L'action nationale, 1 décembre 2014, Décembre
[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C I V n u m é r o 1 0 \u2013 D é c e m b r e 2 0 1 4 volume CIV numéro 10 DÉCEMBRE 2014 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L\u2019Action L\u2019Action Décembre 2014 vol.civ no 10 Voir venir Le démantèlement de la nation Jalons pour la lutte idéologique au Québec Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 simplex.ca \u2022 Montréal : 1 .800.361.1486 \u2022 Q u é b e c : 1 .8 0 0 .2 8 4 .7 5 7 1 \u2022 O t ta w a : 1 .8 8 8 .4 0 8 .8 8 0 7 36 succursales pour mieux vous servir Heureuse de participer à la construction de la publication de la référence québécoise.Une entreprise québécoise en affair s depuis 1907 simplex.ca \u2022 Montréal : 1 .800.361.1486 \u2022 Q u é b e c : 1 .8 0 0 .2 8 4 .7 5 7 1 \u2022 O t ta w a : 1 .8 8 8 .4 0 8 .8 8 0 7 36 succursale po mi ux vous s rvir Heureuse de participer à la constructi de la publication de la référence québé oise.40 Le travail de Jérôme Fortin, réalisé à partir d\u2019objets du quotidien et basé sur le concept des cabinets de curiosités du XVIe siècle (devant lesquels collectionneurs et curieux d\u2019autrefois se délectaient devant des trouvailles exotiques), remonte à 1996, où il créait de véritables curiosités à partir d\u2019allumettes, bouchons de liège, boîtes de conserve et autres attaches-poubelle.En 2000, l\u2019objet, auparavant ni tout à fait bijoux, ni tout à fait amulette et toujours unique dans sa proposition visuelle, laisse place à un travail dorénavant élaboré en séries, où la forme se répète et où les variations touchent principalement les couleurs.Jérôme Fortin s\u2019exerce à répéter les mêmes interventions sur les objets d\u2019une même catégorie, tels que fils de téléphones, livres et bouteilles de plastique, redonnant à l\u2019objet transformé en variations multiples son caractère industriel d\u2019origine.Jérôme Fortin est né à Joliette en 1971, il vit et travaille à Montréal.Depuis 1996, il a présenté plus d\u2019une douzaine d\u2019expositions personnelles à Prague, Pretoria, Tokyo, Paris, Toronto et Montréal.Il a participé à de nombreuses expositions collectives à Istanbul, Berlin, Bologne, Bruxelles, Paris, Cuba, Barcelone, Beijing et New York.Plusieurs résidences d\u2019artiste sont à son parcours, notamment au World Financial Center Arts and Events (New York), Fondation Christoph-Merian (Bâle), Fonca (Mexico D.F.), la Cité internationale des arts (Paris), Ludwig Foundation de Cuba (La Havanne), Tokyo Wonder Site (Tokyo) .En 2007, les travaux de Fortin ont fait l\u2019objet d\u2019une exposition personnelle au Musée d\u2019art contemporain de Montréal (MACM).Il a reçu en 2004 le Prix Pierre-Ayot de la Ville de Montréal.Ses œuvres figurent dans plusieurs collections dont celles du Musée d\u2019art contemporain de Montréal, Musée national des beaux-arts du Québec, Musée de Joliette, Pretoria art museum, National Museum of China, Bibliothèque et archives nationales du Québec, Banque d\u2019oeuvres d\u2019art du Conseil des arts du Canada, Ville de Montréal, d\u2019entreprises et particulières.Pour information : jeromefortin.com En couverture Jérôme Fortin DES FLEURS SOUS LES ÉTOILES 1997, techniques mixtes, 59 x 59 x 10 cm Don de l'artiste au Musée d'art de Joliette Photo : Martin Rondeau Le Musée d\u2019art de Joliette entame graduellement le plus important projet immobilier de son histoire.La réalisation de ce projet d\u2019envergure vient assurer la pérennité et le sain développement de l\u2019institution en participant, de manière concrète, à la conservation et au développement de l\u2019un des plus importants héritages légués par les Clercs de Saint-Viateur dans Lanaudière.Considéré comme le plus important musée d\u2019art au Québec en dehors des grand centres, le Musée d\u2019art de Joliette est aujourd\u2019hui reconnu pour son dynamisme, la grande qualité de ses programmations, la richesse de sa collection, ainsi que pour ses nombreuses activités éducatives et culturelles qui facilitent l\u2019accès aux arts visuels auprès d\u2019un large public.Relocalisé temporairement, depuis le 4 novembre dernier, à l'Espace urbain du MAJ 110, place Bourget Nord, Joliette (Québec) J6E 5E5, téléphone : 450 756-0311 museejoliette.org 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Patrick Sabourin, doctorant INRS\u2013Urbanisation Culture Société, Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois, (sociologie Université Laval) Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE ENCOURAGER LA ISCUSSION SOMMAIRE Éditorial Il faut faire monter la mise - Robert Laplante 4 Hommage Françoise Graton (1930-2014) Allumer le feu du théâtre 9 Articles Le Saint-Laurent, autoroute du pétrole\u2026 pour qui ?- GIRAM 13 Pour la langue française - Sam Haroun 23 Qui doit défrayer le coût de construction du nouveau pont Champlain ?- Jacques C.Martin et Jean-Jacques Nantel 31 Le démantèlement de la nation : chronique 4 - Lucia Ferretti 39 Un Québécois à Colombey - Mathieu Bock-Côté 67 Jalons pour la lutte idéologique au Québec - Romain Gaudreault 81 Lire Actualité Campagne de financement pour la publication de 666-Friedrich Nietzsche 109 Lire les essais BOUALEM SANSAL Gouverner au nom d\u2019Allah.Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe 112 MAHMOUD HUSSEIN Ce que le Coran ne dit pas 115 JUSTIN TRUDEAU Terrain d\u2019entente 118 Livres reçus 125 Index des auteurs 2014 129 4 ÉDITORIAL Robert Laplante* IL FAUT FAIRE MONTER LA MISELe geste mérite d\u2019être salué : le pied de nez aux puissants que vient de faire Gabriel Nadeau-Dubois en remettant son Prix du gouverneur général au regroupement « Coule pas chez nous » est susceptible de mettre le Québec en mouvement.La réponse au premier appel de soutien au financement est encourageante.Il faut faire monter la mise.Il faut non seulement accroître les moyens de financer l\u2019opposition, il faut élargir les motifs de protestation.Ce qui se joue dans ces projets, ce n\u2019est pas seulement la protection de l\u2019environnement et des bélugas.Ce qui se joue là, c\u2019est l\u2019autodétermination du Québec.C\u2019est notre capacité d\u2019orienter notre développement et de faire servir nos avantages stratégiques à la construction d\u2019une économie durable, propre.L\u2019alliance du grand capital et de l\u2019État canadian vise à nous imposer un fédéralisme pétrolifère, c\u2019est-à-dire une servitude imposée.Notre territoire, notre façon de l\u2019habiter, nos choix énergétiques et environnementaux sont de travers dans le chemin du nation building du pétroÉtat et Ottawa ne négligera rien pour réduire à néant toute volonté de s\u2019y opposer au nom de notre intérêt national.Les fuites concernant la stratégie de relations publiques de TransCanada avaient déjà au moins servi à éviter que le grand capital ne mette ses grosses pattes sur l\u2019Institut des 5 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 sciences de la mer.Effet collatéral également, les révélations concernant la présence des élites triées sur le volet a un cocktail de séduction les obligera à plus de retenue dans leurs interventions publiques.Leur crédibilité reste entachée.Quant à la participation des grands gestionnaires de société d\u2019État et d\u2019institutions publiques à toute discussion publique sur les projets de pipeline, elle devrait être tenue pour inacceptable et incompatible avec le devoir de réserve qu\u2019on est en droit d\u2019attendre d\u2019eux.Il faut un mouvement social fort qui puisse prendre l\u2019initiative du débat et en fixer les paramètres.Il le faut, car dans l\u2019état actuel de la distribution des compétences dévolues au gouvernement provincial, c\u2019est clair, le dossier est joué.En commission parlementaire à l\u2019Assemblée nationale, les fantassins du pétrole sale sont venus le dire avec arrogance : le Québec, sa voix, ses institutions ne comptent pour rien, c\u2019est Ottawa qui décidera.Et les choses vont rondement de ce côté-là avec la mise en scène menée par l\u2019Office national (sic !) de l\u2019énergie.Le changement de ton de l\u2019ineffable ministre Heurtel, loin de modifier le cours des choses, va plutôt servir à dresser des écrans encore plus opaques.Il ne faut pas se leurrer, les conditions qu\u2019a rendues publiques le gouvernement du Québec n\u2019ont rien à voir avec une quelconque conversion tardive.Il reprend les arguments des provinces canadiennes, se comporte comme une province canadienne comme les autres.L\u2019air de redresser l\u2019échine, il cherche plutôt une manière élégante de rentrer sous la carpette.Il s\u2019agit essentiellement d\u2019une mesure de participation au compromis canadian qui se prépare.La méthode est éculée, on le sait, mais le gouvernement Couillard n\u2019en connaît pas d\u2019autres.Il va tout mettre en œuvre pour placer sa position dans le cadre stratégique des provinces, penser 6 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 le Québec dans l\u2019espace canadian et trouver dans la rhétorique de l\u2019acceptabilité sociale, et autres précautions oratoires, le matériau requis pour engluer le débat et rendre difficile toute lecture des intérêts propres du Québec.La vérité, c\u2019est que ce projet de pipeline est en tous points contraire à nos intérêts nationaux.Il déploie des moyens et une logique de développement radicalement opposés aux choix énergétiques et économiques que nous avons faits.L\u2019adhésion au grand projet d\u2019une infrastructure et d\u2019un système intégré (fleuve, route, train) de transport du pétrole sale, c\u2019est l\u2019adhésion au nouveau visage de la National Policy du XXIe siècle.Le Canada, qui s\u2019est construit sur l\u2019axe est-ouest avec le chemin de fer au XIXe siècle, veut désormais renforcer le caractère intégrateur de cet axe en l\u2019ordonnant non plus sur le transport des céréales et la production manufacturière, mais bien plutôt sur l\u2019exportation de pétrole.On l\u2019a dit et redit, le Québec n\u2019y trouvera que des miettes en plus de prendre tous les risques environnementaux.On ne dit pas suffisamment qu\u2019il y perdra toute possibilité de se donner une orientation économique durable.Souscrire à l\u2019économie du pétrole sale ce n\u2019est pas seulement ruiner nos efforts et nos conditions de participation à la lutte aux changements climatiques, c\u2019est aussi, et surtout, délaisser la position stratégique exceptionnelle que nous détenons.Près de la moitié de l\u2019énergie consommée au Québec est d\u2019origine renouvelable.Nous sommes une des sociétés les mieux placées au monde pour nous affranchir du pétrole et conduire une politique d\u2019indépendance énergétique reposant sur les énergies renouvelables.Nous pourrions tenir une position de tête à l\u2019échelle mondiale en ces matières et nous y renoncerions pour nous laisser satelliser par Ottawa et Calgary ? 7 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 La question du pipeline est un révélateur exceptionnel de notre condition et des choix qui s\u2019offrent à nous.Ceux-là qui n\u2019avaient pas encore vu le lien entre les enjeux environnementaux et la question nationale ont désormais l\u2019occasion de comprendre que lorsque nous ne sommes pas maîtres chez nous la servitude définit notre rapport à l\u2019environnement aussi bien qu\u2019aux puissances qui le saccagent.La bataille de Cacouna sera donc plus que la bataille pour la protection des bélugas.C\u2019est d\u2019ores et déjà une bataille pour la liberté.Liberté de décider comment nous voulons habiter notre territoire.Liberté de choisir un autre développement économique.Liberté de choisir comment nous voulons faire notre part et participer à l\u2019effort international de lutte à l\u2019effet de serre.Liberté de choisir notre avenir.Il faut faire monter la mise.Nous voilà devant l\u2019occasion de grands dépassements.Nous en avons la force et les moyens.Il faut s\u2019en donner le courage.q I TITTLE dee i Hi 'l i ARTS VISUELS \\ ] CINÉMA j\" CRÉATION LITTÉRAIRE CULTURE ET SOCIÉTÉ | \" HISTOIRE ET PATRIMOINE LITTÉRATURE THÉÂTRE ET MUSIQUE THEORIES ET ANALYSES } = mo \u2014- -C i a HS A v ART LE SABORD | CIEL VARIABLE | ESPACE | ESSE | ETC MEDIA | INTER | VIE DES ARTS | ZONE OCCUPÉE = 24 IMAGES | CINÉ-BULLES | CINÉMAS | SÉQUENCES BRÈVES LITTÉRAIRES | CONTRE-JOUR | ESTUAIRE | EXIT | JET D'ENCRE | LES ÉCRITS | MŒBIUS | VIRAGES | XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE À BÂBORD! | L'ACTION NATIONALE | LIBERTÉ | L'INCONVÉNIENT | NOUVEAU PROJET | NOUVEAUX CAHIERS DU SOCIALISME | QUÉBEC FRANÇAIS | RELATIONS CAP-AUX-DIAMANTS | CONTINUITÉ | HISTOIRE QUÉBEC | MAGAZINE GASPÉSIE LES CAHIERS DE LECTURE | LETTRES QUÉBÉCOISES | LIVRE D'ICI | LURELU | NUIT BLANCHE | SPIRALE CIRCUIT | JEU REVUE DE THÉÂTRE | LES CAHIERS DE LA SORM ANNALES D'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN | ÉTUDES LITTÉRAIRES | INTERMÉDIALITÉS | TANGENCE | VOIX ET IMAGES \u2026.\u2026 sodep CULTURELLES QUÉBÉCOISES Souléls ue développent SODEP.QC.CA 22. 9 HOMMAGE Françoise Graton (1930-2014) ALLUMER LE FEU DU THÉâTRE Françoise Graton, que les habitués des soupers-conférences annuels de L\u2019Action nationale connaissent comme une amie fidèle de la revue avec son compagnon Gilles Pelletier, est décédée le 7 novembre 2014, à 84 ans, deux semaines après notre dernière rencontre.Toujours aussi vive et allumée, elle avait tenu à poser une dernière question au conférencier Mario Beaulieu.Elle l\u2019avait fait sans micro avec l\u2019aplomb de l\u2019actrice de talent qu\u2019elle était toujours.Pour plusieurs d\u2019entre nous, elle restera, avec ses compagnons, celle qui nous aura permis un premier contact avec un repertoire riche et varié en créant en 1964 la Nouvelle Compagnie théâtrale (NCT) dont la mission était de présenter les grandes oeuvres à une large partie de la population étudiante.Et ce répertoire, il puisait autant dans les classiques étrangers, du passé ou contemporains, que dans les grandes pièces que commençaient à produire les auteurs québécois.S\u2019ouvrir au monde, c\u2019est surtout cela.Confronter les grands oracles grecs aux choeurs du Plateau.Voir nos drames dans ceux de peuples anciens, actualiser les grandes tragédies dans notre réalité.L\u2019oeuvre de la NCT n\u2019était pas banale.On pouvait y envisager tous les possibles dans un milieu foisonnant que 10 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 photo : Christian Gagnon 11 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 les fabricants de « réalité virtuelle » d\u2019aujourd\u2019hui cherchent encore à reproduire en essayant d\u2019imiter l\u2019« interactivité » du théâtre ! L\u2019importance d\u2019un legs pareil est incommensurable.Donner à un peuple un tel goût du théâtre qu\u2019on puisse maintenant voir sur toutes les scènes du monde sa dramaturgie toucher d\u2019autres peuples, c\u2019est allumer un feu qui continue d\u2019alimenter sa vie réelle bien au-delà du départ inévitable de chaque individu.Dans Le Devoir du 14 novembre dernier, les fondateurs du Théâtre de la Marmaille rappelaient comment ceux de la NCT les avaient supportés à leurs débuts : Gilles Pelletier et Françoise Graton nous ont ouvert les bras et soutenus au moment où nous en avions le plus besoin, au début de notre aventure artistique.Françoise avait une grande capacité d\u2019émerveillement et un sens de l\u2019organisation peu commun.Elle y était pour beaucoup dans l\u2019esprit de famille que l\u2019on sentait dans la place, ainsi qu\u2019auprès des équipes de chaque spectacle de la NCT.Le fonds d\u2019archives de Françoise Graton est conservé au centre d\u2019archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.Ci-contre, Françoise Graton posant sa question sous l\u2019oeil complice de Gilles Pelletier lors du souper-conférence du 24 novembre 2014 au Lion d\u2019Or. Plus de 15 ans d'action pour une économie plus performante, plus équitable et plus verte.Les investissements auprès des entreprises québécoises sont au cœur de la mission de Fondaction.Par ses investissements, Fondaction contribue au maintien et à la création d'emplois au Québec.\u2014 e ea = FONDACTION POUR LA COOPERATION CSN ET L EMPLOI www.fondaction.com 13 ARTiCLeS GIRAM* Le SAiNT-LAuReNT, AuTOROuTe Du PÉTROLe\u2026 POuR Qui ?Le pétrole de l\u2019Ouest jaillit ou jaillira de toutes parts : trains, conduites réaménagées (Enbridge) ou nouvelles (Énergie Est), pétroliers géants de plus en plus nombreux sur le Saint-Laurent.Ce nouveau schéma pour désenclaver le pétrole, notamment le plus polluant de la planète provenant des sables bitumineux, aura des conséquences environnementales, terrestres et maritimes exponentielles en plus de porter atteinte à l\u2019intégrité du territoire québécois et causer de multiples effets pervers sur la voie navigable du Saint-Laurent.Le GIRAM se réjouit de la mobilisation citoyenne qui croît de jour en jour contre le projet TransCanada ; il salue également les conditions récemment posées par le gouvernement du Québec.Il se propose toutefois de mobiliser l\u2019opinion publique concernant la mise en place sur le Saint-Laurent d\u2019un réseau de ports destinés au transport d\u2019hydrocarbures américains ou canadiens et plus particulièrement le projet de TransCanada qui projette d\u2019implanter un énorme terminal pétrolier destiné exclusivement à l\u2019exportation.* Déclaration du Groupe d\u2019initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM) le 28 novembre 2014.Renseignements sur le GIRAM : www.giram.ca 14 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 En conséquence : Le GIRAM demande que le gouvernement du Québec aille plus loin que les engagements pris à ce jour et qu\u2019il ordonne la tenue d\u2019un BAPE générique portant sur l\u2019ensemble des risques reliés au transit du pétrole via le Saint- Laurent.Le GIRAM se prononce également contre le projet d\u2019implantation d\u2019un terminal pétrolier de TransCanada (projet Énergie Est), quel que soit l\u2019endroit choisi sur le Saint-Laurent, et il demande au gouvernement du Québec de rejeter cette implantation désastreuse et inutile sur le territoire québécois.Il est reconnu que l\u2019essentiel de ce pétrole en provenance des sables bitumineux ne sera pas raffiné au Québec.Jusqu\u2019à maintenant, l\u2019entreprise n\u2019a jamais pu démontrer la nécessité d\u2019un tel terminal pour le Québec, alors qu\u2019une telle infrastructure présente d\u2019énormes risques écologiques et économiques, notamment, une perturbation de la circulation maritime du Saint-Laurent en cas d\u2019accidents ou de déversements majeurs.À preuve, lors d\u2019une « porte ouverte » le 10 octobre 2013 à Lévis, le directeur des relations avec les communautés de TransCanada, Alain Parisé, déclara à un citoyen que sur le plan technique, le terminal pétrolier n\u2019était pas nécessaire que « c\u2019était un choix du client d\u2019avoir un terminal maritime ».Quant à M.Philippe Cannon, responsable des communications d\u2019Énergie Est, il a ajouté : « que les expéditeurs (armateurs ou clients) ont signé des contrats de 20 ans pour l\u2019exportation du pétrole ».Il ressort que la seule nécessité est justifiée « par des clients extérieurs qui ont exprimé la volonté de se servir du terminal » (Le Peuple de Lévis, 10 octobre 2013). 15 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Le GIRAM rend publique aujourd\u2019hui une DÉCLARATION qu\u2019il a adressée aux 125 députés de l\u2019Assemblée nationale et qu\u2019il diffusera également auprès des municipalités, des organismes environnementaux, regroupements citoyens de l\u2019axe Saint-Laurent, notamment le réseau « Coule pas chez nous », syndicats de producteurs agricoles et autres.Ceci afin de faire connaître les enjeux néfastes liés au transport pétrolier sur le Saint-Laurent et pour faire valoir que l\u2019ensemble du projet de TransCanada va à l\u2019encontre du développement durable et de l\u2019application du principe de précaution.Déclaration du GIRAM Le Saint-Laurent n\u2019est plus un long fleuve tranquille Immense porte donnant sur le cœur du continent, le Saint- Laurent fut jadis le « chemin qui marche » pour les peuples amérindiens à la recherche d\u2019échanges commerciaux, de la Côte-Nord jusqu\u2019aux confins du Mississippi.Pendant plus de trois siècles, cette grande route fluviale fût aussi au service de nos gens.Elle permit la fondation et le peuplement de nos villes, de nos villages côtiers et le développement de nos régions.Depuis la mise en service du Système de navigation Saint-Laurent-Grands Lacs en 1959, les choses ont bien changé.Au fil des ans, les eaux de notre grand fleuve sont devenues le domaine quasi-exclusif des grands consortiums maritimes qui concentrent leurs activités sur le transport des matières dangereuses vers ou depuis le centre du continent (25 millions/an de tonnes de produits pétroliers).Et qu\u2019en sera-t-il demain ?Avec des terminaux pétroliers dédiés à l\u2019exportation et ce, de Montréal-Est à Cacouna, en est-on à faire du Saint-Laurent la principale voie de transit de la 3e plus grande réserve mondiale de pétrole lourd (plus de 173 milliards de barils) ? 16 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Pour alimenter ces terminaux d\u2019exportation, l\u2019industrie pétrolière devra dérouler en sol québécois, plus d\u2019un millier de kilomètres de pipeline (capacité initiale 1.4 millions de barils/jour), accroître la navigation de superpétroliers sur notre réseau fluvial et défigurer nos plus beaux paysages avec la construction d\u2019immenses parcs de réservoirs pour l\u2019entreposage temporaire.La super quincaillerie pétrolière projetée traversera nos villes et villages, des terres agricoles, 600 cours d\u2019eau dont des rivières majeures, près de 80 bassins hydrographiques et le lit d\u2019un fleuve d\u2019où plus de 43% des Québécois tirent leur eau potable.Ce qui est en cause ici, aujourd\u2019hui et pour demain, c\u2019est d\u2019abord la sécurité de nos gens, c\u2019est l\u2019intégrité et la qualité d\u2019un milieu de vie riche de plus de 500 sites naturels protégés.C\u2019est aussi infliger une pression insoutenable au système du transport fluvial des marchandises dont dépendent actuellement des dizaines de milliers d\u2019emplois dans toutes les régions du Québec.En effet, le transport des marchandises dangereuses aura toujours priorité sur les routes maritimes du Saint-Laurent.Dans ces conditions, comment un gouvernement peut-il imaginer sérieusement un « Plan » ou une « Stratégie Saint-Laurent » ?Risques maritimes et menace écologique L\u2019image que nous renvoie la surface visible de notre grand fleuve est assez trompeuse.Ce dernier est loin de constituer une autoroute à voies multiples et au potentiel quasi-illimi- té.Le réseau fluvial du Saint-Laurent est déjà le théâtre des deux tiers des incidents/accidents maritimes se produisant au Canada.À maints endroits et pour chacun de leurs parcours, les navires se retrouvent en « eaux restreintes ».Par exemple, sur le tronçon Escoumins-Montréal, la profondeur est critique pour des navires citernes de type PANAMAX 17 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 et SUEZMAX qui, à répétition, doivent composer avec un chenal très étroit sans possibilité de croisement.Une simple perte de gouvernail de 15 secondes suffit pour produire une catastrophe (accident de l\u2019Alcor, 1999).Ce n\u2019est pas sans raison que les activités de navigation sur le Saint-Laurent figurent parmi les plus dangereuses ou hasardeuses au monde.Dans l\u2019hypothèse d\u2019un échouement dans la Traverse du nord, par exemple, le Groupe Océan affirme que les contraintes exercées sur la coque d\u2019un navire à marée basse pourraient le fracturer.En pareil cas, une double coque pourrait s\u2019avérer d\u2019aucun secours contre un déversement majeur.La prise en charge des navires par les pilotes du Saint-Laurent, quant à elle, ne satisfait pas entièrement le principe de précaution puisque, selon les statistiques, les erreurs humaines comptent pour plus de 75 % des accidents maritimes (Bulletin d\u2019information des Armateurs du Saint- Laurent, Décembre 2011).Aucun plan d\u2019intervention en cas de déversement majeur Le risque pétrolier sur le Saint-Laurent laisse présager des impacts catastrophiques.En cas de déversement majeur, c\u2019est plus de 1400 kilomètres de rivage qui pourraient être contaminés sous l\u2019effet des courants et du flux et reflux des marées.Avant d\u2019arriver à se fixer au rivage, une nappe de pétrole pourra voyager pendant des jours, voire des semaines sans pouvoir être contenue.Selon la plupart des experts, la rive sud de l\u2019estuaire serait particulièrement touchée et l\u2019ampleur des dommages serait multipliée en hiver sous l\u2019action de la dérive constante des glaces.Les analyses les plus optimistes évaluent à moins de 10 % la part de résidus de pétrole pouvant être récupérée alors que les moyens disponibles sur ce plan demeureront toujours extrêmement limités.On estime que les coûts des dégâts d\u2019un Exxon Valdez seraient décuplés dans le Saint-Laurent.Qui paiera la facture ? 18 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Peu de considération pour les impacts négatifs sur notre propre économie Il ne faut pas rester sourd aux craintes déjà exprimées concernant les risques d\u2019impacts économiques négatifs liés à la conversion du gazoduc TransCanada en oléoduc : au Québec, c\u2019est une perte appréhendée de 619 M$ par année et 2400 emplois directs et indirects selon KPMG- SECOR.Quant aux conséquences économiques pouvant résulter d\u2019accidents maritimes en eaux dites « restreintes », elles ont déjà été documentées : risque d\u2019arrêt ou de congestion du trafic maritime et donc de perturbations de l\u2019activité économique régionale et nationale, ceci pendant des jours (commission Brander-Smith et Groupe Océan).C\u2019est évidemment l\u2019industrie du transport par conteneurs qui en serait le plus affectée et celle des croisières maritimes, toutes deux soumises à des agendas particulièrement contraignants.Établissant que la prospérité d\u2019une économie tient à sa capacité de pouvoir transporter facilement de grandes quantités de biens, une étude réalisée en 2005 pour le compte de Transports Québec (« Transformations de l\u2019industrie maritime : portrait international de développement durable appliqué ») avertissait déjà le gouvernement du Québec d\u2019avoir à l\u2019œil tout projet risquant à terme de porter atteinte à la capacité concurrentielle du Saint- Laurent dans sa mission de desserte du Québec et de transmission du trafic transatlantique, un rôle intimement lié au futur de l\u2019industrie québécoise. 19 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Menace sur le Saint-Laurent contre emplois temporaires Il est reconnu qu\u2019en matière de transport de matières dangereuses, malgré toute l\u2019attention que l\u2019on peut porter à l\u2019évaluation des ressources et à la fiabilité des équipements, l\u2019occurrence d\u2019« événements externes » et l\u2019entrée en scène de nombreux facteurs dits « anormaux », ne peuvent jamais être entièrement prévues, estimées ou gardées sous contrôle.Avec l\u2019accroissement exponentiel de la fréquence et du volume du transport de pétrole, que ce soit par voie ferrée ou via les eaux du Saint-Laurent, c\u2019est la loi du nombre qui, inexorablement, déterminera où et quand se produira la catastrophe appréhendée.Ce gigantesque projet de transit de pétrole via le Saint- Laurent entraînera certes d\u2019immenses bénéfices financiers pour les sociétés productrices ou transporteuses du pétrole des sables bitumineux mais au Québec, il en rapportera moins de 0,01 %.Le coût d\u2019un éventuel déversement dans les eaux du fleuve sera, par contre, incalculable sur les plans humain, biologique, touristique et d\u2019image du Québec à l\u2019étranger.L\u2019absence des retombées structurantes à long terme pour le Québec est particulièrement évidente dans le cas des projets de terminaux pétroliers.À qui profiteront ces derniers, sinon aux producteurs, à la filière pipelinière et aux armateurs ?Les gains à court terme, quant à eux, ne valent pas le traditionnel plat de lentilles proposé. 20 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Requête du GIRAM au gouvernement du Québec et au gouvernement du Canada CONSIDÉRANT les risques inhérents au gigantisme du projet de transit du pétrole des sables bitumineux via la vallée du Saint-Laurent pour alimenter des terminaux pétroliers sur les rives du Saint-Laurent ; CONSIDÉRANT qu\u2019un accident majeur ne manquera pas de bouleverser complètement l\u2019écosystème du Saint-Laurent et d\u2019entraîner d\u2019inestimables préjudices économiques pour tout le Québec ; CONSIDÉRANT les principes de précaution (Déclaration de Rio), de droit à la santé et à la qualité de vie (Loi québécoise sur le développement durable) ; CONSIDÉRANT que la Cour suprême du Canada a reconnu que le Québec peut intervenir directement sur les activités industrielles, minières, agricoles et commerciales lorsqu\u2019elles sont susceptibles de porter atteinte à l\u2019environnement ; CONSIDÉRANT que les impacts sur l\u2019écologie du Saint- Laurent résultant de l\u2019ensemble des activités maritimes d\u2019exportation du pétrole, à partir de terminaux réaménagés ou à construire à cette fin, représentent une problématique nouvelle et tout à fait unique au plan environnemental qui ne peut être prise en compte par l\u2019Office national de l\u2019Énergie ; CONSIDÉRANT que la construction d\u2019un nouveau terminal pétrolier sur le Saint- Laurent dans la foulée du projet Énergie Est (à Cacouna ou ailleurs) ne vise aucunement à répondre aux besoins en hydrocarbures du Québec, mais à satisfaire les besoins d\u2019exportation des pétrolières, des compagnies d\u2019oléoduc et leur clientèle (armateurs et importateurs étrangers) ; 21 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 LE GIRAM DEMANDE : 1/ Que le gouvernement du Québec par son ministre de l\u2019Environnement et du Développement durable, donne instruction pour que soit tenue, en plus des audiences déjà annoncées sur l\u2019oléoduc Énergie Est, une consultation publique inédite sur la question spécifique des impacts pouvant résulter de l\u2019ensemble des activités d\u2019exportation de pétrole par voie fluviale, de Montréal-Est aux portes de la Gaspésie et ce, au moyen d\u2019un BAPE générique.2/ Que le gouvernement du Québec détermine à priori l\u2019étendue et la forme de la couverture de risques qu\u2019il convient d\u2019exiger des entreprises de transport du pétrole (pipelines et navires citernes, dont un pourcentage grandissant battent pavillon de complaisance), afin de couvrir les coûts de toute catastrophe ayant des incidences majeures sur les plans environnemental, économique, de la santé et de la sécurité publique (incluant l\u2019eau potable de nos villes).3/ Que le gouvernement du Canada exige des entreprises déjà engagées dans des activités d\u2019exportation ou de transit de pétrole lourd via les eaux du Saint-Laurent (ports de Montréal, de Sorel-Tracy) qu\u2019elles se soumettent au processus d\u2019évaluation TERMPOL en raison des effets potentiels importants sur l\u2019intensification des activités maritimes avec cargaisons dangereuses sur des routes fluviales déjà identifiées comme particulièrement problématiques. 22 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 4/ Que le gouvernement du Québec s\u2019oppose à la construction du terminal pétrolier d\u2019exportation de TransCanada compte tenu de ses impacts écologiques et humains majeurs et irréversibles, de ses retombées économiques minimalistes et de la non démonstration par le promoteur de sa réelle nécessité pour le Québec.q 23 ARTICLES Sam Haroun* POUR LA LANGUE FRANçAISE la parleure plus délitable et plus commune à toutes gens \u2013 Brunetto Latini** On s\u2019attache à une culture comme à un terroir, on s\u2019attache à une langue comme à un être vivant.Depuis toujours, nous avons pour la langue française une passion égale à celle que peut avoir un homme pour une femme, et, quand nous nous exprimons dans cette langue, nous aimons qu\u2019elle soit parée de tous ces atours.Ce lien affectif prend sa source au plus profond de notre passé, il se nourrit de mots tirés de l\u2019argile, du climat, des us et des coutumes, et surtout de la conscience d\u2019appartenir à une unité humaine originale.La langue précède la nation comme la vie commence avec les mots.C\u2019est la langue qui donne à la nation son expression la plus intense et la plus authentique, elle la définit et l\u2019articule sans détours.L\u2019histoire d\u2019un peuple commence avec sa langue.* Auteur ** Brunetto LATINI, érudit italien du XIIIe siècle, maître de Dante.Il écrivit plusieurs ouvrages en langue d\u2019oïl, ancêtre du français.Dans la citation qui suit, il explique pourquoi il écrit en français : « Et se aucuns demandoit por quoi cist livres est escriz en romans, selon le langage des Francois, puisque nous sommes Ytaliens, je diraie que [.] por ce que la parleure est plus délitable et plus commune à toutes gens ». 24 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Bien sûr, on ne saurait réduire la nation à sa langue, mais sans celle-ci, qui dira les croyances et les légendes, les humeurs et les joies, qui affirmera la volonté des peuples ?La langue se confond avec la réalité de la patrie : « On n\u2019habite pas un pays, on habite une langue », écrit Cioran.Appartenir à la langue française, c\u2019est appartenir à une langue de civilisation c\u2019est-à-dire qui a servi à exprimer les valeurs spirituelles, les modèles intellectuels et les créations littéraires et artistiques d\u2019une civilisation (occidentale, dans le cas qui nous occupe).Comme le latin au temps de Rome, l\u2019italien de Florence à la Renaissance, le français a été la langue première de l\u2019Europe classique : du milieu du XVIIème siècle au premier quart du XXème siècle, le français a été la langue de la diplomatie et du commerce, du goût et de l\u2019esthétique, du divertissement et des belles manières.C\u2019est dire que notre langue possède un riche patrimoine et qu\u2019elle est dotée d\u2019un exceptionnel dynamisme, bref du génie nécessaire pour continuer à rayonner dans le monde.D\u2019autant plus que les peuples qui la pratiquent se retrouvent sur tous les continents et que les apports des uns enrichissent la culture des autres ! Il y a l\u2019Empire, mais il y a aussi les peuples et les nations Aujourd\u2019hui, le français a perdu de son lustre d\u2019antan, remplacé par l\u2019anglo-américain dont l\u2019hégémonie s\u2019appuie sur une formidable civilisation industrielle et une culture de masse unique dans l\u2019histoire, et dont la portée touche tous les aspects de la vie quotidienne des individus : la conjonction de Hollywood et de Silicon Valley fait le reste.Ignorer cette réalité équivaut à se fermer les yeux devant l\u2019avancement du monde et condamner la langue française à n\u2019être plus qu\u2019une langue folklorique en voie de dépérissement.Y résister par des imprécations et des lamentations nous vaudrait de beaux discours d\u2019esthète, mais nous finirions Gros 25 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Jean comme devant après avoir perdu toutes nos illusions.Il y a aussi l\u2019insidieuse et fâcheuse tentation à vouloir adhérer au courant anglo-américain en s\u2019y convertissant et en adoptant, au prix du renoncement, les schémas de pensée, les catégories culturelles et les réflexes identitaires de ce courant.Il faut surtout éviter deux pièges, celui de la complaisance servile et celui du rejet stérile, tous deux conduisant notre langue et notre culture à une issue fatale.Au demeurant, l\u2019empire de l\u2019anglo-américain, même s\u2019il a vocation à demeurer hégémonique pour longtemps encore, ne signifie pas, pour autant, la fin des langues nationales.Il est vrai que « la langue suit l\u2019empire1 »comme l\u2019atteste l\u2019expansion du grec dans l\u2019Orient méditerranéen à la faveur des conquêtes d\u2019Alexandre ou l\u2019adoption du latin dans le mare nostrum au cours des cinq premiers siècles du premier millénaire.Plus tard, l\u2019islam répand, avec sa foi, la langue arabe qui devient, en moins d\u2019un siècle, la langue parlée et écrite d\u2019un empire s\u2019étendant de l\u2019Atlantique au Golfe persique.C\u2019est dire l\u2019importance de la langue dans la vie des peuples : elle cimente les sociétés, façonne les représentations des individus et leur assure une certaine durée dans le temps.Toutefois, l\u2019empire d\u2019une langue a ses limites quand il se heurte à des traditions bien ancrées, à des lieux et à des cultures bien structurées, donc imperméables à l\u2019assimilation.Le latin ne pénétra pas la Germanie, encore moins le nord de l\u2019Europe.L\u2019arabe, quoique la langue du Coran, fut ignoré par les pays d\u2019Asie mineure, d\u2019Asie centrale et d\u2019Asie du sud-est, pourtant convertis à l\u2019islam.Depuis le milieu du XXe siècle, la plupart des pays du monde apprennent, à 1 « La lengua signe al imperio », selon l\u2019humaniste espagnol de la fin du XVème siècle : Antonio de NERISTA 26 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 leurs enfants, l\u2019anglais comme langue seconde, mais cela n\u2019empêche pas les Allemands, les Italiens ou les Japonais de cultiver leurs langues respectives, de continuer à créer des chefs-d\u2019œuvre littéraires et à en être fiers.Ainsi promouvoir efficacement la langue française n\u2019est pas une simple vue de l\u2019esprit à condition que cette action s\u2019inscrive dans une vision culturelle qui intègre le patrimoine littéraire et scientifique du passé, et capable de produire, aujourd\u2019hui et demain, des créations littéraires originales et de contribuer au développement des sciences et des mathématiques.Également le français est porteur de qualités propres au raisonnement et à la logique des choses grâce à sa clarté et à sa précision.Si le français est une langue de civilisation, c\u2019est parce qu\u2019elle s\u2019adosse à un patrimoine intellectuel multiséculaire, et qu\u2019elle possède un riche tissu sémantique, une grammaire structurée, des registres stylistiques et rhétoriques variés.L\u2019exception québécoise Ce qui frappe d\u2019emblée, c\u2019est la présence de la langue française en Amérique du Nord.Alors que les Irlandais, les Écossais, les Catalans, les Occitans ont adopté, de gré ou de force, la langue de leurs conquérants, les Québécois, malgré une population plus de 40 fois inférieure à celle des Anglo- Saxons et quoique dominés politiquement et culturellement par une civilisation sans cesse en expansion et sans cesse en quête de suprématie, ont réussi à maintenir vivace la langue française sur le continent.C\u2019est une exception ! Celle-ci est due à l\u2019action conjuguée des élites cléricales et séculières, à l\u2019attachement des Habitants à leur terre et à leur foi, hommes de Dieu et de peu, et à la volonté commune de préserver les trois socles de la nation : la foi, la loi et la langue de leurs pères. 27 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Dans The Construction of Nationhood, Adrian Hastings affirme que le christianisme a créé les conditions de la formation des discours nationaux en validant la création des communautés politiques [.] et en faisant de la Bible un miroir au service de l\u2019image et de la construction de la nation2.En effet, de même que la foi anglicane a marqué l\u2019Angleterre, la Réforme luthérienne l\u2019Allemagne et le baptême de Clovis « la fille aînée de l\u2019Église », de même la préservation de langue et de l\u2019identité françaises au Québec est due à l\u2019imprégnation catholique des traditions, des mœurs, des mentalités et de la culture en général.Même Papineau, voltairien anticlérical, le reconnaît : « Le catholicisme, écrit-il à son fils, est partie de notre nationalité qu\u2019il faut avouer en toute occasion3 ».Comme pour l\u2019Europe après les invasions barbares, l\u2019Église, fut, pour le Québec après la Conquête, « le refuge des lois et des lettres, des arts et de la politique [.] L\u2019évêque devient le chef des cités, le défenseur des foyers et des métiers, le seul protecteur des humbles de ce monde4 ».Enfin Marc-Adélard Tremblay écrit sur les Acadiens ce qui pourrait s\u2019appliquer aisément aux Québécois : La foi préserve la langue et la langue préserve la foi5.2 Eric SUIRE, Pouvoir et religion en Europe, Armand Colin, Paris, 2013, p.10-11 3 LEMIEUX & MONTIGNY, Le Catholicisme québécois, Éd.de l\u2019IQRC, Sainte-Foy, 2000, p,17 4 P.GAXOTTE, La Révolution française, Arthème Fayard, 1947, p.10 5 The Acadians of Portmouth : a study in culture change (1954), cité par Sélim ABOU, s.j., dans Le Bilinguisme arabe-français au Liban, PUF, Paris, 1962, p.225.« Faith preserves language and language preserves faith ». 28 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 À la suite de l\u2019Église, l\u2019État, garant de la nation, se charge de la préservation de la langue : la loi 101 fait en sorte que le français soit la langue d\u2019usage de l\u2019entreprise et dirige automatiquement les enfants de l\u2019immigration à s\u2019inscrire à l\u2019école française.Cette loi était, est et sera toujours nécessaire pour le maintien du français comme langue nationale.Dès lors, y a-t-il lieu de se préoccuper de l\u2019avenir de la langue française en Amérique ?Oui, car la loi 101 n\u2019est qu\u2019un instrument de sauvegarde : il faut que les parlants français le fassent de telle sorte que le français demeure capable de résister à l\u2019expansion de l\u2019anglo-américain.La loi est un cadre, seuls les êtres vivants confèrent à la langue sa substance et son génie.L\u2019ennemi du français n\u2019est pas l\u2019anglais, mais le mauvais français Comme la nation, la langue tient debout pour de tout autres raisons que comptables ou économiques.Elle tient d\u2019abord par la qualité intrinsèque de la langue parlée et écrite.Ce qui tue une langue, c\u2019est sa désarticulation et sa réduction au niveau d\u2019un dialecte.Or nous assistons, aujourd\u2019hui, en France et au Québec, dans les médias imprimés et électroniques, à une lente et progressive érosion de la qualité du français.Vulgarités censées nous faire rire, trouvailles boiteuses de la publicité, mauvais anglicismes, méchants solécismes, apocopes et autre charabia, sans compter le style télégraphique du courrier électronique et téléphonique ! Ce n\u2019est pas de cette façon que le français fera face à la menace permanente de l\u2019anglais.Ce qui jusqu\u2019ici a permis aux langues nationales de résister à une langue hégémonique, réside dans la force interne de la langue, sa structure, sa grammaire, son vocabulaire, dans la richesse de son patrimoine littéraire et scientifique (il ne faut pas laisser à l\u2019anglais le monopole de la science et de la 29 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 technologie : à cet égard, il faut privilégier la culture générale dans l\u2019éducation pré-universitaire et éviter une spécialisation prématurée), et dans la volonté des francophones de s\u2019exprimer dans une langue digne d\u2019être respectée par les autres cultures.Et qu\u2019on arrête d\u2019accuser le français d\u2019être une langue difficile, inadaptée à la modernité ! L\u2019enfant chinois doit apprendre 1600 idéogrammes pour pouvoir s\u2019exprimer dans sa langue ; les écritures cyrillique et arabe représentent des difficultés supplémentaires pour les Russes et les Arabes qui veulent apprendre des langues occidentales.Pourtant les langue russe, arabe et chinoise sont les langues de grandes civilisations bien vivantes et qui se portent bien.Pour être fiers de notre langue, nous nous devons de la respecter, de respecter ce qui fait son génie, c\u2019est-à- dire l\u2019ordre et la construction de la phrase, la clarté de la conception et la précision des mots, enfin de nous appuyer sur le patrimoine littéraire et scientifique de la France, du Québec, de la Belgique, de la Suisse et des autres pays de la francophonie.Le dernier mot à Rivarol6 « [\u2026] la parole et la pensée, le génie des langues et le caractère des peuples, se suivent d\u2019un même pas » : le français est et doit être, au Québec, l\u2019affaire de tout le monde, nationaux et immigrants, fédéralistes et souverainistes, libéraux et conservateurs.La langue française transcende les ethnies et les nationalités, les époques et les continents.Elle est parlée et écrite partout dans le monde, la vénérable Académie française compte, en son sein, des écrivains d\u2019Europe, d\u2019Afrique, 6 Écrivain du XVIIIe siècle, auteur de De l\u2019Universalité de la langue française, sujet proposé par l\u2019Académie de Berlin en 1783.Les citations de ce paragraphe sont tirées de ce texte. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 d\u2019Orient et d\u2019Amérique.Soyons-en fiers : elle est nôtre, il nous appartient de la rendre encore plus belle et de l\u2019enrichir de nos œuvres.Car « une langue riche ne fut jamais celle d\u2019un peuple ignorant et pauvre ».q 31 ARTICLES Jacques C.Martin et Jean-Jacques Nantel* QUI DOIT DÉFRAYER LE COûT DE CONSTRUCTION DU NOUVEAU PONT CHAMPLAIN ?Le gouvernement Harper affirme que le coût de reconstruction du pont Champlain doit être acquitté par les Québécois parce qu\u2019il s\u2019agirait selon lui d\u2019un pont à vocation locale ! Pourtant, il est facile de montrer qu\u2019il s\u2019agit aussi d\u2019un pont à vocation internationale et qu\u2019en conséquence, le coût devrait en être supporté par l\u2019ensemble de la population du Canada.1.Le pont Champlain, une infrastructure internationale Si le nouveau pont Champlain s\u2019avère très coûteux, c\u2019est parce qu\u2019il devra être très haut de manière à laisser passer sous ses structures les immenses navires océaniques qui se rendent jusqu\u2019aux Grands Lacs en empruntant la voie maritime du Saint-Laurent.C\u2019est parce que ce pont devra impérativement passer au-dessus de cette grande voie de commerce international que son COÛT INITIAL ESTIMÉ en 2014 est de 5 milliards $1.Comme le montrent les calculs présentés à la section 2, si le nouveau pont Champlain avait vraiment une vocation pure- 1 Le pont Champlain serait rentable à partir de 2,60 $ le passage (17 septembre 2014, Ici Radio-Canada).* Jacques C.Martin, L.Sc.com., et Jean-Jacques Nantel, ing 32 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 ment locale comme le prétend le gouvernement Harper, son altitude serait de quelques mètres seulement (comme un pont fluvial normal) et coûterait nettement moins que 1,5 milliard $.On parle ici d\u2019un écart considérable de coût de plus de 3,5 milliards $.Voici pourquoi le pont Champlain devrait être considéré comme ayant AUSSI une vocation internationale.Le réseau formé par les Grands Lacs et la Voie maritime du Saint- Laurent (GLVMSL)2 est la plus vaste voie navigable du monde et représente une part essentielle de l\u2019infrastructure de transport de l\u2019Amérique du Nord.L\u2019ensemble GLVMSL est situé au cœur du centre industriel de l\u2019Amérique du Nord où se trouvent le quart de la population nord-américaine de même que 55 % de ses industries manufacturières et de services.En plus de donner accès à l\u2019océan atlantique, cette artère INTERNATIONALE de transport met en communication deux provinces canadiennes (le Québec et l\u2019Ontario) et huit États américains et contribue à maintenir le haut niveau des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis ; un niveau qui est d\u2019ailleurs inégalé entre deux pays sur la planète.Tant au niveau national qu\u2019international, le réseau GLVMSL permet aux plus vastes marchés intérieurs du continent de réaliser d\u2019importants échanges commerciaux, notamment dans les secteurs industriel, manufacturier et agricole de même que dans celui des ressources naturelles.Depuis son ouverture en 1959, la Voie maritime du Saint-Laurent a permis le passage de plus de 2,3 milliards de tonnes 2 Études des Grands Lacs et de la Voie Maritime du Saint-Laurent, Ministère des Transports du Canada et le Department of Transport des États-Unis, rapport final, automne 2007 ; www.Greatlakes-seaway.com/fr/pdf/GLSL-Fin 33 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 métriques de marchandises d\u2019une valeur estimée à plus de 350 milliards de dollars3.Dans la région des Grands Lacs, la voie maritime joue un rôle stratégique puisqu\u2019elle sert au transport du charbon et du minerai de fer dont ont besoin certains secteurs économiques clés comme les industries sidérurgique et automobile.Le réseau GLVMSL permet ainsi d\u2019acheminer d\u2019immenses quantités de charbon du Montana et du Wyoming vers les centrales électriques situées sur les rives des Grands Lacs.En 2007, la voie maritime a permis de transporter plus de 80 % du minerai de fer utilisé dans la production d\u2019acier aux États-Unis.En plus du minerai de fer, d\u2019autres produits sont également transportés sur le réseau GLVMSL ; par exemple le coke, le sel, les produits pétroliers, les produits chimiques, le minerai transformé, l\u2019acier de même que d\u2019innombrables conteneurs de marchandises.Des enquêtes ont révélé que le réseau GLVMSL permettait aux expéditeurs de réaliser des économies d\u2019environ 2,7 milliards de dollars par année en coûts de transport.Ces économies sont particulièrement évidentes dans les secteurs de l\u2019acier et de l\u2019énergie dont la compétitivité a une énorme influence sur la performance générale de l\u2019économie nord-américaine4.3 Idem 4 Idem 34 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 2.Le coût de construction du nouveau pont Champlain s\u2019il avait une altitude de quelques mètres comme un pont fluvial normal Il est difficile de comparer les coûts de ponts différents à cause de la grande variabilité de leurs paramètres techniques, géologiques, structuraux, de la profondeur d\u2019eau, de la longueur des bretelles de routes nécessaires, etc.Cependant, même sans posséder d\u2019étude faite par une firme spécialisée de génie-conseil sur le prix de construction d\u2019un nouveau pont Champlain qui serait bas et, donc, de nature strictement locale, il est quand même possible d\u2019en évaluer la valeur en se servant des coûts de construction d\u2019un pont bas semblable qui a récemment été construit dans la région de Montréal.Pour commencer, notons qu\u2019il existe un pont bas à deux voies de circulation automobile qui traverse le fleuve Saint- Laurent à une centaine de mètres à peine à l\u2019ouest du pont Champlain.Ce pont de basse altitude, qui relie l\u2019île des Sœurs à la bordure nord de la voie maritime, s\u2019appelle l\u2019« estacade du pont Champlain ».Si, comme le prétend le gouvernement Harper, le nouveau pont Champlain (à six voies de circulation) était vraiment une infrastructure à vocation uniquement locale, les Québécois, pour traverser le fleuve, pourraient se contenter d\u2019une grosse estacade à six voies de circulation.Il va sans dire qu\u2019un pont aussi bas serait beaucoup plus économique à construire que la gigantesque structure qui est prévue pour remplacer l\u2019actuel pont Champlain et sous laquelle devront impérativement pouvoir passer les bateaux utilisant le réseau GLVMSL.Malheureusement, comme l\u2019estacade est une structure datant de plusieurs décennies, nous ne pouvons pas nous servir de ses coûts de construction pour faire nos calculs. 35 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Pour pouvoir comparer des comparables, nous nous servirons plutôt des coûts de construction ESTIMÉS qui étaient inscrits dans le contrat de construction signé en 2007 par le gouvernement du Québec et par « Concession A25 » pour la construction du pont à péages à six voies de circulation qui traverse la rivière des Prairies entre Laval et Montréal et qui se situe dans l\u2019axe de l\u2019autoroute 25.Chose importante, pour comparer des comparables, nous nous servirons dans nos calculs des coûts ESTIMÉS AVANT la construction de chacun des deux ponts de manière à annuler l\u2019influence de facteurs comme l\u2019inflation et les dépassements de coûts.En effet, si le projet autoroutier de l\u2019autoroute 25 était estimé à 207 millions $ en 2007, son coût final a quand même été de 500 millions de dollars5.Notons que, comme le coût du nouveau pont Champlain est ESTIMÉ à 5 milliards $ en 20146, on doit s\u2019attendre à ce que les désormais inévitables dépassements de coûts fassent gonfler la facture à 10 ou 12 milliards $ et peut-être même à 20 milliards $ si on tient compte des frais de financement devant s\u2019étendre sur plusieurs décennies.Les péages prévus sur le pont ne sont donc pas près de disparaître\u2026 Ajoutons qu\u2019il existe sept autres ponts et tunnel au Québec qui enjambent la voie maritime et qui sont eux aussi très hauts et coûteux parce qu\u2019ils doivent permettre aux navires océaniques de passer sous eux pour se rendre soit à Montréal, soit aux Grands Lacs.5 « Le pont de l\u2019autoroute 25 est officiellement ouvert », 21 mai 2011.Ici Radio Canada aussi « Transports Québec : Autoroute 25 \u2013 Parachèvement« 6 « Construction d\u2019un nouveau pont Champlain : péage et PPP », 6 octobre 2011, Ici Radio Canada 36 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Pour éviter toute sous-estimation des coûts calculés de cette façon, nous les exagérerons systématiquement en utilisant des facteurs multiplicateurs de sécurité .Voici donc le calcul : le projet autoroutier de l\u2019autoroute 25 à Laval a 7,2 km de longueur \u2013 dont 1,2 km pour le pont bas à six voies \u2013 et son coût ESTIMÉ en 2007 était de 207 millions de dollars7.En divisant le coût total du projet (207 M$) par les seuls 1,2 km du pont à six voies, on arrive à un coût moyen de 173 millions de dollars par kilomètre de pont.Même si on se donne une nouvelle marge de sécurité de 100 % en multipliant encore ce chiffre par deux, on aboutit à un coût moyen de 345 M$ par kilomètre.Comme l\u2019estacade du pont Champlain a une longueur de 2,043 km8, on peut doubler cette longueur pour faire bonne mesure et on arrive à une longueur totale de 4,09 km.Il suffit alors de multiplier ce chiffre par le coût au kilomètre calculé plus haut, soit 345 M$/km, pour arriver à un coût maximum de 1,4 milliard de dollars pour la construction de la grosse estacade à six voies dont le Québec aurait besoin si le nouveau pont Champlain avait pour seule utilité de permettre la traversée en voitures du fleuve Saint-Laurent.Cela signifie que, même en majorant de toutes les façons possibles et imaginables le coût de l\u2019estacade à six voies dont les automobilistes québécois auraient besoin pour se rendre sur la rive sud du Saint-Laurent, on en arrive à un coût maximal qui est 3,6 fois moins important que ce que 7 « Transports Québec : autoroute 25 \u2013 Parachèvement », 2007 8 http ://pjcci.ca 37 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 le gouvernement fédéral entend nous imposer par voie de péages pour construire le nouveau pont Champlain.Puisque le pont Champlain a clairement une vocation à la fois locale et internationale, il est parfaitement injuste de faire payer aux seuls Québécois la totalité du coût estimé de sa construction qui est de 5 milliards de dollars.En fait, le gouvernement Harper financera la construction du pont, mais en refilera la facture aux automobilistes qui l\u2019emprunteront par un système de péages à l\u2019exemple du pont de l\u2019autoroute A-25 à Laval.Conclusion Si le pont Champlain était vraiment une infrastructure à vocation locale, il aurait la hauteur d\u2019un pont normal et coûterait moins que 1,5 milliard de dollars ; c\u2019est-à-dire 3,5 milliards de dollars de moins que ce que le gouvernement Harper s\u2019apprête à faire payer aux Québécois.Or, comme nous l\u2019avons clairement montré dans cet article, le nouveau pont Champlain sera un pont à vocation tant locale que nationale ou internationale puisqu\u2019il devra être suffisamment haut pour permettre à des navires océaniques de passer en dessous.Il conviendrait donc que les Québécois paient un grand maximum de 1,5 milliard de dollars pour sa construction ; les autres 3,5 milliards de dépenses devant être payés par les propriétaires des navires de toutes provenances qui empruntent la voie maritime pour se rendre en Ontario.Pour faire avaler la pilule aux Québécois, le gouvernement Harper utilise une technique classique de diversion en proposant de donner au nouveau pont le nom de Maurice Richard, cette légende du hockey qui a si brillamment su 38 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 inspirer de la fierté aux Québécois au cours des décennies quarante et cinquante.En créant une polémique inutile autour de ce changement de nom, le gouvernement Harper espère faire oublier qu\u2019en plus de forcer les Québécois à subventionner massivement le commerce maritime à destination de l\u2019Ontario et des Grands Lacs, il a confié la réalisation du nouveau pont à une firme non québécoise.Voici un bel exemple des coûteuses arnaques grâce auxquelles le Canada anglais s\u2019est enrichi aux dépens du Québec depuis 254 ans\u2026 q 39 ARTICLES Lucia Ferretti* LE DÉMANTèLEMENT DE LA NATION (CHRONIQUE 4)** La période couverte s\u2019étend du 25 août au 28 novembre (3 mois).Elle se clôt à la veille de la grande manifestation contre l\u2019austérité qui s\u2019est tenue à Montréal et à Québec ; et au terme d\u2019une semaine où, à la suite de l\u2019exemple donné par Gabriel Nadeau-Dubois et à son appel, plus de 350 000$ ont été recueillis pour dire au pétrole sale de l\u2019Alberta « Coule pas chez nous » ! Oui, il est possible de nous mobiliser, nous le ferons de plus en plus souvent.L\u2019automne a été l\u2019occasion de lancer de nombreux ballons pour tester la résignation ou la colère des Québécois devant le saccage annoncé de l\u2019État québécois.Mais au-delà des ballons, et sous prétexte de nous amener à vivre selon nos moyens, un double mouvement est en marche.Le premier, c\u2019est évidemment celui de la privatisation.Les services qui offrent une perspective de profits seraient vendus par des compagnies œuvrant dans le marché.Ce sera le cas par exemple de la procréation assistée, dont on ne nie pas que le secteur a besoin de balises.Pour les autres, le ministre Leitao a laissé échapper qu\u2019il verrait bien que les entreprises d\u2019économie sociale puissent s\u2019en charger ; par exemple, pour les bains à domicile aux personnes en perte d\u2019autonomie.* Université du Québec à Trois-Rivières ** Les dates entre parenthèses renvoient à l\u2019édition du Devoir.Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une autre source, celle-ci est mentionnée explicitement. 40 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Le second mouvement, c\u2019est de livrer le Québec pieds et poings liés à Ottawa.Pour cela, les libéraux ont entrepris deux actions.A) Briser notre distinction nationale et les organes dans lesquels elle s\u2019incarne.La présence internationale du Québec, déjà diaphane, est encore atrophiée.Les lieux et outils de création et d\u2019expression de notre culture sont fragilisés.Nos organes de concertation, sectoriels ou régionaux, seront démantelés.Notre souveraineté est cédée sur des régions entières du territoire.B) Briser aussi notre distinction sociale.En mettant fin au programme à vocation universelle (certes à compléter) des CPE ; en sabrant les dépenses dans le programme d\u2019assurance stabilisation des revenus agricoles ; en privant les municipalités de milliards pour la réparation ou le développement de leurs infrastructures ; en cessant d\u2019indexer le programme de soutien aux organismes communautaires, et par tant d\u2019autres mesures encore, que fait donc le gouvernement Couillard ?Il offre une occasion en or au gouvernement fédéral de suppléer le manque.Mais les programmes fédéraux ne sont pas taillés pour convenir à la différence québécoise.Finis notre originalité, nos priorités, nos modes propres d\u2019aménager le lien social voire nos manières de faire couple et famille.À vrai dire, pour être logiques, les libéraux devraient oser annoncer que l\u2019État québécois renoncera désormais à sa propre déclaration d\u2019impôt et fera comme les autres provinces : confier à Ottawa la perception de tous les revenus et dépendre de sa bonne volonté pour remettre ce qu\u2019il juge revenir à notre État ! Le chroniqueur Michel David a énoncé cette idée sombre (25 nov.).Mieux encore : pourquoi les libéraux n\u2019annoncent-ils pas carrément qu\u2019ils renoncent à l\u2019État provincial et acceptent le Canada comme État unitaire ?Il ne devrait pas être difficile de convaincre les provinces anglophones et Ottawa de signer une telle refonte constitutionnelle à temps pour 2017. 41 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 En même temps que la lutte contre l\u2019austérité, il faut donc mener aussi celle pour maintenir notre distinction nationale et sociale.De plus en plus, on voit bien que ceci passe par un État québécois pleinement souverain.À surveiller : \u2022 La réaction des régions (organismes publics, chambres de commerce et autres porte-parole du secteur privé, organismes communautaires confondus) devant la disparition de tous les organes qui leur donnent une voix.Le gouvernement Couillard entend en effet : 1) abolir les directions régionales des ministères de l\u2019Éducation (MELS) et de l\u2019Immigration, Diversité et Inclusion (MIDI) ; abolir les agences régionales de Santé et de Services sociaux ; 2) abolir les Conférences régionales des élus (CRÉ) ; faire dépendre la survie Centres locaux de développement (CLD) du bon vouloir des MRC ; 3) abolir la plupart des directions des établissements de santé et de services sociaux ; 4) la loi C-65 sur l\u2019attribution des contrats gouvernementaux ne prévoit aucune clause pour favoriser les entreprises québécoises ; 5) les municipalités et les agriculteurs sont particulièrement visés par la commission Robillard (24 nov.).Bref, toutes ces régions qui ont voté libéral et ont donné le pouvoir au gouvernement seront réduites au silence.Se lais- seront-elles faire ?Laisseront-elles aller le processus de centralisation de toutes les décisions à Québec et à Montréal ?Laisseront-elles aller des centaines d\u2019emplois publics bien payés non remplacés par des emplois privés ?Laisseront-elles les terres retourner en friche ?Accepteront-elles que les PME des régions soient privées du soutien professionnel que leur apportent des CLD, dont la survie est laissée au bon vouloir des MRC (6 nov.) ?Se résigneront-elles à voir partir les jeunes à 42 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 qui aucun avenir professionnel n\u2019est dessiné ?Allez, les députés libéraux des régions, voire de Montréal : faites entendre plus clairement que cela votre dissidence ! Faites comme Pierre Paradis, Laurent Lessard et même Jacques Daoust.\u2022 La manière dont le gouvernement va épargner la minorité anglophone dans la restructuration des services de santé et des services sociaux ainsi que dans la réforme des structures en éducation.C\u2019est d\u2019ailleurs déjà commencé.Par exemple, l\u2019hôpital St.Mary et l\u2019Hôpital général juif s\u2019opposent à être fusionnés, alors que le projet de loi 10 le prévoit.Parions qu\u2019ils ne le seront pas (20 oct.).Comme l\u2019a dit le ministre Barrette au Quebec Community Groups Network : « Vous ne pouvez avoir une meilleure écoute qu\u2019aujourd\u2019hui » (31 oct.).Les anglophones ont fait valoir qu\u2019ils iront devant les tribunaux pour défendre leur droit à la gouvernance locale contre toute prétention du gouvernement de centraliser davantage la gestion des établissements de santé et du système scolaire (30 oct.).D\u2019ailleurs, le plan Bolduc prévoit abolir de 40 % des commissions scolaires francophones, mais seulement 22 % des commissions scolaires anglophones (21 nov.).Et c\u2019est sans compter que le ministre se félicite de confier aux parents hassidiques d\u2019intégrer leurs enfants à la société québécoise par de la scolarisation à la maison (5 nov.).Alors que les régions perdront toute prise sur les décisions qui les concernent si les réformes prévues vont leur train, les anglophones conserveront-ils toute mainmise sur leur réseau public et les minorités religieuses anglicisées conserveront- elles le droit de ne pas s\u2019intégrer au Québec, alors que leurs institutions sont autant les unes que les autres presque entièrement financées par les Québécois francophones ? 43 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 \u2022 Les suites de la commission Charbonneau.L\u2019UPAC est désormais aux trousses des proches de Jean Charest (avec, en plus, la mort d\u2019un enfant, et c\u2019est terriblement triste) ; elle a Jean Charest lui-même dans sa mire.L\u2019ancien premier ministre, l\u2019ancienne vice-première ministre Nathalie Normandeau (1-2 nov.), l\u2019ancienne ministre Line Beauchamp, l\u2019ancien grand argentier du Parti libéral Marc Bibeau, seront-ils enfin sanctionnés ?Il est vrai que la commission Charbonneau a tout fait pour éviter de remonter jusqu\u2019au financement du Parti libéral provincial (20-21 oct.) ; on apprend que c\u2019était pour ne pas compromettre les opérations de l\u2019UPAC : espérons que celles-ci aboutiront.De la même façon que la pression des journalistes d\u2019enquête et de la population a finalement obligé Jean Charest à instaurer cette commission, il faut exiger que nous puissions collectivement en tirer de vrais résultats.À quand, en particulier, un examen de l\u2019aveuglement volontaire du Directeur général des élections à l\u2019époque de Jean Charest (16 sept.) ?À quand la reconnaissance officielle que « le PLQ [est le] véhicule favori des corrupteurs » comme le titre Le Devoir en faisant référence à l\u2019analyse du politologue libéral Denis Saint-Martin (28 oct.) ?1.Affaiblir la capacité de l\u2019État québécois de structurer le territoire, la société et la nation 1.1.L\u2019action du gouvernement du Québec du libéral Philippe Couillard Confirmer la cession à Ottawa de la partie est du golfe du Saint-Laurent.Accord sur le point d\u2019être conclu entre Québec et Ottawa sur l\u2019exploitation d\u2019éventuelles sources d\u2019énergies fossiles dans le golfe du Saint-Laurent (15 oct.) En vertu de cet accord, le fédéral cède au Québec toutes les 44 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 redevances tirées d\u2019une éventuelle exploitation (l\u2019entente à cet effet remonte à 2010).Par contre, Québec confirme la cession de ce qui lui appartient (et qui fut cédé une première fois en 2010 par le gouvernement Charest), à savoir la partie du golfe du Saint-Laurent qui est située à l\u2019est de l\u2019extrémité ouest de l\u2019île d\u2019Anticosti ; de plus, les recettes provenant de l\u2019impôt sur le revenu et des taxes de vente ne profiteront pas seulement au Québec, mais aussi au gouvernement fédéral (15 oct.+ HTTP : //www.fasken.com/fr/petrole-et-gaz-dans- le-golfe-du-saint-laurent/).Adhérer à la Stratégie canadienne de l\u2019énergie, qui passe par le développement du pétrole de l\u2019ouest plutôt que par les énergies renouvelables, le marché du carbone et l\u2019émergence de technologies vertes (2 sept.).Solliciter le gouvernement fédéral pour qu\u2019il investisse dans les infrastructures des provinces, même si cela n\u2019est pas du tout de sa compétence (22 nov.).Adhérer aux négociations pour éliminer les barrières au commerce interprovincial.Cela pourrait signifier entre autres ouvrir les contrats publics du Québec aux entrepreneurs des autres provinces, ouvrir le marché du travail québécois aux professionnels d\u2019ailleurs au Canada qui seraient dispensés de répondre aux exigences de nos corporations, fragiliser la SAQ, etc.Et en échange de quoi, au juste ?Du risque que le fédéral saute à pieds joints dans cette compétence des provinces qu\u2019est le commerce intérieur, exactement comme il le fait actuellement dans le secteur des valeurs mobilières (Jean-Robert Sansfaçon, 8 sept.).Consentir un statut particulier pour Montréal.Le projet de loi envisagé permettrait à Montréal d\u2019interagir directement avec le gouvernement fédéral, comme le fait Toronto.Or, les 45 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 municipalités, aussi grandes soient-elles, sont des créatures de l\u2019État provincial.Soustraire Montréal à la juridiction directe de Québec, lui permettre de négocier directement avec le fédéral, qui travaille fort pour s\u2019implanter toujours davantage dans le secteur des infrastructures, notamment, c\u2019est limiter la possibilité pour l\u2019État québécois de penser le développement du Québec en comptant avec la métropole.De plus, c\u2019est donner à la métropole un pouvoir de négociation et une influence politique directe sur le développement de tout le Québec (13 sept.).Affamer les municipalités.La commission Robillard propose des coupes de transferts de 1,3 milliard (24 nov.).Un épouvantail est bien commode.Et il est beau de prétendre qu\u2019en vertu du pacte fiscal transitoire conclu pour 2014-2015 entre le gouvernement et les municipalités, les compressions seront de « seulement » 300 millions (9 nov.).Si Québec et Montréal ont accepté celles-ci, les villes de Trois-Rivières, Laval, Gatineau, Longueuil et Saguenay les ont vivement dénoncées (6 nov.).De quels « nouveaux pouvoirs » hériteront les villes et les MRC, et avec quel argent pourront-elles les assumer ?Prendre part à un programme d\u2019achats de médicaments commun à plusieurs provinces.Ce que même Jean Charest avait refusé.« Le Québec est de retour à bord de \u201cl\u2019équipe Canada\u201d », dit le premier ministre Couillard.En lisant cet article du Devoir (« Les provinces s\u2019organisent sans Ottawa », 30 août), on constate qu\u2019en échange, le Québec n\u2019a strictement rien obtenu, et surtout pas que les autres provinces se joignent à un système d\u2019échange de droits d\u2019émission des gaz à effets de serre\u2026 En fait, en agissant ainsi, le Québec ouvre tout grand la porte à ce que l\u2019État fédéral décide un jour de créer un programme pancanadien d\u2019assurance-médicaments, une autre intrusion dans une compétence provinciale (6 oct.). 46 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Promouvoir le pétrole et le gaz.Le règlement provincial sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) protège insuffisamment l\u2019eau potable des municipalités et ne freine pas les activités des pétrolières et des gazières, ni à Gaspé ou à Anticosti ni ailleurs (20 sept.).Du reste, le ministère des Affaires municipales laisse Ristigouche se débattre seule dans sa lutte contre Gastem, présidée par un ancien ministre libéral (17 nov.).Dans ce contexte, pas étonnant que l\u2019industrie du gaz de schiste estime qu\u2019il faut désormais lancer des projets- pilotes d\u2019exploitation dans la vallée du Saint-Laurent (4 nov.).Foncer tête baissée pour une réforme de la santé.Le ministre Barrette dit qu\u2019il s\u2019inspire du système Kaiser Permanente, aux États-Unis, un des plus performants au monde (23 oct.).Dès le 2 octobre, le Regroupement provincial des comités des usagers s\u2019insurge contre ce projet de réforme.C\u2019est le cas aussi de la Centrale des syndicats du Québec (20 oct.).Le groupe Médecins québécois pour le régime public dénonce la hâte du gouvernement, de même la Fédération des médecins omnipraticiens (22 oct.), la Fédération des médecins spécialistes (21 oct.) et la Fédération des médecins résidents (23 oct.).La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) notent qu\u2019il s\u2019agit là avant tout de créer plus de place pour le secteur privé (13 nov.).Ce qui n\u2019est pas payant pour le privé restera au secteur public, mais tout racorni : la santé publique, la prévention, la santé mentale écoperont tout particulièrement (11-12 oct.).Tous soulignent la centralisation, le gigantisme, la politisation du processus de nomination des gestionnaires, le chèque en blanc que se donne le ministre, l\u2019hospitalocentrisme, l\u2019espèce de mise sous tutelle des établissements, etc.Tous disent qu\u2019il n\u2019y a rien là-dedans pour améliorer la qualité des soins, et notamment la première ligne.La Protectrice du citoyen se 47 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 montre prudente, elle exige au moins que les règlements soient publiés dans la Gazette officielle, ce que veut éviter le ministre Barrette (28 oct.).Quant à l\u2019ancien ministre Claude Castonguay, il prévoit une catastrophe (3 nov.).Sabrer les dépenses des programmes sociaux.La liste est longue et touche encore et toujours les plus démunis.Cela va des compressions à la protection de la jeunesse jusqu\u2019à celles dans les programmes de soutien à l\u2019autonomie des aînés, en passant par les coupes dans les programmes d\u2019insertion au travail des personnes bénéficiant de l\u2019aide sociale ou l\u2019aide aux victimes d\u2019actes criminels ou aux personnes ayant des problèmes de santé mentale ou des déficiences intellectuelles : aucun groupe défavorisé n\u2019est épargné et la Protectrice du citoyen s\u2019en inquiète (19 sept.).En plus des programmes, certains établissements seront carrément abolis, même s\u2019ils ont une mission unique comme les CRDI-TED (21 oct.) ou les Centres jeunesse (15 oct.).Il s\u2019agit « d\u2019enligner » le Québec sur l\u2019Ontario et tant pis pour l\u2019augmentation des inégalités sociales à prévoir (3 oct.) Sabrer le soutien à l\u2019agriculture.Selon l\u2019OCDE, le Québec accorde un soutien de 21 % en 2013 à son secteur agricole (très proche en cela de l\u2019Union européenne à 18,2 % ; et très loin d\u2019un pays à économie nordique comme la Norvège, à 52,9 %).Mais ce soutien est de 11,6 % au Canada.Le gouvernement Couillard a donc laissé entendre qu\u2019il y verrait (15-16 nov.).La commission Robillard a d\u2019ailleurs proposé de transformer le Programme d\u2019assurance stabilisation des revenus agricoles en un Programme d\u2019assurance dont l\u2019État québécois se retirerait, une économie de 300 millions $ (24 nov.).Le ministre Coiteux s\u2019est voulu rassurant, mais dans les faits il n\u2019a pris aucun engagement (25 nov.).Ah oui, il a coupé les vivres à l\u2019organisme Solidarité rurale, jugé trop revendicateur (6 nov.). 48 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Attaquer les familles, et plus particulièrement les femmes.Les libéraux envisagent de couper dans les congés parentaux (17 sept.).Ils mettent fin au programme de fertilité assistée en le privatisant en grande partie (28 nov.).Et c\u2019est sans compter la question des CPE sur laquelle je reviens ci-après.Attaquer la fonction publique, et plus particulièrement les femmes.Élimination de 1500 emplois dans la fonction publique.Or 75 % des employés du secteur public sont des femmes (26 nov.).Refuser d\u2019occuper l\u2019espace fiscal libéré par Ottawa.Nageant dans les surplus, Ottawa s\u2019apprête non pas à céder des points d\u2019impôt aux provinces ou à augmenter ses transferts vers celles-ci, mais à diminuer l\u2019impôt des particuliers et des entreprises.Ce serait l\u2019occasion pour le gouvernement Couillard d\u2019augmenter l\u2019impôt provincial pour soutenir les programmes de l\u2019État québécois.Mais évidemment, comme les libéraux et les caquistes se sont employés depuis des années à dénigrer l\u2019impôt comme mécanisme de justice sociale et de solidarité, décider de les augmenter a désormais un coût politique (19 sept.).Les libéraux préfèrent de beaucoup faire payer ce coût politique par l\u2019État québécois lui-même en l\u2019atrophiant au point qu\u2019il ne puisse plus remplir ses missions.Pénaliser l\u2019économie \u2022 82 000 emplois perdus entre le 7 avril, date des élections, et le début de novembre (12 nov.) \u2022 La mine du lac Bloom, près de Fermont, ferme ses portes : perte de 500 emplois (24 nov.). 49 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 \u2022 Le projet de Mine Québec Lithium s\u2019effondre.« Une perte potentielle de dizaines de millions pour l\u2019État québécois », titre Le Devoir (22 oct.).\u2022 Les investissements miniers en baisse au Québec pour la première fois depuis 2004 (26 nov.) \u2022 Don d\u2019avantages fiscaux et d\u2019infrastructures payées par les fonds publics en vertu du Plan Nord, alors le vérificateur général du Québec a bien montré que l\u2019État ne retire que de faibles retombées de l\u2019exploitation des ressources naturelles (1er oct.).D\u2019ailleurs, le ministre Arcand refuse de garantir que ces fonds publics dans le Grand Nord rapporteront les bénéfices escomptés, tandis que le gouvernement libéral n\u2019a jamais fait d\u2019analyse coûts-bénéfices du projet de Plan Nord (1-2 nov.).\u2022 Perte de compagnies et disparition de sièges sociaux.La saignée continue : la firme montréalaise d\u2019ingénierie Dessau est vendue à l\u2019albertaine Stantec (25 sept.).Par ailleurs, en acquérant Standard Life, Manuvie n\u2019a pas garanti le maintien des emplois de cadres décisionnels et d\u2019une expertise financière à Montréal, mais a simplement dit qu\u2019elle voulait le faire ; cet achat s\u2019est fait en partie grâce au financement par la Caisse de dépôt et placement, dont on peut se demander si Michael Sabia défend toujours les intérêts du Québec (4 et 19 sept.).\u2022 Surplace du PIB au 2e trimestre : le Québec en queue des provinces (28 sept.et 24 oct.) \u2022 Des cinq régions du Canada, le Québec est la deuxième pour le ralentissement des mises en chantier en octobre (11 nov.). 50 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 \u2022 Hache dans le programme de soutien aux « gazelles » lancé par le gouvernement Marois, qui était en coïncidence avec les recommandations de l\u2019OCDE.Selon le ministre de l\u2019Économie Jacques Daoust, les grandes entreprises sont le fer de lance de l\u2019emploi, et non les PME.Or, il a tout faux (23 sept.; Pierre-André Julien, 3 oct.).\u2022 La fin des crédits d\u2019impôt pour les entreprises, y compris dans les niches où le Québec (et Montréal) performe et où les diminutions d\u2019impôts ne suffisent pas : même le maire Coderre, un libéral, et le ministre Jacques Daoust remettent en question les coupes à l\u2019aveugle dans les secteurs du jeu vidéo, des effets spéciaux, des technologies de la santé et de l\u2019aérospatiale (18-19 oct.; 18 nov.).\u2022 Toutes les instances de coordination régionales sont menacées (voir ci-haut).Ex.les bureaux régionaux du MIDI (24 oct.).\u2022 Des décisions pour soutenir les amis, au contraire même de toute logique nationale : \u2022 L\u2019autorisation de scolariser des enfants juifs hassidiques à la maison, au lieu de poursuivre l\u2019école juive illégale (5 nov.).On verra ce qui advient de la poursuite intentée par un ex-membre de la communauté juive orthodoxe de Boisbriand contre le gouvernement, la commission scolaire locale, la Direction de la protection de la jeunesse et deux écoles juives au motif qu\u2019il a été privé de la scolarisation prévue par la loi (22 nov.).\u2022 Hausse des salaires des médecins beaucoup moins étalée que ce que le ministre Barrette avait officiellement dit souhaiter (25 sept.), mais dans cette affaire il est juge et partie. 51 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 \u2022 Refus de racheter les PPP du CHUM et du CSUM, ce qui pourrait faire épargner jusqu\u2019à 4 milliards $ aux contribuables selon une étude de l\u2019IRIS (28 oct.; 1-2 nov.) \u2022 Développement des supercliniques, dont il n\u2019est pas précisé encore si elles seront privées ou publiques, mais dont l\u2019exploitation intéresse intensément le Groupe Jean Coutu (9 oct.).1.2.L\u2019action du gouvernement fédéral et des organismes fédéraux Pétrole et gaz.Non seulement le projet Énergie-Est de Trans- Canada n\u2019aura pas de retombées positives pour le Québec, mais il pourrait même entraîner des pertes d\u2019emplois en plus de faire financer l\u2019exportation de pétrole à l\u2019étranger par les consommateurs de gaz naturel.Selon madame Sophie Brochu, présidente et directrice générale de Gaz Métro, le projet actuel de transformation d\u2019un tronçon de gazoduc en oléoduc fera monter d\u2019une centaine de millions par année le prix du gaz naturel au Québec par réduction des possibilités d\u2019approvisionnement (22 oct.).Mais le Québec n\u2019a pratiquement pas de moyens de bloquer le projet même s\u2019il le voulait et même s\u2019il en assume tous les risques.L\u2019occupation fédérale du territoire québécois, c\u2019est cela, entre autres (Josée Boileau, 10 sept.).La bourgeoisie québécoise des ressources naturelles est donc désormais dans le compresseur de la bourgeoisie canadienne.Pétrole et gaz.Alors que le transport du pétrole par train peut avoir les conséquences que l\u2019on sait (Lac-Mégantic, pour mémoire), Statistique Canada a décidé de ne plus diffuser les informations sur les arrivages de pétrole dans les raffineries du Québec en provenance de l\u2019Ouest et de l\u2019Est canadien ainsi que des États-Unis (15 oct.). 52 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Port de Québec.Dans l\u2019affaire de la poussière rouge provenant de l\u2019entreprise Arrimage Québec, survenue en 2012 dans les quartiers avoisinant le Port de Québec, la Cour supérieure a autorisé un recours collectif.Le Port de Québec, un organisme fédéral, refuse d\u2019être jugé par un tribunal du Québec même s\u2019il s\u2019agit d\u2019une cause civile.Il exige d\u2019être jugé en Cour fédérale (23 oct.).Port de Cacouna.Le fédéral s\u2019arroge le droit d\u2019autoriser TransCanada à forer le Saint-Laurent.Sur les rives du fleuve, le Québec n\u2019a rien à dire.C\u2019est la Constitution\u2026 (Jean-Marie Desgagné, 25 sept.).Idem pour le lac Saint-Pierre, menacé lui aussi par le pétrole lourd chargé à Sorel-Tracy (Denis Robillard, 6 oct.).La démolition de l\u2019aérogare de Mirabel sans laisser le temps aux promoteurs du pôle aéronautique de développer leur projet.La Ville de Mirabel envisage de refuser d\u2019octroyer un permis de démolition à ADM, qui est une corporation privée.Mais le fédéral n\u2019est pas de cet avis\u2026 et il n\u2019est pas obligé de se soumettre aux lois provinciales ni aux règlements municipaux (17 sept.).Aérodrome de Neuville.La compagnie qui l\u2019exploite refuse de se conformer aux règlements municipaux et soutient ne devoir respecter que les lois fédérales (20 sept.).Le péage non seulement sur le pont Champlain (18 sept.), mais éventuellement sur les autres ponts fédéraux (Jacques-Cartier et Honoré-Mercier), ce qui forcerait le gouvernement du Québec à instaurer un péage sur le tunnel Louis-Hyppolyte Lafontaine.La constitution dit pourtant que le transport routier est une compétence provinciale exclusive (2 oct.).En procédant ainsi, unilatéralement, le gouvernement fédéral empêche le Québec 53 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 d\u2019avoir, éventuellement, sa propre stratégie de recours au péage.Comment en effet faire avaler au contribuable un double péage (Jean-Robert Sansfaçon, 19 sept.) ?Or, un péage bien pensé, comme à Stockholm, pourrait être accepté par les automobilistes (10 nov.) ; un péage qui ne servirait pas à rentabiliser la construction et l\u2019entretien des infrastructures, mais plutôt le transport en commun rapide.Avec le péage fédéral, le Québec perdra ce moyen d\u2019action verte.Le péage sur le pont Champlain.À Montréal, toute la facture de la construction du nouveau pont est refilée aux utilisateurs.Deux poids, deux mesures.Car Ottawa paiera une part du nouveau pont reliant Windsor et Détroit (Jean-Robert Sansfaçon, 19 sept.).Ottawa maintient sa décision d\u2019abolir graduellement le crédit d\u2019impôt fédéral de 15 % dont jouissent les contribuables qui investissent dans la finance socialement responsable et notamment dans le Fonds de solidarité FTQ, le Fondaction CSN et Capital régional et coopératif Desjardins.Pourtant ces fonds contribuent au développement économique et stimulent l\u2019épargne retraite.Les acteurs politiques et économiques québécois sont à l\u2019unanimité pour le maintien de ce crédit d\u2019impôt (24 et 28 sept.).Mais Ottawa n\u2019entend rien, car la formule ne fonctionne pas aussi bien ailleurs au Canada.Il n\u2019y a donc aucune raison de soutenir le Québec, n\u2019est-ce pas ?Parallèlement, toutefois, Ottawa et Québec investissent dans un nouveau fonds privé de capital de risque, Teralys.La contribution du Québec égale celle d\u2019Ottawa, mais le fonds pourra investir partout au Canada (11 nov.).Des fonds québécois iront donc ailleurs qu\u2019à stimuler l\u2019économie québécoise. 54 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Le dollar trop fort, ce qui nuit aux exportations manufacturières du Québec et de l\u2019Ontario (23 oct.; 13 nov.).Le maintien du déséquilibre fiscal (désormais appelée « disparité fiscale » par Ottawa) : même le directeur parlementaire du budget fédéral et le Conference Board du Canada constatent le problème (1er et 3 oct.).Les surplus fédéraux, accumulés aux dépens des provinces, de la fonction publique fédérale (emplois supprimés) et des chômeurs ne seront pas redistribués aux provinces (ni en transferts ni en points d\u2019impôts).À la place, l\u2019argent ira en réduction d\u2019impôt à des clientèles ciblées.Chose étonnante : ce sont les contribuables du Québec qui bénéficieront le moins des cadeaux fiscaux fédéraux tels que le fractionnement du revenu des ménages, car la conformation de ceux-ci y correspond moins qu\u2019ailleurs au modèle privilégié par Ottawa (Gérard Bérubé, 1-2 nov.).Contrôle des armes à feu.Ottawa sera seul juge des armes à interdire, quitte à encadrer le pouvoir des contrôleurs provinciaux.Même Philippe Couillard s\u2019en inquiète (8 oct.).Augmentation des pouvoirs du SCRS.Il est vrai que c\u2019est pour traquer les djihadistes.Mais, par ailleurs, combien de millions de Canadiens, et de Québécois indépendantistes ont un dossier au SCRS ?Chaque fois qu\u2019Ottawa augmente l\u2019État policier, il se donne le pouvoir de traiter les Québécois en ennemis au moment opportun (17 oct.).Le projet de loi C-44 enserre la démocratie dans un corset (29 oct.).Augmentation des pouvoirs de la GRC.Celle-ci aimerait pouvoir agir non seulement contre les terroristes, mais contre ceux qu\u2019elle soupçonne de l\u2019être (28 oct.).Déjà, elle collecte des données personnelles sans mandat ni transparence (31 oct.). 55 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Virage commercial d\u2019une part et évangéliste de l\u2019autre imposé à la coopération internationale.Ce qui est en train d\u2019éroder l\u2019expertise du Québec, beaucoup plus cadrée culturelle- ment dans la coresponsabilité, la solidarité et la justice sociale (15-16 nov.).Système carcéral.Dans les prisons fédérales, les coupes dans les services de formation et de réhabilitation aux prisonniers, la difficulté croissante d\u2019obtenir une libération conditionnelle, l\u2019imposition de peines plus longues, tout semble axé sur une intensification de la répression plutôt que sur l\u2019approche de réinsertion sociale privilégiée par les intervenants québécois (15-16 nov.).Par ailleurs, l\u2019augmentation des condamnations pour délits mineurs provoque la hausse de la population carcérale dans les prisons provinciales aussi.Au point que le ministre Jean-Marc Fournier songe à faire payer Ottawa (20 nov.).Tribunal de la sécurité sociale.Les auteurs d\u2019un rapport sur la réforme de l\u2019assurance-emploi, instaurée en janvier 2013 par le gouvernement fédéral, notent le ton employé par le gouvernement fédéral.Ils estiment que celui-ci veut susciter la « honte » chez les prestataires de l\u2019assurance- emploi et les contraindre à accepter n\u2019importe quel emploi (30 oct.).Là encore, tout comme dans le système carcéral et la coopération internationale, on voit s\u2019épanouir dans les institutions fédérales une culture de mépris pour les pauvres et l\u2019utilisation contre eux de mesures vexatoires.Par ailleurs, à peine 1 % des jugements de ce Tribunal sont publiés, les autres demeurent secrets ; et les procédures sont si compliquées, et les délais si longs pour obtenir une décision, que les chômeurs, dans la plupart des cas, se découragent et abandonnent (11 nov.). 56 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 1.3.L\u2019action des groupes de pression pour empêcher l\u2019État québécois d\u2019imposer ses normes et d\u2019utiliser ses outils Les minières.Grosses pressions pour empêcher que les normes environnementales et les mesures de protection de la santé humaine soient resserrées.Trois mines à ciel ouvert verront le jour en Abitibi et on n\u2019exige pas que les normes actuelles contre les poussières, entre autres, soient plus strictes (20 oct.).Les entreprises.La Fédération canadienne de l\u2019entreprise indépendante réclame une diminution de la taxation des compagnies (22 oct.).Idem pour manufacturiers et exportateurs du Québec, qui demandent des baisses d\u2019impôt sur la masse salariale et sur les revenus des entreprises (23 oct.) TransCanada multiplie les recours judiciaires pour retarder la date d\u2019audition de la requête en injonction permanente qui pourrait compromettre les forages jusqu\u2019au moment d\u2019un éventuel pourvoi en Cour d\u2019appel (Julien Thibault, 21 oct.).Il a fallu la décision de la juge Claudine Roy pour que le ministre de l\u2019Environnement David Heurtel cesse de se fier seulement aux évaluations environnementales faites par TransCanada (23 sept.) ; et une pression populaire intense pour décider le gouvernement Couillard à soumettre le tracé de l\u2019oléoduc au BAPE (20 et 21 nov.).TransCanada nie la compétence du Québec sur l\u2019oléoduc, en dépit de plusieurs jugements de la Cour suprême dans diverses causes ayant confirmé que ce n\u2019est pas parce que le projet d\u2019une entreprise traverse plusieurs provinces que celle-ci peut échapper entièrement aux lois provinciales et aux règlements municipaux.Il reste qu\u2019en l\u2019état actuel de la constitution, « le Québec ne peut interdire la construction de l\u2019oléoduc ni du port pétrolier » (Jean Baril et David Robitaille, 31 oct.) 57 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 L\u2019industrie automobile.Elle s\u2019oppose férocement à toute velléité d\u2019une loi émission zéro (et de toute façon le gouvernement libéral est pétrophile et électrophobe, surtout le ministre des Transports Robert Poëti).Pourtant, une telle loi pourrait rapporter des revenus à l\u2019État, sans compter qu\u2019elle favoriserait l\u2019utilisation de nos surplus d\u2019hydroélectricité (14 oct.).2.Affaiblir nos outils collectifs Universités.Les compressions menacent directement leur mission.Particulièrement en région.Sur ce point, le gouvernement a commencé par refuser de considérer le réseau de l\u2019Université du Québec sur le même pied que les universités à charte et a voulu l\u2019inclure dans le gel des effectifs prévu par la Loi 15, alors que ce ne sera pas le cas pour les autres établissements (7 nov.).Il a fallu toutes les pressions du réseau pour faire reculer le ministre.Aux 172 millions $ de compressions exigées lors du budget du printemps, le ministre Coiteux a ajouté 32 millions$ en novembre (14 nov.).Cégeps.Régulièrement revient cette idée d\u2019abolir le réseau collégial.Même si le premier ministre Couillard a dit qu\u2019il n\u2019en est pas question, on asphyxie les cégeps.C\u2019est ainsi que la réforme du collégial devra se faire à coût nul (21 oct.).Pas un seul sou ne sera investi par Québec.De plus, cette réforme semble être tournée essentiellement vers la formation utilitariste à court terme (3 nov.).Et c\u2019est sans compter la dévalorisation du français, dont une maîtrise correcte ne serait plus nécessaire pour obtenir le DEC (27 oct.).Aux 21 millions $ de compressions exigées dans le premier budget Leitao, le ministre Coiteux a ajouté 19 millions $ en novembre (14 nov.). 58 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Commissions scolaires.De l\u2019avis général, le plan Bolduc, si plan il y a, est abscons, « illogique » et difficile à appliquer (21 nov.).Ce qui est clair, c\u2019est que les commissions scolaires anglophones y sont en bonne partie soustraites.Quelles économies, quelle qualité de services, quelles responsabilités ?Toutes ces questions n\u2019obtiennent que des réponses nébuleuses (20 et 26 nov.).Par contre, sus aux commissions scolaires et aux écoles qui se rebellent, le ministre parle d\u2019envoyer un vérificateur dans les premières et de mettre les secondes sous tutelle (26 oct.).Écoles primaires et secondaires.On leur promet davantage d\u2019autonomie, le nouveau mot pour isolement.En affaiblissant les commissions scolaires et en fermant les directions régionales des ministères, on élimine les canaux par lesquels les écoles peuvent se parler, et par lesquels la richesse collective peut être partagée.Désormais, les écoles pauvres seront renvoyées à elles-mêmes, les écoles riches aussi d\u2019ailleurs (pourquoi celles-ci se plaindraient-elles de la fin de la péréquation ?).Pendant ce temps, la commission Robillard ne recommande aucune compression dans le financement public des écoles privées.Peut-on avoir meilleure illustration du programme libéral qui semble intitulé « Pour en finir avec l\u2019égalité des chances », programme non annoncé, mais déjà bien amorcé ! Conservatoires de musique.La menace de fermeture des établissements situés en région a plané en octobre.Il a fallu une mobilisation générale et celle de nos plus grands musiciens pour empêcher cela.Centres de la petite enfance.Les plans du gouvernement sont de condamner à terme la réalisation la plus marquante de Pauline Marois, tant comme ministre dans les années 1990 que brièvement première ministre en 2012-2014.Plutôt 59 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 que l\u2019élargissement du réseau des CPE jusqu\u2019à l\u2019atteinte du nombre de places requis pour satisfaire tous les besoins, plutôt que l\u2019universalité payée par un impôt réellement progressif sur le revenu, le gouvernement Couillard privilégie un modèle tout à fait néolibéral.Ce qui a été annoncé : restriction du nombre de nouvelles places développées en CPE (27 sept.) ; priorité accordée à la création de nouvelles garderies commerciales (28 nov.) ; et évidemment modulation des tarifs, ce qui signifie une hausse marquée d\u2019une part et surtout la consécration du principe de l\u2019utilisateur-payeur (12 sept.et par la suite).Le favoritisme libéral envers les garderies privées est bien connu : l\u2019affaire Tomassi a empoisonné une partie du dernier mandat du gouvernement Charest.Les garderies privées ne cherchent pas à s\u2019installer dans les milieux défavorisés, alors que la fréquentation d\u2019un bon milieu de garde contribue à une meilleure égalité des chances en vue de l\u2019entrée à l\u2019école.La décision du gouvernement Couillard est donc une attaque contre les enfants et contre les femmes.Celles qui travaillent en garderie verront leurs salaires et conditions de travail se dégrader (une recommandation de l\u2019Institut économique de Montréal, 15 nov).Les mères devront se livrer à de savants calculs et hésiteront peut-être à retourner sur le marché du travail, voire carrément à mettre des enfants au monde.D\u2019ailleurs, la ministre Charbonneau reconnaît qu\u2019elle n\u2019a pas songé à évaluer les répercussions de la hausse des frais de garde sur le travail des femmes et sur la natalité, ce dont s\u2019inquiète à bon droit le Conseil du statut de la femme (25 nov.).Elle n\u2019a évidemment pas pensé non plus au casse-tête que tout cela va causer aux familles recomposées (26 nov.).Si au moins, il était certain que les familles puissent bénéficier de la déduction pour frais de garde du gouvernement fédéral, mais Ottawa a déjà indiqué 60 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 que rien n\u2019est moins sûr, malgré les récentes bonifications apportées par le gouvernement Harper (25 nov.).Raison de plus pour reprendre la lutte afin que Québec récupère des points d\u2019impôt, ce qui lui permettrait de développer un réseau de services de garde d\u2019une manière plus efficace, plus logique, plus universelle et plus payante pour l\u2019État québécois.Devra-t-on attendre pour réagir qu\u2019un éventuel gouvernement Mulcair crée un « programme national » de garderie dans les compétences des provinces (merci à Tomy Grenier) ?Société des alcools du Québec.Cette fois, c\u2019est la Fédération des chambres de commerce qui joue dans les nuances, avec sa proposition de privatisation partielle : la SAQ resterait grossiste, mais on privatiserait la vente au détail (21 oct.).Hydro-Québec.Entente signée entre le Québec et l\u2019Ontario pour l\u2019échange d\u2019électricité (22 nov.).Selon l\u2019Independant Electricity System Operator et l\u2019Ontario Power Authority, le risque existe que lorsque les surplus actuels d\u2019Hydro-Québec seront éliminés, il faille construire de nouvelles installations (toujours plus loin, toujours plus chères) pour satisfaire la demande ontarienne durant l\u2019été (21 nov.).Sans compter le risque toujours présent que le gouvernement fédéral décide que vu ces échanges interprovinciaux, la compétence sur cette ressource naturelle lui revient désormais.Sûreté du Québec.Comment croire à l\u2019indépendance de la Sûreté du Québec alors que son nouveau directeur n\u2019est nul autre que Martin Prud\u2019homme, jusque-là sous-ministre à la Sécurité publique nommé par les libéraux en 2011 (23 oct.) ?Régime des rentes.Pourquoi ne pas bonifier le régime public des rentes pour assurer une meilleure couverture à tous les salariés, d\u2019autant que les frais de gestion y sont plus bas 61 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 que dans les régimes particuliers vu le nombre très élevé de cotisants ?Pour favoriser l\u2019épargne en vue de la retraite, toutes sortes de possibilités plus coûteuses que la bonification du régime public sont encouragées dont la plus récente, le RVER.On préfère marginaliser à terme la RRQ, cet outil indispensable non seulement aux retraités, mais comme levier d\u2019investissement pour le Québec (30 sept.).Et cela au moment même où l\u2019Ontario vient enfin de reconnaître à quel point un régime public peut être pertinent.Organismes communautaires : Le programme de soutien aux organismes communautaires (P-SOC) n\u2019est pas indexé (20 oct.).Du reste, le ministre des Finances, Carlos Leitao a fait valoir que ces organismes pourraient devenir de simples sous-traitants de l\u2019État dans la prestation des services, négligeant ainsi non seulement l\u2019autonomie de tout un secteur qui tire la moitié de ses revenus d\u2019autres sources que de l\u2019État, mais également les principes fondateurs du système de santé que sont notamment l\u2019intégralité, l\u2019universalité et l\u2019accessibilité (29 oct.).Culture de concertation.C\u2019est l\u2019un de nos plus importants outils collectifs.Celle-ci est rejetée complètement par Québec au profit d\u2019une volonté systématique de confrontation (3 oct.).3.Délégitimer totalement la volonté du peuple québécois de faire société différemment Parler uniquement en anglais en dehors de la « province ».Philippe Couillard a parlé uniquement en anglais en Islande (5 nov.).Comme aussi à son auditoire au Sommet économique de l\u2019Ontario à Niagara-on-the-Lake (25-26 oct.).Interrogé à l\u2019Assemblée nationale par le chef de la Coalition avenir Québec, le premier ministre ne voit pas où est le problème (6 nov.). 62 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Laisser Ottawa financer la bilinguisation des services de santé au Québec : 45 millions de dollars ont été investis par Santé Canada et Patrimoine canadien, entre 2008 et 2013, pour financer la prestation de services de santé en anglais de Havre-Saint-Pierre à Rouyn-Noranda (11 nov.).À terme, devra-t-on être bilingue pour obtenir un poste de préposée aux bénéficiaires à Rivière-du-Loup ?Baisser les bras sur le front numérique : le premier ministre Couillard dit qu\u2019il est impossible de protéger le français sur le web, tout comme de résister au numérique : en conséquence, il ne s\u2019en préoccupe pas.Il a même coupé le tiers des montants prévus par le gouvernement précédent pour la stratégie numérique (30 sept.).Défendre Champlain très mollement.C\u2019est le fédéral et lui seul qui choisira le nom du pont destiné à remplacer le pont Champlain.Il a fallu l\u2019intervention de Stéphane Dion et celle du Président de la République française, François Hollande, pour faire renoncer le ministre Lebel à baptiser le pont de remplacement pont Maurice-Richard.Jamais les protestations de la société civile québécoise n\u2019auraient été écoutées, d\u2019autant que le gouvernement libéral de Philippe Couillard était prêt à laisser faire\u2026 jusqu\u2019à ce que Le Devoir cite le mémoire de maîtrise de sa propre mère qui plaidait pour sortir la politique des noms à donner aux ponts (8-9 nov.).La motion unanime de l\u2019Assemblée nationale (13 nov.) s\u2019est donc finalement ajoutée à la pression, et c\u2019est alors seulement que le ministre Denis Lebel a confirmé que le pont de remplacement conservera le nom de Champlain (7 et 29 nov.) Se retirer de la conservation du patrimoine.Parmi quelques exemples survenus cet automne, c\u2019est un promoteur privé franco-américain qui investit pour conserver des bâtiments du XIXe siècle à Percé, que le ministère était prêt à laisser 63 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 en ruines (9 sept.) ; le ministère des Transports envisage de détruire des maisons centenaires à Tadoussac pour élargir la route qui mène au traversier (13 sept.) ; le ministère de la Culture ne soutient pas assez l\u2019entretien et la restauration des bâtiments patrimoniaux privés (29 oct.).Saborder la présence internationale du Québec.Incertitude sur l\u2019avenir du ministère des Relations internationales, mais certitude sur l\u2019amoindrissement de ses missions.Le Québec est de plus en plus enfermé dans ses frontières provinciales (5 sept.).Il est en train de laisser passer l\u2019occasion de se rapprocher de l\u2019Afrique, là où la francophonie connaît sa plus grande croissance (Michel Leclerc, 25 nov.).De plus, il cherche un rapprochement avec l\u2019Ontario, mais à quel prix ?Alors que le Québec a conquis de haute lutte le droit de parler de sa propre voix à l\u2019international dans ses champs de compétences, voilà que les ancien et nouveau premiers ministres Jean Charest et Philippe Couillard plaident pour un rapprochement et un seul discours Québec-Ontario (25- 26 et 30 oct.).Refuser de s\u2019engager à créer un registre québécois des armes à feu.Le premier ministre Couillard refuse de porter cette lutte entreprise par le gouvernement de Jean Charest contre la décision d\u2019Ottawa de détruire le registre fédéral des armes à feu.Et il s\u2019en va dire cela alors même que la Cour suprême n\u2019a pas encore pris sa décision ! Il défie ainsi le consensus québécois qui existe depuis la tuerie à Polytechnique il y a 15 ans (8 oct.).Passer outre au refus collectif de risquer la santé du Saint-Laurent et la vie des bélugas en échange d\u2019un miroir aux alouettes : le premier ministre Couillard a dit que nous devons accepter le pétrole albertain, les superpétroliers plus gros que permis et le port de Cacouna parce que nous recevons de la 64 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 péréquation (26 sept.).Mais cette péréquation, on la doit en grande partie au refus d\u2019Ottawa de soutenir équitablement le développement économique du Québec.Abandonner le « .quebec » alors qu\u2019enfin ce nom de domaine vient d\u2019être obtenu par l\u2019organisme sans but lucratif PointQuébec (7 oct.).Elle est vraiment inébranlable la volonté du gouvernement Couillard de ne pas encourager la distinction québécoise ! Pourtant, même le gouvernement libéral de Jean Charest, en 2008, avait soutenu et financé cette initiative de PointQuébec (7 oct.).4.Détruire ce qui reste de l\u2019institutionnalisation du caractère distinct du Québec dans la constitution canadienne et les institutions fédérales Constitution.Cela n\u2019a pas pris une journée que Philippe Couillard s\u2019est fait dire de rentrer dans son trou.Il a eu l\u2019idée de souhaiter la reprise des discussions constitutionnelles, et il s\u2019est fait dire à son tour que « ce n\u2019est pas le temps », que « le fruit n\u2019est pas mûr ».Évidemment, il n\u2019y aura plus jamais de Quebec Round, c\u2019est la dernière chose dont le Canada a envie.La reddition complète et à genoux, le Canada ne se contentera de rien de moins (9 sept.).Valeurs mobilières.Eh oui, c\u2019est maintenant à l\u2019Île-du- Prince-Édouard d\u2019adhérer au projet fédéral d\u2019une agence pancanadienne de réglementation en valeurs mobilières, en contournement de deux jugements de la Cour suprême, qui ont réaffirmé la compétence provinciale exclusive sur le secteur\u2026 tout en indiquant par où le fédéral pourrait y pénétrer (10 oct.).Radio-Canada.Compressions de 400 postes en plus des 1000 déjà éliminés en avril et en juin (23 oct.).Démantèlement du 65 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 costumier créé et conservé à Montréal, le plus important en Amérique du Nord ; seules quelques pièces seront conservées (7 nov.).CRTC.Dans le cadre des audiences du CRTC visant à réglementer la télé dans le contexte où désormais des réseaux numériques tels que Netflix perturbent énormément le système établi, le gouvernement du Québec a suggéré que ces services soient contraints de contribuer à la production d\u2019émissions, afin que les Québécois puissent se retrouver dans ce qu\u2019ils regardent.Le gouvernement fédéral a déjà dit qu\u2019il n\u2019appuierait pas une telle recommandation ; Netflix ne sera pas taxé (6 oct.).Il faut dire que la seule télé qui pâtira du laissez-faire fédéral est la télé francophone, puisque les Canadiens anglais n\u2019écoutent que très peu d\u2019émissions produites au Canada (13-14 sept.).Code civil.Dans l\u2019affaire de la faillite de La Courte Échelle, le Code civil entre en conflit avec la Loi fédérale sur la faillite, qui prévaut évidemment.Ainsi se trouve invalidée la clause qui figure dans tous les contrats québécois de droits d\u2019auteurs selon laquelle, en cas de faillite de la maison d\u2019édition, les auteurs récupèrent leurs droits (17 oct.).Et vive la protection constitutionnelle du Code civil ! (Merci à Lauréanne Daneau) Tribunal fédéral de la Sécurité sociale : Peu de francophones y siègent.« Les deux tiers des membres du Tribunal de la sécurité sociale (TSS) sont des unilingues anglophones, révèlent des données obtenues par Le Devoir (12 nov.).Cette situation fait craindre à l\u2019opposition officielle que les dossiers émanant des francophones du pays soient traités moins rapidement.» Mauvaises traductions de plus en plus fréquentes sur les sites du gouvernement fédéral, et même dans la version fran- 66 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 çaise du discours du premier ministre Harper le soir de la fusillade du 22 octobre à Ottawa (Chantal Gagnon, 26 oct.).La Cour suprême.Selon l\u2019historien Frédéric Bastien, le juge Willard Estey est intervenu dans le processus politique au moment où on discutait du rapatriement de la Constitution.Il s\u2019est fait en catimini le conseiller constitutionnel du gouvernement fédéral (18-19 oct.).La Cour suprême.Elle a jugé qu\u2019Air Canada peut impunément violer la Loi fédérale sur les langues officielles et qu\u2019elle n\u2019a même pas à dédommager les clients qui demandent en vain d\u2019être servis en français (29 oct.).* Ce n\u2019est pas vrai que nous en avons inévitablement pour quatre ans avec ces libéraux.Rappelons-nous qu\u2019à l\u2019élection de 1973, le parti de Robert Bourassa avait remporté 102 des 110 sièges à l\u2019Assemblée nationale.Et pourtant, les libéraux ne purent terminer leur mandat.En novembre 1976, à peine plus de trois ans après leur triomphe, ils quittèrent le pouvoir piteusement, chassés par la colère des Québécois.q 67 ARTICLES Fin mai début juin, j\u2019ai passé une douzaine de jours à Paris.L\u2019effondrement électoral des souverainistes le 7 avril m\u2019avait abattu.Normalement, je vais bien, et si je n\u2019aime franchement pas le monde dans lequel je vis, comme bien des hommes confessant un penchant antimoderne, je demeure sans trop savoir pourquoi, serein devant l\u2019existence.Je suis d\u2019un naturel joyeux.Du déjeuner au diner au souper, n\u2019y a-t-il pas trois raisons par jour de se réjouir ?Pour peu qu\u2019on mange, pour peu qu\u2019on boive, la vie est belle, surtout si on a des amis pour en jouir avec soi.Mais cette fois, rien n\u2019y faisait.Je me suis senti blessé au cœur.J\u2019avais beau fanfaronner sur les plateaux télé, en disant qu\u2019une bataille perdue n\u2019est pas une guerre perdue, je savais au fond de moi que c\u2019était bien plus grave.Je suis de ceux qui ressentent intimement, presque charnellement, l\u2019appartenance au corps politique, qui se sentent les héritiers et surtout, les porteurs de la patrie, et si je crains de faiblir et de ne plus lui être utile, jamais il ne me vient à l\u2019esprit que je pourrais me passer d\u2019elle.Mais que se passerait-il si elle entrait dans une décadence irrémédiable ?J\u2019ai ressenti, intimement, et plus fortement que jamais, qu\u2019il était bien possible que mon peuple ne soit jamais indépendant.J\u2019ai senti pendant quelques jours, et quelques Mathieu Bock-Côté* UN QUÉBÉCOIS à COLOMBEY * Sociologue et chroniqueur 68 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 semaines même, quelque chose que je nommerai plus ou moins adéquatement le désespoir politique.Si je précise cela dès maintenant, c\u2019est moins pour me livrer aux délices de la confession autobiographique ou livrer mes états d\u2019âme comme un adolescent écrivant son journal intime que pour expliquer ce que j\u2019allais chercher en France, plus ou moins confusément.Officiellement, je voulais bien m\u2019y distraire, m\u2019y changer les idées.Je disais aux amis que j\u2019allais tester pendant deux semaines l\u2019exil politique en rencontrant ceux que j\u2019appelle mes correspondants, ceux à qui j\u2019envoie mes livres et qui m\u2019envoient les leurs.De ce point de vue, ce fut un vrai bonheur, celui de rencontrer des hommes qu\u2019on estime et qui ont contribué pour le mieux à la formation de notre pensée.Mais j\u2019avais aussi, comme idée, d\u2019aller faire enfin mon premier pèlerinage à Colombey- les-Deux-Églises, le village historiquement associé au général de Gaulle, auquel je voue presque un culte, comme le savent ceux qui me lisent.Je m\u2019imaginais depuis longtemps entrer dans son bureau puis regarder au loin l\u2019horizon qui l\u2019inspirait, refaire le chemin de ses fameuses marches quotidiennes, me recueillir devant sa tombe, et m\u2019agenouiller devant la croix de Lorraine, celle qui a porté l\u2019espoir de la France au moment où elle semblait presque morte.J\u2019y reviendrai, mais le gaullisme représente pour moi une source immense d\u2019espérance politique et je ne cesse de méditer sur le destin de De Gaulle et celui de ceux qui l\u2019ont suivi.J\u2019ai passé ces quelques jours chez des amis qui m\u2019ont remarquablement accueilli.Si j\u2019en parle maintenant, c\u2019est qu\u2019ils jouent un rôle important dans ce récit.Elle, c\u2019est Maya.Je l\u2019ai connue il y a plus de dix ans, quand nous militions chez les jeunes péquistes.C\u2019est une étrange amitié, qui a survécu 69 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 aux grandes distances et aux grands voyages, et qui a trouvé à l\u2019alimenter, et même à s\u2019enrichir, de nos personnalités plus que contrastées.Aussi belle qu\u2019intelligente, timide et fantasque à la fois, elle a toujours rêvé de s\u2019exiler.C\u2019est un schème connu : elle a dû se sauver de son pays pour se découvrir.Elle s\u2019est d\u2019abord essayée en Grande-Bretagne.Mais c\u2019est en rencontrant son copain, devenu son mari, que son destin s\u2019est finalement fixé.Elle est devenue parisienne, sans cesser d\u2019être Québécoise.Elle a vite pris les habitudes mentales d\u2019une Française de gauche, sans perdre la candeur des gens de chez nous.C\u2019est une amie précieuse.Mais c\u2019est de lui que je veux d\u2019abord parler.Son mari.Romain.Un jeune Français comme on en trouve d\u2019abord dans les livres.Il est fascinant.II vient d\u2019un milieu modeste, si j\u2019ai bien compris.À tout le moins, il ne vient pas des bons milieux, ceux qui prédestinent aux premiers rôles, et en souffre intimement.Il élève à ce point la France dans son univers mental et magnifie tellement ses élites qu\u2019il en est venu à se croire absolument petit, comme s\u2019il n\u2019était pas à la hauteur de son pays dont il a acheté la légende.Il n\u2019a pas fait l\u2019ENA, mais il en rêvait, et il déifie ceux qui ont suivi le parcours menant au sommet, et ne cesse de se diminuer en les contemplant.À tort.Romain est un beau jeune homme, de grande valeur, de grande qualité, et c\u2019est pour lui qu\u2019on souhaiterait une mobilité sociale à l\u2019américaine.C\u2019est un esprit noble.S\u2019il n\u2019avait pas à ce point intégré les hiérarchies sociales et culturelles qui font la grandeur et la misère de la France, son talent ne l\u2019inhiberait pas, mais le propulserait.J\u2019ajoute : c\u2019est un gaulliste.Et un esprit littéraire.On sent chez lui de grandes énergies qu\u2019il travaille fort à contenir.Car l\u2019être humain est ce qu\u2019il est : c\u2019est sa meilleure part qu\u2019il refoule.Étrangement, peut-être parce que je suis gaulliste aussi, c\u2019est pourtant cette part que je vois d\u2019abord chez lui.D\u2019ailleurs, quand nous nous sommes rencontrés, nous sommes immé- 70 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 diatement devenus amis.La vie professionnelle l\u2019a fait ingénieur.Il se serait souhaité homme politique.Le jeune ambitieux aurait trouvé dans le romantisme de l\u2019engagement une manière de conjuguer ses aspirations politiques et poétiques.J\u2019insiste une dernière fois : il est aspiré par la chose publique et travaille à se convaincre que c\u2019est une aspiration vaine.Quand je pense à lui, je suis fier et triste.Fier d\u2019avoir un ami si noble, triste de le voir s\u2019étouffer avec les idéaux qu\u2019il embrasse.Je lui ai vite parlé de Colombey, le premier soir, et il m\u2019a proposé d\u2019y aller avec moi.C\u2019est un garçon généreux.Il avait déjà fait le pèlerinage, beaucoup plus jeune, avec ses grands- parents.Nous y sommes allés la veille de mon départ.C\u2019est le projet d\u2019une journée complète, et j\u2019ai compris pourquoi bien des gaullistes des années liées à la traversée du désert du Général s\u2019exaspéraient des longues distances qu\u2019il fallait parcourir pour le rejoindre.Pourquoi s\u2019était-il terré si loin, loin de la ville, et surtout, loin de la vie, dans un pays qui semble bien campé au milieu de nulle part ?Je les imagine, les gaullistes de 1952, de 1953, de 1954, embarquer dans leur voiture pour faire rapport au général, enfermé dans sa Boisserie, occupé à écrire ses Mémoires et à méditer tout à la fois sur l\u2019Histoire et la meilleure manière d\u2019y participer à nouveau.C\u2019est le propre des grands hommes : s\u2019ils embrassent leur présent, parce que c\u2019est là qu\u2019ils sont appelés à se mouvoir, ils n\u2019y réduisent jamais la réalité, et gardent à l\u2019esprit l\u2019histoire, en se demandant quelle place ils y auront, quelle trace ils y laisseront.Ils se sentent davantage en dialogue avec leurs grands ancêtres qu\u2019avec leurs petits contemporains.Et pour cela, il ne faut pas, je suppose, être trop lié à la fébrilité des grandes villes.On dit d\u2019un homme politique en réserve de la république qu\u2019il se met en retrait : c\u2019est en me rendant à Colombey que j\u2019ai compris à quel point ce retrait devait aussi être physique.C\u2019est peut-être aussi parce 71 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 qu\u2019à mon échelle, il m\u2019arrive de rêver de ce genre de retrait.Ce n\u2019est probablement pas sans raison que les écrivains, souvent, doivent s\u2019isoler pour faire leur œuvre.Je n\u2019ai pas le fétichisme facile, et il ne me suffit pas de me retrouver dans une maison d\u2019écrivain pour d\u2019un coup sentir son esprit souffler d\u2019une pièce à l\u2019autre.Mais à Colombey, c\u2019était autre chose.L\u2019idéalisation pave normalement le chemin de la déception, mais pas cette fois, probablement parce que j\u2019avais imaginé la Boisserie dans ses justes proportions, qui sont modestes.Je ne pensais pas y trouver Versailles, mais la maison d\u2019un général en retrait de la cité.Un sociologue français a déjà écrit qu\u2019un homme actif au cœur de la cité, mais bloqué dans son ascension ne peut revenir au premier rang qu\u2019à condition d\u2019avoir subi l\u2019expérience des marges, dans lesquelles il se formera moins qu\u2019il ne se réformera, car à la différence de l\u2019aventurier politique qui prend naturellement la pose contestataire, l\u2019homme appelé au premier rang dans la cité doit d\u2019abord appartenir aux élites dominantes, puis rompre avec elles, pour comprendre en profondeur la vision politique qu\u2019il peut ensuite incarner.C\u2019est là qu\u2019il apprendra à mieux connaître son pays, à l\u2019extérieur des circuits officiels et dans ses profondeurs, loin des agitations politiciennes qui obstruent la vision de l\u2019avenir.Nous arrivons à la Boisserie.La maison du général est finalement petite, comme je le supposais.J\u2019ai suivi le rituel que je m\u2019étais imaginé.Nous visitons la pièce de lecture du général, je fouille un peu dans sa bibliothèque sans en avoir le droit et je me demande si un tri a été fait après sa mort entre les ouvrages qu\u2019on expose et les autres.Nous voyons son bureau, mais nous ne pouvons y entrer.Qu\u2019importe.On voit finalement le paysage et l\u2019horizon souvent évoqué par le Général, et le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019il pousse naturellement aux méditations mélancoliques.C\u2019est 72 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 là qu\u2019il a écrit ses Mémoires.J\u2019ai aussi marché dans le jardin mille fois arpenté par le général en m\u2019imaginant qu\u2019ici où là, Malraux l\u2019accompagnait, ou alors le capitaine Guy.En fait, c\u2019était le cas de bien des visiteurs.Le général écrivait bien, mais avait souvent besoin d\u2019arpenter ses sentiers pour retrouver son inspiration.Je confesse une chose : les hommes que j\u2019admire, j\u2019ai tendance à chercher chez eux une éthique de vie, et l\u2019habitude de la marche du général, à ma manière, je l\u2019ai transposé dans ma propre vie.Le rituel s\u2019est poursuivi, nous avons marché jusqu\u2019à sa tombe, qui jouxte celle de sa fille Anne.C\u2019est une tombe simple, celle d\u2019un croyant, qui pousse au recueillement.Puis nous nous sommes dirigés jusqu\u2019au musée, le Mémorial Charles de Gaulle, qui a même intéressé mon amie Maya, moins portée que Romain et moi au culte gaullien.On veut désormais voir les grands par le petit trou de la serrure, on les imagine toujours dans ce qu\u2019ils ont de commun avec les mortels qui les entourent.Je préfère les voir dans ce qu\u2019ils ont d\u2019unique, et si, d\u2019un texte à l\u2019autre, je reviens toujours sur la question des grands hommes, c\u2019est que je cherche à percer leur mystère et à éclaircir ainsi ce qu\u2019on pourrait le secret de la légitimité politique.Qu\u2019est- ce qui fait qu\u2019un homme parvient à se connecter aux sources profondes de l\u2019adhésion politique, en parvenant à incarner quelque chose qui le dépasse, et qui lui permet d\u2019exprimer le génie profondément créateur du politique ?Je suis convaincu d\u2019une chose : pour cela, il doit d\u2019abord se plonger dans la tradition et la récapituler jusqu\u2019au moment présent pour libérer son potentiel recréateur.Le gaullisme, j\u2019y reviendrai, n\u2019était pas qu\u2019un projet politique : c\u2019était une philosophie de l\u2019histoire de la France, même si ceux qui s\u2019en réclament aujourd\u2019hui l\u2019ont oubliée et servent bien mal l\u2019idéal de l\u2019homme qu\u2019ils révèrent, au point, souvent, de contrefaire sa mémoire. 73 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Ce parcours à Colombey, ceux qui l\u2019ont fait le savent, se termine devant la Croix de Lorraine, le symbole du gaullisme, celui de la France libre.Il rappelle aux libertaires en culottes courtes que le totalitarisme, au vingtième siècle, qu\u2019il soit nazi ou communiste, n\u2019a pas été combattu qu\u2019au nom des droits de l\u2019homme, mais au nom d\u2019une patrie charnelle et vivante et de la civilisation chrétienne.Il fallait des nations pour servir la liberté au vingtième siècle, et cette liberté a senti le besoin de se placer sous le signe de la croix, comme ce fut le cas aussi en Pologne ou en Russie, où c\u2019est en puisant dans leur identité religieuse et culturelle que les hommes ont résisté au communisme.Soljenitsyne n\u2019était pas un libéral aseptisé, soliloquant sur les droits de l\u2019homme.Devant la croix, je me suis agenouillé, mais l\u2019époque m\u2019a rattrapé, et je n\u2019ai pu m\u2019empêcher de prendre une photo.Et je me répétais une phrase terriblement pompeuse qui tourne en boucle depuis des années dans ma tête.Je l\u2019avais même consignée dans mon journal, et je la retranscris ici : « La seule fraternité à laquelle je voudrais appartenir : celle des fidèles, à la vie à la mort, du général de Gaulle, c\u2019est-a-dire du parti de la fidélité inconditionnelle à la patrie ».J\u2019ai appris, il y a quelques années, que de Gaulle, avant que René Capitant ne le convainque de ne pas le faire, avait d\u2019abord pensé appeler les Compagnons de la Libération les Croisés de la Libération.Je me désole évidemment qu\u2019il n\u2019ait pas suivi sa première intuition.Mais j\u2019aime néanmoins la devise de la France libre : Honneur et patrie.D\u2019aussi loin que je me souvienne, j\u2019ai médité sur l\u2019expérience gaullienne et au début de l\u2019âge adulte, je projetais mon romantisme politique sur l\u2019odyssée du général et de ses compagnons.Je me demandais, avec une mégalomanie qui aujourd\u2019hui, me fait honte et dans mes bons jours, me fait sourire, si je me voyais d\u2019abord dans le rôle du général de Gaulle ou dans la peau d\u2019un gaulliste.Est-ce que je préférais 74 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 devenir le grand homme, quitte à avoir l\u2019air ridicule en me transformant en banlieusard napoléonesque s\u2019imaginant une légende dans un pays où rien ne se passe, ou si je me voyais davantage dans le rôle du fidèle compagnon, quitte, cette fois, à devenir un disciple servile jusqu\u2019à la bêtise, reniant ses principes et en adoptant des nouveaux au rythme où le grand homme s\u2019adapte aux circonstances.Vaut-il mieux être roi ou chevalier ?On le sait, les romantiques cherchent un héros à servir, quitte à se perdre devant de vilains aventuriers.Debré ainsi a trouvé de Gaulle.Mais il arrive que l\u2019union ne soit pas vraiment à la hauteur du mythe.Tillinac s\u2019est ainsi fait compagnon de route de Chirac, même s\u2019il savait intimement qu\u2019il cédait aux charmes de l\u2019aventure politique davantage qu\u2019à un engagement historique et tragique.Henri Guaino a noué un temps son destin à celui de Nicolas Sarkozy, en lui prêtant, par le génie de sa plume, une personnalité politique d\u2019emprunt, pour découvrir, après coup, qu\u2019il s\u2019était bluffé lui-même, et qu\u2019il ne suffisait pas à un comédien de talent d\u2019un grand texte à interpréter pour se muer en homme d\u2019État.Je retiens néanmoins de cela une évidence : la politique ne vaut qu\u2019on s\u2019y sacrifie qu\u2019à condition d\u2019embrasser une grande querelle, et un homme est grand dans la mesure où il embrasse une grande querelle.On se moque de ceux qui cherchent l\u2019homme providentiel comme s\u2019ils désiraient aliéner leur liberté alors qu\u2019ils affirment plutôt leur confiance dans la capacité qu\u2019a l\u2019homme de renverser le cours de l\u2019histoire, si une volonté puissante rencontre des circonstances exceptionnelles.Une amie m\u2019a déjà demandé, avec inquiétude, ce que je pouvais bien trouver au général de Gaulle pour en parler autant.N\u2019étais-je pas quelque peu monomaniaque ?Une autre, une Française, celle-là, m\u2019a dit, avec pitié : tu sais, de Gaulle est mort, il faut en revenir.Elle parlait comme ces Français qui veulent se libérer de 75 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 l\u2019exigence de la grandeur pour transformer leur pays en province européenne historiquement insignifiante, servant de parc d\u2019attractions historique dans le circuit du tourisme mondialisé.Mais il ne faut surtout pas en revenir.En fait, il faut y revenir.Dans le gaullisme, je vois bien plus, on s\u2019en doute, qu\u2019une doctrine politique, même si on en trouve une, ou une aventure exceptionnelle, même si c\u2019en est aussi une.En fait, j\u2019y vois l\u2019illustration des vertus politiques les plus fondamentales, ainsi qu\u2019une foi profonde dans une politique qui se fonde sur l\u2019amour profond de la patrie, de la civilisation dans laquelle elle s\u2019inscrit, et de l\u2019homme qui s\u2019y exprime.Puisque le gaullisme se condense en quelques grandes dates, magiques, en quelque sorte, parce que l\u2019histoire, chaque fois, rebondit, il s\u2019agit de se tourner vers chacune pour voir ce qu\u2019elle dévoile.Le gaullisme, la formule est usée mais elle est vraie, c\u2019est d\u2019abord le 18 juin 1940.L\u2019homme qui marque l\u2019histoire à ce moment se préparait depuis longtemps à son rôle et il s\u2019était déjà annoncé dans Le fil de l\u2019épée, un ouvrage de philosophie politique dissimulé en traité du caractère.L\u2019homme du 18 juin dissocie brutalement la légitimité de la légalité et décide d\u2019incarner seul la première parce que la seconde s\u2019est déshonorée.Il s\u2019agit alors de se plonger dans l\u2019histoire contre l\u2019artificialité du droit, et de retrouver les sources oubliées de la légitimité, qui ne s\u2019épuisent ni dans la souveraineté démocratique (bien qu\u2019elle passe inévitablement par-là, comme le reconnaissait de Gaulle) ni dans la légalité institutionnelle.La légitimité surgit lorsqu\u2019un pouvoir se pose en héritier d\u2019une histoire, et prétend la poursuivre, lui donner un nouveau souffle, prétend aussi redonner de l\u2019âme à des institutions souillées par la lâcheté, même lorsqu\u2019elle met les habits de la prudence, ou la trahison, 76 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 même lorsqu\u2019elle s\u2019accompagne de la morale de l\u2019intérêt bien compris.De Gaulle, le 18 juin, dégage la France éternelle d\u2019une France officielle démissionnaire, déconnectée non pas d\u2019une population amorphe, il faut bien en convenir, mais du génie du pays.Il lance un appel, celui de la patrie, aux hommes qui veulent poursuivre la bataille.Et peu à peu, on le rejoint, comme si le général avait touché ainsi la part sacrée du politique.J\u2019admire l\u2019homme du RPF.On laisse souvent ce moment de sa vie de côté, on présente le RPF comme une aventure ratée, mais bien à tort, parce qu\u2019à travers ce passage en politique réelle, il a jeté les bases d\u2019un gaullisme politique qui lui fournira un personnel de remplacement au moment de la fondation de la Ve République.Surtout, on l\u2019a oublié, mais dans le RPF, de Gaulle a commencé à rassembler ceux que tout divisait, ce qu\u2019il avait fait aussi en juin 1940, car la France libre était une communion sur l\u2019essentiel, doublée d\u2019une anarchie sur l\u2019accessoire.De Gaulle surgit en brouillant les clivages déjà connus, sans pour autant faire exploser la carte politique.Il ne s\u2019impose pas dans le vide ni à partir de rien, mais il se déprend d\u2019un cadre institutionnel périmé et permet à ceux que bien des choses unissaient, mais que les habitudes divisaient de se rassembler.Et j\u2019admire tout autant l\u2019homme de la traversée du désert, replié à Colombey, espérant toujours servir, guettant les événements, mais comprenant que ce n\u2019est pas toujours en restant au cœur de l\u2019actualité politicienne que l\u2019on conserve sa stature, qu\u2019on demeure l\u2019homme d\u2019exception qui pourra sauver son pays.Car il arrive qu\u2019un homme sauve un pays, ce qu\u2019ont compris depuis toujours ceux qui réfléchissent au politique, mais ce que refusent obstinément de comprendre les modernes, qui ne croient qu\u2019aux mouvements de masse.Je le redis alors : n\u2019est-ce pas le plus grand privilège que de le servir, ce grand homme ? 77 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 J\u2019admire l\u2019homme du 13 mai 1958.Évidemment.Dans un pays qui risquait la guerre civile, de Gaulle a su s\u2019imposer contre une classe politique démissionnaire et déjouer des institutions, tout en respectant le cadre officiel de la légalité, pour éviter que son arrivée au pouvoir ne soit présentée comme un coup d\u2019État.En démocratie, les choses se passent souvent ainsi : les révolutions les plus saines s\u2019accompagnent d\u2019un respect nécessaire des formes, pour éviter que l\u2019anarchie ne gagne la cité.Mais encore une fois, la légitimité, née d\u2019un capital historique accumulé depuis le 18 juin, permettait de transcender une légalité défaillante, un ordre institutionnel corrompu par sa faiblesse.J\u2019en tire une leçon importante : les grands moments de création en politique sont ceux où l\u2019histoire transcende le droit, où la volonté se déprend des cadres qui l\u2019étouffent et la fonctionnarisent pour créer un nouvel ordre.On ne fait rien de grand en se pliant systématiquement aux règles de l\u2019ordre établi, surtout lorsqu\u2019on entend le renverser.Les indépendantistes québécois pourraient méditer longtemps la leçon gaullienne, de ce point de vue.Il ne s\u2019agit pas de dire qu\u2019il faille jouer au séditieux contre le droit reconnu, mais plus simplement qu\u2019il est nécessaire, souvent, de penser le changement profond, dans une société, sans se plier aux termes convenus de la réflexion politique, en faisant surgir le renouveau politique d\u2019où on ne l\u2019attendait pas.J\u2019admire aussi, parce que je suis Québécois, l\u2019homme du 24 juillet 1967.De Gaulle n\u2019oubliait pas l\u2019histoire, il savait que le passé était une source inépuisable de sens, il savait la dette de la France à l\u2019endroit du Québec, et il décida rapidement, dès le début des années 1960, de renouer un lien vital et personnel entre la France et son ancienne colonie, même si la rationalité économique immédiate ne l\u2019y obligeait pas.C\u2019est que pour De Gaulle, la politique n\u2019était pas qu\u2019une sous-section de l\u2019économie : elle commandait le destin des 78 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 peuples, et la nation québécoise, dans les années 1960, avait besoin d\u2019alliances pour renaître, ce qu\u2019avait compris le général.Tout au long du chemin du Roi, il a senti un peuple qui se réveillait, et il a su dire à l\u2019hôtel de ville ce à quoi il aspirait profondément, même si les élites politiques ont échoué à faire aboutir cette aspiration à la pleine existence nationale.De Gaulle, le 24 juillet 1967, après avoir senti le désir de libération d\u2019un peuple, a su d\u2019une formule le canaliser et l\u2019inscrire dans le monde.Il nous a rappelé que les grands mots ne sont pas de vaines paroles, et que celui qui sait nommer l\u2019aspiration d\u2019un peuple, lorsque les circonstances sont les bonnes, peut propulser l\u2019histoire et lui permettre de marcher plus ardemment vers son destin.Chose certaine, j\u2019étais heureux à Colombey, et en revenant à Paris, avec Romain au volant, et Maya à l\u2019arrière, nous avons bien parlé trois heures de cette magnifique expérience.J\u2019ai vu d\u2019où la France a résisté à la décomposition, j\u2019ai vu d\u2019où elle est parvenue à renaître, entre 1946 et 1958.J\u2019en tire des leçons pour la philosophie politique telle que je la pratique.Car j\u2019ai commencé ma vie intellectuelle en m\u2019engageant en philosophie, mais je ne l\u2019ai pas vraiment aimé : je souhaitais que la philosophie politique médite sur l\u2019histoire, je la découvrais désincarnée, desséchée, étouffée par le corset de la philosophie anglo-américaine, qui a cru nécessaire de dégager le politique de l\u2019histoire pour le livrer aux spéculations les plus insignifiantes sur la construction d\u2019une société idéale dématérialisée et étrangement dépolitisée.À mon avis, pourtant, la philosophie politique peut et doit être une méditation sur l\u2019histoire : en quelque sorte, toute philosophie politique est en même temps une philosophie de l\u2019histoire, ce en quoi je crois me montrer fidèle aussi à Raymond Aron.Et quiconque s\u2019intéresse à la philosophie politique, mais se ferme à l\u2019expérience des grands hommes condamne son objet de recherche à la fadeur avant même de 79 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 s\u2019y pencher.Le gaullisme est peut-être la dernière mystique politique qui soit disponible, la seule, du moins, qui a révélé la charge sacrée de la cité, et le rôle de l\u2019homme d\u2019exception dans le cours de l\u2019histoire.q Contient des antioxydants et des investissements des 571 000 propriétaires du Fonds de solidarité FTQ.Toutes les régions du Québec tirent pro?t des 6,4 milliards de dollars que les milliers de Québécois con?ent au Fonds de solidarité FTQ avec un double objectif : créer des emplois ET FAIRE TOURNER L\u2019ÉCONOMIE D\u2019ICI.www.fondsftq.com Située à New Richmond, en Gaspésie, Serres Jardins-Nature est le plus important producteur de tomate biologiques dans l\u2019est de l\u2019Amérique. 81 ARTICLES Romain Gaudreault* JALONS POUR LA LUTTE IDÉOLOGIQUE AU QUÉBEC Vous tournez à gauche sur la rue Châteauguay.Puis vous bifurquez sur la rue Monseigneur-Plessis et arrivez rapidement à votre école.Pendant des années, matin, midi et soir, vous parcourez ces rues sans savoir ce qui se cache sous les noms qui les désignent.Plus tard, vous le saurez.Vous apprendrez quel rôle ont joué certains de ceux qu\u2019on appelait autrefois des « Canadiens », c\u2019est-à-dire les descendants des Français établis dans la vallée du Saint-Laurent.« Châteauguay » célèbre une victoire remportée par des miliciens canadiens lors d\u2019une guerre menée par leurs maîtres britanniques, tandis que la rue Monseigneur-Plessis est ainsi nommée en l\u2019honneur de cet évêque de Québec qui soutenait le pouvoir en place à la même époque (Lacoursière 1997 : 158-162).Ces miliciens et cet évêque méritent-ils vraiment que nous leur rendions hommage ?Ceux qui ont toute autorité sur la toponymie le croient.Quant aux passants, voient-ils dans ces noms de rue autre chose qu\u2019une manière commode de s\u2019orienter ?La toponymie n\u2019est pas le seul moyen que les dirigeants politiques utilisent pour rendre hommage à ceux dont l\u2019action doit servir d\u2019exemple pour leurs concitoyens.Au cœur de nos villes, les monuments commémoratifs sont encore *, Ph.D., chercheur indépendant 82 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 plus puissants de ce point de vue (Gaudreault 2010a et 2013).Dans le cadre de la lutte idéologique qui accompagne leur mouvement de libération nationale, les indépendantistes québécois ont tout intérêt à actionner ce puissant levier que constitue le combat contre la toponymie et les monuments commémoratifs au service de l\u2019idéologie régnante.Nous allons d\u2019abord exposer les fondements théoriques de la lutte idéologique, décrire ensuite la situation particulière du Québec au sein de la pseudoconfédération appelée Canada et, enfin, examiner les différents aspects d\u2019une campagne possible de commémoration libératrice à partir de luttes éparses menées depuis quelque temps dans la région du Saguenay. 83 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 1.Fondements théoriques de la lutte idéologique Commençons par quelques propositions générales que nous expliciterons par la suite dans cette première partie.Tout sujet agit dans le but de satisfaire ses besoins fondamentaux.Une conscience claire de son état et de son milieu l\u2019aide à décider des moyens à utiliser et des obstacles à éliminer pour arriver à ses fins.L\u2019idéologie résulte de la jonction opérée par un sujet collectif politique (mouvement, parti, État) entre une prise de conscience et une prise de décision.La lutte idéologique est la lutte menée pour transformer la conscience et les décisions d\u2019un sujet collectif politique.Elle peut conduire à l\u2019effondrement total de l\u2019idéologie d\u2019un État, par exemple, et au remplacement du régime politique.La toponymie et l\u2019art public comptent parmi les moyens d\u2019expression privilégiés de l\u2019idéologie d\u2019un État.La relégation dans un musée des œuvres d\u2019art qui expriment une idéologie contestée peut servir à l\u2019éducation des nouvelles générations de citoyens.Besoins du sujet et valeur de l\u2019action Un sujet agit pour satisfaire deux besoins permanents : d\u2019abord, un besoin de conservation ou d\u2019entretien de la vie ; ensuite, un besoin de protection contre des forces naturelles nuisibles ou des sujets hostiles1.Comme on le voit par l\u2019utilisation des mots « nuisibles » et « hostiles », la définition du besoin est associée de façon étroite à celle de la valeur.Une action peut en effet prendre quatre valeurs différentes du point de vue de la satisfaction des besoins d\u2019un sujet.1 Vers le milieu du siècle dernier, le psychologue américain Maslow a élaboré une théorie des besoins qui a inspiré la présente distinction entre les deux besoins fondamentaux d\u2019un sujet individuel ou collectif.Voir Gaudreault 2007 dans la bibliographie. 84 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Pour un sujet donné, une action a une valeur positive si elle favorise la satisfaction des besoins de ce sujet, une valeur négative si elle la contrarie, une valeur non positive si elle ne la favorise pas et, enfin, une valeur non négative si elle ne la contrarie pas.La distinction entre valeur positive et valeur négative recouvre notamment les distinctions courantes entre allié et ennemi ou entre collaborateur et résistant.Si nous reprenons les exemples précédents, la distinction entre valeur non positive et valeur non négative recouvre celle entre le non-allié et le non-ennemi ou entre le non-colla- borateur et le non-résistant.Soulignons enfin que la valeur d\u2019une action est toujours relative à un sujet donné et peut également varier dans le temps pour ce même sujet.Pour assurer sa conservation, un sujet collectif politique comme l\u2019État prend diverses mesures économiques.Pour assurer sa protection contre des États ennemis potentiels, un État maintient en permanence une force armée et compte parfois sur le secours d\u2019États alliés.Lorsqu\u2019un État est vaincu par un État ennemi et que son territoire est occupé par la force armée de cet État, il peut se développer en son sein quatre types de comportements politiques correspondant aux quatre valeurs énumérées dans le paragraphe précédent : 1) la collaboration avec l\u2019agresseur ; 2) la résistance à l\u2019agresseur ; 3) la non-collaboration avec l\u2019agresseur ; 4) la non-résis- tance à l\u2019agresseur (Gaudreault 2010b).Autrement dit, ces quatre comportements ont une valeur positive, négative, non positive et non négative du point de vue de l\u2019agresseur.Processus et organes de satisfaction des besoins du sujet individuel La commande, l\u2019exécution et l\u2019information constituent les trois étapes du processus de satisfaction des besoins du sujet.Ces étapes se répètent jusqu\u2019à ce que le besoin soit 85 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 satisfait exactement, ni trop ni trop peu.Tout excès ou manque est corrigé par une nouvelle commande jusqu\u2019à la stabilisation complète du processus appelé « feedback » (rétroaction) par Wiener (1970 [1950 et 1954]).Chez le sujet humain individuel, le processus est mis en action par trois types d\u2019organes correspondant aux trois étapes définies précédemment : le cerveau traite l\u2019information et commande, les muscles exécutent la commande et les organes sensoriels transmettent l\u2019information au cerveau, qui la stocke dans sa mémoire pour usage immédiat ou ultérieur.Dans le processus de satisfaction des besoins, l\u2019information, ou prise de conscience, occupe une position charnière.Consécutive à l\u2019exécution de la tâche commandée, elle prépare la nouvelle commande ou, autrement dit, la prise de décision.Pour compléter la pensée de Wiener, nous nous inspirerons de l\u2019antique distinction entre le vrai et le bien et poserons que l\u2019information comporte, en premier lieu, un jugement sur la réalité de l\u2019action perçue par les sens et, en second lieu, un jugement sur la valeur de cette action.Les jugements de réalité et de valeur peuvent être inexacts, ce qui entraîne une mauvaise prise de décision.Ces erreurs de jugement sont dues au sujet lui-même ou à d\u2019autres sujets qui, de façon délibérée ou non, communiquent au premier des jugements faux.Aucune manifestation physique n\u2019accompagne le jugement de réalité chez un sujet, mais cela peut être le cas pour le jugement de valeur, qui sort de l\u2019enceinte du cerveau et prend la forme de ce qu\u2019on appelle les « émotions » : par exemple, peur d\u2019une action future de valeur négative, espoir d\u2019une action future de valeur positive, joie à la suite d\u2019une action de valeur positive, tristesse à la suite d\u2019une action de valeur négative.Lorsqu\u2019une action de valeur positive pour un sujet est due à un second sujet, le premier exprime sa 86 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 gratitude à ce second sujet.S\u2019il s\u2019agit d\u2019une action de valeur négative, le sujet manifeste son jugement de valeur sous la forme de la colère.Il arrive que le sujet se trompe sur la valeur réelle d\u2019une action pour lui-même.Aux yeux de ceux qui connaissent la vraie valeur de cette action pour le sujet, celui-ci exprime alors des émotions paradoxales, qui heurtent le bon sens des observateurs : gratitude envers un malfaiteur, colère envers un bienfaiteur, si nous reprenons nos deux derniers types d\u2019émotions.Par ailleurs, il arrive que, sous le coup d\u2019une émotion intense, par exemple une peur extrême, un sujet soit incapable de trouver une solution à son problème et de prendre une décision.Par conséquent, le redressement des erreurs de jugement et la maîtrise des émotions sont des facteurs essentiels à la réussite du processus de satisfaction des besoins.Sujet collectif politique Un sujet collectif n\u2019est ni un ensemble de sujets individuels réunis par hasard en un lieu ni une classe de sujets individuels étiquetée par un observateur à partir de la constatation de caractéristiques communes.Nous définissons plutôt un sujet collectif comme un ensemble de sujets humains individuels qui, dans le but de satisfaire leurs besoins propres de conservation et de protection, s\u2019engagent volontairement à se répartir les fonctions de commande, d\u2019exécution et d\u2019information que chacun aurait à exercer au complet en l\u2019absence de cette division du travail.Un État démocratique est un sujet collectif qui répond à la définition ci-dessus.Soutenu par des sujets individuels réunis par une convention initiale, le gouvernement s\u2019occupe de la première fonction, la commande.À l\u2019autre bout du processus de satisfaction des besoins, les tribunaux, entre autres, 87 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 s\u2019occupent de la fonction d\u2019information qui, rappelons-le, comprend la production de jugements de réalité et de jugements de valeur.Quant à la fonction centrale, l\u2019exécution, elle se divise en deux sous-fonctions spécialisées.La police et l\u2019armée assurent la protection contre des actions hostiles intérieures ou extérieures, tandis que la fonction de conservation relève de sujets collectifs auxiliaires variés, notamment les sociétés agricoles, industrielles et commerciales.Par la violence, la menace de violence ou le mensonge, un État peut assujettir un autre État et utiliser celui-ci pour la satisfaction de ses besoins propres.Tout État assujetti et contraint de collaborer avec l\u2019État conquérant ne peut être considéré comme un allié de celui-ci, car, exactement comme dans un contrat entre sujets individuels2, un traité d\u2019alliance véritable suppose que les deux partenaires sont libres de l\u2019accepter ou de le refuser, c\u2019est-à-dire qu\u2019aucun des deux n\u2019exerce de contrainte sur l\u2019autre.En outre, une « confédération » d\u2019États qui réunirait non des États souverains, mais un État conquérant et un État assujetti n\u2019aurait aucune légitimité, car cette pseudoassociation résulterait aussi de la contrainte.Idéologie Le mensonge compte parmi les moyens utilisés par l\u2019État conquérant pour maintenir un État conquis dans l\u2019assujettissement.L\u2019État conquérant ment aussi bien à propos de lui-même qu\u2019à propos de l\u2019État assujetti : Comment l\u2019usurpation peut-elle essayer de passer pour légitimité ?Deux démarches sont possibles : démontrer les mérites éminents de l\u2019usurpateur, si éminents qu\u2019ils appellent une telle récompense ; ou insister sur les démérites de l\u2019usurpé, si pro- 2 « Le consentement doit être libre et éclairé.Il peut être vicié par l\u2019erreur, la crainte ou la lésion » (Code civil du Québec, article 1399). 88 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 fonds qu\u2019ils ne peuvent que susciter une telle disgrâce.Et ces deux efforts sont en fait inséparables (Memmi 1985 [1957] : 77).La glorification de l\u2019État conquérant et le dénigrement de l\u2019État conquis sont des jugements de valeur qui, bien intégrés par tous, maintiennent à la fois la bonne conscience des vainqueurs et la mauvaise conscience des vaincus.Lorsqu\u2019ils sont énoncés par un État ou par un mouvement ou parti politique, les jugements de valeur comme ceux mentionnés ci-dessus entrent dans la constitution de ce qu\u2019on appelle une « idéologie ».Voici d\u2019abord ce que dit à propos de l\u2019idéologie un sociologue québécois qui a longuement étudié celles qui ont eu cours au Québec : L\u2019idéologie est une définition explicite de la situation par les groupements, les classes surtout, qui y sont engagés ; l\u2019histoire des idées ne peut donc être reconstituée isolément.Non pas que les idéologies soient un quelconque reflet de la structure sociale.Elles en comblent plutôt les indéterminations, elles donnent cohérence, elles fixent des objectifs d\u2019action (Dumont 1971 : 1).Dans cette conception, une idéologie émane d\u2019une classe sociale (« surtout », précise Dumont) et comprend une définition de la situation et des objectifs d\u2019action.Selon une autre conception, l\u2019idéologie peut reposer sur une mystification et émaner non seulement d\u2019une classe dirigeante ou d\u2019une classe dirigée, mais aussi d\u2019un peuple conquérant ou conquis (Memmi 1985 [1957] : 108).En tenant compte des deux conceptions qui précèdent et de l\u2019approche adoptée jusqu\u2019ici, nous définissons l\u2019idéologie comme un ensemble d\u2019énoncés, vrais ou faux, qu\u2019émet un sujet collectif politique (État, mouvement politique ou parti politique) et qui comprend, d\u2019une part, des jugements de réalité et des jugements de valeur (étape de l\u2019information dans le processus de satisfaction des besoins) et, d\u2019autre part, des objectifs d\u2019action (étape de la commande dans le même processus).Signalons que cette 89 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 définition précise la source d\u2019une idéologie : ce n\u2019est ni un peuple, mais un État, ni une classe sociale, mais un mouvement politique ou un parti politique.Effondrement d\u2019une idéologie Un bon exemple de mystification idéologique nous est fourni par les pays baltes avant la dissolution en 1991 de l\u2019Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).En 1939, Staline et Hitler ont conclu un pacte de non-agression, dit « pacte Molotov-Ribbentrop ».Dans des protocoles secrets, l\u2019Union soviétique et l\u2019Allemagne se répartissaient les États de l\u2019Europe centrale.En particulier, les États baltes \u2013 Estonie, Lettonie et Lituanie \u2013 devaient tomber sous la domination de l\u2019Union soviétique.En 1988, des Estoniens publient le texte des protocoles secrets.La condamnation du pacte est rapidement unanime dans les trois États baltes.La mythologie de l\u2019historiographie staliniste venait de s\u2019effondrer (Senn 1990 : 135).Jusque-là, on enseignait partout que les Lituaniens, les Estoniens et les Lettons avaient effectué une révolution socialiste indépendante de l\u2019influence de Moscou et avaient demandé volontairement à faire partie de l\u2019Union soviétique (Senn 1990 : 51).En 1988, les Baltes venaient tous de prendre conscience que leurs pays respectifs avaient été annexés.Bien que la faillite économique du régime soviétique ait été un facteur important de la marche des pays baltes vers l\u2019indépendance (réalisée en 1991), « le facteur essentiel a été naturellement la publication de la vérité à propos du pacte Molotov-Ribbentrop et de la façon dont les Baltes ont été annexés en 19403 » (Lieven 1993 : 222 ; notre traduction).3 « The key factor was of course the publication of the truth about the Molotov- Ribbentrop Pact and the way the Balts came to be annexed in 1940.» 90 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Manifestation de l\u2019idéologie de l\u2019État dans l\u2019espace public Les manuels d\u2019histoire officiels, c\u2019est-à-dire autorisés par l\u2019État et diffusés dans les écoles publiques, contiennent des jugements de réalité et des jugements de valeur sur l\u2019histoire du pays.L\u2019information ainsi véhiculée sert à justifier les objectifs de l\u2019État auprès des nouvelles générations.Toutefois, pour la diffusion de son idéologie auprès de l\u2019ensemble de la population, l\u2019État dispose d\u2019autres moyens puissants : la commémoration permanente par les monuments publics et la toponymie, et la commémoration périodique par les fêtes officielles (fête nationale et autres jours fériés), sans compter les médias sur lesquels il a toute autorité.Les monuments commémoratifs, ainsi qu\u2019un grand nombre de noms de lieux, ont pour but de rendre hommage à des personnalités dont l\u2019action passée a une valeur positive exemplaire du point de vue d\u2019un régime politique donné.Si le régime change, la valeur attribuée aux personnalités honorées par l\u2019ancien régime change elle aussi.Il s\u2019ensuit des transformations profondes dans la toponymie et dans l\u2019ensemble des monuments commémoratifs publics.Que faire avec les signes d\u2019une idéologie contestée ?Durant la Révolution française, le peuple a détruit un grand nombre de monuments publics célébrant la monarchie.Cependant, des chefs de la Révolution ont résolu de sauver certaines œuvres d\u2019art public en transformant leur valeur par le recours à un moyen inédit, le musée : La dimension politique et esthétique du musée est alors clairement posée : elle permet la préservation de l\u2019objet d\u2019art en le situant dans un lieu appelé à neutraliser son symbole politique, son appartenance à un monde détruit (Héritier 2003 : 46). 91 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Toutefois, l\u2019œuvre enfermée dans un musée et dépouillée de sa valeur politique ancienne n\u2019a pas seulement une valeur esthétique positive.Elle acquiert une valeur politique nouvelle : La Révolution est défendue, justifiée, légitimée par les œuvres, enfermées dans le patrimoine permettant une pédagogie du contre-exemple.La société d\u2019Ancien Régime est rendue présente pour être jugée.(Héritier 2003 : 83).Nous voyons par cet exemple comment un objet de valeur négative \u2013 du point de vue des révolutionnaires \u2013 acquiert aux yeux de ceux-ci une valeur positive : par le retrait de l\u2019espace public et l\u2019introduction dans un lieu de transformation de la valeur.Le musée devient ainsi l\u2019équivalent d\u2019un tribunal où l\u2019arme que l\u2019on brandit servira à faire condamner le coupable et où, enfin, la justice prévaudra.L\u2019enfermement dans un musée est une bonne solution pour les monuments commémoratifs condamnés, mais aptes à servir à l\u2019éducation populaire future.Quant aux noms de lieux qui honorent des personnages honnis par les contestataires, on leur réserve un autre sort, soit l\u2019oubli, soit une condamnation exprimée dans les pages d\u2019un manuel d\u2019histoire.Revenons brièvement à l\u2019exemple de l\u2019effondrement d\u2019une idéologie cité plus haut.À Vilnius, en Lituanie, les nouvelles autorités municipales ont simplement redonné leur ancien nom aux rues qui célébraient jusque-là les héros de la période soviétique (Senn 1990 : 37).Avant de passer à un exposé sommaire de la situation du Québec à l\u2019intérieur du Canada, résumons les fondements théoriques ci-dessus.L\u2019idéologie est un ensemble d\u2019énoncés, vrais ou faux, qu\u2019émet un sujet collectif politique (État, mouvement politique ou parti politique) et qui comprend, d\u2019une part, des jugements de réalité et des jugements de 92 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 valeur et, d\u2019autre part, des objectifs d\u2019action.La production d\u2019une idéologie se fait en deux temps.D\u2019abord, le sujet collectif politique prend conscience de sa situation et se demande si ses besoins de conservation ou de protection sont satisfaits (jugements de réalité et de valeur).Ensuite, il prend une décision : maintenir un statu quo qui le satisfait ou modifier la situation en utilisant tel ou tel moyen.Il arrive qu\u2019une idéologie s\u2019effondre en raison d\u2019une inadéquation totale avec le réel. 93 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 2.Situation du Québec à l\u2019intérieur du Canada État fédéral créé par une loi adoptée à Londres en 1867, le Canada s\u2019est émancipé progressivement de la tutelle de l\u2019État britannique jusqu\u2019à atteindre une indépendance complète en 1982, date à laquelle il devenait entièrement responsable de son destin, y compris de sa propre constitution politique.Dans ce pays, tous les citoyens sont, en principe, égaux devant la loi et considèrent qu\u2019ils vivent dans une démocratie, malgré le fait qu\u2019il y subsiste quelques symboles de la monarchie britannique.La Confédération canadienne est née par suite d\u2019une initiative, non pas du parlement britannique, mais des colonies anglaises qui deviendront plus tard les « provinces » du nouveau « Dominion of Canada », pays membre de l\u2019Empire britannique.En 1864, à Québec, une conférence réunit 33 délégués, dont quatre Canadiens français de la future province de Québec.Ceux qu\u2019on appellera les « Pères de la Confédération » mettent au point l\u2019essentiel de la future constitution du Canada.Les propositions de la conférence de Québec sont finalement endossées par trois colonies : 1) le Canada-Uni, constitué de la section du Haut-Canada (Ontario actuel) et de la section du Bas-Canada (Québec actuel), 2) le Nouveau-Brunswick et 3) la Nouvelle-Écosse.Au Canada-Uni, 91 députés appuient les propositions et 33 les rejettent.Le décompte selon l\u2019origine nationale montre que, dans l\u2019assemblée du parlement du Canada-Uni, la majorité des députés canadiens-français sont en faveur de la création d\u2019une confédération (Bernard 1971 : 265).Plus tard, Henri Bourassa, célèbre député et journaliste canadien-fran- çais, parlera de la « libre et volontaire association de deux peuples » en parlant de la « nation canadienne » réunie dans la Confédération (Drolet 1974 : 233-234). 94 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Le Québec aurait-il en vérité librement adhéré à la Confédération canadienne ?La réponse est catégorique : non.En effet, les descendants des colons français et leurs alliés par mariage ou par intérêt qui formaient alors la majorité de la population de la future province de Québec, née avec la création de la Confédération en 1867, n\u2019étaient pas constitués en État indépendant.Leur opinion ne pouvait s\u2019exprimer que par l\u2019intermédiaire des partis politiques autorisés par le pouvoir colonial britannique.Seule une colonie britannique dûment constituée en sujet collectif politique comme le Canada-Uni pouvait adhérer à la confédération projetée.Le Canada est, dit-on, une démocratie.Cependant, cette démocratie n\u2019existe pas pour les descendants des Français et leurs alliés au Québec, du moins pour ceux qui résistent depuis toujours.Derrière le mot-écran de « démocratie » se profile en réalité une situation d\u2019assujettissement, ce que savent bien tous les indépendantistes québécois.En face d\u2019eux se dresse la foule des collaborateurs locaux de l\u2019État canadien, héritier du Conquérant britannique.Ces collaborateurs indigènes favorisent l\u2019option de la décentralisation plutôt que celle de la centralisation du pouvoir canadien : L\u2019évolution résolument centralisatrice de la fédération canadienne accomplie par la Cour suprême par sa jurisprudence fédérative constitue une réelle menace, à moyen et à long terme, à la survie et à l\u2019épanouissement de l\u2019identité culturelle des Québécois (Brouillet 2005 : 381).On appelle parfois « autonomisme » ce courant idéologique qui vise une « affirmation de l\u2019identité québécoise à l\u2019intérieur d\u2019un cadre plus vaste » (Balthazar 2013 : 309).Les autonomistes sont encore appelés des « nationalistes partisans d\u2019un fédéralisme renouvelé » (Balthazar 2013 : 212). 95 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Dans la terminologie de Rings (1981), qui a analysé le comportement des populations dans les pays occupés par les Allemands durant la Deuxième Guerre mondiale, l\u2019autono- misme serait l\u2019idéologie des partisans d\u2019une « collaboration conditionnelle » avec l\u2019État agresseur.Les partis politiques québécois qui prônent actuellement une collaboration conditionnelle avec l\u2019État fédéral se disent habituellement eux- mêmes « fédéralistes ».Étant donné que, dans le contexte canadien, « fédéralisme » est un mot-écran du même genre que « démocratie », nous ferons appel à un mot déjà utilisé en France pour désigner la collaboration de la France avec l\u2019Allemagne sous le maréchal Pétain, entre 1940 et 1944 (Hoffmann 1974 ; Paxton 1997 [1973] ; Rousso 1987), et appellerons cette idéologie le « collaborationnisme4 ».C\u2019est l\u2019idéologie non seulement des partis politiques dits « fédéralistes » ou « autonomistes », mais aussi de l\u2019État québécois lui-même, ainsi que de ses créatures, les municipalités.Comme nous l\u2019avons montré ailleurs (Gaudreault 2010a et 2013), l\u2019art public est perverti par les hommages paradoxaux des vaincus à leurs vainqueurs, signe d\u2019une volonté persistante de collaboration avec le pouvoir canadien, héritier du Conquérant britannique.4 La situation de la France conquise par l\u2019Allemagne en 1940 et assujettie jusqu\u2019en 1944 est structurellement la même que celle de la Nouvelle- France liquidée militairement en 1760, devenue une colonie anglaise en 1763, unie de force à la colonie anglaise du Haut-Canada en 1840 et à toutes les autres colonies anglaises d\u2019Amérique du Nord en 1867 sous le nom de « Dominion of Canada ».On pourra soutenir que les Britanniques et leurs héritiers canadiens ont été moins brutaux que les Allemands.Il est toutefois fort probable que cette opinion ne sera partagée ni par les descendants des Patriotes de 1837-1838, ni par les Acadiens de la diaspora, ni par les Amérindiens des réserves, ni par les Métis de l\u2019Ouest qui se souviennent de Louis Riel. 96 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 3.Une commémoration libératrice au Saguenay La toponymie et les monuments commémoratifs de la région du Saguenay illustrent le collaborationnisme des pouvoirs locaux.Cependant, il arrive qu\u2019une certaine résistance se manifeste.Nous allons examiner l\u2019histoire récente des villes de cette région pour montrer les difficultés de la lutte contre l\u2019idéologie régnante.En 1975, les villes de Jonquière, de Kénogami et d\u2019Ar- vida ont été fusionnées et ont pris le nom de « Ville de Jonquière ».Selon l\u2019index du Grand Atlas routier du Québec (La Cartothèque Géo-Montages 1996), cette nouvelle ville compte 545 toponymes urbains \u2013 chemins, routes, ruelles, rues, boulevards et places.Pour ces noms de lieux, les responsables ont utilisé notamment des noms de saints chrétiens, de régions et de villes de France, de personnalités de l\u2019histoire de la Nouvelle-France et du Québec ou de célébrités mondiales du domaine des sciences et des techniques ou des arts et des lettres.Parfois, l\u2019origine d\u2019un nom de lieu est obscure : par exemple, la rue Bourassa a-t-elle été nommée ainsi en l\u2019honneur d\u2019Henri Bourassa, de Robert Bourassa ou d\u2019un conseiller municipal de ce nom ?Les archives locales ne contiennent aucun document qui résoudrait ce problème (Francœur 2014).Par contraste avec la population entièrement francophone de Jonquière, il y avait dans la ville jumelle de Kénogami un quartier habité par les cadres anglais de la compagnie de pâtes et papier Price Brothers, fondée en 1912 (Noppen et Morisset 1994).Des rues étaient nommées en l\u2019honneur d\u2019Anglais, comme la rue Wolfe ou la rue King George.On avait aussi tout bonnement utilisé des noms d\u2019arbres en anglais : Spruce, Birch, Maple, Oak.Quelque temps après la 97 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 fusion de 1975, les noms d\u2019arbres en anglais ont été remplacés par « Lapointe », « Bergeron », « Perron », « de l\u2019Acadie ».Par contre, les responsables n\u2019ont pas osé toucher à la rue Wolfe, nommée ainsi en hommage au vainqueur des Plaines d\u2019Abraham.Quant à la rue King George, on l\u2019a « francisée » : elle est devenue la rue du Roi-Georges (avec un « s »).Effet probable, et curieux, de la loi 101 sur la langue française adoptée en 1977 par l\u2019Assemblée nationale du Québec.Troisième ville fusionnée en 1975, Arvida a été créée en 1926 et doit son nom à Arthur Vining Davis, directeur général de la société américaine d\u2019aluminium ALCOA et fondateur de la société d\u2019aluminium ALCAN au Saguenay (Noppen et Morisset 1994).Plusieurs rues ont été nommées en hommage à des scientifiques liés de près ou de loin à la technologie de l\u2019aluminium : Deville, Wohler, Berthier, Moissan, Davy, Volta, Oested, Castel.Peu de rues honorent des Anglais ou d\u2019autres membres de l\u2019Empire britannique : notons en particulier la rue McLeod, appelée ainsi en l\u2019honneur de Peter McLeod, Écossais d\u2019origine, rival puis associé malheureux de William Price dans l\u2019exploitation des forêts locales au profit de la marine britannique, forte consommatrice de bois à cette époque.On dit aussi de Peter McLeod qu\u2019il est « le fondateur de Chicoutimi », la ville voisine d\u2019Ar- vida (Société historique du Saguenay 1938 : 173).En 2002, la Ville de Jonquière, la Ville de la Baie et la Ville de Chicoutimi ont fusionné et pris le nom de « Ville de Saguenay ».Peu après cette fusion, en 2004, dans le secteur de l\u2019ancienne ville de Chicoutimi, une lutte idéologique très révélatrice survient à propos d\u2019un monument commémoratif : l\u2019obélisque en hommage à William Price, dit le « père du Saguenay », et à trois membres de sa famille engagés dans l\u2019entreprise familiale, la société Price Brothers, dont il a été question plus haut. 98 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Les autorités municipales annoncent d\u2019abord « dans l\u2019indifférence populaire » (Tremblay 2004) que le monument Price sera déplacé et ira orner le centre d\u2019un carrefour giratoire.Il s\u2019écoule ensuite un certain temps avant que deux historiens locaux manifestent leur opposition et soient mis en vedette.Ces protestataires se fondent toutefois sur deux argumentations différentes.Le premier à intervenir refuse qu\u2019on donne plus de visibilité à un exploiteur qui, au XIXe siècle, « avait établi dans la région un véritable monopole économique et social qui maintenait une grande partie de la population dans une profonde dépendance.» Un peu plus loin, dans le même texte, l\u2019historien précise ses motivations : « On aura compris que mon opposition à ce projet n\u2019est pas de nature ethnique.Il ne s\u2019agit pas d\u2019opposer bêtement Francophones et Anglophones » (Gérard Bouchard, 17 novembre 2004).À ce premier historien qui fonde son opposition sur un argument de nature économique et sociale \u2013 la lutte des classes \u2013, un second lui réplique en invoquant plutôt un argument de nature politique et militaire \u2013 la lutte des peuples : « L\u2019aliénation dont vous secouez les chaînes est celle que les Canadiens français ont héritée de la conquête anglaise de 1760.» Cet historien termine par une mise en garde où l\u2019on sent poindre la peur de la répression : Faut-il vous rappeler, vous qui savez tant de l\u2019histoire des révolutions, qu\u2019il importe, dans ce genre de débat où il est facile de faire passer la passion au-dessus de la raison, à tous ceux et celles qui y prennent part, de faire en sorte que ce soit la seconde (la raison) qui l\u2019emporte sur la première, et que le peuple, que vous appelez à votre rescousse en sollicitant justement ses passions, n\u2019ait pas à en payer le prix un jour (Russel Bouchard, 20 novembre 2004).Résultat final de la controverse : le monument Price restera là où il est. 99 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Comme le suggère le récit sommaire qui précède, la lutte idéologique à la Ville de Saguenay peine à déboucher sur un changement dans la toponymie et les monuments commémoratifs.À notre avis, la raison en est certainement la peur \u2013 la peur du risque, la peur de la répression.Comment contrer cette impuissance des sujets individuels à transformer une situation qu\u2019ils jugent inacceptable ?Comment éviter le ressentiment, cette colère rentrée, cet « autoempoisonnement psychologique » (Scheler 1933 [1919] : 14) ?Comment éviter de devenir, pour ainsi dire, des grabataires politiques ?Par une action collective disciplinée, réfléchie et opportune.Citons quelques éléments d\u2019une campagne de commémoration libératrice, à la Ville de Saguenay ou ailleurs, selon ce que déterminera, souhaitons-le, un organisme spécial créé par les indépendantistes à l\u2019échelle du Québec : \u2022 Préciser l\u2019identité de chacun des personnages honorés dans la toponymie.Ajouter le prénom et un élément biographique sur les plaques.Si cela est impossible, abandonner le toponyme.Laisser dans l\u2019obscurité les noms de saints, qui perdront graduellement leur sens et seront un jour abandonnés.\u2022 Repérer les hommages aux conquérants britanniques, à leurs successeurs canadiens et aux collaborationnistes québécois.Organiser un concours populaire visant à trouver de nouvelles personnalités à honorer.Procéder aux remplacements appropriés dans la toponymie.\u2022 Déménager dans un musée les monuments commémoratifs rejetés.Leur apposer une plaque pour indiquer les motifs de la réprobation publique.Mettre en place des monuments en hommage à des personnalités ou à des groupes dont le comportement doit servir d\u2019exemple pour tous les citoyens. 100 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Conclusion Dans leur lutte de libération nationale, les indépendantistes québécois ont tout intérêt à tirer profit du puissant levier que représente une campagne de commémoration libératrice dans les villes du Québec.Une telle campagne serait l\u2019occasion, pour la population entière, de mettre au jour la véritable histoire de la nation québécoise et de poser un premier geste de libération en abolissant les hommages paradoxaux des vaincus aux héros du Conquérant britannique, de l\u2019État canadien, héritier du Conquérant, et du Québec collaborationniste.Le peuple québécois doit enfin prendre conscience 1) que le Québec est un territoire occupé et 2) qu\u2019à quelques exceptions près, ses gouvernements successifs ont été des collaborateurs de l\u2019ennemi.Tout comme dans la France occupée par les Allemands entre 1940 et 1944, le collaborationnisme sévit au Québec.Cependant, à la différence de la France de cette époque, le Québec n\u2019est plus soumis directement au Conquérant, mais à son héritier, la pseudoconfédération appelée Canada.Aux yeux des collaborationnistes québécois, qui se cachent sous le mot-écran de « fédéralistes », le Canada n\u2019est pas l\u2019héritier du Conquérant britannique, l\u2019État successeur de l\u2019Empire britannique en Amérique du Nord, mais une véritable fédération à laquelle le Québec aurait adhéré librement en 1867.En réalité, une poignée de collaborationnistes de haut vol ont voulu ou cru engager la nation québécoise tout entière à cette époque, alors qu\u2019ils ne parlaient qu\u2019en leur nom propre et au nom de leurs partisans.En effet, à la suite de la Conquête par les Britanniques en 1760, les descendants des Français et leurs alliés avaient été intégrés de force dans la colonie britannique du Canada-Uni en 1840.Ils ne constituaient d\u2019aucune manière un sujet collectif politique indépendant et ne pouvaient donc entrer librement dans la pseudoconfédération canadienne. 101 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Pour vaincre le collaborationnisme, qui s\u2019exprime notamment dans la toponymie et les monuments publics, les actions individuelles ou en petits groupes désordonnés n\u2019ont aucune chance d\u2019aboutir.En effet, seule une action collective disciplinée, réfléchie et opportune menée à l\u2019échelle du Québec par un organisme indépendantiste spécial aura des chances de réussite et permettra de passer aux phases ultérieures de la libération du Québec.q 102 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Bibliographie BALTHAZAR, Louis.Nouveau bilan du nationalisme au Québec.Montréal : VLB éditeur, 2013.319 p.BERNARD, Jean-Paul.Les Rouges.Libéralisme, nationalisme et cléricalisme au milieu du XIXe siècle.Préface de Fernand Dumont.Montréal : Les Presses de l\u2019Université du Québec, 1971.XI + 395 p.BOUCHARD, Gérard, « Le projet de mise en valeur du monument Price à Chicoutimi : un détournement de la mémoire régionale », mémoire adressé au conseil de la Ville de Saguenay et publié dans le journal Le Quotidien le 17 novembre 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À quoi sert mon argent ?PLACEMENT À RENDEMENT SOCIAL\u201d sûr et garanti Largent investi sert à financer partout au Québec des CPE, des agriculteurs biologiques, des coopératives et 0SBL d'habitation, des quartiers verts, des commerces équitables, des entreprises d'insertion au travail des théâtres, des médias sociaux, el.Le choix de Laure Waridel (7 D; \u201cYn be B Desjardins Caisse d'économie sulidaire Québec AI6 647-1527 Montréal 51450 Lanaudière 450 75 www.placement.coop 30 $ par année 50 $ pour deux ans taxes et expédition comprises Commande par la poste : L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : (514) 845-8533 sans frais, (866) 845-8533 À la boutique internet action-nationale.qc.ca Les Cahiers de lecture de L'Action nationale La pensée québécoise en essais Pour savoir ce qui se produit dans le monde des essais au Québec, il faut s\u2019abonner aux Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale, un périodique entièrement consacré aux recensions des essais québécois.D\u2019un format journal agréable, Les Cahiers paraîssent trois fois l\u2019an et font un survol de l\u2019actualité éditoriale québécoise comme il ne s\u2019en fait nulle part ailleurs.Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 40 pages qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés durant l\u2019année. Lire Actualité Campagne de financement pour la publication de 666-Friedrich Nietzsche 109 Lire les essais BOUALEM SANSAL Gouverner au nom d\u2019Allah.Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe 112 MAHMOUD HUSSEIN Ce que le Coran ne dit pas 115 JUSTIN TRUDEAU Terrain d\u2019entente 118 Livres reçus 125 Index des auteurs 2014 129 LIRE 108 ACTUALITÉ CAMPAGNE DE FINANCEMENT POUR LA PUBLICATION DE 666-FRIEDRICH NIETZSCHE Les Éditions Trois-Pistoles annoncent une campagne de financement populaire pour que puisse être publiée à un prix abordable l\u2019édition courante de 666-Friedrich Nietzsche, un ouvrage de 1392 pages, que VLB considère comme le testament littéraire, politique et social de l\u2019œuvre qu\u2019il a entreprise en 1968.Une colossale entreprise qu\u2019il décrit ainsi : Quand on met dans l\u2019écriture tout ce par quoi on est porté, on n\u2019écrit plus avec l\u2019encre bleue d\u2019un stylo feutre, mais avec le sang de son propre corps \u2013 une phrase qu\u2019on trouve aussi bien chez Herman Melville, James Joyce et Friedrich Nietzsche.Je fais donc mien ce leitmotiv d\u2019Ainsi parlait Zarathoustra : Ceci n\u2019est pas un livre : qu\u2019importent les livres! Qu\u2019importent cercueils et suaires! C\u2019est une volonté, c\u2019est une promesse.Voici l\u2019ultime rupture des ponts.C\u2019est un vent de mer, un lever d\u2019ancre, Un grondement de roue, un changement de barre.Le canon tonne, blanche la vapeur de son feu.Et la mer Océane rit, la monstresse! 109 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 VLB a investi à fonds perdus plus d\u2019un million de dollars dans la culture au Bas Saint-Laurent : au Caveau-Théâtre, à la Maison de VLB et aux Éditions Trois-Pistoles.Il a récemment hypothéqué sa maison pour que les Éditions Trois-Pistoles puissent survivre aux coupures fédérales et québécoises qui atteignent désastreusement le monde de la culture.Il ne peut aller plus loin.D\u2019où cette campagne de financement populaire, car de sa réussite ou de son échec dépend l\u2019avenir de la seule maison d\u2019édition littéraire professionnelle en région (400 titres publiés en 20 ans) et celui de l\u2019écrivain VLB.Sans l\u2019appui populaire que sollicitent les Éditions Trois-Pistoles, celles-ci devront malheureusement cesser d\u2019apporter leur contribution à notre culture nationale.Quant à 666-Friedrich Nietzsche que VLB considère comme un ouvrage susceptible d\u2019éclairer ce que nous avons été, ce que nous sommes et ce que nous pourrions être comme nation souveraine à la lueur de la lecture de Nietzsche, l\u2019écrivain des Trois-Pistoles dit ceci : 110 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Si cette campagne de financement populaire ne devait pas rencontrer son objectif, soit 150 000 $, je devrai renoncer définitivement à la publication de mon ouvrage \u2013 et c\u2019en sera terminé pour moi de l\u2019écriture.Je n\u2019en aurai pas de ressentiment : le silence est peut-être ce nouveau terrorisme que Nietzsche appelait, son corps-esprit couvert de tant de sang versé à cause des mots que celui-ci, telle la mer Océane, coule toujours de par le monde, dans la fureur.La campagne de financement populaire des Éditions Trois- Pistoles commence aujourd\u2019hui.Vous pouvez prendre connaissance de tous ses tenants et aboutissants sur la page Facebook de Victor-Lévy Beaulieu, sur le site des Éditions Trois-Pistoles et divers autres médias sociaux.Pour informations, Élisabeth Oehler (téléphone)1 418 851-8888 courriel : vlb2000@bellnet.ca 111 LIRE LES ESSAIS La modernisation de l\u2019Islam Le monde arabe est en feu : La Syrie, l\u2019Irak, le Liban, la Palestine, l\u2019Égypte, la Lybie sont autant de champs de batailles plus ou moins larvées.À la source de cet embrasement, on trouve de multiples facteurs, mais de nombreux spécialistes de la question arabe sont d\u2019accord pour dire que la cause principale du malaise arabo-musulman est la difficulté que connaît l\u2019islam pour accéder à la modernité.L\u2019on peut même se poser la question : cette religion est-elle compatible avec la modernité et si oui, à quel genre de modernité ?La majorité des spécialistes est également d\u2019accord pour admettre que la condition sine qua non de cette accession à la modernité passe par une réforme des textes coraniques.C\u2019est le thème central des essais de Boualem Sansal et de Mahmoud Hussein dont il est mention ici.Sansal aborde cette question d\u2019une manière plus politique en survolant un monde arabe dans lequel l\u2019islamisme s\u2019est implanté et a empêché tout débat réformiste.Hussein, quant à lui, a cherché à l\u2019intérieur même du Coran des versets prouvant que l\u2019islam peut évoluer et s\u2019adapter de ce fait au contexte moderne.Ces deux auteurs représentent des penseurs réformateurs au cœur du monde musulman, penseurs auxquels on reproche trop souvent leur silence.Il est bon d\u2019écouter ce qu\u2019ils ont à dire. 112 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 BOUALEM SANSAL Gouverner au nom d\u2019Allah.Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe, Gallimard, 2013, 156 pages Le fait est là, en quatorze siècles aucune tentative de révolution des idées semblable à celle des Lumières n\u2019a pu émerger et prendre corps dans l\u2019univers musulman.S\u2019il y en a eu, elles restèrent confinées dans les milieux fermés où elles furent rapidement tuées dans l\u2019œuf (Boualem Sansal).C\u2019est le douloureux constat que fait Boualem Sansal à la page 135 de son essai : Gouverner au nom d\u2019Allah.Après avoir connu des siècles d\u2019expansion qui l\u2019a mené en Turquie, en Chine, en Inde et en Afrique, la religion musulmane a été déchirée par de multiples schismes et le monde islamique a régressé sur tous les plans : territorial, culturel, scientifique, économique.Il ne restait rien de la mythique Dar el islam (la maison de l\u2019islam), excepté une chose qu\u2019on ne pouvait lui prendre : l\u2019islam lui-même.Et c\u2019est là-dessus que les islamistes proposèrent de tout rebâtir : le religieux, le social, le politique.C\u2019est à partir de là que l\u2019islamisme voulut remplacer l\u2019islam.Cette doctrine aux relents féodaux est la réponse que le monde musulman a apportée à cette modernité qui a confronté toutes les civilisations.D\u2019après l\u2019auteur la démocratie elle-même, avec ses lois fondamentales, ne pouvait pas fonctionner en terre d\u2019islam.Il avoue d\u2019ailleurs n\u2019avoir jamais trop cru aux « printemps arabes ».Sansal est un romancier algérien de talent qui produit occasionnellement des essais.Gouverner au nom d\u2019Allah part de son expérience vécue en Algérie où il est né en 1949.Il a vécu les expériences socialisantes et laïcisantes de son pays durant les débuts des années 1960.D\u2019un ton ironique, il nous dit que dès le lendemain de l\u2019indépendance (1962) et après 32 années de guerre de libération, sont arrivés des « prédicateurs discrets venus du Moyen-Orient ».Dans l\u2019Algérie de cette époque, « socialiste, révolutionnaire, tiers-mondiste, 113 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 matérialiste\u2026 », on ne les a pas pris au sérieux, ils faisaient même sourire (p.12).Nous connaissons la suite de l\u2019histoire : une guerre civile atroce qui dans les années 1990 a fait des centaines de milliers de victimes.Cela avait déjà inspiré l\u2019auteur pour son roman Le serment des barbares dans lequel il tentait d\u2019expliquer le fondement de cette guerre civile.Dans Gouverner au nom d\u2019Allah, Sansal part de son expérience algérienne, mais élargit bien vite son propos à l\u2019internationalisation actuelle de l\u2019islamisme.Il se range résolument dans le camp des alarmistes.Djemila Ben Habib représente certainement cette tendance au Québec.Selon lui, l\u2019islamisme s\u2019installe partout en Occident et s\u2019attaque à la démocratie en usant de la démocratie elle-même avec art et subtilité (p.23).Dans les pays arabes, il a su s\u2019infiltrer dans les révoltes populaires d\u2019essence démocratique et les retourner à son profit.Ce mouvement va encore plus loin en se mettant dans le sillage des islamistes modérés.On peut penser à la Turquie, de moins en moins laïque, à la Tunisie ou même au Maroc.Actuellement, on débat beaucoup sur l\u2019islam en Occident, peut-être pas assez au Québec.L\u2019intérêt de ce livre est d\u2019être écrit par une grande plume algérienne, de façon claire et très pédagogique.L\u2019écrivain témoigne de son expérience algérienne puis survole le monde islamique.Il s\u2019attarde sur les grandes dimensions (les vecteurs) de l\u2019islamisme.Il dit des choses captivantes sur l\u2019identité arabe avant de se questionner à savoir si l\u2019islamisme est aussi un problème pour l\u2019Occident.Sa petite conclusion de quatre pages est une vraie pièce d\u2019anthologie.Les quatre annexes sont également à signaler pour qui s\u2019intéresse un tant soit peu à la question musulmane : 1.une longue liste des courants, écoles et mouvements en islam ; 2.une répartition des musulmans dans le monde ; 3.une monographie du monde arabe et enfin un extrait de la Muqaddima (« Prolégomènes ») d\u2019Ibn Khaldoun (le grand penseur 114 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 maghrébin du XIVe siècle, le premier sociologue identifié comme tel) consacré aux Arabes.Sansal démontre très bien, comme d\u2019autres l\u2019ont déjà fait, qu\u2019à partir de la multitude d\u2019écoles, de courants et de « sectes » qui composent la religion musulmane il est impossible de définir des croyances et pratiques communes.Ceci constitue un des grands problèmes de l\u2019islam.À titre d\u2019exemple, les notions de tolérance, de liberté, d\u2019autorité varient d\u2019une société islamique à l\u2019autre, d\u2019un contexte politique à l\u2019autre.Le Coran lui-même est versatile.Certains versets préconisent une certaine tolérance envers les « infidèles », alors que d\u2019autres ordonnent de les exterminer ; tel ce verset dans lequel Allah ordonne à Mahomet : Ô Prophète, mène le jihad contre les infidèles et les hypocrites et soit dur à leur égard (p.30).Ainsi, fidèle aux recommandations du verset, Mahomet ordonna d\u2019exterminer la tribu juive des Banu Qurayzah.Dans d\u2019autres contextes, Allah est plus généreux et les Juifs sont tolérés.Ces ambigüités de départ sont sans conteste une des raisons fondamentales de la grande difficulté d\u2019adaptation du monde islamique à la réalité contemporaine.Cela pourrait expliquer également pourquoi cette adaptation se fait plutôt dans la violence que dans la négociation et la réflexion.Sansal déplore qu\u2019il n\u2019y ait pas de débats en terre d\u2019islam à ce sujet et que même en Europe on n\u2019ose pas aborder cette question.L\u2019écrivain algérien est encore plus inquiétant quand il soulève l\u2019hypothèse selon laquelle l\u2019islam et les musulmans s\u2019étendraient de plus en plus dans le monde.À la faveur de cette expansion, l\u2019islamisme prendrait de plus en plus de place, malgré l\u2019image repoussante que cette doctrine donne de la religion musulmane.Selon Sansal, l\u2019islamisme 115 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 a récupéré les printemps arabes, il a ressuscité le vieux rêve du califat et il investit de plus en plus les sciences telle l\u2019industrie nucléaire ou informatique, comme en Iran ou en Turquie.L\u2019on assiste actuellement à la naissance d\u2019une élite scientifique musulmane, pour le meilleur ou le pire.Des intellectuels de différents milieux essaient bien sûr de donner une image plus positive de leur religion, plus moderne, plus progressiste, mais la radicalisation qui gagne du terrain parmi les musulmans de deuxième et troisième génération et parmi les convertis en Europe est inquiétante et reste inexpliquée pour Boualem Sansal.En conclusion de son petit essai très édifiant, l\u2019auteur conclut que tous les espoirs et toutes les peurs sont présents actuellement dans le monde musulman.Selon lui les islamistes sont au pouvoir dans une grande partie du monde arabe.« C\u2019est réellement une nouvelle ère qui commence pour les pays \u201carabes\u201d.Pour le monde aussi, peut-être » (p.136).MAHMOUD HUSSEIN Ce que le Coran ne dit pas, Grasset, 2013, 111 pages Boualem Sansal déplorait que le monde musulman n\u2019ait pas accompli la réforme nécessaire afin d\u2019entrer plus aisément dans la modernité.Deux penseurs égyptiens, Bahgat Elnadi et Adel Rifaat, reprennent la balle au bond sous le pseudonyme de Mahmoud Hussein et s\u2019efforcent de relire le Coran dans le but de prouver qu\u2019il n\u2019est pas qu\u2019un ensemble de commandements et d\u2019interdits valables en tout temps, mais qu\u2019il laisse aussi place à la discrimination et au choix des individus.Cela donne un petit ouvrage d\u2019une centaine de pages dans lequel les auteurs s\u2019efforcent de replacer les faits et gestes de Mahomet dans leur contexte historique : l\u2019Arabie du VIIe siècle ; comme le soutiennent Elnadj et Rifaat : « [\u2026] la parole de Dieu est indissociable du temps et de l\u2019espace de sa révélation.Elle porte la marque de son inscription 116 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 dans l\u2019Arabie du VIIe siècle » (p.9).Les auteurs vont donc consulter et décrypter la Sira, un volumineux document qui relate les faits et gestes du Prophète durant son existence et tenter de mettre à jour les circonstances dans lesquelles les versets sont « descendus » sur le Prophète ; la masse des croyants n\u2019ayant accès à des « bribes » de ce document que par l\u2019intermédiaire « des clercs et des prêcheurs au gré de leur préférence doctrinale » (p.8).L\u2019imprescriptibilité du Coran est sans conteste le cœur de la problématique de Mahmoud Hussein.Il faut prouver que cette idée est contraire au texte coranique.Pour cela l\u2019auteur remonte à la vie de Mahomet (~570-632), visité vers l\u2019an 610 par l\u2019Ange Gabriel qui lui annonce que Dieu l\u2019a choisi pour être le dernier messager.À partir de ce moment et régulièrement, l\u2019ange est venu porter à Mahomet des messages divins.Cela constitue le processus de la Révélation.Les versets ainsi révélés se situent dans le prolongement spirituel du judaïsme et du christianisme et vont structurer un monde arabe essentiellement tribal et idolâtre.Tranquillement, le Prophète et ses révélations assoient leur hégémonie sur la société arabe.Mais à la mort de Mahomet, ça se complique : les versets coraniques avaient été transmis oralement ou sur à peu près n\u2019importe quoi (un bout d\u2019os, une feuille séchée, un morceau de bois\u2026).Ils furent ensuite répartis entre les compagnons du Prophète et il se passera un certain temps avant que l\u2019on en récupère l\u2019essentiel pour en faire un texte sacré : le Coran.À partir de là, deux tendances se profilent : d\u2019un côté des traditionalistes, attachés à une conception absolue du vouloir divin et à l\u2019imprescriptibilité des textes coraniques, et de l\u2019autre côté des rationalistes, qui privilégient la notion de libre arbitre humain.Après une relative domination rationaliste sur le monde musulman, ce sont finalement les thèses à saveur traditionaliste qui s\u2019imposeront sur la planète Islam : 117 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 La notion d\u2019imprescriptibilité du Coran est désormais un dogme.Elle investit toutes les branches du savoir religieux.Elle est devenue synonyme du mot islam (p.46).Hussein veut ébranler ce dogme et pour cela il interroge des versets, passablement confus, en les replaçant dans leur contexte, c\u2019est-à-dire les circonstances dans lesquelles ils ont été révélés.Il tente de démontrer que ces versets avaient : « [\u2026] une visée explicitement conjoncturelle et provisoire » (p.60).L\u2019auteur veut même prouver que certains versets ont été abrogés, c\u2019est-à-dire annulés et remplacés par d\u2019autres, plus adaptés au changement de circonstances.Cela permettrait d\u2019invalider le caractère d\u2019imprescriptibilité du Coran et d\u2019ouvrir ainsi la porte à une révolution théologique.Il reste alors l\u2019épreuve de la preuve sur certains versets ambigus ; et là l\u2019ouvrage de Mahmoud Hussein m\u2019est apparu beaucoup moins convaincant.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que les versets choisis sont obscurs, abscons, pour ne pas dire impénétrables.Dans un langage plus commun, nous pourrions dire qu\u2019ils disent tout et son contraire.Le travail d\u2019exégète est très ardu.Mais n\u2019en est-il pas de même de tous les textes dits « sacrés » ?Quoi qu\u2019il en soit, il ne m\u2019est pas apparu que l\u2019essai des deux Égyptiens infirmait de façon évidente le caractère d\u2019imprescriptibilité du livre sacré des musulmans ; il ne le validait pas non plus.Son mérite c\u2019est de renforcer les courants réformistes musulmans qui s\u2019efforcent de faire accéder le monde arabe à la modernité.À cet effet, on trouvera aux pages 108 et 109 de l\u2019ouvrage une liste de réformateurs musulmans du XXe siècle qui publient en langue française.On ne sait pas s\u2019il en existe autant en arabe, mais preuve est que le débat se fait.Daniel Gomez 118 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 JUSTIN TRUDEAU Terrain d\u2019entente, Éditions La Presse, 2014, 375 pages Il semble qu\u2019un politicien peut publier son autobiographie, à l\u2019aube de la quarantaine, après seulement 6 ans de service comme député.Il est cependant légitime de se questionner sur le contenu de ces 373 pages, et surtout sur l\u2019intérêt de les traverser.Dans ce livre sur sa vie, Justin Trudeau tente l\u2019expérience, avec le but avoué de dévoiler au lecteur les divers événements qui ont fait de lui l\u2019homme qu\u2019il est.De l\u2019innocence de l\u2019enfance à la chefferie du Parti libéral de Canada.Le problème principal de ce livre est évidemment celui auquel il fallait s\u2019attendre : l\u2019autobiographie politique de Justin est très peu politique.Du début à la fin, Justin relate à quel point l\u2019école de la vie fut fructueuse pour lui, et au travers de toutes sortes d\u2019événements, avec ses parents, ses frères, ses amis et ses camarades de classe, d\u2019Ottawa à Montréal, comment il a acquis les vertueuses valeurs qui définissent aujourd\u2019hui son identité.Dès lors, comment écrire un livre de près de 400 pages, avec si peu substance politique ?En multipliant anecdotes, souvenirs personnels, innombrables petits bonheurs, chérissables sans doute avec raison pour l\u2019auteur, mais immanquablement insignifiants et anodins pour le lecteur.Mis à part le caractère exceptionnel d\u2019être le fils d\u2019un premier ministre, Justin nous fait part d\u2019une énorme quantité d\u2019expériences l\u2019ayant fait grandir.Dans une certaine mesure, tout le monde aurait pu écrire un livre sous cet angle.Chacun d\u2019entre nous pourrait partager les peines, les rencontres amoureuses, les bonheurs et les tragédies qui ont façonné notre vie personnelle.Baser un livre là-dessus n\u2019en rend pas nécessairement la lecture intéressante. 119 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 La première moitié du livre nous fait défiler, en quelque 200 pages, l\u2019enfance et l\u2019adolescence peu ordinaire de Justin.Fils d\u2019un premier ministre dès son arrivée au monde, Justin raconte comment, au fond, entre les poignées de main à Reagan et les visites au Kremlin, entre les chalets de Colombie-Britannique et la maison du premier ministre, il a été élevé avec des valeurs de respect, de simplicité, de discipline.Des valeurs qui, évidemment, l\u2019ont toujours suivi.Comme bien des fils, Justin aime son père et l\u2019admire.Il relate ainsi sa fascination pour sa grande discipline, son intelligence, sa grande culture et sa foi.Pourtant, Justin affirme à plusieurs reprises dans le livre, qu\u2019il n\u2019est pas comme son père et qu\u2019il ne fait pas de politique comme lui.En effet, le père Trudeau avait une approche intellectuelle de l\u2019action politique, et sa prestance devant les foules n\u2019était pas un don inné.Érudit brillamment scolarisé, présent sur la scène académique de son époque, Trudeau avait déjà, avant son entrée en politique, fait son nom dans des revues comme Cité libre.Ce n\u2019est pas le cas de Justin.Bachelier en littérature, formé en enseignement et géographie (il a commencé une maîtrise, avant d\u2019être interrompu par l\u2019appel du devoir en politique), travaillant dans l\u2019enseignement et le communautaire, Justin ne privilégie pas, comme Pierre Elliot, une approche politique « intellectuelle ».Pour Justin, faire de la politique c\u2019est d\u2019abord être près des gens, être à leur écoute, aller à leur rencontre.Il affirme d\u2019ailleurs se différencier de son père en cette matière et par cette prédisposition qui le caractériserait : sa sociabilité.Ça n\u2019empêche certainement pas Justin d\u2019avaliser les aspects majeurs de la pensée de Pierre Trudeau.C\u2019est notamment là où se révèle un aspect important du livre de Justin : son incapacité d\u2019analyser et de réfléchir en 120 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 profondeur des sujets pourtant fondamentaux comme les concepts de nation, d\u2019identité, de multiculturalisme.Sans dire que ses courts paragraphes sur ces concepts et idées soient erronés ou foncièrement faux, on ne peut que constater que les formules creuses et les idées floues avec lesquelles Justin les aborde ne le deviennent pas moins lorsqu\u2019il tente de les élaborer.Justin parle d\u2019économie en disant simplement que la prospérité canadienne « dépend de notre capacité à exploiter nos ressources naturelles et à les exporter sur les marchés mondiaux » (p.283).Il fait allusion aux « grands enjeux fondamentaux » en soulignant brièvement l\u2019importance d\u2019avoir une « croissance qui profite à la classe moyenne et une égalité des chances sur le plan économique » (p.320).Ce qui nous est révélé de la pensée politique de Justin n\u2019est que surface.On retrouve, çà et là, entre les multiples voyages, les détails banals du quotidien, les luxuriantes expériences de vie, sa conception du Canada et du Québec, en parfait héritage avec les grandes lignes de la pensée son père.Justin laisse effectivement quelques paragraphes pour décrire une nation canadienne fondée sur la diversité et sur des valeurs comme la justice, l\u2019égalité et la liberté.Armé de phrases et paragraphes aussi bien tournés que laconiques, il décrit l\u2019identité canadienne comme reposant sur un solide socle de valeurs parmi lesquelles on retrouve : l\u2019ouverture à l\u2019autre, la compassion, le courage, le respect, la justice et l\u2019égalité (p.15 et 128).Le Canada est formé d\u2019une multitude d\u2019individus, d\u2019ethnies, de cultures, de groupes religieux, dont l\u2019aspect quantitatif varie, se rassemblant sous la bannière de l\u2019identité canadienne.Grâce à la charte, un des plus beaux héritages de son père, le Canada a pu consolider le maintien de la liberté et de l\u2019éga- 121 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 lité, et garantir la protection des minorités contre une éventuelle tyrannie d\u2019une majorité.Il nous fait part également de quelques courtes réflexions, comme celle sur le multicul- turalisme qu\u2019il définit simplement comme « la présomption selon laquelle la société acceptera les formes d\u2019expression culturelle qui n\u2019enfreignent pas les valeurs fondamentales de notre société » (p.220).Le regard que Justin porte sur le passage de Pierre Trudeau en politique est aussi éloquent.La « nuit des longs couteaux » ?Un terme qu\u2019aurait utilisé Lévesque pour parler d\u2019une trahison de Trudeau, alors que de l\u2019avis de Justin, Lévesque n\u2019a pas été trahi, mais a plutôt vu ses plans déjoués\u2026 (Il ne s\u2019aventure pas davantage dans ce débat, qu\u2019il « laisse aux historiens », dit-il.) Avec la même rigueur, Justin mentionne à au moins deux reprises la commission Gomery, déplorant les « répercussions négatives » qu\u2019elle a pu avoir.« Peu importe qui on jugeait responsable de quoi, un doute était jeté sur l\u2019intégrité du parti », relate-t-il (p.268).Lorsqu\u2019il fait allusion à la crise d\u2019octobre et à la réaction de son père, plutôt que de mentionner les mesures de guerre ou les centaines d\u2019arrestations injustifiées dans un État de droit, Justin souligne la célèbre phrase de Pierre Elliot, « Just watch me » comme un de ces « étranges moments de poésie » (p.249-250) que permettent parfois les démêlés avec la presse.Il n\u2019est certainement pas surprenant de voir Justin suivre les traces idéologiques de son père.Toutefois, rien dans son livre ne nous permet de croire qu\u2019il ait la capacité de poser un regard critique sur cet héritage.Il n\u2019en comprend que la carte officielle, et répète l\u2019importance de la charte, de la justice, de l\u2019équité sociale et des droits et libertés. 122 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Pour cette raison, Justin incarne parfaitement le type de fédéraliste québécois, pour qui le Québec n\u2019existe pas comme entité nationale, mais comme agglomérat de francophones étalés sur la province.Fier Canadien, il est aussi fier de son identité québécoise, mais ne s\u2019approchera jamais de l\u2019idée d\u2019une reconnaissance nationale.Il est certainement faux de dire que Justin n\u2019aime pas le Québec.Le contraire serait sans doute plus approprié : Justin aime le Québec.Il aime sa culture en version édulcorée, folklorisée, régionalisée dans le Canada.La deuxième moitié du livre de Justin porte sur sa lancée et son travail en politique.En quatre chapitres, Justin fait part de son intérêt pour la politique dans ce qu\u2019elle a de plus humain.Cette partie du livre décrit la vie d\u2019un candidat, et ensuite d\u2019un député, acharné au travail, qui ne recule certainement pas dans l\u2019adversité qu\u2019impose ce rythme de vie.Il prend plusieurs pages pour décrire, entre les multiples allusions à son amour pour sa femme et ses enfants, son dévouement envers les gens de sa circonscription mon- tréalaise, Papineau, et décrit sa bataille à l\u2019investiture et sa victoire comme député.Il y raconte également les déboires du PLC après la défaite de Paul Martin, ainsi que les dures années Dion-Ignatieff, où le parti s\u2019est enlisé dans les échecs électoraux.La clé du succès selon Justin, la proximité avec les Canadiens, avait été négligée au cours de ces années difficiles.Justin prend beaucoup d\u2019espace pour décrire son expérience comme candidat, comme député et comme aspirant-chef, mais aussi comme époux et père : aspects essentiels de son personnage politique.Outre sa réelle implication dans son comté, et l\u2019habileté manifeste par laquelle il a été en mesure de le remporter haut la main, on apprend peu de choses sur le projet politique qu\u2019il veut soumettre aux Canadiens. 123 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Évidemment, plusieurs phrases et mots clés reviennent à de multiples reprises ; l\u2019importance pour Justin de favoriser la diversité, la justice et l\u2019égalité.Tirant quelques flèches aux souverainistes, qu\u2019il accuse de vouloir semer la division en démantelant le pays, Justin critique aussi le manque d\u2019ouverture de la « prétendue » charte de la laïcité.Sans surprise, il reprend le même discours voulant que la charte n\u2019était nul autre qu\u2019un instrument populiste voulant semer la discorde et la division, en voulant exclure du secteur public des « mères célibataires » pieuses ou empêcher un « enfant de neuf ans » de jouer au soccer avec un turban (p.221).On connait le refrain.Ses critiques les plus nombreuses restent cependant celles contre les conservateurs, ses principaux adversaires politiques, qu\u2019il accuse aussi, à de nombreuses reprises, de semer la division et de miser sur l\u2019affrontement politique plutôt que la collaboration.Car c\u2019est là où il croit lui, se démarquer.Justin veut trouver un « terrain d\u2019entente », un espace de collaboration, de partage entre les Canadiens.Sans en dire plus, on aura l\u2019occasion de lire et relire l\u2019importance de s\u2019unir autour de ce qui nous rassemble, plutôt que de sombrer dans les affres de la division.Globalement, le livre de Trudeau fait penser aux discours convenus de politiciens.Rempli d\u2019exemples émouvants d\u2019apprentissages de valeurs fondamentales, parsemé d\u2019analogies entre la vie quotidienne personnelle et politique, avec peu d\u2019analyse en profondeur, mais beaucoup d\u2019anecdotes touchantes, on peut constater que Justin prend exactement la même formule dans son livre que dans ses propres discours.D\u2019ailleurs, on remarquera que dans les cinq discours laissés en appendice, on retrouve en version réduite pratiquement les mêmes anecdotes et tournures de phrases que celles présentes dans le bouquin. 124 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 Si le livre de Justin n\u2019est pas incontournable, il n\u2019est pas non plus inintéressant.Il ne nous apprend rien de plus que ce que nous connaissions déjà de sa pensée politique, mais nous confirme qu\u2019il est un redoutable politicien de terrain et qu\u2019il comprend les principaux éléments de la « politique spectacle ».Il s\u2019agit là d\u2019un élément à considérer pour ses adversaires, d\u2019autant plus que les récentes campagnes électorales, dont la dernière très certainement, ont prouvé qu\u2019il est tout à fait possible de remporter une élection avec des formules creuses, sans substances, et sans un projet politique bien défini.En ce sens, s\u2019il n\u2019est pas dit que Justin pourra reproduire son succès dans son comté à l\u2019échelle canadienne, son entrée au 24 Sussex en 2015 n\u2019est certainement pas impossible.Ni improbable.Autrement, concernant son livre et sa profondeur, Justin apporte peut-être lui-même certaines explications.Il y raconte en effet une anecdote de jeunesse amusante où son père remarque qu\u2019il était « bien plus banal lorsqu\u2019il parlait en anglais qu\u2019en français », car le français, dans sa structure grammaticale, le forçait à savoir comment finiraient ses phrases avant qu\u2019il ne les commence (p.86).Lorsqu\u2019il s\u2019exprimait en français, il était davantage en mesure de bien formuler et d\u2019approfondir ses idées.Pourquoi alors ne pas suggérer à Justin de tenter l\u2019écriture d\u2019un prochain livre dans la langue de Molière ?Alexandre Cadieux-Cotineau Candidat à la maîtrise en sociologie à l\u2019UQAM 125 LIVRES REçUS JEAN CARETTE L\u2019Âge citoyen Les éditions du Boréal, 2014, 240 pages JEAN DELISLE, JUDITH WOODSWORTH, BENOIT LÉGER (DIR.) Les traducteurs dans l\u2019histoire.3e édtion Les Presses de l\u2019Université Laval, 2014, 402 pages ETHEL GROFFIER-KLIBANSKY Réflexions sur l\u2019université.Le devoir de vigilance Les Presses de l\u2019Université Laval, 2014, 402 pages NORMAND BAILLARGEON Une histoire philosophique de la pédagogie, t.01 De Platon à John Dewey Éditions Poètes de brousse, 2014, 224 pages ÉRIK BORDELEAU Comment sauver le commun du communisme ?Le Quartanier, 2014, 200 pages OLIVIER LINOT ET DANIEL SIMON Le cheval au service de la ville Écosociété, 2014, 100 pages LAURE GUIRGUIS Égypte : révolution et contre-révolution Les Presses de l\u2019Université Laval, 2014, 198 pages 126 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 SIMON ROY Ma vie rouge Kubrick Les éditions du Boréal, 2014, 176 pages PATRICIA SMART De Marie de l\u2019Incarnation à Nelly Arcan.Se dire, se faire par l\u2019écriture intime Les éditions du Boréal, 2014, 432 pages PAUL ST-PIERRE PLAMONDON Les orphelins politiques.Plaidoyer pour un renouveau du paysage politique québécois Les éditions du Boréal, 2014, 256 pages PATRICK DOUCET La domestication de l\u2019incertitude: petite aventure au coeur de la nature humaine Éditions Liber, 2014, 355 pages VICTOR-LÉVY BEAULIEU (D\u2019APRÈS LOUIS FRÉCHETTE) La chasse-galerie (théâtre) Editions Trois-Pistoles, 2014, 84 pages ISABELLE VINET Les fées noires Editions Trois-Pistoles, 2014, 280 pages FRÉDÉRIC BOILY De Pierre à Justin Trudeau.Portrait de famille de l\u2019idéologie du Parti libéral du Canada (1968-2013) Les Presses de l\u2019Université Laval, Collection Prisme, 2014, 156 pages MARGARET PORTER ET LUCIA FERRETTI Histoire de l\u2019Hôpital Sainte-Anne de Baie-Saint-Paul.Dans Charlevoix, tout se berce Éditions du Septentrion, 2014, 264 pages 127 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 DominiQue Côté et marie-franCe raynault Le bon sens à la scandinave.Les inégalités sociales de santé Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2014, 176 pages gilles lauZon Pointe-Saint-Charles.L\u2019urbanisation d\u2019un quartier ouvrier de Montréal Éditions du Septentrion, 2014, 246 pages ef YB re ae \\ mis {+ 111 VINS Yr rl rs | a 7 I \\ D IGI J fii hy hg \u2018 LIVRES POUR'VOS i\" | CELEBRATIONS)» li AT re av = æ ea a a WW.Vignobleriviereduchene.ca/commande 00007 PRET @ Rivière du Chêne CHEE 807, ch.de la Rivière-Nord = LE lw Saint-Eustache J7R OJ5 IN MONDE, 450 491-3997 | » a ÉRA i ONL nac (si) PORTÉ LTE Lge) ROSS AE; À re 457 AISÉE 15 A ru Es éal LS pt er 12 y he ay Nid i I Ty .ete PAS i Li Xxx VE fi 3 | INDEX DES AUTEURS 2014 B MARIO BEAULIEU Le mouvement indépendantiste et la prochaine étape décisive Novembre 11 LUC BELLEMARE L\u2019héritage musical du Québec Janvier 72 DJEMILA BENHABIB ET GILLES TOUPIN La Charte de la laïcité et le jeu sournois des médias dominants et multiculturalistes Février 18 SÉBASTIEN BILODEAU Illusion et fuite chez les souverainistes Octobre 58 MATHIEU BOCK-CôTÉ CR-L\u2019identité malheureuse Mars 116 Faut-il étouffer les passions politiques ?Octobre 34 Un Québécois à Colombey Décembre 67 NICOLAS BOURDON CR-Tenir tête Janvier 130 Justin Trudeau ou la quintessence de l\u2019image Mars 13 CR-Le français langue commune Mars 126 Déterminée ?Juin 13 CR-Moeurs de province Septembre 138 GILLES L.BOURQUE Un CÉLI québécois Mars 88 GILLES L.BOURQUE ET PIERRE GOUIN Objectif 120 000 logements sociaux Mars 97 GILLES L.BOURQUE, FRANCE BIBEAU ET JULIEN TOUSIGNANT Une stratégie canadienne de dévaluation fiscale Novembre 21 130 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 FÉLIX BOUVIER Un survol historique et idéologique de l\u2019enseignement de l\u2019Histoire au Québec Octobre 21 C ALEXANDRE CADIEUX-COTINEAU CR-Terrain d\u2019entente Décembre CLAUDETTE CARBONNEAU Converger doit devenir notre obsession Octobre 10 JOCELYN CARON Travailler sur le terrain de la réalité Septembre 104 ÉDOUARD CLOUTIER Un correcteur systémique de la corruption Octobre 86 SIMON COUILLARD La Gaspésie ou l\u2019avenir d\u2019une sociologie du colonial Janvier 40 L\u2019autre épopée d\u2019un petit Canada modèle et insulaire Octobre 90 CHARLES-PHILIPPE COURTOIS Le PQ doit se recentrer sur sa raison d\u2019être Avril-Mai 161 Comment apprécier le Sénat ?Septembre 23 Vers 2017 : réforme constitutionnelle ?Octobre 81 D NICOLE DE SèVE ET MONIQUE PAUZÉ Déconstruire les blocages, proposer nos projets et bâtir notre pays Septembre 114 PIERRE DUBUC ET MARC LAVIOLETTE La Reine était nue ! Avril-Mai 32 JONATHAN DURAND FOLCO De la quintuple racine du principe de souveraineté populaire Septembre 77 F ANDRÉE FERRETTI That is the question Avril-Mai 54 131 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 LUCIA FERRETTI Pourquoi l\u2019indépendance ?(chronique 1) Avril-Mai 214 Le démantèlement de la nation (chronique 2) Juin 57 Le démantèlement de la nation (chronique 3) Septembre 26 Le démantèlement de la nation (chronique 4) Décembre 63 CATHERINE FOURNIER Les jeunes Québécois et le projet de pays Avril-Mai 185 G ÉLIZABETH GARANT CR-Justice sociale, ouverture et nationalisme au Québec Juin 132 ROMAIN GAUDREAULT Jalons pour la lutte idéologique au Québec Décembre 81 SERGE GAUTHIER CR-L\u2019île d\u2019Orléans.Pays de traditions Juin 112 CR-L\u2019Isle-aux-Coudres.Le fleuve dans la peau Juin 112 CR-Étoffe du pays Juin 117 Règne de la beauté ou ère du vide ?Septembre 19 ÉMILIE GÉLINAS CR-L\u2019éducation en péril.Les Cahiers Fernand Dumont Février 125 Le Saint-Laurent, autoroute du pétrole\u2026 pour qui ?GIRAM Le Saint-Laurent, autoroute du pétrole\u2026 pour qui ?Décembre 13 DANIEL GOMEZ CR-Islam, phobie, culpabilité Juin 121 CR-Gouverner au nom d\u2019Allah.Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe Décembre 112 CR-Ce que le Coran ne dit pas Décembre 115 PIERRE GOUIN ET GILLES L.BOURQUE Objectif 120 000 logements sociaux Mars 97 H SAM HAROUN Pour la langue française Décembre 23 132 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 L HENRI LABERGE Jalons pour un avant-projet de constitution de la république du Québec Novembre 59 FRÉDÉRIC LACROIX Les effets dévastateurs du Plan B Avril-Mai 68 ROBERT LAPLANTE La disgrâce n\u2019est pas là où trop de gens l\u2019ont cherchée Janvier 4 Se faire de la couenne Février 4 Les circonstances forcent parfois le destin Mars 4 Pour une prochaine feuille de route Avril-Mai 6 Le meilleur du ratatinement provincial est à venir Juin 4 L\u2019ambition de rompre Septembre 4 Une exigence logique, un impératif catégorique Octobre 4 Dans la douleur du siècle naissant Novembre 4 Il faut faire monter la mise Décembre 4 ROBERT LAPLANTE, GÉRALD LAROSE ET MICHEL RIOUX Donner du temps au temps Avril-Mai 120 MARC LAROCHE L\u2019héritage spirituel du Québec Octobre 44 MARC LAVIOLETTE ET PIERRE DUBUC La Reine était nue ! Avril-Mai 32 MARC LAROCHE La source primordiale de l\u2019obstruction québécophobe Janvier 23 FRANçOIS L\u2019ITALIEN Du Québec inc.au Quebec Capital Février 11 JONATHAN LIVERNOIS Triste apostille Avril-Mai 57 M JAMES MACDONALD Le débat sur la laïcité au Québec : une question juridique ?Mars 17 ÉRIC MARTIN Vers la république du Québec, ou les idées pour lesquelles nous vivons Septembre 68 133 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 JACQUES C.MARTIN ET JEAN-JACQUES NANTEL Qui doit défrayer le coût de construction du nouveau pont Champlain ?Décembre 31 GUILLAUME MAROIS NC-Assimilation, la fin du modèle français Juin 104 DENIS MONIèRE Que faire de Wolfe ?Février 34 Le miroir aux alouettes Mars 10 CR-Papineau, erreur sur la personne Février 121 Le fruit amer des inepties du Parti québécois Avril-Mai 45 Le Canada : un pays qui ne sait pas dire son nom Juin 18 Que penser du choix du chef du PQ par une élection primaire ?Septembre 13 L\u2019indépendance des médias : mythe ou réalité ?Novembre 33 DENIS MONIèRE ET HENRI LABERGE Le Québec est maître de ses choix de société Janvier 11 N JEAN-JACQUES NANTEL ET JACQUES C.MARTIN Qui doit défrayer le coût de construction du nouveau pont Champlain ?Décembre 31 P GILBERT PAQUETTE Une démarche constituante Septembre 88 DANIC PARENTEAU Pour un tournant républicain vers la souveraineté Mars 25 Revoir la « doctrine » souverainiste Avril-Mai 171 Pas d\u2019indépendance du Québec sans une critique du régime canadien Septembre 54 MONIQUE PAUZÉ ET NICOLE DE SèVE Déconstruire les blocages, proposer nos projets et bâtir notre pays Septembre 114 MATHIEU PELLETIER CR-Turbulences.Essais de philosophie de l\u2019éducation Mars 131 CR-La mission civilisatrice du Canada unitaire Juin 31 CR-La philosophie comme contre-culture Novembre 126 134 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 ROBIN PHILPOT Remettre l\u2019indépendance du Québec sur la carte politique mondiale Septembre 123 ÉRIC POIRIER CR-Un sport légendaire : les Maple Leafs d\u2019autrefois et l\u2019essor du hockey professionnel Janvier 120 CR-La fin de l\u2019État de droit ?Octobre 118 R HUBERT RIOUX NC-Forces et faiblesses de la proposition écossaise Février 106 Écosse : Quand Non c\u2019est Oui ! Novembre 91 MICHEL ROCHE La culture politique péquiste : les leçons d\u2019un échec Avril-Mai 144 GUILLAUME ROUSSEAU Vers une politique de la convergence culturelle et des valeurs québécoises Février 39 L\u2019État-nation québécois au XXIe siècle Juin 69 CR-Cap sur un Québec gagnant.Le projet Saint-Laurent Septembre 132 PAUL-ÉMILE ROY Carnet d\u2019un spectateur attentif Avril-Mai 210 S PATRICK SABOURIN Quelques défis démographiques pour les indépendantistes Avril-Mai 76 GABRIEL SAINTE-MARIE Objectif un million de logements rénovés Mars 105 SIMON-PIERRE SAVARD-TREMBLAY Stephen Harper et la mutation de l\u2019identité canadienne (1ère partie) Janvier 74 CR-Yves Michaud.Un diable d\u2019homme ! Janvier 126 Stephen Harper et la mutation de l\u2019identité canadienne (2e partie) Février 37 CR-Le SPQ libre et l\u2019indépendance du Québec Juin 121 La bataille de l\u2019Article 1 Avril-Mai 124 Le souverainisme de province (extrait) Octobre 105 135 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2014 PIERRE SERRÉ Une démocratie dysfonctionnelle Février 53 La nouvelle donne montréalaise Mars 41 Élections provinciales de 2014 : le temps des grands changements Avril-Mai 86 La hiérarchie des élus montréalais Juin 86 Leçon écossaise ?Octobre 15 Une minorité factice Novembre 43 PIERRE-PAUL SÉNÉCHAL Le chantier de la résistance Avril-Mai 197 JEAN-CLAUDE SOULARD Le nom qu\u2019on nous a chipé et le pays pour lequel on n\u2019a jamais voté Octobre 63 T GILLES TOUPIN ET DJEMILA BENHABIB La Charte de la laïcité et le jeu sournois des médias dominants et multiculturalistes Février 18 V VALÉRIE VÉZINA DUBOIS CR-Le nouveau triangle : gauche, islam et multiculturalisme Octobre 124 Votre date d'échéance est indiquée sur votre feuillet d'adressage Prévenez le coût ! Vous pouvez payer votre abonnement \u2022 par la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Quèbec) H2X 1X3 \u2022 par téléphone (cartes de crédit*) ; 514-845-8533 ou 1-866-845-8533 \u2022 par la boutique internet* action-nationale.qc.ca Paiement direct avec votre avis de renouvellement Vous pouvez maintenant inscrire la Ligue d'action nationale parmi vos fournisseurs dans votre compte chez Desjardins et les autres institutiion participantes.Votre avis de renouvellement contient le numéro SPC marchand de la Ligue d'action nationale et votre numéro d'abonné vous permettant ainsi de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet.Autorisation de prélèvement annuel L'avis de renouvellement vous donne également l'occasion de signer une autorisation de prélèvement annuel de votre abonnement sur carte de crédit.Chaque abonné est important pour nous.* VISA et MASTERCARD acceptées Plus de cinquante ans après l\u2019émergence de l\u2019idée d\u2019indépendance, le Québec est toujours une province canadienne.Comment le mouvement souverainiste a-t-il pu en arriver là ?L\u2019auteur retrace ici la genèse de ce mouvement et son basculement vers une logique provincialiste.Simon-Pierre Savard-Tremblay Le Souverainisme de province Un essai militant, tranchant et solidement argumenté.Louis Cornellier, Le Devoir C\u2019est le livre politique à lire cet automne.Tania Longpré, Le Journal de Montréal Je vous recommande vivement la lecture du livre de Simon-Pierre Savard-Tremblay.Il s\u2019agit d\u2019un captivant voyage à travers l\u2019histoire du souverainisme et de son nécessaire redressement.Et plus encore, d\u2019un livre dont le mouvement souverainiste avait urgemment besoin.Étienne Boudou-Laforce, Le Huf?ngton Post Essai · 232 pages · 24,95 $ PDF et ePub : 18,99 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca © É t i e n n e B o u d o u - L a f o r c e L'Action nationale en héritage Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité et ce, sans s\u2019éloigner, même avec près d'un siècle d\u2019existence, de sa mission Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?- Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et ; - les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars que vous avez souscrite il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous émettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s : Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Mem b r e s B â t i s s e u r s d e 5 0 0 0 $ à 2 4 9 9 9 $ Dominique Bédard \u2020 Jacques C.Martin Cécile Vanier \u2020 Mem b r e s G r a n d s B â t i s s e u r s d e 2 5 0 0 0 $ à 4 9 9 9 9 Hector Roy \u2020 Mem b r e s B â t i s s e u r s É m é r i t e s p l u s d e 5 0 0 0 0 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Verronneau TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA REVUE ET DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Certains donateurs nous ont laissé des legs ou des dons qui augmentent le capital de la Fondation Esdras-Minville et permettent ainsi d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant près de 100 ans.Nous exprimons notre gratitude à ces généreux mécènes dont les noms apparaissent au tableau d\u2019honneur.Une mention à perpétuité sera inscrite au tableau d\u2019honneur de ceux qui assureront la pérennité de la revue (et de la Ligue).Ce tableau fait état du cumul des dons et des legs. Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Robert Ascah Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Yvan Bédard \u2020 Henri Blanc David Boardman Henri Brun Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau Normand Cossette Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Denis Lazure \u2020 Richard Leclerc Jacques Libersan Laurent Mailhot Clément Martel Yvon Martineau Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond-Roy René Ricard René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Michel Taillefer Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Claude-P.Vigeant Madeleine Voora André Watier C l u b d e s 1 0 0 a s s o c i é s 1 0 0 0 $ à 1 4 9 9 $ M e m b r e s b i e n f a i t e u r s d e 1 5 0 0 $ à 4 9 9 9 $ André Baillargeon Jean-François Barbe Antoinette Brassard Charles Castonguay Guy Cormier Richard Côté Marcel Henry Benoît Houde Marcel et Hélène Jacob Bernard Lamarre Isabelle Laporte Bernard Landry Michel Moisan Lucie Monette Réjean Néron Paul-Émile Roy Robert G.Tessier TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA REVUE ET DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 819-397-4920 gfb@tlb.sympatico.ca Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française (1917-1929) et de L\u2019Action nationale jusqu\u2019à 2005 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur mai-juin 2009 vol.XCIX no 1 L\u2019Action 143 ARTICLES Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Patrick Sabourin Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Anne-Michèle Meggs Ex Officio Robert Laplante Membres André Binette Mathieu Bock-Côté Robert Comeau Charles-Philippe Courtois Myriam D\u2019Arcy Catherine Fournier Henri Laberge Lucie Laurier Tania Longpré Danic Parenteau Mélissa Pilon Guillaume Rousseau Michel Sarra-Bournet Simon-Pierre Savard-Tremblay Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Pierre de Bellefeuille, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Gilles Rhéaume, Paul-Émile Roy Mission La Ligue d'action nationale est l'éditrice de la revue L'Action nationale.Sa mission est d'être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste-Publications\u2013Enregistrement N° 09113 ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 85 $ 145 $ (73,93 $ + taxes) (126,11 $ + taxes) Abonnement de soutien 175 $ 300 $ Étudiant 50 $ 85 $ (43,49 $ + taxes) (73,93 $ + taxes) Institution 145 $ 240 $ ((126,11 $ + taxes (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 Tarifs 2014 Paiement par chèque ou carte de 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