutralisant la milice ».Ses troupes peuvent se heurter à de la résistance armée comme à Batiscan.Mais le plus souvent, les responsables de milices remettent les armes comme à Gentilly, Bécancour et Berthier.À Sorel, les troupes britanniques pillent tout ce qu\u2019elles trouvent.Le mouvement de défection milicienne s\u2019accélère rapidement.En août, les forces de Lévis ne comptent pas plus de 400 miliciens.Afin d\u2019accélérer leur désintégration, des militaires britanniques recourent à la terreur.Des viols ont lieu à Varennes.Le lendemain, l\u2019armée britannique libère une vingtaine de prisonniers canadiens en leur remettant un document qui spécifie que la résistance armée entraînera la déportation des Canadiens en Europe.Détail ultime qui nous éloigne de la fable persistante sur la « libération » de la Nouvelle-France : ces paroles de Murray selon lesquelles « il n\u2019est pas nécessaire » d\u2019aider les habitants dans leurs récoltes tant que les futurs traités de paix ne seront pas signés, quelque part en Europe.Comme l\u2019écrivait François- Xavier Garneau, Voltaire célébra le triomphe des Anglais par un banquet, une pièce de théâtre et un feu d\u2019artifice au son d\u2019une musique guerrière.« Spectacle étrange et sinistre », disait Garneau, que le livre de MacLeod rend plus amer par l\u2019évocation de la douleur partagée d\u2019un peuple ayant tout donné.Sans avoir la profondeur documentaire de ses précédents livres, dont l\u2019impeccable La vérité sur la bataille des plaines d\u2019Abraham, ce livre vaut son temps de lecture et attend son traducteur.Jean-François Barbe Étudiant à la maîtrise en histoire 119 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 ANDRÉ PRATTE, JONATHAN KAY ET AL.Bâtisseurs d\u2019Amérique : des Canadiens français qui ont fait l\u2019histoire, Les éditions La Presse, 2016, 408 pages Que Les Éditions La Presse, en 2016, décident de publier un livre traitant des grands personnages canadiens-français ayant « fait l\u2019Amérique » peut sembler franchement surprenant aux yeux de tout nationaliste.L\u2019ennemi idéologique serait-il soudainement sensible à l\u2019importance de réinscrire dans l\u2019histoire de la nation québécoise des figures exceptionnelles et exemplaires nourrissant la fierté et l\u2019appréciation du passé ?Le média fédéraliste et libéral par excellence se sent-il soudain l\u2019âme patriote ?Réalise-t-il, à l\u2019heure de la montée des populismes, que les peuples sentent encore le besoin d\u2019exister et de se rallier à de salvateurs mythes nationaux ?Qu\u2019est-ce donc que cet ouvrage historique qu\u2019on nous offre alors que le libéralisme semble plus affairé que jamais à dissoudre les communautés nationales et leurs racines et que le fédéralisme canadien se pose internationalement comme à l\u2019avant-garde absolue de ce mouvement de l\u2019histoire ?C\u2019est donc avec hâte et empressement que je me suis plongée dans la lecture des quelque 396 pages de ce collectif voulant offrir aux lecteurs des portraits de grands personnages francophones écrits par d\u2019autres grands personnages, eux, vivants.Je m\u2019imaginais en faire une recension relativement calme et élogieuse.Que dire d\u2019acerbe, en effet, sur un ouvrage de vulgarisation historique honnête, documenté par moult recherchistes chevronnés ?Quelle matière à regimber y a-t- il, en effet, à la lecture des grandes lignes de la vie de personnages ayant marqué l\u2019histoire des Québécois et ayant permis à notre « petit peuple » de rayonner au-delà de ses frontières ?C\u2019est donc avec une certaine incrédulité que j\u2019écrirai toutefois, aujourd\u2019hui, ce texte qui portera les stig- 120 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 mates de la critique virulente davantage que les marques de la recension littéraire apaisée.La lecture de l\u2019avant-propos par l\u2019ineffable André Pratte donne le ton à un ouvrage dont on ne soupçonnait pas avant de l\u2019ouvrir l\u2019ampleur de la bêtise.Une première remarque s\u2019impose : quelques pages suffisent à comprendre le pourquoi de l\u2019usage du vieux terme « Canadien français ».Pas une fois on n\u2019y parlera vraiment de grands Québécois, bien que presque tous les personnages présentés le soient.On comprend rapidement qu\u2019une telle chose qu\u2019un peuple québécois, de toute façon, n\u2019existe pas.Le Canada, cette grande mosaïque multiculturelle, compte entre autres en ses rangs une communauté francophone, mais cette dernière ne connaît pas de frontières.La limiter au Québec est réducteur et non inclusif, nous apprend-on, puisque cette vision des choses exclut d\u2019emblée le reste du Canada francophone.La dilution du Québec en une communauté parmi d\u2019autres est donc, dans cet ouvrage, consacrée, voire sacralisée.Le choix des personnages qu\u2019on côtoiera tout au long du livre prend, lui aussi, tout son sens dans l\u2019avant-propos de Pratte.On comprend bien rapidement que la valeur des grands hommes et des grandes femmes est décuplée lorsqu\u2019ils rayonnent aux États-Unis, au Canada anglais ou en Grande- Bretagne.Que serions-nous, en effet, sans que le monde anglo-saxon ne pose sur nous son sceau d\u2019approbation ?Aux yeux des responsables de ce livre, apparemment, bien peu de choses \u2013 en tout cas, moins que ceux dont le succès reste confiné à la francophonie.C\u2019est donc l\u2019esprit du colonisé qui traverse en grande partie les choix éditoriaux à la base de Bâtisseurs d\u2019Amérique.La caution du monde anglais y sera présentée comme l\u2019apothéose des 13 vies qu\u2019on nous présentera et, par le fait même, comme l\u2019ultime accomplissement auquel un Canadien français peut aspirer.Je ne résumerai pas, dans cette note critique, les propos des 13 essais qui sont 121 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 proposés dans l\u2019ouvrage entier.Je m\u2019arrêterai cependant à quelques-uns que j\u2019estime être particulièrement digne de mention.Le premier essai qu\u2019on lira sera celui qu\u2019a écrit Margaret Atwood au sujet de Gabrielle Roy, ou plutôt la traduction qu\u2019a faite Catherine Leroux du texte qu\u2019a écrit Margaret Atwood après avoir lu le dossier de la recher- chiste Valérie Gratton sur Gabrielle Roy.On y apprendra tellement peu de choses que c\u2019en est navrant.Le contenu historique de ces 30 premières pages se limitera à souligner que la vie de Gabrielle Roy a chevauché la Grande Crise, la Seconde Guerre mondiale et l\u2019époque Duplessis, comble de l\u2019obscurantisme moral et social, et que l\u2019auteure a su y vivre une histoire qu\u2019Atwood qualifiera comme étant « digne de Cendrillon » (p.34).Gabrielle Roy a-t-elle marié un prince au grand cœur pour accéder à la richesse et à la noblesse ?Une fée-marraine l\u2019a- t-elle prise sous son aile pour l\u2019aider à sortir de la misère ?L\u2019analogie semble d\u2019une extrême faiblesse pour quiconque connaît un peu l\u2019histoire de Roy et de Cendrillon.Elle annonce malheureusement la qualité de nombreuses autres remarques qu\u2019Atwood fera sur la vie et l\u2019œuvre de l\u2019écrivaine de Bonheur d\u2019occasion ainsi que sur sa propre existence de laquelle elle semble difficilement capable de prendre quelque distance que ce soit.On apprendra entre autres que l\u2019adolescence torontoise de Margaret Atwood fut bercée par les « danses du vendredi soir, où une horde d\u2019adolescents se déhanchaient dans le gymnase, surveillés par le prof d\u2019allemand qui était Bulgare et le prof de latin dont la lignée remontait à l\u2019Inde via Trinidad », le tout dans une école écossaise remplie d\u2019étudiants « Chinois et Arméniens » (p.32).Atwood nous 122 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 révèle par cette anecdote personnelle que « ce cocktail profondément canadien aurait été apprécié par Gabrielle Roy » (p.32), passionnée de la diversité culturelle qu\u2019elle était.Comment aurait-elle pu en effet ne pas être ainsi à l\u2019avant- garde, puisqu\u2019elle fut obligée d\u2019être « instruite dans les deux langues » (p.36), gage d\u2019ouverture au monde ?On apprend aussi que ses tribulations européennes l\u2019ont fait détester le snobisme parisien et adorer l\u2019ouverture anglaise, puis que le personnage du violeur de son roman Bonheur d\u2019occasion s\u2019appelle Jean Lévesque et que cela devrait nous évoquer Jean le Baptiste, « ermite misogyne et dénonciateur d\u2019Hérode [sic] » (p.47).Gabrielle Roy est donc dépeinte par Atwood comme une disciple de Justin Trudeau avant l\u2019heure, amoureuse de la diversité et surtout produit de cette diversité et de l\u2019hétérogénéité canadienne.Grâce à Dieu, elle a su ne pas émaner d\u2019une « petite communauté francophone fermée » et a pu croître grâce au « multiculturalisme sous sa forme la plus généreuse [sic] » (p.55).L\u2019autre portrait digne de mention de l\u2019ouvrage est celui rédigé par l\u2019honorable Jean Charest et son fils Antoine Dionne- Charest au sujet de Sir George-Étienne Cartier, un des Pères de la Confédération.Charest père et fils présentent Cartier comme un patriote raisonnable, au contraire de Papineau, qui avait compris que le repli sur soi des Canadiens français était chose néfaste pour leur avenir, que le devoir d\u2019un bon politicien était d\u2019assurer la stabilité de la société tout en la faisant progresser économiquement.Le pauvre Cartier n\u2019a évidemment pas pu réaliser tous ses rêves, notamment quant à la réforme de l\u2019éducation, à cause de l\u2019infâme clergé qui sévissait alors au Québec et qui favorisait l\u2019analphabétisme en engageant des enseignants laïcs ignorants.On pardonnera à Jean Charest, un avocat et non un historien, de ressasser pareils clichés anticléricaux.On lui pardonnera moins, toutefois, la hardiesse dont il fait preuve en se ser- 123 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 vant du baronnet Cartier pour vanter les effets bénéfiques pour la société de la pratique du patronage par les partis au pouvoir.On reconnaîtra toutefois dans ce trait d\u2019esprit son légendaire culot.D\u2019une page à l\u2019autre, on voguera donc tant bien que mal entre l\u2019esprit de colonisé ordinaire et la pure et simple propagande idéologique.De crêtes en creux de houle, on croisera parfois \u2013 et heureusement \u2013 quelques salvatrices accalmies.Je pense notamment au très beau texte de Lucien Bouchard sur Henri Bourassa, à celui de Ken Dryden sur l\u2019impact de Jacques Plante sur la pratique du hockey moderne, à celui de Gaétan Frigon sur Prudent Beaudry, un homme originaire de Mascouche devenu un des plus remarquables maires de Los Angeles au 19e siècle, et à celui de Roméo Dallaire et de Serge Bernier sur Thomas-Louis Tremblay, un militaire québécois à la carrière remarquable.Cet essai remportera d\u2019ailleurs la palme du livre quant à la pertinence et à l\u2019intérêt qu\u2019il suscite.Dallaire et Bernier nous révèlent, sans flafla diversitaire et sans aucune forme de mièvrerie canadian, l\u2019histoire d\u2019un soldat brillant qui, toute sa carrière, s\u2019est battu contre le racisme anglo-canadien envers les Québécois.Advenant l\u2019accession du Québec à la souveraineté, la figure de Thomas-Louis Tremblay mériterait certainement une place de choix dans l\u2019histoire militaire officielle du Québec pour avoir mené les fiers hommes « de race canadienne-fran- çaise » à de grandes victoires militaires pendant la guerre de 14-18 au sein du bataillon aujourd\u2019hui nommé Royal 22e Régiment.Ses faits d\u2019armes sont impressionnants, le récit des grandes batailles qu\u2019il a menées est poignant et l\u2019image que Dallaire et Bernier dressent de son caractère est plus qu\u2019inspirante et correspond à l\u2019idée que l\u2019on se fait d\u2019un peuple québécois émancipé et libéré : fier, droit, franc, inventif, déterminé et fort. 124 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Malheureusement, ces quatre textes moins tendancieux se trouvent noyés dans un océan de « contenu canadien » où on fait de Jehane Benoit une chantre du multiculturalisme et du métissage, de Jack Kerouac un homme qui avait compris que la déconstruction du français était un extraordinaire fait culturel et que l\u2019anglais était un outil indispensable pour exister dans le monde, de Gabrielle Roy une féministe entichée de Justin Trudeau avant même qu\u2019il ne voie le jour.Le Sieur de La Vérendrye devient un prétexte pour souligner la fermeture xénophobe des Québécois de jadis face aux mariages interraciaux et leur acceptation raisonnable et moderne des vertus du multiculturalisme, Thérèse Casgrain sert à dénoncer l\u2019ignominie des gouvernements conservateurs et la noblesse du Parti libéral canadien.Quelle insulte pour ces personnages foncièrement intéressants d\u2019être ainsi impunément instrumentalisés au profit du triomphe du régime par la promotion de la servilité québécoise ! Pour un pays comme le Canada qui se targue d\u2019être à l\u2019avant- garde de l\u2019humanité parce qu\u2019il aurait, par nature, rendu dépassée l\u2019idée même d\u2019appuyer la souveraineté d\u2019un État sur l\u2019identité nationale, cet ouvrage de grossière propagande libérale canadienne montre que derrière les belles intentions et les grandes envolées larmoyantes moralisatrices du régime fédéral se cache une redoutable machine politique qui s\u2019active par tous ses organes à une vaste entreprise de nation building.Il est impératif de le dénoncer, et si la lecture de Bâtisseurs d\u2019Amérique doit servir à quelque chose, c\u2019est bien à voir l\u2019ampleur du danger qui guette le peuple québécois si on laisse le champ de la vulgarisation historique aux soins de l\u2019ennemi politique.Jenny Langevin 125 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 JEAN-MARTIN AUSSANT, ALAIN VADEBONCOEUR, GABRIEL NADEAU-DUBOIS, MAÏTÉE LABRECQUE- SAGANASH, CLAIRE BOLDUC, KAREL MAYRAND, VÉRONIQUE CÔTÉ, WILL PROSPER Ne renonçons à rien.Le livre de la tournée « Faut qu\u2019on se parle », Montréal, Lux Éditeur, 2017, 224 pages À l\u2019heure où le Quebec Liberal Party sape les bases de l\u2019État québécois sous l\u2019œil décontenancé d\u2019un peuple plus cynique que jamais et que les forces nationalistes ne trouvent pas autre chose à faire que de s\u2019écarteler, Gabriel Nadeau-Dubois, Jean-Martin Aussant, Alain Vadeboncoeur, Aurélie Lanctôt, Claire Bolduc, Maïtée Labrecque-Saganash, Véronique Côté, Karel Mayrand et Will Prosper ont lancé une tournée d\u2019assemblées de cuisines et de rassemblements intitulée « Faut qu\u2019on se parle ».Cette dernière vient d\u2019être couronnée par la publication de l\u2019ouvrage Ne renonçons à rien qui présente les constats et les idées des neuf réformateurs.Séparé entre un long exposé sur divers problèmes que connaît la société québécoise, puis une liste de solutions visant à y remédier, puis une dernière section où chacun y va de sa propre petite conclusion, le livre a fait grand bruit au sein des cercles dits progressistes.Annoncé avec fanfare et trompettes comme le début du grand renouveau populaire d\u2019un Québec sclérosé, Ne renonçons à rien, malgré quelques points intéressants qui sont dignes de mention, offre pourtant une réflexion incomplète et dénationalisée qui n\u2019est pas vraiment différente de ce à quoi une bonne partie de la gauche québécoise a pu nous habituer depuis déjà un bon nombre d\u2019années.D\u2019entrée de jeu, les neuf auteurs se lancent dans ce qui constitue l\u2019essentiel de leur propos : la lutte contre un système économique sans foi ni loi.On assiste à une critique 126 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 implacable du néolibéralisme dans la plupart de ses manifestations.De la financiarisation de l\u2019économie à l\u2019arrogance des multinationales traînant des gouvernements devant la justice, en passant par le massacre de notre environnement, la construction d\u2019oléoducs et la froideur implacable d\u2019une technocratie au service des Puissants, tout y passe.Nos systèmes de santé et d\u2019éducation adoptent la logique du marché tandis que des petites villes de région doivent mettre la clé dans la porte.Les auteurs s\u2019en prennent également au lobbyisme permettant aux entreprises de faire passer leurs intérêts devant le bien commun ou encore aux médias, à juste titre dénoncés comme étant concentrés à outrance et pouvant désinformer l\u2019opinion publique et la classe politique à force de sensationnalisme.En somme, le Québec serait dans une situation économique et sociale critique créant beaucoup de cynisme et mettant en danger nos institutions et nos mœurs démocratiques.On constate que le thème des effets néfastes du néolibéralisme et d\u2019un Système contrôlé par la « main invisible » ne perd pas de sa pertinence et que l\u2019atomisation en règle de notre système économique est ici fort bien réalisée.Il n\u2019en demeure pas moins que le présent ouvrage ne brille pas par son originalité : il s\u2019agit essentiellement d\u2019une synthèse efficace de ce qui a été écrit maintes et maintes fois ailleurs.Au chapitre des solutions, les auteurs dégagent huit priorités : l\u2019éducation, l\u2019écologie, la démocratie, la culture, la diversité, les Premières Nations, la santé et les familles, chacune menant à une série de propositions plus ou moins concrètes.Certaines sont indéniablement à prendre en compte, à commencer par l\u2019importance de faire de nos écoles de véritables lieux de transmission du savoir, de la culture et de l\u2019histoire afin de voir naître des citoyens inté- 127 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 ressés par la chose publique et préoccupés par le devenir de leurs semblables et des prochaines générations.De cette liste de solutions ressort globalement une sociale- démocratie à la sauce QS, faite de démocratie directe, d\u2019écologie et de multiculturalisme.L\u2019appel à un système socio- économique se veut plus moral, respectueux et enraciné, comme c\u2019est souvent le cas au sein de la gauche altermon- dialiste, mais ne va pas au bout de la logique qui permettrait la défense d\u2019un enracinement réel et complet, c\u2019est-à-dire également ancré dans le national et le culturel.Entre le local, le national et le mondial, il y a des tensions, et elles sont normales.Il ne s\u2019agit pas pour nous de rêver d\u2019y échapper ou de les refuser en bloc.Il s\u2019agit de rendre ces tensions fécondes, là où elles nous semblent trop souvent malsaines (p.34).Leur critique très juste du caractère déstructurant de la mondialisation ne conduit donc pas ici à la volonté de restaurer la puissance, la solidarité et la souveraineté du couple État- Nation\u2013État-Providence, mais bien à établir un altermondia- lisme célébrant la Diversité et l\u2019Ouverture à l\u2019Autre.Comme une large partie de la gauche actuelle, les auteurs de Ne renonçons à rien gardent dans leur angle mort l\u2019autre facette de la mondialisation et du néolibéralisme, soit le fractionnement des identités collectives et du cadre national.D\u2019une proposition à l\u2019autre, et tout au long du livre, la nation québécoise n\u2019est pas le fondement de la vision d\u2019ensemble derrière cet ouvrage.Un programme identique aurait été publié par le NPD que l\u2019on n\u2019y aurait vu que du feu.La question nationale n\u2019y apparaît pas comme centrale et fondamentale.Elle est mentionnée au détour d\u2019un chapitre comme le sujet un peu oublié sur lequel il faudra bien se pencher un jour, un à côté qu\u2019on réglera ou non. 128 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Les auteurs rêvent d\u2019investissements massifs pour nos écoles, nos hôpitaux ou nos artistes, de faire prendre un virage écologique complet à l\u2019économie et de rehausser le statut des Premières Nations, mais tout est écrit et pensé comme si le gouvernement fédéral ne tenait pas le Québec par la gorge, à coups de transferts en santé, de déséquilibre fiscal, de CRTC, de Conseil des Arts du Canada, de Loi sur les Indiens ou de ministère des Affaires étrangères.En somme, la bande de « Faut qu\u2019on se parle » veut refaire le Québec au complet, mais en minimisant l\u2019importance de ce qu\u2019un autre État contrôle la moitié des impôts, des principaux outils économiques et des pouvoirs régaliens.Le constat du cynisme ambiant et de la corruption qui gangrènent le Québec n\u2019échappe pas non plus à l\u2019absence de grille de lecture nationale.Les auteurs martèlent que tous les partis sont touchés par les scandales et que le problème est généralisé, fermant les yeux sur le fait que ce sont essentiellement les réseaux du Parti libéral du Québec qui sont indécrottablement incrustés dans toutes les sphères et qui s\u2019en mettent plein les poches, mettant à mal les fondations de l\u2019État du Québec.Dans la même veine, la culture n\u2019est présentée que sous un angle technique.On se préoccupe de l\u2019industrie, des artistes et de financement, mais très peu de la culture collective, du transmis, du lien national.Les neuf comparses mentionnent un vague attachement à la langue française \u2013 qui n\u2019apparaît par ailleurs nulle part au chapitre des priorités et qui ne suscite aucune proposition \u2013, mais se consacrent surtout à vanter abondamment la Diversité, que le Québec devrait protéger en entrant en guerre contre un racisme prétendument très répandu.L\u2019idée de faire de la culture de la majorité historique notre moule intégrateur (notre « culture de convergence » comme auraient pu le dire Fernand Dumont ou Camille Laurin) ne plaît clairement pas aux auteurs qui 129 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 dénoncent le « virage identitaire » des indépendantistes.À leurs yeux, l\u2019indépendance du Québec doit être un projet réformateur de gauche et non pas l\u2019instrument de survie d\u2019un peuple, dont il ne faudrait d\u2019ailleurs pas trop rappeler outre mesure les origines sous peine d\u2019être passéiste.En fin d\u2019ouvrage, Will Prosper va même jusqu\u2019à cibler les identi- taires » en disant craindre que leur projet : [\u2026] mène à une diminution des droits et libertés de certains.Dans la foulée de tels mouvements populistes et des dérives qui souvent en émergent, un véritable progressiste peut difficilement se reconnaître indépendantiste (p.214).Rien de moins ! Sorte de réactualisation du Manifeste pour un Québec solidaire de 2005, ce livre vient « comme par hasard » ponctuer l\u2019entrée en grande pompe de Gabriel Nadeau-Dubois dans les rangs de Québec solidaire.Ce dénouement, connu d\u2019avance, permettra assurément aux auteurs de Ne renonçons à rien de transposer dans le domaine politique leurs propositions, quoique Québec solidaire s\u2019y affairait déjà sensiblement depuis un bon moment.Il faut donc en conclure que Ne renonçons à rien, malgré ses prétentions, est un ouvrage qui ne chamboule pas vraiment l\u2019univers des idées politiques au Québec ni l\u2019équilibre des forces en place.Ce pourquoi on en revient à ce qu\u2019écrit prophétiquement la bande de « Faut qu\u2019on se parle » au début de l\u2019ouvrage : « Autour de nous, ce n\u2019était pas la fin du monde, mais ce n\u2019était pas non plus le début de quoi que ce soit » (p.9.) Pierre Norris Étudiant en science politique à l\u2019UQAM Recompter ! Cette étude vise à déterminer la viabilité des finances publiques d\u2019un Québec indépendant.Elle estime l\u2019ensemble des revenus qu\u2019un Québec indépendant percevrait et l\u2019ensemble des charges additionnelles qu\u2019il assumerait, en partant de l\u2019hypothèse qu\u2019il fournirait les mêmes services à ses citoyens que ceux présentement offerts sans devoir chercher de nouvelles sources de revenus.18 $ taxe et expédition comprises achat à la boutique internet, par la poste, au téléphone coordonnées page 144 131 Livres reçus PIERRE BARELLIER ET MARE-ÉVE MAILLÉ Acceptabilité sociale: sans oui, c\u2019est non Montréal, Écosociété, 2017, 304 pages YVAN LAMONDE, MARIE-ANDRÉE BERGERON, MICHEL LACROIX ET JONATHAN LIVERNOIS Dictionnaire des intellectuel.les au Québec Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2017, 348 pages SIMON-PIERRE BEAUDET Fuck le monde Moult Éditions, 2016, 276 pages JONATHAN MARTINEAU L\u2019ère du temps.Modernité capitaliste et aliénation temporelle Montréal, Lux Éditeur, 2017, 312 pages ALAIN DENEAULT Politiques de l\u2019extrême centre Montréal, Lux Éditeur, 2016, 100 pages JEAN-DENIS ROBILLARD Ville-Marie.Les origines de Montréal de 1642 à 1651 Brossard, Les éditions JDR, 2016, 335 pages SERGE BOUCHARD Les yeux tristes de mon camion Saint-Laurent, Les éditions du Boréal, 2017, 216 pages 132 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 Jean-cLaude Marsan.iLLustrations : tex dawson Carnets du mont Royal Montréal, Éditions Les heures bleues, 2017, 128 pages cÉdric Biagini, david MurraY et Pierre thiesset (dir.) Aux origines de la décroissance.Cinquante penseurs Montréal, Écosociété, 2017, 320 pages cÉLine goBert et Jean-Marie LanLo Le cinéma québécois au féminin Québec, Éditions de l\u2019instant même, 2017, 130 pages henri-raYMond casgrain (texte ÉtaBLi Par giLLes Pageau) Souvenances canadiennes La Pocatière, Les Cahiers d\u2019histoire, 2016, 560 pages cÉLine goBert et Jean-Marie LanLo Le cinéma québécois par ceux qui le font Québec, Éditions de l\u2019instant même, 2016, 160 pages Pierre FaLardeau (ProPos recueiLLis Par) Québec libre!: Entretiens politiques avec Pierre Falardeau (éd.2017) Drummondville, Éditions du Québécois, 2017, 228 pages rÉMi savard Carcajou à l\u2019aurore du monde : fragments écrits d\u2019une encyclopédie Montréal, Recherches amérindiennes au Québec, 2017, 84 pages victor teBouL Les Juifs du Québec : In Canada We Trust Rouyn-Noranda, L\u2019ABC de l\u2019édition, 2016, 280 pages Yves desJardins Histoire du Mile End Québec, Éditions du Septentrion, 2017, 360 pages 133 L\u2019Action nationale \u2013 Mai 2017 MANUEL DORION-SOULIÉ Décadence, empire et guerre.Le militarisme moralisateur des néoconservateurs américains Outremont, Éditions Athena, Collection Chaire MCD, 2016, 164 pages SIMON HAREL Été 1965.Fictions du Hobo Montréal, Éditions Nota Bene, 2017, 236 pages Quelques reproductions de l\u2019oeuvre du centenaire sont encore disponibles Achat à la boutique internet, par la poste, au téléphone coordonnées page 144 Les abonnés de L\u2019Action nationale ont le privilège d\u2019offrir un abonnement cadeau d\u2019un an pour 50 $ à la revue et pour 20 $ aux Cahiers de lecture.Partagez vos lectures pour de fructueuses discussions ! L\u2019Action nationale en cadeaux Votre date d\u2019échéance est indiquée sur votre feuillet d\u2019adressage Prévenez le coût ! Vous pouvez payer votre abonnement \u2022 par la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Quèbec) H2X 1X3 \u2022 par téléphone (cartes de crédit*) ; 514 845-8533 ou 1 866 845-8533 \u2022 par la boutique internet** action-nationale.qc.ca Paiement direct avec votre avis de renouvellement Vous pouvez maintenant inscrire la Ligue d\u2019action nationale parmi vos fournisseurs dans votre compte chez Desjardins et les autres institutions participantes.Votre avis de renouvellement indique votre numéro d\u2019abonné vous permettant de vous identifier et de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet.Chaque abonné est important pour nous.* VISA et MASTERCARD acceptées ** VISA, MASTERCARD ou paiement PAYPAL Inscrivez la « Ligue d\u2019action nationale » parmi vos fournisseurs avec votre numéro d\u2019abonné et payez directement votre renouvellement d\u2019abonnement de votre compte bancaire.Chez Desjardins et dans les institutions inancières participantes L\u2019Action nAtionALe en héritage Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec près d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars que vous avez souscrite il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s de Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 819 397-4920 gfb@tlb.sympatico.ca MEMBRES BÂTISSEURS de 5000 $ à 24 999 $ Dominique Bédard \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Cécile Vanier \u2020 MEMBRES GRANDS BÂTISSEURS de 25 000 $ à 49 999 $ Hector Roy \u2020 MEMBRES BÂTISSEURS ÉMÉRITES plus de 50 000 $ TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Véronneau Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Marcelle Brisson Henri Brun Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau Normand Cossette George Coulombe Louis-J.Coulombe Gérard Deguire André Dubuc Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Raymond Gagnier Léopold Gagnon Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Isabelle Lamarche Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Denis Lazure \u2020 Isabelle Le Breton Richard Leclerc Jacques Libersan Clément Martel Yvon Martineau \u2020 Marcel Masse \u2020 Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilbert Paquette Jacques Parizeau \u2020 Hubert Payne Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond-Roy René Ricard René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ginette Simard Michel Taillefer Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Madeleine Voora cLuB des 100 associÉs 1000 $ à 1499 $ MeMBres BienFaiteurs de 1500 $ à 4999 $ Robert Ascah André Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Charles Castonguay Jacques Cardinal Bernard Courteau Guy Cormier Richard Côté Harold Dumoulin Lucia Ferretti Yvon Groulx Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Bryan L\u2019Archevêque Marc Labelle Bernard Landry Isabelle Laporte Maurice Leboeuf Laurent Mailhot Pauline Marois Michel Moisan Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell Pierre Karl Péladeau Gilles Pelletier Réal Pilon Richard Rainville Ivan Roy Paul-Émile Roy Rita Tardif Robert G.Tessier \u2020 André Watier Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française (1917-1929) et de L\u2019Action nationale jusqu\u2019à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur Octobre 2009 vol.XCIX no 1 L\u2019Action 143 Ligue d\u2019action nationale Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Michel Sarra-Bournet Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Anne-Michèle Meggs Simon-Pierre Savard-Tremblay Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib André Binette Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Robert Comeau Charles-Philippe Courtois Myriam D\u2019Arcy Catherine Fournier Henri Laberge Jacques Martin Danic Parenteau Mélissa Pilon Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Paul-Émile Roy Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2017 L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes Version numérique 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 85 $ 145 $ (73,93 $ + taxes) (126,11 $ + taxes) Abonnement de soutien 175 $ 300 $ Étudiant 50 $ 85 $ (43,49 $ + taxes) (73,93 $ + taxes) Institution 145 $ 240 $ ((126,11 $ + taxes (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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