L'action nationale, 1 octobre 2016, Octobre
[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C V I n u m é r o 8 \u2013 O c t o b r e 2 0 1 6 volume CVI numéro 8 OCTOBRE 2016 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action L\u2019Action Octobre 2016 vol.CVI, no 8 La normalisation de la politique au Québec ?Retour sur l'oeuvre de Louky Bersianik En couverture Aline Baron Nous n'irons plus au bois.Collagraphie sur écorce de bouleau et fil, 2013, 22\" x 29 1/2\", V.III 1/1 GALERIE 2456 DU 28 NOVEMBRE AU 4 DÉCEMBRE 2016 2456, RUE BEAUBIEN EST MONTRÉAL frenchamericaine.com * La collagraphie (du grec kolla, signifiant colle et graphe, écriture) entre dans la grande famille de la gravure.Cette technique consiste à coller ou fixer, sur un support de bois de métal ou de carton ferme, des couches de matériaux divers et texturants (cordes, tissus, papiers, objets récupérés\u2026).Le résultat obtenu n\u2019est pas l\u2019œuvre en soi, mais la matrice de reproduction.Cette matrice sera encrée et déposée sur le lit de la presse afin d\u2019imprimer le papier préalablement mouillé.L'œuvre Mes séries réalisées autour du bouleau s\u2019incrivent dans une démarche de détournement des matières de leur destination ou usage habituel.Ici, des écorces de bouleau ont été, dans un patient processus, ramassées au Québec pour être ensuite séchées, séparées puis cousues.Les minces feuilles ainsi préparées ont été collées sur papier, pour être ensuite imprimées en collagraphie*, une des techniques traditionnelles de gravure.Le choix de matière, de composition et de couleur plonge le spectateur dans une ambiance mystérieuse rappelant les impénétrables forêts et bois.Le choix du titre, inspiré d'une comptine, offre un point de contraste joyeux et dansant.La démarche Je suis en constante exploration autour des notions de lien, d\u2019intégration et de réinvention de soi.Cette recherche se traduit dans mon travail dans des associations improbables soit de matières soit de techniques.Mon processus créatif commence toujours autour d\u2019une matière brute, d\u2019un objet récupéré ou d\u2019une technique que je détourne de sa vocation initiale.Mon processus de travail requiert inévitablement une forme de combat avec la matière qui résiste au processus de création ou même de destruction si c\u2019est un objet.L\u2019œuvre qui en émerge est l\u2019évocation du potentiel de renouvellement de l\u2019être humain dans son affranchissement de toutes les pressions, projections sociales ou cadres normatifs auxquels chacun de nous est soumis.Je travaille depuis quelques années plusieurs techniques de gravure, principalement la collagraphie et plus récemment la sérigraphie et l\u2019embossage.Depuis peu, j\u2019intègre également des techniques de la dentelle pour réaliser des dessins de fil de métal.Mon travail, expérimental et intuitif, donne naissance le plus souvent à des monotypes, des œuvres uniques ou de petites séries qui sont le résultat d\u2019un processus oscillant entre intention et accident. 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE ENCOURAGER LA ISCUSSION Dossier Éditorial Courtiers en frayeurs - Robert Laplante 4 Articles La normalisation de la politique au Québec ?- Michel Sarra-Bournet 11 Le démantèlement de la nation (chronique 12) - Lucia Ferretti 35 Hommage à Louky Bersianik L\u2019identité gynile - Élise Farine 66 Pour une réforme du mode de scrutin - Denis Monière 74 Extrait en primeur L\u2019ÉTAT SUCCURSALE LA DÉMISSION POLITIQUE DU QUÉBEC de Simon-Pierre Savard-Tremblay 87 Lire Note critique Bureau d\u2019aménagement de l\u2019est du Québec : questionner les possibles BRUNO JEAN (SOUS LA DIRECTION DE) Le BAEQ revisité 106 Comptes rendus CHRISTIAN SAINT-GERMAIN Le mal du Québec.Désir de disparaître et passion de l\u2019ignorance 117 VICTOR TEBOUL Libérons-nous de la mentalité d\u2019assiégé 122 YVAN LAMONDE, MARIE-ANDRÉE BERGERON, MICHEL LACROIX, JONATHAN LIVERNOIS Les intellectuel.les au Québec 124 SOMMAIRE 4 Éditorial Il n\u2019y avait pas grand monde chez les indépendantistes qui s\u2019attendait à une couverture intéressante de la course à la chefferie du Parti québécois.Dès le départ, les catégories avaient été fixées : référendite aiguë et charte de fermeture, les candidats étaient campés dans des balises confortables pour les bonimenteurs.Plusieurs avaient cependant redouté ce qui s\u2019est effectivement produit et n\u2019ont pas tardé à se désoler de voir les candidats tomber à pieds joints dans le marécage.Et les choses se sont déroulées comme le mauvais vaudeville que souhaitaient s\u2019offrir ceux-là qui ne demandaient pas mieux que de « passer à autre chose », c\u2019est-à-dire, en clair, à la politique de minoritaire content.Au moment d\u2019écrire ces lignes, les choix ne sont pas faits, mais le véritable résultat est d\u2019ores et déjà connu : le PQ a raté son rendez-vous.Le spectacle qu\u2019a donné le caucus n\u2019est rien moins que désolant.S\u2019il fallait s\u2019inquiéter de l\u2019état de santé du parti, il est désormais plus que temps de s\u2019inquiéter des effets de son délabrement intellectuel sur le mouvement national et l\u2019idée d\u2019indépendance.Loin d\u2019avoir inspiré les appels au dépassement et les efforts de renouvellement authentique des paramètres de notre lutte, l\u2019aspiration à l\u2019indépendance a été littéralement dévoyée.Robert Laplante Courtiers en frayeurs 5 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 On n\u2019aurait jamais cru la voir placer dans l\u2019ombre des épouvantails que dressent les adversaires.Ça ne s\u2019invente pas : on aura entendu des milliers d\u2019arguments pour dire les dangers de la liberté.Pour ne la faire désirer qu\u2019en désespoir de cause.Lorsque nous n\u2019aurons plus d\u2019autres choix que de mettre l\u2019honneur au clou.Lorsque nous pourrons enfin considérer notre pays comme un immense mont-de-piété.Un pawn shop du rêve avorté.C\u2019est affligeant et honteux.Et nous aurons à vivre longtemps avec cette démission.Le refus de faire le bilan de la situation nationale depuis que Lucien Bouchard lui-même a cédé l\u2019initiative historique vient de trouver son point d\u2019aboutissement.C\u2019est l\u2019enfermement dans le déni.La politique provinciale est devenue le seul horizon des débats dans ce parti.Un horizon marqué par la peur, cette vieille composante de notre tradition politique.La confiance en soi qui a été une des notions cardinales de la culture du mouvement indépendantiste est littéralement disparue de la philosophie de l\u2019action.Pas d\u2019appels à se dépasser.Pas d\u2019invitation à faire valoir ce qu\u2019il y a de meilleur dans nos réalisations.Ou si peu.Trop peu, pour ne pas accréditer la thèse d\u2019un doute malsain sur la capacité de réaliser l\u2019indépendance avant que le régime canadian ne parvienne à casser les ressorts essentiels à la cohésion nationale.L\u2019essentiel de l\u2019offre politique provinciale repose désormais sur un seul et même socle : la reconnaissance et l\u2019intériorisation de la domination canadian.Elle se construit sur un effet de miroir, les fédéralistes inoffensifs donnant la réplique aux velléitaires de tout acabit.Le PLQ ne fait plus peur au Canada, mais il peut encore 6 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 faire peur aux Québécois.Les autres se contentent d\u2019avoir peur de leur ombre.Courtiers en frayeurs, les partis provinciaux se répondent désormais pour freiner l\u2019élan vital de la nation.Bardé des garanties que lui apporte une minorité de blocage, le Parti libéral du Québec n\u2019est plus qu\u2019un agent de corrosion non seulement des consciences de ses artisans, mais aussi des institutions qui rendent possible notre existence nationale.La corruption n\u2019est pas seulement son modus operandi, c\u2019est le cœur du rapport politique qui structure le sens de sa présence dans notre vie nationale.Jadis instrument de l\u2019Indirect rule et agent de soumission, son rôle de gardien du Canada a muté depuis le référendum de 1995, il n\u2019est plus qu\u2019agent de pourrissement de la nation.Le Canada désormais n\u2019a plus besoin de lui.L\u2019État canadian s\u2019est organisé pour se passer de ces intermédiaires méprisables.Il a obtenu leur reddition sans condition.Il n\u2019avait besoin que de les enfermer dans leur propre peur.La grande frousse de 1995 aura suffi pour qu\u2019ils acceptent eux-mêmes de ruiner ce qui leur conférait un mince rapport de marchandage.Inconditionnels du Canada, ils sont devenus inutiles.En renonçant à tout point de vue national, le PLQ a perdu le seul moyen qu\u2019il avait pour se donner du jeu au bout de sa laisse.C\u2019est ce qui a distingué Robert Bourassa de ses successeurs.En abandonnant eux-mêmes l\u2019instrumentalisation du sentiment national, les libéraux du Québec ont quitté le Canada réel.Ils ont sabordé leur fonds de commerce avec lui.Ils ne lui font plus peur et ne peuvent même plus faire semblant.Il ne leur reste plus qu\u2019à bazarder l\u2019héritage.Et ils le font sans vergogne.Drapés dans le moins d\u2019État, dans le tout au marché et dans les meilleures occasions d\u2019affaires.Et avec 7 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 la certitude de pouvoir compter sur la division du vote majoritaire entre deux factions de timorés velléitaires.La course à la direction qui s\u2019achève ne trouve pas d\u2019abord son sens dans la fossilisation du Parti québécois, mais bien plutôt dans la décomposition du politique.Celle qui reporte à la semaine des trois jeudis le fardeau de persévérer dans son être.L\u2019enlisement dans le renoncement, qui aura marqué cet exercice dans un PQ désormais campé dans la peur sourde de lui-même et de ce qu\u2019il pourrait avoir été, achèvera de placer les années qui viennent sous le signe de la régression minoritaire.Pour la troisième fois en un siècle, le mouvement d\u2019émancipation se brise sur les mêmes écueils.Des écueils semés là par la nature du régime de domination qui s\u2019exerce sur nous et qui n\u2019a de cesse de saper notre cohésion nationale.Des écueils auxquels certains vont tenter de s\u2019accrocher comme autant de naufragés.Ils trouveront du réconfort dans la condescendance dont le Québec fera l\u2019objet toutes les fois qu\u2019il s\u2019agira d\u2019en usurper les réalisations, de lui faire avaler des décisions contraires à ses intérêts ou à ce qu\u2019il est.Ce qui se décompose sous nos yeux n\u2019a donc pas fini de susciter d\u2019inquiétantes réminiscences.Il faut relire Gaston Miron pour en bien comprendre le sens et les effets.Le destin minoritaire de la vie agonique a repris son cours.Les médias se chargeront de la mise en scène et ne renonceront à rien pour semer la médiocrité.Et nous déporter dans l\u2019amnésie à bord de puissantes machines à détruire les racines.À nous faire aimer la peur, à nous la faire confondre avec la prudence.Et surtout à nous faire croire que nous n\u2019aurons été qu\u2019un épisode risible d\u2019une époque révolue.À nous convaincre que ce qui aura commencé 8 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 n\u2019aura valu que pour être mieux abandonné en cours de route.En nous présentant comme une distraction l\u2019envie d\u2019en finir.En multipliant les occasions de chercher des reposoirs où déposer la fatigue qui a eu raison d\u2019Hubert Aquin.Tout est encore à recommencer.q En vente pour un temps limité à 15 $ chacun, expédition et taxe comprises à la boutique internet, par la poste ou par téléphone.Nos coordonnées à la in de ce numéro.1997-2002 2003-2012 Les éditoriaux de Robert Laplante ont été regroupés dans deux recueils www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Fondaction est une institution ?nancière québécoise innovante.Par la collecte d\u2019épargne-retraite et l\u2019investissement dans les entreprises d\u2019ici, Fondaction participe à la création d\u2019une économie plus performante, plus équitable et plus verte.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 11 Articles Michel Sarra-Bournet* La normalisation de la politique au Québec ?** Vingt-quatre juin 1990, plus de 200 000 personnes assistent au défilé de la Saint-Jean qui se transforme en marche nationaliste.Le lendemain soir à l\u2019île Sainte-Hélène, le spectacle qui a pour titre « Aux portes du pays » en attire autant.Vingt-quatre mai 2016, c\u2019est la journée des Patriotes.Une centaine de personnes seulement marchent pour l\u2019indépendance à Montréal.Un mois plus tard, le spectacle de la Fête nationale n\u2019a aucun caractère politique.Le Québec s\u2019est-il accommodé du régime fédéral canadien dans le confort et l\u2019indifférence, sinon dans l\u2019honneur et l\u2019enthousiasme ?Le chemin vers l\u2019indépendance du Québec s\u2019arrêtera-t-il dans une impasse ?Sommes-nous à la veille d\u2019un réalignement partisan qui fera disparaître le Parti québécois (PQ) ?L\u2019attrait pour la souveraineté a connu de meilleurs jours.Ses vecteurs politiques, le Parti québécois et le Bloc québécois (BQ), reçoivent de moins en moins d\u2019appuis.Tout se déroule comme si les Québécoises et les Québécois, élites politiques * Politologue et historien ** Ce texte est adapté d\u2019une communication faite par l\u2019auteur au congrès annuel de l\u2019Association française d\u2019études canadiennes à Grenoble, le 9 juin 2016. 12 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 comprises, avaient intériorisé l\u2019échec des tentatives de sortir le Québec de son statut provincial.Une génération tout entière semble avoir décroché du débat sur la question nationale.Plusieurs tendances pèsent de tout leur poids à l\u2019encontre d\u2019un projet national politique émancipateur.Le néolibéra- lisme a un effet corrosif sur l\u2019action de l\u2019État.La mondialisation et les identités multiples dissolvent les distinctions nationales.L\u2019échec des tentatives de modifier le statut du Québec a créé une « lassitude » face aux revendications politiques.Au contraire, certains des succès de la Révolution tranquille ont laissé l\u2019impression que les principaux problèmes économiques et culturels du Québec ont été définitivement réglés.Enfin, le désir d\u2019indépendance se concentre dans une génération qui, comme toutes les autres, ne sera pas éternelle.S\u2019il veut reprendre l\u2019initiative, le mouvement indépendantiste doit prendre acte de la situation, identifier les facteurs adverses, en faire une analyse lucide et poser des gestes qui ne seront pas vains.En effet, le monde a changé.Le Québec aussi.Pour se rendre à destination, il est parfois plus fructueux de nager avec le courant, plutôt que de s\u2019entêter à lui faire face.En d\u2019autres termes, si certains des obstacles qui se trouvent sur sa route peuvent être surmontés, d\u2019autres devront être contournés.Cet article propose un état de la situation.L\u2019attrait de la souveraineté Vingt-six novembre 1990.Entre 58 % et 66 % des Québécois sont en faveur de la souveraineté, selon le libellé de la question1.1 Gilles Paquin, « Une poussée souverainiste inégalée \u2013 Indépendance : 58 p.cent \u2013 Souveraineté-Association : 66 p.cent », La Presse, 26 novembre 1990.Cela se poursuit toute l\u2019année 1991 : Édouard Cloutier, « L\u2019opinion politique québécoise en 1990-1991 », in Denis Monière (dir.), L\u2019Année politique au Québec 1991, Montréal, Québec Amérique, 1992, p.219-241. 13 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Six février 2016.À peine 35 % des répondants à un sondage voteraient oui à la souveraineté2, un autre sondage fait un mois plus tôt indique que ce niveau est plutôt de 34 %3.Le OUI n\u2019a pas été en avance dans un sondage depuis plus de dix ans4.Si les intentions de vote référendaire sont un indicateur de la ferveur indépendantiste, qu\u2019en est-il de l\u2019appui aux partis politiques indépendantistes, et plus particulièrement, pour le Parti québécois ?Le vote au provincial Entre le 15 novembre 1976 et le 14 avril 2003, le Parti québécois a été au pouvoir près de 18 ans.Depuis cette date, il ne l\u2019a exercé que 19 mois.Il n\u2019a jamais obtenu plus que 35 % des voix, baissant même jusqu\u2019à 25 %, tandis que le Parti libéral du Québec (PLQ) n\u2019en a jamais reçu moins que 31 %, atteignant même un sommet de 42 %.Le vote pour le Parti québécois et celui pour Québec solidaire (QS) vont dans des directions contraires : le second enlève des appuis au premier.Celui de l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ) puis de la Coalition avenir Québec (CAQ) a fluctué énormément.Par moments, l\u2019un ou l\u2019autre de ces deux partis a même semblé sur le point de coiffer une fois pour toutes le PQ au deuxième rang, même si les derniers sondages ne sont pas concluants à cet égard.2 Léger Recherche \u2013 Stratégie \u2013 Conseil, « La politique au Canada, au Québec et aux États-Unis », le 8 février 2016.http://www.ledevoir.com/ documents/pdf/sondage020816_qc_pol.pdf 3 CROP, « Évolution du climat politique au Québec », 14 au 18 janvier 2016.https://sondage.crop.ca/survey/start/cawi/ Rapport%20politique%20-%20Jan%202016.pdf 4 Groupe de recherche sur l\u2019opinion publique, « Évolution des intentions de vote référendaires », http://jflisee.org/wp-content/ uploads/2014/04/RefGROP.jpg 14 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 TABLEAU 1.RÉSULTATS DES ÉLECTIONS QUÉBÉCOISES DEPUIS 2003 Élection générale Parti libéral Parti québécois ADQ et CAQ Québec solidaire % # % # % # % # 2003 46 76 33 45 18 4 2007 33 48 28 35 31 41 3,6 0 2008 42 66 35 51 16 7 3,8 1 2012 31 50 32 54 27 19 6 2 2014 42 70 25 30 23 22 7,6 3 2016* 33 30 22 10 * Sondage mené les 4 et 5 mai 2016.Marco Fortier, « Sondage Léger.Trudeau trône au sommet », Le Devoir, 7 mai 2016.http://www.ledevoir.com/politique/canada/470291/sondage-leger-trudeau-trone- au-sommet % = pourcentage des votes exprimés # = nombre de sièges obtenus Quoi qu\u2019il en soit, force est de constater que la base libérale est solide, tandis que le vote nationaliste (autonomiste, sou- verainiste et indépendantiste), autrefois fédéré par le Parti québécois, s\u2019éparpille à gauche et à droite.C\u2019est que le Parti libéral réussit à faire de la question nationale un repoussoir et à regrouper les partisans du statu quo.Ainsi, le vote fédéraliste est actuellement le moins divisé.Avant l\u2019apparition de l\u2019ADQ, tous les nationalistes se retrouvaient sous la bannière du Parti québécois.Depuis qu\u2019elles offrent une option « autonomiste », l\u2019ADQ et son successeur la CAQ vont chercher une part du vote péquiste plus marqué à droite, tandis que l\u2019apparition de Québec solidaire fait de même sur le flanc gauche.En plus d\u2019être concentré au sein d\u2019un même parti, le vote fédéraliste est également plus solide et les électeurs fédé- 15 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 ralistes plus enclins à se mobiliser.Il suffit que le chef libéral prononce le mot « référendum » pour qu\u2019ils affluent en grand nombre aux bureaux de vote.Cette tactique fut employée avec succès durant les campagnes électorales par Jean Charest contre Bernard Landry en 2003, et par Philippe Couillard contre Pauline Marois en 2014.Voici une mesure de la profondeur de la conviction des nationalistes québécois.En 2014, 48 % des Québécoises et des Québécois se disaient en faveur du projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises (qui aurait dû, selon moi, s\u2019appeler Charte québécoise de la laïcité), dont 57 % des francophones, le groupe cible du Parti québécois5.À la même époque, 41 % se disaient en faveur de la souveraineté du Québec, dont 50 % des francophones.Néanmoins, ces deux aspects de la question nationale demeuraient au bas de la liste des priorités des électeurs.En effet, seulement 27 % des Québécois voulaient qu\u2019on parle davantage de la Charte pendant la campagne électorale, et 63 % voulaient qu\u2019on en parle moins.Du côté de la souveraineté, c\u2019est 20 % qui voulaient qu\u2019on en parle plus contre 69 % qui voulaient qu\u2019on en parle moins6.La question nationale, que ce soit sous sa forme identitaire (la Charte des valeurs québécoises) ou politique (la souveraineté), n\u2019est-elle devenue qu\u2019une position symbolique, une étiquette ?Comme les catholiques, les nationalistes sont-ils eux aussi devenus non-pratiquants ?5 Josée Legault, « Quand un sondage en cache quelques autres ».Blogues.Le Journal de Montréal, le 20 janvier 2014.http://www.journaldemontreal.com/2014/01/20/quand-un-sondage-en-cache- quelques-autres 6 Léger Recherche \u2013 Stratégie \u2013 Conseil, « Sondage \u2013 Politique provinciale Campagne électorale 2014 », 15 mars 2014, http://leger360.com/admin/upload/publi_pdf/20140315fr.pdf 16 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Chose certaine, l\u2019appétit des électeurs nationalistes, sou- verainistes et indépendantistes n\u2019est pas à la hauteur de la ténacité des électeurs fédéralistes.Après avoir passé en revue la situation électorale au fédéral et l\u2019attitude des gouvernements du Québec vis-à-vis d\u2019Ottawa, il nous restera à tenter d\u2019expliquer ce qui explique ce manque d\u2019appétit.Le vote au fédéral Vingt-cinq octobre 1993.Le Bloc québécois obtient 54 des 75 sièges du Québec à la Chambre des communes.Dix-neuf octobre 2016.Le Parti libéral du Canada réussit pour la première fois depuis 1980 à faire élire une majorité de députés au Québec, soit 40 sur 78.TABLEAU 2.RÉSULTATS DES ÉLECTIONS FÉDÉRALES AU QUÉBEC DEPUIS 2004 Élections fédérales Parti libéral Bloc québécois Parti conservateur Nouveau parti démocratique % # % # % # % # 2004 33,9 21 48,9 54 8,8 0 4,6 0 2006 20,7 13 42,1 51 24,6 10 7,5 0 2008 23,7 14 38,1 49 21,7 10 12,2 1 2011 14,2 7 23,4 4 16,5 5 42,9 59 2015 35,7 40 19,3 10 16,7 12 24,5 16 2016* 51 19 9 16 * Sondage mené les 4 et 5 mai 2016.Marco Fortier, « Sondage Léger.Trudeau trône au sommet », op.cit. 17 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Depuis 2004, date de la dernière élection où on dénote une polarisation entre les fédéralistes libéraux et les souverai- nistes bloquistes, le Bloc québécois est en baisse constante.Cette année-là, le parti de Paul Martin fils était frappé par le scandale des commandites.Dès 2006 toutefois, une partie de l\u2019électorat québécois a commencé à se transporter du côté de partis qui, contrairement au Bloc québécois, étaient en mesure d\u2019exercer le pouvoir à Ottawa.Après une brève remontée du Parti conservateur de Steven Harper en 2006 et 2008, on observe un mouvement d\u2019opinion marqué en faveur du côté du Nouveau Parti démocratique de Jack Layton en 2011.L\u2019augmentation du vote pour des partis qui ne remettent pas en cause l\u2019appartenance du Québec au Canada indique que le Québec est prêt à « jouer le jeu du Canada » pour la première fois depuis 1988, alors que les électeurs avaient appuyé massivement le Parti conservateur de Brian Mulroney.Mais, à cette époque, existait encore la possibilité d\u2019une réforme constitutionnelle, l\u2019Accord du lac Meech, qui, malgré son maigre contenu, était perçu dans la population comme l\u2019espoir d\u2019autres accommodements à la vision québécoise.Rien de tout cela en 2015.Non seulement une pluralité de Québécoises et de Québécois ont-ils appuyé le Parti libéral, celui-là même qui a procédé au rapatriement de la constitution sans l\u2019accord du Québec \u2013 et réduit du même coup les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale, mais les derniers sondages pointent en direction d\u2019une seconde trudeaumanie. 18 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Au-delà de cette constatation, les élections générales de 2015 indiquent une convergence du comportement électoral des Québécoises et des Québécois avec le reste du Canada.Leur participation a augmenté et ils ont appuyé le même parti que les électeurs du reste du Canada.Les revendications du Québec Le Parti libéral du Québec, qui a gouverné presque sans interruption depuis 2003, ne ressemble en rien à celui qui était au cœur de la Révolution tranquille.En 1985, son programme se résumait à la privatisation, la déréglementation et la réduction du rôle de l\u2019État.N\u2019ayant pas réussi à le déployer avec toute son ampleur, il est revenu à la charge en 2003 avec l\u2019idée de « réingénierie » de l\u2019État \u2013 rebaptisée « modernisation » quelques années plus tard \u2013, puis ce fut la « rigueur » en 2014, que d\u2019aucuns ont qualifiée d\u2019austérité budgétaire.Chose certaine, le néolibéralisme a trouvé son parti au Québec.Le fédéralisme canadien aussi.En effet, on ne retrouve plus d\u2019ambition nationale de Lesage chez les libéraux de Bourassa, Charest et Couillard.Entre leurs mains, l\u2019« État du Québec » n\u2019est plus qu\u2019un état provincial.Rien de ce qu\u2019ils ont revendiqué n\u2019extirperait le Québec de son statut.La souveraineté culturelle ?Le Québec l\u2019a déjà.Les « conditions minimales » conduisant aux projets de modifications constitutionnelles de Meech et de Charlottetown ?Il s\u2019agit de la constitutionnalisation d\u2019éléments dont le Québec jouit déjà : droit civil, trois juges à la Cour suprême, sélection des immigrants.Et depuis ?« Priorité à la santé » dit Charest.« Le parti de l\u2019éducation » dit Couillard.Mais il ne s\u2019agit là que de l\u2019exercice des compétences provinciales ! 19 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 La quasi-disparition du ministère des Relations internationales et de l\u2019Association internationale des études québécoises montre bien que le gouvernement actuel n\u2019a aucune ambition de projeter le Québec dans le système international.Son opposition à la Charte des valeurs québécoises (qui a bien d\u2019autres défauts que celui-ci) était basée sur l\u2019idée que personne d\u2019autre ne faisait cela en Amérique du Nord et sur une vision du libéralisme inspiré de la Charte des droits de Trudeau père7.Par ailleurs, le discours du ministre Jean- Marc Fournier sur le Canada français prend l\u2019aspect d\u2019un retour en arrière8.Récemment, les libéraux ont exprimé deux revendications qui sont un pâle écho de l\u2019Accord du lac Meech : que le gouvernement du Québec ait un mot à dire dans la nomination des sénateurs et des juges de la Cour suprême désignés pour le Québec.Pourtant, la participation des états fédérés aux institutions centrales n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une caractéristique fondamentale du fédéralisme.La réclamer ne remet pas en cause ce régime.Et son absence en dit long sur la fédération canadienne.Pour sa part, la CAQ, dont l\u2019ancêtre l\u2019ADQ s\u2019était positionné en faveur de la souveraineté en 1995, revendique de temps en temps plus de pouvoirs pour le Québec dans la fédération.Dans une manœuvre électoraliste sans grande conviction, ce discours vise à réunir les « nationalistes », en faisant basculer des indépendantistes et souverainistes de son côté.7 Robert Dutrisac, « Couillard met en garde le Québec contre la volonté de se distinguer », Le Devoir, le 29 janvier 2014.http://www.ledevoir.com/politique/quebec/398485/couillard-met-en-garde-le-quebec- contre-la-volonte-de-se-distinguer 8 Michel David, « Le retour du mouton », Le Devoir, le 10 mai 2016.http://www.ledevoir.com/non-classe/470397/le-retour-du-mouton 20 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 On peut bien casser du sucre sur le dos du Parti libéral et de la CAQ, l\u2019intériorisation du statut provincial du Québec a aussi été le fait du Parti québécois lorsqu\u2019il était au pouvoir.Son dernier geste souverainiste fut la Loi sur l\u2019exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l\u2019État du Québec en 2000, par le gouvernement de Lucien Bouchard, une riposte à la Loi sur la clarification référendaire de Jean Chrétien.Au même moment, les gestes d\u2019adaptation au régime canadien se sont multipliés.Une demande d\u2019amendement constitutionnel pour abolir la structure confessionnelle des commissions scolaires, faite en bonne et due forme en vertu de la procédure de modification de la Loi constitutionnelle de 1982 par le gouvernement Bouchard, a été acceptée par Ottawa en 1998.En 2001, la Commission d\u2019étude sur le déséquilibre fiscal mise sur pied par Bernard Landry ne cherchait rien de moins que le moyen de rendre leur butin aux provinces.Enfin, la première ministre Pauline Marois a participé avec enthousiasme au Conseil de la fédération9.Que dire des autres partis indépendantistes ?Le mot d\u2019ordre au parti Québec solidaire, officiellement indépendantiste, semble être « le social avant le national ».Quand l\u2019entendra- t-on affirmer les limites du régime actuel ?Pour sa part, le Bloc québécois, loin de faire une critique radicale du régime fédéral canadien, a été pendant de nombreuses années une partie fonctionnelle du régime parlementaire canadien, devenant ainsi la « police d\u2019assurance » rassurante que son fondateur redoutait qu\u2019il devienne.9 Parti québécois, « Conseil de la fédération : la première ministre est satisfaite de la rencontre à Halifax », Communiqué, le 23 novembre 2012.http://pq.org/nouvelle/conseil-de-la-federation-la- premiere-ministre-est/ 21 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Cette attitude pusillanime des partis politiques québécois est un signe supplémentaire de l\u2019affaiblissement de la question nationale.Pour certains, elle en serait plutôt la cause.Comment, en effet, les citoyens peuvent-ils désirer changer le statut du Québec si cette option ne se trouve nulle part dans « l\u2019offre » politique et si tour à tour, les leaders indépendantistes en reportent la réalisation aux calendes grecques ?Toutefois, on peut arguer que des forces plus profondes sont à l\u2019œuvre.Quelques pistes d\u2019explication Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019appui à la souveraineté et aux partis indépendantistes ou des revendications faites par les gouvernements du Québec, l\u2019ensemble des indicateurs pointent en direction d\u2019une normalisation de la politique québécoise.Se pourrait-il que des changements profonds, déployés depuis vingt ans, puissent expliquer ce phénomène ?Le Québec est une société ouverte qui n\u2019est pas immune des mouvements qui touchent l\u2019Occident, comme le néolibéra- lisme et la mondialisation.Ces derniers ont une influence certaine sur la priorité accordée à la question nationale.Par ailleurs, la dynamique interne du Québec recèle des éléments qui ont eu un effet délétère sur la volonté d\u2019émancipation collective.Parmi ceux-là : les nombreuses tentatives de changer le statut du Québec, le succès présumé de la Révolution tranquille et le passage des générations.Le néolibéralisme et le rôle de l\u2019État On a beaucoup fait état de l\u2019existence depuis les années 1970 d\u2019un modèle québécois de gouvernance dont l\u2019outil principal serait l\u2019État québécois.Ce modèle se décline en deux volets. 22 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Sur le plan économique, les organes économiques de l\u2019État, dont les ministères et les sociétés d\u2019État, travailleraient de concert avec les agents économiques, comme le patronat national et les syndicats, à maintenir un haut niveau d\u2019emploi, d\u2019activité économique et de centres de décision sur le territoire québécois.C\u2019est ce qu\u2019on a appelé le Québec inc.Sur le plan social, le modèle québécois consiste en une gamme de programmes sociaux publics plus généreuse que dans le reste du Canada.Le faible coût des études supérieures, le régime de congés parentaux et les garderies à faible coût en sont des exemples.Or, il appert que la vague néolibérale née dans les années 1980, qui préconise une réduction générale de l\u2019intervention de l\u2019État, a peu à peu pénétré le Québec pour dissoudre \u2013 en partie du moins \u2013 le modèle québécois.Dès le début des années 1980, le gouvernement du Québec a modulé sa politique économique pour accompagner les entreprises, plutôt que d\u2019intervenir lui-même directement.Puis, les dirigeants d\u2019entreprises, qui avaient profité de l\u2019appui étatique depuis les années 1960, ont eu tendance à voler de leurs propres ailes, à la recherche de profits et d\u2019occasions d\u2019affaires à l\u2019étranger, sans égards aux retombées au Québec.On n\u2019a qu\u2019à penser à la délocalisation des opérations de certaines entreprises là où les coûts de main- d\u2019œuvre sont moindres.La plus récente manifestation du néolibéralisme est son intériorisation par l\u2019opinion publique.Il y a encore quelques années, les sondages d\u2019opinion démontraient une résistance à la remise en question du rôle de l\u2019État.Or, l\u2019idée que le Québec soit aux prises avec une crise des finances publiques a fini par faire son chemin. 23 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Dans un sondage publié en pleine campagne électorale en 2012, 77 % des répondants se disaient inquiets des finances publiques du Québec, contre 18 % qui ne l\u2019étaient pas.Pour améliorer la situation, 94 % ont dit préférer réduire les dépenses et les services de l\u2019État, contre 6 % qui préféraient qu\u2019on augmente les taxes et les impôts10.Il ne semble plus que l\u2019État soit l\u2019instrument par excellence de l\u2019épanouissement individuel et collectif des Québécoises et des Québécois.Pourquoi souhaiteraient-ils un État plus autonome ou indépendant s\u2019ils ne croient plus en sa pertinence ?La mondialisation et les identités multiples Le néolibéralisme né en Grande-Bretagne et aux États-Unis s\u2019est répandu à travers l\u2019Occident et le monde avec les accords de libre-échange.C\u2019est ce qu\u2019on a appelé la mondialisation des marchés.Mais la mondialisation ne s\u2019arrête pas aux échanges de biens et services.Elle a aussi accéléré la mobilité des populations, augmentant d\u2019autant l\u2019immigration dans les pays développés qui comptent sur cet apport de main-d\u2019œuvre et de consommateurs pour améliorer leur place dans l\u2019économie mondiale.Le Québec aussi compte sur l\u2019immigration et fait des efforts depuis la création en 1968 du ministère de l\u2019Immigration et, surtout, depuis l\u2019adoption de la Charte de la langue française en 1977, pour que ces nouveaux citoyens s\u2019intègrent au Québec en français.Depuis, la majorité francophone québécoise n\u2019est plus exclusivement canadienne-française, 10 Radio-Canada, « Les Québécois inquiets pour les finances publiques et partagés sur l\u2019énergie », iciradiocanada.ca, le 11 mars 2014.http:// ici.radio-canada.ca/sujet/elections-quebec-2014/2014/03/10/015- sondage-elex-finances-publiques.shtml 24 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 elle est métissée.Avec une ou deux générations de retard, le Québec connaît une diversification culturelle du même type que le reste du Canada, où le noyau canadien-anglais est minoritaire.Cela vient avec l\u2019accroissement d\u2019identités nationales multiples et fragmentées qui affaiblissent d\u2019autant la prédominance de l\u2019identité québécoise11.Cela peut expliquer le moins grand intérêt pour la question nationale québécoise.L\u2019accroissement de la mobilité physique n\u2019épuise pas le sujet de la mondialisation.Les avancées informationnelles et communicationnelles réduisent les distances, si bien que le « village global » de Marshall McLuhan est désormais une réalité.Un professeur de science économique de l\u2019UQAM a déjà fait remarquer qu\u2019il y avait dans ses classes énormément plus d\u2019étudiants ayant visité trois pays en dehors du Canada que trois régions du Québec en dehors de Montréal.Les jeunes Québécoises et Québécois apparaissent plus tournés « vers le monde » que vers leur propre nation.La demande pour les cours sur les autres régions du monde est en hausse constante.La disparition du Québec comme sujet dans les cégeps est un phénomène bien documenté qui dure depuis plus d\u2019une décennie12.Pendant ce temps, les universités québécoises se positionnent comme des institutions d\u2019envergure mondiale, en concurrence 11 Au-delà des identités multiples dues à l\u2019immigration, on note aussi un retour en force de la double identité québécoise et canadienne chez les Québécois 18 à 34 ans et de 35 à 54 ans.Voir Alec Castonguay, « L\u2019attachement au Canada grimpe chez les jeunes », L\u2019Actualité, le 23 novembre 2015.http://www.lactualite.com/politique/les- rocheuses-et-le-rocher-perce/ 12 Voir à ce sujet Gilles Laporte, « Le Québec n\u2019a plus la cote au Cégep », Le Devoir, le 11 mars 2008, http://www.ledevoir.com/societe/ education/179874/le-quebec-n-a-plus-la-cote-au-cegep 25 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 pour attirer les meilleures recrues13.Continueront-elles à bien servir les études québécoises ?La théorie du « double échec » Les grands courants qui touchent les Québec comme les autres nations ne sont pas les seuls facteurs à considérer dans l\u2019effacement progressif de la question nationale québécoise.Près d\u2019un demi-siècle de tentatives pour changer le statut du Québec, soit en modifiant la constitution de la fédération canadienne, soit en cherchant à la transformer en une association entre deux états souverains, ou encore en créant un état complètement indépendant, peut avoir eu raison de la volonté de plusieurs Québécoises et Québécois.Si on pouvait parler de « lassitude constitutionnelle » après 1980, force est d\u2019admettre qu\u2019aujourd\u2019hui, les Québécoises et les Québécois semblent avoir intériorisé ce double échec constitutionnel.13 Marie-Andrée Chouinard, « Internationalisation des universités \u2013 L\u2019UQAM prône la collaboration plutôt que la concurrence », Le Devoir, le 4 avril 2013.http://www.ledevoir.com/societe/education/374841/l- uqam-prone-la-collaboration-plutot-que-la-concurrence 26 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 TABLEAU 3.LES TENTATIVES DE MODIFIER LE STATUT DU QUÉBEC Réforme de la fédération Formule Fulton (1961) Fulton-Favreau (1964) Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme (1963-1971) « Charte » de Victoria (1971) Rapport Pépin-Robarts (1978) Livre beige de Claude Ryan (1979) Rapatriement de la constitution (1981-1982) Accord du Lac Meech (1987-1990) Entente de Charlottetown (1992) Souveraineté du Québec Égalité ou indépendance (1965) Souveraineté-association (1967) Crise d\u2019octobre (1970) Élection de René Lévesque (1976) Référendum sur la souveraineté-association (1980) Référendum sur la souveraineté et le partenariat (1995) 27 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Les réussites de la Révolution tranquille Paradoxalement, on peut ajouter à la liste des raisons de la disparition progressive de la question nationale la perception que la Révolution tranquille a été une réussite.La mobilité socio-économique des francophones et le statut du français étaient au cœur du mouvement d\u2019émancipation au début des années 1960.Or, il existe une perception que le Québec a réussi à régler les principaux problèmes qui ont donné naissance au nationalisme moderne.Dans un bilan du Québec contemporain, Pierre Fortin, économiste souverainiste, écrit : Depuis 1960, nous avons construit l\u2019État québécois.Nous sommes allés à l\u2019école en plus grand nombre.Nous avons comblé notre retard sur l\u2019Ontario en ce qui a trait au niveau de vie.Notre maîtrise de l\u2019économie a fait des progrès remarquables.Et nous avons bâti la société la moins inégalitaire en Amérique du Nord14.Plusieurs années auparavant, l\u2019historien fédéraliste Fernand Ouellet concluait que : La réussite de la Révolution tranquille et la faillite du mouvement indépendantiste démontrent que l\u2019indépendance ne constituait pas une étape indispensable vers la modernisation et la démocratisation de la société québécoise15.L\u2019idée que la situation du Québec ne nécessite plus de mesures radicales, comme un changement de statut poli- 14 Pierre Fortin, « La Révolution tranquille et l\u2019économie : où étions-nous, que visions-nous, qu\u2019avons-nous accompli ?», in Guy Berthiaume et Claude Corbo (dir.), La révolution tranquille en héritage, Montréal, Boréal, 2011, p.131-132.15 « La Révolution tranquille, tournant révolutionnaire ?», in Thomas S.Axwhorty et Pierre Elliott Trudeau (dir.), Les années Trudeau.La recherche d\u2019une société juste, Montréal, Le Jour éditeur, 1990, p.362. 28 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 tique peut également venir du sentiment que le français n\u2019y est plus en danger.De retour au Québec après trente ans, un ancien journaliste et communicateur de la Banque mondiale, Christopher Neal, constate ceci : Depuis mon retour à Montréal, je constate que les enfants de ces adeptes du refus de parler anglais, les jeunes Québécois de la génération du début du nouveau millénaire, perçoivent une rencontre avec un Anglo comme moi plutôt comme une occasion de pratiquer leur anglais, qu\u2019ils saisissent avec un appétit inattendu.Peut-être sont-ils désormais plus à l\u2019aise dans un Québec qui est sans équivoque français, en fait et en droit, ce qui suscite en eux une plus grande confiance leur permettant d\u2019accueillir la langue anglaise comme un outil privilégié de communication plutôt que comme une menace à leur identité culturelle16.Même si un débat a toujours cours au sujet de la situation du français au Québec, le sentiment de sécurité culturelle apporté par la Charte de la langue française est réel, surtout chez les jeunes.Et c\u2019est dans cette cohorte que réside l\u2019avenir du Québec.Le passage des générations Si les plus jeunes ne considèrent pas nécessaire de poursuivre les batailles sociales, culturelles, économiques et politiques de leurs aînés, la question nationale les laisse-t-elle complètement indifférents ?Dans une étude de Pierre-Alain Cotnoir basée sur des données de 2013 et 2014, on apprend que c\u2019est chez les jeunes francophones de 18 à 24 ans que l\u2019identité québécoise est la plus forte : elle est de l\u2019ordre de 80 %.C\u2019est chez cette même 16 Christopher Neal, « La redécouverte du Québec par un \u201c Anglo \u201d, trente ans plus tard », Le Devoir, le 28 mai 2016.http://www.ledevoir.com/ politique/quebec/471986/la-redecouverte-du-quebec-par-un-anglo- trente-ans-plus-tard 29 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 cohorte que l\u2019opposition à la souveraineté est la plus élevée, à 69 %17.Ces sondages révèlent un engagement identitaire des jeunes, mais pas d\u2019engagement politique fondé sur la question nationale.Les nouveaux électeurs sont plus québécois, mais aussi plus fédéralistes ! Les jeunes Québécoises et Québécois, sont-ils « ailleurs » ?La question nationale est-elle hors sujet ?Voyons ce que Xavier Dolan a répondu à la question piège d\u2019un journaliste torontois à Cannes : « Dans le cas d\u2019une victoire qui, dans un cas comme dans l\u2019autre, serait une première, celle-ci serait- elle québécoise ou canadienne ?» : Si jamais nous devions remporter un prix, oui, je suis québécois.Et l\u2019on sait que le Québec fait partie du Canada.Peu importe mes opinions politiques, mon film est très québécois.Cela dit, la notion de pays ou de province ne veut strictement rien dire aux gens de ma génération.Un prix enverrait surtout un message extraordinaire aux gens de mon âge.Un message d\u2019espoir aussi18.Sur le plan politique, le Parti québécois, principal véhicule du projet souverainiste, semble en voie d\u2019être déserté par les plus jeunes électeurs.Un sondage effectué durant la campagne électorale de 2014 montre un effondrement de l\u2019appui au PQ parmi eux19.17 Pierre-Alain Cotnoir, « Quelques contributions à l\u2019examen de la question nationale », octobre 2015.http://vigile.quebec/IMG/pdf/ quelques_contributions_a_l_examen_de_la_question_nationale.pdf 18 Marc-André Lussier, « Xavier Dolan : \u201c Un message d\u2019espoir \u201d pour les jeunes », La Presse, le 23 mai 2014.http://www.lapresse.ca/cinema/ festivals-de-cinema/festival-de-cannes/201405/23/01-4769171-xavier- dolan-un-message-despoir-pour-les-jeunes.php 19 Léger Recherche \u2013 Stratégie \u2013 Conseil, « Sondage \u2013 Politique provinciale Campagne électorale 2014 », op.cit. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 TABLEAU 4.INTENTIONS DE VOTE, LE 15 MARS 2014 Âge des répondants Parti québécois (37 % au total au moment du sondage) 18-24 33 % 25-34 32 % 35-44 33 % 45-55 40 % 55-64 45 % 65 + 35 % Ce que ce tableau nous révèle en outre, c\u2019est que le Parti québécois reçoit une grande partie de ses appuis dans la cohorte des 45 à 64 ans.On a souvent invoqué que le Parti québécois pourrait être le parti d\u2019une génération.Si cela était le cas, comment l\u2019expliquer ?Je risque une hypothèse.Les électeurs sont marqués par les événements politiques survenus au moment de leur éveil politique, c\u2019est-à-dire la fin de leur adolescence, à partir de 15 ans.En lisant le tableau 5 et en le comparant avec les résultats du sondage Léger, on constate que les électeurs québécois les plus susceptibles d\u2019appuyer le Parti québécois et son projet sont ceux qui ont connu les années d\u2019effervescence politique qui ont mené au premier référendum.Par contre, tous ceux qui les suivent, et qui sont moins indépendantistes, n\u2019ont connu que des échecs, notamment ceux de Meech, de Charlottetown et du second référendum sur la souveraineté, ou n\u2019ont été témoins d\u2019aucun événe- 31 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 ment politique formateur.La cohorte la plus âgée a vécu l\u2019ensemble de ces événements, en plus de la crise de la conscription et des luttes pour l\u2019autonomie fiscale.Mais la lassitude semble avoir fait pencher la balance du côté d\u2019une perte de militantisme.TABLEAU 5.LES GÉNÉRATIONS ET LA QUESTION NATIONALE Génération Année de naissance Années de socialisation politique Âge en 2006 Événements politiques Pré-baby- boomers 1925-1944 1940-1959 72 à 91 \u2022 Conscription \u2022 Lutte pour l\u2019autonomie fiscale Baby-boomers 1945-1964 1960-1979 52 à 71 \u2022 Révolution tranquille \u2022 Lutte pour l\u2019autonomie politique Génération X 1965-1984 1980-1999 32 à 51 \u2022 Échec du mouvement indépendantiste Génération Y 1985-2005 2000\u2013 31 et moins Rien 32 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Conclusion Cet article n\u2019avait pas pour objectif d\u2019énumérer les solutions à l\u2019impasse dans laquelle semble s\u2019être engagé le mouvement d\u2019émancipation politique du Québec.Il visait à jeter un regard froid sur une situation à bien des égards désespérante, d\u2019un point de vue indépendantiste.Dans les années qui ont suivi le référendum de 1980, on s\u2019interrogeait sur l\u2019immobilisme qui avait gagné le Québec.Marcelle Ferron écrivait : « Aujourd\u2019hui, le Québec est gagné d\u2019un certain pessimisme appuyé par des humeurs.Ce pessimisme qui s\u2019est abattu sur notre pays me semble par contre bien artificiel20.» L\u2019avenir immédiat lui a donné raison.Nous étions en 1989.Deux ans plus tôt, l\u2019Assemblée nationale avait entériné l\u2019adhésion de la province de Québec à la constitution du Canada.Mais à peine quelques mois plus tard, on a repris la marche jusqu\u2019« aux portes du pays ».Le pessimisme actuel n\u2019est-il encore une fois qu\u2019un sentiment superficiel, fabriqué de toutes pièces ?Plus de vingt ans après octobre 1995, peut-on encore parler d\u2019un simple « syndrome post-référendaire » ou sinon, le Québec est-il pour de bon rentré dans le rang ?Les tendances lourdes que nous venons d\u2019énumérer sont-elles d\u2019inexorables tendances de fond auxquelles le volontarisme ne pourra rien changer ?On a le choix de baisser les bras ou de s\u2019y attaquer immédiatement.Le néolibéralisme, la mondialisation et les identités multiples, les échecs du passé, le sentiment de sécurité éco- 20 Marcelle Ferron, « Le Québécois est un rebelle », dans Jean-Pierre Bonhomme et al., Le syndrome postréférendaire, Montréal, Stanké, 1989, p.102. 33 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 nomique et culturelle et le désintérêt des jeunes sont d\u2019immenses défis à surmonter, qui peuvent apparaître semblables aux douze travaux d\u2019Hercules.Mais ces facteurs ne sont pas imparables.Le néolibéralisme est déjà sur le déclin.Même le Fonds monétaire international et la Banque mondiale critiquent maintenant l\u2019austérité et reconnaissent le rôle de l\u2019État dans les équilibres économiques.On pourrait redécouvrir les vertus d\u2019un modèle québécois.La mondialisation et les identités multiples peuvent être des atouts.Je pense ici aux Québécois issus de l\u2019immigration, à condition que le Québec garde son originalité.La souveraineté n\u2019a-t-elle pas le vent dans les voiles en Écosse et en Catalogne grâce, entre autres, à l\u2019appui des immigrés ?Les échecs du passé ne seront bientôt plus qu\u2019un souvenir pour la grande majorité de la population québécoise.Quant au sentiment de sécurité économique et culturel issu de la Révolution tranquille, il est contredit par les faits.Ceux-ci dictent de la poursuivre plutôt que de l\u2019abandonner derrière nous.Enfin, les nouvelles générations prennent leur place.Contrairement à ce que prévoyait Bernard Landry, les plus jeunes n\u2019ont pas fait basculer la balance du côté de la souveraineté.Ils se perçoivent comme Québécois d\u2019abord, mais ils ont des identités multiples.Ils ont leur propre vision du monde, leur horizon est plus court, ils sont plus individualistes et mobiles et ils sont comparativement peu nombreux à croire que leur épanouissement provienne de l\u2019indépendance politique.S\u2019il existe une clé à la sortie de l\u2019impasse, elle est entre les mains des jeunes et des Québécois issus de l\u2019immigration. 34 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Ils ne sont pas le Québec de demain.Ils sont déjà le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.L\u2019indépendance ne se fera pas seulement avec eux, elle se fera par eux.Ils ont en commun d\u2019être arrivés au Québec récemment, que ça soit à leur naissance ou après.Il est impératif qu\u2019on leur transmette l\u2019histoire et la volonté de vivre de leur peuple.« Quelque chose comme un grand peuple\u2026 » Ce qui apparaît comme une « normalisation » de la politique au Québec ne serait-il pas plutôt une « mutation » ?Le fait que plusieurs Québécoises et Québécois s\u2019intéressent moins à la question nationale signifie-t-il la fin du projet de modifier le statut politique du Québec ?Chose certaine, le mouvement indépendantiste doit s\u2019ajuster à certaines tendances de fond.Il devra relever les manches pour atteindre ses objectifs.Les « conditions gagnantes » n\u2019arriveront pas d\u2019elles-mêmes.q 35 Articles Lucia Ferretti* Le démantèlement de la nation (chronique 12) La période couverte s\u2019étend du 10 juin au 24 septembre 20161.Le plus grand dérèglement de l\u2019esprit, c\u2019est de croire les choses parce qu\u2019on veut qu\u2019elles soient, et non parce qu\u2019on a vu qu\u2019elles sont en effet.\u2013 Bossuet Il y en a pour croire que « le Québec est une nation normale et mature qui dispose de pouvoirs substantiels et qui dépense ses énergies sur les grands enjeux éthico-politiques qui occupent l\u2019ensemble des régimes démocratiques », comme l\u2019écrit un professeur de l\u2019Université Laval dans Le Devoir du 9 septembre.Mais suivons Bossuet et voyons plutôt les choses telles qu\u2019elles sont.Nous vivons dans un cadre constitutionnel qui nie notre nation et notre État, et nous subissons en plus un gouvernement provincial dont l\u2019activité consiste à réduire l\u2019État québécois, à confisquer les ressources publiques au profit des amis et à laminer 1 À moins d\u2019indication contraire, toutes les dates font référence à l\u2019édition du jour du journal Le Devoir (format papier).Il suffit d\u2019entrer les mots- clés du propos pour trouver la référence exacte des articles utilisés.* Université du Québec à Trois-Rivières 36 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 l\u2019écosystème sur lequel repose la cohésion sociale et nationale.Au lieu de voir ce qu\u2019il veut croire, le collègue devrait examiner les faits.* 1.Une logique d\u2019occupation par le gouvernement fédéral, ses organismes et les compagnies privées à charte fédérale 1.1 La doctrine de l\u2019immunité des pouvoirs La doctrine de l\u2019immunité des pouvoirs fonde la prétention du Gouvernement fédéral, confirmée par les tribunaux fédéraux, de son droit de se soustraire lui-même ainsi que les organismes fédéraux aux lois provinciales et aux règlements municipaux : Port de Québec.Le gouvernement Couillard veut investir 35 millions $ dans l\u2019agrandissement du port de Québec.Or, la Cour supérieure a jugé que le Québec ne peut pas imposer ses lois environnementales à la corporation du port : les institutions fédérales ne sont soumises qu\u2019aux lois fédérales (9 septembre).S\u2019il déploie sa stratégie maritime, Québec investit dans une enclave fédérale.Il y aura appel du jugement (15 septembre).Cette immunité s\u2019applique en outre aux entreprises privées sous juridiction fédérale.Depuis un siècle, les jugements des cours fédérales n\u2019ont cessé d\u2019en étendre la portée.Depuis longtemps, il est bien entendu par exemple que les municipalités ne peuvent s\u2019opposer à ce que les entreprises à charte fédérale s\u2019installent chez elles.Cependant, encore au milieu des années 1980, dans la cause Bell Téléphone 37 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 vs Ville de Toronto, la Cour suprême reconnaissait au moins aux municipalités le droit de leur refuser certains sites2.Cette limite est en train de sauter.Les municipalités (et donc, en fait, les provinces, puisque les municipalités agissent par délégation des pouvoirs provinciaux) sont désormais ABSOLUMENT impuissantes dans la gestion de leur territoire contre la moindre entreprise à charte fédérale : Châteauguay vs Rogers.En juin, la Cour suprême a statué que la municipalité de Châteauguay n\u2019a pas le droit d\u2019empêcher l\u2019implantation d\u2019une antenne de radiocommunication sur son territoire, car les télécommunications sont une compétence fédérale (17 juin).Bolton-Est vs Bell Mobilité.En août, la Cour supérieure du Québec a accordé à Bell Mobilité une injonction provisoire pour empêcher les citoyens et la municipalité de Bolton- Est de s\u2019opposer aux travaux de construction d\u2019une haute tour qui va défigurer leur beau paysage.Le député libéral fédéral du coin a demandé au gouvernement de mieux entendre la voix des citoyens, mais Ottawa indique qu\u2019aucun changement n\u2019est prévu à la loi (23 août).Plusieurs experts ont fait remarquer que de tels jugements, élargissant au maximum la doctrine de l\u2019immunité des pouvoirs, tombent pile pour encourager TransCanada à défier la Communauté métropolitaine de Montréal et toutes les villes qui adoptent des règlements afin de bloquer le passage à Énergie Est (20 juin).Dans l\u2019éventualité même où cet oléoduc ne serait pas construit tout de suite, la jurisprudence existe désormais pour réduire à zéro les 2 « Les municipalités canadiennes et la réglementation des antennes radio et des bâtis d\u2019antennes », une analyse juridique déposée sur le site du ministère Innovation, Sciences et Développement économique Canada : https://www.ic.gc.ca/eic/site/smt-gst.nsf/fra/sf09387.html 38 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 règlements municipaux.On en verra un autre exemple ci- après dans l\u2019affaire de la rainette faux-grillon.1.2 La doctrine de la prépondérance fédérale Provinces et municipalités sont sujettes au bon vouloir du Prince en vertu aussi de la doctrine de la prépondérance fédérale, selon laquelle, quand une loi provinciale et une loi fédérale toutes deux valides sont en conflit, c\u2019est la loi fédérale qui l\u2019emporte.Que des lois québécoises valides puissent être bafouées selon les intérêts d\u2019Ottawa pose problème.Car les décisions contradictoires récentes du gouvernement fédéral montrent bien que celui-ci n\u2019agit que selon ses intérêts.Loi sur les pêches.Cette loi fédérale protège l\u2019habitat du saumon atlantique.Le gouvernement Couillard aurait dû demander la permission du fédéral avant d\u2019autoriser les forages de Pétrolia sur l\u2019île d\u2019Anticosti.Il ne l\u2019a pas fait, mais pour cette fois, Ottawa ne s\u2019en est pas formalisé (5 juillet).Sans doute que le gouvernement fédéral n\u2019a pas envie de se mêler à ce dossier tant que ses propres intérêts ou ceux d\u2019une compagnie à charte fédérale ne sont pas concernés.Loi sur les espèces en péril.\u2013 Ni la municipalité de Saint- Cuthbert, ni Québec n\u2019ont le pouvoir de bloquer le projet d\u2019aérodrome d\u2019un promoteur privé (les aérodromes, c\u2019est fédéral).Ils ont donc conjointement demandé à Ottawa d\u2019invoquer cette loi pour protéger l\u2019engoulevent bois-pourri, un oiseau menacé ; le gouvernement fédéral n\u2019en voit pas l\u2019intérêt (4 août).\u2013 Une autre décision montre bien que la faune n\u2019est pas toujours la préoccupation principale d\u2019Ottawa : la chasse à la tourelle triste, une espèce non pas en péril, mais en déclin, a été autorisée cet été par le ministère fédéral de l\u2019Environnement (Richard Chartier, 19 septembre) 39 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Loi sur les espèces en péril.En revanche, dans un projet de développement immobilier à Laprairie approuvé par Québec, le gouvernement Trudeau a adopté un décret d\u2019urgence pour protéger la rainette faux-grillon : il s\u2019agit d\u2019une première sur un terrain privé.Ce décret permet de protéger 300 mètres2 de terrain de plus que ce qui l\u2019était déjà par Québec, soit à peine l\u2019équivalent de deux terrains de volley-ball.Pour l\u2019Union des municipalités, l\u2019adoption de ce décret « crée un dangereux précédent dans l\u2019exercice des compétences fondamentales des municipalités sur leur territoire » (23 juin).Loto-Québec.Selon le CRTC, le gouvernement du Québec n\u2019a pas le droit de bloquer l\u2019accès aux sites internet qui font concurrence à Loto-Québec et ainsi récupérer des millions de dollars sur les mises et paris en ligne.La loi québécoise contrevient à la Loi sur les télécommunications.Une telle intervention est tout à fait inhabituelle selon certains experts (2 septembre).On peut considérer celle-ci comme un élargissement en cours de l\u2019interprétation que fait le CRTC tant de cette loi fédérale que de son mandat.1.3 Énergie Est Le dossier a beaucoup bougé cet été.Le gouvernement fédéral sent le vent.Il ne veut pas perdre la face.Si le coût politique de son appui au projet est trop grand, il ne donnera pas son aval.Il retarde autant que possible le moment de se commettre.Il sera peut-être encore plus circonspect maintenant que 50 Premières Nations d\u2019Amérique du Nord s\u2019opposent aux projets « d\u2019expansion des sables bitumineux » (23 septembre).Mais il ne perd pas pour autant son objectif parallèle de se faire consacrer le droit à la gestion sans concurrence du territoire du Québec. 40 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Pas besoin d\u2019oléoduc.Selon une note interne transmise au sous-ministre fédéral des finances, de nouveaux oléoducs ne seront pas nécessaires avant 2025, car la capacité de transport de pétrole albertain suffit actuellement.C\u2019est peut-être ce qui explique l\u2019attentisme d\u2019Ottawa (13 juillet).Les audiences de l\u2019ONÉ.La question des commissaires.L\u2019Office national de l\u2019énergie a commencé par ne pas trouver gênant du tout que des commissaires chargés d\u2019étudier le dossier Énergie Est aient rencontré Jean Charest, devenu consultant pour TransCanada (6 août).Quant au gouvernement fédéral, sa première réaction fut de dire qu\u2019il fallait faire confiance à nos institutions (13 août).L\u2019Office entendait d\u2019ailleurs interdire qu\u2019on aborde cette question lors des audiences prévues à Montréal (25 août).Ce n\u2019est qu\u2019à la détermination d\u2019Écojustice, au retrait des représentants de nos municipalités et à l\u2019action directe des citoyens venus perturber la première journée d\u2019audiences à Montréal qu\u2019on doit la suspension puis l\u2019annulation de celles-ci (30 et 31 août).De nouveaux commissaires seront nommés, qu\u2019Ottawa souhaite plus « éthiques » (14 septembre).Un petit irritant est apparu : il est difficile d\u2019en trouver qui parlent le français (15 septembre).Mais le problème dépasse de beaucoup le choix de nouveaux commissaires.Les audiences de l\u2019ONÉ.Le problème de fond.L\u2019ONÉ est un organisme partial, proche des pétrolières.\u2013 Par exemple, même s\u2019il connaissait le problème depuis huit ans, l\u2019Office a mis tout ce temps à signifier à TransCanada que ses oléoducs contiennent plus de 1400 pièces de qualité douteuse (29 août).\u2013 Autre exemple : ne voulant pas retarder la compagnie, l\u2019Office a jugé dès le mois de juin que sa demande pour Énergie Est était complète et que l\u2019étude pouvait en commencer même si la traduction française n\u2019était pas prête et qu\u2019on ne saura pas avant la fin de 2016 comment l\u2019oléo- 41 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 duc traversera la rivière des Outaouais et le fleuve Saint- Laurent (17 juin).Sentant la soupe chaude et voulant de nouveau avoir l\u2019air de se distancier de Jean Charest, Québec commence enfin à réagir : le ministre Leitao souhaite qu\u2019on reparte de zéro.Le fédéral, qui ne veut pas s\u2019avancer, remet cette décision entre les mains de l\u2019ONÉ elle-même (15 septembre).1.4 Le Québec ne fait vraiment plus peur Lac Mégantic.Trois ans après le déraillement meurtrier, et malgré les promesses fédérales, les Méganticois attendent toujours la voie ferroviaire de contournement de leur ville (11 juillet).Il semble désormais que sa construction pourrait commencer vers 2021 (8 juillet) ! Rappelons que le gouvernement fédéral a consenti 25 millions de dollars au gouvernement du Québec juste après la catastrophe auxquels devaient s\u2019ajouter plus tard 35 millions pour la reconstruction des infrastructures (Huffington Post, 22 juillet 2013).En comparaison, le gouvernement fédéral a déjà donné 300 millions de dollars au gouvernement de l\u2019Alberta après le feu à Fort McMurray (http://www.alberta.ca/release.cfm?xID=42944BBDA58F8-00F1-62F5- 5D713EC19F3EFE86).Ne même plus prendre la peine de faire semblant.De 1997 à 2003, le gouvernement fédéral a dépensé 250 millions de dollars au Québec pour s\u2019y rendre plus visible dans des situations festives et positives.En 2004, la Vérificatrice générale, Sheila Fraser, ne s\u2019est pas émue de cette tentative d\u2019acheter l\u2019opinion québécoise, mais plutôt de ce qu\u2019une partie des contrats n\u2019aient pas été accordés selon les règles.Or, comme l\u2019a déjà dit Charles Guité : « On était en guerre et il semble que ça pouvait justifier le contournement de certaines règles dont se plaignait la Vérificatrice générale ». 42 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 En 2005, pour marquer la rupture avec l\u2019ère Chrétien, le premier ministre Martin ordonne la tenue d\u2019une commission d\u2019enquête sur ce « scandale des commandites » et il intente une poursuite civile pour récupérer l\u2019argent obtenu frauduleusement.Après avoir dormi 11 ans, preuve que l\u2019indignation de Martin était de la frime, le procès de Jacques Corriveau, au cœur du scandale, a commencé le 19 septembre (5 août, 14 septembre).Refuser de respecter 50 % + 1 au OUI à un référendum québécois.Le premier ministre Trudeau a reconnu d\u2019emblée la validité du résultat de 51,9 % obtenu en faveur du Brexit, mais ne voit pas en quoi il devrait reconnaître un résultat semblable pour la souveraineté du Québec (29 juin).Ne pas soutenir les fondamentaux de l\u2019économie du Québec.Ottawa semble décidément ne pas vouloir aider Bombardier.Couillard, résigné, juge désormais que de toute façon, Bombardier peut s\u2019en passer (11 juillet).Néanmoins, le fédéral a accepté de prêter 5 millions \u2013 oui, prêter seulement, et seulement 5 millions \u2013 à onze entreprises du Québec qui font de la fabrication ou de l\u2019entretien de pièces d\u2019avion (15 juillet).2.Le Canada, un pays multinational qui refuse de se reconnaître comme tel et prend les moyens pour ne plus l\u2019être Détérioration du bilinguisme au Sénat.Des sénateurs sont « forcés de renoncer au français » tant le service de traduction est lacunaire (28 juin).Détérioration du bilinguisme à la Cour suprême.Le nouveau processus de nomination des juges à la Cour suprême pré- 43 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 voit que les candidats devront savoir lire et comprendre le français.Cependant, le gouvernement fédéral refuse d\u2019enchâsser ce critère dans la Loi sur la Cour suprême (3 août) ; de plus, les juges ne seront pas obligés de savoir parler le français pour être considérés bilingues (12 août).Hauts et bas dans les droits linguistiques des minorités francophones.Soulignons une victoire.La Commission scolaire franco-yukonaise s\u2019est vue accorder par le gouvernement du Yukon le plein contrôle des admissions dans ses écoles.Tout un contraste avec la situation dans les Territoires du Nord-Ouest, où la commission scolaire francophone trouve un dur adversaire dans le gouvernement territorial (8 septembre).Antoine Robitaille rappelle les taux alarmants d\u2019assimilation des minorités francophones au Canada (6 septembre).Le cas grave d\u2019Air Canada.On ne compte plus les fois où le Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, a pointé cette compagnie aérienne pour sa mauvaise volonté à assurer un service convenable en français.Il lui a même consacré en entier son dernier rapport.Le PDG de la compagnie dit qu\u2019il en fait assez et n\u2019en fera pas plus (11 et 16 juin).Réforme du mode de scrutin.La réforme du mode de scrutin pose forcément la question nationale.C\u2019est ce qu\u2019Ed Broadbent a plaidé devant le comité sur la réforme électorale : « La proportionnelle renforcerait l\u2019unité nationale ».En effet, seul le système actuel permet à des populations concentrées, comme les Québécois et les Autochtones, d\u2019envoyer des députés au Parlement.Dès que la représentation par comtés sera atténuée par d\u2019autres considérations, les voix du Québec et des Premières Nations seront diluées (30 août). 44 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Autochtones.Il y aura finalement une enquête fédérale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées.Mais d\u2019une part, la commission d\u2019enquête n\u2019aura pas de pouvoirs contraignants et, d\u2019autre part, le gouvernement fédéral ne s\u2019engage pas à mettre en œuvre ses recommandations (4 août).3.Le Canada, un État fédéral qui s\u2019en va plus résolument que jamais vers un État unitaire Traités de libre-échange de deuxième génération.Ottawa est seul à les négocier.Pourtant ils touchent plusieurs aspects de la vie sociale qui concernent directement les pouvoirs constitutionnels des provinces (Pierre Dubuc, 16 août).Accord sur le climat.Ottawa a été seul à le négocier et il s\u2019apprête à le signer avant même de rencontrer les provinces.Rappelons que l\u2019environnement est une compétence partagée, selon la constitution (17 septembre).Fiscalité des entreprises.Intéressant article d\u2019Alain Denault, dans Le Devoir du 16 septembre.Ottawa établit seul ses politiques internationales sur les enjeux fiscaux.Il signe des accords avec des pays reconnus comme paradis fiscaux.Il prive ainsi les provinces d\u2019importantes rentrées fiscales (16 septembre).Denault ajoute que le Québec pourrait imposer lui-même les entreprises qui pratiquent l\u2019évitement fiscal, ou au moins refuser de leur octroyer des contrats.Mais on doit reconnaître qu\u2019une province agissant seule à contre-courant n\u2019a pas de réels pouvoirs.Cour suprême.\u2013 Le premier ministre Justin Trudeau propose un processus de nomination des juges qui ne tient plus aucun compte de la tradition de représentation des régions 45 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 ou provinces (16 septembre).Autre signe de sa volonté d\u2019amoindrir les provinces comme ordre de gouvernement, celles- ci ne sont pas consultées sur la composition du comité indépendant chargé d\u2019examiner les candidatures.\u2013 Certes, à cause de sa tradition civiliste unique au pays, il y aura bien trois juges du Québec à la Cour suprême.Mais si le gouvernement québécois n\u2019est même pas consulté sur la composition du comité d\u2019examen, il ne le sera pas non plus sur le choix des juges.Quant à participer à ce choix, une revendication de longue date, il n\u2019en est évidemment pas question (3 et 13 août).Sénat.Six nouveaux sénateurs québécois seront nommés d\u2019ici la fin de 2016.Le nouveau mode de sélection des candidatures fait absolument fi du gouvernement du Québec.Non seulement l\u2019Assemblée nationale ni le premier ministre Couillard ne pourront recommander des candidatures, mais le comité chargé d\u2019examiner celles-ci ne comptera même pas un nombre égal de représentants provinciaux et fédéraux (8 juillet).Rappelons que la constitution stipule que les sénateurs sont les représentants des provinces et non pas de simples individus résidant dans ces provinces.Commission pancanadienne des valeurs mobilières.Ottawa avance dans ce projet dont la Cour suprême a reconnu qu\u2019il est strictement dans les compétences provinciales tout en donnant au fédéral une porte de sortie : la participation volontaire des provinces à une commission pancanadienne établie à Toronto.Il est prévu que la nouvelle Commission soit en œuvre en 2018.Même le gouvernement Couillard s\u2019oppose à cette initiative fédérale qui risque de faire perdre au Québec une partie de son expertise financière, déjà amoindrie depuis la disparition de la bourse de Montréal (23 juillet). 46 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Tarification du carbone.Voilà un nouvel enjeu dans les relations fédérales-provinciales.Le Québec et l\u2019Ontario ont mis sur pied un système de bourse du carbone, la Colombie- Britannique et l\u2019Alberta préfèrent une taxe.Le gouvernement Trudeau souhaite une « taxe nationale » (22 juillet).Il a sommé les provinces d\u2019harmoniser leurs politiques, à défaut de quoi il pourrait intervenir (28 juillet).Encore une initiative québécoise compromise, et ce dans un champ de compétence tout entier provincial.Transferts en santé.La santé est une compétence provinciale.Mais il y a belle lurette que le fédéral, à même la confiscation des impôts directs qu\u2019il n\u2019a jamais rendus en entier aux provinces après la Deuxième Guerre mondiale, finance la santé de la manière qui lui convient, par des transferts dont il fixe le montant unilatéralement.Contre cette centralisation fédérale, le Québec avait traditionnellement demandé des points d\u2019impôts.Les gouvernements libéraux provinciaux se sont contentés depuis une vingtaine d\u2019années de se joindre aux autres provinces et de réclamer, en vain, de meilleurs transferts.Celles-ci souhaitent actuellement une hausse.Trudeau veut maintenir la formule imposée par Harper (20 septembre).Les sommes supplémentaires, s\u2019il en débloque, devront être investies dans les secteurs qu\u2019il a définis seul comme étant prioritaires (21 juillet).Le ministre Gaétan Barrette et le premier ministre Couillard disent qu\u2019ils n\u2019accepteront pas qu\u2019Ottawa pose ses conditions (7 septembre).À suivre.Transferts en santé.L\u2019intervention centralisatrice du fédéral en santé s\u2019appuie sur la Loi canadienne sur la santé.L\u2019avocat Jean-Pierre Ménard a légitimé cette loi : il a demandé à Ottawa de forcer Québec à mettre fin aux frais accessoires.Ottawa n\u2019a évidemment pas refusé : les transferts au Québec seront réduits d\u2019autant (19 et 20 septembre).Merci, maître 47 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Ménard : vous avez avalisé l\u2019intervention fédérale en santé et vous avez obtenu que nous soyons privés de 83 millions $ supplémentaires de transferts fédéraux.Quant à l\u2019avenir, certes les frais accessoires sont maintenant abolis, mais Antoine Robitaille a raison de se demander si la rémunération des médecins sera ajustée en conséquence (17 septembre).Aide médicale à mourir.À peine adoptée, la loi fédérale sur l\u2019aide médicale à mourir est déjà devant les tribunaux (28 juin).La loi québécoise doit pourtant être revue pour s\u2019adapter aux exigences fédérales.Car Ottawa ne s\u2019est pas contenté d\u2019agir en droit criminel, il s\u2019est immiscé dans la compétence provinciale qu\u2019est la gestion des soins de santé.Le ministre Barrette aurait voulu un renvoi devant la Cour supérieure pour tester la constitutionnalité de la loi fédérale (21 juin).Le premier ministre Couillard ne veut pas.Le ministre Barrette ne peut donc rien d\u2019autre que se désoler : les limites de la loi fédérale conduisent désormais des malades ne pouvant se qualifier pour l\u2019aide à se laisser mourir de faim (31 août).Logement social.L\u2019argent destiné au logement social se fait rare au gouvernement du Québec.Il y en a au fédéral.Ottawa a d\u2019ailleurs lancé une consultation en vue d\u2019une « stratégie nationale » en habitation.Le ministre québécois des Affaires municipales, Martin Coiteux refuse l\u2019argent fédéral « à ce stade-ci » par crainte que la compétence constitutionnelle du Québec soit remise en question (29 juin).Itinérance.Dans ce domaine de compétence provinciale, le gouvernement fédéral a élaboré une « stratégie de partenariats de lutte contre l\u2019itinérance ».Alors que les besoins sont énormes à Montréal, l\u2019aide fédérale y est accrue seulement de 25 % tandis qu\u2019elle augmente de 50 % dans les villes 48 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 moyennes (16 juin).Ottawa préfère se montrer visible dans plus de villes plutôt que de concentrer l\u2019aide où sont les besoins.Infrastructures et municipalités.Les infrastructures sont une compétence provinciale.Ottawa y investit 50 % et décide selon ses priorités à lui.Par exemple, il n\u2019y aura rien pour le prolongement de la ligne bleue du métro dans l\u2019est de Montréal (6 juillet).Québec est empêché de structurer le territoire selon ses propres besoins et priorités.Culture.« Nouvelles règles du CRTC.Le pire scénario pour le Québec se réalise », titre Le Devoir : l\u2019obligation imposée aux fournisseurs par l\u2019organisme fédéral d\u2019offrir les chaînes à la carte risque, selon l\u2019avis même du ministère de la Culture du Québec, de faire disparaître certaines chaînes spécialisées qui assurent aux Québécois une télévision faite par eux et à leur image.Les nouvelles règles sont, même aux yeux du gouvernement Couillard, peu adaptées à la réalité québécoise (10 septembre).Universités.Les millions du fédéral pleuvent sur les universités (éducation = compétence provinciale).Dans le palmarès, aucune université du réseau de l\u2019Université du Québec (7 septembre).Le soutien à la recherche dans les régions n\u2019est pas une priorité fédérale. 49 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 4.L\u2019action du gouvernement libéral de Philippe Couillard en faveur de la minorisation du Québec français Ne pas défendre pleinement la Loi sur les droits fondamentaux du peuple québécois, contestée par l\u2019ancien chef du Parti Égalité, Keith Henderson.Selon monsieur Henderson et le Procureur général du Canada, la Loi outrepasse les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale.Celle-ci ne pourrait légiférer sur le droit du peuple québécois de disposer de lui-même ni sur son droit de choisir le régime politique et le statut juridique du Québec.Alors que l\u2019Assemblée nationale, en 2013, a adopté une motion unanime pour condamner l\u2019intrusion du gouvernement du Canada dans la démocratie québécoise, le Procureur général du Québec chargé de défendre en cour la loi québécoise a réduit celle-ci à une simple affirmation solennelle (13 septembre).Couper dans la francisation des immigrants.En 2015-2016, le budget alloué par le ministère de l\u2019Éducation (MELS) à la Commission scolaire de Montréal pour l\u2019accueil et la francisation des enfants d\u2019immigrants a diminué de 20 %.Pour l\u2019ensemble du Québec, la coupe a été de 26 %.Il ne devait pas y avoir d\u2019argent frais pour cette mission en 2016- 2017 (27 juin).Mais devant le tollé, le ministre Sébastien Proulx a dû se raviser et il consentira une augmentation de 5 millions pour l\u2019ensemble du Québec (30 juin), ce qui est loin d\u2019effacer les compressions de 13,6 millions $ ni encore moins de répondre à l\u2019augmentation des besoins.\u2013 Par suite des coupes sombres imposées depuis plusieurs années, l\u2019offre de francisation et le soutien aux immigrants inscrits aux cours sont insuffisants.60 % des immigrants qui ne parlent pas le français en arrivant refusent de suivre les cours de francisation.La solution proposée par la ministre 50 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Kathleen Weil ?Non pas une bonification de l\u2019offre de cours ou du soutien financier ; mais seulement une campagne de publicité en plein été pour inciter les immigrants à s\u2019inscrire, et une aide aux organismes pour qu\u2019ils disent eux aussi aux immigrants de le faire (12 juillet).Augmenter les seuils d\u2019immigration à un niveau insoutenable.Le gouvernement libéral voulait augmenter à 60 000 par année le nombre d\u2019immigrants, entre autres pour plaire au patronat (18 août).À cause de la protestation généralisée, il a annoncé avoir revu les seuils à la baisse.Mais ce ne sont que paroles : selon Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, les cibles officielles fixées par le gouvernement sont régulièrement dépassées (19 août).Or, selon plusieurs chercheurs, le seuil de 50 000 immigrants par année est un « seuil maximum » à ne pas dépasser (31 août).Les difficultés d\u2019intégration, le faible taux d\u2019emploi, la faible contribution à l\u2019abaissement de l\u2019âge moyen de la population du Québec et les problèmes de francisation sont documentés, ainsi que les risques cumulatifs d\u2019atteinte à la cohésion sociale (18 août).Bilinguiser l\u2019État québécois.L\u2019État offre systématiquement de communiquer en anglais avec tout un chacun des citoyens et des immigrants.Il investit dans la bilinguisation institutionnelle (14 juillet).Présenter le Québec en anglais sur la scène internationale.Invité à écrire un petit mot dans le livre d\u2019or de la multinationale allemande Siemens, le premier ministre Couillard l\u2019a fait en anglais et pour sa défense, il a plaidé « l\u2019automatisme » (16 juillet). 51 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Ne pas exiger que la formation en médecine dispensée par l\u2019Université McGill en Outaouais soit en français.La première mouture du projet prévoyait que la première année serait entièrement enseignée en anglais.Tollé dans la région.L\u2019actuelle version prévoit 50 % de cours en anglais durant la première année et demie et le reste dépendra « de la disponibilité du matériel et des ressources de McGill » (14 septembre).Faire du CUSM le plus gros centre de santé du Québec.Le ministre Barrette est enchanté qu\u2019un des candidats pressentis pour diriger le Centre universitaire de santé McGill veuille fusionner les trois établissements de santé bilingues de Montréal.L\u2019extraordinaire, si ce projet se réalise, c\u2019est que le CUSM bénéficiera d\u2019un budget de 2,5 milliards $, alors que celui du CHUM n\u2019est que de 1 milliard $.(7 septembre).Ne pas doter le Québec d\u2019une politique de commémoration.Le Mouvement national des Québécois a organisé en octobre une réflexion sur les commémorations.Depuis plusieurs années, les gouvernements libéraux n\u2019ont jamais voulu doter le Québec d\u2019une politique de commémoration.Ailleurs, une telle politique est un ciment pour une nation, elle renforce l\u2019attachement des citoyens, anciens et nouveaux, à l\u2019État et leur donne des points de repères historiques communs (31 août).Plusieurs s\u2019inquiètent de la manière dont seront reconnues l\u2019histoire et le caractère français séculaire de Montréal à l\u2019occasion des fêtes du 375e anniversaire.Le gouvernement libéral n\u2019est pas le seul à porter coup sur coup au Québec français.Un corps très puissant contribue aussi à relativiser l\u2019importance de s\u2019exprimer en français. 52 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Accorder des passe-droits.Le docteur Amer Omar a 37 ans.Il est arrivé au Québec à 18 ans.Il a fait toutes ses études de médecine en anglais.Le gouvernement du Québec l\u2019a financé dans l\u2019acquisition d\u2019une spécialité rare.Après 20 ans de liens avec le Québec, cela fait trois fois qu\u2019il échoue à son test de français ; son permis d\u2019exercice a donc été révoqué.Monsieur Omar est « pétrifié par la peur devant l\u2019Office québécois de la langue française et trouve aberrant que son pouvoir soit au-dessus de celui du Collège des médecins » (1er septembre) ; il le dit en anglais au Devoir, qui lui rend pourtant le service de faire connaître son histoire.Or, le docteur Omar fait erreur : le Collège des médecins est au-dessus de l\u2019Office, et il lui a délivré un autre permis provisoire, son quatrième (3 septembre) ! 5.L\u2019« effet libéral » dans l\u2019économie québécoise 5.1 Centralisation et entrave à la relance économique Le gouvernement du Québec, quelle que soit sa couleur, n\u2019a pas beaucoup de prise sur l\u2019économie québécoise : la conjoncture internationale, les décisions des grands joueurs et celles du gouvernement fédéral laissent peu de marge à un État provincial.Le fédéralisme coûte très cher.Amoindrissement de Montréal.Malgré ses atouts (notamment plusieurs universités, des centres de recherche et une main-d\u2019œuvre qualifiée), Montréal traîne la patte selon une étude de l\u2019OCDE.Elle n\u2019arrive pas à faire d\u2019eux le « moteur économique et social qu\u2019elle pourrait être » (15 juin).Il faut dire que la métropole québécoise n\u2019est pas très choyée par le gouvernement fédéral.Ne pensons qu\u2019aux attentes aux douanes à l\u2019aéroport Trudeau, uniques à l\u2019échelle du pays (10, 13 septembre).Or une ville ne peut réellement se développer qu\u2019avec le concours des gouvernements. 53 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Investissements dans les infrastructures.C\u2019est le temps d\u2019investir dans les infrastructures, même le FMI le recommande.Et les infrastructures sont une compétence provinciale.Mais cela signifie s\u2019endetter.Or, la marge d\u2019endettement jugée acceptable pour une province n\u2019est pas la même que pour un État souverain, dixit le premier ministre Couillard lui-même (14 juin).C\u2019est aussi l\u2019avis de Denis Bédard, un expert de l\u2019ÉNAP : selon lui, l\u2019invitation du FMI s\u2019adresse à des gouvernements d\u2019États souverains et non pas à ceux des provinces (29 juillet).Si bien que nous laissons Ottawa structurer notre territoire et empiéter dans un domaine de notre compétence exclusive.Faible proximité avec la Bourse.Depuis que l\u2019unique bourse est à Toronto, le Québec a vu s\u2019effriter son infrastructure de courtage et a perdu une partie de son expertise en valeurs mobilières (Gérald Bérubé, 16 juin).Les entreprises québécoises s\u2019inscrivent peu en bourse et se privent ainsi d\u2019un levier important, note un groupe d\u2019experts, qui constatent la destruction de l\u2019écosystème qui servait de tremplin à nos entrepreneurs (16 juin).Bois d\u2019œuvre.Québec ne participe pas directement aux négociations avec les États-Unis.Les producteurs québécois veulent un système de libre-échange complet dans ce secteur.Mais le gouvernement Trudeau entend tenir compte de la situation des producteurs de bois de Colombie- Britannique, qui n\u2019ont pas fait les efforts du Québec pour s\u2019adapter aux exigences américaines.Le premier ministre Couillard en est réduit à lancer à distance un appel à la bonne foi des États-Unis (15 juin) 54 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 5.2 Incompétence générale ou travail contre l\u2019intérêt national du Québec ?Il est entendu que le gouvernement Couillard fait quelques « bons coups » de temps en temps, comme peut-être ce soutien à une usine de biocarburant à Port-Cartier (14 juillet).Il n\u2019en demeure pas moins que, globalement, la performance économique de ce gouvernement ne correspond pas aux attentes.L\u2019Institut de la statistique du Québec donne les chiffres.\u2013 Le PIB fait du surplace (20 juillet).\u2013 Le Québec a perdu 4000 emplois en juillet (7 août).\u2013 Les exportations sont décevantes : pour janvier à juin 2016, nos exportations ont baissé de 1,3 % par rapport à l\u2019an dernier alors qu\u2019elles ont augmenté de 2,2 % au Canada (18 août).Une baisse de 3,4 % a été enregistrée en juillet contre une hausse de 0,7 % au Canada (22 septembre).\u2013 Seuls 65 000 emplois ont été créés depuis avril 2014, dont aucun à temps complet en 2016.Sans compter que les emplois créés sont d\u2019une qualité moindre, et ce, depuis plusieurs mois (10 septembre).\u2013 Du coup, le Mouvement Desjardins abaisse encore ses prévisions de croissance du PIB réel et l\u2019établit désormais 1,7 % pour 2017, loin de la cible de 3,3 % visée par le gouvernement Couillard (19 août).Une stratégie budgétaire désastreuse pour l\u2019emploi et pour l\u2019économie.Ce sont les économistes Aubry, Delorme et Fortin qui le disent.Ils estiment que la volonté du gouvernement Couillard de dégager des surplus et son refus conséquent d\u2019investir dans l\u2019économie expliquent la faible croissance du PIB et la perte de 40 000 emplois (13 juillet), et compromettent l\u2019avenir à cause de services publics détériorés (10 septembre) ; selon eux, il ne faut pas compter sur les réinvestissements à fonction avant tout électorale annoncés 55 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 d\u2019ici 2018 pour redonner sa solidité à l\u2019économie du Québec (10 septembre).Le ministre Leitao parle de prochaines baisses d\u2019impôts, autre manière de réduire encore la capacité de l\u2019État québécois (7 juillet).Ne pas surveiller assez la Caisse de dépôt et placement.La Caisse se lance dans des projets assez pharaoniques.\u2013 Par exemple la cimenterie McInnis, qui appartient à la famille Bombardier-Beaubien.Notre bas de laine ne cesse d\u2019éponger les dépassements du coût de construction de cette cimenterie dont plus d\u2019un expert doute de la rentabilité (12 et 13 août).\u2013 Le Réseau sur rail automatisé (REM).Ce projet de 5,5 milliards $ risque de nuire aux déplacements par train entre Québec et Montréal et de marginaliser encore plus l\u2019est du Québec (Guertin et Vandersleyen, 9 juillet), il ne sera pas, ou peu, relié au métro, ne desservira en rien l\u2019est de Montréal ni ne réduira pas le temps de déplacement des résidents de la Rive-Sud (Jeanne Corriveau, 30 août) ; son tracé passe dans des milieux où vivent des espèces menacées (23 juillet).Finalement, le projet semble ne servir que les intérêts de Bombardier et des citoyens de l\u2019ouest de l\u2019ile.Rappelons que la Caisse a acheté en 2015 30 % de la division ferroviaire de Bombardier (Patrick Barnard, 7 septembre).Encore la Caisse de dépôt et placement.[Note : si un lecteur économiste peut proposer une analyse des investissements récents de la Caisse en fonction des intérêts des Québécois, merci.Par exemple, quoi penser de son engagement de près de 60 millions $ envers TransAlta Renewables qui exploite un parc éolien à New Richmond et, plus largement, quid des investissements de la Caisse dans l\u2019éolien ?(22 juillet)] Laisser tomber les régions.\u2013 À Sept-Îles, Mine Arnaud ne décolle pas, la Côte-Nord attend encore le plan du gouvernement Couillard pour relancer et diversifier son économie 56 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 (20 juin).\u2013 Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les investissements de l\u2019industrie de l\u2019aluminium tardent à se concrétiser, ce qui laisse davantage de place pour les exportations de la Colombie-Britannique dans un marché américain en croissance.Or, les conditions offertes aux alumineries québécoises sont parmi les meilleures sur la planète.Ce qui manque, selon Marc-Urbain Proulx, c\u2019est que l\u2019État devienne en partie propriétaire de ces alumineries pour orienter leurs investissements en fonction des besoins de l\u2019économie québécoise et de celle des régions.Comme en Norvège (2 septembre).Qu\u2019attend la Caisse de dépôt et placement ?Vendre RONA.Le ministre Jacques Daoust a dû démissionner.Même des députés libéraux ne le croyaient plus quand il clamait son ignorance et son innocence dans la vente de ce fleuron (21, 23, 26 août).Le chef de cabinet du premier ministre Couillard est sur les charbons ardents.Car il semble de plus en plus clair que Philippe Couillard savait et qu\u2019il a laissé faire.Toute l\u2019économie des régions risque de s\u2019affaiblir encore davantage (Pierre-André Julien, 27 août).Mais l\u2019omertà règne : les députés libéraux siégeant à la commission parlementaire ont empêché que l\u2019ex-ministre Daoust, le chef de cabinet Dufresne et le nouveau ministre Laurent Lessard y soient interrogés (22 août et 16 septembre).Le ministre fédéral de l\u2019Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, qui a autorisé la vente de Rona lui aussi, n\u2019est évidemment même pas inquiété (24 août).Céder sur UBER.Dès le départ, il était clair que le premier ministre Couillard souhaitait laisser le champ libre à UBER.Le ministre Poëti était contre, le ministre Daoust aussi.Mais le premier ministre ne voulait rien imposer de réellement contraignant (plusieurs dates en août).L\u2019industrie du taxi a 57 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 demandé aux tribunaux de se prononcer sur l\u2019entente (14 et 21 septembre).Céder sur Airbnb.La loi entrée en vigueur en avril n\u2019est pas appliquée, et ne peut l\u2019être faute d\u2019inspecteurs.Les petits hôteliers et ceux qui offrent des gites sont exaspérés du laxisme du gouvernement Couillard (30 juillet, 19 et 20 septembre).Se faire complice de TransCanada.\u2013 Avant que les audiences de l\u2019ONÉ ne soient suspendues, il était prévu qu\u2019Hydro- Québec se contente d\u2019une participation réduite devant l\u2019ONÉ : seulement une lettre, pas de présence.Et cela malgré ses préoccupations quant aux effets de l\u2019oléoduc sur ses installations.Le gouvernement Couillard, seul actionnaire d\u2019Hydro-Québec, n\u2019avait rien à redire (4 août).\u2013 Il était aussi prévu que le BAPE convoqué par le gouvernement Couillard se tiendrait avant qu\u2019on sache comment la compagnie entend faire traverser nos rivières et le fleuve par son oléoduc (13 juillet) ; mais maintenant que l\u2019ONÉ retarde, il se pourrait que le BAPE aussi soit retardé (22 septembre).\u2013 TransCanada a entrepris ses relevés sismiques dans le Saint- Laurent (21 septembre).Subventionner Air Canada.Le gouvernement Couillard a laissé tomber sa poursuite pour forcer cette compagnie à faire l\u2019entretien lourd de ses appareils à Montréal, comme l\u2019y obligeait la loi ; les experts donnaient pourtant au Québec une excellente chance de gagner.En échange, Air Canada s\u2019est engagée à acheter 45 avions CSeries de Bombardier et à ouvrir un centre d\u2019entretien de ces avions à Montréal.Mais voilà que le transporteur dit que l\u2019entretien des seuls CSeries ne sera pas assez rentable pour justifier un tel centre.Du coup, que propose Couillard ?De soutenir Air Canada par des fonds publics québécois ! (13 juillet) 58 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Donner notre sol et notre sous-sol aux compagnies de gaz de schiste.Une douzaine d\u2019entreprises gazières et pétrolières ont obtenu des permis d\u2019exploration sur la plus grande partie de la vallée du Saint-Laurent.Le projet de loi 106 sur les hydrocarbures confirme la validité des droits immobiliers cédés.Pour savoir s\u2019il y a du gaz ou du pétrole sous votre maison, la compagnie n\u2019aura qu\u2019à vous informer un mois d\u2019avance qu\u2019elle explorera dans votre jardin.Et si elle en découvre, elle pourra demander que vous soyez exproprié (17 août).Les projets des compagnies auront aussi préséance sur l\u2019aménagement du territoire par les municipalités (20 août).Les terres agricoles et les réserves fauniques ne sont pas épargnées (18 et 19 août).Une centaine de municipalités rejettent ce projet de loi qui les dépouille de leurs compétences sur les prélèvements d\u2019eau effectués dans le cadre de l\u2019exploration et de l\u2019exploitation du pétrole et du gaz (16 août).5.3 Les ressources publiques restantes mises au service des amis et de la clientèle du Parti libéral On remarquera peut-être que, pour l\u2019instant, je n\u2019ai pas inscrit sous cette rubrique les investissements de la Caisse de dépôt dans les projets des Bombardier.En revanche c\u2019est vraiment ici qu\u2019il faut placer ceux de Pétrolia.Pétrolia.Anticosti.Le premier ministre Couillard veut récrire l\u2019histoire.Il met tout le dossier sur le dos de l\u2019éphémère gouvernement péquiste (6 et 9 juillet).C\u2019est la première ministre Pauline Marois qui a signé l\u2019entente avec Pétrolia, mais c\u2019est le gouvernement Charest qui l\u2019a négociée et a compromis le gouvernement du Québec.Le gouvernement Couillard a autorisé trois forages à Anticosti à l\u2019été 2016 (4 juillet) ; la compagnie y a finalement renoncé.Le motif officiel en est la menace des Innus de demander une injonction à la Cour supérieure en faisant valoir leurs droits 59 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 ancestraux (3 août).Peut-être aussi que Philippe Couillard a demandé et obtenu la collaboration de Pétrolia : ces forages requérant plus de 30 millions de litres d\u2019eau puisée dans des rivières abritant une espèce de saumon menacée, le mécontentement de la population, déjà vif, aurait pu se retourner contre son gouvernement.Car il ne faut pas croire au vaudeville du duo fâché que la compagnie et le gouvernement libéral ont présenté cet été.Voici pourquoi : Pétrolia.Gaspésie.\u2013 Le gouvernement Couillard annonce un nouvel investissement public de 8,5 millions $ dans Bourque, le principal projet gazier Pétrolia.Au total, depuis l\u2019an dernier, ce projet a reçu 12,3 millions $ d\u2019aide de Québec.Le gouvernement libéral refuse de convoquer un BAPE sur ce projet dont les émanations de GES sont aussi considérables que celles du gaz de schiste (17 juin).La ville de Gaspé s\u2019oppose à ces forages, qui ont commencé en août tout près des zones habitées, mais cela n\u2019émeut pas notre gouvernement libéral (8 septembre).\u2013 Celui-ci refuse aussi de protéger la baie de Gaspé et la baie des Chaleurs contre l\u2019exploration pétrolière, dont les permis sont détenus par Pétrolia (18 août).D\u2019ailleurs, un projet de port d\u2019exportation gazier à Gaspé est même envisagé et le gouvernement Couillard annonce d\u2019ores et déjà son appui (1er et 2 septembre).Musées McCord et Stewart.Écoutons l\u2019ancienne ministre libérale Monique Jérôme-Forget : « Le gouvernement a été correct avec moi.Je suis passée à deux cheveux de fermer le musée McCord il y a deux ans.Ensuite j\u2019ai eu de l\u2019argent pour faire un plan fonctionnel et technique [pour son projet de nouveau musée McCord-Stewart].Je n\u2019ai pas encore leur bénédiction [mais elle est en train de monter le dossier] (23 juin).Bien d\u2019autres établissements aimeraient pouvoir espérer, eux aussi. 60 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 6.L\u2019éventrement de l\u2019État québécois 6.1 Briser le sentiment d\u2019appartenance des Québécois à leur État Corruption.\u2013 L\u2019ex-vice-première ministre du Québec, Nathalie Normandeau, se plaint que l\u2019UPAC s\u2019acharne sur elle ; malicieuse, elle fait remarquer que le Parti libéral sous Couillard est le même que sous Charest (7 septembre).\u2013 À peine nommé, le nouveau ministre des Transports, Laurent Lessard, fait l\u2019objet d\u2019une enquête par le Commissaire à l\u2019éthique.Deux affaires impliquent un de ses proches, dont les entreprises ont reçu deux subventions du gouvernement libéral (plusieurs dates en septembre).\u2013 La ministre Dominique Anglade, soutenue d\u2019abord par le premier ministre, trouve spontanément tout à fait normal d\u2019embaucher un ex-recherchiste de la Coalition avenir Québec qui a copié (volé) des documents confidentiels appartenant à ce parti.Il a fallu un tollé pour les réveiller, mais Philippe Couillard ne voit pas pourquoi il devrait présenter des excuses (9 septembre).\u2013 Même scénario pour un autre transfuge de la CAQ, travaillant cette fois directement pour le premier ministre, qui a confirmé vouloir le garder.Le transfuge a préféré démissionner de lui-même (22 et 23 septembre).Recherche.\u2013 Pendant que le fédéral finance la recherche à coup de millions, le gouvernement du Québec coupe les vivres au centre de recherche du CHU Sainte-Justine (20 juillet).\u2013 Pendant que les Instituts de recherche en santé du Canada peuvent compter sur un bon financement par le gouvernement Trudeau, le Fonds de recherche en santé du Québec n\u2019a pas reçu un sou de plus depuis 2006 (22 juillet). 61 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Éducation.\u2013 Petite enfance : saccage dans le réseau.C\u2019est l\u2019Association québécoise des CPE qui organise et finance une commission consultative sur la politique familiale plutôt que le gouvernement (20 septembre) \u2013 Entre 2011 et 2016, 75 millions de dollars ont été coupés dans le budget de la Commission scolaire de Montréal.Tous les élèves ont écopé, particulièrement les enfants à besoins particuliers, les jeunes immigrants en francisation, les jeunes en formation professionnelle et les adultes en formation générale (Violaine Cousineau et al, 5 juillet).\u2013 Les enfants sans- papiers ne sont pas admis gratuitement à l\u2019école (23 septembre) \u2013 Les universités n\u2019ont pas les ressources pour assurer la formation des super-infirmières (12 septembre).Santé.\u2013 D\u2019anciens hauts-fonctionnaires du ministère de la Santé demandent l\u2019imposition d\u2019un moratoire sur les réformes imposées par le ministre Gaétan Barrette.Le réseau est menacé de dérive, écrivent-ils, les services périclitent, les droits des patients sont affaiblis (16 juin).\u2013 Le CHUM abolit des postes (2 août).Services sociaux.\u2013 Coupes dans les services offerts par les maisons d\u2019hébergement aux femmes victimes de violence conjugale (24 août).\u2013 Coupures dans le soutien à la maison Gilles-Carle : les aidants naturels privés de répit pour dix semaines (22 juillet).Aide sociale.Même si les études montrent qu\u2019elle n\u2019est pas efficace, le ministre François Blais tient à une approche punitive en aide sociale : « Pas de rencontre, pas de chèque » (24 août).Le premier ministre Couillard évoque le bâillon pour forcer l\u2019adoption de la loi (7 septembre).Protection des citoyens.\u2013 Le Curateur public et le Commissaire au lobbyisme craignent tous deux de ne plus pouvoir rem- 62 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 plir leur mission à cause des compressions (17 et 23 septembre).\u2013 Les victimes d\u2019actes criminels subissent des délais et des conditions d\u2019admissibilité aux mesures d\u2019aide qui compromettent leurs droits, s\u2019inquiète la Protectrice du citoyen (16 septembre).6.2 Renoncer à agir dans nos champs de compétence Sûreté du Québec.Malgré les demandes réitérées des Premières Nations du Québec (22 juin, 19 août), le gouvernement Couillard refuse de mandater une commission indépendante pour enquêter sur les révélations d\u2019agressions commises par des membres de ce corps policier provincial contre des femmes autochtones.Il a plutôt adopté un décret \u201c pour donner aux commissaires fédéraux de pleins pouvoirs d\u2019investigation dans la province \u201d (4 et 18 août).Agriculture et agroalimentaire.\u2013 Aucune politique bioali- mentaire, aucune stratégie agroalimentaire et un amoindrissement des mécanismes de stabilisation des revenus.Le milieu s\u2019impatiente.Juste en recherche et développement, pour atteindre la moyenne de l\u2019OCDE, le Québec devrait investir 85 millions de plus par année, fait remarquer Marcel Groleau, de l\u2019Union des producteurs agricoles (28 juillet, 26 août, 7 septembre).Transports.\u2013 Le ministère des Transports n\u2019entend pas proposer une politique de transports collectifs.Les questions de financement, de mobilité durable, de réduction de la congestion, de desserte de l\u2019est de la métropole ne sont pas à l\u2019ordre du jour (9 septembre).\u2013 Un rapport de la Chaire de gestion du secteur de l\u2019énergie de l\u2019École des HEC conclut que le gouvernement libéral a raté sa cible en matière d\u2019efficacité énergétique, tout particulièrement dans le domaine du transport commercial (Karel Mayrand, 7 et 8 septembre). 63 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Justice.La ministre Stéphanie Vallée ne semble pas pressée d\u2019améliorer l\u2019efficacité du système de justice et, notamment, de raccourcir les délais beaucoup trop longs dans les affaires instruites devant les cours provinciales.Un récent jugement de la Cour suprême lui forcera peut-être la main (12 juillet).Droit de la famille.De nombreuses décisions des tribunaux transforment à la pièce le droit de la famille.La ministre Vallée, qui voulait une réforme, en semble empêchée.Selon Alain Roy, président du Comité consultatif sur le droit de la famille, «j\u2019ai compris que le gouvernement n\u2019avait pas l\u2019intention d\u2019aller de l\u2019avant » (La Presse, 28 juillet).Santé.La prévention contre le virus du Nil occidental a été relâchée à l\u2019été 2016 (30 juin).Recherche.Pendant que le gouvernement Trudeau est en consultation pour sa nouvelle politique de la recherche, la ministre Anglade prévient que la sienne ne sera pas prête avant fin 2017 et qu\u2019elle devra tenir compte de la capacité de payer des Québécois (22 juillet).Éducation.La Direction de la protection de la jeunesse, qui était intervenue dans le cas d\u2019une école hassidique présumée illégale, a clos le dossier sans mesurer les acquis scolaires des jeunes (15 août).Ces enfants pourront avoir l\u2019école à la maison, le gouvernement ne s\u2019assurera pas trop fermement du respect du programme de l\u2019école québécoise (16 août).Patrimoine.\u2013 La bibliothèque patrimoniale des Finances ferme, le Vieux Palais de justice de Québec se vide (16 juin).\u2013 Les Archives nationales n\u2019ont pas les moyens d\u2019accueillir et de mettre en valeur de nouveaux fonds d\u2019archives, par 64 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 exemple ceux sur la danse, un art où le Québec se distingue (2 juillet).\u2013 Après la démolition de l\u2019église patrimoniale de Pierreville, c\u2019est la petite chapelle des Indiens de Tadoussac, plus vieille église de bois d\u2019Amérique du Nord, qui est menacée (18 juillet), et en fait c\u2019est tout le patrimoine architectural rural qui souffre de l\u2019indifférence du ministère de la Culture (Diane Joly, 20 juin).\u2013 Le patrimoine urbain aussi, du reste : le ministère a passé outre l\u2019avis du Conseil du patrimoine culturel et a autorisé la Ville de Montréal à détruire une partie du paysage du mont Royal et une très belle vue sur celui-ci par l\u2019installation d\u2019une surface synthétique et de gros éclairages au parc Rutherford (7 et 23 juillet).\u2013 La Médiathèque Gaëtan Dostie, installée dans un édifice plus que vétuste qui appartient à la CSDM, doit déménager.Mais sans aide de Québec, elle risque la fermeture : sa mission est de conserver le patrimoine poétique du Québec (19 août).\u2013 Le Québec n\u2019a pas de vision en matière de patrimoine, déplorent les acteurs du milieu (2 août).Culture.\u2013 Le ministre Luc Fortin est en consultation en vue d\u2019une nouvelle politique culturelle.Dans toutes les régions, musées, compagnies de théâtre, bibliothèques et autres institutions ont souligné le manque d\u2019appui de Québec et l\u2019indifférence à la culture dans les programmes scolaires (20 août).\u2013 Le gouvernement Couillard coupe son aide aux médias communautaires à l\u2019encontre de ses propres directives.L\u2019impact est particulièrement grave en région, où ces médias sont presque seuls à leur parler d\u2019elles-mêmes (27 juin).\u2013 Les artistes se demandent si le gouvernement du Québec se prononcera en faveur de la propriété intellectuelle, un domaine où la loi fédérale adoptée par le précédent gouvernement leur a beaucoup nui (2 août). 65 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Culture.\u2013 Les compressions se font sentir dans les budgets de locations d\u2019œuvres d\u2019art par les organismes publics et parapublics (30 août), \u2013 et dans les travaux prévus au Biodôme en vue du 375e anniversaire de Montréal (17 août).\u2013 Le Festival des films du monde de Montréal, qui subit une peine très sévère pour les fautes imputées à son promoteur Serge Losique (7 septembre).q 66 Articles Élise Farine* Hommage à Louky Bersianik L\u2019identité gynile Le thème du féminin a suscité de nombreux écrits qui convergent, pour la plupart, vers la systématisation de l\u2019égalité des sexes.Rares sont ceux qui ont eu l\u2019audace d\u2019admettre que les femmes étaient différentes des hommes et, qu\u2019en tant que telles, ne devaient pas être traitées de la même manière.La défense des droits des femmes est tant vulgarisée qu\u2019elle est rapidement taxée de féminisme ; alors même que ce féminisme ne respecte pas, lors d\u2019une promotion non nuancée de l\u2019égalité des sexes, la femme dans sa singularité même de femme.Il s\u2019agit alors de s\u2019emparer de la question de l\u2019identité de la femme, déchue par la confusion des sexes, pour s\u2019affranchir de cette désexualisation.Dans son livre L\u2019Euguélionne1, Louky Bersianik, philosophe et essayiste québécoise, appréhende très clairement la question de l\u2019identité féminine, à travers un concept, la gynilité.Mais alors qu\u2019il aurait dû retentir comme un coup de tonnerre dans la pensée féministe, ce livre, pourtant clairvoyant, a été vite oublié.Il conte l\u2019histoire de l\u2019Euguélionne, une extraterrestre qui arrive sur Terre pour trouver son alter 1 Louky Bersianik, L\u2019Euguélionne, Montréal, Éd.La Presse, 1976.* Centre de philosophie du droit de l\u2019Université de Bordeaux. 67 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 ego masculin, mais qui prend conscience de la suprématie de l\u2019homme, lequel rejette toute altérité.Œuvre appartenant à la catégorie de la science-fiction, ce livre, comme l\u2019avait déjà fait Aldous Huxley dans Le meilleur des mondes2, imagine une cité idéale au sein de laquelle les individus ne sont pas tous égaux, mais différents.C\u2019est à la fin de son livre que Louky Bersianik crée et développe le concept de gynilité.Stigmatisation du patriarcat, l\u2019Euguélionne ne s\u2019en tient pas à désarticuler cette emprise, elle la désarçonne également en rappelant la spécificité des femmes.Elle s\u2019emploie à expliquer son néologisme dans La main tranchante du symbole.Elle y définit la gynilité des femmes comme « leur identité féminine reconnue, leur féminité observée de l\u2019intérieur et non imposée de l\u2019extérieur par les hommes, leur spécificité féminine et humaine sans référence à la masculinité3 ».L\u2019auteur ne confond pas les genres, elle ne les distingue pas non plus, car cela reviendrait à les comparer et elle refuse de comparer l\u2019incomparable.Louky Bersianik va plus loin encore que la féminologie d\u2019Antoinette Fouque, elle ne considère pas seulement qu\u2019il existe deux sexes, elle considère aussi qu\u2019il existe une singularité féminine.Elle voit ce que le principe de différence n\u2019a pu comprendre : la femme a une identité qui ne peut se saisir que par un travail ontologique, étudiant alors l\u2019être féminin dans ses particularités.Si Louky Bersianik a éprouvé une grande reconnaissance de l\u2019apport des mouvements féministes, elle ne préconise cependant pas une égalité des sexes, ce qui reviendrait là encore à un travail de comparaison, qu\u2019elle refuse.Elle pré- 2 Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes, Paris, Plon, 2013.3 Louky Bersianik, La main tranchante du symbole, Montréal, Éd.du Remue-ménage, 1990. 68 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 conise toutefois la cessation de tout patriarcat qu\u2019elle estime exister encore.Son œuvre peut constituer une contribution majeure dans la lutte contre les discriminations, en considérant enfin les femmes en tant qu\u2019être singulier et non plus comme des hommes.Elle véhicule un message identitaire fort qui nie toute assimilation des deux sexes au profit d\u2019un particularisme de la femme.L\u2019ontologie reflète bien cette volonté de rechercher ce qui est naturel, ce qui représente « l\u2019être en tant qu\u2019être4 ».L\u2019ontologie rejette donc le genre en ce qu\u2019il façonne la femme, selon les attentes sociales, mais il fait également place à ce qui est singulier et c\u2019est en cela qu\u2019il répond à la nécessité de l\u2019identité.L\u2019ontologie féminine, en réprouvant les apparences sociales de la femme, défend la substance de l\u2019être féminin.Elle le fait exister par lui-même « sans supposer un être différent dont il soit un attribut ou une relation5 ».En somme, l\u2019ontologie féminine, comme la gynilité l\u2019incarne, délite le rapport à l\u2019autre masculin et ne rend compte de la femme que dans ce qu\u2019elle a de plus substantiel, son identité.L\u2019ontologie de la femme véhiculée par la gynilité permet d\u2019appréhender la femme de manière substantielle, c\u2019est-à- dire dans le rapport qu\u2019elle entretient avec sa nature et non celui entretenu avec l\u2019autre.Le « connais-toi toi-même » prend ici tout son sens.En effet, l\u2019identité gynile est celle qui, sans rejeter l\u2019autre, qui est différent, écoute sa propre nature, sa propre intimité avant de s\u2019ouvrir à une relation d\u2019altérité.Comprendre et revendiquer son identité féminine c\u2019est se connaître avant de pouvoir accéder à la connaissance de l\u2019autre.Pour Hegel, il s\u2019agit d\u2019une prise 4 André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 2010, p.714.5 Alfred North Whitehead, La science et le monde moderne, Monaco, Éd.du Rocher, 1994. 69 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 de conscience de soi qui est la seule détentrice de la vérité.L\u2019égalité réclamée n\u2019est autre qu\u2019un pis-aller aux lacunes de sa propre sphère d\u2019intimité.Le philosophe Daniel Sibony, dans son livre De l\u2019identité à l\u2019existence, l\u2019apport du peuple juif, explique qu\u2019au commencement il y a l\u2019être et que la prise de conscience de sa propre identité permet d\u2019envisager l\u2019existence de l\u2019autre, mais non pas comme un ennemi.Pour l\u2019auteur, « l\u2019autre n\u2019est pas hors de nous, il est en nous.Nous sommes pluriels, il faut simplement l\u2019accepter et en tirer parti pour combiner singularité et universalité6 ».En somme, c\u2019est la connaissance de l\u2019identité qui permet d\u2019exister et non l\u2019environnement social qui conditionne l\u2019identité.La dialectique hégélienne du maître et de l\u2019esclave reprend l\u2019exigence de conscience de soi pour exister face à l\u2019autre pouvant alors être perçu comme un ennemi à détruire pour atteindre « la certitude de soi ».L\u2019affirmation de la conscience de soi qui n\u2019est autre que le reflet de l\u2019identité est, en effet, représentée par une lutte pour la reconnaissance.Si Hegel utilise la métaphore de « lutte à mort », il peut s\u2019agir dans le cas de la reconnaissance de l\u2019identité juridique féminine d\u2019une élévation contre ce qui est imposé à travers le principe d\u2019égalité.Hegel explique le rapport entretenu par le maître et l\u2019esclave dont la nécessité de la réciprocité et de l\u2019altérité pour la reconnaissance de l\u2019identité découlent.Ainsi, pour que la conscience de soi soit reconnue, elle doit l\u2019être par une autre conscience de soi.Le maître objectivant l\u2019esclave, celui-ci étant chosifié, ne peut posséder une conscience et, partant, ne peut reconnaître la conscience de son maître.L\u2019esclave, avili par le travail, devient conscient de sa propre individualité et ainsi acquiert sa liberté, contrairement au maître qui est dépendant de l\u2019esclave.Son inactivité dans 6 Daniel Sibony, De l\u2019identité à l\u2019existence, l\u2019apport du peuple juif, Paris, Odile Jacob, 2012. 70 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 le rapport à autrui ne lui permet pas d\u2019accéder à sa propre conscience.La dialectique consiste en somme à introduire la prise de conscience de son identité par la relation à l\u2019autre.En rejetant la différence sexuelle, l\u2019égalité des sexes s\u2019oppose à la réalisation de la femme en tant que personne individualisée par sa propre conscience.Pour ne pas être soumise à des revendications égalitaristes nocives pour l\u2019individualité, l\u2019identité féminine doit supplanter l\u2019égalité des sexes.Non nuancée, elle s\u2019approprie l\u2019identité féminine à laquelle elle nie les nombreuses spécificités et la liberté d\u2019être une personne unique qui ne peut être l\u2019égale de l\u2019homme.L\u2019égalité des sexes nuit à la reconnaissance de l\u2019identité de la femme, dans la mesure où elle effectue un travail de comparaison entre les sexes dont le terme initial serait l\u2019homme.La femme ne serait alors qu\u2019une copie de l\u2019homme auquel elle devrait se référer pour être considérée comme étant son égale.L\u2019égalité des sexes non nuancée impose sa vérité qu\u2019elle prétend être universelle alors même qu\u2019il ne peut exister de confusion possible entre les deux sexes.L\u2019Euguélionne affirme à l\u2019inverse la nécessité de dissocier l\u2019homme de la femme par la gynilité.Cette sorte de « gynil- identité » que le livre revendique permet une distanciation avec le modèle masculin.Il s\u2019agit de rompre avec le mimétisme selon lequel la femme est un homme comme les autres.En comparant toujours la situation de la femme à celle de l\u2019homme, l\u2019égalité des sexes promeut une négation de la spécificité féminine.Dans Persona ou la justice au double visage, Jean-Marc Trigeaud insiste sur la nécessité de dissocier le type féminin du type masculin.« La femme doit être reliée à son être original7 » et pour cela sa spécificité doit être recon- 7 Jean-Marc Trigeaud, Persona ou la justice au double visage, Genova, Studio editoriale di culture, 1990. 71 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 nue et l\u2019égalité des sexes ne doit pas persister à la nier.En privant la femme de son identité et alignant son statut sur celui des hommes, l\u2019égalité des sexes constitue pour elle une agénésie sociale, elle l\u2019ampute de sa liberté à être elle et non la copie de l\u2019homme.Si, dans ses écrits, Louky Bersianik s\u2019est montrée particulièrement lucide quant à la nécessité de la gynilité, elle l\u2019a appréhendée cependant comme une utopie, un idéal qui n\u2019est pas encore réalisé.Pourtant l\u2019utopie n\u2019est, à l\u2019origine, pas considérée comme appartenant au domaine du possible, son étymologie la désigne d\u2019ailleurs comme un lieu qui n\u2019existe pas.Étudiée par Thomas More dans son livre L\u2019Utopie8, elle représente l\u2019organisation idéale d\u2019une société sans considération de son effectivité.Pour le philosophe René Berthelot, il s\u2019agit d\u2019une chimère qui, par définition, ne peut être réalisée9.Pour autant, cet idéal apparemment inexécutable n\u2019a-t-il pas, dans certains cas, tout intérêt à le devenir ?L\u2019utopie suscite un espoir que ce qui est rêvé se réalise, c\u2019est ainsi que Norbert Elias la conçoit, comme une leçon tirée des aspirations et des tourments du passé et qui peut alors s\u2019ancrer dans le présent et le futur10.En parlant d\u2019utopie de la gynilité, Louky Bersianik a cru en la gynilité 8 Thomas More, L\u2019Utopie, Paris, Librio, 2003.9 René berthelot, André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, oct.2010, p.1178 : « Il me semble qu\u2019une utopie est non seulement ce qui n\u2019a été réalisé en aucun lieu, mais ce qui ne saurait l\u2019être, ou du moins ce qui ne saurait l\u2019être intégralement ».10 Norbert Elias, op.cit., p.106 : « Selon moi, une utopie est une représentation imaginaire d\u2019une société qui contient des suggestions de solutions à certains de ses problèmes non encore résolus, une représentation imaginaire de solutions, désirables ou indésirables selon le cas, à un problème.Une utopie peut même contenir des rêves où des désirs et des peurs se mêlent les uns et aux autres.De fait, les utopies des générations passées peuvent servir à leurs descendants d\u2019indicateurs relativement précis des espoirs et des peurs, des rêves à caractère désirable et des cauchemars des groupes ancestraux ». 72 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 qu\u2019elle estime nécessaire dans une société toujours influencée par le modèle patriarcal.Elle contredit donc la version pessimiste de la définition de l\u2019utopie.Il s\u2019agirait d\u2019imaginer le meilleur.Entendre la femme, l\u2019écouter, ne pas la considérer comme un homme en alignant son virtuel statut sur le masculin représente la panacée contre les inégalités, mais c\u2019est également une utopie illusoire.Ce qui relève alors du réalisable demeure au stade de la conception des différences sexuelles.La promotion de la différence sexuelle encourage l\u2019identité féminine, encore faut-il savoir l\u2019utiliser et en connaître les raisons.Ce qui fait craindre cette promotion est l\u2019association de la différence sexuelle au biologique et la légitimation de l\u2019infériorité de la femme11.La différenciation des sexes ne doit pas se limiter à une différenciation biologique qui accrédite la domination de l\u2019homme.Il s\u2019agit de concevoir la différence des sexes également d\u2019un point de vue ontologique permettant de ne pas essentialiser la femme, mais de la personnaliser.Pour Louky Bersianik, si l\u2019ontologie des femmes a fait l\u2019objet d\u2019un « non-lieu » c\u2019est pour « insuffisance de preuves ».Illustration philosophique de l\u2019identité de la femme, la gynilité signe la nécessité de préserver le singulier féminin au profit d\u2019une émancipation totale de la domination masculine.La gynilité demeure toutefois une utopie, la 11 Jean-Marc Trigeaud, op.cit., p.253 : Diverses raisons viennent expliquer l\u2019infériorité de la femme.« Première raison : la formation tardive de l\u2019identité sexuelle, la différenciation sexuelle appartenant à un strict processus naturel et non personnel.Ce qui confirmerait la possibilité de réduire l\u2019existence de la femme au mode de vie physique que l\u2019opinion lui assigne, en la bornant à l\u2019activité de reproduction et à la maternité ». 73 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 femme s\u2019ancrant de plus en plus dans sa condition.Pour la reconnaissance d\u2019une identité féminine et la maîtrise de son conditionnement par l\u2019élévation à une réelle liberté, il s\u2019agirait alors de penser que le féminin existe.q 74 Articles La fonction du mode de scrutin est de transformer les votes en sièges selon des formules plus ou moins complexes.Le choix d\u2019un mode de scrutin reflète le choix d\u2019une conception de la vie politique.Certains privilégient le principe de l\u2019équité de la représentation des forces politiques alors que d\u2019autres favorisent une plus grande stabilité gouvernementale.Il existe une grande diversité de modes de scrutin qui ont été choisis pour répondre à des problèmes particuliers selon les pays.Il n\u2019y a pas en ce domaine de prêt-à-porter ou de formule universelle qui serait dotée de toutes les vertus.Les principaux types de modes de scrutin sont : le système proportionnel, le système préférentiel (Irlande et Australie), le scrutin uninominal à deux tours (France) et le scrutin uninominal à un tour (Canada, Québec, Grande-Bretagne).Il y a aussi des systèmes mixtes qui combinent les caractéristiques de ces différents modes de scrutin.Le système proportionnel Le principe du scrutin proportionnel implique que les sièges sont attribués proportionnellement au nombre de votes obtenus par les partis.L\u2019électeur vote pour un parti Denis Monière* Pour une réforme du mode de scrutin * Politologue.Professeur retraité de science politique à l\u2019Université de Montréal 75 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 et son programme et non pas pour des individus qui le représenteront comme c\u2019est le cas dans les autres modes de scrutin.Ce principe peut être appliqué à l\u2019ensemble du pays comme en Israël ou aux Pays-Bas, on parlera alors de proportionnalité intégrale.On parlera de proportionnalité régionale lorsqu\u2019elle s\u2019applique à des circonscriptions territoriales plus ou moins étendues, comme en Allemagne ou en Belgique.Habituellement, le scrutin proportionnel s\u2019accompagne d\u2019un seuil pour réduire le nombre de partis et favoriser une meilleure stabilité gouvernementale.Ce seuil peut être fixé à 5 %, comme en Allemagne, de sorte que les partis qui n\u2019obtiennent pas ce pourcentage de votes à l\u2019échelle nationale sont éliminés et ne sont pas représentés au parlement.Il y a d\u2019autres variantes, comme au Danemark où le seuil est fixé à 2 %, en Israël à 3,25 % ou en Turquie où il est de 10 %.Il y a aussi plusieurs façons de voter.Il y a des scrutins de liste bloquée où les candidats sont choisis par le parti.L\u2019électeur n\u2019a pas d\u2019influence sur le choix des députés.Il y a aussi des scrutins de liste ouverte qui permettent à l\u2019électeur de panacher son vote, c\u2019est-à-dire d\u2019indiquer le nom de ses candidats préférés sur la liste proposée par le parti (Suisse, Pays-Bas, Suède, Norvège, Italie, etc.) ou même d\u2019ajouter des noms à la liste.Le mode de scrutin proportionnel est plus juste et plus démocratique, mais il lui est reproché de générer une instabilité gouvernementale.Les partis qui sont en mesure de gouverner doivent souvent mettre en œuvre des alliances ou des coalitions avec d\u2019autres formations politiques afin d\u2019obtenir une majorité à la chambre des représentants.Le jeu des coalitions peut donner à certains petits partis « charnières » un rôle primordial, plus important que leur poids réel, dans la constitution d\u2019une majorité parlementaire.Ces négociations interpartisanes produisent des politiques publiques qui sont moins cohérentes. 76 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Le vote préférentiel Le mode de scrutin préférentiel ou alternatif implique une dose de proportionnalité dans la répartition des sièges.Un candidat pour être élu doit obtenir la majorité absolue des votes dans sa circonscription.Ce système a l\u2019avantage de préserver le découpage du territoire en circonscriptions électorales qui doivent élire un candidat pour les représenter.Mais contrairement au mode uninominal, l\u2019électeur peut voter pour plusieurs candidats qu\u2019il hiérarchise selon ses préférences (1, 2, 3, 4, etc.).Pour déterminer le candidat gagnant, on classe d\u2019abord les bulletins en fonction des premières préférences : si un candidat réunit une majorité absolue de ces premières préférences, il est élu.Si aucun candidat n\u2019obtient la majorité absolue, le candidat arrivé dernier est éliminé et ses bulletins sont répartis entre les autres candidats restants suivant les secondes préférences exprimées par les électeurs.On continue le processus jusqu\u2019à ce qu\u2019un candidat recueille la majorité absolue des suffrages.Ce système a l\u2019avantage de favoriser l\u2019élection de gouvernements majoritaires et favorise donc la stabilité gouvernementale.Il réduit les iniquités que produit le système uninominal à un tour.Il permet à l\u2019électeur de voter selon ses convictions en exprimant sa première préférence et de voter stratégique par son deuxième choix.Il entraîne un taux de participation électorale plus élevé : celui de l\u2019Australie étant de 30 % supérieur à celui du Canada ; cet écart s\u2019explique aussi par le fait que le vote est obligatoire en Australie.On lui reproche par contre de ne pas faciliter l\u2019entrée de nouveaux joueurs, de freiner l\u2019apparition de nouveaux partis et aussi d\u2019avantager les partis modérés ou centristes. 77 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Le scrutin majoritaire à deux tours Dans le mode de scrutin majoritaire à deux tours, tout candidat qui obtient la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour est élu.Si aucun candidat ne l\u2019obtient au premier tour, tous les candidats qui ont obtenu plus de 12,5 % des votes (France) peuvent se représenter au deuxième tour.Le candidat qui est élu est celui qui obtient la majorité relative.Ce système favorise le vote de conviction : au premier tour on choisit, au deuxième tour on élimine.Il oblige les partis à négocier des coalitions pour le 2e tour ce qui implique la formation de gouvernements stables.Ce mode de scrutin est lourd à administrer et plus coûteux que les autres, car il exige deux élections consécutives à quelques semaines d\u2019intervalle.Le système ne garantit pas que la distribution des voix en sièges soit plus proportionnelle que dans le scrutin majoritaire à un tour.Le scrutin à deux tours français a été accusé de produire les résultats les plus disproportionnés de tous les systèmes démocratiques occidentaux.Le mode de scrutin mixte avec compensatoire On définit le mode de scrutin mixte compensatoire comme le mode de scrutin selon lequel une partie des députés est élue au scrutin majoritaire, alors que les sièges restants sont pourvus selon les règles de la représentation proportionnelle à scrutin de liste1.Ces derniers sièges viennent compenser le manque de proportionnalité du scrutin majoritaire de circonscription.Sur le plan de la conversion des 1 REYNOLDS, Andrew, et Ben REILLEY.La conception des systèmes électoraux \u2013 Un manuel de International IDEA, Institut international pour la démocratie et l\u2019assistance électorale, Stockholm, 2002, p.144. 78 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 votes exprimés en sièges, le système mixte compensatoire engendrerait, selon les experts, des résultats tout aussi proportionnels qu\u2019un mode de scrutin entièrement proportionnel.La Nouvelle-Zélande, l\u2019Allemagne, l\u2019Écosse, le pays de Galles, le Mexique, le Venezuela et la Bolivie comptent parmi les États qui possèdent un système mixte compensatoire.Il y a différents types de compensation selon la base territoriale choisie : compensation nationale, compensation régionale et compensation nationale avec redistribution régionale sur la base des régions administratives.La compensation nationale, du fait qu\u2019elle ne comporte qu\u2019une seule région électorale, fournit les résultats les plus proportionnels ; à l\u2019inverse plus le nombre de régions servant de base à la compensation est élevé, moins grande est la proportionnalité.Le politologue britannique David M.Farrell soutient que le nombre de circonscriptions ou de régions électorales constitue le principal facteur qui influence la proportionnalité des résultats du vote.Ainsi, plus le nombre de sièges à pourvoir dans une circonscription ou une région électorale est élevé, plus les résultats d\u2019ensemble seront proportionnels2.Le cas allemand L\u2019Allemagne utilise notamment ce mode mixte : la moitié des représentants est élue au scrutin majoritaire dans des circonscriptions et le reste au scrutin proportionnel sur une liste électorale.L\u2019électeur dispose alors de deux voix : l\u2019une pour élire directement le candidat de sa circonscription à la majorité simple, l\u2019autre qu\u2019il accorde au parti de son choix.2 FARRELL, David M., Comparing Electoral Systems, Londres, Prentice Hall, 1997, p.144. 79 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Sur son bulletin, il y a deux colonnes : à gauche, les noms des candidats de sa circonscription.Il en choisira un, à qui il accordera ainsi sa première voix (mandat direct).À droite sur le bulletin se trouve la liste des partis qui se présentent au niveau régional (Land).Chaque liste identifie aussi le nom des candidats qui seront élus à la proportionnelle compensatoire.C\u2019est le pourcentage de voix recueilli par chaque parti au niveau national qui détermine le nombre total de députés qu\u2019aura ce parti.La part proportionnelle est répartie de manière à corriger la mauvaise transcription des voix en sièges de la part majoritaire.Comme le nombre de circonscriptions est fixé de façon à pourvoir environ la moitié des sièges par des mandats directs ou personnalisés, le reste des sièges du parlement est pourvu avec les listes régionales de candidats présentées par chaque parti.En général, l\u2019ordre des candidats dans ces listes est fixé par les partis avant l\u2019élection.Une fois cette opération réalisée, la composition de l\u2019assemblée correspond, à quelques détails près, au vote du peuple.Le nombre total de députés est flexible d\u2019une élection à l\u2019autre.Ce système avantage les grands partis qui sont les seuls à pouvoir obtenir des mandats directs, mais il n\u2019empêche pas l\u2019apparition de nouveaux partis qui ont un soutien significatif dans la population qui est fixé à 5 % ou à 3 sièges au scrutin direct.L\u2019équilibre entre le scrutin uninominal et le scrutin proportionnel permet la formation de gouvernement majoritaire sur la base de coalitions relativement stables.Ce système favorise aussi le consensus social en empêchant la représentation des partis extrémistes. 80 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Prise de position pour le mode de scrutin mixte avec compensatoire de type allemand La réforme du mode de scrutin devrait viser les objectifs suivants : \u2022 réduire la disparité entre le % de votes obtenus par les partis et le % de sièges au parlement ; \u2022 permettre une représentation équitable des régions ; \u2022 favoriser la participation des citoyens à la vie des partis ; \u2022 assurer la stabilité gouvernementale ; \u2022 respecter la culture politique québécoise ; \u2022 accroître la parité hommes-femmes.Le système électoral qui peut le mieux réaliser ces objectifs est le mode de scrutin mixte avec compensatoire de type allemand.Ce type de système réduit fortement les distorsions de représentation et permet la désignation personnelle des élus par les électeurs.L\u2019électeur disposera de deux votes sur le même bulletin : à gauche, il y a le nom des candidats des partis qui se présentent pour l\u2019obtention d\u2019un siège à majorité simple dans la circonscription et, à droite, il y a le nom de chaque parti qui participe à l\u2019élection accompagné de la liste des candidats qu\u2019il présente pour l\u2019obtention de sièges distribués à la proportionnelle.Dans le cas où un parti obtient un nombre de députés élus par le vote uninominal qui est inférieur au nombre de sièges au Parlement qui devrait lui être conféré par la proportionnelle, celui-ci obtient alors des mandats supplémentaires compensatoires déterminés 81 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 par le deuxième vote.En maintenant le système actuel de scrutin par circonscription, il y aurait 125 élus au scrutin majoritaire et plus ou moins 50 élus à la proportionnelle des votes obtenus par les partis sur une base nationale3.Le seuil pour qu\u2019un parti ait un représentant élu serait de 3 % des votes exprimés.Ce sont les secondes voix (ce qu\u2019on appelle le vote de compensation) qui déterminent le nombre total de sièges dont chaque parti disposera à l\u2019Assemblée nationale.On soustrait du total de sièges le nom de mandats obtenus au scrutin majoritaire ce qui donne le nombre de sièges à compenser pour les partis qui ont été sous-représentés4.simulation sur la Base des résultats de l\u2019élection de 20 145 Partis N élus vote majoritaire % des votes N sièges compensés N sièges total % des sièges PLQ 70 42 4 74 42,5 PQ 30 25 14 44 25,3 CAQ 22 23 19 41 23,5 QS 3 8 12 15 8,6 total 125 98 49 174 3 La parité entre les élus à la majorité et les élus à la proportionnelle assure une correspondance presque parfaite entre le pourcentage de votes et le pourcentage de sièges.Mais cela fait doubler le nombre de représentants au parlement.Le nombre de sièges proportionnels que nous proposons, soit environ 50 réduit les disparités et aussi les coûts que représenteraient l\u2019ajout de 125 députés.4 Ceux qui obtiennent plus de sièges les conservent ce qui explique que le nombre total de sièges peut varier d\u2019une élection à l\u2019autre.5 Nous postulons une adéquation parfaite entre le choix du député et le choix du parti.Dans la réalité, l\u2019électeur peut différencier ses choix en votant par exemple pour un candidat du Parti québécois et pour un parti différent comme Option nationale. 82 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Nous proposons d\u2019adopter la méthode de compensation nationale avec redistribution régionale : c\u2019est le vote recueilli par un parti à l\u2019échelle nationale qui détermine le nombre de sièges de compensation qu\u2019il recevra, ces sièges de compensation étant par la suite distribués régio- nalement en fonction du pourcentage de votes obtenu par le parti dans chacune des régions.La conversion des votes à la proportionnelle en mandats électoraux se fait selon la méthode de Sainte-Laguë/Schepers qui tend à minimiser le nombre d\u2019électeurs qui ne sont pas représentés et qui est donc plus équitable pour les petits partis6.La compensation sur une base régionale Aux fins de la compensation, nous adoptons la délimitation de la carte des régions proposées par le rapport du DGEQ7 qui regroupait les 17 régions administratives du Québec en 9 régions électorales.Cette réduction du nombre de régions permet de tenir compte des disparités démographiques entre les régions et de favoriser une meilleure proportionnalité entre elles.Les sièges compensatoires sont répartis en fonction de listes régionales fermées présentées par les partis8 dans les 9 régions électorales du Québec.6 La méthode de Sainte-Laguë est utilisée en Allemagne, Bosnie- Herzégovine, Norvège, Nouvelle-Zélande, Suède, Danemark.7 DGEQ, Les modalités d\u2019un mode de scrutin mixte compensatoire, Québec, 2007.8 Chaque parti inscrit sur sa liste autant de candidats qu\u2019il y a de postes à pourvoir dans la région. 83 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 LA DISTRIBUTION RÉGIONALE DES SIÈGES À LA PROPORTIONNELLE Région 1 Chaudière-Appalaches \u2013 Bas-St-Laurent \u2013 Gaspésie les Iles 5 Région 2 Estrie \u2013 Centre-du-Québec 4 Région 3 Laurentides \u2013 Lanaudières 6 Région 4 Mauricie \u2013 Capitale nationale 6 Région 5 Ouest et Nord du Québec 4 Région 6 Saguenay \u2013 Lac St-Jean \u2013 Côte nord 2 Région 7 Laval 2 Région 8 Montérégie 9 Région 9 Montréal 12 Total 50 84 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 Ce système implique un scrutin de listes bloquées pour les mandats obtenus à la proportionnelle.Il offre la possibilité de bonifier la représentation des femmes au parlement en obligeant chaque parti à à alterner les candidatures féminines et masculines en mettant une femme en tête de sa liste régionale.Cette mesure devrait garantir l\u2019entrée au parlement d\u2019au moins 25 femmes.Les doubles candidatures seraient interdites, car elles donneraient en quelque sorte une prime aux perdants qui se feraient mettre sur la liste au cas où ils risqueraient de ne pas être élus.On pourrait même se retrouver dans une situation paradoxale où la majorité des candidats de liste seraient aussi candidats au scrutin uninominal.Quelle serait alors la légitimité d\u2019un candidat défait qui se trouverait élu à la proportionnelle ?Comment procéder pour remplacer les députés qui démissionnent ou qui décèdent ?Pour les députés élus au scrutin majoritaire, on procède par une élection partielle comme cela se fait aujourd\u2019hui.Pour les députés élus à la proportionnelle le remplacement se fait pas substitution avec la désignation du candidat le plus proche sur la liste électorale du parti.Ce système produit une adéquation presque parfaite entre le % de sièges et le % de votes.Il est compatible avec la culture électorale des Québécois puisqu\u2019il maintient le nombre de circonscriptions et fonctionne sur la base des régions constituées à partir des régions administratives actuelles.Il donne un plus grand choix aux électeurs qui peuvent exprimer leurs convictions tout en votant stratégique.Il permet une représentation équitable des forces politiques et n\u2019entrave pas l\u2019apparition de nouveaux partis qui ont un appui significatif.Il favorise la représentation 85 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 politique des régions et accroît la présence des femmes au parlement.Il assure une stabilité gouvernementale comparable à celle que procure le système uninominal à un tour.Il a l\u2019inconvénient d\u2019augmenter le nombre de députés et le coût de fonctionnement de l\u2019Assemblée nationale ce qui est un moindre mal si on peut atteindre une meilleure représentativité.Il y aurait un député pour 35 000 électeurs inscrits ce qui est le même ratio qu\u2019en 1976.Il ne faut pas oublier qu\u2019avec l\u2019accession à l\u2019indépendance un ajout de députés permettra d\u2019assumer plus efficacement la gestion des nouvelles responsabilités étatiques.De façon globale, les systèmes électoraux majoritaires auraient pour effet de produire des systèmes de confrontation politique alors que les systèmes proportionnels seraient plus favorables à des systèmes de coopération politique, le pouvoir étant lui-même partagé proportionnellement comme c\u2019est le cas en Suisse.q \u2014\u2014 Simon-Pierre Savard-Tremblay I \u201ci Au ] 3 À 1]?I \\ RO M uo Wr SEM x ot I J 13 we I \u201c «a» : ee.Ini fe! a LY HL ns ms - à po A Le Québec sous les transnationales extrait en primeur de l\u2019ouvrage à paraître chez VLB éditeur L\u2019État succursale La démission politique du Québec de Simon-Pierre Savard-Tremblay Que se passe-t-il quand un peuple abandonne un après l\u2019autre les leviers qu\u2019il s\u2019est donnés pour se gouverner ?Quand ses dirigeants délèguent une part toujours plus grande de leurs pouvoirs à des entités « indépendantes » et aux « experts » ?Quand les réponses données aux questions les plus fondamentales sortent tout droit du bréviaire d\u2019un libéralisme sans frontières qui perdure malgré les crises ?L\u2019État devient une succursale, un relais de la gérance mondialisée dont la responsabilité se limite à faciliter la circulation du capital financier et humain, quitte à léser ses citoyens et à écraser la démocratie.Le problème de la démission du politique est universel, mais la situation géographique, culturelle et constitutionnelle du Québec lui fait prendre ici une tournure très particulière, qui n\u2019a jamais été examinée d\u2019aussi près que dans le présent ouvrage, un vibrant plaidoyer pour l\u2019action collective. 88 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale Une idée bête enchante l\u2019Occident : l\u2019humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières.D\u2019ailleurs, ajoute notre Dictionnaire des idées reçues (dernière édition), la démocratie y mène tout droit, à ce monde sans dehors ni dedans.Pas de souci.Voyez Berlin.Il y avait un mur.Il n\u2019y en a plus.Régis Debray En 1993, André « Dédé » Fortin exprimait en chanson son accablement devant le sort réservé à son petit village du Saguenay : Quand j\u2019y r\u2019tourne ça m\u2019fait assez mal/Y\u2019é tombé une bombe su\u2019a rue principale/Depuis qu\u2019y ont construit le centre d\u2019achat (et, plus loin, le McDonald).Les Colocs rendaient brillamment compte des conséquences locales de l\u2019essor d\u2019une mondialisation alors présentée à la fois comme un horizon radieux et une transformation irréversible.En 2008, le système globalitaire a pourtant semblé exploser.Mais il n\u2019a pas fallu longtemps pour que les agents les plus liés au désastre, les banques au premier chef, retournent à leurs habitudes.L\u2019interprétation dominante de la crise a à l\u2019époque savamment présenté la spéculation financière comme une dérive du capitalisme mondialisé.Il était alors de bon ton de dénoncer la rapacité des banquiers et des spéculateurs.Or c\u2019est la logique même de l\u2019idéologie libérale que de prôner l\u2019accumulation toujours plus grande du capital, objectif fétichisé que l\u2019univers de la finance poursuit activement.Quoi qu\u2019il en soit, les plans de relance ont certainement acheté du temps, mais la plupart des utopies du système global qui touchent entre autres à la monnaie, à la finance, au budget et à l\u2019intervention de l\u2019État sont revenues en force.Trois des quatre banques sauvées de la faillite par l\u2019État américain lors de la crise de 2008 sont aujourd\u2019hui plus imposantes qu\u2019elles ne l\u2019étaient à l\u2019époque.La faillite de 89 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale ces institutions entraînerait automatiquement la chute de l\u2019économie mondiale.Le Québec est aujourd\u2019hui dirigé par un gouvernement rétif aux dépenses publiques et partisan du cadre fédéral comme instance de régulation, deux préceptes de la mondialisation.Il peut se targuer de n\u2019avoir été que faiblement touché par la crise de 2008.On se dira que le modèle économique québécois et ses outils de concertation ont su lui éviter le pire.On pourra aussi se féliciter de la qualité du Code du travail du Québec, qui épargne aux travailleurs les pires excès de l\u2019ultralibéralisme.Ce serait oublier que ce modèle est en dissolution.La transnationalisation de l\u2019économie québécoise À l\u2019heure actuelle, la véritable créatrice d\u2019emplois au Québec, c\u2019est la petite et moyenne entreprise1.C\u2019est elle qui stimule l\u2019entrepreneuriat local et régional.Lorsqu\u2019une multinationale s\u2019installe en région \u2013 notamment dans le commerce de détail \u2013, c\u2019est toute l\u2019économie locale qui en souffre.L\u2019implantation d\u2019une transnationale finit généralement par tuer la concurrence locale, le géant régnant alors sans partage sur un marché local captif.Bien souvent, la gamme de produits offerts est de la pacotille et les salaires versés par ces entreprises resteront bas, et ce, sans compter l\u2019absence de bénéfices sociaux.Certaines corporations transnationales ont acquis un pouvoir immense, parfois plus grand que celui de l\u2019État.C\u2019est sensiblement ce que le ministre de l\u2019Agriculture 1 Banque de développement du Canada, « Les PME d\u2019un coup d\u2019œil », août 2011 ; Direction générale de la petite entreprise, « Principales statistiques relatives aux petites entreprises », juillet 2012. 90 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale Pierre Paradis a admis en octobre 2015 lorsqu\u2019il a dit de Monsanto, entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles, et des autres géants du genre : « Ils sont encore plus puissants que le gouvernement du Québec2.» Une recherche sommaire sur Monsanto nous l\u2019indique : si l\u2019entreprise constitue un État en elle-même, elle fait figure d\u2019État-voyou.Qu\u2019à cela ne tienne, sa capacité à faire la pluie et le beau temps dans une nation est sans équivoque.L\u2019enjeu qui a suscité l\u2019aveu du ministre Paradis relève de la décence la plus élémentaire : l\u2019utilisation de pesticides qui pourraient s\u2019avérer dangereux pour la santé et l\u2019environnement.Or, même si sur papier le gouvernement serait très clairement en droit de légiférer, on constate que la capacité d\u2019agir de l\u2019État est en voie d\u2019extinction.Une entité commerciale est donc davantage en mesure de dicter leur conduite à ceux qui sont chargés d\u2019appliquer la volonté populaire.Quelle est la vocation du ministre aujourd\u2019hui ?Être une figure officielle, rouler en limousine, serrer des mains et couper des rubans.Pierre Paradis est un moment sorti de sa torpeur en échappant sa déclaration.Mal lui en prit.Les Américains appellent ce genre de phrase mal calculée une « Kinsley gaffe », du nom du journaliste qui l\u2019a définie : un politicien la commet quand il a le malheur de dire une vérité évidente qui devrait normalement être tue.Cet écart a généralement des conséquences politiques.On n\u2019attaque pas de tels mastodontes sans en payer le prix, à commencer par un renforcement prévisible du contrôle sur l\u2019expression des ministres.2 Alexandre Shields, « Les géants des pesticides sont \u201c plus puissants \u201d que l\u2019État, dit Pierre Paradis », Le Devoir, 23 octobre 2015. 91 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale La question des délocalisations est aussi étroitement liée à la mondialisation.On s\u2019en remettra à la définition de l\u2019OCDE, soit « la cessation totale ou partielle de la production de certains biens ou services dans le pays du siège de l\u2019entreprise considérée, parallèlement à la création d\u2019une filiale ou à l\u2019expansion d\u2019une filiale existant à l\u2019étranger et produisant les mêmes biens ou services.Il s\u2019agit en fait de transférer à l\u2019étranger certaines étapes du processus de production, les biens et services résultant de ces activités étant ensuite exportés du pays d\u2019accueil vers le pays du siège3 ».La délocalisation est donc un calcul économique des grandes entreprises qui consiste à déplacer les lieux de production à l\u2019étranger, loin des lieux de consommation, mais là où la main-d\u2019œuvre est moins coûteuse et où les réglementations sociales, environnementales et sanitaires sont beaucoup plus élastiques.On pourrait considérer qu\u2019une partie de la main d\u2019œuvre fait aussi les frais de « délocalisations à domicile ».Dans ce cas, l\u2019entreprise choisit de recourir à des travailleurs à bas salaires et de privilégier les contractuels aux salariés.L\u2019objectif premier est le même que dans le cas d\u2019une délo- calisation : réduire les coûts.C\u2019est aussi une conversion supplémentaire au principe de flexibilité, car on passe ainsi d\u2019un système à coûts fixes à un système à coûts variables, en distribuant sa masse salariale en fonction de ses objectifs du moment.À ceux qui s\u2019en inquiètent, la doxa répond que les travailleurs eux-mêmes doivent faire preuve de flexibilité.3 OCDE, « Comment rester compétitif dans une économie mondiale : progresser dans la chaîne de valeur », 2007, p.19. 92 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale La délocalisation permettrait à l\u2019entreprise d\u2019être plus performante, de créer de la richesse et des emplois.C\u2019est contestable : souvent le fruit d\u2019une improvisation bien plus qu\u2019une décision mûrement réfléchie, la délocalisation compromet parfois la capacité d\u2019innovation et ne rend donc pas plus compétitif4.La délocalisation est loin d\u2019être toujours un bon calcul, même sur le plan boursier.En 2008, la compagnie de sandales Crocs a fermé son usine du quartier Saint-Malo, à Québec, pour en transférer la production dans une de ses usines au Mexique, en Italie, en Roumanie, en Bosnie, en Chine, au Brésil et au Vietnam, faisant perdre leur emploi à 500 travailleurs syndiqués.Cela n\u2019a pas empêché le cours de l\u2019action de l\u2019entreprise de baisser de 40 % dans les semaines qui ont suivi5.Toutes les sociétés intégrées à l\u2019aventure mondiale sont appelées à faire face aux délocalisations.Dans le secteur manufacturier, on a vu, entre 1997 et 2000, une croissance annuelle moyenne de 4,5 % de l\u2019emploi salarié au Québec.Mais le mouvement s\u2019est inversé ensuite et le nombre de salariés a chuté de 170 300 dans la décennie 2000, sans qu\u2019il n\u2019y ait eu de redressement depuis6.Il faut dire qu\u2019au-delà des mutations globales de l\u2019économie la politique monétaire canadienne du dollar fort a considérablement nui au secteur manufacturier québécois en pénalisant ses exportations.On pourrait être tenté de parler dans ce cas d\u2019une tertiarisation de l\u2019économie : le développement du secteur des services au détriment des secteurs de transformation et des matières 4 Éric Laurent, Le scandale des délocalisations, Paris, Plon, 2013 [2011], 287 p.5 François Desjardins, « Crocs : après le rêve québécois, le choc », Le Devoir, 16 avril 2008.6 « Portrait statistique du secteur manufacturier au Québec », édition 2013, Institut de la statistique du Québec, p.58. 93 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale premières.Mais comme on a vu que les staples restent à l\u2019ordre du jour, la tendance pourrait aussi être qualifiée de désindustrialisation considérée comme un recul de l\u2019industrie dans l\u2019emploi total.Les délocalisations sont inhérentes à la montée en puissance de l\u2019actionnariat, que nous avons évoqué au chapitre II.Il n\u2019est pas ici question des petits actionnaires défendus depuis des années par Yves Michaud et son MÉDAC, mais des fonds de placement qui prennent le contrôle des entreprises.La financiarisation de l\u2019économie est le résultat des vagues de déréglementation de la décennie 1980.La corporation d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus celle d\u2019il y a trente ou quarante ans : les décisions ne se prennent plus en son sein, mais dans les hautes sphères de la finance.Le PDG, on l\u2019a dit, a un pouvoir décisionnel infiniment moindre que par le passé.Pour les institutions financières qui le choisissent et lui dictent sa conduite, délocaliser ou mettre à pied des salariés est un choix économique légitime, et même vertueux, quand il est au service de la maximisation du profit.Dans des marchés financiers libéralisés, la mobilité des actionnaires est presque totale.Pour un oui ou pour un non, on peut liquider une action de son portefeuille.Les travailleurs sont ainsi les seuls à assumer les risques quand les actionnaires imposent des objectifs de profit irréalistes : ces derniers peuvent se départir de leurs actions avant que la catastrophe se produise, ce qui, bien souvent, suffit à faire sombrer l\u2019entreprise.Voilà qui justifierait en soi la taxation des transactions financières pour limiter la frénésie et l\u2019irresponsabilité qui les caractérisent.Parmi les freins aux profits qui embêtent les transnationales et que fustigent les néolibéraux, il y a bien entendu les syndicats.En 2005, la décision de Walmart de fermer sa 94 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale succursale de Jonquière après la décision de ses employés d\u2019y implanter un syndicat en a surpris plus d\u2019un.Ces employés avaient été les premiers de Walmart en Amérique du Nord à se syndiquer.Si les Québécois connaissaient depuis longtemps la réalité des fermetures d\u2019usines ou de magasins, faute de rentabilité, cette affaire montrait qu\u2019ils étaient peu au fait des pratiques du capitalisme des gros détaillants transnationaux7.La Cour suprême s\u2019est penchée à deux reprises sur la situation, donnant d\u2019abord raison à Walmart en 2009, pour la condamner ensuite, en 2014, à dédommager les 180 employés.La Cour suprême a alors invoqué le fait que leur licenciement violait l\u2019article 39 du Code du travail, qui impose un gel des conditions de travail lorsque les employés sont en processus de syndicalisation8.La mondialisation, les délocalisations et le nouvel État La mondialisation est l\u2019émergence d\u2019une nouvelle échelle géographique qui devient le théâtre d\u2019une intensification des échanges.On aurait bien tort d\u2019en limiter la définition à la dimension économique, celle-ci étant souvent imbriquée dans des motifs géopolitiques.Depuis les années 1980, la mondialisation est clairement \u2013 et à nouveau \u2013 d\u2019orientation libérale.Le « consensus de Washington », programme inspiré par un article de l\u2019économiste John Williamson et appuyé par la plupart des institutions économiques mondiales, a largement contribué 7 Sur les méthodes de Walmart, on lira Hugo Meunier, Walmart : journal d\u2019un associé, Montréal, Lux, 2015, 180 p.8 « Fermeture du Walmart de Jonquière : entente de principe avec les ex-employés », radio-canada.ca, 11 mars 2015. 95 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale à sa mise en place à l\u2019échelle globale.Parmi les dix points qui composent cet éventail de réformes énoncé à l\u2019origine à l\u2019intention des économies sud-américaines victimes des crises des années 1980, on peut lire un refus clair du protectionnisme et une défense de l\u2019ouverture commerciale, un appel à la dérégulation pour améliorer la concurrence, ainsi que la suppression des barrières aux investissements étrangers directs9.Ledit « consensus », caractérisé par les « plans d\u2019ajustements structurels » qui visaient la transformation des systèmes économiques nationaux, a laissé miroiter que le modèle libéral était le seul à même de favoriser le développement des pays en mal de croissance.En résulte un système mondial fondé sur la croyance en la gouvernance par les marchés et la libre circulation des capitaux et des entreprises.Les délocalisations témoignent bien de l\u2019idéologie de la mondialisation : le périmètre d\u2019action de la corporation est sans frontières.Comme les limites du monde sont les seules qu\u2019elle reconnaisse, elle a d\u2019ailleurs recours de manière décomplexée aux paradis fiscaux.Les choix de la mondialisation qui se rattachent au capital humain sont pensés en fonction de la maximisation du profit inhérente aux prérogatives d\u2019un actionnariat protégé des risques et qui a la planète comme terrain de jeu.Le monde devient un jeu d\u2019échecs où l\u2019entreprise a le loisir de déplacer ses pièces en fonction de ses calculs.Les mises à pied qu\u2019elle décide lorsqu\u2019il lui apparaît plus avantageux de déplacer une usine dans un pays émergent en sont un témoignage éclatant.C\u2019est aussi valable en ce qui a trait aux ventes d\u2019entreprises nationales qui n\u2019entraînent pas nécessairement dans un premier temps de pertes d\u2019emplois.Les 9 John Williamson, « What Washington Means by Policy Reforms?», dans Latin American adjustment : how much has happened ?, Institute for International Economics, 1990, 445 p. 96 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale années 2015 et 2016 ont été riches en la matière au Québec, alors que des fleurons comme le Cirque du Soleil10, Rona et St-Hubert ont été vendus à des intérêts étrangers.Image éclatante de la nouvelle gouvernance de l\u2019État, la ministre de l\u2019Économie, Dominique Anglade, a qualifié la transaction Rona de « bénéfique » pour les Québécois, après avoir refusé d\u2019intervenir pour garder l\u2019entreprise au Québec11.Moins de deux semaines après cette sortie de la ministre, Bombardier, compagnie proche du parti au pouvoir, annonçait que 7000 emplois seraient supprimés.Le premier ministre n\u2019a pas tardé à commenter l\u2019événement, y voyant « une bonne nouvelle » et le signe d\u2019une « nouvelle phase de croissance12 » ! Le citoyen, lui, verra sans doute dans ces commentaires une attitude bien peu compatissante à l\u2019égard des victimes des calculs de rentabilité.Et pourtant, les propos de Philippe Couillard comme ceux de sa ministre ne constituaient pas des bourdes politiques, mais un témoignage honnête de la conception économique des nouvelles élites du Québec mondialisé.10 Dans sa préface de la réédition des mémoires de René Lévesque, le fondateur Guy Laliberté écrivait : « Si notre rêve [\u2026] s\u2019est réalisé, c\u2019est en raison des rencontres déterminantes qui ont jalonné notre parcours.Des êtres de cœur et d\u2019influence ont pris le pari de croire en nous, et René Lévesque était de ceux-là.D\u2019ailleurs, c\u2019est en grande partie grâce à lui et aux pressions qu\u2019il a choisi d\u2019exercer pour nous venir en aide que nous avons obtenu les subventions essentielles à notre deuxième année d\u2019existence.» Pas de soutien du Québec, pas de Cirque du Soleil : ceux qui colportent le mythe d\u2019une entreprise autocréée feraient mieux d\u2019arrêter leur\u2026 cirque.René Lévesque, Attendez que je me rappelle\u2026, Québec Amérique, 2007 [1987].11 Louis Gagné, « Vente de Rona : une transaction bénéfique pour le Québec », Agence QMI, 3 février 2016.12 Charles Lecavalier, « Pertes d\u2019emplois chez Bombardier : une nouvelle phase de croissance, dit Couillard », Le Journal de Québec, 17 février 2016. 97 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale Le Québec inc.s\u2019est révélé incapable de maintenir sa cohésion avec l\u2019adhésion de ses leaders à cette nouvelle overclass qui transcende les petites patries.L\u2019élite économique du Québec ne possède pas de vision de l\u2019intérêt national.Les retombées structurantes pour l\u2019ensemble de la société ne sont pas de son ressort.Une bourgeoisie d\u2019affaires qui devait pourtant son existence à l\u2019État du Québec s\u2019est empressée de s\u2019en émanciper, animée par le seul principe du rational choice, de la décision prise en fonction du profit maximal.Ottawa a vite compris l\u2019avantage qu\u2019il y avait à maximiser l\u2019ouverture à l\u2019étranger pour les grosses entreprises.Une fonction actuelle des pouvoirs publics semble être de gérer les conséquences des remous du nouvel ordre mondialisé.À l\u2019État succursale s\u2019ajoute l\u2019État ambulance.Lorsqu\u2019il sentira, par exemple, qu\u2019une entreprise qu\u2019il souhaite préserver est à la veille de fuir, le gouvernement la financera pour éviter le pire, et pas toujours avec succès.Le contribuable aura donc à assumer, tout comme les salariés, un risque qui n\u2019est nullement encouru par les actionnaires.Il arrive qu\u2019un gouvernement, après une délocalisation massive ou médiatique, se démène pour que d\u2019autres entreprises, privées ou publiques, embauchent les licenciés.L\u2019injustice que vivent les nouveaux sans-emplois se double alors de celle dont sont victimes ceux qui se trouveront défavorisés par rapport à eux.Si l\u2019on ne peut que se réjouir pour les licenciés qui parviennent ainsi à se replacer assez vite, d\u2019autres solutions, structurelles, devraient être envisagées.Ces solutions devraient avoir un objectif clair : responsabiliser la direction actionnariale des entreprises afin que les êtres humains qui les font vivre soient autre chose à leurs yeux que des pions.Cela pourrait passer, par exemple, par une égale représentation des actionnaires et du personnel dans les conseils d\u2019administration.Une telle mesure aurait 98 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale également le bénéfice d\u2019accroître la connaissance qu\u2019ont les employés des défis auxquels fait face leur entreprise.On pourrait également promouvoir le modèle de l\u2019économie sociale et solidaire, une composante trop souvent négligée d\u2019un « modèle québécois » qu\u2019on associe exclusivement à l\u2019intervention de l\u2019État, mais dont la fonction est fondamentale dans l\u2019emploi, l\u2019entrepreneuriat et la solidarité13.Actuellement, 7000 entreprises québécoises fonctionnent selon ce modèle.Le site internet du Chantier de l\u2019économie sociale, dont le directeur général est Jean-Martin Aussant, la définit ainsi : \u2022 L\u2019entreprise d\u2019économie sociale a pour finalité de servir ses membres ou la collectivité plutôt que de simplement engendrer des profits et viser le rendement financier ; \u2022 elle a une autonomie de gestion par rapport à l\u2019État ; \u2022 elle intègre dans ses statuts et ses façons de faire un processus de décision démocratique impliquant usagères et usagers, travailleuses et travailleurs ; \u2022 elle défend la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition de ses surplus et revenus ; \u2022 elle fonde ses activités sur les principes de la participation, de la prise en charge et de la responsabilité individuelle et collective14.Les coopératives, associations et mutuelles sont conformes à ce descriptif.En leur sein, la perspective de décisions allant à l\u2019encontre de leurs membres serait pour le moins 13 Pour une étude du modèle québécois qui accorde sa juste part à ce secteur névralgique : Gilles L.Bourque, Le modèle québécois de développement.De l\u2019émergence au renouvellement, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2000, 235 p.14 chantier.qc.ca 99 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 extrait de L\u2019État succursale absurde.Il serait donc théoriquement possible, en supposant l\u2019extension de ce modèle, d\u2019avoir une économie nationale largement composée d\u2019entreprises non capitalistes.Le rêve atteindrait cependant ses limites lorsque lesdites entreprises non capitalistes affronteraient la concurrence d\u2019un marché déréglementé.Pour survivre, elle se muera inévitablement en ce qu\u2019elle affronte.Le cas du Mouvement Desjardins illustre bien cette réalité : l\u2019institution s\u2019est mise à singer les banques et leurs objectifs financiers au détriment des membres.L\u2019un des piliers de cette institution, Claude Béland, a affirmé en 2015 ne plus s\u2019y reconnaître15.Il n\u2019y a pas de modèle miracle.Mais tous doivent avoir pour fin ultime la recherche du bien commun, laquelle implique, en démocratie, l\u2019intervention de l\u2019État comme outil d\u2019équilibre.15 Marie-Ève Dumont, « \u201c Desjardins a perdu son âme \u201d : L\u2019ancien président Claude Béland ne reconnaît plus l\u2019institution à laquelle il a contribué la majorité de sa vie », Le Journal de Montréal, 2 mai 2015. = N 3 = sean (CX vu \u2019 A | % SI marlipequellel.duebec \u2018 Xavier Barsalou-Duval Député de Pierre-Boucher\u2014Les Patriotes-\u2014Verchères 1625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) 13X 1P7 Téléphone : 450 652-4442 Courriel : xavier.barsalou-duval@parl,gc.ca Ÿ Gabriel Ste-Marie Be Député fédéral de Joliette i \u2014 Circonscription , 436, nie St-Viateur Jäliette (Québec) JéE 3B2 Tél.: 450 752-1940 Téléc.: 450 752-1719 Sans frais ] 800 265-1940 Gabriel Ste-Mane{@pairl geca commanditaire des soupers-conférences de L\u2019Action nationale 807, chemin de la Rivière Nord Saint-Eustache Tél.: 450 491-3997 \u2013 Téléc.: 450 491-6339 www.vignobleriviereduchene.ca Prix Rosaire-Morin Chaque année depuis 2011, L\u2019Action nationale profite de son souper- conférence annuel pour attribuer le prix Rosaire-Morin à un militant indépendantiste qui, par ses écrits et son action, a contribué de façon significative au développement de la conscience nationale.2011 Hélène Pelletier-Baillargeon 2012 Bernard Frappier 2013 Andrée Ferretti 2014 Henri Laberge 2015 Guy Rousseau 2016 Gaston Bernier 1 Rassemblement pour un PAYS Souverain 4 a, Québec notre seule patrie Souveraineté du Québec Langue française Fête nationale Assurance-vie Ç og pe ; 7 Société \\ ~ S) Y Saint-Jean-Baptiste 3 dela MAURICIE 4 7 & 7 -~ Qc, w.ssjbmauricie.qc.ca \u201cfr a Ke mt eed uo \u2026 à 3 TR EAI CR PA PA À quoi sert mon argent ?PLACEMENT À RENDEMENT SOCIAL.\u201d sûr et garanti sti sert à financer partout ébec des CPE, des agriculteurs des coopératives et OSBL d'habitation, des quartiers vers, des commerces équitables, des entreprises d'insertion au travail.des théâtres, des médias sasiaux, ek.Le choix de Laure Waridet Desjardins Caisse d'éconamie solidaire Québec AVS 6471527 Montréal 514 598-2122 Lonaudire 450 753-7055 wWW.placement.coop Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 40 pages grand format couleurs qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés au Québec durant l\u2019année.30 $ par année 50 $ pour deux ans taxes et expédition comprises 3 parutions par année Commande par la poste : L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 À la boutique internet action-nationale.qc.ca Abonnez-vous aux Cahiers de lecture ! Dossier Lire Lire Note critique Bureau d\u2019aménagement de l\u2019est du Québec : questionner les possibles BRUNO JEAN (SOUS LA DIRECTION DE) Le BAEQ revisité 106 Comptes rendus CHRISTIAN SAINT-GERMAIN Le mal du Québec.Désir de disparaître et passion de l\u2019ignorance 117 VICTOR TEBOUL Libérons-nous de la mentalité d\u2019assiégé 122 YVAN LAMONDE, MARIE-ANDRÉE BERGERON, MICHEL LACROIX, JONATHAN LIVERNOIS Les intellectuel.les au Québec 124 LIRE 106 Articles 106 Note cri que Robert Laplante Bureau d\u2019aménagement de l\u2019est du Québec : questionner les possibles BRUNO JEAN (SOUS LA DIRECTION DE) Le BAEQ revisité, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2016, 215 pages À quelque chose malheur est bon ! C\u2019est ainsi qu\u2019on pourrait résumer la thèse de fond et l\u2019esprit général de l\u2019ouvrage Le BAEQ revisité.Le malheur étant moins que l\u2019exercice de planification ait eu lieu que ce qu\u2019il a soulevé soit resté inabouti.L\u2019héritage du premier et plus vaste exercice de planification régionale que le Québec ait jamais entrepris reste trouble.Une littérature abondante a déjà tenté d\u2019en prendre la mesure, mais, comme le remarque fort justement Bruno Jean qui dirige l\u2019ouvrage, les travaux scientifiques ont surtout porté sur la période post-BAEQ et sur les réactions qu\u2019il a soulevées et beaucoup moins sur le rapport lui-même et sur les travaux qui l\u2019ont rendu possible.À cet égard l\u2019ouvrage, qui prend prétexte du cinquantième anniversaire du dépôt du rapport, trouve une pertinence qui va bien au-delà de la simple commémoration.Les auteurs qui travaillent sous la direction de Bruno Jean déplorent avec lui que la mémoire collective ait surtout retenu deux propositions sur un très vaste ensemble, celles qui touchaient à la fermeture des villages.L\u2019acronyme est devenu symbole d\u2019échec et d\u2019arrogance technocratique.Il évoque 107 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 en bien des milieux un scientisme pétri de dogmatisme économique quand ce n\u2019est pas le mépris pour l\u2019enracinement et les appartenances.L\u2019ouvrage entreprend un retour réflexif sur l\u2019exercice, un retour qui souhaite porter un regard plus pondéré et tracer un bilan nettement plus favorable que ce que les affrontements idéologiques et les luttes populaires en ont produit et conservé.Réunissant des acteurs qui ont joué un rôle clé et des chercheurs qui reviennent sur le rapport lui-même et sur ce qu\u2019ils considèrent comme ses meilleurs fruits, Le BAEQ revisité est d\u2019une forme hybride.Les témoignages de Georges-Henri Dubé, qui a présidé le Bureau d\u2019aménagement de l\u2019est du Québec, de Robin D\u2019Anjou, qui y a œuvré d\u2019abord à titre d\u2019agent de relocalisation pour ensuite faire carrière dans la fonction publique, et celui de Pierre de Bané, député de Matane et ministre fédéral, sont riches.Ils apportent un éclairage empirique utile qui fait voir les choses pour ainsi dire de l\u2019intérieur.Mélange de plaidoyers pro domo et de rapports factuels, ces témoignages forment la première partie de l\u2019ouvrage.Les analyses de Lawrence Desrosiers, Jacques Lemay, Jean-François Simard et Jean- Pierre Montésinos reviennent sur les faits et les appréciations livrés dans ces témoignages.Marièle Cantin apporte une contribution majeure pour la recherche à venir, même si elle est portée en annexe en dressant une Liste des projets réalisés dans le cadre des ententes qui ont suivies [sic] le dépôt du Plan du BAEQ.Bruno Jean fait une présentation de synthèse qui reprend les faits saillants, sans trop ajouter de l\u2019analyse, mais en insistant pour justifier la pertinence et le bien-fondé de ce retour sur cet exercice mal connu et trop mal aimé.George-Henri Dubé rappelle d\u2019abord que le BAEQ n\u2019est pas sorti de la cuisse d\u2019un fonctionnaire ou d\u2019un politicien. 108 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 L\u2019initiative est le point d\u2019aboutissement d\u2019une démarche du milieu qui depuis quelques années cherchait à attirer l\u2019attention des gouvernements sur les écarts dramatiques qui marquaient le (sous) développement de la région.Dubé insiste à juste titre sur l\u2019originalité de l\u2019initiative qui n\u2019a pas d\u2019autre équivalent en Amérique du Nord à l\u2019époque, si ce n\u2019est celle de la Tennessee Valley Authority.Le Bureau est un organisme privé, mais financé entièrement par des fonds publics.Il agit sous mandat, mais en pleine indépendance.Pendant trois ans, plus d\u2019une soixantaine de chercheurs épaulés par autant d\u2019animateurs sociaux et autres professionnels sillonneront la région, mobilisant des milliers de personnes, rencontrant des ménages, consultant les élites locales, dressant des inventaires qui nourriront des analyses qui tiendront dans un immense rapport en dix volumes.Dubé, qui y a cru intensément et qui ne ménage rien pour faire voir les retombées positives de l\u2019exercice, lutte contre l\u2019accablant verdict porté sur l\u2019entreprise qui n\u2019était pas d\u2019abord centrée sur la fermeture des paroisses marginales.Deux propositions seulement, rappelle-t-il, touchaient cet aspect et il trouve injuste que les réactions qu\u2019elles ont suscitées aient suffi à oblitérer tout le reste.Même après cinquante ans, à l\u2019évidence, il a encore du mal à s\u2019expliquer comment la véhémence de la réaction populaire a pu à ce point faire perdre de vue le « côté positif » du rapport au point de ne pas faire voir qu\u2019un grand nombre de ses recommandations sont devenues des réalités qui ont largement contribué au relèvement de la région.Sur le plan factuel, les remarques de Dubé sont justes même si son récit ne parvient pas à dresser l\u2019intelligibilité de cette oblitération.C\u2019est Bruno Jean qui en donne la clé : l\u2019entreprise de modernisation que mène le BAEQ est tout 109 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 entière façonnée par un paradigme qui aura engendré la riposte populaire aussi bien que son contre-modèle.Le BAEQ souhaite moderniser la région « Or dans la modernité telle qu\u2019on la pensait, la ruralité n\u2019avait pas d\u2019avenir » (p.4).La réaction qu\u2019il provoquera constitue en fait une réponse dialectique.Une large partie du territoire où les populations croupissent dans une indigence certaine, leur expérience historique et surtout leurs aspirations passent dès lors aux pertes sous l\u2019écrasante machine du progrès.Les certitudes implicites qui façonnent la logique du rapport et déterminent la cohérence de ses propositions n\u2019échapperont pas au sens critique des acteurs du monde rural.Leurs réactions seront d\u2019autant plus vives qu\u2019un rapport produit dans le sillage du rapport du BAEQ, celui de la firme Métra commandé par le gouvernement du Québec, pointe 81 villages et municipalités aux caractéristiques analogues à celles de la dizaine de paroisses qui ont effectivement été fermées laissant craindre le pire pour la ruralité de la région.Dubé insiste pour dire que ce rapport a semé la confusion, sans trop voir qu\u2019il participait de la même référence à une modernité conçue sur des standards urbains.Il rappelle néanmoins avec justesse que le Bureau s\u2019était d\u2019abord penché avec empathie et commisération sur cette question des relocalisations des populations des paroisses jugées irrécupérables.C\u2019est un rappel essentiel : dans plusieurs paroisses le désespoir était tel et les conditions si dures que nombre des habitants ne voyaient plus eux- mêmes d\u2019autres solutions pour se sortir d\u2019une condition intolérable.Le courage et la patience leur manquaient pour attendre encore en endurant une condition qu\u2019on leur présentait, de toute façon, comme scientifiquement condamnée.Ils n\u2019ont cependant guère trouvé de soulagement dans le pénible exercice du traitement bureaucratique de leur 110 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 « dossier de relocalisation ».Leurs frustrations n\u2019ont fait qu\u2019attiser les anxiétés et la colère dans les villages de la région dont les attentes étaient immenses devant un exercice dont ils attendaient des « réalisations immédiates ».Revenant sur cet épisode, Robin D\u2019Anjou ne peut faire autrement que de valider le point de vue des ruraux en colère : « On est intervenu dans le milieu rural, mais lui, le monde rural, recevait peu en échange, c\u2019était surtout le milieu urbain qui recevait » (p.81).Jacques Lemay illustre bien le rôle des médias régionaux qui ont fait leur miel du cafouillage administratif dans l\u2019application des mesures de relocalisation et qui ont joué abondamment sur la mise en évidence des écarts entre les attentes et les réactions devant des résultats jugés trop lents et trop timides.Il reste trop peu critique sur la qualité des analyses mises de l\u2019avant dans une approche journalistique qui est restée lamentablement sensationnaliste.Pierre de Bané, qui revendique la paternité de l\u2019expression « Opération Dignité » aura vite compris que l\u2019écart entre les attentes et les conditions d\u2019application allait faire basculer la dynamique participative.D\u2019abord consentant aux fermetures, le député changera de point de vue et appuiera les mouvements de résistance.Ce qui avait fait l\u2019originalité et la nouveauté de l\u2019approche du BAEQ, la consultation et la participation populaire, était en train de se retourner contre l\u2019exercice.Résultat inattendu, mais fécond en ce qu\u2019il révélera certaines des limites et des contradictions du paradigme naissant.La planification du développement régional, souhaitée comme concorde et consensus, naîtra dans les luttes sociales.La neutralité et l\u2019objectivité bienveillantes seront remises en doute par le dévoilement des intérêts des acteurs et par la délimitation du périmètre \u2013 le champ de forces \u2013 dans lequel ils se disputeront les représentations et les moyens du développement.En fédéraliste incondition- 111 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 nel, le député de Matane ne ratera pas l\u2019occasion de placer les choses dans leur dimension essentielle : « Le malheur est arrivé en 1976, lorsque le gouvernement du Québec a annoncé qu\u2019il ne voulait plus de ces ententes conjointes de planification régionale » (p.99).Faisant référence aux accords qui ont suivi la publication du rapport et qui ont permis de lui donner ses premières suites, Pierre de Bané, tranche sur ce qui est resté un enjeu central en matière d\u2019aménagement et de stratégie de développement : qui fera les arbitrages ultimes ?Il n\u2019en doute point.Cette question de lutte de juridiction n\u2019est pas accessoire, loin de là.Car les auteurs le rappellent, c\u2019est Ottawa qui a d\u2019abord lancé la question du développement régional et rural avec la législation ARDA (Aménagement rural et développement agricole).Le BAEQ est une réponse du milieu, mais ses recommandations comme ses suites vont s\u2019inscrire dans un espace politique et administratif qui sera marqué par des tensions croissantes entre le gouvernement du Québec et Ottawa.Ces tensions seront à l\u2019origine du Plan de l\u2019Est par lequel Ottawa tentera de damer le pion au gouvernement du Québec, empêtré dans la gestion des réactions populaires aux propositions du rapport du BAEQ et aux prises avec le casse-tête d\u2019un financement dont il a du mal à se faire un modèle bien arrimé à ses autres priorités.C\u2019est l\u2019intérêt de l\u2019ouvrage que d\u2019évoquer les apprentissages que l\u2019administration publique et l\u2019État du Québec devront faire pour se doter d\u2019un cadre conceptuel et opérationnel porteur d\u2019un modèle de prise en charge du territoire et de ses modes d\u2019occupation.Les notions d\u2019aménagement et de développement vont progressivement se clarifier et se tailler des domaines spécifiques dans l\u2019appareil de l\u2019État, sous l\u2019impulsion d\u2019un développement institutionnel mettant à profit les ressources intellectuelles 112 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 des universités qui seront à la fois acteurs et bénéficiaires des efforts de l\u2019État pour systématiser et professionnaliser ses interventions.À cet égard il est particulièrement intéressant de suivre le cheminement des innovations administratives lancées par le BAEQ.À coup sûr, il aura joué un rôle de catalyseur dans le développement de l\u2019administration publique québécoise.L\u2019aurait-il été autant que les auteurs cherchent à nous en convaincre ?A-t-il réellement été un moment phare de la Révolution tranquille, comme le soutiennent Jean-François Simard et Jean-Pierre Montésinos ?La démonstration, l\u2019ouvrage ne la fait pas, même s\u2019il contribue largement à une meilleure compréhension de son héritage en soumettant des hypothèses qu\u2019on veut bien considérer comme porteuses.Beaucoup de pistes sont évoquées, plusieurs d\u2019entre elles donnant lieu à des hypothèses justifiées par l\u2019évolution du contexte bien davantage que par l\u2019examen du contenu du rapport lui-même.Il y a dans ses dix volumes une matière riche qui devra être examinée soigneusement.L\u2019analyse sociologique ne doit cependant pas se laisser dominer par le point de vue des acteurs qui sont sortis victorieux des luttes sociales qui ont façonné aussi bien le statut du rapport dans la mémoire collective que dans le paysage institutionnel.En ce sens la réhabilitation à laquelle disent vouloir se livrer les auteurs mérite d\u2019être située dans un champ de force plus large que celui dans lequel ils situent les bienfaits et retombées \u2013 bien réels au demeurant \u2013 du rapport.On peut légitimement se demander, en effet, quelle ruralité les acquis de ce rapport servent.Les analystes ont beau insister sur la continuité du processus historique d\u2019institutionnalisation, ils ne parviennent guère à rendre compte de la dynamique qui l\u2019a façonné.Occupés à faire 113 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 voir les acquis et les retombées des diverses solutions institutionnalisées, les auteurs laissent voir les milieux ruraux comme des bénéficiaires d\u2019abord qui ne seraient devenus des acteurs qu\u2019en réaction aux initiatives du Bureau.En fait, ce n\u2019est pas tout à fait exact, car le compte-rendu accorde une place importante au rôle des notables urbains dans l\u2019émergence de l\u2019exercice de planification et dans ses suites.Notables auxquels se joindront au fur et à mesure que s\u2019institutionnalise la pratique, les universitaires, les technocrates et les nouveaux acteurs du développement nés dans le sillage des réalisations.Ces notables auxquels on reconnaît un rôle de déclencheurs ont certes été une catégorie sociale porteuse dans cette opération.Mais une catégorie porteuse dans un paradigme qui triomphera d\u2019un autre, sur lequel les récits ne s\u2019étendent guère : celui de la colonisation.Les paroisses marginales, en effet, sont des colonies en difficulté.Mais les colons ne sont pas passifs devant leurs malheurs.L\u2019analyse passe complètement sous silence les efforts immenses que déploient à l\u2019époque le syndicalisme rural et le monde coopératif pour faire émerger des solutions structurantes, porteuses d\u2019un modèle de développement centré sur les communautés, les paroisses.Au moment où le BAEQ lance ses opérations, il y a déjà un bon moment que l\u2019Union des cultivateurs catholiques de même que le mouvement coopératif agricole et les coopératives forestières s\u2019efforcent de faire valoir un modèle reposant sur une approche territoriale intégrée.Leurs efforts ne bénéficieront que d\u2019appuis faibles et mitigés de la part des élites régionales.Ces dernières seront davantage acquises au paradigme de la modernité urbanisante qui fournira ses paramètres à l\u2019approche du BAEQ.Les partisans d\u2019un développement territorial intégré ne perdront pas sur toute la ligne, mais ils seront pour ainsi 114 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 dire refoulés dans des logiques sectorielles où ils remporteront certes des victoires, mais au prix d\u2019un accroissement des tensions entre la mise en valeur du territoire et l\u2019exploitation des ressources requise par le développement de l\u2019industrialisation en agriculture comme en forêt, les deux axes majeurs de structuration de l\u2019occupation du territoire rural.Il apparaît dès lors exagéré de dire, comme le font les auteurs, que le BAEQ a transformé l\u2019est du Québec en « région apprenante ».Les coopératives de pêcheurs, les syndicalistes agricoles, les coopérateurs forestiers avaient beaucoup appris de leurs luttes antérieures.C\u2019est sans doute dans ce fond de compétences civiques qu\u2019ils ont puisé pour résister et lancer les Opérations Dignité, au moins autant que dans leur expérience immédiate de confrontation avec les structures bureaucratiques en émergence.S\u2019ils ont su résister, ils n\u2019ont pas été en mesure de reprendre réellement l\u2019initiative de passer de la résistance à la riposte globale.À ce sujet, Robin D\u2019Anjou a raison de dire qu\u2019une fois quelques initiatives forestières mises en place \u2013 groupements forestiers, sociétés d\u2019exploitation \u2013 les Opérations Dignité ont manqué de souffle.Il ne s\u2019attarde cependant pas à tenter de comprendre pourquoi, ne voyant pas que ces victoires ne changeaient rien de fondamental dans la structuration du territoire : elles représentaient des améliorations dans le régime forestier et non pas un changement du régime forestier.La chose affleure dans son propos lorsqu\u2019il constate, à propos du projet de Forêt modèle qui fera tourner bien des moulins à paroles, que « la compagnie avait trouvé un merveilleux moyen de faire réaménager ses territoires » (p.86).On veut bien qu\u2019au final le BAEQ ait favorisé l\u2019implication des 115 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 universitaires dans la foresterie et favorisé la modernisation de l\u2019exploitation, mais la suite des choses en matière de développement forestier laisse à penser que ces améliorations n\u2019ont en rien amélioré le rapport des communautés au modèle d\u2019exploitation.Jean-François Simard et Jean-Pierre Montésinos se laissent sans doute emportés par l\u2019enthousiasme en qualifiant le BAEQ de moment phare et en se contentant de présenter la création des Conférences administratives régionales comme une innovation majeure.Si l\u2019on peut bien reconnaître l\u2019utilité de la chose, il paraît exagérer de lui accorder un rôle fondamental dans le paradigme émergent.La « rupture épistémique » qu\u2019ils affirment voir dans le BAEQ tient davantage du superlatif que de la démonstration rigoureuse.Elle peut certes être envisagée comme hypothèse heuristique, mais le texte est loin d\u2019en faire un examen exhaustif.C\u2019est une chose de reconnaître la densité et la richesse d\u2019un rapport de l\u2019envergure de celui qui a été produit, c\u2019en est une autre d\u2019en établir la portée globale en faisant de son rôle pour l\u2019administration publique la matrice de compréhension de sa signification sociologique.Une opération de l\u2019envergure de celle qu\u2019aura connue le BAEQ comporte nécessairement de multiples facettes.On reconnaît volontiers avec les auteurs qu\u2019il est nécessaire et qu\u2019il vaut la peine de revenir sur les faits.La réduction de l\u2019héritage au mouvement des paroisses marginales n\u2019est pas seulement, pas d\u2019abord, une simplification abusive.C\u2019est une référence symbolique dont la portée métaphorique renvoie à une recherche de possibles que le BAEQ n\u2019a pas entièrement satisfaite.Le réalisable et le réalisé dont se réclament les auteurs pointent précisément un nouveau défi de connaissance : en quoi l\u2019examen rigoureux de ce 116 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 qui a été peut bien faire voir la pertinence des possibles non réalisés.Ceux-là que les perdants de l\u2019institutionnalisation réussie du rapport cherchent opiniâtrement à faire naître.La situation actuelle des paroisses en voie de dévitalisation accélérée le justifie et l\u2019exige.q 117 Comptes rendus CHRISTIAN SAINT-GERMAIN Le mal du Québec.Désir de disparaître et passion de l\u2019ignorance, Montréal, Éditions Liber, 2016, 144 pages Le mal du Québec.À la lecture de ce titre, un verdict semble être tombé sur l\u2019avenir de La Belle Province.L\u2019auteur indépendantiste, philosophe et essayiste-provocateur Christian Saint-Germain ne nous a pas habitué à des essais politiques très convenus et « bon enfant ».Son essai précédent, un bril- lantissime pamphlet intitulé L\u2019avenir du bluff québécois : la chute d\u2019un peuple hors de l\u2019histoire, tirait littéralement sur tout ce qui bougeait alors au sein de l\u2019incarnation politique du mouvement indépendantiste.C\u2019est donc avec une certaine hâte, dans le contexte d\u2019une course au leadership pour le moins décevante, que j\u2019ai empoigné Le mal du Québec : désir de disparaître et passion de l\u2019ignorance.Disons-le d\u2019emblée : lire et apprécier un essai de Christian Saint-Germain n\u2019est pas donné à tout le monde.Il faut d\u2019abord être en mesure de partager sa colère jubilatoire et d\u2019embrasser une critique d\u2019une radicalité comme il s\u2019en fait peu au sujet de ceux qui, depuis 1968, portent l\u2019étendard du projet indépendantiste.Il faut surtout être indépendantiste avant d\u2019être partisan, et c\u2019est peut-être là la plus fondamentale leçon qu\u2019a à nous apprendre sa plume acérée.C\u2019était le 118 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 cas dans son essai précédent et c\u2019est encore le cas ici.Son plus récent ouvrage se divise en deux parties distinctes qui, tour à tour, attaquent les deux fers de lance principaux qui font vivre la pensée indépendantiste dans l\u2019esprit collectif depuis maintenant plus de 40 ans.La première, « En finir avec le PQ », dresse impitoyablement le bûcher du Parti Québécois, et la seconde, « Le désir de disparaître », analyse en quoi les institutions de la société québécoise post Révolution Tranquille portent en elles-mêmes notre échec à naître.Le verdict est-il sans appel ?Oui, sans aucun doute.Notre cas est-il pour autant désespéré ?Non, mais seulement à condition de cesser d\u2019entretenir toute illusion quant à l\u2019efficacité de nos façons de faire et à la capacité du Parti Québécois à mener à bien le projet qu\u2019il prétend porter.En finir avec le PQ En première partie du livre, le philosophe nous explique en quoi le Parti Québécois est, pour reprendre les termes du chroniqueur politique Claude Villeneuve, une « machine à perdre ».Comment procède-t-il pour nous expliquer son point de vue ?Très simplement : c\u2019est la boucherie.Tout le monde y passe.Pas un acteur politique n\u2019échappe à la moulinette déchaînée de Saint-Germain.De « l\u2019ambitieuse comme un zona » Catherine Fournier à Nicolas Pee-Wee Herman Marceau le « lumineux uqàmien », en passant par Parizeau le déserteur colonisé, le lecteur qui réussit à envisager l\u2019hypothèse que le Parti Québécois est possiblement le premier responsable de l\u2019échec national dégustera la méchanceté savoureuse que nous donne à boire l\u2019auteur de cet essai politique comme un élixir extrêmement revigorant.Les autres seront au mieux terrifiés, au pire dégoûtés.Comprenons-nous bien.L\u2019exercice n\u2019a rien d\u2019une étude objective et modérée du mouvement indépendantiste.Il est, de 119 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 toute manière, totalement inutile et stérile de l\u2019aborder ainsi.C\u2019est l\u2019art du pamphlet à son meilleur que nous donne à voir Saint-Germain, un art de plus en plus rare en ces temps où l\u2019opinion est sans cesse aseptisée à grand coup de données et d\u2019objectivité scientifique.À travers son écriture, c\u2019est l\u2019aspect persuasif de la méchanceté qui s\u2019exprime.On ne sort pas indemne de la première moitié du Mal du Québec.Après s\u2019être fait montrer en quoi, malgré les bonnes intentions, le Parti Québécois agit en parfait colonisé, auto-emberlificoté qu\u2019il est dans le projet qui devrait le porter et qu\u2019il devrait porter, après avoir ne serait-ce qu\u2019entrebâillé la porte de notre esprit et admis que, malgré la grosseur de son propos, Saint- Germain a peut-être en main une part de vérité, notre vision politique partisane ne sera plus jamais la même.En ce sens, la première moitié du Mal du Québec est franchement réussie.Le désir de disparaître La seconde partie de l\u2019ouvrage s\u2019attaque à un autre grand symbole de l\u2019émancipation québécoise.L\u2019auteur nous y explique en quoi les institutions et politiques issues du Québec moderne sont symptomatiques de notre complète impuissance politique.Dressons une liste.\u2022 Le culte du « chez nous c\u2019est comme chez vous » (p.69) et l\u2019obsession anti-identitaire témoigne de notre incompréhension fondamentale de ce que les cultures nationales ont d\u2019important pour la civilisation et de l\u2019importance de protéger ces dernières.\u2022 Le modèle québécois a servi à consacrer un État bourgeois incrusté du « syndicalisme d\u2019habitude » (p.77) des médecins.Cet État tolère maintenant que ces derniers deviennent impunément juges et partis quant à leurs conditions de travail. 120 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 \u2022 La réduction de l\u2019idée que l\u2019on se fait de notre survivance culturelle à des questions de langue d\u2019affichage engendre une tendance à « disparaître par ignorance » (p.83).\u2022 On ne se préoccupe d\u2019éducation que quand des « écoles de quartier depuis longtemps moisies tombent en ruine » (p.95), et notre engagement envers-elles se limitent à faire des rondes citoyennes de type « feu feu joli feu » (p.95) autour d\u2019elles, main dans la main avec des « intervenants du milieu » qui s\u2019outrent, susurrant aux médias des propos dépités en jargon subvention- naire pendant que, sur d\u2019autres chaînes, des orthopé- dagogues mentionnent que nous sommes bien plus éduqués qu\u2019à l\u2019époque des écoles de rang et que donc, tout va très bien.Autrement dit, l\u2019éducation est devenue une « problématique gestionnaire ».Cette mutation en dit long sur la formation des générations montantes et leur capacité future à s\u2019incarner vigoureusement politiquement.Les trois dernières sous-sections de l\u2019essai de Saint-Germain sont sans aucun doute les plus poignantes et érigent le système de santé québécois en grande métaphore de la situation politique nationale.Le système de santé est dépeint comme se transformant en centre de gestion des « soins de mort » où le patient souhaite désormais « appartenir à une onde actuarielle et mourir comme tout le monde au moment exact où décèdent ceux qui se le sont vu annoncer par un sociopathe sélectionné pour sa cote R.» Nous consentons, à travers ce système, à être pris en charge et même à rêver d\u2019une « fin normée \u2013 dernière station du réseau \u2013 organisée au centre du dispositif de distribution des médicaments » (p.119), d\u2019une « cérémonie d\u2019adieux [\u2026] en institution, dans l\u2019ambiance glauque du décès par overdose de phénobarbital 121 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 ou de midazolam » (p.119).C\u2019est l\u2019ultime métaphore politique qu\u2019écrit-là Saint-Germain, celle qui montre un peuple agonisant à travers ce gigantesque éléphant législatif pan- canadien que sont les « soins de fin de vie.C\u2019est l\u2019image parfaite d\u2019une nation rêvant de « la proverbiale injection de morphine » (p.107) pour en finir avec elle-même « dans la dignité ».Sommes-nous foutus ?Après la jubilation qu\u2019aura procuré cet essai fracassant au lecteur ayant su s\u2019y ouvrir convenablement, une seule critique me vient en tête.Que propose Saint-Germain pour le Québec, outre démolir systématiquement tout ce que les nationalistes chérissent de lui depuis plus de 40 ans ?Il faut faire un certain effort pour le saisir, car l\u2019auteur ne propose rien positivement pour alimenter quelqu\u2019espoir que ce soit de nous sortir un jour du marasme purulent de cette médiocrité qu\u2019il dépeint avec moult effets de manches tout au long de son essai.On ne peut, à ce stade, que supposer de la nature de ses positions plus positives en abordant son texte comme on regarderait un négatif de pellicule photo.On sait, à la lecture de ses positions vigoureuses et de son écriture plus que généreuse, que l\u2019ombre d\u2019un espoir l\u2019habite, sans quoi, en homme raisonnable qu\u2019on l\u2019imagine, il ferait silence.On espère toutefois un troisième essai de sa part qui traiterait des conditions auxquelles nous pourrions, ensemble, espérer nous sortir de l\u2019impasse.Sa contribution à la nation en serait alors décuplée.David Leroux 122 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 VICTOR TEBOUL Libérons-nous de la mentalité d\u2019assiégé, Accent grave, 2014, 155 pages Comme il l\u2019affirme dès l\u2019introduction, Victor Teboul en a contre la mentalité d\u2019assiégé de « certains groupes ethno- culturels gagnés au multiculturalisme canadien, dont les médias de langue anglaise ne cessent de faire la promotion ».« Comment dans ces conditions s\u2019identifier aux luttes démocratiques des Québécois en faveur d\u2019une société laïque et égalitaire, et ne pas se sentir assiégés ?» s\u2019interroge-t-il.Selon lui, leur méconnaissance du Québec empêche ces groupes de s\u2019y identifier.Tout cela, Victor Teboul le pense depuis longtemps, au moins depuis l\u2019affaire Michaud, mais c\u2019est le débat sur la Charte des valeurs qui l\u2019a décidé à rassembler ses écrits dans un essai percutant.Plusieurs des chroniques de cet essai rappellent ce qui pour lui sont des évidences à ce sujet : l\u2019important appui dont a bénéficié la Charte dans l\u2019opinion publique, le fait que le voile islamique nous vient de pays peu respectueux des droits et libertés, la couverture médiatique totalement inéquitable dont a fait l\u2019objet cette Charte dans les chaînes anglophones, la tendance de certaines « victimes » de xénophobie à tenir des propos racistes anti-Québécois, etc.Plus loin, Teboul élargit son propos à l\u2019enjeu plus global du multiculturalisme.C\u2019est l\u2019occasion pour lui de dénoncer la tendance des médias à donner la parole à de prétendus porte-paroles des communautés culturelles plutôt qu\u2019à des individus de diverses origines, tout simplement.À plusieurs reprises, il critique des groupes de pression juifs, notamment parce que lors du printemps 2012, ils ont critiqué 123 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 les étudiants qui narguaient les policiers en faisant le salut nazi, tout en restant cois au moment de l\u2019adoption de la très liberticide loi spéciale.En même temps, il fait parfois les nuances nécessaires.Par exemple, au sujet de la controverse entourant l\u2019affiche de la pièce Le prénom où se trouvait un bébé arborant une moustache à la Hitler, il différencie le B\u2019nai B\u2019rith, anglophile et opposé à l\u2019affiche, et le Centre des relations juives et israéliennes, dirigé par des Québécois francophones et qui a promu la pièce française dénonçant l\u2019antisémitisme.Lorsque Teboul critique le Québec français, il est aussi généralement nuancé.Ainsi, s\u2019il évoque le manque d\u2019immigrants à la télévision québécoise, c\u2019est moins pour dénoncer les discriminations que pour prôner une meilleure intégration culturelle.Selon lui, la meilleure manière de favoriser l\u2019adoption du français par les immigrants consiste à leur faire aimer nos artistes et nos auteurs, de toutes origines certes, mais qui œuvrent en français.Bref, sans employer l\u2019expression, il prône la convergence culturelle.Teboul voit donc souvent juste, très juste, ce qui ne l\u2019empêche pas de se tromper à l\u2019occasion.Outre les habituelles exagérations injustes au sujet de Lionel Groulx, qu\u2019il reprend malheureusement, il associe Pierre Falardeau à du racisme, parce qu\u2019il a traité David Suzuki de « japonouille » au « mépris colonialiste ».Teboul omet toutefois de relater le contexte entourant cette injure : Falardeau répondait à Suzuki qui avait craché sur le mouvement souverainiste en affirmant que Lucien Bouchard avait délaissé sa noble mission de ministre de l\u2019Environnement pour se consacrer à une cause aussi futile que la souveraineté.Exactement le genre de propos que Teboul dénonce à pleine page dans son livre, ou du moins dans sa première partie. 124 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 La deuxième partie du livre est légèrement différente, puisqu\u2019elle regroupe des essais plutôt que des chroniques.Ceux sur la noblesse de l\u2019idée d\u2019indépendance ou sur René Lévesque et les Juifs sont des plus intéressants.Celui sur Mordecai Richler est également plutôt réussi : Teboul remarque à quel point Richler était à la fois obsédé par l\u2019antisémitisme canadien-français et silencieux sur l\u2019antisémitisme canadien-anglais pourtant plus répandu.Dans « Pourquoi les Juifs ne s\u2019identifient pas au Québec ?», il revient sur la culture et l\u2019histoire, encore plus importantes au Québec qu\u2019ailleurs pour l\u2019intégration des immigrants.Enfin, la dernière sous-partie du livre est consacrée à son parcours de Juif d\u2019origine arabe tombé amoureux de la littérature québécoise.Ce parcours nous permet de mieux comprendre ses opinions exprimées précédemment\u2026 et de placer Teboul dans la même lignée qu\u2019un Naïm Kattan, ce qui n\u2019est pas peu dire.Guillaume Rousseau Professeur de droit, Université de Sherbrooke YVAN LAMONDE, MARIE-ANDRÉE BERGERON, MICHEL LACROIX, JONATHAN LIVERNOIS Les intellectuel.les au Québec, Del Busso Éditeur, 2015, 158 pages Voilà un ouvrage au sujet passionnant : l\u2019histoire des intellectuels québécois.J\u2019étais d\u2019autant plus en confiance qu\u2019il avait été écrit par quatre professeurs d\u2019université.Contrairement à d\u2019habitude, ils ne l\u2019ont pas écrit en se divisant les chapitres selon leur spécialité.Ils l\u2019ont écrit 125 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 comme un seul homme ; à quatre mains.J\u2019appréciais aussi leur volonté de laisser une place de choix aux intellectuelles.Bref, j\u2019étais enchanté.Mon indécrottable naïveté finira par me terrasser.Ce compte-rendu aurait pu être fort simple : cet ouvrage est à ce point décousu et mal écrit qu\u2019il est pratiquement illisible.Comme le fond de cet ouvrage m\u2019était inaccessible, si tant est qu\u2019il existe, j\u2019ai dû me contenter d\u2019en critiquer la forme.Alors que je m\u2019attendais à mieux connaître l\u2019œuvre et l\u2019influence de quelques-uns de nos plus grands esprits, plus je tournais les pages, plus j\u2019avais l\u2019impression de feuilleter une vulgaire liste d\u2019épicerie.Lisons un paragraphe choisi au hasard : Les femmes accèdent de façon significative à l\u2019université dans la décennie 1960 ; certaines ont fait des études de 3e cycle à Montréal (Madeleine Parent) ou à Paris (Jeanne Lapointe, Hélène Pelletier-Baillargeon, Lucille Durand).Elles ont lu Simone de Beauvoir (Le Deuxième sexe, 1949) et Betty Friedman (The Feminine Mystique, 1963).Jeanne Lapointe fait carrière à l\u2019université Laval, Thérèse Gouin- Décarie (née en 1923) à l\u2019université de Montréal, à titre d\u2019exemples (p.120-121).L\u2019objectif d\u2019une liste d\u2019épicerie n\u2019est pas de préférer les éléments essentiels de ceux qui le sont moins, mais de n\u2019en oublier aucun.Ainsi, le liquide assouplissant côtoie l\u2019épice exotique.C\u2019est cette technique qui a été utilisée par les auteurs.Le critère sur lequel ils se sont appuyés n\u2019était ni le talent ni l\u2019influence, mais plutôt celui de l\u2019égalitarisme radical.Ils sont donc tous nommés, sans exception.Dresser une liste de noms est un exercice facile ; distinguer les intellectuels remarquables des autres en est un infiniment plus complexe.Bien que quelques noms ressortent du lot, tels Éva Circé-Côté, Lionel Groulx et André Laurendeau, il demeure qu\u2019il est difficile de séparer 126 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 le bon grain de l\u2019ivraie.Ainsi, Gabriel-Nadeau Dubois est nommé plus souvent que François-Xavier Garneau, Arthur Buies et Jules Fournier, consacrés, eux, par des œuvres qui ont traversé l\u2019implacable épreuve du temps.Cet ouvrage n\u2019est donc pas aussi apolitique que je le pensais de prime abord.D\u2019ailleurs, à la toute fin du livre, le chat sort du sac : « L\u2019intellectuel ne peut être qu\u2019un citoyen critique devant des faits et des discours criants d\u2019injustice.Le citoyen qui consent à la réalité [sic !], la défend et propose de la \u201c conserver \u201d telle ne sortira jamais d\u2019une majorité silencieuse » (p.139).En d\u2019autres termes, pour qu\u2019un individu puisse se obtenir le qualificatif d\u2019intellectuel, il devra dénoncer les « injustices », donc, être « progressiste ».Voilà une bien étrange définition d\u2019un intellectuel\u2026 Il en va de la nature humaine comme de la liste d\u2019épicerie : nous oublions toujours quelque chose.Malgré l\u2019effort des auteurs de ne rien omettre, ils ont oublié quelques éléments, à commencer par la grammaire française.Je dénonce avec véhémence cette idée saugrenue d\u2019écrire « intellectuel.les » à la place de « intellectuels-les » ou « intellectuels et intellectuelles ».Dans son Précis de grammaire française, Grevisse statue que le point « indique la fin d\u2019une phrase.Il se place aussi après tout mot écrit en abrégé ».Devant une règle aussi simple, cette décision, je le rappelle, prise par quatre professeurs d\u2019université, est ahurissante.Il faut savoir que, dans certains milieux, l\u2019objectif n\u2019est pas tant de rendre intelligible le monde qui nous entoure que de débusquer et d\u2019éliminer tous les avatars d\u2019un passé infâme.S\u2019appuyant sur des siècles d\u2019usage, les règles de grammaire font justement partie de ces avatars jugés réactionnaires par certains.Il faut condamner l\u2019éditeur d\u2019avoir accepté cette vilenie dans le titre, tout en lui rendant grâce de l\u2019avoir refusé dans le texte « en raison des implications grammaticales inextricables de 127 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 la graphie \u201c intellectuel.les \u201d » (p.7).Les révolutionnaires d\u2019aujourd\u2019hui manquent décidément d\u2019ambition.Ils ont abandonné la révolution politique pour la révolution plus feutrée de la grammaire ! C\u2019était d\u2019ailleurs inéluctable étant donné que les seuls révolutionnaires qui subsistent sont des professeurs d\u2019université, par nature plus douillets et pantouflards que ne l\u2019étaient Luxembourg, Lénine et autres Mao.Cette profanation de la grammaire n\u2019était cependant qu\u2019un présage à ce qui allait suivre : en usant jusqu\u2019à plus soif du jargon propre à leur milieu, nos professeurs ont littéralement déclaré la guerre à la langue française.N\u2019ayons pas peur des mots, Les intellectuel.les au Québec est l\u2019un des livres les plus exécrables qu\u2019il m\u2019ait été donné de lire ces dernières années : une structure labyrinthique, un style blafard, un vocabulaire guindé.J\u2019étais d\u2019autant plus ahuri que cet ouvrage est écrit, faut-il que je le répète, par quatre professeurs d\u2019université, dont trois sont spécialistes en\u2026 littérature ! J\u2019aurais pu présenter une multitude d\u2019exemples de ce que j\u2019avance tellement l\u2019ouvrage est contaminé par cette langue disgracieuse.Par pitié pour le lecteur qui lira ce compte-rendu, je me contenterai d\u2019en donner deux.Au chapitre 5, on peut lire ceci en guise d\u2019introduction : L\u2019affirmation de l\u2019intellectuel dans l\u2019après-guerre se fait au carrefour de tensions, d\u2019audaces et de résistances, mais celles-ci se font de moins en moins fortes.Ce sont les conditions de possibilité de l\u2019intellectuel, les dédouanements qu\u2019il faut identifier pour faire apparaître les moments forts de l\u2019intellectuel de plein titre et (relativement) bien chez lui (p.79).Puis, dans la conclusion, il est écrit que : 128 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 L\u2019histoire de l\u2019intellectuel est un regard sur son rapport à la connaissance, une prise en compte du statut de la connaissance dans une société donnée.Homme de raison, l\u2019intellectuel critique québécois a vécu dans une mentalité où, dans l\u2019arbre de la connaissance, le tronc était la religion ou la théologie et les branches étaient les autres savoirs, philosophie, sociologie, sciences.L\u2019englobant intellectuel et culturel dans lequel émerge l\u2019intellectuel est structuré par une hiérarchie où le religieux prévaut sur le civil, la foi sur la raison, l\u2019Église sur l\u2019État (p.141).Ne se contentant pas d\u2019oublier les règles de la grammaire et les lois du style, les auteurs ont aussi révolutionné la division temporelle de notre histoire.Hormis les années 1929 et 1945, évidentes en elles-mêmes, les autres années qui ont été retenues sont pour le moins discutables.Pour le chapitre 2, nos professeurs ont retenu l\u2019époque située entre les années 1901- 1929.Pourquoi 1901 ?Parce que « le proto-sociologue [sic] Léon Gérin (1863-1951) est le premier à utiliser le substantif \u201c intellectuel \u201d » (p.19).Le chapitre 3, quant à lui, est réservé aux intellectuelles et concerne l\u2019époque située entre les années 1880-1929.Pourquoi 1880 ?C\u2019est « le moment de sortie [pour les intellectuelles] de la très récente parole privée » (p.45).Ce chapitre est d\u2019ailleurs le seul qui les concerne spécifiquement.Dans les chapitres suivants, elles ont été réunies à leurs collègues masculins.Pourquoi ?On ne le sait pas.Mais la palme de la singularité revient aux chapitres 5 et 6 dont les années charnières sont 1945-1970 et 1970-2015.Pourquoi les auteurs ont-ils opté pour l\u2019année 1970 et non 1960 comme nous avons coutume de le faire ?Même ceux qui critiquent la Révolution tranquille reconnaissent son importance dans notre histoire.Le lecteur restera dans le doute, les auteurs n\u2019ayant pas trouvé pertinent de s\u2019expliquer.L\u2019oubli précédent justifie celui qui suit : exception faite de l\u2019idéologie progressiste, cet ouvrage pèche par un apolitisme 129 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 radical.Il évacue de ce fait nombre d\u2019événements historiques qui sont pourtant essentiels à la compréhension du travail des intellectuels.Ces derniers ne sont-ils pas justement tributaires de ces événements ?À ce sujet, le chapitre 1, qui compte seulement 10 pages et qui a pour sujet la genèse du « métier » d\u2019intellectuel, est un chef-d\u2019œuvre du genre : nulle part n\u2019est-il fait mention de la Nouvelle-France ; encore plus insolite, il n\u2019y a aucune référence directe à la Conquête et à ses conséquences ; les Rébellions de 1837-1838 sont traitées avec une légèreté déconcertante, de même que la Confédération de 1867.Alors qu\u2019ils font, à juste titre, une grande place à l\u2019influence de la religion et du nationalisme, nos auteurs négligent de faire référence aux événements qui expliquent cette influence.Cette insouciance prive le lecteur des clés nécessaires à la compréhension de notre histoire en général et de notre histoire intellectuelle en particulier.Je comprends que le député Pierre-Stanislas Bédard n\u2019était pas un « intellectuel » au sens strict du mot.Mais le chapitre 1 n\u2019est-il pas intitulé « L\u2019intellectuel et l\u2019intellectuelle avant le mot » ?Lisant mes critiques, les auteurs me diraient sans aucun doute qu\u2019ils ne sont pas soumis aux mêmes lois de la langue que le commun des mortels.Foutaise ! Les critères qui servent à évaluer la qualité d\u2019un texte sont universels.Et ils ont été suggérés par Nicolas Boileau il y a plus de trois siècles ! Ce n\u2019est pas ce qu\u2019on pourrait appeler un secret bien gardé\u2026 Je ne peux que conclure que nos quatre professeurs ne désirent pas tant partager leur connaissance que se conformer aux dogmes linguistiques et idéologiques de leur caste.Nos quatre auteurs ajouteraient aussi qu\u2019ils ont signalé tous les événements historiques pertinents.Peut- être.Encore faudrait-il pouvoir les dénicher dans ce magma de mots.Enfin, les auteurs me feraient savoir, la main sur le cœur, qu\u2019ils ne font pas de politique.Je leur répliquerais que ce n\u2019est pas faire de la politique que de s\u2019y référer dans 130 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 le but de rendre intelligible les luttes des intellectuels.Il se trouve que c\u2019est aussi à cause de cet apolitisme radical que cet ouvrage est incompréhensible.Dans leur liste d\u2019épicerie, les auteurs n\u2019ont manifestement pas oublié d\u2019ajouter l\u2019eau de javel, produit essentiel pour qui veut purifier l\u2019histoire de ses souillures politiques.Après avoir lu cet ouvrage, j\u2019étais à ce point bouleversé que j\u2019ai failli ne pas consulter la seule section intéressante : la bibliographie, que les auteurs ont nommée « Études sur l\u2019intellectuel québécois ».Des révolutionnaires, vous disais- je ! Ces quelque trois pages m\u2019ont redonné espoir.Plusieurs ouvrages ont été écrits sur ce sujet fascinant et nul doute qu\u2019il y en a parmi eux qui pourront satisfaire le lecteur passionné.Mais il y a pire que ce qui précède : cet atroce petit livre n\u2019est pas à la hauteur de l\u2019histoire captivante de nos intellectuels ; ces femmes courageuses et ces hommes intrépides qui ont œuvré dans des conditions politiques, matérielles et institutionnelles autrement plus pénibles que nos quatre révolutionnaires de boudoir ne le vivront jamais.Malgré tout, ces intellectuels nous ont laissé un héritage exceptionnel.Je ne peux en dire autant de nos quatre professeurs.Leur ouvrage sera oublié aussi vite qu\u2019il aura été publié.La nature des débats et la qualité des intellectuels qui les animent en disent long sur le dynamisme d\u2019une société.Le seul atout de ce livre est d\u2019illustrer de façon prodigieuse la médiocrité intellectuelle du Québec actuel.Martin Lemay MICHEL GOSSELIN En route et pas de sentiment.Anne Hébert, entre Paris et Montréal Montréal, Éditions Hurtubise, 2010, 456 pages ROBERT LÉVESQUE Vies livresques Montréal, Les éditions du Boréal, 2016, 240 pages MONIQUE F LEROUX ET BENOÎT GIGNAC Ma vie en mouvement : l\u2019histoire de la première femme à la tête du Mouvement Desjardins Montréal, TC Média Livres \u2013 Éditions Transcontinental, 2016, 320 pages DANIEL BARIL ET NORMAND BAILLARGEON La Face cachée du cours Éthique et culture religieuse Montréal, Leméac Éditeur, 2016, 208 pages GUILLAUME ROUSSEAU L\u2019État-nation face aux régions.Une histoire comparée du Québec et de la France Québec, Éditions du Septentrion, 2016, 536 pages 131 Livres reçus 132 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre 2016 christian saint-Germain Le mal du Québec.Désir de disparaître et passion de l\u2019ignorance Montréal, Éditions Liber, 2016, 144 pages micheL dorais (dir.) Le savoir engagé Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2016, 190 pages mathieu d\u2019aviGnon Kapak ! Nous sommes tous débarqués à Québec Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2016, 90 pages Yvon charbonneau Cartes sur table.Syndicalisme, politique, diplomatie Saint-Joseph-du-Lac, M éditeur, 2016, 464 pages cLaude richer, pearL duvaL et caroLe-anne Grenier Le cheval Canadien : histoire et espoir Québec, Éditions du Septentrion, 2015, 186 pages Jean-marc LÉGer, Jacques nanteL et pierre duhameL Le code Québec Montréal, Les Éditions de l\u2019Homme, 2016, 248 pages Jean-pierre Leroux Le gardien de la norme Montréal, Les éditions du Boréal, 2016, 256 pages JosÉe boiLeau LETTRES À UNE JEUNE JOURNALISTE montrÉaL, vLb Éditeur, 2016, 144 paGes ARTS VISUELS ! _ CINÉMA © | CRÉATION LITTÉRAIRE CULTURE ET SOCIÉTÉ HISTOIRE ET PATRIMOINE .__ LITTÉRATURE THÉÂTRE ET MUSIQUE THEORIES ET ANALYSES } Lo a Ep mn a = \u201c | ART LE SABORD | CIEL VARIABLE | ESPACE | ESSE | ETC MEDIA | INTER | VIE DES ARTS | ZONE OCCUPÉE - 24 IMAGES | CINÉ-BULLES | CINÉMAS | SÉQUENCES BRÈVES LITTÉRAIRES | CONTRE-JOUR | ESTUAIRE | EXIT | JET D\u2019ENCRE | LES ÉCRITS | MŒBIUS | VIRAGES | XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE À BÂBORD! | L'ACTION NATIONALE | LIBERTÉ | L'INCONVÉNIENT | NOUVEAU PROJET | NOUVEAUX CAHIERS DU SOCIALISME | QUÉBEC FRANÇAIS | RELATIONS CAP-AUX-DIAMANTS | CONTINUITÉ | HISTOIRE QUÉBEC | MAGAZINE GASPÉSIE LES CAHIERS DE LECTURE | LETTRES QUÉBÉCOISES | LIVRE D\u2019ICI | LURELU | NUIT BLANCHE | SPIRALE CIRCUIT | JEU REVUE DE THEATRE | LES CAHIERS DE LA SQRM ANNALES D'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN | ÉTUDES LITTÉRAIRES | INTERMÉDIALITÉS | TANGENCE | VOIX ET IMAGES odep geléle ve développement LES REVUES CULTURELLES QUÉBÉCOISES SODEP.QC.CA dus pers 3 ques UIlU TRS (que Goss Lisette Lapointe Présidente de la campagne de financement 2016 de L\u2019Action nationale 2016 de L\u2019Action nationale campagne de financement Chère amie, cher ami, L\u2019Action nationale joue un rôle essentiel, alimentant notre réflexion pour l\u2019accession du Québec à son indépendance.Véritable espace pour les débats d\u2019idées, cette revue constitue un outil intellectuel où s\u2019exprime toute la diversité du mouvement indépendantiste.Année après année, et ce, depuis maintenant près d\u2019un siècle, L\u2019Action nationale peut poursuivre son rôle fondamental grâce au soutien de ses lecteurs et donateurs, refusant de dépendre de subventions gouvernementales.C\u2019est donc avec beaucoup de fierté que j\u2019ai le plaisir d\u2019appuyer la campagne de financement 2016 de L\u2019Action nationale afin qu\u2019elle puisse poursuivre sa mission tellement importante encore longtemps.Nous vous invitons à la soutenir généreusement afin qu\u2019elle continue de promouvoir l\u2019indépendance du Québec.Pour faire vos dons par internet action-nationale.qc.ca par la poste L\u2019Action nationale 82,rue Sherbrooke Ouest Montéal (Québec) H2X 1X3 par téléphone 514 845-8533 ou 866 845-8533 L\u2019Action nationale en cadeau Les abonnés de L\u2019Action nationale ont le privilège d\u2019offrir un abonnement cadeau d\u2019un an à la revue pour 50 $.Partagez vos lectures pour de fructueuses discussions ! 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Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Marcelle Brisson Henri Brun Jacques Cardinal Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau Normand Cossette George Coulombe Louis-J.Coulombe Gérard Deguire André Dubuc Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Raymond Gagnier Léopold Gagnon Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Henri Joli-Cœur Marc Labelle Isabelle Lamarche Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Denis Lazure \u2020 Isabelle Le Breton Richard Leclerc Jacques Libersan Clément Martel Yvon Martineau \u2020 Marcel Masse \u2020 Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilbert Paquette Jacques Parizeau \u2020 Hubert Payne Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond-Roy René Ricard René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ginette Simard Michel Taillefer Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Madeleine Voora c L u b d e s 1 0 0 a s s o c i É s 1 0 0 0 $ à 1 4 9 9 $ m e m b r e s b i e n F a i t e u r s d e 1 5 0 0 $ à 4 9 9 9 $ Robert Ascah André Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Charles Castonguay Bernard Courteau Guy Cormier Richard Côté Harold Dumoulin Lucia Ferretti Yvon Groulx Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Bryan L\u2019Archevêque Bernard Landry Isabelle Laporte Laurent Mailhot Pauline Marois Michel Moisan Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell Pierre Karl Péladeau Gilles Pelletier Réal Pilon Richard Rainville Ivan Roy Paul-Émile Roy Rita Tardif Robert G.Tessier \u2020 André Watier Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française (1917-1929) et de L\u2019Action nationale jusqu\u2019à 2005 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur Octobre 2009 vol.XCIX no 1 L\u2019Action 143 Articles Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Michel Sarra-Bournet Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Anne-Michèle Meggs Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib André Binette Mathieu Bock-Côté Robert Comeau Charles-Philippe Courtois Myriam D\u2019Arcy Catherine Fournier Henri Laberge Tania Longpré Danic Parenteau Mélissa Pilon Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Simon-Pierre Savard-Tremblay Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Paul-Émile Roy Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.143 La Ligue d\u2019Action nationale Tarifs 2016 L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste-Publications\u2013Enregistrement N ° 09113 ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale 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