Le devoir, 13 janvier 2020, Cahier A
[" THÉÂTRE Le retour aux sources d\u2019Alain Deneault MARIE LABRECQUE LE DEVOIR S on nom n\u2019apparaît pas sur les marquises, mais l\u2019essayiste Alain Deneault est étonnamment sollicité par le milieu scénique québécois.Dans les prochains mois, Montréal accueillera pas moins de trois spectacles inspirés par ses idées et ses écrits.Sans compter les apparitions vidéo ou audio que le philosophe a faites dans des pièces, d\u2019Extramoyen du Nouveau Théâtre Expérimental, en 2017, au récent Contre la suite du monde à La Chapelle.« Cela fait longtemps que des gens de théâtre m\u2019abordent », constatait, lors d\u2019un passage dans la métropole, le prolifique essayiste, qui enseigne à l\u2019Université de Moncton et vient d\u2019entamer cet automne chez Lux la publication d\u2019une série, Les économies, visant à restituer ses usages polysémiques à cette notion.Juste retour des choses, en un sens, puisque, à l\u2019âge de 20 ans, en 1990, Deneault avait tenté d\u2019être admis au programme d\u2019écriture de l\u2019École nationale de théâtre.« Et on m\u2019avait reproché de faire un théâtre trop social ! On me trouvait d\u2019arrière-garde, parce qu\u2019on disait : \u201cc\u2019est fini, ce théâtre-là\u201d.Je trouve amusant de voir que mes textes inspirent les artistes.» Et c\u2019est lors de sa formation en études théâtrales à la Sorbonne qu\u2019il en est venu à s\u2019intéresser à la philosophie.En s\u2019y frottant aux textes d\u2019Aristote, de Diderot ou de Brecht, l\u2019étudiant a vite compris qu\u2019il cherchait dans le théâtre « tout ce qui m\u2019amenait INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Religion .B6 Société .B5 Sports.B4 Sudoku .B6 MONDE Pied de nez taiwanais, une chronique de François Brousseau B 1 CULTURE De la musique électronique pour les yeux à Igloofest B 8 Une cérémonie commémorative a eu lieu dimanche à Montréal pour rendre hommage aux quelque 200 000 victimes qui ont perdu la vie dans le tremblement de terre qui a secoué Haïti il y a maintenant dix ans.VOIR PAGE A 3 VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Hommage aux victimes du séisme en Haïti HÉLÈNE BUZZETTI CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Que les citoyens intéressés par l\u2019élargissement de l\u2019aide médicale à mourir se le tiennent pour dit: ils ne disposent que de deux semaines pour donner leur point de vue à Ottawa.Le gouvernement fédéral entame aujourd\u2019hui une série de consultations avant de modifier sa loi pour se conformer à un récent jugement de la Cour supérieure du Québec.Et il y a une surprise au menu puisqu\u2019il s\u2019enquerra aussi de l\u2019opinion de la population à propos des « directives anticipées», sujet controversé s\u2019il en est un.Le gouvernement de Justin Trudeau a mis en ligne lundi matin un court questionnaire auquel les citoyens sont invités à répondre d\u2019ici le 27 janvier.Parallèlement, les ministres de la Justice (David Lametti), de la Santé (Patty Hajdu) et de l\u2019Inclusion des personnes handicapées (Carla Qualtrough) tiendront des tables rondes avec des intervenants du milieu un peu partout au Canada.La première a lieu lundi à Halifax et la seconde se tiendra mardi à Montréal.Les séances ne sont pas ouvertes au public.Ottawa doit déjà modifier sa loi, adoptée il y a trois ans et demi, parce que la Cour supérieure du Québec l\u2019a invalidée (tout comme celle de Québec) le 11 septembre dernier.La Cour a jugé les lois inconstitutionnelles parce que réservées aux personnes dont la mort est raisonnablement prévisible (critère fédéral) ou qui sont en fin de vie (critère de Québec).La Cour a ainsi donné raison à Nicole Gladu et Jean Truchon, deux personnes atteintes de maladies dégénératives graves les faisant beaucoup souffrir, mais ne les condamnant pas à court terme.La juge a donné au législateur un sursis de six mois, soit jusqu\u2019au 11 mars, pour adapter la loi.Dans son questionnaire mis en ligne lundi, Ottawa demande aux citoyens si des mesures de protection additionnelles devraient être instaurées dans un contexte où des personnes n\u2019étant pas en fin de vie pourraient elles aussi réclamer la mort.Ottawa fait huit suggestions, notamment : obliger le médecin traitant à discuter de la demande AIDE MÉDICALE À MOURIR Ottawa sonde la population sur les directives anticipées CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR La colère reste vive en Iran Des manifestations réprimées par les forces antiémeutes ont secoué plusieurs villes du pays VOIR PAGE A 2 : THÉÂTRE Personne, ou presque, dans l\u2019espace public ne porte un discours sur notre rapport à l\u2019institution, sur le lien social, sur l\u2019aliénation\u2026 ALAIN DENEAULT » VOIR PAGE A 5 : AIDE VOL.CXI NO 3 / LE LUNDI 13 JANVIER 2020 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ ACTUALITÉS 36,6 oC, la nouvelle référence de la température corporelle des humains A 8 Des manifestations contre le régime iranien ont sévi tout le week-end à Téhéran et se sont étendues, dimanche, à d\u2019autres villes d\u2019Iran, pour protester contre l\u2019abattage accidentel de l\u2019avion d\u2019Ukraine International Airlines par un missile iranien, qui a fait 176 morts, dont de nombreux Canadiens.Le gouvernement de Téhéran a déployé la brigade antiémeute dans les rues de la ville dimanche en soirée pour contrer ces manifestations qui ont été désapprouvées par le régime.La police a de nouveau fait usage de gaz lacrymogènes contre les manifestants, selon The Guardian.Plus tôt ce week-end, l\u2019ambassadeur britannique à Téhéran, Rob Macaire, avait d\u2019ailleurs été interpellé par le régime pour avoir participé à une célébration à la mémoire des disparus dans la catastrophe aérienne.Et dimanche, des manifestants prorégime ont brûlé un drapeau britannique et un drapeau VOIR PAGE A 4 : IRAN ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 13 JANVIER 2020 En association avec : Dr Guy Breton Recteur Université de Montréal 14 février de 11 h 30 à 13 h 30 Palais des congrès de Montréal Achetez vos billets >>> ccmm.ca/guybreton Présenté par En collaboration avec : Universitaire et artiste à la philo ».Le philosophe considère également que l\u2019essai et la conférence relèvent, d\u2019une certaine façon, des arts.Pour lui, ce genre littéraire qu\u2019est l\u2019essai doit ainsi se soucier du style, lequel « donne implicitement au lecteur toutes les clés pour comprendre où [l\u2019auteur] se situe par rapport à une question ».Quant à la conférence, qui comporte une adresse au public, « de l\u2019émotion et une organisation du discours », il y voit un genre scénique à part entière.Le philosophe, dont les travaux ont aussi alimenté un roman graphique \u2014 Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit-déjeuner, de François Sam- son-Dunlop \u2014 estime que les artistes occupent un espace laissé largement vacant par les universitaires.« Personne, ou presque, dans l\u2019espace public ne porte un discours sur notre rapport à l\u2019institution, sur le lien social, sur l\u2019aliénation\u2026 » Tout en soulignant qu\u2019il parle en termes de tendance (il s\u2019en prend aux structures plutôt qu\u2019aux individus, nuancera-t-il plus tard), le polémiste déplore que « les universitaires sont souvent plus occupés à obtenir des subventions \u2014 et à être surchargés de toutes sortes de tâches.De toute façon, ce n\u2019est pas bien vu par les pairs de passer du temps à parler en société, plutôt que d\u2019écrire des articles scientifiques pour leur communauté.Ce qui est triste, c\u2019est de voir que les contribuables financent des travaux qui mériteraient d\u2019être livrés d\u2019une manière accessible au public.» Brûlot Que le théâtre utilise ses textes comme matériau ne surprend donc pas Alain Deneault \u2014 mais la quantité, oui.Le penseur ignorait même, avant que je lui en parle, l\u2019existence de Cœur minéral, qui sera diffusée à l\u2019Usine C, à la mi-mars, par une production suisse.Une pièce de Martin Bellemare nourrie notamment par le brûlot de l\u2019essayiste, Noir Canada, sur l\u2019industrie minière et « la complaisance des autorités canadiennes».L\u2019éditeur a beau avoir cessé de rendre le livre disponible, en raison d\u2019une entente à l\u2019amiable « entre deux parties aux moyens absolument disproportionnés, les 5000 exemplaires qui ont été publiés, plus toutes sortes de versions pirates, circulent encore ».Et ses thèses continuent de vivre sous différentes formes.L\u2019auteur estime d\u2019ail- HELEN MOKA UGO GIGUÈRE LA PRESSE CANADIENNE Des pannes d\u2019électricité et des conditions routières difficiles ont caractérisé la journée de dimanche, après que le Québec a reçu des précipitations mêlées de verglas et de neige.Le Québec et les Maritimes n\u2019ont pas échappé à l\u2019important système dépressionnaire qui a pris naissance dans le sud des États-Unis, entraînant tout un cocktail météo dimanche.«La bande de précipitations partait du Texas et touchait en même temps le Texas et le Québec.C\u2019est vraiment un très vaste système qui a touché tout l\u2019est du continent », explique le météorologue Simon Legault, d\u2019Environnement et Changement climatique Canada.Des dizaines de vols ont dû être annulés à l'aéroport Montréal-Trudeau.Dans la grande région de Montréal, la pluie verglaçante s\u2019est transformée en neige à partir de la fin de l\u2019avant-midi.En Outaouais, le grésil mêlé à de la pluie verglaçante a cessé en après-midi.Si on a évité le pire dans le sud du Québec puisqu\u2019il est tombé plus de grésil que de pluie verglaçante au cours de la nuit de samedi à dimanche, la situation était tout autre dans l\u2019est de la province, où l\u2019on a carrément eu droit à une tempête hivernale.Entre 20 et 30 centimètres de neige se sont abattus sur les régions de Québec et de Charlevoix.La journée de dimanche a aussi été marquée par de nombreuses pannes d\u2019électricité.Hydro-Québec en rapportait en matinée 125, touchant plus de 137 000 clients.Une très forte majorité des abonnés touchés se trouvaient en Montérégie, dans les secteurs de Longueuil, de Brossard, de Saint- Lambert et de la Vallée-du-Richelieu.Ce nombre a diminué en cours de journée pour atteindre quelque 14000 abonnés au moment où ces lignes étaient écrites à 21h.Ce sont les lignes à haute tension qui traversent des corridors de forts vents qui sont les principales responsables de la situation, selon le porte-parole de la société d\u2019État, Louis-Olivier Batty.« On a un effet combiné entre le grésil et les forts vents.Un effet où les lignes, dans les grands corridors de vent, vont faire du galopage.C\u2019est un phénomène que l\u2019on connaît très bien, mais ça affecte la possibilité de garder ces lignes-là en tension », dit-il.Ce « galopage » est l\u2019effet de balancement des fils qui en viennent à se frapper les uns contre les autres.Plus de 250 employés d\u2019Hydro-Québec ont été mobilisés sur le terrain pour rétablir le service.Routes fermées L\u2019effet de ce cocktail météo s\u2019est fait sentir sur le réseau routier, particulièrement au sud du fleuve Saint-Laurent.Plusieurs tronçons de route ont été fermés dans la région de Chaudière- Appalaches.Les conditions exécrables ont notamment forcé la fermeture de l\u2019autoroute 20 dans les deux directions entre Lévis et Montmagny.D\u2019autres routes ont aussi été fermées, dont un tronçon de la route 132 dans le secteur de Montmagny, ainsi qu\u2019un tronçon de la route 218 entre Saint- Henri et Saint-Charles-de-Belle- chasse, de même qu\u2019un tronçon de la route 281 entre Saint-Michel-de-Belle- chasse et Saint-Raphaël.Plus au sud, dans la grande région de Montréal, les automobilistes ont dû être extrêmement vigilants.L\u2019autoroute 40, en direction ouest, a dû être fermée durant quelques heures dans le secteur du kilomètre 22 à Saint-Lazare à la suite de l\u2019enlisement d\u2019un camion dans le terre-plein central.De nombreuses sorties de route ont été répertoriées, notamment dans le secteur de Vaudreuil, à l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal, ainsi qu\u2019un peu partout en Montérégie, le long du fleuve sur les autoroutes 20 et 30, selon le ministère des Transports.Les automobilistes de la région de Québec ont dû faire face à une chaussée enneigée avec une visibilité réduite en raison de forts vents.Pas moins de 1700 camions du ministère des Transports ont été déployés sur 32 000 kilomètres de routes du réseau.Ces équipements ont procédé à l\u2019épandage de sel et d\u2019abrasifs, au déglaçage ou au retrait de la neige au besoin.Avec Caroline Montpetit MÉTÉO Pannes d\u2019électricité et conditions routières difficiles au Québec leurs avoir gagné la bataille sur le plan de la pensée politique « puisque nos idées, qui existaient à peine avant que l\u2019affaire n\u2019éclate, sont désormais partagées », se réjouit-il.Une conférence prononcée au Festival TransAmériques en 2017, Bande de colons \u2014 « la prémisse d\u2019un livre qui n\u2019est pas encore écrit » \u2014, a même inspiré deux projets différents.Un toujours en ébauche par Alix Du- fresne et Marc Béland, les créateurs de Hidden Paradise.Et la pièce Bande de bouffons, écrite par Jean-Philippe Lehoux, une « enquête bouffonne sur le thème de l\u2019héritage colonial canadien » dit-on, que le Théâtre du Tandem s\u2019apprête à créer dans certaines Maisons de la culture.Deneault y expliquait que la nomenclature des classes sociales à l\u2019européenne ne convient pas entièrement à nommer la « dynamique socio-histo- rique » en Amérique.« Je pense qu\u2019on a plutôt intérêt à se penser selon la hiérarchie colonisateur, colon, colonisé.En rappelant que les Québécois ne sont pas des colonisés, mais des colons prolétarisés.Le colon, c\u2019est l\u2019exécutant, le subalterne qui tire de menus avantages du projet colonialiste en faisant la basse besogne.» Une position intermédiaire, donc, « très difficile à assumer du point de vue de la conscience, parce qu\u2019il n\u2019est pas vraiment le dominé, comme l\u2019est l\u2019Autochtone.Mais il n\u2019est pas non plus l\u2019actionnaire de sociétés ferroviaires.On est entre l\u2019arbre et l\u2019écorce, parce qu\u2019on profite de la colonie sans en être vraiment responsables.C\u2019est pourquoi on a de la difficulté à l\u2019admettre et à le conceptualiser afin de s\u2019en sortir et de façonner les choses autrement.» Reprenant en boucle une entrevue qu\u2019il a accordée à Marie-France Bazzo sur les conséquences de l\u2019évasion fiscale, Hidden Paradise sera repris en mai au Quat\u2019Sous.Alain Deneault n\u2019a pu voir qu\u2019un premier volet de cette chorégraphie.« Ce que j\u2019aime beaucoup, c\u2019est qu\u2019on y voit vraiment comment le corps participe de la pensée.Et à quel point recevoir un discours politique le travaille.Nom Chomsky dit : les poncifs passent tout droit.Mais il y a des discours, scandaleux, qui changent radicalement notre perspective, qu\u2019on n\u2019est pas prêts à recevoir.Et c\u2019est dans le corps qu\u2019on les encaisse.» Lui-même n\u2019a rien de l\u2019intellectuel désincarné.« Moi, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019être très cérébral, mais on me dit que je suis émotif et que je gesticule beaucoup.En fait, c\u2019est tout un corps qui pense.Sartre l\u2019avait dit : la pensée commence avec l\u2019émotion.Ça peut être de l\u2019indignation, de la curiosité.Et prétendre tenter d\u2019expurger la pensée des passions n\u2019est pas lui rendre service.Je crois que c\u2019est la raison pour laquelle j\u2019ai cette écoute dans le milieu culturel plutôt qu\u2019universitaire.En fait, les universitaires me disent que je suis trop artiste\u2026 » Bande de bouffons Texte : Jean-Philippe Lehoux.Mise en scène: Jacques Laroche.Création du Théâtre du Tandem.Dans plusieurs Maisons de la culture, du 17 janvier au 5 février.Cœur minéral Texte : Martin Bellemare.Mise en scène: Jérôme Richer.Production : Compagnie des Ombres.À l\u2019Usine C, du 17 au 19 mars.Hidden Paradise Idéation et interprétation : Alix Dufresne et Marc Béland.Production : LA SERRE.Au Théâtre de Quat\u2019Sous, du 13 au 23 mai.THÉÂTRE SUITE DE LA PAGE A 1 Alain Deneault estime que les artistes occupent un espace laissé largement vacant par les universitaires.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Quelque 137 000 clients étaient privés de courant en matinée dimanche ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 13 JANVIER 2020 CENSURE En enfer D e longue date, on voudrait bien croire, en toutes sortes d\u2019affaires, que le livre est un porteur du mal et qu\u2019il suffit donc, au besoin, de le brûler pour s\u2019en exorciser.On le voit encore dans ce procès ridicule intenté contre Yvan Godbout, un auteur québécois sans talent particulier, sinon celui de susciter un haut-le-cœur dans un roman où il est question d\u2019un viol impliquant une enfant de neuf ans.Pour ceux qui réduisent les idées aux objets qui les portent, les livres apparaissent avoir tous les défauts humains, ce qui est une façon courante d\u2019en venir à penser comme un singe.Dans la chasse à la pédophilie qui occupe l\u2019actualité en se cristallisant autour de Gabriel Matzneff, la maison d\u2019édition Gallimard atteint, en annonçant qu\u2019elle cesse d\u2019assurer la diffusion du journal de cet auteur, un sommet d\u2019hypocrisie.Car chez Gallimard c\u2019est bien le journal de ce mondain vaniteux et creux, plus que n\u2019importe quoi d\u2019autre de lui, qu\u2019on avait décidé de soutenir depuis quarante ans.Ses romans assommants, Gallimard les a laissés à d\u2019autres.Ils sont publiés à l\u2019enseigne des éditions de La Table ronde, une maison ancrée à droite qu\u2019elle a fini par racheter.L\u2019éloge de la pédophilie qu\u2019expose Matzneff dans ses carnets, c\u2019est bien sous le chapiteau principal de Gallimard qu\u2019on les a fait mousser durant toutes ces années.Pourquoi ?Cette publication d\u2019un écrivain qui n\u2019aime rien tant que de se regarder écrire est le symptôme d\u2019un système où les compromissions, les lâchetés, la complaisance odieuse et les arrangements entre amis sont mis au service des facilités mercantiles qui président à leur publication.Dans sa repentance affichée pour la galerie, c\u2019est de cela aussi que Gallimard ne parle pas.Guy Debord avait un jour critiqué rageusement cet empire de l\u2019édition française, en montrant du doigt le fait que ce n\u2019était, au bout du compte, qu\u2019une entreprise commerciale, c\u2019est-à-dire une structure prête à recueillir à peu près tout sous son aile, pourvu que même les plumitifs élus par ses soins à la notoriété promettent, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, de nourrir son capital financier ou culturel.Durant la Seconde Guerre mondiale, faut-il le rappeler, cette volonté de puissance ira jusqu\u2019à sacrifier des écrivains au nom d\u2019une atmosphère saturée par les idées fascistes.Tout est affaire d\u2019époque, les cibles et les idées variant avec elles.Même Guy Debord finira par être imprimé chez Gallimard.On touche à un autre sommet d\u2019hypocrisie quand, au Québec, le p.-d.g.de la Grande Bibliothèque ressent soudain le besoin de retirer de la collection de l\u2019institution les journaux de Matzneff.Ces livres qu\u2019à peu près personne n\u2019empruntait de toute façon deviennent soudain la caution de vertueuses intentions, comme si on ignorait jusqu\u2019ici ce qu\u2019ils contenaient d\u2019imbécillités pénibles.Devant les vents du présent, on se donne bonne conscience comme on peut.Tant qu\u2019à faire, pourquoi ne pas se demander s\u2019il ne faudrait pas retirer aussi des bibliothèques publiques les carnets et journaux de Gide, où se dessine son amour pour les jeunes garçons, «lorsque l\u2019adolescent commence à découvrir son exigeante nouveauté avec une surprise exquise», et son attirance sexuelle pour des enfants de moins de dix ans?Que fait-on avec les livres de Tony Duvert, restés sur les rayons, alors qu\u2019il se définit lui-même comme «écrivain pédophile»?Faut-il brûler les livres de Guy Hocquenghem, comme on a voulu brûler si longtemps ceux de Sade, quitte à oublier, chez l\u2019un comme chez l\u2019autre, tout ce qu\u2019ils disent sur la marche clo- pinante du monde, sur un mode autrement plus exigeant que ceux de l\u2019insipide Matzneff, jamais occupé, lui, à autre chose que de s\u2019aimer et de faire croire que ses livres valent le détour?Faut-il désormais penser uniquement à Nabokov comme un collectionneur de papillons exotiques plutôt qu\u2019à titre d\u2019auteur de Lolita ?On pourrait aussi se demander s\u2019il est sage de laisser encore emprunter à la Grande Bibliothèque des disques où l\u2019on trouve Serge Gainsbourg chantant Lemon Incest ou Léo Ferré interprétant Petite.Mais non.On ne se demande rien.On retire Matzneff « dans la foulée de la décision des éditions Gallimard » et « pour les mêmes raisons », dit le communiqué officiel.Autrement dit, en vertu de la même hypocrisie ambiante qui confond l\u2019objet avec le sujet.Écrire un livre où il est question de pédophilie est un acte de fait, mais ce n\u2019est pas la pédophilie elle-même.Que je sache, la plupart des pédophiles n\u2019écrivent pas de livres.Et on ne me fera certainement pas croire qu\u2019on devient pédophile pour en avoir lu des éloges, pas plus que je ne deviens croyant en lisant la Bible ou assassin en plongeant mon nez dans le sang qui coule entre les lignes des romans de Patrick Senécal.Le livre est un ennemi si commode et si compact pour s\u2019éviter de discuter du fond des choses.Vous le prenez, vous le jetez.Et il ne vous reste plus, dès lors, qu\u2019à prétendre que les idées qu\u2019il contenait sont parties avec lui, par magie.Ce n\u2019est certainement pas ainsi que la société se mettra à l\u2019abri de la pédophilie.Je regarde toujours avec inquiétude, dans ce qui reste de la bibliothèque de mon père, des livres dont la lecture lui avait été autorisée au préalable par des prêtres au nom desquels la censure ambiante s\u2019exerçait.Nous avons eu ici, très longtemps, le réflexe d\u2019associer les livres aux enfers plutôt qu\u2019à des portes qui ouvraient vers les cieux.En 1964, dans ses Chemins de l\u2019avenir, Lionel Groulx réclamait que nous retournions, tête baissée, vers ce curieux passé.L\u2019historien en soutane y regrettait que les jeunes se mettent à lire Albert Camus, Jean-Paul Sartre ou Simone de Beauvoir.Cette dernière, a-t-on fait valoir contre elle ces derniers jours, avait osé signer une pétition où, dans les années 1970, elle défendait le droit d\u2019exister aux livres de Gabriel Matzneff.Fau- dra-t-il désormais cesser de lire Simone de Beauvoir?JEAN- FRANÇOIS NADEAU Le livre est un ennemi si commode et si compact pour s\u2019éviter de discuter du fond des choses.Vous le prenez, vous le jetez.Et il ne vous reste plus, dès lors, qu\u2019à prétendre que les idées qu\u2019il contenait sont parties avec lui, par magie.LEÏLA JOLIN-DAHEL LE DEVOIR Plusieurs centaines de personnes ont pris part aux commémorations du 10e anniversaire du séisme à Haïti, dimanche à la Tohu.Survivants et endeuillés se sont réunis pour une minute de silence en l\u2019honneur des disparus à 16 h 53, l\u2019heure même où tout a basculé le 12 janvier 2010.Après le silence, le vacarme.Au son des tambours, la foule a été encouragée à faire son propre « goudougoudou », mot haïtien qui désigne le bruit provoqué par les mouvements du séisme.Plusieurs ont ensuite crié des noms de victimes qui sont décédées dans le puissant tremblement de terre où une trentaine de secondes ont suffi pour tuer 200 000 personnes en plus d\u2019en blesser 300 000 autres.« Ayibobo », ont scandé les gens dans les gradins, animés par la maîtresse de cérémonie, Maguy Métellus.Cette exclamation en créole a une signification proche du mot « amen » et se veut « un cri qui exprime la joie et l\u2019exaltation aussi bien que la douleur, les compliments ou la prière », a-t-elle expliqué.«Ce 12 janvier, le bruit et la fureur nous ont engloutis.Certains en sont sortis vivants, d\u2019autres y furent aspirés à jamais», a déclaré au micro Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d\u2019Haïti, qui a coordonné l\u2019événement.«Personne n\u2019a oublié, voilà pourquoi nous sommes ici ce soir, voilà pourquoi nous commémorons.Pour honorer tous ceux qui sont morts», a-t-elle résumé.« Ça a pris tous les Haïtiens.C\u2019est un truc qui est arrivé, comme si tout s\u2019écroulait, tout s\u2019était écroulé», se souvient la cinéaste Laurence Magloire, survivante du puissant tremblement de terre.Lors de la secousse, elle se trouvait dans sa chambre, en banlieue de Port- au-Prince.« J\u2019allais prendre quelque chose et je me suis dit : \u201cIl me semble que je vais tomber par terre.\u201d Ça te jette à terre», raconte-t-elle.« J\u2019ai senti la secousse.Je n\u2019ai rien vu casser autour de moi, dans mon quartier non plus.» Ce n\u2019est que quand elle a reçu un appel de sa fille qu\u2019elle a compris l\u2019ampleur de ce qui s\u2019était produit.« Ma fille m\u2019appelle : \u201cL\u2019hôpital est tombé.L\u2019hôpital de sept étages est devenu un étage\u201d », illustre-t-elle.La cinéaste n\u2019a heureusement perdu personne de sa famille immédiate.Montréalais d\u2019origine haïtienne, Ré- ginald Raymond, comme bien d\u2019autres, a quant à lui eu moins de chance.L\u2019un de ses amis est mort dans la tragédie, écrasé sous un bloc de ciment.« C\u2019est un peu dur, des fois.On est avec des amis et Patrick n\u2019est pas là, il est décédé », regrette-t-il.La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a tenu à souligner les liens qui unissent les Montréalais et la commu- Une cérémonie aux airs de communion à Montréal Une femme brandissant son poing lors de la cérémonie de commémoration organisée dimanche à la Tohu en l\u2019honneur des victimes du séisme VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR AMÉLIE BARON À PORT-AU-PRINCE AGENCE FRANCE-PRESSE Haïti rendait hommage dimanche aux plus de 200 000 victimes du séisme qui, le 12 janvier 2010, a ravagé la capitale et ses environs, où domine l\u2019amertume devant l\u2019échec de la reconstruction et l\u2019instabilité politique.Dès les premières heures de la journée, les Haïtiens se sont rendus nombreux dans les églises pour participer aux messes célébrées à la mémoire des disparus.En présence des membres du gouvernement, de hauts fonctionnaires et de diplomates étrangers, le président haïtien, Jovenel Moïse, a déposé une gerbe au monument commémoratif du séisme, érigé à l\u2019extérieur de la capitale, sur le site où des milliers de victimes ont été enterrées dans des fosses communes.Cette première étape des commémorations officielles a été légèrement perturbée par une poignée de contestataires manifestant contre le pouvoir en place.Puis, le chef de l\u2019État a, dans un discours, appelé à l\u2019unité, dans un contexte de fortes tensions sociopolitiques en Haïti.Le 12 janvier 2010, « nous étions ensemble : nous avons mangé ensemble, nous avons dormi ensemble, nous avons pleuré ensemble, nous avons prié ensemble », a dit M.Moïse.« Dix ans après, Haïti offre malheureusement une autre image au monde.Où est donc passée cette solidarité ?» demande celui dont l\u2019opposition réclame la démission.« Décennie perdue » Il y a dix ans, les trente secondes qu\u2019a duré la secousse de magnitude 7 avaient transformé Port-au-Prince et les villes de Gressier, de Léogane et de Jacmel en champs de ruines, entraînant la mort de plus de 200 000 personnes, en blessant 300 000 autres.Plus d\u2019un million et demi d\u2019Haïtiens s\u2019étaient retrouvés sans logis, plaçant les autorités et la communauté humanitaire internationale devant le colossal défi d\u2019une reconstruction dans un pays sans cadastre ni code de la construction.«C\u2019est une décennie perdue, totalement perdue», affirme l\u2019économiste haïtien Kesner Pharel.«La capitale n\u2019a pas été reconstruite, mais la mauvaise gouvernance ne dépend pas exclusivement des autorités locales: à l\u2019échelle internationale, nous n\u2019avons pas vu ce mécanisme de gestion de l\u2019aide pour permettre au pays d\u2019en bénéficier», souligne-t-il.L\u2019impossible traçabilité des milliards de dollars d\u2019aide que les donateurs internationaux avaient promis de verser dans les semaines suivant la catastrophe accentue l\u2019amertume des survivants, restant à la merci d\u2019une catastrophe qui ne prévient pas.Dix ans plus tard, la reconstruction du principal hôpital du pays n\u2019est toujours pas achevée et le travail des organisations non gouvernementales reste indispensable pour pallier les carences de l\u2019État.Des commémorations teintées d\u2019amertume à Port-au-Prince LES 10 ANS DU SÉISME À HAÏTI nauté haïtienne, notamment lors des moments qui ont suivi la tragédie.« La communauté haïtienne de Montréal n\u2019était pas toute seule à ce moment-là parce qu\u2019il y avait les autres Montréa- lais, qui eux aussi ont dit \u201cprésent\u201d », a- t-elle relaté, saluant la « force et le courage» du peuple haïtien.«La résilience, c\u2019est une belle qualité.Mais il faut avoir de l\u2019aide tout autour pour faire en sorte de ne pas se sentir seul et abandonné », a-t-elle déclaré, rappelant qu\u2019à « Montréal, on sera toujours là ».Beaucoup à faire Plusieurs des personnes présentes estimaient qu\u2019il y a encore beaucoup à faire pour qu\u2019Haïti se reconstruise.Laurence Magloire raconte avoir sondé la population haïtienne lors d\u2019un vox-pop pour commémorer les dix ans du séisme.« Les gens disent qu\u2019ils sont dans de la plus grosse merde qu\u2019avant, rien n\u2019a changé », déplore-t-elle.« Il y a beaucoup de corruption là- bas, je ne sais pas si ça va changer un jour.Un jour, je pourrai retourner en Haïti et dire : \u201cJe suis bien dans mon pays.\u201d C\u2019est mon rêve », espère pour sa part Réginald Raymond.« Nous ne baissons pas les bras.Haïti n\u2019est pas seule face à la violence des inégalités et injustices sociales.L\u2019indécence de ceux qui possèdent plus de la moitié des richesses de la planète est écœurante, mais nous savons que bien des peuples résistent », a déclaré de son côté Mme Métellus.« Et si le prochain goudougoudou venait de nous ?» ajoute-t-elle. LEDEVOIR // LE LUNDI 13 JANVIER 2020 ACTUALITÉS A 4 MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Vers le développement d\u2019opioïdes non addictifs vure par des récepteurs d\u2019une autre nature, mais jamais dans le cas des récepteurs opioïdes.L\u2019élément qui empêchait leur développement dans les cellules : le cholestérol.Les cellules de levure produisent de l\u2019ergostérol, qui remplit une fonction similaire au cholestérol chez les humains.Des chercheurs ont établi que, sans la présence du cholestérol, les récepteurs opioïdes ne peuvent être effectifs.Malcolm Whiteway a donc réalisé qu\u2019en remplaçant l\u2019ergostérol par du cholestérol dans les cellules de levure, celles-ci pourraient créer les effets escomptés.Deux gènes doivent être modifiés pour que des cellules de levure parviennent à produire du cholestérol.« Par la suite, les cellules de levure fabriquant du cholestérol peuvent produire des récepteurs opioïdes qui reconnaissent des agonistes opioïdes.» Biocapteurs Ces cellules sont modifiées par les chercheurs de manière à prendre une couleur verte lorsqu\u2019elles détectent la présence d\u2019opioïdes.« Nous avons donc une méthode rapide permettant de déterminer si les molécules agissent vraiment comme des opioïdes, puisque le biocapteur va nous l\u2019indiquer en devenant vert.Il est donc facile de tester des milliers et des milliers de cellules de levure », explique le chercheur.Pour l\u2019instant, ces « testeurs » fonctionnent relativement bien pour déterminer s\u2019il y a ou non présence d\u2019opioïdes dans les cellules de levure, mais ils ne sont pas encore capables de déterminer s\u2019il s\u2019agit de la variété spécifique d\u2019opioïdes qui intéresse les chercheurs, c\u2019est-à-dire une variante qui ne créerait pas de dépendance.Pour l\u2019équipe de Malcolm Whiteway, la prochaine étape sera donc de concevoir des récepteurs qui prendraient une couleur verte uniquement en présence d\u2019opioïdes non addictifs.« Nous ne détenons pas encore les connaissances pour parvenir à cette étape, explique Malcolm Whiteway.Mais [la maîtrise] du biocapteur est la première étape nous permettant de trouver ce dont nous avons besoin pour nous rendre à cet objectif.» Un objectif qui pourrait avoir des retombées considérables sur la santé publique.Avec Alexis Riopel RECHERCHE ET INNOVATION Une femme invectivant un policier antiémeute lors d\u2019un rassemblement en l'honneur des victimes du vol d'Ukraine Airlines, à Téhéran, dimanche MONA HOOBEHFEKR ISNA VIA AFP « Beaucoup de colère » israélien devant l\u2019ambassade du Royaume-Uni à Téhéran.Selon Vahid Yusecoy, doctorant en sciences politiques à l\u2019Université de Montréal, et spécialiste des politiques iranienne et turque, des informations ont circulé sur les réseaux sociaux iraniens selon lesquelles le gouvernement aurait négligé d\u2019interrompre le trafic aérien le 8 janvier en espérant qu\u2019un avion serait abattu par des roquettes américaines.«Ils ont mis des civils en danger et cela a créé beaucoup de colère, dit M.Yusecoy.Cela fait des années qu\u2019il y a beaucoup de colère parmi les Iraniens.Cela a commencé dans les campus», poursuit-il.Dans la journée de dimanche, le président américain, Donald Trump, a envoyé un message sur Twitter, exhortant, comme il l\u2019avait fait la veille, le gouvernement iranien à ne pas tirer sur les manifestants.« Ne tuez pas vos manifestants, a-t-il écrit.Il a aussi écrit en farsi, langue des Iraniens: «Le gouvernement iranien doit permettre aux groupes de défense des droits de la personne de surveiller et de rapporter les faits sur le terrain concernant les protestations continues du peuple iranien.» M.Yusecoy rappelle qu\u2019en novembre, la répression de manifestations contre le régime, entre autres liées à la hausse du prix de l\u2019essence, a fait au moins 300 morts selon Amnesty International, et jusqu\u2019à 1000, selon des sources américaines.M.Yusecoy relève qu\u2019au cours de ces manifestations, il n\u2019y avait pas de slogans contre les États-Unis, même si ces derniers maintiennent un embargo économique contre l\u2019Iran.Téhéran avait alors a coupé Internet durant sept jours à cause des manifestations, une mesure à laquelle il n\u2019a pas encore eu recours cette fois-ci.Tensions chroniques La tension, chronique, entre ces deux pays ennemis a connu un brusque accès le 3 janvier avec l\u2019élimination d\u2019un important général iranien, Qassem So- leimani, à Bagdad, suivie le 8 janvier de représailles iraniennes à coup de missiles contre des cibles militaires américaines en Irak.Quelques heures plus tard, l\u2019avion ukrainien était abattu après son décollage de Téhéran.Dans ce climat hypertendu, l\u2019émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al- Thani, dont le pays est allié des États- Unis, mais entretient de bonnes relations avec l\u2019Iran, a rencontré à Téhéran le président iranien, Hassan Rohani, et M.Khamenei.« Nous sommes convenus [\u2026] que la seule solution à [la] crise passe par la désescalade et le dialogue», a dit l\u2019émir.La situation demande «plus que jamais un renforcement des relations entre États» de la région, a jugé M.Khamenei.M.Rohani a rencontré également le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Shah Mehmood Qureshi, dont le pays a proposé les bons offices pour tenter de rapprocher l\u2019Iran et l\u2019Arabie saoudite, rival de Téhéran et grand allié des États-Unis.À Washington, le chef du Pentagone, Mark Esper, a affirmé que Donald Trump était toujours prêt à discuter avec l\u2019Iran « sans condition préalable ».Pendant ce temps, huit roquettes se sont abattues dimanche sur une base aérienne irakienne abritant des soldats américains au nord de Bagdad, ont indiqué des sources militaires irakiennes, sans préciser l\u2019origine des tirs.Quatre soldats irakiens auraient été blessés, selon l\u2019armée irakienne.Les sources militaires irakiennes ont assuré qu\u2019aucun soldat américain n\u2019avait été touché.La quasi-totalité des troupes américaines a déjà quitté cette base située dans la région de Balad, après une escalade entre les États-Unis et l\u2019Iran sur le sol irakien.Commémorations Des commémorations en hommage aux victimes de l\u2019écrasement se sont tenues dimanche soir au pays.À Montréal, la communauté iranienne a organisé une veillée en soirée précédée une manifestation durant l\u2019après- midi à Montréal.«Les actions que nous faisons au Québec et au Canada sont toujours en lien avec ce qui se passe en Iran », disait l\u2019une des organisatrices de l\u2019événement, Razieh Razavynia.Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré qu\u2019il était « déchirant » d\u2019écouter les récits des proches des 57 Canadiens qui ont péri dans l\u2019écrasement d\u2019un avion de ligne ukrainien en Iran la semaine dernière.Alors qu\u2019il participait à une cérémonie commémorative pour 13 victimes qui vivaient à Edmonton, dimanche, M.Trudeau a affirmé qu\u2019il avait appris qui étaient ces personnes, ce qu\u2019elles aimaient faire et quels étaient leurs espoirs pour l\u2019avenir.Bien que la tragédie ait durement frappé la communauté irano-cana- dienne, M.Trudeau a affirmé que c\u2019était une tragédie canadienne.«Lorsque le vol 752 a été abattu, les familles ont perdu ceux qu\u2019ils aimaient et notre pays a perdu leur contribution.C\u2019est une tragédie nationale et le pays entier est en deuil» a déclaré le premier ministre.Avec La Presse canadienne et l\u2019Agence France-Presse IRAN SUITE DE LA PAGE A 1 Malcolm Whiteway, dans les laboratoires de la Chaire de recherche du Canada en génomique microbienne dont il est titulaire, à l\u2019Université Concordia MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Des chercheurs montréalais tentent de créer en laboratoire des opioïdes qui, tout en conservant leur effet analgésique, ne créeraient pas de dépendance.Pour ce faire, Malcolm Whiteway, titulaire à l\u2019Université Concordia d\u2019une chaire de recherche du Canada en génomique microbienne, et son équipe font appel à des cellules de levure capables de produire des opioïdes grâce à une manipulation génétique.« On utilise de la levure principalement parce que ce sont des cellules qu\u2019on peut facilement manipuler génétiquement et qui croissent facilement, explique le professeur spécialisé en biologie de synthèse.On les utilise également parce qu\u2019on comprend bien leur mode de fonctionnement.» Les opiacés sont normalement dérivés de l\u2019opium, lui-même issu du latex du pavot.Des opioïdes comme la morphine ou la codéine sont utilisés pour soulager la douleur chronique ou aiguë.Mais ils créent également une grande dépendance en produisant un effet euphorique.Aux États-Unis, plus de 200 000 Américains sont décédés à la suite d\u2019une surdose d\u2019opioïdes de 2000 à 2016.Au Canada, on dénombre 11 500 décès liés aux opioïdes entre 2016 et 2018.Depuis 2017, l\u2019Université Concordia accueille la première fonderie de génomes au Canada, une plateforme technologique qui permet d\u2019accélérer la vitesse des découvertes.Les manipulations liées à la production d\u2019opioïdes sont effectuées par le laboratoire de Vincent Martin, également professeur en biologie synthétique à l\u2019université montréalaise.« Mon laboratoire participe au projet pour son expertise relative à la voie que les cellules de levure empruntent pour reconnaître certains signaux extérieurs », explique Malcolm Whiteway.Cholestérol Pour tenter de découvrir des opioïdes non addictifs parmi les nombreuses variétés produites en laboratoire, Malcolm Whiteway et son équipe ont d\u2019abord dû se munir de cellules de levure « testeurs » possédant des récepteurs reconnaissant les opioïdes.Toutefois, ce n\u2019est pas une mince affaire.Depuis le milieu des années 1990, des scientifiques sont parvenus à remplacer des récepteurs de cellules de le- Ce contenu est réalisé en collaboration avec l\u2019Université Concordia.Aux États- Unis, plus de 200 000 Américains sont décédés à la suite d\u2019une surdose d\u2019opioïdes de 2000 à 2016.Au Canada, on dénombre 11 500 décès liés aux opioïdes entre 2016 et 2018.Enquête en cours Huit autres représentants canadiens se rendront en Iran lundi pour participer à l\u2019enquête sur l\u2019écrasement d\u2019avion.Trois membres de l\u2019Équipe permanente de déploiement rapide d\u2019Affaires mondiales Canada sont arrivés samedi en Iran, où ils s\u2019affairent à mettre en place une base d\u2019opérations pour le gouvernement canadien.Les huit Canadiens devraient arriver en Iran lundi.Selon Affaires mondiales Canada, ces représentants fourniraient une assistance consulaire aux familles des Canadiens, notamment pour identifier les victimes, rapatrier les corps et participer à l\u2019enquête.La Presse canadienne avec la famille du malade ; exiger l\u2019avis d\u2019un troisième expert médical ; soumettre le malade à une évaluation psychologique préalable ; prolonger le délai de réflexion obligatoire, actuellement de 10 jours, entre le moment où la mort est demandée et celui où elle est administrée.Le gouvernement va toutefois plus loin que ce qu\u2019exige le tribunal en interrogeant aussi les citoyens sur les directives anticipées.Deux scénarios sont soumis à la population.Dans le premier, le malade a fait une demande d\u2019aide à mourir en bonne et due forme, mais il se la voit finalement refuser parce qu\u2019il a perdu la capacité de consentir (son état s\u2019est détérioré) pendant la période de réflexion de 10 jours.« Un médecin ou un infirmier praticien devrait-il pouvoir fournir l\u2019aide médicale à mourir à une personne dans ces circonstances ?» Le second scénario étudié par Ottawa risque de susciter un plus grand débat encore.Il porte sur des personnes ayant reçu un diagnostic qui « affectera leur aptitude mentale et mettra en jeu leur capacité décisionnelle, comme la maladie d\u2019Alzheimer ».Si un malade de ce LEDEVOIR // LE LUNDI 13 JANVIER 2020 ACTUALITÉS A 5 ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Le BAPE se penchera dès mardi sur un important projet d\u2019expansion du site d\u2019enfouissement de Sainte-Sophie, au nord de Montréal.La filiale de l\u2019entreprise américaine Waste Management (WM), qui exploite le site, veut y enfouir jusqu\u2019à 18 millions de tonnes de déchets d\u2019ici 2040, ce qui reviendrait à doubler la quantité de détritus stockés sur le site.WM Québec demande l\u2019autorisation du gouvernement du Québec pour ouvrir un nouveau secteur de son site pour l\u2019enfouissement de déchets pour la période 2022-2040, puisque les zones actuellement exploitées seront remplies au maximum de leur capacité dès la fin de 2022, au rythme annuel actuel d\u2019environ 950 000 tonnes de déchets.L\u2019autorisation du projet d\u2019expansion prolongerait donc l\u2019exploitation du site situé à Sainte-Sophie, à l\u2019est de Saint- Jérôme.Le site, qui reçoit des déchets de la région immédiate et des municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) depuis 1964, contient déjà environ 20 millions de tonnes de déchets domestiques, ce qui signifie qu\u2019on pourrait doubler cette quantité sur une période de 18 ans.Selon l\u2019étude d\u2019impact déposée au ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, le projet impliquerait un déboisement de peuplements forestiers et la perte de 180 000m2 de milieux humides.WM ENVIRONNEMENT Le dépotoir de Sainte-Sophie veut doubler sa capacité Le BAPE examinera cette semaine la demande visant à enfouir 18 millions de tonnes de déchets supplémentaires sur le site d\u2019ici 2040 E N B R E F Des Ontariens réveillés par une fausse alerte concernant une centrale nucléaire TORONTO \u2014 Le gouvernement de l\u2019Ontario mènera une « enquête complète » pour comprendre pourquoi les résidents de la province ont été réveillés dimanche matin par une alerte erronée concernant un incident à la centrale nucléaire de Pickering.Le Solliciteur général de l\u2019Ontario a déclaré que l\u2019alerte, qui a été envoyée sur les téléphones portables vers 7 h 30, avait été diffusée par erreur lors d\u2019un exercice de routine mené par le Centre provincial des opérations d\u2019urgence.Le gouvernement ontarien tentera de déterminer les causes de cette erreur « et prendra les mesures appropriées pour éviter que cela ne se reproduise », a affirmé la solliciteuse Sylvia Jones dans une déclaration écrite.La Presse canadienne La course à la direction du Parti conservateur s\u2019amorce lundi La course à la direction du Parti conservateur débute officiellement lundi.Le parti a maintenant établi et publié les règles de cette course, qui incluent des frais d\u2019inscription non remboursables de 200 000$.Les candidats à la direction auront également besoin de 3000 signatures d\u2019appuis de la part des membres du parti.Les candidats ont jusqu\u2019au 27 février pour s\u2019inscrire et auront jusqu\u2019au 25 mars pour répondre aux exigences afin d\u2019être entièrement approuvés.La course au leadership a commencé officieusement à la mi-décembre, lorsque l\u2019actuel chef Andrew Scheer a annoncé qu\u2019il démissionnerait dès que son remplaçant aurait été choisi.Les membres du parti éliront leur nouveau chef le 27 juin lors d\u2019un congrès à Toronto.La Presse canadienne François Legault rencontre ses homologues de l\u2019Atlantique Le premier ministre François Legault se joint à quatre de ses homologues de l\u2019est du pays pour le Conseil des premiers ministres de l\u2019Atlantique à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labra- dor.La ministre des Affaires intergouvernementales, Chrystia Freeland, les rejoindra lundi après-midi.M.Legault prendra part à une séance visant à discuter de la collaboration des provinces de l\u2019Atlantique et du Québec en matière d\u2019énergie propre.D\u2019ailleurs, Énergie NB et Hydro-Québec ont annoncé vendredi une entente qui permettra de vendre plus d\u2019énergie hydroélectrique du Québec au Nouveau- Brunswick au cours des vingt prochaines années.La Presse canadienne La centrale de Pickering, sur le lac Ontario FRANK GUNN LA PRESSE CANADIENNE Deux scénarios explorés AIDE SUITE DE LA PAGE A 1 genre indique dans un document les circonstances dans lesquelles il souhaite, dans le futur, qu\u2019on lui donne la mort, le personnel soignant devrait-il obtempérer sachant qu\u2019à ce moment, le patient ne sera plus en mesure de confirmer son souhait ?Processus accéléré Dans les coulisses, à Ottawa, on dit espérer pouvoir déposer un projet de loi d\u2019ici le début du mois de mars.Il sera à peu près impossible de le faire adopter par la Chambre des communes puis le Sénat à temps pour le 11 mars.Une demande de prolongation du délai sera-t- elle déposée au tribunal ?« On va essayer d\u2019accélérer autant que possible le processus et, quand on arrivera à l\u2019échéance, on verra où on sera rendus et ce qu\u2019on demandera à la Cour », indique au Devoir une source gouvernementale bien au fait du dossier.Rappelons qu\u2019en 2016, le gouvernement de Justin Trudeau avait dû adopter dans l\u2019urgence sa loi légalisant l\u2019aide à mourir, soumis qu\u2019il était à un échéancier imposé par la Cour suprême du Canada.Une prolongation du délai avait alors été demandée et obtenue.Par ailleurs, il est à noter que le questionnaire d\u2019Ottawa n\u2019aborde pas la question des mineurs et des malades dont la souffrance est exclusivement d\u2019ordre psychologique.Ces deux catégories de personnes devraient-elles pouvoir obtenir l\u2019accès à l\u2019aide médicale à mourir qui leur est refusé à l\u2019heure actuelle ?Le gouvernement fédéral avait commandé au Conseil des académies canadiennes des études sur le sujet.Celles-ci lui ont été remises il y a un an, mais elles n\u2019arrivaient à aucune conclusion définitive.Ces questions risquent d\u2019être abordées dans un forum distinct, lorsque le Parlement à Ottawa entamera cet été la révision obligatoire de la loi.Québec promet toutefois des mesures de reboisement, mais aussi de compensation des milieux humides détruits.Mégasites Ce n\u2019est pas la première fois que le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE) évalue un projet d\u2019expansion du site d\u2019enfouissement de Sainte-Sophie.En 2009, à la suite d\u2019un rapport du BAPE portant sur un projet d\u2019expansion pour une période de 25 ans, le gouvernement du Québec avait finalement accordé un certificat d\u2019autorisation pour une exploitation se prolongeant sur 10 ans.À ce moment, le décret du gouvernement, qui autorisait dans un premier temps l\u2019enfouissement d\u2019un million de tonnes chaque année, précisait que «les tonnages annuels maximaux autorisés seront revus à la baisse en tenant compte, notamment, des objectifs de la future politique québécoise de gestion des matières résiduelles».Or, dix ans plus tard, WM Québec réclame le droit d\u2019enfouir la même quantité de déchets, soit un million de tonnes chaque année.Pour le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED), qui a réclamé la tenue d\u2019un examen du BAPE pour le projet d\u2019expansion 2022-2040, ces audiences devraient être l\u2019occasion de réfléchir à la façon dont on gère nos matières résiduelles.« Nous devrions passer à une autre étape dans notre réflexion, parce que l\u2019ère des mégasites d\u2019enfouissement devrait être chose du passé, surtout dans un contexte où on parle de plus en plus de réduction à la source», fait valoir son directeur général, Karel Ménard.Selon lui, il serait même pertinent de mandater le BAPE pour mener un examen « générique » sur la gestion des sites d\u2019enfouissement au Québec, au lieu d\u2019étudier « chaque projet d\u2019expansion à la pièce».Il faut dire que d\u2019autres sites se remplissent rapidement, dont celui de Lachenaie, le seul situé sur le territoire de la CMM, qui pourrait être rempli en 2029.On y enfouit chaque jour 3500 tonnes de déchets, en moyenne.En plus des possibles conséquences sur les sols et sur l\u2019eau, les sites d\u2019enfouissement produisent des émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment sous forme de méthane, un gaz au « potentiel de réchauffement » 25 fois plus élevé que le CO2.Selon le plus récent bilan québécois des émissions de gaz à effet de serre, le secteur «déchets» a produit 5,8% de toutes les émissions de la province en 2017, soit 4,55 millions de tonnes de GES, un chiffre en croissance depuis 2013.Cela équivaut aux émissions moyennes annuelles de 1,8 million de voitures.Dans le cas du site de WM Québec situé à Sainte-Sophie, l\u2019exploitant a déclaré des émissions de GES de 149 540 tonnes en 2018, selon les données du « Registre des émissions de gaz à effet de serre» du gouvernement du Québec.Pour le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, qui a réclamé la tenue d\u2019un examen du BAPE pour le projet d\u2019expansion 2022-2040, ces audiences devraient être l\u2019occasion de réfléchir à la façon dont on gère nos matières résiduelles.FELIPE DANA ASSOCIATED PRESS En 2016, le gouvernement de Justin Trudeau avait dû adopter dans l\u2019urgence sa loi légalisant l\u2019aide à mourir, soumis qu\u2019il était à un échéancier imposé par la Cour suprême du Canada LEDEVOIR // LE LUNDI 13 JANVIER 2020 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin e ministre de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a annoncé que le cours Éthique et culture religieuse (ECR) sera remplacé en 2022 par un cours qui ne portera pas, ou à peine, sur le phénomène religieux.Des consultations ont commencé en ligne, et trois forums de discussions auront lieu en février à Montréal, à Québec et à Trois-Rivières.Le ministre propose huit thèmes, dont la participation citoyenne et la démocratie, l\u2019« écocitoyenneté », la citoyenneté numérique, l\u2019éducation juridique ainsi que le développement de soi et les relations interpersonnelles et l\u2019éducation sexuelle.La religion ne fait pas partie des thèmes suggérés, à moins que le sujet soit abordé sous le thème cultures des sociétés.Il ne fait aucun doute que le cours ECR devait être revu, voire carrément remplacé.Dès son introduction en 2008, il a soulevé la controverse.Il a mécontenté les partisans d\u2019un enseignement religieux confessionnel, tel qu\u2019il était pratiqué dans le passé : un collège privé catholique a même obtenu du tribunal le droit de ne pas le dispenser.Les défenseurs d\u2019une école laïque s\u2019insurgent qu\u2019on puisse s\u2019immiscer dans les croyances personnelles des élèves, et certains croient que l\u2019enseignement de la religion n\u2019a pas sa place à l\u2019école publique.Des conservateurs estiment que le fait de mettre toutes les religions sur le même pied verse dans le relativisme moral et menace l\u2019identité nationale en gommant son caractère chrétien.D\u2019autres ont relevé que le cours ECR n\u2019abordait que marginalement l\u2019athéisme et l\u2019agnosticisme, ne les présentant pas comme des options valables et forçant ainsi une forme d\u2019impératif de la croyance.Enfin, des esprits féministes s\u2019étonnaient que les grandes religions patriarcales soient valorisées à l\u2019école, alors qu\u2019elles discriminent les femmes et qu\u2019elles leur prêchent la soumission.À cela s\u2019ajoutent les difficultés d\u2019ordre pédagogique : des enseignants qui ne sont pas formés pour enseigner la matière et qui, de surcroît, sont parfois réticents à le faire, des contenus mal définis et disparates, du matériel didactique qui étale des stéréotypes sexistes.À notre avis, la plus grande tare du cours d\u2019ECR, c\u2019est de présenter la notion du vivre-ensemble presque exclusivement sous l\u2019angle d\u2019une coexistence des croyants de différentes religions et de la Charte des droits et libertés de la personne, alors que la pleine participation à la société québécoise dépend de valeurs qui ne sont pas l\u2019apanage des religions et qui sont essentiellement laïques.L\u2019humanisme, la démocratie, le civisme et l\u2019éthique font partie de ces valeurs séculières.Il ne s\u2019agit pas toutefois de bannir tout enseignement des religions à l\u2019école, comme le voudraient certains rationalistes.De fait, cet enseignement, dans une perspective culturelle, historique et même politique, est souhaitable, à commencer par le christianisme et le judaïsme qui déterminent beaucoup plus que d\u2019aucuns le croient la culture et la pensée québécoises.C\u2019est affaire de culture générale, certes ; ce sont surtout des connaissances qui s\u2019avèrent essentielles pour comprendre non seulement le passé, mais aussi le XXIe siècle.Or cet enseignement doit être intégré aux cours d\u2019histoire ou d\u2019univers social, non pas à un cours sur la citoyenneté.Pour l\u2019heure, le ministre Roberge a annoncé qu\u2019il fait table rase, mais il ne nous dit pas par quoi il remplacera le cours d\u2019ECR.Il doit préciser quels sont les objectifs du nouveau cours, quel en sera le fil conducteur ou l\u2019épine dorsale et ce qu\u2019il adviendra de l\u2019enseignement des religions.Paul Germain Maire de Prévost Ces derniers jours, on casse beaucoup de sucre sur le dos des villes de banlieue en véhiculant de fausses informations ou à tout le moins des raccourcis intellectuels plus que discutables.On rapporte que les banlieues accapareraient des territoires agricoles pour faire du développement immobilier irréfléchi.Depuis plus de 40 ans, la Loi sur la protection du territoire agricole, la Commission de protection de la protection du territoire agricole et l\u2019Union des producteurs agricole ré- gulent de façon très serrée tout dé- zonage.Tout n\u2019est pas parfait, mais la réalité est à des lieues du discours ambiant.On prétend aussi que les MRC de la deuxième couronne ne font rien pour freiner l\u2019étalement urbain.La MRC Rivière-du-Nord, comme la plupart des MRC de la périphérie métropolitaine, a adhéré à l\u2019orientation 10 imposée par Québec qui a pour effet essentiellement d\u2019empêcher la construction de nouvelles rues dans les secteurs sans services; d\u2019obliger les secteurs desservis à obtenir 14 logements à l\u2019hectare, ce qui implique un changement radical du tissu villageois qui varie actuellement entre 2 à 7 logements à l\u2019hectare; de limiter le périmètre urbain, tant qu\u2019il n\u2019y a pas de saturation complète de ce dernier.La réalité est que les villes périur- baines font maintenant des efforts dans la lutte contre l\u2019étalement urbain, mais aussi que ces nouvelles dispositions dans nos schémas d\u2019aménagement créeront des problèmes structurels.Beaucoup de villes de banlieue bouclaient leur budget avec les revenus que la croissance immobilière apportait.Il s\u2019agit d\u2019un manque à gagner qui peut représenter facilement 3 à 5% du budget annuel qu\u2019il faudra tous les ans compenser.La densification de nos espaces villageois, le vieillissement de nos infrastructures, une richesse foncière déficiente, nos villes possédant peu d\u2019industries et de commerces, et la plus grande place que nous devons faire au transport collectif, nécessiteront des investissements majeurs dans nos milieux de vie.Déjà que nous participons au financement des trains de banlieue et du métro, comment ferons-nous pour développer adéquatement nos propres réseaux de transport?Nos régions ont aussi leur propre économie, leur propre milieu de vie.Faire du développement durable, c\u2019est aussi créer des emplois dans nos villes pour que nos citoyens puissent travailler près de leur milieu de vie.La vision montréalocen- triste du Québec doit céder la place à une vision polycentrique, où chaque communauté tire son épingle du jeu à travers des principes de développement durable.Les principes que l\u2019on veut appliquer pour la métropole doivent aussi s\u2019appliquer dans nos pôles régionaux existants.Quoi qu\u2019en pensent ceux qui ont négocié le dernier pacte fiscal, ce dernier ne permettra pas aux villes périurbaines de faire face à la restructuration économique, urbanistique et environnementale qu\u2019elles doivent prendre.Vous voulez régler le problème d\u2019étalement urbain?Donnez-nous les moyens financiers d\u2019agir sur nos milieux de vie et il n\u2019y en aura plus.Et s\u2019il vous plaît, cessez de blâmer les villes de banlieue pour le manque d\u2019attractivité de Montréal.Ce problème se règle chez vous, pas chez nous.Le « Megxit » Il apparaît de plus en plus évident que le prince Harry et son épouse, Meghan Markle, ont l\u2019intention de s\u2019éloigner de la monarchie britannique, voire de s\u2019en séparer complètement, une intention qui laisse le Royaume-Uni en émoi, à tel point que le choc a relégué au second plan le vote historique des députés britanniques qui ont donné leur feu vert à la sortie du Royaume-Uni de l\u2019Union européenne après trois ans et demi de déchirements.Du côté du palais de Buckingham, la reine Élisabeth II, 93 ans, grand-mère de Harry, reconnaît avoir été prise de court par la diffusion du message explosif du duc et de la duchesse de Sussex annonçant qu\u2019ils avaient décidé de renoncer à leur rôle de premier plan au sein de la famille royale britannique pour s\u2019installer une partie de l\u2019année en Amérique du Nord.Ce n\u2019est pas d\u2019hier que le couple princier évoque ouvertement sa difficulté à vivre la pression médiatique, le prince Harry, sixième dans l\u2019ordre de succession au trône, ayant fait part de la crainte qu\u2019il éprouve que sa femme ne subisse le même sort que sa mère, la princesse Diana.Or, quels que soient les moyens utilisés par Harry et Meghan pour s\u2019éloigner de la royauté, l\u2019aura de Buckingham continuera de briller au-dessus de leur tête couronnée.À mon avis, le couple princier est condamné à subir la pression médiatique et, quel que soit l\u2019endroit où il s\u2019établira, un appareil photo surgira de nulle part pour croquer son visage ! Henri Marineau Québec, le 12 janvier 2020 Étalement urbain : mythes, réalités et enjeux économiques LIBRE OPINION LETTRES ÉTHIQUE ET CULTURE RELIGIEUSE Repartir sur de meilleures bases ACCÈS AU LOGEMENT Des promoteurs révoltants a « nouvelle tendance » en immobilier est tout simplement révoltante.Des promoteurs sans grande sensibilité pour le respect du droit à l\u2019égalité mettent en marché des projets destinés aux 50 ans et plus.Ces projets conçus pour les professionnels sans enfants et les retraités en bonne santé se multiplient, surtout sur la Rive-Sud et la couronne nord de Montréal, révélait samedi Le Devoir.C\u2019est le comble de l\u2019égoïsme pour une génération narcissique qui s\u2019accroche à ses privilèges, car il ne devrait pas y avoir de méprise sur la clientèle ciblée par ces projets.Même si le critère de 50 ans et plus englobe partiellement des représentants de la génération X, ces projets s\u2019adressent, en tout premier lieu, à des boomers fortunés qui veulent vieillir entre eux dans leurs îlots de quiétude.Posons les termes du débat à l\u2019envers pour un instant.Et si un jeune promoteur tout feu tout flamme avait la hardiesse de mettre en marché un projet destiné aux millénariaux, en refusant de répondre aux questions des acheteurs potentiels à la chevelure grise nés au XXe siècle ?Les bâtisseurs de la Révolution tranquille exigeraient sans doute une commission d\u2019enquête pour faire la lumière sur cette scandaleuse affaire « d\u2019âgisme ».C\u2019est bien une affaire de discrimination fondée sur l\u2019âge qui se trame derrière cette nouvelle mode.Non seulement elle est contraire aux objectifs de mixité sociale qui sont à la base des politiques de logement, mais elle risque d\u2019accroître les barrières à l\u2019entrée et d\u2019aggraver la crise du logement pour les nouveaux acheteurs qui auraient l\u2019infortune d\u2019être jeunes ou d\u2019avoir des enfants.L\u2019étape suivante dans ce nouveau phénomène de ségrégation immobilière, ce sera quoi ?Dans le domaine du logement, la discrimination fondée sur l\u2019âge est interdite par la Charte québécoise des droits et libertés.Cette affaire interpelle directement la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, mais ses interventions ne seront pas suffisantes pour mettre un terme à ces pratiques inacceptables.La Commission règle ses dossiers au cas par cas à partir des plaintes qu\u2019elle reçoit.Les maires des municipalités où sévissent ces promoteurs ont des pouvoirs d\u2019intervention.Ils devraient refuser aux promoteurs qui pratiquent de la discrimination les permis et les autorisations sans lesquels ils ne pourront pas faire de mise en chantier.Les ministres de la Justice, Sonia LeBel, et des Affaires municipales, Andrée Laforest, devraient aussi défendre le droit à l\u2019égalité et les valeurs d\u2019inclusion dans l\u2019accès au logement.Parce que ce n\u2019est pas comme ça qu\u2019on vit au Québec.ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu BRIAN MYLES L ROBERT DUTRISAC Livres en français : il y a minorité et minorité J\u2019apprends qu\u2019il a fallu l\u2019intervention de la ministre fédérale Mélanie Joly pour prévenir le retrait de 27 000 des 150 000 livres en français des bibliothèques publiques de Toronto, soit 18 % de la collection francophone.Les compressions en Ontario font particulièrement mal aux Franco-Ontariens.Quel contraste avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec, où 64,8 % des 330 553 livres disponibles sont en anglais et seulement 32,7 % en français, soit deux fois moins.Je ne sais pas comment réagirait notre minorité anglophone si on y faisait disparaître 18 % de ses livres.Elle ferait peut-être contre mauvaise fortune bon cœur en faisant remarquer qu\u2019il en resterait quand même 175 572 sur 292 013, soit malgré tout 60,1 % du total, dans une province où elle constitue moins de 10 % de la population, ce qui est mieux qu\u2019une claque dans la face.Qui a affirmé déjà que nous traitions mal nos anglophones ?Si les francophones hors Québec étaient aussi bien traités, ils n\u2019auraient pas autant fondu depuis 50 ans.Sylvio Le Blanc Montréal, le 12 janvier 2020 La vision montréalocentriste du Québec doit céder la place à une vision polycentrique L A 7 LEDEVOIR // LE LUNDI 13 JANVIER 2020 IDÉES Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Baptiste Barbe, Paul Cauchon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Anabelle Nicoud Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet Thomas Lalime Ph.D.en économie En 1960, Haïti était bien plus riche que la Corée du Sud.Son produit intérieur brut (PIB) réel par habitant s\u2019élevait à 1018 dollars américains (dollars constants de 2010) contre seulement 944,3 dollars américains pour la Corée du Sud, selon les statistiques de la Banque mondiale, rapportées par l\u2019Université Sherbrooke.La première république noire du monde était cinq fois plus riche que la Chine, qui avait un PIB réel par habitant d\u2019à peine 192,3 dollars américains en 1960.Elle entamera une course folle de création de richesse et de contrôle de sa population au cours des soixante dernières années.C\u2019est donc sans surprise qu\u2019elle est devenue au- jourd\u2019hui une véritable puissance politique et économique mondiale.Les deux républiques partageant l\u2019île d\u2019Haïti avaient un PIB réel par habitant sensiblement égal en 1960.Soixante ans plus tard, la République dominicaine est devenue 11 fois plus riche qu\u2019Haïti avec un PIB réel de 8630 dollars américains par habitant à l\u2019est de l\u2019île contre seulement 784 dollars américains par habitant à la partie occidentale, selon les données récentes diffusées par le Fonds monétaire international (FMI).Catastrophe Pourquoi la Chine, ou la République dominicaine à un degré moindre, a-t- elle réalisé un tel miracle en matière de croissance et de développement économiques alors qu\u2019Haïti a connu un véritable désastre ?En regardant de plus près la tendance de la croissance économique des cinq dernières décennies, on se rend compte qu\u2019Haïti a fait face à une succession de catastrophes naturelles et politiques qui aboutissent à une véritable catastrophe économique.La série statistique du taux de croissance économique fait état de plusieurs épisodes de destruction de richesse en Haïti.Parallèlement, la Chine et la République dominicaine ont emprunté une trajectoire beaucoup plus vertueuse avec des taux de croissance économique parfois supérieurs à 10 % sur une longue période.Un taux de croissance économique négatif a été observé au tout début des années 1980 à la suite du passage de l\u2019ouragan David en août 1979.Cette période est également celle où la dictature des Duvalier commençait à être secouée par des contestations populaires qui auront raison d\u2019elle le 7 février 1986.La tendance allait persister au cours des quatre années suivantes où le pays allait connaître six présidents et des troubles politiques.Le 30 septembre 1990, le président Jean-Bertrand Aristide, démocratiquement élu, a été éjecté du pouvoir par un coup d\u2019État militaire sanglant qui va encore sonner le glas de la croissance économique au pays.Celle-ci a connu un pic de -11,75 % en 1993 avant le retour au pouvoir du président Aristide.C\u2019est la pire performance économique réalisée en Haïti à cause de l\u2019embargo commercial imposé à Haïti par les États-Unis.Cet embargo a complètement asphyxié l\u2019économie locale déjà fragile.La période 2000-2004 a été marquée par un taux de croissance économique négatif dû à des turbulences politiques nées des élections contestées de mai 2000 qui ont ramené le président Aristide au pouvoir.La période de transition 2004-2006 va enregistrer une reprise de la croissance économique jusqu\u2019au tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui tombait comme un couperet avec un taux de croissance économique de -5,5 %.Turbulences On comprend aisément qu\u2019en matière de retombées économiques, les turbulences politiques, comme le coup d\u2019État du 30 septembre 1990, avaient été beaucoup plus néfastes pour l\u2019économie haïtienne que le tremblement de terre du 12 janvier 2010.Ce constat invite à accorder une importance particulière à la crise politique que vit Haïti présentement.Car, pour la première fois depuis le tremblement de terre, le taux de croissance économique touche à nouveau le fond : -2 % selon les estimations du ministère de l\u2019Économie et des Finances.Cette mauvaise performance économique risque d\u2019empirer si les dirigeants ne trouvent pas une issue favorable à la crise politique actuelle.Les crises politiques ont causé beaucoup plus de tort à l\u2019économie haïtienne que les catastrophes naturelles.Deux principales raisons peuvent expliquer ce constat.La première vient du fait que les catastrophes naturelles soulèvent généralement une vague de sympathie et de générosité de la communauté internationale.De fait, l\u2019aide internationale affluait en abondance au lendemain du 12 janvier 2010.Avec des résultats très mitigés, il est vrai ! Mais, à l\u2019inverse, au lendemain du coup d\u2019État du 30 septembre 1990, le plus puissant voisin d\u2019Haïti lui a imposé un sévère embargo commercial qui a détruit une grande partie de sa frêle économie.Deuxièmement, les conséquences des catastrophes naturelles sont souvent circonscrites dans une région.Par exemple, le tremblement de terre avait détruit le cœur de Port-au-Prince et Une décennie après le séisme, une crise politique s\u2019abat sur Haïti Anne-Marie Pilote Doctorante en communication à l\u2019UQAM Arnaud Montreuil Doctorant en histoire à l\u2019Université d\u2019Ottawa Le mot « autrice » est de plus en plus utilisé au Québec, comme en témoigne son acceptation par l\u2019Office québécois de la langue française et son emploi fréquent dans les médias écrits et audiovisuels.Pourtant, cette féminisation du terme auteur provoque chez plusieurs des grincements de dents.À preuve, la linguiste-chercheuse Céline Labrosse signait récemment un texte dans Le Devoir (« Une auteure ou une autrice ?»), où elle indique clairement sa préférence pour « au- teure », arguant notamment que le terme « ostentatoire d\u2019autrice » s\u2019inscrit à contre-courant des usages actuels puisque, selon elle, le suffixe -trice « tombe en désuétude depuis des décennies ».Le plaidoyer linguistique de Mme La- brosse pour l\u2019emploi du féminin au- teure est convaincant (rappelons que le suffixe \u2013eure pour auteure est une nouveauté, un néologisme qui s\u2019est progressivement répandu dans les années 1990 sous l\u2019impulsion de l\u2019OQLF).En revanche, la disqualification de sa variante « autrice » sur la base de sa non-importance historique et de sa désuétude nous semble l\u2019être un peu moins, et ce, pour deux raisons.L\u2019une est pragmatique : on dit bien, sans que cela cause d\u2019émoi, les mots actrice, cantatrice, fondatrice, administratrice, bienfaitrice, etc.Pourquoi donc s\u2019irriter particulièrement devant « autrice » ?D\u2019autant plus que, si l\u2019on respecte la morphologie de la langue française \u2014 qui est « amie du féminin » rappelle la linguiste française Edwige Khaznadar \u2014, l\u2019accord veut que les noms en \u2013teur forment leur féminin en \u2013trice.Mais surtout, et c\u2019est là notre deuxième raison, c\u2019est un processus sociohistorique d\u2019invisibilisation des femmes dans un contexte de renforcement de la domination masculine entre le XVIIe et le XIXe siècle qui explique pourquoi le terme « autrice » est tombé en désuétude.S\u2019il est vrai que « la forme autrice n\u2019a jamais été généralisée, à quelque période que ce soit de l\u2019histoire » comme le souligne Mme Labrosse, il demeure qu\u2019il a bel et bien été utilisé dans maintes sources littéraires et religieuses au fil des siècles.En effet, à la fin du Moyen-Âge et au début de l\u2019époque moderne, il désignait légitimement une femme qui écrit.Dans son article Histoire d\u2019autrice, de l\u2019époque latine à nos jours, la chercheuse Aurore Évain (Sorbonne-Nouvelle), souligne que c\u2019est à partir du XVIIe siècle qu\u2019a commencé un tir de barrage masculin contre le terme autrice.Le linguiste Bernard Cerquiglini rappelle qu\u2019à cette époque, les hommes s\u2019attribuent la gouvernance du champ littéraire et en reformatent le lexique en excluant radicalement «autrice» (l\u2019Académie française, qui a statutairement autorité sur la langue, le rejeta à partir de 1694.Elle ne se résolut à l\u2019accepter qu\u2019en 2019).Derrière l\u2019effacement du féminin des termes voués à la pensée et à l\u2019écriture, justifié par un prétendu ordre naturel qui rend impensable qu\u2019une femme écrive, se cache une prise de contrôle du monde des lettres par les hommes au moment de son autonomisation et de sa professionnalisation.Démasculiniser C\u2019est donc dire que, si la langue française est morphologiquement favorable au féminin, ce sont les sociétés et les locuteurs qui en usent qui ne le sont pas toujours.L\u2019histoire d\u2019autrice le montre bien : la langue est fortement tributaire du social.Depuis le XIXe siècle, les femmes luttent moins avec l\u2019interdit d\u2019écrire qu\u2019avec une langue qui leur résiste.LANGUE FRANÇAISE Pour une légitimation du terme « autrice » certaines villes avoisinantes.Mais la majorité des autres départements du pays n\u2019a pas vraiment été frappée par la destruction de biens et services.Alors que les crises politiques, elles, touchent le pays dans son ensemble.De plus, les mesures de gestions de ces crises créent souvent d\u2019autres crises plus tard.Dix ans après le tremblement de terre, un séisme politique s\u2019abat sur Haïti depuis les émeutes des 6 et 7 juillet 2018.Et la décennie 2010-2020 résume bien le feuilleton qui s\u2019y déroule depuis l\u2019assassinat du père fondateur de la nation, Jean-Jacques Dessalines le 17 octobre 1806.Décollage raté L\u2019instabilité politique chronique a certainement plombé le décollage économique du pays et explique en grande partie pourquoi il n\u2019arrive pas à épouser la même trajectoire économique que la Chine et la République dominicaine.Celle-ci arrive à instaurer un climat politique stable indispensable à décollage économique pendant que l\u2019instabilité politique et les crises politiques récurrentes rendent son voisin de l\u2019ouest beaucoup plus vulnérable dix ans après le drame de 2010.Après le tremblement de terre, c\u2019est donc un séisme politique qui traumatise les pauvres Haïtiens.À partir du lundi 13 janvier 2020, le Parlement haïtien sera dysfonctionnel avec la caducité de la Chambre des députés.Seul un nombre restreint de sénateurs continueront de siéger.Au cours de la même année, le mandat des maires arrivera à terme.Aucun accord politique crédible n\u2019est signé entre le gouvernement et l\u2019opposition qui continue de réclamer le départ du président, Jovenel Moïse.Rien ne garantit que la crise politique ne se détériorera pas en 2020.Les faiblesses de construction évidentes ayant provoqué le drame humain du 12 janvier 2010 n\u2019ont pas été corrigées.L\u2019aide d\u2019urgence apportée par les agences internationales et les pays amis n\u2019a pas aidé à construire ou à reconstruire une Haïti plus sûre, plus résiliente ou moins vulnérable.On constate toujours un manque sinon l\u2019absence de respect d\u2019un code de construction et l\u2019absence de responsabilité civile pour faute.Les institutions inclusives considérées comme le moteur du développement économique restent faibles et parfois inopérantes.Malheureusement, au lendemain du tremblement de terre, la communauté internationale accordait peu d\u2019importance à ces enjeux.Haïti est classée au 3e rang des pays du monde les plus touchés par des évé- nements climatiques entre 1995 et 2014, selon le Germanwatch Global Climate Risk Index.L\u2019instabilité politique continue contribue à la dégradation de cette permanente vulnérabilité.Ces conséquences sont néfastes.Entre 2004 et 2016, en seulement 12 ans, Haïti a enregistré plus de 12 milliards de dollars américains de pertes économiques dues aux catastrophes naturelles.Toute une catastrophe économique.Aucun accord politique crédible n\u2019est signé entre le gouvernement et l\u2019opposition, qui continue de réclamer le départ du président, Jovenel Moïse.Rien ne garantit que la crise politique ne se détériorera pas en 2020.CHANDAN KHANNA AGENCE FRANCE- PRESSE Leur combat pour une plus grande égalité avec les hommes a concrètement transformé le lexique, surtout pour les termes associés à des positions de pouvoir traditionnellement masculines.D\u2019ailleurs, au Québec, grâce au remarquable travail de l\u2019OQLF et du Conseil du statut de la femme, il y a longtemps qu\u2019on emploie : une députée, une mai- resse, une ambassadrice, une écrivaine.Il ne faut pas avoir peur, à notre avis, de réhabiliter autrice.Il s\u2019agit de rendre légitime un terme qui était jadis en usage sans avoir de connotation péjorative.Il s\u2019agit surtout de reconnaître la marque d\u2019une intervention politique féministe dans la langue : employer le mot « autrice » est dans une certaine mesure un acte subversif qui vise à démasculiniser la langue et le champ littéraire en allant à l\u2019encontre de la logique d\u2019invisibilisation du féminin qui l\u2019a gouverné de manière presque incontestée pendant plusieurs siècles.C\u2019est sur la base de ces réflexions que nous estimons que les mots « au- teure » et « autrice » ne sont pas mutuellement exclusifs.Au contraire, ils travaillent même de manière synergique, puisque l\u2019adoption de chacun de ces deux termes suppose la reconnaissance de l\u2019influence du rapport de genre sur la langue et ouvre la porte à la contestation de la domination masculine.En effet, le mot auteure vise l\u2019égalité des genres à travers une certaine désexualisation de la langue française, tandis qu\u2019autrice rend visible le féminin pour le revaloriser au même titre que le masculin.En somme, écrivez auteure ou écrivez au- trice, mais écrivez-le.Derrière l\u2019effacement du féminin des termes voués à la pensée et à l\u2019écriture se cache une prise de contrôle du monde des lettres par les hommes au moment de son auto- nomisation et de sa profession- nalisation LEDEVOIR // LE LUNDI 13 JANVIER 2020 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS DE DÉCÈS - LE MÉMORIEL Téléphone 514 525-1149 Courriel deces@lememoriel.com PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.36,6 °C comme nouvelle référence La température corporelle des humains a baissé grâce à l\u2019amélioration de leurs conditions de vie, avance une nouvelle étude scientifique PAULINE GRAVEL LE DEVOIR L a température normale du corps humain est aujourd\u2019hui plus basse qu\u2019elle ne l\u2019était il y a 200 ans.Elle est inférieure aux 37° Celsius que l\u2019on a toujours considérés comme la normalité.L\u2019amélioration de nos conditions de vie et d\u2019hygiène, ainsi que de l\u2019état de santé de la population, serait responsable de cette baisse.C\u2019est le médecin allemand Carl Reinhold August Wunderlich qui, après avoir mesuré la température de 25 000 personnes, a établi en 1851 la référence des 37 °C (98,6 °F) pour la température normale du corps humain.Or, en 2002, une compilation de 27 études plus récentes avait rapporté une température moyenne inférieure à la norme déterminée par Wunderlich.Plus récemment encore, en 2017, l\u2019analyse de 250 000 mesures effectuées sur plus de 35 000 patients britanniques est arrivée à la même conclusion, avec une température moyenne de 36,6 °C.Une équipe de chercheurs dirigée par la professeure Julie Parsonnet de l\u2019École de médecine de l\u2019Université de Stanford a voulu vérifier si la différence observée entre la valeur déterminée par Wunderlich et celle mesurée aujourd\u2019hui représente un réel changement ou si elles découlent d\u2019un biais dans les mesures qui aurait pu être occasionné par la méthode utilisée (orale ou axillaire) ou la qualité des thermomètres employés, ceux d\u2019au- jourd\u2019hui étant nettement plus précis que ceux d\u2019il y a 200 ans.Pour résoudre cette question, ces chercheurs ont analysé 677 433 mesures de température corporelle provenant de trois jeux de données obtenus à trois périodes différentes, un premier allant de 1862 à 1930 qui incluait des individus nés au début des années 1800, un deuxième s\u2019étendant de 1971 à 1975 et un dernier couvrant les années 2007 à 2017.Ils ont ainsi relevé que la température corporelle des hommes nés dans les années 2000 était de 0,59 °C moins élevée (soit 36,41 °C) que celle de ceux nés au début du XIXe siècle ; la température des femmes aurait diminué pour sa part de 0,32 °C depuis 1890.Le fait que les chercheurs ont observé une diminution de température comparable à chaque décennie (soit de 0,03 °C par décennie), ainsi que des différences de température similaires dans deux cohortes distinctes, les incite à croire que la température corporelle a réellement baissé au cours du temps.La méthode utilisée ne semble pas avoir eu d\u2019incidence non plus, car la prise de mesure sous l\u2019aisselle (comme l\u2019a fait Wunderlich dans les années 1800) aurait plutôt eu tendance à sous- estimer le changement au cours du temps, étant donné que les températures mesurées sous l\u2019aisselle sont typiquement inférieures à celles mesurées oralement de 1 degré Celsius.Dans l\u2019article qu\u2019ils publient à ce sujet dans la revue eLife , les chercheurs expliquent que la baisse de la température corporelle est consécutive à une réduction du métabolisme basal, lequel correspond à la quantité d\u2019énergie dépensée par l\u2019organisme pour maintenir en activité ses fonctions vitales (cœur, cerveau, respiration, digestion et maintien de la température du corps).Les auteurs imputent cette réduction du métabolisme de base au cours du temps principalement à une diminution de la prévalence de l\u2019inflammation au sein de la population.« Wun- derlich a obtenu ses mesures de température à une époque où l\u2019espérance de vie n\u2019était que de 38 ans et où les infections chroniques, telles que la tuberculose, la syphilis et la parodontite [inflammation des gencives] affligeaient une grande proportion de la population.Ces maladies infectieuses pour lesquelles il n\u2019existait pas de traitement au XIXe siècle causaient une inflammation chronique qui influait probablement sur la température corporelle », font-ils valoir.Or, « l\u2019amélioration des conditions de vie et d\u2019hygiène, y compris l\u2019hygiène dentaire, le déclin de la tuberculose et l\u2019avènement des antibiotiques ont vraisemblablement diminué la prévalence de l\u2019inflammation chronique », avancent-ils.Et cette diminution de l\u2019inflammation « pourrait expliquer la baisse continue de la température corporelle observée particulièrement entre les deux cohortes plus récentes.[.] Le recours aux médicaments anti-inflammatoires, dont l\u2019aspirine, les statines et les anti-inflammatoires non stéroïdiens, s\u2019étant accru durant cet intervalle.» Les chercheurs supposent aussi qu\u2019à mesure que les habitations ont commencé à être mieux chauffées en hiver, puis rafraîchies en été par la climatisation, et à offrir ainsi une température ambiante constante, le métabolisme basal a pu diminuer, car « il n\u2019était ainsi plus nécessaire de dépenser de l\u2019énergie pour maintenir la température du corps constante comme au XIXe siècle, alors que les maisons étaient mal chauffées et dépourvues de climatisation.» « Nous sommes aujourd\u2019hui physiologiquement différents de ce que nous étions, car l\u2019environnement dans lequel nous vivons a changé, dont notamment la température de nos maisons, notre contact avec les micro-organismes et la nourriture à laquelle nous avons accès.Toutes ces choses font que nous avons changé physiologiquement », affirme Mme Parsonnet.Wunderlich a obtenu ses mesures de température à une époque où l\u2019espérance de vie n\u2019était que de 38 ans et où les infections chroniques, telles que la tuberculose, la syphilis et la parodontite [inflammation des gencives] affligeaient une grande proportion de la population.Ces maladies infectieuses pour lesquelles il n\u2019existait pas de traitement au XIXe siècle causaient une inflammation chronique qui influait probablement sur la température corporelle.LES AUTEURS DE L\u2019ÉTUDE » "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.