Le devoir, 23 novembre 2019, Le D Magazine
[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / / L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 N O V E M B R E 2 0 1 9 Lire Nicolas Lévesque La totalité, c\u2019est louche Vivre Zanzibar, île métisse Animation Chercher son public, et parfois le trouver C U L T U R E 34 Entrevue Pour le psy Nicolas Lévesque, la totalité, c\u2019est louche.24 25 28 32 33 Fiction québécoise May Telmissany Grand angle littérature d\u2019anticipation Essai Louis Cornellier 6 Entrevue En animation, chacun cherche son public, et parfois le trouve.45 8 16 19 20 36 40 Musique Odile Tremblay Cinéma Arts visuels Danse Classique Écrans Grilles télé L I R E V I V R E 42 Voyage Zanzibar, île métisse dont on s\u2019éprend instantanément.44 46 48 51 52 53 Plein air Gastronomie Resto et recette Vin Alimentation Santé Illustration de la une du D : Netflix Photo de la une Lire : Valérian Mazataud Le Devoir SOMMAIRE C U L T U R E LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 ENTREVUE SIMON LAMBERT COLLABORATEUR LE DEVOIR À QUÉBEC \u2019air du temps est à l\u2019angoisse.Des images exposent la montée des eaux et les conséquences de plus en plus notables du dérèglement climatique, les espèces déclinent au rythme des acres de forêt rasés et, dans ce portrait aride, l\u2019avenir semble porteur d\u2019effroi.En font foi les deux « lectures intégrales » retenues cette année pour le Festival du Jamais Lu Québec des textes de Laura Amar et de Caro- lanne Foucher.L\u2019un et l\u2019autre se projettent justement dans un futur plus ou moins lointain, qui se révèle invariablement source de craintes.Laura Amar (Entre autres, Nikki ne mourra pas) proposera L\u2019usine, une histoire mettant en scène deux esseulés qui, au milieu d\u2019une ville fantôme, se réfugient dans un autobus laissé à l\u2019abandon.Les rues sont désertes et les animaux, morts ; pour les deux survivants se pose l\u2019enjeu d\u2019une vie possible autour d\u2019une usine expulsant une inquiétante boue rouge.La comédienne Carolanne Foucher (Chapitres de la chute, Fièvre), sur la La peur de ce qui vient En écho à une époque d\u2019angoisses et face à un avenir incertain, le Festival du Jamais Lu Québec explore le thème de la disparition L 3 LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 note de la comédie pour sa part, proposera Manipuler avec soin, récit d\u2019une jeune femme qui, dans la confusion de sa vie amoureuse, entreprend de se faire poser une « alarme corporelle » dont le signal se déclenche dès que point une situation intime inconfortable\u2026 Or, le dispositif finira par s\u2019activer sans arrêt.Sur des tons antipodaux, l\u2019un et l\u2019autre de ces textes rejoignent le thème de ce neuvième Jamais Lu Québec, celui de la disparition, qui sera disséqué de différentes manières pendant le festival, du 28 au 30 novembre.Un thème qui, selon la directrice artistique Marianne Marceau, se dégageait « clairement » cette année des textes retenus pour l\u2019événement : « Il se lisait partout, de façon obsédante.» Pour la suite du monde Si l\u2019univers post-catastrophe d\u2019Amar rappelle La route de McCarthy et l\u2019espoir ténu qu\u2019il déployait, et que la proposition de Foucher, dans un léger décalage façon Black Mirror, présente une déclinaison \u2014 à un élément près \u2014 de notre univers familier, chacune des autrices identifie l\u2019angoisse au fondement de son écriture.« J\u2019ai même l\u2019impression que c\u2019est généralisé à travers tout le festival, précise Ca- rolanne Foucher.Les descriptions [des différents projets] que j\u2019ai vues, ce sont des descriptions angoissées du monde ! » Dans L\u2019usine, cette angoisse est palpable dans l\u2019image d\u2019une digue qui craque, menant la boue rouge à se répandre, cependant que l\u2019un des personnages se voit tranquillement paralysé par l\u2019air ambiant, dans un environnement résolument sombre qui fait écho à des pronostics que d\u2019aucuns dessinent pour nous : « Elle se bat pour continuer à survivre, dit Laura Amar, pour continuer à trouver la joie\u2026 et la force de ne pas uniquement sombrer dans son désespoir.» Les constats anxieux sur notre avenir sont toutefois également au cœur de Manipuler avec soin, qui prendra l\u2019affiche de La Licorne en 2020.« On a l\u2019impression que, parce que j\u2019écris une comédie, je m\u2019inscrirais peut-être moins là-dedans.Mais il y a une angoisse aussi : \u201cquelles sont nos relations aujourd\u2019hui\u201d ?» Nommant la réalité du couple ouvert, les relations qui se complexifient, le délitement de l\u2019institution du mariage et les facilités de la technologie, Carolanne Foucher évoque les mutations de notre rapport à l\u2019autre en même temps que nos relations de plus en plus précaires et une difficulté grandissante à créer des liens.La « disparition », pour moi, c\u2019est l\u2019idée que ça va \u201cchirer\u201d à un Carolanne Foucher et Laura Amar au théâtre Périscope, à Québec.Leurs textes se projettent dans un futur plus ou moins lointain, qui se révèle invariablement source de craintes.FRANCIS VACHON LE DEVOIR Théâtre moment donné ; et la dystopie permet de voir jusqu\u2019où on peut aller dans notre déconstruction sociale.Elle a, évidemment, quelque chose d\u2019extrêmement triste, mais en même temps elle pose la question suivante : comment fait-on pour ne pas se rendre là ?» À l\u2019heure des disparitions En plus des huit lectures \u2014 cinq extraits rassemblés dans l\u2019« Accélérateur de particules », un texte jeunesse, deux lectures intégrales \u2014 qui constituent le cœur du Festival du Jamais Lu Québec, ainsi que d\u2019une classe de maître assurée cette année par Étienne Lepage, les activités de clôture et d\u2019ouverture prolongeront comme le veut la tradition sur le thème retenu pour la présente édition : « Pour ne pas disparaître ».Un « Coup d\u2019envoi » aux notes militantes conviera les figures d\u2019Alexandre Bacon, conseiller politique pour la nation innue, et de Célestine Uhde, jeune militante pour l\u2019environnement, dans une première soirée de festival qui creusera la raison pour laquelle la notion de disparition a surgi dans le discours ambiant.La soirée de clôture, de son côté, fera écho à un engouement récent pour le théâtre documentaire, non sans lien avec le besoin d\u2019être en prise avec un monde aux mutations nombreuses, sur fond d\u2019amenuisement des langues et de la biodiversité, alors que les tendances « survivalis- tes » et les mots comme « écoan- xiété » apparaissent de façon inédite sur notre radar collectif.Rassemblant notamment les figures de Véronique Côté et de Jean-Philippe Baril-Guérard, de Catherine Éthier et d\u2019Olivier Normand, le « Festival du théâtre documentaire du Festival du Jamais Lu Québec » jonglera avec cette question : « Que voulez-vous voir \u2014 ou ne pas voir \u2014 disparaître ?» Testez votre connaissance de la langue française en trouvant les cinq erreurs insérées volontairement dans le texte ci-contre.Trouvez les 5 erreurs : L\u2019œil rivé à sa lunette binocculaire, l\u2019ornitologue amateur assiste à un spectacle grandiose : un majestueux pigargue à tête blanche plonge en piqué vers la surface de l\u2019eau et happe entre ses serres acérés une carpe insouciante.C\u2019est une chance inouie pour un simple miroiseur?! ÉPREUVE DE RÉVISION Épreuve no 34 Vérifiez vos hypothèses en consultant le corrigé détaillé dans la section Jeux.Une épreuve présentée par LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 ENTREVUE SYLVAIN CORMIER LE DEVOIR Pas beaucoup d\u2019action au cinéma L\u2019Amour, en ce mardi verglacé.\u2014 C\u2019est pour l\u2019entrevue avec Saratoga.\u2014 Sara qui ?\u2014 Saratoga, le duo.Michel-Olivier Gasse et Chantal Archambault.\u2014 Connais pas.Y a rien ici.Portable dégainé.Vérification faite.Méprise constatée.Bafouillage d\u2019excuses.Esquive en douce.C\u2019est pas au cinéma L\u2019Amour, le rendez-vous.C\u2019est au cinéma Moderne.Un chouia plus au nord sur la même Main.« On aurait pu ! » s\u2019exclame Chantal.« C\u2019est un beau lapsus\u2026 » ajoute-t-el- le non sans tendresse.Sourire complice de Michel-Olivier (appelons-le Gasse, comme tout le monde).Pour parler de Ceci est une espèce aimée, leur deuxième album, livre-disque dédié à leur petite Olive de vingt mois, l\u2019amour a préséance sur la modernité.« Avant que tu naisses, on a fait un vœu / On t\u2019a souhaité d\u2019aimer les gens », lit-on en premier.Bel objet.Un autre livre-disque, tiens, deux semaines après celui que présentait domlebo en ces pages.Entrevue dans laquelle il était question de L\u2019origine de mes espèces, un autre livre-disque, celui-là signé Michel Ri- vard.Les trois de format assez semblable, comme si une petite collection trouvait sa place dans une section à part, la biblio-discothèque.Trois livrets devenus livres, avec le disque dedans.Presque une nouvelle espèce, aimée autant qu\u2019hybride.Qui touche et que l\u2019on peut toucher.« Nous, on veut tout dématérialiser, l\u2019idée c\u2019est certainement pas de créer davantage de déchets », s\u2019empresse de préciser Chantal.La belle empreinte Cela se sait dans leurs alentours, le couple a la conscience écologique plus qu\u2019aiguisée.Militante ?« Mets-en ! » temps de se connaître, le temps qu\u2019on se mérite.Ceci n\u2019est pas un livret de paroles.C\u2019est un ramassis d\u2019attendri, c\u2019est une insolence, une embellie.C\u2019est un beau bonjour sur l\u2019ombre alentour.» Aimer sans autoportrait Le livre-disque se veut par là une manifestation tangible de l\u2019intention de départ du projet : des chansons et des poèmes en prose pour donner envie d\u2019aimer durablement.Notez : aimer.Pas : s\u2019aimer.Pas aimer en calculant le retour sur investissement.Pas aimer non plus au sens face- bookien du terme.« Nous oublierons de nous prendre en photo », chantent-ils en harmonie dans L\u2019embellie.Aimer sans autoportrait.Aimer l\u2019autre.En souhaitant que l\u2019autre, à son tour, en aime d\u2019autres.« C\u2019est un souhait, relativise Gasse.On n\u2019a pas de certitude.On voit bien le bulle- Culture Musique 4 Aimer les gens Le « beau bonjour » du duo Saratoga à « ceux qui aiment » en livre-disque et en rencontres tangibles D\u2019où le besoin de justifier la démarche.« On s\u2019est fait dire récemment que le streaming était plus polluant que le CD, continue Chantal.À cause des serveurs qui roulent en boucle, ce qui provoque un réchauffement incroyable.Comment faire, alors ?On s\u2019est dit : \u201cOn va glisser les disques dans le livre, au moins on évitera le boîtier de plastique.Le papier, ça se recycle\u201d.» Gasse ajoute : « Et le livre, il y a des chances que tu veuilles le garder\u2026 » C\u2019est le bon argument.Même quand on choisit de se délester le plus possible, un livre n\u2019est point déchet lorsque chéri, lu, relu : le disque inclus s\u2019en trouve protégé, moins jetable.Un minimum d\u2019empreinte, dans la zone acceptable.« Ça devient un petit objet tout doux, moins destructeur », dit tout aussi doucement Chantal.Cela correspond tout à fait au contenu, qui est en trois dimensions, comme les gens.Le texte de présentation, en quatrième de couverture, le dit parfaitement : « Ceci est un moment pour investir le beau, le bon, le doux, pas la surface.On va creuser un peu, histoire que ça parte pas au premier coup de vent, qu\u2019on reste ensemble au moins le On a décodé qu\u2019on les aimait assez, nos amis musiciens, pour leur laisser de l\u2019espace de liberté pour que leur idée de la beauté puisse s\u2019exprimer.C\u2019était un risque, on le savait.Mais ça aussi, c\u2019est notre geste.MICHEL-OLIVIER GASSE » AU CINÉMA DÈS LE 25 NOVEMBRE Un documentaire tonique sur la culture des trous de cul. tin de nouvelles tous les jours.On les voit, les déchets.Mais on a décidé que ce serait notre geste.Notre contribution : rappeler que la beauté existe, que la bonté existe.À condition d\u2019y travailler fort.» Des pushers de bienveillance.Tout en menant le combat.« C\u2019est pas ce qu\u2019il y a de plus simple, la joie.Le don de soi.La bonté.Mais ça se peut.» Et Gasse de donner l\u2019exemple qui tue.« Le grand-père de Chantal est mort frappé par un chauffard en état d\u2019ébriété, récidiviste.Devant sa maison\u2026 » Chantal prend le relais du récit.« Il a revolé je sais pas combien de mètres dans les airs, pour atterrir dans la cour, où étaient les neuf enfants et sa femme, ma grand-mère.Elle a retourné son mari, a vu qu\u2019elle ne pouvait rien faire de plus, alors elle est allée chercher l\u2019homme ivre dans son auto, et lui a fait un café dans la cuisine, pour le dégriser.En attendant les secours.Tu peux pas dire après ça que la bonté n\u2019existe pas.» Le cynisme prend le bord.Dans le poème qui suit la chanson Le code et la manière, dans le livre, où Chantal en plein post-partum parle à Olive, rien n\u2019est évité : « Tu sais pas pour le continent de plastique / Les climatoscepti- ques / et les enfants soldats ».Créer du beau, comprend-on, est plus que jamais nécessaire, vital.Pour donner du courage, du cœur au ventre, pour ne pas rager dans le vide.Le soin apporté à ces chansons, dans l\u2019écriture autant que dans les arrangements, petites touches de harpe, de violon, de flûte, de thérémine, est infini.Ça demeure un miracle de simplicité volontaire, comme disait le collègue Philippe Papineau à propos de Fleur, le premier album, mais exquis néanmoins, bijou serti avec goût et discrétion.Le titre, Ceci est une espèce aimée, nous parle aussi de l\u2019objet et de son contenu.« On n\u2019est pas des orchestrateurs, précise Gasse.On a décodé qu\u2019on les aimait assez, nos amis musiciens, pour leur laisser de l\u2019espace de liberté pour que leur idée de la beauté puisse s\u2019exprimer.C\u2019était un risque, on le savait.Mais ça aussi, c\u2019est notre geste.» Pas besoin d\u2019aller au cinéma L\u2019Amour pour aimer au grand jour.Le duo folk Saratoga : Chantal Archambault et Michel- Olivier Gasse VALÉRIAN MAZATAUD Ceci est une espèce aimée 1/2 Saratoga, livre- disque de 48 pages et 12 chansons, DuPrince / Saratoga LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture 5 relie à ses propres démêlés judiciaires), cartonne en France au box-office, des manifestations, des séances annulées ici ou là ainsi qu\u2019un débat houleux sur les réseaux sociaux éclairent les mutations profondes.La statue de Marianne sort de son socle.Du coup, sa patrie chancelle.« Insoutenable rectitude politique », s\u2019indignent les partisans de Polanski en jetant un œil noir aux États-Unis dont la morale puritaine fait tache d\u2019huile.« À bas l\u2019impunité du mâle blanc ! » lancent en substance les féministes.Les tribunes télévisuelles n\u2019ont pas fini de retentir des hauts cris de philosophes à la Alain Finkielkraut.Ce dernier a appris que son ironie, dans le domaine désormais épineux du viol, passe moins bien qu\u2019autrefois.La fameuse rectitude politique, dont on dénonce les irritants et les condamnations sans procès, est par ailleurs une avancée de civilisation collée à un réveil général des esprits.La reconnaissance récente des féminicides qui ensanglantent l\u2019Hexagone (au moins 115 depuis le début de l\u2019année) vient nourrir la révolte.Elle s\u2019arrime à un effritement du patriarcat, qui ne se laisse pas affaiblir sans combattre.La présence massive des femmes sur le marché du travail et à plusieurs postes de direction rend les retours en arrière carrément impossibles.Mais ça va brasser.Des décennies de discussion et de difficile cohabitation des sexes sont en vue, là-bas comme ici.Nos sociétés devront prendre en charge autant les garçons que les filles en ces zones de turbulences.Ceux-ci égarent leurs repères sous les chambardements d\u2019une époque qui appelle à bâtir de nouveaux modèles.Négliger leur accompagnement dans ces révolutions des mœurs, c\u2019est accentuer leur dérive en plus d\u2019accroître le nombre de féminici- des, par pertes du contrôle masculin mal jugulées.Les ajustements exigeront du doigté après le flot de réactions épidermiques.Le sort des œuvres parfois majeures créées par des mâles parfois en abus d\u2019autorité au fil des siècles deviendra de plus en plus cuisant.Une quadrature difficile à résoudre, n\u2019en déplaise à ceux et celles qui veulent le régler par simples boycottages à effet domino.Si Polanski et ses semblables ont à purger une peine, qu\u2019ils aillent à l\u2019ombre.Mais balayer les œuvres en effaçant de grands pans de l\u2019histoire de l\u2019art, celle du cinéma entre autres, ouvrira la porte à toutes les censures artistiques.Un brin de discernement s\u2019impose en privilégiant plutôt des mises en perspective culturelles.Tomber de Charybde en Scylla ne saurait être un but à atteindre.La statue de Marianne secoue Polanski La France aura mis beaucoup plus de temps que l\u2019Amérique du Nord à s\u2019attaquer aux délits sexuels de ses artistes.Voici que le milieu du cinéma, par nature olé olé et machiste, sonne la fin de l\u2019omerta.Là-bas, à ce point ?Ça alors ! Tandis qu\u2019une chorale féminine dénonçait les agresseurs depuis l\u2019avènement du mouvement #MoiAussi, c\u2019est la voix de l\u2019actrice respectée Adèle Haenel qui a vraiment porté début novembre.Elle accusait le réalisateur Christophe Ruggia de harcèlement sexuel en son âge tendre de 13 à 18 ans, chez lui, dans les coulisses de son film Les diables et lors de festivals.Depuis, la justice s\u2019est saisie de l\u2019affaire et une vague d\u2019indignation n\u2019en finit plus de soulever la société française.Le fruit était mûr, il faut croire.Même le scandale DSK n\u2019était pas parvenu à ébranler jusque-là le patriarcat dans ce château fort.Signe des temps, lundi dernier, la puissante Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP) a décidé de proposer au printemps en assemblée générale la suspension du cinéaste Roman Polanski, déjà exclu de l\u2019Académie des Oscar de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique.Le réalisateur franco-polonais avait fui les États- Unis en 1978 après son inculpation pour le viol d\u2019une adolescente, Samantha Gailey, qui depuis lors voulait laisser tomber l\u2019affaire.De nouvelles plaignantes s\u2019étaient soulevées contre lui, mais la dernière en titre, la photographe française Valentine Monnier, l\u2019accuse cette fois de l\u2019avoir violée et rouée de coups à 18 ans.Ce qu\u2019il nie haut et fort.Sauf que la charge ne passe plus.Longtemps protégé pour la valeur irréfutable de son œuvre, le cinéaste de Rosemary\u2019s Baby et du Pianiste, quoique défendu bec et ongles par plusieurs admirateurs, devient soudain encombrant dans sa patrie d\u2019adoption.Et Bruxelles emboîte le pas à Paris.C\u2019est un tremblement de terre de voir le conseil d\u2019administration de l\u2019ARP voter la mise en place de mesures de suspension ou d\u2019expulsion pour ses membres fautifs, avec accent sur les infractions de nature sexuelle.Les demi-dieux des plateaux avaient été si bien protégés par leurs pairs depuis toujours\u2026 Même si le dernier film de Polanski, J\u2019accuse, sur l\u2019affaire Dreyfus (qu\u2019il ODILE TREMBLAY LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture Cinéma 6 Un peu comme si nous sortions de notre cave ! » lance Jérémy Clapin, qui insiste sur l\u2019absence d\u2019influence commerciale dans le processus créatif.Disons que l\u2019on imagine mal certains financiers s\u2019enthousiasmer devant un projet de film qui raconte le périple d\u2019une main à travers Paris (où l\u2019on ne voit jamais la tour Eiffel !) à la recherche du jeune homme qui l\u2019a perdue\u2026 « Il n\u2019y a pas l\u2019ombre d\u2019un relief marketing dans ce film », renchérit Marc du Pontavice.En revanche, on y retrouve de la poésie, et quelques frissons, particulièrement devant les périls que doit affronter cette main dans les entrailles du métro de la capitale française ou sur les toits des immeubles.Et de l\u2019émotion, il y en a à revendre devant les misères du jeune Naoufel, lui dont l\u2019avenir s\u2019annonçait radieux, mais ayant basculé dans une suite de malheurs et d\u2019humiliations qui pourraient bien le broyer.Tout cela en utilisant les techniques de l\u2019animation 2D et 3D, alors que le cinéaste avait un temps jonglé avec l\u2019idée de l\u2019animation en volume, ou stop motion.« Très compliqué sur le plan financier, concède Jérémy Clapin.Avec le dessin, on pouvait augmenter le niveau des détails, préciser des choses ; c\u2019était la technique idéale pour ce film.» L\u2019animation, cette incomprise Si la question financière revient souvent sur le tapis, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un secteur en apparence lucratif si l\u2019on se place dans la position des grands studios américains, qu\u2019ils se nomment Disney, Pixar ou Dreamworks.En dehors de cet écosystème particulier, et disons-le hégémonique, fourmillent, un peu partout à travers le monde et depuis les débuts du cinéma, des réalisateurs et des maisons de production qui font le pari de raconter des histoires autrement qu\u2019en prises de vues réelles.Depuis ses balbutiements au début du siècle dernier (Les aventures du prince Ahmed, l\u2019un des tout premiers longs métrages d\u2019animation, fut signé par la réalisatrice allemande Lotte Reiniger, en 1926), l\u2019animation pour adultes et cinéphiles sur grand écran demeure une entreprise délicate, souvent soutenue par l\u2019État en Europe occidentale, dans les anciens pays du bloc communiste (un exemple parmi d\u2019autres : le célèbre cinéaste tchèque Jan Svankmajer), et bien sûr au Canada avec l\u2019Office national du film.La France n\u2019est pas en reste, tant du côté Chercher son public, et parfois le trouver Entre poésie et politique, les cinéastes d\u2019animation abordent le long métrage tel un marathon ; la preuve par l\u2019exemple avec J\u2019ai perdu mon corps GRAND ANGLE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR e réalisateur Jérémy Clapin et le producteur Marc du Ponta- vice n\u2019en reviennent toujours pas.J\u2019ai perdu mon corps, l\u2019adaptation du roman de Guillaume Lau- rant, Happy Hand (Seuil), fut une longue traversée du désert, pour finalement devenir un conte de fées : triomphe à la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes, enthousiasme délirant au Festival du film d\u2019animation d\u2019Annecy en juin, le long métrage fut récemment acquis par Netflix qui le rendra disponible le 29 novembre au Canada.« Ce qui se passe, c\u2019est assez magique », reconnaît Marc du Pontavice au téléphone depuis Los Angeles, accompagnant Jérémy Clapin dans le cadre d\u2019une tournée de promotion pour la candidature de leur film comme potentiel finaliste aux Oscar dans la catégorie du meilleur long métrage d\u2019animation.Déjà sorti en salle sur 200 écrans en France, J\u2019ai perdu mon corps aurait pu suivre un chemin plus confidentiel, celui du réseau des salles d\u2019art et essai, et des chaînes spécialisées.« En plus de nous garantir une sortie en salle dans une dizaine de pays, Netflix est un lieu de bouche-à- oreille extraordinaire grâce aux réseaux sociaux où l\u2019on commente beaucoup ce qui se passe sur cette plateforme.» « Alors que nous étions relativement seuls pendant des années [tout a débuté en 2011], c\u2019est un immense contraste depuis la première à Cannes.L LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 LES FLÂNEURS Sous les couleurs d\u2019Haïti La démarche est la même que celle d\u2019Autoportrait de Paris avec chat en 2018 : à l\u2019aide d\u2019une calligraphie quelconque et de ses dessins naïfs, évoquer des fragments de sa vie.Vers d\u2019autres rives (Boréal), de Dany Laferrière, se colle à des thèmes plus touchants que son précédent, surtout l\u2019enfance en Haïti auprès de la célèbre grand-mère Da.En invitant les poètes et les peintres de son pays natal à lui donner la réplique, l\u2019académicien nous entraîne dans un royaume enchanté par l\u2019art et l\u2019imagination.Ainsi son quotidien devient-il mythologique à coups d\u2019images folles et de rêves.ODILE TREMBLAY Amnésie collective Si la réalité était un cauchemar et que vous pouviez en libérer la personne qui vous est la plus chère au monde, le feriez-vous, même au prix d\u2019une vie de mensonges ?Le documentaire Tell Me Who I Am raconte l\u2019histoire d\u2019Alex qui, à 18 ans, perd presque complètement la mémoire lors d\u2019un accident de la route.Il ne reconnaît qu\u2019un élément de sa vie d\u2019avant : son jumeau Marcus.Celui-ci entreprend donc de remplir la tête de son frère de souvenirs.Mais des souvenirs de qui, de quelle vie ?Disponible sur Netflix.VALÉRIE DUHAIME Le danseur qui écrit Paul-André Fortier s\u2019est intéressé à la littérature avant de plonger dans la danse, et c\u2019est aussi par la littérature qu\u2019il en sort.Son premier livre, Masculin singulier, publié aux Éditions du Noroît, est écrit dans la sueur de 40 ans de pratique de danse.Chose rare, le danseur écrit, et permet au lecteur d\u2019entrer dans son corps, de faire face au public avec lui, de partager ses doutes.Fortier connaît de son corps les faiblesses et les forces.Il l\u2019a accueilli là où il était, et dans l'état où il était, chaque jour de performance.Et en explorant ce très intime, il livre un témoignage singulier et précieux sur notre humanité.CAROLINE MONTPETIT Amitiés secrètes Grand bonheur de téléphile que cette nouvelle offrande de l\u2019auteur Serge Boucher.Fragile, thriller psychologique (Tou.tv Extra), aussi réussi qu\u2019Apparences, débute par la fin pour raconter pourquoi sont décédés deux jeunes hommes, dont les liens étaient inconnus de leur clan respectif, l\u2019un ouvrier, l\u2019autre bourgeois.Comme dans ses œuvres précédentes, Boucher entremêle habilement les fils de son intrigue complexe, peuplée de fascinants personnages, qui le sont tout autant.Soulignons les performances remarquables de Pier-Luc Funk et de Martin Drainville.AMÉLIE GAUDREAU Trois courts métrages de Jérémy Clapin Une histoire vertébrale (2004), son premier court, primé notamment au Japon, en République tchèque et en Espagne Palmipedarium (2012), Prix spécial du jury au Festival international du film d\u2019animation de Krok Skhizein (2008), Prix Découverte du court métrage à la Semaine internationale de la critique (Cannes) J\u2019ai perdu mon corps De Jérémy Clapin.Disponible sur Netflix dès le 29 novembre et présenté aux Sommets du cinéma d\u2019animation de Montréal le dimanche 8 décembre à 12 h 45.Pour connaître la programmation des Sommets, du 3 au 8 décembre à la Cinémathèque québécoise : sommets animation.com.Dans J\u2019ai perdu mon corps, on retrouve de la poésie, et quelques frissons, particulièrement devant les périls que doit affronter cette main dans les entrailles du métro de la capitale française ou sur les toits des immeubles.Et de l\u2019émotion, il y en a à revendre.PHOTOS NETFLIX de l\u2019animation commerciale (que serait Ciné-Cadeau à Télé-Québec sans les films inspirés des aventures d\u2019As- térix et d\u2019Obélix ?) que chez des créateurs solitaires de grands talents au fil des décennies : René Laloux (La planète sauvage), Paul Grimault (Le roi et l\u2019oiseau), Sylvain Chomet (Les triplettes de Belleville), et Michel Ocelot, le papa du célèbre Kirikou, et d\u2019autres films sublimes (Azur et Asmar, Princes et princesses, Dilili à Paris).Le phénomène Kirikou, « c\u2019est historique », selon Marco de Blois, pro- grammateur-conservateur à la Cinémathèque québécoise, grand manitou des Sommets du cinéma d\u2019animation dont la 18e édition aura lieu en décembre.Ce personnage, aussi sage qu\u2019espiègle, a rallié petits et grands, en plus de donner à son auteur une véritable liberté grâce à cet important succès commercial.Mais cette trajectoire est exceptionnelle parce que rarissime, souvent freinée par « une incompréhension à l\u2019égard de ce que peut être l\u2019animation, des réactions de rejet que je ne comprends pas », déplore Marco de Blois.Les embûches rencontrées par Jé- rémy Clapin et Marc de Pontavice pour produire J\u2019ai perdu mon corps témoignent de cette incompréhension.Or, toujours selon le conservateur de la Cinémathèque, nous assistons pourtant à une véritable « effervescence » du long métrage d\u2019animation, à commencer par le Québec avec la compagnie 10e Avenue (Le coq de St-Victor, La légende de Sarila), ou encore la sortie récente du singulier Ville Neuve, de Félix Dufour-Laperrière.Tout est politique, même l\u2019animation Si l\u2019animation constitue un outil puissant pour accéder à l\u2019univers du merveilleux et de l\u2019insolite, elle force aussi les serrures de lieux interdits, en plus d\u2019aborder des sujets tabous.En ce sens, selon Marco de Blois, « le film à débat peut avoir une force d\u2019attraction supérieure », et les exemples ne manquent pas de productions à grande consonance politique.L\u2019ONF ne s\u2019en est pas privé ces dernières années, surtout au moment d\u2019aborder le conflit israélo-palestinien (Le mur, de Cam Christiansen ; Les 18 fugitives, de Paul Cowan et Amer Shomali), ou la culture iranienne (La vie en Rosie, d\u2019Ann Marie Fleming).Cette curiosité est présente ailleurs, avec des exemples célèbres comme l\u2019adaptation de la bande dessinée autobiographique de Marjane Satrapi, Persepolis, par son auteure ainsi que Vincent Paronnaud sur les débuts de la révolution islamique à Téhéran, ou Valse avec Bachir, d\u2019Ari Folman, qui revisite le sordide massacre de Sabra et Chatila par l\u2019armée israélienne à Beyrouth.Les prochains Sommets présenteront d\u2019ailleurs une autre de ces œuvres coup de poing, Zero Impunity, de David Lambert, Nicolas et Stéphane Blies, qui aborde la délicate question des abus sexuels en zones de guerre, un des neuf longs métrages de la programmation, un nombre record.Et si tous ces exemples n\u2019étaient pas suffisants, regardons du côté du Japon pour admirer leur dynamisme audacieux, longtemps dominé par le génie d\u2019Hayao Miyazaki (Le château ambulant, Princesse Mononoké, etc.).Quant au producteur de J\u2019ai perdu mon corps, Marc de Pontavice considère l\u2019animation comme « le challenge ultime » du septième art, surtout lorsqu\u2019il faut susciter de l\u2019empathie chez le spectateur « pour un personnage qui n\u2019a que cinq doigts pour s\u2019exprimer ».Visiblement, de plus en plus de spectateurs ont compris.Culture 7 LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Au-delà de la caricature S\u2019amorça alors une collaboration entre les deux hommes, à qui se joignirent Guillaume Vigneault et, par la suite, Jean Barbe.« On a terminé le scénario en mars 2009.Paul s\u2019est suicidé en juin 2009.» Hormis des démons personnels, Guillaume de Fon- tenay voit dans ce geste la résultante d\u2019un syndrome de choc post-trauma- tique inadéquatement traité.Après un silence, le cinéaste reprend : « C\u2019est dommage, parce que l\u2019image de Paul qui s\u2019est cristallisée dans l\u2019esprit de beaucoup de gens est cette espèce de caricature, dont c\u2019est vrai qu\u2019il a lui-même joué lors de ses prises de bec très médiatisées.Pourtant, je suis retombé sur certaines archives\u2026 C\u2019est fou combien il a essayé de mettre en garde la communauté internationale, notamment contre ce qui deviendrait le massacre de Srebreni- ca : 8000 Bosniaques, des hommes et des adolescents musulmans, qui ont été désarmés par l\u2019ONU, abandonnés par l\u2019ONU, puis exterminés par les Serbes.Paul a rapporté ça et il a prédit le massacre : jamais de ma vie je n\u2019ai entendu un journaliste terminer un topo de cette façon-là.C\u2019était très violent, mais courageux et lucide.» Pour incarner Paul Marchand, Guillaume de Fontenay arrêta son choix sur Niels Schneider (Les amours imaginaires), pour qui il eut un coup de foudre professionnel instantané.En immersion totale, l\u2019acteur exsude un mélange de fougue, de vivacité, d\u2019humanité aussi, cette dernière qualité volontiers dissimulée derrière une façade frondeuse et un brin macho \u2014 la consommation à la chaîne de gros cigares cubains constitue l\u2019un des éléments les plus distinctifs de cette construction tenant du mécanisme d\u2019autoprotection.« Avec Niels, on a voulu retrouver l\u2019essence de Paul à travers ses gestes et son débit particulier.De son vivant, Paul était toujours en état d\u2019hyper- veille : assis dans une pièce, il repérait d\u2019instinct ses points de fuite, ses issues possibles ; il réagissait au moindre bruit.C\u2019était ancré en lui depuis Beyrouth, et après Sarajevo [\u2026] Niels est devenu Paul, il n\u2019y a pas d\u2019autre façon de le dire.À Bayeux Calvados-Normandie, qui remet le plus important prix pour les correspondants de guerre et où Paul a été honoré en 1994, on a présenté le film en avant-première, et d\u2019anciens camarades étaient sur le cul : ils avaient l\u2019impression de revoir Paul.» Faire tout avec rien Une production ambitieuse, que Sympathie pour le Diable, car nécessitant, outre la reconstitution historique de Sarajevo assiégée en 1992, toute cette logistique inhérente aux films de guerre.Afin de parer à la nervosité, Guillaume de Fontenay se prépara d\u2019arrache-pied.« J\u2019avais une vision très nette de ma mise en scène dès 2009, et je m\u2019y suis tenu.À force de recherches, j\u2019étais tellement gavé d\u2019images de guerre\u2026 » Ces caméras à l\u2019épaule qui esquivent constamment des balles réelles ou ima- Le cinéaste a mis des années à porter à l\u2019écran la vie du journaliste de guerre Paul Marchand ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR \u2019année : 1992.Depuis le mois d\u2019avril que la guerre a cours en Bos- nie-Herzégovine.Sur fond de morcellement de l\u2019ex-Yougoslavie, Serbes, Bosniaques et Croates s\u2019affrontent.Au cœur de la capitale Sarajevo, théâtre de ce qui sera le plus long siège de l\u2019ère moderne, 400 000 civils sont pris en otage par les milices serbes.Dans le chaos ambiant, l\u2019armée de l\u2019ONU s\u2019affaire en vain, du moins est-ce le constat implacable que dresse le journaliste Paul Marchand qui, entre colère et idéalisme buté, rapporte les horreurs au jour le jour.Tiré de ses mémoires, Sympathie pour le Diable marque pour le cinéaste Guillaume de Fontenay l\u2019aboutissement d\u2019un projet longuement mûri.« À l\u2019époque, la guerre en Bosnie était pour moi intimement liée à la voix de Paul Marchand, dont j\u2019entendais les reportages à Radio-Canada, se remémore le cinéaste qui offre là son premier film.C\u2019est un conflit qui m\u2019a beaucoup choqué ; de voir que la communauté internationale a laissé traîner comme ça quatre ans de siège où des dizaines des civils, en moyenne, mourraient chaque jour\u2026 J\u2019ai encore ce problème par rapport à notre apathie collective : la même chose se répète en Syrie.» En 1997, Paul Marchand fit paraître Sympathie pour le Diable, ouvrage que Guillaume de Fontenay précise avoir failli refermer sitôt ouvert, jugeant d\u2019office le « personnage » Paul Marchand insupportable.Cela, avant d\u2019être happé.« Derrière les masques, j\u2019ai décelé une vraie sensibilité, et une plume aussi, évidemment.En ce temps-là, j\u2019avais encore un pied dans le théâtre, et j\u2019ai voulu créer une pièce autour de Paul, mais je n\u2019ai pas eu le courage de l\u2019approcher.» Qui plus est, dans son for intérieur, c\u2019était de cinéma dont rêvait Guillaume de Fontenay.« Je n\u2019ai pas fini mon cégep, j\u2019ai eu des enfants très tôt\u2026 Un retour à l\u2019université, je n\u2019en avais pas les moyens.» Ce qu\u2019il avait en revanche, c\u2019est de la détermination.Ses classes en réalisation, il les fit par l\u2019entremise de la publicité, en autodidacte, tournant bientôt l\u2019équivalent d\u2019un long métrage par année.De Sympathie pour le Diable, il tirerait donc un film, avec non seulement l\u2019accord, mais la participation de Paul Marchand, à la porte duquel Guillaume de Fontenay se décida à frapper en 2006.L ginaires, mais qui pourraient pleuvoir n\u2019importe quand ; ce rythme perpétuellement trépidant, sur le qui-vive même lors des rares périodes d\u2019accalmies\u2026 « Au final, avec l\u2019équipe, on a tourné avec très peu de moyens pour un film de cette ampleur-là \u2014 2 millions d\u2019euros environ.J\u2019ai tout dessiné, tout planifié : avec rien, il fallait faire tout.» C\u2019est à Sarajevo même que fut reproduit le conflit, en partenariat étroit avec des collaborateurs majoritairement bosniaques.« C\u2019était la première fois qu\u2019on procédait à ce genre de reconstitution sur place, en présence de survivants.Ça rend humble.On était par ailleurs très soucieux de ne pas se montrer indélicats, de ne pas choquer.» D\u2019une authenticité âpre, le film plonge le cinéphile dans la terreur au quotidien, avec pour guide un protagoniste qui refuse à quelque moment que ce soit de détourner le regard, quitte à en payer plus tard le prix.« Paul avait un côté chevalier romantique, don Quichotte.Certains ont pu y voir une posture, mais je pense que sa mort témoigne de l\u2019étendue de son désespoir.En décembre 2008, il m\u2019avait confié avant d\u2019entrer en consultation externe de psychiatrie : \u201cJe suis vieux de milliers de morts.J\u2019ai Une scène du film Sympathie pour le Diable de Guillaume de Fontenay (photo ci-contre) PHOTOS SHAYNE LAVERDIÈRE LES FILMS SÉVILLE Culture Cinéma 8 Guillaume de Fontenay, souvenirs de Sarajevo LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 marché des terres contaminées, je ne suis plus apte à vivre\u201d [\u2026] Hélas, Paul a été soigné non pas au militaire, mais au civil, où on est mal outillé pour les chocs post-traumatiques de cette nature.» Sympathie pour le Diable lui est dédié.Le film prend l\u2019affiche le 29 novembre.Si vous avez besoin d\u2019aide, n\u2019hésitez pas à appeler l\u2019Association québécoise de prévention du suicide au 1 866 277-3553.C\u2019était la première fois qu\u2019on procédait à ce genre de reconstitution sur place, en présence de survivants.Ça rend humble.On était par ailleurs très soucieux de ne pas se montrer indélicats, de ne pas choquer.GUILLAUME DE FONTENAY » PROFITEZ DE L\u2019OFFRE SPÉCIALE Réservez maintenant Le Requiem de Mozart ravivé par 14 musiciens et chanteurs de tous les continents 26 au 28 mai 2020 Place des Arts Théâtre Maisonneuve REQUIEM POUR L.FABRIZIO CASSOL + ALAIN PLATEL Le grand retour des ballets C de la B fta.ca « Platel réussit le miracle de marier la mort et la fête.» La Libre Belgique « Cette aventure bouleverse des salles pleines.D\u2019une force unique » Les Échos « Un rituel scénique et musical embrassant deuil et espoir.Une œuvre salutaire » Les Inrocks LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture Cinéma 10 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Il s\u2019appelle Jean-Philippe Tanguay, il a 16 ans, et est un fanatique de hockey : le genre capable de défiler ad infinitum les statistiques de chaque saison, chaque équipe et chaque joueur des 30 dernières années.Pour autant, JP n\u2019aspire pas à une carrière sur la patinoire.Son expertise, il entend l\u2019utiliser pour se faire un nom en tant qu\u2019agent sportif.Pour l\u2019heure toutefois, JP sert principalement de nounou à son cousin Yves, ancien espoir de la LNH qui, après une courte et largement romancée période de gloire, a sombré dans l\u2019alcool.Ce qui ne l\u2019empêche pas d\u2019afficher sa superbe ma- ganée sur la patinoire locale en tant qu\u2019étoile autoproclamée de l\u2019équipe amateur Les Barbares de La Malbaie.Admirateur invétéré, JP accourt au moindre claquement de doigts d\u2019Yves.Les voici donc en route pour le tournoi canadien de Thunder Bay, un road trip qui prendra pour l\u2019adolescent impressionnable valeur de voyage initiatique.De fait, en dépit de ce que suggère sa prémisse, la comédie dramatique de Vincent Biron non seulement n\u2019est pas le film de hockey attendu, mais, au surplus, elle n\u2019est pas à propos de qui l\u2019on croit.Non, Les Barbares de La Malbaie ne conte pas une énième histoire d\u2019underdog, archétype cher aux récits sportifs qui, dans l\u2019adversité, et d\u2019avance donné perdant, parvient contre toute attente à briller.De Rocky à Warriors en boxe, de Slap Shot aux Boys en passant par Goon au hockey, l\u2019underdog peut être un protagoniste ou une équipe entière.Or, offrir une variation de ce qui constitue une formule éprouvée n\u2019est pas ce qui intéresse Vincent Biron et les scénaristes Eric K.Boulianne, Marc- Antoine Rioux et Alexandre Auger.Ce que tout ce beau monde amène est beaucoup plus original et stimulant.En effet, ledit archétype, envers lequel le public ressent d\u2019emblée de la sympathie, car habitué de se le faire présenter sous le jour favorable du héros improbable, se voit déconstruit : attendrissantes ailleurs, ses failles et ses défauts participent ici d\u2019une propension à se complaire dans son malheur et à rendre l\u2019univers tout entier responsable de celui-ci.Cela, en évitant toute introspection.Habile, l\u2019exercice justifie en soi de voir le film.Mais il y a mieux puisque, non content de remettre en question l\u2019admiration aveugle que l\u2019on porte instinctivement au personnage hégémonique de l\u2019underdog, le film écarte carrément ce dernier de sa primauté narrative habituelle.L\u2019histoire de JP En effet, Les Barbares de La Malbaie n\u2019est en fin de compte pas l\u2019histoire d\u2019Yves, ni même celle de l\u2019équipe, mais bien celle de JP.C\u2019est son point de vue, sa perspective que le film privilégie.Certes, les rires (ils sont nombreux et pas que gras) résultent souvent des frasques et pitreries d\u2019Yves, et Philippe-Au- drey Larrue-St-Jacques est absolument Droit au but, droit au cœur Avec Les Barbares de La Malbaie, Vincent Biron offre un film de hockey pas mal plus original que ce que l\u2019on pourrait croire formidable dans un rôle qui exige de lui un mélange pas évident de clown triste et de pervers narcissique, mais il reste que l\u2019ancrage émotionnel du film provient de JP, de son éveil graduel et douloureux au fait que son idole de cousin ne correspond pas du tout à l\u2019image qu\u2019il s\u2019est forgé de lui.Un constat alimenté en chemin, là encore en un renvoi à la forme initiatique, par toutes celles et tous ceux que croise JP.Émouvante performance que celle de Justin Leyrolles-Bouchard qui, sans sacrifier l\u2019inhérente détermination de JP, confère un surcroît de vulnérabilité au personnage.Car, à la base de cette idolâtrie envers Yves se trouve un besoin, d\u2019une part, d\u2019une figure masculine, le père de JP n\u2019étant plus dans le décor, et, d\u2019autre part, d\u2019un modèle de réussite, Yves ayant jadis été \u2014 brièvement \u2014 repêché dans les majeures.Matière à humour Sur le plan technique, et en dépit d\u2019un budget dont on ne sent jamais la maigreur, le film s\u2019avère très au point.Déjà à la barre de l\u2019ingénieuse comédie Prank, Biron multiplie les bons flashs visuels, trouvant notamment matière à humour dans la simple répétition de plans de route.En phase avec l\u2019esthétique volontairement morne de ce qui est en somme l\u2019hiver du désenchantement de JP, le parti pris d\u2019un réalisme légèrement caricaturé à la direction artistique, fait merveille.Idem pour ces numéros d\u2019acteurs, d\u2019actrices surtout, en fait (Erin Carter, Sophie Goulet et Florence Longpré en particulier), qui jalonnent le parcours du héros.Enfin, implacable, et aussi doux-amer que brutal, le dénouement est un poème.Sérieusement, Les Barbares de La Malbaie est une fichue de belle surprise.Les Barbares de La Malbaie Comédie dramatique de Vincent Biron.Avec Justin Leyrolles-Bouchard, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, Erin Carter, Sophie Goulet.Québec, 2019, 115 minutes.Les acteurs Justin Leyrolles-Bouchard et Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques ENTRACT FILMS avec SYLVIE DRAPEAU + KARELLE TREMBLAY ou Samuël Côté + Patricia Houle + Jeanne Madore + Alex-Aimée Martel + Elle-Séane Martel + Théo Macameau + Rosalie Payotte + Edward Sheridan Moras assistance à la mise en scène Stéphanie Capistran-Lalonde tnm.qc.ca SYLVIE DRAPE AU texte original e t adaptatio n A ELA K RAD mise en scène À L\u2019AFFICHE jusqu\u2019au 7 DÉCEMBRE FLEUVE \u2014 Stéphanie Morin, La Presse+ \u2014 Karima Brikh, Dessine-moi un dimanche, Ici Radio-Canada Première (\u2026) (\u2026) (\u2026) FLEUVE \u2014 François Jardon-Gomez, Le Devoir M À R I X B I L L E À AR I R D E 35$ LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture Cinéma 11 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Il n\u2019y a pas une seule fausse note dans Marriage Story, magnifique, et semi- autobiographique, chronique d\u2019un divorce.Dans ses propres déboires conjugaux avec l\u2019actrice Jennifer Jason Leigh, Noah Baumbach a en effet puisé la substance de son film le plus beau.Or, en dépit d\u2019un côté « récit à clés » assez jouissif pour le cinéphile, Marriage Story transcende l\u2019anecdote et propose un double portrait d\u2019une humanité, d\u2019un humour et d\u2019une acuité infinis.En époux désireux de se séparer à l\u2019amiable mais en venant pourtant à s\u2019entre-déchirer, Scarlett Johansson et Adam Driver livrent les performances de leur carrière.Après l\u2019exceptionnel Le calmar et la baleine (The Squid and the Whale), film de 2005 basé sur les affres matrimoniales des parents de l\u2019auteur, Marriage Story (V.O.) marque un second sommet pour Noah Baumbach, lui qui a pourtant fait très fort avec Frances Ha (coscénarisé avec l\u2019actrice Greta Gerwig avec qui il est en couple) et The Meyerowitz Stories.C\u2019est dire.Ah, et c\u2019est sans oublier le sous- estimé Margot at the Wedding (avec entre autres Jennifer Jason Leigh), œuvre partageant maints thèmes et préoccupations avec Marriage Story, mais dont l\u2019aigreur se meut ici en chaleur.L\u2019ouverture du film, simple en apparence mais follement ingénieuse au fond puisque synthétisant l\u2019histoire à venir tout en surprenant le spectateur, est à ranger parmi les plus inspirées de l\u2019histoire du cinéma.Rien que ça.On y entend à tour de rôle, sur mon- tage-image évocateur, les futurs ex « Nicole » (Johansson) et « Charlie » (Driver) énumérer ce qu\u2019ils aiment l\u2019un chez l\u2019autre.Cela pour aboutir, au présent, dans un décor et un contexte qu\u2019on taira mais rendant compte, d\u2019une part, de ce que Nicole n\u2019en est plus à cette vision- là, et que, d\u2019autre part, Charlie oscille entre déni et mauvaise foi.Actrice ayant débuté à Hollywood toute jeune, Nicole vint autrefois s\u2019installer à New York auprès de Charlie.De leur union naquit Henry, 8 ans (Azhy Robertson).Alors un obscur metteur en scène de théâtre, Charlie bénéficia de l\u2019aura glamour de Nicole.Depuis, il s\u2019est imposé Off- Broadway.Au-delà de la dynamique « il monte, elle stagne », Nicole en a à juste titre contre cette espèce d\u2019invisibilité où elle a été reléguée au sein de son couple.En d\u2019autres mots, son registre est bien trop vaste pour se satisfaire d\u2019un rôle « d\u2019épouse de ».Car, tout charmant et aimant soit-il, Charlie ne s\u2019en révèle pas moins, au gré d\u2019échanges finement observés, foncièrement égocentrique et contrôlant.À cet égard, non seulement Baum- bach ne ménage pas son alter ego, mais il s\u2019avère particulièrement em- pathique dans son exploration des insatisfactions professionnelles et surtout personnelles, puisque de celles-ci découlent en l\u2019occurrence beaucoup celles-là, de Nicole.Brio à profusion En dépit de la gravité du sujet et de l\u2019intensité émotionnelle énorme qui se dégage de certains passages, il convient de réitérer que Marriage Story est souvent très, très drôle.Les avocats de madame et monsieur génèrent une portion appréciable des rires.Laura Dern livre à ce propos une performance franchement remarquable, son personnage « d\u2019avocate des stars » présentant d\u2019office, à dessein, une image caricaturale que Dern, aidée par l\u2019écriture redoutable et le sens du détail visuel de Baumbach, déconstruit une réplique à la fois lors de la séquence d\u2019introduction de son personnage.Du grand art.En vieux routier du droit familial sympathique mais inepte, Alan Alda est impayable.Idem pour Ray Liotta, en confrère carnassier.Marriage Story demeure cela étant le film de Scarlett Johansson et d\u2019Adam Driver.Il y avait longtemps que la première n\u2019avait pas eu un rôle d\u2019une telle densité à se mettre sous la dent.Quelle composition éblouissante ! Si sensible, si juste.Trop souvent confiné aux mêmes variations de jeu dans ses interprétations antérieures, Adam Driver révèle quant à lui une profondeur qu\u2019on soupçonnait sans l\u2019avoir encore vue.La révélation soudaine de son absolu désarroi lors d\u2019une scène tardive d\u2019escalade verbale arrache le cœur.Et que dire de cette finale qui, en un brillant écho à la séquence d\u2019ouverture, vient clore le tout sur une note aussi douce que poignante ?Pas une seule fausse note dans Marriage Story, non, mais du brio à profusion.L\u2019un des meilleurs films de l\u2019année, et un grand film point, à n\u2019en pas douter.Requiem pour un couple Noah Baumbach puise dans ses propres déboires conjugaux la substance de son film le plus beau Marriage Story (V.O., s.-t.f.) Chronique de Noah Baumbach.Avec Scarlett Johansson, Adam Driver, Azhy Robertson, Laura Dern, Julie Hagerty, Alan Alda, Ray Liotta.États-Unis, 2019, 136 minutes.Marriage Story repose sur les épaules de Scarlett Johansson et d\u2019Adam Driver.Il y avait longtemps que la première n\u2019avait pas eu un rôle d\u2019une telle densité à se mettre sous la dent.Quelle composition éblouissante ! Adam Driver révèle quant à lui une profondeur qu\u2019on soupçonnait sans l\u2019avoir encore vue.NETFLIX LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Une présentation de Revivez la magie des vitrines mécaniques de noël du magasin Ogilvy et participez à une foule d\u2019activités en famille.Jusqu\u2019au 5 janvier Programmation des Fêtes : musee-mccord.qc.ca/fetes J E U X D E S O C I É T É P L U S G R A N D S Q U E N A T U R E U N E E X P O S I T I O N D E J O U E T S En collaboration avec Présentée par 8 DÉC.AU 8 MARS 13 LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019exigence en renouant avec Claude Lelouch, du moins pour la critique, c\u2019est éviter d\u2019ouvrir trop vite son sac à préjugés, question de laisser une chance à celui dont on a plus d\u2019une fois annoncé la fin (cinématographique), connaissant bien ses astuces et ses manies, à commencer par cette caméra virevoltante.Son grand âge a tempéré ses ardeurs, mais pas sa propension à revisiter sans cesse ses thèmes de prédilection, l\u2019amour au premier chef, et son œuvre, Un homme et une femme (1966) en étant la pierre angulaire.Il avait d\u2019ailleurs cédé à la nostalgie et à l\u2019autocitation en commettant Un homme et une femme, 20 ans déjà (1986), un exercice tape-à- l\u2019œil et assourdissant \u2014 ce ne fut pas la seule fois de sa longue carrière.Rien, ou si peu, de tout cela dans Les plus belles années d\u2019une vie, autre film bilan sur une des ruptures les plus célèbres du cinéma, et toujours avec ce couple mythique formé de Jean-Louis Trinti- gnant et d\u2019Anouk Aimée.Tous souffrent d\u2019une amnésie salutaire sur ces retrouvailles ratées d\u2019il y a 30 ans, préférant nous faire croire que le célèbre coureur Jean-Louis Duroc et l\u2019ancienne scripte devenue productrice Anne Gauthier reprennent pour la première fois contact, au soir de leur vie, et après des décennies de séparation à entretenir le souvenir mélancolique de l\u2019autre.Rarement mise en scène de Lelouch ne s\u2019est tant moulée aux grandes limites physiques de ses acteurs, se faisant résolument minimaliste, car de telles retrouvailles étaient à ce prix.Le jeune et fringant Trintignant, affaibli par l\u2019âge et la maladie, n\u2019est plus qu\u2019une illusion, tout un contraste avec la grâce éternelle d\u2019Aimée, à la chevelure encore magnifique, reproduisant plus lentement ses moues d\u2019autrefois.C\u2019est à ces gestes, ces regards, ces silences, et aussi ces longs bavardages bien caractéristiques chez Lelouch que se tissent ces liens renouvelés, à l\u2019ombre d\u2019une chic maison de retraite de Normandie, là où l\u2019ancien coureur (de bagnoles et de jupons) attend la mort, « cet impôt sur la vie ».Le fils de l\u2019amoureux toujours transi, Antoine (Antoine Sire, le petit garçon du tout premier film, flanqué de Souad Amidou, qui incarne la fillette de l\u2019héroïne aujourd\u2019hui adulte), persuade sans mal cette grand-mère, et commerçante, de visiter son père, qui ne cesse de parler d\u2019Anne, alors qu\u2019il oublie toujours tout.Au fil des rencontres se cristallisent des visions d\u2019abord furtives de cette liaison déterminante, bien sûr alimentées par une foule d\u2019extraits du premier film, dont cette séquence mémorable en voiture où les rues de Paris au petit matin ressemblaient au 24 heures du Mans.Ce sont pourtant les scènes de badinage amoureux sous le ciel cotonneux de Normandie qui constituent les moments les plus doux, les plus lumineux, de cette romance sans fioritures, où les visages ridés des deux stars se révèlent comme un paysage en soi.Certaines, très longues, mais rarement ennuyeuses, sont ponctuées de séquences fantasmées (entre le burlesque et le grotesque) permettant aux protagonistes de revenir à Deau- ville, lieu devenu mythique, comme le fut Saint-Tropez grâce à Et Dieu créa la femme (avec Trintignant, encore !), moments ressemblant davantage à une visite muséale.Les célèbres sonorités accrocheuses du compositeur Francis Lai, avec en écho la voix de Nicole Croisille, ajoutent une pierre de plus à cet hommage jamais ostentatoire, mais nostalgique à souhait.On a souvent répété que Lelouch sera toujours Lelouch.À l\u2019image de ses personnages, il prend acte du temps qui passe et qui fait inexorablement son œuvre, demeurant fidèle à lui-même, mais avec le pied un peu moins lourd sur l\u2019accélérateur.De quoi confondre les uns et les autres\u2026 Les plus belles années d\u2019une vie 1/2 Drame sentimental de Claude Lelouch.Avec Anouk Aimée, Jean-Louis Trintignant, Marianne Denicourt, Monica Bellucci.France, 2019, 91 minutes.Avec son meilleur souvenir La douce nostalgie, celle des amours perdues et des succès d\u2019antan, selon Claude Lelouch Un couple mythique, celui formé des acteurs Jean-Louis Trintignant et d\u2019Anouk Aimée AZ FILMS CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Alice Heimann vient de renoncer à une charge de cours à l\u2019Université d\u2019Oxford au profit d\u2019un poste à la mairie de Lyon, sa ville natale.Mais voilà que la jeune femme apprend que ledit poste a été aboli\u2026 avant même son embauche.Embarrassée, l\u2019équipe du maire, Paul Théraneau, a donc créé une nouvelle fonction pour cette ancienne étudiante en lettres : générer des idées susceptibles d\u2019inspirer le politicien, qui confie qu\u2019après 30 années dans l\u2019arène, il « n\u2019arrive plus à penser ».Et la magie d\u2019Alice d\u2019opérer, à la grande surprise de cette dernière, en l\u2019occurrence.Sous couvert d\u2019une subtile étude de milieu, Nicolas Pariser offre, avec Alice et le maire, une critique féroce de la classe politique.Dévoilé à la Quinzaine de Cannes, le film conte le cheminement d\u2019Alice (brillante Anaïs Demoustier), entre lucidité et étonnement, dans un monde dont elle ignorait tout jusque- là, de son propre aveu.Parti pris ingénieux que d\u2019arrimer le point de vue du récit au sien, le cinéphile découvrant en même temps que la protagoniste les menues absurdités de l\u2019exercice du pouvoir.Quoique, en vérité, on ait tôt fait de constater qu\u2019Alice est d\u2019une sagacité peu commune : cela est évident dès ses échanges initiaux avec le maire (Fabrice Luchini, parfait dans ce contre-emploi de personnage « éteint »).Avec un regard clair et une sincérité qui, manifestement, plaît à Paul, elle jauge le manège ambiant : les formules creuses de la directrice de cabinet, l\u2019animosité du petit mâle alpha des communications, le paternalisme de ce développeur estimant qu\u2019on lui doit toutes les faveurs, les pressions des uns et des autres qui souhaitent obtenir une audience, la jalousie ambiante lorsqu\u2019il appert qu\u2019Alice a la confiance du maire, bureau convoité à l\u2019appui\u2026 Ce dernier détail s\u2019inscrit dans le volet discrètement satirique du film, Culture Cinéma Fausse modestie Nicolas Pariser offre une critique tout en subtilité, mais néanmoins féroce, de la classe politique qui regorge de perles de dialogue, telle celle-ci, lorsqu\u2019une connaissance d\u2019Alice lui décrit le conseil municipal : « À ma gauche, c\u2019est la droite, à ma droite, c\u2019est la gauche ».Simple (et jouissif) en apparence, mais plus chargé de sens que ce que suggère le traitement faussement désinvolte.Même phénomène pour la mise en scène, qui, sous ses dehors minima- listes (le thème de la modestie est un enjeu récurrent dans le film), se déploie avec un dosage étudié de mesure et de grâce.Parfois, tout spécialement lorsqu\u2019Alice et Paul discutent en privé, on se surprend à penser à certaines œuvres tardives de Claude Sautet, surtout Nelly et Monsieur Arnaud.Pas uniquement parce qu\u2019il s\u2019agit de deux films construits autour des conversations soutenues entre une jeune femme et un homme plus âgé.En effet, aussi distinct que soit le contexte, il y a une parenté dans la direction d\u2019acteurs, dans le ton des dialogues, dans cette héroïne qui observe beaucoup et se livre peu.Cela dit, Nicolas Pariser, dont c\u2019est le deuxième film, n\u2019a pas atteint, pour l\u2019heure, le brio non ostentatoire du défunt maître.Ainsi Alice et le maire n\u2019est-il pas à l\u2019abri de lourdeurs ponctuelles et d\u2019une tendance occasionnelle à appuyer le message.On apprécie en revanche ce refus du cynisme, voire de la facilité, Pariser préférant identifier de fascinants paradoxes.Par exemple, quand un politicien dit vouloir être davantage à l\u2019écoute, mais ne parvient qu\u2019à être encore plus déphasé, ou quand un candidat arrivant pour une fois avec une réelle vision est saboté par la « machine »\u2026 On l\u2019aura compris, Alice et le maire a beau se dérouler dans le monde de la politique municipale française, le portrait qu\u2019y brosse Nicolas Pariser est universel.Alice et le maire 1/2 Étude de mœurs de Nicolas Pariser.Avec Anaïs Demoustier, Fabrice Luchini, Léonie Simaga, Antoine Reinartz.France, 2019, 103 minutes.Alice (brillante Anaïs Demoustier) et Paul (Fabrice Luchini, parfait dans ce contre-emploi de personnage « éteint ») MK2 MILE END LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 C ultur e Notr e s élection cinéma en s alle 14 Les nouveautés sont en rose de fin), on retiendra Show Yourself, où Menzel semble avoir mis une sourdine, et Into the Unknown (aussi interprétée par Panic! At the Disco), où cette dernière rivalise d\u2019intensité avec Aurora.Parents, considérez-vous comme avertis.Manon Dumais malisme que du flamboyant.Comme ces deux scènes, à des décennies d\u2019écart, montrant Hoffa puis Sheeran qui dorment la porte entrouverte: hommes puissants le jour, les voici enfants apeurés la nuit venue.Ce sont de petits moments comme ceux-là, feutrés, qui rendent The Irishman si prenant.Une œuvre non pas de la maturité, mais de la plénitude.François Lévesque ici issue de l\u2019immigration, est portée par la lumineuse prestation de Nahéma Ricci, au profil androgyne.Son esthétique est collée à des codes cinématographiques plus classiquement nord- américains que les films précédents de la cinéaste des Signes vitaux.Par-delà quelques facilités, Antigone remporte brillamment son pari d\u2019ancrer l\u2019héroïne dans les débats de désobéissance civile actuels au nom d\u2019idéaux qui décoiffent et inspirent nos sociétés.Odile Tremblay Jouliks ?1/2 L\u2019attente fut longue avant que Mari- loup Wolfe ne revienne au cinéma après son premier long métrage, Les pieds dans le vide, mais elle en a valu la peine à en juger par cette adaptation à la fois sombre et lumineuse de la pièce à succès de Marie-Christine Lê-Huu, qui en signe le scénario.La petite fille au cœur de cet univers campagnard des années 1970 jette sur le monde des adultes un regard à la fois lucide et attendri, savourant la liberté que lui procurent ses parents, et voyant l\u2019arrivée de ses grands-parents comme une possible entrave à son bonheur.Au milieu d\u2019une maison délabrée grouille une fratrie qui s\u2019aime à la folie et se déchire tout autant, des passions dévorantes révélant des clivages culturels et autres malentendus tissant une trame pleine de surprises et de tragédies.Une chronique familiale enjouée et mélancolique portée par des acteurs jouant à l\u2019unisson, avec brio, des plus petits aux plus grands.André Lavoie Alice et le maire ?1/2 Embauchée pour «inspirer» Paul, un politicien qui, après trente ans de métier, se dit désormais incapable de penser, Alice, une jeune femme issue du monde des lettres, chemine entre lucidité et étonnement dans un monde dont elle ignorait tout.Parti pris ingénieux, que d\u2019arrimer le point de vue du récit à celui d\u2019Alice, le cinéphile découvrant en même temps qu\u2019elle les menues absurdités de l\u2019exercice du pouvoir.À la fois subtile étude de milieu et satire discrète, le film regorge de perles de dialogue.Livrées de manière faussement désinvolte, ces répliques jouissives s\u2019avèrent souvent plus chargées de sens qu\u2019il n\u2019y paraît.C\u2019est à l\u2019image du film, dont la mise en scène, sous ses dehors minimalistes, se déploie avec un dosage étudié de mesure et de grâce.Il est quelques longueurs et lourdeurs, certes, mais la rencontre Demoustier-Luchini stimule et, à terme, l\u2019acuité (et l\u2019universalité) du portrait l\u2019emporte.François Lévesque La reine des neiges II (V.F.de Frozen II) ?1/2 Dans cette suite prévisible, mais aussi visuellement sublime que l\u2019original, où elles portent littéralement le pantalon, Elsa (Idina Menzel et ses vertigineuses vocalises) et Anna (Kristen Bell, moins tonitruante que la précédente) devront affronter 1001 dangers afin de sauver le royaume d\u2019Arendelle.Résolument féministe et environnementaliste, la suite de la somptueuse et libre adaptation du conte d\u2019Anderson séduit par sa magnifique imagerie d\u2019inspiration scandinave, ses moments de pure magie et la fluidité de son animation.Et les chansons dans tout ça?Hormis quelques tableaux musicaux longuets et peu inspirés (Lost in the Woods, repris par Weezer au générique Les Barbares de La Malbaie ?En route de La Malbaie vers Thunder Bay pour un championnat avec son cousin et idole Yves, une gloire déchue du hockey, JP, un adolescent rêvant de devenir agent, voit ses illusions voler en éclats.Non seulement cette comédie dramatique n\u2019est pas le film de hockey attendu, mais elle n\u2019est, par surcroît, pas à propos de qui l\u2019on croit.En effet, en plus de déconstruire l\u2019hégémonique figure de l\u2019underdog (celui qu\u2019on donne perdant mais qui brille dans l\u2019adversité) chère au film sportif, le film donne la primauté narrative à celui qui serait normalement le second violon.Il en découle un récit initiatique très drôle, très émouvant, et surtout merveilleusement joué.Faisant oublier la maigreur de son budget, Vincent Bi- ron (Prank), qui forge un réalisme légèrement caricaturé du meilleur effet, multiplie les bons flashs visuels.Implacable, et aussi doux-amer que brutal, le dénouement est un poème.Une fichue de belle surprise.François Lévesque Marriage Story (V.O., s.-t.f.) ?De ses propres déboires conjugaux avec l\u2019actrice Jennifer Jason Leigh, Noah Baumbach a tiré son film le plus beau.Or, en dépit d\u2019un côté «récit à clés» assez jouissif pour le cinéphile, le scénario transcende l\u2019anecdote et propose un double portrait d\u2019une humanité, d\u2019un humour et d\u2019une acuité infinis.En époux désireux de mettre un terme à leur union à l\u2019amiable mais en venant pourtant à s\u2019entredéchirer, Scarlett Johansson, qui incarne Nicole, une actrice connue, et Adam Driver, qui joue Charlie, un metteur en scène en vogue, livrent les performances de leurs carrières.À cet égard, Baum- bach non seulement ne ménage pas son alter ego, mais s\u2019avère particulièrement empathique dans son exploration des insatisfactions \u2014 justifiées \u2014 de Nicole.Entre des séquences d\u2019ouverture et de fermeture qui se font brillamment écho, se déploie une œuvre tour à tour drôle, poignante et, force est de le reconnaître, en tous points parfaite.Un grand film.François Lévesque Les plus belles années d\u2019une vie ?1/2 Il en a connu, des échecs, Claude Le- louch, mais aussi d\u2019immenses succès, dont le tout premier, Un homme et une femme, marque encore l\u2019imaginaire 53 ans plus tard.Ce n\u2019est pas sa première virée nostalgique, mais tous préfèrent oublier Un homme et une femme, 20 ans déjà (1986).C\u2019est ce que font les célèbres personnages incarnés par un Jean-Louis Trintignant digne, mais affaibli, et une toujours émouvante Anouk Aimée.Dans un style minima- liste (rare chez Lelouch) et une palpable urgence de filmer, il orchestre les sobres retrouvailles de l\u2019ancien coureur automobile et de la scripte devenue commerçante sous le ciel cotonneux de Normandie, renouant aussi avec les enfants des deux protagonistes, devenus bien grands.Entre le badinage inspiré et quelques séquences fantasmées nous ramenant à Deauville, cette cérémonie des adieux nous réconcilie avec un créateur excessif qui a su, une fois n\u2019est pas coutume, réduire la vitesse.La promenade n\u2019en est que plus douce, et plus touchante.André Lavoie Ford contre Ferrari (V.F.de Ford v Ferrari) ?Les amateurs de bagnoles en auront plein la vue, et les oreilles, tandis que ceux que cet univers indiffère\u2026 seront séduits tout autant.Avec sa feuille de route irréprochable, James Mangold (Walk the Line, 3:10 to Yuman, Logan) tient fermement le volant pour raconter cette histoire de rivalités entre deux grandes puissances de l\u2019automobile, mais surtout la relation orageuse entre deux hommes que tout sépare, sauf leur amitié et leur passion pour la course automobile.Quand l\u2019empire Ford décide de triompher aux 24 heures du Mans au milieu des années 1960, c\u2019est à un tandem bien étrange qu\u2019il confie la tâche, exécutée avec une dévotion qui frise l\u2019obsession.Et comptez sur deux acteurs de la trempe de Christian Bale et Matt Damon pour bien négocier les virages abrupts, la pédale au plancher, mais le cœur sur la main.André Lavoie Parasite (V.O., s.-t.f.) ?Un à un, les membres d\u2019une famille pauvre intègrent la domesticité d\u2019un riche foyer en dissimulant leur lien de parenté.Or, une découverte ahurissante vient un soir tout compromettre.Dans cette satire mordante, fertile en suspense, le lauréat de la Palme d\u2019or Bong Joon-ho poursuit son exploration du thème des classes sociales.Subvertissant l\u2019auguste formule Maîtres et valets (Upstairs, Downstairs), le cinéaste, qui décline à l\u2019infini le motif de l\u2019escalier dans ses compositions hyperprécises, substitue à la sentimentalité inhérente au genre une lucidité féroce.Plus que jamais, Bong Joon-ho fait montre d\u2019une virtuosité, on osera l\u2019hyperbole, orgas- mique dans une mise en scène à l\u2019image des protagonistes: d\u2019une aisance trompeuse rendue possible par un sens redoutable de la préméditation.Pas avare de surprises, l\u2019intrigue se révèle à terme aussi astucieuse que les protagonistes.Antihéros aux dents longues pour fable carnassière.François Lévesque Antigone ?Sacré meilleur film canadien au TIFF, choix du Canada à l\u2019Oscar du meilleur film en langue étrangère, Antigone de Sophie Deraspe est une émouvante et dynamique adaptation contemporaine de la tragédie de Sophocle et de la pièce d\u2019Anouilh.Cette œuvre sur l\u2019intransigeance d\u2019une jeune Québécoise, The Irishman ?1/2 Quinze ans en gestation, cette chronique mafieuse dont Scorsese a le secret revêt des allures de «magnum opus».On y suit le parcours criminel de Frank Sheeran, de son entrée dans le clan Bufalino à sa relation de proximité avec Jimmy Hoffa.De Niro, Pesci et Pacino sont magnifiques en figures de proue.D\u2019une fluidité remarquable, le film, contrairement par exemple à ses cousins directs Goodfellas et Casino, ne comporte pas de morceaux de bravoure comme tel: chaque séquence atteste du brio de Scorsese, dont la maestria est évidente de bout en bout, mais ce qui s\u2019imprime durablement dans les mémoires relève plus du mini- Bonjour, voisin ?Hommage à feu Fred Rogers, vedette du petit écran auprès des tout-petits, salut au métier de journaliste, Bonjour, voisin, de Marielle Heller (The Diary of a Teenage Girl), donne à Tom Hanks un de ses grands rôles.Il incarne avec La reine des neiges II, de Chris Buck et Jennifer Lee WALT DISNEY PICTURES LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture brio, tout en ambiguïté, l\u2019animateur de la célèbre émission Mister Rogers\u2019 Neighborhood.D\u2019un judicieux réalisme, notamment en ce qui concerne la fantaisie des décors et des accessoires du- dit programme, cette fiction revient sur un fait véridique: le reportage d\u2019un journaliste du magazine Esquire censé dresser le portrait de Fred Rogers.La rencontre, qui ne manque pas de tensions, donne l\u2019ascendant à la vedette télé.Et transforme radicalement le journaliste, ce dont témoignera son récit, publié en 1998.Jérôme Delgado Terminator.Sombre destin (V.F.de Terminator: Dark Fate) ?Au dire de James Cameron, producteur de la lucrative franchise, ce sixième volet de Terminator serait la suite directe de Terminator 2.Le jugement dernier, le meilleur de la série.Or, par endroits, on croirait un remake à saveur féministe de T2 tant son récit s\u2019y apparente.De fait, on y retrouve une femme sans histoire (Nathalie Reyes) qui reçoit deux visiteurs du futur : un Terminator (Gabriel Luna) qui veut l\u2019éliminer et une super-soldate (Mackenzie Davis) qui veut la protéger.Au plus grand plaisir des fans, Linda Hamilton et Arnold Schwarzenegger reprennent respectivement les rôles de Sarah Connor et de T-800.Vingt-huit ans plus tard, tous deux affichent une forme plus qu\u2019enviable.Lui qui avait ébloui la galerie avec le spectaculaire Deadpool, Tim Miller paraît ici bien sage.Sans temps morts, bénéficiant d\u2019effets spéciaux convaincants, sa réalisation enchaîne habilement scènes de poursuite, de fusillades et de combats musclés, sans pour autant surpasser le T2 de Cameron.Manon Dumais Docteur Sleep (V.F.de Doctor Sleep) ?Liés par un don psychique, le shining, une fillette et un homme tentent d\u2019échapper à des êtres qui se repaissent d\u2019enfants dotés du shining.Leur destination ultime : l\u2019hôtel Overlook, lieu maudit où l\u2019homme, Dan, faillit périr tout gamin.Dans cette adaptation de la suite du roman Shining ayant inspiré un chef-d\u2019œuvre à Stanley Kubrick, Mike Flanagan s\u2019offre quelques plans hommages, mais n\u2019essaie heureusement jamais de filmer «à la manière de» (c\u2019eût été gênant).En fait, son Docteur Sleep ressemble plus à sa (très bonne) série The Haunting of Hill House qu\u2019à Shining en dépit des rappels visuels et sonores.Film et série partagent d\u2019ailleurs la même propension à su- rexpliquer le surnaturel.Là où Kubrick prenait d\u2019assaut le subconscient avec ses fulgurances horrifiques, Flanagan se satisfait de flanquer une frousse plus traditionnelle.Sur cette base, frissons il y a.D\u2019autant qu\u2019en vampire nouveau genre, Rebecca Ferguson est terrifiante.François Lévesque Frankie ?Actrice célèbre, Françoise Crémont se meurt.En guise de voyage d\u2019adieu, elle a réuni ses proches dans un hôtel particulier du Portugal.Le temps d\u2019une journée, on suit les déambulations et échanges de tout un chacun.Exercice de style rohmérien ayant tôt fait de tourner à vide, ce film d\u2019Ira Sachs vaut pour l\u2019interprétation lumineuse d\u2019Isabelle Huppert, star jouant une star hors des clichés de démesure attendus.Pour graviter autour de cette étoile qui s\u2019éteint, le cinéaste propose une galerie de personnages pour la plupart assez inintéressants, et dont les malheurs n\u2019émeuvent guère.Du lot, c\u2019est de loin Frankie, pourtant condamnée, qui est la plus sereine.Belle ironie, mais comme moteur dramatique, c\u2019est un peu faible.Et la journée de se clore sur un coucher de soleil à l\u2019image du film: joli, mais d\u2019une complète vacuité.François Lévesque L\u2019art du mensonge (V.F.de The Good Liar) ?1/2 Sous ses dehors de frêle septuagénaire, Roy est un redoutable arnaqueur.Betty, une veuve au portefeuille garni, semble être une proie facile.Mais les choses sont-elles si simples?Bien sûr que non.Comme le réalisateur Bill Condon le laisse trop facilement deviner, c\u2019est là le genre de thriller dont l\u2019intrigue repose tout entière sur un retournement qu\u2019on voit, hélas, venir à des kilomètres.Le film se regarde pourtant sans trop de déplaisir: mise en scène d\u2019une élégance discrète, rythme qui ne faiblit pas\u2026 Et il y a Ian McKellen et Helen Mirren: en escroc sans scrupules, McKellen est splendide, tandis qu\u2019en proie de plus en plus difficile à cerner, Mirren est sans surprise magnifique.La chimie entre ces deux interprètes d\u2019exception est parfaite.On leur souhaite un nouveau face-à-face davantage à la hauteur de leur talent.François Lévesque Charlie et ses drôles de dames (V.F.de Charlie\u2019s Angels) ?1/2 Quarante ans plus tard, s\u2019agira-t-il de l\u2019ultime épisode inutile?Depuis 1976, et après quelques allers-retours entre télé et cinéma, la série Charlie\u2019s Angels mélange toujours talons hauts, agentes très spéciales et bandits de grand chemin.Encore sous les ordres d\u2019un guide suprême que l\u2019on ne voit jamais, ce trio de drôles de dames présente une nouvelle génération d\u2019actrices où domine Kristen Stewart, ici entourée d\u2019un flou identitaire, flanquée de nouvelles venues (Naomi Scott, Ella Balinska), et d\u2019une lieutenante incarnée par Elizabeth Banks.Véritable maître d\u2019œuvre de cette aventure, comme cinéaste ainsi que scénariste, Banks signe un divertissement léger, tapageur et tape-à- l\u2019œil, saupoudré de prétentions féministes qui ne surprendront que ceux et celles qui dorment sur leurs deux oreilles depuis 1976.André Lavoie 514 343-6427 musique.umontreal.ca Tarif régulier : 14 $ Étudiant : gratuit* 220, avenue Vincent-d\u2019Indy Métro Édouard-Montpetit * Le soir du concert seulement 1 9 \u2013 2 0 FACULTÉ DE MUSIQUE Université de Montréal Salle Claude-Champagne § ELLINGTON : THE NUTCRACKER SUITE Jeudi 28 novembre 19 h 30 DUKE ELLINGTON The Far East Suite et The Nutcracker Suite BIG BAND DE L\u2019UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL RON DI LAURO, direction Avec la participation de l\u2019ÉCOLE SUPÉRIEURE DE BALLET DU QUÉBEC \u2022 ANNE DRYBURGH, chorégraphe LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 C ultur e Art s visuels 16 aussi a fini par se faire traiter de « père de ».Chacun a sa réputation.« Pour Andrea, ça aurait pu être plus difficile si elle avait fait de la photo documentaire », signale humblement le vénérable photographe de 91 ans.À quatre aussi La rencontre a lieu chez papa, dans une maison remplie d\u2019images, de livres, de vie.C\u2019est un peu le quartier général de toute une famille d\u2019artistes : aux deux photographes, il faut ajouter Doreen Lindsay, épouse de Gabor et mère d\u2019Andrea, ainsi que Michael Merrill, conjoint d\u2019Andrea.La première applique toutes les techniques d\u2019art d\u2019impression, le second peint, dessine, imprime aussi.La famille, primordiale chez les Szilasi, a donné lieu en 2011 à une exposition à quatre, qui ne sera pas la seule.Cette première, Liens familiaux (galerie Stewart-Hall, Pointe-Claire), ils la chérissent.Jamais auparavant ils n\u2019avaient vu de similitudes entre leurs pratiques.« Nous avons découvert des liens à tous les niveaux », dit Andrea.Elle cite en exemple une de ses photos, où on la voit dans un lac des Lauren- tides.Pendant que Michael la prenait en photo, avec un appareil de Gabor, celui-ci photographiait son gendre en pleine action.Et ainsi de suite.L\u2019expo en duo à Deux poissons est, quant à elle, une première.Quand Tel père, telle fille, mais pas tout à fait À 91 ans, le photographe Gabor Szilasi expose en duo pour la première fois avec Andrea ENTREVUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR e nom Szilasi, au Québec, est indéniablement lié à la photographie.Une affaire de famille, et plus précisément, un art transmis de père en fille.De Gabor à Andrea, c\u2019est tout le spectre du travail de l\u2019image et avec l\u2019image qui défile sous nos yeux depuis plus de 50 ans.L\u2019exposition Szilasi & Szilasi, à la galerie Deux poissons, rend compte de ce qui rassemble les deux pratiques et\u2026 de ce qui les distingue.Arrivé de Hongrie à la fin des années 1950, Gabor Szilasi est une figure emblématique de la photographie documentaire au Québec.« Je suis un peu XIXe siècle, alors qu\u2019Andrea travaille avec les technologies d\u2019aujour- d\u2019hui », reconnaît le lauréat du prix Borduas 2009.Très marquée par le collage, la pratique d\u2019Andrea Szilasi a embrassé le mélange propre à la fin du XXe siècle qui l\u2019a vu naître comme artiste.« Je ne suis pas photographe, affirme-t-elle.Je ne connais pas toute la technique.Je suis une artiste qui utilise la photo.» Il n\u2019est pas rare qu\u2019on s\u2019adresse à dame Szilasi par un « Ah, vous êtes la fille de Gabor ».Ce qui la rend heureuse ; et lui ouvre des portes.Lui L Le Tigre bleu de l\u2019Euphrate Avec Emmanuel Schwartz Une coproduction d\u2019UBU compagnie de création et du Théâtre de Quat\u2019Sous Texte Laurent Gaudé Mise en scène Denis Marleau Théâtre de Quat\u2019Sous 29 novembre ?7 décembre 2019 «\u2026 Emmanuel Schwartz éblouit le public, dans une mise en scène de Denis Marleau.Seul sur scène, il interprète le texte de Laurent Gaudé sur la ?n de vie d\u2019Alexandre le Grand.» Mario Cloutier, La Presse «\u2026 un rendez-vous au sommet.» Christian Saint-Pierre, Le Devoir «Une grande performance d\u2019acteur, à couper le souf?e.» Karyne Lefebvre, Radio-Canada 100, avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 \u2014 quatsous.com LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 L\u2019actualité du jour, choisie et résumée pour vous Le Courrier du soir Inscrivez-vous?: ledevoir.com/courrierdusoir l\u2019offre de la galerie du Belgo est tombée, Andrea Szilasi scrutait les archives de son père en vue d\u2019une donation à un musée.Elle commençait à voir des rapprochements formels et « psychologiques » (de contenu) entre leurs démarches.« Il y a l\u2019idée de s\u2019immerger dans les profondeurs, sous les surfaces, dit- elle, en pensant à une de ses photos, avec un crâne, puis à une de son père, prise à Budapest.« Dans sa photo, on ne différencie pas le sol du mur, précise-t-elle.C\u2019est noir, c\u2019est irréel.Ma photo a [à voir] avec la traversée des surfaces, avec le point de contact entre la vraie chose et son reflet.» Autres points communs : la présence de mots \u2014 « un seul mot change le contenu de l\u2019image », juge Gabor Szilasi \u2014 et les tonalités de gris.« J\u2019ai grandi en entendant mon père parler de détails dans les tirages.J\u2019adore le papier argentique », dit celle qui a appris à travailler dans la chambre noire de la résidence familiale, encore opérationnelle.Bientôt à l\u2019écran L\u2019influence du père s\u2019est d\u2019abord exprimée là, dans la matérialité de la photographie.« Mes premiers collages, je les ai faits en découpant les planches-contacts », dit Andrea.Elle a aussi appris de son illustre papa à mettre l\u2019accent sur un sujet.« Il prend souvent des photos avec des compositions centrales.Il n\u2019y a pas de distraction ; le sujet est très clair.Ça m\u2019a influencée », reconnaît-elle.Ses intérêts pour le noir et blanc ains que pour le corps humain ne viennent pas non plus de nulle part.En fait, complète Andrea, le côté expérimental lui vient de sa mère Doreen.« Elle a déjà utilisé la photocopieuse pour faire des images avec mon visage, le sien et celui de ma grand-mère.» À ces commentaires, Gabor réagit, presque gêné : « Andrea a beaucoup d\u2019imagination, elle explore.Moi, je fais juste du documentaire.» La principale intéressée s\u2019est natu- La rencontre a lieu chez papa, dans une maison remplie d\u2019images, de livres, de vie.C\u2019est un peu le quartier général de toute une famille d\u2019artistes.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Szilasi & Szilasi À la galerie Deux poissons, 372, rue Sainte- Catherine Ouest, suite 414, à Montréal, jusqu\u2019au 23 novembre.rellement tournée vers une carrière artistique, sans aucune pression parentale.Elle a toujours vécu entourée d\u2019art, et d\u2019artistes.À la maison.Partout.Comme aux vernissages, sujet de la toute récente publication de Ga- bor Szilasi.Comme l\u2019exposition homonyme, tenue en 2018 au Musée McCord, Le monde de l\u2019art à Montréal, 1960-1980 plonge dans l\u2019effervescence de la vie culturelle d\u2019une époque vue par un œil perspicace.Le photographe n\u2019a pas cessé de fréquenter les vernissages.Mais il ne les photographie plus.En fait, confie- t-il, il ne photographie plus, point.Il demeure actif, autrement, par exemple comme sujet du long métrage Ga- bor, attendu sur les écrans en 2020.La documentariste Joannie Lafrenière (Snowbirds) l\u2019a beaucoup fait travailler, dit-il, sans lui en vouloir.Celui qui a photographié les quatre coins du Québec connaît l\u2019importance d\u2019être aidé.À l\u2019évocation du retour du panneau lumineux Archambault à l\u2019angle des rues Berri et Sainte-Ca- therine, une anecdote lui revient en tête : « J\u2019installais l\u2019appareil, trépied et tout, en pleine rue, et un policier s\u2019est approché pour [me déplacer].Je lui ai demandé quelques secondes.Et il a arrêté la circulation.Il y a aussi de bons policiers.» J\u2019ai grandi en entendant mon père parler de détails dans les tirages.J\u2019adore le papier argentique.ANDREA SZILASI » C ulture Arts vi suels 17 29 NOV.2019 ÉGLISE SAINT-JEAN-BAPTISTE CHEF INVITÉ : ANDREA MARCON CINQ SOLISTES DE RENOM AVEC LE CHŒUR DU STUDIO DE MUSIQUE ANCIENNE DE MONTRÉAL 514-355-1825 ARIONBAROQUE.COM Bach MESSE EN SI Une présentation de Présenté dans le cadre du Une coproduction avec le LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 C ultur e Art s visuels 18 CRITIQUE MARIE-ÈVE CHARRON COLLABORATRICE LE DEVOIR De la guerre froide et de l\u2019époque du régime soviétique, opposant le bloc de l\u2019Est à l\u2019Occident, nous vient spontanément l\u2019image d\u2019une Russie profondément opposée aux États-Unis, selon des rapports antagoniques culturels, économiques et politiques.L\u2019exposition en cours au Centre canadien d\u2019architecture (CCA) fait la preuve, savamment soutenue, du contraire.Tout au long du XXe siècle, la Russie aurait trouvé chez les États-Uniens des inspirations clés pour développer ses industries et son architecture.L\u2019« amerikanizm » est cette propension immodérée pour les modèles états-uniens, que le commissaire Jean-Louis Cohen démontre dans une exposition touffue dont le parcours adopte une progression chronologique.Dans chacune des sept sections thématiques, les points de contact et les formes d\u2019emprunts entre les pays sont exemplifiés par des dessins, des modèles, des photos, des publications et d\u2019autres artefacts \u2014 certains prêtés par des institutions, mais la plupart tirés de la riche collection du CCA \u2014 qui ne se limitent pas aux objets architecturaux.Des extraits de films, judicieusement déployés entre les sections, sont d\u2019ailleurs les témoins pivots d\u2019une Russie voulant s\u2019identifier à l\u2019Amérique.Tout en suivant son exemple, la Russie entretient avec elle des liens équivoques, faisant place à la rivalité puis à l\u2019antiaméricanisme.Gratte-ciel imaginaires Dès les premiers contacts des Russes avec les États-Unis, notamment par des littéraires, comme Gorki, en voyage dans la ville de New York, les avis sont divisés.Certains louangent, d\u2019autres méprisent, mais tous continuent de tendre vers cette direction.Les mâts en treillis de G.Choukhov, en 1896, restent l\u2019exemple unique d\u2019emprunt technologique des États-Unis à la Russie, précise l\u2019exposition.C\u2019est la Russie qui doit plutôt sa modernisation aux États-Unis, dans son observation attentive des gratte-ciel et dans le taylorisme appliqué aux gestes ouvriers.La référence à la pièce de théâtre La terre cabrée (1923), de Vsevolod Meyerhold, avec un dispositif scénique de Lioubov S.Popova, laisse poindre une critique somme toute timide.Le triomphe du modèle américain est symbolisé dans l\u2019image du tracteur Fordson, lancé et exporté par Ford, qui accompagne la collectivisation de l\u2019agriculture dans les années 1920.Des cartes du monde illustrent les déplacements outre-Atlantique des acteurs, ingénieurs, architectes, intellectuels et politiciens russes lors de voyages qui se multiplient et qui pénètrent plus avant dans le continent américain ; après New York, Chicago et Detroit, ce fut Los An- geles.Bien que la période postrévolu- tionnaire soit moins propice aux traversées, de 1917 à 1933, le cinéma et l\u2019architecture expriment encore la fascination pour les États-Unis.Plusieurs dessins de El Lissitzky et de Kazimir Malevitch, artistes de l\u2019avant-garde, imaginent cependant sur papier des gratte-ciel qui défient la doxa américaine.Rivalité L\u2019histoire de l\u2019amerikanizm se module au fil des dirigeants politiques.Sous Staline, le modèle américain est vanté avant et pendant la Seconde Guerre mondiale pour son « sens pratique » et l\u2019aide apportée, y compris l\u2019alimentation industrielle, puis est vertement décrié.Ceux qui persisteront à suivre l\u2019exemple américain goûteront au goulag.Contre les folies des grandeurs de son prédécesseur voulant rivaliser, par un excès décoratif, avec les édifices en hauteur new-yorkais, Khrouchtchev reconnaît, au tournant des années 1960, la pertinence des leçons américaines.En 1959, Moscou accueille d\u2019ailleurs l\u2019Exposition nationale américaine, la même année où Khrouchtchev sera le premier dirigeant russe de l\u2019histoire à visiter les États-Unis.Après la perestroïka de Gorbatchev et la désintégration de l\u2019URSS, l\u2019idéal américain perd de son lustre, dans un pays où les oligopoles capitalistes vont finir par s\u2019imposer.L\u2019exposition n\u2019explore pas cet aspect récent, mais offre une perspective historique inédite et très fouillée, au moyen de la culture et de la technique, sur les relations particulières entre la Russie et les États-Unis.Les inquiétudes entourant les dirigeants actuels de ces pays ne rendent que plus attrayante cette exposition marquée par son érudition.Quand la Russie lorgnait les États-Unis Une expo sur l\u2019amerikanizm retrace les emprunts architecturaux et culturels qui ont façonné la Russie moderne Construire un nouveau Nouveau Monde.L\u2019amerikanizm dans l\u2019architecture russe Au Centre canadien d\u2019architecture jusqu\u2019au 5 avril 2020 Le livre est un espace virtuel qui ouvre sur une infinité de mondes réels et imaginaires, mais aussi de temporalités qui permettent à tous de construire son identité\u2026 Voilà comment nous pourrions résumer très rapidement la multiplicité des chemins et réseaux présents dans l\u2019expo The Empty S(h)elf d\u2019Angela Grauerholz.Juste à côté de l\u2019entrée de la salle d\u2019exposition, une image d\u2019une bibliothèque vide de livres semblera se faire l\u2019écho de ces prophètes de malheur ou de ces apologistes des technologies prédisant la fin du livre\u2026 Mais dans la salle d\u2019exposition d\u2019Artexte, des textes et des images, des textes avec des notes de bas de page \u2014 ou plutôt des notes de bas de page qui se connectent librement à un texte \u2014, pullulent, se répandent et crient comment le texte est toujours hypertexte, connexions\u2026 Le livre fourmille d\u2019idées réticulées.Nicolas Mavrikakis SUR LE RADAR The Empty S(h)elf Angela Grauerholz.Au centre d\u2019exposition Artexte, jusqu\u2019au 25 janvier.Angela Grauerholz expose l\u2019espace démultiplié du livre et de la pensée qu\u2019il incarne Vue de l\u2019exposition The Empty S(h)elf de l\u2019artiste Angela Grauerholz PAUL LITHERLAND, 2019 Boris Iofan.Projet pour le concours du Commissariat du peuple à l\u2019industrie lourde (NKTP), Moscou, 1935.Centre canadien d\u2019architecture.© SUCCESSION BORIS IOFAN LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture Danse 19 la danse et exercer une observation du phénomène chorégraphique homogène, raconte Benjamin Kamino.Je voulais explorer la façon dont la consolidation prend forme, à travers des politiques stratégiques et non consensuelles.» sur une base commune voulant que chacun d\u2019entre nous possède une voix distincte », réfléchit celui qui, par le biais de ce travail de création, cherche à aborder la délicate question de la construction stratégique du consensus.« Toute la performance est improvisée et, pour la performance de la chanson, nous ne nous appuyons même pas sur une trame musicale enregistrée », indique Benjamin Kamino.La première portion de la pièce servira à transmettre aux membres du public les règles du jeu qui mènera à l\u2019interprétation de la chanson.Une fois que tous les spectateurs auront été mis au courant, les lumières changeront et la salle du centre MAI se transformera en vaste chorale.« Il y aura des difficultés, anticipe le créateur.Certaines personnes ressentiront le besoin de bouger, d\u2019autres, de se rapprocher les unes des autres.Pour moi, une telle forme de création se rapproche beaucoup de la danse.» Le chorégraphe reconnaît que c\u2019est une précédente collaboration avec le performeur Christopher Willes qui a inspiré l\u2019univers de Real\u2019s fiction\\dissonant_pleasures.« Sur le plan du storytelling, ma collaboration avec Christopher Willes m\u2019a familiarisé avec plusieurs concepts nouveaux sur les forces résonantes et les géographies sonores mobiles », évoque Benjamin Kamino, qui puise aussi dans les travaux de l\u2019artiste du son américain Pauline Oliveros, qui a développé une approche d\u2019« écoute profonde » (deep listening).« Je m\u2019intéresse beaucoup à la relation de codé- pendance entre le bruit et l\u2019écoute.» Benjamin Kamino espère que les spectateurs qui feront l\u2019expérience de Real\u2019s fiction\\dissonant_pleasures se montreront curieux et n\u2019hésiteront pas à poser des questions.Lui-même envisage son travail comme une exploration de futurs possibles, dans l\u2019exploration des différentiations, du consensus et du rapport politique entre le chorégraphe et le public.« À mes yeux, cette pièce est une expression bien rodée de l\u2019anarchie.» Moi, l\u2019autre et la chorale Le lien de réciprocité entre le bruit et l\u2019écoute est au cœur de la nouvelle création du chorégraphe et danseur montréalais Benjamin Kamino Real\u2019s fiction \\ dissonant_pleasures Benjamin Kamino.Au Montréal, arts interculturels, du 28 au 30 novembre.Le samedi 30 novembre, la performance sera suivie d\u2019un concert expérimental gratuit qui débutera autour de 22 h.ENTREVUE SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR l est beaucoup question d\u2019écoute, de toucher, d\u2019espace interpersonnel dans la pièce Real\u2019s fiction\\dissonant_pleasures du chorégraphe et danseur Benjamin Kamino.« Jusqu\u2019où les corps peuvent-ils entrer en proximité, sans fusionner dans une complète unité » constitue la question pivot de cette œuvre qui prendra forme dans une improvisation dirigée sur la scène de Montréal, arts interculturels (MAI).À travers ses pièces précédentes, axées sur la présence des corps dans l\u2019espace et face aux autres \u2014 notamment avec le solo Nudity.Desire et m/Other en duo avec sa mère, Gabby Kamino \u2014, Benjamin Kamino poursuit un travail exploratoire sur les sensations corporelles et leurs manifestations dans le phénomène chorégraphique.Basé à Montréal, mais menant une carrière internationale, le créateur s\u2019est aussi produit pour une longue liste de chorégraphes, dont Marie Chouinard, Peggy Baker et Michael Trent.« Pour ce travail, je voulais réfléchir à ce qu\u2019il y a de particulier dans I Basé à Montréal, mais menant une carrière internationale, le créateur Benjamin Kamino (au centre) poursuit un travail exploratoire sur les sensations corporelles et leurs manifestations dans le phénomène chorégraphique.PHOTOS BENJAMIN KAMINO Nous partons sur une base commune voulant que chacun d\u2019entre nous possède une voix distincte BENJAMIN KAMINO » La valse de l\u2019écoute et du son Les spectateurs qui se prêteront à l\u2019expérience chorégraphique de Real\u2019s fiction\\dissonant_pleasures seront parties prenantes de l\u2019objectif ultime de la pièce, qui consiste à interpréter en chœur une chanson.« Nous partons LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Mais c\u2019est vraiment en tant que violoncelliste virtuose (on le surnomme alors « Le Liszt du violoncelle ») qu\u2019il se fait connaître en Europe dans un premier temps.De la facette de l\u2019Offenbach violoncelliste il reste un concerto pour violoncelle, le Concerto militaire, l\u2019un des gagnants du bicentenaire, puisque brillamment enregistré par le jeune virtuose français Edgar Moreau dans une nouvelle édition, révisée et augmentée, de la partition.L\u2019essor de l\u2019opérette Dans les salons parisiens, Offenbach rencontre sa femme, Herminie d\u2019Al- cain.Il se convertira au catholicisme pour l\u2019épouser en 1844.Ils auront quatre filles et un garçon.Le tournant permettant au compositeur de prendre le pas sur l\u2019instrumentiste se produit en 1850 lorsque Arsène Hous- saye, directeur de la Comédie-Fran- çaise, le nomme directeur musical du théâtre.Il y composera chansons et musiques de scène.Entre 1853 et 1855, il s\u2019enhardit en écrivant des opérettes en un acte.Mais lassé de se battre pour faire monter ses œuvres, il achète en 1855 sa propre salle, qu\u2019il nomme Théâtre des Bouffes-Pari- siens.La jauge de 300 places le limite à des œuvres à trois protagonistes.La dénomination « Bouffes-Pari- siens » le suivra au gré des déménagements.La première grande opérette d\u2019Offenbach sera Orphée aux enfers en 1858 \u2014 vingt protagonistes et un chœur dans des décors de Gustave Doré.« Améric Vespuce » va alors défricher le territoire avec les chefs-d\u2019œuvre du genre : La belle Hélène (1864), La vie parisienne (1866), La grande-duchesse de Gé- rolstein (1867) et La Périchole (1868).Le librettiste est celui de ses débuts, Ludo- vic Halévy, neveu de son mentor en composition, auquel s\u2019est joint, au fil de l\u2019aventure, Henri Meilhac.Les années 1870 le voient voyager et réviser des compositions antérieures.Ses nouvelles œuvres ont moins de succès, sauf La fille du tambour- major.Offenbach mourra le 5 octobre 1880 sans avoir pu orchestrer son opéra Les contes d\u2019Hoffmann.Cette modeste année Offenbach 2019 compte, outre le Concerto militaire, deux apports déterminants pilotés par le Centre de musique romantique française du Palazzetto Bru Zane.Le premier est un récital de la jeune soprano belge Jodie Devos intitulé « Offenbach Colorature ».On y trouve des perles rares tirées d\u2019ouvrages peu connus au point que le Palazzetto a dû parfois éditer des partitions spéci- Culture Classique 20 Un bicentenaire sans exubérance pour Jacques Offenbach Les célébrations de cet excellent compositeur ont quand même permis quelques apports déterminants PANORAMA CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR lors que le monde musical semble n\u2019avoir déjà plus que « Beethoven 2020 » en tête, 2019 devait célébrer autant le 150e anniversaire de la mort de Berlioz que le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach.S\u2019agissant de ce dernier, ce ne fut pas l\u2019occasion d\u2019un flot de révélations, mais nous sommes tout de même plus riches en fin d\u2019année qu\u2019au début.C\u2019est un Prussien né à Cologne en 1819, fils du cantor de synagogue Isaac Juda Eberst, dit Offenbach, qui est devenu le symbole musical de la gaieté parisienne sous le Second Empire et le créateur d\u2019un nouveau genre musical : l\u2019opérette ! Incroyable parcours\u2026 Selon la formule de Jules Lemaître, l\u2019opérette est le « seul genre dramatique relativement nouveau qu\u2019ait produit la seconde moitié du XIXe siècle ».L\u2019émergence du genre est due à Hervé et, surtout, à Offenbach.La relativité quant à la nouveauté est induite par le fait que des ouvrages d\u2019opéra-comique reposant sur l\u2019alternance entre dialogues parlés, airs, ensembles et chœurs, tels que Le toréador d\u2019Adophe Adam ou La fille du régiment de Donizetti, avaient déjà beaucoup d\u2019esprit.C\u2019est ce que résume fort bien l\u2019un des plus beaux legs de cette année Offenbach : l\u2019excellent et pragmatique Jacques Offenbach, mode d\u2019emploi de Louis Bilodeau, paru aux Éditions de L\u2019Avant-Scène Opéra et disponible depuis le 10 octobre dernier au Canada.Cet ouvrage remarquablement documenté nous rappelle aussi cette savoureuse comparaison entre Hervé et Offenbach : « Coiffé au poteau par Hervé, Offenbach n\u2019a peut-être pas inventé l\u2019opérette, mais il l\u2019a menée à son plein achèvement en créant ses premiers authentiques chefs-d\u2019œuvre.Pour reprendre la formule célèbre de Louis-Henry Lecomte, il « allait bientôt être l\u2019Améric Vespuce du genre dont Hervé avait été le Christophe Colomb ».» De Cologne à Paris Le cheminement ayant mené Jacques Offenbach à ces sommets a été fulgurant.Le petit Jakob apprend à jouer du violon grâce à son père.Comme il se montre doué, il se met au violoncelle à dix ans.Enfant, il joue dans des cafés, avec Julius, son frère aîné violoniste, et sa sœur, pianiste, des arrangements d\u2019airs d\u2019opéras.Jakob a 14 ans lorsque son père décide de l\u2019envoyer avec Julius étudier A la musique à Paris.Lors d\u2019un voyage à la fin de l\u2019année 1833, Isaac réussit à convaincre Cherubini, le directeur du Conservatoire de Paris, d\u2019admettre ses enfants.C\u2019est une prouesse, car le conservatoire n\u2019accueille pas les étrangers.Les deux enfants adoptent des prénoms francisés, Jules et Jacques.Isaac devant retourner à Cologne, ses deux fils paieront leur subsistance notamment par les revenus de leçons de violon données par Jules.Jacques se pliera à la discipline du conservatoire pendant un an seulement, avant de voler de ses propres ailes en tant que violoncelliste d\u2019orchestre, notamment à l\u2019Opéra-Comique, dont il absorbe ainsi le répertoire.L\u2019enseignement de composition lui est dispensé par Fromental Halévy, qui devient son mentor.Jacques Offenbach FÉLIX NADAR L\u2019un des plus beaux legs de cette année Offenbach est l\u2019excellent et pragmatique Jacques Offenbach, mode d\u2019emploi, de Louis Bilodeau, disponible depuis le 10 octobre dernier au Canada LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 fiquement pour la réalisation du CD.Le vivier d\u2019airs était riche, car l\u2019emploi de « sopranos à roulades » était déterminant dans les opérettes de l\u2019époque et a contribué au succès monstre d\u2019Offenbach.Le second est une nouvelle intégrale de La Périchole captée à l\u2019Opéra de Bordeaux en octobre 2018 sous la direction de Marc Minkowski, avec Aude Extrémo, Stanislas de Barbeyrac, Alexandre Duhamel, Éric Huchet et Marc Mauillon, belle distribution francophone de voix bien distribuées avec un accompagnement transparent des Musiciens du Louvre.La parution restitue la partition révisée de 1874, mais avec des coupures dans le dernier tableau pour resserrer l\u2019action.Le très informatif livret est un atout de cette parution.Côté rééditions, il est impossible de ne pas remarquer le gros coffret Warner The Operetta & Opera Collection (30 CD).Mais attention : c\u2019est une parution internationale qui rend aussi justice à la « culture Offenbach » qui a persisté en Allemagne et juxtapose ainsi les versions française et allemande d\u2019une même œuvre.Il vaut mieux se tourner vers le coffret paru en novembre 2018 regroupant Orphée aux enfers, La belle Hélène et La grande-duchesse de Gérolstein dans des enregistrements de référence de Marc Minkowski.Enfin, sur le plan orchestral, l\u2019honneur a été sauvé par le chef anglais Howard Griffith, auteur de deux CD judicieux pour l\u2019étiquette allemande CPO.Folies symphoniques réunit de rares ouvertures d\u2019ouvrages mineurs tels que L\u2019île de Tulipatan, Le roi carotte, Les bavards, Les bergers ou La princesse de Trébizonde, alors que « Le royaume de Neptune » compile de la musique symphonique et de ballet d\u2019Orphée aux enfers.Les concerts de la semaine Quatrième de Bruckner.L\u2019Orchestre Métropolitain et Yannick Nézet-Séguin reviendront à peine de leur tournée aux États-Unis avec la 4e Symphonie de Bruckner présentée à Montréal dimanche dernier que l\u2019OSM et Kent Nagano joueront\u2026 la même 4e Symphonie de Bruckner ! Andrew Wan interprétera Le banquet de Platon de Bernstein en première partie.À la Maison symphonique de Montréal, mercredi 27 et jeudi 28 novembre à 20 h (jeudi 10 h 30 avec une œuvre de Samy Moussa).Festival Bach.Le festival bat son plein cette semaine avec des concerts tous les jours.Les deux grands événements de la semaine sont les Variations Goldberg de Jean Rondeau à la salle Bour- gie, mardi, et Andrea Marcon dirigeant Arion et le SMAM dans la Messe en si à Saint-Jean-Baptiste, vendredi. LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture Disque 22 C\u2019est une habitude chez Beck, alterner entre album pop rythmé, tel que le Colours d\u2019il y a deux ans, et collection de chansons plus douces et introspectives, telles que celles qui composent ce Hyperspace.Surprise !, au lieu de coucher sa voix plaintive sur de belles guitares folk comme il l\u2019avait fait sur l\u2019avant-dernier, Morning Phase (2014), le Californien se lamente cette fois dans l\u2019électro-pop avec l\u2019aide du coréalisateur et collaborateur à l\u2019écriture Pharrell Williams qui, n\u2019insistant pas trop sur les rythmiques rap, confine plutôt Beck dans une pop-néo-R&B qui ne le sert pas très bien.D\u2019autant plus que sur le plan de l\u2019écriture, ces dix nouvelles chansons ne sont pas particulièrement ravissantes : il y a certes la belle See Through, mais elle est noyée dans des incongruités comme la pop- électro à guitare Die Waiting (que Taylor Swift aurait pu chanter\u2026) et autres poussifs et racoleurs refrains auxquels l\u2019estimé musicien ne nous avait pas habitués.La qualité de l\u2019enregistrement est cependant impeccable, comme si on avait tenté de polir le plus possible ces ternes chansons.Philippe Renaud Hyperspace Beck, Capitol Records POP Il y a beaucoup de choses contenues \u2014 comme sous un couvercle sur le point d\u2019exploser \u2014 dans cet Analog Fluids of Sonic Black Holes, second disque de la poète-militante-musi- cienne philadelphienne Camae Aye- wa.La spoken-wordiste spirituelle et affranchie découd les mythes d\u2019une Amérique bâtie à la sueur du front de ses ancêtres, aidée de textes à forte connotation anticolonialiste, de field- recording, d\u2019un rap stoïque, de spirituals, de collaborations fructueuses et de moments de transe danse rarement vus ailleurs.Si Analog Fluids maîtrise sa direction avec plus de certitude que Fetish Bones (2016), le penchant studio de l\u2019œuvre d\u2019Ayewa (elle a aussi récemment fait paraître un recueil de poésie) fait pâle figure à côté de son incarnation sur scène.On oserait même dire que ce disque ne sert que de prétexte au travail scénique.Véritable gourou de l\u2019occulte sonore, Moor Mother est un nouveau genre d\u2019artiste.Soniquement, les machines priment, mais l\u2019instrument principal, c\u2019est le charisme.Sophie Chartier Analog Fluids of Sonic Black Holes Moor Mother, Don Giovanni Records ÉLECTRO EXPÉRIMENTAL Répréhensible.Rageant.Irrecevable.Et immensément populaire, qu\u2019y faire ?Cette exhumation d\u2019idole, rhabillage symphonico-ronflonflon d\u2019immortelles qui s\u2019en passaient fort bien merci, fait recette.Le petit mois de délai entre la sortie européenne et la sortie canadienne permet de donner un chiffre : on en est à un quart de million d\u2019exemplaires\u2026 physiques ! De quoi régler l\u2019armée d\u2019avocats de la veuve Laeticia.Ça nous dit quoi, cette ruée ?Que Johnny, c\u2019est Johnny, et que le deuil reste à faire : on l\u2019aime et on le veut, fût-ce empaillé debout avec des cordes de violons.Prises de voix isolées à partir de spectacles ou de chutes de sessions (par le réalisateur nécrophage Yvan Cassar aux studios Labomatic\u2026), revoilà Johnny sans Johnny qui pousse la note à la Johnny, et l\u2019étrangeté de l\u2019affaire est qu\u2019en aucun moment l\u2019orchestre rouleau compresseur ne parvient à l\u2019enterrer.Sorte de pied de nez d\u2019outre-tombe : a cappella, ça aurait cartonné autant.Sylvain Cormier Johnny Johnny Hallyday + London Symphony Orchestra, Panthéon / Universal RÉENREGISTREMENT Emballant projet que celui de la compositrice électro Ouri (Ourielle Auvé), de la chanteuse et compositrice Odile Myrtil et du multi-instrumentiste Victor Bongiovanni qui, sous le nom de groupe Paradis artificiel, lance à compte d\u2019auteur un premier album séduisant.Entre shoegaze, dream pop et musique ambient, le trio marie à merveille les guitares électriques langoureuses et les synthétiseurs brumeux.Sous ces couches d\u2019harmonies et à travers l\u2019écho se cachent toutefois de belles, et parfois douloureuses, chansons, de la minimaliste I Don\u2019t Mind en ouverture jusqu\u2019à la superbe et charnelle Frenemy en fin de disque.Or, la démarche de Paradis artificiel est autant un exercice d\u2019écriture qu\u2019un trip d\u2019expérimentations sonores, alors que les mélodies se dissolvent lentement dans des brouillards sonores \u2014 à écouter les sept captivantes minutes de Never Over, on croirait d\u2019ailleurs découvrir une inédite de Burial, le grain dans le son, la basse charriant la mélodie.Une des belles surprises locales de l\u2019automne.Philippe Renaud Paradis artificiel Paradis artificiel, indépendant EXPÉRIMENTAL Cet enregistrement qui suit de 15 jours la parution de la participation, également chez Onyx, du plus grand violoniste canadien, à travers The Lark Ascending, à un CD consacré par Andrew Manze à Ralph Vaughan Williams est la continuation d\u2019une intégrale des Sonates pour violon et piano de Beethoven amorcée avec la parution d\u2019un disque des Sonates nos 6 et 9.Ehnes et Armstrong ont beaucoup voyagé cette année pour jouer l\u2019intégrale en concert.On retrouve dans ce disque très exactement cette franchise et cette fermeté entendues au Festival de musique de chambre de Montréal.Nous écrivions alors : « Avec une justesse impeccable, un archet d\u2019une ferme assurance, James Ehnes a mené les sonates avec une grande rigueur, dans un discours très cadré [\u2026].Il manquait un je-ne- sais-quoi de charme et de surprises ».Le verdict du CD, aux aigus un peu crispés, est le même.Aussi n\u2019est-il peut-être pas bête d\u2019attendre la suite de l\u2019intégrale d\u2019Andrew Wan et Charles Richard Hamelin pour faire le point.Leur premier volume avait ce zeste de charme en plus.Christophe Huss Ludwig van Beethoven Sonates pour violon et piano nos 1 à 3, Variations WoO 40, Onyx 4177 CLASSIQUE Anna Vogelzang est l\u2019une de ces artistes prolifiques qui restent dans l\u2019ombre jusqu\u2019à ce qu\u2019une vague nous la révèle.La musicienne américaine, née à Boston, a fait le grand pas de déménager à Los Angeles il y a trois ans, au moment où elle constatait sa première grossesse ; ce Beacon, son septième album, est donc imbibé de la côte ouest et de cette nouvelle cohabitation.Gorgé de vapeurs, incarné jusque dans ses notes les plus subtiles, Beacon est le fin entonnoir d\u2019une nature croisée aux sentiments humains.Ce que raconte Anna Vogelzang est une mémoire et un mouvement, qui traversent non seulement l\u2019esprit, mais aussi le corps.Sa voix puissante, propulsée comme un geyser, donne la mesure des profondeurs où elle se crée \u2014 au même titre que ses textes, marquants justement parce qu\u2019ils sont sibyllins.Bien qu\u2019elle soit moins strictement folk qu\u2019à ses débuts, ses nouvelles mélodies forment des gestes amples flattés de cordes et de percussions (écoutez Chariot et Taurus).Ces nouvelles eaux lui vont comme un gant.Geneviève Tremblay Beacon 1/2 Anna Vogelzang, Indépendant NÉOFOLK Ce cher Pat.C\u2019est un gamin, tout fier septuagénaire soit-il.Dame ! Il s\u2019est offert Nashville, et il trépigne : dans le livret, sur deux pages, il pose très exactement de la même façon avec chacun des musiciens.Ils se prêtent au manège, ces champions, Dan Dugmore l\u2019as de la pedal steel, Lonnie Wilson le batteur ; tous sourient gentiment, alors que Pat, invariablement, irradie.Cela se voit et cela s\u2019entend, autant dans les six reprises que dans les six nouveautés : le groove souple de T\u2019aimer quand même, la prise de son des guitares acoustiques (dans La vie est bonne, par exemple, ou La guitare de Jérémie) ; tout le ravit.Et comme il chante aussi bien que feu Glen Campbell, jamais il ne semble parachuté parmi ces « guns for hire ».C\u2019est sa bonne place.La version elvissienne de Mon cœur est à toi, le twang dans Say You\u2019ll Stay, le duo avec sa compagne ; tous les voeux sont exaucés.Y compris le nôtre : dans son rêve éveillé de Nashville, nous sommes du voyage.Sylvain Cormier Si on y allait 1/2 Patrick Norman, Gestions Patrick Norman COUNTRY L\u2019année a été marquée par la publication de plusieurs CD de pièces populaires pour piano.Lang Lang, entre autres, blessé à la main gauche, a utilisé son année de convalescence pour graver un Piano book.Le propos de Nelson Freire est autre : il nous propose ici 30 « bis » parfois techniquement très difficiles (le rare Vers l\u2019azur de Stojowski, par exemple) au cœur desquels on trouve une série de 12 des admirables Pièces lyriques de Grieg.Chaque CD de Nelson Freire, qui fête cette année ses 75 ans (mais qui, en tombant sur un trottoir, vient de se faire une fracture du bras ayant nécessité une longue chirurgie) est une fête.Celui-ci ne déroge pas à la règle.Les 2 minutes 34 de la plage 7, arrangement de Leopold Godowsky de la mélodie Ständchen (Sérénade) de Richard Strauss, résument tout de cet art précieux : couleurs et toucher subtilement variés, fluidité exceptionnelle, sens de la vocalité des phrases sans aucun effet.C\u2019est un piano qui raconte et semble s\u2019affranchir des marteaux pour chanter et exulter à l\u2019infini.Christophe Huss Encores 1/2 Œuvres de Gluck, Purcell, Scarlatti, Rachmaninov, Decca 485 0153 CLASSIQUE L E D E V O I R // L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 N O V E M B R E 2 0 1 9 LI RE Nicolas Lévesque La totalité, c\u2019est louche Romans d\u2019anticipation La ?n du monde est dans ton livre LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Lir e Fiction québécoi s e 24 Biz prendra part à la discussion « Des voix fortes, des mots qui riment à quelque chose » avec Jérémie McEwen, Webster et Akena Okoko au Salon du livre de Montréal, le vendredi 22 novembre à 19 h 35.Il participera à une séance de dédicaces les 23 et 24 novembre.« C\u2019est par les failles que jaillit la lumière », rappelle Biz Le rappeur propose une sombre et passionnante intrigue sur l\u2019amour d\u2019un homme pour sa fille ENTREVUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR n peut être sur la terre ferme et néanmoins sentir le sol s\u2019ouvrir sous ses pieds.On peut être en sécurité en plein cœur de la forêt et se noyer dans les profondeurs abyssales du désarroi.Cette proposition est au cœur du septième roman de Biz, Les abysses, qui raconte la descente aux enfers de Catherine, une jeune femme dont le père, surnommé le « boucher de Baie-Comeau », a été condamné à dix ans de détention dans la prison à sécurité maximale de Port-Cartier.Loin de se limiter à ces prémices sombres, le récit, grandement inspiré des films noirs américains, est traversé de lumière, reposant avant tout sur l\u2019amour et le sacrifice d\u2019un homme pour sa fille.Le rappeur de Loco Locass dédie par ailleurs le livre à la sienne, Alice.« Je pourrais demander à tous les parents de mon entourage et la réponse serait unanime.Si on pouvait sauver ou protéger notre enfant en coupant notre bras, on le ferait sans hésiter.J\u2019ai voulu explorer cette absence de limite, en la poussant à l\u2019extrême », raconte l\u2019écrivain, attablé dans un café de l\u2019avenue Laurier, à Montréal.La beauté des paysages de la Côte- Nord et de ses deux divinités perce à maintes reprises les nuages du désespoir et de l\u2019incompréhension : l\u2019immensité du fleuve, immuable et mouvant, l\u2019odeur et les sons familiers de la forêt boréale, la richesse, la résilience et l\u2019humour des communautés innues font figure de pilier dans l\u2019univers effondré de la protagoniste.« Je n\u2019ai pas la prétention d\u2019écrire des romans engagés.Toutefois, j\u2019essaie toujours, dans mon humble mesure, de redonner un peu du Québec aux Québécois.En plus de promouvoir un territoire qu\u2019on visite très peu, j\u2019ai voulu nous décoloniser jusque dans notre imaginaire judiciaire.» L\u2019écrivain a donc consulté plusieurs avocats et spécialistes pour décortiquer les étapes et les procédures juridiques, tenant compte de détails infimes et révélateurs, des conséquences d\u2019une contamination de la preuve à la couleur des uniformes des prisonniers.« Au Québec, les détenus ne sont pas vêtus d\u2019uniformes orange, comme sur Netflix, mais bien de bleu.C\u2019est important O Pour bouleverser les idées préconçues sur le vécu et les motivations des criminels, l\u2019écrivain fait s\u2019entrechoquer les univers opposés que sont la forêt, la prison et le village.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 25 Lire La francophonie arabe est un phénomène culturel enraciné dans l\u2019histoire coloniale et postcoloniale reliant la France et le monde arabe depuis au moins deux siècles.Deux événements majeurs ont marqué les rapports entre la France et le monde arabe à l\u2019ère moderne : l\u2019expédition militaire de Bonaparte en Égypte (1798-1801), dont l\u2019ambition fut de bloquer la route des Indes à la Grande-Bretagne; et la conquête militaire de l\u2019Algérie et sa colonisation à partir de 1830 jusqu\u2019à l\u2019indépendance de l\u2019Algérie en 1962.La campagne de l\u2019Égypte a eu pour conséquence la naissance de l\u2019égyptologie et la production d\u2019une œuvre monumentale en 37 volumes, Description de l\u2019Égypte.La presse francophone au Moyen-Orient est née à cette époque grâce à l\u2019expédition de Bonaparte.Au XXe siècle, une littérature francophone de qualité s\u2019épanouit en Afrique du Nord, en Égypte et au Levant notamment grâce à Kateb Yaci- ne, Assia Djébar, Mohammed Dib, Edmond Jabès, Albert Cosséry, Andrée Chédid et Amin Maalouf.Au cours des 30 dernières années, un cinéma transnational issu de la francophonie arabe se fait reconnaître à l\u2019échelle mondiale grâce à la (co)production avec la France.Ces rapports privilégiés s\u2019institutionnalisent en 1970 avec la fondation de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (OIF).En tête des pays membres signant des accords de coopération avec l\u2019OIF viennent la Tunisie (1970) et le Liban (1973), puis la Mauritanie (1980), le Maroc (1981) et l\u2019Égypte (1983).Les Émirats arabes unis et le Qatar deviennent membres associés de l\u2019OIF en 2010 et en 2012 respectivement.Politique arabe Dans le monde universitaire, une bibliothèque se construit au fil des décennies grâce à la collaboration entre les centres de recherche, les presses universitaires, les maisons d\u2019édition et les chercheurs en sciences humaines et sociales.Sur les étagères de cette immense bibliothèque se côtoient les meilleurs ouvrages en sciences politiques, en philosophie, en philologie, en études de l\u2019Islam, en théorie littéraire et en études cinématographiques.La récolte de l\u2019automne 2019 est révélatrice.Dans une seule maison d\u2019édition, L\u2019Harmattan, j\u2019ai recensé six ouvrages parus en octobre-no- vembre sur le monde arabe.Dans Proche-Orient.Sept ans de régression 2012-2019, Jean-Paul Chagnollaud rassemble et contextualise des articles de presse publiés depuis 2012.Rédigés par l\u2019auteur ou avec les membres de l\u2019Institut de recherche et d\u2019études Méditerranée Moyen- Orient qu\u2019il dirige, ces articles permettent de comprendre le regard des Français sur le Printemps arabe.Deux autres titres témoignent de l\u2019intérêt continu que porte la France à l\u2019Algérie, mais aussi à la région du Golfe, laquelle occupe une place grandissante au sein de la Francophonie.Algérie.Histoire secrète d\u2019un naufrage annoncé, du chercheur Camille Sari, est une étude historique et politique de la question de gouvernance en Algérie et des rapports de force susceptibles d\u2019instaurer (ou de bloquer) la démocratie escomptée.Un ouvrage collectif dirigé par Georges Sassine, La femme omanaise sur le chemin de la parité, dresse un état des lieux de la situation des femmes depuis l\u2019ascension au pouvoir du sultan Qabous.Cinéma arabe Dans le cercle des études culturelles, la France occupe encore une fois une place prépondérante dans la production et la diffusion d\u2019ouvrages sur les cinémas arabes, depuis la contribution historique de Georges Sadoul jusqu\u2019aux travaux non moins importants d\u2019Yves Tho- raval, de Michel Serceau et du célèbre magazine CinémAction.Trois ouvrages d\u2019histoire de cinéma sont parus à L\u2019Harmattan en oc- tobre-novembre 2019.Dans Présence du cinéma libanais, le Libanais Joseph Korkmaz examine le développement sans précédent de ce cinéma au cours des 10 dernières années et démontre comment celui-ci peut servir de modèle à beaucoup de cinématographies indépendantes dans le monde.Dans Pour une cinémathèque égyptienne, l\u2019Égyptienne Marwa El Sahn, directrice du Centre d\u2019activités francophones de la Bibliothèque d\u2019Alexandrie, étudie l\u2019industrie du cinéma en Égypte et les efforts pour créer une cinémathèque égyptienne en parallèle avec une étude comparative réalisée dans quatre pays (Suède, France, Canada et Thaïlande).Enfin, Les cinémas arabes et la littérature, collectif dirigé par l\u2019Algérien Ahmed Bedjaoui et le Français Michel Serceau, ambitionne de combler un manque en évaluant la place qu\u2019occupe la littérature dans les cinémas arabes.Les études synthétiques et transversales par des universitaires de la France, de l\u2019Algérie, de l\u2019Italie, du Maroc, de l\u2019Égypte et de la Syrie enrichissent cet essai inédit et contribuent à donner un éclairage nouveau sur des cinématographies méconnues.La France devient ainsi non seulement la Mecque des études sociales et humaines centrées sur le monde arabe, mais aussi le plus grand producteur d\u2019ouvrages universitaires issus de la francophonie arabe.Francophonie arabe MAY TELMISSANY qu\u2019on puisse se voir, se projeter, se refléter avec justesse, et raconter aux francophones qui peuplent chacun des cinq continents ce qui se passe ici.» Une histoire à rebours Conçu à la manière d\u2019une tragédie grecque, le roman, divisé en trois actes à la chronologie inversée, laisse dès les premières pages peu d\u2019incertitude sur son sinistre dénouement.Or, par la voie des chemins tortueux et téméraires qui y conduisent, Biz parvient à susciter l\u2019engagement et l\u2019empathie du lecteur, bousculant avec fracas nos préjugés au passage.« Je me suis inspiré des films d\u2019horreur avec un montage alterné, où on voit à la fois les actions du personnage principal et celles du tueur.Ce procédé ne nuit pas à la tension et au désir de connaître la suite.Au contraire, il permet d\u2019impliquer davantage le lecteur, de lui donner le scénario pour qu\u2019il réalise son propre film.» Pour bouleverser les idées préconçues sur le vécu et les motivations des criminels, l\u2019écrivain fait s\u2019entrechoquer les univers opposés que sont la forêt, la prison et le village, accentue les contrastes entre les personnages, et déploie avec ironie des clichés détenant pourtant leur part de vérité.Chacun des trois actes du récit est associé à une zone de profondeur océanique, mine de métaphores et de bigarrures de style, laissant place à trois perceptions différentes du duo père-fille : la pitié, le doute et la compréhension.La troisième partie correspond à la zone photique, la surface, où la lumière éclaire les faits et où l\u2019intrigue peut enfin connaître sa résolution.Le deuxième acte concorde avec la plaine abyssale, cette étendue sans fin, sans lumière ni végétaux, où les charognards se repaissent des lambeaux de cadavres blancs comme neige qui atteignent le fond.Ces charognards représentent les journalistes « qui flairent le sang et se dirigent en troupeau à la carcasse », et la faune active des réseaux sociaux « bien mal équipée, mais déterminée à inverser les prémisses bourreaux-victimes et à faire un procès coûte que coûte ».Le début du récit, pour sa part, est assorti à la zone hadale, à 11 000 mètres de profondeur.« On y trouve des créatures abyssales fascinantes, transparentes, cartilagineuses, biolu- minescentes.Comme les prisonniers, ils sont laids et on s\u2019y intéresse peu.Mais c\u2019est dans les bas-fonds que les êtres sont les plus transparents et les plus lumineux.Comme le disait Leonard Cohen, c\u2019est par les failles que jaillit la lumière.» L\u2019imaginaire empathique et érudit de Biz lui confère un don particulier : celui de créer des histoires qui peuvent à la fois convaincre les gens peu friands de lecture de se laisser happer par ses intrigues passionnantes et intrigantes, et enchanter les connaisseurs par leur souci du détail et les revendications et réflexions adroites et astucieuses qui y sont dissimulées.Les abysses ne fait pas exception à la règle.Ce septième roman raconte la descente aux enfers de Catherine, une jeune femme à la dérive, habitée par un secret indicible, dont le père est enfermé entre les murs de la prison à sécurité maximale de Port-Cartier.Michel Métivier, surnommé « le boucher de Baie- Comeau », ne doit pas en sortir avant une dizaine d\u2019années.Dans une narration à rebours prévisible, mais habilement construite, l\u2019écrivain compose le fil tendu d\u2019un récit psychologique dont l\u2019apogée n\u2019est révélé qu\u2019à la toute dernière ligne.Un suspense sombre, traversé d\u2019observations sur la lutte des classes, l\u2019apport du territoire dans la consolidation d\u2019un peuple et les travers de la sphère médiatique.Les abysses Biz, Leméac, Montréal, 2019, 144 pages Je n\u2019ai pas la prétention d\u2019écrire des romans engagés.Toutefois, j\u2019essaie toujours, dans mon humble mesure, de redonner un peu du Québec aux Québécois.En plus de promouvoir un territoire qu\u2019on visite très peu, j\u2019ai voulu nous décoloniser jusque dans notre imaginaire judiciaire.BIZ » LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Lir e Fiction québécoi s e 26 irakienne Naïm Kattan, aujourd\u2019hui nonagénaire, critique littéraire au Devoir des années 1950 aux années 2010, qui publiait le mois dernier N\u2019aie pas peur de la nuit chez XYZ, Emmanuel Kattan fait paraître son quatrième roman, L\u2019attrapeur d\u2019âmes, chez Leméac.« Je travaillais au Boréal avec Hélène Girard, une éditrice que j\u2019aimais beaucoup, explique l\u2019auteur.Lorsqu\u2019elle a quitté la maison pour se joindre à l\u2019équipe de Leméac, je n\u2019ai pas hésité à la suivre.Cette relation de confiance est primordiale.Dans une pareille collaboration, on sait jusqu\u2019où on peut aller quand il s\u2019agit de résister à certaines suggestions, mais on sait aussi que ces suggestions découlent d\u2019une empathie, d\u2019une compréhension, d\u2019une sensibilité de longue date pour notre écriture.Ce dialogue, il n\u2019était pas question que j\u2019y mette un terme.» Emmanuel Kattan célèbre l\u2019altérité Son quatrième roman illustre la nécessaire rencontre de l\u2019autre L\u2019attrapeur d\u2019âmes Emmanuel Kattan, Leméac, Montréal, 2019, 160 pages ENTREVUE CHRISTIAN SAINT-PIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR près avoir habité une quinzaine d\u2019années au Royaume-Uni, où il a travaillé pour la Délégation générale du Québec à Londres et pour le secrétariat du Commonwealth, Emmanuel Kattan vit maintenant à New York, où il est directeur du programme Alliance, un partenariat entre l\u2019Université Columbia, Sciences Po, Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l\u2019École polytechnique de Montréal.« C\u2019est un travail qui est de nature [universitaire], mais qui tient aussi des relations internationales, précise l\u2019écrivain et philosophe.Il s\u2019agit de réunir les énergies, les volontés des professeurs et des étudiants, des deux côtés de l\u2019Atlantique, afin de maximiser leurs chances de développer des projets.» De passage pour deux jours seulement à Montréal, la ville qui l\u2019a vu naître il y a près de 52 ans, l\u2019auteur a accepté de répondre à nos questions à propos de L\u2019attrapeur d\u2019âmes, son quatrième roman, qui vient de paraître chez Leméac Éditeur.Une question d\u2019équilibre Dans cette vie déjà si bien remplie, déjà palpitante, l\u2019écriture permet à Emmanuel Kattan d\u2019aspirer à une forme d\u2019équilibre.« La littérature contrebalance le travail, explique-t-il.Écrire, c\u2019est l\u2019occasion de me consacrer à un monde imaginaire, de retrouver mon intimité, ma solitude, d\u2019explorer des idées avec une plus grande liberté.Lorsque ça se passe moins bien au travail, je me lève très tôt le matin et j\u2019écris.Quand je suis bloqué dans mon écriture, je m\u2019investis davantage au boulot.Cette cohabitation n\u2019est pas toujours facile, mais elle m\u2019est essentielle.» C\u2019est souvent en courant dans Central Park que l\u2019auteur met de l\u2019ordre dans ses pensées : « De longs passages du roman ont surgi de cette manière.C\u2019est peut-être à cause des décharges d\u2019endorphine, mais j\u2019arrive à me défaire des préoccupations quotidiennes.On dirait que mes réflexions se délient quand je cours.Je commence par enregistrer sur mon téléphone ce qui me vient en tête, puis je transcris et retravaille.» Ce à quoi il ajoute en riant : « Croyez-moi, à New York, où il y a pas mal d\u2019excentriques, un type qui se parle tout seul en courant, ça passe tout à fait inaperçu.» Après avoir publié trois romans aux Éditions du Boréal \u2014 Nous seuls (2008), Les lignes de désir (2012) et Le portrait de la reine (2013) \u2014, ainsi qu\u2019un livre d\u2019entretiens avec son père, l\u2019écrivain québécois d\u2019origine juive A Dans cette vie déjà si bien remplie, déjà palpitante, l\u2019écriture permet à Emmanuel Kattan d\u2019aspirer à une forme d\u2019équilibre.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Balthazar Brindamour Quand il achète une vieille maison sur la côte anglaise, au bord de la falaise de Sandy Head, Balthazar Brindamour éveille les soupçons des villageois.Le jour où il dissuade quelqu\u2019un de se jeter dans le vide, la réputation de l\u2019étranger change du tout au tout : le Québécois devient un héros, un attrapeur d\u2019âmes.« Face au suicide de quelques personnes dans mon entourage, explique l\u2019auteur, je me suis senti déstabilisé, déboussolé.Je me suis posé beaucoup de questions, à commencer par celle du pourquoi, qui est tout à fait insondable, mais je me suis aussi beaucoup interrogé sur moi-même.Est-ce que j\u2019ai eu la bonne attitude ?Est-ce que j\u2019ai été présent au bon moment ?Est- ce que j\u2019ai été assez perceptif ?Je me suis même demandé ce qui m\u2019empêchait, moi, d\u2019avoir recours au suicide.» Ainsi, l\u2019auteur a décidé d\u2019écrire un roman du point de vue de ceux qui restent, une histoire qui s\u2019inspire en partie de celle de Yukio Shige, cet ex- policier japonais qui, dès 2004, fit de la prévention en sillonnant les sentiers qui mènent aux falaises de To- jinbo, qui attirent à 400 km de Tokyo les personnes suicidaires.En guise de contrepoint à cette pulsion de mort, Emmanuel Kattan imagine la naissance d\u2019un amour, un lent apprivoisement entre le héros et Julia Morhange, journaliste en quête d\u2019une primeur.« La posture de Balthazar, celle de l\u2019étranger, c\u2019est un peu la mienne, reconnaît l\u2019auteur.Je me suis compris et construit à travers le regard de l\u2019autre.La rencontre de Balthazar et de Julia, c\u2019est celle de deux altérités.Rien ne les prédestinait à ce face-à-face qui sera pourtant déterminant.» Alors que ses romans précédents étaient très orientés vers l\u2019intrigue, Kattan explique que le processus d\u2019écriture de celui-là a été pour ainsi dire inversé : « Cette fois, ce ne sont pas les protagonistes qui ont dû se soumettre à un scénario préalable, mais bien le contraire.J\u2019ai commencé par construire un personnage, un être aussi riche que possible, certainement mystérieux, puis j\u2019ai tenté d\u2019imaginer ce qui pourrait bien lui arriver, ce qu\u2019il pourrait déclencher.S\u2019il y a des zones qui demeurent floues, c\u2019est au lecteur de les investir, c\u2019est à lui d\u2019y projeter ses visions.» LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 CRITIQUE YANNICK MARCOUX COLLABORATEUR LE DEVOIR Il y a de ces êtres à qui on ne peut rien refuser.Non parce qu\u2019ils s\u2019imposent avec force et ruse, repoussant l\u2019autre dans ses derniers retranchements, mais au contraire parce qu\u2019ils se présentent avec sollicitude et humilité.Zhimei Zhang, qui signe aujour- d\u2019hui son second récit, Les traces d\u2019un papillon, est du nombre.Il faut dire qu\u2019elle-même ne décline aucune invitation, se prêtant volontiers aux rencontres et à l\u2019aventure, aux déchirements et aux beautés qui en résultent.Après la publication de Ma vie en roug.Une femme dans la Chine de Mao, l\u2019autrice se propose cette fois « de plonger dans son prochain grand défi : le récit en français de sa vie comme immigrante au Canada, complément au récit en anglais de sa vie en Chine, publié il y a dix ans ».Celle que ses amis montréalais surnomment affectueusement la « Québécoise pure soie ou la Québécoise rouge » est arrivée au pays en 1985 et se remémore avec plaisir les chocs culturels auxquels elle a fait face, de même que les invitations amicales à découvrir sa société d\u2019accueil.Sorte d\u2019autobiographie libre dans laquelle elle narre, sans ordre chronologique, les faits saillants de sa vie ici, Les traces d\u2019un papillon nous donne à découvrir un personnage fort attachant, s\u2019épanouissant dans une liberté chèrement acquise.Relatant son immersion culturelle et linguistique dans le village de Beaumont, ses expériences inattendues de comédienne et le don de ses collections de broderies et de porcelaine aux musées, la grande dame couve chaque événement d\u2019une douceur tendre.Sous le jet de sa lumière, les personnages sur sa route se coiffent d\u2019une auréole, témoignant de la capacité de Zhang à faire sortir le meilleur des gens qui l\u2019entourent.Tandis que les anecdotes sont nombreuses et contiennent quelques belles trouvailles, certaines auraient mérité d\u2019être plus investies, pour faire ressortir la vulnérabilité, les difficultés, mais aussi la félicité et l\u2019amour qu\u2019elles ont fait naître.Du reste, quelques réflexions paraissent éculées, voire naïves, en comparaison de celles qui rendent compte d\u2019une indéniable sagesse : « C\u2019est le passé qui m\u2019a façonnée.Je sais ce que ça signifie de perdre et de retrouver, de s\u2019immerger et d\u2019émerger, d\u2019être humiliée et d\u2019être respectée, de s\u2019ignorer et de se retrouver, de recommencer à zéro et de devenir autonome.» Un épisode au puissant ressort dramatique mérite cependant mention.À l\u2019occasion de son retour en Chine, en 2017, l\u2019autrice retrouve le leader d\u2019un groupe radical de la Garde rouge qui, 50 ans plus tôt, l\u2019avait accusée et arrêtée.Dans ces retrouvailles aussi improbables que spectaculaires, l\u2019ouverture de la protagoniste et la repentance de cet ancien bourreau nous arrachent des larmes.Les traces d\u2019un papillon trouvera son lectorat, prêt à passer l\u2019éponge sur ces récits parfois trop candides, embrassant leur ton léger et cette sérénité de laquelle émane une contagieuse joie de vivre.Après tout, qui pourrait résister à cette femme qui, dit-on, a « une aurore boréale dans le sourire » ?Zhimei Zhang sera au Salon du livre de Montréal le 23 novembre.27 Lire Littératur e québécoi s e Une Québécoise pure soie Les récits de Zhimei Zhang posent un regard paisible sur son départ de Chine et son arrivée au Québec Les traces d\u2019un papillon 1/2 Zhimei Zhang, VLB éditeur, Montréal, 2019, 188 pages Sorte d\u2019autobiographie libre dans laquelle Zhimei Zhang narre, sans ordre chronologique, les faits saillants de sa vie ici, Les traces d\u2019un papillon nous donne à découvrir un personnage fort attachant.BLANCHES BULLES CRITIQUE CHRISTIAN SAINT-PIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Les douze « créations » réunies par Marie-Ève Blais et Olivia Tapiero répondent à « un désir de réfléchir à ce que signifie socialement, artistiquement, politiquement, aujourd\u2019hui, la notion de chair, au-delà (ou peut-être en dessous) de l\u2019idée de corps ».Dans Chairs, l\u2019ouvrage qui vient de paraître dans la collection Encrages des Éditions Triptyque \u2014 après Corps, le collectif de « fictions » dirigé par Chloé Savoie-Bernard en 2018 \u2014, se côtoient « des voix issues de divers milieux artistiques \u2014 la danse, l\u2019écriture, le théâtre, la chorégraphie, la musique ».« Si je sentais dans ma chair toutes les choses que je pouvais sentir, je serais vraiment ici.Ici maintenant, et encore maintenant.Inlassablement, présente, à accumuler les commencements », écrit Erin Hill.Le poème d\u2019Ouanessa Younsi concerne les « rites de la naissance / répétés depuis des siècles » : « ensemble / au plus près du verbe chair / ce séisme dans le corps / comme si la Terre s\u2019ouvrait / pour enfanter / une autre Terre ».Lorrie Jean-Louis livre quant à elle une réflexion étoffée à propos des identifications intimes, sociales et politiques du corps de la femme.Estimant que la chair « n\u2019aime pas les espaces finis », elle écrit : « Engager sa subjectivité, c\u2019est incarner sa chair, cette part invisible d\u2019un soi toujours en devenir.» Frisson et douleur Philippe Dumaine traduit les sensations que lui procurent la vue de la chair blessée ainsi que le travail de certains artistes et l\u2019application du maquillage : « Le frisson qui m\u2019intéresse répond à quelque chose qui, jusque-là, n\u2019avait pas été montré.C\u2019est peut-être ce qu\u2019ont en commun les chairs qui me font frissonner, qu\u2019elles soient médiatiques ou si réelles que je sens leur chaleur sur ma peau : elles dévoilent.» Laurence Bourdon traite de tatouage : « C\u2019est pas une question de chair, je m\u2019excuse.Plutôt de surface.Là que ça se passe.L\u2019inscription.Pourtant, la douleur, on la sent circuler.La durée fait ça.» Sarah Walou fait, quant à elle, la bouleversante nomenclature des agressions dont sa chair a conservé les marques : « Les gens me savent parce que ma peau parle trop fort, comme moi, elle m\u2019imite même quand j\u2019essaie de me taire.» Après l\u2019instantané de violence et d\u2019animalité signé Nathanaël, Catherine Mavrikakis propose un parcours aussi personnel qu\u2019intertextuel, une « viande à penser un peu sanguinolente » : « Dans l\u2019intensité de ces œuvres qui à mon avis ne parlent que de la chair dans sa présence troublante, étonnante au monde, j\u2019ai reconnu quelque chose en moi que je voulais, moi aussi, faire exister.» Chanter et danser Mykalle Bielinski démontre à quel point le chant est indissociable du corps : « Cette connexion à sa chair, à sa nécessité intime, à sa propre raison de vivre a un effet rayonnant sur l\u2019interprète qui vibre de tout son être et agit sur le réel.» Quant à Charlie Prince, il réfléchit, entre autres, aux significations du saut : « On saute pour franchir des obstacles.On saute pour jouer.On saute pour atteindre des surfaces plus élevées.On saute avec joie \u2014 on saute pour célébrer.On saute en sachant qu\u2019on va retomber\u2026 » Il y a certainement dans ces « créations », dont la nature et le ton divergent grandement, de quoi convenir au plus diversifié des lectorats.Les codirectrices, qui signent également chacune un texte, écrivent à juste titre dans leur introduction que « le tissage de voix singulières se voulait une performance en soi », « l\u2019espace qui les sépare est strié d\u2019échos heureux comme d\u2019écarts fertiles ».Marie-Ève Blais et Olivia Tapiero seront au Salon du livre de Montréal le 24 novembre.Chairs 1/2 Sous la direction de Marie-Ève Blais et Olivia Tapiero, Triptyque « Encrages », Montréal, 2019, 204 pages Olivia Tapiero et Marie-Ève Blais, qui codirigent Chairs, y signent aussi chacune un texte.VIRGINIE TURCOTTE Entre la peau et les os Douze plumes éclairent le mystère de la chair humaine LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Lir e Fiction québécoi s e 2 8 GRAND ANGLE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR armi le flot de mauvaises nouvelles s\u2019échouant quotidiennement sur la berge de notre actualité surgit parfois \u2014 c\u2019est rare, mais ça arrive \u2014 matière à se réjouir.La barrière corallienne du Belize a été retirée de la Liste du patrimoine en danger de l\u2019UNESCO, apprenait-on en juin 2018, preuve que des lois environnementales strictes ont d\u2019autres effets heureux que celui d\u2019apaiser la juste colère des militants écologistes.Les cyniques, comme l\u2019écrivaine J.D.Kurtness, diront bien sûr qu\u2019il ne s\u2019agit là que d\u2019un bref intermède de conscience collective, que la décadence reprendra un jour ses droits et qu\u2019il en faudra, de l\u2019ingéniosité, pour renverser ses ravages.Dans Aquariums, son second roman, une jeune biologiste parvient ainsi à « reproduire les conditions de vie du récif de corail du Belize » qui, dans un avenir pas si lointain, a été décimé.La voilà bientôt recrutée par le Programme des Nations unies pour l\u2019environnement afin de participer à une mission de 18 mois au nord du Nord, où elle devra cette fois tenter de reproduire l\u2019écosystème arctique, malmené par les changements climatiques.Le problème ?Pendant que cette brigade de scientifiques tente de réparer le gâchis, une infection éclate partout au Sud et engendre des pertes humaines d\u2019une ampleur historique.Frontières fermées, moratoire sur la navigation commerciale et le trafic aérien, panique généralisée : c\u2019est peut-être la fin, et ces scientifiques n\u2019y peuvent rien.« La raison pour laquelle on se raconte des histoires, c\u2019est pour expliquer le monde, et dans Aquariums, je me sers d\u2019une histoire pour expliquer ce qui pourrait arriver », confie J.D.Kurtness, dont il s\u2019agit de la première fiction d\u2019anticipation.« C\u2019est tellement abstrait, le réchauffement de la planète, un degré, deux degrés d\u2019augmentation de la température.Qu\u2019est-ce que ça va vouloir dire dans 35 ans ?On est incapables de concevoir le problème.» Geste de grossissement Mais le roman, lui, le peut, à sa manière.Bien qu\u2019elle répète avoir d\u2019abord souhaité écrire une bonne histoire, et surtout pas exacerber l\u2019écoanxiété de ses lecteurs, J.D.Kurtness reconnaît que la littérature peut, à l\u2019instar de la science, mais avec des moyens complètement différents, jouer le rôle de messager en montrant à l\u2019humanité ce qui l\u2019attend si elle s\u2019entête à croire que tout baigne.Un puissant parfum de fin du monde recouvre d\u2019ailleurs l\u2019actuelle saison littéraire, où les livres figurant des sociétés ayant survécu à la catastrophe, ou s\u2019apprêtant à l\u2019affronter, se multiplient.C\u2019est dans les ruines que se déploient Oshima (Alto) de Serge Lamothe ou La trajectoire des confettis (Les Herbes rouges) de Marie-Ève Thuot.C\u2019est rien de moins que l\u2019Apocalypse (avec un a majuscule !) qu\u2019attend l\u2019Église du Souffle dans L\u2019enlèvement (Triptyque) de Damien Blass.C\u2019est partout dans le recueil de nouvelles Zolitude (Boréal) de Paige Cooper, l\u2019appréhension de notre éventuelle extinction.Le dramaturge Guillaume Corbeil réécrivait même récemment Le meilleur des mondes d\u2019Aldous Huxley.Amplifier les inquiétudes Apparu au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, le roman d\u2019anticipation aura d\u2019emblée la particularité d\u2019entretenir un lien étroit avec le discours social et d\u2019amplifier ce que l\u2019actualité couve d\u2019inquiétudes.Autrement dit : parler de l\u2019ici-mainte- nant en se projetant dans un ailleurs temporel.L\u2019anticipation procéderait ainsi d\u2019un « geste de grossissement », illustre l\u2019auteur, chercheur et chargé de cours à l\u2019UQAM David Bélanger, contrairement à la science-fiction où la relation entre l\u2019univers imaginaire que propose une œuvre et le contexte au cœur duquel cette œuvre émerge est souvent ténue.C\u2019est notre vision du futur, forcément, que cristallisent ces représentations plus ou moins angoissées de ce qui nous pend au bout du nez.« Comme les ingénieurs vont penser le pire usage que quelqu\u2019un pourrait faire d\u2019un objet, pour écrire dans les instructions de ne pas faire ça, il y a en littérature cette idée que l\u2019écrivain a le pouvoir d\u2019imaginer le pire », La fin du monde est dans ton livre Comment expliquer la multiplication des fictions d\u2019anticipation en littérature québécoise ?poursuit Bélanger.Imaginer le pire, et peut-être même le prévenir ?Tout comme au début du XXe siècle, qui verra foisonner les fictions habitées par la peur des dérives du radium (!), le roman d\u2019anticipation demeure aujour- d\u2019hui indissociable des innovations scientifiques et technologiques.C\u2019est le cas de Buzzkill, de Bruno Massé, satire acide mettant en scène un trio d\u2019amis \u2014 un publicitaire, un comédien et une gourou de la psycho- pop \u2014 obnubilés par leur téléphone intelligent.Pendant que ces jeunes gens branchés s\u2019occupent à s\u2019étourdir et à P CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR On aime Donna Leon ou, au contraire, on ne peut pas supporter sa description minutieuse des moindres recoins de la Sérénissime.Ceux et celles qui la vénèrent liront cette 29e enquête du commissaire Guido Brunetti avec délectation en ayant l\u2019impression de passer trois jours à Venise, quelque part dans l\u2019humidité de la fin novembre.Pour les autres, rien à faire : il arrive si peu de choses ici \u2014 pas même de cadavre, de sang ni même d\u2019acqua alta \u2014 qu\u2019ils seront tentés d\u2019abandonner Brunetti à ses considérations sur le brouillard alors qu\u2019il sort du vaporetto no 1 pour se diriger vers la vice-questure.Pourtant, on sera bientôt confronté avec lui à une terrible machination, une sorte de honteuse magouille visant à exploiter, encore une fois, les plus démunis\u2026 Le vertige du banal Alors que novembre s\u2019installe, donc, que Scarpa joue subtilement des coudes et que la signorina Elettra continue à mettre son nez un peu partout, on trouve en pleine nuit un homme inconscient, la tête fracassée, près du Ponte del Forner.Transporté à l\u2019hôpital, l\u2019homme s\u2019installe dans un coma Trois jours à Venise En additionnant les détails et les petits riens les uns aux autres, Brunetti met à jour un odieux trafic La tentation du pardon Donna Leon, traduit de l\u2019anglais par Gabriella Zimmermann, Calmann-Lévy \u2013 Noir, Paris, 2019, 320 pages profond.Brunetti et la commissaire Griffoni se mettent en chasse.Très vite, Brunetti relie le blessé à une collègue de Paola qui lui a rendu visite plus tôt : le signor Gasparini est en fait son mari et le duo de policiers tient sa première piste après une visite chez lui.Il s\u2019agit d\u2019une série de coupons retrouvés dans ses affaires, des reçus émis par une pharmacie du centre-ville à la vieille tante de Gasparini.C\u2019est à partir de ces quelques coupons que Brunetti et Griffoni mettront à jour un odieux trafic visant à exploiter les vieilles personnes atteintes d\u2019Alzheimer, de Parkinson ou de maladie mentale.Ce qu\u2019il y a encore une fois d\u2019admirable dans cette histoire, c\u2019est qu\u2019elle se construit, prend forme et trouve sa conclusion à partir d\u2019observations sur les aspects constamment changeants de la vie ordinaire.La finesse du regard de Donna Leon est ici à son apogée.À l\u2019extérieur, en surface, il ne se passe strictement rien : devant l\u2019affaire qui l\u2019occupe, Brunetti s\u2019interroge et, le plus souvent, suggère des pistes de recherche à la signorina Elettra qui se met à fouiller dans son ordinateur.On a déjà vu plus trépidant\u2026 Quand cela ne se termine pas par une grande discussion avec Paola, le commissaire poursuit sa réflexion, seul ou avec d\u2019autres, au rythme de ses longues promenades dans le labyrinthe des petites ruelles et des campi vénitiens.Là, devant un pont ou un palais faisant remonter des souvenirs de son enfance, dans le brouillard ou sous une percée de soleil illuminant une façade plusieurs fois centenaire, Brunetti est de plus en plus frappé par la petitesse des motifs qui poussent les gens à mal agir.Et, un peu à l\u2019instar de Gasparini, on le trouve littéralement assommé par le vertige du banal.Parviendra-t-il à s\u2019en remettre ?Donna Leon à Venise.On aime ou on déteste ses minutieuses descriptions des moindres recoins de la Sérénissime.GINA DOGGETT AGENCE FRANCE-PRESSE LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 29 Lire ridiculiser ceux qui autour d\u2019eux subissent les conséquences de leur insouciance et leurs privilèges, des milliers de Réalistes, un mouvement révolutionnaire pour qui les valeurs fondamentales de l\u2019humanité seraient l\u2019empathie et la solidarité, se préparent à descendre dans les rues.Un procès de la fuite Pour Massé, aussi géographe et militant, l\u2019effervescence actuelle autour des fictions d\u2019anticipation serait une nouvelle preuve que, comme l\u2019observait le critique littéraire américain Fredric Jameson, « il est plus facile de penser la fin du monde que la fin du capitalisme ».« En tant que géographe, je suis censé être ancré dans le réel et j\u2019ai l\u2019impression que notre société, elle, fuit constamment le réel, regrette-t-il.Mon livre, c\u2019est un procès de la fuite.C\u2019est une façon de regarder directement, mais avec humour, ce que notre société a de plus grave comme problèmes, parce qu\u2019on ne va jamais régler le problème si on n\u2019est pas prêt à le regarder.C\u2019est de considérer la réalité qui peut nous donner de l\u2019espoir, pas envoyer des pensées dans l\u2019univers ou \u201cliker\u201d un post sur Facebook.» En 1931, Emmanuel Desrosiers annonçait dans La fin de la Terre, un des premiers romans d\u2019anticipation québécois, que la prophétie de son titre pourrait survenir en 2040.Son personnage principal s\u2019activait néanmoins à contrecarrer ce scénario.« C\u2019est un récit épique, avec un héros capable de prendre les choses en main ! rappelle David Bélanger.Tous les grands scientifiques sont réunis à Montréal pour sauver la planète.Alors qu\u2019aujourd\u2019hui on met de moins en moins en scène les dirigeants qui essaient de faire quelque chose et de plus en plus les gens qui subissent.Ça parle de notre impuissance, de notre résignation : on subit la fin du monde plutôt que de tenter de l\u2019empêcher.» J.D.Kurtness sera au Salon du livre de Montréal les 23 et 24 novembre.Il y a en littérature cette idée que l\u2019écrivain a le pouvoir d\u2019imaginer le pire.Imaginer le pire, et peut-être même le prévenir ?Aquariums J.D.Kurtness, L\u2019Instant même, Québec, 2019, 160 pages Buzzkill Bruno Massé, Québec Amérique, Montréal, 2019, 264 pages DORIAN DANIELSEN LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 tamment vu émerger le souvenir de sa mère et de la femme de sa vie.« Au fond, j\u2019y voyais l\u2019indicible, le mystérieux, l\u2019évanescent.C\u2019est ainsi que sont apparues des images de mes proches disparus, me plongeant brutalement dans l\u2019intime », précise-t-il.Observer la bête, c\u2019est aussi avoir accès à une forme d\u2019art pure, dit l\u2019écrivain.À la page 47, ébahi par l\u2019élégance des antilopes, il écrit : « Elles avaient surgi, vibrant d\u2019abord dans le lointain, s\u2019approchant, fixant leur contour, et posées là soudain dans une présence fragile que la moindre inquiétude aurait suffi à faire s\u2019évanouir.C\u2019était de l\u2019art.» Lir e R écit de voya ge 30 Sylvain Tesson pourchasse l\u2019arrière-monde dans La panthère des neiges Depuis toujours il cherche l\u2019épiphanie dans les soubresauts du paysage.Voici maintenant Sylvain Tesson à la rencontre mystique de l\u2019animal.À l\u2019invitation du photographe animalier Vincent Munier, habitué des hauts plateaux tibétains où vit la panthère des neiges, prédateur aussi rare que furtif, Sylvain Tesson part traquer l\u2019invisible.En mouvement perpétuel depuis 25 ans, Tesson y est loin de sa zone de confort : « Je tenais l\u2019immobilité pour une répétition générale de la mort.» À 5000 mètres d\u2019altitude au Tibet, à l\u2019affût parmi les yacks et les enfants rieurs, au milieu de cette « éternité gelée », Munier lui apprend à regarder.La panthère des neiges est une leçon de regard, mais aussi un pudique récit de deuil.Celui de sa mère, d\u2019abord, et celui d\u2019un amour perdu.Fantômes que fait revivre chacune des apparitions de cette bê- te lumineuse \u2014 à la Pierre Per- rault.En filigrane, on y lit aussi le deuil d\u2019un mode de vie, lui qui est resté diminué après son tragique accident de 2014.Devant la panthère des neiges, dans le « face-à- face de notre admiration et de son indifférence », on retrouve un Sylvain Tesson en quelque sorte posé, n\u2019ayant peut-être plus la force de fuir.Dans ce qui est l\u2019un de ses plus beaux livres, son écriture en est le miroir : sans enflure, tout en rondeur, sublimée.Christian Desmeules La panthère des neiges Sylvain Tesson, Gallimard, Paris, 2019, 176 pages ENTREVUE PHILIPPE COUTURE COLLABORATEUR LE DEVOIR À BRUXELLES ur une terrasse de la place de Brouckère, à Bruxelles, savourant une lampée de bière et souriant derrière un nuage opaque de fumée, Sylvain Tesson est redevenu l\u2019homme des villes et le grand voyageur que l\u2019on connaît.Il écrase la tête de son cigare puis nous serre joyeusement la pince.Entre l\u2019hédoniste urbain que nous rencontrons aujourd\u2019hui et la personnalité contemplative devinée au fil des courts chapitres de La panthère des neiges, le contraste est saisissant.Il peut bien avoir le cœur à la fête : il vient de remporter le Renau- dot, alors que son livre, sorti quelques semaines après la date limite, n\u2019était même pas inscrit parmi les finalistes.Même s\u2019il est à son aise dans l\u2019agitation du monde civilisé, Tesson n\u2019est plus le même depuis que son regard a croisé celui de la panthère des neiges dans les montagnes de la Haute-Asie.« Je ne veux pas faire de la spiritualité de bistrot, ironise-t-il, mais, en plus de la majesté de cet animal, c\u2019est l\u2019expérience de l\u2019attente et de la patience qui s\u2019est avérée bienfaitrice.Elle a confirmé en moi le sentiment que nous nous trompons quand nous vivons dans la vitesse et dans la satisfaction immédiate de nos désirs.C\u2019est une évidence ; c\u2019est presque banal de le dire, mais, pourtant, jamais nous ne prenons vraiment le temps de nous arrêter.» En lui s\u2019étaient déjà infusées les vertus de cette attente lorsqu\u2019il a vécu six mois dans la solitude d\u2019une cabane aux abords du lac Baïkal, une aventure racontée d\u2019une plume délicate et philosophe dans Les forêts de Sibérie.Il a maintenant poussé l\u2019aventure un cran plus loin dans le froid des montagnes tibétaines en compagnie du photographe animalier Vincent Munier, s\u2019initiant à la technique de l\u2019affût et passant de longues heures à attendre l\u2019animal en se modelant à ses comportements.Renoncer à l\u2019humanisme ?Il ne reste plus que 4000 ou 5000 panthères des neiges dans le monde.Les chercher dans les massifs asiatiques, en risquant bien de ne jamais les trouver, est une manière pour le moins radicale de se confronter au rô- le joué par l\u2019être humain dans la qua- si-extermination de ces félins qui fu- S rent jadis souverains sur leurs terres.« Le déni n\u2019est plus possible, affirme Sylvain Tesson.Arpenter ce territoire, qui est encore sauvage mais qui a tout de même été amputé par l\u2019homme, permet de prendre la mesure de nos erreurs.Mais ainsi va l\u2019homme : il attend qu\u2019un problème affecte durement son propre quotidien pour en prendre conscience.» « Munier n\u2019est pas un humaniste », écrit d\u2019ailleurs Tesson au sujet de son camarade d\u2019expédition.Trop sensible à la splendeur des bêtes pour se réjouir des progrès de l\u2019homme.« Si l\u2019humanisme implique, comme c\u2019est trop souvent le cas, de placer l\u2019humain au centre de notre conception du monde en omettant la nature et les animaux, je n\u2019en suis pas non plus », lâche Sylvain Tesson.Et le divin fut Miracle.Après quelques jours d\u2019affût, la panthère est apparue.Une vision irréelle.Et même une impression « d\u2019accéder à l\u2019arrière-monde », comme le dit Tesson.« Même si l\u2019animal n\u2019en a que faire d\u2019interagir avec l\u2019humain, quelque chose de puissant s\u2019est produit dans le seul acte de nos présences partagées et dans le simple fait de regarder la noble créature.» Tesson n\u2019a pas peur des mots.Il n\u2019hésite pas à évoquer le sacré, le mystique.Il décrit un sentiment puissant, celui « d\u2019accéder pour vrai à une profonde altérité ».« C\u2019est difficile à expliquer, mais je pense que c\u2019est le caractère ancestral et archaïque de la présence de cet animal dans cet environnement qui touche à une dimension profondément spirituelle.Le livre, d\u2019ailleurs, expose ce ressenti mystique au sujet de la panthère mais aussi à propos d\u2019autres animaux rencontrés dans notre périple : loups, yacks, ânes, renards.» Si la vue de la panthère des neiges trace un chemin vers l\u2019au-delà, elle renvoie aussi celui qui la croise à son intériorité la plus profonde, selon Sylvain Tesson.Dans l\u2019œil imperturbable de la panthère, le voyageur a no- Même s\u2019il est à son aise dans l\u2019agitation du monde civilisé, Sylvain Tesson n\u2019est plus le même depuis que son regard a croisé celui de la panthère des neiges dans les montagnes de la Haute-Asie.PHILIPPE COUTURE C\u2019est difficile à expliquer, mais je pense que c\u2019est le caractère ancestral et archaïque de la présence de cet animal dans cet environnement qui touche à une dimension profondément spirituelle SYLVAIN TESSON » LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 CRITIQUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Lia, huit ans, a une irrépressible envie de découvrir sa vaste ville, remplie de parcs grouillants de vie, de commerces alléchants et autres endroits fascinants, mais le risque de se perdre est grand.Qu\u2019à cela ne tienne, armée de sa craie, elle dessine un immense jeu de marelle sur les trottoirs, avançant ainsi à petits coups de cases numérotées.Toutefois, rendue au numéro 143, impossible d\u2019aller plus loin, car un homme occupe l\u2019espace.S\u2019amorce alors un échange entre cet étrange vieillard et une petite entêtée.C\u2019est avec une infinie douceur que Nadine Poirier et Geneviève Després explorent le thème de l\u2019itinérance dans La case 144, album tout juste paru chez D\u2019eux.En abordant le sujet depuis la lorgnette de la petite aventurière, elles parviennent à magnifier le réel sans jamais amoindrir le drame qui se joue dans la rue.Pour la fillette, le vieil homme n\u2019est au départ qu\u2019un obstacle à son projet de marelle.Mais avec sa tasse craquelée posée devant lui et sa carpette « qui ressemblait au tapis volant d\u2019Aladdin » elle s\u2019imagine qu\u2019il est un génie et qu\u2019il pourrait exaucer ses vœux, notamment lui offrir une boîte de craies neuves afin qu\u2019elle poursuivre son projet.Poussée par ce dessein au départ bien égoïste, elle se lie d\u2019amitié avec lui et prend conscience petit à petit, et à sa façon, de son état.Sans jamais nommer explicitement l\u2019itinérance, jouant de finesse et de Lire Tout au bout de la craie Les Éditions D\u2019eux présentent avec délicatesse la rencontre entre une petite fille et la rue La case 144 1/2 Nadine Poirier et Geneviève Després, Éditions D\u2019eux, Sherbrooke, 2019, 40 pages poésie, Nadine Poirier évite le piège de l\u2019éducation ou de la morale.Le regard exempt de jugements que pose Lia sur cet homme, son approche naïve et brodée de merveilleux est d\u2019une authenticité et d\u2019une candeur à couper le souffle.Sa connaissance de la rue, d\u2019abord limitée à ce jeu de marelle, se transforme une fois que l\u2019enfant est arrivée aux pieds du sans- abri.Mais encore là, Poirier ne verse pas dans le mélodrame ou pire la pitié.Elle investit plutôt l\u2019entraide, l\u2019amitié, le réconfort à grandes doses d\u2019humanité.Cette approche pure et franche, présentée à hauteur d\u2019enfant est appuyée par un visuel tout aussi évocateur.Le style chaleureux et tout en rondeur de Geneviève Després permet la mise en scène d\u2019un univers à la fois bien campé dans le réel \u2014 dans cette ville qui a des airs de Montréal, avec ses ruelles, ses panneaux de signalisation, ses maisons aux escaliers en colimaçon \u2014 et situé quelque part en dehors du temps, dans le merveilleux de cette rencontre.La couleur joue pour beaucoup dans cette enveloppante amitié, notamment grâce au jaune éclatant qui auréole chacune des scènes.S\u2019ajoutent à ce portrait différentes perspectives insistant tantôt sur l\u2019émotion des visages, tantôt sur des plans d\u2019ensemble de la rue.Quelques vues en plongée laissent deviner le réel écrasant alors que des plans horizontaux insistent sur des moments forts de la rencontre.Le jeu entre la réalité du vieillard et l\u2019imagination de la petite est par ailleurs perceptible dans quelques pages transparentes disposées dans la première moitié du récit pendant laquelle Lia rêvasse d\u2019un génie capable d\u2019exaucer des vœux.Et la case 144 dans tout ça ?Il faut aller voir, tout au bout de la craie.Nadine Poirier sera au Salon du livre de Montréal les 21 et 22 novembre et Geneviève Després y sera du 21 au 23 novembre.Deux pages d\u2019illustrations de Geneviève Després tirées de La case 144 D'EUX P h .© P a s c a l I t o \u2013 C o u v e r t u r e : P h o t o m o n t a g e © S h u t t e r s t o c k / R o m a s h k a 2 , © S h u t t e r s t o c k / Z e v e c t o r FRÉDÉRIC LENOIR Et si un ange se cachait parmi vos amis ? LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 CRITIQUE GENEVIÈVE TREMBLAY LE DEVOIR Petite plaquette de courts chapitres au titre joliment métaphorique, Pour nous libérer les rivières n\u2019est pas seulement un plaidoyer.C\u2019est aussi, dans sa mesure, une petite bombe sur les chemins faciles tracés devant soi et devant le « nous » entendu comme société.Où faut-il chercher et trouver le sens, aujourd\u2019hui, dans un monde accablé par les urgences ?Pour le cinéaste Hugo Latulippe, la force la plus apte à faire dévier nos esprits et nos corps de leurs axes, à nous affranchir, c\u2019est l\u2019art.Ce seizième essai de la collection Documents, lancée en 2012 par Atelier 10, tombe à point : Hugo Latulip- pe se place en effet au centre des lignes de force de notre époque (rationalité, destruction de la nature, consommation) pour défendre l\u2019idée que l\u2019art est un formidable véhicule pour éveiller les consciences, rétablir les liens perdus et donner l\u2019envie d\u2019agir.Aucun ton moralisateur ici, bien que son regard sur le « nous » soit sévère et sans filtre : porté par une poésie viscérale, cet essai personnel se revendique « du monde de l\u2019intuition et des sentiments », une posture concrète et sincère qui se révèle, au fil du texte, bien plus efficace que n\u2019importe quel ouvrage universitaire.Comme point de départ de son discours, Hugo Latulippe revient sur sa propre initiation à l\u2019art, vu non comme un divertissement mais comme un éveil, un miroir.« Léolo catalyse ma colère de jeune adulte.Il nomme le malaise de la civilisation que je sens dans ma chair, avec poésie », se remémore le cinéaste, que le film de Jean-Claude Lauzon, sorti en 1992, a violemment sonné.Cette première révolte, il ne l\u2019a jamais oubliée \u2014 à preuve, elle a généré cette réflexion\u2026 plus de deux décennies plus tard.En six chapitres, qui font l\u2019effet de vagues d\u2019idées habilement déployées, Hugo Latulippe pèle couche par couche l\u2019enveloppe qui brouille notre rapport à l\u2019art en rayonnant du cœur au territoire, à l\u2019identité, au sacré, au politique \u2014 car la désobéissance, qu\u2019il préconise, est éminemment politique.« L\u2019art est un peuple qui se permet de réfléchir à voix haute », statue-t-il, évoquant notamment le lien causal entre le recul de l\u2019art et celui de la démocratie.Sa démarche n\u2019est d\u2019ailleurs pas qu\u2019individuelle : pour nourrir sa pensée, le cinéaste a discuté avec une vingtaine d\u2019artistes québécois (dont Véronique Côté, Hélène Dorion et David Goudreault), dont la parole, sous forme de citations, fait écho à la sienne.Si son propos est vaste et forcément très dense, ce qui donne à l\u2019occasion le sentiment d\u2019avoir seulement survolé un enjeu, Hugo Latulippe reste d\u2019une remarquable cohérence et donne à sa colère une juste ambition.Si la norme et le confort appauvrissent les intérieurs, et si les intérieurs ne produisent plus d\u2019étincelles, comment allumera-t-on le feu général nécessaire pour libérer ce que nous sommes et voulons être ?D\u2019où son appel à l\u2019action, égrené en verbes comme une psalmodie : il faut s\u2019armer d\u2019art et oser, douter, résister, inventer, désarçonner, refonder.Hugo Latulippe sera au Salon du livre de Montréal le 23 novembre.Pour nous libérer les rivières Hugo Latulippe, avec des œuvres de Stéphanie Robert, Atelier 10, Montréal, 2019, 96 pages Hugo Latulippe se place au centre des lignes de force de notre époque pour défendre l\u2019idée que l\u2019art est un formidable véhicule pour éveiller les consciences.PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE L\u2019art comme allume-feu Le cinéaste Hugo Latulippe livre un plaidoyer poétique pour faire dévier de son axe notre récit du monde CRITIQUE SÉBASTIEN VINCENT COLLABORATEUR LE DEVOIR Au cœur de l\u2019univers tumultueux et instable de Donald Trump, une constante demeure : le 45e président des États-Unis affiche un remarquable dédain, voire une haine profonde, envers le New York Times et CNN, qu\u2019il accuse, entre autres choses, de rapporter des faussetés.Ces médias incarneraient « l\u2019ennemi du peuple », selon l\u2019expression attribuée à Steve Bannon, l\u2019un des controversés ex-conseillers de Trump.Jim Acosta, correspondant bien en vue de CNN à la Maison-Blanche, connaît les rouages de la politique américaine.Il a couvert Trump durant la campagne de 2016, puis pendant les deux premières années du présent mandat présidentiel.Il s\u2019est fait remarquer par sa pugnace volonté de poser de dérangeantes questions et de répondre du tac au tac à Trump lors de houleuses conférences de presse.Fort de cette expérience, Acosta a écrit L\u2019ennemi du peuple.Dernière élection présidentielle, enquête sur la collusion russe, politique d\u2019immigration controversée, émeute de Charlot- tesville : le reporter revient sur l\u2019actualité américaine des trois dernières années, « la plus grosse affaire politique de ma vie » note-t-il, sans toutefois révéler rien de profondément nouveau.D\u2019une plume alerte, il raconte les dysfonctionnements qui plombent la Maison-Blanche.Il met surtout en lumière ses propres différends avec Trump et son équipe.Le président l\u2019a qualifié de « colporteur de fake news » et d\u2019« ennemi public numéro un ».Pour sa part, Acosta désigne Trump comme un « être impudent » et un « nativiste excentrique », qui a déclaré la guerre aux faits.La Maison- Blanche a fini par révoquer sa carte de presse, qu\u2019il a récupérée après une fructueuse action en justice.Malgré l\u2019adversité, qu\u2019on l\u2019accuse parfois de lui-même provoquer et nourrir, Acosta refuse de s\u2019incliner.Il demeure libre.Il conserve son style, insistant, il est vrai.Plein de lui-même par moments, le journaliste se place au centre des intrigues qu\u2019il décrit.Il se donne raison.Sur un ton péremptoire, il revient à satiété sur l\u2019idée que les reporters comme lui recherchent la vérité.Celle-ci « est plus forte qu\u2019un président, même s\u2019il se comporte en brute ».Il soutient que ses collègues et lui dispensent un service public essentiel pour le bien du pays.Cela sous-entend qu\u2019il leur incombe, en justiciers, de défendre les États-Unis contre le mensonge et le mal incarnés par Trump et son gouvernement.Ainsi, la neutralité ne servirait plus vraiment face au mode de gouvernance de ces derniers.Du petit-lait pour les détracteurs conservateurs d\u2019Acosta, qui l\u2019accusent de partialité.L\u2019ennemi du peuple ne distille pas de troublantes révélations comme l\u2019ont fait les remarquables brûlots de Michael Wolff et de Bob Woodward parus récemment.Il décrit les interactions souvent conflictuelles, sinon violentes, entre les médias d\u2019information et les membres actuels de la Maison- Blanche.Sur un mode plus personnel, l\u2019essai dépeint un homme en colère, qui résiste et refuse de voir ses enfants grandir dans une Amérique où la presse constituerait un ennemi.Lire Essai 32 Le combat de Jim Acosta Le correspondant de CNN trace le bilan des trois dernières années à la Maison-Blanche L\u2019ennemi du peuple 1/2 Jim Acosta, traduit de l\u2019anglais par Santiago Artozqui, HarperCollins France, Paris, 2019, 422 pages D\u2019une plume alerte, le journaliste raconte les dysfonctionnements qui plombent la Maison-Blanche.Il met en lumière ses propres différends avec Trump et son équipe.JIM WATSON AGENCE FRANCE-PRESSE LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Quand je constate que le ratio d\u2019endettement des ménages québécois s\u2019élève à plus de 160 % et que 46 % de mes compatriotes se disent à 200 $ du seuil d\u2019insolvabilité, je frémis.Je suis, en cette matière, de la vieille école.Je viens d\u2019une famille modeste qui craignait l\u2019endettement comme la peste et qui, pour cette raison, n\u2019achetait que ce qu\u2019elle avait les moyens de se payer directement.Mes parents, le croirez-vous, n\u2019ont jamais eu de carte de crédit.Ils ont vécu et vivent encore modestement, tout en sachant faire preuve de générosité.J\u2019ai longtemps cru qu\u2019ils étaient, sur le plan économique, ordinaires.Je sais, au- jourd\u2019hui, qu\u2019ils sont plutôt extraordinaires, parce que leur mode de vie les a rendus libres.Le débiteur, en effet, est un esclave.« La perte d\u2019autonomie qui résulte de l\u2019endettement comme horizon permanent de la vie est un puissant outil de domination dans la mesure où il [sic] vient inscrire l\u2019individu dans un rapport de pouvoir continu », écrit le géographe et économiste Sébastien Rioux dans l\u2019introduction de Dans le rouge (M éditeur, 2019, 192 pages), un ouvrage collectif marqué à gauche sur les enjeux liés à l\u2019endettement des ménages québécois.Son collègue Mathieu Dufour enfonce le clou en ajoutant que « l\u2019endettement personnel peut également être un frein aux velléités revendicatrices des travailleur-eu- ses ».On ne fait pas la grève, en effet, quand on est à 200 $ de l\u2019insolvabilité.Les patrons le savent et en profitent pour ne pas augmenter les salaires, ce qui nourrit le cercle vicieux de l\u2019endettement.Comment s\u2019extirper de cette trappe financière ?Cesser de surcon- sommer serait assurément un bon premier pas à faire.Les pauvres, ici, c\u2019est-à-dire le million de Québécois qui se trouvent en situation de faible revenu, ne sont pas en cause.Les autres, toutefois, ont-ils vraiment besoin de ces maisons démesurées, de ces voitures trop chères, de ces voyages dispendieux ?Serais-je en train, écrivant cela, de faire un Pierre-Yves McSween de moi ?J\u2019espère que non.Le comptable médiatique incarne une classe moyenne entrepreneuriale qui ne chante la simplicité volontaire qu\u2019afin de se dégager une marge d\u2019investissement.McSween, c\u2019est du petit capitalisme pour tous, c\u2019est Séraphin investisseur.C\u2019est une recette pour tirer profit d\u2019un système toxique.Ma perspective relève plutôt d\u2019un véritable épicurisme incitant à distinguer les vrais plaisirs des faux et à chercher le bonheur et la liberté ailleurs que dans les biens matériels.Un problème collectif Les collaborateurs à Dans le rouge vont plus loin et ils ont raison.Ils montrent, comme l\u2019écrit Rioux, « que l\u2019endettement n\u2019est pas un phénomène individuel ancré dans la mauvaise gestion financière personnelle, mais une relation sociale caractéristique du capitalisme fi- nanciarisé ».Depuis 40 ans, le pouvoir d\u2019achat des Québécois s\u2019effrite.Une foule de décisions politiques d\u2019inspiration néolibérale ont fait augmenter la précarité : réforme de l\u2019assurance chômage, politiques d\u2019équilibre budgétaire, lois spéciales de retour au travail, resserrement de l\u2019accessibilité à l\u2019aide sociale, maintien d\u2019un salaire minimum trop bas, augmentation des droits de scolarité, recul de l\u2019accès à de bons régimes de pension et assouplissement des conditions d\u2019emprunt hypothécaire (avec augmentation du prix des maisons à la clé).« À mesure que s\u2019effritait la condition salariale, explique la sociologue Julia Posca, la carte de crédit s\u2019est imposée comme un instrument de paiement courant et un moyen pour les salarié-es de soutenir leur pouvoir d\u2019achat \u2014 plutôt que de simplement le compléter.» Les patrons et leurs alliés politiques veulent payer les salaires les plus bas possible, tout en continuant de faire rouler l\u2019économie à leur bénéfice.Le crédit est leur sésame : payant pour eux, il s\u2019avère de plus un outil de soumission des salariés.Quand les tenants de la gauche économique font appel à une intervention de l\u2019État pour renverser cette situation, ils se font répondre que l\u2019ampleur de la dette publique interdit ce recours.Le politologue Philippe Hurteau démolit brillamment cette argumentation en montrant que la dette québécoise, maîtrisée, n\u2019est pas un obstacle à une intervention étatique favorable à la justice sociale.Cette intervention passerait notamment, selon Rioux, par une hausse du financement public des études postsecondaires, par une augmentation des salaires minimums et autres, par une bonification de l\u2019assurance- emploi, par des politiques d\u2019accès au logement, par un meilleur financement des retraites, par la lutte contre l\u2019évasion fiscale, par la hausse des taux d\u2019imposition des plus riches et, possiblement, par la création d\u2019une banque publique.Il ne s\u2019agit pas de faire crédit à la surconsommation, mais d\u2019affranchir le monde ordinaire de l\u2019esclavage de l\u2019endettement.Dans la marge LOUIS CORNELLIER CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Le 20 septembre dernier, à l\u2019antenne de France Inter, Alain Finkielkraut déclarait : « Nous avons mieux à faire pour sauver ce qui peut l\u2019être de la beauté du monde que de nous mettre au garde-à-vous devant Greta Thun- berg et les abstraites sommations de la parole puérile.» À la militante, qui, au nom de la science, prévient l\u2019ONU d\u2019« une extinction de masse », il préfère « ceux qui préconisent une écologie poétique ».Là est le problème.Tourné vers le passé, l\u2019essayiste français, soucieux de la beauté du monde et non pas de sa simple survie, s\u2019approche de l\u2019esthétisme de Marcel Proust, influencé par l\u2019écrivain britannique John Ruskin (1819- 1900), contempteur du manque de splendeur de la civilisation industrielle.Il sous-estime le réchauffement climatique, le grand péril selon Greta Thunberg et la journaliste américaine Elizabeth Kolbert, qui a gagné en 2015 le prix Pulitzer de l\u2019essai pour son livre The Sixth Extinction.À ceux qui le traitent de réactionnaire à cause d\u2019attitudes semblables, Fin- kielkraut réplique par des confidences dans son court essai À la première personne.Il y résume la situation : « Au fanatisme islamique, la France et l\u2019Europe répondent par le nihilisme égalitaire.Depuis La défaite de la pensée, je m\u2019efforce de combattre l\u2019un sans rien céder à l\u2019autre.La bataille n\u2019est pas gagnée.On peut même affirmer, sans verser dans le catastrophisme, que les chances de succès sont minces.» Pour montrer que le mépris à son endroit vient de haut, il cite le philosophe prestigieux Alain Badiou, professeur émérite de l\u2019École normale supérieure de la rue d\u2019Ulm, qui voit en lui « l\u2019académicien du suprématisme occidental », venu « des profondeurs abyssales de la pire réaction ».Ce jugement se comprendrait si l\u2019on prenait au pied de la lettre l\u2019épilogue du livre de Finkielkraut : « La réconciliation avec la pluralité humaine n\u2019a pas eu lieu.Et cet échec tient à la démocratie elle-même.» Mais l\u2019autodérision sauve l\u2019auteur aux yeux des démocrates sourcilleux.Il cite une phrase de Georges Berna- nos, écrivain qu\u2019il admire : « Il y a des vérités qu\u2019on ne saurait dire, ni même écrire, en habit de carnaval.» Finkielkraut a pourtant, après de longues hésitations, accepté d\u2019entrer à l\u2019Académie française, de revêtir cet habit de carnaval, l\u2019habit vert, et de porter l\u2019épée.Pour le faire, son fils lui a rappelé que ses parents juifs polonais, survivants de la Shoah, seraient fiers de lui.La défense de l\u2019État d\u2019Israël porte Finkielkraut à s\u2019insurger contre une gauche qui voit dans le sionisme un racisme antiarabe.L\u2019humour tempère sa fureur lorsqu\u2019il cite le romancier juif américain Philip Roth à propos des « pogroms » du New Jersey : « Il faut aller au cabinet de chirurgie esthétique où les filles se font refaire le nez.C\u2019est là que le sang juif coule\u2026 » Pour venger ce sang, Finkielkraut ne peut que brandir son épée d\u2019académicien.33 Lire Essai Alain Finkielkraut aidé par son humour L\u2019essayiste français recourt à l\u2019autodérision pour adoucir sa fureur polémique À la première personne Alain Finkielkraut, Gallimard, Paris, 2019, 128 pages Tourné vers le passé, l\u2019essayiste français, soucieux de la beauté du monde et non pas de sa simple survie, s\u2019approche de l\u2019esthétisme de Marcel Proust.ÉRIC FEFERBERG AGENCE FRANCE-PRESSE LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Lire Essai 34 La totalité, c\u2019est louche Avec l\u2019essai Phora.Sur ma pratique de psy, Nicolas Lévesque défend une pratique populaire, politique et singulière « péché du savoir » qui se reproduit régulièrement dans son bureau : « Les patients sont désarçonnés de voir que la psychanalyse n\u2019est pas une affaire de singes savants.Et pour être honnête, souvent, le psychanalyste inquiet sort ses gros concepts afin de justifier son prix\u2026 » Le devenir-machine Aux yeux de Lévesque, si la psychologie humaine s\u2019est développée dans les pays riches, c\u2019est avant tout parce que l\u2019ennemi est généralement considéré comme une menace interne, alors que, dans les pays pauvres, celui-ci est perçu comme une menace externe.Le problème de ce type de raisonnement signifie qu\u2019ultimement, toute idée d\u2019un inconfort psychique se révèle culpabilisante.C\u2019est le mythe de l\u2019Amérique (et du « marketing inspirationnel ») où le quidam motivé peut réussir avec un peu de bonne volonté.« C\u2019est aussi l\u2019idée que si ça ne marche pas, c\u2019est de ta faute, car ça ne peut pas être celle de la société », ajoute Lévesque.L\u2019homme dont la thèse de doctorat portait sur le deuil avoue d\u2019ailleurs avoir vu beaucoup d\u2019idées suicidaires naître sous l\u2019effet d\u2019un contact perdu non pas avec la vie, mais avec le vivant.Une observation qui n\u2019est pas sans rappeler les mots de Jacques Ferron dans Les salicaires : « Vous aviez oublié qu\u2019on peut mourir en continuant de vivre, se survivant sur terre comme en enfer\u2026 » À des lieues de la psychologie normative des courants « psycho-pop », proposant des solutions générales à des problèmes particuliers, Lévesque croit que la médecine, tout comme la psychologie, devrait être plus politique afin de comprendre les maux et les répercussions d\u2019un monde de plus en plus machinal.« Je pense qu\u2019avant, on était dans la culpabilité, on était en lutte contre des autorités restreignan- tes.Aujourd\u2019hui, les gens font face à l\u2019absence de limites.On est dans l\u2019angoisse et la dépendance.Le \u201cdevenir- machine\u201d nous rend malades.» Sur ces mots, une main glisse en direction de Je suis vivant et vous êtes morts, placé à quelques centimètres de Lévesque.Quelque part dans ce roman, Emmanuel Carrère parle d\u2019un livre de Frederic Brown dans lequel une équipe de scientifiques construit un ordinateur géant où toutes les données du monde sont enfournées.Un jour, on pose à la machine une première question : « Dieu existe-t-il ?» La réponse ne se fait pas attendre : « Maintenant, oui.» Vous auriez dû voir le sourire de Nicolas Lévesque.Nicolas Lévesque sera au Salon du livre de Montréal le 23 novembre.Phora Sur ma pratique de psy Nicolas Lévesque, Varia, Montréal, 2019, 194 pages ENTREVUE RALPH ELAWANI COLLABORATEUR LE DEVOIR ans Les clans de la Lune alphane, publié en 1963, Philip K.Dick imagine une planète colonisée afin d\u2019accueillir des Terriens atteints de troubles psychiatriques.Finalement laissés à eux- mêmes, ceux-ci érigent en castes une société de malades belligérants.Dans Je suis vivant et vous êtes morts, biographie romancée de Dick, Emmanuel Carrère aborde ce roman où les psychoses sont observées sous l\u2019angle de la survie.L\u2019auteur de Limonov y met en avant deux concepts : idios kosmos (la « vision singulière de l\u2019univers ») et koinos kosmos (le soi-disant « univers objectif »).Ces deux termes, le psychologue et psychanalyste Nicolas Lévesque les reconnaît, intrigué, alors que Le Devoir déroule sous ses yeux un tapis d\u2019ouvrages \u2014 tarot d\u2019intertextualité que son plus récent essai, Phora.Sur ma pratique de psy, a brassé, un peu par hasard.Parmi ces livres : Ce que dit l\u2019écorce, que Lévesque a coécrit avec Catherine Mavrikakis ; Du fond de mon arrière-cuisine, de Jacques Fer- ron ; et La vie sexuelle de Catherine M., de la critique d\u2019art Catherine Millet.Le premier n\u2019a pas vraiment de secret pour Lévesque.Le deuxième est l\u2019un de ses livres de chevet.Le troisième, il ne l\u2019a pas encore lu, mais un passage le frappe : « [C]e livre fut le moyen d\u2019exposer le modèle unique de ma singularité [\u2026] il a consommé la séparation entre le sujet du livre et son auteur et il permet leur cohabitation en parfaite intelligence.» Et si quelqu\u2019un, quelque part, venait de résumer à la fois la plus récente entreprise littéraire et la pratique de psy de Nicolas Lévesque ?À bas la linéarité Au moment où l\u2019homme de 45 ans lève les yeux du livre de Catherine Millet, une première observation brise la glace : « Phora est plein de sucre, mais on y cherche les bibittes.» Lé- vesque sourit.C\u2019est que son livre, qui s\u2019ouvre sur les mots « Depuis que je n\u2019écris plus, la Terre continue de tourner », met en scène des observations compilées durant un mois de pratique.Un mois au cours duquel il s\u2019est interrogé sur son travail et a brossé le portrait, par petites et grandes fulgurances, du type de séances qui se déroulent dans son bureau \u2014 où, pour une raison qu\u2019on s\u2019explique mal, plusieurs patients semblent enclins à lui offrir des pâtisseries, du chocolat et autres D aliments forts prisés des bactéries ca- riogènes.« Je connais bien les limites de l\u2019éthique et de la déontologie.J\u2019ai eu le courage d\u2019écrire ce livre, mais je ne suis pas à 100 % sûr de mon affaire », explique-t-il, ajoutant qu\u2019il a aussi rédigé son ouvrage pour les psys.L\u2019idée n\u2019était pas de creuser les troubles de ses patients, mais plutôt d\u2019affirmer l\u2019importance de la singularité dans son approche.Tâcheron du cimetière traumatique de l\u2019inconscient, Lévesque affirme avoir été défroqué par sa pratique, un brin à l\u2019image de son père, qui a (effectivement) défroqué lors de sa psychanalyse.« Ma pratique a défait le côté théorique.La théorie ne peut tenir trop longtemps devant le réel », croit-il.D\u2019ailleurs, la théorie et les écoles de pensée, Lévesque s\u2019en méfie.« Je n\u2019aime pas les grandes explications totalisantes où tout un système est parfaitement emboîté.Je trouve ça louche, la totalité.J\u2019aime que mon quotidien soit fragmenté.» Si la vie de psy de Nicolas Lévesque est ponctuée de séances à durée fixe, sa pratique d\u2019écriture en est une de fragments sans longueur prédéterminée.« Ça vient contrer l\u2019idée qu\u2019un être humain est nécessairement cohérent dans sa vie et sa pensée », soutient l\u2019homme dont l\u2019occupation est avant tout d\u2019éponger un crachin constant d\u2019évocations.Aragon affirmait que le « style noble de la pensée » est une chose que nient les psychologues.À ce titre, Nicolas Lévesque n\u2019est peut-être pas loin du « fou d\u2019Elsa ».En rupture de ban avec les chapelles, il est de ceux qui croient notamment que la psychanalyse s\u2019est tuée avec des guerres d\u2019écoles.« Il y a quelque chose de classiquement gars dans le fait de vouloir appartenir à une équipe.À mon avis, les femmes et le féminisme ont à un certain point permis de repenser la singularité.» À ces guerres d\u2019écoles (« tel grand Phallus [a] pensé avant moi, ma réalité confirme sa théorie »), ajoutons l\u2019évolution du rôle du psychanalyste.Comme l\u2019écrit l\u2019auteur : « Il est fort possible que le mot \u201cpsychanalyse\u201d ne soit plus le meilleur pour qualifier ce que je fais.» Il précise que celui-ci a été récupéré par une société ratio- nalisante qui entretient le fantasme de résoudre des énigmes.Un type de L\u2019auteur, psychologue et psychanalyste Nicolas Lévesque VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Il y a quelque chose de classiquement gars dans le fait de vouloir appartenir à une équipe.À mon avis, les femmes et le féminisme ont à un certain point permis de repenser la singularité.NICOLAS LÉVESQUE » LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 C U L T U R E Notre pianiste étant un homme passablement malin, dans le sens le plus intelligent du terme, il a donc invité le trompettiste Harrell et construit un programme fait essentiellement de standards : The Man I Love, I Can\u2019t Get Started, Out of Nowhere, All the Things You Are, etc.Plus précisément, il voulait que Harrell soit dans une situation différente de celle à laquelle il nous a habitués.Mais encore ?Il voulait que nous, les amateurs, entendions Harrell ciseler les notes des grands thèmes du jazz et non les pièces originales qui composent la grande majorité de ses enregistrements.Le résultat est à la fois étonnant et beau.Tout bêtement.Il en est ainsi parce qu\u2019à la différence des deux autres pianistes réputés inclinés à la musique classique, soit Keith Jarrett et Brad Mehldau, Iverson possède un jeu exempt de préciosités.Tout sentimentalisme a été banni.Autrement dit, le jeu de ce dernier oscille entre la clarté et la précision d\u2019un Alfred Brendel ou d\u2019un Arturo Benedetti et les déhanchements, les à-coups, d\u2019un Thelonious Monk ou d\u2019un Hampton Hawes.Son jeu est en fait l\u2019un des plus passionnants de l\u2019histoire.Point.Tom Harrell ?Dans son cas, nous voici dans l\u2019obligation de rappeler tout d\u2019abord que le pauvre homme souffre de schizophrénie depuis des lunes et des lunes.On ne sait pas si les ravages de celle-ci sont à l\u2019origine d\u2019une mutation de son jeu ou si l\u2019air du temps qui planait ce soir-là sur New York en général, et sur le Village Vanguard en particulier, avait fait le lit de la mélancolie, mais rarement a-t-on entendu un Harrell aussi fragile.Il parvient toujours à formuler une proposition simple, mais peine à y greffer une subordonnée sans tristesse.En d\u2019autres termes, Harrell s\u2019avère ici l\u2019héritier parfait de Chet Baker.Quant au batteur Eric McPherson et au contrebassiste Ben Street, il faut souligner que, si Iverson les a choisis, c\u2019est que ces deux bonshommes, outre évidemment une maîtrise hors du commun de leur instrument respectif, sont eux aussi des savants.L\u2019un et l\u2019autre sont réputés étudier et travailler jour après jour les compositions de tous.Tout cela fait que ce disque, ce Common Practice, est un très grand disque.Le pianiste Ethan Iverson au Newport Jazz Festival, Rhode Island, il y a quelques années JOE GIBLIN ASSOCIATED PRESS Common Practice Ethan Iverson Quartet avec Tom Harrell, ECM En concert cette semaine Tous les mercredis, la Casa Obs- cura, située au 4381 de la rue Papineau, propose une soirée d\u2019improvisation souvent animée par le « plus meilleur » saxophoniste alto de ce côté-ci de l\u2019Atlantique, soit évidemment Jean Derome.Mercredi prochain, le 27 novembre, c\u2019est plutôt le contrebassiste Nicolas Caloia qui animera cette série baptisée Mercredimusics, tandis que la semaine suivante, le 4 décembre, ce sera au tour de Susanna Hood, en voix et en danse, de faire de même.Pour de plus amples informations : casaobscura.35 Jazz Au sommet avec Iverson et Harrell Le pianiste et le trompettiste offrent, avec Common Practice, un grand disque, beau et étonnant BILLET SERGE TRUFFAUT COLLABORATEUR LE DEVOIR our être attendue, elle l\u2019était avec une impatience marquée.Quoi donc ?La publication d\u2019un dialogue musical poursuivi lors d\u2019une froide soirée de janvier 2017 au Village Vanguard à New York.La publication, devrait-on spécifier, d\u2019un sommet, puisque le pianiste Ethan Iverson et le trompettiste Tom Harrell en étaient les acteurs.Voilà donc que cette rencontre vient de sortir sous l\u2019étiquette ECM sous le titre Common Practice avec Ben Street à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie.En fait, il s\u2019agit du premier album d\u2019Iverson sous ECM.Ah ! Iverson, on l\u2019adore ! Encore plus depuis qu\u2019il a quitté The Bad Plus, car ainsi plus personne ne peut brider son art, son parcours, son travail d\u2019encyclopédiste.À preuve : son blogue Do the Math, qu\u2019il alimente depuis plus de 15 ans par ses analyses de la musique des autres, ses entretiens avec les cadors du jazz, mais aussi ceux de la musique classique, dont\u2026 Marc-André Hamelin ! Grand admirateur de ce dernier, Iverson propose sur son blogue une très longue et savante entrevue.Mais revenons à Common Practice.P LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture Écrans 36 présente un couple nanti.Elle, journaliste d\u2019actualité à la télé.Lui, chef cuisinier.Lorsque nous faisons leur connaissance, ils ont perdu leur enfant.Pour traverser leur deuil, ils ont remplacé l\u2019enfant perdu par une poupée, incroyablement réaliste.Elle remplit le vide causé par la disparition.Ils ont même engagé une nounou pour en prendre soin.Lorsqu\u2019on s\u2019engage, pour notre part, dans l\u2019hôtel où se déroulent les entrevues de Servant, on entend Tony Bas- gallop, le scénariste, apostropher Toby Kebbel, l\u2019acteur : « Alors, combien de fois t\u2019as déjà répété la même chose ?» C\u2019est que, dans les tables rondes organisées pour discuter de grosses productions de ce type, les mêmes questions ont tendance à revenir.Et les interviewés, à se répéter.L\u2019immortelle « Qu\u2019est-ce qui vous a inspiré ?» n\u2019est jamais bien loin.Sitôt que l\u2019on prend place dans la pièce où se tiennent les entretiens, une consœur envoie ladite question au scénariste : « Pouvez-vous nous dire ce qui vous a inspiré à écrire cette série ?» En bon pro, Tony Basgallop répond qu\u2019après avoir eu des enfants, il s\u2019est mis à avoir peur de leur faire accidentellement du mal.« Je ne me sentais pas prêt à être parent.J\u2019ai donc imaginé ce qui pourrait arriver de pire.» Le fruit de cette imagination a donné ce Servant.Un huis clos, ou presque, porté par ce couple rongé par des tensions terribles, des disputes magistrales, des phénomènes surnaturels inexplicables, et n\u2019arrivant pas à accepter la perte de son nouveau-né.« Pensez-vous que c\u2019est la raison pour laquelle les gens achètent de plus en plus de chiens robots ?Parce qu\u2019ils ont peur d\u2019avoir des bébés ?» s\u2019enquiert alors notre consœur, poussant Tony à lever un sourcil étonné.Visiblement, il n\u2019a pas consulté les récentes statistiques en matière de compagnons canins robotisés.Il enchaîne donc en racontant le procédé de création.« J\u2019avais écrit deux épisodes.Ils traînaient dans mon tiroir.Je les ai donc filés à la compagnie de production Escape Artists en disant : \u201cVendez-moi ça pour 20 $!\u201d» Puis, « de manière typiquement hollywoodienne », le producteur Jason Blumenthal en a glissé un mot à M.Night Shyamalan durant un dîner d\u2019affaires.De manière tout aussi hollywoodienne, ce dernier a feint l\u2019intérêt.Mais quand il a fini par lire les mots de Tony Basgallop, il n\u2019a plus eu à feindre quoi que ce soit.Reconnaître les signes C\u2019est que, dans ce récit, le réalisateur de Signs a vu les signes, ou plutôt les influences, de son propre travail.Ainsi, dans Servant, MNS a détecté des traces de son Split.De Glass, aussi.M.Nuit énumère ces traces : « Il y avait une forme de minimalisme.Un Servant est servi Après plusieurs tentatives, M.Night Shyamalan produit enfin une télésérie.En direct de New York, il se confie avec son équipe.Servant, c\u2019est un huis clos, ou presque, porté par un couple rongé par des tensions terribles, des disputes magistrales, des phénomènes surnaturels inexplicables, et n\u2019arrivant pas à accepter la perte de son nouveau-né.PHOTOS APPLE TV + ENTREVUE NATALIA WYSOCKA COLLABORATRICE LE DEVOIR À NEW YORK n ce matin de novembre, la météo new-yor- kaise semble reproduire l\u2019ambiance de la série Servant.Le ciel est gris et oppressant.Quelque chose gronde (ou sont-ce les vibrations du métro ?).C\u2019est pourtant à Philadelphie qu\u2019a été tourné \u2014 et que se déroule \u2014 ce thriller dramatique psychologique horrifique.Même si c\u2019est l\u2019autre « grosse pomme », celle d\u2019Apple TV+, qui la diffuse.L\u2019ensemble est coproduit et coréa- lisé par M.Night Shyamalan.Le cinéaste à la carrière en dents de scie y E LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture Écrans 37 Servant Sur Apple TV+, dès jeudi Un drôle de plat Depuis le succès sensationnel de son Sixth Sense, en 1999, M.Night Shyamalan a connu des hauts (voir Split) et de très bas (voir ou passer outre The Last Airbender).Après une série de « presque séries », comme il dit, il offre finalement ce premier projet télé.Il a beau nous assurer qu\u2019il ne pensait pas DU TOUT au fait que les abonnés du service Apple TV+ (sur lequel Servant sera diffusée) visionneront probablement Servant sur leur cellulaire, la série semble spécialement conçue pour être vue sur un appareil mobile.Notons aussi que la direction photo est l\u2019œuvre du fidèle Mike Gioulakis, qui a également travaillé avec Jordan Peele sur l\u2019encensé Us.Les très gros plans sont nombreux.Ici, un ventilateur pour montrer qu\u2019il fait chaud à l\u2019intérieur.Là, un thermomètre pour évoquer la canicule extérieure.Mais c\u2019est vraiment en dedans que nous sommes presque tout le temps.Dans une luxueuse maison.Dans la chambre où la gardienne prie.Dans la baignoire où la maîtresse de maison se détend.Aux fourneaux où l\u2019époux fait des expériences.Crème glacée au homard.Anguille apprêtée vive.Le premier épisode est à point, la suite se dissout un peu.Côté liquides, le vin occupe une place de premier choix.Mais le traitement est quelque peu étrange.(Vous entendrez des phrases telles que : « On s\u2019est saoulés l\u2019autre soir avec deux bouteilles de grenache et de syrah » ou, à la lecture d\u2019une étiquette : « Zin\u2026 fan\u2026 del ?») En somme, Servant sert un mélange de genres curieux qui tantôt donne faim de savoir, tantôt coupe l\u2019appétit pour la suite.Voilà un drôle de plat, qui s\u2019apprécie peut- être mieux froid.côté contenu.De l\u2019humour noir.Des gens agissant de manière maniaque \u2014 pour une raison.Sous le divertissement se cachait du sombre.C\u2019était un mélange de genres.Une soupe.» Mais la soupe de Servant n\u2019est pas que métaphorique.On y ouvre boîte de conserve Campbell sur boîte de conserve Campbell.La nourriture est omniprésente.Particulièrement pour le chef affligé, qui tente d\u2019oublier sa tristesse en concoctant des croquem- bouches.« C\u2019est une façon pour lui de contrôler sa vie, note M.Night Shyamalan.Puisqu\u2019il n\u2019a pas pu contrôler ce qui lui est arrivé.Il cherche donc constamment le plat parfait, la saveur parfaite.C\u2019est presque une obsession.» Parlant de « presque obsession », on retrouve dans la série moult scènes de bain.Le cinéaste avait d\u2019ailleurs fait de l\u2019immersion en eau stagnante un élément de son Lady in the Water, un de ses films les moins bien reçus, paru en 2006.Notons ici que la « servante » du titre est incarnée par Nell Tiger Free, une actrice que les fidèles de Game of Thrones reconnaîtront comme « la seconde des deux comédiennes à avoir joué Myrcella Baratheon ».En entrant joyeusement dans la pièce ce jour-là, elle ignore tout le monde pour lire à voix haute son horoscope sur son téléphone : « L\u2019intimité émotionnelle est essentielle à votre bonheur.Il vous faut un partenaire qui fait attention à vous.» Le contraire ne pourrait être moins vrai dans la série, où son personnage isolé ne semble connaître aucune intimité.Si ce n\u2019est avec la poupée-bébé.« C\u2019est une femme à la fois bizarre, perturbante et attachante », résume-t-elle.Et s\u2019il nous fallait, nous, résumer l\u2019ensemble, nous utiliserions une réplique lancée par un personnage secondaire en fin de saison.« Quand nous sommes parents, chaque jour est une alerte Amber.» À cette mention, Nell Tiger Free lance joyeusement : « Moi, je n\u2019ai pas d\u2019enfants ! J\u2019en suis encore une ! » Mais Lauren Ambrose, qui prête ses traits à la mère endeuillée, approuve.« Oh oui, j\u2019ai des petits.Et je comprends leur fragilité.Leur résilience incroyable aussi », confie celle qui tient un premier grand rôle au petit écran depuis l\u2019iconique Six Feet Under, l\u2019une des œuvres qui ont lancé la « révolution télévisée » au début du siècle.« Oh God, laisse-t-elle tomber.Mon cœur se brise en pensant à la douleur de mon personnage.» Tout dévorer Le cœur du public inondé de contenu trouvera-t-il une place pour visionner ENCORE une autre production ?M.Night Shyamalan, qui en plus de coproduire a réalisé les épisodes 1 et 9, pense que oui.« Je mise sur ma façon de bouger ma caméra à telle vitesse, à tel moment, à tel angle et avec tel éclairage.Je compte aussi sur mes techniques de dinosaure \u2014 sans effets spéciaux et sans grand montage \u2014 pour que vous oubliiez absolument tout (votre téléphone, votre ordinateur, votre taco au micro-ondes) pour dévorer le tout.» Et puisque l\u2019on parle de bouffe, une autre question fuse autour de la table.Elle est adressée à Toby Kebbel et à Rupert Grint, acteurs et amis dans la vie : « Combien de steaks au fromage Philadelphia avez-vous mangés durant le tournage ?» Bons joueurs, les copains répondent, le visage étonnamment impassible : « Cinquante-trois.» « Ouais mec, cinquante-trois.» Visiblement, les deux Anglais vêtus de chics manteaux à collet ont développé, sur ce plateau, une véritable « bromance » (nous aimerions proposer le terme « gamitié »).Tobby joue le cuisinier.Rupert, son beau-frère américain.Ou, comme il le décrit : « Un prince impétueux du district financier.Un hédoniste sans responsabilités qui aime boire et fumer.» Un bon vivant qui se balade avec des bouteilles de La Tache et de Sine Qua None à la main.En résumé : un rôle drôlement différent de celui de « Ron l\u2019ami rouquin de Harry Potter » qui a fait sa renommée.Dixit son pote Toby : « Nous connaissons tous Rupert grâce à son travail fantastique au cinéma.Mais cette fois-ci, il est véritablement splendide.Shakespearien ! » Dans un ordre d\u2019idée similaire : la question « ciné versus télé » semble beaucoup travailler M.Night Shyama- lan.« Je passe beaucoup de temps à me demander pourquoi les gens trouvent qu\u2019un film de 160 minutes, c\u2019est trop long, alors qu\u2019ils sont prêts à enchaîner plusieurs épisodes d\u2019une série pendant six heures, lance-t-il jovialement.Est-ce parce qu\u2019ils ont le choix d\u2019arrêter ou de continuer plutôt que de devoir se taper le tout d\u2019un coup ?» D\u2019ailleurs, si on lui en laisse le choix à lui, le coproducteur, Servant sera beaucoup plus long que les dix épisodes tournés pour l\u2019instant.« Si tout se passe bien, je planifie conclure la série à 60.» Conclusion à venir, donc.Le Devoir a séjourné à New York à l\u2019invitation d\u2019Apple TV+.Je mise sur ma façon de bouger ma caméra à telle vitesse, à tel moment, à tel angle et avec tel éclairage.Je compte aussi sur mes techniques de dinosaure \u2014 sans effets spéciaux et sans grand montage \u2014 pour que vous oubliiez absolument tout (votre téléphone, votre ordinateur, votre taco au micro-ondes) pour dévorer le tout.M.NIGHT SHYAMALAN » Le réalisateur M.Night Shyamalan Le Messie Avec L'Harmonie des saisons Direction : Eric Milnes Chœur et orchestre sur instruments d\u2019époque Magali Simard-Galdès Soprano Emmanuel Hasler Ténor Florence Bourget Mezzo-soprano Marc Boucher Baryton SOLISTES Du 3 au 8 décembre Du 3 au 8 décembre 2019 Saint-Lambert AR Granby MER Vaudreuil-Dorion JEU Saint-Benoît-du-Lac SAM Repentigny DIM Boucherville DIM BILLETS festivalclassica.com PRÉSENTE EN COLLABORATION AVEC PARTENAIRES PUBLICS LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture Écrans 38 SAMEDI LA CHÈVRE (4) Fr.1981.Comédie de Francis Veber avec Pierre Richard, Gérard Depardieu, Michel Robin.- Un détective privé part au Mexique à la recherche de la fille d\u2019un industriel, en compagnie d\u2019un individu aussi malchanceux que la disparue.ARTV 12h LE GRINCHEUX (4) (Dr.Seuss\u2019 How the Grinch Stole Christmas), É.-U.2000.Comédie fantaisiste de Ron Howard avec Jim Carrey, Taylor Momsen, Jeffrey Tambor.- Dans une ville imaginaire, un être mesquin déteste tellement Noël qu\u2019il veut en priver tous les habitants.TVA 13h30 LES COMPÈRES (4) Fr.1983.Comédie de Francis Veber avec Pierre Richard, Gérard Depardieu, Stéphane Bierry.- Restée sans nouvelles de son fils adolescent, une femme met sur ses traces deux anciens amants en faisant croire à chacun qu\u2019il est le père du fugueur.ARTV 14h UNE PRINCESSE SUR LA GLACE (5) (Ice Princess), É.-U.2005.Drame sportif de Tim Fywell avec Michelle Trachtenberg, Joan Cusack, Kim Cattrall.- Au risque de décevoir sa mère, une adolescente douée pour les sciences réalise son rêve de faire carrière en patinage artistique.V 14h LA CITÉ DES TÉNÈBRES.LA COUPE MORTELLE (5) (The Mortal Instruments \u2013 City of Bones), All.2013.Drame fantastique de Harald Zwart avec Lily Collins, Jamie Campbell Bower, Robert Sheehan.- Le jour de la disparition de sa mère, une adolescente new-yorkaise apprend qu\u2019elle appartient à une confrérie millénaire de chasseurs de démons.TVA 15h30 PEARL HARBOR (5) É.-U.2001.Drame de guerre de Michael Bay avec Ben Affleck, Josh Hartnett, Kate Beckinsale.- Deux jeunes pilotes en viennent à rivaliser pour l\u2019amour d\u2019une infirmière à la veille du bombardement de Pearl Harbor.MAX 17h POULETS EN FUITE (3) (Chicken Run), É.-U.2000.Film d\u2019animation de Peter Lord.- Des poules tentent de s\u2019enfuir d\u2019une ferme où on les destine à devenir de la chair à pâté.TQ 18h HARRY POTTER À L\u2019ÉCOLE DES SORCIERS (4) (Harry Potter and the Philosopher\u2019s Stone), É.-U.2001.Drame fantastique de Chris Columbus avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson.- Aidé de ses amis, un jeune apprenti sorcier part à la recherche de la pierre philosophale, également convoitée par un mage diabolique.V 18h IRON MAN 3 (4) É.-U.2013.Drame fantastique de Shane Black avec Robert Downey Jr., Guy Pearce, Gwyneth Paltrow.- En pleine crise existentielle, l\u2019homme d\u2019affaires Tony Stark renaît en enfilant à nouveau son armure d\u2019Iron Man pour affronter un savant fou qui a mis au point des soldats invincibles.TVA 18h30 PARKLAND (5) É.-U.2013.Drame historique de Peter Landesman avec Billy Bob Thornton, Paul Giamatti, Zac Efron.- L\u2019assassinat du président Kennedy à Dallas en 1963, tel que vécu par un urgentologue, deux policiers, le frère du présumé meurtrier et un témoin qui a filmé le drame.ARTV 19h IRON MAN (4) É.-U.2008.Drame fantastique de Jon Favreau avec Robert Downey Jr., Jeff Bridges, Gwyneth Paltrow.- Transformé par une éprouvante expérience, un riche marchand d\u2019armes se consacre désormais au Bien en se glissant dans une armure superpuissante de son invention.MAX 20h30 FURTIF (5) (Stealth), É.-U.2005.Thriller de Rob Cohen avec Josh Lucas, Jessica Biel, Jamie Foxx.- Trois pilotes de la US Navy doivent neutraliser un avion furtif doté d\u2019une intelligence artificielle, devenu incontrôlable à la suite d\u2019une avarie.Z 21h UN JOUR SANS LENDEMAIN (4) (Edge of Tomorrow), É.-U.2014.Science-fiction de Doug Liman avec Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton.- Coincé dans une faille temporelle, un officier de l\u2019armée revit constamment la même journée, ce qui lui permet de raffiner ses attaques contre des envahisseurs extraterrestres.TVA 21h LA FAUTE À FIDEL! (4) Fr.2006.Comédie dramatique de Julie Gavras avec Nina Kervel-Bey, Julie Depardieu, Stefano Accorsi.- En 1970, l\u2019existence bourgeoise d\u2019une fillette est bouleversée lorsque ses parents décident d\u2019adhérer à la doctrine communiste.TFO 21h LE BÛCHER DES VANITÉS (4) (The Bonfire of the Vanities), É.-U.1990.Comédie satirique de Brian De Palma avec Tom Hanks, Bruce Willis, Melanie Griffith.- S\u2019étant rendu coupable d\u2019un délit de fuite, un courtier subit un procès teinté de considérations politiques.ELLE 21h NOËL EN FOLIE AU BUREAU (5) (Office Christmas Party), É.-U.2017.Comédie de Josh Gordon avec T.J.Miller, Jason Bateman, Jennifer Aniston.- Pour éviter le licenciement de la moitié de ses employés, un directeur irresponsable entreprend d\u2019impressionner un riche client en organisant un méga party de Noël.V 21h15 EMMA (4) G.-B.1996.Comédie sentimentale de Douglas McGrath avec Gwyneth Paltrow, Jeremy Northam, Toni Collette.- Au XIXe siècle, une jeune Anglaise célibataire prend plaisir à se mêler de la vie sentimentale de son entourage.TQ 22h LA CHÈVRE Voir samedi, 12h.ARTV 23h LE MASQUE DE L\u2019ARAIGNÉE (5) (Along Came a Spider), É.-U.2001.Drame policier de Lee Tamahori avec Morgan Freeman, Monica Potter, Michael Wincott.- Un détective et une agente des services secrets recherchent la fillette d\u2019un sénateur, kidnappée par un criminel avide de célébrité.MAX 23h ROMAINE PAR MOINS 30 Voir dimanche, 21h.TFO 23h30 BLITZ (5) G.-B.2011.Drame policier d\u2019Elliott Lester avec Jason Statham, Paddy Considine, Aidan Gillen.- Un détective londonien aux méthodes brutales tente d\u2019épingler un tueur en série qui s\u2019en prend à ses collègues.TVA 23h45 PARKLAND Voir samedi, 19h.RC 0h30 IRON MAN Voir samedi, 20h30.MAX 1h LA FAUTE À FIDEL! Voir samedi, 21h.TFO 1h30 KRAMPUS (4) É.-U.2015.Comédie d\u2019horreur de Michael Dougherty avec Emjay Anthony, Adam Scott, Toni Collette.- Ayant perdu foi en la magie de Noël, un garçon provoque involontairement la colère d\u2019un démon ancestral.TVA 1h45 DIMANCHE LEÇONS DE CONDUITE (4) (Learning to Drive), É.-U.2014.Comédie dramatique d\u2019Isabel Coixet avec Patricia Clarkson, Ben Kingsley, Grace Gummer.- Abandonnée par son mari, une critique littéraire new-yorkaise déprimée entame des cours de conduite auprès d\u2019un instructeur d\u2019origine indienne.TVA 10h POULETS EN FUITE Voir samedi, 18h.TQ 12h LES AVENTURES DE JACK BURTON DANS LES GRIFFES DU MANDARIN (4) (Big Trouble in Little China), É.-U.1986.Drame fantastique de John Carpenter avec Kurt Russell, Kim Cattrall, James Hong.- Deux casse-cou poursuivent des Orientaux qui ont enlevé deux jeunes femmes pour le compte d\u2019un esprit malin vieux de deux mille ans.Z 14h L\u2019ARME FATALE (4) (Lethal Weapon), É.-U.1987.Drame policier de Richard Donner avec Mel Gibson, Danny Glover, Gary Busey.- Sa fille ayant été enlevée par des trafiquants de drogues un policier et son collègue se lancent à sa rescousse au péril de leur vie.V 14h RAIPONCE (3) (Tangled), É.-U.2010.Film d\u2019animation de Nathan Greno.- Prisonnière dans une tour, une belle princesse à la chevelure longue et magique réussit à s\u2019échapper avec la complicité d\u2019un séduisant voleur.RC 15h LA FABULEUSE GILLY HOPKINS (4) (The Great Gilly Hopkins), É.-U.2016.Comédie de Stephen Herek avec Sophie Nélisse, Kathy Bates, Julia Stiles.- Incapable d\u2019apprécier sa nouvelle famille d\u2019accueil, une fillette difficile met au point un plan pour retrouver sa mère biologique.TVA 15h BLONDE ET LÉGALE 2 : ROUGE, BLANC ET BLONDE (5) (Legally Blonde 2 \u2013 Red White & Blonde), É.-U.2003.Comédie de Charles Herman-Wurmfeld avec Reese Wither- spoon, Sally Field, Regina King.- Une jeune avocate ingénue se rend à Washington pour faire interdire l\u2019utilisation d\u2019animaux de laboratoire dans l\u2019industrie des cosmétiques.V 16h30 POLLYANNA (4) G.-B.2002.Chronique de Sarah Harding avec Georgina Terry, Amanda Burton, Kenneth Cranham.- Une petite orpheline, venue vivre avec sa tante riche mais aigrie, sème la joie autour d\u2019elle.PBS (WCFE) 17h SELENA (5) É.-U.1996.Drame biographique de Gregory Nava avec Jennifer Lopez, Edward James Olmos, Jon Seda.- La carrière fulgurante de la jeune chanteuse hispano-américaine Selena, qui a été assassinée en pleine gloire par la présidente de son fan club.MAX 17h30 ÇA SENT LA COUPE (5) Can.2017.Comédie dramatique de Patrice Sauvé avec Louis- José Houde, Émilie Bibeau, Louis-Philippe Dandenault.- Quand sa blonde le quitte, un fan du Canadien se voit obligé de réévaluer son obsession pour le hockey et son attachement au magasin de souvenirs sportifs qu\u2019il a hérité de son père.ARTV 20h POURQUOI LUI?(5) (Why Him?), É.-U.2016.Comédie sentimentale de John Hamburg avec Bryan Cranston, James Franco, Zoey Deutch.- Quelques jours avant Noël, un millionnaire du Web excentrique et vulgaire s\u2019emploie à convaincre un imprimeur collet monté et son épouse qu\u2019il est digne d\u2019épouser leur fille.MAX 20h ROMAINE PAR MOINS 30 (5) Fr.2009.Comédie d\u2019Agnès Obadia avec Sandrine Kiber- lain, Pascal Elbé, Louis Morissette.- L\u2019aventure extravagante d\u2019une Parisienne paumée abandonnée par son amoureux à son arrivée à Montréal.TFO 21h LES SALOPES OU LE SUCRE NATUREL DE LA PEAU (3) Can.2018.Drame de mœurs de Renée Beaulieu avec Brigitte Poupart, Vincent Leclerc, Nathalie Cavezzali.- Une professeure d\u2019université, mère de famille heureuse en ménage, participe à une recherche sur la réaction physiologique des cellules du corps humain durant l\u2019acte sexuel.TQ 22h OPÉRATION AVANT L\u2019AUBE (2) (Zero Dark Thirty), É.-U.2012.Drame historique de Kathryn Bigelow avec Jessica Chastain, Jason Clarke, Jennifer Ehle.- Pendant huit ans, une jeune officière du renseignement américain se consacre exclusivement à la traque du terroriste Oussama ben Laden.TVA 23h15 INGRID PERD LE NORD Voir lundi, 21h.TFO 23h30 LA FEMME DU GARDIEN DE ZOO (5) (The Zookeeper\u2019s Wife), É.-U.2017.Drame biographique de Niki Caro avec Jessica Chastain, Johan Heldenbergh, Daniel Brühl.- Durant la Deuxième Guerre mondiale, le gardien du zoo de Varsovie et son épouse aident des juifs à s\u2019évader du ghetto.RC 0h25 ROMAINE PAR MOINS 30 Voir dimanche, 21h.TFO 1h30 LUNDI LES GRANDS YEUX (4) (Big Eyes), É.-U.2014.Drame biographique de Tim Burton avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston.- À San Francisco, dans les années 1960, un peintre raté prend le crédit des fascinantes toiles peintes par son épouse, montrant des enfants aux yeux immenses.TVA 13h INGRID PERD LE NORD (4) (Ingrid Goes West), É.-U.2017.Comédie dramatique de Matt Spicer avec Aubrey Plaza, Elizabeth Olsen, O\u2019Shea Jackson Jr.- Obnubilée par les réseaux sociaux, une déséquilibrée s\u2019installe à Los Angeles où elle espère nouer des liens avec une célébrité d\u2019Instagram.TFO 21h SEPT JOURS Voir mardi, 21h.TFO 23h30 MÈRE SUR PRISE (5) (Then She Found Me), É.-U.2007.Comédie dramatique d\u2019Helen Hunt avec Helen Hunt, Bette Midler, Colin Firth.- À l\u2019aube de la quarantaine, une enseignante new-yorkaise récemment divorcée traverse plusieurs crises sentimentales et familiales.TVA 0h35 INGRID PERD LE NORD Voir lundi, 21h.TFO 1h30 MARDI COCKTAIL (5) É.-U.1988.Drame de mœurs de Roger Donaldson avec Tom Cruise, Bryan Brown, Elisabeth Shue.- Les tribulations professionnelles et sentimentales d\u2019un barman qui caresse le projet d\u2019ouvrir plusieurs boîtes de nuit.VIE 13h SEPT JOURS (4) (One Week), Can.2008.Comédie dramatique de Michael McGowan avec Joshua Jackson, Liane Balaban, Campbell Scott.- Apprenant qu\u2019il est atteint d\u2019un cancer, un jeune enseignant torontois quitte tout pour aller parcourir le Canada à moto.TFO 21h RIO 174 Voir mercredi, 21h.TFO 23h30 L\u2019INFINIE COMÉDIE (4) (The End of the Tour), É.-U.2015.Drame de James Ponsoldt avec Jesse Eisenberg, Jason Segel, Joan Cusack.- En apprenant le suicide du romancier David Foster Wallace, l\u2019auteur et journaliste David Lipsky se remémore l\u2019entrevue que ce dernier lui avait accordée 12 ans auparavant.TVA 0h35 SEPT JOURS Voir mardi, 21h.TFO 1h30 MERCREDI CE WEEK-END LÀ (4) (What We Did on Our Holiday), G.-B.2014.Comédie de Guy Jenkin avec David Tennant, Rosamund Pike, Emilia Jones.- Un Londonien en instance de divorce part avec sa famille célébrer en Écosse le 75e anniversaire de son père, atteint d\u2019un cancer.TVA 13h RIO 174 (5) Br.2008.Drame de Bruno Barreto avec Michel Gomes, Chris Vianna, Marcello Melo Junior.- Depuis l\u2019enfance jusqu\u2019à sa fin tragique, le destin d\u2019un enfant des favelas de Rio qui, en 2000, a pris en otages les passagers d\u2019un autobus.TFO 21h LE COUPABLE Voir jeudi, 21h.TFO 23h30 RIO 174 Voir mercredi, 21h.TFO 1h30 JEUDI POUR TOUJOURS LES CANADIENS (5) Can.2009.Comédie dramatique de Sylvain Archambault avec Dhanaé Audet-Beaulieu, Antoine L\u2019Écuyer, Céline Bonnier.- Démotivé, un joueur étoile de hockey collégial trouve un second souffle au contact d\u2019un enfant malade passionné par les Canadiens de Montréal.TVA 13h CARTE VERTE (4) (Green Card), Aust.1990.Comédie sentimentale de Peter Weir avec Gérard Depardieu, Andie MacDowell, Bebe Neuwirth.- Un Français, qui veut tirer profit du mariage en blanc qu\u2019il a contracté avec une Américaine, doit cohabiter avec elle afin de tromper un enquêteur de l\u2019immigration.VIE 13h UN MARI À LOUER (5) (Holiday Engagement), É.-U.2011.Comédie sentimentale de Jim Fall avec Bonnie Somerville, Jordan Bridges, Shelley Long.- Fraîchement larguée par son fiancé, une jeune journaliste embauche un acteur au chômage afin qu\u2019il se fasse passer pour son amoureux à l\u2019occasion d\u2019une réunion de famille.ELLE 20h LE COUPABLE (4) Can.2019.Drame d\u2019Onur Karaman avec Sylvio Arriola, Camille Massicotte, Solo Fugère.- Un professeur de philosophie au cégep tente de se rapprocher d\u2019une concierge taciturne, dont la fille adolescente fréquente un proxénète et vendeur de drogue plus vieux qu\u2019elle.TFO 21h ÇA SENT LA COUPE Voir dimanche, 20h.ARTV 23h LE PASSAGE DU RHIN Voir vendredi, 21h.TFO 23h30 LE TRANSPORTEUR.RECHARGÉ (5) (The Transporter \u2013 Refueled), Fr.2015.Thriller de Camille Delamarre avec Ed Skrein, Loan Chabanal, Ray Stevenson.- À Nice, un ex-mercenaire devenu transporteur de colis top- secret est embauché par quatre jeunes femmes désireuses de se venger d\u2019un proxénète russe.TVA 23h35 LE COUPABLE Voir jeudi, 21h.TFO 1h35 VENDREDI CIMETIÈRE VIVANT (5) (Pet Sematary), É.-U.1989.Drame fantastique de Mary Lambert avec Dale Midkiff, Fred Gwynne, Denise Crosby.- Installé aux abords d\u2019un vieux cimetière indien, un médecin fait de macabres expériences lorsqu\u2019il y enterre son fils mort dans un accident.VRAK 20h OÙ SONT PASSÉS LES MORGAN?(5) (Did You Hear About the Morgans?), É.-U.2009.Comédie sentimentale de Marc Lawrence avec Hugh Grant, Sarah Jessica Parker, Sam Elliott.- Témoin d\u2019un meurtre et menacé par le tueur, un couple new-yorkais en crise est contraint par le FBI de se cacher dans un village du Wyoming sous une fausse identité.MAX 20h LE PASSAGE DU RHIN (5) Fr.1960.Drame de guerre d\u2019André Cayatte avec Charles Aznavour, Georges Rivière, Nicole Courcel.- Deux prisonniers de guerre français connaissent des destinées différentes.TFO 21h ROSE BONBON (4) (Pretty in Pink), É.-U.1986.Comédie dramatique d\u2019Howard Deutch avec Molly Ringwald, Andrew McCarthy, Jon Cryer.- Les tribulations sentimentales d\u2019une adolescente, fille de chômeur, étudiant dans une école fréquentée par des jeunes de milieux aisés.MAX 22h L\u2019AS DE VEGAS (5) (Wild Card), É.-U.2015.Thriller de Simon West avec Jason Statham, Michael Angarano, Milo Ventimiglia.- À Las Vegas, un garde du corps dépendant au jeu subit les foudres d\u2019un jeune mafioso arrogant à qui il a infligé une correction pour avoir violé son ex-petite amie.TVA 22h35 DALLAS BUYERS CLUB (3) É.-U.2013.Drame biographique de Jean-Marc Vallée avec Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Garner.- En 1986 au Texas, un électricien homophobe atteint du sida vend à la communauté gaie des médicaments non approuvés aux États-Unis, avec l\u2019aide d\u2019un travesti toxicomane.ARTV 23h LE BÛCHER DES VANITÉS Voir samedi, 21h.ELLE 23h ÇA SENT LA COUPE Voir dimanche, 20h.RC 23h05 LE MUR DE L\u2019ATLANTIQUE (5) Fr.1970.Comédie de Marcel Camus avec Bourvil, Peter McEnery, Sophie Desmarets.- En 1943, un aubergiste normand est mêlé malgré lui à l\u2019évasion d\u2019un aviateur anglais et à un vol de documents à l\u2019état-major allemand.TFO 23h30 MADAME BOVARY (4) All.2015.Drame de Sophie Barthes avec Mia Wasikowska, Henry Lloyd-Hughes, Ezra Miller.- Pour tromper l\u2019ennui, la femme d\u2019un médecin de campagne dilapide son argent et entretient des liaisons.TQ 00h PASSION (4) É.-U.2012.Thriller de Brian De Palma avec Noomi Rapace, Rachel McAdams, Paul Anderson.- Humiliée publiquement par son odieuse patronne, une jeune cadre dans une firme de publicité ourdit un terrible projet de vengeance.RC 0h44 LE PASSAGE DU RHIN Voir vendredi, 21h.TFO 1h30 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable Culture Écrans 39 LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 l\u2019instauration de la Ve République, mise en place par Charles de Gaulle, qui dominera la vie politique pour une autre décennie.Ce documentaire s\u2019intéresse à la façon dont l\u2019homme politique a érigé une séparation entre son exercice du pouvoir « laïque » et sa pratique religieuse « privée » en tant que fervent catholique.Le documentaire aborde cet aspect peu connu de la vie du général de Gaulle et les effets de cette réserve, parfois à géométrie variable, sur l\u2019histoire récente de la France, à travers les commentaires éclairants de quelques historiens et ceux, pas toujours essentiels, de représentants de partis politiques français, autant à gauche qu\u2019à droite, dont Jean-Luc Mélenchon et François Fillon.On y apprend entre autres que de Gaulle n\u2019a communié que quatre fois lors des célébrations religieuses auxquelles il assistait dans le cadre de ses fonctions d\u2019homme d\u2019État, et l\u2019une d\u2019entre elles se déroula SUR VOS ÉCRANS \u2013 FAMILLE ET FOI Sombres coulisses d\u2019un sport « arrangé » La lutte professionnelle « arrangée avec le gars des vues » est un plaisir coupable pour plusieurs, hérité bien souvent des matchs diffusés les dimanches matin, il y a déjà quelques décennies, sur un grand réseau québécois dont on taira le nom\u2026 Cette série documentaire produite par Vice devrait plaire à ces amateurs non avoués puisque chacun des six épisodes est consacré à une controverse à propos d\u2019une ou de plusieurs vedettes de l\u2019ancienne WWF, dans les années 1980 et 1990, dont Randy «Macho Man» Savage, la famille Von Erich et la lutteuse The Fabulous Moolah\u2026 Dark Side of the Ring Crave TV, dès vendredi BELL MEDIA Mytho raconte ce qui arrive à une mère de famille (Marina Hands) excédée par le poids du quotidien et par le fait qu\u2019elle est invisible pour les siens.NETFLIX Dans Merry Happy Whatever, Dennis Quaid incarne un patriarche peu commode qui fait passer un mauvais moment au nouvel amoureux de l\u2019une de ses filles.NETFLIX au Québec, durant un périple dont on entend encore parler de nos jours\u2026 La comédie à papa Le Thanksgiving de nos voisins du sud est synonyme de retrouvailles familiales, de boustifailles indécentes et de télévision « réconfortante » et rassembleuse, comme les matchs de football ou les téléfilms de Noël génériques.Cette nouvelle comédie de situation lancée par le géant rouge en ce jour de célébration de l\u2019abondance entre très bien dans cette dernière catégorie, même si elle est vendue sous des airs plus irrévérencieux.Dennis Quaid y incarne un patriarche peu commode, shérif de surcroît, qui fait passer un mauvais moment au nouvel amoureux de l\u2019une de ses filles, un musicien au succès très relatif, pendant sa première visite familiale durant le temps des Fêtes.La bande-annonce donne à voir tous les poncifs de ce genre de comédie de « beau-père ».On souhaite que le résultat soit moins prévisible.Quoique\u2026 Noël dans tous ses états (Merry Happy Whatever en V.O.) Netflix, dès jeudi Charles le catholique, 1958-1969 TV5, lundi, 21 h AMÉLIE GAUDREAULT Quand la charge mentale fait mentir On a lu beaucoup de bien dans la presse française à propos de Mytho, récemment présentée sur les ondes d\u2019Arte et lauréate du prix du public à la dernière édition du festival de télé Séries Mania.Cette comédie dramatique réalisée par Fabrice Gobert, qui a fait des merveilles avec la série fantastique Les revenants, raconte ce qui arrive à une mère de famille excédée par le poids du quotidien et par le fait qu\u2019elle est « invisible » pour sa famille, à laquelle elle se dévoue corps et âme, en vain : elle s\u2019invente un cancer pour avoir l\u2019attention de ses proches.Et c\u2019est là que tout commencera à changer pour Elvira (Marina Hands, primée à Séries Mania pour ce rôle), pour son mari absent et volage (méconnaissable Mathieu De- my) et pour leurs trois grands enfants, peu reconnaissants.Mais pas nécessairement pour le mieux.C\u2019est ce que laissent découvrir les six épisodes de cette première saison.Arte a annoncé une suite avant même la diffusion de ceux-ci.Pour la touche « locale », notons au générique la présence d\u2019Yves Jacques, dans le rôle du patron (pas très gentil) d\u2019Elvira, et de Colombe Raby, une habituée des films de Xavier Dolan, aux décors.Un chrétien « discret » Bien que la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État existe en France depuis 1905, la laïcité ne sera inscrite dans la Constitution qu\u2019après la guerre en 1946, puis à nouveau en 1958, lors de Mytho Netflix, dès jeudi LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 11/23 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie En direct de l'univers Madame Wilson Joanna Le Téléjournal Animaux sauvages TVA TVA nouvelles IRON MAN 3 (V.F.) (2013) avec Guy Pearce, Robert Downey Jr.UN JOUR SANS LENDEMAIN (2014) Tom Cruise.23h15 TVANou.TQ POULETS EN FUITE (2000) 19h35 Wallace Cette année-là Belle et Bum EMMA (V.F.) (1996) Gwyneth Paltrow.V HARRY POTTER À L'ÉCOLE DES SORCIERS (2001) avec Rupert Grint, Daniel Radcliffe.21h15 NOËL EN FOLIE AU BUREAU (2016) avec Olivia Munn, Jason Bateman.ICI RDI Le Téléjournal Découverte Le National Les grands reportages Le Téléjournal La Facture Le Téléjournal Le National Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche! 300 choeurs: vos 40 chansons préférées / Slimane , Soprano.Voisins/ Voisins Journal/ L\u2019invité CANAL D Enchères Tour de Force Les pires erreurs d'ingénierie Le choc des bolides Galas ComédiHa! 2018 Anthony Kavanagh Panique 401 CANAL VIE De taudis à logis Mères à boutte Naissances Maison jackpot Ma maison Accros au look Accros au look Petits animaux en surpoids Mar.aveugle RDS HockeyQc.ca Sports 30 Images/sec.UIP Patinage artistique - Internationaux de Patinage Canada Gala Sports 30 /21h45 Antichambre 22h45 Sport30 23h15 Sport30 HISTORIA Les pas de De père en fils Yukon Gold: L'or à tout prix Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Extraterrestres ICI ARTV Les filles de Caleb PARKLAND (V.F.) (2013) avec Tom Welling, Zac Efron.Moi et l'autre Quelle famille! Témoin indésirable LA CHÈVRE EXPLORA Sauvetage Sauvetage Exploration glaciale La Semaine verte L'incroyable Stephen Hawking Pharmachien Z Seuls et tout nus American Chopper (v.f.) Les Brown: génération Alaska FURTIF (2005) avec Josh Lucas, Jessica Biel, Jamie Foxx.sav-media Archi branchés Inflammatoires Grand chapitre 19h50 Thèse Inventer le ciel Couple nerds Histoire/ 36.9° 22h10 36.9° 22h35 Nerds L'ère robots TFO Les sapiens Flip Top!/ Top! Amélie Wapos Bay La grande soif LA FAUTE À FIDEL! (2006) Nina Kervel-Bey.ONFR+/ Rideau AmourRo Planète Globe cooker Grands Mythes Trois villes En passant par Kolkata The Believers Meurtre au sein de la famille CBC CBCNews Hockey Central LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Avalanche du Colorado (D) Hockey / Edmonton vs Vegas (D) CTV CTV News Montreal We Day The Big Bang The Big Bang LET IT SNOW (2013) avec Alan Thicke, Candace Cameron Bure.CTV National GBL Global News Global National Security Security Home to Win / Sweet Dreams Private Eyes Rookie Blue / 74 Epiphanies Global News ABC 15h30 Football Football Score.Football Score.NCAA Football (D) News CBS 15h30 NCAA Football (D) Ch.3 News Friends Neighborhood Bob Hearts NCIS: New Orleans 48 Hours News PBS (33) Time Goes By Appearances Fawlty Towers Still Open Miss Fisher's Murder Mysteries Doc Martin / Control-Alt-Delete Shakespeare Hathaway Austin City UNIS Le p'tit cabaret Trait d'humour Le punch Balade LE DÉSERTEUR (2008) Émile Proulx-Cloutier.Watatatow HBO1 17h10 True Justice 18h55 Rock and Roll Hall of Fame / 2019 Induction Ceremony Lil Rel Howery: Live Cinéma TVA Sports Avant-match (D) LNH Hockey / Rangers de New York c.Canadiens de Montréal (D) 21h45 Dave Morissette 22h45 Kevin 23h15 TVA sp.SAMEDI 11/24 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte Gros labo Tout le monde en parle 22h20 Journal 22h50 Sports 22h55 Infoman TVA TVA nouvelles VLOG Révolution / Demi-finale 20h45 Studio G 21h45 TVANou.22h15 Fentanyl 22h45 Ladies Cinéma TQ Les francs-tireurs Y'a du monde à messe Ni fille ni garçon Like-moi! LES SALOPES OU LE SUCRE NATUREL DE L.V Cinéma Occupation Double Afrique du Sud Occupation Double Occupation Double Afrique du Sud Occupation Double ICI RDI Le Téléjournal Enquête Le National La Semaine verte Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché 22h15 Champions du monde Journal/ L\u2019invité CANAL D Forces spéciales / La peur La mosquée: une communauté menacée La double vie À la recherche de.Asphalt Cowboys (v.f.) Dossiers NASA CANAL VIE Une garderie Un safari La famille Groulx Les 7 petits / Urgence familiale Les 9 visages de Jane Les gratteux Premier flip Taudis à logis RDS 17h00 Avant LCF Football - Coupe Grey (D) Sports 30 Images/sec.HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Nos ancêtres les extraterrestres JFK déclassifié Le mystère de l'or confédéré La malédiction d'Oak Island Armes ICI ARTV Pour emporter / Yoshua Bengio Pour l'amour du country ÇA SENT LA COUPE (2017) Louis-José Houde.Témoin indésirable Cinéma EXPLORA Stupidité Stupidité Trains impossible / En altitude Pharmachien Planète techno Sur les routes de la science Découverte Nature Z P.Lemieux Garage Ridicule Comédie Malades Talk show Galas ComédiHa! 2017 Mais pourquoi?/ Argent Barry sav-media Inventer le ciel 18h55 Ingénieu Inventer le ciel De garde 24/7 Décor/ Guilleme Couple nerds Archi branchés Inflammatoires Kebec Balado TFO Benjamin/ Idée Petit ours Berenstain Maya l'abeille Citoyen monde Citoyen monde ROMAINE PAR MOINS 30 (2009) 8,75$/ ONFR+ Empreint Planète Champs de bataille / La bataille des Ardennes Globe cooker Trois villes Grands Mythes L'histoire dates Archives Marly, le château CBC Santa Claus Is Comin' to Town Heartland Anne With an E The Fifth Estate CBC News: The National CBCNews CTV 16h25 LNF Football (D) NFL on CTV The 47th Annual American Music Awards / Shania Twain CTV National GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur Evil / Rose390 / Luke Judy NCIS: Los Angeles Madam Secretary Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos The 47th Annual American Music Awards / Shania Twain News CBS Ch.3 News Weekend News 60 Minutes God Friended Me NCIS: Los Angeles Madam Secretary 3 News PBS (33) Great British Baking / Victorian A Place to Call Home Secrets Secret Servi Masterpiece Classic / The Chaperone Native America UNIS Les fermiers Devenir adulte Monde Les Parent Les Parent La galère Un vrai selfie Un vrai selfie 21 jours HBO1 18h15 CLEAR HISTORY (2013) Eva Mendes.Ramy Youssef: Feelings Watchmen Silicon Valley Mrs.Fletcher Cinéma TVA Sports 17h00 Hockey / Buffalo vs Floride (D) RAW Kevin Raphael Fast Life Le TVA sports Hockey / Buffalo vs Floride DIMANCHE 11/25 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Discussions Une autre histoire Ruptures Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Un zoo pas Boomerang L'échappée / Papa, où t'es?Mont tétons TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Clovis Génial! Ça vaut le coût Point doc Zone franche Like-moi! Mc$ween Dans médias V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Mets-y le Mets-y le L'Open Mic Occupation D Whiskey Cavalier Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Cornichon, l'agité du bocal La guerre des trônes Apocalypse Staline Charles catholique TV5 le journal CANAL D Douanes Douanes Enchères Tour de Force Les pires erreurs d'ingénierie Les dossiers de la NASA À la recherche de.Alaska: La ruée CANAL VIE Premier flip Soupers Quoi ton plan?Les gratteux On efface et on recommence Mariage à l'aveugle Une garderie Un safari Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LNH Hockey / Sénateurs d'Ottawa c.Blue Jackets de Columbus (D) L'antichambre (D) Sports 30 Hors-jeu 2.0 HISTORIA La malédiction d'Oak Island Compagnons d'armes Le mystère de l'or / Cap au Sud La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Malédiction ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Pour l'amour du country Casse-Noisette 5 degrés EXPLORA Le refuge de l'espoir Thaïlande: la beauté sauvage Vivre loin du monde Reconstruire l'histoire Sauvetage Sauvetage Origines Z Remorquage Week-end Science Garage d'élite Américars: Rapides et musclés Belle cubaine Garage Arrow / Le tueur de Star City Dexter sav-media 17h50 Le ciel 18h40 Inventer le ciel Archi branchés Encore plus Couple nerds Inflammatoires Question santé Couple nerds Grand chapitre TFO Les sapiens Maxi/ Maxi Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles INGRID PERD LE NORD (2017) Aubrey Plaza.LeDéni/ Rideau Mamie/ ONFR+ Planète Femmes accusées L'enquête de ma vie Viol, la vie d'après Prisonniers Sous emprise Car Crash CBC CBCNews JFL: Gags Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Frankie Drake Mysteries CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Conners Bob Hearts All Rise The Good Doctor / Incomplete CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Neighborhood 9-1-1 / Fallout Prodigal Son / Pied-A-Terre Bull / The Flying Carpet Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Dancing With the Stars / Finale The Good Doctor / Incomplete News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Neighborhood Bob Hearts All Rise Bull / The Flying Carpet News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow College Behind Bars College Behind Bars Amanpour UNIS Cochon dingue Goût du pays Bouffe en cavale Tournée générale Les vieux copains Chars Eau fraîche Hooké HBO1 18h20 THE LATE SHIFT (1995) Kathy Bates.My Favorite Shapes His Dark Materials Mrs.Fletcher Silicon Valley Watchmen TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Flames de Calgary c.Penguins de Pittsburgh (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports LNH Hockey LUNDI CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR Une lumière toute particulière émane du Manoir Soleil.C\u2019est qu\u2019en son noyau, il compte six « p\u2019tits rayons » qui éclaboussent de leur aube naissante les crépuscules mûrs de ses pensionnaires.Les vieux copains raconte fort joliment la dynamique de ce CHSLD de Chambly qui se nourrit de la vitalité de la garderie qu\u2019il héberge.Et vice versa, chacun évoluant un peu en marge du monde, dans la lenteur et l\u2019émerveillement, celui des débuts se mêlant à celui des derniers instants.L\u2019enfant ne juge pas, explique l\u2019idéa- trice de cet incubateur, Nancy Gaudet.« Il ne voit pas la main plissée, ne relève pas la confusion, la petite coulisse de bave.Il est joyeux, ouvert, il se connecte au cœur.» Au chevet des patients, l\u2019infirmière Jessika Vignola cumule les preuves de cet intangible « bijou thérapeutique » qui rejaillit aussi sur les enfants, sa Clara comprise.À la caméra de Loïc Guyot, les six enfants brillent d\u2019empathie, de contrôle et d\u2019écoute.« C\u2019est très valorisant pour eux », explique leur éducatrice, Kathy Therrien.Qui gagne le plus à cet échange tout naturel ?Difficile de trancher tant les témoignages se complètent.Il faut voir comme l\u2019arrivée des petits fait fuser les sourires des grands, mais surtout il faut entendre ce qu\u2019ils se confient les uns aux autres.« Je peux encore transmettre ma passion [des insectes] aux enfants, même si je suis en fauteuil, même si j\u2019ai du mal à m\u2019exprimer.Le volcan n\u2019est pas éteint », s\u2019émerveille M.Jobin.Impossible de ne pas en faire autant à l\u2019écoute de ce documentaire dont la force tranquille soulève des montagnes de douceur.Culture Écrans 40 Comme larrons en foire Au Manoir Soleil, le printemps dit bonjour à l\u2019hiver tous les jours Les vieux copains Unis, lundi, 21 h ; aussi disponible sur tv5unis.ca dès lundi UNIS TV Ce premier film de la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop, récompensé du Grand Prix au dernier Festival de Cannes et toujours inédit sur grand écran au Québec, aborde la question des migrants sur un mode fantastique.On y suit Ada, une jeune Sénégalaise dont l\u2019amoureux a pris la mer dans un équipage d\u2019ouvriers non rémunérés dans l\u2019espoir de trouver un ailleurs meilleur, et qui y périra.Alors qu\u2019Ada doit se marier à un autre, les fantômes du défunt bien-aimé et de ses compagnons d\u2019infortune se manifesteront d\u2019une étrange façon\u2026 À NE PAS MANQUER Atlantique Netflix, dès vendredi Les fantômes d\u2019un naufrage LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Culture Écrans 41 11/26 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture Toute la vie Toujours plus loin Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Animaux retrai Bloopers TVA L'heure bleue Simon Leblanc: Tout court TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Moi j'mange National Geographic House of Cards (v.f.) Poldark Francs-tireurs V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire La trappe La trappe L'Open Mic Occupation D NCIS: Los Angeles Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Urgences Ma rue couche-toi là Jeunesse arabe, yallah! / Maroc L'art du crime TV5 le journal CANAL D Célèbres et fauchés Le choc des bolides Parker: Sa ruée vers l'or Panique sur la 401 Les pires prisons du monde Paranormal CANAL VIE Défi biscuits des Fêtes Ma maison Premier flip Vendre ou rénover Vancouver?Les héros de la réno Quoi ton plan?Les gratteux Big Love (v.f.) RDS 18h15 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Bruins de Boston c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Pawn Stars Pawn Stars Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Profession ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Quelle famille! Les filles de Caleb Les filles de Caleb Témoin indésirable Témoin EXPLORA Animo S'aime chien Thaïlande / Les forêts centrales Pharmachien Pharmachien Virus / La grippe Nature en équilibre Les maîtres Z Remorquage Week-end Les Brown / Paralysés Knightfall (v.f.) Surnaturel / Paradoxe temporel American Chopper (v.f.) Dexter sav-media CORIM Après/ Après De garde 24/7 Décor/ Guilleme Revenir les 20h55 Lexique Inventer le ciel Anxiété 22h50 Gardiste L'ère robots TFO Les sapiens Motel Monstre Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles SEPT JOURS (2008) Joshua Jackson.ONFR+/ Tombe L'assa/ P Tango Planète Trésors volés Green Cops / Afrique du Sud Blue World Namibie Mission grands requins blancs La Science face au Terrorisme Au fil du Gange CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Still Standing JFL: Gags Just for Laughs CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Resident God Friended Me Emergence CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / IRL FBI / Salvation NCIS: New Orleans / Convicted Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Conners Bless-Mess Mixed-ish Black-ish Emergence News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / IRL FBI / Salvation NCIS: New Orleans / Convicted News PBS (33) PBS NewsHour Seeing Canada Two for Rd.Finding Your Roots College Behind Bars College Behind Bars Amanpour UNIS Cochon dingue Monde Les Parent Les Parent NUIT DE NOCES (2001) François Morency.Ciné tout court Trait d'humour HBO1 16h50 Pryor 18h25 Too Big to Fail 20h10 Grey Gardens Lindsey Vonn: The Final Season TVA Sports 17h00 JiC Kevin Raphael Avant-match LNH Hockey / Stars de Dallas c.Blackhawks de Chicago (D) Dave Morissette en direct MARDI 11/27 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Plan B / Ré-écrire l'histoire Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Les Gags LOL :-) Les invisibles / L'ambition Philippe Laprise TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Format familial Point doc Les francs-tireurs SOS sages-femmes De garde 24/7 V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Ne jamais faire à la maison L'Open Mic Occupation D SEAL Team: Coeur et courage Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Chacun son île / Marajó Envoyé spécial Chasseurs d'aventures TV5 le journal CANAL D Célèbres et fauchés Forces spéciales / La survie Alaska: La ruée vers l'or Affaires de familles Les pires erreurs d'ingénierie Mushers CANAL VIE À la conquête d'une maison Design V.I.P.Soupers Petits animaux en surpoids Mères à boutte Mères à boutte Les 9 visages de Jane Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Avant-match NBA Basketball / Knicks de New York c.Raptors de Toronto (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Les a$ de la brocante Profession / L'île de Man De l'acier et du feu De l'acier et du feu Compagnons d'armes L'acier et feu ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Moi et l'autre René René René / Maîtres chez nous René EXPLORA Prédateurs Thaïlande: la beauté sauvage Stupidité Stupidité Les trains de l'impossible Les héros de l'espace Routes science Z Remorquage Week-end Seuls et tout nus Slobby Trésors tech Mais pourquoi?/ Religion Maintenance Barry Dexter sav-media Anxiété 18h50 Gardiste Génie d'ici Encore plus Kebec/ Histoire Musée/ Gardiste Maîtres 21h50 Histoire Après/ Après Revenir les 23h25 Lexique TFO Les sapiens Métiers/ Métiers Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles RIO LIGNE 174 (2008) Silvio Orlando.22h50 La meill ONFR+/ Mallette Planète En passant par Kolkata The Believers Femmes accusées L'enquête de ma vie Green Cops / Italie Trésors volés CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.The Great British Baking Show The Great British Baking Show CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Masked Singer Almost Family / Kosher AF Stumptown CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Survivor: Island of the Idols SEAL Team / Danger Crossing S.W.A.T./ Sea Legs Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition A Charlie Brown Thanksgiving Modern Family Modern Family Stumptown News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Survivor: Island of the Idols SEAL Team / Danger Crossing S.W.A.T./ Sea Legs News PBS (33) PBS NewsHour The Farming Project Nature / Hotel Armadillo Nova / Animal Espionage The Plastic Problem Amanpour UNIS Cochon dingue Louis la faune Les fermiers / Partager le savoir 21 jours Je suis trans Je suis trans Tournée générale Écrivain public HBO1 17h55 Class Divide 19h10 TEMPLE GRANDIN (2010) Claire Danes.Lindsey Vonn: The Final Season Very Ralph TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Bruins de Boston c.Sénateurs d'Ottawa (D) D.Morissette 22h15 RAW 23h15 Kevin MERCREDI 11/28 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman 100 génies / Le Canada Enquête Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Les Gags Oeufs d'or Mario Tessier: Seul Face à la rue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Mc$ween De garde 24/7 Dans les médias House of Cards (v.f.) Chef cabane V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Les jeux fous d'Ellen L'Open Mic Occupation D Chicago Police Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Jeunesse arabe, yallah! / Maroc Victimes: leur vie a basculé Urgences Chérif / Pièce à conviction TV5 le journal CANAL D Anthony Kavanagh Les dossiers de la NASA Les pires prisons du monde Paranormal sur le vif Docu-D / Ce silence qui tue CANAL VIE Mini-maisons sur mesure Les 7 petits Johnston La famille Groulx Une garderie Un safari Premier flip Design V.I.P.Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Devils du New Jersey c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Compagnons d'armes De l'acier et du feu FantomWorks Transmission À fond Hors route: défi extrême Hors route ICI ARTV 17h30 Grantche Grantchester Moi et l'autre Pour l'amour du country Les filles de Caleb Les filles de Caleb Cinéma EXPLORA Animal Fight Club / Carnage Istanbul sauvage Nature en équilibre Pharmachien Pharmachien Thaïlande: la beauté sauvage Thaïlande Z Remorquage Week-end Ridicule Malades Galas ComédiHa! 2017 Talk show Comédie Tosh.0 P.Lemieux Dexter sav-media 17h30 Savoir L'ère robots Inventer le ciel Maîtres peinture / Renoir Après/ Après Génie d'ici Kebec/ Histoire Encore plus Anxiété TFO Les sapiens Flip Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles LE COUPABLE (2019) 22h15 Magasin Failles/ 8,75$ ONFR+/ Compte Planète Viol, la vie d'après Globe cooker Champs de bataille Margherita Sarfatti Prisonniers Blue World Namibie CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.THE CHRISTMAS CONTRACT (2018) Hilarie Burton.CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Young Sheldon The Big Bang David Foster: Off the Record CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Saturday Night Live / Thanksgiving The Blacklist / Dr.Hans Koehler Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Wonderful World of Disney: Magical Holiday Celebration The Goldbergs Modern Family News CBS 16h30 LNF Football / Bills de Buffalo c.Cowboys de Dallas (D) Young Sheldon The Unicorn Mom Carol's 2nd Act Evil / 177 Minutes News PBS (33) PBS NewsHour Classic Christmas (My Music) Celtic Woman: Ancient Land Amanpour UNIS Cochon dingue Hôpital vétérinaire Louis la faune Eau fraîche Oiseaux Hooké Goût du pays Bouffe en cavale Peaky Blinders HBO1 18h05 FAHRENHEIT 451 (2018) 19h50 I Am Patrick Swayze Mrs.Fletcher Ramy Youssef: Feelings Cinéma TVA Sports 17h00 JiC RAW Dans le ring / Marie-Ève Dicaire c.Ogleidis Suarez Dave Morissette en direct Le TVA sports JEUDI 11/29 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant / Émilie Bibeau Faites-moi rire! Galas ComédiHa! / Kev Adams Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine / Noël Du talent à revendre La liste noire / Alter Ago TVA nouvelles 22h35 L'AS DE VEGAS (2015) TQ Encore plus Moi j'mange Cette année-là Y'a du monde à messe Like-moi! Zone franche Belle et Bum V Souper parfait Rire et délire L'arbitre Huissiers Huissiers Pompiers Pompiers Heure limite / Opération Opéra Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Décrypteurs Le National Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR On va s'aimer / Nathalie Échappées belles / Bienvenue en Alsace Chacun son île / Marajó TV5 le journal CANAL D Affaires de familles Douanes Douanes Jeunes pour prison / James 60 jours en prison Crimes occultes Forces CANAL VIE Mères à boutte Mères à boutte Premier flip Design V.I.P.Les héros de la réno On efface et on recommence Mères à boutte Mères à boutte Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Faites vos jeux Hors-jeu 2.0 Images/sec.Sénateurs express / Ott./Min.L'antichambre (D) Sports 30 Faites vos jeux HISTORIA Hors route: défi extrême Hors route / Une lutte sans pitié Les montagnards Les montagnards Les pas de De père en fils Yukon Gold ICI ARTV Moi et l'autre Moi et l'autre Dre Grey, leçons d'anatomie Pour emporter / Guylaine Guay C'est juste de la TV Esprit critique Cinéma EXPLORA Îles de beauté Planète techno Pharmachien Maîtres des éléments / Terre Virus / Ebola Venezuela, l'expédition extrême Venezuela Z Remorquage Week-end Garage Belle cubaine Les pires chauffards canadiens Américars: Rapides et musclés Infiltration Infiltration Dexter sav-media CORIM Arrêt monde Archi branchés Inflammatoires Question santé Couple nerds CORIM Encore plus Grand chapitre 22h50 Histoire Demain, l'école TFO Les sapiens Subito texto Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles LE PASSAGE DU RHIN (1960) Charles Aznavour.Cinéma/ Tombe Planète Blue World Namibie Mission grands requins blancs Sous emprise Archaic Festivals Globe cooker Grands Mythes Trois villes CBC CBCNews JFL: Gags The Grinch Coronation St.NATIONAL LAMPOON'S CHRISTMAS VACATION (1989) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang L.A.'s Finest Magnum P.I.Blue Bloods / Trust CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight FBI / The Armorer's Faith Hawaii Five-0 Private Eyes Global News ABC News Football Score.Local 22 News Inside Edition Am.Housewife Fresh Off-Boat 20/20 News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Frosty Frosty Returns Hawaii Five-0 Blue Bloods / Trust News PBS (33) PBS NewsHour Outdoor Vermont Week Wash.Week Firing Line Great Performances / Kinky Boots UNIS Watatatow Watatatow Les intrépides Les intrépides Galaxie près Galaxie près Fais-moi peur! Fais-moi peur! Trait d'humour Le punch HBO1 17h40 HEMINGWAY AND GELLHORN (2012) Nicole Kidman.20h20 THE LATE SHIFT (1995) Kathy Bates.My Favorite Shapes Room 104 TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Penguins de Pittsburgh c.Blue Jackets de Columbus (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports LNH Hockey VENDREDI CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR La prison a souvent été un milieu de prédilection pour la fiction télé.Certaines productions télévisuelles récentes (Unité 9, Orange is the New Black, Wenworth) montrent que cette source d\u2019inspiration ne s\u2019épuise pas.Les productions documentaires se font plus rares, et s\u2019intéressent plus souvent à l\u2019organisation des établissements carcéraux et à ceux qui les font fonctionner.Cette nouvelle série en quatre épisodes, réalisée par Lynn Novick, la fidèle collaboratrice de Ken Burns (qui agit ici à titre de producteur) sur la plupart de ses projets, met plutôt en lumière ceux qui y vivent au quotidien et qui ont la chance d\u2019y trouver des raisons d\u2019espérer un futur meilleur.College Behind Bars suit sur quatre ans quelques détenus de l\u2019État de New York (dont plusieurs qui ont été écroués avant même d\u2019avoir atteint la majorité\u2026) qui ont entrepris des études universitaires à l\u2019intérieur des murs de leur pénitencier, grâce au soutien d\u2019un programme financé par une fondation privée.Seuls quelque 900 hommes et femmes sur les 53 000 détenus de l\u2019État profitent de ce programme.Grâce à un accès privilégié dans les salles de classe et dans les cellules, la cinéaste a pu recueillir patiemment les confidences généreuses de ces prisonniers d\u2019exception, éloquents et conscients des limites de cette petite « liberté », qui témoignent de la difficulté d\u2019entreprendre un tel parcours de réhabilitation dans une société qui les considère comme irrécupérables, et voit leur éducation comme une dépense inutile.L\u2019ensemble constitue un vibrant plaidoyer pour l\u2019éducation comme outil de réinsertion sociale durable.College Behind Bars PBS, lundi et mardi, dès 21 h L\u2019éducation qui libère Une passionnante série documentaire sur le parcours universitaire de détenus américains PBS V I V R E LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Une fillette sur la Petite Reine, le surnom du vélo, dans Stone Town PHOTOS GARY LAWRENCE l\u2019époque, tout comme le petit musée qu\u2019on lui consacre, non loin de là.C\u2019est aussi à Zanzibar qu\u2019est né et qu\u2019a vécu un autre prince, plus contemporain : son altesse Freddie Mercury, de son vrai nom Farrokh Bulsa- ra.Ce roi des vocalises a passé ici les sept premières années de sa vie, avant que sa famille ne mette les bouts pour Londres.De ce sybarite zanzibarite, il ne reste que peu de choses à Stone Town : un bar en bord de mer où on passe en boucle les tubes de Queen, de même qu\u2019une plaque sur sa maison natale, qui ne se visite pas.Ici comme ailleurs, sa voix et ses mélodies demeurent cependant immortelles et continuent de résonner.Qui sait, peut-être que la fillette qui m\u2019a « déclaré son amour » devant la mosquée avait en tête une pièce de Queen, lorsqu\u2019elle a exécuté sa drôle de prestation ?Reste à savoir laquelle : j\u2019hésite entre Crazy Little Thing Called Love et I Want to Break Free\u2026 L\u2019auteur était l\u2019invité de KLM.hautement atmosphériques, chaque détour réserve une surprise : une femme drapée de teintes éclatantes se découpe sur un mur chaulé, un vénérable barbu vêtu de blanc s\u2019illumine sur fond de pastels délavés, une princesse en devenir apprend à manier la petite reine.Et tout le monde se fond dans le décor, sans références mais en toute déférence.Bientôt arrivent les bains perses Hamamni, dont les oculi laissent passer une lumière doucement apaisante ; là on croise la mosquée de l\u2019Aga Khan \u2014 le copain de Justin \u2014 ; là encore se déploient les dentelles de bois du Old Dispensary, ancien hôpital de charité en bord de mer.Tous les soirs, dans le parc situé devant la Maison des merveilles \u2014 ainsi nommée car elle était dotée d\u2019eau courante et d\u2019électricité en 1883 \u2014, les gargotes se suivent et se ressemblent, offrant pour trois fois rien les plus délectables brochettes de poissons fraîchement tirés de l\u2019océan Indien.Un peu plus loin s\u2019élève Beit el-Sa- hel, le musée du Palais, ancienne résidence des sultans.Sa visite est suprêmement déprimante : tout est poussiéreux, délabré et mal mis en valeur.Seul intérêt : la chambre de la princesse Salme, fille d\u2019un sultan et de sa concubine tcherkesse, et auteu- re des Mémoires d\u2019une princesse arabe, qu\u2019elle a écrites après avoir pris la fuite avec un marchand allemand, au XIXe siècle.Sa lecture donne une bien meilleure idée de Zanzibar à moins de 600 000 âmes ont ainsi été bradées au plus offrant dans ce qui formait l\u2019un des plus grands marchés d\u2019esclaves au monde.Pour ne pas qu\u2019on oublie, c\u2019est sur le site même du marché qu\u2019a été érigée l\u2019église anglicane de la ville.À l\u2019intérieur, l\u2019autel a été aménagé là où on châtiait les asservis, non loin d\u2019un vitrail rendant hommage à un certain David Livingstone, à qui on attribue en partie l\u2019abolition de l\u2019esclavage à Zanzibar, en 1873.De son côté, l\u2019East Africa Trade Exhibit voisine compte deux lugubres cellules où s\u2019entassaient les esclaves ainsi qu\u2019une exposition qui rappelle que l\u2019esclavage existe toujours, de nos jours \u2014 même que c\u2019est un commerce florissant, comme il le fut à l\u2019époque.Témoins en sont toutes ces anciennes demeures enjolivées avec style qui ponctuent les venelles étriquées de la vieille Stone Town, où s\u2019entremêlent harmonieusement les influences africaine, arabe, indienne et anglaise.Les vérandas tutoient les balcons ouvragés, et les barazas de pierre sur lesquels les passants s\u2019asseyent donnent la réplique aux portes en bois sculpté, les plus belles du monde avec celles d\u2019Oman et du Rajasthan.Finement ouvragées, couvertes d\u2019inscriptions coraniques ou d\u2019ornementations florales, elles sont souvent piquées de pointes métalliques, une tradition venue d\u2019Inde, à l\u2019époque où on voulait empêcher les éléphants de les enfoncer.Dans l\u2019incroyable lacis de ruelles LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Voyage 43 Zanzibar, île métisse Un coin du monde, dans l\u2019océan Indien, dont on s\u2019éprend instantanément En vrac KLM relie Montréal aux aéroports de Kilimandjaro et de Dar es-Sa- laam, plusieurs fois par semaine, via Amsterdam.De là, de petits transporteurs desservent Zanzibar.Depuis le printemps dernier, KLM encourage ses passagers à compenser l\u2019empreinte carbone de leurs déplacements.La meilleure saison est de décembre à mars, mais les prix sont plus élevés.En avril et en mai, la saison des pluies entraîne la fermeture de nombreux hôtels.Aménagé dans l\u2019ancienne demeure d\u2019un riche marchand, l\u2019hôtel Emerson Spice est un pur ravissement.Ses onze chambres sont toutes décorées différemment et l\u2019immeuble est coiffé d\u2019un joli toit-terrasse, au cœur de Stone Town.À compter de 150 $.Si certaines portions de la côte zanzibarite sont occupées par de grands hôtels ou des communautés de kitesurfeurs ou de plongeurs, il n\u2019en va pas ainsi de la paisible Jambiani, où l\u2019idyllique plage est jalonnée de pensions et de minihôtels.Le Coco Beach compte ainsi cinq mignonnes chambres, un adorable chat et un sympathique patron.À compter de 70 $/ 2 pers., p\u2019tit déj inclus, délicieux repas du soir en sus.Avant ou après Zanzibar, Tanganyika Expeditions organise d\u2019excellents safaris avec guides francophones, du Serengeti au Ngo- rongoro.À Zanzibar, l\u2019entreprise offre des excursions dans les autres îles de l\u2019archipel (Pemba, Mafia, etc.) de même qu\u2019un Freddie Mercury Tour, à Stone Town.Deux bons guides : le Guide du Routard Kenya Tanzanie 2020/2021 et le Lonely Planet Tanzanie et Zanzibar (2018).REPORTAGE GARY LAWRENCE COLLABORATEUR LE DEVOIR À ZANZIBAR dossé au mur d\u2019une mosquée de campagne, j\u2019attends la fin de la drache tropicale qui m\u2019a surpris tandis que je roulais en scooter vers l\u2019édénique plage de Jambiani, sur la côte sud-est de l\u2019île de Zanzibar.Tandis que je fais le poteau sous la protection d\u2019Allah, un groupe de gamins s\u2019amuse autour d\u2019une maison, de l\u2019autre côté de la route.Parmi eux, une petite fille m\u2019interpelle et me lance un « Jambo ! I love you ! » (« Salut ! Je t\u2019aime ! ») bien senti, qu\u2019elle répétera sans cesse avant de se remuer le popotin dans une très convaincante danse enfantine.« Comment cette coquine pourrait- elle déjà m\u2019aimer alors qu\u2019elle ne me connaît pas ?» me dis-je à moi-même, avant de me raviser : après tout, je ne suis à Zanzibar que depuis deux jours et je me suis déjà follement amouraché.J\u2019adore le jouissif littoral aux sables couleur de craie, les boutres qui paradent toutes voiles dehors devant le couchant, les hameaux décatis plantés entre deux rizières, trois baobabs et une enfilade de palmiers, les poissons déposés sur des tuiles vernissées au marché, la cardamome que je retrouve jusque dans les beignets et la confiture de dattes, et surtout le fascinant creuset culturel que forme cette île trait d\u2019union entre Afrique et Arabie.Tour à tour investie par les Bantous (dès le Ier siècle) et les Perses (au VIIIe siècle), Zanzibar est devenue une puissante cité-État entre les XIIe et XVe siècles, grâce au commerce avec la péninsule arabique.Après une brève présence portugaise au XVIe siècle, les sultans d\u2019Oman dominèrent bientôt l\u2019archipel (dès le XVIIe siècle) avant de servir les intérêts britanniques, jusqu\u2019à l\u2019indépendance, en 1963, et la création de la Tanzanie, en 1964.Mais c\u2019est sous la présence omanaise que Zanzibar s\u2019est vraiment enrichie, grâce à la traite de l\u2019or, de l\u2019ivoire, des épices et\u2026 des esclaves.L\u2019île des esclaves À Stone Town, la vieille ville de Zanzibar Town, il y a une tombe sur laquelle personne ne va jamais pleurer, et c\u2019est celle de l\u2019infâme Tippu Tip.Au lieu d\u2019y verser une larme, tout un chacun y déverse plutôt ses détritus et ses rebuts, en passant devant le dernier logis du plus célèbre marchand d\u2019esclaves de Zanzibar.Il faut dire que dans l\u2019ancienne cité-État, être esclavagiste n\u2019a jamais valu à personne d\u2019être porté aux nues.De 1830 à 1860, pas A Au bain perse Hamamni, les oculi laissent passer une lumière doucement apaisante. LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 REPORTAGE NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR Le tout premier sentier a vu le jour sur la montagne du Diable grâce à une poignée de passionnés qui étaient animés par un rêve : créer un développement écotouristique contrôlé dans les Hautes-Laurentides.Une dizaine d\u2019années plus tard, en 2012, voyait officiellement le jour le parc régional Montagne du Diable, un vaste massif montagneux comprenant quatre sommets culminant à près de 800 m.Aujourd\u2019hui, le parc reçoit 20 000 jours/visite par année et se targue de posséder 200 km de sentiers, pour la raquette ou le ski de fond, huit chalets nature (le Village des bâtisseurs), des campings et six refuges en montagne.Une belle réussite dans une région relativement éloignée des grands centres urbains.Son succès, le parc régional le doit, bienfaisance financé par 6 MRC et 26 municipalités.Le P\u2019tit Train du Nord, ce sont 234 kilomètres de pistes de ski de fond en hiver et de pistes cyclables en été.Un levier local Le collectif est un pilier de l\u2019économie sociale et, en région, se regrouper en OBNL ou en coopérative pour faire des affaires semble aller de soi, notamment dans le secteur du tourisme, où la vitalité profite à tous les acteurs impliqués.« Cette approche est un levier pour aller chercher des capitaux tout en s\u2019assurant de garder une emprise sur son territoire, explique Marc-André Caron, directeur général du Pôle d\u2019économie sociale des Lau- rentides.Ça permet de baliser le financement d\u2019un projet et de pouvoir récupérer ses billes par la suite.» Et ça marche : rien que dans la région des Laurentides, pas moins de 6600 entreprises du genre génèrent des profits annuels évalués à 758 mil- Vivre 44 entre autres choses, à son ancrage dans les communautés de deux municipalités : Ferme-Neuve et Mont-Lau- rier.Cet organisme à but non lucratif (OBNL) est administré par un conseil dont trois membres sur neuf sont des élus municipaux.Mais, surtout, un autre OBNL, imbriqué à celui du parc, les Amis de la Montagne, procure un soutien logistique indispensable à son fonctionnement : « C\u2019est grâce à ce groupe d\u2019une soixantaine de bénévoles que nous pouvons assurer nos services, résume Christian Parent, directeur général du parc régional Montagne du Diable.Faire partie d\u2019une communauté est primordial pour relever les défis budgétaires.» Des défis budgétaires et une vision de développement intermunicipal : « Une structure d\u2019OBNL permet de regrouper le bien commun et d\u2019établir ensemble les bonnes pratiques », ajoute Jean-Sébastien Thibault, directeur général de la corporation du P\u2019tit Train du Nord, un organisme de Une nature, des humains Petite histoire de l\u2019écotourisme au Québec Le P\u2019tit Train du Nord, ce sont 234 kilomètres de pistes de ski de fond en hiver et de pistes cyclables en été.CORPORATION P'TIT TRAIN DU NORD Superliminal fait partie de ces objets que l\u2019on doit prendre en main \u2014 le toucher, le tourner dans tous les sens et l\u2019observer \u2014 pour le comprendre.On tentera quand même ici de l\u2019expliquer.Dans la lignée des Portal et de Stanley Parable, ce nouveau jeu du studio indépendant de Seattle Pillow Castle est un casse-tête avec vue à la première personne.On y manipule des objets pour résoudre des énigmes.Dans cet espace à la limite du rêve, présenté comme une clinique de thérapie cognitive, les objets, vus en perspective dans leur environnement, ont la taille qu\u2019ils semblent avoir.Il s\u2019agit là d\u2019une mécanique déroutante prétexte à une série de casse-tête parfois très décalés.Illustrons.Une pièce de jeu d\u2019échecs vue de très près nous donne l\u2019impression, dans notre réalité, d\u2019être très grande.Notre cerveau, cependant, nous informe qu\u2019elle est en fait petite.Dans Su- perliminal, toutefois, notre pièce d\u2019échecs devient vraiment, vraiment très grosse lorsque vue de très près.On peut donc grossir ou rapetisser à volonté des objets pour atteindre une porte, par exemple, qui nous mène au prochain casse-tête.Mais plus qu\u2019une série d\u2019énigmes à résoudre, le jeu nous place en porte-à-faux, dans un déséquilibre total qui nous force, sans cesse, à sortir des sentiers battus.Ajoutez à cela une intelligence artificielle instable et omniprésente, censée veiller sur nous, mais qui, en fait, ne se soucie pas de notre bien-être, ce qui nous donnera, quelques fois, des sueurs froides.À essayer, qu\u2019on soit amateur du genre ou pas.On regrettera quand même que l\u2019exercice soit si court ; une fois toutes les énigmes résolues, on ne s\u2019attend pas à vouloir y retourner.Olivier Sylvestre LE JEU DE LA SEMAINE Superliminal Offert pour PC Windows.Sortie sur consoles prévue pour 2020.Compter d\u2019une à trois heures.Question de perspective Superliminal PILLOW CASTLE LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 4 5 Vivr e Plein air lions de dollars, selon une étude de l\u2019Institut de la statistique réalisée en 2016.Coopératives, OBNL et mutuelles forment des modèles de développement particulièrement représentés dans cette région : « Un modèle qui s\u2019inspire des groupes de citoyens qui se mobilisaient autrefois pour protéger leur territoire », explique Marc- André Caron.Et pour offrir des expériences accessibles.« Attention, prévient monsieur Caron, nous ne sommes pas dans le registre de la charité, mais dans une structure équitable à même d\u2019assurer la pérennité.» Car ce lien inextricable qui unit une coopérative à ses membres actifs ou de soutien est le meilleur garant de sa durabilité.Un membre impliqué dans la prise de décision est un acteur du développement qui est motivé par un fort sentiment d\u2019appartenance.D\u2019ailleurs, le Québec tout entier croit à cette gestion participative et démocratique, qui fait écho à sa culture politique orientée vers la concertation et le dialogue social.Quelque 220 000 travailleurs produisent des revenus de 47,8 milliards de dollars, toujours selon l\u2019Institut de la statistique, soit plus que ceux de l\u2019industrie de la construction et de l\u2019exploitation minière réunies.D\u2019ailleurs, depuis 2013, la Loi sur l\u2019économie sociale reconnaît la contribution considérable de ce modèle d\u2019affaires dans l\u2019économie du Québec.néfices immédiatement redistribués dans la communauté.« Un territoire géré par une coopérative, ça fait un lieu où les résidents locaux créent des liens, où le plein air touche le social », ajoute Robert Bou- lay, président du CA de la base de plein air l\u2019Interval, dont la politique d\u2019accessibilité favorise les familles à faibles revenus.Située à Sainte-Lucie des Laurenti- des, la coop a pris les rênes de l\u2019auberge de 24 chambres qui y est installée depuis les années 1970 et a fait construire 20 écogîtes, ce qui a eu pour effet d\u2019augmenter considérablement le nombre de visiteurs.Tout cela finit par profiter à tous.Un circuit de course sur sentier y est même organisé, chaque automne, en partenariat avec Mountain Equipment Coop.Tiens\u2026 une autre coopérative.Faire école Du côté de Saint-Raymond, dans Portneuf, la coopérative de solidarité La Vallée Bras-du-Nord est devenue en moins de deux décennies un modèle du genre, reconnu tant au Québec qu\u2019à l\u2019international.Ses principes fondateurs tournent autour du développement durable et de la mise en commun des forces locales : entreprises touristiques, résidents, agriculteurs, travailleurs forestiers et organismes locaux.Un exemple réussi de partage du territoire avec quelque 10 000 jours/ visite annuels ! Les amateurs de plein air profitent de ce lieu exceptionnel pour y pratiquer la randonnée, le canoë-kayak ou le vélo sur des terres publiques et privées, dont les propriétaires accordent des droits de passage.Ici, la gestion commune des espaces naturels s\u2019accompagne d\u2019une approche écologique : entre autres actions, la coop lance des campagnes pour la revitalisation des berges de la rivière Bras-du-Nord ou pour l\u2019instauration d\u2019une politique forestière éco- responsable.Mais c\u2019est le volet social de la coopérative qui démontre le mieux son approche solidaire.Les élèves de l\u2019école Louis-Jobin de Saint-Raymond (4e et 5e secondaires) profitent des infrastructures de la coop pour leur programme d\u2019études en concentration plein air.Une manière de démontrer que le territoire « appartient » à tous.De plus, un programme d\u2019insertion emploie chaque année des jeunes de la communauté en difficulté pour l\u2019entretien des sentiers.Le rayonnement de La Vallée Bras- du-Nord est tel qu\u2019il commence à s\u2019exporter, avec une offre de services et des conférences portant sur son modèle de gestion, son approche d\u2019insertion socioprofessionnelle ou, encore, ses stratégies de développement du milieu.Un remède à tous les maux du monde ?Qui sait\u2026 Si de nombreux parcs ou bases de plein air ont choisi ce statut, c\u2019est aussi parce que cette recherche de pérennité va de pair avec une approche de développement durable sur le plan tant social qu\u2019environnemental.Une petite station de ski, comme le mont Alta, ou des structures d\u2019hébergement, comme Kiamika, ne sont pas seulement des « produits » de l\u2019économie locale, ce sont des outils de transformation sociale vers plus d\u2019équité et de solidarité, avec des bé- Un territoire géré par une coopérative, ça fait un lieu où les résidents locaux créent des liens, où le plein air touche le social ROBERT BOULAY » UN PARCOURS INSPIRANT Véritable alchimiste de la pâtisserie, Christian Faure mène une brillante carrière en France et à l\u2019international (en travaillant notamment chez Dalloyau et Ducasse) et ra?e au passage le titre prestigieux de Meilleur ouvrier de France, véritable consécration dans le domaine de la gastronomie.C\u2019est en 2012 qu\u2019il s\u2019installe au Québec avec sa famille pour lancer une institution dédiée à la pâtisserie sur la place Royale, dans le Vieux-Montréal.DESSERTS EXQUIS ET SNACKING CHIC La Maison Christian Faure offre toute une gamme d\u2019entremets, macarons, petits gâteaux, pièces montées, glaces et sorbets, sans oublier les viennoiseries et autres gourmandises, qu\u2019on peut emporter ou déguster sur les lieux dans une ambiance salon de thé \u2013 ou avec un bon café Illy! À l\u2019heure du lunch, on découvre le côté salé de la pâtisserie avec des feuilletés, quiches et pâtés en croûte, de même que des sandwichs et salades préparés dans l\u2019esprit snacking chic développé par la maison.Un service traiteur est également offert.Vieux-Montréal : 355, place Royale Centre-ville : 1225, boulevard de Maisonneuve Ouest Westmount : 4945, rue Sherbrooke Ouest Information : marketing@christianfaure.ca CONTENU PUBLICITAIRE UNE TOUTE NOUVELLE ADRESSE Juste à temps pour la saison des fêtes, une Maison Christian Faure vient d\u2019être inaugurée à Westmount.Dans un décor sobre et élégant, on peut y découvrir le même menu sucré-salé, en plus d\u2019assister à la fabrication de chocolats par un maître artisan qui travaille avec les plus grands crus de cacao de la planète, signés Barry Callebaut.Palets d\u2019or, orangettes, truffes et autres délices peuvent bien sûr être croqués sur place ou être offerts en cadeau aux passionnés de chocolat.MAISON CHRISTIAN FAURE La passion de la pâtisserie Des créations exquises, trois boutiques raffinées, dont une toute nouvelle à Westmount, une école culinaire de haut vol et, derrière tout ça, un chef pâtissier émérite passionné par son métier.C\u2019est la recette du succès de la Maison Christian Faure. LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Vivre Gastronomie 46 REPORTAGE ARIANE LABRÈCHE COLLABORATRICE LE DEVOIR À ALMATY (KAZAKHSTAN) Au détour des boulevards à l\u2019européenne de la ville d\u2019Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, les restaurants coréens se comptent par dizaines.Plus que de simples étalages de plats, leurs menus racontent l\u2019histoire de toute une population qui a dû s\u2019adapter pour survivre aux déportations staliniennes des années 1930 dans les steppes arides d\u2019Asie centrale.En mettant le pied dans l\u2019immense antre bétonné au design soviétique du Marché vert, le plus grand bazar d\u2019Almaty, c\u2019est une véritable courtepointe culinaire qui s\u2019offre aux sens.Le safran côtoie les concoctions russes au miel, et les employés du marché s\u2019offrent des nouilles ouïghoures pour dîner.En face des étals qui débordent de kurt, le fromage séché traditionnel des nomades kazakhs, on trouve une offre étonnante, à plus de 4000 kilomètres de Séoul : des bacs remplis d\u2019authentiques banchans, les plats marinés traditionnels de la Corée.Les mets qu\u2019on trouve à Almaty sont le résultat d\u2019une incroyable histoire de résilience et d\u2019adaptation, celle de tout un pan du peuple coréen, victime des Grandes Purges de Joseph Staline en 1937, une des périodes les plus sombres de l\u2019Union soviétique.La traversée du désert Par une morne journée de septembre, cinq femmes âgées s\u2019entassent dans une salle de classe dépouillée du Centre coréen d\u2019Almaty.Aujour- d\u2019hui septuagénaires, elles font partie de la première génération de Coréens à avoir vu le jour au milieu des steppes et ont entendu les récits de déportation de la bouche des membres de leurs familles qui y ont survécu.« O n l e u r a d o n n é m o i n s d e 24 heures pour partir.La plupart des gens n\u2019ont eu le temps de prendre que ce qu\u2019ils avaient sur le dos, avant de se faire entasser dans des wagons de bétail », raconte Anastasia Kan.Sa famille, tout comme celles de ses congénères, vivait à Vladivostok, à l\u2019extrême est de la Russie.C\u2019est par crainte que cette communauté coréenne soit instrumentalisée à des fins d\u2019espionnage par le Japon, qui occupait à l\u2019époque la péninsule coréenne, que Joseph Staline a décidé d\u2019exécuter et d\u2019emprisonner une partie de la population et de déporter le reste vers l\u2019Asie centrale.Et c\u2019est là que le miracle s\u2019est produit.« Ma famille s\u2019est fait débarquer à Kzil-Orda, à l\u2019ouest du Kazakhstan.Des rumeurs ont tout de suite commencé à circuler, voulant que ces étrangers soient des cannibales.Un des leaders de la communauté a alors dit que, même si c\u2019était vrai, ces personnes étaient tout de même des êtres humains et méritaient qu\u2019on les traite À table avec les Coréens du Kazakhstan Les mets qu\u2019on trouve à Almaty, la plus grande ville du pays, sont le résultat d\u2019une incroyable histoire de résilience et d\u2019adaptation Des dumplings, des kuksi et du poisson mariné servis au Neskuchnyy Sad, le restaurant de Victoria Yugai PHOTOS ALEXIS BOULIANNE Anastasia Kan au Centre coréen d\u2019Almaty.Sa famille a été déportée de Vladivostok par le gouvernement de Joseph Staline en 1937.ARIANE LABRÈCHE LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 47 Vivre Gastronomie Où et quoi manger Le Marché vert d\u2019Almaty.On y va pour l\u2019ambiance et les étals de banchans.Ne passez pas à côté des délicieux gimbaps, l\u2019équivalent coréen du sushi, du calmar et de la sandre marinés et des champignons macérés.53, rue Zhibek Zholy, Almaty, Kazakhstan.Neskuchnyy Sad.Le restaurant tenu par Victoria Yugai propose un volumineux menu de nourriture koryo-saram.Essayez les dumplings au bœuf et les kuksi, ces délicieuses soupes servies froides à base de nouilles faites à la main et garnies de légumes, au bouillon à la fois acidulé et juste assez sucré.84 B, rue Auezov, Almaty, Kazakhstan.Korean House.Un des restaurants coréens les plus populaires à Almaty et un des seuls endroits où on peut trouver du tofu et du porc.Leur soupe yukgaejang, au bouillon épicé, est un régal.92, avenue Abylai Khan, Almaty.comme tels », raconte Tamara Tsaï, assise aux côtés d\u2019Anastasia Kan.Alors qu\u2019ils venaient de traverser une sédentarisation forcée qui a entraîné une famine causant la mort d\u2019environ 1,5 million de personnes, les Kazakhs ont ouvert leurs bras aux déportés coréens, partageant avec eux leur toit et le peu de nourriture qu\u2019il leur restait.« Les Kazakhs nous ont sauvé la vie.Et nous sommes un peuple très travaillant ; nous nous sommes adaptés et aujourd\u2019hui, on trouve des Coréens dans toutes les sphères de la société », affirme fièrement Anastasia Kim.La culture culinaire Si les gens se sont adaptés, la cuisine coréenne s\u2019est aussi transformée au gré des ingrédients disponibles sur place.Au Kazakhstan, le kimchi s\u2019est changé en chimchi, une version simplifiée du chou mariné emblématique de la Corée du Sud, préparée sans sauce de poisson et qui ressemble davantage à la choucroute allemande.Les kuksi, des nouilles fraîches agrémentées d\u2019un bouillon acidulé et sucré, sont rehaussées d\u2019aneth, l\u2019herbe aromatique la plus populaire de la cuisine russe.« Notre cuisine est l\u2019héritage le plus authentique qu\u2019on garde aujourd\u2019hui de nos ancêtres », lance Victoria Yugai, une cheffe cuisinière qui fait partie de la quatrième génération de l\u2019immigration coréenne au Kazakhstan.Elle est attablée dans son restaurant avec son amie Olya Li, une guide touristique elle aussi membre de la communauté des koryo-sarams, le nom que se sont donné les Coréens d\u2019Asie centrale.Même si elles sont ethniquement coréennes, les deux jeunes femmes ne parlent pas un mot du dialecte de leurs grands-parents, plus proche de celui des Nord-Coréens que de la langue de leurs compatriotes du Sud.Elles n\u2019ont même jamais mis le pied en Corée.Pour elles, la perte de leur langue n\u2019est qu\u2019un symptôme de la réussite de l\u2019intégration des koryo-sarams au Kazakhstan, un pays qui compte 130 nationalités et où le russe fait office de lingua franca.« J\u2019ai longtemps eu de grands questionnements sur mon identité.Quand j\u2019ai rencontré des Sud-Coréens, j\u2019ai remarqué à quel point on était différents.La langue russe nous a beaucoup influencés et nous sommes plus européens, moins asiatiques.Je dis souvent que je suis une banane : jaune à l\u2019extérieur, mais blanche à l\u2019intérieur », dit en riant Olya Li.Sur leur passeport, leur citoyenneté et leur ethnicité sont indiquées sur deux lignes séparées.Mais au Kazakhstan, les identités sont loin d\u2019être aussi hermétiques.Même Victoria Yugai l\u2019admet en rougissant : au-delà de tous les repas coréens parfumés qu\u2019elle prépare, son mets préféré est le beshbarmak, le plat national kazakh.Une commerçante vendant des banchans, les plats d\u2019accompagnement marinés traditionnels de la Corée, dans le hall du Marché vert, à Almaty Victoria Yugai et Olya Li sur la terrasse du restaurant Neskuchnyy Sad PHOTOS ALEXIS BOULIANNE Voyages Symone Brouty Pour des voyages pas comme les autres ! 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com BON VOYAGE Offrez une Aventure gastronomique au moulin à une heure de Québec ! \u2022 Sentiers et raquettes \u2022 Massothérapie \u2022 Ski de fond - 50 km de pistes L\u2019ISLET 1 877 245-2247 À une heure de Québec! www.aubergedesglacis.com auberge gourmande IDEES CADEAUX \u2013 LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Vivre Resto 48 CRITIQUE CATHERINE FERLAND COLLABORATRICE LE DEVOIR À QUÉBEC Je fais partie de ces gens qui ont une aversion pour le mois de novembre.Que voulez-vous, c\u2019est viscéral : le froid, le vent, la grisaille m\u2019enrhument l\u2019âme et m\u2019incitent à opérer un repli stratégique vers ma tanière.Mon excursion resto mensuelle, offrant l\u2019occasion de dîner en compagnie d\u2019une amie dans un endroit sympathique, s\u2019avère toutefois une bonne raison de pointer le nez hors de chez moi.La recherche de chaleur prévaut dans le choix du lieu : allons-y pour une cuisine aux accents de l\u2019Asie du Sud-Est.Ce sera le Chanhda.Chaud, froid, un peu de tout ça L\u2019effet physiologique des épices est tout ce qu\u2019il y a de plus fascinant.Employés dans les pays où le mercure et l\u2019humidité atteignent des sommets, ces piquants aromates font transpirer et procurent par là même une sensation de fraîcheur, tandis qu\u2019ajoutés aux mets servis par temps froid, ils accélèrent le rythme cardiaque et font monter le rouge aux joues.Tout réside dans l\u2019art de doser.Pour commencer le repas, mon invitée a choisi les classiques rouleaux impériaux de porc, dont l\u2019extérieur bien doré et croustillant recèle un fin hachis de viande et de légumes.Ma petite soupe thaïe remplit sa promesse et me fait grand bien : le curry rouge, délayé dans le bouillon de poulet maison et le lait de coco, le tout acidulé d\u2019une touche de lime Kaffir, diffuse sa bienfaisante chaleur dans tout mon organisme.Heureusement, d\u2019ailleurs, car il y a bien des courants d\u2019air dans la salle à manger, où nombre d\u2019affamés viennent chercher quelque chose à l\u2019espace boutique ou quérir une commande pour emporter.Il fait froid et je regrette l\u2019absence d\u2019une double porte ou autre dispositif de même acabit.Je me drape dans mon écharpe.Sous nos latitudes, un portique n\u2019est pas un caprice : convenons qu\u2019il est bien désagréable de sentir une brise glacée s\u2019enrouler à nos chevilles et nous caresser l\u2019échine pendant un repas au restaurant\u2026 Mais il est bien possible que les propriétaires, comme tout le Québec d\u2019ailleurs, aient été pris de court par l\u2019arrivée brutale d\u2019une météo hivernale.Au moment d\u2019écrire ces lignes, je formule simplement le souhait qu\u2019on ait remédié à la situation, pour le bien-être de la clientèle et des employés.Ma tempête contre ta mousson Je n\u2019ai encore jamais visité un pays d\u2019Asie du Sud-Est, mais on m\u2019a fréquemment parlé de l\u2019intense chaleur qui y règne, des pluies subites et torrentielles, ainsi que des cuisines locales combinant les arômes, tantôt subtils, tantôt explosifs, de manière surprenante.Au bout de la fourchette \u2014 ou des baguettes \u2014 est convié tout un monde.J\u2019ai aimé mon entrée.Les mêmes notes d\u2019agrume (merci d\u2019exister, lime Kaffir) et d\u2019épices se retrouvent dans mon curry panang, ici en version poulet et vermicelles.Parsemé d\u2019arachides rôties, toutefois laissées un brin trop longtemps sous le gril, et surmonté d\u2019un œuf renversé, le plat s\u2019avère riche en saveurs et en textures.En couleurs, aussi : le mélange de céleri, poivrons rouges, oignons, pousses de bambou et autres légumes s\u2019avère un puissant antidote à la grisaille novembrale.Même festival de couleurs et de saveurs chez Sophie, qui a choisi une assiette wok aux noix de cajou, parfumée d\u2019un mélange de deux currys thaïs adoucis par le lait de coco.Loin d\u2019être chiche en crevettes et en morceaux de poulet, le plat déborde de végétaux colorés et cuits à point, servis sur un nid de vermicelles.Pas trop épicé, préci- sons-le, afin de respecter la délicatesse digestive de ma comparse.Friandises nipponnes Le menu du Chanhda ne comporte pas de dessert, mais les clients n\u2019hésitent pas à aller piger un petit quelque chose dans l\u2019espace boutique, où s\u2019alignent de colorés paquets de Chanhda, cuisine asiatique à Sainte-Foy Une histoire de chaud et de froid Il y a bien des courants d\u2019air dans la salle à manger, où nombre d\u2019affamés viennent chercher quelque chose à l\u2019espace boutique ou quérir une commande pour emporter.Sous nos latitudes, un portique n\u2019est pas un caprice.Il est bien possible toutefois que les propriétaires aient été pris de court par l\u2019arrivée brutale d\u2019une météo hivernale.PHOTOS FRANCIS VACHON LE DEVOIR LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 49 Vivre Recette Chanhda 2900, chemin Saint-Louis, Québec, 581 981-2430.Les plus : Saveurs et couleurs, juste ce qu\u2019il faut de dépaysement, à prix amical.Mets aussi offerts pour emporter.Les moins : Salle à manger exposée aux courants d\u2019air : un portique ou une double porte sera indispensable.Coût d\u2019un repas pour deux, nourriture seulement, avant taxes et service : 61 $.Coût total pour deux, y compris taxes et service : 83 $.biscuits et de friandises importées.J\u2019y capture des bâtonnets Poky au thé vert et aux amandes, ainsi que des Kit Kat japonaises aux saveurs funky, l\u2019une au chocolat au lait et aux framboises, l\u2019autre au chocolat blanc, au rhum et aux canneberges.J\u2019ai constaté au fil des ans que le tapioca fait partie de ces aliments po- larisants : certains le détestent, d\u2019autres l\u2019adorent.Faisant sans honte partie du second camp, je suis ravie de repérer les bols remplis de petites billes translucides.Et hop, le pouding vient grossir un butin que mon amie et moi partageons gaiement, terminant le repas sur une note fraîche\u2026 avant de retrouver l\u2019inhabituelle froidure de novembre.Actualités gastronomiques de la région de Québec Ouverte en 1999 dans la rue Saint-Joseph, en plein cœur du quartier Saint-Roch, la toute première Boîte à Pain a prospéré, a grandi et s\u2019est multipliée : deux décennies plus tard, 120 employés utilisent 800 kilos de farine et 400 kilos de beurre par semaine pour produire une quarantaine de variétés de pains, des croissants et des viennoiseries.Un dessert spécial a été conçu pour célébrer ce 20e anniversaire : inspirée de la Belgique natale du propriétaire, Patrick Nisot, mais avec une touche québécoise, la tarte au riz à saveur d\u2019érable et de pommes sera offerte à la clientèle jusqu\u2019au 15 décembre.Un autre bel événement à souligner cet automne est le 25e anniversaire du restaurant Les Frères Toc, situé au nord de Charles- bourg, près de Lac-Beauport.Le chef Martial Abraham, qui est à la tête des cuisines depuis plus de deux décennies, est reconnu pour ses techniques impeccables et la fraîcheur des plats concoctés par sa brigade.Vingt- cinq ans plus tard, l\u2019établissement continue de miser sur une table honnête et une ambiance conviviale.Signalons la parution aux Éditions Ulysse d\u2019un très bel ouvrage, Routes des vins dans le monde.50 itinéraires de rêve, par la sommelière québécoise Natalie Richard.Ayant parcouru la planète à la découverte des plus beaux vignobles, celle qui est aussi animatrice et chroniqueuse gastronomique a voulu proposer des circuits inédits articulés autour de la dégustation de vins, fournissant aussi pour chaque région visitée une fiche technique listant les principaux cépages et les vignobles à découvrir.Dans cet ouvrage de plus de 200 pages illustrées, on trouvera 29 circuits européens, 9 des Amériques, 7 d\u2019Afrique et d\u2019Océanie, et 5 du Moyen-Orient et d\u2019Asie.Beau, utile et gourmand.C\u2019est un festival de couleurs, de saveurs et d\u2019épices qui fait monter le rouge aux joues dans les plats du Chanhda.Une suggestion de Marie-Élaine Thibault, pour quatre personnes Ingrédients 1 poulet coupé en 8 morceaux (vous pouvez aussi utiliser des cuisses ou hauts de cuisses, poitrines ou pilons).Pour la marinade 1 tasse de yaourt grec nature 3 gousses d\u2019ail 1 morceau de gingembre frais (de la grosseur du pouce) 2 c.à thé de curcuma moulu 1 c.à thé de cumin broyé ½ c.à thé de cannelle 1 c.à thé de paprika 2 c.à thé de sel Pour les légumes 1 boîte de pois chiches égouttés ½ chou-fleur coupé en morceaux 1 c.à thé de cumin 1 c.à thé de paprika Un trait d\u2019huile d\u2019olive Sel et poivre au goût Garniture 1 oignon rouge émincé 2 c.à soupe de jus de citron frais ¾ de tasse de yaourt grec Sel au goût Feuilles de menthe Préparation Mélanger les ingrédients de la marinade et passer le tout au mélangeur pour obtenir une consistance homogène.Déposer la marinade et les morceaux de poulet dans un sac de type Ziploc et faire mariner 6 heures ou, idéalement, toute la nuit.Sortir le poulet du sac et l\u2019égoutter.Déposer les morceaux de poulet sur une plaque de cuisson.Dans un bol, déposer les pois chiches, le chou-fleur, le cumin moulu et le paprika, puis arroser le tout d\u2019huile d\u2019olive.Saler et poivrer.Étaler les pois chiches et le chou-fleur sur la plaque de cuisson autour du poulet.Enfourner à 425 °F pendant 45 minutes.Utiliser 2 plaques au besoin.Pendant la cuisson, émincer l\u2019oignon et déposer dans un petit bol.Saler et ajouter 1 c.à soupe de jus de citron.Réserver.Mettre le yaourt grec pour la garniture dans un autre petit bol, saler et ajouter une c.à soupe de jus de citron.Réserver.Servir le poulet garni de sauce au yaourt et de l\u2019oignon mariné, puis décorer de feuilles de menthe.Marie-Élaine Thibault est conceptrice et styliste culinaire.Pour la suivre : marielenfer.com, instagram.com/mary- hellyeah et facebook.com/marielenfercuisine LA RECETTE DE LA SEMAINE Poulet mariné au yaourt et pois chiches croustillants MARIE-ÉLAINE THIBAULT LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com Voyages Symone Brouty Pour des voyages pas comme les autres ! 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com LES BEAUX DIMANCHES DE LA LIBRAIRIE ULYSSE Inscription: www.guidesulysse.com/1decembre D I M A N C H E LIBRAIRIE ULYSSE 4176, RUE SAINT-DENIS MÉTRO : MONT-ROYAL S A I N T - D E N I S / R A C H E L Routes des vins DÉCEMBRE 14H 2019 - 1 er Expérience d'immersion interculturelle Dharamsala (Inde), Madagascar, Pérou, Sénégal et Vietnam.Séjour de 7 semaines COÛT : de 5 195 $ à 6 225 $ (formule « tout inclus ») proposée aux personnes de 50 ans et plus avec hébergement dans une famille et bénévolat Voyages solidaires Pour assister à une séance d'information, téléphonez au 514 325-0150, poste 2039 http://voyagessolidaires.collegemv.qc.ca 3081, ch.Ste-Foy, Québec voyages-lambert.com À MONTRÉAL LIEU : HÔTEL UNIVERSEL - 5000, RUE SHERBROOKE EST ENTRÉE LIBRE PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS DIMANCHE 1ER DÉCEMBRE 2019 SICILE & ITALIE DU SUD ESCALE AUX ÎLES ÉOLIENNES Départs : 19 avril & 11 octobre 2020 POLOGNE, MÉMOIRE DE L'EUROPE Départs : 17 mai & 30 août 2020 LIBAN & CHYPRE, DU LEVANT DES PHÉNICIENS AU CONFLUENT DES CIVILISATIONS ANTIQUES DE L\u2019ORIENT Du 18 avril au 5 mai 2020 ALLEMAGNE Du 6 au 27 octobre 2020 JAPON SYMBIOSE DE LA BEAUTÉ ET DE LA MODERNITÉ Départs : 29 mars & 2 avril 2020 L\u2019ÉGYPTE 5000 ANS D'HISTOIRE Départs : 11 janvier, 25 février, 14 mars, 24 octobre, 7 novembre, 21 novembre 2020 10h30 10h30 12h15 12h15 14h00 14h00 Plus de groupes-croisières sur GRAND TOUR DU JAPON ET CERISIERS EN FLEURS \u2013 Navire 4* ½ wwwwSéjours 3 nuits à Tokyo et à Hakone Shimizu, Osaka, Kobe, Kyoto, Kochi, Fukuoka, et Corée du Sud Date ultime pour réserver = 29 novembre.LONDRES, OSLO & LA BALTIQUE \u2013 Navire 4* ½ Séjour à Londres, Oslo, Copenhague, 2 jours à Stockholm, Tallinn, 2 jours à St-Pétersbourg, Helsinki, Skagen 16e Année d\u2019expérience ! \u2013 Navire 4* Période idéale pour admirer les paysages DE SUEZ & EXPO DUBAI \u2013 Navire 5 *1/2 Athènes, 3 jours en Israël, Louxor et la Valée des Rois, Petra, Salalah, 4 jours à Dubaï Permis du Québec Départs : tous les vendredis Pour le Jour de l\u2019An : lundi le 30 décembre * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV inclus.Prix valide pour tous les départs en 2019.Permis du Québec (702378).www.beltour.ca 514 336-0033 / 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.AGENCE DE VOYAGES Inclus : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides experts et circuits captivants.Le 31 décembre sur Times Square c\u2019est la plus grande célébration du Nouvel An au monde lorsque la grosse boule descend et laisse échapper des ballons, des guirlandes et des confettis pour débuter la nouvelle année et que des feux d\u2019artices illuminent Central Park.C\u2019est un réveillon mémorable qui vous attend! 205 $* NEW YORK Spectaculaire et accueillante À partir de CROISIÈRES Pour des croisières luxueuses et exotiques sur mesure, consultez nos conseillers en voyage et prenez la mer vers le Sud ou vers l\u2019Europe. Vivre Vin 51 LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 LES VINS DE LA SEMAINE (5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans © devrait séjourner en carafe Moins de 16 $ The Grinder 2018, Chenin blanc, Afrique du Sud (12,40 $ \u2013 13487372) On a déjà causé de ce blanc sec ici même sans pour autant ralentir le débit de la conversation, car, une fois de plus, son fruité fait amplement jaser.Rien pour faire bondir un kangourou ou faire valser un grand requin blanc, mais tout de même un équilibre et une fraîcheur derrière l\u2019ensemble, d\u2019où se dégagent de beaux amers.Servir bien frais sur les sushis.(5) La surprise 1/2 Grolleau de Cinq-Mars 2016, Le Sot de l\u2019Ange, Loire, France (32,75 $ \u2013 13350595) Réhabiliter les cépages anciens, tel le grol- leau, a son incidence sur la biodiversité et donc sur le climat, comme le soulignait le généticien José Vouillamoz récemment.Quentin Bourse, lui, a déjà fait le saut en bio en proposant ici un rouge culbutant, tout ce qu\u2019il y a de magique sur les plans de l\u2019expression et de la sincérité.Top ! (5) Le blanc Bourgogne Côtes Salines 2018, Domaine Gueguen, Bourgogne, France (18,75 $ \u2013 13657571) Le chablis est hors de prix ?Cette option proposée par Céline et Frédéric Gueguen vous fera saliver d\u2019aise ! Le chardonnay est ici allégé de son poids fruité par cette touche iodée et citronnée qui cesse de l\u2019envelopper pour mieux le dynamiser, aiguisant au passage son acuité et sa haute palatabi- lité.Un régal ! (5) Le rouge 1/2 Beaujolais-Villages Combe aux Jacques 2018, Louis Jadot, Bourgogne, France (17,25 $ \u2013 365924) Les premiers 2018 arrivent sur le marché avec un fruité soutenu, juteux et de belle densité.Un millésime qu\u2019il faudra surveiller de près, du moins dans l\u2019Hexagone.Ce « villages » met déjà en appétit en ciblant au plus près la soif, sans la contourner.De la fraîcheur à revendre et de la souplesse, pour un gamay gagnant.(5) Le bio Château Trolliet-Lafite 2011, Côtes de Bergerac, France (21,70 $ \u2013 12233805) J\u2019adore ce goût franc des vins de l\u2019arrière- pays.Des vins honnêtes, souvent de grande franchise, généreux de cœur, d\u2019une mâche qui donne à penser que la table n\u2019a qu\u2019à bien se tenir lorsque le vin est versé.Cette cuvée conforte et réconforte, par son épaisseur de tanins souples et fruités et sa fine touche boisée, délicatement fumée.(5) © BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Avait lieu la semaine dernière à Montréal la deuxième édition de Goûter aux changements climatiques \u2014 fort réussie par ailleurs \u2014 réunissant quelques conférenciers de pointe évidemment sensibles aux réalités climatiques d\u2019aujourd\u2019hui ainsi qu\u2019à leurs effets sur le vignoble de demain.Le vin que vous buvez maintenant sera-t-il diffé- rent de celui qu\u2019il vous sera possible d\u2019apprécier dans les millésimes 2040, 2060 ou 2090 si Bacchus vous prête vie ?Il faudrait être climatosceptique pour imaginer qu\u2019il ne le soit pas ! Il n\u2019y a pas que Venise qui a les pieds dans l\u2019eau.La planète entière va à vau-l\u2019eau.Et ce n\u2019est qu\u2019un début, dans cette suite qui s\u2019annonce, sinon dramatique, du moins fort différente de ce que nous connaissons aujour- d\u2019hui.Un exemple ?Selon Karel May- rand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec et les provinces de l\u2019Atlantique, la biodi- versité mondiale, qui tiendrait comme une infime couche de peinture sur un ballon de basketball, pour faire une analogie avec notre planète bleue, est si bousculée qu\u2019elle imprime déjà des bouleversements en cascades sur toute vie animale, végétale et humaine.Au point où, à l\u2019aube de 2050, les 9,1 milliards d\u2019êtres humains boufferont l\u2019espace de ces autres espèces qui assurent pourtant l\u2019équilibre de leur survie.Pas jojo, je vous dis.Le colloque imaginé par la sommelière Michelle Bouffard a permis aux 14 intervenants invités de dégager une batterie de constats, dont plusieurs scientifiquement vérifiables.Les graphiques mis en situation sur l\u2019état du monde par Karel Mayrand étaient à ce point déstabilisants qu\u2019ils en donnaient le tournis.Le CO2 relâché dans l\u2019atmosphère ?Il équivaudrait, selon Mayrand, à l\u2019énergie accumulée sous le couvert du réchauffement climatique à l\u2019explosion de 500 000 bombes Hiroshima par jour, 365 jours par année.Pas surprenant que les cinq dernières années aient été les plus chaudes enregistrées avec, pour juillet 2019 seulement, l\u2019année la plus chaude de tous les temps.« Nous sommes entrés dans une ère de conséquences », disait l\u2019homme.L\u2019une de ces conséquences ?Le mot « jovialiste » retiré des dictionnaires si la neutralité carbone n\u2019est pas atteinte d\u2019ici 2050 ! Doit-on s\u2019alarmer pour autant ?Ce n\u2019est pas parce que les autruches ne boivent pas de vin qu\u2019il faut regarder la caravane climatique passer sans bouger le petit doigt.Le vin que vous buvez n\u2019est déjà plus ce qu\u2019il a été ni ce qu\u2019il sera.Bon, je sais, personne ne boit de romanée-conti, mais pourriez-vous tout de même imaginer une seconde cette icône vinifiée avec du nebbiolo au lieu du pinot noir dans un siècle ?C\u2019était la boutade plus que réaliste lancée par le généticien José Vouilla- moz (coauteur de WineGrapes, entre autres), dont le constat sur le terrain végétal est plus que troublant.Selon cette sommité, l\u2019ensemble des biodi- versités locales seules pourront garantir, avec un choix de cépages indigènes anciens, des clones variés, une sélection spécifique de porte-greffes adaptés aux régions ou une multiplication génétique ciblant au cœur telle ou telle maladie (oïdium, mildiou etc.), une pérennité au vignoble.Une saine biodiversité demeurant au préalable la condition sine qua non pour asseoir toute démarche en ce sens.Le goût amer des changements climatiques n\u2019est pas non plus la tasse de thé du Catalan Miguel A.Torres, qui s\u2019emploie, pour sa part, depuis 2007 à investir 11 % des profits de son entreprise dans la cause environnementale, en plantant, par exemple, 200 hectares d\u2019arbres par an au Chili.Une gestion précise d\u2019énergies renouvelables dans son coin de Catalogne, dont les températures ont augmenté de 1,2 °C depuis 50 ans a déjà fait chuter du quart l\u2019empreinte CO2 par bouteille depuis 10 ans.Replantation, irrigation, taille, mais aussi recherche de cépages anciens en collaboration avec l\u2019INRA français sont au programme.« Le monde du vin peut faire sa part pour la suite des choses, mais que veut l\u2019industrie?Une productivité accrue, faire moins mais mieux ?» s\u2019interrogeait le « Master of Wine » Jérémy Cukierman.L\u2019amertume est peut-être l\u2019une des cinq saveurs élémentaires, mais ce n\u2019est pas une raison pour qu\u2019elle assombrisse la suite du monde\u2026 Le goût amer des changements climatiques Quels arômes auront les vins de demain ?La semaine prochaine : les champagnes artisans de Jean-Baptiste Geoffroy Le Catalan Miguel A.Torres s\u2019emploie depuis 2007 à investir 11 % des profits de son entreprise dans la cause environnementale, en plantant, par exemple, 200 hectares d\u2019arbres par an au Chili.JEAN AUBRY LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Vivre Alimentation 52 son sens, tout comme Caroline Huard, dite Loounie, la femme derrière Loo- unie cuisine, un livre présentant des recettes et des astuces 100 % végétales et que l\u2019on peut apercevoir dans le nouveau magazine culinaire Moi j\u2019mange, sur les ondes de Télé- Québec.Malgré une semaine médiatique chargée en raison de l\u2019annonce de nouveaux projets et d\u2019une table ronde qu\u2019elles tiendront ensemble au Salon du livre de Montréal ce week-end, elles arrivent tout sourire à notre rendez-vous.La complicité est palpable entre les trois autrices et amies.Recettes et réseaux sociaux « Des fois, je me demande pourquoi les gens décident de faire une recette de cari végane tirée de mon livre alors qu\u2019il y en a à peu près 300 sur Pinterest.C\u2019est comme si j\u2019y apposais mon sceau d\u2019approbation.La recette rejoint leurs valeurs.Elle est bonne, elle a été testée », ajoute Loounie, très influente sur les réseaux sociaux.Toutes s\u2019entendent pour dire que la publication de tels ouvrages vient avec une certaine responsabilité.L\u2019influence qu\u2019elles peuvent exercer n\u2019est pas à Quand la littérature s\u2019invite à table Quel rôle jouent les livres de cuisine dans nos vies ?prendre à la légère.Du choix des plats et des ustensiles utilisés jusqu\u2019à la portion suggérée, tout est étudié.« Un livre, ce n\u2019est pas comme un site Web, où l\u2019on peut ajuster les images ou les recettes.C\u2019est impri- Un livre, ce n\u2019est pas comme un site Web où l\u2019on peut ajuster les images ou les recettes.C\u2019est imprimé, c\u2019est dans le ciment.Le message ne bougera pas.On veut donc qu\u2019il soit le plus durable possible.GENEVIÈVE O\u2019GLEMAN » mé, c\u2019est dans le ciment.Le message ne bougera pas.On veut donc qu\u2019il soit le plus durable possible », affirme Geneviève O\u2019Gleman, qui réfléchit minutieusement à chacune des recettes qu\u2019elle présente.L\u2019idée n\u2019est pas de proposer un mode de vie inflexible, mais plutôt des pistes de réflexion qui agiront de façon continue sur les lecteurs, que ce soit consciemment ou non.« Je me souviens d\u2019un vieux livre de recettes plutôt drabe sur l\u2019alimentation végétarienne qui appartenait à ma mère.C\u2019est le premier que j\u2019ai utilisé, adolescente.Aujourd\u2019hui, je ne suis pas végétarienne, mais ce livre m\u2019a grandement influencée.Pendant longtemps, je n\u2019ai pas mangé de viande », se souvient Catherine Lefebvre.Loounie, quant à elle, a carrément cessé de consommer des produits d\u2019origine animale ou issus de leur exploitation depuis l\u2019automne 2011.Elle en a alors profité pour faire le ménage de sa bibliothèque.« Chez moi, je n\u2019ai aucun livre qui n\u2019est pas végane.Dans ma tête, la viande, ça n\u2019existe plus.» Cuisine et réflexion Peu importe que ce soit pour des raisons liées à la santé, au bien-être animal ou à l\u2019environnement, l\u2019important, quand on choisit un livre de cuisine, c\u2019est la réflexion qu\u2019il engendrera.Nous n\u2019y trouverons pas forcément toutes les réponses, mais il suscitera de nouvelles questions.« Je ne veux pas seulement améliorer les connaissances des gens, je veux améliorer leurs comportements.C\u2019est ça qui compte, dans le fond.Les connaissances n\u2019améliorent pas la santé, il faut passer à l\u2019action », explique Geneviève O\u2019Gleman.« Une habitude, c\u2019est un comportement qu\u2019on répète.Or, on peut seulement modifier un comportement si l\u2019on modifie aussi les croyances sous- jacentes.Et les croyances, elles viennent de ce qu\u2019on nous a enseigné à l\u2019école, de nos lectures, des valeurs que nos parents et nos pairs nous ont transmises », précise Loounie, qui s\u2019est malgré tout fait reprocher à plusieurs reprises de ne pas assez défendre le véganisme.Les trois femmes, malgré des styles différents, privilégient une approche plus positive que revendicatrice.Elles ne feront jamais l\u2019éloge d\u2019un régime, mais plutôt du plaisir de manger de façon variée, en proposant les outils nécessaires à leurs lecteurs.« Choisir ses combats, tracer sa ligne, pour ne pas tomber dans l\u2019orthorexie ou l\u2019écoanxiété », c\u2019est ce que prône Catherine Lefebvre.« Et il ne faut pas faire de compromis sur le goût.» Les autrices seront au Salon du livre de Montréal les 23 et 24 novembre.REPORTAGE LAURENCE MICHÈLE DUFOUR COLLABORATRICE LE DEVOIR ertains livres culinaires nous accompagnent pendant plusieurs années, d\u2019autres traversent les générations.Nous les choisissons tantôt pour leur aspect attrayant, tantôt pour leur côté pratique.Mais toujours, nous les choisissons avec plaisir.Peu importe le rapport que nous entretenons avec eux, nous sommes tous concernés par le sujet qu\u2019ils traitent : l\u2019alimentation.« Oui, il y en a trop.C\u2019est pour ça que, si l\u2019on met un livre de plus dans l\u2019univers, il se doit d\u2019être pertinent », répond du tac au tac Geneviève O\u2019Gleman quand on lui demande s\u2019il y a trop d\u2019ouvrages sur le sujet.Nutritionniste, elle est à la tête du web- magazine Savourer en plus d\u2019être l\u2019autrice de plusieurs livres pratiques, dont Les lunchs et Soupers rapides, parus cette année aux Éditions de l\u2019Homme.Catherine Lefebvre, elle aussi nutritionniste et autrice, abonde dans Les autrices Caroline Huard, Catherine Lefebvre et Geneviève O\u2019Gleman MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR C LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 53 Vivre Santé mateurs de connaître le nom des producteurs qui ont contribué à remplir leur carton de lait.« Tout le lait est produit dans la région.C\u2019est un contexte qui a facilité la traçabilité », note Daniel Asselin, premier vice-président du domaine agroalimentaire chez Nutrinor.La certification « bio » nécessite déjà de respecter certaines normes en matière de traçabilité afin de garantir l\u2019authenticité du produit.Il n\u2019y avait donc qu\u2019un pas à franchir pour donner accès au public à ces informations.« Ce sont des données que nous possédions grâce à la collaboration de nos membres, qui nous ont permis de diffuser leurs noms », précise Daniel Asselin.Des chaînes éclatées À des fins de sécurité alimentaire, Santé Canada oblige les entreprises à connaître le fournisseur de leurs produits et ceux à qui elles les vendent pour agir rapidement en cas de rappel.Cependant, la situation s\u2019est dangereusement complexifiée au cours des dernières décennies.« Les chaînes d\u2019approvisionnement sont de plus en plus éclatées.Les ingrédients arrivent de partout et les clients ne sont plus régionaux », constate Vanessa Grondin.« L\u2019industrie est en profonde réflexion et voit la nécessité de connecter tous les maillons de la chaîne.» Le consommateur est exigeant\u2026 et a raison de l\u2019être ! Cela force l\u2019industrie à faire preuve de transparence pour regagner sa confiance.« En donnant davantage d\u2019informations aux consommateurs, ils peuvent prendre des décisions éclairées.Ça veut dire être conscient de l\u2019empreinte écologique des produits, de leur provenance, des paramètres de production.Le consommateur doit faire partie intégrante de la chaîne d\u2019approvisionnement pour qu\u2019il puisse l\u2019influencer à travers ses achats », soutient Vanessa Grondin.Faire la guerre au gaspillage Alors que le tiers de toute la nourriture produite dans le monde est gaspillé, les systèmes de traçabilité se révèlent une stratégie efficace pour lutter contre ce phénomène.En effet, une bonne partie de ce gaspillage alimentaire se produit chez le détaillant.Lors de rappel de produits contaminés, comme ce fut le cas avec la bactérie E.coli dans la laitue romaine à l\u2019automne 2018, des quantités astronomiques d\u2019aliments doivent être jetés.Trouver la source de cette bactérie n\u2019est pas une mince tâche.Le cas de contamination des épinards américains en 2006 hante encore l\u2019industrie agroalimentaire.Cela a entraîné trois décès et une centaine d\u2019hospitalisations.Devant l\u2019incapacité de l\u2019industrie de trouver l\u2019origine des légumes contaminés, tous les épinards ont dû être retirés des tablettes des supermarchés, et ce, dans l\u2019ensemble du pays.Les restaurateurs ont également cessé d\u2019en proposer sur leur menu.Une semaine plus tard, le producteur fautif a enfin été épinglé.Les conséquences ont été désastreuses.« Toute la production d\u2019épinards a été sacrifiée.On peut imaginer les pertes que ça a causées aux producteurs.La procédure de traçage était tellement longue que les autorités sanitaires n\u2019avaient pas d\u2019autres choix.C\u2019est la santé du consommateur qui prime », raconte Seddik Khalloufi, professeur à la Faculté des sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation de l\u2019Université Laval.Dans un système de traçabilité perfectionné, la source serait trouvée rapidement et il ne serait donc pas nécessaire de vider des rayons entiers de légumes.Actuellement, ce sont les gros joueurs qui se mobilisent.Le géant Wal-Mart fait office de précurseur dans le domaine.Jumelé à IBM, le détaillant met au point une technologie robuste : un registre de transactions décentralisé impossible à falsifier appelé chaîne de blocs.Il permettrait de trouver l\u2019origine des aliments d\u2019un présentoir en quelques secondes.L\u2019an dernier, on a pu remonter à la ferme mexicaine d\u2019où provenait une mangue en\u2026 2,2 secondes.Avec la méthode traditionnelle, le processus a nécessité plus de six jours de travail et de recherche.« Lorsqu\u2019on découvre un aliment contaminé, il faut trouver l\u2019origine immédiatement.Le pire cauchemar des grandes compagnies, c\u2019est devoir faire un rappel de leurs produits.Leur réputation est en jeu », prévient M.Khalloufi.Les ingrédients arrivent de partout et les clients ne sont plus régionaux.L\u2019industrie est en profonde réflexion et voit la nécessité de connecter tous les maillons de la chaîne.VANESSA GRONDIN » REPORTAGE LAURIE NOREAU COLLABORATRICE LE DEVOIR l suffit d\u2019entrer la date d\u2019expiration du lait biologique Nutrinor pour avoir accès à une mine d\u2019informations : les fermes laitières participantes, la date de traite et le numéro de citerne.Dans le domaine agroalimentaire, les initiatives se multiplient pour tracer en détail le parcours de nos aliments avant qu\u2019ils ne se retrouvent dans nos assiettes et dans nos verres.La traçabilité pourrait même agir comme bouclier contre le gaspillage alimentaire.Pour l\u2019instant, seule une poignée de producteurs québécois testent le marché de la traçabilité.Des initiatives que Vanessa Grondin qualifie de « première génération ».« On est au tout début de cette tendance.C\u2019est une façon concrète de dire aux consommateurs : on vous écoute, on veut être transparent et on vous donne de l\u2019information sur la provenance de nos aliments », explique la cheffe de la stratégie agroali- mentaire chez OPTEL.Cette compagnie québécoise développe des technologies de pointe afin d\u2019offrir des solutions de traçabi- lité et de suivre les produits tout au long de la chaîne d\u2019approvisionnement, des matières premières jusqu\u2019à la fourchette.Nutrinor fait quant à lui office de précurseur avec son lait nordique biologique.La coopérative d\u2019Alma, au Lac-Saint-Jean, permet à ses consom- Suivre ses aliments à la trace Une solution pour réduire le gaspillage alimentaire ?À des fins de sécurité alimentaire, Santé Canada oblige les entreprises à connaître le fournisseur de leurs produits et ceux à qui elles les vendent pour agir rapidement en cas de rappel.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE I LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Vivr e Mot s de t êt e 54 SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 55 Vivre Mots de tête GRILLE INTERMÉDIAIRE Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 478 Horizontalement I.Dégraisseurs.II.Eprouvée.Heu.III.Prit.Ermites.IV.Rosir.Tel.St.V.Eu.Neri.Si.VI.Svp.Misa.Pan.VII.Sérum.Siéent.VIII.Itinérant.Ce.IX.Ota.Nageoire.X.Némée.Esches.Verticalement 1.Dépression.2.Eprouvette.3.Gris.Priam.4.Rotin.Un.5.Au.Remmène.6.Ive.Ri.Râ.7.Sertissage.8.Semé.Aînés.9.Ils.Etoc.10.Uht.Ipé.Ih.11.Rées.Ancre.12.Sustentées.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 479 1.Voudrait approcher la vérité.2.Dans les airs et sur l\u2019échiquier.Méprisable.3.Ses bulbes donnent de belles fleurs.Dans l\u2019erreur.4.Jardin extraordinaire.Mesure agraire.5.Homme de théâtre.Découvert.6.Juste ce qu\u2019il faut.Circule en Roumanie.7.A pondu un Castor.Faces nord.8.Chargeât trop lourdement.9.Lent et défait.A bien négocier dans la descente.10.Cité antique.Préposition.Perd les eaux.11.Grands tours à la barre.Peut à peu près dire n\u2019importe quoi.12.Assemblaient les torons.I.Enlève tout ou presque tout aux champs et sur scène.II .Bassement intéressé.Dépasse les mesures.III.Supprimée.Abbé de Cluny.Mesure à Pékin.IV.On aura donc beaucoup de mal à les arrêter.V.Ferme au Sud.Préposition.Bien situé.VI.Tiennent le manche mais pas le balai.Donne le ton.VII.Pour de grands colliers aux cous des belles polynésiennes.Risque de blesser.Accord.VIII.Personnel.Font voir à l\u2019intérieur.IX.Souvent mise en jeu.Pour comparer les énergies.Particule élémentaire.X.En état d\u2019excitation.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE « Si vos rêves ne vous font pas peur, c\u2019est qu\u2019ils ne sont pas assez grands » \u2013 Ellen Johnson Sirleaf MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE MOULE MEULE MEUTE ÉMEUTE ÉMETTE JEUX 1116 1123 1123 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1123 1.Imperméable 2.Fibre 3.Dans le fleuve Saint-Laurent 4.Étroit 5.Honnête 6.Transplanter 7.Bouclas 8.Palper 9.Thym 10.Chanson des Beatles \u2022 BESACE \u2022 ACÉTONE \u2022 ONÉREUSE \u2022 USER \u2022 SÉRUM \u2022 RUMINER \u2022 NERVAL \u2022 VALLON \u2022 LONGER \u2022 GERÇURE FACE FLÈCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R CORRIGÉ L\u2019œil rivé à sa lunette binocculaire, l\u2019ornitologue amateur assiste à un spectacle grandiose : un majestueux pigargue à tête blanche plonge en piqué vers la surface de l\u2019eau et happe entre ses serres acérés une carpe insouciante.C\u2019est une chance inouie pour un simple miroiseur?! binoculaire, et non *binocculaire \u2014 adj.(accord : lunette).Qui possède deux oculaires, soit deux systèmes optiques d\u2019un instrument qui sont dirigés vers les yeux de l\u2019observateur.ornithologue, et non *ornitologue \u2014 n.Spécialiste de l\u2019étude des oiseaux.pygargue, et non *pigargue \u2014 n. m.Oiseau rapace diurne qui se nourrit surtout de poisson, aussi appelé aigle de mer.acérées, et non *acérés \u2014 adj.acéré au fém.plur.(accord : serres).Tranchant, aiguisé.Attention : le nom serre est féminin.inouïe, et non *inouie \u2014 adj.inouï au fém.sing.(accord : chance).Dont le caractère extraordinaire est sans pareil.Remarque \u2014 Un miroiseur ou une miroiseuse est une personne qui a pour loisir l\u2019observation d\u2019oiseaux, l\u2019ornithologie.© 2019 Druide informatique inc.Tous droits réservés.Épreuve de révision Antidote | no 34 LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 NOVEMBRE 2019 Salon du livre de Montréal 20 au 25 novembre 2019 Place Bonaventure Cette fin de semaine au SLM ! Samedi 23 novembre En matinée C\u2019est quoi, un père « juste correct » ?Avec Fanny Britt et Samuel Archibald Animé par Rose-Aimée Automne T.Morin 10 h, Agora La littérature peut-elle parler de tout?Joséphine Bacon, Philippe Besson et Antonine Maillet se prononcent Animé par Elsa Pépin 11 h 30, Grande place Question de genres Avec Fanie Demeule, Catherine Mavrikakis, Éléonore Goldberg et Marie-Pier Lafontaine Animé par David Cantin 12 h 10, Espace littéraire En après-midi L\u2019univers dans ma tasse de café Avec Dany Laferrière 14 h, Scène professionnelle Vagues, vogues et cohortes : les générations de la poésie québécoise contemporaine Avec Nicole Brossard, Jean-Christophe Réhel, Emmanuel Deraps, Anne-Marie Desmeules, Maude Veilleux, Jean-Paul Daoust et Diane Régimbald Animé par Jérémy Laniel 15 h 50, Agora Poèmes de la résistance Avec Jean-Marc Dalpé, Thierry Dimanche, Aurélie Lacassagne, Luc-Antoine Chiasson, Blaise Ndala et Chloé LaDuchesse 16 h 45, Agora Poésie terre d\u2019accueil Avec Jean Désy et Ouanessa Younsi Animé par Jérémy Laniel 14 h 35, Espace littéraire En soirée Gin et poésie Avec Zachary Richard, Chloé LaDuchesse, Ouanessa Younsi, Jean-Christophe Réhel, Baron Marc-André Lévesque, Laurence Veilleux, Guido del Fabbro et Jean-Paul Daoust Animé par Tristan Malavoy 18 h, Agora Dimanche 24 novembre Antonine Maillet, raconte-moi une histoire 13 h, Agora Rencontre avec Andreï Kourkov et Larry Tremblay Animé par Marie-Andrée Lamontagne 13 h 35, Agora La Une au Salon Avec Robert Lamarche, Hugo Meunier, Michèle Ouimet et Sonia Sarfati Animé par Claudia Larochelle 14 h 10, Agora La littérature québécoise est-elle vraiment ouverte à la diversité?Avec Gabriella Kinté, Nadia Lakhdari et Rodney Saint-Éloi Animé par Webster 14 h 45, Espace littéraire Que sait la littérature?Avec Normand Baillargeon, Brad Cormier, Kateri Lemmens et Rodney Saint-Éloi Animé par Jean Barbe 15 h 05, Agora L\u2019appel du Nord en littérature Avec Ariane Gélinas, Isabelle Lafortune, Isabelle Grégoire et Julie D.Kurtness Animé par Vanessa Bell 16 h, Agora Contes, répertoires et territoires Avec Michel Faubert, Antonine Maillet et Joujou Turenne 16 h 05, Espace littéraire Le corps dans l\u2019art et la littérature Avec Éric Falardeau, Marie-Ève Muller et Philippe St-Germain Animé par Daniel Racine 17 h, Espace littéraire @salonlivremtl #slm2019 Créez votre horaire personnalisé avec le Carnet de visite au www.salondulivredemontreal.com "]
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