Le devoir, 28 décembre 2019, Cahier B
[" PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 DÉCEMBRE 2019 GUILLAUME LEPAGE LE DEVOIR Le 16 juillet 2010, Kevin Systrom publie quatre photos sur son compte Insta- gram.Cadrage malhabile, couleurs surannées, les clichés croqués par le fondateur du réseau social n\u2019ont pas de légende, à l\u2019exception d\u2019une seule.Sous la photo mettant un chien et une gou- goune en vedette, on lit ceci : « test ».Depuis son lancement officiel en octobre 2010, Instagram a été téléchargé près de 3 milliards de fois à travers le globe.L\u2019application, désormais la propriété de Facebook, compte au Canada seulement plus de 8 millions d\u2019utilisateurs actifs.Jouissant de la diffusion massive de téléphones intelligents aux caméras toujours plus sophistiquées, la plate- forme mobile est aujourd\u2019hui peuplée d\u2019un nombre incalculable d\u2019égopor- traits et de photos du quotidien retouchées.Sans oublier l\u2019essor du marketing d\u2019influence auquel elle a fortement contribué.Cela a permis d\u2019offrir un métier à des créateurs du Web, dont l\u2019influenceuse Misère et splendeur des réseaux sociaux Cam Grande Brune \u2014 Camille Ingels- Fortier de son vrai nom.D\u2019abord vlo- gueuse sur YouTube, la jeune femme produit maintenant du contenu sur les autres réseaux sociaux.Mais c\u2019est via Instagram que les annonceurs la contactent le plus.«Ça coûte moins cher pour les entreprises qu\u2019une vidéo YouTube», explique-t-elle.Camille pourrait gagner sa vie comme influenceuse, mais elle préfère conserver son emploi à temps partiel dans un studio photo de Montréal.« Attendre après des contrats, les paiements\u2026 ce n\u2019est vraiment pas stable comme travail.Il y a beaucoup de gens qui le font autour de moi, mais personnellement, j\u2019aime la stabilité que me procure ma job [au studio].» Les médias sociaux ont été pour Camille l\u2019occasion d'« exprimer sa créativité » et d\u2019avoir un public réceptif aux sujets qui lui tiennent à cœur, explique-t-elle au bout du fil.Les points négatifs ?« La pression », répond la jeune femme, qui ne peut se permettre de disparaître trop longtemps de ces plateformes où la vie défile en accéléré.Sans oublier le risque d\u2019être la cible d\u2019insultes et de messages haineux.La fin du cybermonde Si les smartphones sont apparus dans la première décennie du millénaire, ils se sont imposés durant les dix dernières années.Les Apple et Samsung de ce monde ont fait basculer des centaines de millions de gens dans une « connectivité NUMÉRIQUE I INÉGALITÉS I CLIMAT I IDENTITÉ Le bilan de la décennie en quatre temps.La suite en B 4, B 5 et B 6 VOIR PAGE B 6 : NUMÉRIQUE LEDEVOIR // LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 DÉCEMBRE 2019 PERSPECTIVES B 2 Hommage aux années Garnotte 1 4 5 2 3 LEDEVOIR // LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 DÉCEMBRE 2019 PERSPECTIVES B 3 En juin 2019, le caricaturiste Michel Garneau, dit Garnotte, prenait sa retraite du Devoir après 23 années de « bons et loyaux sévices graphiques », comme l\u2019écrivait Isabelle Paré dans un portrait publié pour l\u2019occasion.Quoi de mieux, pour bien terminer l\u2019année, que d\u2019offrir à nos lecteurs un florilège de ses caricatures parmi les plus marquantes ?1 En 2010 est instauré au Québec un programme universel et gratuit de procréation assistée.3 La Loi sur l\u2019équité salariale a été adoptée à l\u2019unanimité à l\u2019Assemblée nationale en novembre 1996.3 On assiste à un mouvement citoyen mondial de conscien- tisation face au suremballage et au plastique.4 La 2e saison de La servante écarlate, de Margaret Atwood, a constitué un miroir du mouvement #MoiAussi, qui dénonce les violences sexuelles faites aux femmes.5 En 1998, l\u2019affaire Clinton- Lewinsky passionnait le monde entier.6 En 1998, la guerre de la faim s\u2019aggrave au Soudan.La famine menace deux millions et demi de personnes.7 L\u2019ex-maire de Montréal Gérald Tremblay est resté dans la mémoire collective « celui qui ne savait rien » du système de collusion et de corruption mis au jour par la commission Charbonneau.8 L\u2019arrêt Jordan est une décision prononcée par la Cour suprême du Canada le 8 juillet 2016.9 En 2012, les étudiants se sont opposés à la volonté du gouvernement Charest de hausser les frais de scolarité.7 8 9 6 LEDEVOIR // LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 DÉCEMBRE 2019 BILAN DÉCENNIE 2010-2020 B 4 STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Ils étaient quatre.Un quatuor de jeunes leaders au moment de la grève étudiante de 2012, le plus grand mouvement social de la décennie au Québec.Il y avait Martine Desjardins (FEUQ), Léo Bureau-Blouin (FECQ), Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds (CLASSE).La première chronique au Journal de Montréal, le second suit un stage comme clerc du juge en chef de la Cour suprême, le troisième, devenu député, codirige Québec solidaire.Et Jeanne Reynolds ?Elle a maintenant 27 ans.Elle fait de la suppléance dans les écoles et souhaite devenir enseignante au collégial.Elle a terminé cette année une maîtrise en sociologie sur la division sexiste du travail et l\u2019utilisation du corps des femmes pendant le Grand Prix de Formule 1.« Les femmes sont exclues de la compétition sportive, des garages », explique la sociologue attablée à un café du Quartier latin, haut lieu de la lutte il y a 7 ans.« Les femmes sont exclues des emplois les mieux rémunérés.Elles se retrouvent toutes dans des emplois précaires, où leur corps est utilisé pour le marketing », explique Mme Reynolds.Engagement.Critique.Solidarité.Jeanne Reynolds est restée fidèle à ses convictions tout au long de la décennie.Mais quel bilan trace-t-elle de ce temps fort ?«Il y avait un contexte particulier avec les libéraux au pouvoir depuis longtemps.Il y avait une grogne accumulée.Le mouvement étudiant a réussi à canaliser la colère en partant de la revendication pour annuler la hausse des droits de scolarité qui faisait partie d\u2019un programme politique d\u2019austérité, de tarifications des services publics, de réingé- nierie de l\u2019État.» Détresse Les services publics en savent quelque chose.La Commission spéciale sur les droits des enfants met en ce moment en évidence les graves conséquences des compressions budgétaires et des réformes de structures qui ont désarticulé le réseau de protection de la jeunesse.Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le système de santé semble tout aussi affecté négativement.« J\u2019ai vécu la dégradation de mes conditions de travail depuis les réformes Barrette», raconte une infirmière interviewée par Le Devoir.Elle parle des transformations structurelles adoptées par le ministre de la Santé, le libéral Gaé- tan Barrette, en 2014-2015.Elle a été embauchée en 2012 et a réclamé l\u2019anonymat par peur de représailles.Elle parle de la diminution du nombre des gestionnaires qui aurait « déshumanisé » la gestion.Elle parle de collègues qui démissionnent et des difficultés de recrutement.Elle parle du temps supplémentaire obligatoire, le fameux TSO, qui force des plages de travail de 16 heures d\u2019affiliée.Elle rappelle la sortie médiatique de l\u2019infirmière Émilie Ricard, épuisée, qui a beaucoup ébranlé le public en 2018.« Les employés ressentent beaucoup de détresse », résume-t-elle.L\u2019infirmier Dominic Gendron en rajoute en parlant aussi du manque de personnel et des jeunes qui quittent la profession après un an de boulot.Lui- même travaille depuis cinq ans à l\u2019Hôtel-Dieu de Sherbrooke.Il a vite déchanté sur cette vocation professionnelle, malgré sa passion intacte pour ce métier mêlant la science et la compassion.« Je suis devenu infirmier parce que j\u2019aime la biologie et les soins aux humains, dit-il.C\u2019est ce qu\u2019on m\u2019a enseigné, mais ce n\u2019est pas ce que je pratique.Le système gère en fonction de la quantité, pas de la qualité.» Il étudie à l\u2019université en parallèle de son travail pour plus tard se réorienter.Lui comme sa collègue ne parlent pas de l\u2019importance centrale des salaires pour améliorer leurs conditions.« Il faudrait que les médecins partagent les tâches avec nous pour revaloriser notre travail », dit celui qui a aussi fondé la page Facebook Les infirmières Ma Nurse pour échanger entre collègues.Comparaison Cela dit, tout ne va pas pour le pire, en général.« De façon générale, on peut constater qu\u2019au Québec, du point de vue des inégalités, ce n\u2019est pas aussi négatif qu\u2019ailleurs, résume Nicolas Zorn, directeur du nouvel Observatoire québécois des inégalités.Le Québec est la société la plus égalitaire en Amérique du Nord.C\u2019est le résultat d\u2019un choix de société, de politiques et d\u2019institutions collectives, y compris les impôts plus élevés et le rôle des syndicats dans l\u2019économie.» L\u2019Observatoire s\u2019intéresse aux types d\u2019inégalités (revenus, opportunités et qualité de vie) et aux groupes touchés (les gagnants et les perdants des classes sociales, des genres, des groupes eth- noculturels, des générations ou des régions).Les études portent aussi sur l\u2019évolution, les causes et les conséquences de ces discriminations, mais aussi sur les manières plus ou moins efficaces de lutter contre elles.La taille et la complexité des angles défient la synthèse journalistique.Le directeur accepte au moins de synthétiser quelques constats de base.Premièrement, la classe moyenne a vu son niveau de vie décliner ou, au mieux, se stabiliser depuis une trentaine d\u2019années.Deuxièmement, les plus riches le sont de plus en plus.« Le gros mouvement a eu lieu là, dit le spécialiste.La richesse créée profite moins à tout le monde.» Troisièmement, le Québec d\u2019en bas semble mieux s\u2019en tirer qu\u2019au début de la décennie.Selon les mesures, la pauvreté a diminué ou est demeurée stable.Les centres de la petite enfance développés depuis 1997 y sont pour quelque chose.« Les femmes en âge de procréer au Québec forment le groupe ayant le taux de participation sur le marché du travail le plus élevé au monde, dit l\u2019observateur en chef.Ce n\u2019est pas un hasard.Les opportunités sont là.Le choix de société est fait.» Austérité, inégalités ALEXIS RIOPEL LE DEVOIR « La ville est en feu, la ville est en feu\u2026 » Gérard Chaput est médecin à Lac- Mégantic depuis 38 ans.La nuit du 5 au 6 juillet 2013, un coup de fil de son fils l\u2019arrache à son sommeil.Il fonce vers l\u2019hôpital.En chemin, le centre-ville s\u2019impose à lui, littéralement en fusion.« Une foule à moitié vêtue, dont des vieillards, des enfants, monte pieds nus vers les positions plus éloignées du brasier ; les gens en panique se cherchent », raconte l\u2019auteure et militante Anne-Marie Saint-Cerny dans Mégantic : une tragédie annoncée (Écosociété, 2018).À 1 h 30, une « déflagration apocalyptique », de la force d\u2019une petite explosion nucléaire, souffle un champignon de feu de plusieurs centaines de mètres dans les airs.À l\u2019hôpital, le Dr Chaput et ses collègues attendent l\u2019arrivée des ambulances, dans l\u2019obscurité d\u2019une panne électrique.Au bout de la nuit, ils réalisent l\u2019impensable.« On a compris que personne ne viendra jamais\u2026 jamais.Compris qu\u2019on ne soignerait personne », rapporte-t-il, cité par l\u2019essayiste.La nuit d\u2019horreur, inscrite à l\u2019encre rouge dans l\u2019histoire du Québec, fera 47 morts \u2014 « des victimes d\u2019une guerre au profit rapide », déplore Mme Saint- Cerny en entrevue au Devoir.Sa colère, comme celle des Méganticois, demeure vive.« Cette colère existe encore parce qu\u2019on est incapable de faire sortir la vérité, dit-elle.Comme vous le savez, aucune enquête publique n\u2019a été menée.Si les gens apprenaient les dessous de l\u2019histoire, ils seraient apeurés.» En outre, la tragédie de Lac-Mégantic aurait pu marquer un point de bascule dans la manière d\u2019aborder la consommation de combustibles fossiles au Québec.Le brasier qui a enflammé cette petite ville estrienne n\u2019a toutefois pas suscité la réponse nécessaire pour contrer l\u2019embrasement (à petit feu) de la planète entière, sous le coup des changements climatiques.« Lac-Mégantic, c\u2019est l\u2019empreinte du mal, se désole André Bélisle, un écologiste de longue date.C\u2019est une catastrophe pétrolière, avant d\u2019être une catastrophe ferroviaire.Si les wagons avaient contenu du bois, on n\u2019aurait pas parlé d\u2019une tragédie.» « C\u2019est également une conséquence directe de l\u2019augmentation de la quantité de pétrole transporté sur les rails, poursuit-il.En pleine montée du néoli- béralisme et de l\u2019austérité, on a créé les causes de l\u2019accident.» Entre 2012 et 2015, le transport ferroviaire de mazout et de pétrole brut a atteint un sommet dans l\u2019Est du Canada, avant de redescendre.Trois semaines après l\u2019hécatombe de Lac-Mégantic, l\u2019entreprise Trans - Canada annonce son intention de construire l\u2019oléoduc Énergie Est.Le tuyau doit servir à faire sortir le pétrole de l\u2019Ouest canadien et américain, enclavé au milieu du continent.Le promoteur insiste sur la sécurité du transport par pipeline par rapport à celui par train.Énergie Est, Northern Gateway, l\u2019oléoduc 9B d\u2019Enbridge, Keystone XL, Trans- Mountain : les années 2010 sont évidemment marquées par ces fameuses Un monde qui s\u2019embrase Le pétrole, la tragédie de Lac-Mégantic et les grèves pour le climat La tragédie de Lac-Mégantic, survenue dans la nuit du 5 au 6 juillet 2013, a fait 47 victimes.De jeunes manifestant du Printemps érable, en juin 2012 RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Le mouvement étudiant a réussi à canaliser la colère en partant de la revendication pour annuler la hausse des droits de scolarité qui faisait partie d\u2019un programme politique d\u2019austérité, de tarifications des services publics, de réingénierie de l\u2019État JEANNE REYNOLDS » LEDEVOIR // LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 DÉCEMBRE 2019 BILAN DÉCENNIE 2010-2020 B 5 Suggestions d\u2019œuvres accompagnant le bilan INÉGALITÉS Deux jours, une nuit Film de Jean-Pierre et Luc Dardenne, 2014 Ceux qui font les révolutions à moitié n\u2019ont fait que se creuser un tombeau Film de Mathieu Denis et Simon Lavoie, 2016 M\u2019entends-tu ?Série télé de Florence Longpré, 2018-2019 CLIMAT Tout peut changer Essai de Naomi Klein, 2015 J\u2019aime Hydro Théâtre documentaire d\u2019Annabel Soutar, depuis 2017 Demain Film documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015 IDENTITÉ Laurence Anyways Film de Xavier Dolan, 2012 Lemonade Album et film documentaire de Beyoncé, 2016 The Subjugation of Truth Huile sur toile de Kent Monkman, 2016 STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Pascale Raud est devenue Pascal Raud au cours de la décennie et cette transition l\u2019a enfin révélé à lui-même.« J\u2019ai amorcé une transition tardive, avec un mal-être qui durait depuis l\u2019enfance », explique M.Raud, joint à Québec.Il a commencé ce cheminement identitaire à 40 ans.Il en a maintenant 43.Il est auteur, directeur littéraire et traducteur.« Je savais que j\u2019avais un malaise identitaire, mais je ne savais pas le nommer.Je n\u2019avais pas de modèle.J\u2019ai mis du temps à comprendre et à assumer, certainement avec une part de déni parce que ce n\u2019est pas facile de se dire : je ne vis pas dans le bon genre et je dois changer ma vie au complet.J\u2019y suis arrivé après un certain nombre de dépressions et de thérapies.» Les figures de référence ont maintenant glissé de la marginalité vers le centre avec des cas en mode, en fiction, en musique comme en politique.Le trans est maintenant présent sur tous les écrans, dans les séries télé, au cinéma, même dans Occupation Double en Afrique du Sud cette année.Pascal Raud a trouvé aide et réconfort au sein du groupe Aide aux Trans du Québec.Comme environ 180 personnes par années, il a réalisé sa réassi- gnation sexuelle au Centre métropolitain de chirurgie, seule clinique au Canada à offrir ce service, gratuitement en plus.Le Groupe de recherche et d\u2019intervention sociale (GRIS) de Québec et l\u2019organisme Divergenres s\u2019impliquent de plus en plus pour former des intervenants capables de parler aux groupes scolaires des personnes transgenres, non binaires, queers, intersexes et non conformes de genre.« Je pense qu\u2019on peut parler d\u2019une décennie charnière pour les identités », résume M.Raud.Des questionnements L\u2019emploi du pluriel a son importance.Le questionnement identitaire devient ou redevient central de plusieurs manières, par plusieurs bonds et rebonds.« Dans toutes les sociétés occidentales ou modernes avancées on assiste à une recomposition de l\u2019espace citoyen, de l\u2019espace identitaire et le Québec n\u2019y fait pas exception », dit Martin Papillon, professeur au département de science politique de l\u2019UdeM.« On peut parler des femmes, des Autochtones, des minorités genrées ou raci- sées, partout, on assiste à une réclamation de visibilité.On ne veut plus être limité à l\u2019espace privé.On veut une reconnaissance dans l\u2019espace public.» La demande autour des droits n\u2019est pas nouvelle.Par contre, les demandes de participation et de représentation signalent une nouveauté importante dans les pratiques politiques, sociales, culturelles.L\u2019artiste Stanley Février incarne une facette de cette quête prégnante, celle de la revendication identitaire dans les institutions culturelles, problème concentré cette décennie dans « l\u2019affaire SL?V ».Longueuillois d\u2019origine haïtienne, il pratique un art engagé, documentaire et critique.Un de ses projets traite de la place des minorités dans les institutions muséales nationales.Il a demandé à quatre grands établissements canadiens combien ils collectionnaient d\u2019artistes des minorités.Comme personne ne pouvait répondre (ce qui en disait déjà long), il a fait lui- même fait le travail de moine en scrutant les voûtes du MACM pour finalement découvrir que, sur les 8000 œu- vres engrangées en six décennies, aucune n\u2019est signée d\u2019un Afroquébécois.« Les seuls Noirs au musée ce sont les gardiens de sécurité », dit-il en expliquant qu\u2019il a ensuite embauché des artistes pour une performance artistique qui les faisaient travailler dans les salles d\u2019exposition, comme de simples gardiens.Il a ensuite créé le site pastiche mac-i.com, (le i tient pour invisible), où il expose en ligne des « pratiques artistiques incluant la composition plurielle ethnique de la société ».M.Février est rencontré au Studio éphémère qu\u2019il occupe depuis 16 mois dans un ancien local commercial de la station de métro Longueuil-Université de Sherbrooke.Il y expose présentement des autoportraits (dessins et sculptures) sur la manière dont il se croit perçu.Une œuvre le montre ca- goulé comme un esclave d\u2019Hispaniola.« En tant que Québécois, je vois bien que le regard sur moi est différent.Je suis né en Haïti, j\u2019ai grandi au Québec.Je ne me suis jamais vu Noir.C\u2019est tout nouveau pour moi de travailler ce sujet.» Majorité, minorités Au bout du compte, tout ce travail de décryptage lui permet de comprendre que les institutions traitent le plus souvent peu et mal des identités plurielles.Tous les groupes n\u2019appartenant pas à la majorité sont amalgamés dans une marge négligée.« Comme si nous étions tous pareils, comme si nous pensions tous pareils, comme si tous les Noirs étaient les mêmes », dit l\u2019artiste Février en expliquant que vers la fin de la décennie tous les musées se sont mis à faire du rattrapage en achetant des productions d\u2019artistes dits des minorités.« Dans cinq ans, dans dix ans, il y aura une poignée d\u2019œuvres dans les collections.Ce n\u2019est pas suffisant.Il faut que les identités propres à chaque groupe soient reconnues et pour y arriver il faut que les institutions changent, qu\u2019elles embauchent des membres des minorités, qu\u2019elles partagent le pouvoir.» Le professeur Papillon poursuit un peu la même idée en résumant les récentes revendications des peuples autochtones, sa spécialité.Il cite le mouvement Idle No More de 2012 comme un des éléments déclencheurs de la nouvelle phase identitaire autochtone au Canada qui a mené à deux commissions d\u2019enquêtes qui ont parlé de génocide.« On avait beaucoup tendance au Canada à oublier qu\u2019il y a des situations coloniales dans notre cour arrière, dit- il.On prend de plus en plus conscience de cette réalité depuis quelques années et c\u2019est une bonne chose.» Avec cette nuance que la majorité, elle, peut mal réagir à ces luttes qui malmènent son hégémonie traditionnelle sur les revendications identitaires légitimes.Et évidemment, ici, le cas prend une couleur particulière étant donné la présence d\u2019un mouvement nationaliste minoritaire qui s\u2019imbrique lui aussi dans des revendications identitaires.« Les débats sur la charte des valeurs et la charte de la laïcité au Québec cachent des anxiétés identitaires par rapport à la mondialisation ou la stagnation économique, dit Martin Papillon.Je pense même que le débat sur la laïcité n\u2019a rien à voir avec la laïcité au final.On l\u2019a vu quand François Legault a dit dans son adresse à la nation : \u201cAu Québec c\u2019est comme ça qu\u2019on vit\u201d.Le jupon du \u201cNous\u201d dépassait très clairement.» Avec toutes les nuances prescrites, il faut quand même bien se résoudre à verser l\u2019attentat terroriste contre la grande mosquée de Québec au bilan de cette décennie identitaire.«Il y a eu au Québec la libération d\u2019une parole beaucoup plus dure par rapport aux minorités, y compris les minorités religieuses, mais pas uniquement, dit finalement M.Papillon.Quand les frontières des appartenances collectives sont en mouvement, quand on en débat, on se retrouve aussi dans de plus grandes fermetures, dans de plus grandes cristallisations.Le ressentiment peut passer par des moments violents.C\u2019est vrai partout, au Canada, en France, aux États- Unis et au Québec.» Les années identité canalisations où doit couler l\u2019or noir.On invoque que, puisque nous n\u2019avons pas terminé de carburer aux énergies fossiles, autant brûler canadien.En trame de fond à la décennie, on assiste aussi à une mutation profonde de l\u2019approvisionnement en pétrole brut au Québec.En 2010, seulement 10 % de la ressource provenait du Canada, et rien des États-Unis.En 2018, environ 90 % des importations de pétrole brut dans la province étaient issues d\u2019Amérique du Nord.Entre-temps, les émissions de gaz à effet de serre continuent d\u2019augmenter au pays.En 2017 (les données fédérales les plus récentes), on mesurait une hausse de 5 % depuis le creux associé à la grande récession de 2008-2009.La mobilisation s\u2019enflamme Lac-Mégantic, ils s\u2019en souviennent à peine.Étudiants au secondaire, au cégep et à l\u2019université, c\u2019est finalement eux qui frottent l\u2019allumette de la mobilisation climatique à la fin de la décennie.Dès février 2019, ils descendent dans la rue les vendredis après-midi.Ils se revendiquent du mouvement mondial personnalisé par la Suédoise Greta Thunberg.Ils s\u2019inscrivent dans la foulée, au Québec, du Pacte pour la transition.Et se réclament de tous les écologistes qui les précèdent.Le vendredi 27 septembre dernier, du haut d\u2019une scène faisant face à des centaines de milliers de personnes, Lylou Sehili, co-porte-parole de Devoir Environnemental Collectif, livre un appel à l\u2019action au nom des différents groupes organisateurs.« L\u2019élément que je voulais vraiment amener, c\u2019est la force du nombre.Ça s\u2019adressait aux politiciens, mais surtout aux 500 000 personnes présentes », raconte la jeune femme.Ce jour-là, les gens s\u2019assemblent en grand nombre dans plusieurs villes du Québec pour mettre un terme à l\u2019inertie climatique.La CSN estime que la marche à Montréal constitue « la plus grande manifestation de l\u2019histoire du Canada ».La journée s\u2019inscrit à l\u2019encre verte dans l\u2019histoire nationale.« Je pense que les élus ne se rendent pas compte de la force qui est en train de s\u2019organiser, observe Anne-Marie JACQUES NADEAU LE DEVOIR Un participant à la marche de la fierté de Panama, en juin 2019 MAURICIO VALENZUELA AFP Saint-Cerny.C\u2019est une question de temps ; il va y avoir, qu\u2019ils le veuillent ou non, une sorte de révolution.Ne serait-ce que parce que les jeunes vont dire : me lever le matin pour créer de la richesse, ça ne me tente tout simplement pas.» B 6 PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 DÉCEMBRE 2019 La naissance d\u2019une nouvelle culture NUMÉRIQUE SUITE DE LA PAGE B 1 perpétuelle », fait remarquer Madeleine Pastinelli, sociologue et spécialiste des usages d\u2019Internet.Dans l\u2019esprit des plus vieux, mais surtout des plus jeunes, ce mur séparant autrefois le réel du virtuel n\u2019existe plus, observe de son côté la chargée de cours et doctorante à l\u2019UQAM Nina Duque, qui s\u2019intéresse aux pratiques numériques des adolescents.« Les jeunes sont en ligne et dans la vraie vie en même temps.Ils mêlent les deux ».Leur rapport à l\u2019espace et au temps n\u2019est plus le même que celui des générations précédentes.Ils peuvent échanger, partager, commenter à tout moment, que ce soit à l\u2019arrêt d\u2019autobus, dans la cour d\u2019école ou à la maison, à toute heure du jour et de la nuit.Les réseaux sociaux ont également eu pour effet de brouiller les cartes entre la vie privée et la vie publique, renchérit Mme Duque.« On est continuellement en train de livrer notre vie privée dans des espaces publics.On ne voyait pas ça il y a dix ans.» Elle cite en exemple ces parents qui tapissent leur compte de photos de leurs enfants.Ce phénomène a même un nom : le sharenting, contraction de share (partager) et parenting (parenta- lité).Le Wall Street Journal estime qu\u2019à cinq ans, un enfant a déjà en moyenne 1000 portraits de lui sur Internet.Porte-voix En février 2009, Facebook introduit son bouton « j\u2019aime » (« like »).Le pouce levé sera une petite révolution, un concept massivement adopté et reproduit, mais aussi montré du doigt \u2014 notamment par son inventeur, Justin Rosenstein \u2014 pour son caractère addictif.Au crépuscule des années 2010, on parle maintenant d\u2019une culture du like.Soucieux d\u2019apparaître sous leur plus beau jour et attirer les likes, nombre d\u2019utilisateurs retouchent leurs clichés avec des filtres.En dix ans, ces effets ont complètement changé la façon de se mettre en scène sur les réseaux sociaux, estime Mme Duque.« Avant, on se montrait sous nos vraies coutures.Maintenant, la quasi-totalité des images qui circulent sur Facebook, Instagram et Tik Tok sont des images transformées.» Et que dire des mots-clics qui documentent ces milliards d\u2019images ?Pur produit de Twitter, le hashtag s\u2019est étendu à l\u2019ensemble des médias sociaux.Il peut désormais autant servir à faire mousser sa dernière photo, témoigner d\u2019une réalité ou rassembler le maximum de gens autour d\u2019une cause.Le mot-clic #MeToo, par exemple, a canalisé une libération de la parole pour les victimes d\u2019agressions sexuelles.C\u2019est là l\u2019un des apports les plus positifs des réseaux sociaux, de l\u2019avis de Nina Duque.« Ces mouvements ont émergé sur les réseaux sociaux parce qu\u2019ils n\u2019avaient pas de place dans les médias traditionnels.Les gens qui ne pouvaient pas s\u2019exprimer avant ont maintenant un endroit pour être vus et être entendus », estime-t-elle.Mais les réseaux sociaux ont aussi été, à l\u2019inverse, un porte-voix pour les extrêmes.« Ils contribuent à polariser le débat public et à radicaliser les gens dans leurs positions, souligne pour sa part la sociologue Madeleine Pasti- nelli.Ça rend très difficile la recherche de compromis.» Michelle Blanc en sait quelque chose.Celle qui se présente comme une spécialiste des médias sociaux a été au cœur de controverses en 2018, alors candidate pour le Parti québécois.D\u2019abord celle entourant « l\u2019oubli de fêter l\u2019anniversaire d\u2019Hitler », puis son gazouillis insinuant que le blo- gueur Xavier Camus pourrait être un pédophile.Les contrats se sont fait plus rares après cet épisode, confie la femme d\u2019affaires, qui ne compte pas se relancer en politique de sitôt.Cela étant, elle est toujours aussi active sur les réseaux sociaux, où elle se prononce sur tout.« Dans les six mois suivants, je pesais mes mots.Mais plus maintenant », indique celle qui dit n\u2019éviter aucun sujet.Elle déplore encore aujourd\u2019hui avoir été citée hors contexte en 2018 et insiste : les médias sociaux sont « des outils qui peuvent servir à faire le bien comme le mal ».Ils ont facilité le harcèlement dont elle dit avoir été victime, mais aussi les occasions d\u2019affaires.« J\u2019ai contribué à un livre qui sort bientôt en France sur les 15 ans du Web 2.0.Si je collabore aujourd\u2019hui avec des Français, c\u2019est grâce aux réseaux sociaux.» Les réseaux sociaux ont pour effet de brouiller les cartes entre la vie privée et la vie publique, selon la chargée de cours et doctorante à l'UQAM Nina Duque.BRUCE BENNETT AGENCE FRANCE-PRESSE MANON CORNELLIER LE DEVOIR Tous les partis politiques lui font les yeux doux.Les gouvernements ne cessent de promettre des politiques qui lui seront favorables.Mais qui vi- sent-ils exactement quand ils parlent de la classe moyenne ?Difficile à dire puisqu\u2019eux-mêmes sont incapables de la définir clairement.Interrogé à ce sujet récemment sur un plateau de télé torontois, le premier ministre Justin Trudeau s\u2019est contenté de répondre que «les Canadiens savent qui fait partie de la classe moyenne».De la part de quelqu\u2019un qui fait campagne depuis toujours pour « la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie », on se serait attendu à un peu plus de clarté, d\u2019autant plus depuis la formation de son Cabinet, où siège maintenant une ministre de la Prospérité de la classe moyenne, Mona Fortier.Cette dernière n\u2019est pourtant pas plus précise.« Je définis la classe moyenne comme là où les gens ont le sentiment de pouvoir se permettre leur mode de vie, d\u2019avoir une qualité de vie », a-t-elle dit à l\u2019animatrice de l\u2019émission The Current, de la CBC.Leur hésitation n\u2019est pas étonnante.Économistes, sociologues et polito- logues reconnaissent que définir la classe moyenne est de plus en plus compliqué, car elle est en transformation et, en 2019, elle n\u2019est pas homogène comme elle semblait l\u2019être il y a plus de 50 ans.Son visage n\u2019est plus celui de la famille biparentale avec deux enfants vivant dans un pavillon de banlieue avec une voiture à la porte.Il faut maintenant parler d\u2019une constellation de ménages différents où les familles biparentales ont cédé du terrain aux familles monoparen- tales, aux couples sans enfants, aux personnes seules.Professeur de sociologie à l\u2019Université Laval, Simon Langlois est un des rares chercheurs à avoir étudié de près la classe moyenne québécoise et à avoir beaucoup écrit à son sujet.De ses travaux, une conclusion s\u2019impose.Il n\u2019y a plus une classe moyenne, mais des classes moyennes, un constat qui se vérifie aussi dans les autres pays industrialisés.Cela est clair, mais ne nous dit toujours pas ce qu\u2019est la classe moyenne.En fait, ses contours varient selon les variables choisies.Le concept s\u2019est imposé après la Deuxième Guerre mondiale alors qu\u2019émergeait une nouvelle classe ni riche ni pauvre, formée de cadres intermédiaires, de techniciens, de fonctionnaires qui n\u2019étaient ni ouvriers ni patrons.Les balises nécessaires pour en dresser le portrait sont toutefois multiples et de différents ordres : sociologiques, subjectives (auto-évalua- tion) et économiques (ou dites objectives, à savoir le revenu en fonction de la taille du ménage).Pour les chercheurs désireux d\u2019examiner l\u2019évolution de la classe moyenne et de faire des comparaisons, les critères objectifs demeurent les plus utiles, pourvu qu\u2019ils soient bien choisis.Afin de dresser un portrait de la situation québécoise, l\u2019équipe de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l\u2019Université de Sherbrooke a retenu la définition de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), soit tous les ménages qui gagnent entre 75 et 150 % du revenu médian.Les chercheurs l\u2019ont toutefois améliorée pour tenir compte des types de ménages, des transferts gouvernementaux et de la fiscalité.Une fois tous ces critères pris en considération, 46,7 % des Québécois appartenaient à la classe moyenne en 2010, selon son étude publiée en 2014.La fiscalité et les transferts gouvernementaux y étaient pour beaucoup.Sans eux, seulement 29,4 % des ménages auraient pu s\u2019en dire membres.Parce qu\u2019environ 10 % des personnes moins nanties auraient eu moins de revenus et, dans une proportion égale, les gens à revenus élevés auraient payé moins d\u2019impôt.Ceci illustre l\u2019importance des politiques publiques dans la lutte contre les inégalités.Mais pour bien les formuler, il faut d\u2019abord bien cerner la réalité.La Chaire a sondé 900 Québécois en 2017 pour savoir s\u2019ils pensaient ou non faire partie de la classe moyenne, le fameux critère subjectif.Environ 56 % d\u2019entre eux ont répondu par l\u2019affirmative, alors que seulement 42 % y appartenaient.Et ce sont les plus riches qui, plus que les autres, surestimaient leur appartenance à ce groupe.Ce sentiment répandu d\u2019appartenir à la classe moyenne sert bien les politiciens, qui veulent rejoindre un large électorat.Ils ne traitent toutefois pas toutes ses composantes de la même façon.Le premier gouvernement Trudeau a introduit plusieurs mesures en faveur des familles et des personnes âgées au lendemain de son élection en 2015.Elles ont eu l\u2019effet recherché, ont constaté Luc Godbout et Julie Gosselin dans un rapport de recherche de la Chaire publié en novembre dernier.La taille de la classe moyenne a légèrement augmenté, mais surtout grâce aux gains qu\u2019ont faits les ménages avec enfants.Les personnes seules et les couples sans enfants ont en revanche fait peu de progrès, bien qu\u2019ils représentent une part croissante des ménages.On peut se demander alors si les politiques promises en faveur de la classe moyenne oublient trop facilement le pluriel.Sauront-elles mieux répondre à l\u2019avenir aux besoins variés d\u2019une classe aussi polymorphe ?La loi de la moyenne L\u2019HEURE JUSTE Suggestions d\u2019œuvres accompagnant le bilan NUMÉRIQUE Ten Arguments for Deleting Your Social Media Accounts Right Now Essai de Jaron Lanier, 2018 Black Mirror Série télé créée par Charlie Brooker, depuis 2011 Influenceurs Série documentaire d\u2019Émilie Gaudet, 2017 [Les réseaux sociaux] contribuent à polariser le débat public et à radicaliser les gens dans leurs positions.Ça rend très difficile la recherche de compromis.MADELEINE PASTINELLI » En mars dernier, Justin Trudeau vantait les mérites d\u2019un incitatif à l\u2019achat pour une première propriété \u2014 une mesure ciblant justemment la classe moyenne \u2014 aux côtés de celle qui deviendrait à l\u2019automne sa ministre de la Prospérité de la classe moyenne, Mona Fortier.JUSTIN TANG LA PRESSE CANADIENNE B 7 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 DÉCEMBRE 2019 E N B R E F Écrasement d\u2019avion au Kazakhstan : douze morts et des dizaines de survivants ALMATY \u2014 Des dizaines de personnes ont survécu à l\u2019écrasement d\u2019un avion de ligne vendredi à Almaty, au Kazakhstan, un accident qui a fait douze morts.L\u2019appareil, d\u2019une compagnie locale à bas coût, est tombé une quinzaine de minutes après son décollage.Selon l\u2019aéroport d\u2019Almaty, l\u2019appareil a « heurté la piste deux fois avec sa queue avant de décoller ».Selon une liste publiée par le Comité des situations d\u2019urgence, douze personnes, dont le pilote, sont mortes sur les 98 personnes se trouvant à bord.L\u2019avion s\u2019est écrasé sur une maison, mais les autorités n\u2019ont fait état d\u2019aucune victime au sol.Un deuil national a été décrété pour samedi.Agence France-Presse La Chine se rapproche d\u2019une mission sur Mars PÉKIN \u2014 La Chine a lancé vendredi une fusée Longue Marche-5, un des lanceurs les plus puissants au monde, étape cruciale pour une mission sur Mars programmée en 2020.Il s\u2019agit du troisième lancement de l\u2019engin spatial depuis 2016.Lors du vol du 2 juillet 2017, Pékin avait essuyé un échec dans son ambitieuse conquête spatiale, lorsqu\u2019une précédente Longue Marche-5 s\u2019était écrasée en mer peu après le décollage.« Après plus de 2000 secondes, le satellite Shijian-20 a été mis en orbite », a précisé l\u2019agence officielle Chine nouvelle.Le satellite doit évoluer jusqu\u2019à 36 000 km de la Terre, selon la revue spécialisée digitaljournal.com.Agence France-Presse La Russie déploie un missile « invincible » MOSCOU \u2014 La Russie a annoncé vendredi la mise en service de ses premiers missiles hypersoniques Avan- gard, développés par Moscou et vantés par le président Vladimir Poutine comme « pratiquement invincibles ».Cette arme fait partie d\u2019une nouvelle génération de missiles capables, selon Moscou, d\u2019atteindre une cible quasiment partout dans le monde et de surpasser n\u2019importe quel bouclier antimissile existant.L\u2019Avangard file, selon Moscou, à une vitesse de Mach 20 et est capable d\u2019atteindre Mach 27, soit 27 fois la vitesse du son et plus de 33 000 km/h.Une autre arme vantée comme « invincible » par M.Poutine, le missile lourd balistique intercontinental de cinquième génération Sar- mat, doit être livrée aux forces armées russes en 2020.Agence France-Presse EMERGENCY SITUATIONS MINISTRY OF THE REPUBLIC OF KAZAKHSTAN VIA ASSOCIATED PRESS AMBER WANG À TAIPEI AGENCE FRANCE-PRESSE Taïwan passe pour être l\u2019une des démocraties les plus progressistes d\u2019Asie, avec notamment beaucoup plus de femmes dans son Parlement que dans ceux des autres pays de la région.Mais la campagne présidentielle en cours n\u2019en est pas moins plombée par la misogynie.Bien plus que leurs collègues masculins, les femmes politiques de l\u2019île sont depuis plusieurs mois la cible d\u2019insultes personnelles et de commentaires sexistes liés notamment à leur physique.À commencer par la plus connue d\u2019entre elles, la présidente Tsai Ing-wen, 63 ans, qui briguera le 11 janvier un deuxième mandat.Comme lors des précédentes campagnes, elle a été maintes fois attaquée sur le fait qu\u2019elle n\u2019a ni époux ni enfant.Le président du Kuomintang (KMT, opposition), Wu Den-yih, a récemment employé un terme argotique pour qualifier Mme Tsai de «femme malchanceuse» qui avait apporté le malheur à son peuple.Le candidat du KMT à la présidence, Han Kuo-yu, 62 ans, a quant à lui fait référence à deux célèbres personnages d\u2019un vieux roman érotique chinois en évoquant Mme Tsai et son colistier.Candidat à la vice-présidence sous la bannière du KMT, Chang San-cheng a affirmé, lui, que Mme Tsai ne pouvait comprendre les parents parce qu\u2019elle était « une femme qui n\u2019avait jamais donné la vie ».La présidente s\u2019est fendue sur Facebook d\u2019une riposte cinglante, en parlant d\u2019une « culture politique inacceptable ».« Nous n\u2019autoriserons pas de telles attaques personnelles contre les femmes », a-t-elle averti.M.Wu a présenté ses excuses en affirmant qu\u2019il respectait les femmes et que ses critiques visaient le bilan de la présidente, non sa personne.La présidentielle est cette année particulièrement suivie en raison des relations tendues avec Pékin, qui continue de voir l\u2019île comme une province renégate appelée à rentrer dans le giron chinois \u2014 par la force, si nécessaire.L\u2019élection de Mme Tsai en 2016 avait considérablement contrarié le pouvoir chinois car elle est issue d\u2019un mouvement, le Parti démocratique progressiste (PDP), qui milite traditionnellement pour l\u2019indépendance.Professeure de droit, ancienne conseillère du gouvernement sur les questions de commerce international, Mme Tsai est devenue en 2016 la première femme à accéder à la présidence.D\u2019autres femmes visées Mme Tsai n\u2019est cependant pas la seule visée par les remarques sexistes.Chen Chu, une figure de proue du PDP qui fit notamment six ans de prison sous la dictature, a maintes fois été raillée pour son physique.M.Wu l\u2019a qualifiée de « grosse truie », tandis que le maire de Taipei, Ko Wen- je, chef du tout nouveau Parti du peuple taïwanais, l\u2019a présentée comme une « Han Kuo-yu en plus grosse ».Tandis qu\u2019il briguait l\u2019investiture du KMT, l\u2019homme le plus riche de Taïwan, Terry Gou, avait déclaré, en réaction à l\u2019opposition initiale de son épouse à sa candidature : « Le harem ne devrait TAÏWAN Le sexisme ternit la campagne électorale sur une île dite progressiste AGENCE FRANCE-PRESSE À BEYROUTH Des pick-up pleins de matelas, de vêtements et de matériel électroménager : plus de 235 000 Syriens ont été déplacés en deux semaines en raison de l\u2019intensification de l\u2019offensive du régime et de son allié russe dans le nord-ouest du pays, selon l\u2019ONU.De nombreux véhicules ont de nouveau convoyé vendredi des civils hors de deux villes de la province d\u2019Idleb touchées par les combats, la plupart se dirigeant vers des zones plus au nord, qu\u2019ils jugent plus sûres.Ces déplacements massifs tombent au pire moment, alors que la région est frappée par de fortes averses qui inondent les camps de déplacés.« On ne peut pas vivre dans les camps », dit Oum Abdou, une mère de cinq enfants récemment arrivée dans un camp près de la ville de Dana, au nord de la ville d\u2019Idleb.« Il y a de fortes pluies, et nous avons besoin de chauffage [\u2026] d\u2019habits et de nourriture », poursuit-elle.Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l\u2019ONU rappelle que les déplacements « en hiver exacerbent le caractère vulnérable de certains, notamment les femmes, les enfants et les personnes âgées ».Il déplore aussi la suspension de l\u2019aide de certaines ONG en raison des combats.Ville vidée Le régime, qui après plus de huit ans de guerre contrôle désormais plus de 70 % du territoire, s\u2019est dit déterminé à reconquérir la région d\u2019Idleb, dominée par les djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS).Depuis le 16 décembre, ses forces, soutenues par l\u2019aviation russe, ont intensifié leurs bombardements et de violents combats au sol les opposent aux djihadistes et rebelles, malgré un cessez-le-feu annoncé en août.Le régime a récemment pris le contrôle de dizaines de villages, selon l\u2019Observatoire syrien des droits de l\u2019homme (OSDH).Et depuis le 19 décembre, les combats, qui ont tué des centaines d\u2019hommes dans les deux camps, se concentrent autour de la ville de Maa- ret al-Noomane.Dans un communiqué, l\u2019ONU parle de 235 000 personnes déplacées entre le 12 et le 25 décembre dans cette ville, « quasiment vidée » de ses habitants, et ses environs.Depuis mi-décembre, les combats et raids aériens ont tué en outre près de 80 civils, selon l\u2019OSDH.La plupart des déplacés ont fui vers le nord pour rejoindre les villes d\u2019Ariha, de Saraqeb et d\u2019Idleb, ou des camps de déplacés déjà surpeuplés le long de la frontière avec la Turquie, tandis que certains se rendent dans des zones contrôlées par des rebelles pro-Ankara au nord d\u2019Alep, a précisé l\u2019ONU.Certaines personnes qui avaient quitté Maaret al-Noomane pour Saraqeb «fuient de nouveau plus au nord, anticipant une intensification des combats » dans cette zone, selon la même source.Près de trois millions de personnes \u2014 dont la moitié ont été déplacées depuis d\u2019autres régions reconquises par Damas \u2014 vivent dans la région d\u2019Idleb, composée d\u2019une grande partie de la province du même nom et de segments des provinces voisines d\u2019Alep et de Lattaquié, et dominée par HTS.SYRIE Les combats récents ont fait 235 000 déplacés Selon l\u2019ONU, les camps déjà surpeuplés sont inondés en raison de fortes averses En huit ans, le conflit en Syrie a fait plus de 370 000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés.DELIL SOULEIMAN AGENCE FRANCE- PRESSE « Carnage » Damas et Moscou y ont mené une offensive d\u2019envergure entre avril et août, entraînant la mort d\u2019un millier de civils, selon l\u2019OSDH, provoquant la fuite de 400 000 personnes d\u2019après l\u2019ONU.Mardi, Ankara, qui soutient des rebelles en Syrie, a annoncé être en pourparlers avec Moscou pour obtenir un nouveau cessez-le-feu à Idleb.Le président américain, Donald Trump, a appelé jeudi le régime syrien et ses alliés russe et iranien à cesser le «carnage» de civils dans la province d\u2019Idleb.La France avait réclamé plus tôt une « désescalade immédiate », accusant Damas et ses alliés russe et iranien d\u2019« aggraver la crise humanitaire ».Le 20 décembre, Moscou et Pékin avaient mis leur veto au Conseil de sécurité à un projet de résolution étendant d\u2019un an l\u2019aide humanitaire trans- frontalière de l\u2019ONU à quatre millions de Syriens, dont les habitants d\u2019Idleb.Le conflit en Syrie a fait plus de 370 000 morts.pas s\u2019occuper de politique.» Il avait par la suite présenté ses excuses.Le PDP n\u2019est pas exempt de tout reproche.Ainsi, une porte-parole du KMT s\u2019était plainte d\u2019avoir été qualifiée de « potiche » par l\u2019équipe de Mme Tsai.Une image progressiste Sur le papier, Taïwan peut passer pour un exemple en matière de lutte pour l\u2019égalité entre les sexes en politique.Outre l\u2019élection pour la première fois d\u2019une femme à la présidence de l\u2019île, les scrutins de 2016 avaient permis d\u2019élire 38% de femmes au Parlement, une proportion largement plus forte que n\u2019importe quelle autre démocratie d\u2019Asie.L\u2019image progressiste de Taïwan a encore été renforcée quand l\u2019île est devenue le premier territoire d\u2019Asie à légaliser cette année le mariage pour tous.Mais le sexisme reste très présent.Et les campagnes électorales sont toujours l\u2019occasion de le voir se manifester.« Taïwan a fait des progrès pour ce qui est de l\u2019égalité entre les femmes, mais les forces conservatrices demeurent puissantes », explique Tseng Chao-yuan, de l\u2019organisation Awakening Foundation, qui milite pour les droits des femmes.« Il est dégoûtant de voir réapparaître ces commentaires discriminatoires contre les femmes », poursuit-elle, en exhortant toutes les femmes politiques à résister aux archaïsmes de leurs partis.Lors de la première campagne présidentielle de Mme Tsai, en 2012, un vétéran de son parti avait déclaré que « quelqu\u2019un en jupe ne pouvait être commandant en chef ».Le candidat de l\u2019opposition à la présidence a fait référence à deux célèbres personnages d\u2019un vieux roman érotique chinois en évoquant la présidente Tsai Ing-wen et son colistier LEDEVOIR // LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 DÉCEMBRE 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin une époque pas si lointaine, des confessions pédophiles faisaient sourire le tout-Paris littéraire si elles étaient drapées d\u2019un noble habit nommé littérature.Aujourd\u2019hui, on voudrait croire que la licence artistique ne peut plus étouffer les scandales pédophiles pour les transformer en jolis ébats amoureux, mais est-ce bien le cas ?L\u2019art l\u2019emporte-t-il encore sur l\u2019homme ?Posée en cette ère post-#MoiAussi, à quelques jours du début du procès pour agressions sexuelles de l\u2019ancien producteur de cinéma Harvey Weinstein, la question soulève encore les passions.C\u2019est la parution prochaine en France du livre Le consentement écrit par l\u2019éditrice française Vanessa Springora qui secoue et divise à nouveau le milieu intellectuel.La femme y relate ses amours avec un écrivain de 50 ans, Gabriel Matzneff, alors qu\u2019elle n\u2019en avait que 14.Mme Springora serait la première des nombreuses liaisons affichées de M.Matz- neff, auteur de l\u2019essai Les moins de seize ans, à donner sa version pas rose du tout de l\u2019affaire.L\u2019homme évoquait hier encore des « amours brûlantes » ; Mme Springora affirme sans ambages qu\u2019elle a voulu « prendre le chasseur à son propre piège en l\u2019enfermant dans un livre ».Matzneff a traversé les décennies en publiant maints ouvrages autobiographiques faisant l\u2019apologie de la pédophilie, renommée amour par la magie de la littérature.En mars 1990, Bernard Pivot reçoit l\u2019écrivain sur le plateau d\u2019Apostrophes à l\u2019occasion de la parution de son dernier opus.Sur un ton badin qui aujourd\u2019hui ferait scandale, l\u2019animateur le qualifie de «collectionneur de minettes».Autour de lui, on rigole.Invitée sur le même plateau, l\u2019écrivaine et animatrice Denise Bombardier ne rigole pas le moins du monde.Dans un aplomb et une clairvoyance qui l\u2019honorent, la Québécoise vilipende le Français, le jugeant « pitoyable ».Le pamphlétaire est grillé, mais Mme Bombardier ne prêche pas à un parterre de convaincus.1990, la littérature supplante la morale et engourdit carrément la pédocriminalité.Sitôt l\u2019émission diffusée, Denise Bombardier est clouée au pilori.L\u2019écrivain, lui, repart avec des liaisons pédophiles à relater encore et encore à un parterre ébaubi.En cette période de bilans de fin de décennie, ressasser cette vieille affaire sous un éclairage moderne engendre quelques constats : à commencer par le fait que, fin 2019, 30 ans après les faits, Denise Bombardier est perçue maintenant comme une visionnaire, la seule à s\u2019être indignée de récits encensés d\u2019un écrivain sodomisant les enfants ; jadis, on la condamnait pour son arrogance.L\u2019écrivaine avait vu ce qui aujourd\u2019hui relève de l\u2019évidence : on ne bafoue pas les droits des enfants au nom d\u2019une expérience humaine transformée en objet de poésie.La littérature ne couvre pas l\u2019ignominie.De son cercle de défenseurs de l\u2019époque, certains abaissent leur garde, mais d\u2019autres persistent et signent au nom de « l\u2019art » : l\u2019impunité de Matzneff l\u2019intellectuel et l\u2019écrivain primé est une armure difficile à percer.Non, tous les combats ne sont pas gagnés.Tout cela se passe dans une France qui émerge d\u2019un contexte de dénonciations sexuelles.Le consentement de Vanessa Springora est « de son temps » ; il n\u2019y a pas si longtemps, il eût valu à son autrice d\u2019être épinglée pour rectitude politique ou abus de puritanisme.Il n\u2019est pas dit que la directrice des Éditions Julliard sortira indemne d\u2019une confession où elle écorche un écrivain célébré, mais il est certain que 2020 n\u2019est ni 1970, ni non plus 1990: la société bien pensante qui jadis était elle aussi « consentante », ne badine plus avec la pédophilie.Reste un dernier rempart, plus difficile à percer : celui de l\u2019inattaquable valeur de l\u2019œuvre d\u2019un homme \u2014 ou d\u2019une femme \u2014, fût-il le pire des ogres.La question est à la fois délicate et lourde, et le Québec y fut plongé de douloureuse manière au moment où une présumée victime du cinéaste Claude Jutra affirma avoir subi des agressions sexuelles alors qu\u2019elle n\u2019était qu\u2019enfant.Le cinéaste était mort depuis 30 ans au moment des révélations, et le Québec décida au moins de gommer le nom de Jutra de l\u2019espace public, laissant à l\u2019espace privé l\u2019appréciation de son œuvre.Le cinéaste Roman Polanski, longtemps protégé par le milieu malgré des accusations de viol sur des adolescentes, est soudainement délaissé par ses défenseurs à la faveur du témoignage récent de la photographe Valérie Monnier, qui affirme avoir été agressée en 1975.Elle a obtenu le soutien de l\u2019actrice Adèle Hae- nel, qui venait tout juste d\u2019ébranler la caste du cinéma en dénonçant des attouchements et du harcèlement par le réalisateur Christophe Ruggia alors qu\u2019elle n\u2019était âgée que de 12 à 15 ans.Le socle d\u2019impunité de l\u2019artiste s\u2019effrite.On ne peut pas, au nom de l\u2019« art », absoudre des gestes qui méritent l\u2019attention d\u2019un tribunal.Louis Fournier Journaliste et syndicaliste à la retraite Le vieux projet de « convergence » entre les partis indépendantistes semblait mort et enterré, mais de bons apôtres veulent le ressusciter.Un fervent militant de Québec solidaire, M.Fernand Doutre, a récemment prêché la bonne parole dans Le Devoir du 25 novembre.Après avoir répété le mantra qu\u2019il faudrait « converger plutôt que diverger », il a lancé un appel à la bonne entente : « Je propose, écrit- il, de rédiger une plate-forme sur laquelle nous pourrions nous entendre et voir si nous pouvons aller de l\u2019avant ensuite ».La question qui tue : comment M.Doutre compte-t-il s\u2019y prendre pour convaincre son propre parti qui a déjà rejeté une telle plate- forme commune, laborieusement négociée entre Québec solidaire, le Parti québécois et son parti frère le Bloc québécois ?Rappelons en effet qu\u2019une entente avait été conclue grâce à la médiation des Organisations unies pour l\u2019Indépendance (OUI- Québec), organisme parapluie du mouvement indépendantiste présidé à l\u2019époque, et encore au- jourd\u2019hui, par une négociatrice chevronnée, Mme Claudette Car- bonneau, l\u2019ancienne présidente de la CSN.Il s\u2019agissait d\u2019une « feuille de route » qui balisait la marche à suivre pour faire du Québec un pays.Après deux ans de discussions, l\u2019entente de principe fut signée le 10 avril 2017 par les représentants de chaque parti.Or, peu après, elle fut reniée par le Comité de coordination de QS, la plus haute instance du parti entre les congrès, toujours dominée au- jourd\u2019hui par un noyau dur radical anti-PQ.On a comparé ce Comité au puissant Politburo du Parti communiste de l\u2019URSS, l\u2019autorité suprême qui fixait dans l\u2019ombre la ligne à suivre.On comprend qu\u2019après cette volte-face, le PQ et le Bloc ne se fient plus à QS pour négocier une plate-forme commune.La direction de QS a d\u2019ailleurs reproché au PQ de prôner « un nationalisme identitaire afin de raffermir le Nous québécois ».En présentant son projet de Charte de la laïcité, il aurait « appliqué une politique odieuse qui a fracturé le Québec ».La suite des événements a plutôt montré que la grande majorité de la population était favorable à une telle politique, menée cette fois par le gouvernement nationaliste majoritaire de la CAQ qui a enfin pu faire adopter une Loi sur la laïcité de l\u2019État, avec l\u2019appui du PQ.La détestation du PQ L\u2019appel de M.Doutre à l\u2019union des cœurs relève donc pour l\u2019heure de la pensée magique, à cause surtout de la détestation du PQ qui sévit au sein de QS.Pour les militants de la gauche extrême, le PQ demeure l\u2019ennemi à abattre.Plutôt que d\u2019appuyer son parti frère le Bloc, ils ont voté pour le NPD.La convergence a été une stratégie mortifère pour le PQ.Elle sera Risible appui de l\u2019Ouest canadien à GNL Québec Tombée la veille de Noël, la nouvelle ressemble à un canular : des maires de plusieurs villes de l\u2019Alberta et de la Colombie-Britannique s\u2019apprêtent à envoyer une lettre d\u2019appui à GNL Québec pour la réalisation du projet Énergie Saguenay.Comme si ceux qui ont le plus à gagner avec l\u2019exploitation des énergies fossiles pouvaient ne pas soutenir une initiative qui assurerait un nouveau débouché à cette industrie ! Ces braves gens devraient peut- être aussi écrire ouverte à Justin Trudeau pour lui confirmer qu\u2019ils sont en faveur de l\u2019expansion de l\u2019oléoduc Trans Mountain destiné à l\u2019exportation du pétrole des sables bitumineux de leurs provinces?Sérieusement, je ne pense même pas qu\u2019il s\u2019agisse là d\u2019une nouvelle manœuvre de GNL Québec destinée à redorer son image, mise à mal ces derniers mois en raison de multiples attaques en provenance des milieux scientifiques et économiques.Les bailleurs de fonds de l\u2019entreprise ont beau avoir sous-estimé l\u2019intelligence des Québécois, ils savent que cet appui du reste du Canada ne convaincra personne qui n\u2019est pas déjà gagné à leur cause.Le cadeau empoisonné risque même de se retourner contre eux.L\u2019indépendance : le retour de la « convergence » ?LIBRE OPINION LETTRES AFFAIRE MATZNEFF La revanche des « minettes » À ÉDITORIAL B 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu ser un référendum.Selon le plus récent sondage Léger, le PQ est, après la CAQ, le deuxième parti préféré des francophones et le deuxième plus populaire dans toutes les régions hors de Montréal et Québec.Le temps venu, il pourrait faire un retour en force à l\u2019exemple du Bloc \u2014 dont les OUI- Québec ont salué « l\u2019impressionnante résurgence».Le PQ surprendrait ainsi les Cassandre qui, au pire, l\u2019ont déjà enterré ou, au mieux, le voient aux soins intensifs.Le PQ reviendra au pouvoir s\u2019il réussit à être un parti national de coalition qui rassemble des gens de tous horizons dans la grande famille indépendantiste, de la gauche sociale-démocrate à la droite modérée.Il n\u2019a désormais qu\u2019une raison d\u2019être : que le Québec soit enfin un pays dans le monde plutôt qu\u2019une province dans le Canada.Pour y parvenir, il peut s\u2019inspirer d\u2019un parti créé par René Lévesque et ses alliés en 1968, sous le beau nom de Parti québécois.donc quasi impossible à relancer avec un parti populiste qui a sombré dans le multiculturalisme identitaire et s\u2019est farouchement opposé à la Loi sur la laïcité de l\u2019État.En outre, ce parti veut « faire l\u2019indépendance à gauche », alors que « l\u2019indépendance n\u2019est ni à droite, ni à gauche, mais en avant », comme aimait à le dire Bernard Landry dans la lignée de René Lévesque.« Une union électorale réunissant des souverainistes de toutes tendances n\u2019est pas pour demain », a reconnu dans Le Devoir la députée Catherine Fournier, qui s\u2019est donné pour mission de faire l\u2019union des indépendantistes.De façon étonnante, elle le fait en fondant un autre groupe dont elle est la cheffe.Pour rapprocher les frères ennemis, elle compte surtout sur le « rôle crucial » des Oui- Québec.Mais pour faire l\u2019indépendance, il faudra bien un jour porter au pouvoir un parti, seul ou en coalition, qui puisse au bon moment organi- MARIE-ANDRÉE CHOUINARD L\u2019instigateur du mouvement, le maire de Dawson-Creek, avoue candidement avoir été approché par des acteurs de l\u2019industrie gazière.Nous avons déjà joué dans ce mauvais film au Saguenay\u2013Lac-St- Jean; nous assistons maintenant à son remake en version anglaise.Non contents de nous servir à nouveau l\u2019argument des retombées économiques, des élus municipaux et représentants de chambres de commerce, dépourvus de toute crédibilité en matière environnementale, nous vantent les vertus du processus de fracturation hydraulique qu\u2019utilisent en majeure partie leurs puits de forage.Comme si le Canada avait trouvé un procédé miraculeux garantissant l\u2019innocuité du gaz de schiste.Or, rien n\u2019est moins vrai selon les plus récentes évaluations des experts.Les risques reliés à cette exploitation d\u2019énergie fossile pour la santé de tous les organismes vivants demeurent beaucoup trop importants en regard des avantages qu\u2019on peut espérer en tirer.D\u2019autant plus que chez nous comme ailleurs dans le monde se développent des solutions de remplacement au gaz naturel par de la biomasse fabriquée à partir de déchets, de résidus forestiers et agricoles.Cependant, on ne saurait répondre aux gens de l\u2019Ouest canadien de s\u2019occuper plutôt de leurs affaires, car c\u2019est exactement ce qu\u2019ils font dans le cas présent, et rien d\u2019autre.Financièrement parlant, j\u2019entends.Clément Fontaine Chicoutimi, le 24 décembre 2019 Clic innocent ?J\u2019ai vu le film documentaire Le monde selon Amazon, une réalisation d\u2019Adrien Pinon et de Louis La- fargue.Comme à peu près tout le monde, je savais que ce géant conçu par Jeff Bezos écrasait sans scrupule toute concurrence au nom d\u2019une soi-disant «libre entreprise».On m\u2019avait dit que les employés de l\u2019entreprise étaient sous-payés et traités comme des esclaves.J\u2019ignorais par contre que l\u2019ogre Amazon étendait ses ramifications dans plusieurs pays avec la complicité des gouvernements concernés.Le Québec n\u2019échappe pas à la règle.Ce que je tiens à dire au- jourd\u2019hui s\u2019adresse à la clientèle d\u2019Amazon : c\u2019est indécent de vous entendre vanter l\u2019efficacité du service offert par l\u2019entreprise en vous foutant complètement des conditions de travail des livreurs de colis d\u2019Amazon ou des travailleurs assujettis à des conditions inhumaines dans ses entrepôts.Je ne parle pas ici des gens qui vivent dans des régions où les commerces les plus rapprochés sont à plusieurs kilomètres de leur résidence, mais des habitants de villes où les petits commerces ne peuvent plus survivre.Je regrette, votre commande Amazon en un clic pour vous faciliter la vie n\u2019a rien d\u2019innocent.Si Le monde selon Amazon ne vous convainc pas, de grâce ne me parlez plus de votre inquiétude quant au sort de la planète.François Martel Le 27 décembre 2019 B 9 LEDEVOIR // LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 DÉCEMBRE 2019 IDÉES Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Baptiste Barbe, Paul Cauchon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Anabelle Nicoud Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet Notre siège à l\u2019ONU La semaine dernière, le gouvernement canadien a suscité l\u2019ire d\u2019Israël et de la communauté juive du pays lors d\u2019un vote à l\u2019Assemblée générale de l\u2019Organisation des Nations unies sur une résolution appuyant le droit du peuple palestinien à l\u2019autodétermination.En effet, pour la deuxième fois en l\u2019espace de quelques semaines, la délégation canadienne à l\u2019ONU a voté pour une résolution de ce genre, alors que par le passé, le Canada s\u2019était toujours rangé derrière l\u2019État d\u2019Israël au sein d\u2019une organisation où ce dernier a peu d\u2019amis.Pour beaucoup d\u2019observateurs de la scène diplomatique, la volte-face canadienne a semblé opportuniste.La résolution en question \u2014 déposée par l\u2019Égypte, le Nicaragua, la Corée du Nord, le Zimbabwe et la délégation palestinienne à l\u2019ONU \u2014 avait essentiellement pour but d\u2019isoler l\u2019Israël plutôt que de promouvoir la solution à deux États qui constitue la politique officielle du Canada.Depuis 15 ans, le Canada s\u2019est toujours opposé à des résolutions du genre.En brisant cette tradition, la délégation canadienne à l\u2019ONU s\u2019est attirée des critiques de la part de gouvernement américain, dont l\u2019ancienne ambassadrice à l\u2019ONU, Nikki Haley, qui l\u2019a accusé d\u2019avoir conclu un « pacte avec le diable ».L\u2019organisation B\u2019nai Brith Canada a qualifié le vote de « tache sur la réputation du Canada » qui trahit la promesse de M.Trudeau de « défendre le droit d\u2019Israël de vivre en sécurité ».Alors pourquoi le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau aurait-il risqué sa propre crédibilité auprès de ses plus proches alliés afin d\u2019appuyer une résolution si douteuse ?La réponse se retrouve dans la lettre de mandat du nouveau ministre des Affaires étrangères rendue publique par M.Trudeau le 13 décembre dernier.Parmi les « grandes priorités » que François-Philippe Champagne a été chargé de mener à terme se trouve « la campagne du Canada en vue de l\u2019obtention d\u2019un siège au Conseil de sécurité » de l\u2019ONU.Le solide appui d\u2019Israël par le gouvernement conservateur de Stephen Harper a été considéré comme étant la principale cause de la défaite du Canada lors de sa dernière tentative de gagner un siège temporaire au Conseil de sécurité en 2010.Les États membres de l\u2019ONU ont préféré la candidature du Portugal dans une proportion de 130 contre 32.Pour M.Harper, ce revers fut le prix à payer pour sa politique étrangère pro-Israël, à laquelle il était extrêmement attaché.Les commentateurs politiques canadiens ont associé ce vote à une véritable gifle de la communauté internationale à l\u2019endroit du Canada.M.Harper a toutefois été réélu en 2011, formant un gouvernement majoritaire pour la première et seule fois dans sa carrière.On ne peut donc pas dire que la défaite du Canada à l\u2019ONU a nui aux velléités politiques de M.Harper.Ce sera tout le contraire pour M.Trudeau.Alors que le mépris manifesté par M.Harper envers l\u2019ONU fut une marque de commerce populaire pour sa base conservatrice, les libéraux de M.Trudeau sont tiraillés entre leur base progressiste et plutôt anti-Israël et la communauté juive canadienne.Ils peuvent difficilement plaire à l\u2019une sans offusquer l\u2019autre.Qui plus est, pour le premier ministre actuel, l\u2019obtention d\u2019un siège au Conseil de sécurité serait une preuve concrète que « le Canada est de retour ».En revanche, une défaite ferait plus de dommages politiques à M.Trudeau que celle de 2010 pour M.Harper.Les deux autres pays en lice pour l\u2019un des deux sièges réservés aux pays développés sont la Norvège et l\u2019Irlande.Toutes deux sont mieux positionnées que le Canada en raison de leurs contributions en matière d\u2019aide internationale et de leurs missions de maintien de la paix.La Norvège contribue pour plus de 1 % de son produit intérieur brut à l\u2019aide publique au développement, selon l\u2019OCDE, soit quatre fois plus que le Canada.Notre contribution a même diminué légèrement depuis l\u2019arrivée au pouvoir de M.Trudeau en 2015.En même temps, plus de 600 Casques bleus irlandais sont actuellement déployés à travers le monde, surtout au Liban, dans les missions de maintien de la paix.La promesse formulée en 2015 par M.Trudeau d\u2019augmenter le nombre de Casques bleus canadiens s\u2019est avérée vide de toute substance.Après avoir timidement participé à une mission de la paix au Mali, le Canada a retiré en septembre dernier les quelque 200 soldats et 8 hélicoptères qui y avaient été déployés depuis juillet 2018.Aucun autre engagement n\u2019a été réalisé depuis.Le gouvernement Trudeau semble donc miser beaucoup sur son appui à la résolution palestinienne afin de contrer ses faiblesses dans d\u2019autres dossiers chers aux pays arabes et en voie de développement afin de gagner les votes nécessaires à l\u2019obtention d\u2019un siège au Conseil de sécurité.Alors que l\u2019Irlande et la Norvège ont elles aussi appuyé la résolution en question, le vote du Canada a été considéré comme une plus grande victoire symbolique pour les Palestiniens étant donné l\u2019opposition de ce pays à des résolutions semblables dans le passé.Il reste à voir si le prix à payer pour cette volte-face sera plus grand qu\u2019il n\u2019y paraît.KONRAD YAKABUSKI Samuel Lamoureux Doctorant en communication à l\u2019UQAM Dans la dernière édition du magazine du journalisme Le Trente, le chercheur Jean-Hugues Roy et les journalistes Marc-André Sabourin et Roxane Tru- del ont effectué le travail remarquable de dresser la nouvelle cartographie de la propriété des médias au Québec.Le résultat est plus que surprenant.Alors qu\u2019il y a dix ans la presse écrite québécoise se concentrait dans les mains de trois conglomérats, Gesca, Québecor et Transcontinental, il semble que nous assistons à un mouvement inverse que les auteurs qualifient de « déconcentration ».Des trois conglomérats mentionnés précédemment, seul Québecor reste encore dans la course et de multiples nouveaux acteurs émergent, par exemple Néomédia, Lexis Média ou IciMédias, représentant tous une quinzaine de journaux régionaux.La Presse tout comme Le Devoir sont maintenant appuyés par des fiducies de soutien indépendantes.Ces mouvements pourraient sembler encourageants à première vue.Si le XXe siècle a été caractérisé par une concentration de la presse, le XXIe siècle pourrait-il être celui de la déconcentration et de la démocratisation des moyens de communication ?On peut en rêver, mais la réalité de notre économie capitaliste est tout autre.Concentration et centralisation dynamique Les économistes hétérodoxes se regroupant autour de l\u2019économie post- keynésienne ou de l\u2019école de la régulation nous enseignent que le capitalisme monopoliste déterminant notre époque est une histoire de concentration, d\u2019expansion et de centralisation du capital.La croissance économique est une contrainte: elle oblige les grandes entreprises à constamment se tailler une meilleure place sur leur marché, à écouler plus de marchandises et à tenter de mu- tualiser leurs dépenses en opérant des fusions et des acquisitions.Plus une grande compagnie produit, plus elle peut dépenser pour augmenter sa puissance organisationnelle et se maintenir dans le temps à l\u2019aide de la publicité, du marketing, de l\u2019obsolescence programmée et de la recherche et développement.Dans le cas des médias, Québécor est un bon exemple puisque cette compagnie s\u2019est concentrée et centralisée pour encourager la convergence des contenus : un journaliste de l\u2019agence QMI peut produire une nouvelle qui sera diffusée dans les journaux, mais aussi à la télévision et à la radio QUB.Mais ce qu\u2019on oublie souvent de mentionner est que la monopolisation du capitalisme n\u2019exclut pas l\u2019émergence de cycles concurrentiels.Il faudrait plutôt parler d\u2019une relation dynamique entre des cycles à tendance monopolistique qui, dans certaines circonstances de rupture, peuvent revivre des courts cycles concurrentiels.Comme l\u2019écrit Marx dans Misère de la philosophie : « Dans la vie pratique, on trouve non seulement la concurrence, le monopole et leur antagonisme, mais aussi leur synthèse, qui n\u2019est pas une formule, mais un mouvement.» Une des ruptures pouvant favoriser le retour de la concurrence est la crise d\u2019une industrie et surtout la dévalorisation d\u2019un capital fixe comme une technologie particulière.Le régime d\u2019accumulation monopoliste fonctionne tant qu\u2019une grande compagnie possède un capital fixe stable.Le fondement de l\u2019accumulation d\u2019une grande entreprise repose entre autres sur la protection de ses brevets.Si tout le monde pouvait utiliser les innovations d\u2019une multinationale comme Apple, il est évident que cette compagnie ne vaudrait pas près de 1000 milliards.Cependant, quand le capital fixe d\u2019un secteur se dévalorise, comme c\u2019est le cas pour les journaux qui migrent du papier au numérique, l\u2019industrie entre en crise et le monopole se brise.S\u2019ensuit une période de concurrence où de multiples nouveaux joueurs vont tenter de reconquérir la position dominante.Crise de restructuration Finalement, la période idyllique de déconcentration des médias québécois n\u2019est qu\u2019un écran de fumée.Lorsque l\u2019industrie se stabilisera sur un modèle d\u2019affaires et un capital fixe, nous assisterons inévitablement à un nouveau mouvement de concentration et de centralisation du capital.Le marché des vapoteuses (ou encore du cannabis) est un bon exemple : alors que plusieurs centaines d\u2019entreprises ont tenté leur chance au départ, le marché est aujourd\u2019hui dominé par six conglomérats, et surtout par YUUL qui contrôle presque les trois quarts du marché américain.Avant donc de se réjouir de l\u2019arrivée des nouveaux joueurs dans le paysage médiatique, il faut se rappeler les tendances lourdes déterminant notre économie capitaliste.La contrainte à la croissance impose la concentration, la centralisation et l\u2019expansion.Ces contraintes prescrivent aussi à l\u2019intérieur des salles de rédaction des impératifs de productivité et de concurrence qui viennent affecter négativement les conditions de travail des journalistes.Ce n\u2019est pas un hasard si cette même édition du Trente compte également un article de la journaliste indépendante Rosa Carine Henriquez sur le déclin de la santé mentale des journalistes.« Les conditions de travail se détériorent et l\u2019accélération est constante.[\u2026] Nous sommes en train de nous aliéner », écrit-elle.Mais c\u2019est notre économie qui est d\u2019abord aliénante et il faudra bien plus une lutte pour la démocratisation des moyens de communication qu\u2019une crise technologique pour changer les choses.INFORMATION Y-a-t-il « déconcentration » des médias au Québec ?Maurice Gagnon Journaliste et auteur L\u2019énumération, à l\u2019Assemblée nationale, en novembre dernier, par la députée solidaire Christine Labrie, des insultes qu\u2019elle et ses collègues avaient reçues sur les réseaux sociaux a fait ressortir à quel point les femmes en politique et celles qui prennent la parole dans l\u2019espace public sont victimes de gestes d\u2019intimidation et de harcèlement.Cette situation nous permet de faire un lien avec l\u2019Histoire.Au début du XXe siècle, Robertine Barry, première femme journaliste au Canada français, a, elle aussi, été la cible de propos misogynes et haineux.Née le 26février 1863 dans la petite municipalité de L\u2019Isle-Verte dans le Bas- Saint-Laurent, Robertine Barry rédige ses premiers articles, à Montréal, en 1891 avec l\u2019équipe du journal La Patrie, fondé par Honoré Beaugrand.Pendant près de 10ans, elle signe, sous le pseudonyme de Françoise, une chronique hebdomadaire intitulée «Chronique du lundi».Elle fonde en 1902 une revue bimensuelle, Le Journal de Françoise, qui sera publiée jusqu\u2019en 1909.À la fin des années 1800, Robertine Barry ose déjà prendre la parole pour revendiquer le droit pour les femmes d\u2019exercer les mêmes métiers que les hommes et pour dénoncer l\u2019ingérence du clergé dans les divers domaines de la vie courante.L\u2019éducation laïque et universelle sera son cheval de bataille tout au long de sa carrière.Elle réclame le droit à l\u2019instruction autant pour les filles que pour les garçons et trouve inacceptable que les portes des universités francophones québécoises soient fermées aux femmes.Comme le souligne l\u2019écrivaine Sergine Desjardins dans la biographie qu\u2019elle lui consacre, Robertine Barry admire les journalistes françaises qui revendiquent entre autres pour les femmes «le droit de recevoir la même instruction que les hommes, d\u2019avoir accès aux mêmes carrières et de gagner un salaire égal».Pour Robertine, Séverine, première journaliste française à vivre de sa plume et à diriger un grand quotidien, sera un modèle.Dans le premier article qu\u2019elle signe pour La Patrie, le 30avril 1891, ,adame Barry reproche à ces messieurs, sur un ton légèrement caustique, de refuser aux jeunes filles une éducation supérieure, «qui pourrait en faire les égales de leurs seigneurs et maîtres», et ose parler de laïciser l\u2019éducation, risquant d\u2019être perçue comme une anticléricale.Le franc-maçon Honoré Beaugrand aimait le style tranchant de Robertine, dont il partageait les vues sur l\u2019éducation.Il savait mesurer l\u2019audace nécessaire pour promouvoir la laïcité alors que le pouvoir religieux avait la main mise sur toutes les institutions d\u2019enseignement.Robertine dérange Les prises de position de madame Barry lui vaudront non seulement les remontrances de l\u2019archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési, mais aussi d\u2019hommes et de femmes que ses idées féministes dérangent.Comme les femmes étaient par nature destinées à se marier et à élever des enfants, on ne jugeait pas nécessaire de les instruire ni de leur octroyer le droit de vote.Petite anecdote: Robertine, pour qui le célibat était le germe de l\u2019émancipation féminine, aimait célébrer la fête de sainte Catherine et se moquait bien des préju- L\u2019intimidation au temps de Robertine Barry gés entourant les femmes célibataires.Comme les médias sociaux n\u2019existaient pas à son époque, c\u2019était souvent sous la forme de lettres anonymes que l\u2019on invectivait la journaliste.On peut même croire que des hommes d\u2019Église, très attentifs à la lecture des journaux, ont signé certaines de ces lettres envoyées à La Patrie à la suite de la publication des articles de Robertine Barry.Déjà, il était coutume à l\u2019époque de Robertine de calmer ses tempêtes intérieures en versant quelques gouttes de vitriol dans son encrier avant d\u2019y tremper sa plume.On ne se gênait pas pour la menacer, l\u2019appeler Monsieur avec mépris ou encore pour lui envoyer des Valentins satyriques dont la légende explicite l\u2019invitait à garder la place que la providence lui avait confiée.Rober- tine serait certainement aujourd\u2019hui la cible de tweets ou de messages haineux.La cible d\u2019invectives Quand Robertine a exercé son métier de journaliste, les revendications féministes n\u2019étaient pas bien vues, plus encore chez les Canadiens français qui y voient une menace à la vocation d\u2019épouse et de mère que chez les anglo- protestants.Elles pouvaient même donner lieu à des manifestations.Robertine est elle-même la cible d\u2019invectives d\u2019hommes et de femmes attroupés devant le local où elle doit s\u2019adresser aux participants comme conférencière lors du congrès du Conseil national des femmes à Montréal en mai 1896.Robertine Barry a fait partie des fondatrices de la Fédération nationale de la Société Saint-Jean-Baptiste (FNSJB), première association féministe au Canada français.Lors du congrès de 1909, elle y prononce une conférence intitulée Le journalisme et l\u2019éducation populaire, où elle livre un plaidoyer en faveur des journalistes dont le rôle est, dit-elle, de «servir de pilote de l\u2019intelligence».Elle situe le journaliste «?au premier rang parmi les éducateurs?» et soutient que «le journal est, hélas, la seule université à laquelle les femmes ont accès.» Il y a donc fort à parier qu\u2019aujourd\u2019hui encore, la chroniqueuse Robertine Barry dénoncerait avec la même indignation les injustices sociales, et ce, au risque de se faire insulter.Connaissant sa détermination, celui qui voudrait la faire taire aurait bien des croûtes à manger.Les libéraux de Justin Trudeau sont tiraillés entre leur base progressiste et plutôt anti-Israël et la communauté juive canadienne.Ils peuvent difficilement plaire à l\u2019une sans offusquer l\u2019autre.À la fin des années 1800, Robertine Barry ose déjà prendre la parole pour revendiquer le droit pour les femmes d\u2019exercer les mêmes métiers que les hommes Plateau près d'Outremont, sur la belle rue Hutchison, angle boul.St-Joseph Superbe 5 1/2, fenêtres sur trois côtés, 3 balcons, chauffage inclus.Libre 1er fév.2 090 $/ mois.514 486-4908 VILLE MONT-ROYAL 3 1/2 spacieux, propre, chauffé, équipé, services, ascenseurs, parcs, métro l'Acadie.975 $/mois 514 738-5281 16e À PARIS CONDO 3 1/2 Jardin, asc., rénové, équipé, calme, ensoleillé, sécuritaire.Près Tour Eiffel, 2 à 5 pers.750 $ et +/sem.Clés à Mtl.514-585-6341 condoparis16@yahoo.fr 160 APPARTEMENTS ET LOGEMENTS À LOUER 170 HORS FRONTIÈRES EUROPE À LOUER CONDOS PARIS CENTRE Près métro et services.WIFI.Sem./mois À partir de 790 $.Location : 514-999-0546 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h le vendredi Publications du mardi : Réservations avant 16 h le vendredi Avis légaux et appels d\u2019offres avisdev@ledevoir.com Tél.: 514-985-3452 | Télec.: 514-985-3340 Réservation vendredi 20 décembre pour parutions du 23-24-27 décembre.Réservation lundi 23 décembre pour parutions du 27-28-30 décembre.Réservation vendredi 27 décembre pour parutions du 31 décembre et 3 janvier.Réservation vendredi 30 décembre pour parution du 4 janvier.Le Devoir ne sera pas publié les 25 et 26 décembre 2019 ainsi que les 1er et 2 janvier 2020 TOMBÉES \u2013 PÉRIODE DES FÊTES AVIS LÉGAUX ET D\u2019APPELS D\u2019OFFRES VOLKS LAUZON ST-EUSTACHE Donnant mandat d'agir en l'instance à Jean-Félix Bou- chard, huissier de justice Ci-après appelé \" le détenteur \" ET ALEXANDRE GOYETTE Dernière adresse connue : 924, 48e Rue Pointe-Calumet (Québec) J0N 1G2 Ci-après appelé \" celui qui a confié le bien \" AVIS ET AVIS DE VENTE (SANS PRÉJUDICE) Conformément à la loi et suite à la garde de vos biens terminée depuis le 22 mai 2019 tel qu'il appert au bon de travail WS80297 et conformément aux règles prescrites au Code civil du Québec, AVIS ET AVIS DE VENTE est donné à ALEXANDRE GOYETTE que si vous ne réclamez pas les biens confiés au détenteur, j'en disposerai en procédant à la vente desdits biens ou autrement le 30 JANVIER 2020 à 10H00, qui se tiendra au 312, rue Dubois, Saint-Eus- tache (Québec) , soit à la place d'affaire du détenteur.NATURE DES BIENS : Un véhicule de marque Volkswagen, Jetta, no.série: 3VW1K7AJ6BM069903 CONDITIONS : ARGENT COMPTANT St-Eustache, le 17 octobre 2019.Dominic Bouchard, huissier de justice Étude J.F.Bouchard Inc., huissiers de justice 240, Chemin de la Grande- Côte, Saint-Eustache (Québec) J7P 1B5 Tel.: (514) 350-9000 AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Avis est donné conformément au Code civil du Québec de la clôture de l'inventaire en regard de la succession de Denise GAUDETTE, né le 20 avril 1930 en son vivant résidant et domicilié au 121-339, rue Principale, en la ville de Cowansville, province de Québec et décédé le 18 août 2018.Cet inventaire peut être consulté pour toute personne ayant un intérêt, à l'étude de Beauchamp et Gilbert, Notaires, au 54 rue de Brésoles, Montréal, Québec, H2Y 1V5.Montréal le 28 décembre 2019 BEAUCHAMP GILBERT NOTAIRES LOI SUR LA FAILLITE ET L'INSOLVABILITÉ AVIS DE LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE DES CRÉANCIERS Dans l'affaire de la faillite de : 10052787 CANADA INC.HOUSTON VAUDREUIL corporation légalement constituée selon la loi et ayant fait affaires sous la dénomination sociale \"Houston Vaudreuil\" au 100-48, boul.cité-des-jeu- nes, dans la ville de Vau- dreuil-Dorion, province de Québec, J7V 9L5 est survenue le 20 décembre 2019 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 10 janvier 2020, à 15 h 00, au bureau de Pierre Roy & Associés situé au 303-1961, chemin Gascon, Terrebonne (Québec) J6X 4H2.Fait à Terrebonne, le 20 décembre 2019.PIERRE ROY & ASSOCIÉS INC.Syndic de l'actif de 10052787 CANADA INC.HOUSTON VAUDREUIL Martine Robitaille, LL.L, CIRP, SAI PIERRE ROY & ASSOCIÉS INC.303-1961, chemin Gascon Terrebonne (Québec) J6X 4H2 Téléphone: 450-914-1342 T é l é c o p i e u r : 450-654-6280 PETITES ANNONCES AVIS DE DÉCÈS Inscrivez-vous?: ledevoir.com/courrierdusoir Inscrivez-vous?: ledevoir.com/lescourriersdudevoir L\u2019actualité du jour, choisie et résumée pour vous Du lundi au samedi, découvrez l\u2019essentiel de l\u2019actualité Le Courrier du soir Le Courrier du matin "]
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