Le droit, 16 mai 2020, Cahier 2
[" leDroit SAMEDI 16 MAI 2020 G1 QUAND STRESS ET COVID MONTENT À BORD PAGE 4 LE COMBAT D\u2019ÉLISABETH BRUYÈRE CONTRE LA PANDÉMIE DE 1847 PAGE 7 S I M O N S É G U I N - B E R T R A N D , L E D R O I T SANTÉ! NOS TRAVAILLEURS AU FRONT «LE CŒUR À LA BONNE PLACE» C A H I E R S P É C I A L 1 2 P A G E S PAGE 3 SAMEDI 16 MAI 2020 leDroit G2 TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ VALÉRIE MARCOUX vmarcoux@lesoleil.com Il y a maintenant 42 ans que Luc Mathieu a obtenu son diplôme d\u2019infirmier.Il détient également un doctorat en administration des affaires qui lui a notamment permis d\u2019accéder au domaine de l\u2019enseignement universitaire.Ainsi, la moitié de sa carrière se déroule dans le domaine de la santé et l\u2019autre dans celui de l\u2019éducation.En novembre 2018, Luc Mathieu est élu à la tête de l\u2019Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).Entrevue avec le premier homme à occuper cette position.Q Qu\u2019est-ce qui vous a amené vers le domaine des soins infirmiers?R J\u2019hésitais entre deux domaines qui n\u2019avaient pas beaucoup de rapport l\u2019un avec l\u2019autre.Je voulais devenir ingénieur forestier ou aller dans le domaine des soins infirmiers.De mémoire, c\u2019est la veille de l\u2019inscription que j\u2019ai choisi.Les deux choses qui m\u2019ont fait choisir les soins infirmiers, c\u2019est le fait qu\u2019on pouvait voyager et aussi le fait qu\u2019on peut faire toute sorte de choses dans ce domaine.On peut agir comme clinicien, on peut faire de l\u2019enseignement, de la gestion et de la recherche.On peut avoir beaucoup de mobilité tout en restant dans la profession d\u2019infirmière ou d\u2019infirmier.Et, bien sûr, j\u2019ai toujours aimé travailler avec les gens et auprès des gens.Q Comment vivez-vous le fait d\u2019être le premier homme président de cet ordre professionnel majoritairement féminin?R Je pense que mes collègues m\u2019ont élu pour les idées que je mettais de l\u2019avant et la vision que j\u2019avais pour l\u2019Ordre.Je ne sens pas une responsabilité particulière, mais tant mieux si le fait que je suis à la présidence de l\u2019Ordre peut inciter plus d\u2019hommes à intégrer la profession.Dans ma carrière, cela a toujours été aidant d\u2019avoir une mixité des sexes, mais aussi des idées.Avec des points vus différents, on peut faire avancer les idées.C\u2019est vrai que c\u2019est majoritairement des femmes dans la profession d\u2019infirmière et qu\u2019il y a des enjeux féministes au sein de la profession.Parfois, on pense qu\u2019être infirmière ou infirmier va de soi, que prendre soin des gens est inné, alors que oui ces qualités de cœur sont importantes, mais les infirmières sont aussi des scientifiques qui ont développé des compétences et une expertise.Q Comment la crise de la COVID-19 vous a-t-elle affecté?R Je suis en télétravail de chez moi depuis la mi-mars.Depuis le début, je siège au Comité directeur clinique de la COVID-19.Mon quotidien a été marqué par cette réalité et par beaucoup de collaboration avec les autres ordres professionnels.On s\u2019est mis tout de suite à collaborer pour faire en sorte que la contribution des infirmières et des infirmiers soit la plus optimale possible dans le contexte de la pandémie.Nous avons transmis des demandes à l\u2019Office des professions qui les a transmis au ministère de la Santé et au ministère de l\u2019Éducation pour alléger certains règlements et enlever des contraintes pour qu\u2019on utilise davantage les infirmières.Entre autres, nous avons fait une demande pour permettre aux infirmières et infirmiers de procéder au test diagnostique de la COVID-19 sans ordonnance.Nous avons aussi collaboré avec nos partenaires afin que les étudiants qui sont en train de finir leur session puissent venir donner un coup de main dans le réseau de la santé, tout en favorisant leur diplomation.Q Comment croyez-vous que la crise actuelle soit susceptible de transformer la profession d\u2019infirmière et d\u2019infirmier?R Je pense que les gens vont découvrir que les infirmières et infirmiers sont des gens de cœur, dévoués, mais aussi que ce sont des gens qui ont une expertise et des compétences dans leur domaine.Ça, c\u2019est une chose.L\u2019autre chose, c\u2019est la situation dans les CHSLD.Il y a une réflexion collective qui va devoir se faire sur comment on donne les soins dans ces milieux.Et au-delà de ça, c\u2019est de tout revoir les soins aux personnes âgées à partir du domicile jusqu\u2019en CHSLD.Parfois les gens pensent que pour travailler en CHSLD, ça ne prend pas beaucoup de compétence ou d\u2019expertise, alors qu\u2019au contraire ça prend beaucoup d\u2019expertise pour travailler comme infirmier dans ces milieux.C\u2019est une leçon que j \u2019espère qu\u2019on retiendra après la pandémie, même si on entend souvent dire ces temps- ci qu\u2019on a besoin de «bras».Oui, on a besoin de bras, mais avec les compétences et l\u2019expertise nécessaire.On ne s\u2019improvise pas s oig nant.Ça prend une solide formation.Q Quels sont les dossiers et les réalisations qui marquent votre premier mandat à la présidence de l\u2019OIIQ?R Quand j\u2019ai été élu, je me suis impliqué dans l\u2019élaboration de notre nouveau plan stratégique 2020-2023 qui a été rendu public en février dernier.Cela m\u2019a permis de mettre d\u2019avant certaines idées.Dans les dossiers qui m\u2019animent beaucoup, il y a celui qui vise à faire du baccalauréat une norme d\u2019entrée pour pratiquer comme infirmière au Québec.Un autre dossier sur lequel j\u2019ai travaillé concerne la pleine occupation du champ d\u2019exercices.C\u2019est- à-dire, que les infirmières puissent pratiquer en fonction de tout l\u2019étendu que leur permet le cadre réglementaire.Souvent, ce n\u2019est pas le cas pour toute sorte de raisons.Un dossier qui me tient particulièrement à cœur a été de rétablir et de solidifier des liens avec nos différents partenaires.Dans le nouveau plan stratégique, on veut que l\u2019Ordre devienne un acteur incontournable.Avant de me présenter à l\u2019Ordre, je trouvais que l\u2019Ordre n\u2019était pas nécessairement suffisamment connecté avec ses partenaires et la population.Au cours de la dernière année, j\u2019ai donc entrepris une tournée de toutes les régions du Québec.Une autre chose dont je suis très content, c\u2019est un énoncé de positions sur l\u2019impact des changements climatiques sur la santé des populations et sur la profession qui a été rendu public en novembre dernier.L\u2019idée est de sensibiliser nos membres et de les inciter à développer des compétences pour faire face à ces impacts.Depuis le début de la pandémie, le quotidien du président de l\u2019Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Luc Mathieu, a été marqué par beaucoup de collaboration avec les autres ordres professionnels.\u2014 PHOTO FOURNIE PAR L\u2019OIIQ PROFESSION DE CŒUR.ET D\u2019EXPERTISE 2 Entrevue avec Luc Mathieu, président de l\u2019Ordre des infirmières et infirmiers du Québec leDroit SAMEDI 16 MAI 2020 G3 TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ JUSTINE MERCIER jmercier@ledroit.com Quand tous les espoirs sont anéantis par la COVID-19 et que les visites des proches sont interdites, il reste des infirmières qui «ont vraiment le coeur à la bonne place», qui accompagnent les patients condamnés «jusqu\u2019à la dernière seconde».Il y a aussi toutes celles qui travaillent dans l\u2019ombre en prévention des infections, pour essayer de faire la vie dure à «une bibitte qui va vite» et qui frappe le monde entier.Conseillère en soins infirmiers au centre désigné COVID-19 de l\u2019Hôpital de Hull, Ann Larouche sait à quel point les proches des patients dont le coeur s\u2019apprête à cesser de battre auraient voulu être présents.«Ce n\u2019est pas facile pour le personnel, dit-elle.On est en pandémie, il n\u2019y a rien d\u2019habituel, mais on a des moyens technologiques.» Certains optent pour un contact par vidéo permettant d\u2019accompagner leur proche «jusqu\u2019au dernier souffle, en FaceTime», grâce à l\u2019équipe soignante.D\u2019autres souhaitent juste pouvoir glisser quelques mots d\u2019adieu à l\u2019oreille de l\u2019être aimé.«Les infirmières trouvent ça dur, mais elles voient quand même qu\u2019elles font une différence dans tout ce processus-là, note Mme Larouche.Les personnes ne sont pas avec leur famille, mais elles ne sont pas seules.Les infirmières ont vraiment le coeur à la bonne place.» En tant que conseillère en soins infirmiers, Ann Larouche s\u2019assure que tout fonctionne rondement au sein de centre désigné de l\u2019Hôpital de Hull, qui est depuis peu réparti sur deux unités.Avant d\u2019en arriver là, elle a dû former tous les employés qui mettent les pieds dans ces zones rouges.Il fallait bien sûr apprendre à «connaître le virus», mais aussi les consignes bien précises qui doivent être suivies pour assurer la protection de tous, patients comme employés.De concert avec des intensivistes et des spécialistes en maladies infectieuses, Mme Larouche a participé à l\u2019élaboration de procédures et de protocoles «très clairs».«Toutes les procédures qu\u2019on a établies, c\u2019est comme un petit cran de plus que ce que l\u2019Institut national de santé publique du Québec nous demandait, parce qu\u2019on a vraiment le souci de protéger nos employés, de protéger toutes les personnes qui vont rentrer dans les unités rouges», ajoute la conseillère en soins.PRÉVENIR LES INFECTIONS En parallèle avec ce travail effectué dans les zones rouges, l\u2019équipe de prévention des infections fait aussi un travail indispensable, souligne la directrice des soins infirmiers du Centre intégré de santé et de services sociaux de l\u2019Outaouais (CISSSO), Marie-Ève Cloutier.«Cette équipe-là, depuis le début, est comme cachée, dit-elle.On n\u2019en parle pas, on n\u2019en entend pas parler.On parle de l\u2019unité COVID, mais ces gens-là ont participé eux aussi, avec l\u2019ensemble des infirmières et des médecins, à monter l\u2019ensemble des protocoles.» L\u2019équipe de prévention des infections du CISSSO est de garde 24 heures sur 24.«Ils sont partout quand [des cas] arrivent sur une unité de soins, quand ça arrive à l\u2019urgence, quand ça arrive dans les résidences privées pour aînés, quand ça arrive dans les CHSLD, expose Mme Cloutier.Ils se déplacent et font l\u2019enquête épidémiologique avec la santé publique, mettent en place l\u2019ensemble des mesures, mettent en place les zonages [les zones rouges, jaunes et vertes].» De par leur travail, les membres de cette équipe composée d\u2019infirmières et de médecins sont ainsi tout autant «au front» que les employés habillés «comme des astronautes» qui oeuvrent chaque jour auprès des patients porteurs ou susceptibles d\u2019être porteurs du nouveau coronavirus, souligne Mme Cloutier.Malgré les bonnes intentions de tout le monde au sein de l\u2019organisation, le CISSSO a vu des dizaines d\u2019employés recevoir un diagnostic de COVID-19 depuis le début de la pandémie.«C\u2019est sûr que c\u2019est toujours inquiétant, mais c\u2019est pour ça aussi qu\u2019il y a une grosse enquête épidémiologique qui est faite, que ce soit un patient ou un employé», note Marie-Ève Cloutier.Il est parfois difficile de savoir avec exactitude de quelle manière le virus a été contracté, de savoir «si la contamination est communautaire ou à l\u2019intérieur de l\u2019hôpital».Médecins et employés doivent donc être «vraiment consciencieux», souligne Mme Cloutier, afin de limiter les risques de contamination de ce virus sournois, qu\u2019elle n\u2019hésite pas à qualifier de «bibitte qui va vite».LE TRAVAIL DES INFIRMIÈRES AU FRONT AU CISSSO «LE CŒUR À LA BONNE PLACE» Ann Larouche, consei l lère en soins inf irmiers et Marie - Ève Cloutier,directrice des soins infirmiers du CISSSO posent avec une équipe de prévention des infections.\u2014 COURTOISIE MERCI À NOS TECHNOLOGISTES MÉDICAUX Professionnels de première ligne dans le dépistage de la COVID-19 Les analyses de laboratoire c\u2019est notre expertise optmq.org SAMEDI 16 MAI 2020 leDroit G4 4 JUSTINE MERCIER jmercier@ledroit.com Tout en devant sans cesse s\u2019adapter à de nouveaux protocoles, les paramédics Guillaume Ouellet et Maxime Thivierge doivent faire preuve de persuasion auprès de patients qui craignent d\u2019être transportés à l\u2019hôpital en pleine pandémie.Malgré un certain stress inhérent à la pandémie, Guillaume Ouellet et son coéquipier Maxime Thivierge sont rassurés lorsqu\u2019ils embarquent dans leur véhicule de la Coopérative des paramédics de l\u2019Outaouais, à bord duquel ils ont déjà transporté quelques cas confirmés de COVID-19.«On est quand même bien protégés, indique M. Ouellet.Dans le fond, le stress, c\u2019est de savoir qu\u2019on a bien nettoyé nos affaires comme il faut pour ne pas se contaminer par la suite.Il faut vraiment enlever nos équipements comme il faut.» Outre la préoccupation liée à l\u2019utilisation adéquate du matériel de protection, les paramédics doivent s\u2019assurer de suivre à la lettre des protocoles qui changent parfois «chaque jour».Les deux hommes \u2013 des «amis en dehors du travail» \u2013 passent une quarantaine d\u2019heures par semaine dans le même véhicule.La confiance entre eux est primordiale pour diminuer les inquiétudes.Ils ne sont pas les seuls qui d o i v e n t c o m p o s e r a v e c l e s craintes générées par la pandémie et le caractère sournois de la COVID-19.Les patients sont «très stressés», rapportent les paramédics.«Il y a beaucoup de gens qui nous appellent qui ont besoin d\u2019a l l e r à l \u2019 h ô p i t a l e t i l f a u t TRANSPORTER DES PATIENTS EN PLEINE PANDÉMIE PARAMÉDICS PRUDENTS POUR PATIENTS STRESSÉS p re s q u e s e batt re ave c e u x , raconte Maxime Thivierge.Il y a eu deux personnes en infarctus dans le dernier mois qui ont attendu trois à quatre jours avant de nous appeler.Encore là, quand on leur explique [\u2026] qu\u2019il faut aller à l\u2019hôpital, ils nous demandent \u2018est-ce qu\u2019il faut vraiment que j\u2019y aille?\u2019.» Au jour le jour, le travail des paramédics a beaucoup changé.Les appels sont classés différemment lorsqu\u2019il y a ne serait-ce qu\u2019un petit doute que le patient ait la COVID-19.Dès qu\u2019un cas est suspecté, les paramédics doivent aviser l\u2019hôpital de leur arrivée.«Selon ce qu\u2019on leur dit, ils nous dirigent vers une zone qui est soit verte, jaune ou rouge», explique Guillaume Ouellet.Les coéquipiers ont «pris la décision de laver [leur] camion comme si chaque patient était COVID positif», souligne M. Ouellet.Chaque fois, cela représente de 30 à 45 minutes de travail.Toutes ces précautions font en sorte qu\u2019en quittant le boulot, ils sont moins inquiets pour leurs proches.«On ne veut jamais ramener ça à la maison», insiste Maxime Thivierge, père d\u2019un enfant qu\u2019il ne souhaite évidemment pas contaminer.Dans le cas de Guillaume Ouellet, sa conjointe travaille à l\u2019Hôpital de Gatineau.Une collègue de cette dernière a d\u2019ailleurs reçu un diagnostic de COVID-19.Le temps que sa conjointe passe le test de dépistage et que le résultat revienne négatif, le paramédic a dû rester à la maison quelques jours.STAGIAIRE EN PANDÉMIE Étudiante en technique de soins préhospitaliers d\u2019urgence au Cégep de l\u2019Outaouais, Katherine Bourguignon a pour sa part l\u2019occasion d\u2019effectuer son stage en pleine crise de la COVID-19.Le stage avait été arrêté en mars, mais a pu reprendre au début mai .«O n n\u2019aurait pas voulu que ça arrête, confie-t- elle.Mais avec du recul, c\u2019est là qu\u2019on voit que c\u2019est plus stressant qu\u2019on le pense.[\u2026] Tout ce qu\u2019on a appris est un peu à désapprendre, parce qu\u2019il y a de nouveaux protocoles qui rentrent en vigueur presque quotidiennement.» La jeune femme est tout de même rassurée par les précautions prises par le tandem Ouel- let-Thivierge.Elle est également consciente qu\u2019un stage dans un tel contexte représente une «belle expérience» qui saura bien la préparer si elle doit à son tour affronter une pandémie lorsqu\u2019elle sera sur le marché du travail.Maxime Thivierge, Guillaume Ouellet et la stagiaire Katherine Bourguignon doivent côtoyer des patients atteints de la COVID-19 à bord des ambulances de la Coopérative des paramédics de l\u2019Outaouais.\u2014 ETIENNE RANGER, LE DROIT «?Il y a beaucoup de gens qui nous appellent qui ont besoin d\u2019aller à l\u2019hôpital et il faut presque se battre avec eux.?» \u2014 Maxime Thivierge, paramédic TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ MERCI 5 MAI Journée de l\u2019infirmière auxiliaire | 12 MAI Journée de l\u2019infirmière 19 MAI Journée de l\u2019inhalothérapeute | 26 MAI Journée de la perfusionniste clinique SOIGNER SAUVER PROTÉGER leDroit SAMEDI 16 MAI 2020 MATHIEU BÉLANGER mabelanger@ledroit.com Le recrutement dans les programmes collégiaux de soins infirmiers était généralement à la baisse dans les dernières années.Comment le système d\u2019éducation arrivera-t-il à renverser la tendance à l\u2019ère de la COVID-19 et du traumatisme collectif que la maladie aura laissé sur son passage?Pour l\u2019instant, la question demeure entière, mais une chose apparaît maintenant évidente, «le réseau de la santé devra tenir compte des attentes de la nouvelle génération de soignants, il n\u2019a tout simplement plus le choix», affirme Hélène Simard, coordonnatrice du programme de soins infirmiers au Cégep de l\u2019Outaouais.Travailler de longues heures qui empiètent sur la famille et la qualité de vie.Avoir des conditions de travail difficiles.Gagner honnêtement un salaire qui pourrait être bien plus élevé considérant la tâche à accomplir jour après jour.Ceux qui faisaient le choix d\u2019une profession en soins infirmiers savaient qu\u2019ils allaient devoir se plier à tout ça.Cela explique peut-être en partie pourquoi les demandes d\u2019admission dans les programmes collégiaux de soins infirmiers sont à la baisse depuis quelques années.Au Cégep de l\u2019Outaouais, cette année, les demandes d\u2019admission en soins infirmiers atteignent tout juste le nombre de places disponibles dans le programme, soit 120 étudiants.Dans le passé, le nombre de demandes tournait plus autour de 175 par année, ce qui permettait un contingentement plus serré.«C\u2019est difficile de dire comment la pandémie va agir sur l\u2019attrait pour les soins infirmiers, explique Mme Simard.On observe beaucoup de sympathie pour les gens qui exercent cette profession depuis le début de la crise.Les gens s\u2019aperçoivent à quel point les infirmières sont importantes et au cœur du système de santé.Mais on n\u2019est pas que des anges.On est des professionnelles.C\u2019est vrai que c\u2019est une question de cœur et de vocation, mais ce n\u2019est pas que ça.» Évidemment, une amélioration des conditions salariales ne nuirait pas à attirer de la relève, note Mme Simard.C\u2019est même devenu essentiel de le faire dans le contexte actuel, dit-elle.«Mais il faudra revoir les conditions de travail, ajoute l\u2019enseignante.De voir ce qui se passe dans les CHSLD, de voir une seule infirmière pour s\u2019occuper de 90 patients la nuit, ce n\u2019est pas nouveau, c\u2019est juste que ça nous éclate au visage.Personne ne souhaite travailler dans de telles conditions.» La nouvelle génération de soignants encore moins que les précédentes, insiste, Mme Simard.«Ma génération d\u2019infirmières a accepté de plier, de faire des tâches qui n\u2019étaient pas les siennes, de faire du temps supplémentaire tout le temps, mentionne-t-elle.Les jeunes, aujourd\u2019hui, ils ont appris à mettre des limites.Ils savent où ça doit commencer, mais aussi où ça doit arrêter.Ils n\u2019hésitent pas à remettre les responsabilités dans les mains de la bonne personne.Et surtout, ils connaissent leurs limites et s\u2019assurent de les faire respecter.» L\u2019organisation du temps de ceux et celles qui prendront la relève dans les hôpitaux ne tournera plus uniquement autour du travail, avertit Mme Simard.«Les jeunes veulent une qualité de vie et s\u2019attendent à ce que cette demande soit respectée, dit-elle.Je leur lève mon chapeau parce qu\u2019on peut y laisser sa peau si on va au-delà de nos capacités.Ils veulent organiser leur travail en fonction de leur vie personnelle et familiale.Le réseau de la santé n\u2019a plus le choix de tenir compte de ça s\u2019il veut une relève nombreuse.» 1 2 3 R F DES «ANGES» QUI VOUDRONT FAIRE RESPECTER LEURS LIMITES Le travail en soins infirmiers «c\u2019est une question de cœur et de vocation, mais ce n\u2019est pas que ça», affirme la coordonnatrice du programme de soins infirmiers au Cégep de l\u2019Outaouais, Hélène Simard.\u2014 ARCHIVES, LA PRESSE G5 GRÂCE AUX TRAVAILLEUSES ET AUX TRAVAILLEURS AU FRONT, ON VA S\u2019EN SORTIR.CSN.QC.CA/CORONAVIRUS SAMEDI 16 MAI 2020 leDroit G6TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ PAULE VERMOT-DESROCHES pvermot@lenouvelliste.qc.ca TROIS-RIVIÈRES \u2014 Si la pandémie de coronavirus a chamboulé la pratique de la médecine familiale et des suivis de grossesse, elle a aussi apporté son lot de changements positifs dans la pratique, des changements qui pourraient perdurer au-delà de la pandémie, pourvu que ce soit dans l\u2019intérêt du patient.C\u2019est du moins l\u2019avis du docteur Jean-Phi- lippe Blais, médecin omnipraticien à Trois-Rivières, spécialisé dans le suivi périnatal à la Clinique de périnatalité de Trois-Rivières.La pandémie aura forcé l\u2019apparition de la télémédecine en un temps record pour les suivis des patients, une réalité qui était jusque-là peu encouragée par les ordres professionnels, note le Dr Blais.Ce dernier estime maintenant que cette pratique ramène le médecin à un niveau très intéressant, alors qu\u2019il peut évaluer certains patients à distance, à partir de leur domicile, et du même coup prendre en considération plusieurs aspects de leur environnement dans son évaluation.«Ça a ouvert de force des portes qu\u2019on ne voulait pas ouvrir.C\u2019est pratiquement de la consultation à domicile, comme il pouvait se faire à l\u2019époque.Les compagnies de logiciels médicaux ont pu se revirer de bord en trois semaines pour nous mettre en place des outils et modifier leur offre de service, car il n\u2019était pas question de faire ça sur Facetime ou Messenger en raison des paramètres de confidentialité», signale Jean-Philippe Blais.Ainsi , une évaluation peut désormais se faire par vidéocon- férence, et si une seule observation devait attirer l\u2019attention du médecin, il ne se gênera pas pour demander une consultation en personne à sa clinique, mais avec un protocole de protection très élaboré, l\u2019assurance que le patient ne présente pas de symptômes de la COVID-19 et que la consultation se fasse uniquement sur le problème soulevé.On n\u2019en profitera pas pour faire un examen général, comme il se faisait auparavant.«Ça me questionne sur le futur, de voir comment on va continuer d\u2019utiliser ça, mais ça pourrait devenir très bénéfique pour la pratique de la médecine de famille, selon moi», croit le Dr Blais.En ce qui concerne les suivis de grossesse et les accouchements au département d\u2019obstétrique du Centre hospitalier affilié universitaire régional du Centre de santé et de services sociaux de Trois- Rivières, là où il pratique, la pandémie a évidemment bouleversé les façons de faire, pas toujours au plaisir du médecin.«On doit se tenir davantage en retrait, pratiquer la distanciation sociale autant que possible.Pour moi, c\u2019est un peu contre nature parce que je n\u2019ai jamais été pour la pratique distante, je suis un médecin proche de mes patientes.Ça rend la pratique moins humaine.Ça ne nous empêche pas de bien s\u2019occuper d\u2019elles, mais ce n\u2019est pas la pratique que l\u2019on aimait faire, c\u2019est sûr», confie-t-il.Le suivi de grossesse devient du coup un énorme travail d\u2019équipe, où certains rendez-vous se font en personne et d\u2019autres, que l\u2019on juge au cas par cas, peuvent se faire à distance.«Les patientes enceintes sont généralement très proac- tives.Elles sont conscientes que si elles ne font pas attention, elles peuvent nous mettre à risque et on ne pourra pas être au poste pour les accoucher.On a une équipe, on doit pouvoir compter les uns sur les autres, ne pas se contaminer et ne pas contaminer les autres patientes.On a une excellente collaboration», constate celui qui rappelle que de nombreux Québécois infectés l\u2019ont été en raison des voyages qui ont été faits durant la semaine de relâche scolaire, au début du mois de mars.«Les femmes enceintes qui accouchent aujourd\u2019hui étaient pour la plupart dans leur troisième trimestre à ce moment-là, et ne voyageaient déjà plus.Cette clientèle a été beaucoup moins exposée au virus durant cette période cruciale», indique-t-il.VACCINATION Ces jours-ci, Dr Blais ne se prive pas pour rappeler aux familles dont il assure le suivi médical l\u2019importance de la vaccination, de façon générale et ce, même s\u2019il n\u2019existe pas encore de vaccin contre le coronavirus.«Ce que ça reflète aux familles, et à l\u2019ensemble du monde, c\u2019est qu\u2019il manque un seul vaccin dans l\u2019arsenal médical, et c\u2019est toute la planète qui est virée à l\u2019envers.C\u2019est incroyable comment ça fout le bordel.Si on a pu éviter des pandémies de ce genre jusqu\u2019ici pour d\u2019autres maladies, c\u2019est qu\u2019il existait des vaccins.On peut être contre la vaccination, mais quand 90% de la population est vaccinée, c\u2019est là qu\u2019on obtient la véritable immunité populationnelle.C\u2019est un concept qui peut uniquement être lié à la vaccination», considère-t-il.C\u2019est d\u2019ailleurs un aspect de la médecine qui le rend hésitant à se prononcer sur l\u2019efficacité du déconfinement.«On m\u2019a souvent demandé ce que je pensais du retour à l\u2019école.La vraie réponse, c\u2019est que je n\u2019ai pas de réponse, parce qu\u2019on ne sait pas comment ça va se passer.Le confinement s\u2019est bien fait, et j\u2019aimerais aussi que le déconfinement se fasse dans le même sens.Pour cela, il faut prendre le temps de bien faire les choses», croit-il.Jean-Philippe Blais est médecin omnipraticien spécialisé dans le suivi périnatal à la Clinique de périnatalité de Trois-Rivières.\u2014 LE NOUVELLISTE MÉDECINE DE FAMILLE «ÇA A OUVERT DES PORTES QU\u2019ON NE VOULAIT PAS OUVRIR» 6 Ligned\u2019information : 1877 644-4545 quebec.ca/coronavirus Merci pour votre travail exceptionnel! ROBERT BUSSIÈRE DÉPUTÉ DE GATINEAU, PRÉSIDENT DE SÉANCE 819 827-3868 robert.bussiere.gati@assnat.qc.ca MaThIEU LévESqUE DÉPUTÉ DE ChAPLEAU ET ADjoINT PARLEmENTAIRE DE LA mINISTRE DE LA jUSTICE 819 246-4558 mathieu.levesque.chap@assnat.qc.ca leDroit SAMEDI 16 MAI 2020 G7 TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ JULIEN PAQUETTE jpaquette@ledroit.com La mère Élisabeth Bruyère n\u2019était pas une professionnelle de la santé en soi, mais son dévouement a certainement contribué à soigner des centaines de personnes, particulièrement durant la pandémie de typhus de 1847.Née à L\u2019Assomption en décembre 1818, Élisabeth Bruyère ne semblait pas destinée à devenir l\u2019une des plus grandes bâtisseuses de la capitale du Canada.Pourtant, trois ans après avoir joint la Congrégation des sœurs grises de Montréal en décembre 1841, elle est choisie pour devenir la mère supérieure fondatrice de Bytown (Ottawa).En quelques mois, la mère Bruyère a non seulement fondé un premier hôpital, mais aussi une école, une résidence pour aînés et une maison pour enfants abandonnés.Il faudra moins de deux ans pour que cet hôpital subisse un véritable test lorsqu\u2019une épidémie de typhus frappe Bytown.«Les soeurs ont été vraiment héroïques, relate l\u2019historien Michel Prévost.Elles ont soigné plus de 600 malades et elles en ont sauvé environ 475.Plusieurs religieuses sont tombées malades, mais aucune n\u2019est décédée.» Pendant que les soins étaient prodigués en grande majorité à des immigrants anglais et irlandais, Élisabeth Bruyère veillait aux opérations de cet hôpital.«C\u2019était une jeune femme.Elle n\u2019avait que 26 ans [à son arrivée à Ottawa].Elle a travaillé fort pour mettre de nombreuses oeuvres sur pied tout en continuant d\u2019enseigner aux jeunes filles», souligne l\u2019archiviste en chef des Soeurs de la charité d\u2019Ottawa, Gabrielle Marchand-Dauphin.RÉALISATIONS DURABLES Les religieuses se sont rapidement senties à l\u2019étroit dans ce petit hôpital établi sur la rue St-Patrick, au fur et à mesure que la population de Bytown croît, durant le XIXe siècle.Un nouvel hôpital est ouvert en 1866 sur ce qui deviendra la rue Bruyère dans la Basse-Ville d\u2019Ottawa, baptisée en l\u2019honneur de la mère supérieure des Soeurs de la charité d\u2019Ottawa.Cet hôpital au fil des années va évoluer et donnera à la capitale fédérale pas un, mais bien deux établissements de santé réputés: l\u2019hôpital général d\u2019Ottawa et Soins continus Bruyère.La Congrégation a réalisé quatre agrandissements à la maison de soins après le décès d\u2019Élisabeth Bruyère en 1876, soit en 1899, 1921, 1927 et en 1948.En 1927, une annexe de cinq étages est construite et permet d\u2019ajouter 350 lits.Celle de 1948 permet de porter le bâtiment principal à sept étages, ainsi que le nombre de lits à 700.L\u2019hôpital d\u2019Ottawa entreprendra ses opérations dans ce bâtiment au courant du XXe siècle, lorsque les religieuses délaissent la gestion de l\u2019établissement.L\u2019institution déménage à son emplacement actuel sur la rue Smyth dans les années 80.Soins continus Bruyère ouvre alors ses portes sous le nom de Centre de santé Élisabeth-Bruyère pour y prendre soin de 43 malades chroniques.C\u2019est aujourd\u2019hui un organisme de soins universitaires qui emploie 68 médecins et qui dispose de 946 lits.MÈRE ÉLISABETH BRUYÈRE BÂTIR PAR COMPASSION L\u2019hôpital Élisabeth-Bruyère est situé sur la rue Bruyère dans la Basse-Ville d\u2019Ottawa, baptisée en l\u2019honneur de la mère supérieure des Soeurs de la charité d\u2019Ottawa.\u2014 PATRICK WOODBURY, LE DROIT Élisabeth Bruyère a fondé à Ottawa un hôpital, une école, une résidence pour aînés et une maison pour enfants abandonnés.\u2014 COURTOISIE AUX PHYSIOTHÉRAPEUTES ET AUX THÉRAPEUTES EN RÉADAPTATION PHYSIQUE POUR LEUR ENGAGEMENT SANS FAILLE AUPRÈS DE LA POPULATION MERCI #merciinfiniment #moisdelaphysiotherapie oppq.qc.ca www.mmfs.org | 819 770-3900 Dans le caDre De la semaine nationale Des soins infirmiers, la maison mathieu froment-savoie tient à remercier l\u2019équipe pour son Dévouement et ses soins exceptionnels! SAMEDI 16 MAI 2020 leDroit G8TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ KIM ALARIE kim.alarie@lenouvelliste.qc.ca TROIS-RIVIÈRES \u2014 La pandémie aura mis en lumière plusieurs corps de métier du milieu de la santé et pour cause : ils sont au front d\u2019une bataille sans précé- dent.Préposés aux bénéficiaires, infirmières, médecins sont de ce nombre, mais plus rarement il est question des technologistes médicaux qui traitent les milliers de prélèvements provenant de patients potentiellement porteurs du coronavirus.Au CHUM, l\u2019assistante-chef du laboratoire de biologie moléculaire, Loan Luu, peut compter sur une équipe de 30 personnes pour réaliser jusqu\u2019à 2000 tests par jour.«On travaille dans l\u2019ombre.Personne ne sait trop ce qu\u2019on fait, mais tout le monde attend après nous pour le résultat!» Le traitement des spécimens pour le dépistage de la COVID-19 envoyés au CHUM est fait manuellement.«Ce n\u2019est pas seulement un tube qu\u2019on met dans une machine!», image-t-elle.En fait, le laboratoire du CHUM fonctionne avec trois équipes qui se retrouvent dans quatre zones de travail.Une équipe reçoit les spécimens et va les préparer pour faire l\u2019extraction de l\u2019ARN.Après, une deuxième équipe fait l\u2019amplification de l\u2019ARN/ ADN du virus pour pouvoir détecter le virus et une troisième équipe fait la lecture des résultats et les transmet au personnel soignant.Mme Luu compte également sur une 4e équipe qui traite les urgences.Évidemment, la nouveauté de ce virus peu connu amène une inquiétude constante pour les travailleurs qui doivent manipuler la bête tous les jours.«On oublie souvent que ces travailleurs sont des mamans, des papas et qu\u2019ils ont aussi des parents âgés.Ils utilisent aussi beaucoup le transport en commun.Je ne m\u2019en cache pas, et je l\u2019ai dit à l\u2019employeur, qu\u2019on était inquiet.C\u2019est parce que c\u2019est la COVID et qu\u2019il y a beaucoup de positifs.Ce n\u2019est pas l\u2019influenza.Ce n\u2019est vraiment pas comparable.Quand on traite la grippe, on n\u2019a pas la même inquiétude que la COVID parce que le taux de mortalité est beaucoup plus élevé.Même après deux mois, les gens sont inquiets, sauf qu\u2019on a développé des méthodes de travail pour rendre sécuritaire ce que nous manipulons.» «On ne sait pas à quel point le virus est volatil et si un courant d\u2019air pourrait le projeter plus loin.TECHNOLOGISTES MÉDICAUX «ON TRAVAILLE DANS L\u2019OMBRE» L\u2019assistante-chef du laboratoire de biologie moléculaire du CHUM, Loan Luu \u2014 COURTOISIE 8 leDroit SAMEDI 16 MAI 2020 G9 TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ «?Il y a tellement de choses qu\u2019on ne sait pas [sur le virus]!?» \u2014 Loan Luu, assistante-chef du laboratoire de biologie moléculaire au CHUM Il y a tellement de choses qu\u2019on ne sait pas! Le virus est tellement nouveau que l\u2019inquiétude provient de cet inconnu.» La disponibilité des réactifs est aussi un défi auquel sont confrontés les technologistes médicaux.«Actuellement c\u2019est ça la réalité des laboratoires de dépistage, ils naviguent sur ce qui est disponible dans le réseau comme réactif de travail, expose Mme Luu.Tout le monde le sait qu\u2019on ne peut rien faire quand on n\u2019a pas de réactif.De plus, quand les appareils plantent, il faut tout faire manuellement.Il y a beau avoir de nouvelles machines très technologiques qui arrivent, s\u2019il n\u2019y a pas de technologistes pour les faire fonctionner, ça ne marche pas.» «On doit être prêt à tout.On ne peut juste pas se permettre d\u2019avoir un bris de service.On doit toujours être capable de fonctionner.» Depuis le 13 mars, les journées de 12 heures, et même plus, ne sont pas rares pour l\u2019équipe de Loan Luu.Les semaines de travail dépassant les cinq jours non plus.Comme gestionnaire, Mme Luu doit également composer avec une équipe parfois fragilisée pour différentes raisons.«Tous les jours, il y a des gens en quarantaine parce qu\u2019ils revenaient de voyage ou parce qu\u2019ils ont été en contact avec quelqu\u2019un qui a été testé positif à la COVID-19 ou encore parce qu\u2019ils ont des symptômes.Il y a des semaines où c\u2019est carrément catastrophique! Il y a déjà eu une journée où j\u2019étais à -10.» «Heureusement, j\u2019ai une équipe qui est très forte mentalement.On se serre les coudes et souvent ils restent en poste 14h! J\u2019ai vraiment une équipe de tough.» 1 2 3 R F Ils sont au front; avec vous, pour vous.Merci aux travailleurs de première ligne! Voyez comment vous pouvez aider en visitant hopitalmontfort.com/contribuer SAMEDI 16 MAI 2020 leDroit G10 MÉLANIE NOËL melanie.noel@latribune.qc.ca SHERBROOKE \u2014 « On parle beaucoup de distanciation sociale ces temps-ci, mais être préposés aux bénéficiaires, c\u2019est tout sauf être distants.On est proche des résidents physiquement, mais on devient aussi parfois des confidents.Ils nous racontent des choses qu\u2019ils n\u2019ont, des fois, jamais racontées.C\u2019est un gros plus de notre métier. » Celle qui le dit, c\u2019est Renée Tremblay, qui est préposée aux bénéficiaires depuis 20 ans.Mais elle connaît les corridors du Centre d\u2019hébergement D\u2019Youville depuis l\u2019enfance.« Ma mère était préposée aux bénéficiaires à l\u2019hôpital D\u2019Youville et quand j\u2019étais jeune, je pouvais aller la voir sur le département quand elle finissait de travailler.À travers ça, je rencontrais souvent les résidents de l\u2019unité prothétique.C\u2019est quelque chose qui m\u2019intriguait et je sentais que ma mère aimait tellement son travail \u2013 c\u2019était sa vie! \u2013 que pour moi, ç\u2019a été facile de continuer ce qu\u2019elle avait commencé.On dirait que c\u2019est dans le sang », explique-t-elle.Donner un bain, habiller, faire manger, c\u2019est aider des personnes vulnérables dans leur plus grande intimité.« Et quand on le fait à domicile, dans leur environnement, dans leur maison, on entre encore plus dans leur intimité », note Karine Roy, qui a été préposée pendant 17 ans avant de devenir, en septembre dernier, auxiliaire aux services de santé et sociaux, qui est l\u2019équivalent mais en soins à domicile plutôt qu\u2019en centre d\u2019hébergement.« Ce qui m\u2019a attirée dans ce métier, c\u2019est l\u2019entraide.J\u2019aime aider et je suis une combattante.Je vais au front pour certains individus.Surtout dans les cas d\u2019injustice ou de gens laissés dans l\u2019oubli.Notre clientèle a une grande fragilité et c\u2019est important qu\u2019on soit là pour elle.On devient un pilier qui améliore leur qualité de vie », poursuit Mme Roy.Être préposé aux bénéficiaires ou auxiliaire aux services de santé et sociaux, c\u2019est accompagner des gens à travers plusieurs deuils.Le deuil de ne plus pouvoir se déplacer sans marchette, le deuil de ne plus pouvoir tenir sa cuillère, de ne plus être en mesure de s\u2019habiller, se lever du lit, se laver.« J\u2019essaie toujours de leur faire voir la situation d\u2019un autre angle pour les encourager.La mar- chette vous permettra d\u2019aller seul à la salle de bain, par exemple.C\u2019est certain qu\u2019il y a un processus d\u2019acceptation, mais j\u2019essaie de leur montrer le côté bénéfique », raconte Mme Roy.« On s\u2019adapte à chaque client.Et pour avoir ce contact intime, c\u2019est important de créer un lien de confiance, ajoute l\u2019auxiliaire.\u2014 Avez-vous des chouchous?\u2014 Non, ils ont tous quelque chose de beau à offrir », soutient Mme Roy.MANQUE DE PERSONNEL Être préposé aux bénéficiaires ou auxiliaire aux services de santé et sociaux, c\u2019est aussi vivre le deuil de résidents qu\u2019on accompagne parfois depuis longtemps.« Ah mon dieu, ça, c\u2019est des choses qui sont difficiles.Mais en même temps, notre privilège est de les amener jusqu\u2019à la mort.Quand on pense que certains membres de la famille n\u2019assisteront pas leur proche jusqu\u2019à la toute fin.Et nous, on en a pris soin, on les a connus, bien sûr différemment que leurs proches les ont connus, mais pour moi, c\u2019est un privilège d\u2019être là et de les sentir partir tranquillement.Oui, la mort est d\u2019une grande tristesse, mais c\u2019est aussi souvent une grande délivrance », souligne Mme Tremblay, qui est sereine face à cette grande étape de la vie.Ce qu\u2019elle trouve le plus difficile, c\u2019est le manque de personnel.« J\u2019ai vu tous les changements au cours des années.On a perdu nos vieilles mains, comme on les appelle, celles qui nous montraient le travail, qui nous dirigeaient avec un code éthique.Je trouve difficile de voir les jeunes qui sont garrochés d\u2019un bord à l\u2019autre et qui doivent avoir une disponibilité énorme », mentionne Mme Tremblay, qui déplore aussi l\u2019effritement du sentiment d\u2019appartenant à une équipe de travail stable.« Quand on a une équipe de travail à laquelle on tient, on va tout faire pour que tout fonctionne bien, que l\u2019ambiance soit bonne dans le département.Alors que là, on travaille avec une personne une journée, avec une autre le lendemain.Parfois on travaille avec quelqu\u2019un qu\u2019on ne reverra jamais.Et même chose pour les PRÉPOSÉS AUX BÉNÉFICIAIRES ET AUXILIAIRES AUX SERVICES DE SANTÉ ET SOCIAUX DANS L\u2019INTIMITÉ DES DEUILS TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ 10 En cette semaine nationale des soins infirmiers, ANDRÉ FORTIN DÉPUTÉ DE PONTIAC MARYSE GAUDREAULT DÉPUTÉE DE HULL VICE-PRÉSIDENTE DE L\u2019ASSEMBLÉE NATIONALE Andre.Fortin.PONT@assnat.qc.ca 819 684-4400 Maryse.Gaudreault.HULL@assnat.qc.ca 819 772-3000 leDroit SAMEDI 16 MAI 2020 G11 résidents.Si on change de département, on ne peut pas apprendre leurs habitudes et préférences », explique Mme Tremblay qui s\u2019est impliquée dans le syndicat parce qu\u2019elle a à cœur le bien-être de ses consœurs et confrères.Renée Tremblay est aussi déléguée sociale pour venir en aide à des collègues de travail en détresse.Elle les dirige vers les bonnes ressources.AMÉLIORER LES CONDITIONS DE VIE Ê t r e p r é p o s é a u x b é n é f i - ciaires, c\u2019est aussi participer à des recherches provinciales pour améliorer les conditions de vie des personnes en CHSLD.Mme Tremblay a collaboré au projet OPUS qui vise à optimiser les pratiques, les usages, les soins et les services en diminuant la consommation d\u2019antipsychotiques des aînés hébergés.« Souvent l\u2019agressivité ou l\u2019agitation est une façon d\u2019exprimer un besoin.La faim, la soif, la douleur.On essaie de détecter ce besoin en réduisant les doses au lieu de taire le besoin.On a vu des résidents recommencer à parler, à manger seuls, à marcher! » se réjouit-elle.Des petits miracles.La pandémie n\u2019a pas réduit le niveau d\u2019intimité entre les résidents et les clients à domicile qui continuent de recevoir les soins de préposés aux bénéficiaires et d\u2019auxiliaires aux services de santé et sociaux.Oui, il y a les masques, les mesures d\u2019hygiène renforcées, mais le lien tient.Par contre, plusieurs clients recevant des soins à domicile ont procédé à une annulation de service par crainte d\u2019attraper la COVID-19.« Je comprends, mais je crois qu\u2019on a eu de bonnes consignes et que s\u2019ils nous donnent une chance, ils seront rassurés.Ils ont des besoins.Parfois on est leur seule visite.La vie devra un jour ou l\u2019autre reprendre son cours », conclut Mme Roy qui fait partie de la centaine d\u2019auxiliaires aux services de santé et sociaux de la région.Renée Tremblay a le métier de préposée aux bénéficiaires dans le sang.C\u2019est en observant sa mère travailler et en constatant le bonheur qu\u2019elle y trouvait que Mme Tremblay a décidé de suivre ses traces.\u2014 LA TRIBUNE «?C\u2019est quelque chose qui \u2019intriguait et je sentais que ma mère aimait tellement son travail \u2013 c\u2019était sa vie! \u2013 que pour moi, ç\u2019a été facile de continuer ce qu\u2019elle avait commencé.?» \u2014 Renée Tremblay TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ à nos étudiantes et étudiants ainsi qu\u2019aux membres du personnel qui font preuve de résilience et d\u2019engagement.Analyses biomédicales Inhalothérapie Soins in?rmiers Soins préhospitaliers d\u2019urgence Bravo pour votre contribution au maintien des services essentiels en santé! SAMEDI 16 MAI 2020 leDroit G12 Cette année marque le 200e anniversaire de Florence Nightingale, pionnière des soins infirmiers VALÉRIE MARCOUX vmarcoux@lesoleil.com L\u2019Organisation des Nations U n ies (O N U) a d éd ié l \u2019a n - née 2020 aux sages-femmes et aux soins infirmiers, notant que le monde aura besoin de neuf millions de travailleurs supplémentaires dans ces domaines d\u2019ici 2030.Par la même occasion, l\u2019ONU souligne le bicentenaire de la pionnière des soins infirmiers, Florence Nightingale, née le 12 mai 1820.Cette dédicace, faite le 1er janvier 2020, a pris encore plus de valeur avec le déclenchement de la pandémie qui place l e p e r s o n n e l i n f i r m i e r a u x premières l ignes de bataille.Dans ce contexte, le parcours et les réalisations de Florence Nightingale deviennent aussi inspirants que pertinents.SAVIEZ-VOUS QUE FLORENCE NIGHTINGALE A COMBATTU UNE ÉPIDÉMIE DE CHOLÉRA DANS UN HÔPITAL?Après avoir fait ses premières armes dans un hôpital luthérien en Allemagne, Florence Nightingale revient en Angleterre et travai l le dans un hôpital de Londres.On remarque d\u2019abord que les malades se remettent plus rapidement sous ses soins.S o n e x p e r t i s e s e c o n f i r m e ensuite alors qu\u2019elle lutte contre une épidémie de choléra dans une aile de l\u2019hôpital.«Elle va travailler très fort pour l\u2019éradiquer et s\u2019assurer que le moins de gens possible en décèdent.Elle a compris que le choléra est lié à l\u2019hygiène», explique l\u2019historienne Evelyne Ferron.SAVIEZ-VOUS QUE FLORENCE NIGHTINGALE A SAUVÉ LES DEUX TIERS DES SOLDATS ANGLAIS HOSPITALISÉS DURANT LA GUERRE DE CRIMÉE?«Avant qu\u2019elle arrive en Cri- mée en 1854, pratiquement tous les soldats finissaient par mourir quand ils allaient dans les hôpitaux de guerre», raconte l\u2019historienne.Quand Florence Nightingale arrive à la guerre de Crimée avec une trentaine de consœurs, elles constatent que les hôpitaux militaires sont des « porcheries».Elles déploient d\u2019abord leur énergie à récurer les lieux au maximum.On croit que l\u2019intervention de Florence Nightingale a permis de sauver les deux tiers des soldats amenés à l\u2019hôpital.SAVIEZ-VOUS QUE FLORENCE NIGHTINGALE A VÉCU LA MAJORITÉ DE SA VIE EN CONFINEMENT VOLONTAIRE?Dès son retour de la guerre, Florence Nightingale se met en confinement volontaire.«On pense qu\u2019elle avait attrapé une bactérie en Crimée, qui ressemble à un virus comme la grippe, mais dans son cas, ça va laisser des douleurs physiques chroniques», explique Evelyne Ferron.Jusqu\u2019à sa mort SAVIEZ- VOUS QUEen 1910, la pionnière des soins infirmiers mène la plupart de ses activités depuis sa résidence de Londres.Entre autres, elle fonde une école d\u2019infirmière, elle produit un rapport sur la guerre de Crimée et elle forme la première infirmière spécialisée des États-Unis, Linda Richard.«Elle a fait tout cela de la maison, parce qu\u2019elle ne sortait presque plus, note Evelyne Ferron.Elle n\u2019avait pas peur de contaminer son entourage», précise l\u2019historienne qui croit plutôt que Florence Nightingale avait peur que les gens la prennent moins au sérieux s\u2019ils voyaient qu\u2019elle était souffrante.Aujourd\u2019hui, plusieurs croient qu\u2019elle souffrait de fibromyalgie.Pour cette raison, le 12 mai est la journée mondiale de la fibromyalgie, en plus d\u2019être la journée internationale des infirmières.SAVIEZ-VOUS QUE LES NOTES DE FLORENCE NIGHTINGALE SONT ENCORE UNE RÉFÉRENCE À CE JOUR?Dans son livre Notes sur les soins infirmiers (1859), Florence Nightingale compile tout ce qu\u2019elle a mis en application durant la guerre de Crimée.Avant de parler des soins aux malades, ce livre aborde surtout les facteurs externes qui font en sorte qu\u2019un malade peut décéder à l\u2019hôpital, et l\u2019importance des normes d\u2019hygiène à l\u2019intérieur des maisons.«Elle insistait sur tout ce qui était autour du malade, pour faire en sorte que les soins donnent un effet, explique Evelyne Ferron.Entre autres, l\u2019importance des normes d\u2019hygiène, mais aussi l\u2019importance de réconforter les gens.Ça fait partie de la base du code des infirmières».Après une mise à jour en 1974, ce livre fondateur des soins infirmiers est encore consulté aujourd\u2019hui.SAVIEZ-VOUS QUE FLORENCE NIGHTINGALE EST LA PREMIÈRE FEMME ADMISE À LA SOCIÉTÉ DES STATISTIQUES DE LONDRES?Pour faire comprendre comment se répand une épidémie, Florence Nightingale va présenter plusieurs statistiques sous forme de diagrammes.«Un peu comme présentement quand on nous montre les fameuses courbes ou les images des allumettes pour montrer comment une personne en infecte une autre, c\u2019est le genre d\u2019images qu\u2019elle va utiliser», explique Evelyne Ferron.Ses graphiques marqueront l\u2019imaginaire et lui vaudront la reconnaissance de la Société des statistiques de Londres qui l\u2019admet à titre honorifique en 1858.2 Une photo rare de Florence Nightingale prise quelques jours avant sa mort en août 1910.\u2014 WIKIMEDIA COMMONS, LIZZIE CASWALL SMITH/ DOMAINE PUBLIC 1 Un portrait de Florence Nightningale \u2014 WIKIMEDIA COMMONS/HENRY HERING (1814-1893)/ DOMAINE PUBLIC 1 2 12 TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ "]
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