Le devoir, 4 novembre 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 250 / LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM INDEX Avis légaux .B2 Culture .B8 Décès .B4 Économie.B1 Éditorial .A8 Grille TV.B7 Idées.A9 Météo.B7 Monde.B1 Mots croisés .B7 Sports.B4 Sudoku .B7 MONDE Désir de révolution, la chronique de François Brousseau LE DEVOIR L\u2019INSTITUT DU JOURNALISME D\u2019ENQUÊTE DE L\u2019UNIVERSITÉ CONCORDIA Les villes du Québec font figure de cancre au Canada pour leur gestion du plomb dans l\u2019eau.C\u2019est ce que révèle aujourd\u2019hui un consortium d\u2019enquête dont fait partie Le Devoir, qui brosse le portrait de la contamination au plomb dans l\u2019eau potable du pays reconnu pour son or bleu.Une situation particulièrement marquante à la frontière ontarienne, où Gatineau et Ottawa arrivent à des niveaux de plomb bien différents même s\u2019ils puisent à la même source.En un an, 120 journalistes provenant de 9 universités et de 10 médias ont examiné plus de 79 000 analyses d\u2019eau et 800 réponses à des demandes d\u2019accès à l\u2019information auprès de 33 villes à travers le pays.Le tout a permis de recenser plusieurs régions dont les niveaux de plomb dans l\u2019eau sont parfois pires que ceux de Flint, au Michigan, au plus fort de la crise de l\u2019eau en 2015.Un palmarès dans lequel Montréal et Gatineau s\u2019illustrent tristement (voir autre texte et grille de comparaison).Le portrait est également peu reluisant ailleurs dans les provinces, mais les politiques du Québec sont parmi les pires au pays.«[Ici] nous avons été très lents à nous pencher sur les problèmes de santé publique à long terme comme le plomb dans l\u2019eau », concède Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle en eau potable et professeure d\u2019ingénierie à l\u2019École polytechnique de Montréal.«Je ne suis pas surprise de voir l\u2019absence d\u2019action ou de mesures correctives au Québec, à cause du vide réglementaire.» Ironie du sort, une élève modèle se trouve juste de l\u2019autre côté de la rivière des Outaouais.Les niveaux de plomb de Gatineau et d\u2019Ottawa illustrent le fossé qui sépare les deux provinces.Le Devoir, l\u2019Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia, Global News et le Toronto Star ont obtenu les résultats d\u2019échantillonnages pour le plomb des deux villes voisines qui montrent des disparités marquées.Du côté québécois, plus de 22% des tests effectués dans les secteurs de Ga- tineau et Hull (seuls secteurs où des tuyaux sont en plomb) dépassent la norme canadienne de 5 parties par milliard (ppb).Une proportion qui pourrait être encore plus élevée compte tenu du fait que la méthode d\u2019échantillonnage après cinq minutes d\u2019écoulement, préconisée jusqu\u2019ici au Québec, sous-évalue l\u2019exposition au plomb.De l\u2019autre côté du pont Alexandra, Ottawa est considérée comme un modèle en matière de gestion de l\u2019eau potable.Là-bas, moins de 10 % des échantillons sont au-dessus de 5 ppb même après que l\u2019eau a stagné pendant 30 minutes dans les tuyaux.Les deux villes ont pourtant des canalisations en plomb.Ottawa estime qu\u2019environ 30 000 immeubles résidentiels disposent d\u2019une entrée de service en plomb, que ce soit du côté public ou privé.À Gatineau, ce serait 5000 résidences.PLOMB DANS L\u2019EAU L\u2019Ontario un modèle, le Québec un cancre L\u2019eau de la rivière des Outaouais est traitée différemment à Ottawa et à Gatineau ALEXIS RIOPEL LE DEVOIR Un an après qu\u2019une étude eut révélé que les chercheurs canadiens se conforment mal aux exigences de diffusion en libre accès de leurs travaux, deux des trois grands organismes sub- ventionnaires fédéraux en sont encore à choisir une méthode de surveillance.Des spécialistes indépendants croient quant à eux que rien n\u2019a encore vraiment changé.La publication en libre accès est exigée depuis 2015 des chercheurs financés par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), et depuis 2008 par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).« C\u2019est bien beau avoir une politique, mais il faut qu\u2019elle ait des dents ! Il faut des mécanismes de reddition de comptes », déplore Vincent La- rivière, professeur à l\u2019Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante.Les articles scientifiques sont au cœur de la diffusion de la recherche.Les chercheurs y rapportent l\u2019essentiel de leurs résultats, qui peuvent par la suite être consultés par leurs collègues partout dans le monde grâce aux abonnements aux revues savantes des bibliothèques institutionnelles.Toutefois, le grand public n\u2019y a généralement pas accès.À l\u2019ère d\u2019Internet, cependant, un grand nombre de pays occidentaux (les États-Unis et le Royaume-Uni principalement) ont commencé à exiger que la recherche financée collectivement soit accessible librement.L\u2019initiative s\u2019inscrit dans un contexte où les grands éditeurs scientifiques exigent des frais d\u2019abonnement de plus en plus élevés, poussant les bibliothèques universitaires au bout de leurs moyens.« L\u2019argument se base sur le droit au public, aux contribuables, d\u2019accéder à cette recherche, explique M.Larivière.Sinon, on privatise les travaux de recherche.Sans libre accès, les médecins dans les cliniques n\u2019ont pas accès aux recherches en santé, par exemple.» Il y a quatre ans, le gouvernement fédéral canadien lançait donc sa « Politique des trois organismes sur le libre accès aux publications », qui s\u2019appliquait dès le 1er mai 2015 aux travaux financés en totalité ou en partie par le CRSNG, le CRSH et les IRSC (remplaçant la politique déjà en place dans ces derniers organismes).RECHERCHE Le libre accès tarde à s\u2019implanter Peu de choses ont changé au Canada pour diffuser publiquement la documentation scientifique VOIR PAGE A 2 : LIBRE ACCÈS VOIR PAGE A 6 : PLOMB LIRE AUSSI PAGE A 4 : CINQ PROVINCES, CINQ CRISES LIRE AUSSI PAGE A 4 : DU PLOMB DE FLINT À SASKATOON SPORTS À Paris, Djokovic prive Shapovalov d\u2019une première couronne dans un grand tournoi | B 4 ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 quebecsubaru.ca VOICI LA TOUTE NOUVELLE OUTBACK 2020 DE SUBARU LA MEILLEURE OUTBACK DE TOUS LES TEMPS * L\u2019offre « Recevez un rabais de 500 $ à l\u2019achat ou à la location » est disponible à l\u2019achat ou à la location de certains modèles 2019 et 2020 sélectionnés.Visitez votre concessionnaire Subaru participant pour tous les détails.L\u2019offre est valide jusqu\u2019au 30 novembre 2019.L\u2019offre de location s\u2019applique au modèle illustré, la Outback 2.5i Commodité 2020 (LD2 CP), à transmission automatique, dont le prix de détail suggéré est de 32 808 $ (taxes en sus).L\u2019offre de location comprend 208 paiements de 98 $ (taxes en sus) par semaine pour un terme de 48 mois avec 2 200 $ en comptant initial.Le premier paiement de 98 $ est requis à la signature du contrat.Le montant total exigé avant le début de la location est de 2 642,13 $ (taxes incluses).La location est basée sur une allocation annuelle de 20 000 km.Des frais de 0,10 $/km seront facturés pour les kilomètres excédentaires.Les frais d\u2019inscription au Registre des droits personnels et réels mobiliers, les frais de transport et de préparation, les droits spéci?ques sur les pneus neufs et les frais d\u2019administration sont inclus.Le permis de conduire, l\u2019immatriculation (prix varie selon le client) et les assurances sont en sus.Le concessionnaire peut louer à prix moindre.L\u2019offre et les spéci?cations techniques peuvent changer sans préavis.Le ?nancement est offert sous réserve de l\u2019approbation de crédit des Services Financiers Subaru par TCCI.L\u2019offre est en vigueur jusqu\u2019au 30 novembre 2019.1.EyeSightMC est un système d\u2019assistance au conducteur qui peut ne pas fonctionner dans certaines conditions.Il incombe en tout temps au conducteur d\u2019adopter une conduite sécuritaire et prudente.L\u2019ef?cacité du système dépend de nombreux facteurs, tels que l\u2019entretien du véhicule ainsi que les conditions météorologiques et routières.Consultez le Manuel du propriétaire pour les détails de fonctionnement et les limites.Certaines conditions s\u2019appliquent.Visitez votre concessionnaire Subaru participant pour tous les détails.Outback et Subaru sont des marques déposées.\u2022 Le légendaire système de traction intégrale symétrique à prise constante de Subaru \u2022 \u2022 Système EyesightMC1 \u2022 Moteur BOXER® SUBARU à injection directe \u2022 Transmission à variation continue CTV Lineartronic® \u2022 Caméra de recul Association des concessionnaires Subaru du Québec SUBARU GRANBY Granby SUBARU MÉTROPOLITAIN Saint-Léonard SUBARU-MONTRÉAL Montréal SUBARU DE LAVAL Laval SUBARU BROSSARD Brossard SUBARU SAINTE-AGATHE Sainte-Agathe-Des-Monts SUBARU SAINT-HYACINTHE Saint-Hyacinthe SUBARU REPENTIGNY Repentigny SUBARU DES SOURCES Dorval SUBARU RIVE-NORD Boisbriand JOLIETTE SUBARU Joliette SUBARU SAINTE-JULIE Sainte-Julie LACHUTE SUBARU Lachute Avec un acompte de 2 200 $.Montant total exigé avant le début de la location : 2 642,13 $ (taxes incluses).Location basée sur une allocation annuelle de 20 000 km avec kilométrage additionnel de 0,10 $ le km.$98* par semaine, taxes en sus 208 paiements à partir de 48 mois Location de 32 808 $* Transport, préparation et frais d\u2019administration inclus, taxes en sus Prix de détail suggéré de « Les choses ne changeront pas d\u2019elles-mêmes » LIBRE ACCÈS SUITE DE LA PAGE A 1 On pouvait y lire que « les titulaires d\u2019une subvention doivent s\u2019assurer que les articles découlant de la recherche financée par les organismes qu\u2019ils publient dans une revue avec comité de lecture sont accessibles gratuitement dans les 12 mois qui suivent leur publication ».En cas de violation, des « mesures » peuvent être prises.Cependant, aucun mécanisme de surveillance n\u2019était mis en place.En octobre 2018, M.Larivière et une collègue de l\u2019Université de l\u2019Indiana signaient la première grande étude sur la conformité aux exigences de libre accès.Ils avaient analysé 1,3 million d\u2019articles publiés entre 2008 et 2017 financées par douze grandes agences sub- ventionnaires basées en Amérique du Nord et en Europe qui exigent le libre accès.Ils constataient que les deux tiers des articles étaient effectivement accessibles gratuitement au public, mais que le niveau de conformité variait grandement d\u2019un organe subven- tionnaire à l\u2019autre.Les trois organismes canadiens faisaient piètre figure parmi les douze agences analysées.Le CRSH et le CRSNG étaient en queue de peloton, avec respectivement 21 % et 33 % des articles découlant de leur financement accessibles au public en 2016, malgré la politique fédérale.Les IRSC faisaient un peu mieux, avec 55 % de la recherche en libre accès, mais ils traînaient tout de même au 9e rang du classement.« Les choses ne changeront pas d\u2019elles-mêmes, souligne Marc Couture, professeur honoraire à la TELUQ et défenseur de la science ouverte.Manifestement, au bout de quatre ans [depuis l\u2019implantation de la politique], ça n\u2019a pas beaucoup évolué.Et sûrement pas plus depuis un an.» Les professeurs d\u2019université, qui croulent déjà sous des tonnes de formulaires à remplir, rechignent beaucoup à se faire imposer de nouvelles exigences, explique M.Couture.Et ce, même si la majorité comprend parfaitement les avantages que représente la publication en libre accès.Une mauvaise transmission de l\u2019information vers eux semble aussi être en cause.Questionnés par Le Devoir la semaine dernière, des représentants des trois organismes subventionnaires canadiens ont réitéré l\u2019importance qu\u2019ils accordent à la publication en libre accès.Ils ont rappelé qu\u2019en cas de violation de la politique, les chercheurs s\u2019exposent « aux mesures prévues pour régler cette situation », sans plus de détails.Chez les IRSC, deux méthodes de surveillance de la conformité sont maintenant utilisées : l\u2019une fondée sur les rapports remplis par chaque chercheur après un projet, l\u2019autre basée sur un algorithme de criblage en ligne.« D\u2019après les données recueillies grâce à cette deuxième méthode, la conformité des chercheurs financés par les IRSC à la Politique demeure de plus de 60 % », écrit Alison Bourgon, directrice générale intérimaire de l\u2019IRSC.Cependant, chez les deux autres organismes, on est encore à prendre la mesure du problème.« Le CRSNG et le CRSH examinent actuellement les méthodes de surveillance de libre accès aux publications en vigueur aux IRSC afin de déterminer si elles peuvent être mises en œuvre dans les disciplines qui relèvent de leur mandat », écrit Kevin Fitzgibbons, directeur exécutif de la planification et politiques organisationnelles au CRSNG.M.Fitzgibbons insiste toutefois sur le fait que les projets financés prennent plusieurs années à aboutir et que les chercheurs disposent d\u2019une période de 12 mois pour rendre accessibles librement leurs résultats.« Par conséquent, les implications de la Politique [\u2026] entrée en vigueur en mai 2015 commencent seulement à s\u2019imposer pour de nombreux chercheurs », ajoute-t-il.Au chapitre des avancées, les organismes ont expliqué avoir lancé un projet pilote visant à stimuler la participation à une base de données européenne regroupant la recherche en libre accès (OpenAIRE).Le CRSH a pour sa part réorienté ses critères de financement des revues savantes afin de favoriser le libre accès.Aux États-Unis, les politiques de libre accès sont strictement appliquées dans le domaine de la santé.Les National Institutes of Health exigent des chercheurs financés qu\u2019ils déposent leurs résultats sur la base de données étatique PubMed Central.Dans leur rapport annuel, ils doivent indiquer les numéros de référence de leurs articles sur PubMed Central.S\u2019ils manquent à le faire, ils s\u2019exposent à une suspension de leurs fonds de recherche.Le taux de conformité en 2016 était de 92 %.« Il y a un temps d\u2019adaptation, mais d\u2019après moi, ça devrait déjà être terminé », dit Marc Couture, de la TE- LUQ.Reste maintenant à trouver un modèle commercial viable pour les publications en libre accès.Rectificatifs Dans l\u2019article «Traitement de canal», publié en page B 1 de notre édition des samedi 2 et dimanche 3 novembre, il était erronément indiqué que le premier grand égout collecteur montréalais a été construit entre 1932 et 1938.Il aurait plutôt fallu lire «entre 1832 et 1838».Dans l\u2019article «L\u2019abattoir veut voler de ses propres ailes», publié en pages 44-45 du D Magazine des samedi 2 et dimanche 3 novembre, les propos de Fernande Ouellet, fondatrice de la coopérative de solidarité Le Petit Abattoir, ont été mal reportés.Il aurait fallu lire «Ces abattoirs préfèrent [.] avoir un camion qui recule avec 3000 oiseaux, plutôt qu\u2019une remorque avec 50 ou 100 oiseaux», à la place de «[\u2026] un camion qui recule avec 3 oiseaux [\u2026]».Un équipement de pêche a tué une baleine HALIFAX \u2014 Une nécropsie révèle qu\u2019une baleine noire de l\u2019Atlantique Nord retrouvée morte au large des États-Unis en septembre s\u2019était empêtrée dans des équipements de pêche canadiens.La baleine avait été vue pour la dernière fois le 6 août près des îles de la Madeleine.Elle était alors empêtrée.Selon l\u2019Administration nationale des océans et de l\u2019atmosphère, une agence américaine, il n\u2019y avait aucun signe que la baleine était entrée en collision avec un navire ou était malade.Vingt- neuf baleines noires \u2014 une espèce menacée comptant environ 400 individus \u2014 ont péri dans les eaux nord-américaines depuis 2017.La Presse canadienne EN BREF 1,3 million C\u2019est le nombre d\u2019articles, publiés entre 2008 et 2017 et financés par douze grandes agences subventionnaires basées en Amérique du Nord et en Europe, qui ont été analysés dans le cadre d\u2019une grande étude sur la conformité aux exigences de libre accès.Manifestement, au bout de quatre ans [depuis l\u2019implantation de la politique], ça n\u2019a pas beaucoup évolué MARC COUTURE » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 ENVIRONNEMENT Le faux miracle D ans une forme ancienne du français, on pouvait dire, du moins si on s\u2019en remet à Rabelais : « Je trouve beau ce.» Entendre par là : « je trouve beau cela » ou encore, « là, c\u2019est beau ».Cet usage des premiers temps donna naissance à un nom, qui fut bientôt celui d\u2019une région, la Beauce, cette portion de France, située au sud-ouest de Paris, où les arbres sont rares depuis longtemps, un nom qui fut repris, comme bien d\u2019autres, pour nommer une portion du territoire d\u2019Amérique.Au Nouveau Monde, le colon ne prit pas souvent en considération, hormis dans des dénominations d\u2019usage courant, le fait que le pays où il posait pied était, bien avant son arrivée, tout entier déjà nommé.Faute d\u2019attention pour les langues autochtones, peut-être aussi par manque d\u2019imagination ou parce qu\u2019il n\u2019est pas aisé de se couper des vents de la nostalgie des vieux pays, on se mit à reprendre la toponymie européenne.Quel vaste projet que de se faire croire qu\u2019on se trouvait de la sorte dans une continuité de quelque chose alors que tout, jour après jour, tendait à prouver le contraire.Voici le temps de la Nouvelle-Angleterre, de la Nouvelle- France, de la Nouvelle-Ceci, de la Nouvelle-Cela.La New York \u2014 que Jacques Ferron s\u2019entêtait, en facétieux qu\u2019il était, à orthographier «Nouillorque» \u2014 fut d\u2019abord une Nouvelle-Amster- dam, cette fausse nouveauté se faisant chasser par une autre, qui n\u2019était pas plus vraie, tout cela demeurant placé sous un même grand chapiteau, celui des vieilleries d\u2019autres pays.Paris au Texas n\u2019a rien à voir avec les Champs-Élysées.Pas plus que London, en Ontario, ne donne une idée de la Tamise.Et cette région du Québec que l\u2019on nomme la Beauce n\u2019a guère à voir, bien entendu, avec le reflet que donne à voir son miroir français.Dans un livre calme et tranquille intitulé Ma géographie est pleine d\u2019histoires, l\u2019écrivain Luc Bureau évoque, en géographe de métier qu\u2019il est, ses souvenirs d\u2019un homme d\u2019une autre époque.Il trace la carte des pays québécois de son enfance, tout en observant au passage, très justement, que les noms se rendent parfois coupables de trahison en changeant de pays ou de continent pour en nommer de nouveaux.En Amérique, la toponymie s\u2019emploie très souvent à masquer la réalité.Au Québec, par exemple, on semble vivre au paradis de saintetés badigeonnées à la grandeur du pays, en un long et répétitif chapelet de Saint-Untel, de Sainte-Ni- touche et de Saint-Profond-des-Creux.Il arrive tout de même que, comme en Beauce, des lieux-dits percent ces faux-semblants et affirment de sa vérité la vie d\u2019ici.Comme ce petit cours d\u2019eau par exemple, à Saint-Georges de Beauce, qui me serre toujours le cœur lorsqu\u2019il m\u2019arrive de le croiser.Ce n\u2019est presque rien en vérité : un filet d\u2019eau qui va se jeter dans la rivière Chaudière.Mais il porte le nom puissant de Famine.Luc Bureau parle avec douceur et affection de ses territoires de mémoire, comme s\u2019il s\u2019agissait de la dernière visite qu\u2019il leur rendait, sur la pointe des pieds, pour ne pas trop les déranger dans ce qu\u2019ils sont devenus depuis qu\u2019il les a fréquentés, au temps de sa jeunesse.Mais au sujet de la Beauce en particulier, il se permet tout de même quelques pointes sèches.Ma géographie est pleine d\u2019histoires s\u2019attarde à quelques reprises à la Beauce québécoise.Luc Bureau affirme qu\u2019elle « avait tout pour être une œuvre de beauté », baignée comme elle l\u2019est par le courant sinueux de la Chaudière, riche de limons et de vie.Mais la Chaudière est une rivière en qui on ne voit plus désormais, dans ce regard étroit que nous posons sur le monde, qu\u2019une cause d\u2019inondations répétées, au point de nous rendre aveugles à la majesté des lieux qu\u2019elle irriguait autrefois et de nous éloigner de toute réflexion critique sur les débordements de notre société.Les collines arrondies qui surplombaient la vallée où coule cette rivière capricieuse se paraient autrefois, rappelle Luc Bureau, « d\u2019un couvert verdoyant de sapins, d\u2019épinettes, de bouleaux, de cèdres, d\u2019érables surtout, entrecoupées de parcelles culturales dispersées arrachées à la forêt ».Mais c\u2019était hier, voire avant hier.Plus rien n\u2019existe de cette densité originelle à une époque où se dire écologiste consiste souvent à s\u2019acheter une rutilante voiture électrique, du café équitable ou d\u2019autres hochets du genre, ce qui n\u2019est au final qu\u2019une façon en vogue d\u2019être aussi bêta qu\u2019avant, mais en s\u2019accordant le droit d\u2019avoir bonne conscience.La Beauce a longtemps espéré voir se dérouler une autoroute jusqu\u2019à ses pieds, plus longtemps en tout cas qu\u2019elle n\u2019a rêvé de se prosterner devant ceux de Maxime Bernier.Mais au-delà de son développement immédiat, à quelle promesse d\u2019avenir a-t- elle donc cru?Le vieux géographe se le demande à raison.«On vante les mérites de la Beauce en présentant la région comme le royaume de la réussite en affaires, prouesse que l\u2019on encense par le slogan accrocheur de \u201cmiracle beauceron\u201d.» Mais il y a des miracles, s\u2019empresse d\u2019ajouter ce sage homme, qui sont le reflet d\u2019un processus de dégradation de la société alors qu\u2019ils prétendent être exactement le contraire.Autrement dit, raconte Luc Bureau, on jurerait qu\u2019en Beauce «chaque arbre est un ennemi potentiel qu\u2019il a fallu abattre».On y voit défiler des maisons «mal fagotées, aux matériaux disparates et aux couleurs criardes, des granges et des hangars abandonnés ou en voie d\u2019écroulement, des établissements industriels disgracieux, installés en plein cœur des villages ou aux abords immédiats, sans le moindre souci d\u2019un urbanisme réfléchi».Mais ce constat d\u2019une défiguration généralisée ne pourrait-il pas être projeté sur d\u2019autres régions du Québec?Devant le supposé « miracle beauceron », croit en tout cas le géographe, germe une question importante : « Faut-il détruire le monde pour en faire son royaume, faut-il saccager la terre pour faire marcher les affaires ?» JEAN- FRANÇOIS NADEAU Paris au Texas n\u2019a rien à voir avec les Champs- Élysées.Pas plus que London, en Ontario, ne donne une idée de la Tamise.Et cette région du Québec que l\u2019on nomme la Beauce n\u2019a guère à voir, bien entendu, avec le reflet que donne à voir son miroir français.JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR En plus d\u2019accentuer les inégalités entre les écoles, la réforme du système scolaire du ministre de l\u2019Éducation, Jean- François Roberge, limitera le rôle joué par le personnel, estime la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).Celle-ci demande que les membres du personnel occupent la moitié des sièges aux conseils d\u2019administration des futurs centres de services scolaires qui remplaceront les conseils des commissaires à compter de mars prochain.Au printemps, les commissions scolaires seront chose du passé.Le projet de loi 40 déposé le mois dernier par le gouvernement de François Legault prévoit la disparition des conseils des commissaires élus par la population.Ces structures seront remplacées par des centres de services scolaires (CSS) gérés par des conseils d\u2019administration où les parents détiendront 8 des 16 sièges, contre 4 pour le personnel scolaire.Le ministre Roberge fait fausse route en restreignant le pouvoir des enseignants et des professionnels, croit la CSQ, qui présentera sa position sur le projet de loi 40 en commission parlementaire lundi.« La réussite d\u2019une école, c\u2019est le résultat d\u2019une collaboration avec les parents, mais ça prend aussi une collaboration avec le personnel enseignant, professionnel et de soutien.Le ministre, comme il est lui- même un enseignant, devrait le savoir mieux que quiconque.Pourtant, la réforme ne reconnaît absolument pas ce principe », a expliqué dimanche la présidente de la CSQ, Sonia Éthier, lors d\u2019un point de presse.Mme Éthier recommande donc au gouvernement d\u2019accorder au personnel enseignant, professionnel et aux employés de soutien 8 des 16 sièges au sein du conseil d\u2019administration des futurs CSS.« Il faut vraiment avoir la majorité puisque nous détenons l\u2019expertise pour tout ce qui se passe dans les établissements d\u2019enseignement », a-t-elle affirmé.École à la carte ?Les syndicats craignent aussi que la réforme accentue les iniquités dans les services offerts d\u2019une école à l\u2019autre, d\u2019autant que les barrières territoriales n\u2019existeront plus.« Ce sont les projets PROJET DE LOI 40 La CSQ veut plus de pouvoir pour le personnel scolaire LEÏLA JOLIN-DAHEL LE DEVOIR Alors que plus de 85 % des clients d\u2019Hy- dro-Québec privés d\u2019électricité depuis vendredi en raison d\u2019une tempête automnale ont été rebranchés depuis, plus de 78 000 abonnés étaient toujours dans le noir, dimanche à 21 h.La « majorité » des clients devraient ravoir l\u2019électricité lundi, mais des « cas extrêmes » pourraient devoir attendre jusqu\u2019à mardi, voire mercredi, d\u2019après un porte-parole de la société d\u2019État.« Ce qui reste à faire ne sera pas une mince affaire », résume Francis Labbé, en entrevue au Devoir.Il explique que les dégâts ont été causés par de forts vents qui ont endommagé des arbres.Les régions du Centre-du-Québec, de Chaudière-Appalaches, de la Mon- térégie, de l\u2019Estrie, des Laurentides et de la Mauricie sont encore les plus touchées par les pannes du réseau d\u2019Hy- dro-Québec.Au plus fort de la panne, soit vendredi à 15 h, la société d\u2019État estime que 990 000 clients étaient sans électricité.Dimanche après-midi, le ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a déclaré en point de presse que les réparations faites par Hydro-Québec rebrancheraient dorénavant moins de client à la fois.« C\u2019est possible, mercredi, qu\u2019il reste quelques personnes.Ce sera de loin les cas les plus difficiles », prédit M.Labbé.Des renforts provenant du Michigan, d\u2019Ottawa et du Nouveau-Brunswick sont venus prêter main-forte aux 1100 employés d\u2019Hydro-Québec œuvrant au rétablissement du courant, dimanche.Quelques 1500 travailleurs s\u2019affaireront sur le terrain, lundi.Des clients toujours dans le noir Mélissa Martin vit dans le quartier Va- nier, à Québec, avec son conjoint et leurs deux fillettes.Dimanche après- midi, sa famille était toujours sans électricité, et ce, depuis vendredi midi.« On est encore dans le néant, on ne sait pas quand ça va revenir », dit-elle.Même son de cloche chez Fayçal Bou- rougaa, qui vit à Sainte-Foy.Le père de deux enfants en bas âge ignore quand il sera rebranché.«Ça ne bouge pas, c\u2019est ça le problème.Il n\u2019y a pas d\u2019horaire fixe de rétablissement », déplore-t-il.Alors que certains des Québécois sans électricité se sont réfugiés chez des proches, M.Bourougaa est resté chez lui avec sa famille.Il explique ne pas avoir sollicité l\u2019aide de son entourage pour ne pas « déranger les gens ».« Je n\u2019ai pas d\u2019autre solution », confie-t-il.Quant à Mme Martin, elle ira dormir chez ses beaux-parents avec sa famille.Elle compte passer la nuit ailleurs que chez elle tant que l\u2019électricité ne sera pas revenue.« Je me compte chanceuse [\u2026], mais ce n\u2019est quand même pas évident avec deux enfants », explique-t-elle.Certains comme Hugo Archambault, qui possède une ferme laitière à Saint- Louis-de-Gonzague en Montérégie, doivent prévoir d\u2019importantes pertes financières.Sans électricité depuis vendredi matin, M.Archambault doit recourir à une génératrice afin de continuer à alimenter sa ferme.«Je suis rendu à une demi-tank de diesel, donc ça va coûter pas loin de 1000$», évalue-t-il.Le fermier explique que, comme il éteint la génératrice durant la nuit, cela génère également des pertes quant à sa production laitière.Il prédit que, si la panne se poursuit jusqu\u2019à lundi, elle aura occasionné « quelques milliers de dollars » en pertes financières.Avec La Presse canadienne MÉTÉO Des milliers de foyers sans électricité Les équipes d\u2019Hydro-Québec obtiennent des renforts de l\u2019extérieur Un cycliste passe près des tronçons d\u2019un arbre qui a été déraciné durant la tempête du 31 octobre dernier, sur la rue Saint-Hubert.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR particuliers qui attirent les parents.On craint que ça gouverne le choix des parents et que ça déstabilise le fondement même de l\u2019école publique.Ça accélère les inégalités des chances, a soutenu Mme Éthier.On craint l\u2019école à la carte.» Présidente de la Fédération des syndicats de l\u2019enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini a évoqué l\u2019influence qu\u2019auront les parents sur les méthodes pédagogiques, menaçant ainsi l\u2019autonomie professionnelle des enseignants, et l\u2019avènement d\u2019un système à trois vitesses.«Pour concurrencer le privé, on a laissé s\u2019établir les projets particuliers sélectifs.Là, la compétition n\u2019est plus seulement entre des villages, des quartiers et des écoles, mais il y a de la compétition dans une même école, d\u2019une classe à l\u2019autre», a-t-elle indiqué en appelant à la fin des projets particuliers sélectifs alors que, dit-elle, le projet de loi les valorise.Deux régimes Le projet de loi instaurera un régime particulier pour les neuf commissions scolaires anglophones puisque les membres des conseils d\u2019administration des CSS seront élus par la population, et non choisis par les élèves et les parents siégeant aux conseils d\u2019établissement, comme ce sera le cas pour les écoles francophones.« C\u2019est deux poids deux mesures », a dit Sonia Éthier sans toutefois recommander la nomination de représentants élus aux conseils d\u2019administration.La CSQ se demande si les membres des conseils d\u2019administration des CSS francophones pourront se prononcer librement sur la place publique comme leurs collègues anglophones.La question de la transparence et la participation des citoyens la préoccupent aussi.« On divise la population sur un enjeu qui devrait être le même : la réussite en éducation, autant chez les élèves anglophones que francophones », a fait remarquer Josée Scalabrini. LEDEVOIR // LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 A 4 En Colombie-Britannique, les autorités et les résidents ignorent parfois l\u2019étendue de la contamination au plomb de l\u2019eau potable puisque les analyses au robinet n\u2019y sont pas obligatoires.Si Santé Canada recommande que les municipalités analysent l\u2019eau à l\u2019intérieur des maisons pour déceler la présence de plomb, la réglementation provinciale ne les y oblige pas.La Ville de Vancouver assure que ses entrées de service en plomb ont été remplacées dans les années 1980 et n\u2019a d\u2019ailleurs pas l\u2019intention d\u2019introduire des tests au robinet.Mais là n\u2019est pas le cœur du problème.Le climat pluvieux de la côte peut en effet créer une eau en surface naturellement acide, pouvant engendrer la corrosion des soudures et des robinets en plomb, libérant ainsi ce métal dans l\u2019eau potable.Pourtant, la province n\u2019exige pas que l\u2019eau soit traitée contre la corrosion.À Prince-Rupert, 84% des maisons dont l\u2019eau a été testée par l\u2019équipe d\u2019enquête dépassaient la norme canadienne de 5 parties par milliard (ppb) au premier jet le matin.À 15 minutes en traversier de Prince- Rupert, on retrouve la Première Nation de Metlakatla, un modèle en matière de gestion du plomb dans l\u2019eau potable.Outre le fait qu\u2019elle traite son eau contre la corrosion, la communauté a testé presque tous les ménages pour le plomb dans les dix dernières années.COLOMBIE- BRITANNIQUE À Edmonton, en Alberta, le consortium a appris d\u2019EPCOR \u2014 la société privée de distribution d\u2019eau de la Ville \u2014 que, depuis 2014, près de 60 % des résidences testées qui avaient une entrée de service en plomb dépassaient la norme de Santé Canada de 5 ppb.Les résultats les plus spectaculaires étaient jusqu\u2019à 120 fois la norme canadienne.Les données démontrent aussi qu\u2019environ 9 % des maisons sans entrées en plomb dépassent 5 ppb au premier jet en raison de l\u2019eau plutôt corrosive d\u2019Edmonton et de la présence de robinetterie contenant du plomb.À Calgary, entre 2014 et 2018, c\u2019est la Ville elle-même qui a prélevé six échantillons chez 490 ménages.La majorité des résultats étaient en dessous de 5 ppb, mais 40 % des maisons avaient dépassé au moins une fois cette norme, certaines atteignant jusqu\u2019à 82 ppb.N\u2019ayant plus que 550 entrées en plomb, Calgary pourrait remplacer toutes les conduites restantes sur son territoire pour une somme estimée à 11 millions de dollars, ce qui éliminerait la principale source de plomb et réduirait considérablement le risque d\u2019exposition des résidents.ALBERTA Cinq provinces, cinq crises ENQUÊTE LE DEVOIR L\u2019INSTITUT DU JOURNALISME D\u2019ENQUÊTE DE L\u2019UNIVERSITÉ CONCORDIA «On a des Flint partout au Canada à cause de l\u2019absence de réglementation pour faire baisser les niveaux de plomb», assène Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle en eau potable à l\u2019École polytechnique de Montréal.Le consortium d\u2019enquête a comparé les niveaux de plomb de plusieurs villes canadiennes à ceux de Flint, au Michigan, au plus fort de la crise de l\u2019eau potable de 2015.Trois experts en eau potable ont analysé et validé les conclusions du consortium : dans presque toutes les provinces, on trouve des villes avec des problèmes de plomb dans l\u2019eau similaires à ceux qu\u2019a connus Flint ou pires encore.Plusieurs facteurs influent sur la présence de plomb dans l\u2019eau potable: la source d\u2019approvisionnement, la composition de l\u2019eau et le type d\u2019infrastructures.La crise de Flint a commencé quand la Ville a changé sa source d\u2019approvisionnement et s\u2019est mise à distribuer de l\u2019eau beaucoup plus corrosive que la précédente dans des conduites vieillissantes.Résultat: une crise de santé publique majeure qui a fait les manchettes partout dans le monde.L\u2019eau de Flint était fortement contaminée par le plomb, et douze personnes sont mortes lorsque la légio- nellose s\u2019est répandue dans le réseau de distribution de l\u2019eau potable.Malgré les résultats compilés par nos journalistes, les municipalités ont souvent rejeté la comparaison avec la célèbre ville américaine.«Je comprends que les responsables de l\u2019eau potable [au Ca- Du plomb de Flint à Saskatoon Si l\u2019eau de la ville du Michigan est célèbre, c\u2019est non seulement pour la crise bactériologique qu\u2019elle a causée, mais aussi pour ses niveaux de plomb très élevés Classement des villes canadiennes en fonction des bonnes pratiques en matière de gestion du plomb Données Institut du journalisme d'enquête de l'Université Concordia/Patti Sonntag/Brenna Owen Infographie Le Devoir À venir** Non Oui Non Oui Non Oui Nombre de marqueurs équivalents ou pires que ceux de Flint**** Estimation du nombre d\u2019ESP* appartenant à la Ville Contrôle la corrosion Des tests gratuits sont offerts Les propriétaires ont de l\u2019aide pour remplacer leurs tuyaux en plomb Un rabais est offert pour l\u2019achat d\u2019un filtre Les résultats des tests sont facilement accessibles Sensibilisation auprès du public*** Résultat (sur 6 critères) Montréal Gatineau (secteurs Gatineau et Hull) Saskatoon Québec Halifax Toronto Ottawa 7 sur 10 6 sur 10 10 sur 20 Non comparable Non comparable Non comparable Non comparable 48 000 Entre 2000 et 4000 2836 673 2500 25 700 15 000 Non Non Non Orthophosphate Orthophosphate Orthophosphate Ajustement du pH Non Non Oui, pour les maisons présu- mément desservies par des ESP* Oui Oui, pour les maisons construites avant 1960 Oui Oui À venir Non Non Non Non Oui Oui Oui Non Non Partiellement Partiellement Non Non Non *Entrées de service en plomb **La Ville de Montréal envisage de mettre en place ce service.***Les critères sont basés sur les exigences de sensibilisation auprès du public de l\u2019Agence américaine pour la protection de l\u2019environnement (EPA).Pour de plus amples renseignements, veuillez consulterle https://nepis.epa.gov/Exe/ZyPDF.cgi?Dockey=60001N8R.txt ****Les marqueurs évalués sont détaillés dans l\u2019encadré «Comment comparer avec Flint» présenté en page A 5.Aucun point 0,5 point 1 point 0 point 0 point 2 points 3,5 points 3,5 points 3,5 points 4,5 points Non Non Non Site Web de la Ville Site Web du gouvernement de l\u2019Ontario Site Web du gouvernement de l\u2019Ontario 60 % des résidences testées à Edmonton depuis 2014 qui avaient une entrée de service en plomb dépassaient la norme de 5 parties par milliard établie par Santé Canada.42 % des réseaux ontariens d\u2019approvisionnement en eau qui ont été analysés affichaient des dépassements de la norme fédérale.30 % des analyses effectuées à Halifax au cours des dernières années ont dépassé la norme de Santé Canada. LEDEVOIR // LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 A 5 Dans la foulée de la publication d\u2019une enquête du Devoir et de ses partenaires, le gouvernement du Québec a annoncé mi-octobre qu\u2019il suivrait désormais les normes et méthodes d\u2019échantillonnage recommandées par Santé Canada pour tester la présence de plomb dans l\u2019eau potable de ses citoyens.Jusqu\u2019alors, sa façon de faire \u2014 laisser couler l\u2019eau cinq minutes avant de tester plutôt que de prélever le premier jet \u2014 sous-estimait grandement l\u2019exposition moyenne des Québécois.De plus, la norme considérée était de 10 ppb plutôt que de 5 ppb.À travers la province, près d\u2019une centaine de municipalités ont rapporté des dépassements de cette ancienne norme \u2014 après 5 minutes d\u2019écoulement \u2014 auprès du ministère de l\u2019Environnement, entre 2015 et 2018.À Montréal, dans les résidences ayant une entrée de service en plomb, plus de la moitié (58 %) des tests effectués entre 2004 et 2018 affichaient des niveaux supérieurs à la norme recommandée par Santé Canada, à 5 ppb.La Ville de Montréal a d\u2019ailleurs revu son plan d\u2019action tout récemment.Elle compte accélérer le dépistage des bâtiments, accélérer le remplacement des tuyaux en plomb \u2014 tant du côté privé que public \u2014 et distribuer des pichets filtrants certifiés contre le plomb d\u2019ici la fin des travaux aux résidents les plus vulnérables.QUÉBEC Environ la moitié des résidents de la province maritime puisent leur eau potable dans des puits privés.Et, bien que le gouvernement ait reconnu en mars dernier que la présence de plomb dans l\u2019eau est « un problème de santé publique important », il n\u2019a adopté aucun règlement obligeant les propriétaires à tester leur eau, ni aucun incitatif pour les encourager à le faire.Cette tâche retombe donc sur les épaules des propriétaires, et s\u2019effectue à leurs frais.Pourtant, il y a 30 ans, une étude a révélé que 29 % des puits privés de la collectivité côtière de Hackett\u2019s Cove dépassaient la recommandation canadienne, qui était alors de 50 ppb.Le consortium a constaté que les niveaux de plomb sont toujours aussi élevés, y mesurant des niveaux allant jusqu\u2019à 80 ppb dans certaines maisons.« Je ne suis pas du tout surpris », a déclaré Gavin Kennedy, un hydrogéo- logue du gouvernement provincial, rappelant que l\u2019eau de ces puits peut être très corrosive, entraînant davantage la libération de plomb des tuyaux.Il a d\u2019ailleurs élaboré une carte ciblant les eaux corrosives afin que les utilisateurs obtiennent un aperçu de corrosi- vité de l\u2019eau de leur puits.À Halifax, les données de la Ville indiquent que près de 30 % des analyses effectuées au cours des dernières années ont dépassé la norme de Santé Canada.NOUVELLE- ÉCOSSE L\u2019eau du robinet de centaines de milliers de Canadiens contient des niveaux élevés de plomb provenant des infrastructures et de la plomberie vieillissantes faites de ce métal.Pendant un an, un consortium de médias et d\u2019universités dont font partie Le Devoir et l\u2019Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia a constaté l\u2019ampleur du problème, d\u2019une province à l\u2019autre.Tour d\u2019horizon.ENQUÊTE Bien que l\u2019Ontario soit exemplaire en matière de transparence, les chiffres montrent que de nombreuses villes n\u2019ont effectué aucun test pour le plomb au cours des deux dernières années.Des quelque 660 réseaux municipaux d\u2019approvisionnement en eau de la province, seuls 123 \u2014 un sur cinq \u2014 ont fait des tests pour mesurer le niveau de plomb aux robinets des citoyens.Parmi ceux-ci, 42 % affichaient des dépassements de la norme fédérale.Malgré ces lacunes, on note que l\u2019Ontario est la seule province à diffuser tous les résultats.La province a aussi connu une diminution majeure des taux de plomb dans l\u2019eau de certaines de ses villes avec son programme de contrôle de la corrosion obligatoire.À partir de 2007, le ministère de l\u2019Environnement de l\u2019Ontario a obligé les municipalités à ajouter un traitement contre la corrosion \u2014 tel que le phosphate ou un ajusteur de pH \u2014 à l\u2019eau si plus de 10 % des échantillons dépassent 10 ppb.Par le passé, les niveaux de plomb à Toronto étaient parmi les plus élevés au Canada \u2014 la moitié des tests effectués dans des maisons avec des entrées en plomb n\u2019étaient pas conformes à la norme de 10 ppb en 2008.Aujourd\u2019hui, 98 % des échantillons se trouvent sous ce seuil après 30 minutes de stagnation.ONTARIO nada] soient réticents à être comparés à une situation terrible comme celle-là, avec un mauvais traitement et une mauvaise distribution de l\u2019eau.Mais le fait est que l\u2019on parle de niveaux de plomb similaires», explique Michèle Prévost.Pour chacune des villes canadiennes auxquelles le consortium s\u2019est intéressé, diverses raisons expliquent la contamination.Une eau très corrosive, des milliers de kilomètres de conduites en plomb enfouies et des méthodes de dépistage désuètes forment un cocktail inquiétant à plusieurs endroits.Exemples tirés de notre analyse : À Montréal, la Ville n\u2019effectue pas encore de tests avec stagnation reconnus par les autorités sanitaires.Les résultats des tests que nous avons comparés ont été effectués après cinq minutes d\u2019écoulement dans les maisons mont- réalaises desservies par des tuyaux de plomb.À Flint, la seule méthode comparable comporte un rinçage qui dure plutôt trois minutes, ce qui donne généralement des résultats plus élevés.Malgré tout, Montréal a une moyenne de 7,3 parties par milliard (ppb) contre 7,6 ppb à Flint.Une plus grande proportion des échantillons dépasse également la norme de Santé Canada : 36 % à Montréal contre 25 % à Flint.« Si c\u2019était une ville américaine, cela ne serait pas autorisé.La Ville serait obligée d\u2019instaurer une forme de contrôle de la corrosion », dit Marc Edwards, professeur à l\u2019Université Virginia Tech, qui a contribué à exposer la crise de l\u2019eau à Flint.« Les échantillons à Montréal après cinq minutes d\u2019écoulement sont pires que ceux après trois minutes d\u2019écoulement à Flint puisque vous laissez couler l\u2019eau plus longtemps, mais vous obtenez tout de même plus de plomb.» Réaction de la Ville : «Les cas de Montréal et de Flint sont très différents», dit Chantal Morissette, directrice du Service de l\u2019eau à la Ville de Montréal.«À Montréal, l\u2019eau est sécuritaire.L\u2019eau qui vient de l\u2019usine de traitement est d\u2019excellente qualité.L\u2019eau qui est dans les tuyaux est excellente.C\u2019est seulement quand elle passe dans les conduites en plomb et, oui, certains résultats sont élevés.» À Gatineau comme à Montréal, les résultats sont fondés sur la méthode d\u2019échantillonnage qui consiste à laisser couler l\u2019eau pendant cinq minutes.Nous les avons comparés à des tests prélevés après trois minutes d\u2019écoulement à Flint.Les moyennes à Gatineau s\u2019élèvent à 3,1 ppb (secteur Hull) et à 3,9 (secteur Gatineau), contre 4,7 à Flint.Cependant, la proportion des échantillons dont les niveaux de plomb dépassent la norme est beaucoup plus importante à Gatineau qu\u2019à Flint : 22 % y dépassent 5 ppb contre 16,3 % à Flint.« Si vous trouvez du plomb après cinq minutes d\u2019écoulement, alors il y a une menace à la santé publique très, très significative », souligne Marc Edwards.Réaction de la Ville: Le consortium a demandé à Gatineau de réagir à son analyse.La Ville a refusé de commenter la comparaison.À Saskatoon, la moyenne des tests effectués au premier jet après six heures de stagnation dans les maisons desservies par des tuyaux en plomb est de 31 ppb, contre 21,6 à Flint, et 94 % des échantillons de Saskatoon excèdent la norme canadienne, contre 66 % à Flint.« C\u2019est exactement ce à quoi il faut s\u2019attendre quand il n\u2019y a pas de contrôle de la corrosion : vous allez avoir de hauts niveaux de plomb dans l\u2019eau », dit Marc Edwards.« Et le contrôle de la corrosion qui est actuellement utilisé dans certaines villes n\u2019est tout simplement pas adéquat selon les standards américains.» Réaction de la Ville : « De notre point de vue, la situation à Flint est complètement différente de celle de Saskatoon », dit Angela Gardiner, directrice générale des services publics et de l\u2019environnement à la Ville.« Notre compréhension est que le problème [à Flint] est un problème d\u2019approvisionnement, ils ont changé de source d\u2019approvisionnement.On a très confiance que nos niveaux de plomb sont bien en dessous de la norme.» L\u2019existence de données très détaillées sur la situation à Flint a permis au consortium de comparer plusieurs municipalités à cette ville américaine, malgré l\u2019utilisation de plusieurs méthodes d\u2019échantillonnage bien différentes à travers le Canada : prélèvements après cinq minutes d\u2019écoulement, au premier jet après trente minutes de stagnation, ou encore après six heures.Pour chaque ville, le consortium a examiné divers marqueurs, comme la concentration médiane, la concentration moyenne et la proportion d\u2019échantillons qui dépassent trois cibles en particulier : 15 parties par milliard (ppb), le seuil d\u2019action pour l\u2019implantation de traitements contre la corrosion aux États-Unis ; 10 ppb, l\u2019ancienne recommandation de Santé Canada ; et 5 ppb, la nouvelle cible de l\u2019organisme fédéral.Certaines villes canadiennes prélèvent des échantillons uniquement là où la présence d\u2019une entrée de service en plomb a déjà été confirmée, cherchant à recenser les pires cas.D\u2019autres font plutôt des tests un peu partout pour repérer les tuyaux en plomb.Pour s\u2019assurer d\u2019une comparaison juste avec Flint, le consortium a donc comparé des bassins d\u2019échantillons équivalents.Dans le cas de Montréal, par exemple, les résultats provenant de maisons ayant des entrées de service en plomb ont été comparés aux résultats à Flint dans des maisons équivalentes.Dans le cas de Gatineau, le matériel de l\u2019entrée de service de chaque maison échantillonnée n\u2019est pas indiqué dans la base de données de la Ville, qui comporte des tests effectués sur plusieurs types de matériaux.Les résultats gatinois ont donc été comparés à un bassin d\u2019échantillons de Flint composé à 50 % d\u2019entrées de service en plomb et à 50 % d\u2019entrées faites d\u2019autres matériaux.Dans tous les cas, les méthodes et les calculs du consortium ont été vérifiés et approuvés par trois chercheurs indépendants reconnus pour leur expertise sur la qualité de l\u2019eau potable.Comment comparer avec Flint Crédits Rédaction : Robert Cribb \u2014 Toronto Star Patti Sonntag, Michael Wrobel \u2014 Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia Avec Le Devoir Recherche : Ainslie Cruickshank, Mike De Souza, Jeremy Glass-Pilon, Thia James, Dan Spector, Katelyn Wilson Produit par l\u2019Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia La liste complète des contributeurs est ici : concordia.ca/watercredits LEDEVOIR // LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 ENQUÊTE A 6 un affront à la démocratie ; une attaque à l\u2019autonomie professionnelle.Photo par jcomp / Freepik L e remède fai t plus de torts que le mal lui-même ! Ottawa, l\u2019exemple à suivre PLOMB SUITE DE LA PAGE A 1 « Ottawa est l\u2019incarnation parfaite [d\u2019une ville] qui va au-delà de ce qui est requis », fait valoir Michèle Prévost.C\u2019est que l\u2019Ontario en entier a été obligé de revoir ses politiques de traitement et de distribution de l\u2019eau après la crise de Walkerton en 2000, lorsque sept personnes sont mortes et plus de 2300 sont tombées malades en raison de la présence de la bactérie E.coli dans l\u2019eau du robinet.« L\u2019impact de Walkerton a été énorme en Ontario », se souvient Mary Trudeau, ingénieure et professeure à l\u2019Université d\u2019Ottawa.« Cela a vraiment constitué une amélioration fondamentale de la gestion des réseaux d\u2019eau potable.» Le Québec n\u2019a toujours pas assisté de son côté à un bouleversement politique de la même ampleur, malgré la crise du plomb qui a touché la municipalité de Sainte-Agathe-des-Monts en 1992.« Je conteste le jugement des experts en santé au sein de notre gouvernement », lance Michèle Prévost en soulignant qu\u2019ailleurs au Canada, il existe un consensus sur les meilleurs moyens de prévenir la contamination de l\u2019eau par le plomb.Notre enquête démontre que les principales faiblesses de Gatineau et de plusieurs villes au Québec constituent les principaux succès de l\u2019Ontario.Dépistage Alors que le Québec vient tout juste d\u2019annoncer qu\u2019il se plierait aux normes d\u2019échantillonnage de Santé Canada, à Ottawa, depuis déjà 12 ans, c\u2019est chose faite : les techniciens prélèvent l\u2019eau après 30 minutes de stagnation dans les tuyaux.Quand les études ont commencé à remettre en question la méthode qui consistait à laisser couler l\u2019eau pendant cinq minutes avant de la recueillir, la Ville a pris les choses en main.« On a trouvé deux familles avec deux enfants et on a monitoré leur utilisation de l\u2019eau pendant une semaine.On a constaté que la durée moyenne de stagnation était autour de 30 minutes », explique Ian Douglas, ingénieur chargé de la qualité de l\u2019eau de la Ville d\u2019Ottawa.À la suite des récentes révélations du consortium, le gouvernement du Québec a finalement admis que la méthode d\u2019échantillonnage utilisée dans la province « n\u2019était peut-être pas la bonne ».Puis, il a finalement annoncé qu\u2019il s\u2019arrimerait officiellement aux recommandations de Santé Canada.Traitement de l\u2019eau Bien qu\u2019Ottawa et Gatineau composent toutes deux avec l\u2019eau douce et plutôt acide de la rivière des Ou- taouais, les deux municipalités sont loin de traiter leur eau de la même façon pour limiter les risques de dissolution du plomb.Le ministère de l\u2019Environnement de l\u2019Ontario oblige les villes où le plomb est très présent à traiter leur eau contre la corrosion depuis 2007.Aucune obligation du genre n\u2019existe au Québec.Tout comme Ottawa, Gatineau contrôle le pH de son eau pour éviter qu\u2019elle ne ronge les canalisations, mais la Ville opte pour un traitement beaucoup moins intensif.La réglementation québécoise oblige les municipalités à conserver un certain niveau d\u2019acidité et interdit de dépasser un pH de 8,5.Au-dessus de ce seuil, les autorités sanitaires ont longtemps cru que l\u2019efficacité des désinfectants diminuerait et permettrait aux bactéries de se multiplier dans l\u2019eau potable.Santé Canada a cependant changé ses recommandations en 2015 : les villes peuvent hausser le pH de l\u2019eau pour diminuer les concentrations de métaux toxiques dans l\u2019eau sans craindre une contamination bactériologique.« Au Canada tout comme aux États-Unis, bon nombre de réseaux ont ajusté le pH de l\u2019eau distribuée à des valeurs supérieures à 8,5 spécifiquement pour limiter le plomb », explique l\u2019organisme fédéral sur son site Internet.Santé Canada note que plusieurs villes américaines ajustent le pH à plus de 9,0.Aujourd\u2019hui, Gatineau vise 8, tandis qu\u2019Ottawa a choisi une cible de 9,4.Ottawa ne cesse par ailleurs de chercher des moyens d\u2019améliorer le traitement de l\u2019eau.Comme Santé Canada a abaissé la cible pour le plomb dans l\u2019eau potable à 5 ppb ce printemps, la Ville a approuvé cette année un projet de traitement au phosphate \u2014 un type de produit qui forme une pellicule protectrice dans les canalisations \u2014 « afin d\u2019offrir une meilleure protection à l\u2019approvisionnement en eau potable pour plus de 900 000 personnes ».Ce type de traitement a fait ses preuves dans plusieurs villes, dont Toronto, qui a commencé à utiliser l\u2019ortho- phosphate en 2014.Quatre ans plus tard, en 2018, le niveau de plomb moyen dans l\u2019eau des résidences soupçonnées d\u2019avoir des entrées de service en plomb était de 1,2 ppb, comparativement à 6,1 ppb en 2009 (la dernière mesure prise avant le début du traitement).« [Le phosphate] est nettement mieux que le contrôle du pH », lance Ian Douglas, ingénieur de la qualité de l\u2019eau pour la Ville d\u2019Ottawa.« Cela nous a certainement permis de respecter toutes les exigences réglementaires au fil des ans, mais comme la norme est réduite à 5 [ppb], la meilleure option devient le phosphate ».Gatineau s\u2019en tient pour le moment à un projet-pilote.« Les analyses devraient débuter prochainement et impliqueront les services de l\u2019environnement, des travaux publics et des infrastructures », indique la Ville.Par ailleurs, quelques villes québécoises ont pris l\u2019initiative d\u2019intégrer ce type de traitement à leur eau.C\u2019est le cas de la Ville de Québec, qui le fait depuis une vingtaine d\u2019années et affiche peu de niveaux de plomb hors norme.Seulement 3,6 % des 358 tests effectués par la Vieille Capitale entre 2014 et 2018 dépassent le seuil fédéral.Remplacement des tuyaux Traiter l\u2019eau contre la corrosion n\u2019est cependant pas une solution pérenne pour se débarrasser du plomb, et toutes les villes qui ont des canalisations en plomb ont une stratégie pour les remplacer \u2014 ou devront en avoir une, selon ce qu\u2019a annoncé récemment le gouvernement Legault.À la fin du mois d\u2019octobre, Montréal a ainsi publié en grande pompe son nouveau plan pour le remplacement des conduites et est devenue la première ville au Québec qui forcera les propriétaires à remplacer leur portion des tuyaux tout en leur donnant un coup de main.Mais ce que Montréal commencera à faire en 2021, Ottawa le fait depuis\u2026 2007.Quand un propriétaire constate la présence de tuyaux de plomb chez lui, la Ville va effectuer les travaux tant du côté privé que du côté public.« Même si c\u2019est seulement une maison, on ouvre la rue et on refait l\u2019asphaltage pour cette maison seulement.Et on absorbe le coût », explique Ian Douglas.Les propriétaires doivent ensuite rembourser la Ville sur une période de 10 ans maximum.« On fait environ 100 maisons par année », ajoute M.Douglas, qui reconnaît cependant que le programme est méconnu des résidents.Quant à Gatineau, aucune canalisation municipale en plomb n\u2019est remplacée de façon proactive, à moins que les propriétaires de maison ne remplacent la leur.« Le remplacement d\u2019un seul côté engendrerait les mêmes concentrations de plomb », explique la Ville en s\u2019appuyant sur les études scientifiques.La municipalité est consciente des nombreuses solutions pour améliorer la qualité de son eau, selon son plan de gestion de l\u2019eau 2017-2021.Cependant, les coûts de ces mesures freinent l\u2019administration municipale.« Ni le ministère [de l\u2019Environnement], ni la Direction de santé publique ne contribuent financièrement aux changements nécessaires aux résidences touchées par la présence de plomb dans l\u2019eau potable », souligne la municipalité.Transparence Le Québec cumule aussi un important retard en matière de diffusion des données.En Ontario, toutes les analyses menées par les municipalités sont diffusées sur la plateforme Internet de données ouvertes du gouvernement.Ici, le consortium a dû procéder par demande d\u2019accès à l\u2019information.Au fil des mois, le consortium d\u2019enquête a rencontré des dizaines de résidents du Québec qui n\u2019avaient pas du tout été informés des niveaux de plomb dans leur eau potable.« Au Québec, les données, qui devraient être mises sur le Web à disposition de ceux qui veulent voir quels sont les niveaux de plomb, ne sont pas disponibles.Pour moi, c\u2019est un scandale », juge Michèle Prévost, qui milite pour que les citoyens soient informés des risques qu\u2019ils courent.Crédits Rédaction : Améli Pineda, Brigitte Tousignant \u2014 Le Devoir; Ian Down \u2014 Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia Équipe d\u2019enquête, Université Concordia : Mackenzie Lad, Katelyn Thomas Équipe d\u2019enquête, Université Carleton: Danielle Edwards, Jennifer Liu Superviseur, École de journalisme et de communication de l\u2019Université Carleton: Chris Waddell Équipes de production : Le Devoir : Véronique Chagnon (chef de projet), Lea Sabbah (stagiaire) Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia : Patti Sonntag (productrice et superviseure), Michael Wrobel (coordonnateur de recherche), Colleen Kimmett (coordonnatrice du projet) Avec la collaboration de Global News et de National Observer Produit par l\u2019Institut du journalisme d\u2019enquête de l\u2019Université Concordia 12 ans Alors qu\u2019à Ottawa, les techniciens prélèvent l\u2019eau après 30 minutes de stagnation dans les tuyaux depuis 2007, le Québec vient tout juste d\u2019annoncer qu\u2019il se plierait aux normes d\u2019échantillonnage de Santé Canada 9,4 « Au Canada tout comme aux États-Unis, bon nombre de réseaux ont ajusté le pH de l\u2019eau distribuée à des valeurs supérieures à 8,5 spécifiquement pour limiter le plomb », explique Santé Canada sur son site Internet.L\u2019organisme fédéral note que plusieurs villes américaines ajustent le pH à plus de 9,0.Aujourd\u2019hui, Gatineau vise 8, tandis qu\u2019Ottawa a choisi une cible de 9,4.2021 À la fin du mois d\u2019octobre, Montréal a publié en grande pompe son nouveau plan pour le remplacement des conduites et est devenue la première ville au Québec qui forcera les propriétaires à remplacer leur portion des tuyaux tout en leur donnant un coup de main.Mais ce que Montréal commencera à faire en 2021, Ottawa le fait depuis\u2026 2007. LEDEVOIR // LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 ACTUALITÉS A 7 LA RÉFORME ROBERGE EN ÉDUCATION COMME LA RÉFORME BARRETTE EN SANTÉ : PROJET DE LOI NO40 UN BRASSAGE DE STRUCTURES QUI NE DONNE PAS PLUS DE SERVICES À LA POPULATION.Pour plus d\u2019information, rendez-vous au : lafae.qc.ca/NON-PL40 RECHERCHE ET INNOVATION MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR La présence d\u2019un vaste couvert arborescent dans un quartier peut faire chuter la température de 4 à 5 degrés Celsius pendant une canicule.C\u2019est le résultat percutant auquel en est venue Carly Ziter, professeure de biologie à l\u2019Université Concordia, aux termes de recherches menées dans la ville de Madison, dans le Wisconsin.« On sait que les arbres rafraîchissent la température et qu\u2019ils sont bons pour les villes, mais on voulait mesurer cet effet », explique la chercheuse.Pour ce faire, Carly Ziter a construit une petite station météorologique qu\u2019elle a fixée à sa bicyclette.Elle s\u2019est ensuite lancée à l\u2019assaut des rues ombragées ou ensoleillées de Madison, une ville de 250 000 habitants du Midwest américain.«Pour mesurer la température réellement ressentie par les gens, il faut collecter beaucoup de données», mentionne la chercheuse.Des lectures ont ainsi été prises tous les cinq mètres.De retour en laboratoire, Carly Ziter a fait appel à des modèles statistiques pour lier le couvert arborescent de chaque parcelle des quartiers à la température ambiante.« On a découvert que les différences de température à l\u2019intérieur même de la ville sont aussi étendues qu\u2019entre la ville et la campagne environnante », explique la biologiste qui vient de publier, avec trois autres chercheurs, le résultat de ses recherches dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America.Les villes ne doivent ainsi pas être perçues comme des îlots de chaleur uniformes, mais plutôt comme des «archipels de chaleur», croit-elle, parlant d\u2019une succession de zones chaudes et fraîches.«Lors d\u2019une journée chaude, un écart de 4 à 5 degrés Celsius, c\u2019est une variation Les arbres, ces miniclimatiseurs Une nouvelle recherche précise leur effet sur la diminution de la température ambiante En haut : Les quartiers montréalais plus aisés, comme la ville de Mont- Royal (sur notre photo), ont généralement plus d\u2019arbres que leurs voisins plus pauvres.À gauche : Carly Ziter est professeure de biologie à l\u2019Université Concordia.JEAN GAGNON/ALICE CHICHE LE DEVOIR «Lorsqu\u2019il y a environ 40% de couvert arborescent, c\u2019est à partir de ce seuil que l\u2019on perçoit le plus grand effet rafraîchissant», explique Carly Ziter.«Pour bénéficier pleinement de la baisse de température occasionnée par les arbres pendant une période de canicule, il faut donc avoir une grande couverture d\u2019arbres.» Et certains arbres sont plus propices à faire diminuer la température de l\u2019air que d\u2019autres.Les arbres larges parsemés de grandes feuilles \u2014 comme les érables et les chênes \u2014 ont ainsi une plus grande capacité à rafraîchir l\u2019air.Actuellement, l\u2019indice de canopée à Montréal est d\u2019environ 20%.L\u2019objectif est de le faire passer à 25% d\u2019ici 2025.Mais tous les quartiers n\u2019en bénéficient pas également.«Les quartiers les plus riches ont plus d\u2019arbres, davantage en santé, fait remarquer la chercheuse.Par exemple, la ville de Mont-Royal est un quartier très vert, alors que juste à côté, à Parc-Exten- sion, un quartier plus pauvre, il y a beaucoup moins d\u2019arbres et de parcs.» À l\u2019objectif de planter plus d\u2019arbres se greffe donc aussi celui de les planter de manière plus équitable pour que tous les citoyens aient accès de manière égalitaire aux bénéfices que procure la nature.« C\u2019est une idée qui paraît très simple de planter plus d\u2019arbres», mentionne la chercheuse.Mais son application est autrement plus complexe.Pour accroître l\u2019étendue de la canopée, tant les propriétaires privés que les acteurs institutionnels doivent pousser à la roue.« Et la ville est un milieu souvent inhospitalier pour un arbre.» Une fois l\u2019arbre planté, octroyer les ressources humaines et financières nécessaires pour entretenir et assurer sa bonne croissance est tout aussi important, souligne Carly Ziter.La chercheuse souhaite maintenant amasser à Montréal le même type de données que celles colligées à Madison afin d\u2019évaluer les écarts de température et l\u2019étendue optimale du couvert végétal dans la métropole.«Lorsqu\u2019on pense à lutter contre les changements climatiques, notre réflexe est souvent de nous tourner vers les technologies et les nouvelles infrastructures, mais il ne faut pas oublier que les solutions venant de la nature peuvent être tout aussi efficaces.» Ce contenu est réalisé en collaboration avec l\u2019Université Concordia.qui est vraiment perceptible», souligne la spécialiste en écologie urbaine.Deux phénomènes permettent aux arbres de rafraîchir la température ambiante.Premièrement, les feuilles des arbres créent de l\u2019ombre qui bloquent les rayons du soleil, les empêchant d\u2019imprégner la chaussée de chaleur.Puis, les arbres produisent de l\u2019éva- potranspiration.« Les arbres absorbent de l\u2019eau, la pompent et la relâchent de leurs feuilles sous forme de vapeur d\u2019eau, un peu comme de petits climatiseurs », explique Carly Ziter.Beaucoup d\u2019arbres Une fois une certaine proportion d\u2019arbres atteinte dans un quartier, l\u2019effet bénéfique sur la température s\u2019accélère. LEDEVOIR // LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin e gouvernement Legault a entériné la semaine dernière un pacte fiscal de sept milliards de dollars sur cinq ans avec les municipalités, une entente historique qui leur permettra enfin de mieux contrôler leurs destinées.Cette réforme est l\u2019aboutissement d\u2019une démarche lancée en 2012 par la publication d\u2019un livre blanc par l\u2019Union des municipalités du Québec (UMQ).Le monde municipal demandait alors de nouvelles sources de revenus pour assumer des responsabilités grandissantes.Le document avant-gardiste anticipait déjà quatre grands défis que les municipalités affrontent aujourd\u2019hui: la globalisation, les changements climatiques, l\u2019essor des nouvelles technologies et les changements démographiques.On y est.Le nouveau pacte fiscal prévoit enfin le transfert de la croissance d\u2019un point de la TVQ aux municipalités, ce qui représente une somme de 660 millions de dollars sur cinq ans.Cette source de revenu « indépendant et pérenne», selon les termes du président de l\u2019UMQ, Alexandre Cusson, offre de nouvelles perspectives de développement économique pour les municipalités.En effet, elles ne seront plus aussi dépendantes de l\u2019impôt foncier, qui représente 70 % de leurs revenus.Cette dépendance explique bien des maux des quarante dernières années.La course pour préserver et accroître l\u2019assiette fiscale a entraîné la concurrence entre les villes pour attirer des familles et stimuler le développement immobilier, l\u2019expansion du territoire bâti sur des terres arables, l\u2019étalement urbain, le dédoublement des investissements en infrastructures entre la ville et la banlieue, etc.Ce régime fiscal est incompatible avec les exigences de densification du territoire, de mobilité active et de lutte contre les changements climatiques, trois grands défis qui ne pourront pas être relevés sans une volonté des élus municipaux.Le nouveau pacte fiscal ne règle pas tous les problèmes par magie.Il ne sera d\u2019aucun secours pour empêcher des maires sans vision d\u2019appliquer des recettes du passé en matière de développement.Par ailleurs, le passage à une économie numérique, le vieillissement de la population et le déclin démographique vont concourir à accentuer la pression financière sur les villes dans les prochaines années.Le pacte s\u2019accompagne d\u2019attentes élevées.Le premier ministre du Québec, François Legault, a entériné l\u2019entente en y allant d\u2019une pique la semaine dernière, en mettant les maires en garde contre la tentation du favoritisme et des dépenses excessives.Il a exprimé le souhait que « cet argent-là [soit] bien utilisé, bien géré, de façon efficace, sans p\u2019tits amis ».Les élus présents lors de la signature du pacte l\u2019ont pris comme une blague, une référence aux années noires de la corruption municipale, qui ne sont pas si loin derrière nous.La méfiance du premier ministre n\u2019est pas exagérée.La flexibilité et l\u2019autonomie retrouvées ne dispensent pas les villes d\u2019exercer un contrôle des coûts et d\u2019observer des principes de saine gestion dans l\u2019octroi des contrats publics.Pour des postes équivalents, en additionnant les salaires et les avantages sociaux, la rémunération des fonctionnaires municipaux dépasse de 30 % celle en vigueur dans la fonction publique québécoise.Cet « argent-là » doit servir à améliorer la qualité de vie des citoyens et l\u2019offre de service, et non pas à gonfler davantage les salaires de la bureaucratie municipale.Québec ne peut pas s\u2019attendre à ce que les municipalités règlent par elles- mêmes les problèmes de collusion et de corruption.L\u2019hydre à deux têtes est maîtrisée depuis la fin des travaux de la commission Charbonneau, mais elle brisera ses chaînes au moindre signe de relâchement de notre vigilance collective.Dans certains domaines tels que l\u2019asphaltage, le déneigement et les travaux de voirie, la concentration du marché entre les mains d\u2019une poignée d\u2019entrepreneurs, dominants dans leurs régions respectives, rendent encore plus complexe la recherche des meilleurs services au plus bas coût.Les villes ne peuvent changer quoi que ce soit à ces dynamiques.Les enquêtes sur la corruption relèvent de l\u2019Unité permanente anticorrup- tion, une escouade qui connaît un inquiétant passage à vide.De sa relance sur des bases saines dépend le succès futur de la lutte contre la corruption.Le gouvernement Legault ne peut se contenter des mises en garde contre les cercles de « p\u2019tits amis ».Il doit exiger davantage de la Commission municipale du Québec, le cerbère endormi qui n\u2019a fait aucune enquête sur l\u2019administration financière d\u2019une municipalité en 2018-2019.Le gouvernement Legault fait bien d\u2019accorder plus de liberté et de leviers financiers aux villes, mais il ne devrait pas perdre de vue que le rôle de surveillance et de reddition de comptes lui revient.Patrick Moreau Auteur de Ces mots qui pensent à notre place (Liber, 2017) L\u2019article « Jouliks, le débat post- SL?V» de Guillaume Bourgault- Côté paru le 30 octobre soulève à nouveau la question de l\u2019«appropriation culturelle», au sujet cette fois du film Jouliks, qui sort présentement sur nos écrans.Dans son texte, le journaliste nous raconte tout d\u2019abord les efforts faits par la réalisatrice et le coproducteur du film pour échapper à ce reproche: ils ont ainsi «cherché [apparemment en vain] à embaucher des acteurs roms» et supprimé dans les dialogues toute référence directe à cette population.Cela n\u2019a cependant pas suffi à satisfaire les deux représentantes de la communauté rom consultées, qui reprochent au long métrage de véhiculer « des stéréotypes erronés sur les Roms» et de contribuer pour cette raison à «la déshumanisation du peuple rom».Rien de moins.Face à cette situation, on serait tenté de souligner, comme le fait l\u2019auteur de la pièce dont est tiré le film en question ainsi que l\u2019équipe de production, qu\u2019à l\u2019impossible nul n\u2019est tenu et que ces revendications identitaires d\u2019où découle l\u2019«appropriation culturelle » imposent de trop grandes limites à «la liberté de création», en même temps qu\u2019elles tendent à effacer les frontières entre fiction et «documentaire».Mais ne serait-il pas plus avisé de remettre en question l\u2019idée même d\u2019« appropriation culturelle », de reconsidérer ce concept qui est miné par des contradictions et face à des objections qui devraient tout simplement l\u2019invalider ?La première de ces objections est que la fiction consiste, par définition, à explorer d\u2019autres univers que celui dans lequel nous vivons, à concevoir l\u2019existence de personnages qui sont différents de nous.Philip Roth n\u2019est pas afro-améri- cain et ça ne l\u2019empêche pas d\u2019imaginer la vie et les sentiments de Coleman Silk ; Gustave Flaubert n\u2019est pas une femme et pourtant, comme il le dit lui-même, madame Bovary, c\u2019est un peu lui ; Robert Merle, sans être nazi ni même allemand, se glisse pourtant, le temps d\u2019un roman, dans la peau du commandant d\u2019Auschwitz, etc.Tout au contraire de cette théorie de l\u2019«appropriation culturelle» qui condamne la littérature à l\u2019autofic- tion et cherche à enfermer tout un chacun dans la prison de l\u2019identique et de l\u2019identitaire, la fiction littéraire, dans ce qu\u2019elle a de meilleur, cultive ce bel idéal humaniste qui fait d\u2019autrui, selon l\u2019expression de Paul Ricœur, un autre soi-même.La seconde objection à ce concept est plus épistémique: la mise à distance apparaît comme une condition de l\u2019objectivité, qui s\u2019accommode par conséquent mal d\u2019un regard imprégné par des passions identitaires.Exprimée de façon plus claire, cette prémisse signifie que les représentants souvent autoprocla- més de certains groupes ou de certaines minorités ne sont pas les meilleurs juges de la véracité du discours qui a pour objet ces groupes ou minorités, bien au contraire.Les participes passés\u2026 passés à la moulinette C\u2019est bien connu, l\u2019être humain en général est plutôt réfractaire aux situations compliquées auxquelles il est confronté dans la vie.Et souvent, plutôt que d\u2019y faire face, il aura tendance à les éviter.Une tentation à laquelle ont succombé certains linguistes en proposant de simplifier les règles d\u2019accord des participes passés.« Simplifier », tel est le mot passe-partout qui ouvre les portes des nouvelles règles proposées par quelques didacticiens simplificateurs dont l\u2019intention est d\u2019éliminer les exceptions pour en faciliter l\u2019application\u2026 Intention louable ?Et tout ce branle-bas grammatical parce que ces règles d\u2019accord sont trop compliquées comme si, dans la vie, l\u2019être humain n\u2019avait pas à faire face à des situations «compliquées».À mon avis, il est là, le véritable nœud du problème.À partir du moment où l\u2019application d\u2019une règle grammaticale devient trop compliquée, certains linguistes libres-penseurs proposent de la simplifier\u2026 tout simplement.Autrement dit, lorsque tu rencontres un problème dans la vie, contourne-le au lieu d\u2019y faire face\u2026 C\u2019est ce que j\u2019appelle du nivellement par le bas.Haro sur les difficultés, place à la simplicité! Vous avez dit « appropriation culturelle » ?LIBRE OPINION LETTRES PACTE FISCAL Une nouvelle ère pour les villes L ÉDITORIAL A 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu sont si déshumanisants et surtout en quoi le fait de les bannir d\u2019univers fictifs contribuerait à mieux représenter les Roms ou n\u2019importe quel autre groupe ou minorité ?Cette guerre menée contre les stéréotypes ne risque-t-elle pas plutôt de congédier un réel, certes quelque peu schématique, au profit d\u2019une idéalisation un peu fade et de faire revenir l\u2019art à une époque pas si lointaine où il devait représenter non la réalité telle qu\u2019elle était, mais telle qu\u2019on aurait voulu qu\u2019elle soit.Bref, ce néologisme d\u2019«appropriation culturelle» ne mériterait à mon avis rien de mieux que d\u2019être relégué aux oubliettes.Mais on dirait que nous sommes intellectuellement, et surtout moralement démunis face à certains concepts dès lors qu\u2019ils se présentent à nous drapés dans l\u2019étendard du «progressisme».On se les approprie, après avoir mis notre esprit critique en berne, comme s\u2019ils nous servaient de caution, nous assurait de notre appartenance au camp du Bien; on les laisse, comme disait George Orwell, penser à notre place, nous prémunissant par le fait même contre la nécessité d\u2019avoir à réfléchir par nous-mêmes.Ce newspeak qui se répand à grande vitesse dans les milieux intellectuels et médiatiques est trop souvent le signe d\u2019une pensée indigente et d\u2019un engagement politique qui n\u2019a d\u2019authentique que son conformisme.Stéréotypes Le regard «étranger» de l\u2019ethnologue, du sociologue, de l\u2019historien est plus apte à saisir l\u2019originalité de telle culture, de tel groupe, de telle communauté, de tel peuple que celui qui y appartient et baigne depuis l\u2019enfance dans une identité par rapport à laquelle il a bien évidemment plus de difficulté à prendre ses distances.On le constate d\u2019ailleurs assez aisément dans l\u2019article avec ce que les deux représentantes du «peuple rom» dénoncent comme des clichés qu\u2019elles reprochent au film de colporter: travailler le métal, jouer au tarot, ne pas valoriser l\u2019école relèvent, selon elles, de cette catégorie des stéréotypes déshumanisants.Bien sûr, il peut exister des stéréotypes réellement mensongers et stigmatisants, qui ne visent qu\u2019à nuire à un groupe donné, voire à le déshumaniser complètement : le juif aux doigts crochus ; le Noir ensauvagé ou infantilisé ; et j\u2019en passe.Mais on conviendra qu\u2019il ne s\u2019agit pas de cela ici.On peut alors se demander en quoi de tels clichés BRIAN MYLES ciale ont la vie dure.Pourquoi?Le corps policier a pour fonction de maintenir l\u2019ordre, de prévenir le désordre, la délinquance ou le crime dans la société.Or les attitudes et les comportements des individus sont évalués sur la base de croyances (vraies ou fausses), de jugements de valeur, etc.La sur-surveillance, la surinterpella- tion des Noirs s\u2019expliqueraient par les croyances que ceux-ci seraient, toutes choses étant égales par ailleurs, potentiellement plus délinquants, plus portés à commettre des crimes que leurs concitoyens blancs.Cette pratique discriminatoire résulterait donc de l\u2019éducation et de la formation des policiers.Un programme de formation et de sensibilisation permanente à la diversité culturelle contribuerait à corriger progressivement la situation.Si un tel programme est nécessaire, il demeure cependant insuffisant.Car des policiers très sensibilisés qui expriment leurs sentiments antidis- criminatoires, en participant par exemple à des matchs de soccer avec de jeunes Noirs, ne changent rien à la réalité quotidienne des discriminés.Ce qu\u2019il faut en plus, c\u2019est mettre en œuvre des politiques, des ressources financières suffisantes pour changer les conditions socié- tales qui permettent la discrimination.C\u2019est à ce travail qu\u2019une société démocratique comme le Québec doit s\u2019atteler de façon permanente.Yao Assogba, professeur émérite, Université du Québec en Outaouais Le 14 octobre 2019 Braaavo! Et quelle sera la prochaine étape?Écrire au son?Ce serait pourtant tellement moins «compliqué»! Henri Marineau Québec, le 3 novembre 2019 Rapports discriminatoires de la police avec les Noirs En 2010, une étude de Christopher McAll et de Léonel Bernard, du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations, montrait qu\u2019aussi bien dans les quartiers ouest, est ou nord de Montréal, un jeune Noir courait de 7 à 11 fois plus de risques qu\u2019un Blanc d\u2019être interpellé par les policiers.La surinter- pellation policière peut se traduire par l\u2019arrestation et la prison.« Pour la plupart des infractions, la surreprésentation des jeunes Noirs dans le système de justice serait directement tributaire d\u2019une surveillance accrue de la part des policiers », concluait l\u2019étude (Revue Relations, no 735).Le SPVM avait promis de prendre des mesures pour améliorer les relations entre ses policiers et les Noirs.Mais dix ans plus tard, les résultats de recherche de Victor Armo- ney (UQAM), Mariam Hassaoui (TELUQ) et Massimiliano Mulone (UdM) (Le Devoir, 8octobre 2019) re- confirment cet état de fait.Pour dire que les rapports discriminatoires de la police envers cette catégorie so- A 9 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 IDÉES Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Baptiste Barbe, Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy, Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet Une division fatale l y a chez Donald Trump une telle pourriture, une telle souillure, qu\u2019elle arrive à obscurcir d\u2019autres saletés tout aussi malsaines chez les « gens bien » opposés au président.Alors que les médias anti- Trump claironnent leur dégoût à chaque révélation dans le dossier ukrainien \u2014 affaire qui souligne également la corruption intellectuelle du Parti républicain \u2014, un drame violent se produit au Parti démocrate qui risque de prolonger le cauchemar trumpien.Curieusement, ce drame fait surface à gauche, une position normalement ignorée dans la gamme idéologique des États-Unis.Être à gauche en politique américaine est d\u2019habitude un aveu qu\u2019on n\u2019est pas sérieux \u2014 qu\u2019on prend des positions par principe et non pas dans l\u2019espoir d\u2019accéder au pouvoir.Dans l\u2019histoire américaine, il n\u2019y a jamais eu de Front populaire, pas de Léon Blum ni de Jean Jaurès, pas d\u2019Ernest Bevin ni même de Harold Wilson.Abraham Lincoln et Franklin Roosevelt furent des gauchistes occasionnels et de nécessité, pas de souche.Toutefois, la percée de deux candidats à la présidence ouvertement à gauche, Bernie Sanders et Elizabeth Warren, a suscité un conflit furieux dans le prétendu parti des ouvriers, mais qui, depuis 25 ans, est dominé par les intérêts de Wall Street et des grandes entreprises.Jusqu\u2019à présent, les barons démocrates n\u2019avaient pas osé affronter Sanders directement, de peur d\u2019offenser ses partisans.Mais voilà que Hillary Clinton, doyenne de l\u2019ancien régime, vient de déclarer la guerre à la faction indépendantiste / insurgée de son parti avec une attaque contre Tulsi Gabbard, représentante démocrate de Hawaï à la Chambre et, elle aussi, candidate à la présidence.L\u2019accusation de Mme Clinton, énoncée sur un ba- lado, semble étonnante, voire absurde : Gabbard, selon Clinton, est « la chouchoute des Russes » en cours de « formation pour une candidature de troisième parti » en 2020 afin de déstabiliser de nouveau l\u2019élection et de faire réélire Trump.Clinton veut faire croire qu\u2019elle a été battue en 2016 par la manipulation numérique russe plutôt que pour la raison plus évidente d\u2019une déception à l\u2019égard du Parti démocrate \u2014 et du néolibéralisme clintonien \u2014 parmi les cols bleus de la « ceinture de la rouille » du Midwest.Les graines d\u2019une faillite Bien que Gabbard soit une candidate marginale, les tactiques de Clinton sont compréhensibles.Très anti-intervention militaire (réserviste de l\u2019armée, elle a servi en Irak, dont Hillary a voté l\u2019invasion), Gabbard a appuyé la candidature de Sanders en 2016, contre Clinton et l\u2019oligarchie démocrate, et Hillary cherche à régler ses comptes ainsi qu\u2019à blesser Sanders.Mais cette histoire est encore plus compliquée, car la gauche n\u2019est pas solidaire.Gabbard a rétorqué avec franchise : « Merci, Hillary.Vous, reine des va-t-en-guerre, incarnation de la corruption, et personnification de la pourriture qui a rendu malade le Parti démocrate depuis si longtemps, vous êtes enfin sortie des coulisses.» Sanders, lui, a défendu son alliée : « Il est scandaleux que quiconque laisse entendre que Tulsi est un agent de l\u2019étranger.» En revanche, Elizabeth Warren, censée être une réplique de Sanders idéologique- ment, n\u2019a pas dit un mot.Et c\u2019est là que sont semées les graines d\u2019une faillite dans la croisade contre Trump \u2014 des graines qui pourraient s\u2019épanouir en pleine guerre interne dans le Parti démocrate entre apparatchiks et réformateurs.En 2015, lorsqu\u2019on cherchait un candidat « progressiste » pour succéder au trop tranquille Barack Obama et entraver la candidature de Hillary, Warren a refusé l\u2019invitation.Quand Sanders a lancé sa candidature peu plausible et très hardie contre Clinton, la sénatrice du Massachusetts s\u2019est abstenue, refusant d\u2019appuyer Sanders ou Clinton jusqu\u2019à ce que Sanders cède en juin 2016.À l\u2019époque, c\u2019est une porte- parole du Parti républicain qui avait commenté l\u2019ironie du soutien offert par Warren à Clinton : « En appuyant Hillary Clinton, Elizabeth Warren est apparue comme une vendue.Que ce soit par son refus de dévoiler les transcriptions de ses discours à Wall Street, ses liens avec les industries des combustibles fossiles ou ses proches relations avec les grandes banques, Hillary Clinton représente tout ce à quoi Elizabeth Warren prétend s\u2019opposer.» La républicaine disait ce que certains dans le camp Sanders pensaient mais n\u2019ont jamais dit à voix haute.En fait, « Liz » a toujours choisi la prudence plutôt que la confrontation dans ses relations avec la machine démocrate.Respectueuse des protocoles, elle a même signé, selon le New York Times, une promesse réclamée par les comités officiels démocrates des 50 États de ne pas créer une organisation politique parallèle \u2014 de ne pas braconner sur les terrains clientélistes du parti.Alimenté par un secteur de riches tout de même « progressiste » sur les questions de mœurs, de race et de sexe, ce parti officiel déteste Sanders, qui a, effectivement, créé un groupe de pression, Our Revolution, qui fait concurrence directe au comité national démocrate.Sanders veut carrément renverser l\u2019aristocratie qui préférerait nettement Joe Biden, ou même Warren au cas où Biden continuerait à trébucher.En quête de la désignation par son parti, Warren a-t-elle conclu un pacte de non-agression avec Hillary Clinton ?NBC News raconte que les deux femmes se parlent au téléphone ; le silence de Warren au sujet de Gabbard indique au moins une entente cordiale.Si Warren ne tranche pas en faveur des militants de gauche, ses manœuvres paraîtront comme une trahison de Sanders et de la réforme.Comme en 2016, le sang coulera au profit de Trump.John R.MacArthur est éditeur de Harper\u2019s Magazine.Sa chronique revient au début de chaque mois.Louis Fournier Écrivain et journaliste, l\u2019auteur a travaillé cinq ans à l\u2019hebdomadaire Québec-Presse, dont il fut directeur de l\u2019information Le Devoir nous apprenait récemment que le personnel des six quotidiens de Groupe Capitales Médias avait décidé de mettre sur pied une coopérative pour devenir propriétaire des journaux Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, Le Quotidien, La Tribune et La Voix de l\u2019Est.La coopérative regroupera, outre le personnel, des gens et des groupes qui appuient le projet.Cette nouvelle m\u2019a rappelé qu\u2019il y a 50 ans, le 19 octobre 1969, paraissait le premier numéro de Québec-Presse, le seul journal d\u2019importance à ce jour au Québec publié par une coopérative.L\u2019hebdomadaire, dont j\u2019ai été l\u2019un des modestes artisans, a vécu cinq ans ; il a marqué son époque et ma génération.Remarquable expérience de journalisme d\u2019enquête et d\u2019information libre et engagée, ce fut notre premier journal indépendantiste et social-démocrate à grand tirage.L\u2019Association coopérative des publications populaires, propriétaire de Qué- bec-Presse, rassembla jusqu\u2019à 3000 sociétaires, des personnes et des groupes qui achetèrent des parts sociales de 100 $ et participèrent activement à la vie du journal.Parmi les sociétaires, on comptait les grandes centrales syndicales FTQ, CSN, CEQ et leurs syndicats affiliés, qui furent les chevilles ouvrières du projet, ainsi que des groupes coopératifs comme la Fédération des caisses d\u2019économie, la Fédération des magasins COOP et des caisses populaires Desjardins mais pas leur Fédération.S\u2019y ajoutait une pléiade de groupes populaires, communautaires et autres organismes de la société civile.Avec un tirage moyen de 25 000 exemplaires vendus chaque semaine et compte tenu de l\u2019effet multiplicateur (2 à 2,5 lecteurs par exemplaire), Québec- Presse était lu par plus de 50 000 personnes.Il connut son plus fort tirage lors de la crise d\u2019Octobre, en 1970 : 52 612 exemplaires vendus le 18 octobre, au lendemain de la mort de Pierre Laporte aux mains du FLQ.Une gauche élargie Québec-Presse était le fruit des efforts d\u2019une coalition de diverses forces de changement, une gauche élargie qui voulait soutenir un journal différent.Dans la liste des personnalités qui ont signé l\u2019appel de soutien au lancement de l\u2019hebdo, j\u2019ai retrouvé les noms des syndicalistes Louis Laberge et Fernand Daoust de la FTQ ; Marcel Pepin et Michel Chartrand de la CSN ; Raymond Laliberté et Matthias Rioux de la CEQ.Il y eut aussi des personnalités du Parti québécois, comme Jean-Roch Boivin, conseiller politique de René Lévesque, André d\u2019Allemagne et Louise Harel.Fait à signaler : le président de l\u2019exécutif national du PQ, Jacques Parizeau, fut le plus réputé et fidèle chroniqueur du journal.L\u2019appel était aussi signé par des leaders de coopératives, des universitaires, des artistes.On souhaitait publier un journal « libre, critique, audacieux », qui irait au fond des choses.Les journalistes jouissaient d\u2019un régime d\u2019autogestion et donc d\u2019une liberté professionnelle sans pareille dans les médias.Parmi mes collègues, je veux mentionner le regretté Gérald Godin, Jacques Keable, Jacques Elliott, Micheline Lachance, Pierre Godin, Adèle Lauzon.En dépit d\u2019une trop faible capitalisation au départ, du boycottage des grands annonceurs \u2014 dont les gouvernements \u2014 et d\u2019une distribution erratique, Qué- bec-Presse publiera 252 numéros et gagnera ses lettres de créance.Il put vivre grâce au soutien constant et parfois excédé des syndicats, qui investiront un demi-million de dollars dans l\u2019entreprise.Ils le firent à l\u2019instigation notamment de l\u2019infatigable président de la coopérative, Émile Boudreau, du syndicat des Métallos (FTQ).Le journal vivra aussi grâce à la générosité de l\u2019imprimerie Journal Offset des frères Paiement et grâce au dévouement de toute l\u2019équipe.La mort dans l\u2019âme, il nous fallut écrire le «30» final au bas de la page, le 10 novembre 1974.Québec-Presse n\u2019aura toutefois été un échec que sur le plan financier.Il fut en effet une extraordinaire aventure journalistique, sociale et politique.Notre confrère Jacques Keable a raconté cette belle histoire dans un ouvrage paru en 2015 chez Écosociété, Québec-Presse.Un journal libre et engagé.Jacques Parizeau expliqua avec lucidité, dans sa dernière chronique, la fin de notre voyage : « Partout et toujours dans les sociétés stables, la recherche du changement est difficile, compliquée et terriblement aléatoire.Il est facile d\u2019être du côté du manche, du bon bord.[\u2026] C\u2019est déjà très risqué d\u2019être indépendantiste.Quand, en plus, on est militant sur le plan syndical, on joue avec le feu.C\u2019est cependant ce goût du risque qui met les sociétés en mouvement.Québec-Presse a été, dans bien des milieux, une sorte de détonateur.» Que dire de plus sinon que Québec- Presse fut à l\u2019avant-garde des grands changements qui surviendront à la suite de l\u2019élection du PQ tout juste deux ans plus tard, ce grand soir du 15 novembre 1976.Je me dis aussi que si le Fonds de solidarité de la FTQ \u2014 dont j\u2019ai été l\u2019un des pionniers \u2014 avait existé à l\u2019époque, notre journal aurait sans doute vécu plus longtemps et, qui sait, très longtemps\u2026 Je suis d\u2019ailleurs heureux que le fonds soit aujourd\u2019hui l\u2019un des grands partenaires financiers du Devoir, le seul journal indépendant au Québec.Il y a 50 ans, Québec-Presse Charles Pagé Politologue Ce qui est à la fois le plus décevant et le plus terrifiant dans les événements des deux dernières semaines en Syrie est qu\u2019absolument tout ce qui s\u2019y est passé était entièrement prévisible.Tout, sauf un élément : le manque flagrant d\u2019anticipation et de préparation des Américains et la façon chaotique et improvisée avec laquelle ils se sont retirés, ce qui soulève de sérieuses questions quant à la capacité des États-Unis à faire face à d\u2019autres défis d\u2019envergure sur la scène internationale.Tout d\u2019abord, il était clair que la Turquie n\u2019accepterait jamais un État kurde indépendant de jure ou de facto à sa frontière.Le gouvernement Erdogan a toujours considéré et considère toujours les Kurdes comme la pire menace pour la Turquie, loin devant le groupe armé État islamique (EI), qui est pour Erdogan un moindre mal.Quand le groupe EI avait attaqué la ville kurde de Kobané en 2014 et que l\u2019ONU et plusieurs observateurs avaient dit craindre un génocide, les chars d\u2019assaut turcs stationnés juste de l\u2019autre côté de la frontière regardaient le tout en silence en croisant les doigts pour une victoire du groupe EI.Selon certains rapports journalistiques, les milices pro- turques qui sont en train de combattre les Kurdes en Syrie incluent d\u2019ailleurs d\u2019anciens soldats du groupe EI et d\u2019al-Qaïda.Cela fait maintenant des années que la Turquie menace d\u2019envahir le nord de la Syrie pour exterminer les combattants kurdes, et l\u2019invasion actuelle est en fait la troisième invasion turque du nord de la Syrie, les deux précédentes ayant visé les régions à l\u2019ouest du fleuve Euphrate.La présence militaire américaine avait certes empêché jusqu\u2019ici cette troisième invasion d\u2019avoir lieu, mais il était clair qu\u2019Erdogan allait un jour ou l\u2019autre lancer un ultimatum aux États- Unis : vous pouvez être alliés avec les Kurdes ou avec nous, mais pas les deux, alors faites votre choix.Et il était clair que, le jour venu, les États-Unis allaient choisir leur allié de l\u2019OTAN devant leur alliance décrite comme « temporaire, transactionnelle et tactique » avec les Kurdes de Syrie.Ceux qui en doutent peuvent observer la réaction américaine et occidentale au référendum et à la déclaration d\u2019indépendance des Kurdes d\u2019Irak, un autre allié dans la lutte contre le groupe EI : silence, même quand l\u2019Iran est venu dire aux Kurdes de retraiter derrière les lignes d\u2019avant la guerre contre le groupe EI et d\u2019oublier leur indépendance.Les Kurdes ont dû obtempérer, l\u2019Irak et l\u2019Iran étant prêts à la guerre, mais personne de l\u2019autre côté pour soutenir militairement un État kurde.Panique L\u2019intervention turque dans le nord-est de la Syrie était une question de temps.D\u2019ailleurs, la déclaration de la Maison- Blanche suivant l\u2019appel entre Trump et Erdogan stipulait que la Turquie allait procéder avec «son opération planifiée de longue date dans le nord de la Syrie».Alors, s\u2019il était si prévisible que cette invasion aurait lieu, et que les États-Unis savaient très bien qu\u2019elle était en planification depuis longtemps, comment se fait-il que les Américains fussent si peu préparés et qu\u2019ils aient dû retraiter de manière chaotique sous le feu des forces turques ?Comment se fait-il que les forces américaines aient croisé les soldats syriens venus les remplacer et qu\u2019elles aient dû bombarder leurs propres bases en Syrie une fois évacuées, et qu\u2019après avoir vertement critiqué la Turquie, les États-Unis aient paniqué en réalisant qu\u2019Erdogan « tenait en otage » une cinquantaine de bombes nucléaires américaines situées en territoire turc?Ils n\u2019y avaient pas pensé avant?Certes, la manière dont Trump a pris sa décision (de manière impulsive et rapide lors d\u2019une conversation téléphonique, et sans consultations) a grandement contribué au chaos.Après tout, il aurait pu demander une semaine à Er- dogan, histoire de faire les choses un peu dans l\u2019ordre.Mais au-delà de l\u2019improvisation du président Trump, l\u2019armée américaine ne doit-elle pas être prête à toutes les éventualités, surtout celles hautement probables et « planifiées de longue date » ?Si les États-Unis n\u2019étaient pas prêts pour cette situation, seraient-ils prêts à gérer d\u2019autres crises, moins probables ?Si la Russie envoyait ses troupes dans l\u2019est de l\u2019Ukraine ou un autre pays européen, ou si un conflit éclatait à Taiwan, les États-Unis et leurs alliés de l\u2019OTAN seraient-ils mieux préparés ou verrait-on le même chaos et la même improvisation ?Et le gouvernement américain n\u2019aurait-il pas dû prévoir le coup et proactive- ment trouver une solution de rechange avant que l\u2019ultimatum turc n\u2019arrive?Par exemple, les États-Unis auraient pu négocier avec la Russie la création d\u2019un État fédéral en Syrie avec une forme d\u2019autonomie pour la région kurde, mais avec une présence militaire du régime syrien aux frontières.Ceci aurait garanti à la fois la sécurité des Kurdes et l\u2019intégrité territoriale de la Syrie.Les États-Unis auraient aussi pu proposer aux Kurdes d\u2019accepter un certain nombre de réfugiés syriens dans leur région autonome, afin d\u2019alléger ce fardeau pour la Turquie, où se trouvent pas moins de 3,6 millions de réfugiés, en échange de garanties que la Turquie n\u2019envahirait pas.Il n\u2019y avait pas et il n\u2019y a toujours pas de bonne solution en Syrie, mais, connaissant les intentions de la Turquie d\u2019éliminer leurs alliés kurdes, les États-Unis auraient dû tout tenter pour trouver une solution tolérable pour tous.Ils avaient un devoir de le faire et ont failli à la tâche.Cela n\u2019augure rien de bon, ni pour les autres alliés des États-Unis, ni pour la stabilité géopolitique mondiale.SYRIE Chronique d\u2019une invasion annoncée JOHN R.MACARTHUR I L\u2019intervention turque dans le nord-est de la Syrie était une question de temps.NAZEER AL-KHATIB AGENCE FRANCE-PRESSE En quête de la désignation par son parti, Warren a-t-elle conclu un pacte de non-agression avec Hillary Clinton ? LEDEVOIR // LE LUNDI 4 NOVEMBRE 2019 ACTUALITÉS A 10 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.L\u2019habit du pouvoir Survol de l\u2019histoire du costume masculin, symbole de l\u2019industrie Le traditionnel costume des hommes occidentaux se transforme encore une fois.Second texte : l\u2019évolution historique de cet habit qui fait le moine industrieux, travailleur et puissant depuis des siècles.STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR \u2019historienne du costume Véronique Bor- boën, professeure à l\u2019École supérieure de théâtre de l\u2019UQAM, parle depuis environ une heure des origines et du développement du costume masculin, vient de traverser au pas de charge trois siècles de mode quand elle lance sa conclusion lapidaire et imparable : « Les hommes [occidentaux] sont incroyablement conservateurs, dit-elle.Ça fait combien de décennies que les créateurs de mode essaient de vendre la jupe masculine ?Pourtant, partout dans le monde, les hommes portent un équivalent.» Ici, au Nord, à l\u2019Ouest, la fixation obsessionnelle se porte depuis des lustres sur quelques invariants : la veste, le pantalon, la cravate.Mme Borboën explique que la lointaine origine de ce costume cliché remonte à l\u2019époque de Louis XIV, obsédé de dentelles et de bling-bling.En ce temps-là, les hommes ressemblaient à des caniches poudrés comme on peut en voir dans le récent film La favorite, avec dentelles, rubans et perruque pour accompagner les bas de soie et les souliers à talons.Une fraise portée au moment des guerres de religion (XVIe et XVIIIe siècles) en Europe coûtait l\u2019équivalent de trois Rolex au- jourd\u2019hui, soit environ 180 000 $.Les militaires commencent à imposer une mode plus sobre et pratique vers le milieu de 1660.La culotte remplace le haut-de-chausse et la veste (d\u2019abord portée en dessous, comme notre gilet) chasse le pourpoint.Le justaucorps ceinturé se place par-dessus.Les trois pièces de base du complet sont ainsi établies.À la longue, le bas va s\u2019allonger des genoux aux chevilles et le haut va finalement se décliner en redingote, frac, jaquette ou smoking, tout ce qu\u2019arborent encore les musiciens classiques.« On peut dire que, jusque vers 1800, les hommes sont encore très élégants et colorés, résume l\u2019historienne.Les aristocrates ne parlent pas de chars, ils parlent de chiffons, de tissus, de coupes.À partir du capitalisme et de la révolution industrielle, quand les hommes commencent à travailler, le costume du bourgeois impose la norme.Tout d\u2019un coup, les hommes deviennent comme des corbeaux noirs, sauf pour le gilet et la cravate qui restent colorés encore un temps.Ils portent des habits pratiques, et la richesse ne sera plus montrée par le vêtement.» Enfin, l\u2019ostentation ne se fera plus ou se fera peu avec le vêtement masculin et bien davantage avec le costume féminin paradé par l\u2019épouse trophée.« Les femmes portent le signe statutaire des hommes à partir de l\u2019époque romantique vers 1840, dit la profes- seure.Le XIXe impose un recul énorme au féminin.» Début du relâchement Conceptrice de costumes, Véronique Borboën a analysé au doctorat les vêtements dans des milliers de photos de famille de ce siècle au Québec.Elle s\u2019est intéressée aux femmes, aux enfants et aux hommes, le sujet de la mode masculine étant souvent négligé par les historiens.Les hommes [occidentaux] sont incroyablement conservateurs.Ça fait combien de décennies que les créateurs de mode essaient de vendre la jupe masculine ?Pourtant, partout dans le monde, les hommes portent un équivalent.VÉRONIQUE BORBOËN » L « Les photos montrent que les femmes suivent la mode à un an près, même les gens très ordinaires.Les hommes sont habillés comme la mode l\u2019exige à quatre ou cinq ans près et ils s\u2019habillent tous dans le même style, résume l\u2019historienne.La mode des hommes évolue plus lentement.Il y a des nuances avec la taille des revers ou la hauteur de la taille par exemple.Mais en gros, c\u2019est le même costume noir pour tous.» Le relâchement commence vers 1920, il y a donc tout juste un siècle, la faute à la pratique du sport (golf, tennis, etc.), qui commence à s\u2019étendre.Les Américains, plus cool et sportifs, osent le négligé (casual), mais le matin seulement.Les Européens suivent rapidement.Au fond, une part des racines des survêtements de rappeur portés au gala.Le costume ne meurt pas, il se transforme et chaque génération rejette les idées de la précédente.Les jeunes des années 1990-2000 ont commencé à porter le veston, mais ajusté, voire étriqué comme dans les années 1960, celui que leur père avait délaissé.Maintenant, les jeunes réinterprètent les années 1970 avec des chemises à longue pointe et des moustaches.« Ils nous disent qu\u2019ils s\u2019habillent comme ils veulent en délaissant le costume, conclut la spécialiste, ce n\u2019est pas vrai.D\u2019abord, on s\u2019habille avec ce qu\u2019on trouve dans les magasins et on ne trouve pas tout.Et puis on est influencé, forcément.» "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.