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Titre :
L'itinéraire
Depuis 1992, L'Itinéraire fait découvrir aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. [...]
L'Itinéraire est un mensuel montréalais dont la publication a débuté au printemps 1992. Le magazine est une initiative du Groupe communautaire L'Itinéraire, organisme basé dans le quartier Centre-Sud à Montréal. Il est vendu dans les rues et dans le métro de Montréal par des camelots. La création de L'Itinéraire visait à offrir une publication aux personnes seules et itinérantes dans laquelle elles pourraient partager avec la population les problématiques de l'itinérance et proposer des pistes de solution. L'Itinéraire permet aux participants l'apprentissage d'un travail rémunéré. Une participation active brise l'isolement. Elle favorise la revalorisation et la réalisation de soi, une reprise personnelle et une culture de l'autonomie. L'Itinéraire transmet aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. Ainsi, l'accès au logement, la réinsertion sociale, le travail du sexe, l'alcoolisme et la toxicomanie, la formation aux adultes, les droits de la personne, les sujets politiques de l'heure, les arts et la culture populaire, sont des sujets traités dans le magazine. On trouve régulièrement une personnalité connue en page couverture de L'Itinéraire, à laquelle est jumelé un article prenant souvent la forme d'une entrevue. Des collaborations spéciales de journalistes pigistes professionnels trouvent leur place chaque mois dans L'Itinéraire. Le magazine offre aussi une tribune à ses camelots, dont quelques-uns sont maintenant des figures connues des Montréalais. THIVIERGE, François, « Intervention de groupe auprès de la population itinérante de Montréal », Service social, vol. 43, no 2, 1994, p. 147-157.
Éditeur :
  • [Montréal] :Groupe communautaire l'itinéraire,1992-
Contenu spécifique :
dimanche 1 avril 2018
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
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L'itinéraire, 2018, Collections de BAnQ.

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[" Volume XXV, n?07 Montréal, 1er avril 2018 1 min 24 Les horaires en temps réel sont arrivés OFFERTS EN EXCLUSIVITÉ SUR Transit Site web Site mobile Application Version bêta beta.stm.info 1 min 24 Les horaires en temps réel sont arrivés OFFERTS EN EXCLUSIVITÉ SUR Transit Site web Site mobile Application Version bêta beta.stm.info Nom Jean-Claude Nault | Camelot n° 1378 | Âge 39 ans Points de vente Épicerie Bellemare Verdun / Métro Champ-de-Mars « J \u2019me suis ramassé une coup\u2019 de fois chez ma grand-mère la gueule en sang\u2026 » Jean-Claude n\u2019a pas eu une enfance facile.Aujourd\u2019hui, avec ses deux enfants et sa passion pour Elvis Presley, il garde le moral et partage avec nous le chemin parcouru depuis son dernier Zoom, il y a trois ans.Dès son enfance, il commence le chant et le théâtre.À l\u2019adolescence, il se produit sur scène, et participe à des concours amateurs.Puis, lui vient la passion du King, transmise par sa grand-mère.Il participe à des concours dans les conventions dédiées au chanteur.Chaque fois, c\u2019est avec fierté qu\u2019il met sa chemise bleue, rappelant celle portée par Elvis dans le film Blue Hawaï.Entre temps, il joue dans le vidéoclip La part du diable, de Bernard Adamus.« J\u2019ai été chanceux, j\u2019me suis fait checker et j\u2019ai pas attrapé l\u2019sida.» Sa première agression sexuelle, il l\u2019a subie à dix ans, infligée par son voisin d\u2019en face.« J\u2019avais pas conscience de ce qui se passait, j\u2019avais peur.» C\u2019est quelque chose qu\u2019il partage seulement aujourd\u2019hui.Il est prêt à en parler ouvertement.« Ça a été très dur, j\u2019ai vu des psychologues, ça m\u2019a marqué.Donc, quand j\u2019entends aujourd\u2019hui des choses comme ça, ça vient me chercher.» À la maison, il est victime de violence par le conjoint de sa mère.« J\u2019mangeais des claques.C\u2019était pas toujours drôle\u2026 » En 2004, sa mère le met dehors.Jean-Claude rencontre alors la mère de ses enfants : une fille de 11 ans et un garçon de neuf ans.« Ils sont la plus belle chose de ma vie.» Il les voit peu aujourd\u2019hui, à cause d\u2019une situation compliquée des droits de garde, et leur déménagement en Gaspésie.« Je les vois pas, mais au moins, je les aime.» Au décès de sa grand-mère maternelle, il se dispute avec sa famille.Très vite, il est mis de côté.« J\u2019l\u2019ai mal pris quand ils sont partis avec le stock.J\u2019ai pas d\u2019photos de mon grand-père ni de ma grand-mère.Ça me fait très mal.» Du côté paternel, il ne voit plus personne.« C\u2019est complexe, mais c\u2019est moins difficile.» Une de ses peurs est de mourir seul, « comme un itinérant ».« J\u2019ai perdu un oncle à cause du suicide.Moi j\u2019suis chanceux, j\u2019ai plein de choses dans ma vie.J\u2019ai ma passion, pis L\u2019Itinéraire.» Il a travaillé pendant neuf ans en entretien ménager.De l\u2019équipe volante, il passe aux horaires de nuit.La fatigue et une dépression le poussent à démissionner.Il a du mal à retrouver un emploi.Un jour, il croise un camelot qui l\u2019encourage à aller à L\u2019Itinéraire.Ça fait maintenant trois ans qu\u2019il participe activement à la vie de l\u2019organisme : groupe de musique L\u2019Itinérock, comité pour l\u2019édition du 100 % camelots, projet de mentorat pour former les futurs camelots, comme il a pu en bénéficier avec Michel Desjardins.« J\u2019ai progressé grâce à lui ! Il m\u2019a donné une formation pour vendre le journal et ça m\u2019a beaucoup aidé ! » Jean-Claude ne veut pas passer sa vie à L\u2019Itinéraire.Il voudrait rejoindre l\u2019Union des Artistes.En attendant, vous pouvez l\u2019encourager à la station Champ-de-Mars ou à l\u2019épicerie Bellemare, au coin De l\u2019Église et Ethel, spécialement le 17 mai prochain, le jour de ses 40 ans ! L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Jean-Claude alias « Elvis » Par Laëtitia Thélème Bénévole à la rédaction Photo : Milton Fernandes Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous  ! ISSN -1481-3572 Numéro de charité  : 13648 4219 RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, RUE SAINTE-CATHERINE EST Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca DIRECTEUR GÉNÉRAL : LUC DESJARDINS RÉDACTION Chef du secteur magazine et rédactrice en chef : JOSÉE PANET-RAYMOND Journaliste, responsable société : CAMILLE TESTE Chargé de l\u2019accompagnement des participants : LAURENT SOUMIS Responsable de la formation des participants : KARINE BÉNÉZET Responsable de la création visuelle : MILTON FERNANDES Gestionnaire de communauté : ALEXANDRE DUGUAY Photographe : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Journaliste affectée à la version numérique : GENEVIÈVE BERTRAND Collaborateur : IANIK MARCIL Webmestre bénévole : JUAN CARLOS JIMENEZ Bénévoles à la rédaction : CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, JUSTINE CLÉMENT, HÉLÈNE MAI, ANTOINE QUINTY-FALARDEAU, VALÉRIE SAVARD, LAËTITIA THÉLÈME Bénévoles à la révision : PAUL ARSENAULT, ARIANE CHASLE, LUCIE LAPORTE Photo de la une : JEAN-FRANÇOIS BRIÈRE ADMINISTRATION Responsable de la comptabilité : MARCELA CHAVEZ Adjointe administrative : NANCY TRÉPANIER DÉVELOPPEMENT SOCIAL Chef du développement social : CHARLES-ÉRIC LAVERY Intervenants psychosociaux : JEAN-FRANÇOIS MORIN-ROBERGE, GABRIELLE GODIN Responsable du Café : PIERRE TOUGAS Responsable de la distribution : MÉLODIE ÉTHIER CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Président : ÉRIC WILLIAMS - Novatech Médical Trésorier : GRÉGOIRE PILON - Ernst & Young S.R.L./S.E.N.C.R.L.Vice-président : JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire Secrétaire : KATHERINE NAUD - CIUSSS Centre-Sud de Montréal Administrateurs : YVES LEVASSEUR - Virage Coaching JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg, sencrl, srl RICHARD CHABOT - Camelot de L\u2019Itinéraire JO REDWITCH - Camelot de L\u2019Itinéraire YVON MASSICOTTE - Représentant des camelots VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca GESTION DE L\u2019IMPRESSION TVA PUBLICATIONS INC.DIVISION ÉDITIONS SUR MESURE | 514 848-7000 Directeur général : ROBERT RENAUD Chef des communications graphiques : DIANE GIGNAC Chargée de projets : GISÈLE BÉLANGER Imprimeur : TRANSCONTINENTAL Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire : 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9 Québecor est fière de soutenir l\u2019action sociale de L\u2019Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le journal ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec Charles-Éric Lavery, chef du développement social par courriel à  : c.e.lavery@itineraire.ca ou par téléphone au  : 514 597-0238 poste 222.L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill PARTENAIRES MAJEURS PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal pour leur contribution financière permettant ainsi la poursuite de notre mandat.4 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 3 12 MOTS DE CAMELOTS Gilles Bélanger 10 Sylvain Pépin-Girard 10 Mostapha Lotfi 10 Réal Lambert 42 Jacques Élysé 42 Gaétan Vaillancourt 42 ÉCRIVEZ-NOUS  ! COURRIER@ITINERAIRE.CA Des lettres courtes et signées, svp  ! Jean-Claude DOSSIER \u2022 L\u2019autisme en 5 formats \u2022 Isabelle Hénault : L\u2019autisme au féminin \u2022 Carmen Lahaie : combat des parents \u2022 Kim Thúy : Être mère d\u2019un ado autiste Par Camille Teste INDUSTRIE SEMENCIÈRE Qui contrôle l\u2019alimentation, contrôle le monde Que semons-nous dans nos champs ?« Près de 75 % de ce qu\u2019on trouve dans nos supermarchés canadiens contient un ingrédient génétiquement modifié (GM).» Un constat qui alimente de lourdes inquiétudes et débats liés à l\u2019accessibilité alimentaire, la santé et la biodiversité.Derrière ces produits du commerce alimentaire roule une machine bien huilée et méconnue du grand public : l\u2019industrie semencière.Par Karine Bénézet REPORTAGE 37 ÉDITORIAL 7 D\u2019autisme et d\u2019itinérance Par Charles-Éric Lavery 3 QUESTIONS À 8 Valérie Plante Par Laurent Soumis ROND-POINT INTERNATIONAL 9 BILLET 11 Conversation avec mon stylo Saïd Farkouh EN TOUTE LIBERTÉ 19 Le mal de Bloc Par Mathieu Thériault POLITIQUE MUNICIPALE 20 Une « rue de la réconciliation » à Montréal ?Par Geneviève Bertrand COMPTES À RENDRE 22 Les femmes à la maison ?Par Ianik Marcil, économiste indépendant MOT DU RAPSIM 23 Un Plan solide, ambitieux et pertinent ! Par Pierre Gaudreau, directeur du RAPSIM SOCIÉTÉ 26 Quand « l\u2019enfant-thérapie » s\u2019invite au CHSLD Par Shannon Pécourt DANS LA TÊTE DES CAMELOTS 34 Le printemps INFO CAMELOTS 36 Qu\u2019est-ce l\u2019empowerment ?Par Yvon Massicotte CARREFOUR 36 LIVRE 37 Là où il y a de l\u2019économie\u2026 il y a de la vie ! Par Shannon Pécourt PHOTOREPORTAGE 38 Dans les entrailles du Vieux-Montréal Par Mario Alberto Reyes Zamora HISTOIRES DE RUES 40 Avenue Lartigue / Rue Logan Par Réjean Blouin BIENVENUE CHEZ LYNN 43 DÉTENTE 44 À PROPOS.46 de la communication On aime ça vous lire ! Quand on vous croise dans la rue, vous nous dites souvent que vous aimez votre camelot, que vous avez apprécié tel article, que vous aimez notre magazine.Eh bien, écrivez-nous pour nous le dire ! Cette section vous est réservée tout spécialement.Les camelots sont des travailleurs autonomes.50 % du prix de vente du magazine leur revient.28 SOMMAIRE 1er avril 2018 Volume XXV, no 07 514 597-0238, poste 228 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : Oui, j\u2019appuie L\u2019Itinéraire : CARTES-REPAS ABONNEMENT DONS DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : __l__l__ - __l__l__ Courriel : Téléphone : ( ) Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (124,18 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (62,09 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site www.itineraire.ca No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : L\u2019inclusion sociale, une affaire de société Cette réalité est aussi présente à L\u2019Itinéraire et envers les personnes itinérantes.Quotidiennement, nos camelots ont des histoires \u2013 plusieurs heureuses, certes \u2013 mais aussi malheureuses à nous raconter à propos de paroles et les comportements des gens.L\u2019itinérance ou la pauvreté, ce n\u2019est pas contagieux non plus.L\u2019inclusion sociale, concerne la personne qui s\u2019engage dans une démarche de réinsertion, par exemple, en vendant et en rédigeant des articles dans L\u2019Itinéraire ou en participant à des activités culturelles et de loisir.Mais c\u2019est aussi et en premier lieu une affaire de société qui engage chacun d\u2019entre nous.C\u2019est ça, une société inclusive.Ainsi, la prochaine fois que vous verrez un groupe comme celui dont j\u2019ai fait partie, je vous suggère de vous arrêter, de poser des questions, d\u2019avoir un regard accueillant, de chercher à comprendre, bref, d\u2019adopter la même approche qu\u2019avec nos camelots.Le Plan d\u2019action montréalais en itinérance 2018-2020 L\u2019inclusion sociale étant une affaire de société, elle est donc aussi la responsabilité des différents paliers gouvernementaux, dont le municipal.La Ville de Montréal a dévoilé, le 7 mars, son plan d\u2019action en itiné- rance 2018-2020.Ce plan est pertinent, puisqu\u2019il priorise une approche globale de lutte à l\u2019itinérance à travers l\u2019inclusion sociale, et non par de l\u2019aide au logement en priorité, comme c\u2019est le cas avec la philosophie Logement d\u2019abord.Nous constatons à L\u2019Itinéraire les impacts qu\u2019ont les initiatives telles que le soutien au revenu, l\u2019aide alimentaire et la formation.Et c\u2019est sans oublier la sortie de l\u2019isolement social par la création de liens positifs entre camelots et surtout avec vous, chers lecteurs.Le Plan valorise plus précisément les mesures de soutien au revenu comme celles que l\u2019on offre à L\u2019Itinéraire, ainsi que d\u2019autres projets d\u2019insertion socioprofessionnelle dont le travail payé à la journée.Des projets qui ont fait leurs preuves notamment à travers le programme TAPAJ de l\u2019organisme Spectre de rue.Une autre initiative qui se démarque \u2014 et fait notre fierté \u2014 est notre Café de la Maison ronde.Le seul café autochtone à Montréal, il fait participer des personnes autochtones en situation d\u2019itinérance ou à risque.Il rouvrira d\u2019ailleurs ses portes pour une quatrième saison le 28 mai prochain ! Avril est le mois de l\u2019autisme.Chaque année, nous nous faisons un devoir de le souligner dans le magazine.Et cette année ne fait pas exception puisque nous y avons consacré notre dossier principal.C\u2019est dire que le sujet nous tient à cœur, car il touche aussi directement notre mission d\u2019inclusion sociale.J\u2019ai été coordonnateur et animateur d\u2019activités de loisir pour enfants et adultes autistes pendant près de cinq ans.C\u2019était un service de loisir, oui, mais c\u2019était aussi et surtout un répit pour les parents.L\u2019autisme, comme l\u2019itinérance, est invisible au premier regard chez bon nombre de personnes.Mais d\u2019autres cas, plus sévères, rendent l\u2019autisme visible.L\u2019hyper ou l\u2019hyposensibilité, des mouvements stéréotypés, des intérêts restreints et inhabituels, une approche sociale anormale, la présence parfois de déficience intellectuelle\u2026 quand ces critères diagnostiques sont sévères et combinés, ce n\u2019est évidemment pas de tout repos pour les parents.Le regard des autres Notre groupe était composé de six à douze jeunes ou adultes autistes et de cinq à huit animateurs-accompagnateurs.Disons que c\u2019était un événement quand on entrait dans un wagon de métro ou un autobus.L\u2019un des adultes autistes pouvait se mettre à flatter les cheveux de la personne assise à ses côtés, alors qu\u2019un autre criait à plusieurs reprises parce que, hypersensible à certains sons, il avait entendu le klaxon d\u2019une voiture.Puis, une autre encore faisait ce qu\u2019on appelle communément du flapping, le battement des bras ou des mains, un mouvement stéréotypé.Chaque fois, nous étions exposés au regards, au comportements et aux paroles des gens.C\u2019est vrai, certains étaient bienveillants, curieux, pleins de compassion et d\u2019empathie.Certains nous disaient bonjour et posaient des questions pour s\u2019informer.Mais plus souvent qu\u2019autrement, on faisait l\u2019objet de regards méprisants, apeurés ou de dégoût.Il arrivait que des gens changent de siège pour s\u2019éloigner de notre groupe ou quittent carrément le wagon de métro ou de l\u2019autobus.Des parents ont retiré leurs enfants de la piscine, de peur, j\u2019imagine, de se faire toucher par l\u2019un de nos jeunes.J\u2019avais bien envie de leur dire : « Inquiétez-vous pas, ce n\u2019est pas contagieux ! » D\u2019autisme et d\u2019itinérance 7 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA PAR CHARLES-ÉRIC LAVERY CHEF DU DÉVELOPPEMENT SOCIAL ÉDITORIAL P H O T O   : M A R I A D U B O V A ( 1 2 3 R F ) P H O T O : M A R I O A L B E R T O R E Y E S Z A M O R A questions à Valérie Plante 3 rapport à l\u2019année dernière ?De mémoire, je dois avouer que la somme d\u2019argent était assez similaire.Nous, ce qu\u2019on souhaitait, c\u2019était réinjecter une somme identique.Dépendamment, on verra comment l\u2019année financière ira.Il y a toujours des besoins qui émergent.On l\u2019a montré quand on a décidé de donner du financement supplémentaire à la Rue des femmes pour leur ressource d\u2019hébergement Jacqueline : 15 000 $ pour les aider à remplir leurs besoins urgents pour les lits.Bien sûr, la Ville est toujours à l\u2019écoute.Mais en terme de financement prévu, c\u2019est 7,8 millions $ pour les trois prochaines années.L\u2019Itinéraire Votre communiqué dit qu\u2019il faut agir pour l\u2019inclusion sociale « en favorisant l\u2019 implantation de projets ».Dans le document, vous dites « soutenir financièrement des projets novateurs ».Qui dit « novateurs » dit « nouveautés ».Est-ce qu\u2019il y aura plus d\u2019argent pour les organismes qui existent déjà ?Oui absolument.En fait\u2026 plus d\u2019argent ?On sait que les besoins sont grands.Donc, l\u2019idée ici, c\u2019est que le montant n\u2019est pas plus grand.Mais notre volonté, c\u2019est vraiment de soutenir les acteurs du milieu.Ça, c\u2019est sûr.Je pense que l\u2019idée de sortir des quartiers centraux vient appuyer aussi cette nécessité.On entendait beaucoup de différents organismes hors des quartiers centraux.On entendait un cri du cœur des Mars a connu sa bordée d\u2019annonces gouvernementales sur l\u2019itinérance.Le 6 mars, la ministre responsable, Lucie Charlebois, a promis un investissement de 11 millions $ pour les quatre prochaines années dans la construction de logements sociaux.Cette enveloppe s\u2019ajoutera aux 13 millions $ déjà prévus au budget.Le lendemain, 7 mars, la mairesse Valérie Plante rendait public le Plan d\u2019action montréalais en itinérance qui poursuit quatre grands objectifs  : accompagner et cohabiter dans l\u2019espace public ; sécuriser et stabiliser les personnes dans les espaces d\u2019accueil ; loger et sortir de la rue pour prévenir l\u2019itinérance ; agir ensemble pour l\u2019inclusion sociale.Quatre objectifs et 40 pistes d\u2019action.Comment atteindre des objectifs ambitieux avec des moyens financiers inchangés ?Aux fins de cette chronique, nous reproduisons l\u2019échange intervenu entre la mairesse Plante et deux des journalistes présents à sa conférence de presse.L\u2019Itinéraire Votre plan d\u2019action en itinérance est doté d\u2019un budget de 7,8 millions $ sur trois ans.Quelle est la part d\u2019argent neuf par rapport au budget actuel de soutien aux organismes communautaires ?C\u2019était déjà une somme qu\u2019on avait prévue dans le budget actuel, évidemment.Par organisations à l\u2019extérieur du périmètre central disant : nous aussi on a des besoins.C\u2019est vraiment dans cette idée-là de soutenir financièrement différents projets, différents organismes.Radio-Canada Si je vous comprends bien, vous êtes confiants d\u2019atteindre des objectifs ambitieux avec un budget qui reste le même ?Le 7,8 millions $ (soit 2,6 M$ par année), ça n\u2019a rien à voir avec l\u2019habitation.On met ça de côté.Le 7,8 millions $ sur trois ans touche vraiment les actions concrètes.Si on a décidé de sortir des quartiers centraux, c\u2019est un élément très important de ce plan-là.Je n\u2019ai pas envie de dire que l\u2019autre plan n\u2019était pas bon.Ce n\u2019est pas ça qui m\u2019intéresse.J\u2019ai envie de montrer la direction que nous voulons prendre.C\u2019est un travail de partenaires.On s\u2019est dit qu\u2019on allait sortir des quartiers centraux ; on va regarder ce qui se passe ailleurs sur l\u2019 île.Notre administration a décidé que la question de l\u2019habitation sera primordiale à tous les niveaux, au niveau de la stratégie de la lutte à l\u2019itinérance également, c\u2019est une priorité.Et finalement, on travaille avec les acteurs du milieu pour soutenir les différentes initiatives sur les quatre axes.Il faut qu\u2019on soit capable de travailler avec nos partenaires pour nommer et trouver des solutions pour les communautés spécifiques.C\u2019est notre orientation.8 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 ROND-POINT PAR LAURENT SOUMIS AUSTRALIE | Mariage homosexuel Julie McCrossin est une journaliste et activiste LGBT australienne.En 2014, à New York, elle a épousé sa compagne, Melissa Gibson, en présence de leurs deux enfants.Mais son mariage n\u2019avait jusque-là aucune valeur légale en Australie.En décembre 2017, la donne a changé : le parlement australien a légalisé le mariage homosexuel, après que 60 % des Australiens se soient prononcés en faveur de ce type d\u2019union.Une décision importante pour un pays qui revient de loin.« Quand j\u2019ai réalisé que j\u2019étais lesbienne, l\u2019homosexualité était interdite par la loi, et contraire à la volonté de Dieu.Jusqu\u2019en 1973, on a aussi considéré que c\u2019était une maladie mentale.Le dernier État à avoir décriminalisé l\u2019homosexualité est la Tasmanie.Et ça date de 1997 », explique Julie McCrossin.Seul regret pour cette croyante, la plupart des congrégations religieuses du pays se sont prononcées en défaveur du mariage gai durant les débats qui ont précédé le vote de cette loi.« Un jour viendra où les groupes religieux aussi nous accueilleront.Certains ont commencé à le faire en Australie et partout dans le monde », signale celle qui compte bien continuer à militer tant que ce sera nécessaire.(The Big Issue Australia) ITALIE/FRANCE | Traverser les Alpes au péril de leur vie Le nombre de migrants originaires du Moyen-Orient ou d\u2019Afrique qui tentent de se rendre en France diminue depuis 2015.Mais ils sont encore nombreux à risquer leur vie pour traverser les Alpes.Leur objectif : commencer une nouvelle vie à tout prix.Lorsque ce n\u2019est pas le danger de perdre pied et de tomber dans le vide qui les attend, ils doivent survivre au froid glacial.Pour se rendre de la Guinée à un col enneigé des Alpes, il aura fallu trois ans à Abdullhai.En plein hiver, il réalise une traversée du massif montagneux qui devrait être sa dernière étape avant d\u2019atteindre la frontière française.Par -9°C, cet homme de 38 ans et le petit groupe qui l\u2019accompagne ont préféré passer par les Alpes plutôt que d\u2019emprunter des passages plus faciles, mais mieux surveillés par les autorités.Celui qui a laissé derrière lui une femme et trois enfants pour vivre cette épreuve, explique son choix : « En Guinée, il n\u2019y a ni travail ni avenir pour mes enfants.Ici, en Europe, nous pouvons avoir un futur.Nous pouvons trouver du travail et vivre une vie digne.» (Reuters / INSP) TRADUCTION : CAMILLE TESTE 9 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA ROND-POINT INTERNATIONAL P H O T O : S I E G F R I E D M O D O L A - R E U T E R S P H O T O : J U L I E M C C R O S S I N L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau International des journaux de rue - INSP).Le réseau apporte son soutien à près de 100 journaux de rue dans 34 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde.Pour en savoir plus, visitez www.street-papers.org. SYLVAIN PÉPIN-GIRARD PRÉPOSÉ À L\u2019ENTRETIEN MÉNAGER MOSTAPHA LOTFI CAMELOT MÉTRO ÉDOUARD-MONTPETIT GILLES BÉLANGER CAMELOT JEANNE-MANCE / RENÉ-LÉVESQUE Une muse Chaque écrivain a une muse.Tout Balzac a une madame Hanska.Étant écrivain à mes heures perdues, j\u2019en ai une.Les jours d\u2019un camelot se succèdent et ne se ressemblent pas.Pourtant certains sortent du lot.En ce jour brumeux d\u2019hiver, j\u2019ai rencontré Alexandra.Elle était si conviviale et si bienveillante que nous avons fini par nous embrasser chaleureusement.Alexandra incarne la constance, une constance pour elle-même et une constance envers l\u2019autre.Toujours le même manteau vert olive, le même jeans grenat, toujours le même camelot dont elle s\u2019inquiète des absences.Par un beau matin d\u2019hiver \u2014 il y en a parfois \u2014 nous avons discuté d\u2019un sujet éventuel pour L\u2019Itinéraire.Surprise, elle s\u2019est demandé si un sujet très sérieux serait publié dans le magazine de rue.J\u2019ai répondu par l\u2019affirmative.L\u2019étonnement d\u2019Alexandra montre que les préjugés sont tenaces.Ils peuvent affecter les âmes les plus sensibles et les plus altruistes.Je suis convaincu que cette demoiselle aurait payé toute la fortune du monde pour soulager un malheureux.En mon for intérieur, je lui ai promis que l\u2019article au sujet de notre discussion sera exceptionnel.Chose promise ! Chose due ! Ce fut un chef-d\u2019œuvre ! Je vois rarement cette femme exceptionnelle.Elle est toujours occupée.Pourtant, elle s\u2019arrange \u2014 je ne sais pas comment \u2014 pour allouer quelques heures dans le but de remplir la plus noble des missions : sauver des vies en pleine dégringolade vers l\u2019abîme.Elle œuvre à prévenir le suicide.Je te salue Alexandra et je te souhaite toutes les belles choses du monde ! 10 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 MOTS DE CAMELOTS Bienvenue à vous qui venez d\u2019ailleurs En décembre dernier, la famille sri-lankaise de Leony Pavithra Lawrence a été expulsée du Canada.J\u2019ai trouvé ça très cruel.Notre pays expulse les bons migrants et pas toujours les mauvais.Je considérais cette famille comme une bonne famille, adaptée à nos lois et à notre culture.Ses membres étaient ici depuis cinq ans.Ils travaillaient, leurs enfants allaient à l\u2019école et parlaient bien le français.Ils ont fait tout ce que de bons citoyens devraient faire.Et après cinq ans ?On leur dit de partir.C\u2019est comme si on leur avait tiré une balle de fusil.Ils pensaient rester ici toute leur vie, ils étaient courageux, et du jour au lendemain, on leur a tout enlevé.Je trouve que cette situation exprime un manque de leadership et d\u2019humanisme de la part du gouvernement.Si j\u2019avais été à sa place, je leur aurais donné le droit de rester ici.Ils étaient ici chez eux, déjà intégrés.Le gouvernement devrait arrêter de jouer avec la vie des humains.Le Canada est assez grand pour bâtir des nouvelles maisons.Il devrait avoir assez de places pour accueillir la plupart des réfugiés.On devrait s\u2019occuper de ceux qui sont le plus en danger dans leur pays, et des autres ensuite.Bien sûr, il faut regarder s\u2019ils sont dangereux.Si on pense qu\u2019ils peuvent l\u2019être, je crois qu\u2019on devrait les mettre sous surveillance pendant un certain temps.Évidemment, il y en a qui doivent mentir pour ne pas retourner dans leur pays, alors il faut étudier leur situation.Mais s\u2019ils sont illégaux et pas dangereux, il faut les accueillir et leur dire « Bienvenue dans votre nouvelle demeure ».Je souhaite bienvenue à vous tous qui venez d\u2019ailleurs dans le monde et je veux apprendre de votre culture.Au temps des semailles Le printemps est une saison où la beauté, c\u2019est d\u2019avoir des fleurs merveilleuses.C\u2019est une saison de chaleur et d\u2019humidité.Le soleil brille et nous donne de la joie et de la fierté.Les oiseaux chantent en nous disant que le printemps arrive à grands pas.Ça va être une belle saison de sports.Les gens vont pouvoir aller naviguer sur la mer.C\u2019est aussi une saison encourageante.C\u2019est le moment des fruits et des légumes.Dès que l\u2019hiver est terminé les cultivateurs commencent à semer dans les grands champs.Quand j\u2019étais enfant, je vivais dans le coin de Saint-Esprit.C\u2019est beau la campagne.Les cultivateurs semaient des graines de légume.On était avec eux dans un chariot ; ils nous apprenaient comment semer.Après ils remettaient de la terre avec une brouette pour ne pas que les semences s\u2019envolent et pour égaliser la terre.Ensuite ils arrosaient avec un tracteur et après on attendait que ça pousse.Quand il pleuvait, ça allait encore plus vite.Le matin on allait dans la grange pour nettoyer l\u2019endroit où étaient les animaux.Après on travaillait dans les champs.Ce sont encore de beaux souvenirs.Vous pouvez aller voir ça dans une ferme, apprendre comment les agriculteurs travaillent.Vous pouvez aussi aller y travailler.Le printemps, c\u2019est aussi de voir le sourire des gens qui sortent plus, leur gaieté, la joie, le bonheur de la vie. Janvier 2018.Le ciel est gris au-dessus de Montréal.Je regarde à travers la vitrine en buvant mon café au Van Houtte.La neige s\u2019est accumulée dans les rues et sur les trottoirs.J\u2019essaie de rassembler mes pensées, mes souvenirs et les scènes qui trottent dans ma tête afin que les lettres et les mots puissent s\u2019arranger en phrases utiles que je pourrai écrire dans les pages de L\u2019Itinéraire.Mais pourquoi est-il si difficile aujourd\u2019hui pour mon stylo de dire quelque chose.D\u2019ailleurs, il me demande : « Pourquoi écris-tu ?Écrire ou ne pas écrire, dire ou ne pas dire, c\u2019est égal si cela ne change rien et n\u2019ajoute rien.C\u2019est comme verser un verre d\u2019eau dans l\u2019océan.» J\u2019essaie de convaincre mon stylo que l\u2019écriture est d\u2019abord une communication entre moi et les lecteurs.Je transmets mes sentiments, ma propre vision et mes convictions, qu\u2019ils soient négatifs ou positifs.Je ne peux même pas me cacher entre les lignes.Écrire est une thérapie Ensuite, l\u2019écriture est une sorte de thérapie psychologique où je suis à la fois le patient et le médecin.Je m\u2019assois et je parle pendant que le stylo enregistre ce que je dis comme s\u2019il était un médecin qui écoute son patient sans pointer un doigt accusateur.Il le laisse parler et découvrir ses points forts et ses points faibles afin qu\u2019il puisse le traiter.Mon stylo me dit : « Tu souffres de solitude et de légère dépression saisonnière à cause des problèmes quotidiens que tu traverses, en plus de l\u2019atmosphère grise et froide.Ou, peut-être es-tu pris dans une routine quotidienne et que tu ne peux pas en sortir, comme beaucoup de gens qui vivent seuls ?» J\u2019essaie de lui expliquer que je pense à l\u2019itinéraire de ma vie depuis mon jeune âge, alors que j\u2019ai pris conscience que je pourrais passer en revue tous mes accomplissements.C\u2019est comme regarder un film qui commence dans ma petite enfance, où j\u2019étais attaché à mes parents, et ensuite passent les nombreuses étapes que j\u2019ai traversées jusqu\u2019à présent.J\u2019ai couru continuellement vers des objectifs, réels ou imaginaires, que j\u2019ai parfois atteints, parfois non.Est-ce que nous devons subir toute cette anxiété, cette peur, cette frustration et cette douleur pour mériter un court moment de bonheur qui fond comme neige au soleil ?Donner le meilleur de soi Mon stylo dit : « Sortir le meilleur de toi est une chose des plus nobles.Quand tu écris, tu donnes le meilleur de toi comme un arbre donne ses fruits.Il ne demande pas qui les mange, si c\u2019est le propriétaire de l\u2019arbre, ou un passant, ou un oiseau.Donner, c\u2019est une loi divine.» Mais comment puis-je donner ?Je paie à peine mes factures, je ne possède ni maison ni voiture ; je n\u2019ai ni femme ni enfants.Mon stylo se moque de mes idées noires : « Tu es plus chanceux qu\u2019un riche entouré de ses proches ou même de ses enfants souhaitant sa mort pour obtenir sa fortune en héritage.» Je lui demande s\u2019il peut trouver quelque chose qui s\u2019appliquerait à moi.« Si tu ne veux pas qu\u2019une femme partage ta vie, cherche dans les annonces des vrais amis comme des chats, des chiens ou des lapins.Ils te donneront une amitié inconditionnelle, non ?» Des amis potentiels J\u2019ai aimé l\u2019idée de mon stylo et j\u2019ai commencé à lire des publicités dans les journaux.Perla est une chatte de quatre ans, agréable et calme, avec une belle personnalité, sociable, douce et curieuse.Ted est un chien Husky d\u2019un an, qui a beaucoup d\u2019énergie.Il a besoin d\u2019au moins deux heures d\u2019exercice par jour, de beaucoup d\u2019espace, d\u2019attention et de soins.Il n\u2019est pas habitué à être seul et ne peut pas vivre en appartement parce qu\u2019il aboie quand il est seul.Il n\u2019a aucune expérience avec les enfants.Tigo est une chatte d\u2019un an, timide, prudente et qui ne fait pas de bruit.Elle observe les gens et son environnement.Eddy, un lapin mâle de six ans, est affectueux et très allumé.Il doit sortir de sa cage trois fois par jour.Je suis toujours à la recherche d\u2019un ami vrai, tandis que mon stylo fait une longue sieste après avoir éclairé un côté sombre de moi auquel je n\u2019avais jamais pensé auparavant.Conversation avec mon stylo 11 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O   : N A T T A P O L S R I T O N G C O M ( 1 2 3 R F ) SAÏD FARKOUH CAMELOT MÉTRO MONTMORENCY BILLET Depuis 1984, au mois d\u2019avril, le Québec s\u2019engage en faveur des personnes autistes.L\u2019objectif  : sensibiliser le public à la condition autistique et aux besoins des familles.Mais pour le grand public, il n\u2019est pas toujours évident de comprendre une condition que la médecine elle-même ne connaît pas encore parfaitement.Alors, de quoi est-il question lorsqu\u2019on parle d\u2019autisme ?En général, c\u2019est un état que l\u2019on détecte tôt chez l\u2019enfant, qui persiste à l\u2019âge adulte et qui engendre des difficultés au quotidien.Pour les spécialistes, une personne autiste va présenter deux caractéristiques.D\u2019une part, des difficultés à communiquer et à interagir avec le monde extérieur, d\u2019autre part, des comportements répétitifs et un intérêt souvent circonscrit à quelques activités spécifiques.Mais derrière cette définition large se trouve une importante variété de situations.Longtemps, les praticiens ont différencié plusieurs formes d\u2019autisme.Les deux formes les plus archétypales étant l\u2019autisme classique et le syndrome d\u2019Asperger.Si cette catégorisation n\u2019est plus vraiment usitée, elle s\u2019avère utile pour comprendre ce trouble du développement.Autisme classique Considéré comme le trouble le plus lourd, l\u2019autisme classique, que l\u2019on appelle aussi autisme typique, autisme sévère ou autisme de Kanner, se détecte vers deux ou trois ans, et même avant.Les personnes qui souffrent de ce type d\u2019autisme présentent des anomalies sur plusieurs plans et à divers degrés.PAR CAMILLE TESTE vraiment ?Connaît-on P H O T O   : M A R I A D U B O V A ( 1 2 3 R F ) Souvent, on observe chez elles des comportements répétitifs et des gestes stéréotypés : balancement du corps, mouvements rapides des bras, agitation rythmée des mains.En général, leurs interactions sociales sont différentes de celles de la majorité des enfants.Leur regard peut être fuyant, voire absent, et leur visage peu expressif.Des troubles du sommeil et de l\u2019alimentation sont aussi des manifestations fréquentes de ce type d\u2019autisme.Il arrive que ces symptômes soient accompagnés de retards de langage ou d\u2019une incapacité totale à communiquer verbalement.On parle alors d\u2019autisme non-verbal.Ce type d\u2019autisme peut aussi impliquer une déficience intellectuelle.« Dans 50 % des cas, les autistes sévères souffrent également d\u2019une déficience intellectuelle, sont non-verbaux ou les deux à fois », explique Dre Isabelle Hénault, psychologue et sexologue à la clinique Autisme et Asperger de Montréal.En général, ce type de profil requiert un important besoin de support et d\u2019accompagnement familial et thérapeutique.Syndrome d\u2019Asperger Contrairement aux autres formes d\u2019autisme, le syndrome d\u2019Asperger se détecte plus tard, vers quatre ou cinq ans.Il ne s\u2019accompagne pas d\u2019un retard de langage ou d\u2019un retard cognitif.L\u2019intelligence des personnes qui présentent ce type d\u2019autisme est normale ou supérieure à la moyenne.Cependant, les personnes souffrant de cette forme d\u2019autisme peuvent présenter un décalage de maturité affective ou comportementale.Par exemple, ils peuvent avoir de la difficulté à se mettre à la place des autres, à interpréter le langage du corps, à comprendre le second degré, à tisser des liens ou à exprimer leurs émotions.L\u2019humoriste Louis T, diagnostiqué Asperger en 2016, reconnaissait à ce titre ne ressentir que sept émotions qu\u2019il appelle « sept nuances de bof », contre les 72 émotions ressenties par la plupart des gens.Souvent passionnés par un sujet ou par une discipline unique, auxquels elles accordent un temps important, les personnes présentant cette forme d\u2019autisme peuvent vite devenir expertes.Dans de rares cas, elles peuvent mêmes être qualifiées de « savantes ».Le britannique Daniel Tammet, par exemple, parle une dizaine de langues, dont l\u2019Islandais qu\u2019il a appris en dix jours.Il a aussi un talent extraordinaire pour les chiffres.En 2004, il a récité les 22 514 premières décimales du nombre Pi, battant ainsi un record du monde.Une catégorisation désuète Comme souvent en médecine, les mots et les catégories évoluent à mesure que les connaissances d\u2019un phénomène augmentent.Aujourd\u2019hui, pour le corps médical, opposer radicalement autisme classique et syndrome d\u2019Asperger n\u2019a plus vraiment lieu d\u2019être.« En fait, on s\u2019est rendu compte qu\u2019 il n\u2019y avait aucun critère diagnostique suffisamment spécifique, malgré toutes les recherches qui ont été faites, pour pouvoir définir clairement des catégories d\u2019autisme », explique le docteur Eric Billon, psychiatre et chargé d\u2019enseignement à l\u2019Université de Montréal.« Certains autistes ont une manière de parler qui diffère de la norme, d\u2019autres non.De même, certains ont une capacité à comprendre l\u2019humour, d\u2019autres pas du tout.C\u2019est très rare de trouver une personne autiste qui a exactement les mêmes symptômes qu\u2019une autre.» Il existerait donc, en quelque sorte, autant de formes d\u2019autismes que de personnes autistes.Une variété d\u2019autant plus importante que la situation de ces personnes n\u2019est pas statique dans le temps.« Une personne autiste correctement prise en charge pourra tout à fait évoluer », souligne à ce titre Isabelle Hénault.Pour rendre compte de cette diversité de situations, les médecins nord-américains considèrent aujourd\u2019hui que l\u2019autisme est un continuum de situations, qu\u2019ils nomment « trouble du spectre autistique (TSA).» D\u2019un côté de ce spectre se trouveraient ainsi les cas d\u2019autismes les plus sévères, avec, tout au bout, les personnes souffrant de déficiences intellectuelles.De l\u2019autre, on trouverait des formes plus « légères », autrefois appelées Asperger, voire Asperger léger.Un grand soulagement Pour Isabelle Hénault, il est important de ne pas minimiser ces « formes légères » : « ce n\u2019est pas parce que quelqu\u2019un se situe dans la zone Asperger du spectre que cette forme d\u2019autisme n\u2019est pas un défi et n\u2019 implique pas de souffrances ».Des souffrances souvent exacerbées par une méconnaissance de ses propres particularités.« Il arrive régulièrement que cet autisme ne soit diagnostiqué qu\u2019à l\u2019âge adulte », explique-t-elle.Sans diagnostic, des années durant, les « aspies », comme ils s\u2019appellent parfois entre eux, se sentent en décalage, voire extrêmement étranges par rapport au reste de la société.« En général, c\u2019est un grand soulagement de mettre un mot derrière cette condition.» Ce que l\u2019autisme n\u2019est pas Si le corps médical ne s\u2019entend pas toujours sur les différentes manières de catégoriser l\u2019autisme, en général, tout le monde s\u2019accorde sur une chose : l\u2019autisme n\u2019est pas une maladie.Et encore moins une maladie mentale.Pour les spécialistes, en effet, l\u2019autisme s\u2019apparente davantage à un trouble neurodéveloppemental.En d\u2019autres termes, le cerveau des personnes autistes serait connecté différemment, ce qui les Au Québec, en 2015, on comptait près de jeunes autistes âgés de moins de 18 ans Chez les personnes autistes, le taux de mortalité est 13 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA conduirait à voir le monde différemment.Pour expliquer ce phénomène, Isabelle Hénault utilise la métaphore de la forêt : « Imaginons que chaque arbre représente une faculté humaine.Dans le cerveau de la majorité des gens (les neurotypiques), la forêt est homogène, chaque arbre fait à peu près la même taille et se développe au même rythme.Mais dans le cerveau d\u2019une personne autiste, la forêt est plus disparate.Certains arbres sont immenses et ont tendance à faire de l\u2019ombre aux autres, qui ont donc plus de mal à se développer.» Génétique ou pesticides ?Alors, comment expliquer ces connexions différentes de la norme ?« Les causes de l\u2019autisme restent très floues, prévient Éric Billon.Il y a 20 ans on aurait dit que c\u2019était génétique.On pense aujourd\u2019hui qu\u2019 il y a aussi de l\u2019épigénie : dans les mois qui précèdent la conception, le père et la mère peuvent être exposés à des facteurs qui augmenteraient la possibilité de donner naissance à un enfant autiste.» Parmi ces facteurs de risque, le médecin évoque, entre autres, les perturbateurs endocriniens, notamment ceux contenus dans les pesticides.« Il y a quelques études qui montrent qu\u2019une maman qui passe sa grossesse à 500 mètres d\u2019un champ de pesticides aurait un risque bien supérieur d\u2019avoir un enfant autiste.» Guérir ?« Puisque l\u2019autisme n\u2019est pas une maladie, on n\u2019en guérit pas », sourit Isabelle Hénault.La solution ?Proposer un accompagnement qui prend en compte les spécificités de la personne.À la clinique Autisme et Asperger que dirige Mme Hénault, on veut mettre en valeur les dons des personnes autistes et développer leurs habiletés.« Par exemple si une personne a des difficultés au niveau des interactions sociales, il est tout à fait possible de les travailler.» La société, bien sûr, a aussi son rôle à jouer dans la compréhension de cette condition.Bonne nouvelle selon Éric Billon, le Québec avance et apprend à transformer cette condition en atout : « De plus en plus, en classe, quand il y a une personne autiste, les bons enseignants utilisent cette spécificité pour aider toute la classe à souligner la diversité des personnes ».Sur internet, des plateformes gérées par des personnes autistes se sont aussi emparées de la question.Le mouvement Aut\u2019créatifs, par exemple, propose des outils pour déconstruire les clichés et mettre en valeur les forces de l\u2019intelligence autiste.« Je respecte beaucoup l\u2019 idée qu\u2019 il y ait un militantisme de l\u2019autisme, qui revendique une normalité et une acceptation de la différence », conclut Éric Billon.Une manière de rappeler que les neurotypiques ont sans doute bien des choses à apprendre du monde de l\u2019autisme.L\u2019autisme touche-t-il autant les garçons que les filles ?Depuis 10 ou 15 ans, on lit souvent que l\u2019autisme toucherait quatre garçons pour une fille.En fait, c\u2019est probablement faux.L\u2019une des raisons qui explique ce chiffre est que les tests utilisés par les cliniciens pour diagnostiquer l\u2019autisme sont des tests basés sur un profil très masculin.Mais depuis cinq ans, les choses sont en train de changer : certains professionnels de la santé mettent en place des tests plus pertinents pour déceler l\u2019autisme féminin.Aujourd\u2019hui dans ma clinique, la prévalence est plutôt de deux hommes pour une femme.L\u2019autisme féminin est-il si différent de l\u2019autisme masculin ?Il y a des différences.Et c\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles l\u2019autisme au féminin est plus difficile à déceler.Les femmes autistes, et notamment les « femmes Asperger », ont souvent une certaine capacité à observer puis à imiter des comportements sociaux qui sont valorisés.Elles camouflent plus facilement leurs difficultés.Même s\u2019il y a un vrai coût émotif à cet exercice de camouflage.D\u2019une manière générale, on observe que beaucoup de femmes autistes ont davantage envie de socialiser.Elles ont aussi tendance à avoir un meilleur contact visuel que les hommes.De même, on observe qu\u2019elles parviennent souvent plus facilement à exprimer ce qu\u2019elles ressentent.Les femmes autistes font-elles aussi preuve d\u2019une intelligence focalisée sur une ou quelques passions ?Oui, mais on observe régulièrement que chez les femmes, l\u2019intérêt n\u2019est pas aussi inusité.Quand un homme va s\u2019intéresser à l\u2019Égypte ancienne par exemple, les femmes vont plus souvent avoir des intérêts partagés par les neurotypiques aussi : la musique, les animaux, ou les arts par exemple.Isabelle Hénault docteure et directrice de la clinique Autisme et Asperger de Montréal P H O T O   : C O U R T O I S I E 14 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 Au Québec, on compte pour mille habitants Hélène ne peut ni parler, ni tenir un stylo.Pourtant, à 20 ans, sa mère découvre que sa fille peut écrire en utilisant de petites lettres plastifiées, qu\u2019elle agence poétiquement.Ses textes, qu\u2019elle signe « Babouillec » sont explosifs.Au point qu\u2019un metteur en scène décide d\u2019adapter son œuvre au théâtre.Le film, réalisé par Julie Bertuccelli, a été présenté au Festival International du Film sur l\u2019Art de Montréal en mars et prendra l\u2019affiche à la Cinémathèque québécoise le 6 avril.Passage à l\u2019âge adulte, amour, sexualité : à 18 ans, Sam a les problèmes de son âge.Chaque semaine, ce jeune autiste profite de séances avec sa thérapeute pour raconter avec humour et sensibilité cette condition qu\u2019il apprivoise peu à peu.Sortie en 2017, la saison 1, réalisée par Robia Rashid, devrait être suivie d\u2019une saison 2.Comment mieux comprendre l\u2019autisme qu\u2019en devenant autiste soi-même ?C\u2019est la question que s\u2019est posée la réalisatrice Valeria Lumbroso.Pour y répondre, elle a choisi de proposer tout une gamme de jeux immersifs à faire directement sur son ordinateur.La plateforme, qui propose également des entrevues passionnantes de spécialistes et de personnes autistes, est à découvrir sur : autisme.tv5monde.com Le fils de Patricia Paquin et Mathieu Gratton est autiste.Depuis un an, il est possible de suivre les aventures du jeune homme directement sur Facebook.Au programme : des blagues, des bêtises, des premières fois et des projets pour faire avancer l\u2019autisme ! Mary est une petite australienne solitaire de 8 ans.Un jour, elle écrit au hasard à un correspondant sélectionné dans un annuaire.Max, autiste, tombe sur sa lettre.S\u2019en suivent des années d\u2019échanges, tantôt dramatiques, tantôt hilarants.Sorti en 2009, le film créé par Adam Elliot, est réalisé en pâte à modeler.Le documentaire  Dernières nouvelles du Cosmos La série Atypical diffusée sur Netflix La plateforme immersive Le monde de l\u2019autisme La page Facebook Le monde de Benjamin Le film d\u2019animation Mary et Max 1 2 4 5 3 15 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA Carmen Lahaie Le nécessaire combat des parents PAR CAMILLE TESTE Carmen Lahaie est une sommité dans son domaine.Présidente de l\u2019association Autisme Montréal et mère d\u2019un adulte autiste non-verbal de 38 ans, elle a découvert la condition de son fils Jérémie en 1981.À cette époque, on expliquait souvent aux mères qu\u2019elles étaient responsables de l\u2019état de leur enfant.Qu\u2019elles ne savaient pas les aimer.On conseillait aussi aux parents de placer leurs enfants dans des institutions spécialisées.Ceux-ci se retrouvaient vite « abandonnés en psychiatrie », incompris, médicamentés, et parfois maltraités.Une situation tellement inacceptable pour Carmen Lahaie qu\u2019elle en a fait le combat de sa vie.  Pourquoi avoir choisi de dédier votre vie à l\u2019autisme ?Quand mon fils a été diagnostiqué dans les années 1980, il n\u2019existait presque aucun service destiné aux personnes autistes.Avec un petit groupe de militants, nous avons dû nous battre pour tout, par exemple pour l\u2019ouverture de la première classe spécialisée à Montréal.Et puis, dans les années 1990, le nombre d\u2019autistes diagnostiqués a explosé.Mais personne ne semblait en chercher la cause.Moi je voulais comprendre pourquoi mon fils avait eu un comportement normal les 18 premiers mois de sa vie, avant de perdre tous ses acquis.Si je n\u2019ai jamais cessé de me battre, c\u2019est parce que je crois qu\u2019on peut faire quelque chose pour les générations qui arrivent.Quels sont les grands enjeux pour les parents de personnes autistes ?Au-delà des difficultés comportementales de certains enfants, qui découragent souvent les parents, il y a un enjeu financier.Comment voulez-vous travailler quand vous avez une personne dépendante à charge ?Oui, beaucoup de parents d\u2019autistes vivent dans la pauvreté.D\u2019une manière générale, les parents sont débordés.Les services qui leur sont offerts sont coûteux et limités.Parfois, ils sont mêmes inaccessibles, tant il y a de demandes.Depuis 10 ans au Québec, la situation empire.Les budgets alloués sont insuffisants pour faire face à cette situation avec dignité.On y pense peu, mais le logement est aussi un défi.Les voisins ne sont pas toujours très tolérants.Avec mon mari, nous avons fait le choix d\u2019acheter une maison pour avoir la paix.Comment ce combat a-t-il influencé votre vie ?S\u2019occuper d\u2019une personne autiste laisse peu de temps pour s\u2019occuper de soi.Et puis, j\u2019ai perdu de nombreux amis.C\u2019est ce qu\u2019il se passe quand on n\u2019est pas « conforme ».Les gens font des sorties, vont au ski, moi je me bats pour les autistes.Alors, ils prennent leurs distances.Pourtant, mon fils est sociable.Il adore passer du temps avec des neurotypiques.Alors j\u2019essaye d\u2019inviter des proches, mais ce n\u2019est pas toujours évident.En famille non plus d\u2019ailleurs.Bien sûr, nous fêtons Noël, mon fils reçoit des cadeaux, mais je sens bien que les gens sont mal à l\u2019aise.On nous visite rarement.Pourtant, Jérémie a des choses à offrir.Il est généreux, câlin et passionné.Fan des Beatles, je l\u2019ai emmené plusieurs fois voir Paul McCartney en concert.La première fois, quand il l\u2019a reconnu tout au bout de la salle, il était si touché qu\u2019il n\u2019a pas pu retenir ses larmes.Autisme Montréal 514 524-6114 4450, rue Saint-Hubert, local 320 autisme-montreal.com 16 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 P H O T O   : M A R I O A L B E R T O R E Y E S Z A M O R A PORTRAIT Carmen Lahaie et son fils Jérémie Être mère d\u2019un ado autiste « L\u2019autisme, un monde fascinant » Auteure québécoise à succès, Kim Thúy est aussi la mère de Valmond, un adolescent autiste non-verbal de 16 ans.Avec les années, Kim a appris à parler la langue de son fils et à voir avec ses yeux.Pour L\u2019Itinéraire, elle revient sur les spectaculaires progrès qu\u2019il a réalisés.Comment as-tu réalisé que ton fils était autiste ?J\u2019ai vu très tôt que Valmond était différent de mon autre fils.Il n\u2019établissait presque pas de contacts visuels.Il pleurait beaucoup, il dormait très mal et il était plus souvent avec lui-même qu\u2019avec nous.Quand il a commencé à fréquenter la garderie, j\u2019ai demandé à la directrice de me donner son avis.Elle était un peu gênée au début, mais elle a fini par reconnaître que mon fils avait des comportements particuliers.Nous l\u2019avons amené chez un psychologue et à deux ans, il a été diagnostiqué.Quels étaient les grands défis au quotidien ?Longtemps, il y a eu du stress à la maison.Les personnes autistes ne traitent pas l\u2019information de la même manière, ni à la même vitesse que nous.Résultat : il y a beaucoup d\u2019incompréhensions réciproques.Nous ne pouvions jamais le laisser seul.Sinon, nous risquions de le retrouver en t-shirt dans le jardin par -20°C.Il ne comprenait pas que l\u2019inconfort qu\u2019il ressentait était dû au froid.De même, pendant des années, Valmond ne supportait pas qu\u2019on lui coupe les ongles.Mon mari et moi devions le forcer.Au point, parfois, de provoquer des bleus en lui tenant les doigts trop forts.Heureusement, ma rencontre avec Brigitte Harrisson et Lise St-Charles [spécialistes de l\u2019autisme, auteures de L\u2019autisme expliqué aux non-autistes NDLR] a tout changé.Pour Brigitte, elle-même autiste, il était tout à fait normal que mon fils réagisse ainsi : « Il ne comprend pas ce que tu fais ».Je me souviens lui avoir répondu : « mais ça fait dix ans que je le fais ! » Sauf que je n\u2019avais pas réalisé que pour lui, c\u2019était toujours une première fois.Et qu\u2019à chaque fois, non seulement il ne comprenait pas que ses ongles allaient repousser, mais en plus il ne reconnaissait plus ses doigts.Brigitte et Lise sont à l\u2019origine de la méthode Saccade, équivalent du braille ou du langage des signes pour les autistes.Elle se base sur des petits dessins qui permettent à une personne autiste de visualiser et de conceptualiser des choses qui, pour nous, sont évidentes.Grâce à cette méthode, j\u2019ai pu expliquer à mon fils que couper ses ongles n\u2019était pas un problème.Devant lui, sur une feuille, j\u2019ai dessiné schématiquement un petit carré avec son visage à l\u2019intérieur.J\u2019en ai dessiné un autre avec le coupe-ongle, puis un autre avec sa main et un dernier, à la fin, avec son visage heureux.Il ne connaissait pas du tout ce langage, mais il a tout de suite compris : il s\u2019est assis devant moi et il m\u2019a tendu les deux mains.Comment expliques-tu qu\u2019il ait eu besoin de ce schéma ?Les autistes, même ceux qui sont verbaux, sont visuels.Toute l\u2019information entre par les yeux.Donc pour communiquer efficacement avec eux, il faut le faire de manière visuelle.Et c\u2019est très efficace : une fois que Valmond a vu le dessin, il l\u2019a absorbé.Maintenant, quand je dis « je vais te couper les ongles », le dessin apparaît dans sa tête.Je n\u2019ai jamais eu besoin de le refaire.En quoi ce langage a changé votre quotidien ?Ce langage m\u2019a permis d\u2019entrer dans la tête de mon fils, de parler sa langue et surtout de ne plus lui imposer la mienne.Avant, Valmond était souvent anxieux.Il respirait fort, il avait des palpitations, il faisait des mouvements typiquement autistiques.Maintenant, il comprend ce qu\u2019on lui dit, il sait ce qu\u2019il va se passer, donc il se prépare.Ainsi, il est plus détendu et donc, moi aussi.Valmond était si calme, qu\u2019au début mon mari s\u2019inquiétait.Il me disait « tu crois qu\u2019 il va bien ?Pourquoi il ne crie plus ?» Maintenant que sa tête n\u2019est plus occupée par l\u2019angoisse, mon fils a de la place pour apprendre.Il va dans une école spécialisée qui applique des méthodes similaires.Sa courbe d\u2019apprentissage est incroyable.PAR CAMILLE TESTE 17 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O   : J E A N - F R A N Ç O I S B R I È R E ENTREVUE Qu\u2019est-ce qu\u2019il apprend par exemple ?Il apprend l\u2019écriture.Il apprend aussi le dénombrement.S\u2019il a su compter très tôt, par ordre croissant ou décroissant, il ne saisissait pas que le chiffre un représentait une unité, que le chiffre deux représentait deux unités, etc.Aujourd\u2019hui, il comprend le sens des nombres.À l\u2019école, il a aussi appris le concept de changement : il a compris que la vie n\u2019est pas statique, qu\u2019elle bouge, qu\u2019elle change.Et il l\u2019a appliqué à la maison.Il y a quelques années, en rentrant de l\u2019école, Valmond ouvrait régulièrement le frigo, sortait les carottes et les coupait en rondelles.De fait, la première fois qu\u2019il a vu une carotte, elle était coupée comme ça.Donc il avait cette obsession de retrouver exactement cette image : pour lui une carotte ne pouvait pas être entière ou coupée en bâtonnets.Aujourd\u2019hui, il a acquis cette flexibilité.De même, s\u2019il m\u2019avait vue en couverture de L\u2019Itinéraire à cette époque, il aurait jeté le magazine.Il m\u2019aurait reconnue, mais n\u2019aurait pas supporté l\u2019idée que je sois à deux endroits en même temps.Depuis quelques années, il comprend que c\u2019est possible.Tu es souvent en déplacement [l\u2019interview a été réalisée alors que Kim Thúy était aux Etats-Unis - NDLR], comment est-ce que Valmond vit la distance ?Maintenant, je sens que je lui manque.Avant, peut-être que je lui manquais aussi, mais c\u2019était différent.Il ne savait pas comment l\u2019exprimer.Quand je partais, il fallait attendre que je revienne pour qu\u2019il réalise que j\u2019avais été absente.À mon retour, il prenait ma valise et me mettais à la porte avec ! C\u2019est très difficile à vivre pour une mère.Depuis, j\u2019ai appris à lui « dire » je vais partir.Avec la méthode Saccade, je sais aussi lui montrer quand je vais revenir.Du coup, quand je rentre, il m\u2019attend à la porte, prend ma valise et vient même m\u2019embrasser.Est-ce que la condition de ton fils a influencé ton travail d\u2019auteure ?Bien sûr.Je n\u2019aurais pas pu écrire ce que j\u2019ai écrit sans lui.L\u2019autisme est un monde fascinant.C\u2019est un monde différent du nôtre, mais qui nous permet de comprendre le nôtre.Par exemple, beaucoup de personnes autistes ont un rapport très particulier au toucher.Si quelqu\u2019un les touche et qu\u2019ils ne voient pas le geste, la trace de notre main va rester très longtemps sur leur peau car ils ne traduisent pas naturellement ce geste en émotion.C\u2019est pour ça que de nombreuses personnes autistes évitent qu\u2019on les touche ; une trace qui reste peut-être très désagréable.Grâce à mon fils, j\u2019ai compris ce que mon cerveau faisait depuis toujours et que le sien ne fait pas : traduire un toucher en émotion.Et puis, grâce à Valmond, ma perception du monde s\u2019est enrichie.Par exemple, contrairement aux personnes neurotypiques, mon fils ne hiérarchise pas les sons dans sa tête.Résultat : c\u2019est la cacophonie en permanence.Alors, pour comprendre mon fils, j\u2019ai appris à écouter ces sons.Aujourd\u2019hui à la maison, je fais en sorte de garder un niveau sonore bas.Typiquement, je ne mets pas la radio en parlant au téléphone tout en rangeant la vaisselle.Comment vois-tu le futur de ton fils ?Le vrai défi, c\u2019est de planifier ma mort et celle de tous ses proches.Mon fils aura toujours besoin de moi ou de gens qui le comprennent.Donc il va falloir que j\u2019organise un réseau autour de lui.C\u2019est peut-être contre-intuitif, mais mon plus grand souhait, c\u2019est qu\u2019il meurt avant moi ou en même temps que moi.Parce qu\u2019égoïstement je pense être la meilleure personne pour savoir ce qui le rend heureux.Je n\u2019aimerais pas qu\u2019il se retrouve dans des situations où il est malheureux mais incapable de le dire.Alors, il est possible de rendre un enfant autiste heureux ?Bien sûr.Mais il faut savoir comment l\u2019aimer.J\u2019ai toujours fait le maximum, mais pendant des années, je m\u2019y suis mal prise.Pendant longtemps par exemple, je voulais lui faire prendre des douches.Après tout, pour la plupart des gens, c\u2019est plutôt agréable.Sauf que je ne comprenais pas que lui compte chaque goutte d\u2019eau qui touche sa peau.Alors forcément, ça le rend fou.Maintenant, il prend des bains.La douceur de l\u2019eau l\u2019enveloppe, il adore et tout le monde est content.Le fait d\u2019avoir appris à communiquer avec lui me permet de savoir ce qui le rend heureux, mais surtout ce qui le rend malheureux.Aujourd\u2019hui, je sais, par exemple, que mon fils, comme beaucoup d\u2019autistes, a une hypersensibilité visuelle.Cette sensibilité le conduit à distinguer les clignotements des néons, quand la plupart des gens ne voient qu\u2019une lumière continue.Pour les personnes autistes, c\u2019est épuisant.Ce n\u2019est pas un caprice : c\u2019est vraiment insupportable.En retirant ce type de lumière de ma maison, j\u2019ai contribué au bien-être de mon fils.Il est parfois difficile de comprendre l\u2019autisme.Est-ce qu\u2019il est important pour toi d\u2019en parler autour de toi ?Oui, c\u2019est un privilège quand quelqu\u2019un a des questions sur cette condition.Personne ne peut mieux connaître l\u2019autisme que l\u2019autiste lui-même et, dans une certaine mesure, ses proches.Pour les personnes autistes qui le peuvent et pour leurs proches, c\u2019est un devoir d\u2019expliquer ce qu\u2019ils vivent.On ne peut pas s\u2019attendre à ce que les autres comprennent.Mais si nous jouons notre rôle de porte-parole, nous pouvons espérer que chaque jour, un nouvel autiste de plus soit compris.L'Autisme expliqué aux non-autistes Brigitte Harrisson et Lise St-Charles Trécarré - 2017, 176 pages 18 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 Eau Jus Lait Saccade un langage simple et d\u2019une remarquable efficacité Quand j\u2019étais adolescent ou jeune adulte, la question de l\u2019indépendance du Québec, la fameuse question nationale, était sur toutes les lèvres.Dans les bars, les écoles, les rencontres citoyennes ou les réunions familiales, on assistait plus souvent qu\u2019autrement à des débats passionnés et déchirants sur « la question ».Dans bien des familles, le sujet était tabou autour de la table, de crainte de ruiner l\u2019unité de celles-ci.Moins de 25 ans après le dernier référendum, le Québec assiste maintenant à l\u2019implosion pathétique du Bloc Québécois (BQ) dans une totale indifférence.Au mieux on s\u2019y intéresse comme on s\u2019intéresse aux chicanes des couples d\u2019Occupation double, disons par voyeurisme un peu pervers.Mais sur le fond, qui s\u2019en soucie vraiment ?Si les crisettes à répétition du Bloc n\u2019étaient qu\u2019anecdotiques, on se dirait sans doute : « Ok ça va mal à shop, mais tous les partis ou presque connaissent un jour des schismes ou des scissions ».Sauf que la démission de 70 % des députés d\u2019un parti, élus il n\u2019y a même pas trois ans, c\u2019est probablement de l\u2019inédit dans l\u2019histoire politique occidentale (ok, on pourrait aussi dire sept sur dix).Si j\u2019étais un souverainiste convaincu, peu importe de quel parti, je me poserais de sérieuses questions de voir ainsi couler ce qui était, il n\u2019y a pas si longtemps, la principale formation politique du Québec au niveau fédéral.Est-ce que je suis triste du déclin inexorable du mouvement indépendantiste ?Non pas vraiment.Dans les années 90, j\u2019ai été attiré vers cette option par des tribuns comme Pierre Falardeau, Pierre Vallières, Michel Chartrand ou d\u2019autres pour qui l\u2019indépendance était un passage obligé vers une libération nationale, un monde plus juste et égalitaire, une société libre, etc.Une pensée héritée des années 60 et de l\u2019héritage du décolonialisme qui associait en général l\u2019indépendance avec le socialisme et l\u2019ouverture sur l\u2019autre.C\u2019était quoi le projet déjà ?Avec le recul, j\u2019ai fini par déchanter.À force de s\u2019acharner à garantir à tout le monde qu\u2019absolument rien ne changerait dans le cas d\u2019une éventuelle indépendance, on a fini par se demander ce qu\u2019on gagnerait à la faire.Enfin, si c\u2019est pour garder la même monnaie, le même passeport, le même système économique, les mêmes traités commerciaux, la même armée, les mêmes institutions politiques, le même système électoral, le même pourcentage de la dette ou le même hiver de cul qui ne finit jamais, je ne vois plus trop l\u2019intérêt du projet.En ce sens qu\u2019en voulant à tout prix éviter de faire peur aux gens et se présenter comme les plus responsables des politiciens responsables, René Lévesque et ses continuateurs ont réussi leur pari.Ils ont (eu) l\u2019air de politiciens responsables comme les autres.Donc, on n\u2019a pas particulièrement envie de les suivre ou de leur faire confiance.On est pris aujourd\u2019hui avec un parti qui agonise sur un débat entre souverainistes « pressés », dits « les purs et durs », et ceux qui préconisent la défense des intérêts du Québec.Mais c\u2019est quoi ce débat complètement surréaliste entre deux options qui ne veulent rien dire ?On est indépendantiste ou on ne l\u2019est pas.Quand on est partisan d\u2019une option politique, peu importe laquelle, on veut qu\u2019elle se concrétise le plus vite possible, disons dès la prochaine élection.Le début de la perspective du commencement À ce que je sache, on n\u2019a jamais séparé les libéraux ou les conservateurs entre « purs et durs » et « défenseurs de la bourgeoisie ».Non, ils veulent juste voir leur option gagner le prochain round électoral.Je ne suis pas particulièrement interpellé par le drapeau, mais je peux comprendre ceux qui le sont de ne même pas voir le « début de la perspective du commencement du processus » avant 2022 dans le meilleur des scénarios, de commencer à trouver ça un peu long.Alors qu\u2019on parle depuis plus de 20 ans de mondialisation, il me semble qu\u2019on parle en fait surtout de frontières.Un mur avec le Mexique, avec la Palestine, les migrants qu\u2019on laisse mourir en mer, les réfugiés qui buttent sur des portes closes et de l\u2019hostilité un peu partout dans le monde.Je n\u2019ai jamais été fan des frontières, alors il me faudrait de sacrées bonnes raisons pour me convaincre qu\u2019il faudrait en rajouter une autour du Québec.Pour autant, je n\u2019ai pas envie de me faire dire que je tombe dans le camp des fédéralistes canadiens.Il me semble qu\u2019on ne dit jamais de ceux-ci qu\u2019ils sont « purs et durs », « pressés » ou « pragmatiques ».Pourtant, eux aussi, leur pensée politique c\u2019est essentiellement la défense d\u2019un drapeau.Si l\u2019implosion du Bloc ne serait que la preuve de ceci, à savoir que l\u2019ère de ceux qui carburent à « mon drapeau est plus fort que le tien » est désormais révolue, je ne serais que le premier à m\u2019en réjouir.Le mal de Bloc 19 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA I M A G E   : M I L T O N F E R N A N D E S PAR MATHIEU THÉRIAULT CAMELOT DE L\u2019ÉPÉE / BERNARD EN TOUTE LIBERTÉ Marie-Ève Bordeleau Une « rue de la réconciliation » à Montréal ?La rue Amherst rebaptisée au nom d\u2019un chef autochtone ?Pourquoi pas ! Oubliés pendant si longtemps, les quelque 35 000 Autochtones vivant dans le Grand Montréal retrouvent peu à peu la place qui leur revient dans la métropole.Le drapeau municipal a même été redessiné avec un pin blanc, un arbre indigène de la paix, qui rappelle la présence autochtone ancestrale ainsi que ses peuples fondateurs.Mais il reste encore beaucoup à faire\u2026 L\u2019avocate crie Marie-Ève Bordeleau siège désormais au nouveau poste de commissaire aux Affaires autochtones pour un « gros mandat, très émotif et chargé » de trois ans.Son cheval de bataille : la réconciliation entre la Ville de Montréal et les peuples autochtones.Comment s\u2019y prendra-t-elle ?« Ma vision de la réconciliation c\u2019est d\u2019entamer un processus de guérison entre les différentes communautés de Montréal, autant autochtones que non-autochtones.Je vais organiser des consultations avec des OSBL autochtones, des organisations de développement économique, des organisations non-autochtones mais qui travaillent avec eux, affirme Marie-Ève Bordeleau.Je veux rencontrer le Conseil mohawk de Kanesatake ou de Kahnawake, la Société Makivik qui représente les Inuits pour comprendre quelles sont leurs attentes par rapport à la réconciliation.» Rebâtir les ponts Lors de l\u2019inauguration, l\u2019automne dernier, des nouvelles armoiries soulignant l\u2019apport des Autochtones, l\u2019ancien maire Denis Coderre en avait profité pour annoncer en grande pompe la création de ce poste qui met en relief l\u2019importance d\u2019offrir des services adaptés aux Autochtones.Ces derniers seront consultés en vue d\u2019évaluer la nécessité d\u2019une intervention.« Il faut définir les besoins et les problématiques, afin de savoir comment nous allons faire pour rebâtir les ponts qui ont été brisés par le passé, plaide Mme Bordeleau.À la suite de ces consultations, moi ça va me nourrir et me donner les outils pour élaborer une stratégie de réconciliation qui va toucher les différents départements de la Ville de Montréal.» La mairesse Valérie Plante souligne que cette nomination permettra aux Autochtones de « vivre et de développer leurs cultures, leurs langues et leurs occasions d\u2019affaires » sur le territoire montré- alais.Quant à Ghislain Picard, chef de l\u2019Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), il confirme qu\u2019il « continuera de travailler étroitement avec la Ville de Montréal dans un esprit de rapprochement et de collaboration », a-t-il tous les deux laissé savoir par voie de communiqué.Réflexe autochtone « Je m\u2019engage à développer la stratégie de réconciliation de la Ville en mettant en œuvre un changement de paradigme et en intégrant un \u201créflexe autochtone\u201d aux politiques et plans d\u2019action de la Ville, précise Mme Bordeleau.Je m\u2019engage également à développer une formation aux employés de la Ville de Montréal sur l\u2019histoire et la réalité des peuples autochtones.» « Par rapport à l\u2019éducation populaire que j\u2019aimerais faire, beaucoup de gens ne font pas la différence entre un membre des Premières Nations, un Métis et un Inuit.Les individus sont parfois confus dans ces distinctions car cette éducation n\u2019a jamais vraiment été faite.J\u2019aimerais démystifier les différents groupes, en plus d\u2019aborder les questions de taxation, comment ça fonctionne, ce qu\u2019est une réserve ou une communauté », énumère-t-elle parmi les méconnaissances les plus courantes au sein de la population non-autochtone.20 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 P H O T O S   : M I L T O N F E R N A N D E S POLITIQUE MUNICIPALE PAR GENEVIÈVE BERTRAND JOURNALISTE AFFECTÉE À LA VERSION NUMÉRIQUE Emboîter le pas Le rôle que Marie-Ève Bordeleau assumera est historique.Ainsi Montréal suit les traces de Vancouver, Edmonton et Winnipeg.« On a de grandes différences culturelles avec les Autochtones.C\u2019est bien de pouvoir adapter certains services pour assurer qu\u2019 ils puissent vivre leur culture et pratiquer leur langue (innue, crie, mohawk, algonquine, abénakise, inuktitut).C\u2019est vraiment l\u2019un des grands principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones dont je fais la promotion.» Inspiration Née en 1981 en Abitibi d\u2019une mère montréalaise et d\u2019un père cri, Marie-Ève Bordeleau optera plus tard pour des études en droit à l \u2019Université Laval.Lors d\u2019un stage aux Îles Fidji, elle est inspirée par sa directrice, une militante autochtone.Elle explique que celle-ci a suscité en elle le désir de se porter à la défense des droits des Autochtones.En 2011, elle s\u2019occupe des dossiers de justice et de sécurité publique pour l \u2019organisme Femmes autochtones du Québec.En 2013, elle ouvre son premier cabinet à Kahnawake et ses services sont offerts à la grandeur du Canada.En 2015, Mme Bordeleau assiste l \u2019APNQL dans le cadre des allégations d\u2019abus de pouvoir de policiers de Val-d\u2019Or à l \u2019égard de femmes autochtones.« Avec le processus de réconciliation, ce que je veux susciter c\u2019est une certaine empathie, une acceptation et une compréhension culturelle des différents groupes par rapport aux réalités que vivent les Autochtones aujourd\u2019hui.Une acceptation de ce qui s\u2019est déroulé dans le passé ; on ne peut pas l\u2019effacer, mais on va travailler pour le futur.» Il y a deux ans, elle cofondait une clinique de médiation mobile offrant un meilleur accès à la justice en milieu autochtone.« Oui il y a un problème d\u2019accès à la justice au Canada et au Québec en milieu autochtone, que ce soit en raison de la langue des services ou bien de leurs localisations, évoque-t-elle.On sait que plusieurs communautés sont très éloignées et isolées, ce qui complique l\u2019accès à la justice.Par exemple, il est difficile d\u2019avoir recours à un avocat en droit de la famille pour des causes de divorce en raison de la géographie.» Migration en hausse de 177 % En ce qui a trait à la situation sur l\u2019île de Montréal, près du tiers (31 %) de la population non-autochtone exprime des « stéréotypes négatifs » à l\u2019égard des peuples autochtones et 70 % des Autochtones de la ville affirment avoir été « taquinés ou insultés » en raison de leurs origines autochtones, selon Environics Institute.Au Canada, 60 % des Autochtones vivent hors réserve.Au Québec, ce sont plus de la moitié (53,2 %) des Premières Nations qui vivent en milieu urbain, indique Statistique Canada.Durant ces années, la population autochtone à Montréal a augmenté de 177 % en raison d\u2019une importante migration des réserves vers la ville, selon un mémoire de Montréal autochtone.Montréal est d\u2019ailleurs la ville ayant la plus grande population autochtone au Québec.Itinérance et entrepreunariat « Quand on parle de réconciliation à Montréal, c\u2019est sûr qu\u2019on ne peut pas passer à côté du sujet de l\u2019itinérance autochtone, souligne Mme Bilodeau.Je vais donc travailler de pair avec Serge Lareault, commissaire aux personnes en situation d\u2019itinérance.» Et pour ce qui est de favoriser l\u2019entrepreunariat autochtone ?« C\u2019est trop tôt dans mon mandat pour donner des détails sur cette question-là.C\u2019est sûr que c\u2019est important un plan de développement économique pour les Autochtones, il faut que ça fasse partie du projet de réconciliation », observe- t-elle.Entre autres mesures, Mme Bordeleau affirme qu\u2019il faudrait favoriser l\u2019emploi de personnes autochtones au sein des services publics.Sa grande fierté La nouvelle commissaire met bien de l\u2019avant ses réalisations passées, qui lui procurent du bonheur dans son travail.« Ma plus grande fierté est que tous les mandats que j\u2019ai eu comme avocate, consultante ou médiatrice, ont été pour le bien-être et l\u2019avancement des nations autochtones.Des projets tels que les maisons d\u2019hébergement pour femmes autochtones violentées, avec Femmes autochtones du Québec ou des conseils de bande.» Et puis, pour la rue Amherst, un nom autochtone ?« J\u2019espère que oui, mais je ne peux pas en dire plus, souffle-t-elle.Ça va être un nom plus approprié par respect pour eux.» Quand on parle de réconciliation à Montréal, c\u2019est sûr qu\u2019on ne peut pas passer à côté du sujet de l\u2019itinérance autochtone.21 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA Les femmes à la maison ?Il y a quelques semaines, la firme Léger Marketing a publié un sondage dans le cadre duquel on demandait si la place des femmes était à la maison.Des médias ont titré : « Encore en 2018, les réponses peuvent surprendre ».Qu\u2019est-ce qui pourrait surprendre ?Que 8 % des répondants ont affirmé que, oui, la place des femmes était à la maison, donc pas sur le marché du travail.Or, il y a de nombreux problèmes avec ce sondage, qui ne reflète pas la réalité de notre société.D\u2019abord, la question, pourtant claire en apparence \u2013 « Est-ce que la place de la femme devrait être à la maison?» \u2013 est problématique.Dans un sondage d\u2019opinion, il est très important de contextualiser les questions, ce qui n\u2019est pas fait ici, afin de s\u2019assurer que leur interprétation ne soit pas biaisée en fonction de la réalité personnelle et subjective des répondants.Par exemple, pour cette question, une mère ou un père de jeunes enfants auraient pu répondre par l\u2019affirmative en pensant à leurs propres choix de vie.Il n\u2019y a rien de mal ni de rétrograde à ce que, dans un couple, la mère ou le père décide de rester plusieurs années à la maison pour s\u2019occuper des enfants.Il se peut donc qu\u2019une partie de ce 8 % de répondants ait interprété ainsi la question, mais il est impossible de le savoir.Interprétation Un deuxième problème réside dans la répartition des résultats selon l\u2019âge des répondants.Les mêmes médias soulignaient qu\u2019il était étrange que les « milléniaux » (les 20-35 ans) étaient davantage en accord avec la question (9 %) que les baby-boomers (6 %).Or, il est statistiquement impossible d\u2019affirmer cela, car les résultats sont à l\u2019intérieur de la marge d\u2019erreur.Il est très important de maîtriser ce concept pour pouvoir interpréter les résultats d\u2019un sondage.Tous les sondages comptent une marge d\u2019erreur, parce qu\u2019il est impossible qu\u2019un échantillon de répondants corresponde parfaitement à l\u2019ensemble de la population.Dans ce cas, Léger affirme que la marge d\u2019erreur est de 2,5 points de pourcentage.Cela veut dire que chaque pourcentage publié pourrait être de 2,5 points plus faible ou de 2,5 points plus élevé.Il est donc possible que le pourcentage d\u2019accord réel des milléniaux avec l\u2019énoncé soit de 6,5 % et que celui des baby-boomers soit de 8,5 %, exactement l\u2019inverse de ce qui est affirmé dans l\u2019article.Question de proportions Mais il y a plus important que ces problèmes un peu techniques : c\u2019est l\u2019accent mis sur le fameux 8 %, qu\u2019« encore en 2018 » il y ait des gens qui croient que la place de la femme est à la maison.C\u2019est à l\u2019inverse qu\u2019on doit lire ces résultats : une écrasante proportion de la population canadienne, 92 %, croit le contraire ! C\u2019est absolument phénoménal, dans l\u2019histoire de notre société \u2013 presque tout le monde croit que la place de la femme n\u2019est pas à la maison mais bien sur le marché du travail.Il y a à peine quelques décennies, cette proportion aurait été toute petite et penser ainsi était tout simplement révolutionnaire, contre la famille ou la morale.Pour nombre de nos mères ou nos grands-mères, selon l\u2019âge que nous avons, il était tout simplement impossible d\u2019envisager une vie professionnelle active à part entière.En à peine une génération ou deux, c\u2019est maintenant tout le contraire : on considère rétrograde ou sexiste quelqu\u2019un affirmant que la place de la femme est à la maison.Il faut rappeler qu\u2019au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, à peine 15 % des femmes de 35 à 65 ans étaient sur le marché du travail au Canada; aujourd\u2019hui, c\u2019est près de 85 % ! En un demi-siècle, notre société a complètement renversé la réalité sociale et économique que les femmes connaissaient depuis des siècles.Bien sûr, il reste du chemin à faire en termes d\u2019équité, notamment salariale, mais il ne faut pas oublier ce chemin parcouru, de chaude lutte.22 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 PAR IANIK MARCIL ÉCONOMISTE INDÉPENDANT COMPTES À RENDRE P H O T O   : R A W P I X E L ( 1 2 3 R F ) Le 7 mars dernier, Valérie Plante dévoilait le nouveau Plan d\u2019action montréalais en itinérance 2018-2020 - Parce que la rue a différents visages.Ce plan est ambitieux, pertinent et il rejoint la vision et le nombre de demandes du RAPSIM.Il met le doigt sur des problèmes nommés depuis longtemps et propose des actions pour améliorer la qualité des services.Il met la barre haute quant aux objectifs visés, encore plus que ceux de l\u2019administration Coderre qui n\u2019avait d\u2019ailleurs pas réussi à atteindre tous ses objectifs.Les actions du Plan s\u2019appuient sur la définition proposée en 2014 par le gouvernement du Québec dans la Politique nationale de lutte à l\u2019itinérance.Surtout elles s\u2019appuient sur une approche globale qui reconnait la diversité des situations vécues dans les différents quartiers de la ville au-delà des quartiers centraux déjà ciblés.La prévention est une préoccupation qui est bien mise en évidence dans le plan.Globalement, le Plan identifie trois priorités majeures au centre des travaux à venir, soit la pauvreté et l\u2019isolement, la diversité des personnes et de leurs besoins et la cohésion des actions.La Ville devra s\u2019assurer de collaborations solides avec plusieurs partenaires pour mener à bien ce vaste projet.D\u2019entrée de jeu, elle reconnait sa responsabilité de porter les besoins de la population montréalaise auprès des gouvernements de Québec et d\u2019Ottawa.C\u2019est un message fort lancé par la Ville dans le Plan, et qui appelle des suites concrètes.Défis et questionnements Le Plan se développe autour de 40 actions ciblées, évoluant sur quatre axes d\u2019intervention.Certaines de ces actions sont dans la continuité des précédentes, d\u2019autres appellent à l\u2019évaluation et au renouvellement ou bien ouvrent de nouvelles pistes d\u2019interventions.La question du logement demeure centrale et l\u2019annonce de la création de 950 nouvelles unités de logement social et communautaire est accueillie favorablement.Toutefois, des fonds pour leur réalisation seront à obtenir de Québec et d\u2019Ottawa.De plus, le financement du soutien communautaire qui offre un encadrement et des services pour assurer la stabilité résidentielle aux locataires, doit également être attaché à tous les projets qui seront réalisés.La sauvegarde des maisons de chambres fait aussi partie des actions privilégiées par la Ville et la Société d\u2019habitation et de développement de Montréal (SHDM) est appelée à contribuer pour soutenir les personnes en situation d\u2019itinérance.Après dix ans d\u2019AccèsCondos, la SHDM peut revenir aussi à œuvrer pour l\u2019accès à un toit pour les plus démunis ! La Ville reprend la recommandation issue de la consultation sur le profilage social tenue l\u2019été dernier afin de revoir les règlements et les balises d\u2019application qui entraînent un trop grand nombre de contraventions aux personnes itinérantes.Le soutien accru aux centres de jour et de soir dans les quartiers est aussi une bonne nouvelle.La réalisation d\u2019un forum sur la cohabitation à Montréal en 2019, autour de thèmes tels que l\u2019aménagement urbain et l\u2019occupation de l\u2019espace public, est une idée intéressante.La réouverture du square Viger réaménagé illustrera d\u2019ailleurs les défis que pose la cohabitation en milieu urbain.Dans l\u2019attente du plan et du calendrier de réouverture de Viger, il apparait déjà que les organismes offrant des services à la population itinérante dans ce secteur devront être mis à contribution.Le RAPSIM sera partie prenante de nombre d\u2019actions prévues par la Ville de ce « plan solide ambitieux et pertinent » Il continuera aussi à intervenir pour demander aux gouvernements de soutenir les actions qui sont prévues.Un Plan solide, ambitieux et pertinent ! PAR PIERRE GAUDREAU - DIRECTEUR DU RAPSIM Un défi majeur du Plan sera son approche qui reconnaît, à raison, la nécessité d\u2019agir dans les différents quartiers.Cela posera le défi de la cohésion entre la vision de la Ville centrale et celle des arrondissements.Les situations sont certes différentes selon les quartiers, mais les droits doivent être reconnus partout.1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA 23 Valérie Plante et Marie-Josée Lejeune au lancement du Plan d\u2019action en itinérance de la Ville P H O T O   : N E L S O N T A R D I F MOT DU RAPSIM CHRONIQUE PAYÉE BANC PUBLIC jeudi et dimanche 19 h 30 Y\u2019A DU MONDE À MESSE vendredi 21 h dimanche 20 h telequebec.tv p u b l i c i t é BANC PUBLIC jeudi et dimanche 19 h 30 Y\u2019A DU MONDE À MESSE vendredi 21 h dimanche 20 h telequebec.tv Quand « l\u2019enfant-thérapie » s\u2019invite au CHSLD Dans ce Centre de soins de longue durée, la présence de tout-petits est souvent un bon médicament contre la dépression, la solitude et parfois même contre l\u2019anxiété causée par l\u2019Alzheimer.Bienvenue au Manoir Soleil à Chambly.Ce CHLSD privé accueille 69 personnes âgées, confrontées à divers degrés de perte d\u2019autonomie physique ou cognitive.Mais ce n\u2019est pas un centre d\u2019hébergement comme les autres.Depuis 25 ans, il accueille également une garderie familiale de six enfants, nommée Aux p\u2019tits rayons.Il n\u2019y a pas que la garderie qui soit familiale.L\u2019histoire de l\u2019établissement, fondé par Robert Tessier et Suzanne Gaudet il y a presque 35 ans, l\u2019est aussi.C\u2019est leur fille, Nancy Audet qui ouvre la garderie au sous-sol du CHSLD, en 1993.À l\u2019époque, enceinte de son deuxiéme enfant, c\u2019était pour elle la façon la plus naturelle de concilier travail et famille.« Mon aînée, qui a maintenant 28 ans, a été élevée ici.Lorsqu\u2019elle était bébé, je la promenais déjà dans les corridors.Quand j\u2019ai ouvert la garderie, elle avait trois ans et demi.» De plus, la mère de Mme Audet avait un diplôme en gérontologie.Ensemble, elles parient sur la rencontre des genérations, ce qui s\u2019avère une formule gagnante.Pour un projet comme celui-ci, Nancy Gaudet affirme qu\u2019« il ne faut pas qu\u2019 il y ait un grand nombre d\u2019enfants.[.] À treize, on avait essayé, c\u2019est beaucoup plus difficile à contenir qu\u2019à six ».Cette petite structure peine à rentrer dans ces frais.« À plus grande échelle, ça serait lucratif.À plus petite échelle, ça ne l\u2019est pas, admet-elle, mais on ne fait pas ça pour l\u2019argent ! » PAR SHANNON PÉCOURT « C\u2019est qui ça ?», lance l\u2019éducatrice Kathy Therrien à Alice, deux ans en pointant vers la porte.« Mémé ! Mémé ! », crie la petite.« Mais non, c\u2019est Mme Tessier ! », dit Kathy.Alice s\u2019approche, le pas encore malhabile.« Allô ! Allô ! », lance-t-elle en s\u2019approchant pour lui tenir la main.« J\u2019aime les enfants, j\u2019en ai élevé trois », s\u2019émeut la dame qui vit dans une des chambres au même étage que la garderie.Tous les matins, son petit plaisir est de venir observer les enfants.La vieille femme peut s\u2019installer devant la fenêtre pendant une heure, juste à regarder les enfants qui jouent dehors.« Elle dit que c\u2019est beau, ça l\u2019apaise, ça la relaxe », dit Nancy Gaudet.26 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 P H O T O S   : S H A N N O N P É C O U R T SOCIÉTÉ Mme Tessier Bienfaits aînés Au-delà du sourire attendri qu\u2019ils provoquent souvent chez leurs aînés, les enfants contribuent à améliorer leur comportement.À titre d\u2019exemple, Nancy Gaudet et l\u2019éducatrice Kathy Therrien se souviennent d\u2019une dame, aujourd\u2019hui décédée, et de sa relation spéciale avec une petite de la garderie.« Cette dame avait un caractère spécial, très bouillonnant, souvent fâchée contre les préposées aux bénéficiaires.[.] Quand elle devenait agitée, on allait chercher la petite Jade en disant \u201con va aller voir Mme X, pour manger des toasts avec elle.\u201d Dès que la dame la voyait, ça la calmait.Entre les deux c\u2019était un beau coup de foudre.» Ainsi, explique Mme Gaudet, « on évitait les médicaments, la peine, l\u2019agressivité et le mal-être.» Même certaines pathologies s\u2019améliorent au contact des petits.Ceux qui souffrent d\u2019arthrite vont jouer au ballon, ce qui délie les doigts.De plus, les personnes atteintes de la maladie d\u2019Alzheimer voient leur condition s\u2019améliorer.Une préposée indique qu\u2019« ils se rappellent des visages et même des noms des enfants ».Des bienfaits pour les enfants Ce n\u2019est pas seulement les aînés qui profitent de la présence des enfants.Les bambins dès deux ans et demi deviennent conscients de l\u2019aide qu\u2019ils apportent aux résidents et en retirent une petite fierté, selon les observations de la présidente.« Quand le petit Antoine, dit à une résidente \u201cOh t\u2019as un beau chandail, madame !\u201d Ça fait tellement plaisir à la dame, parce ce que c\u2019est spontané, ça vient du cœur.» Aussi, les enfants développent une empathie, une compréhension envers les séniors.Ils jouent même parfois « aux petits vieux », raconte Kathy Therrien.Elle se souvient d\u2019un petit qui tirait sur le bras d\u2019un autre, couché par terre.« C\u2019est une personne âgée, je l\u2019aide, elle était tombée ! » Au final, « ça fait des enfants ouverts » et qui auront moins de préjugés envers les aînés, estime Nancy Gaudet.Elle assure que les petits s\u2019habituent très vite à voir des personnes en fauteuil roulant, qui bavent ou qui font des phrases décousues.Pour eux, c\u2019est la vie, et c\u2019est normal.Morts Comme dans tout CHLSD, les décès de résidents sont affaire courante, d\u2019autant plus que celui-ci possède une unité de soins palliatifs.Lorqu\u2019un aîné meurt et que les enfants l\u2019apprennent, l\u2019éducatrice leur expliquera selon leur capacité de compréhension.« Mais s\u2019 ils n\u2019en parlent pas, je n\u2019en parle pas », confie-t-elle.Milieu de vie et employés Si la cohabitation intergénérationnelle est un plaisir à la fois pour les aînés et les enfants, elle profite également aux employés du Manoir Soleil.« Quand les enfants sont là, la dynamique change, raconte une préposée aux bénéficiaires devant les enfants jouant au ballon.Ça rend les résidents plus joyeux, c\u2019est vraiment le fun.» Ce milieu de vie agréable contribue aussi à garder les employés plus longtemps.Si beaucoup de CHSLD manquent de préposés aux bénéficiaires, le Manoir Soleil garde les siens pendant 10 voire 15 ans.En plus de l\u2019« enfant-thérapie », c\u2019est avec la zoothérapie que le Manoir Soleil expérimente.Rose, une belle chienne Montagne des Pyrénées de cinq mois fait partie de la petite troupe des bambins.Elle se balade allègrement dans le centre, au plus grand plaisir de tous.Les enfants font leur entrée dans la grande salle commune à bord du rutilant « poupon-bus » rouge.Une dame aux cheveux blancs arrive au pas de course avec sa marchette pour s\u2019asseoir et regarder les enfants jouer.« Si je pouvais, j\u2019 irais m\u2019asseoir par terre avec eux pour jouer au ballon.Comme je le faisais avec mes petits- enfants », admet Mme Denault, elle-même deux fois arrière- grand-mère.Quand on lui demande, elle avoue : « Je n\u2019ai pas de préféré, je les aime tous ! » Aujourd\u2019hui, c\u2019est avec Arnaud, deux ans et demi, un des petits-fils de la présidente, qu\u2019elle jouera au ballon.27 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA Zoothérapie Mme Denault PAR KARINE BÉNÉZET P H O T O   : B E L C H O N O C K ( 1 2 3 R F ) « Près de 75 % de ce qu\u2019on trouve dans nos supermarchés canadiens contient un ingrédient génétiquement modifié (GM). » Un constat qui alimente de lourdes inquiétudes et débats liés à l\u2019accessibilité alimentaire, la santé et la biodiversité.Derrière ces produits du commerce alimentaire roule une machine bien huilée et méconnue du grand public : l\u2019industrie semen- cière.Sylvain Charlebois, doyen de l\u2019Université Dalhousie à Halifax, spécialiste de la question agroalimentaire et Claire Bolduc, membre du conseil d\u2019administration d\u2019Équiterre et ex-présidente de l\u2019Ordre des agronomes du Québec, tentent de simplifier le tableau en répondant à une interrogation à priori banale : Que semons-nous dans nos champs ?Mais tout d\u2019abord, pourquoi les OGM ont-ils si mauvaise presse ?Une semence n\u2019est plus une simple graine.La place que prennent les biotechnologies et les expériences « d\u2019apprentis sorciers » légitimées par des lois, décrets, conventions internationales et règlements soulèvent l\u2019indignation de citoyens, d\u2019organismes anti-OGM et de petites semencières conscientisées.Pour Sylvain Charlebois, « Le problème fondamental avec la biotechnologie, c\u2019est qu\u2019elle est très mal comprise par les gens ».Si ce spécialiste ne blâme pas les militants, il explique ce qui, pour lui, est le point de départ des soulèvements populaires et des actions anti-OGM.Le consommateur laissé pour compte ?« Les compagnies comme Monsanto n\u2019ont jamais pris la peine d\u2019éduquer les gens par rapport à la biotechnologie.C\u2019est de leur faute si on hérite aujourd\u2019hui d\u2019un débat très polarisé.Ces entreprises étaient obsédées par la vente de technologies à des agriculteurs et ont écarté le consommateur de leur politique de communication.Aujourd\u2019hui, ils se sentent trahis.» Des propos que Claire Bolduc préfère nuancer.Pour elle, « on ne peut pas parler d\u2019un simple problème de communication auprès du consommateur ».Le problème majeur est de regarder le secteur alimentaire non comme un bien collectif, mais comme un produit de rentabilité.« Les compagnies pharmaceutiques sont entrées dans le domaine du vivant.Les retraits des États de la recherche fondamentale en santé comme en agriculture, le transfert de ce pouvoir aux entreprises privées font qu\u2019on développe des cultivars [variétés végétales] en fonction des besoins de culture ou de transformation, pas en fonction de l\u2019aliment en soi.Le travail qui est fait en biotechnologie est excellent, seulement, on est ce que l\u2019on mange.A-t-on pris en compte cet aspect alimentaire dans l\u2019équation ?» Le cas du pain illustre parfaitement les propos de cette agronome de formation.Les fabricants ont demandé à ce que du blé à forte teneur en gluten soit développé.Pourquoi ?Pour que le pain, une fois levé, soit moins aéré, donc ait moins de trous, afin de satisfaire le consommateur.« Tout ça nous mène à une problématique de santé : l\u2019 intolérance au gluten.On n\u2019avait jamais vu ça dans notre histoire.» Petit tour d\u2019horizon du GM En 20 ans, la superficie globale mondiale occupée par des cultures issues de la biotechnologie, donc GM, sont passées de 1,7 million d\u2019hectares à plus de 185 millions selon l\u2019International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications (ISAAA).Le Canada figure d\u2019ailleurs au quatrième rang mondial des plus gros cultivateurs de variétés GM après les États-Unis, le Brésil et l\u2019Argentine.Le pays a approuvé la commercialisation d\u2019OGM il y a moins de 30 ans dans le but de conférer à ces plantes modifiées de nouvelles résistances aux herbicides, aux insectes, mais aussi pour favoriser une production efficace des semences de canola hybrides.Les semences GM concernent principalement les grandes cultures : le blé, les céréales secondaires (maïs, soja, avoine, etc.) et les oléagineux (canola, soja, etc.).Ces OGM doivent être inspectés par l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments (ACIA) puis approuvés par l\u2019Association canadienne des producteurs de semences (ACPS) pour évaluer la culture et déterminer son admissibilité à être certifiée et commercialisée.Actuellement, 13 espèces de plantes GM sont approuvées au Canada selon le site officiel du gouvernement sur les OGM.Maïs, pomme de terre, soja, betterave, luzerne ; ces plantes sont au choix : résistantes aux insectes, aux pesticides, au brunissement ou encore modifiées pour en contrôler le pollen.D\u2019autres plantes GM de consommation courante ont été créées pour, par exemple, retarder leur mûrissement ou résister à certains virus.On parle ici de tomates ou encore de courges non-commercialisées au Canada actuellement.Qui contrôle l\u2019alimentation, contrôle le monde « Par définition, le canola est un OGM.Il a été créé en laboratoire et n\u2019a aucune base naturelle.L\u2019origine du canola vient de Winnipeg.Son appellation vient des mots Canada et oil.» Sylvain Charlebois Canola, 100 % GM 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA 29 P H O T O   : M A R C I N B A L C E R Z A K ( 1 2 3 R F ) Le cycle d\u2019une semence certifiée au Canada Multiplication des semences de la variété créée Certification des cultures après inspection par l\u2019Association canadienne des producteurs de semences (ACPS) Inspection et nettoyage des cultures (mauvaises herbes, cultures différentes, etc.) Tests de conformité des semences par l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments (ACIA) Plantation des semences par des agriculteurs commerciaux source Association canadienne des producteurs de semences (ACPS) Assainissement du matériel de plantation des semences Récolte des cultures Création en laboratoire des variétés végétales qui seront commercialisées et semées Inspection des champs par l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments (ACIA) Mise en sac et étiquetage Fabricant de produits alimentaires Isolement des champs de culture pour éviter la contamination avec d\u2019autres cultures Entreposage distinct des semences pour en préserver l\u2019identité génétique Sélection des champs expérimentaux de plantation des semences Assainissement des moissonneuses- batteuses avant et pendant la récolte de la culture 1 7 5 11 13 15 3 9 2 8 6 4 10 12 14 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 30 Agrochimie, pesticides, hybrides et biotechnologies font partie intégrante de notre industrie semencière et nécessitent l\u2019emploi de hauts spécialistes pour produire certaines de nos récoltes.Pourtant, tout le monde s\u2019accorde sur une chose : « Les semences constituent le premier maillon essentiel de l\u2019alimentation, selon le gouvernement du Canada.Elles sont à la base des cultures [\u2026] qui produisent des aliments destinés à la consommation humaine et animale ».Mais savons-nous vraiment ce que nous plantons dans nos terres ?La réponse est complexe.Les politiques agroalimentaires et les gros joueurs de l\u2019industrie semencière forment l\u2019équation de base à laquelle s\u2019ajoutent les biotechnologies et les producteurs agricoles.Dans ce « joyeux bordel », quelles sont les responsabilités de chacun ?Producteurs opportunistes ?Pour Sylvain Charlebois, « les producteurs sont des opportunistes ».Ce doyen d\u2019université, spécialiste de l\u2019agroalimentaire et ancien agriculteur des Cantons-de-l\u2019Est, se rappelle qu\u2019il y a 30 ans, « on ne pensait pas à la biodiversité.On faisait confiance aux professionnels qui nous visitaient et on voyait la rentabilité de notre ferme augmenter année après année ».Un fonctionnement adopté par le plus grand nombre aujourd\u2019hui.Reprenons depuis le départ.À l\u2019origine, le producteur conservait une partie de sa récolte pour récupérer les graines et refaire des semences viables pour l\u2019année d\u2019après.Un long processus qui permettait de sélectionner sur plusieurs années les meilleures variétés possibles d\u2019un point de vue de la récolte et de l\u2019alimentation.Aujourd\u2019hui, cette activité incombe à des entreprises semencières principalement privées.Le producteur agricole n\u2019a plus qu\u2019à commander sur catalogue ce qu\u2019il souhaite faire pousser dans son champ.Comment prend-il sa décision ?Tout semble être une question de rentabilité économique, un facteur d\u2019influence de première ligne dans le choix de production.« C\u2019est vraiment ça qui [les] pousse à acheter une semence plutôt qu\u2019une autre », affirme Sylvain Charlebois.Vient ensuite la valse des téléphones pour savoir quelle semencière, souvent une multinationale, vend les graines au meilleur taux de rendement, les plus résistantes, qu\u2019elles soient GM ou pas, le tout au meilleur prix.Les « Big 6 » « Dans notre pays, plus de 85 % de ce qui pousse dans nos champs est GM », affirme Sylvain Charlebois, bien qu\u2019il n\u2019existe que cinq ou six gros joueurs qui trempent dans la vente de semence GM.Selon Vigilance OGM, « les Big 6 » : Syngenta Canada Inc., Monsanto, Bayer inc., BASF et Dow Chemical, contrôlaient 100 % du marché GM et 60 % du marché des semences commerciales en 2014.Ici, nous ne parlons plus d\u2019agriculture, mais bien d\u2019agrochimie.Leurs activités s\u2019étendent de la création de semences GM à la fabrication de Nous récoltons ce que nous semons Les contrôlaient et en 2014 du marché GM du marché des semences commerciales « Big 6 » 100 % 60 % source Vigilance OGM céréales fournissent de l\u2019apport énergétique de la population mondiale espèces comestibles répertoriées 30560 % cultivées pour nourrir la planète 30 000 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA 31 P H O T O   : N A T T A P O L S R I T O N G C O M ( 1 2 3 R F ) pesticides, engrais, herbicides appropriés pour les semences, jusqu\u2019au contrôle des variétés par le brevetage du vivant.Et pour boucler la boucle, des services de conseils sont offerts aux agriculteurs.Pour la plupart, les Big 6 sont aussi des obtenteurs, soit des personnes considérées comme propriétaires d\u2019une variété végétale qu\u2019ils ont sélectionnée volontairement ou par hasard pour une période moyenne de 20 ans.Ils peuvent alors protéger leur invention grâce au principe de propriété intellectuelle et être rémunérés pour leur utilisation.Par ailleurs, ce droit empêche quiconque de reproduire ou de commercialiser librement la variété.Quelques grands outils favorisent cette privatisation : la Loi sur la protection des obtentions végétales, le secret commercial, les brevets, la Loi C-18, entre autres.Vers un monopole alimentaire ?Adoptée en 2015, la Loi sur la croissance dans le secteur agricole (Loi C-18), permet, entre autres, de renforcer les droits de propriété intellectuelle des variétés végétales créées par les compagnies et l\u2019accès aux biotechnologies.En adoptant cette loi, le gouvernement du Canada a intensifié l\u2019effet de privatisation des semences et leur contrôle par des compagnies.Une activité par ailleurs lucrative qui, en 2012, a généré près de 80 millions $ de recettes fiscales au gouvernement et pour laquelle des entreprises privées ont investi plus de 110 millions $ en recherche et création de variétés.« Qui contrôle l\u2019alimentation, contrôle le monde », affirme Claire Bolduc, ancienne présidente de l\u2019Ordre des agronomes du Québec, aujourd\u2019hui membre du Conseil d\u2019administration d\u2019Équiterre, lorsqu\u2019on lui demande d\u2019expliquer les enjeux liés à l\u2019industrie de la semence.Des paroles qui complètent celles de Sylvain Charlebois : « Les multinationales influencent le marché et contrôlent indirectement ce que nous mangeons » grâce à leur formation oligopolistique, c\u2019est-à- dire peu d\u2019offres pour une grande demande.Des organismes militants comme le Groupe ETC, une ONG de veille technologique et de renforcement de la biodiversité, s\u2019inquiètent de voir s\u2019accentuer la mainmise sur ce secteur d\u2019activité et s\u2019engendrer la rupture du droit des agriculteurs de conserver, d\u2019utiliser et d\u2019échanger les semences.Et l\u2019étau se resserre.En 2017, des mariages ont été célébrés entre Dow Chemical et DuPont, entreprises agrochimiques, et Syngenta avec le géant chinois ChemChina.Et ce, malgré le risque de faire basculer le secteur agroalimentaire dans un quasi-monopole, il reste à confirmer la fusion entre Bayer, le leader mondial des pesticides et Monsanto, leader international de semences génétiquement modifiées.La biodiversité en déclin Pour plusieurs organismes militants, le risque d\u2019une concentration des entreprises semencières et du brevetage du vivant se situe au niveau de la biodiversité.D\u2019après l\u2019organisation des Nations Unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO), près de 75 % de la diversité génétique des plantes a été perdue par les agriculteurs depuis le début des années 1900, en seulement 100 ans.Quant aux agriculteurs, Sylvain Charlebois précise « qu\u2019 il y aura toujours des petits producteurs qui récolteront et produiront leurs propres semences, mais là, on est dans l\u2019agriculture artisanale.» Par ailleurs, ce sont 16 000 des 250 000 fermes canadiennes qui font faillite chaque année faute de rentabilité.Ainsi perdurent les grandes exploitations.Un constat regrettable pour plusieurs semencières artisanales, comme Lyne Bellemare, semencière montréalaise, qui se battent pour la sauvegarde des variétés anciennes, et la capacité à créer des variétés adaptées, viables, à pollinisation libre que les agriculteurs pourront donc réexploiter.De leur côté, les semences hybrides standards, commercialisées par les multinationales, ne peuvent être replantées, faute d\u2019obtenir des récoltes identiques l\u2019année suivante.Généralement, les semences hybrides sont aussi interdites à la réutilisation.Pourquoi ?« Quel serait l\u2019 intérêt, pour l\u2019 industrie privée, de faire de la recherche pour accéder à des savoirs qui permettraient aux producteurs d\u2019être autonomes ?», demande Claire Bolduc.« OGM, agent orange utilisé lors de la guerre du Vietnam, Round Up, glyphosate ont rendu tristement célèbre le semencier américain [Monsanto].Quant à Bayer il a par le passé rempli les chroniques des faits divers et scandales pour son implication dans des essais médicaux sur des déportés pendant la Seconde Guerre mondiale, la mise sur le marché de contraceptifs dangereux, la vente de néonicotinoïdes ou pour ses négligences dans les scandales du sang contaminé.» Extrait de Fusion Bayer-Monsanto : Quelles conséquences ?GRESEA (Observatoire critique des multinationales), 2016.La mauvaise réputation Loi sur la croissance dans le secteur agricole Renforcer les droits de propriété intellectuelle des phytogénéticiens Améliorer l\u2019accès à de nouvelles variétés de cultures Accroître les possibilités d\u2019accès concurrentiel et élargi sur les marchés internationaux Améliorer l\u2019accès aux plus récentes technologies en 100 ans de la diversité génétique des plantes a été perdue par les agriculteurs 75 % ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 32 Semencières locales Propageons notre patrimoine Je m\u2019intéresse depuis plusieurs années à l\u2019agriculture urbaine.J\u2019ai eu le bonheur de rencontrer un bouquet de gens passionnés, de réels modèles vivants qui montrent qu\u2019il est possible de transformer notre environnement.Lyne Bellemare est semencière.Elle m\u2019inspire beaucoup par sa proactivité qui fait aller ses bottines autant que ses babines.Elle nous parle de son rôle de semencière, de son lien avec les producteurs et de transmission de savoirs.Une mission colossale pour rendre disponible notre patrimoine semencier vivant et dans laquelle elle engage toute son intégrité, son enthousiasme et sa générosité.Autonomie semencière et la biodiversité Lyne Bellemare est l\u2019une des 15 semencières artisanales du Québec.Installée sur l\u2019 île de Montréal, elle travaille dans son petit atelier d\u2019Ahuntsic et sur son terrain expérimental de la Ferme Bord du Lac à l\u2019\u2019Île-Bizard.Elle rend accessible, par la mise en marché et via les fêtes des semences, des variétés à pollinisation libre et des hybrides reproductibles, qu\u2019elle développe et stabilise.Elle partage aussi ses surplus avec les grainothèques locales (lieu de dépôt et d\u2019échange libre de semences).« J\u2019offre aussi des semences patrimoniales qui se sont adaptées par un long processus de sélection dont l\u2019 intérêt est plus historique et qui valent vraiment la peine d\u2019être préservées.» Par exemple, notre maïs blanc canadien, variété de souche autochtone, nos premiers cultivateurs sur le continent.Les individus qui profitent du travail de notre semencière produisent pour répondre à un besoin domestique.Ils protègent la biodiversité et valorisent les caractères uniques de cultivars très différents de ceux que l\u2019on retrouve dans nos supermarchés.Ces variétés sont très résilientes horizontalement, c\u2019est-à-dire dans le temps.Elles sont d\u2019ailleurs très prisées pour leur goût, leur résistance aux maladies, naturellement acquise, et leur adaptabilité au terroir.Du bio chez Monsanto Les fermes qui veulent produire pour quelques familles comme les producteurs de paniers bios auront plutôt le souhait de répondre à des besoins de mise en marché et de rassurer le public cible par rapport à la qualité de leurs variétés : apparence, goût, résistance à la manipulation et au transport.Certaines de ces fermes doivent aussi répondre à un volume de production que les petites semencières ne peuvent pas toujours combler.Ils s\u2019approvisionnent donc auprès de chaînes de distribution.D\u2019où viennent les graines des gros distributeurs?Existe-t-il un processus de traçabilité transparente de la production de la semence jusqu\u2019à sa commercialisation?Aujourd\u2019hui, connaître ses fournisseurs est une démarche d\u2019ordre éthique.Sont-ils des producteurs semenciers ou des distributeurs qui mettent en sachet les produits, des semences provenant d\u2019industries comme Monsanto, ou les deux ?Ceux qui achètent des semences, même bios, ne savent pas toujours.« Monsanto vend à Johnny\u2019s Selected Seeds, une grosse compagnie qui fournit tous les agriculteurs bio d\u2019 ici, raconte Lyne Bellemare.J\u2019ai appelé pour savoir d\u2019où viennent leurs variétés.Les concombres, les tomates, les laitues\u2026 On m\u2019a répondu \u201celles viennent de Chine.\u201d De quelle compagnie ?On ne pouvait pas me le dire parce que les distributeurs sont sous contrat de confidentialité.» Si on ne peut remonter la filière commerciale, qui peut alors nous apprendre à identifier, propager, récolter et conserver les semences ?« Ce savoir n\u2019est plus enseigné dans les écoles d\u2019agriculture au Québec », regrette Lyne Bellemare.Quelques passionnés se tournent vers des sources écrites et entreprennent une démarche autodidacte.D\u2019autres font appel à des mentors tels les herboristes, les artisans semenciers, les guildes horticoles.Ceux-ci offrent des ateliers pour transmettre les connaissances de base.On peut aussi trouver ces savoirs auprès des grainothèques intégrées dans des bibliothèques, des bureaux Éco-quartier et des centres communautaires.1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA 33 P H O T O S   : K A R I N E B É N É Z E T PAR QU\u2019ALAIN COMMU\u2019NOS-TERRES CAMELOT ÉPICERIE MÉTRO PLUS SAINT-JOSEPH RENCONTRE Grainothèque En avril, ne te découvre pas d\u2019un fil (Soupir)\u2026 J\u2019ai hâte en tabarnouche ! J\u2019adore le printemps ! Les bourgeons s\u2019épanouissent, les fleurs fleurissent, ça sent bon ! Par contre, à Montréal, le printemps laisse apparaître la saleté.La ville entière est sale ! Moi, j\u2019aime l\u2019odeur du bois, mais la ville sent le gaz et le diesel.Puis les ventes sont meilleures au printemps, les gens sont plus chaleureux tandis que l\u2019hiver, ils sont pressés de rentrer parce qu\u2019il fait froid.Présentement, on a un faux printemps, puis le 21 mars, on a souvent des tempêtes de neige pour nous rappeler que l\u2019hiver est encore à notre porte.BENOÎT CHARTIER CAMELOT IGA PLACE BERCY L\u2019hiver, je m\u2019endors J\u2019ai hâte au printemps ! Hâte d\u2019enlever mon manteau comme bien du monde, je pense\u2026 Je suis tanné de l\u2019hiver, il fait frette dehors.Et à l\u2019arrivée du printemps, les gens sont de meilleure humeur ; pour la vente du magazine, c\u2019est mieux.Ça me permet aussi d\u2019arrêter de vendre enfermé dans le métro.Puis l\u2019hiver, je m\u2019endors à cause du manque de soleil.Je vais enfin pouvoir m\u2019affaler dans les parcs.Je vais enfin pouvoir me promener en bicycle, retourner pêcher à Châteauguay avec mon demi-frère\u2026 MARIO ST-DENIS CAMELOT MÉTRO MCGILL Vivement que la marmotte sorte ! J\u2019ai hâte certain ! Le froid, le chaud, le froid, le chaud\u2026 C\u2019est plate ! On attrape des rhumes, des grippes.C\u2019est fatigant comme température ! Et je suis écœuré de voir de la neige.En Floride, il y en a eu cette année.Je ne comprends pas ça.On pourrait s\u2019en passer.Mais au printemps, je suis de meilleure humeur, les gens sont joyeux, tu peux te promener avec un petit veston plutôt qu\u2019un gros manteau.Il va y avoir plus de sourires aux lèvres.J\u2019ai hâte que la marmotte ne voie plus son ombre pour qu\u2019elle sorte de son terrier ! Je vais moi aussi pouvoir ressortir, sans geler dehors.RICHARD TOUZIN CAMELOT MÉTRO PLACE-DES-ARTS Oui et non J\u2019ai hâte, oui et non.Parce que je trouve qu\u2019au printemps, la ville pue.Tout dégèle, les crottes de chien apparaissent et je ne trouve pas ça très joli.Puis, sur mon spot de vente, il y a un problème de guêpes.Le Provigo devant lequel je vends, met ses fleurs et ses fruits à l\u2019extérieur.Ça attire les butineurs.Des fois, ils me prennent pour une fleur et se mettent à me tourner autour.Alors je suis forcée d\u2019être à l\u2019intérieur de la station de métro pour vendre le magazine.Je me suis fait piquer v\u2019là deux ans, ça a fait mal.Par contre ce que j\u2019aime du printemps, c\u2019est le temps des sucres et les lilas derrière chez moi.Ça sent bon ! ISABELLE RAYMOND CAMELOT MÉTRO JOLICOEUR Nous sommes au Québec ! Nous savons que le printemps n\u2019est pas encore stabilisé au 1er avril.Les rues dégagent une odeur d\u2019impatience et parfois de déception lorsque la fin de l\u2019hiver se joue de nous après quelques belles journées ensoleillées\u2026 Cela dit, nous savons qu\u2019il arrive.Pour tous, l\u2019empressement de retirer nos pelures hivernales est là, bien que quelques mauvais côtés pointent le bout de leur nez, à en croire les remarques de certains camelots.Le printemps ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 34 PHOTO  : KONSTANTTIN (123RF) DANS LA TÊTE DES CAMELOTS Après le printemps vient l\u2019été Je préfère l\u2019été au printemps.À la mi-saison, ça dégèle, il y a plein de microbes, des inondations et tous les autres problèmes, sans compter l\u2019odeur\u2026 On ne dira pas ce que l\u2019on sent quand les bancs de neige dégèlent.Mais comme l\u2019été vient après, j\u2019aime quand même cette saison.Au printemps je prends plus de marches.Je ne fais pas de vélo, sauf à la campagne, parce qu\u2019il y a trop de feux et de circulation en ville.J\u2019aime ça ! Puis au printemps, j\u2019adore regarder la nature s\u2019épanouir.ANTOINE DESROCHERS CAMELOT ÉPICERIE MÉTRO BOUCHER / SAINT HUBERT La santé J\u2019ai hâte que le printemps arrive.Il y a plus d\u2019action, la neige fond, la chaleur revient, les terrasses ouvrent, il y a du monde sur le trottoir\u2026 Bien qu\u2019à c\u2019t\u2019heure, tout le monde se promène, même en hiver, surtout quand il y a des événements.En plus, je suis automobiliste, alors c\u2019est plus facile quand il n\u2019y a plus de neige.Je vais aussi pouvoir reprendre mon bicycle.Parce que cet hiver, j\u2019ai dû engraisser de 20 livres alors reprendre mon vélo me permet de pédaler près du canal Lachine et de faire du bien à ma santé.MAXIME VALCOURT CAMELOT TNM ET RIDEAU VERT Le printemps, la renaissance Tabarnak ! Faut-il absolument répondre ?On a tous hâte au printemps ! On l\u2019attend avec impatience.L\u2019hiver, je l\u2019appelle la saison morte.La planète dort.Les saisons sont le cycle de vie de la planète.Le printemps, c\u2019est la naissance, l\u2019été, l\u2019épanouissement, l\u2019automne sa maturité et l\u2019hiver elle dort.Je vois ça comme ça depuis tout petit.Le printemps, le soleil, les journées qui s\u2019allongent.me donnent un regain de vie.En hiver, je me sens en manque d\u2019énergie.Pas assez de lumière, de soleil.GAÉTAN PRINCE CAMELOT MÉTRO BONAVENTURE / PROMENADE MASSON À l\u2019air libre ! J\u2019aime observer les bourgeons qui s\u2019ouvrent et j\u2019adore entendre les oiseaux au printemps.On respire bien, l\u2019air sent meilleur, on peut se promener, et surtout, aller à la cabane à sucre.J\u2019ai hâte d\u2019être au printemps aussi parce que je suis tannée d\u2019être en bottes, puis ça va me permettre de vendre sur mon spot au centre-ville, dehors.J\u2019ai plus de clients là-bas qu\u2019au métro Sauvé où le monde se dépêche pour prendre l\u2019autobus.Puis la ville est plus belle.Par contre au printemps, il pleut.Ça m\u2019empêche de travailler à l\u2019extérieur et je n\u2019aime pas ça.SUZANNE LEBLANC CAMELOT STATION SAUVÉ / VÉGO SAINT DENIS 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA 35 Qu\u2019est-ce l\u2019empowerment ?Je vous explique ce qu\u2019est l\u2019empowerment* et comment, à L\u2019Itinéraire, ça se développe.Au début, lorsqu\u2019on devient camelot, la première raison de faire partie de l\u2019équipe est de se procurer un revenu d\u2019appoint.Beaucoup d\u2019entre nous sommes arrivés au journal, parce qu\u2019une raison personnelle nous empêchait de retourner sur le marché du travail traditionnel, comme une maladie, un handicap physique, une dépression, l\u2019âgisme, l\u2019itinérance, etc.Mais au fil du temps, si le camelot persévère, il se rend compte qu\u2019on lui a fourni des outils et, qu\u2019à la longue, il en est arrivé à se prendre en charge lui-même.Par la suite, il commencera à s\u2019impliquer dans différents domaines où il aura la capacité de se faire valoir.Quelques-uns, qui comprennent réellement la philosophie de l\u2019organisme deviendront des conférenciers, pour expliquer le phénomène de l\u2019itinérance par leurs expériences vécues.Après quelques années, 11 ans dans mon cas, certains clients et clientes se rappellent de nos actions posées à L\u2019Itinéraire et sollicitent nos connaissances pour expliquer dans les écoles, cégeps et universités, les formes de précarité qui peuvent conduire à la rue.Récemment, par exemple, j\u2019ai été invité, comme expert à la Table de concertation du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) organisé par le CLSC Côte-des-Neiges, où l\u2019une de mes clientes travaille en tant qu\u2019agente de planification, de programmation et de recherche.À 65 ans, cela me procure une très grande fierté, alors que quelques années auparavant, ma vie ne tenait pas à grand-chose.Maintenant, je crois que ma place dans la société est utile et importante.Voilà comment l\u2019empowerment m\u2019a façonné avec le temps.Voilà deux ans que Linda Paquin (au bout à droite), enseignante en Sciences humaines du Centre mata- pédien d\u2019études collégiales à Amqui, vient faire la tournée des organismes qui travaillent en itinérance à Montréal avec ses étudiants.L\u2019Itinéraire s\u2019est fait un plaisir de les accueillir, le 14 mars dernier.Notre intervenant psychosocial, Jean-François Morin-Roberge (arrière à gauche) leur a fait découvrir l\u2019organisme.Nous avons saisi l\u2019occasion d\u2019échanger sur ce que l\u2019on fait ici, à L\u2019Itinéraire, de même que sur les réalités des gens qui vivent en grande précarité, tant dans la métropole qu\u2019en Gaspésie.* Autonomisation 36 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 INFO CAMELOTS PAR YVON MASSICOTTE REPRÉSENTANT DES CAMELOTS Visite gaspésienne CARREFOUR Yvon Massicotte en conférence devant les étudiants de la Faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal lors de la Semaine de sensibilisation à l\u2019itinérance et à la précarité sociale, organisée par l\u2019IFMSA Québec.P H O T O   : J E A N - F R A N Ç O I S M O R I N - R O B E R G E P H O T O   : M A R I O A L B E R T O R E Y E S Z A M O R A Quelques amis et relations professionnelles entremêlés, groupés autour d\u2019une bière dans un bar à la lumière tamisée.Seuls les discours et la vente du livre à l\u2019entrée distinguent, ce 7 mars, du lancement de L\u2019élan vers l\u2019autre d\u2019un 5 à 7 classique au Quai des Brumes.Comprendre l\u2019économie par ce qu\u2019elle implique pour la société et ses humains, plutôt que par des théories désincarnées et calculatoires.C\u2019est ce que Ianik Marcil, économiste indépendant bien connu des lecteurs de L\u2019Itinéraire, nous propose dans L\u2019élan vers l\u2019autre, recueil d\u2019une soixantaine de ses chroniques parues dans le magazine depuis quatre ans.« L\u2019élan vers l\u2019autre » est pour l\u2019économiste non seulement le titre de sa toute première chronique dans L\u2019Itinéraire, en février 2014, mais également « être capable de se mettre dans la situation de l\u2019autre », comprendre ce qu\u2019une personne à la réalité éloignée de la sienne peut vivre.D\u2019ailleurs, Ianik Marcil s\u2019adresse à une certaine Sylvie quand il écrit sa chronique bimensuelle, il pense à ce qui la préoccupe en ce moment.Sylvie, c\u2019est sa représentation du lecteur type de L\u2019Itinéraire, une mère de famille quarantenaire de Longueuil pour qui les fins de mois ne sont pas toujours faciles.Du livre, un prix Ce livre va également être à l\u2019origine du prix Ianik Marcil destiné aux camelots.Un montant de 250 $ sera alors remis annuellement pour le meilleur texte d\u2019opinion socioéconomique écrit par un camelot.Pour Ianik Marcil, « la question ne se posait même pas pour moi de léguer mes droits et c\u2019est Luc Desjardins [directeur général de l\u2019Itinéraire] qui a proposé qu\u2019on crée ce prix pour souligner le travail d\u2019écriture d\u2019un camelot.Et moi, ça me fait un immense plaisir.» Lorsqu\u2019il va acheter le magazine à des camelots, ces derniers lui parlent souvent de ce qu\u2019ils ont écrit.« L\u2019édition où ils ont un petit article ou un témoignage dans L\u2019Itinéraire, ils le montrent avec fierté.C\u2019était pour moi naturel de dire : \u201cOn doit souligner ça, on doit récompenser ça\u201d.» « Ça vient de quelqu\u2019un qui a un grand cœur, qui partage les mêmes visions que nous », assure Luc Desjardins après les applaudissements enthousiastes de la salle face à l\u2019annonce du prix lors du lancement du livre.L\u2019importance du collectif La préface de ce recueil, c\u2019est l\u2019illustre anthropologue spécialiste de la cause autochtone et de maints autres sujets qui l\u2019a écrite.Serge Bouchard revient sur les origines lointaines de l\u2019économie, ramenant ainsi la discipline à sa plus pure expression.« Moi, quand je serai grand, je veux être à l\u2019économie ce que Serge Bouchard est à l\u2019anthropologie », assure Ianik Marcil.Les chroniques qui se retrouvent dans le livre ont été sélectionnées soigneusement par Elvire Marcland, éditrice chez Somme toute.Elle les a regroupées sous quatre thèmes, chacun coiffé par une introduction qui lance de vrais axes de réflexion.Ainsi, le recueil n\u2019est pas simplement une collection de textes.Celui qui se décrit comme un économiste de gauche critique bien sûr le capitalisme dans son livre, le néolibéralisme également.Mais, contrairement à d\u2019autres économistes, Ianik Marcil ne présente pas qu\u2019une vision pessimiste de sa discipline, il ajoute l\u2019espoir à la recette.Un espoir qui repose essentiellement sur une conciliation de l\u2019individuel et du collectif.« Oui, nous avons une grande liberté individuelle, nous avons la possibilité de faire de belles choses chacun chez soi.Mais on n\u2019évolue pas en vase clos, on n\u2019est pas dans une cloche de verre, affirme le chroniqueur.On a autour de nous nos proches, notre famille, nos voisins, notre communauté, notre pays.» L\u2019interconnexion constitue d\u2019ailleurs un message essentiel du livre, qu\u2019elle soit entre humains ou entre plusieurs aspects de l\u2019économie.Un livre facile à lire, inspirant et qui a également le mérite d\u2019aider les camelots de L\u2019Itinéraire.L\u2019élan vers l\u2019autre, de Ianik Marcil Là où il y a de l\u2019économie\u2026 il y a de la vie ! PAR SHANNON PÉCOURT Chroniques L\u2019élan vers l\u2019autre chroniques parues dans L\u2019Itinéraire : 2014-2017 Ianik Marcil Éditions Somme toute - 2018 - 24,95 $ 37 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA P H O T O   : M A R I O A L B E R T O R E Y E S Z A M O R A LIVRE VIEUX-MONTRÉAL Dans les entrailles du Une partie de l\u2019histoire se trouve dans ses entrailles.Depuis mai 2017, le public qui visite le Musée Pointe- à-Callière peut découvrir et arpenter le plus vieil égout collecteur d\u2019Amérique du Nord.Construit entre 1832 et 1838 dans le lit de la rivière Saint- Pierre, le collecteur visait à canaliser ce qui était devenu un égout à ciel ouvert avec l\u2019urbanisation et la multiplication des latrines.C\u2019est le premier ouvrage public pour lutter contre l\u2019épidémie de choléra de 1830 à 1832.« C\u2019est un vestige et un monument.C\u2019est le génie civil de Montréal, remarque Louise Pothier, archéologue en chef.C\u2019est l\u2019histoire de l\u2019urbanisation.C\u2019est notre patrimoine.» 5 Parmi les effets visuels, on utilise des photos d\u2019archives du Musée sur le Montréal du 19e siècle, comme celle-ci qui représente des ouvriers au travail.Même si l\u2019égout est désaffecté, un mince filet d\u2019eau s\u2019écoule toujours sous la passerelle des visiteurs.« La rivière est encore vivante, dit Mme Pothier.Elle revient et percole au printemps.Il y comme un ADN naturel qui reste imprégné dans le sol.» 6 À l\u2019extrémité de l\u2019égout collecteur, une dalle de béton limite les infiltrations d\u2019eau.Le Musée souhaite dégager l\u2019ouvrage et aménager le reste de l\u2019égout sur une distance de 235 mètres, jusqu\u2019à la rue McGill.« De chaque côté de l\u2019égout se trouvent les vestiges du marché Sainte-Anne, qui est devenu plus tard le Parlement du Canada-Uni (incendié en 1849).C\u2019est un autre site archéologique qui sera bientôt accessible avec la phase 3 de l\u2019expansion du musée.» 1 Première étape de la visite : les vestiges du pont Franchère, « le premier pont en pierre de Montréal », souligne Mme Pothier.L\u2019ouvrage permettait de relier le Vieux-Montréal à la Pointe-à-Callière.Découvert lors de fouilles de 2015, le pont a un pied droit et une largeur de 30 pieds.Sous l\u2019arche du pont, l\u2019Office national du film a créé en 2017 une projection vidéo holographique qui rappelle la vie quotidienne des habitants de l\u2019époque.Louise Pothier 38 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 PHOTOREPORTAGE PAR MARIO ALBERTO REYES ZAMORA PARTICIPANT PHOTOJOURNALISTE 2 Tout au long du tunnel qui s\u2019étend sur 115 mètres, on découvre toutes les modifications qui ont été apportées au fil du temps, depuis sa construction initiale de 1832 à sa mise au rancart en 1989.Ici, un trou d\u2019homme qui permettait le passage des ouvriers pour l\u2019inspection et l\u2019entretien de l\u2019égout.« Ils descendaient par-là et avaient prévu une petite marche pour garder les pieds au sec », informe Mme Pothier.3 Afin d\u2019assainir le bassin du Vieux-Port de Montréal, on a construit en 1915 un canal de dérivation de l\u2019égout qui était relié à la Station de pompage Youville (que l\u2019on peut visiter en surface).La station captait les eaux usées pour les rediriger vers la station Craig (sous le pont Jacques-Cartier).De là, les eaux se jetaient dans l\u2019égout de Lorimier, puis dans le fleuve Saint-Laurent devant le l\u2019ancienne prison au Pied-du- courant.« On amenait les eaux usées comme par ascenseur, à un niveau plus haut, pour les rejeter dans un autre réseau où elles s\u2019écoulaient par gravité », explique Mme Pothier.4 « L\u2019aménagement du tunnel a présenté plus d\u2019un défi technique.Il fallait assurer l\u2019intégrité du lieu et la sécurité des visiteurs », souligne Mme Pothier.On a installé une passerelle pour permettre aux visiteurs de circuler.On a intégré l\u2019équipement technologique sous la passerelle.Conçue par Moment Factory, la projection lumineuse dure 20 minutes.Il y a quatre types de projections différentes qui rappellent, entre autres, l\u2019écoulement naturel de l\u2019eau.39 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA J e ne savais pas qu\u2019il existait une si petite ruelle devenue avenue\u2026 Habituellement, c\u2019est le contraire non ?On découvre l\u2019avenue Lartigue, « ruelle » quasi introuvable, pourtant située entre de grands axes de Montréal : le boulevard de Maisonneuve et la rue Logan.C\u2019est sûrement l\u2019une des plus petites rues de Montréal et l\u2019une des plus méconnues.L\u2019ironie du sort a voulu qu\u2019elle adopte, au fil du temps, le nom d\u2019un « grand » personnage montréalais.On ne saura jamais pourquoi\u2026 Avenue Lartigue / Rue Logan Lartigue, la soumise La ruelle Saint-Pierre tire son nouveau nom, Lartigue, du tout premier évêque de Montréal de 1936 à 1940.À cette même époque, il y eut la crise dans le Bas-Cana- da (1837-1838), opposant les Patriotes et le gouvernement britannique.Mgr Lartigue a joué un rôle politique important de par son intolérance au peuple qui se rebellait contre l\u2019autorité civile.Tout un conflit ! D\u2019un côté, Mgr Lartigue prêchait la soumission au roi et promettait d\u2019excommunier les chefs de la rébellion, de l\u2019autre, Louis-Joseph Papineau, homme politique (et cousin de Mgr Lartigue) qui se dévouait à la cause des Patriotes.Lartigue, l\u2019Européenne Aujourd\u2019hui, malgré la grandeur du personnage, l\u2019avenue Lartigue, en l\u2019honneur d\u2019un éminent personnage de l\u2019époque est une petite rue minuscule, comportant tout de même un parc et plusieurs belles maisons.On dit qu\u2019elle a du cachet et qu\u2019elle rappelle l\u2019Europe.Quelques maisons collées les unes aux autres où sise parmi elles une plus pittoresque aux allures provinciales.Fait surprenant, cette maison a déjà été un taudis.C\u2019est un des trésors cachés de Montréal qui date de 1842, même s\u2019il ne semble rester d\u2019origine que l\u2019escalier en bois menant au deuxième étage.I M A G E : A R C H I V E S D E L A V I L L E D E M O N T R É A L IMAGE : WIKIPEDIA CREATIVE COMMONS P H O T O S : M A R I O A L B E R T O R E Y E S Z A M O R A 40 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 Histoires de rues PAR RÉJEAN BLOUIN CAMELOT MÉTRO JOLIETTE BAnQ - Lithographie de Nathaniel Hartnell d\u2019après un dessin de Lord Charles Beauclerk À Montréal, il existe deux rues nommées Logan.L\u2019une dans le Centre-Sud, l\u2019autre dans l\u2019arrondissement Pierrefonds-Roxboro.Ces rues honorent la famille Logan dont on doit la réputation à William Edmond Logan, célèbre géologue canadien d\u2019origine écossaise du 19e siècle.Aujourd\u2019hui, au Canada, la médaille Logan est la plus haute distinction en géologie, le mont Logan est la plus haute montagne canadienne située au Yukon (5 959 m), la faille Logan s\u2019étend du lac Champlain jusqu\u2019au golfe du Saint- Laurent, marquant la frontière entre le fleuve et la chaîne des Appa- laches.Enfin, deux minéraux : la loganite et la weloganite rappelle son nom.L\u2019une des fermes de la famille Logan a été vendue au gouvernement en 1845.Elle servait alors de terrain d\u2019exercices militaires.30 ans plus tard, la ville de Montréal rachète une partie du terrain pour créer le parc Logan renommé parc La Fontaine en 1901.Lartigue, l\u2019effrontée Anciennement, l\u2019avenue Lartigue s\u2019appelait la ruelle Saint-Pierre.Elle a été inaugurée le 11 mai 1908.Un journaliste de La Patrie, en 1952, s\u2019indignait qu\u2019un si petit bout de rue de Montréal prenne le nom de Monseigneur Lartigue.Selon ce journaliste, il s\u2019agissait d\u2019un affront ; une rue qui ne convenait pas à la grandeur du personnage.« On devrait réserver le nom des personnages importants de notre histoire à des rues qui en valent la peine [.] », écrivait-il alors.IMAGE : BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC Quelle belle récompense pour monseigneur Lartigue, lui qui développa un goût pour l\u2019éducation et la poésie, de voir qu\u2019aujourd\u2019hui s\u2019est érigé un édifice, le Centre Lartigue.Établissement de francisation depuis 30 ans situé près des métros Papineau et Sherbrooke, on y donne des cours à plus de 1000 étudiants immigrants chaque année en plus de les aider à s\u2019intégrer dans la société québécoise.41 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA Bon à savoir Avenue Lartigue Date de création : 11 mai 1908 Ancien noms : ruelle Saint-Pierre Origine du nom : Monseigneur Jean-Jacques Lartigue Longueur de la rue : inconnue Arrondissements : Ville-Marie Orientation : Nord-Sud Délimitation : entre le boulevard De Maisonneuve et la rue Logan Rue Logan Date de création : Avant 1879 Ancien nom : rue Smallwood Origine du nom : Sir William Edmond Logan Longueur de l\u2019avenue : inconnue Arrondissements : Ville-Marie Orientation : Est-Ouest Délimitation : entre les rues Papineau et Frontenac Repérez-vous ! JACQUES ÉLYSÉ CAMELOT THÉÂTRES D\u2019AUJOURD\u2019HUI / QUAT\u2019SOUS / LA LICORNE GAÉTAN VAILLANCOURT CAMELOT VILLA-MARIA RÉAL LAMBERT CAMELOT LAURIER / LANAUDIÈRE 42 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 MOTS DE CAMELOTS Les pauvres Canadiens Parlons hockey.Je trouve le club du Canadien de Montréal médiocre, je n\u2019ai pas peur de le dire, et dès qu\u2019il a un bon joueur, il l\u2019échange.Actuellement, mathématiquement, c\u2019est impossible qu\u2019il fasse les séries, même en gagnant tous les matchs qui restent.Beaucoup parlent du gardien de but, il se jette trop rapidement par terre.C\u2019est le plus grand défaut qu\u2019un gardien de but peut avoir.Moi-même j\u2019ai joué dans le « junior » au hockey, mais j\u2019étais rarement par terre.J\u2019avais une moyenne de deux buts par match.Je m\u2019en allais tranquillement vers le niveau professionnel.En allant m\u2019entraîner, je me suis cassé une jambe, c\u2019était pendant le temps du repêchage en 1980.Cela a pris deux ans et demi avant que je puisse repatiner.Cela a mis fin à ma carrière.Mais ce n\u2019est pas juste Carey Price qui est le problème, il y a aussi ses joueurs de centre et les ailiers.C\u2019est la base du hockey, le centre et les défenseurs.L\u2019instructeur semble complètement oublier ces faits-là.Je crois que pour que l\u2019équipe aille mieux, il faut mettre dehors Marc Bergevin et garder l\u2019instructeur, car changer d\u2019instructeur chaque année, c\u2019est une catastrophe.J\u2019espère que ça va aller mieux l\u2019année prochaine, de novembre à avril, pour nos pauvres Canadiens.Les nouveaux vieux On devient vieux quand on n\u2019a plus le goût de vivre.J\u2019appelle ça la mort aux yeux ouverts.Chez nous, dans ma famille, on vivait vieux.Pourquoi ?On était actif.À la campagne, au bon air, tout le monde travaillait sur la terre, sur la ferme.On se levait à 5 h le matin, et jusqu\u2019au coucher du soleil on travaillait.Bien vieillir, c\u2019est bon pour le mental.Il faut dire qu\u2019en travaillant physiquement, cela garde la forme.On ne pensait pas à l\u2019âge, donc on ne vieillissait jamais.C\u2019est la même chose pour le camelot.La persévérance, cela aussi te permet de garder la forme physiquement et mentalement.Et aussi on peut être vieux plus longtemps avec une bonne éducation alimentaire par exemple, consommer des légumes parfois crus (salade d\u2019épinards trempée d\u2019huile d\u2019olive, une pincée d\u2019ail pour agrémenter la saveur).À ne pas oublier que l\u2019ail est un anticoagulant naturel, il possède cette propriété qui permet une meilleure circulation sanguine.Une fois le sang rendu au cerveau, ça permet une meilleure concentration pour accomplir nos activités quotidiennes.L\u2019ail a aussi une autre propriété, il régénère la peau.Pour favoriser une saine habitude alimentaire, ajouter une bonne quantité de fruits.Pour ce qui est des viandes, favoriser les viandes blanches et les poissons plutôt que les viandes rouges.Quelqu\u2019un me demande : quel âge as-tu ?Je lui réponds : l\u2019âge de vivre.Merci et à bientôt ! Restez fidèles, chers lecteurs, on vous aime ! L\u2019efficacité Il y a des gens qui font beaucoup de travail en peu de temps ; d\u2019autres ont l\u2019air très occupés, mais ne font pas grand-chose.Le premier aime son travail et sait s\u2019organiser pour sauver du temps.Il connaît bien son ouvrage et les tâches qu\u2019il a à faire.S\u2019il a un problème, il sait où trouver la solution.Il est un bon communicateur et peut travailler en équipe.Il peut aider les autres personnes à mieux performer, car il peut transmettre les données qu\u2019il a apprises.Il sait aussi s\u2019entourer de gens positifs qui, comme lui, ont une bonne connaissance de ce qu\u2019ils ont à faire.C\u2019est un leader.Il est apprécié de ses compagnons de travail.Il les motive à accomplir plus en moins de temps, leur travail est bien fait et n\u2019est pas à refaire.Aussi il est un bon confident, on peut avoir confiance en lui, on sait qu\u2019il peut garder un secret.Il peut nous aider à voir plus clair dans une situation difficile et, ainsi, permettre à la personne d\u2019avoir confiance en elle-même et de pouvoir réussir à vaincre l\u2019obstacle qu\u2019elle croyait insurmontable.Merci à tous mes clients. Lynn Champagne a déménagé à Verdun pour se rapprocher de ses amis et pour les services à proximité.« J\u2019adore me promener sur le bord de l\u2019eau et sur les petits sentiers dans la nature.» Depuis près de trois ans, elle habite dans une maison plus que centenaire, située juste en face du Centre hospitalier de Verdun.« On m\u2019a dit que c\u2019est un ancien presbytère où a habité Mgr Joseph-Arsène Richard », qui a fondé l\u2019hôpital en 1932.Lynn loge dans un studio situé au deuxième étage.Les appartements sont très éclairés et disposent d\u2019un plafond de 10 pieds.Sa chambre est remplie d\u2019étoiles de mer et de coquillages.Pour se détendre, Lynn aime le crochet et le tricot.« Le tricot, ça prend deux cerveaux; le crochet un seul.C\u2019est pour ça que je préfère le crochet.» D\u2019ailleurs, Lynn a terminé récemment un dessus de lit simple entièrement crocheté.Elle s\u2019amuse aussi avec son chat, Ayny, et adore passer du temps sur la console de jeu Wii.Lynn commence ces jours-ci son huitième mois comme camelot de L\u2019Itinéraire.« J\u2019adore vendre le magazine.Ça m\u2019a permis d\u2019acheter plus de laine et de me nourrir mieux.Au début je ne savais pas trop comment vendre.Avec le temps, j\u2019ai appris.Je me suis ajustée et maintenant ça va beaucoup mieux.» On peut encourager Lynn qui est en poste au métro Place-des-Arts.43 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA Les camelots de L\u2019Itinéraire ne sont pas tous des itinérants, loin de là.Oui, c\u2019est vrai, quelques-uns vivent encore dans la rue.Oui, c\u2019est vrai, plusieurs n\u2019ont pas de logement à eux.Mais la plupart ont un toit aujourd\u2019hui, bien que leur situation financière reste précaire et que la rue n\u2019est jamais loin.L y n n P H O T O S   : M A R I O A L B E R T O R E Y E S Z A M O R A joseecardinala1@yahoo.ca Solutions dans le prochain numéro horizontalement 1.Rétablira.2.Solvant.- Pivots.3.Actionné.- Tour.- Dispersas.4.Installe.- Nappes d\u2019eau.5.Nazi.- S\u2019échine (s\u2019).6.Poissons.- Informer.7.Formations osseuses pathologiques.- Ruisseau.8.Explosif.- Trompé.- Besace.9.Ouvrier qui brise les parties ligneuses de plantes textiles.- Qu\u2019il possède (qu\u2019il).10.Pièces dont les extrémités entrent dans des moyeux.- Ville d\u2019Italie.verticalement 1.Petite pelle.2.Greffes.3.Interjection.- Divises un terrain.4.Embrases.- Mesure chinoise.5.Corps simple métalloïde.- Monument monolithe.6.À la mode.- Cube.- Roulé.7.Laizes.- Abruti.8.Herbager.9.Arbuste.10.Justes.- Singe.11.Suinterais.12.Champion.- Rote.xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Sélénium Lisse Irlande Fatigués Art de l\u2019écrivain Supports Économiserions S\u2019agite (se) Récits Marchands Ferait des courses Leviers Doublée Saisies Bons états physiologiques de Perse Arrivé Homme politique chinois Riant Secte Inanimés Pourvu Note Examen Sud-ouest Désavouer Sélénium Lisse Irlande Fatigués Art de l\u2019écrivain Supports Économiserions S\u2019agite (se) Récits Marchands Ferait des courses Leviers Doublée Saisies Bons états physiologiques de Perse Arrivé Homme politique chinois Riant Secte Inanimés Pourvu Note Examen Sud-ouest Désavouer Réponses du 1er AVR 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 M D C U T O S I E R E I N E T R E S A M O N U I R I O A T N T E P R S N A E S N E R R E I P G E S E T S A N E T S A M N E T T E S G E M N I E E A C M E O L T S 15 mars 2018 R E H A B I L I T E R A A C E T O N E A X E S M U T R S E M A S A S S I E D L A C S S S S E V E R T U E S O L E S A V I S E R E N O S T O S E S R U T N T E E U S A C T E I L L E U R A I T E S S I E U X P I S E Réponses du 1ER AVRIL 2018 C A T A L E P T I Q U E A B U S U S O N U R A B S T A I S E N T A I E U L E S U T E S V S R I R E S E M U A S T E R A L U N N A U M A C H I E S A I N N E L A S S E M E T E N D E R I E T I R E S T E D E R M E S Réponses du 15 mars 2018 xxxxxxx xxxxxx xxxxxx Oui Célébras Plus mauvais Rendra pentu Séducteur Robage Morceau Course Grotesque Fixer Chantepleure Protesta Légumes Insectes Ragoûts À elle Île de France Doublai Bailleurs Opus Succès Élimina Terres Bombe Note Sorties Quatre Ancêtre du P.Q.Exclamation Tamis Oui Célébras Plus mauvais Rendra pentu Séducteur Robage Morceau Course Grotesque Fixer Chantepleure Protesta Légumes Insectes Ragoûts À elle Île de France Doublai Bailleurs Opus Succès Élimina Terres Bombe Note Sorties Quatre Ancêtre du P.Q.Exclamation Tamis Réponses du 15 MAR 2018 Mettre à x 9,75 y 0,75 C R P F E D P A S S A I L O U U E R S A S T B U E R E O S L S U P C E S L A T A G N I E S A R L A I V C E L R E I S I R V E R N A R O B N I E T A G L O A P D E À vos plumes ! 44 ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 DÉTENTE publicité Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette photo de notre photographe Mario Alberto Reyes Zamora ?Bonne chance ! La solution dans le prochain numéro.SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Sudoku Débutant Grille numéro : 62913 8 6 2 7 2 1 5 1 4 7 2 6 3 7 5 6 8 4 9 3 5 1 9 7 8 3 2 8 5 1 9 3 7 2 6 1 3 2 5 7 9 8 4 5 4 8 1 6 9 2 7 3 7 2 9 3 8 4 1 6 5 1 5 4 7 2 8 3 9 6 3 9 7 5 1 6 4 2 8 8 6 2 4 9 3 5 1 7 9 7 1 8 4 5 6 3 2 2 8 5 6 3 1 7 4 9 4 3 6 9 7 2 8 5 1 Grille Sudoku Débutant à imprimer du jeudi 25 janvier 2018 18:00:01 1 / 1 15 mars 2018 JEU DE CHIFFRES JEU DES 7 DIFFÉRENCES 45 1er avril 2018 | ITINERAIRE.CA J E U D E S 7 D I F F É R E N C E S SUDOKU http://www.lesudokugratuit.com Sudoku niveau : Sudoku Facile Grille numéro : 62908 1 9 7 4 2 6 2 6 3 8 4 9 7 5 9 2 4 3 2 9 6 8 1 4 5 7 3 9 3 4 5 1 9 6 8 2 1 9 7 4 2 6 8 5 3 4 2 8 3 5 9 7 6 1 5 6 3 1 8 7 4 9 2 7 5 9 2 6 3 1 8 4 6 8 1 7 4 5 3 2 9 3 4 2 8 9 1 6 7 5 8 1 4 5 7 2 9 3 6 2 7 6 9 3 4 5 1 8 9 3 5 6 1 8 2 4 7 Grille Sudoku Facile à imprimer du jeudi 25 janvier 2018 12:00:03 1 / 1 Solution dans le prochain numéro Source : Éditions Goélette Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.JEU DE CHIFFRES Si l\u2019homme a besoin du langage, ce n\u2019est pas seulement pour communiquer du sens, c\u2019est en même temps pour écouter et reconnaître sa propre existence.Hubert Reeves La chose la plus importante en communication, c\u2019est d\u2019entendre ce qui n\u2019est pas dit.Peter Drucker Parler est le plus moche moyen de communication.L\u2019homme ne s\u2019exprime pleinement que par ses silences.Frédéric Dard L\u2019espace est un océan ; les univers sont des îles.Mais il faut des communications entre ces îles.Ces communications se font par les âmes.La mort fait des envois d\u2019esprits d\u2019un monde à l\u2019autre.Victor Hugo Si la compassion, la gentillesse et l\u2019affection vous animent, du même coup cela vous donne la clé de votre serrure intérieure et vous communiquez bien plus facilement avec les autres.Dalaï Lama Le malentendu le plus fondamental de la communication: nous entrons en relation avec notre entourage, avec l\u2019autre, non tel qu\u2019il est ou tel qu\u2019il se veut, mais tel que nous le percevons ! Jacques Salomé Nous pouvons avoir tous les moyens de communication du monde, mais rien, absolument rien, ne remplace le regard de l\u2019être humain.Paulo Coelho Tu es aveugle.Je suis sourd-muet.Que ta main touche la mienne et que la communication soit.Khalil Gibran Ce que l\u2019homme ne peut réduire à la parole, il le rêve.Rina Lasnier Le bonheur, c\u2019est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles.Indira Gandhi de la communication I M A G E   : A L E K S A N D E R D N ( 1 2 3 R F ) ITINERAIRE.CA | 1er avril 2018 46 CITATIONS COMPILÉES PAR JOSÉE PANET-RAYMOND À PROPOS. économisés par les camelots par année en logement grâce à nos interventions 67 200 $ titres de transport individuels offerts par année 4476 certificats mensuels à tarif ordinaire offerts 168 rapports d\u2019impôts réalisés annuellement 75 2500 Camelots depuis la création de l\u2019organisme en 1989 repas gratuits distribués aux personnes itinérantes ou à risque grâce au concept unique de la Carte-repas solidaire 7500 camelots Une équipe de175 paniers de nourriture offerts gratuitement à nos camelots par année 3750 Le Café L\u2019Itinéraire est un milieu de vie où les participants ont accès à des repas à prix modiques personnes ont fréquenté le Café de la Maison ronde, le seul café autochtone à Montréal + 3500 villes Vendu dans 7 24 000 Chaque mois, nos camelots vendent collectivement magazines Un recueil de 216 pages qui compile 100 des meilleurs textes de camelots au cours des 25 dernières années Sentinelles copies 3100 du magazine rédigé par les camelots + 200 heures de formation à la rédaction 50 % PUB_BIEN_PLUS_2018_1PP.indd 1 18-02-08 14:21 B ue Profitez de votre pause-café pour découvrir le tout nouveau CAFEBROSSARD.COM all ne ut ANS À D4 SILI
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