Le devoir, 4 janvier 2020, Cahier B
[" PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 MAGDALINE BOUTROS GUILLAUME LEPAGE LE DEVOIR u pays de Donald Trump, l\u2019imprévisibilité est devenue la norme et les lignes de fracture sont devenues des abîmes sans cesse nourris.Ce que la dernière élection présidentielle nous a appris, c\u2019est que rien n\u2019est acquis, tout peut glisser et surtout surprendre dans l\u2019antre de l\u2019Occident.Le 3 novembre, le pays le plus puissant de la planète a un nouveau rendezvous avec l\u2019Histoire.Avec l\u2019économie qui a le vent en poupe, les Américains offrent généralement un second mandat au locataire de la Maison-Blanche.Mais Donald Trump traîne avec lui une cote d\u2019impopularité inégalée pour un président en exercice.Comment les électeurs américains réagiront-ils dans l\u2019urne ?Rien n\u2019est plus incertain.L\u2019année 2019 s\u2019est terminée avec la mise en accusation pour « abus de pouvoir » et « entrave à la bonne marche du Congrès » du plus fantasque des présidents de l\u2019histoire récente des États-Unis.Une procédure exceptionnelle qui a rapidement pris des airs de politique spectacle.L\u2019année 2020 s\u2019est ouverte sur un nouvel acte de cette tragicomé- die qui ne cesse d\u2019étonner depuis quatre ans.Vendredi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a refusé de porter l\u2019acte d\u2019accusation devant le Sénat à majorité républicaine tant qu\u2019un cadre « juste » ne sera pas défini pour la tenue du procès.On ne sait donc trop quand et comment se déroulera ce procès aux éclats partisans découlant des révélations de la surprenante « affaire ukrainienne ».À moins que de nouvelles informations ne surgissent, il y a toutefois fort à parier que cette procédure n\u2019aura qu\u2019un effet limité sur la présidentielle de novembre.Quelques jours avant le vote sur la procédure de destitution à la Chambre des représentants mi- décembre, l\u2019étonnant personnage qui confond ses intérêts personnels avec les intérêts nationaux a récolté son plus haut taux de popularité depuis son arrivée à la Maison- Blanche, soit 43 %.Quelque 92 % des électeurs républicains continuent d\u2019ailleurs d\u2019appuyer Trump.« Pour l\u2019instant, [la procédure d\u2019impeachment] est un match nul entre démocrates et républicains », analyse Frédérick Gagnon, directeur de l\u2019Observatoire sur les États- Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l\u2019UQAM.Avec un acquittement fort prévisible par le Sénat à majorité républicaine, Trump se fait essentiellement offrir un magnifique thème de campagne par ses vis-à-vis politiques.« Il va pouvoir se vanter [de son acquittement probable] et dire que c\u2019était un processus partisan de la part de la Chambre des représentants.» N\u2019empêche que Donald Trump sera le premier président ayant son nom sur un bulletin de vote qui aura subi une procédure de destitution.Un élément de plus dans cette présidence qu\u2019on ne cesse de qualifier d\u2019« hors norme ».« La grande question de 2020 sera plutôt de savoir si l\u2019électorat va considérer cette présidence comme étant une présidence normale.Si c\u2019est le cas, il sera réélu », estime Pierre Martin, directeur de la Chaire d\u2019études politiques et économiques américaines au Centre d\u2019études et de recherches internationales de l\u2019Université de Montréal (CERIUM).Rallier les électeurs indépendants Les électeurs américains sont essentiellement divisés en trois groupes représentant chacun environ un tiers de l\u2019électorat, fait remarquer QUOI SURVEILLER EN 2020 Tout peut arriver au pays de Donald Trump L\u2019année qui commence promet déjà de grands rendez-vous.Le premier ministre, Justin Trudeau, doit apprendre les règles d\u2019un gouvernement minoritaire, en négociant ses priorités avec ses partenaires s\u2019il veut que son gouvernement survive.Le Bloc québécois et le NPD vont particulièrement tenter de lui arracher des gains.Au Québec, l\u2019année sera marquée par les négociations avec les employés du secteur public, et par plusieurs autres projets du gouvernement caquiste, dont l\u2019abolition des commissions scolaires et la présentation d\u2019un grand plan environnemental.La commission sur les droits des enfants doit remettre son rapport à l\u2019automne.La question des changements climatiques va évidemment demeurer au cœur de l\u2019actualité, et elle culminera en novembre avec la tenue de la COP26 en Écosse.Mais s\u2019il est un événement qui rythmera l\u2019année 2020, c\u2019est bien l\u2019élection américaine à la présidence, alors que la population de notre grand voisin apparaît plus divisée que jamais.VOIR PAGES B 1 À B 6 BRENDAN SMIALOWSKI AGENCE FRANCE-PRESSE VOIR PAGE B 6 : ÉTATS-UNIS A LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 B 2 FÉDÉRAL Un mariage forcé qui devra fonctionner aux compromis MARIE VASTEL CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR ustin Trudeau a beau avoir hérité d\u2019un gouvernement minoritaire cet automne, il pouvait au moins se réjouir au lendemain de l\u2019élection de voir trois partis d\u2019opposition être suffisamment représentés aux Communes pour lui offrir chacun leur tour leur appui.Soit, le début des travaux parlementaires s\u2019est somme toute bien déroulé pour les libéraux cet hiver.Mais leurs rivaux préviennent que le gouvernement Trudeau ne doit pas pour autant tenir leur soutien pour acquis dans la nouvelle année.Le ton s\u2019est voulu sobre depuis deux mois, aux accents d\u2019humilité.« Après la campagne électorale acrimonieuse qu\u2019on a connue, il y a une leçon à tirer, et c\u2019est que les Canadiens veulent qu\u2019on travaille et qu\u2019on collabore », a fait valoir une fois de plus le leader du gouvernement aux Communes, Pablo Rodriguez, à la suite de la courte reprise parlementaire du mois de décembre.Celui qui sera responsable d\u2019assurer le bon fonctionnement de la Chambre ainsi que l\u2019adoption des priorités libérales répète sans relâche qu\u2019il entend pour ce faire coopérer avec les conservateurs, les bloquistes et les néodémocrates.« Je vais approcher tout le monde de la même façon.C\u2019est une question de respect envers les autres, affirme M.Rodriguez.Je vais aller les voir tous les trois avec la main tendue.» Jusqu\u2019à présent, le ministre n\u2019a pas vécu beaucoup d\u2019anxiété, car le Bloc québécois a rapidement annoncé qu\u2019il appuierait le vote sur le discours du Trône de Justin Trudeau, de même que sa baisse d\u2019impôt.La leader parlementaire adjointe du Bloc prévient toutefois que cela ne garantit pas pour autant que les bloquistes voleront toujours au secours du gouvernement.« Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on a voté en faveur du discours du Trône qu\u2019on se lie les mains dans le futur et qu\u2019on va appuyer le gouvernement sur tout ce qu\u2019il va présenter », dit Christine Normandin.Le Bloc estime au contraire qu\u2019une fois ce discours adopté \u2014 qui énonce simplement les objectifs du gouvernement \u2014, les travaux parlementaires pourront enfin débuter en janvier, et que ce sera alors le moment de tenter d\u2019amender certaines initiatives libérales ou de faire avancer ses propres projets de loi d\u2019initiative parlementaire.« Je n\u2019y vois pas d\u2019incohérence », dit Mme Normandin.C\u2019est d\u2019ailleurs dans cet esprit que le Bloc a affirmé, dès la signature du nouvel ALENA, qu\u2019il s\u2019opposera à sa ratification pour défendre l\u2019industrie de l\u2019aluminium, qu\u2019il juge laissée pour compte.Et même si le premier ministre québécois, François Legault, a exhorté les bloquistes à appuyer l\u2019ACEUM, le parti « se réserve le droit de poser encore des questions ».Des désaccords qui pourraient se reproduire en 2020, si l\u2019actualité le prévoit.« On n\u2019est pas une succursale de la CAQ, explique Mme Normandin.On se fait le porteur des consensus de l\u2019Assemblée nationale.» Le Nouveau Parti démocratique, quant à lui, croit aussi pouvoir soutirer des gains au gouvernement, et ce, même s\u2019il a perdu près de la moitié de ses sièges lors de l\u2019élection.Il croit en effet que le Parti libéral, qui se dit progressiste, ne peut se permettre de ne jamais collaborer avec le parti de gauche.« On est l\u2019un des trois partenaires possibles.Et si les libéraux font le choix stratégique de travailler davantage avec les conservateurs ou avec le Bloc, il n\u2019y a pas grand-chose qu\u2019on peut faire, convient le chef adjoint, Alexandre Boulerice.Mais on va le rappeler aux électeurs à la prochaine élection, par exemple ! Si les libéraux se targuent d\u2019être progressistes et de centre gauche mais qu\u2019ils travaillent plutôt en direction de la droite, ils vont en payer un prix politique.» Le gouvernement libéral pourrait en effet aussi bien solliciter l\u2019appui du Bloc que celui du NPD pour faire adopter plusieurs de ses priorités pour 2020 : la lutte contre les changements climatiques, l\u2019interdiction des armes d\u2019assaut de style militaire et la taxation des géants du Web sont tous des sujets sur lesquels les trois partis s\u2019entendent en principe.Les néodémocrates défendent en outre eux aussi la création d\u2019un système national d\u2019assurance médicaments, ce sur quoi les libéraux veulent plancher rapidement.Les bloquistes ne s\u2019y opposent pas, à condition que le Québec \u2014 qui compte son propre système mixte public-privé \u2014 obtienne un droit de retrait avec pleine compensation.Pas de passe-droit des conservateurs Les positions politiques du Parti conservateur, de leur côté, s\u2019arriment moins à celles du gouvernement libéral.Le lieutenant québécois, Alain Rayes, prévient que ses collègues comptent défendre les intérêts du Québec eux aussi, de même que ceux de l\u2019Ouest, pour protéger l\u2019unité nationale.Les conservateurs surveilleront également la taille du déficit fédéral et l\u2019éthique du gouvernement.« Ça fait partie du rôle de l\u2019opposition que de surveiller le gouvernement », affirme M.Rayes.Néanmoins, Pablo Rodriguez assure qu\u2019il consultera tout autant les conservateurs que les bloquistes ou les néodémocrates, dans l\u2019objectif de trouver des compromis.« On est minoritaires et j\u2019ai la responsabilité d\u2019aller chercher des appuis de l\u2019un ou l\u2019autre des partis.» M.Rayes réplique qu\u2019il n\u2019a pas encore senti « une réelle volonté du gouvernement de travailler avec le Parti conservateur ».Mais il accepte de « donner la chance au coureur ».Bien que chacun des groupes d\u2019opposition soutienne que le gouvernement devra consentir à ses demandes pour obtenir son appui, tous conviennent du même souffle que personne ne souhaite retourner en campagne électorale de sitôt.Bloquistes et néodémocrates n\u2019en ont pas les moyens financiers.Les conservateurs, eux, se sont retrouvés sans chef après la démission d\u2019Andrew Scheer à la mi-décembre.Mais outre ces contraintes financières et politiques, les trois partis reconnaissent, tout comme les libéraux, que les électeurs ne pardonneraient jamais à leur formation de les renvoyer aux urnes si rapidement en désavouant le gouvernement lors d\u2019un vote de confiance.« Tout le monde est dans un mariage obligé.Ce mariage obligé, la population l\u2019a choisi, souligne M.Rayes.Et je pense qu\u2019on a tous une obligation de faire un effort, chacun en fonction de nos rôles respectifs, de notre position à la Chambre des communes.» Le Parti vert, avec ses trois sièges, n\u2019a pas le poids nécessaire pour permettre à lui seul au gouvernement de survivre à un vote de confiance ou de faire progresser ses initiatives parlementaires.Toute demande d\u2019amendement des verts n\u2019aura donc pas la même portée que celles des trois autres partis d\u2019opposition.La cheffe parlementaire, Elizabeth May, a statué, dès le lendemain de l\u2019élection, que son équipe n\u2019accordera jamais son appui au go uve r n e m e n t à l \u2019o c c a si o n d e votes de confiance (lors de l\u2019adoption des dépenses budgétaires ou à la suite du discours du Trône, par exemple) tant que les libéraux ne bonifieront pas leur plan de lutte contre les changements climatiques.Mme May s\u2019est toutefois dite prête à soutenir la création d\u2019un programme national d\u2019assurance médicaments ou une loi libérale qui obligerait toutes les lois fédérales à respecter la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.À SURVEILLER EN 2020 J Le gouvernement libéral pourrait en effet aussi bien solliciter l\u2019appui du Bloc que celui du NPD pour faire adopter plusieurs de ses priorités pour 2020 : la lutte contre les changements climatiques, l\u2019interdiction des armes d\u2019assaut de style militaire et la taxation des géants du Web sont tous des sujets sur lesquels les trois partis s\u2019entendent en principe JUSTIN TANG LA PRESSE CANADIENNE LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 B 3 CLIMAT Une année charnière d\u2019une décennie cruciale L\u2019année qui débute s\u2019annonce critique en matière de lutte contre les bouleversements du climat puisqu\u2019elle doit impérativement être marquée par un rehaussement inédit de l\u2019ambition planétaire de freiner la hausse des températures.Mais les signaux actuels nous prédisent toujours un retentissant naufrage climatique, à moins d\u2019un virage sans précédent au cours de la prochaine décennie.ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR \u2019année 2020 s\u2019amorce avec les images des feux qui ont jusqu\u2019ici d é v a s t é p l u s d e 50 000 km2 du territoire australien.Et ces incendies, dont la virulence et l\u2019étendue seraient directement liées aux bouleversements climatiques, constituent aux yeux de certains le prélude de ce qui attend l\u2019humanité au cours des prochaines décennies.Or, malgré l\u2019ampleur du brasier, les morts, les maisons détruites et les nombreuses critiques quant à l\u2019action climatique de son gouvernement, le premier ministre Scott Morrison continue de défendre le développement de projets d\u2019exploitation de gaz naturel, mais aussi de charbon, et notamment le mégaprojet du conglomérat Adani, qui doit générer chaque année plus de 130 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES).Il y a d\u2019ailleurs fort à parier que l\u2019Australie sera montrée du doigt par les écologistes qui voudront mettre en lumière l\u2019apparente incohérence de plusieurs gouvernements lors de la prochaine Conférence des Parties (COP26), qui doit se tenir à Glasgow, en Écosse, en novembre.Il faut dire que ce sommet de l\u2019ONU sur le climat, qui regroupera les 197 Parties signataires de l\u2019Accord de Paris, sera le moment le plus crucial de « l\u2019année la plus importante depuis la signature de l\u2019Accord de Paris », souligne Hugo Séguin, spécialiste des négociations climatiques au Centre d\u2019études et de recherches internationales de l\u2019Université de Montréal (CERIUM).« L\u2019Accord de Paris contient une clause qui exige de revenir à la table tous les cinq ans avec des objectifs plus ambitieux.Cette clause reflète l\u2019évolution de nos connaissances climatiques, mais aussi le fait qu\u2019on sait pertinemment que les engagements qui ont été pris à Paris étaient insuffisants.On doit donc revenir à la table avec plus d\u2019engagements, jusqu\u2019à ce que le fossé soit comblé », explique M.Séguin, qui est aussi conseiller pour la firme Copticom.Pour le moment, le fossé qui existe donne la mesure de la complexité des travaux qui s\u2019annoncent au cours des prochains mois en vue de la COP26.Les engagements pris jusqu\u2019ici par les 183 pays qui ont ratifié l\u2019entente permettront seulement d\u2019atteindre le tiers des réductions de GES nécessaires pour respecter l\u2019objectif le plus ambitieux de l\u2019Accord de Paris, soit de limiter le réchauffement global à 1,5 °C par rapport à l\u2019ère préindus- trielle.Parmi les États qui n\u2019en font pas assez, on compte les trois plus gros pollueurs de la planète, qui comptent pour un peu moins de 50 % des émissions mondiales : la Chine, les États-Unis et l\u2019Inde.Alarmant Or, les rapports publiés par le Groupe intergouvernemental d\u2019experts sur l\u2019évolution du climat (GIEC) depuis le sommet de Paris, en décembre 2015, démontrent très clairement les conséquences du manque d\u2019ambition climatique.« Plus on en sait, plus c\u2019est alarmant », dit Hugo Séguin.À supposer que les pays respectent leurs engagements actuels, le monde se dirigera vers un réchauffement d\u2019au moins 3 °C.Cela provoquera une multiplication des événements climatiques extrêmes, un recul des zones cultivables et des ressources en eau dans plusieurs régions, une fonte irréversible des glaces des pôles, un dégel du pergélisol qui libérera d\u2019énormes quantités de méthane, la montée considérable du niveau des océans, l\u2019afflux de millions de réfugiés climatiques et la disparition de pans majeurs de la biodiversité mondiale.Malgré le caractère indéniable des conséquences des bouleversements du climat provoqués par l\u2019activité humaine, plusieurs des plus gros émetteurs de la planète n\u2019ont pas encore annoncé leur intention de bonifier leurs objectifs climatiques pour la décennie à venir.Une situation dénoncée par les groupes écologistes, mais qui n\u2019étonne pas Hugo Séguin.« Plusieurs pays, avant d\u2019arriver avec des objectifs de réduction plus ambitieux, doivent passer par un exercice interne.Ils n\u2019étaient donc pas prêts, en 2019, à dévoiler des engagements précis.Mais je m\u2019attends à ce qu\u2019il y ait de la pression pour que chacun des pays arrive avec des ambitions plus importantes à Glasgow.» M.Séguin estime aussi que le retrait possible des États-Unis de l\u2019Accord de Paris, en cas de victoire de Donald Trump à l\u2019élection présidentielle de novembre, ne ferait pas dérailler les négociations prévues dans les jours suivants.Selon lui, le « choc » provoqué par ce gouvernement climatonéga- tionniste est déjà « intégré » dans la dynamique des négociations climatiques.Fossiles et climat Hugo Séguin estime que ce sont plutôt d\u2019autres éléments majeurs qui détermineront le succès ou l\u2019échec de la lutte contre les changements climatiques au cours de la prochaine décennie, alors que le GIEC calcule qu\u2019il faudrait réduire les émissions de CO2 d\u2019au moins 45 % d\u2019ici 2030.Pour cela, il faudrait notamment fermer pas moins de 2400 centrales électriques fonctionnant au charbon d\u2019ici 2030, selon un rapport publié en novembre par d\u2019anciens membres du GIEC.Actuellement, plus de 250 centrales sont en construction et d\u2019autres pourraient suivre.Dans le secteur des transports, M.Séguin estime que le succès dépendra de « la vitesse de diffusion de la voiture À SURVEILLER EN 2020 électrique, mais aussi des normes sur les émissions des voitures, qui ont un effet très rapide sur la consommation d\u2019essence ».Enfin, il faudra voir dans quelle mesure les mégaprojets d\u2019exploitation d\u2019énergies fossiles iront de l\u2019avant, non seulement en Australie, mais aussi ailleurs dans le monde, et notamment au Canada.Le gouvernement Trudeau doit d\u2019ailleurs statuer cette année sur la réalisation du projet Frontier, qui conduirait à l\u2019extraction de 3,2 milliards de barils de pétrole des sables bitumineux.« Ces projets peuvent être interdits, même si la demande est là.Ce n\u2019est pas une fatalité.On décide collectivement de produire plus ou moins de carburants fossiles », affirme Hugo Séguin.Pour le moment, les gouvernements choisissent toujours d\u2019en produire davantage, au péril du climat.L ISTOCK L\u2019Accord de Paris contient une clause qui exige de revenir à la table tous les cinq ans avec des objectifs plus ambitieux.Cette clause reflète l\u2019évolution de nos connaissances climatiques, mais aussi le fait qu\u2019on sait pertinemment que les engagements qui ont été pris à Paris étaient insuffisants.On doit donc revenir à la table avec plus d\u2019engagements, jusqu\u2019à ce que le fossé soit comblé.HUGO SÉGUIN » LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 B 4 À SURVEILLER EN 2020 Négociations du secteur public Les conditions salariales des enseignants et des préposés aux bénéficiaires seront au cœur de forums de discussion en 2020, année des négociations des secteurs public et parapublic.Un troisième forum abordera la santé des employés de l\u2019État et l\u2019absentéisme au travail.Les syndicats demeurent sceptiques quant à cette nouvelle stratégie qualifiée d\u2019«innovante» par le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, qui promet de déposer une offre salariale différente pour ces deux catégories d\u2019emploi.Celle en deçà de l\u2019inflation soumise au reste des employés de l\u2019État a déçu, tout comme certaines des propositions sur les conditions de travail des enseignants.Si certains syndicats n\u2019excluent pas une mobilisation en 2020, l\u2019absence de front commun laisse présager une contestation morcelée.Mylène Crête Retards persistants en santé Depuis l\u2019arrivée au pouvoir de la CAQ, beaucoup ont donné la chance au coureur à la ministre de la Santé, Danielle McCann.Mais jusqu\u2019à quand?Sa promesse de réduire à 90 minutes le temps d\u2019attente aux urgences est loin d\u2019être réalisée, tout comme est loin d\u2019être atteinte la cible d\u2019offrir à 95% des Québécois un médecin de famille.Pour y arriver, la ministre table notamment sur une révision du mode de rémunération des médecins omnipraticiens et des pharmaciens.Or, en décembre, le premier ministre Legault a brandi la menace d\u2019une loi spéciale visant les omnipraticiens au moment où les pharmaciens disaient ne plus vouloir négocier avec la ministre.Devant l\u2019essoufflement du personnel soignant, la ministre McCann devra aussi s\u2019attaquer aux pénuries persistantes de préposés aux bénéficiaires.Isabelle Porter Un troisième lien controversé À moins d\u2019un revirement du gouvernement, c\u2019est en 2020 qu\u2019on saura combien coûtera le troisième lien entre Québec et Lévis.En 2016, une étude avait estimé un projet du genre à 4 milliards de dollars au minimum, mais son auteur, Bruno Massicotte, a depuis évoqué une facture de 7 à 8 milliards.Déjà controversé au regard de ses fondements mêmes, un troisième lien plus coûteux n\u2019a pas fini de s\u2019attirer des critiques.Le gouvernement Legault convaincra-t-il Ottawa d\u2019en payer une partie ?Sinon, misera-t-il sur un péage, comme l\u2019a laissé entendre le ministre des Transports, François Bonnardel ?« On va répondre aux sceptiques dans la prochaine année », a déclaré récemment le ministre en entrevue.Isabelle Porter Le défi de l\u2019environnement Sans se transformer «en géant vert» qui n\u2019aime pas l\u2019économie \u2014 ce qu\u2019elle avait reproché à Philippe Couillard en 2016 \u2014, la CAQ veut faire de 2020 «l\u2019année de l\u2019environnement».Le gouvernement dévoilera cette année son Plan d\u2019électrification et de chan- POLITIQUE PROVINCIALE Publisac et stade de baseball Sur la scène municipale à Montréal, plusieurs dossiers devraient retenir l\u2019attention en 2020.Parmi eux, le règlement pour une métropole mixte en matière d\u2019habitation, surnommé « 20-20-20 », qui sera officiellement adopté dans les mois à venir.Auparavant, l\u2019Office de consultation publique de Montréal (OCPM) publiera ses recommandations à ce sujet.Le rapport de l\u2019OCPM sur le secteur Bridge-Bonaventure est aussi attendu en 2020.L\u2019organisme devra alors se prononcer sur la question du projet controversé de nouveau stade de baseball.L\u2019administration de Valérie Plante, qui entame la troisième année de son mandat, présentera également son règlement visant à interdire les contenants de styromousse et de plastique à usage unique et celui sur le Publisac.Elle dévoilera aussi son plan sur le climat et sa stratégie pour rendre Montréal carboneutre en 2050.Jeanne Corriveau MONTRÉAL De surplus en surplus Les coffres débordent, la croissance surpasse largement celle du Canada et le poids de la dette dans l\u2019économie ne cesse de diminuer.Qui aurait cru que le Québec serait en aussi bonne posture en fin de décennie?La croissance ralentira un peu cette année, quoique le gouvernement Legault prévoie quand même de boucler son exercice 2019-2020 avec un excédent de 4milliards, avant le versement de 2,7 milliards au Fonds des générations.Mais attention.Si certains parlent d\u2019une accalmie, l\u2019économiste David Rosenberg a récemment affirmé, en citant l\u2019endettement des ménages, que la probabilité d\u2019une récession dans l\u2019économie canadienne est de 80%.Il faudra aussi surveiller les négociations avec le secteur public, note Pier-André Bouchard St-Amant, professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP).Et Québec pigera dans ses poches pour ramener le tarif unique en CPE.«Pour le premier budget, \u201cils l\u2019ont eu facile\u201d, entre guillemets.[\u2026] Il faudra voir comment ils vont commencer à manœuvrer dans un contexte où ils ont un petit peu moins d\u2019argent.» François Desjardins Les incertitudes incertaines Une guerre commerciale ne semble jamais bien loin, à tel point qu\u2019on peut se demander si la menace est temporaire ou carrément permanente.«Est-ce que le niveau de l\u2019incertitude va baisser?» lance François Dupuis, économiste en chef du Mouvement Desjardins, quand on lui demande ses prévisions pour 2020.L\u2019année 2019 a été marquée par un ralentissement mondial de la croissance économique, conséquence des tensions entre Washington et Pékin.Faut-il croire que la première phase d\u2019une entente sino-américaine, annoncée mi-décembre, permettra de tourner la page?Peut-être.Mais les sursauts du président américain sont peu prévisibles.D\u2019autant que l\u2019année 2020 sera marquée par l\u2019élection présidentielle en novembre et l\u2019interminable campagne qui la précédera.Ajoutez le chapitre du Brexit et la boule de cristal s\u2019embrouille encore plus.François Desjardins Le nouveau facteur Les changements climatiques jouent déjà un rôle dans l\u2019économie, ne serait-ce qu\u2019en raison du coût qui accompagne les désastres naturels.Est-il temps que les gouvernements en tiennent finalement compte dans leurs budgets?C\u2019est ce qu\u2019ont récemment demandé des groupes d\u2019écologistes au gouvernement fédéral.«Même dans les prévisions économiques, on commence à se poser des questions pour voir comment on va faire ça», explique François Dupuis, économiste en chef au Mouvement Desjardins.La Banque du Canada a récemment signalé, de son côté, qu\u2019elle réfléchit à ce que signifient les changements climatiques sur l\u2019inflation et la croissance.Sans compter la demande pour les hydrocarbures, qui influence le cours du pétrole.L\u2019or noir influence à son tour le cours du dollar canadien, qui influence à son tour des secteurs complets de l\u2019économie du pays\u2026 François Desjardins ÉCONOMIE gements climatiques qui permettra, selon lui, au Québec d\u2019atteindre sa cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2030.Le ministre Benoit Charette veut aussi prendre le contrôle du Fonds vert (PL44), dont les revenus proviennent du système de plafonnement et d\u2019échanges de droits d\u2019émission de GES.Il fera aussi connaître un plan sur la consigne des bouteilles de verre et de plastique.Le premier ministre François Legault participera à la 26e Conférence internationale sur le climat à Glasgow, en Écosse, en novembre 2020, soit au lendemain des élections présidentielle et législatives aux États-Unis.«Ça va être très important, comme la COP à Paris l\u2019avait été», a-t-il dit.Marie-Michèle Sioui Plusieurs chantiers en éducation Les élections scolaires passeront à la trappe de l\u2019histoire, dans le réseau francophone du moins, si le ministre Jean-François Roberge parvient à faire adopter le projet de loi 40 par l\u2019Assemblée nationale.Le gouvernement poursuivra le déploiement des classes de maternelle 4 ans, au coût moyen de 800 000$ chacune, en ouvrant 350 classes de plus à temps pour la rentrée 2020.Ce faisant, il lancera un chantier de mise à niveau des infrastructures scolaires en édictant sa nouvelle vision des «écoles de demain» \u2014 qui ne passeront toutefois pas par des concours d\u2019architecture, comme il l\u2019avait promis auparavant.Les négociations (déjà tendues) entre les enseignants et le Conseil du trésor se dérouleront en filigrane, tandis que le ministre surveillera du coin de l\u2019œil la Commission scolaire English-Montréal, mise sous tutelle partielle en novembre en raison de problèmes de gouvernance.Marie-Michèle Sioui François Legault VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Valérie Plante PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE Donald Trump ANDREW HARNIK ASSOCIATED PRESS LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 B 5 À SURVEILLER EN 2020 Andreescu numéro 1 mondiale ?On peut rêver.Passée, en un an, du 152erang au 4erang mondial, Bianca Andreescu poursuivra-t-elle en 2020 son ascension jusqu\u2019au sommet du classement féminin en simple?La jeune joueuse de Mississauga serait la première à réussir l\u2019exploit au Canada, son compatriote Milos Raonic (aujourd\u2019hui 31eà 29ans) n\u2019ayant pu faire mieux que le 3erang chez les hommes en 2016.Elle n\u2019est toutefois pas la seule qu\u2019il faudra suivre de près, les parcours non moins fulgurants de Félix Auger-Aliassime (21eà 19ans), de Denis Shapovalov (15eà 20ans), de Gabriela Dabrowski (8een double à 27ans) et de Va- sek Pospisil (149eà 29ans) promettant aussi bien de belles choses.Éric Desrosiers Des jeux (presque) paritaires Les XXXIIeOlympiades de l\u2019ère moderne se tiendront du 24juillet au 9 août cette année à Tokyo, au Japon.Les femmes devraient y constituer 48,8% des athlètes participants, contre 45% aux derniers Jeux de Rio et seulement 26% à Séoul en 1988.Fortes de 16 des 22 médailles remportées la dernière fois, les athlètes féminines devraient encore une fois porter l\u2019équipe canadienne sur leurs épaules, notamment en natation, en plongeon et en volleyball de plage.Le sprinteur Andre De Grasse essaiera de répéter ses exploits de Rio, mais il aura de la concurrence, entre autres de son compatriote Aaron Brown.Plusieurs disciplines feront leur entrée aux Jeux, dont le surf, l\u2019escalade et la planche à roulettes .Éric Desrosiers En attendant la Coupe du monde À défaut de Coupe du monde, les amateurs de soccer se passionneront cette année pour le championnat européen, qui se tiendra pour la première fois de son histoire dans 12 pays.L\u2019Euro 2020 commencera sur les chapeaux de roues, le hasard ayant voulu que le tenant du titre, le Portugal, soit dans le même groupe que les gagnants de la dernière Coupe du monde, la France, et de la précédente, l\u2019Allemagne.À en croire les parieurs, l\u2019Angleterre, la Belgique et l\u2019Espagne seraient aussi à surveiller.Le premier coup de sifflet du tournoi se fera entendre à Rome le 12juin et le dernier, au stade de Wembley, à Londres, le 12 juillet.Éric Desrosiers Inaccessibles séries éliminatoires Tout n\u2019est pas perdu, mais le Canadien accuse déjà du retard dans sa course pour une place en séries éliminatoires cette saison.Bien pourvue en jeunes talents en développement, l\u2019équipe de hockey montréalaise doit se débrouiller avec une formation de milieu de peloton au jeu rapide, mais inconstant.S\u2019il fallait que le club, dont la 24eet dernière conquête de la coupe Stanley remonte à 1993, rate encore cette saison les séries, ce serait la troisième fois consécutive, ce qui ne s\u2019est vu qu\u2019à deux reprises dans son histoire et porterait à cinq ans une séquence où elle n\u2019a pu faire mieux qu\u2019une participation en première ronde éliminatoire en 2017.Éric Desrosiers SPORTS Appel de la peine d\u2019Alexandre Bissonnette L\u2019appel de la peine d\u2019Alexandre Bissonnette, l\u2019auteur de la tuerie au Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), sera entendu le 27 janvier, soit près de trois ans après qu\u2019il a ouvert le feu sur des fidèles réunis pour la prière.L\u2019homme de 29 ans a écopé de la prison à vie sans possibilité de libération avant 40 ans, ce qui est la peine la plus sévère à avoir été imposée au Québec.Il a plaidé coupable de meurtres prémédités de six hommes et de tentatives de meurtre sur une quarantaine d\u2019autres fidèles le soir du 29 janvier 2017.En le condamnant, le juge François Huot s\u2019était positionné entre la défense, qui demandait seulement 25 ans, et la Couronne, qui réclamait une peine cumulative de 150 ans.Le magistrat avait dû modifier la loi, car celle-ci ne lui permettait d\u2019imposer une peine que par blocs de 25 ans, ce qu\u2019il estimait inconstitutionnel.Améli Pineda Dossier de la fillette de Granby Les procédures judiciaires contre le père et la belle-mère de la fillette de Granby, décédée à la suite des blessures qu\u2019elle aurait subies en étant ligotée et séquestrée, se poursuivront en février.La belle-mère de l\u2019enfant, qui est accusée de meurtre non prémédité et de séquestration, subira son enquête préliminaire les 24 et 25 février.Le père, accusé de négligence ayant causé la mort, d\u2019abandon d\u2019enfant et d\u2019avoir omis de fournir les choses nécessaires à la vie, sera de retour au tribunal le 24 février.Rappelons que celui-ci a pu être libéré en attendant son procès.L\u2019indignation provoquée par le décès de la fillette, qui était connue de la Direction de la protection de la jeunesse, a mené à la création d\u2019une commission spéciale sur le droit des enfants dont les travaux sont en cours jusqu\u2019au printemps.Le rapport final devrait être publié au mois de novembre 2020.Améli Pineda L\u2019après-#MoiAussi Trois ans après la vague de dénonciations #MoiAussi se tiendront les procès de l\u2019ancien animateur Éric Salvail et de l\u2019ex-magnat de l\u2019humour Gilbert Rozon.Accusé d\u2019agression sexuelle, de harcèlement et de séquestration, M.Salvail sera jugé au palais de justice de Montréal du 17 au 20 février.Quant à M.Rozon, la date de son procès n\u2019a pas encore été fixée.Une audience est prévue le 7 janvier pour déterminer la suite des procédures.Parallèlement, M.Rozon est aussi ciblé au civil par une action collective de l\u2019association Les Courageuses, qui regroupent une vingtaine de présumées victimes.Celles-ci lui réclament 10 millions de dollars en dommages punitifs seulement.Une décision de la Cour d\u2019appel est attendue, puisque M.Rozon a contesté l\u2019autorisation de l\u2019action obtenue par le groupe.Améli Pineda JUSTICE Brexit 2020 sera-t-elle l\u2019année qui marquera finalement le divorce entre le Royaume-Uni et l\u2019Union européenne ?Après avoir été reportée à trois reprises, l\u2019adoption finale du Brexit est prévue le 9 janvier pour une séparation le 31 janvier.Au cours des quatre dernières années, le Brexit a été marqué par deux élections, la démission de deux premiers ministres, d\u2019interminables négociations avec les Européens et des luttes acrimonieuses entre les partis politiques et au sein de ces derniers.Améli Pineda Indépendance L\u2019indépendance sera célébrée dans plusieurs pays du globe.Le 1er janvier a marqué le soixantième anniversaire de l\u2019indépendance du Cameroun.Au cours de l\u2019année, 16 autres pays africains fêteront aussi leurs 60 ans de souveraineté.Au cœur du Pacifique, la Nouvelle-Calédonie tiendra de son côté un deuxième référendum sur l\u2019indépendance en septembre prochain.Ce territoire français d\u2019outre-mer avait déjà tenu un vote en novembre 2018, lors duquel 56,9 % des électeurs avaient voté pour demeurer un territoire français.Améli Pineda Élections législatives à Hong Kong Théâtre de la plus importante crise depuis sa rétrocession à Pékin en 1997, Hong Kong se prépare à des élections législatives qui se tiendront en septembre.En novembre dernier, le camp jaune des candidats prodémocratie a remporté une importante victoire contre le camp bleu, pro-Pékin, lors des élections locales.La dernière année a été marquée par des affrontements pour s\u2019opposer à une loi qui aurait permis d\u2019extrader des Hongkongais vers la Chine continentale, loi qui a finalement été retirée.Les protestataires ont, depuis, ajouté quatre autres demandes, dont l\u2019extension du suffrage universel.Contrairement aux élections locales, la moitié des 70 membres du conseil législatif est élue au suffrage universel, tandis que l\u2019autre moitié est désignée par des groupes d\u2019intérêts économiques favorables à Pékin.Améli Pineda MONDE Gilbert Rozon JACQUES NADEAU LE DEVOIR Boris Johnson LEON NEAL AGENCE FRANCE-PRESSE Bianca Andreescu JOHANNES EISELE AGENCE FRANCE-PRESSE La nouvelle décennie qui commence sera celle des grands défis pour nos gouvernants.Des défis qu\u2019ils se sont eux-mêmes lancés en 2015 en s\u2019imaginant peut-être que l\u2019année 2030 était encore loin.Mais on y est presque.Il ne reste plus que 10 ans pour respecter les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) inscrites dans l\u2019Accord de Paris et pour atteindre les objectifs de développement durable des Nations unies.Est-ce possible ?Comment arriver à éviter la catastrophe climatique quand encore trop de pays, dont le Canada, ont des cibles trop timides de réduction des émissions de GES ?Et peut-on vraiment penser venir à bout de l\u2019extrême pauvreté, réduire radicalement la faim, assurer l\u2019accès pour tous à l\u2019éducation primaire et secondaire ?La cascade constante de mauvaises nouvelles inciterait à baisser les bras tellement elle nous laisse l\u2019impression que tout va toujours plus mal.Ce flot nous fait cependant oublier le chemin parcouru depuis plus de 20 ans grâce à l\u2019action combinée des organisations multilatérales, des gouvernements, des organismes humanitaires et de la société civile.Il y a eu des progrès.Chaque jour, des centaines de milliers de personnes à travers la planète ont enfin accès à l\u2019électricité, à l\u2019eau potable, à des services en ligne.La pauvreté extrême, qui est synonyme de faim, de santé précaire et d\u2019absence de scolarisation, a reculé de moitié depuis 1990, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).La baisse fut constante au cours des trois dernières décennies.Encore 20 % de la population des régions en développement vit avec moins de 2 $ par jour et des millions vivent avec à peine plus, mais, relève l\u2019économiste britannique Max Roser, sur son site OurWorldInData (OWD), « à l\u2019échelle mondiale, la proportion de gens vivant sous n\u2019importe quel seuil de pauvreté \u2014 1,90 $, 3,20 $, 5,50 $, 10 $ [par jour] \u2014 est en déclin ».Il ajoute qu\u2019un tiers de la population mondiale vit maintenant avec plus de 10 $ par jour (en dollar dit international, c\u2019est-à-dire ajusté au coût de la vie local afin de permettre les comparaisons).C\u2019est environ 900 millions de personnes de plus qu\u2019il y a 10 ans.Ce n\u2019est pas le Pérou, loin de là.Les inégalités sont toujours criantes et la pauvreté reste une réalité, mais il y a eu des avancées qui ont fait une réelle différence dans la vie de millions de gens.Les actions prises n\u2019ont pas été inutiles.Moins de gens sont sous-alimentés.De 2000 à 2016, la proportion d\u2019humains incapables de manger chaque jour le minimum nécessaire de calories est passée de 14,8 % à 10,8 %.Malheureusement, ce taux a recommencé à grimper, selon la FAO, en particulier en Afrique subsaharienne et au Moyen- Orient.Sont montrés du doigt les conflits armés et les facteurs climatiques perturbant l\u2019agriculture.En matière d\u2019éducation primaire et secondaire, les progrès sont importants, selon le PNUD, grâce en grande partie au meilleur accès offert aux femmes et aux filles.OWD souligne qu\u2019au milieu des années 1990, 46 % des enfants du monde qui étaient en âge de fréquenter l\u2019école primaire en étaient privés.En 2014, c\u2019était 20 %.Dans son dernier rapport sur le développement humain paru en décembre dernier, le PNUD souligne ces progrès notables, mais il prévient qu\u2019il faudra faire davantage pour atteindre les objectifs fixés en 2015 et qu\u2019il faudra redoubler encore plus d\u2019ardeur pour s\u2019attaquer à toutes les dimensions de l\u2019inégalité.La lorgnette économique n\u2019a jamais suffi à la mesurer, rappelle-t-on, et en plus, de nouveaux enjeux sont apparus en cette ère de révolution technologique et de changements climatiques.« Alors même que les disparités de niveau de vie de base s\u2019estompent, et qu\u2019un nombre sans précédent de personnes échappent à la pauvreté, à la faim et aux maladies dans le monde entier, les aptitudes qui seront indispensables pour faire face à la concurrence dans l\u2019avenir immédiat ont évolué », relève avec insistance l\u2019administrateur du PNUD, Achim Steiner.L\u2019accès inégal à l\u2019éducation supérieure et à l\u2019Internet à haut débit peut à nouveau creuser le fossé.Et « les changements climatiques, les inégalités de genre et les conflits violents continuent d\u2019alimenter et d\u2019enraciner les inégalités.[\u2026] L\u2019inaction face à ces défis systémiques ne fera qu\u2019asseoir les inégalités et consolider le pouvoir et la dominance politique des élites », écrit-il.Le Canada est un pays privilégié et a le devoir d\u2019être solidaire des pays moins fortunés, mais l\u2019inégalité est une réalité ici aussi.Il faut donc que tous nos gouvernements s\u2019attaquent aux facteurs qui lui permettent de perdurer, quand ce n\u2019est pas de s\u2019aggraver.Rien ne justifie d\u2019attendre pour rendre la fiscalité plus équitable, progressive et redistributive, pour accélérer l\u2019amélioration des conditions de vie des Autochtones, pour intensifier l\u2019action contre les changements climatiques, pour faciliter l\u2019accès à des logements abordables\u2026 Tout cela est une question de choix et les progrès passés démontrent qu\u2019avec les bonnes politiques, on peut faire une différence.Veut-on la faire ?LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 À SURVEILLER EN 2020 B 6 MANON CORNELLIER LE DEVOIR Il ne faut pas lâcher ÉTATS-UNIS SUITE DE LA PAGE B 1 L\u2019HEURE JUSTE John Parisella, ancien délégué général du Québec à New York et professeur invité au CERIUM.«Il y a un tiers de républicains avec une base très pro- Trump, un tiers de démocrates avec une base plus variée et un tiers d\u2019indépendants.» Tous les yeux sont donc rivés sur ce tiers n\u2019ayant pas encore décidé quel cercle sortira noirci de l\u2019urne.Avec un taux d\u2019appui oscillant autour de 40 % depuis son élection, Trump ravit la palme du plus impopulaire des présidents de l\u2019histoire récente des États-Unis.« Certains présidents ont réussi à remonter la pente avec des faibles taux de popularité, souligne Pierre Martin.Mais c\u2019est parce qu\u2019ils avaient un réservoir d\u2019appui potentiel en ayant déjà eu des taux d\u2019approbation supérieur à 50 %.Trump n\u2019a jamais eu ça.» Le 45e président des États-Unis n\u2019a toutefois pas encore dit son dernier mot.Il est clair que la situation économique des États-Unis, avec le marché du travail qui frise le plein-emploi, avantage Trump.Tout comme la signature potentiellement imminente d\u2019une entente commerciale avec la Chine et la ratification probable du nouvel accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique (ACEUM).Mais tous s\u2019entendent pour dire q u \u2019 i l l u i e n f a u d r a p l u s p o u r convaincre l\u2019électorat.« Les Américains ont tendance à se solidariser autour d\u2019un président en temps de crise à l\u2019international », note John Parisella.Depuis quelques semaines, la situation était particulièrement tendue avec la Corée du Nord et l\u2019Iran.Puis vendredi, le président Trump a ordonné l\u2019assassinat par une attaque de drone à Bagdad du puissant général iranien Qassem Soleimani.« À court terme, une crise à l\u2019international va nécessairement le favoriser », a insisté M.Parisella dans une entrevue livrée la veille de l\u2019attaque.Quel rival ?Une autre variable de taille \u2014 potentiellement la plus importante \u2014 sera le rival que Donald Trump affrontera pour ce grand rendez-vous électoral.Trois candidats s\u2019imposent dans la course à l\u2019investiture démocrate : Joe Biden (notre photo, au centre), vice-président sous Barack Obama, et les sénateurs Bernie Sanders (à gauche) et Elizabeth Warren (à droite sur notre photo).« Il y a clairement une distinction idéologique très claire et importante entre Biden plus centriste et Sanders et Warren plus à gauche », relève Frédérick Gagnon.Pour renouer avec les électeurs qui leur ont fait faux bond en 2016, nombreux sont les démocrates qui souhaitent miser sur une valeur sûre \u2014 Biden \u2014 plutôt que sur des candidatures plus osées et risquées \u2014 Sanders et Warren.D\u2019autant plus que Biden permet au Parti démocrate de rêver de rallier une nouvelle fois la coalition, formée de jeunes et de minorités ethniques, qui avait porté Obama au pouvoir en 2008 et 2012, et qui lui avait fait cruellement défaut à la dernière élection.« Biden est détesté du côté républicain, mais du côté démocrate, les gens ont une opinion plus favorable de lui que l\u2019opinion qu\u2019on pouvait avoir d\u2019Hillary Clinton en 2016 », avance Frédérick Gagnon.Le ton sera donné à partir du 3 février avec le caucus démocrate de l\u2019Iowa, puis le 11 avec les primaires du New Hampshire.Une idée assez claire du candidat qui sortira victorieux devrait être perceptible après le Super Tuesday du 3 mars, au cours duquel des votes pour l\u2019investiture démocrate se tiendront entre autres en Alabama, en Arkansas, en Californie et au Colorado.Collège électoral Comme en 2016, l\u2019élection présidentielle de 2020 s\u2019annonce donc très serrée et à coup sûr acrimonieuse, avance Ginette Chenard, coprésidente de l\u2019Observatoire sur les États-Unis et ex-déléguée du Québec à Atlanta.« Ça va se jouer dans 12 États \u2014 des swing states \u2014 où la compétition va être féroce.» Encore une fois, le Wisconsin, la Pennsylvanie et le Michigan \u2014 les trois États qui ont basculé pour les républicains en 2016 permettant l\u2019élection de Trump \u2014 seront au centre de la querelle.Tout comme la Floride, l\u2019Arizona, la Caroline du Nord ou encore la Géorgie, des États où les jeux ne sont pas encore faits et qui peuvent devenir des faiseurs de roi.« Le collège électoral prend une importance de plus en plus grande pour déterminer qui sera président », fait remarquer John Parisella.Le collège électoral, qui élit le président, est formé de 538 grands électeurs dont le nombre par État correspond au nombre de représentants au Congrès.Dans 48 des 50 États, le candidat qui arrive en tête ravit tous les grands électeurs de l\u2019État, ce qui crée une distorsion entre le vote du collège électoral et le vote populaire.« Trump peut perdre le vote populaire, mais gagner le collège électoral et donc l\u2019élection, comme ce fut le cas en 2016 », rappelle Ginette Chenard.Le taux de participation sera donc encore une fois névralgique dans ce pays qui sera probablement gouverné par un septuagénaire.« Ce qui fera la différence dans ces courses extrêmement serrées, c\u2019est le parti qui réussira à mobiliser le plus fortement ses électeurs », souligne Fré- dérick Gagnon.Jusqu\u2019à la dernière journée donc, rien ne sera acquis, tout pourra glisser et surtout surprendre chez nos voisins du Sud où l\u2019imprévisibilité est peut-être effectivement devenue la norme.Les jeux ne sont pas faits DAVID J.PHILLIP ASSOCIATED PRESS amedi, la grève des transports contre la réforme des retraites aura atteint son trente et unième jour de mobilisation.De mémoire de gréviste, c\u2019est un record absolu depuis 30 ans.Dépassée, la grève record de 1986-1987 à la SNCF qui avait duré 28 jours.Éclipsées, les trois semaines de grève contre la politique de rigueur du premier ministre Alain Juppé en 1995.Même si la mobilisation actuelle n\u2019est peut-être pas tout à fait au même niveau que les précédentes, la grève contre la réforme des retraites lancée le 5 décembre dernier est déjà entrée dans les annales des luttes sociales françaises.De l\u2019avis de tous, la semaine qui s\u2019annonce pourrait être déterminante.En cette rentrée 2020, dès lundi, les avocats seront dans la rue alors que les syndicats de la chimie prévoient bloquer des raffineries jeudi prochain, journée de mobilisation nationale.Si le nombre de grévistes a semblé s\u2019effriter durant la période de Noël, on saura à la fin de la semaine si le front syndical résistera aux divisions qui le minent déjà.En effet, alors que l\u2019intersyndicale CGT-FO-Solidaires- FSU a appelé à manifester jeudi, les syndicats plus réformistes comme la CFDT et l\u2019UNSA n\u2019ont encore rien décidé.Ils attendent la reprise des négociations mardi où il devrait être question de moduler l\u2019âge de départ à la retraite selon ce qu\u2019on nomme ici la «pénibilité» de chaque métier.« Un compromis rapide » Si les autres syndicats réclament le retrait pur et simple de la réforme, la CFDT n\u2019a rien contre le principe d\u2019un nouveau régime de retraite dit par points.Mais, on ne voit pas encore comment le principal syndicat réformiste pourrait lâcher du lest tant que le gouvernement ne reculera pas au moins partiellement sur l\u2019« âge pivot » de 64 ans à partir duquel un salarié pourrait partir à la retraite avec sa pleine pension.Son président, Laurent Berger, évoque une « ligne rouge » qu\u2019il ne saurait franchir.Pourtant, mardi dernier dans son allocution du jour de l\u2019An, le président, qui joue sa réélection dans deux ans, a dit souhaiter « un compromis rapide ».À un peu plus de deux mois des élections municipales, tous les observateurs en ont déduit qu\u2019il était prêt à lâcher du lest et mettait la pression sur son premier ministre, Édouard Philippe, afin d\u2019arriver à une solution.Personne ne sait encore à quoi précisément pourrait ressembler le projet de loi qui doit être présenté au Conseil des ministres le 22 janvier prochain.En réalité, celui qui est actuellement sur la table ne ressemble déjà plus à celui qu\u2019avait proposé Emmanuel Macron durant sa campagne électorale.Quelle universalité ?Lors d\u2019un déplacement à Rodez, le 3 octobre 2019, le candidat s\u2019était engagé à supprimer totalement les régimes dits spéciaux qui garantissent à certaines professions des conditions différentes de départ à la retraite.« Il n\u2019y aura plus de régimes spéciaux à proprement parler », disait-il.Et il lançait cette mise en garde : « Si je commence à dire on garde un régime spécial pour l\u2019un, ça va tomber comme des dominos, on me dira, vous le faites pour les policiers, vous le faites pour les gendarmes et après, pourquoi pas pour les infirmiers et les infirmières.» Or, depuis le début des négociations, au moins huit régimes spéciaux ont déjà été maintenus, à commencer justement par les policiers, les pompiers, les militaires, les douaniers, les gardiens de prison et les contrôleurs aériens.Le gouvernement invoque ici une exception justifiée par des « fonctions dangereuses exercées dans le cadre des missions régaliennes ».En tout, une douzaine de professions se sont vu proposer un traitement préférentiel.Et la liste ne cesse de s\u2019allonger.Le 16 décembre, les transporteurs routiers ont obtenu le droit de partir à la retraite cinq ans avant l\u2019âge légal.Le 22 décembre, ce sont les marins-pêcheurs qui obtinrent l\u2019assurance de pouvoir partir B 7 PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT À PARIS LE DEVOIR FRANCE Ça passe ou ça casse pour Emmanuel Macron Avec la grève généralisée qui se poursuit, la rentrée du président français sera très chargée Ce qui se joue aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019ampleur des concessions [qu\u2019Emmanuel Macron] jugera nécessaires, et non pas l\u2019issue de la réforme, quoi qu\u2019en disent ceux qui réclament le retrait pur et simple de la réforme CHLOÉ MORIN » DAMIEN MEYER AGENCE FRANCE-PRESSE S avant 62 ans.Le 15 décembre, ce fut au tour des pilotes de ligne.Que reste-t-il de l\u2019« universalité » et de l\u2019« égalité » dont se réclamait la proposition d\u2019Emmanuel Macron ?Pas grand-chose selon plusieurs.Pour Guy Dreux, membre de l\u2019Institut de recherches de la FSU, l\u2019« universalité » revendiquée par le nouveau régime vise surtout à adapter les retraites à un monde du travail devenu plus précaire.« L\u2019universalité défendue aujourd\u2019hui n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un des éléments qui permettent de faire admettre et de faire advenir un monde du travail débarrassé des conventions collectives et des statuts, flexibilisé sur des logiques purement contractuelles », a-t-il déclaré au quotidien Le Monde.Un « pognon de dingue » Selon ceux qui sont proches du dossier, un compromis pourrait tout de même se dessiner autour de la reconnaissance de la pénibilité des tâches.Les travailleurs qui exercent des métiers éprouvants se verraient attribuer des points leur permettant de partir plus tôt avec une pleine retraite.On aurait ainsi un âge pivot de départ à la retraite, mais «à la carte».«Ce qui se joue aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019ampleur des concessions qu\u2019il [le président] jugera nécessaires, et non pas l\u2019issue de la réforme, quoi qu\u2019en disent ceux qui réclament le retrait pur et simple de la réforme, comme la CGT», affirmait sur le site At- lantico Chloé Morin, de l\u2019institut Ipsos.Le gouvernement veut croire qu\u2019en bouclant un compromis de dernière minute avec les syndicats les plus modérés, il aura les plus radicaux à l\u2019usure.Reste à savoir combien coûtera cette réforme.Pour les seuls enseignants, dont le salaire devra être revalorisé pour compenser la perte de certains avantages, le ministre Jean-Michel Blanquer a annoncé vouloir débourser 10 milliards d\u2019euros sur plusieurs années.L\u2019an dernier, la crise des gilets jaunes avait «coûté» pas moins de 17 milliards d\u2019euros.Selon Lucie Robequain du quotidien Les Échos, celle des retraites «pourrait peser encore plus ».Comme disait Emmanuel Macron en 2018, ça pourrait coûter «un pognon de dingue!» LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin es calèches n\u2019ont plus droit de cité à Montréal.Cette fin prévisible des activités pour des cochers réfractaires au changement ne dispense pas l\u2019administration Plante d\u2019un effort accru pour valoriser le cheval, partie intégrante du patrimoine vivant, dans les années à venir.Le contentieux entre la Ville de Montréal et les exploitants de calèches ne date pas d\u2019hier, et les cochers seraient mal venus de feindre la surprise.Dès 2016, l\u2019ex-maire Denis Coderre a tenté de serrer la vis aux cochers en imposant un moratoire sur la circulation des calèches dans le Vieux-Montréal, en réaction à une série d\u2019incidents laissant craindre à juste titre pour la sécurité et le bien-être des chevaux.Ce moratoire précipité n\u2019a pas tenu plus d\u2019une journée, la Cour supérieure donnant gain de cause aux cochers, pour ainsi dire victimes d\u2019une expropriation déguisée esquissée à la hâte.« Si on veut changer l\u2019industrie, il faut un électrochoc, et c\u2019est ce que j\u2019ai fait », avait dit M.Coderre.Cet appel au changement des mœurs n\u2019a pas été entendu par les cochers dans les trois dernières années.Le plus gros propriétaire de calèches à Montréal, Luc Desparois, contrôle la moitié des 24 permis.Sa réputation le précède en ce qui a trait au piètre traitement qu\u2019il réserve aux chevaux.Selon Desparois, les problèmes se résument à l\u2019incompréhension des élus sur la réalité des cochers et au militantisme exacerbé de groupes tels que la SPCA, qui réclamait dès 2015 l\u2019interdiction des calèches à Montréal.C\u2019est souvent à contrecœur, en banalisant les allégations de mauvais traitement à l\u2019endroit des chevaux, qu\u2019il s\u2019est plié aux resserrements successifs de la réglementation dans les dernières années, entre autres pour interdire la circulation des chevaux lorsque la température excède 28 °C.L\u2019histoire des calèches aurait sans doute connu une fin plus heureuse si ce milieu en mal d\u2019interlocuteurs crédibles avait trouvé un porte-voix moins rétif que Luc Desparois.Sa dernière tentative pour faire reculer la Ville de Montréal a échoué lamentablement.Desparois et un groupe de propriétaires de calèches ont présenté une demande d\u2019injonction, le 16 décembre dernier, en plaidant l\u2019urgence de la situation, à une quinzaine de jours de l\u2019entrée en vigueur du règlement.La Cour supérieure a bien fait de rejeter la demande, en soulignant que l\u2019action de dernière minute des cochers a engendré cette fausse urgence.Ils auraient pu agir avant.Le règlement interdisant les calèches est entré en vigueur en août 2018, avec un moratoire jusqu\u2019au 31 décembre 2019 pour donner aux cochers le temps de disposer de leurs chevaux.Ce délai est plus que raisonnable.L\u2019administration Plante crie victoire, mais c\u2019est trop tôt.La Cour supérieure a écarté le remède d\u2019urgence qu\u2019est l\u2019injonction, mais elle entendra le fond du litige.Il est donc présomptueux d\u2019affirmer que les tribunaux confirment « la justesse et la pertinence » du règlement, comme le prétend la mairesse, Valérie Plante.Ce serait le comble si la Ville ne pouvait pas interdire une activité commerciale profitant à moins de 50 personnes sur son territoire.Toutefois, l\u2019administration Plante a-t-elle traité les cochers avec les mêmes égards que les chevaux qu\u2019elle protège si fièrement ?La Ville propose de racheter les chevaux pour 1000 $ chacun et de les confier à la SPCA qui, à son tour, leur trouvera des refuges avec la participation de l\u2019Association québécoise de protection des chevaux.À ce jour, un cocher sur 47 s\u2019est prévalu de cette offre.La compensation est-elle juste et raisonnable étant donné que les cochers sont, en réalité, privés de leur gagne-pain ?À l\u2019inverse, les cochers peuvent-ils forcer la Ville à maintenir en vie une forme de commerce léthargique, un peu ringarde, au coût d\u2019un encadrement et d\u2019une surveillance nécessaires pour assurer la sécurité publique et le bien-être des chevaux ?Autant de questions fort utiles qui seront tranchées en justice.Que restera-t-il du cheval à Montréal à l\u2019issue de ce bras de fer ?C\u2019est l\u2019angle mort de la politique bien intentionnée de l\u2019administration Plante.Les calèches n\u2019ont peut-être plus leur place à Montréal, mais le cheval, oui.En temps utile, la Ville de Montréal devra trouver une façon de le mettre en valeur, d\u2019abord pour les Montréalais, et non pour les touristes en quête d\u2019une balade de moins en moins bucolique dans un centre-ville obstrué par les cônes orange, la congestion routière et la pollution.Pourquoi ne pas accorder au noble animal une place dans les grands parcs et les espaces verts à des périodes déterminées de l\u2019année ?Un appel de proposition en bonne et due forme permettrait de s\u2019assurer que les mauvais joueurs d\u2019antan ne sont pas associés au projet.Il ne s\u2019agit pas de relancer les calèches par des moyens détournés (elles ont vécu), ni de stationner le cheval au musée, mais de le garder présent dans le cœur et la vie des générations futures comme symbole respecté du patrimoine vivant.André Frappier Ancien membre du Comité de coordination national de Québec solidaire (2012-2018) À deux reprises M.Louis Fournier s\u2019est livré à un réquisitoire contre Québec solidaire (QS), dans ses opinions publiées les 28 décembre et 18 novembre derniers.Dans son plus récent texte, il se revendique de la convergence des souverai- nistes, tout en exprimant des jugements de valeur sur QS, ses membres et sa direction qui relèvent d\u2019une chasse aux sorcières.Son ton et les accusations qu\u2019il porte donnent à eux seuls bien peu de crédibilité à son argumentaire prétendant viser une convergence des souverainistes.J\u2019ai été membre de la direction de Québec solidaire, soit au comité de coordination national et au comité exécutif, pendant six ans, de 2012 à 2018.Je fais partie de ceux et celles qui ont fondé ce parti.L\u2019émergence de QS et par la suite sa croissance ont été rendues possibles par la faillite du Parti québécois (PQ) à répondre aux aspirations sociales de la population et par le cul-de-sac de sa stratégie souverainiste, ce à quoi QS s\u2019est attelé.Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un coup de tête, nous avons mis plus de dix ans à construire notre programme et notre structure au moyen d\u2019un et parfois de deux congrès par année.Cela ne nous a pas empêchés d\u2019avoir des discussions en congrès concernant la possibilité de créer des alliances électorales à trois reprises, lors des élections de 2012, de 2014 et de 2018, et je tiens à rappeler que nous avons fusionné avec Option nationale (ON) en 2017.Mais revenons plus précisément sur les événements qui ont précédé l\u2019élection de 2018 auxquels M.Fournier fait allusion.Il est vrai que nous avons eu des discussions au sein des OUI Québec [Organisations unies pour l\u2019indépendance, NDLR] concernant la convergence des souverainistes.La feuille de route des OUI Québec d\u2019avril 2016 proposait à l\u2019origine une phase I, de juin 2016 à janvier 2017, qui portait sur l\u2019élaboration d\u2019une proposition conjointe d\u2019accession à l\u2019indépendance avec des propositions à faire adopter aux congrès prévus de chaque parti, soit QS en mai 2017, le PQ possiblement en juin et ON à définir.Cette étape devait être suivie d\u2019une phase II à l\u2019automne 2017 portant sur l\u2019élaboration d\u2019un consensus en vue d\u2019assurer l\u2019élection d\u2019une majorité d\u2019indépendantistes.La démission de Pierre Karl Péla- deau en mai de la même année a modifié la situation.Les OUI Québec avaient ainsi informé QS qu\u2019ils étaient conscients des changements d\u2019orientation que cela pouvait entraîner et avaient pris la décision de suspendre temporairement les travaux jusqu\u2019à l\u2019élection du nouveau chef du PQ.Affaire Matzneff : les « regrets » de Pivot Accusé de complaisance avec l\u2019écrivain Gabriel Matzneff, l\u2019ex-anima- teur de télévision Bernard Pivot a exprimé ses «regrets» et estimé n\u2019avoir pas eu «les mots qu\u2019il fallait» envers les propos libertins de l\u2019écrivain pédophile eu égard à ses nombreuses relations sexuelles avec des mineurs lors d\u2019une émission d\u2019Apostrophes en 1990.Or, dans son autobiographie intitulée Les mots de ma vie publiée chez Albin Michel en 2011, Bernard Pivot s\u2019exprime en ces termes: «Mais les mots de ma vie, c\u2019est aussi ma vie avec les mots.J\u2019ai aimé les mots avant de lire des romans.J\u2019ai vagabondé dans le vocabulaire avant de me promener dans la littérature.» Devant une telle assertion sur l\u2019importance capitale des mots aux yeux de Bernard Pivot, est-il raisonnable de croire qu\u2019il n\u2019a «pas eu les mots qu\u2019il fallait» face à Gabriel Matzneff?Permettez-moi d\u2019en douter! Je suis plutôt d\u2019avis que les regrets de Bernard Pivot s\u2019articulent davantage autour de ces mots: «Il m\u2019aurait fallu beaucoup de lucidité et une grande force de caractère pour me soustraire aux dérives d\u2019une liberté dont s\u2019accommodaient tout autant mes confrères de la presse écrite et des radios\u2026 Ces qualités, je ne les ai pas eues\u2026 Je le regrette évidemment.» En termes clairs, Bernard Pivot n\u2019a pas pu démontrer la «grande force de caractère» pour oser affronter la galerie au risque de ternir son image médiatique.Henri Marineau Québec, le 3 janvier 2020 LETTRES DISPARITION DES CALÈCHES Et le cheval ?ÉDITORIAL B 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu BRIAN MYLES L En octobre 2016, les OUI Québec informaient la direction de QS que la deuxième phase des travaux visant à dégager un consensus autour de la question «comment faire élire une majorité de députés indépendantistes à l\u2019Assemblée nationale lors de l\u2019élection de 2018 ?» ne se posait plus avec la même urgence après l\u2019élection de Jean-François Li- sée à la tête du PQ.Par conséquent, ils proposaient de retirer cette « deuxième phase » pour se concentrer entièrement sur la recherche d\u2019un mode d\u2019accession commun à l\u2019indépendance.Ainsi, même les OUI Québec étaient forcés de constater de façon pragmatique que l\u2019indépendance n\u2019était plus à l\u2019ordre du jour pour le PQ, et par conséquent ils ne pouvaient plus maintenir la perspective d\u2019élection de députés indépendantistes pour 2018.Les discussions ne pouvaient donc porter que sur un mode d\u2019accession à l\u2019indépendance, dans un avenir relativement lointain si on considérait le programme de Li- sée.Alors, quelle était donc l\u2019urgence, de ce point de vue, de conclure si rapidement une discussion aussi hypothétique à laquelle Lisée ne donnait pas la priorité ?Cette discussion sur la feuille de route à laquelle on a donné tant d\u2019importance n\u2019avait donc pour Li- sée qu\u2019un but stratégique.On était à des années-lumière d\u2019une quelconque intention de lancer un débat sur l\u2019avenir du Québec.D\u2019autre part, on ne peut parler d\u2019alliance électorale sans considérer les orientations politiques respectives des partis.À cet égard, les décisions du PQ concernant l\u2019environnement, les pétrolières, les droits sociaux et la perspective d\u2019indépendance sont fort différentes, sinon en opposition, particulièrement en ce qui concerne l\u2019inclusion de tous les membres de la société québécoise.La charte des valeurs défendue par le PQ puis par le Bloc québécois a contribué à rendre légitimes et à amplifier les préjugés concernant les personnes provenant des minorités ethnoculturelles, ce qui va à l\u2019encontre des notions de justice et d\u2019équité.En ce qui concerne Québec solidaire, le Québec que nous voulons construire appartiendra aux hommes et aux femmes qui y vivent et ceux-ci bénéficieront de droits égaux.Pour Québec solidaire, la souveraineté est un moteur de la lutte sociale LIBRE OPINION Gouverner une nation Quand François Legault clame que la CAQ respecte ses promesses, il serait un bon candidat au festival Juste pour rire.Après seulement 14 mois, la liste des promesses non remplies ou remplies à moitié s\u2019allonge.«L\u2019art de la demi-mesure» a écrit Michel David.La plus choquante, quant à moi: la promesse formelle que les élections 2022 se feraient à la proportionnelle.«On ne fera pas comme Justin Trudeau», avait dit M.Le- gault.Du côté immigration, les réalisations sont très loin des promesses du programme caquiste.Au départ, la CAQ a voulu envoyer à la déchiqueteuse 18 000 dossiers; le tout arrêté sur ordre de la Cour supérieure: pas fort! [\u2026].«Le bluff de Legault en immigration», a écrit un chroniqueur, en parlant de la promesse de réduire les seuils d\u2019immigration; comment réduire quand le Québec n\u2019a pas tous les pouvoirs?Ne pouvant pas réduire dans les immigrants avec permis de travail, la CAQ a voulu réduire dans le programme PEQ des étudiants: levées de boucliers dans le milieu des affaires et de l\u2019enseignement supérieur.Trois semaines plus tard, changement radical de position: la CAQ veut maintenant accueillir les étudiants étrangers à bras ouverts, les qualifiant de «candidats de choix»! Quant au projet de loi 21, la CAQ n\u2019avait-elle pas dit qu\u2019elle exempterait les écoles privées, pourtant subventionnées [\u2026]?Les trop-perçus d\u2019Hydro-Québec.La promesse d\u2019aller chercher un milliard de dollars dans l\u2019entente avec les médecins spécialistes.La promesse d\u2019abolir les élections scolaires: selon ce qu\u2019on en sait, les anglophones conserveraient le suffrage universel.[\u2026] Il faut déplorer le fait que la CAQ applique, encore une fois, la vitesse grand V en vue de l\u2019adoption rapide du projet de loi 40 modifiant principalement la Loi sur l\u2019instruction publique relativement à l\u2019organisation et à la gouvernance scolaires [\u2026].Des associations d\u2019enseignants et des comités de parents s\u2019inscrivent en faux contre ce projet; à tout le moins quant à la précipitation [avec lequel il a été traité].On est très loin des projets embal- lants de la Révolution tranquille et des années 1990.On peut s\u2019interroger sur la vision de la CAQ, à moyen et à long terme.Où s\u2019en va le Québec avec cette courte vision comptable de l\u2019administration publique?Pierre Grandchamp Le 1er janvier 2020 B 9 LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 IDÉES Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Baptiste Barbe, Paul Cauchon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Anabelle Nicoud Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.Bisbille autour du Château Laurier Q u\u2019on se le tienne pour dit : Ottawa n\u2019est pas la plus belle capitale nationale du monde.Malgré sa situation géographique plutôt pittoresque, la ville qui abrite le Parlement canadien a pu se développer pendant plus d\u2019un siècle sans que l\u2019on se préoccupe de concepts aussi abstraits que la pollution visuelle.Le cen- tre-ville d\u2019Ottawa est ainsi constitué d\u2019un pêle-mêle de gratte-ciel de moindre qualité qui bloquent la vue de la colline du Parlement et qui gâchent le paysage urbain.Contrairement à Washington, où la hauteur des constructions a longtemps été strictement limitée (permettant ainsi au Capitole de régner incontestablement sur la ville), les bâtiments les plus importants de la capitale canadienne sont souvent cachés derrière des tours de bureaux ou résidentielles franchement laides.Il est donc amusant de voir le Tout-Ottawa s\u2019émouvoir à ce point devant le projet de l\u2019agrandissement de l\u2019hôtel Château Laurier.Selon ses détracteurs, l\u2019ajout d\u2019une annexe à l\u2019hôtel centenaire constitue un sacrilège qui défigurerait un joyau architectural.Or il ne s\u2019agit de rien de la sorte.L\u2019idée de construire un hôtel dans le style d\u2019un château français du XVe siècle fut une astuce de marketing du propriétaire et magnat du chemin de fer Charles Melville Hayes plutôt qu\u2019une innovation architecturale.On peut admirer le résultat final sans s\u2019en émerveiller.Le Château Laurier fut désigné lieu historique national en 1981 autant pour le rôle qu\u2019il a joué dans l\u2019histoire du Canada \u2014 tant de rencontres politiques y eurent lieu \u2014 que pour son patrimoine architectural.L\u2019hôtel occupe une place particulière dans l\u2019imaginaire québécois puisque ce fut dans ses corridors que se déroula l\u2019essentiel de la « nuit des longs couteaux » en 1981.Malgré ce goût amer, le Château Laurier est un bel immeuble qui mérite une protection particulière.Mais l\u2019ajout proposé d\u2019une annexe de sept étages n\u2019enlève rien à la structure originale.La firme d\u2019architecture responsable du projet a su produire un design qui est respectueux et subordonné à l\u2019édifice centenaire.Partout dans le monde, des projets semblables qui intègrent le moderne à l\u2019historique ont été réalisés avec grand succès.Cela n\u2019a pas empêché les opposants au projet de qualifier la maquette actuelle de « gros radiateur », de « climatiseur », de « grotesque mur » ou même « d\u2019accordéon ».Le dernier en date pour contester le projet actuel n\u2019est pas le moindre.Le mois dernier, le sénateur Serge Joyal a déposé un projet de loi qui vise à donner à la Commission de la capitale nationale « le pouvoir d\u2019adopter des règlements et d\u2019établir les conditions à respecter pour qu\u2019un permis soit délivré aux projets situés à l\u2019intérieur d\u2019un certain périmètre autour de la colline du Parlement ou d\u2019un lieu historique national donné ».Rappelons que le conseil municipal d\u2019Ottawa a approuvé le projet d\u2019agrandissement en juillet dernier.En septembre, le Comité de dérogation de la Ville d\u2019Ottawa a toutefois refusé d\u2019accorder toutes les approbations nécessaires au propriétaire du Château Laurier, Larco Investments.Ce dernier fait appel de ce refus devant le Tribunal d\u2019appel d\u2019aménagement local de l\u2019Ontario.L\u2019organisme Patrimoine Ottawa recueille lui aussi de l\u2019argent afin de mener sa propre bataille juridique contre l\u2019agrandissement.Ce ne serait pas une mauvaise idée de donner à la Commission de la capitale nationale un droit de regard sur des projets privés autour du parlement.Mais la controverse au sujet de ce projet en particulier est surfaite.Les résidents d\u2019Ottawa devraient plutôt se réjouir d\u2019un projet qui donnerait un meilleur accès à l\u2019hôtel et au parc Major adjacent.Le nouveau bâtiment transformerait le paysage actuel du parc, qui serait plus encloisonné, mais il améliorerait grandement l\u2019ensemble du paysage en remplaçant un ancien garage de stationnement de l\u2019hôtel.Espérons toutefois que la controverse au sujet de l\u2019agrandissement du Château Laurier va réussir à éveiller l\u2019intérêt pour la chose architecturale dans la capitale canadienne.Une telle prise de conscience permettrait peut-être d\u2019éviter de vrais scandales, comme celui de la rénovation du Centre national des arts effectuée ces dernières années.Que l\u2019on aimât ou pas son architecture brutaliste des années 1960, l\u2019édifice original avait du moins été avant-gardiste.Sa construction \u2014 le CNA fut commandité par le gouvernement fédéral de l\u2019époque pour marquer le 100e anniversaire de la Confédération \u2014 voulait témoigner de l\u2019entrée du Canada dans l\u2019ère moderne.En revêtant la structure de béton avec des panneaux en verre, rénovation approuvée par le gouvernement de Stephen Harper, on a complètement défiguré l\u2019œu- vre de l\u2019architecte Fred Lebensold.De telles erreurs sont à éviter dans une capitale nationale digne de ce nom.KONRAD YAKABUSKI Charles Châteauneuf Psychologue Encore une fois, je suis surpris que l\u2019on ait manqué l\u2019occasion de souligner les réalités autochtones par l\u2019entremise des sketchs humoristiques du Bye bye, alors que l\u2019auditoire est l\u2019un des plus nombreux en cette occasion unique de fin d\u2019année.Les artistes autochtones sont de plus en plus nombreux et reconnus sur nos scènes québécoises, que ce soit en musique, en écriture, en poésie, en théâtre, en danse ou en expositions multiples, mais la réalité de leur quotidien demeure mal comprise, sinon inconnue de la majorité des Québécois.Je travaille en milieu autochtone comme psychologue depuis bientôt 12 ans, y passant presque la moitié de ma vie, car m\u2019y rendant une semaine sur deux, et la richesse humaine que j\u2019y rencontre est sans commune mesure avec ce que la majorité des Québécois ont comme perception de la réalité autochtone.Quand j\u2019indique à ma clientèle non autochtone que je serai absent la semaine suivante pour mes séjours réguliers dans une communauté autochtone, communément appelée « une réserve », sa première réaction est toujours de me plaindre, de me dire que ce doit être difficile, que les problèmes de drogue, d\u2019alcool, de violence, d\u2019abus de toutes sortes doivent finir par miner mon moral.Quand je leur réponds que la réalité est l\u2019inverse, qu\u2019y œuvrer est d\u2019une grande richesse et me nourrit à plusieurs égards, qu\u2019y retourner demeure toujours un grand plaisir et une source de satisfactions importantes, je constate leur incompréhension et, surtout, leur méconnaissance.L\u2019univers autochtone demeure un mystère pour une grande majorité de personnes, même dans le milieu artistique, ne sachant sous quel angle aborder une réalité peu facilement saisissable, remplie de préjugés et de clichés immémoriaux.L\u2019humour aurait pu servir cette cause qu\u2019est la recherche de réconciliation entre nous, les occupants, et les peuples des Premières Nations occupant ce territoire depuis des millénaires.Exutoire Pourquoi ne se prennent-ils pas en main ?Pourquoi se font-ils vivre par les gouvernements ?Pourquoi ces abus de consommation ?Pourquoi ces placements si nombreux d\u2019enfants en famille d\u2019accueil ?Pourquoi ?Quand j\u2019explique qu\u2019un Autochtone ne peut emprunter à une institution financière pour se construire une maison ou ouvrir un commerce, une entreprise, parce que les terrains d\u2019une « réserve » sont insaisissables, les gens comprennent que la personne autochtone est ainsi prisonnière d\u2019une réalité qui la maintient sous dépendance, qui la rend incapable de s\u2019en affranchir.Les seuls biens considérés, dans la majorité des cas, sont des biens de consommation, tels les télévisions, les cellulaires, les voitures, les motoneiges, les VTT et d\u2019autres articles non durables loin de leurs valeurs traditionnelles et de leur mode de vie ancestral.La consommation devient alors souvent le seul exutoire à leurs blessures du passé et à leur condition passive du présent, avec pour conséquence des conditions déplorables pour leur vie familiale.Certaines communautés parviennent mieux que d\u2019autres à se développer grâce aux redevances de projets de barrages hydroélectriques sur leurs terres ancestrales.Ces communautés peuvent alors investir dans le développement d\u2019entreprises autochtones et offrir des ententes de soutien financier aux membres voulant se faire construire leur propre maison et être propriétaires.La nouvelle loi sur la protection de la jeunesse permet, à partir de cette année, aux communautés de gérer les placements de leurs enfants afin que ceux-ci demeurent dans des familles autochtones et évitent un déracinement culturel traumatisant comme celui vécu lors des placements forcés en pensionnat.Des personnes L\u2019humour d\u2019un Bye bye de fin d\u2019année aurait pu soulever ces problématiques sur lesquelles seul un Blanc peut avoir un impact important pour favoriser justement cette reconnaissance, cette autonomie et cette réconciliation que tous souhaitent.L\u2019humour pourrait illustrer mieux que n\u2019importe quoi d\u2019autre ces situations vécues ou subies par la « personne autochtone », ne serait-ce qu\u2019en parlant, justement, de « personnes autochtones» au lieu d\u2019Autochtones, car il s\u2019agit bien ici de personnes.C\u2019est ce qu\u2019on a fait par le passé en cessant de dire «un handicapé » pour plutôt parler d\u2019une « personne handicapée ».Reconnaître la personne au-delà de ses origines est le premier pas à franchir.Les sketchs d\u2019humour pourraient illustrer comment le non-Autochtone réagit, traite ou ne respecte pas ses ententes ou contrats pourtant dûment signés avec une personne ou un organisme autochtone.Le contrat des éoliennes, le prolongement de la route 138, des ententes gouvernementales, la simple signature d\u2019un bail, etc., sont autant de sujets potentiels dont peu de gens sont informés.La recherche de réconciliation est le sujet de l\u2019heure, mais à ce jour, les formes que pourrait prendre cette réconciliation demeurent vagues.C\u2019est un beau mot, réconciliation, qui montre plein de bonne volonté.Mais comment va-t-on concrétiser ce qu\u2019il englobe?Par exemple, ma ville se vante d\u2019être jumelée avec une ville française et une ville belge, des jumelages qui ont été réalisés il y a plusieurs décennies et auxquels j\u2019ai participé en y effectuant les premiers échanges jeunesse, dès le début des années 1980.Dans cette recherche d\u2019un projet concret de réconciliation, j\u2019ai acheminé l\u2019an passé une offre à notre maire pour explorer un tel projet de jumelage avec une communauté autochtone, qui pourrait profiter aux deux parties.D\u2019autres villes auraient pu suivre cet exemple.Aucune réponse ne m\u2019a été envoyée, même pas un avis de réception.Voilà un exemple du parcours que nous avons à faire pour faciliter le rapprochement et la connaissance de l\u2019autre.Voilà un autre sujet d\u2019humour possible pour réveiller les esprits.Je vous souhaite donc à tous et à toutes une heureuse année 2020 et un humour qui saura améliorer notre connaissance de la réalité autochtone, réalité qui éveille cependant notre curiosité et dont nous commençons à être conscients de l\u2019apport positif qui pourrait en résulter.BYE BYE 2019 Une occasion ratée de souligner les réalités autochtones Centre d'études et de recherches internationales (CERIUM)* Depuis plus de sept mois, les chercheurs Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont détenus à la prison d\u2019Evin, en Iran.C\u2019est la prison tristement célèbre qu\u2019ont connue les Québécoises Homa Hoodfar, incarcérée pendant trois mois en 2016, et Zahra Kazemi, qui y est morte en 2003.Faussement accusés d\u2019avoir porté atteinte à la sûreté de l\u2019État, nos collègues ont été arrêtés, semble-t-il, afin de servir de monnaie d\u2019échange dans une période de haute tension géopolitique avec l\u2019Iran.Puisqu\u2019ils n\u2019ont mené aucune activité politique ou liée au renseignement dans ce pays, ce sont des prisonniers scientifiques.Anthropologue, spécialiste réputée de la société iranienne, Fariba Adel- khah a entamé le 24 décembre une grève de la faim avec une universitaire australienne, Kylie Moore-Gilbert.Dans une lettre ouverte, elles disent se battre pour leur liberté, mais aussi pour celle des autres chercheurs emprisonnés.Sociologue, expert de l\u2019Afrique, Roland Marchal rendait visite à Fariba Adelkhah lorsqu\u2019il a été arrêté à l\u2019aéroport de Téhéran.Par la présente, nous demandons au gouvernement du Canada et aux universités québécoises et canadiennes d\u2019appuyer les efforts internationaux visant à obtenir la libération de ces deux prisonniers scientifiques ainsi que celle de tous les universitaires, iraniens et étrangers, détenus arbitrairement en Iran.Si le CERIUM intervient aujourd\u2019hui de manière publique, c\u2019est parce que Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont tous les deux chercheurs au Centre d\u2019études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris, un établissement qui a servi de modèle à la création du CERIUM et avec lequel nous entretenons des liens étroits.Roland Marchal a été invité au CERIUM en 2010.Mais en exigeant la libération de nos collègues français, nous pensons à tous les universitaires, chercheurs et intellectuels dont la liberté, et parfois la vie, est mise en danger en Iran et à travers le monde.En 2019 seulement, selon l\u2019association Scholars at Risk, 273 universitaires ont été persécutés sur la planète : victimes de meurtre, d\u2019atteinte à leur intégrité physique, « disparus », emprisonnés, congédiés ou subissant des restrictions à leur liberté.La plupart de ces universitaires vivent sous des régimes autoritaires, comme l\u2019Iran, la Chine, la Turquie ou la Russie.Certains, comme Fariba Adelkhah et Roland Marchal, y étaient de passage.À juste titre, les chercheurs des pays démocratiques sont attachés à la liberté académique qui leur permet d\u2019exercer leur métier, soit la production et la diffusion du savoir, en toute indépendance.C\u2019est une liberté aussi précieuse que rare dans le monde.Mais lorsque la liberté individuelle au sens le plus simple du terme est menacée, ce sont les droits fondamentaux qui sont en jeu.Ceux-ci, on l\u2019oublie parfois, sont universels.*La liste complète des signataires est publiée sur nos plateformes numériques.IRAN Appel à la libération des prisonniers scientifiques La chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah THOMAS ARRIVE / SCIENCES PO / AGENCE FRANCE-PRESSE La controverse au sujet du projet de l\u2019agrandissement de l\u2019hôtel Château Laurier est surfaite B 10 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JANVIER 2020 E N B R E F Espagne : la Commission électorale ordonne la destitution de Quim Torra MADRID \u2014 La Commission électorale espagnole a ordonné vendredi que l\u2019indépendantiste catalan Quim Torra soit déchu de ses fonctions de député régional, ce qui impliquerait qu\u2019il perdrait la présidence de la Catalogne.Cette décision fait suite à la condamnation de M.Torra le 19 décembre à 18 mois d\u2019inéligibilité par la justice espagnole pour « désobéissance ».Il avait refusé d\u2019obéir à l\u2019ordre de la commission électorale de retirer des emblèmes indépendantistes de la façade du siège du gouvernement régional pendant une campagne électorale.M.Torra a dénoncé vendredi soir un « nouveau coup d\u2019État contre les institutions catalanes ».Agence France-Presse Brexit : von der Leyen rencontrera Johnson mercredi à Londres BRUXELLES \u2014 La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, va se rendre à Londres mercredi pour rencontrer le premier ministre britannique Boris Johnson, à trois semaines du Brexit, a-t-on appris vendredi auprès de l\u2019institution.Un porte-parole de l\u2019exécutif européen a indiqué qu\u2019il s\u2019agissait de la première rencontre entre les deux dirigeants depuis que Mme von der Leyen a pris ses fonctions début décembre.Selon la Commission, Ursula von der Leyen doit également prononcer un discours à la London School of Economics.Le Royaume-Uni se prépare à quitter l\u2019Union européenne le 31 janvier.D\u2019ici là, les parlements britannique et européen doivent ratifier l\u2019accord de retrait négocié entre les deux parties.Agence France-Presse Bolivie : l\u2019élection présidentielle aura lieu le 3 mai LA PAZ \u2014 Les Boliviens sont convoqués aux urnes pour élire leur président le 3 mai, plus de six mois après l\u2019élection controversée qui avait déclenché une révolte sociale et le départ du chef de l\u2019État Evo Morales, a annoncé vendredi le Tribunal suprême électoral (TSE).Cette élection présidentielle aura lieu « le premier dimanche du mois de mai », a déclaré le vice-président du TSE, Oscar Hassenteufel.Depuis la démission de M.Morales le 10 novembre, la Bolivie est dirigée par une présidente par intérim, la séna- trice de droite Jeanine Añez.Agence France-Presse Le président catalan, Quim Torra PAU BARRENA AGENCE FRANCE-PRESSE AGENCE FRANCE-PRESSE AUX NATIONS UNIES Le projet de résolution sino-russe pour un allégement des sanctions internationales imposées à la Corée du Nord « arrive à point nommé » et va « dans la bonne direction », a affirmé vendredi l\u2019ambassadeur chinois à l\u2019ONU, Zhang Jun.Alors que deux sessions de consultations du Conseil de sécurité sur ce texte sont restées infructueuses et que Pyongyang a annoncé la fin du moratoire sur ses essais nucléaires, le diplomate espérait que d\u2019autres discussions allaient permettre « d\u2019avoir davantage de consensus ».« Sur cette base, nous pouvons réellement contribuer à un dialogue politique entre les parties, notamment entre les États-Unis et la Corée du Nord », a-t-il fait valoir devant des journalistes.Interrogé sur une date possible pour une mise au vote du texte sino-russe, le diplomate chinois n\u2019a pas répondu précisément.Au cours des derniers mois, les Européens ont souvent insisté pour ne pas alléger les sanctions contre la Corée du Nord sans progrès concrets et vérifiables de ce pays vers un désarmement.Les discussions entre Pyongyang et Washington sont dans l\u2019impasse, les États-Unis refusant aussi tout allégement de sanctions tant que la Corée du Nord n\u2019abandonnera pas ses armes nucléaires.En janvier, le Conseil de sécurité est présidé par le Vietnam, l\u2019un des cinq nouveaux membres non permanents de l\u2019instance entrés en fonction le 1er janvier et pour deux ans.Les quatre autres nouveaux membres sont la Tunisie, le Niger, l\u2019Estonie et Saint-Vin- cent-et-les-Grenadines.Renvoi des travailleurs Le projet de résolution de la Chine et de la Russie prévoit l\u2019arrêt de plusieurs dispositions prises en 2017, notamment les interdictions d\u2019acheter du textile et des produits de pêche nord- coréens.Les deux pays réclament aussi la fin de la mesure prise en 2017 qui imposait à tous les États de l\u2019ONU de renvoyer avant le 22 décembre 2019 les travailleurs nord-coréens travaillant à l\u2019étranger, source d\u2019importants revenus pour Pyongyang.Interrogé pour savoir si la Chine, gros employeur de travailleurs nord- coréens, s\u2019était conformée à cette mesure, l\u2019ambassadeur chinois a assuré que l\u2019application des sanctions était prise au « sérieux » par son pays.« Mais dans le même temps [\u2026], les sanctions ont des conséquences négatives sur la vie de gens ordinaires » et « nous pensons que nous devrions ajuster les sanctions pour atténuer la souffrance de gens innocents », a précisé Zhang Jun.NATIONS UNIES Pékin propose d\u2019alléger les sanctions contre Pyongyang ÉTATS-UNIS Bernie Sanders attaque l\u2019année électorale en solide position Une crise cardiaque, une dangereuse rivale progressiste, des doutes sur son âge\u2026 Porté par le fervent soutien de ses partisans, Bernie Sanders a surmonté les obstacles qui menaçaient sa candidature en 2019 pour entamer l\u2019année en solide position dans la primaire démocrate, avec la Maison-Blanche en vue.« Pas besoin de mendier auprès des riches et des puissants.» Triomphant, le sénateur indépendant a salué jeudi le montant impressionnant qu\u2019il a récolté auprès de petits donateurs au dernier trimestre 2019 : 34,5 millions de dollars, soit plus que tout autre candidat à l\u2019investiture démocrate sur un trimestre.Menacé cet été par l\u2019ascension de la sénatrice progressiste Elizabeth Warren, Bernie Sanders lui a depuis repris la deuxième place dans les sondages pour la primaire.Et si le candidat aux idées socialistes reste derrière le modéré Joe Biden, toujours favori dans les enquêtes d\u2019opinion, il l\u2019a dépassé de loin en 2019 en ce qui a trait aux fonds récoltés (96 millions contre 60 millions).Un exploit d\u2019autant plus remarqué que le candidat le plus âgé de la primaire, à 78 ans, avait démarré le dernier trimestre en position plus que périlleuse : Bernie Sanders avait fait une crise cardiaque le 1er octobre.Critiqué parce que son équipe avait dans un premier temps manqué de transparence sur son état de santé, le sénateur d\u2019ordinaire connu pour son ton combatif avait donné de rares signes publics de vulnérabilité\u2026 avant de se reprendre.Désormais bien rétabli, selon ses médecins, Bernie Sanders a pu dans ce retour en force compter sur le soutien de la benjamine très médiatique du Congrès : l\u2019élue démocrate Alexandria Ocasio-Cortez.Il était encore à l\u2019hôpital lorsque cette voix très influente auprès des jeunes progressistes lui a annoncé son soutien, selon des médias américains.Elle a depuis fait campagne aux côtés de Bernie Sanders, également soutenu par d\u2019autres visages de la gauche du parti : Ilhan Omar et Rashida Tlaib.Ces appuis lui « donnent une certaine crédibilité auprès des électeurs issus de minorités », alors qu\u2019en 2016, lors de sa campagne malheureuse contre Hillary Clinton, « son équipe avait été critiquée pour son manque de diversité », souligne Miles Coleman, politologue à l\u2019Université de Virginie.C\u2019est « avec la force des partisans, un mouvement multiracial et multicultu- rel, que nous allons battre le pire président de l\u2019histoire de notre pays, Donald Trump ».Vêtu d\u2019une épaisse parka pour braver le froid de l\u2019Iowa, le socialiste a ouvert l\u2019année avec un message de défiance.En campagne dans cet État qui ouvrira le bal de la primaire en votant le 3 février, le septuagénaire a affirmé dans la même vidéo qu\u2019il allait « décrocher l\u2019investiture démocrate ».Changements en profondeur Oubliée, l\u2019image d\u2019un Bernie Sanders convalescent.Le septuagénaire, souvent échevelé, a retrouvé les grands rassemblements ainsi que ses sorties vigoureuses et parfois humoristiques lors des débats démocrates.Celui qui prône une « révolution politique », pourfend Wall Street, appelle à un « Green New Deal » pour lutter contre les changements climatiques et défend une profonde réforme du système de santé américain compte sur un solide soutien chez les jeunes.« Les millénariaux aiment l\u2019authenticité », souligne Miles Coleman.Or, Bernie Sanders « n\u2019est pas un politique typique » et peut donc plaire davantage que les autres à une génération d\u2019Américains qui n\u2019est, d\u2019autre part, plus effrayée par le mot « socialisme ».Bernie Sanders dispose en outre « d\u2019un solide réseau de partisans qui date de [sa candidature en 2016] et qu\u2019il a maintenu et enrichi », souligne William Sweeney, professeur à l\u2019American University.Dans l\u2019Iowa, État très influent car il vote en premier, il figure en deuxième place de la moyenne des sondages établie par RealClearPolitics, derrière le jeune candidat modéré Pete Buttigieg.Et dans le New Hampshire, qui votera juste après, Bernie Sanders caracole en tête, tandis qu\u2019Elizabeth Warren, première durant l\u2019automne, a plongé jusqu\u2019à la quatrième place.Les deux sénateurs occupant un même espace idéologique, ils représentent chacun une menace pour l\u2019autre, souligne Capri Cafaro, ancienne élue démocrate et experte de l\u2019American University.En perte de vitesse, Mme Warren a annoncé vendredi avoir récolté bien moins de fonds que M.Sanders au dernier trimestre : 21 millions de dollars (71 millions au total en 2019).Mais dans ce duel, nuance Mme Ca- faro, son statut de seule femme encore en lice dans le peloton de tête « pourrait lui bénéficier à long terme » auprès d\u2019un électorat démocrate qui a soif de changement.CHARLIE NEIBERGALL ASSOCIATED PRESS ELODIE CUZIN À WASHINGTON AGENCE FRANCE-PRESSE Le septuagénaire, souvent échevelé, a retrouvé les grands rassemblements ainsi que ses sorties vigoureuses et parfois humoristiques lors des débats démocrates "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.