L'itinéraire, 1 janvier 2017, jeudi 1 juin 2017
[" Volume XXIV, n?11 Montréal, 1er juin 2017 www.itineraire.ca 3 $ deliceboreal.com Fiers fournisseurs de tisanes Inuit au Café de la Maison ronde En vente auprès des camelots de L\u2019Itinéraire, en librairie et sur itineraire.ca 2017, 216 pages | ISBN 978-2-9816635-0-4 Sentinelles 25 ans d\u2019écriture à L\u2019Itinéraire Cet ouvrage regroupe 100 des plus beaux textes des camelots du groupe communautaire L\u2019Itinéraire.L\u2019organisme intervient auprès de personnes en situation de précarité économique et sociale, permettant leur réintégration par la vente et l\u2019écriture du journal de rue.20 $ par les camelots | 25 $ par envoi postal EN VENTE DANS LA RUE ! Nom Jocelyn | Camelot n° 994 Âge 59 ans | Point de vente Saint-Jérôme Jocelyn A îné d\u2019une famille de six enfants, Jocelyn garde des souvenirs aigres- doux d\u2019une enfance parfois difficile.Il est né en 1958, trois jours avant le 17e anniversaire de sa mère.Ses parents étaient cousins.« Mon grand-père était bizarre : il interdisait à ma mère de fréquenter qui que ce soit en dehors de la famille\u2026 Fait qu\u2019elle a marié un de ses cousins.» Son père, un charpentier-menuisier illettré, vogue d\u2019un boulot précaire à un autre.Il vogue aussi d\u2019une aventure amoureuse à l\u2019autre.« C\u2019était un courailleux, mon père.Il n\u2019aurait jamais dû se caser\u2026 » La famille déménage sans arrêt, se promenant entre Montréal et la Rive-Sud.Jocelyn doit abandonner l\u2019école pour aider sa mère avec les cinq autres enfants, qu\u2019elle menace de placer en familles d\u2019accueil.Jocelyn terminera son secondaire onze ans plus tard.Si Jocelyn paraît serein, l\u2019amertume perdure néanmoins envers son père.« Il avait acheté un terrain à Saint-Lin, pour qu\u2019on y construise une maison.Moi et mes frères, on l\u2019a aidé à démolir deux maisons pour récupérer les matériaux.On a manqué l\u2019école souvent pour la bâtir, cette maison-là.Mais quand mes parents se sont finalement séparés, on n\u2019a pas eu la maison.Mon père a préféré que la banque la saisisse, plutôt que de nous la laisser\u2026 Pour une hypothèque de 800 $.» Les ponts ont été coupés ce jour-là.Son père a laissé sa famille, s\u2019est remarié, et tout lien a été rompu.« Je ne suis pas allé à ses funérailles.Il est enterré quelque part sur la Rive-Sud », dit Jocelyn sobrement.Quelques années plus tard, sa mère se remarie.Lorsque son nouveau conjoint décède, elle achète un restaurant et un dépanneur en Ontario avec l\u2019assurance-vie de ce dernier.Jocelyn ainsi que quelques-uns de ses frères et sœurs y travailleront un temps.Mais deux incendies criminels auront raison de l\u2019entreprise.De jobine en jobine Les années qui suivent, Jocelyn tient peu en place : « Mon record de ma job la plus courte, c\u2019est trois heures.Une shop de réglisse, dans Hochelaga, se rappelle-t-il, amusé.À cette époque-là, les jobs ne manquaient pas.» Mais lorsqu\u2019on n\u2019a pas d\u2019éducation, elles ne mènent jamais bien loin.Jocelyn a aussi été commis d\u2019épicerie une quinzaine d\u2019années, au total.Mais il n\u2019en pouvait plus, pour une raison qui fait sourire : « Le temps des Fêtes.Entendre quarante versions de Petit Papa Noël quand tu travailles\u2026 J\u2019étais plus capable.» Au début des années 2000, Jocelyn débute comme camelot de L\u2019Itinéraire, dans Hochelaga-Maisonneuve.Il y retournera entre 2011 et 2012.Depuis 2015, il a repris du service, à Saint- Jérôme, cette fois.Il n\u2019est cependant pas le seul camelot de la ville : lui et sa copine vendent L\u2019Itinéraire sur la même artère passante, à quelques coins de rue l\u2019un de l\u2019autre.« J\u2019ai été vieux garçon toute ma vie, jusqu\u2019à il y a six ans.Elle venait de faire un flat avec son vélo, et elle connaissait mon coloc, qui réparait les vélos\u2026 Comme il n\u2019était pas là, je lui ai réparé son pneu.On est ensemble depuis ce temps-là.» Aujourd\u2019hui, Jocelyn semble avoir trouvé sa place, son équilibre.Il fait de la marche, du vélo et n\u2019a certainement pas l\u2019air d\u2019un homme qui va avoir 60 ans cette année.Il écrit de la poésie et note ses réflexions lors des rares trajets d\u2019autobus qui le mènent à Montréal, où il vient pour assister à une réunion de camelots ou pour peaufiner un texte à paraître.Le reste du temps, il travaille dehors, il est maître de ses horaires.« Il n\u2019y a personne qui exploite ma sueur », observe-t-il avec un sourire.Par Guillaume Vigneault, bénévole à la rédaction Photo : Alexandra Guellil L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire. Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! ISSN -1481-3572 Numéro de charité? :?13648?4219?RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec Nous?reconnaissons?l\u2019appui?financier?du?gouvernement?du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication?(ou?sur?ce?site?Web)?ne?reflètent?pas?forcément?celles du ministère du Patrimoine canadien.L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, RUE SAINTE-CATHERINE EST Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca DIRECTEUR GÉNÉRAL : LUC DESJARDINS RÉDACTION Chef du secteur magazine et rédactrice en chef : JOSÉE PANET-RAYMOND Journaliste, responsable société : ALEXANDRA GUELLIL Chargé de l\u2019accompagnement des participants : SIMON POSNIC Responsable de la formation des participants : KARINE BÉNÉZET Responsable de la création visuelle : MILTON FERNANDES Responsable de la création numérique : MAGALIE PAQUET Photographe : MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Journaliste affectée à la version numérique : GENEVIÈVE BERTRAND Collaborateur : IANIK MARCIL Webmestre bénévole : JUAN CARLOS JIMENEZ Bénévoles à la rédaction : CHRISTINE BARBEAU, MARTINE BOUCHARD-PIGEON, MARIE BRION, HÉLÈNE MAI, PIERRE DE MONTVALON, VALÉRIE SAVARD, LAËTITIA THÉLÈME, GUILLAUME VIGNEAULT, PAUL VANASSE Bénévoles à la révision : PAUL ARSENAULT, ARIANE CHASLE, MICHÈLE DETEIX, LUCIE LAPORTE Photo de la une : MILTON FERNANDES ADMINISTRATION Responsable de la comptabilité : ANYA SANCHEZ Responsable du financement : DOMINIQUE RACINE Adjointe administrative : NANCY TRÉPANIER DÉVELOPPEMENT SOCIAL Chef du développement social : CHARLES-ÉRIC LAVERY Intervenant psychosocial : JEAN-FRANÇOIS MORIN-ROBERGE Responsable du Café : PIERRE TOUGAS Responsable de la distribution : MÉLODIE ÉTHIER Chargée de projet Café de la Maison ronde : MÉLODIE GRENIER CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Président : GUY LARIVIÈRE - Glasford International Canada Trésorier : GRÉGOIRE PILON - Ernst & Young S.R.L./S.E.N.C.R.L.Vice-président : JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire Administrateurs : ALEXANDRE PÉLOQUIN - Camelot de L\u2019Itinéraire GABRIEL BISSONNETTE - Camelot de L\u2019Itinéraire PIERRE SAINT-AMOUR - Camelot de L\u2019Itinéraire ISABELLE MONETTE - Fondaction CSN KATHERINE NAUD - Ciusss Centre-Sud de Montréal CATALIN CARACAS - Ranger Design Représentant des camelots : YVON MASSICOTTE - Camelot de L\u2019Itinéraire VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 Conseillère : RENÉE LARIVIÈRE (450-541-1294) renee.lariviere18@gmail.com GESTION DE L\u2019IMPRESSION TVA PUBLICATIONS INC.DIVISION ÉDITIONS SUR MESURE | 514 848-7000 Directeur général : ROBERT RENAUD Chef des communications graphiques : DIANE GIGNAC Chargée de projets : MARILYN FORTIN Imprimeur : TRANSCONTINENTAL Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire : 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9 Québecor est fière de soutenir l\u2019action sociale de L\u2019Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas?responsable?des?gestes?des?vendeurs?dans?la?rue.?Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le?journal?ou?sollicitent?des?dons,?ils?ne?le?font?pas?pour?L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez?sans?hésiter?avec?Charles-Éric?Lavery,?chef?du?développement?social?par?courriel?à? : c.e.lavery@itineraire.ca ou?par?téléphone?au? :?514 597-0238 poste 222.PARTENAIRES MAJEURS PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous?tenons?à?remercier?le?ministère?de?la?Santé?et?des?Services?sociaux?de?même?que?le?Centre?intégré?universitaire?de?santé?et?de?services?sociaux?du?Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal?pour?leur?contribution?financière?permettant?ainsi?la?poursuite?de?notre?mandat.4 ITINERAIRE.CA | 1er juin 2017 MOTS DE CAMELOTS DÉCLARÉS « VIEUX » PAR LA SOCIÉTÉ \u2022 Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait Par Gaétan Prince \u2022 Âges?avancés?et?catégorisation?sociale \u2022 « La retraite, le début du bonheur ! » \u2022 « Pas si vieille que cela ! »?\u2022 « Le temps passe vite quand on vieillit ! » Par Alexandra Guellil DOSSIER 11 FACE À LA VIE Face à la rue documente des parcours de vie tumultueux sous l\u2019œil protecteur de Jean-Marie?Lapointe,?guide?de?cette?série?de?13?épisodes,?diffusée?depuis?le?2?mai?sur Moi&Cie.Nous l\u2019avons rencontré pour retracer cette aventure humaine.Par Michel Marcil TÉLÉVISION 37 Claude Gauthier 10 Bertrand Derome 10 Gilles Leblanc 10 Pascal Saint-Louis 28 Richard?T.?28 Lucette?Bélanger 28 Gilles?Bélanger?42 Réal?Lambert?42 Nancy Leblanc 42 ÉCRIVEZ-NOUS ! COURRIER@ITINERAIRE.CA Des lettres courtes et signées, svp ! ÉDITORIAL 7 On n\u2019a plus les « vieux » qu\u2019on avait ! Par?Josée?Panet-Raymond ROND-POINT 8 ROND-POINT INTERNATIONAL 9 INFO CAMELOTS 18 Hommage à nos aînés Par Yvon Massicotte DANS LA COMMUNAUTÉ 18 Soins palliatifs à la Maison du Père RENCONTRE 19 Raôul Duguay, bien plus qu\u2019une chanson Avec Josée Cardinal COMPTES À RENDRE 26 L\u2019âge de l\u2019obsolescence Par Ianik Marcil, économiste indépendant INFO RAPSIM 27 4 murs ce n\u2019est pas assez ! Par Marjolaine Despars, coordonnatrice adjointe au Rapsim TÉMOIGNAGE 29 Maladie de Crohn - Je ne suis plus un sac à merde Par Luc Deschênes CARREFOUR 33 PROJET 34 Café de la Maison ronde : L\u2019unique café autochtone à Montréal Par Mélodie Grenier VIE DE QUARTIER 40 Atwater market Par Bill Economou BIENVENUE CHEZ FRANCK 43 DÉTENTE 44 À PROPOS DE LA VIEILLESSE 46 3 Jocelyn Les camelots sont des travailleurs autonomes.50 % du prix de vente du magazine leur revient.Merci Iris Merci à Iris pour sa bande dessinée?(pages?22?et?23?de?ce?numéro).?Un?avant-goût?de notre édition du 1er juillet, dans laquelle vous pourrez retrouver de nombreuses planches de BD ! SOMMAIRE 1er juin 2017 Volume XXIV, no 11 On aime ça vous lire ! Quand on vous croise dans la rue, vous nous dites souvent que vous aimez votre camelot, que vous avez apprécié tel article, que vous aimez notre magazine.?Eh?bien,?écrivez-nous?pour nous le dire ! Cette section vous est réservée tout spécialement. Si le salaire minimum, c\u2019est ton maximum T\u2019as besoin de la CSN p h o t o : i s t o c k 1 800 947-6177 csn.qc.ca MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : __l__l__ - __l__l__ Courriel : Téléphone : ( ) Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (124,18 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (62,09 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Pour rejoindre notre service aux donateurs : 514 597-0238, poste 240 dominique.racine@itineraire.ca Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site www.itineraire.ca No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : \u2022 DONS \u2022 CARTES-REPAS \u2022 ABONNEMENT Oui, j\u2019appuie L\u2019Itinéraire : publicité Quand devient-on vieux ?Je me suis amusée à poser la question « à quel âge devient-on vieux ?» à plusieurs personnes de différents groupes d\u2019âge, et plus elles étaient jeunes, plus elles disaient qu\u2019on est vieux tôt.Quand on a 20 ans, 50 ans c\u2019est vieux !! J\u2019avoue que lorsque j\u2019entamais ma vie d\u2019adulte, être quinquagénaire rimait avec mamie et papy\u2026 Or, plus j\u2019avançais en années et plus l\u2019âge de la vieillesse était repoussé.Aujourd\u2019hui, j\u2019estime qu\u2019on commence à être vieux à 80 ans\u2026 et encore.Les aînés du Québec d\u2019aujourd\u2019hui, au nombre d\u2019un peu plus de 1,5 million, représentent environ 18 % de la population, soit une personne sur six.Et cette proportion va grimper à 20,5 % en 2021 et à 28,5 % en 2061 ! Quelle place vont-ils occuper dans notre société ?De plus, il serait intéressant de savoir comment sont perçues les personnes âgées par les générations plus jeunes.Sont-elles bonnes pour être mises au rancart dans des centres d\u2019hébergement où on mange et on s\u2019habille mou, ou sont-elles plutôt des personnes qui ont une expérience de vie qui peut profiter à la société ?Au Québec, voire en Amérique du Nord, il existe encore des perceptions négatives sur l\u2019utilité des personnes âgées dans la société.On aurait intérêt à imiter les cultures autochtones et orientales qui portent leurs aînés en haute estime.Car sinon\u2026 ça sert à quoi de vieillir ?Tous les groupes d\u2019âge peuvent bénéficier de l\u2019expérience, de l\u2019énergie, de la créativité des uns et des autres.Je crois qu\u2019on devrait trouver une façon de rétrécir encore plus le fossé entre les générations.Il y a tellement de sagesse dans les pages qui suivent.Nos camelots, qui ont écrit de très beaux textes, partagent le fruit de leurs expériences.Notre journaliste Alexandra Guellil a sondé le phénomène du vieillissement avec différents interlocuteurs afin de présenter une diversité de points de vue.Ianik Marcil aborde la question avec intelligence et nous fait réfléchir sur la façon dont on perçoit la vieillesse dans notre culture.Il ne reste qu\u2019à savoir : vous, comment voyez-vous le vieillissement ?Il serait intéressant que vous nous le laissiez savoir.Écrivez-nous.On aime ça vous lire ! Lors de la planification des thèmes que nous aborderons dans L\u2019Itinéraire tout au long de l\u2019année, j\u2019ai tenu à ce que l\u2019on fasse un dossier sur ce que ça voulait dire d\u2019être « vieux ».Je partais de la prémisse qu\u2019on n\u2019a plus les « vieux » qu\u2019on avait.Il y a en effet une différence marquée entre les aînés en 2017 et ceux de la génération précédente.Plus actifs et ayant une espérance de vie plus longue, les 65 ans et plus sont davantage instruits, ouverts et « modernes » que leurs parents.La génération pré-boomers et celle du début du boom (post Deuxième Guerre mondiale) adoptaient \u2013 pour la plupart \u2013 une mentalité, une apparence, des goûts culturels généralement « vieux ».Si, à l\u2019époque, il était mal vu pour une femme de porter des jeans après un certain âge ou encore de s\u2019intéresser à la musique qu\u2019écoutaient ses enfants, il en est tout autre aujourd\u2019hui pour grand nombre d\u2019aînés.Quelques exemples ?Mick Jagger, Béatrice Picard, Nanette Workman, Patrick Normand qui ont tous franchi le cap des 70 ans en gardant le cœur jeune.Et c\u2019est comme ça que ça devrait être pour tout le monde.Bien que vieillir est inéluctable, ça ne veut pas dire qu\u2019on doive arrêter de progresser, de se renouveler, d\u2019apprendre.Bien sûr, on s\u2019entend que les conditions de vie et la santé influencent le vieillissement, mais en général, si vous parlez aux gens de 65 ans, peu vous diront qu\u2019ils se sentent vieux.Garder l\u2019étincelle Une amie de 80 ans, que j\u2019admire beaucoup parce qu\u2019elle garde bien vivante l\u2019étincelle de vie en sortant, en faisant du sport, en voyageant et en ne se privant pas d\u2019une vie amoureuse active, m\u2019a dit que vieillir, c\u2019est dans la tête.Mais elle rajoute du même souffle qu\u2019il ne faut pas se leurrer, à cet âge, on se fatigue plus vite, les genoux ne se déplient plus aussi facilement qu\u2019avant et parfois, la tête et le corps ne s\u2019entendent pas\u2026 C\u2019est un peu elle qui a inspiré ce dossier.On n\u2019a plus les « vieux » qu\u2019on avait ! ci-haut Roberta Haze Venice Beach, CA 7 1er juin 2017 | ITINERAIRE.CA PAR JOSÉE PANET-RAYMOND RÉDACTRICE EN CHEF ÉDITORIAL P H O T O ?: ?A D V A N C E D ?S T Y L E ?O L D E R ?& ?W I S E R / ?A R I ?S E T H ?C O H E N / P O W E R H O U S E ?B O O K S P H O T O ?: ?C A M I L L E ?G L A D U ?D R O U I N questions à Géraldine Bureau 4 fonctionnement.Il est donc important de se questionner à la fois sur ce qu\u2019est l\u2019épuisement professionnel, mais aussi d\u2019admettre que ce n\u2019est pas forcément un signe de faiblesse personnelle.A-t-on du mal à reconnaître un épuisement professionnel pour les intervenants en raison de la pression engendrée par une relation d\u2019aide efficace ?C\u2019est vrai qu\u2019en rencontrant les intervenants pour créer ce guide, le point vocationnel versus professionnel revenait souvent dans leurs témoignages.Il faut aussi rappeler que la majorité des intervenants sont des femmes et que l\u2019on estime naturel qu\u2019elles aient toutes les qualités pour offrir de bonnes relations d\u2019aide.L\u2019intervenant est souvent perçu comme un super-héros en ce sens où l\u2019on attend beaucoup de lui alors qu\u2019il a, lui aussi, des besoins et des motivations personnelles.Il existe de nombreux événements dans une vie qui font que l\u2019on souhaite aider les autres.C\u2019est l\u2019une des raisons pour laquelle beaucoup d\u2019intervenants travaillent dans un domaine où ils ont eu eux-mêmes des problèmes.Je crois qu\u2019un des grands points est de reconnaître que l\u2019intervenant reste un être humain avec des besoins.La relation d\u2019aide légitime souvent le fait d\u2019oublier ses propres besoins.Je me souviens d\u2019une récente conférence avec des étudiants qui n\u2019osaient même pas reconnaître que le salaire pouvait être un de leurs besoins ! L\u2019aspect vocationnel peut aller jusqu\u2019à oublier que le métier d\u2019intervenant est aussi un travail.Quel lien faites-vous avec les restrictions budgétaires dont souffrent de nombreux organismes communautaires ?Il semblerait que le gouvernement actuel ait tendance à légitimer ses actions par le fait que les problèmes auxquels les individus sont confrontés sont avant tout de nature individuelle.Par ces politiques, on leur demande d\u2019être plus productifs dans leurs processus d\u2019intervention.Cela peut aller jusqu\u2019à la demande de fermer plus vite les dossiers alors qu\u2019il y a un manque de ressources.Ces mesures ont des tendances néolibérales et influencent la manière dont la population interprète les problèmes Finissante à la maîtrise en travail social à l\u2019Université de Montréal et stagiaire au RÉCIFS (Regroupement, échanges et concertation des intervenantes et formatrices en social), Géraldine Bureau a créé un guide de survie à l\u2019intention des intervenantes et intervenants sociaux du Québec.Un manuel dont le but est de les aider à trouver des pistes d\u2019action et de réflexion pour retrouver davantage de pouvoir et se réapproprier le sens de leur pratique. Pourquoi avoir titré ce document « guide de survie » ?J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il y a une espèce de sentiment ambiant de détresse auprès des intervenants et intervenantes sociaux qui met en péril à la fois leur santé personnelle, mais aussi le travail social, dans tout ce qu\u2019il peut représenter pour la société.Comme si nous étions dans une situation de crise permanente et qu\u2019il fallait à tout prix réfléchir aux façons de continuer à fonctionner malgré tout.De nombreuses pages sont consacrées à l\u2019épuisement professionnel, quelles en sont les raisons ?L\u2019épuisement professionnel est de plus en plus abordé dans la plupart des milieux de travail.Un des dangers est de l\u2019expliquer davantage sur le plan individuel et personnel qu\u2019organisationnel et social.Si des intervenants sociaux sont plus à risque de connaître l\u2019épuisement professionnel, ce n\u2019est pas uniquement à cause d\u2019eux, mais aussi à cause des organismes et de leur sociaux et sa manière de vivre ensemble, notamment en faisant la promotion de l\u2019individualisme et de la compétition.Même si ces principes ne sont ni bien ou mal en soi, ils ne sont que difficilement compatibles avec certaines valeurs promues par le travail social, comme la justice sociale ou le bien commun.Manuel de survie À l\u2019usage des intervenantes et intervenants sociaux québécois 52 pages, RÉCIFS, en libre téléchargement 8 ITINERAIRE.CA | 1er juin 2017 ROND-POINT PAR ALEXANDRA GUELLIL L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau?International?des?Journaux?de?Rue?-?INSP).?Le?réseau?apporte?son?soutien?à?près?de?120?journaux?de?rue?dans?35?pays?sur?six?continents.?Plus?de?250?000?sans-abri?ont?vu?leur?vie?changer?grâce?à?la?vente?de?journaux?de?rue.?Le?contenu?de?ces?pages?nous?a?été?relayé?par?nos?collègues?à?travers?le?monde.?Pour?en?savoir?plus,?visitez?www.street-papers.org.INDE | Liberté de presse féminine menacée La représentation féminine augmente lentement dans de nombreux pays d\u2019Asie et du Pacifique, mais les femmes journalistes sont affectées de manière disproportionnée par les trolls.En Inde, la journaliste de télévision Barkha Dutt a reçu plus de 3000 tweets abusifs en une seule semaine.Les militants disent que l\u2019abus est une menace pour la liberté d\u2019expression et les médias gratuits.Les femmes journalistes estiment que le harcèlement et les menaces d\u2019attaque directes ont augmenté, les obligeant à demander un recours juridique ou une protection policière.L\u2019abus en ligne personnalisé peut même causer des problèmes d\u2019estime de soi, affecter la vie sociale et conduire à des symptômes de dépression, d\u2019anxiété et d\u2019attaques de panique.Une étude établit que le troll est en corrélation avec la psychopathie, le sadisme et le machiavélisme.Parmi les motivations des trollers, on retrouve l\u2019ennui, la recherche d\u2019attention, la vengeance, le plaisir et le désir de causer des dégâts à la communauté.(Inter Press Service/INSP) SYRIE | Bébé et grand-mère réunis Jaafar avait seulement trois mois quand ses parents ont été tués alors qu\u2019ils essayaient de fuir Damas en pleine guerre civile en Syrie.Jaafar s\u2019en est tiré indemne mais il a fallu des mois, et un effort surhumain, pour que sa grand- mère le trouve.Il est l\u2019un des 650 cas d\u2019enfants séparés de leurs parents documentés par UNICEF en 2016.Emmené dans la ville turque de Mardin, il a alors été confié à un juge local.Lorsque la grand-mère de Jaafar l\u2019a reconnu par sa marque de naissance dans un orphelinat turc, plusieurs mois après la mort de ses parents, elle l\u2019a serré dans ses bras, criant de joie.Il a fallu trois mois pour préparer un test d\u2019ADN et trouver un juge qui pourrait le vérifier et lui donner l\u2019autorisation de ramener son petit-fils chez elle.Depuis le début de la guerre en 2011, des centaines de milliers de Syriens ont été tués et près de la moitié de la population d\u2019avant-guerre du pays est devenue sans-abri, dont un grand nombre d\u2019enfants.(Reuters/INSP) ARGENTINE | Manger : un acte politique De plus en plus de gens disent non aux supermarchés ; non à la nourriture avec des pesticides ; non à la nourriture qui ne respecte pas la nature, détruit le sol et ne nourrit vraiment que le monopole de l\u2019industrie agroalimentaire.Le journal de rue argentin Hecho en Bs.As.parle d\u2019un mouvement dans le pays qui affirme que manger est un acte politique.Presque tous les aliments trouvés dans les supermarchés ont des traces de produits agrochimiques, comme le glyphosate, et des ingrédients tels que la lécithine de soja (un additif utilisé comme émulsifiant).En Argentine, l\u2019agro-industrie utilise chaque année près de 30 millions d\u2019hectares de glyphosate (tueur de mauvaises herbes), avec de vastes plantations de monoculture de soja, de maïs, de coton et de blé génétiquement modifié, et dans une moindre mesure sur d\u2019autres cultures vivrières.Le consommateur peut influencer le monde avec ses choix d\u2019achat, améliorer la qualité des aliments à travers la planète, lutter contre le changement climatique et améliorer les conditions de travail.(Hecho en Bs.As.) P H O T O ?: ?W O R L D E C O N O M I C F O R U M F R O M C O L O G N Y , S W I T Z E R L A N D P H O T O ?: ?R E U T E R S ?/ ?O M A R ?S A N A D I K I P H O T O ?: ?H E C H O ?E N ?B S .?A S .TRADUCTIONS :?GENEVIÈVE?BERTRAND 9 1er juin 2017 | ITINERAIRE.CA ROND-POINT INTERNATIONAL Barkha Dutt, éditrice, Nouvelles anglaises, New Delhi Television (NDTV), au Forum économique mondial De la rue à la télésérie L\u2019été dernier, Jean-Marie Lapointe a vu l\u2019article dans La Presse + titré À la rescousse de M.Sutton, et m\u2019a invité à participer à une première de l\u2019activité Camelot d\u2019un jour en région.Par la suite, on m\u2019a offert la chance de participer à la télésérie Face à la rue qui est diffusée sur les ondes de Moi et Cie tous les mardis (voir pages 36 à 39 de cette édition).Le sujet me rejoint beaucoup parce que j\u2019ai vécu 10 ans dans la rue, dans les quartiers Outremont et Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.J\u2019ai vu des extraits de la série et j\u2019en ai été très ému.Jean-Marie Lapointe était bouleversé de voir la dure réalité du monde de la rue.Imaginez, je l\u2019ai vécue au quotidien et c\u2019était même devenu normal pour moi.Dans ma dernière année passée dans la rue, j\u2019ai touché le bas-fond et je pense que si je ne m\u2019étais pas sorti de ma situation, je serais probablement mort aujourd\u2019hui.Je me suis pris en main en faisant une retraite spirituelle au Foyer de Charité Villa Châteauneuf de Sutton.J\u2019ai adoré l\u2019expérience de la télésérie et de pouvoir montrer aux gens les difficultés que j\u2019ai vécues et comment je m\u2019en suis sorti.Ça m\u2019a brassé un peu de voir les témoignages mais c\u2019est positif, parce que ça me fait voir tout le chemin que j\u2019ai parcouru.Jean-Marie a été vraiment très fin avec moi, c\u2019est un homme très humain et compréhensif.Aussi, je suis fier d\u2019avoir proposé d\u2019ajouter les cartes-repas du Partage Notre-Dame dans le magazine L\u2019Itinéraire.L\u2019équipe a été ouverte à les intégrer, le projet va commencer cet été.Les clients de L\u2019Itinéraire pourront ainsi commander des cartes- repas pour les distribuer à un camelot ou d\u2019autres personnes dans le besoin.Je veux remercier toutes les personnes qui me donnent un coup de main, comme tous mes clients à Sutton et Granby, le maire de Granby, le député fédéral de Shefford, le député provincial, le chauffeur d\u2019autobus, les journalistes de la Voix de l\u2019Est, David Santerre de La Presse, le Métro Plouffe, le Partage Notre-Dame, l\u2019équipe de L\u2019Itinéraire qui me donne l\u2019opportunité de grandir en vendant le journal et mes parents qui m\u2019ont sorti de la rue.BERTRAND DEROME ALIAS M.SUTTON ET M.GRANBY CAMELOT À SUTTON ET GRANBY CLAUDE GAUTHIER CAMELOT AU CENTRE ÉPIC Ma camarade lutte toujours pour sa vie Samedi soir, le 9 avril, ma camarade camelot Marie-Soleil a été heurtée par une voiture vers 9 h du soir.Depuis quelques années, grâce à elle, j\u2019ai repris le goût de vendre L\u2019Itinéraire, ce qui a été très bénéfique dans nos vies à tous les deux.Grâce à l\u2019enthousiasme et la volonté de Marie-Soleil, j\u2019ai pu persévérer et continuer à croire en moi et en nous.Elle est pour moi une personne exemplaire, déterminée, courageuse, autrement dit une source d\u2019inspiration merveilleuse.Je tiens du fond du cœur à la remercier, et je souhaite qu\u2019elle se rétablisse pleinement.Malheureusement, lors de cet accident, elle a eu de très nombreuses fractures et des organes endommagés.Heureusement, selon les dernières informations reçues, il est très fort probable qu\u2019elle puisse remarcher de nouveau, même si ce sera un long combat.Marie-Soleil aura besoin de support physique, psychologique et spirituel.Envoyez-lui plein d\u2019énergie pour l\u2019aider à reprendre la vie extraordinaire qu\u2019elle mérite ! Du fond du cœur, P H O T O : ?C O U R T O I S I E 10 ITINERAIRE.CA | 1er juin 2017 MOTS DE CAMELOTS GILLES LEBLANC BÉNÉVOLE À LA CUISINE Vieux À la naissance, nous possédons tous une horloge biologique qui se met en marche.Avec les années, elle ne cesse jamais de nous transformer.Seule la mort en vient à bout.Cependant, avant que l\u2019on soit sur le retour, nous bénéficierons des deux énergies que possèdent les adolescents : celle du devenir et celle du changement.Toutes deux nous donnent l\u2019impression que l\u2019avenir nous appartient, et qu\u2019on peut modifier le monde à notre guise.Sur le plan physique, le vieillissement est inévitable et hors de notre contrôle.Que l\u2019on soit ouvert d\u2019esprit ou replié sur soi-même, le temps est une force qui agit sur le monde et les êtres.Malheureusement pour l\u2019homme, il passe et ne revient pas ! Vivre dans le passé nous conduit parfois à embrouiller notre discernement, vu les années qui s\u2019accumulent.Quant à l\u2019aspect psychologique, la maladie est un facteur qui accélère notre vieillissement, en nous confrontant à nos craintes les plus profondes.Cela dit, le bon côté d\u2019une mauvaise santé est qu\u2019elle nous conscientise à propos de la préciosité de notre temps vécu sur Terre.C\u2019est grâce à cette perception que les croyants vieillissent sans trop d\u2019inquiétudes.Pour ceux qui n\u2019ont foi qu\u2019en leur petite personne, voici certaines circonstances qui les remettent en question : le décès d\u2019un proche, l\u2019incapacité d\u2019agir et de se divertir.La résignation et le désespoir peuvent également donner un sacré coup de vieux.Vieillir, c\u2019est perdre sa force, sa vitalité et l\u2019apparence de la jeunesse.Toutefois, le bon côté du vécu est qu\u2019il nous aide à devenir une meilleure personne pour soi et pour les autres.À quel âge devient-on vieux ?Selon moi, l\u2019âge du cœur et de l\u2019esprit est un choix, une question d\u2019attitude. Photos du film Advanced Style | Valerie Von Sobel, West Hollywood, CA Angelo Gallamini Rimini, Italy Barbara Chapman, Solana Beach, CA Sarah Jane Adams, Sydney Australia Maureen Gumbe, Union Square, NYC CRÉDIT : Advanced Style Older & Wiser/ Ari Seth Cohen/PowerHouse Books Bien souvent, lorsqu\u2019on parle de la génération des aînés, soit des 65 ans et plus, nombreux sont ceux qui les domicilient dans des Centres d\u2019hébergement ou résidences pour personnes âgées.Notre perception est alors loin d\u2019être flatteuse puisqu\u2019ils sont considérés comme incapables de se suffire à eux- mêmes, isolés de leurs proches et souffrant de tous les maux.Nous avons voulu rencontrer ceux qu\u2019on ne voit que très peu et qui ont un agenda rempli d\u2019activités sociales, sportives et professionnelles.Ceux que l\u2019on a rencontrés ont refusé l\u2019appellation « nouveaux vieux ».Cette expression, conforme aux normes marketing, ne ferait que banaliser l\u2019âgisme.Après tout, cette génération A, pour « Aînés », est loin d\u2019être si uniforme que veulent le faire croire les préjugés.Elle profite de son âge de différentes façons avec certainement plus d\u2019empressement qu\u2019avant.Et, s\u2019il est vrai que le corps vient parfois à ne plus suivre le rythme effréné, elle reste active, optimiste et bien vivante ! Déclarés « vieux » par la société Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait Ma capacité s\u2019amenuise aussi : le corps veut, mais la tête ne suit plus, ou vice-versa.Il faut que je fasse plus attention à mon alimentation, à ma condition physique, que je recommence à faire de l\u2019exercice.Le sport, ce n\u2019est pas juste jouer au pool ! Et puis la fierté en prend un coup : mon médecin m\u2019a donné une canne pour mon genou.Je peux la prendre au besoin, mais je suis trop orgueilleux pour travailler avec ça.Mon grand-père me répétait souvent ce vieux dicton : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait.» J\u2019en suis rendu là et je le comprends aujourd\u2019hui, alors j\u2019essaie de partager mon expérience aux plus jeunes camelots.Quand le travail se complique\u2026 Physiquement, le travail de camelot se complique pas mal avec l\u2019âge.J\u2019ai commencé en 2008 et à ce moment, ça ne me dérangeait pas de passer trois ou quatre heures debout.Avec le temps, il a fallu que j\u2019accepte de diminuer mon rythme de travail parce que mes jambes se fatiguaient plus vite, je devenais plus sensible à la chaleur.Aujourd\u2019hui il faut que je m\u2019asseye.Mon médecin m\u2019a recommandé d\u2019apprendre à écouter mon corps, de doser mon énergie et de choisir les bons moments pour aller travailler.À un moment donné, à cause de mes problèmes de santé, j\u2019ai dû passer six mois sans travailler.J\u2019ai trouvé ça dur parce que j\u2019ai été actif toute ma vie et j\u2019ai toujours eu la bougeotte.Aujourd\u2019hui, il y a des jours où je ne peux pas aller travailler, et ça me fait peur : je me demande ce qu\u2019il va arriver dans six mois.Il y a quelques années, je me disais que je travaillerais jusqu\u2019à ma pension, mais à présent, je me demande si je vais pouvoir continuer à travailler jusque-là\u2026 Où sont mes rêves ?Plus je vieillis, plus je m\u2019aperçois que la vie passe vite.Il y a des rêves que j\u2019aimerais réaliser et je me dis : « Il ne me reste plus grand temps, comment vais-je l\u2019utiliser ?J\u2019aurais aimé faire ça, mais il est trop tard.» J\u2019ai 61 ans et je commence à me rendre compte de ce que c\u2019est que de vieillir, et à comprendre qu\u2019il y en a plus en arrière qu\u2019en avant.Je m\u2019en aperçois aussi bien mentalement que physiquement, dans mon travail de camelot.Je suis le plus vieux d\u2019une famille de trois enfants.Je me suis compliqué la vie de bonne heure, j\u2019ai commencé à 12-13 ans à avoir des problèmes avec la justice.Comme on dit, j\u2019ai brûlé la chandelle par les deux bouts et aujourd\u2019hui, je paie pour.J\u2019ai perdu pas mal d\u2019années pendant que j\u2019étais en détention.En prison, tout va lentement, c\u2019est relax, c\u2019est tranquille.On te dit quand manger, quand dormir.Alors au moment où tu sors, tu as l\u2019impression que tout va vite, que tout le monde est fou.Tu te dis qu\u2019il faut que tu rattrapes le beat, mais en même temps tu sens que tu as vieilli pendant ce temps-là.Vivre vieux, oui, mais en santé Vivre plus longtemps, qu\u2019est-ce que ça change ?Ça dépend de ta condition de santé : si on est malade, ça ne change rien.Jusqu\u2019à 50 ans, j\u2019ai été en forme mais après, ça a commencé à se compliquer : genoux, poumons, cœur, etc.Il faut dire qu\u2019on a un système de santé à deux vitesses, selon qu\u2019on soit pauvre ou riche.Au privé, ça va vite, tu peux te permettre d\u2019avoir de meilleurs soins.Mais nous, nous n\u2019avons pas les moyens d\u2019aller au privé.Avec le temps, nous devenons une charge pour le gouvernement, nous vieillissons et perdons en qualité de vie.Il n\u2019y a pas d\u2019âge pour dire qu\u2019on est vieux : tout dépend de comment on se sent.Ça dépend de notre santé, de notre état mental, et c\u2019est le corps qui nous le dit.Il y a des gens qui à 95 ans sont moins vieux que d\u2019autres à 45 ans.Depuis trois ans, je commence à me sentir vieux.Même s\u2019il y a des jours où ça va mieux que d\u2019autres, j\u2019ai parfois l\u2019impression d\u2019avoir 80 ans, et je ne pense qu\u2019à dormir.12 ITINERAIRE.CA | 1er juin 2017 TÉMOIGNAGE PAR GAÉTAN PRINCE CAMELOT MÉTRO BONAVENTURE P H O T O S : ?G O P E S A ?P A Q U E T T E ?/ ?P A S C A L D U M O N T Le vieillissement de la population amène son lot de questionnements sociaux.Le Québec a eu pendant très longtemps la plus faible espérance de vie de toutes les provinces canadiennes.Mais aujourd\u2019hui, elle ne cesse de croître.Si bien que l\u2019on vit plus longtemps et que de nombreux choix sont faits pour une meilleure qualité de vie.Quel regard est porté sur les personnes âgées de 65 ans et plus ?Avec la diffusion en 2014 du documentaire Advanced Style, le réalisateur Ari Seth Cohen a brisé un tabou : celui d\u2019être fringant quel que soit son âge.Suivi par plus de 194 000 personnes sur le réseau social Instagram, ce photographe de mode donne la parole aux femmes et aux hommes qui prennent un plaisir à se mettre sur leur trente-et-un.C\u2019est ainsi qu\u2019est né son blogue, en 2009, glorifiant les personnes âgées qui s\u2019investissent dans leur style vestimentaire.En entrevue pour le magazine français Madame Figaro, Ari Seth Cohn explique notamment qu\u2019avec les années les jeunes mannequins « changent de look aux rythmes des campagnes pour lesquelles elles travaillent », ce qui n\u2019est vraisemblablement pas le cas des femmes et des hommes plus mûrs qu\u2019il photographie.« Elles cultivent leur style et l\u2019expriment de manière très créative.» Des États-Unis au Canada, cet exemple de projet photographique révèle en un sens à quel point le regard porté sur les personnes âgées de 65 ans et plus est catégorisé.Ne serait-ce qu\u2019en faisant une recherche de photos sur internet avec le mot clé « personnes âgées », les visuels qui ressortent mettent pour la plupart en avant des personnes aux cheveux et vêtements blancs, souriantes ou ayant besoin d\u2019assistance.Pour quelles raisons ne trouve-t-on pas facilement des photos de ces personnes âgées en parfaite santé ?Déclaration de vieillesse Jean-Ignace Olazabal est anthropologue et responsable de différents programmes à l\u2019Université de Montréal, notamment en toxicomanie et en gérontologie.Pour comprendre cette catégorisation sociale, il explique que « la notion de vieillesse est une construction sociale et la relation que l\u2019on entretient à son égard en découle.Notre société se caractérise avant tout par la longévité.À partir du moment où l\u2019on est déclaré vieux socialement, à des âges variables, c\u2019est comme si l\u2019on sortait du circuit ».La vieillesse est donc une notion relative ou suggestive en fonction de l\u2019individu.« Être vieux rime souvent à être de la \u201cscrap\u2019\u2019, ce n\u2019est pas bon.C\u2019est pour cela que l\u2019on utilise d\u2019autres termes plus aimables comme \u201caînés\u2019\u2019 ou \u201cseniors\u2019\u2019.Étant donné que la vieillesse est considérée comme une condamnation sociale, personne ne veut se déclarer vieux.Et le pire qui peut arriver à un vieux, ce n\u2019est pas d\u2019être à la rue où l\u2019on est relativement autonome, mais plutôt d\u2019être dans un CHSLD où l\u2019on a besoin d\u2019assistance », ajoute-t-il.Le professeur soutient que cette déclaration de vieillesse remonte à l\u2019Antiquité.Elle s\u2019accompagne généralement de trois conditions : la maladie chronique donnant lieu à des incapacités invalidantes, l\u2019appauvrissement dû à l\u2019arrêt des activités professionnelles menant de facto à une baisse du pouvoir d\u2019achat, et enfin le rétrécissement du lien social qu\u2019il soit familial ou amical.« À partir du moment où quelqu\u2019un cesse de travailler, la considération de la société change radicalement.Tant que l\u2019on est actif et donc socialement utile, il n\u2019y a rien à redire.À partir du moment où l\u2019on \u201ctombe\u2019\u2019 à la retraite, comme on le dit si bien au Québec, il faut savoir se relever ! », ironise M.Olazabal.Au-delà du regard social, il arrive que les personnes elles-mêmes se catégorisent « vieilles », notamment lorsqu\u2019elles sont malades, appauvries ou isolées.À cela s\u2019ajoute la déclaration de vieillesse « On a l\u2019impression qu\u2019une fois à la retraite, cette génération ne contribue plus à la société.Or, elle peut être bénévole, travailler à temps partiel dans un tout autre domaine, faire du mentorat ou être un pilier pour la famille. » Jean-Ignace?Olazabal Âges avancés et catégorisation sociale PAR ALEXANDRA GUELLIL ci-haut Colleen Heidemann, Suzi Click, Gretchen Schields, and Irene Coyazo, LA, CA 13 1er juin 2017 | ITINERAIRE.CA P H O T O ?: ?A D V A N C E D ?S T Y L E ?O L D E R ?& ?W I S E R / ?A R I ?S E T H ?C O H E N / P O W E R H O U S E ?B O O K S Masse critique Professeure en sciences de la consommation à l\u2019Université Laval, Gale Ellen West qualifie cette génération de baby-boomers comme plus dynamique et revendicatrice.« Elle rejette beaucoup plus l\u2019 idée de vieillir.Elle veut rester le plus jeune possible, rejette aussi l\u2019 idée de rester dans une maison familiale donc déménage plus.Elle dépense plus son argent pour voyager, a moins d\u2019enfants, pense moins à laisser un bas de laine aux plus jeunes.Elle profite pleinement de la vie pendant qu\u2019elle est encore en vie », décrit-elle.Le seul hic de cette génération est lié aux divorces et séparations.Ce qui explique pourquoi elle doit encore aujourd\u2019hui payer des pensions alimentaires aux ex-conjoints.« Elle est plus dans une volonté de rupture familiale, ce qui explique qu\u2019elle a souvent des problèmes monétaires liés à ces séparations », étaye Mme West.La professeure qualifie l\u2019âge de 65 ans comme le « chiffre magique » pour recevoir la pension de vieillesse et les autres privilèges liés à l\u2019âge.C\u2019est pour cela que la plupart des documents légaux utilisent cet âge comme principale référence.Mais, « cette génération peut aller jusqu\u2019à 67 ou 68 ans ».Elle interpelle sur la vision négative que la société a d\u2019une personne dès qu\u2019elle atteint 50 ans.« Il y a encore beaucoup d\u2019âgisme.Par exemple, cette génération ne bénéficie pas toujours de formation dans le milieu professionnel et on la perçoit souvent comme une génération ayant des problèmes de santé ou étant dépendante », ajoute Mme West.Pour la chercheure, cette génération représente quand même une masse critique de la société.Par contre, l\u2019expression « pouvoir gris » pour qualifier le pouvoir politique et social des retraités serait bien plus emblématique aux États-Unis qu\u2019au Canada.C\u2019est d\u2019ailleurs au Magazine Fortune que l\u2019on doit l\u2019un des premiers palmarès des 25 retraités les plus influents, publié en 1997.À Mme West de conclure sur l\u2019engagement social et politique de cette génération : « Il y avait dans les années 50, 60 et 70, une grande croyance selon laquelle on pensait que les personnes âgées voulaient se retirer pour plus de tranquillité.Or, aujourd\u2019hui, les plus jeunes de cette génération n\u2019acceptent plus cette vision, elle parle et prend position.C\u2019est pourquoi elle revendique autant son droit à la vie active.» biologique qui varie effectivement en fonction de l\u2019état de santé physique et psychique des personnes.« Il y a parfois des personnes qui jugent d\u2019autres personnes qui vont courir ou qui ont beaucoup d\u2019activités physiques.Mais, c\u2019est probablement plus de la jalousie qu\u2019autre chose parce qu\u2019elles osent \u201ccombattre\u2019\u2019 la vieillesse », pense le professeur.Ce dernier illustre son propos par un détail d\u2019un pélikè (ndrl : céramique grecque antique) de Géras et Héraclès.Dans ce mythe, l\u2019iconographie de la vieillesse varie en fonction des vases.Le premier représente Géras comme un vieillard chétif, au sexe long et flasque, risquant de se faire assommer à coup de massue tandis que le second représente Géras de la même taille qu\u2019Héraclès en train de s\u2019enfuir.« C\u2019est comme s\u2019 il fallait \u201ctuer\u2019\u2019 la vieillesse parce que personne ne l\u2019aimait.Dans une société où l\u2019autonomie est la valeur sacrée et à laquelle on se réfère, il faut à tout prix combattre cette vieillesse pour ne pas être un cacochyme », vulgarise M.Olazabal.Piété filiale et autonomie La vision sociale de la vieillesse n\u2019est pas la même dans les sociétés occidentales et orientales.Les premières ne jurent que par l\u2019au- tonomisation individuelle quand les secondes respectent la piété filiale, un concept qui qualifie la dévotion des enfants pour leurs parents devenus dépendants.« Il faut se rappeler qu\u2019en Chine, c\u2019est une loi établie par Confucius qui a été d\u2019ailleurs reprise par de nombreux préceptes religieux », rappelle le professeur Olazabal.« Ces préceptes obligent les jeunes à prendre soin de leurs parents.Mais, attention à ne pas lier ceci à de l\u2019amour parce qu\u2019 il y a toujours une ambivalence entre l\u2019affection qu\u2019 ils doivent leur porter et le fardeau qu\u2019 ils représentent.La piété filiale se justifie comme une logique circulaire dans les sociétés traditionnelles, les parents se sont occupés de leurs enfants pour les faire grandir, quand ils deviennent vieux, c\u2019est aux enfants de rendre la pareille.» Parallèlement à cette loi de « juste retour », ces sociétés se retrouvent souvent face à la mondialisation et l\u2019exode des jeunes vers des grands centres-villes bien plus dynamiques et prometteurs.Contrairement à ces sociétés, au Québec, M.Olazabal assure que les aînés ne veulent pas rester avec leurs jeunes et inversement.Peut-on dire dès lors qu\u2019il existe un lien entre l\u2019importance de la religion et le traitement réservé aux personnes âgées au Québec ?« Je crois que la religion est le vecteur par excellence de la protection des aînés.Avant l\u2019État et la famille, c\u2019était aux ordres religieux de s\u2019occuper des aînés.Mais il ne faut pas oublier non plus que les personnes fragilisées n\u2019ont pas toutes un accès aux soins notamment en raison des normes à respecter, un peu plus de 80 % des soins apportés aux aînés qui ne sont pas en CHSLD le sont par la famille, ce qui est absolument énorme.» « Ce qu\u2019on appelle « baby-boomers », ce sont les enfants du baby-boom à 33 ou 44 %.Ils ont souscrit au slogan \u201cqui s\u2019instruit s\u2019enrichit\u201d, ils ont fait des études universitaires et ont participé à la modernité du Québec ou à la contre-culture.Mais, ce ne sont pas des conditions cumulatives.Le terme \u2019\u2019nouveau vieux\u2019\u2019 est plus marketing que scientifique. » Jean-Ignace?Olazabal « Les publicités ne sont pas toujours adaptées à cette génération qui dépense amplement pour des vêtements, des meubles ou des articles sportifs.Comme si l\u2019on persistait à concevoir ces produits et services pour les plus jeunes. » Gale Ellen West P H O T O : ?U Q A M 14 ITINERAIRE.CA | 1er juin 2017 plus âgé quand les jeunes t\u2019offrent leur place.Ça donne un coup parce qu\u2019on se rend compte qu\u2019on est rendu à un certain âge.», explique-t-il.Âgisme Pour sa part, Lea Chau Nguyen avoue voir la vieillesse à travers ses amis.« Quand je les aide à monter des escaliers ou à se lever, j\u2019ai l\u2019impression de voir mon miroir.Je me souviens d\u2019une fois dans un bureau où je cherchais à comprendre comment fonctionnait la photocopieuse.Une jeune a tenté de me l\u2019expliquer, mais a perdu patience.C\u2019est là que j\u2019ai compris qu\u2019il y avait une différence.Comme si on n\u2019arrivait pas à leur hauteur pour tout ce qui concerne la technologie », raconte-t-elle.« Ils pensent que tu vas réagir aussi vite qu\u2019eux, mais nous ne sommes pas au courant de tout\u2026 », complète son époux.Un propos étayé par Thuy Lien Nguyen qui raconte que son fils a eu du mal à comprendre qu\u2019il fallait être un peu plus patient avec elle lorsqu\u2019ils marchent ensemble ou lorsqu\u2019il doit lui expliquer un élément technologique.Ce qu\u2019elle ne vit pas forcément avec sa fille qui travaille dans le milieu de la santé et veille à ce qu\u2019elle bouge plus.Quand ils ont pris leur retraite, Lea Chau Nguyen et Raymond Bernier ont senti que le milieu de travail était important dans leur vie.« Les collègues deviennent des amis, quand on quitte le travail, on les perd.Quand tu te rends à une place pendant plus de 30 ans et que vient la retraite, tu dois réorganiser ta vie autrement sinon la retraite peut être pénible », explique Raymond Bernier.Même constat pour sa belle-sœur qui a perçu sa retraite comme une obligation.« À 55 ans, j\u2019ai dû prendre ma retraite des Forces armées canadiennes en raison de ma santé.Tout d\u2019un coup, je n\u2019avais plus personne autour de moi parce que je n\u2019étais pas capable de les suivre en raison de ma santé.Je me sentais comme un oiseau dans une cage dorée.Ce n\u2019est que maintenant que je suis réellement en paix, que je ne considère plus cela comme un échec », détaille Thuy Lien Nguyen.Ce qui est quasiment tout le contraire pour sa sœur aînée qui dit ne rien regretter de ses années de travail et estime avoir assez donné à la société pour avoir aujourd\u2019hui le droit de s\u2019occuper d\u2019elle.Le mercredi après-midi au Centre communautaire Lajeunesse, Lea Chau Nguyen et son mari, Raymond Bernier, vont à leur cours de Qi Gong, une sorte de méditation visant à travailler sur la circulation de l\u2019énergie interne grâce à des exercices physiques réguliers.S\u2019ajoute à cela les ateliers d\u2019aquaforme, de musculation, de natation ou de mandala, de golf intérieur et de vélo.Le couple de retraités est loin de s\u2019ennuyer.Quand Lea Chau Nguyen, 62 ans, décrit sa semaine, difficile de croire qu\u2019elle a encore un moment de libre pour une entrevue.Entre le sport et les activités sociales, même si elle et son époux Raymond Bernier, âgé de 75 ans, sont retraités, ils ont beaucoup d\u2019activités.« On est actifs, que ce soit à la maison ou à l\u2019extérieur, on a beaucoup d\u2019activités.Les jeunes ont souvent des préjugés lorsqu\u2019on leur dit notre âge, mais pour moi, être vieux c\u2019est à partir de 80 ans parce qu\u2019on peut vivre jusqu\u2019à 100 ans aujourd\u2019hui ! », soutient Mme Nguyen.Sa sœur, Thuy Lien Nguyen rejoint la discussion.Nutritionniste de profession, à 57 ans, elle vient tout juste de reprendre les études à l\u2019université.Son désir était de se mettre à niveau et d\u2019apprendre de nouvelles choses.« Ça fait 30 ans que j\u2019ai eu mon baccalauréat, c\u2019est parfois un peu difficile de retourner étudier avec des jeunes qui ont le même âge que tes enfants.Mais il fallait que je fasse ce pas ! Avec les sujets que j\u2019apprends, j\u2019ai l\u2019impression de revivre, bien que le rythme d\u2019apprentissage soit plus intense.» Prise de conscience Dans toute cette réorganisation de sa vie, Thuy Lien Nguyen pratique elle aussi le Qi Gong, trois fois par semaine en plus de quelques exercices de physiothérapie pour contrer ses problèmes de mobilité dus à l\u2019arthrose et à des blessures héritées d\u2019une carrière dans les Forces armées canadiennes.« Avec ce retour aux études, c\u2019est peut-être une façon de me dire que je ne veux pas vieillir.En général, je ne dis pas mon âge aux autres étudiants parce qu\u2019ils me disent que j\u2019ai l\u2019air jeune, donc j\u2019en profite ! », s\u2019amuse-t-elle.S\u2019ils sont quotidiennement avec des aînés pour pratiquer leurs activités, cela ne signifie pas qu\u2019ils ne ressentent pas une stigmatisation lorsqu\u2019ils rencontrent d\u2019autres personnes.Raymond Bernier donne l\u2019exemple des fois où il doit prendre les transports en commun.« Tu sens que tu es « La retraite, le début du bonheur ! » « Je vois plutôt la vieillesse à travers mes amis. » Lea?Chau?Nguyen « Quand ils étaient petits, nous avons été patients avec eux, maintenant c\u2019est à leur tour de l\u2019être avec nous.Ils comprendront quand ils seront rendus à notre âge » Thuy?Lien?Nguyen?PAR ALEXANDRA GUELLIL 15 1er juin 2017 | ITINERAIRE.CA PORTRAITS P H O T O ? : ?A L E X A N D R A ?G U E L L I L Lea Chau Nguyen, Raymond Bernier et Thuy Lien Nguyen Denise Cusson a été sexologue dans un bureau privé pendant plus de vingt ans avant de prendre sa retraite.Sa clientèle était victime d\u2019abus sexuels ou psychologiques.Formée en criminologie, elle a aussi travaillé à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) quelques années.« La mauvaise DPJ, c\u2019était moi ! », ironise-t-elle.À 73 ans, Denise Cusson n\u2019a pas perdu son bagout.Ses journées sont encore très marquées par ses anciennes activités professionnelles.Dès le matin, elle procède à une lecture de la presse nationale et internationale jusqu\u2019aux environs de 7h30 principalement parce qu\u2019elle regrette le manque d\u2019intérêt des médias québécois pour l\u2019actualité internationale.Un souci médiatique qu\u2019elle a acquis après avoir vécu plus de dix ans en Europe.« Ça fait partie de ma routine avant d\u2019aller à la gymnastique au YMCA, trois fois par semaine », ajoute-t-elle.Une fois sa revue de presse effectuée, elle enchaîne sur toutes ses activités sociales qu\u2019elle qualifie « d\u2019extrêmement importantes ».La plupart de ses amis sont dans sa moyenne d\u2019âge, entre 65 et 75 ans, « ils travaillent, sont propriétaires, ont des magasins ou peu importe.Ils sont aussi actifs que moi ».La famille compte aussi beaucoup pour Mme Cusson qui réserve au minimum deux jours par semaine à ses petits-enfants de 11 et 12 ans.Deux façons de vieillir De façon ponctuelle, Mme Cusson aime rappeler qu\u2019elle participe encore activement à la société.« Pendant très longtemps, je me suis occupée d\u2019enfants abandonnés.Aujourd\u2019hui, j\u2019aide de façon plutôt indirecte des familles haïtiennes ou syriennes en effectuant des dons de livres ou de vêtements », détaille-t-elle avant d\u2019affirmer « que le temps passe tellement vite quand on vieillit ».Si son corps lui rappelle souvent son âge, Mme Cusson est persuadée que « la vie est bien faite ».Pour elle, la mort doit rester un choix personnel qui revient non pas au personnel médical, mais bien à la personne concernée.« Je crois que c\u2019est quand on a plus de rêves ou d\u2019espoir que l\u2019on doit partir.C\u2019est ce qui est arrivé à mon frère qui est mort d\u2019un cancer ou même à mon père qui était cardiaque.C\u2019est eux qui ont décidé de partir, pas la société ! » Elle ne dit que très rarement son âge pour ne pas « vieillir de façon sociétale », ce qu\u2019elle définit comme la première façon de vieillir.« Quand on dit notre âge, les gens ont tendance à être plus attentifs, comme si j\u2019allais m\u2019péter la gueule sur le trottoir en marchant ! Bref le regard des autres est différent.Je peux en rire aujourd\u2019hui parce que je peux me déplacer, mais parfois cela peut être irritant.» Mme Cusson explique que dans sa tête, elle peut se permettre d\u2019aller danser le soir ou de faire toutes les activités possibles, mais le lendemain elle aura plus de mal à récupérer.L\u2019ancienne sexologue prend l\u2019exemple du clitoris qu\u2019elle considère comme la seule partie de l\u2019organe reproducteur féminin qui ne vieillit pas.« Après une relation sexuelle, le risque le plus important avec l\u2019âge, c\u2019est de prendre plus de temps à récupérer en plus de possiblement avoir une irritation vaginale s\u2019 il n\u2019y avait pas de lubrifiant ! Le corps vieillit, il n\u2019est plus autant capable qu\u2019à 20 ans\u2026 Cela ne sert à rien de se le cacher.» La seconde façon de vieillir est liée, selon Denise Cusson, au traitement réservé aux aînés qui résident dans un « home », autrement dit les résidences pour personnes âgées.Elle explique son raisonnement par les propos d\u2019une femme de 101 ans dont elle s\u2019occupe de temps en temps.« Elle est aussi brillante et allumée que vous et moi.C\u2019est une Française qui a fait la guerre.Elle s\u2019en souvient très bien encore.Mais elle vous le dirait aussi, quand vous n\u2019êtes stimulés que par la parole, c\u2019est à ce moment-là que vous devenez vieux ! » Mme Cusson finit par avoir un regard critique sur les règles imposées dans ces résidences.Quant à la question de savoir si ces personnes ont encore un poids politique et sociétal, elle reste nuancée.« Ce pouvoir ne fonctionne que pour une certaine minorité ! Les baby-boomers d\u2019autrefois, il faut l\u2019admettre sont plus actifs aujourd\u2019hui qu\u2019avant, mais la maladie et le corps sont un frein pour beaucoup d\u2019autres personnes.» « Le temps passe vite quand on vieillit ! » PAR ALEXANDRA GUELLIL « Je me considère comme une personne vieillissante parce que mon corps ne répond plus.Quand il a fallu que j\u2019enlève la neige sur mon balcon, je me suis fait un tour de rein, aujourd\u2019hui, je suis des séances de physio. » 16 ITINERAIRE.CA | 1er juin 2017 P H O T O ? : ?A L E X A N D R A ?G U E L L I L occupé dernièrement de retirer l\u2019abri Tempo.J\u2019ai eu beau lui dire d\u2019aller doucement, quand je suis sortie l\u2019aider, il avait déjà fini.C\u2019est un gars qui est encore très dynamique, merci mon Dieu !» En ce qui concerne les décisions politiques et sociétales, Silva Miquelina est convaincue qu\u2019elle a encore son mot à dire.C\u2019est en partie la raison pour laquelle elle se sent concernée par les débats et décisions politiques prises dans sa circonscription, Anjou.« Cela fait 29 ans que j\u2019y habite, j\u2019ai toujours voté ici et je connais les élus locaux.Avec le redécoupage électoral de 2015, ils m\u2019ont pitchée à la Pointe-de-l\u2019Île.Je leur ai dit que je ne connaissais personne quand ils m\u2019ont donné le bulletin de vote.J\u2019ai voté pour une personne que je ne connaissais pas.Je me suis donc plaint à Élections Canada en leur disant que la moindre des choses aurait été de consulter les électeurs.Je trouve ça imbécile de voter pour une personne que je ne connais pas.» Citoyenne encore très engagée dans sa communauté, Silva Miquelina ne mâche pas ses mots : lorsqu\u2019elle a l\u2019occasion de dire ce qu\u2019elle pense, elle le fait sans hésiter.Pour Mme Miquelina, c\u2019est souvent en regardant la télévision qu\u2019elle ne se reconnaît pas en tant qu\u2019aînée.Elle se souvient avoir assisté à la dégustation des repas offerts dans les CHSLD proposée par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.Si les médias en ont parlé plutôt négativement en mettant en avant le show politico-mé- diatique, elle en garde plutôt un bon souvenir.« Je finirai probablement dans un CHSLD parce que je n\u2019ai pas d\u2019enfant.Je demande juste au Bon Dieu de me garder toute ma tête quand mes jambes me lâcheront.Et vous voulez que je vous dise, même si ce n\u2019est pas évident aujourd\u2019hui, il ne faut pas cesser de servir et d\u2019aider les autres.» Exception faite de ses problèmes d\u2019arthrose, Silva Miquelina ne se sent « pas si vieille que cela ».Dans sa tête, elle est même persuadée d\u2019avoir encore 50 ans alors que sur les papiers, elle en a vingt-deux de plus.« Des fois, je pense même que j\u2019ai encore 40 ans.Ce sont mes vieux os qui me rappellent que ce n\u2019est plus le cas », s\u2019amuse-t-elle.Silva Miquelina a des journées « rock\u2019n\u2019roll » parce qu\u2019elle a encore plein d\u2019énergie à revendre et aime apprendre de nouvelles choses.« Avant de vous rencontrer, j\u2019ai donné un cours de portugais parce que c\u2019est ma langue maternelle.Puis, j\u2019ai travaillé avec ma congrégation religieuse qui a eu besoin de mes services.J\u2019ai fait aussi beaucoup d\u2019activités à la maison ! », décrit-elle en faisant faire le tour de son domicile.Silva Miquelina continue à travailler parce qu\u2019elle reçoit une petite pension de retraite et aime rencontrer de nouvelles personnes.Elle a le sentiment d\u2019être plus que jamais utile à la société.« Comme je travaille avec les Sœurs, je n\u2019ai jamais eu de remarques concernant mon âge, au contraire.Elles sont très gentilles et compréhensives », explique-t-elle.Mme Miquelina a décidé de consacrer son vendredi à ses activités personnelles comme le jardinage sans oublier ses séances hebdomadaires d\u2019aquaforme, d\u2019acupuncture et de physiothérapie.« J\u2019ai appris à accepter que certaines de mes activités quotidiennes me prennent plus de temps.C\u2019est la vie, je vieillis.Aujourd\u2019hui, c\u2019est plus difficile pour moi de me rendre au sous-sol de ma maison alors qu\u2019avant je pouvais y aller en courant.» « C\u2019est quand j\u2019ai mal que c\u2019est plus difficile » Mme Miquelina vit avec son mari qui fêtera ses 72 ans au mois d\u2019août.À deux, ils avouent être conscients qu\u2019ils vieillissent, c\u2019est pour cela qu\u2019ils prennent soin l\u2019un de l\u2019autre en veillant, par exemple, à ce que chacun prenne ses médicaments.« Lui, c\u2019est un gars très actif.Il s\u2019est « Pas si vieille que cela ! » PAR ALEXANDRA GUELLIL « Je travaille encore.Je fais du travail de secrétariat, mais aussi de traduction.J\u2019en suis encore capable et j\u2019aime me rendre utile ! » « On a toujours des préjugés sur les immigrants, mais dans le métro, c\u2019est souvent eux qui me cèdent leur place assise.Et plus les gars que les filles.Je m\u2019en fous qu\u2019on me dise que je suis vieille, je ne peux pas rester debout longtemps! Ceux qui se lèvent ont tout simplement été bien élevés par leur mère. » 17 1er juin 2017 | ITINERAIRE.CA P H O T O ? : ?A L E X A N D R A ?G U E L L I L Hommage à nos aînés Mourir à la Maison, en toute dignité Inauguration de soins palliatifs à la Maison du Père Nos aînés sont-ils importants pour notre société ?Je dirais qu\u2019ils le sont tous.À 65 ans, ils trouvent un repos bien mérité après des années de travail.Mais au bout d\u2019un certain temps, ils s\u2019ennuient à ne rien faire, eux qui ont travaillé pendant près de cinquante ans de leur vie.Certains se retourneront vers un petit emploi.D\u2019autres feront du bénévolat.Ces mêmes aînés se retrouveront à un moment donné en résidence où, encore, ils s\u2019activeront à faire quelque chose.Parmi ces gens, plusieurs achètent L\u2019Itinéraire, puisqu\u2019avec leurs expériences de vie, ils comprennent par où nous sommes passés.Quelque part, eux-mêmes ont eu, à un certain moment de leur vie, à surmonter des obstacles, mais étaient peut-être mieux équipés que la plupart de nos camelots qui, eux, étaient probablement dans un état de précarité plus fort et moins bien entourés.Lors d\u2019une conférence que j\u2019animais dans une résidence de personnes âgées « Pourquoi vous nous envoyez mourir ailleurs, loin des gens qu\u2019on connaît ?Notre famille est ici.» C\u2019est face à ces questions déchirantes que la Maison du Père a décidé d\u2019ouvrir des chambres de soins palliatifs pour hommes sans-abri.« Ça nous brisait le cœur de devoir envoyer nos gars à l\u2019hôpital, mourir seuls », dit Karine Pons, coordonnatrice des services santé du refuge montréalais qui nous a fait visité ces chambres où règne une atmosphère calme et sereine.En mai dernier la Maison du Père a inauguré deux chambres de soins palliatifs, d\u2019une durée de plus de 15 jours et deux chambres de soins de fin de vie (de plus courte durée) pour les hommes itinérants ainsi que pour les aînés qui habitent en résidence à l\u2019organisme.Pour offrir les meilleurs soins possibles, la Maison du Père a conclu un protocole d\u2019entente avec la Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal qui se rendra sur place pour offrir ses services.Le refuge dispose déjà d\u2019une unité de soins de proximité, qui emploie deux infirmiers et des préposés aux bénéficiaires.Or l\u2019organisme constate qu\u2019avec le vieillissement des hommes sans-abri, ils sont plus nombreux à souffrir de maladies chroniques telles que le diabète, l\u2019insuffisance rénale et les problèmes cardiaques.Ces quatre chambres viennent répondre à un besoin devenu de plus en plus criant.de 70 à 102 ans, on m\u2019a fait savoir que les résidents tricotaient des foulards pour les itinérants de l\u2019Accueil Bonneau.Ce ne sont sûrement pas de jeunes couples avec des enfants et leur job qui auraient le temps de le faire.Ces gens se sentent ainsi utiles et font partie intégrante de notre société.Nous avons besoin d\u2019eux pour leurs expériences, leur sagesse et leurs conseils.Certains de nos camelots arrivent à grands pas à la retraite et eux aussi, par leur expérience, continueront d\u2019assurer la relève des camelots novices.Ils n\u2019ont pour la plupart pas pu mettre de l\u2019argent de côté, et même s\u2019ils toucheront une maigre pension, le travail de camelot leur permettra d\u2019arrondir leurs fins de mois et de garder un contact social continu avec leur clientèle.J\u2019admire ces aînés qui ont participé à ma réinsertion sociale en m\u2019achetant L\u2019Itinéraire pendant plus de dix ans et un jour, mon tour viendra d\u2019aider les gens démunis.« Tout le monde est tellement fier d\u2019offrir ce service ici, lance François Boissy, le directeur général de la Maison du Père.C\u2019est un besoin humain que d\u2019avoir quelqu\u2019un qui te tienne la main quand tu es en fin de vie.Tu n\u2019as pas ça à l\u2019hôpital.Nous sommes heureux de pouvoir offrir à nos gars de mourir en toute dignité.Nous sommes, pour beaucoup d\u2019entre eux, la seule famille qu\u2019 ils ont.» En 2016, la Maison du Père a accueilli et offert des services de réinsertion sociale à quelque 2000 hommes itinérants ou à risque de le devenir.Depuis 40 ans, la Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal offre des soins médicaux et de soutien à des personnes qui choisissent de mourir à la maison.18 ITINERAIRE.CA | 1er juin 2017 INFO CAMELOTS PAR YVON MASSICOTTE REPRÉSENTANT DES CAMELOTS DANS LA COMMUNAUTÉ P H O T O : ?A L E X A N D R A ?G U E L L I L P H O T O : ?L A ?M A I S O N ?D U ?P È R E Michel Desjardins Karine Pons, coordonnatrice des services santé de la Maison du Père P H O T O : ?S I M O N ?P O S N I C Biographie Raôul Duguay L\u2019arbre qui cache la forêt Louise Thériault Les éditions du CRAM - 2017, 508 pages À l\u2019occasion de la publication d\u2019une biographie lui étant consacrée, nous avons rencontré Raôul Duguay dans un café du Plateau Mont-Royal.L\u2019artiste est revenu sur certains passages de sa carrière, et nous a fait part de sa philosophie quant au temps qui passe et au lien intergénérationnel.Une réflexion sur l\u2019essence de la vie.À quel âge vous êtes-vous senti vieux, Raôul ?« À 75 ans, répond-il sans attendre.Je m\u2019en rappelle très bien.Tout à coup, en balayant des feuilles chez nous, je me suis rendu compte que je n\u2019avais plus la flexibilité, la force, l\u2019équilibre.Avant ça, jamais je ne m\u2019étais dit que j\u2019étais vieux.Je suis chanceux car je n\u2019ai jamais eu de maladie grave, mais Je commence donc à penser que je vieillis.» Quand d\u2019autres se sentiraient fatigués, lui n\u2019arrête jamais de travailler, de créer.Parfois jusqu\u2019à 15 heures par jour.Car tous ne savent pas que Raôul Duguay est un artiste accompli et polyvalent : chanteur, oui, mais aussi poète, peintre, sculpteur\u2026 et philosophe.Louise Thériault retrace l\u2019ensemble de son œuvre dans sa biographie : Raôul Duguay, l\u2019arbre qui cache la forêt.Raôul Duguay Bien plus qu\u2019une chanson Un cadeau de la vie Ce livre est le fruit d\u2019un hasard.Un ami peintre et sculpteur de Raôul Duguay voulait entrer en contact avec Serge Fiori afin de présenter une exposition inspirée de ses chansons.Raôul Duguay a alors contacté la maison d\u2019édition de Louise Thériault, qui venait de publier une biographie consacrée au chanteur d\u2019Harmonium.« Je lui ai dit que j\u2019avais appris beaucoup de choses dans son livre, et elle a immédiatement pensé à écrire mon portrait.C\u2019est un cadeau que la vie me fait.Les gens ne me connaissent qu\u2019à travers La bittt à Tibi, et encore\u2026 Je ne suis qu\u2019une chanson, et j\u2019ai tout le temps été réduit à n\u2019être qu\u2019une chanson, aussi belle et symbolique qu\u2019elle soit.Mais on connaît sans doute moins l\u2019ensemble de ma carrière et de mes activités\u2026 » « Je suis le seul Raôul au monde à avoir un accent circonflexe sur le « ô » et ça, j\u2019y tiens ! » 19 1er juin 2017 | ITINERAIRE.CA RENCONTRE AVEC JOSÉE CARDINAL DISTRIBUTRICE P H O T O ?: ?C O U R T O I S I E ?R A Ô U L ?D U G U A Y ?E T ?É D I T I O N S ?D U ?C R A M Chacun est unique L\u2019héritage à transmettre « Ce que je suis aujourd\u2019hui est la somme de tous les êtres humains qui m\u2019ont donné, qui m\u2019ont appris à voir, écouter, goûter, toucher la vie.Ils m\u2019ont appris à apprendre.Et pour ça, parfois, il faut désapprendre.Je suis, tu es, comme chaque être humain, l\u2019aboutissement de l\u2019Histoire de l\u2019humanité.On est là, mais cela ne suffit pas.On doit maintenant être redevable à notre héritage en transmettant à la jeunesse non seulement nos connaissances, mais aussi les valeurs humaines.Le rapport des générations, c\u2019est ce qui donne un sens à l\u2019Histoire, à l\u2019humanité et à l\u2019évolution de l\u2019espèce.» « Un homme lève les yeux vers le ciel par un soir étoilé.Il voit l\u2019infini, il voit les étoiles.Il y en a des milliards et des milliards.Mais l\u2019homme a plus de neurones dans le cerveau qu\u2019il n\u2019y a d\u2019étoiles dans le ciel.Quand tu regardes le ciel, tu sens que tu n\u2019es rien.Mais en ayant conscience de n\u2019être rien, tu deviens tout.Que suis-je, moi, Raôul Duguay, dans l\u2019univers ?Je ne suis rien, mais ce petit rien sent, ce petit rien perçoit, ce petit rien pense.Plus il évolue dans sa conscience, plus il embrasse le tout : la forêt, la nature, l\u2019humanité.Il sait qu\u2019il n\u2019est rien mais il devient conscient qu\u2019il est unique.Les clones de toi ou de moi, il n\u2019y en aura jamais.Quand on découvre ça, ça nous donne une responsabilité.On développe un système de valeurs basé sur la paix, l\u2019amour et la beauté.Quand tu penses que tu n\u2019as rien, que tu n\u2019es rien, tu ne perds jamais rien.Ça donne quoi d\u2019être un milliardaire aux poches remplies de diamants si tu es dans le désert et que tout ce qu\u2019il te faut pour continuer de vivre, c\u2019est un verre d\u2019eau ?Je suis unique dans la culture québécoise, il n\u2019y a que moi qui fais ça, mais il n\u2019y a pas de quoi se péter les bretelles : tout le monde, comme moi, est unique à sa façon.» L\u2019antistar Le choix des valeurs Donner, toujours Le pont entre générations La quête continuelle du savoir « Avant de sortir mon premier disque, La bittt à Tibi, j\u2019étais reconnu comme un poème d\u2019avant-garde.J\u2019ai alors été regardé de haut et on m\u2019a traité de putain parce que je devenais comestible pour 2 millions de personnes au lieu de 200.Pour certains, plus tu es obscur, moins on te comprend et plus tu es considéré comme un génie.Je suis contre ce principe, je préfère rester accessible au plus grand nombre.Je n\u2019ai jamais été dans le star système, je n\u2019ai jamais été nominé à l\u2019ADISQ parce que je n\u2019ai jamais fait partie du jet set des artistes.J\u2019ai eu des demandes, mais je n\u2019ai toujours fait que ce qui m\u2019intéressait de faire, sans me plier aux règles du marché.J\u2019ai été la terreur des imprésarios qui voulaient me placer dans une case.J\u2019ai fait 18 disques en solo et une quarantaine en collectif.J\u2019ai touché à tout parce que mon esprit est ouvert.Aujourd\u2019hui encore, j\u2019aime partager, être étonné.» « Le plaisir est au corps ce que le bonheur est au cœur et ce que la joie est à l\u2019esprit.C\u2019est une leçon que j\u2019ai apprise d\u2019un sage et que j\u2019ai bien retenue.La majorité des gens se préoccupent d\u2019abord du plaisir, et en deuxième lieu d\u2019avoir le plus de bonheur possible.Mais moins de gens vont aller chercher les joies de l\u2019esprit, car ça demande un travail sur soi, une volonté de se développer, d\u2019évoluer.Mon premier principe dans la vie, c\u2019est d\u2019apprendre.La seule affaire que je sais, comme disait Socrate, c\u2019est que je ne sais rien.Devant les connaissances infinies auxquelles on a accès aujourd\u2019hui, chacun de nous devrait avoir l\u2019humilité de dire qu\u2019il ne sait pas grand-chose.Mais ceux qui vont dire ça sont souvent ceux qui en savent le plus.» « Je suis une des très rares têtes blanches à chanter au Métropolis avec les « hip-hoppeurs ».Anodajay, qui vient comme moi de l\u2019Abitibi, m\u2019a un jour envoyé une lettre dans laquelle il m\u2019expliquait qu\u2019il voudrait me rendre hommage, à moi qui avais rendu hommage à l\u2019Abitibi.J\u2019ai trouvé son texte brillant, intelligent, bien écrit.J\u2019ai tout de suite acquiescé : on voulait tous les deux faire honneur à nos pères, à nos ancêtres, à notre région natale.Et avec sa reprise hip-hop de La bittt à Tibi, il m\u2019a remis sur la carte.Ce pont entre générations est fondamental dans toute société.À un moment donné, j\u2019avais oublié une partie des paroles de la chanson, et je les ai apprises de la bouche d\u2019une petite fille qui la connaissait mieux que moi, grâce à Anodajay.» « Tout ce qui est économique est dans la quantification, quand tout ce qui est humaniste est dans la qualification.Ce sont deux dimensions aussi importantes l\u2019une que l\u2019autre.Mais si quelqu\u2019un a comme seul objectif dans la vie de faire beaucoup d\u2019argent, parce que ça correspond à sa conception de la liberté, alors c\u2019est un danger.Moi, je suis chroniquement pauvre, même s\u2019il y a beaucoup plus pauvre que moi.Être poète, ça ne paye pas.Oui, j\u2019ai été bien payé quand je faisais des spectacles, mais j\u2019ai aussi fait beaucoup de bénévolat.À 78 ans, on me demande encore pourquoi je ne suis pas riche.C\u2019est parce que j\u2019ai choisi mes valeurs.J\u2019aurais pu chanter tout le temps la même chanson, mais je l\u2019ai refusé.Ce n\u2019est pas que ça ne m\u2019intéresse pas, c\u2019est que j\u2019aime mieux porter mon énergie et mon temps sur la création.» « Je n\u2019ai pas peur de la mort.N\u2019est digne de mourir que celui qui a vécu.On ne finit jamais de se développer, on évolue mais il n\u2019y a pas de fin car on a toujours à apprendre.Tout ça me ramène à ma propre finitude.J\u2019ai 78 ans, combien de temps me reste-t-il à pouvoir donner ?Je me tuerai à donner tout ce que j\u2019ai à donner par joie, par plaisir.» £5) 1] Ë on 50 =] A À È ÿ | | 3 A anal ® Lk = pre ES i 4 im ) oo had | Lo Wh, we EA fr DOR vi es id US -\u2014 ji \\ 4 aia ea rare) E11 > il = z Ë Ol we a 5 LN ~~ FL Sie wr a ar CHANT = (7 Voce @ 7e rd \u201cuf ; A es - 4 3 i 5 y i fd À Sn ; LY.JCJ TE A BZA) Mm « FIN ÿ >) ç © =
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