Le devoir, 2 novembre 2019, Le D Magazine
[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer L E D E V O I R / / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 N O V E M B R E 2 0 1 9 M A G A Z I N E Vivre Fêter les morts dans la Riviera Maya Lire Dans la vie comme à la lutte Cinéma Le pro?l Antigone C U L T U R E 28 Entrevue Dans la vie comme à la lutte avec l\u2019auteur Mathieu Poulin.24 25 31 33 33 34 Fiction québécoise Louis Hamelin Bande dessinée Essai Louis Cornellier Fiction française xxx 6 Cinéma La quête d\u2019absolu d\u2019Antigone, femme seule contre tous.45 7 8 16 21 22 36 Théâtre Odile Tremblay Les flâneurs Cinéma Musique Danse Arts visuels Écrans et grilles L I R E V I V R E 42 Voyage Pendant deux jours, le Mexique célèbre avec faste la vie et la mort.44 46 48 49 50 53 Alimentation Resto et recette Bière Vin Dure est la chute Famille Photo de la une du D : Marie-France Coallier Le Devoir Photo de la une Lire : Marie-France Coallier Le Devoir SOMMAIRE C U L T U R E LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Half Moon Run, changer pour mieux résister A Blemish in the Great Light, un disque pour mieux s\u2019accrocher à ce que le groupe fait de mieux transformés par la tournée, ont laissé des traces dans les musiques et les mots du troisième et tout nouveau disque d\u2019Half Moon Run, A Blemish in the Great Light.Même si les artistes sont souvent très réticents à parler de l\u2019interférence de la « business » dans leur création, Molander aborde franchement le sujet en entrevue avec Le Devoir.Assis sur le balcon de la suite d\u2019hôtel que le groupe loue toujours pour recevoir la presse, le musicien avoue avoir eu beaucoup de temps dans les dernières années pour réfléchir à son métier.Les membres de Half Moon Run photographiés à l\u2019hôtel W dans le Vieux-Montréal VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR ENTREVUE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR Il y a tellement de choses qui ont changé depuis 2010 », dit d\u2019entrée de jeu Connor Molander, le guitariste et chanteur du groupe Half Moon Run.2010, c\u2019est le moment des premiers pas de la formation basée à Montréal et qui, depuis presque dix ans, donc, progresse à vitesse grand V dans une industrie musicale qui, elle aussi, pivote sur elle-même assez rapidement.Ce contexte changeant, le rôle diffé- rent des musiciens, qui sont eux-mêmes « 3 LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 A Blemish in the Great Light Half Moon Run, Crystal Math Records.Déjà en magasin.« C\u2019est comme si ce qu\u2019on fait comme groupe n\u2019est plus seulement en lutte contre d\u2019autres musiques, mais que tout ça s\u2019inscrit dans le contexte plus large du temps de divertissement disponible des gens.Ils peuvent écouter notre musique, ou visionner Netflix, écouter un podcast, ou juste être sur leur téléphone.Tout ça, c\u2019est un peu dans le même pool, maintenant.» La pression pour attirer l\u2019attention du public est donc plus forte que jamais.Et, nécessairement, peut-être de plein de manières plus ou moins subtiles, le métier de musicien s\u2019en voit bouleversé, croit Molander.Ne serait-ce que par l\u2019utilisation des médias sociaux.« Ils ont pris d\u2019assaut l\u2019industrie, c\u2019est fou ! On essaie juste de comprendre comment on peut trouver notre place dans ce paysage.On en parle tout le temps.» Le commerce étant omniprésent, l\u2019intuition, voire « la magie », pour reprendre les mots du guitariste, est une notion qu\u2019il faut défendre, croit- il.Parce que le processus actuel est tout sauf magique.« La stratégie suggérée, en gros, c\u2019est de plonger dans les données issues de tes médias sociaux, de voir quels sont les profils démographiques les plus communs, de trouver quel genre de contenu les fait le plus réagir, et de faire plus de ça.Et ça, man, je ne sais pas si c\u2019est une bonne idée ! Les résultats sont peut-être parlants, mais en même temps, il y a quelque chose qui me semble mauvais dans ça.Il faut creuser profondément en soi pour trouver les bonnes réponses et avancer avec force dans ça, estime Connor Molander.Et on cherche encore.» Résistance Half Moon Run a dû passer à travers ce genre de pression au moment de la création musicale même de A Blemish in the Great Light, affirme Mo- lander.S\u2019il précise que la formation a de bons partenaires d\u2019affaires, le musicien explique qu\u2019« ils tendent à regarder ce qui a marché et à dire, encore une fois, devant ce qui a marché : \u201cFaisons plus de ça\u201d.Mais habituellement, si ces choses ont marché en premier lieu, c\u2019est parce qu\u2019elles avaient leur propre identité et qu\u2019elles étaient différentes.Alors en voulant émuler ça, on n\u2019aura peut-être pas de succès du tout.» Ce nouveau disque en est presque un de résistance, donc, pour qu\u2019Half Moon Run ne se perde pas à devenir, comme cela a été discuté, un avatar de groupes populaires dans son créneau musical.Comme qui, par exemple ?« Certaines réponses finissaient par être des trucs comme Imagine Dragons.Ce qui à mon sens est terrible ! Je ne veux pas sonner comme ça.On a fait le test avec notre réalisateur pour la pièce Flesh and Blood : c\u2019était bon pour la poubelle, man.Si on avait sorti cette version et que ç\u2019avait marché du tonnerre, alors ç\u2019aurait été super parce qu\u2019on aurait eu assez d\u2019argent pour aller se cacher de honte pour le reste de nos carrières ! » Sortir du brouillard A Blemish in the Great Light, réalisé par Joe Chiccarelli (Beck, The Strokes, Frank Zappa, Morrissey), n\u2019est donc pas une version boostée à l\u2019hélium de l\u2019ADN d\u2019Half Moon Run.Ce troisième disque du quatuor a bien quelques chansons plus mordantes en tête d\u2019album \u2014 comme le premier extrait, Then Again \u2014, mais il y a aussi en contraste des nuances calmes, riches, souvent avec une patine très seventies.Dans les sons, les instruments et parfois même les mélodies.Cette voix et cette ligne de piano dans les pièces Black Diamond et Flesh and Blood, c\u2019est un peu à la Billy Joël, non ?« C\u2019est pas fou, mais on a aussi beaucoup parlé d\u2019Elton John, de Fleetwood Mac, Dire Straits, Steely Dan, plusieurs groupes des années 1970.» Ce nouvel album en est aussi un dont les pièces sont moins camouflées dans le brouillard, croit Connor Molander.« La métaphore qu\u2019on utilisait, c\u2019est qu\u2019on voulait s\u2019avancer devant le rideau avec ce disque, le faire sonner chaud et riche, mais aussi que le son soit clean.Quelque chose d\u2019organique, mais aussi de poli.» Les mots d\u2019Half Moon Run sont par ailleurs traversés par les répercussions des longues et abondantes tournées que le groupe a effectuées depuis une dizaine d\u2019années.Exception faite de quelques lignes plus directes ici et là, c\u2019est surtout la façon dont leur travail de musiciens a forgé leur identité, leur personnalité, qui se sent sur cette dizaine de titres.Connor hésite, recommence deux ou trois fois sa phrase\u2026 « Si je repense au moi dans la jeune vingtaine, la tournée a probablement été un des plus grands défis de ma vie.D\u2019abord parce que c\u2019était très dur pour la santé \u2014 beaucoup trop d\u2019alcool, par exemple \u2014, et aussi parce que c\u2019était socialement très étrange.» C\u2019est cliché, il le conçoit, mais voyager partout dans le monde amène à la fois beaucoup d\u2019amour et un grand sentiment de solitude et de désespoir, des émotions qui se retrouvent sur l\u2019album.« Le contexte dans lequel tu vis des relations avec les autres change complètement, explique Connor.En amitié, par exemple, chacun donne à l\u2019autre, mais ce processus de donner est devenu quelque chose qui me rendait inconfortable.Parce que c\u2019est ce que je faisais tout le temps en tournée avec le public, c\u2019était mon métier.[La tournée], ç\u2019a aspiré quelque chose.» Connor Molander et ses collègues, Devon Portielje, Dylan Phillips et Isaac Symonds, ne rangeront pas leur passeport pour autant, même qu\u2019ils ont déjà livré plusieurs concerts sur le continent américain depuis quelques semaines.Ils partent en novembre pour l\u2019Europe, avant de traverser le Canada en janvier.« Il y a une bébé idée qui est née pendant la tournée américaine, mais il y a une façon différente qu\u2019on a de se tenir sur scène, confie Molander.On n\u2019est pas juste en train de jouer nos instruments, de prouver qu\u2019on peut avoir du succès comme groupe.Moi, je suis là parce que je veux communiquer avec vous, être avec vous, et je crois qu\u2019il y a un sens à ce qu\u2019on fait.Il y a de l\u2019optimisme dans ça et c\u2019est fondamental, il faut s\u2019accrocher à ça dans une époque où les valeurs sont si fragmentées.» De ça, on en prendrait plus.Musique Testez votre connaissance de la langue française en trouvant les cinq erreurs insérées volontairement dans le texte ci-contre.Trouvez les 5 erreurs : Veillez prendre note que la pérénité de l\u2019écosystème du lieu de villégiature dans lequel vous vous trouvez est menacé.Nous vous serions donc gré de bien vouloir jeter vos immondices dans les récipients prévus à cet effet, et de ne pas nourrir les écureils.ÉPREUVE DE RÉVISION Épreuve no 31 Vérifiez vos hypothèses en consultant le corrigé détaillé dans la section Jeux.Une épreuve présentée par LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Théâtre 4 de la comédie, où un oncle extravagant (Éric Bernier), « magnificateur » toujours dans l\u2019exagération, veut donner un grand souper dont il n\u2019a pas les moyens, vient comme doubler la dimension irrationnelle, fantasmatique des amoureux.De Goldoni à Barthes En relisant Fragments d\u2019un discours amoureux, dont elle a donné des extraits à ses interprètes, Catherine Vidal s\u2019est rendu compte que le célèbre essai atypique de Roland Barthes décrivait bien certains états des personnages.L\u2019équipe s\u2019est inspirée de cette peinture de l\u2019expérience amoureuse afin d\u2019éviter la « joliesse inoffensive » dans le spectacle.« Les chicanes sont intenses, mais si on reste dans un registre de comédie, on dirait que ça les infantilise.Là, on travaille sur jusqu\u2019où on peut aller pour ne presque plus être dans ce qu\u2019on pense être du Goldoni et se retrouver presque dans du Strindberg, ou dans du théâtre très réaliste.Puis tout d\u2019un coup, un personnage revient avec le dynamisme comique de Goldoni.Donc, il s\u2019agissait de voir comment on pouvait s\u2019emparer de ce répertoire sans y aller de manière conventionnelle, comment on pouvait jouer avec la forme en disant exactement les mêmes phrases, sans que ce soit plaqué.Et dès qu\u2019on a commencé à faire ça, je trouve que ça a ancré le spectacle et que ça l\u2019a modernisé, d\u2019une certaine façon.» Et comme Goldoni l\u2019écrit dans son prologue, il dépeint ici un désir qu\u2019aucune barrière extérieure ne contrarie, où les seuls obstacles surgissent des insécurités et de la susceptibilité des amants.C\u2019est la première fois que l\u2019auteur fondait une comédie sur un thème psychologique.La créatrice a d\u2019ailleurs témoigné de cette évolution de sa dramaturgie en remplaçant l\u2019un des monologues ne sont pas du tout dans ce registre.La protagoniste au tempérament explosif incarnée par Catherine Chabot n\u2019aura rien de la fragile jeune femme.La sémillante comédienne partagera la scène avec Maxime Genois, qui s\u2019est illustré chez Denise-Pelletier au printemps dernier dans La société des poètes disparus.Sinon, en composant sa distribution, Catherine Vidal a surtout eu à cœur de constituer un groupe cohésif, où tout le monde s\u2019entend bien.« C\u2019est la première fois que je travaille sur un texte qui est une franche comédie.Il y a de l\u2019humour dans mes spectacles, mais c\u2019est souvent à l\u2019intérieur de drames, de pièces plus intenses.Je me suis demandé si j\u2019étais capable de travailler cette matière-là.Alors, on a travaillé pas mal sur le rythme au départ, avant de revenir saupoudrer le spectacle, comme je disais, de réalisme.» Et le mélange fonctionne vraiment bien, se réjouit-elle.« Grâce à ça, les interprètes se permettent plus de choses, ils ont été plus loin.Il y a vraiment une belle camaraderie.J\u2019ai l\u2019impression que c\u2019est important pour la comédie.Quand un groupe ne se blaire pas, je trouve que ça paraît.C\u2019est frette ! » Sur le plan esthétique, la metteuse en scène aime bien « télescoper » les époques, en conservant des références historiques tout en faisant sentir la période actuelle.« Même chose dans le traitement du jeu, ajoute-t-elle.On part de ce qu\u2019on pense qu\u2019était [le style] Goldoni jusqu\u2019à un jeu très contemporain.Il y a un spectre très large.C\u2019est un bel exercice d\u2019équilibre.» Catherine Vidal constate que le propos du classique de Goldoni, si on fait abstraction de détails plus datés, telle la dot, est terriblement universel.Garder des éléments de 1759 et les transposer au- jourd\u2019hui permet donc de mesurer combien les comportements humains n\u2019ont pas changé.« C\u2019est fou, quand même ! Cette pièce a été écrite il y a 260 ans.Au final, elle met en exergue l\u2019espèce de tragique impossibilité de vraiment rencontrer l\u2019autre.De vraiment connaître ce que l\u2019autre pense.Alors qu\u2019on voudrait donc savoir, pour se rassurer\u2026 » Catherine Vidal devant la déraison de la passion La metteuse en scène s\u2019attaque à sa première comédie signée Goldoni Les amoureux Texte de Carlo Goldoni, traduit par Huguette Hatem.Mise en scène de Catherine Vidal.Avec Simon Beaulé- Bulman, Éric Bernier, Isabeau Blanche, Sofia Blondin, Catherine Chabot, Vincent Côté, Maxime Genois, Gabriel Lemire, Anglesh Major et Olivia Palacci.Au théâtre Denise-Pelletier, du 6 au 30 novembre.ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR atherine Vidal le reconnaît : elle ne pensait pas croiser Carlo Goldoni sur sa route, les œuvres denses lui étant plus familières que les comédies.Mais au sortir de l\u2019ambitieux L\u2019idiot au TNM, elle avait envie d\u2019un projet « moins casse- tête » que celui qui lui avait été proposé initialement par le théâtre Deni- se-Pelletier.Bien entendu, il ne faut pas s\u2019attendre pour autant à une mise en scène « sage » de la pièce\u2026 En fouillant la part moins connue de son répertoire de maturité, celui où ce réformateur du théâtre italien a laissé tomber les masques de la commedia dell\u2019arte, Vidal était en quête d\u2019un texte susceptible de rallier grand public et spectateurs adolescents.Elle a été séduite par une œuvre de 1759, Les amoureux.Une belle occasion d\u2019explorer l\u2019une des « grandes questions qui reviennent à travers tout le répertoire théâtral » : qu\u2019est-ce que l\u2019amour ?« Et j\u2019aime l\u2019œil ironique de Goldo- ni.À l\u2019époque, les comédies [servaient] un peu à montrer aux spectateurs leurs travers par un miroir déformant, pour leur enseigner à corriger ces comportements ridicules.Mais on ne peut pas être si raisonnable dans une passion.On ne peut pas brider cette tempête-là, surtout dans la jeunesse.C\u2019est ce que j\u2019ai trouvé beau dans cette pièce : tout le [halètement] de la première fois quand on tombe dans la passion et qu\u2019on peut devenir irrationnel.» Peut-on vraiment apprivoiser ce torrent pulsionnel ?La flamme brûle très fort entre Eugenia et Fulgenzio.Mais mus par une jalousie immotivée, les jeunes fiancés ne cessent de se brouiller puis de se réconcilier.Une intrigue secondaire C des Amoureux par un extrait de La trilogie de la villégiature (1761), annonciateur de Pirandello.Révolutionner la distribution La metteuse en scène note que Goldo- ni écrivait beaucoup pour ses acteurs.« Et avec Les amoureux, il a complètement [remis en question] le système de rôles de l\u2019époque.Avant, lorsque tu étais une prima donna ou que tu jouais une soubrette, c\u2019était jusqu\u2019à la fin de ta vie.Lui, avec cette pièce, il a tout mélangé dans la distribution.Comme s\u2019il avait décidé de faire une révolution pas juste dans son écriture, mais même dans la façon dont on faisait du théâtre.C\u2019est là qu\u2019il a commencé à arrondir les angles des caractères, ou des types, et que la psychologie a pu faire son entrée.» Le dramaturge avait ainsi donné le rô- le de l\u2019amoureuse à Caterina Bresciani, une actrice « vraiment weird », devenue sa muse.« Elle rockait les rôles de jeune première, alors qu\u2019à l\u2019époque il fallait prendre des poses et dire les répliques de façon très emphatique lorsqu\u2019on jouait les amoureux.» Les deux tourtereaux des Amoureux Les chicanes sont intenses, mais si on reste dans un registre de comédie, on dirait que ça les infantilise.Là, on travaille sur jusqu\u2019où on peut aller pour ne presque plus être dans ce qu\u2019on pense être du Goldoni.CATHERINE VIDAL » LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture 5 Catherine Vidal constate que le propos du classique de Goldoni, si on fait abstraction de détails plus datés, telle la dot, est terriblement universel.Garder des éléments de 1759 et les transposer aujourd\u2019hui permet donc de mesurer combien les comportements humains n\u2019ont pas changé.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Ainsi, la fête de l\u2019Halloween a été reportée de 24 heures, pour cause de météo maussade, dans diverses municipalités du Québec.On est rendu bien frileux\u2026 Faut dire qu\u2019elle débordait depuis longtemps de sa case du calendrier pour s\u2019étirer en amont et en aval.Ceux qui la trouvent délicieuse \u2014 j\u2019en suis \u2014 apprécieront plusieurs jours encore son cortège funèbre devant les maisons garnies de citrouilles édentées.Tous ces squelettes, fantômes, pierres tombales et araignées géantes témoignent de l\u2019ingéniosité créative des auteurs de ces mises en scène d\u2019envoûtement macabre sous les arbres effeuillés.Kitsch et commerciale, cette célé- bration-là ?Plus que ça, en fait.Collée au jour des Morts du 2 novembre, samedi, en plein équinoxe automnal, alors que la nuit et le jour se retrouvent nez à nez.Voici le seul moment de l\u2019année où l\u2019Occident, trouillard en ces matières, arrête d\u2019avoir peur de la Grande Faucheuse et s\u2019amuse à la narguer.Pas autant qu\u2019au Mexique, où les rituels de la fête des Morts (le film Apapacho de Marquise Lepage en témoigne en salle) convoquent des rencontres entre défunts et vivants avec force clins d\u2019œil rigolos en guise d\u2019hommages aux disparus.Même sous nos cieux, le passage au mois de novembre rend les gens plus fantaisistes, moins cartésiens, attentifs à des signes venus on ne sait d\u2019où.Histoire de chasser la peur du noir, peut-être\u2026 Le spectre de Taïwan Fantômes pour fantômes, atmosphère du dehors aidant, j\u2019ai cru souligner la fête devant Bodyless, spectacle virtuel du Taïwanais Hsin-Chien Huang dédié aux dieux de l\u2019enfer.Ça se passait lundi dernier au Centre Phi, dans le Vieux-Montréal, à l\u2019inauguration de Cadavre exquis, parcours d\u2019art immersif en place jusqu\u2019au 19 janvier.L\u2019œuvre est de saison, alors que les feuilles tombent et que les squelettes entrechoquent, dit-on, leurs os pour des danses macabres à la Saint-Saëns.Sous mon casque de vision et d\u2019écoute, l\u2019artiste m\u2019avait muée en spectre d\u2019un prisonnier politique taï- wanais des années 1960.Entre sa geôle sinistre et sa maison natale, nous traversions de vertigineux tunnels.L\u2019aventure d\u2019une demi-heure se déroule au cours du mois des fantômes à Taïwan.Tout au long du septième mois lunaire, des défunts viennent revoir leurs proches et accepter des offrandes, avant de retrouver leurs repaires d\u2019outre-tombe, guidés par des lanternes d\u2019eau.Les cérémonies rituelles de ces célébrations taïwanaises en rites de passage \u2014 jonque enflammée, théâtres à toits de pagode \u2014 se mêlent à cette histoire de prisonnier défunt en proie aux tyrannies du régime du temps.L\u2019ancienne maison du mort se voit envahie par la nature, des racines géantes, des sauterelles et des escargots rampants.On ne comprend pas tous les codes, mais quelle poésie visuelle ! Quel style ! Et quel saisissant voyage dans un imaginaire inconnu ! La Lune de Laurie Anderson Cette expérience immersive de grâce insolite, j\u2019en conseille à tous la fréquentation.Hélas ! Certains esprits réfractaires au port du casque, craignant peut-être de perdre pied en apesanteur, boudent encore cette forme d\u2019art florissante.Se voient-ils d\u2019ici transformés en héros de l\u2019Orange mécanique de Kubrick branché sous électrodes en train de se faire reprogrammer le cerveau ?Non, non ! Qu\u2019ils se rassurent ! On en ressort tout d\u2019une pièce, émerveillés et souriants par-dessus le marché.Aux ultimes résistants, je suggère de secouer leurs puces, tant ils ratent des œuvres magiques collées à ces technologies d\u2019avant-garde sur lesquelles les jeunes générations se ruent.Le Québec est un chef de file dans le domaine, mais les meilleurs créateurs d\u2019art contemporain issus de tous les horizons explorent la réalité virtuelle avec une imagination délirante en sons, lumières et balades interdimensionnelles.À travers ce parcours du Cadavre exquis, la grande musicienne et per- formeuse américaine Laurie Anderson, après une résidence à la NASA, nous entraîne sur la Lune parmi de saisissantes créatures imaginaires.Elle ramènera ensuite les passagers sur la Terre en leur lançant des objets à saisir d\u2019une fusée en implosion.D\u2019autres artistes de pointe, comme Olafur Eliasson, Anish Ka- poor, Paul McCarthy et Marina Abramovic, rivalisent de surréalisme lyrique.Tous inventent des mondes, pénètrent l\u2019inconscient, le cosmos ou des dimensions spirituelles.Vous flottez, vous volez, vous plongez, des insectes volettent sous votre nez.Les dieux vous saluent, les monstres vous frôlent, les cascades crachent de l\u2019eau à vos pieds, les fleurs vous parlent.Alice au pays des merveilles n\u2019a pas connu dépaysement plus extrême.La Do- rothée du Magicien d\u2019Oz non plus.Vous voici le héros de ces contes modernes sous votre casque, armé de manettes connectées.Et les fantômes taïwanais vous trimballent dans un au-delà dont nos mois d\u2019automne semblent avoir rêvé.La saison des fantômes ODILE TREMBLAY LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Cinéma 6 ENTREVUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR ntigone aurait-elle été une figure emblématique du Printemps érable de 2012 si elle avait vécu parmi nous ?On pourrait le croire à en juger par l\u2019admiration affichée par la cinéaste Sophie Deraspe et l\u2019actrice Nahéma Ricci, celle qui incarne la variation contemporaine de ce personnage théâtral mythique qui va conquérir nos écrans le 8 novembre prochain.En effet, cette jeune femme courageuse telle qu\u2019imaginée par Sophocle en 442 av.J.-C.à Athènes et par Jean Anouilh dans la France sous l\u2019occupation allemande en 1944 défie la loi des dieux et celle des hommes.À notre époque, on la qualifierait de militante, avec une dévotion qui frôle l\u2019aveuglement dogmatique et dont les conséquences pour elle seront funestes.Cette héroïne est tout de même consciente du danger de s\u2019opposer aux diktats du roi Créon, qui impose un traitement inéquitable à ses deux frères, Étéocle et Polynice : après un affrontement sanglant où ils ont trouvé la mort, le premier aura droit à des funérailles dignes de ce nom, tandis que le second est voué à être la proie des vautours sous un soleil cuisant.Il y a là injustice, et Antigone ne fera pas que la dénoncer.Pas de paysages désertiques ni de chaleur accablante dans le film de Le profil Antigone De la Grèce antique à aujourd\u2019hui, la quête d\u2019absolu d\u2019une femme héroïque, seule contre tous A Nahéma Ricci (à droite) a été choisie dans le cadre d\u2019un casting sauvage où des centaines de jeunes de tous les horizons ont rencontré l\u2019équipe du film, dont la cinéaste Sophie Deraspe.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Sophie Deraspe, bien ancré dans le Montréal d\u2019aujourd\u2019hui, mais pas celui des quartiers embourgeoisés ou du centre-ville agité.Son Antigone habite une rue sans âme dans le nord de la ville, fréquente une polyvalente aux allures de bunker, et sa famille d\u2019origine kabyle se serre les coudes dans une modeste demeure.Autant de libertés culturelles et géographiques déjà prises par Jean Anouilh et que la réalisatrice des films Rechercher Victor Pellerin, Les signes vitaux et Les loups se sentait autorisée à prendre.« J\u2019ai lu les deux pièces au début de la vingtaine, se souvient Sophie Deraspe, mais j\u2019étais contente d\u2019avoir lu celle d\u2019Anouilh avant celle de So- phocle, dont le sens est moins direct. LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture 7 ODILE TREMBLAY Ovni télévisuel jouissif La scénariste Joanne Arseneau réussit encore à surprendre très agréablement dans cette troisième saison de sa série policière Faits divers (sur Tou.tv Extra) dans laquelle les enquêteurs de la couronne nord doivent résoudre le meurtre d\u2019un ufologue dans une ferme de dindons, et enquêter d\u2019autres morts louches qui suivront\u2026 Encore une fois, la galerie de personnages secondaires hauts en couleur et l\u2019enchaînement de leurs gaffes et décisions douteuses font le charme fou de ce thriller comique, cette fois décliné en seulement six épisodes, une formule qui sied bien au projet.Espérons que cette folle enquête ne soit pas la dernière\u2026 AMÉLIE GAUDREAU Retour vers le passé Depuis le 10 octobre, ICI Radio-Cana- da Première a agrémenté sa programmation de baladodiffusion d\u2019une petite nouvelle qui vaut le détour.L\u2019histoire ne s\u2019arrête pas là revient sur des chapitres étonnants de l\u2019histoire, avec le recul rendu possible par le temps qui passe.Le journaliste André Marti- neau interroge des experts et des acteurs de l\u2019histoire, le tout étant pimenté d\u2019extraits des inépuisables archives de Radio-Canada.Coup de cœur pour l\u2019épisode sur l\u2019opération FISH visant en 1939 le transfert secret de l\u2019or de la famille royale britannique au Canada, un véritable scénario de film.VALLÉRIE DUHAIME Ceci n\u2019est pas qu\u2019un coup de dés L\u2019auteur britannique Kieron Gillen résume son plus récent comic book comme étant un « Jumanji gothique », mais Die (homonyme anglais du verbe mourir et du mot dé au singulier) est aussi une réflexion sur la fantasy, de la création de classiques comme Le Seigneur des anneaux jusqu\u2019à l\u2019importance et à l\u2019influence qu\u2019a ce genre littéraire pour plusieurs jeunes adultes.Les illustrations éthérées de Stéphanie Hans ravissent les yeux et enrichissent l\u2019univers complexe que les deux cocréateurs installent dans ce captivant premier tome.CÉDRIC GAGNON LES FLÂNEURS Les jeux de mots de Réjean Ducharme Au théâtre Denise-Pelletier, la comédienne Markita Boies joue avec les dessins et les jeux langagiers tirés du Lanctume de Réjean Ducharme, album collage de jeunesse (1966) publié de façon posthume aux Éditions du passage en 2017.Le spectacle est charmant, un peu potache, ludique, dans une mise en scène de Martin Faucher.« Je suis le citoyen de ma chambre », y disait l\u2019auteur invisible.S\u2019y glissent un poème de Rimbaud, un texte de Lautréamont, vieux compagnons en poésie qui ont su enchanter son propre univers.Extrait d\u2019Antigone, de Sophocle Antigone.\u2014 Privée de pleurs de deuil, sans amis, sans mari, me voici, malheureuse, entraînée sur la route qui s\u2019ouvre devant moi ! Infortunée, je n\u2019aurai plus le droit de contempler l\u2019éclat de ce flambeau sacré ; et sur mon sort que nul ne pleure, pas une bouche amie pour pousser un gémissement ! Créon.\u2014 Ne savez-vous donc pas qu\u2019en face de la mort nul ne renoncerait à chanter ou gémir, si on le laissait faire ?Allons ! Emmenez-moi cette fille au plus vite, et enfermez-la-moi dans son tombeau de roc, ainsi que je l\u2019ai dit.Et puis laissez-la là, seule, à l\u2019abandon, qu\u2019elle y doive, à son gré, ou mourir tout de suite ou vivre sous la terre de la vie du tombeau ! Nous sommes sans souillure en ce qui la regarde et, quoi qu\u2019il lui advienne, il n\u2019y a plus pour elle de retour au soleil.Je me suis d\u2019ailleurs posé beaucoup de questions sur le sens à donner à mon adaptation et sur la présence des dieux.À notre époque, la religion, c\u2019est un terrain glissant, mais notre lien au monde est aussi celui de la citoyenneté.» C\u2019est ainsi que la colère des dieux pourrait sans doute être assimilée à celle des agents d\u2019immigration devant de jeunes délinquants récidivistes sans passeport canadien\u2026 La cinéaste ne fait pas le procès d\u2019un système, mais en filigrane, elle dénonce son caractère parfois inhumain, d\u2019une froideur toute bureaucratique, sans pour autant verser dans le pamphlet politique ou le portrait d\u2019une communauté assiégée.« J\u2019ai pris toutes sortes de libertés », précise la cinéaste.Entre les rituels funéraires et les noms des personnages (ceux de la pièce de Sophocle !), le film est parsemé de belles incongruités qui rappellent constamment aux spectateurs les origines profondes de l\u2019œuvre, mais aussi sa toujours brûlante actualité.Destinée à jouer Antigone Ce ne sont pas tant ses résonances contemporaines que sa quête d\u2019absolu qui a séduit Nahéma Ricci, celle qui porte sur ses frêles épaules un personnage plus grand que nature ainsi qu\u2019un film dont la carrière internationale s\u2019annonce déjà scintillante, d\u2019abord à Toronto (prix du meilleur long métrage canadien au TIFF), puis dans la course pour représenter le Canada dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère aux Oscar l\u2019hiver prochain.Choisie dans le cadre d\u2019un casting sauvage où des centaines de jeunes de tous les horizons ont rencontré l\u2019équipe du film, Nahéma Ricci était « persuadée de pouvoir jouer Antigone ».Pendant ses études secondaires à l\u2019école Robert-Gravel et plus tard au cégep de Saint-Laurent, elle avait déjà interprété des extraits de la pièce d\u2019Anouilh, affirmant déjà haut et fort qu\u2019au théâtre, c\u2019était son « personnage préféré ».Elle aussi issue de l\u2019immigration, née d\u2019une mère corse et d\u2019un père tunisien, la jeune comédienne reconnaît que son existence ressemble fort peu à celle de l\u2019héroïne dont elle défend la trajectoire douloureuse.Elle ajoute toutefois que le combat de celle-ci pour une justice équitable trouve un écho dans son propre parcours.En effet, lors du Printemps érable en 2012, alors étudiante au secondaire, Ricci a connu « un éveil politique » et participé à plusieurs manifestations.« Je me suis fait arrêter plusieurs fois, dit-elle avec une certaine gravité.Ce furent des moments traumatisants : mes copains et moi avons été placés en cellule, me- nottés ; une amie est restée là pendant 10 heures, sans le droit de manger ou d\u2019aller aux toilettes.Ç\u2019a été une grande désillusion, car je me croyais en sécurité et je me suis réveillée dans un État policier.Ç\u2019a été aussi l\u2019apprentissage de la désobéissance civile, ce qui fait complètement partie du mythe d\u2019Antigone.» Le fils de Sophie Deraspe a également été au cœur de ce vaste mouvement de contestation, d\u2019abord contre la hausse des droits de scolarité, avant d\u2019exprimer un gigantesque ras- le-bol social.« Un côté de moi était fier de le voir poser un geste citoyen, mais d\u2019un autre côté, je souhaitais qu\u2019il fasse attention.» C\u2019est par ailleurs à Ian Deraspe, étudiant en arts visuels à l\u2019Université Concordia, que l\u2019on doit la signature visuelle associée aux jeunes protestataires soutenant le combat de son Antigone, dominée bien sûr par le rouge ! Cette couleur traverse tout le film, et ce n\u2019est pas un hasard.« Je suis un peu maniaque sur ces élé- ments-là, admet celle qui a à la fois signé le scénario, la direction photo et une partie du montage.Mais à partir d\u2019un moment, sur le plateau, il y a un lâcher-prise, je veux faire entrer la vraie vie, je veux que ça respire.Et je n\u2019hésite pas à mettre les acteurs dans des situations inattendues pour faire jaillir un éclat de vérité.» Une approche confirmée par Nahé- ma Ricci, qui apprécie la liberté accordée dans certaines scènes, particulièrement dans sa famille, où il était permis d\u2019improviser, « ce qui créait beaucoup de douceur et de légèreté ».Tout un contraste avec sa prestation exigeante, très concentrée, au fur et à mesure que les événe- ments dramatiques se bousculent.« Je suis vraiment devenue Antigone au moment où je me suis coupé les cheveux [les siens, face à la caméra, en gros plan].Ce fut une transformation physique doublée d\u2019une transformation psychologique », se rappelle la comédienne, confiant aussi à quel point elle a changé, sur tous les plans, depuis la fin du tournage il y a près d\u2019un an et demi.Quant à la réalisatrice du documentaire Le profil Amina, les échos déjà favorables sur son film et la sensibilité du public étranger, ainsi que des critiques, sur la délicate question de l\u2019immigration (et des expulsions) la rassurent beaucoup sur ses choix.« Des efforts, j\u2019en ai mis dans tous mes films, mais tout à coup il y a une magie, un déclic qui se produit.Alors, on dit merci et on rend grâce à la vie.» Je me suis posé beaucoup de questions sur le sens à donner à mon adaptation, et sur la présence des dieux.À notre époque, la religion, c\u2019est un terrain glissant, mais notre lien au monde est aussi celui de la citoyenneté.SOPHIE DERASPE » LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Cinéma 8 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR L\u2019ouverture du film Une manière de vivre en est une coup-de-poing.Depuis l\u2019habitacle d\u2019une voiture, la nuit, un conducteur ivre s\u2019apprête à commettre l\u2019irréparable tout en prévenant sa conjointe, au téléphone, de ce qu\u2019il va faire.Assise dans son lit, hébétée, cette dernière, Colette, assiste en direct à ce suicide qui la hantera.Gabrielle, sa fille, a de son côté coupé les ponts, mais ne semble guère plus heureuse pour autant.À l\u2019instar de Joseph, professeur belge venu à Montréal participer à une table ronde sur Baruch Spinoza.La pensée duquel se voit évoquée par Micheline Lanctôt au travers des destins momentanément croisés de ces trois âmes errantes.Car ils ont beau prétendre se trouver là où ils l\u2019ont souhaité, ni Colette, ni Gabrielle, ni Joseph ne sont désormais sûrs de quoi que ce soit.En eux, cette angoissante impression de n\u2019avoir rien décidé et de ne rien contrôler, qui commence à sourdre.Et si, à tour de rôle, Colette et Gabrielle traquent Joseph, c\u2019est parce que, de par son domaine d\u2019expertise, Spinoza, il incarne un possible espoir de réponses, et dès lors d\u2019apaisement.Mais voilà, Joseph en est tout comme elles à prendre conscience qu\u2019il ne sait rien, qu\u2019il n\u2019a d\u2019emprise sur rien.Tous trois sont, pendant le premier acte, paralysés par un accablement délétère, par une forme ou une autre de culpabilité de ne pas mener une vie « valable » : Colette dans ses relations interpersonnelles froides, Gabrielle dans sa stagnation amoureuse toxique et son métier d\u2019escorte qui lui empoisonne le corps et l\u2019esprit, et Joseph dans son mariage sans surprise, qu\u2019il insiste trop pour qualifier de « satisfaisant ».Gabrielle Lazure, Rose- Marie Perreault et Laurent Lucas trouvent sans peine leurs marques, y compris lors de scènes difficiles.Faire confiance Car au cours de cette première partie, il est nécessaire de s\u2019accrocher, Colette, Gabrielle et Joseph y allant volontiers d\u2019actions déroutantes, laides\u2026 C\u2019est le but, les personnages n\u2019étant pas là pour « toucher le cœur à tout prix, mais pour suivre leur route », comme le confiait en entrevue la cinéaste qui, parvenue à destination, récompense la patience du cinéphile.On pourra parfois éprouver, durant ce premier acte, le sentiment d\u2019un scénario manquant de cohésion, mais il s\u2019avère a posteriori qu\u2019au contraire, le récit ne faisait alors que traduire le désarroi de Colette, Gabrielle et Joseph, qui tâtonnent et se heurtent, tantôt au propre, tantôt au figuré, complètement désemparés.Ballottés par des « causes extérieures », ils sont « pareils aux flots de la mer agités par des vents contraires », flottant, pour reprendre la formule du philosophe néerlandais qu\u2019on peut voir et entendre dans le film.À cet égard, juste avant la séquence d\u2019ouverture vient un prologue montrant Spinoza affairé à sa plume et à son encrier.Il reviendra ponctuellement, tant à l\u2019image qu\u2019en voix hors champ, des parcelles de ses écrits du XVIIe siècle résonnant avec une acuité confondante dans le présent des protagonistes.Au départ, ce recours à Spinoza comme personnage- narrateur laisse perplexe.Il faut ici faire confiance à la cinéaste.En effet, lors de l\u2019épilogue, Micheline Lanctôt fait avec son Spinoza quelque chose de tout simple qui justifie soudain tout ce qui a précédé.Des vertus de la patience, prise deux.Par contre, lors de certains passages, il est une poignée d\u2019ellipses et d\u2019alternances de points de vue abruptes qui jure avec ce ton serein adopté par le philosophe au-dessus de la mêlée humaine.Moment d\u2019utilité Pour revenir aux protagonistes, ceux- ci opèrent, lors du deuxième acte, un Une élusive satisfaction intérieure Micheline Lanctôt amène la pensée spinozienne au cinéma en croisant les destins de trois âmes errantes Rose-Marie Perreault incarne Gabrielle, une escorte dont le métier lui empoisonne le corps et l\u2019esprit.MAISON 4 TIERS virage existentiel graduel qui culminera, au troisième, par ce que Spinoza nomme « la satisfaction intérieure », selon lui l\u2019état suprême auquel peut espérer tendre l\u2019humain.Or, et le paradoxe fascine, tout intérieure soit-el- le, ladite satisfaction passe par le rapport à autrui, par la bonté qu\u2019on choisit d\u2019avoir envers autrui : « Quand chaque homme cherche le plus ce qui lui est utile à lui-même, alors les hommes sont le plus utiles les uns aux autres », dixit encore Spinoza.Un tel moment « d\u2019utilité », chaque personnage en vivra un.Il en résultera une transformation intérieure immense, quoique presque imperceptible au regard.Le sien étant aussi aiguisé que sensible, Micheline Lanctôt parvient à en rendre compte néanmoins : par le frémissement d\u2019une main rassurée par une autre, par le gémissement soulagé d\u2019un étranger en crise apaisé par une étreinte altruiste, par les yeux fatigués mais reconnaissants d\u2019une inconnue venant d\u2019être aidée à donner la vie\u2026 Des instants individuels, dont on taira les contextes respectifs, qui émeuvent, voire bouleversent.Pour en arriver là, il faut s\u2019accrocher, être prêts à s\u2019investir mentalement, puis enfin, au fur et à mesure que les protagonistes s\u2019ouvrent, émotionnelle- ment.Ce n\u2019est pas usuel, ce pari qu\u2019après une distance initiale marquée, l\u2019impact du rapprochement final sera décuplé, mais cela fonctionne (la construction classique en trois actes facilite la chose).C\u2019est simplement une façon différente d\u2019envisager le cinéma : c\u2019est une manière de raconter.Quoi qu\u2019en dise Micheline Lanctôt, à terme, ses personnages touchent le cœur.Une manière de vivre 1/2 Drame psychologique de Micheline Lanctôt.Avec Gabrielle Lazure, Rose-Marie Perreault, Laurent Lucas, Pierre-Luc Lafontaine, Robin Aubert.Québec-Belgique, 2019, 118 minutes.texte original et adaptation SYLVIE DRAPEAU mise en scène ANGELA KONRAD avec SYLVIE DRAPEAU + KARELLE TREMBLAY ou MARION VIGNEAULT Samuël Côté + Patricia Houle + Jeanne Madore + Alex-Aimée Martel + Elle-Séane Martel + Théo Macameau + Rosalie Payotte + Edward Sheridan Moras assistance à la mise en scène Stéphanie Capistran-Lalonde dès le 12 NOVEMBRE tnm.qc.ca T N M À TOUT P R I X B I L L E T S À PAR T I R D E 35$ LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Cinéma 9 CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Elle possède la débrouillardise d\u2019Émile dans Le matou, de Jean Beaudin, la lucidité foudroyante de Manon dans Les bons débarras, de Francis Man- kiewicz, et le charme insolent de la petite Camille dans Une colonie, de Geneviève Dulude-De Celles.En ce sens, Yanna, le cœur et l\u2019âme de Jouliks, deuxième long métrage de Mariloup Wolfe (Les pieds dans le vide), est une enfant du Québec, mais surtout une fillette sortie tout droit de notre imaginaire cinématographique.Mais c\u2019est d\u2019abord sur les planches qu\u2019elle a fait ses premiers pas, héroïne inventée par la comédienne et dramaturge Marie-Christine Lê-Huu, qui en affichait les traits lors de la création de sa pièce en 2005.Déjà, cette petite fille, qui alors n\u2019avait pas de nom, posait sur ses parents, et le monde des adultes, un regard tout à la fois lucide, enjoué et mélancolique, s\u2019interrogeant sur leurs rituels amoureux, leurs rivalités violentes et ces croyances qui parfois les aveuglent.Telle une page sur laquelle une société conformiste ne pourrait rien écrire, Yanna (Lilou Roy-Lanouette, d\u2019une aisance prodigieuse) s\u2019émerveille de tout, particulièrement ce qui entoure sa maison de campagne délabrée, pleine de trous, qui pour elle ressemble à un château.Les maîtres des lieux, Zak (Victor Andrés Trelles Turgeon, qui pourra bientôt jouer Stanley Kowalski dans Un tramway nommé Désir) et Véra (Jeanne Roux-Côté, à la fois sensuelle et délicate), vivent en marge du temps, même si c\u2019était chose courante dans les années 1970 : couple uni par un désir parfois animal, mais de plus en plus séparé par les clivages culturels.D\u2019un côté on retrouve la catholique canadienne-française et de l\u2019autre le bohémien aux origines floues (et volontairement évasives dans le scénario, ce qui n\u2019a pas empêché le film de faire débat) dont la famille habite aussi en marge, à Toronto, à l\u2019ombre des raffineries.Ce trio pas si étrange pour l\u2019époque n\u2019en demeure pas moins une anomalie dans les environs : les parents qui ne fréquentent pas l\u2019église, vivent modestement et ne songent pas à envoyer leur fille à l\u2019école, elle dont la maîtrise du langage, la culture et la vivacité d\u2019esprit pourraient intimider bien des enseignants.Cet équilibre fragile, évoqué sur le plan visuel par un ramassis d\u2019objets hétéroclites dispersés dans le paysage et un toit de maison aux allures de passoire, sera rompu à l\u2019arrivée des parents de Véra (Christiane Pasquier et Michel Mongeau, un tandem fabuleux).Dans cet univers permissif, la mère, femme autoritaire au visage crispé, et le père, silencieux comme s\u2019il portait sur ses épaules celui de tous ses semblables, révéleront au jeune couple le fossé qui les sépare.Prise d\u2019une frénésie soudaine pour le ménage domestique ou une nouvelle coupe de cheveux, Véra se transforme sous le regard horrifié de Zak qui plus d\u2019une fois prendra la fuite.Que devient Yanna au milieu de tout cela ?La spectatrice, mais aussi la deus ex machina de ce manège amoureux et familial aux rebondissements parfois insoupçonnés, voire tragiques.Rien de plus séduisant que l\u2019enfance au cinéma, et rien de plus casse-cou pour les cinéastes.Mariloup Wolfe se révèle ici précise et inspirée pour diriger l\u2019ensemble de la distribution, composée dans un grand souci de convergence des talents et non dans une stricte logique commerciale.À ce chapitre, le pari de Jouliks s\u2019avère parfaitement réussi, avec une mention spéciale pour l\u2019interprète de Yan- na dont la seule présence irradie tout le film.Marie-Christine Lê-Huu a revisité sa propre pièce, à la manière d\u2019un puzzle dont on rebrasse les morceaux, étoffant le personnage de Zak, qui n\u2019était au départ qu\u2019une ombre furtive, et retardant l\u2019arrivée des parents de Véra pour mieux en illustrer la menace sournoise.Quelques éléments symboliques Les beaux débarras Le regard à la fois mélancolique et amusé d\u2019une fillette sur des adultes aux âmes écorchées (dont la pluie) et des ellipses temporelles auraient pu gagner en clarté (les explications se trouvent parfois dans la pièce ou ont visiblement été éliminées au montage), mais cette célébration de la naïveté de l\u2019enfance, surtout de sa résilience devant les névroses et les errances des grands, demeure intacte.Car ils ont beau se dire marginaux, nomades ou moralement irréprochables grâce à leur appartenance religieuse, on ne voit que leur petitesse devant l\u2019immensité de cette jeune héroïne porteuse d\u2019un amour aussi puissant que dévastateur.Jouliks 1/2 Drame de Mariloup Wolfe.Avec Lilou Roy-Lanouette, Jeanne Roux-Côté, Victor Andrés Trelles Turgeon, Christiane Pasquier.Québec, 2019, 114 minutes.La jeune Lilou Roy-Lanouette est d\u2019une aisance prodigieuse.TÉLÉFICTION DISTRIBUTION Partenaire de saison LES AMOUREUX THÉÂTRE DENISE-PELLETIER DE CARLO GOLDONI TRADUCTION DE HUGUETTE HATEM MISE EN SCÈNE DE CATHERINE VIDAL PRODUCTION THÉÂTRE DENISE-PELLETIER 6 AU 30 NOVEMBRE DENISE-PELLETIER.QC.CA BILLETTERIE 514-253-8974 LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 CRITIQUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Jojo Rabbit, du Néo-Zélandais Taika Waititi, a remporté au TIFF le convoité Prix du public.Il devrait sans doute récolter des nominations aux Oscar, poussé par le bouche-à-oreille.Des spectateurs se dilatent la rate devant cette farce située en Allemagne durant le IIIe Reich, qui m\u2019est apparue imbuvable.Visions inconciliables.Chaplin avait ébloui avec sa brillante satire du führer dans Le dictateur, et ce, en plein règne d\u2019Hitler.Roberto Benigni dans La vie est belle était parvenu à louvoyer dans le champ de mines des camps de concentration avec humour et émotion.Le grand talent n\u2019est pas donné à tous.On peut souligner le culot du cinéaste pour avoir su engendrer une satire kitsch et pop, qui jongle en sous- main avec l\u2019esthétique de Wes Anderson, tout en mettant Hitler en scène.Voici le tyran en burlesque ami imaginaire (joué par Taika Waititi) d\u2019un jeune garçon membre des jeunesses hitlériennes (Roman Griffin Davis, tonique).Son cerveau est lessivé à Berlin sous la botte nazie, malgré une mère résistante (Scarlett Johansson, sous-utilisée) qui lui ment à qui mieux mieux, tout en gardant cachée une jeune juive dans les tréfonds de la maison (Thomasin McKenzie, plus fine et touchante que les autres).Cette fois, l\u2019humour vole bas, avec des personnages en général unidimensionnels, les chœurs de « Heil Hitler ! » semblent bien répétitifs, le scénario part en tous sens sans boucler ses boucles, le dénouement est un pétard mouillé, et la proposition, qui se veut hardie, roule sur de vieilles recettes comiques ayant fait leurs preuves en des jours meilleurs.Présenté à travers le regard du garçon, le film manque à la fois d\u2019audace et de sensibilité pour s\u2019offrir une vraie charge satirique.La caméra de Mihai Malaimare et la musique de Michael Giacchino accentuent gaillardement le côté pop du concept, jouant parfois d\u2019anachronismes.Une chanson des Beatles en allemand ouvre la marche sur des images d\u2019archives.Le XXIe siècle, plus détaché qu\u2019hier des horreurs de l\u2019Allemagne nazie, rit de bon cœur aux blagues faciles entourant ce désastre historique.Ce qui n\u2019est pas nécessairement une bonne nouvelle.En une autre époque, Jojo Rabbit aurait gagné ses galons au rayon des films cultes psychotroniques.Le petit héros, surnommé Jojo Rabbit parce qu\u2019il n\u2019a pas pu occire un lapin durant une séance d\u2019entraînement au camp nazi, croit dur comme fer à la bible aryenne, tout en subissant les railleries du groupe.Sa découverte de la jeune juive encabanée, finalement non pourvue de cornes et de queue fourchue, le rend perplexe ; curieux et attiré.Sa mère mourra sans déclencher chez l\u2019enfant de dix ans une crise émotionnelle, au mépris de tout bon sens.Où donc le cinéaste cherche-t-il à entraîner le personnage dans sa confuse découverte du monde tandis que le régime et son monde intime s\u2019effondrent ?Entre le camp des jeunesses hitlériennes où tout est caricature, le boiteux duo mère-fils, le personnage fantasmé d\u2019Hitler plus clownesque que maléfique, les tons se marient mal.La figure de la jeune juive émerge du lot avec une grâce tragique venue d\u2019ailleurs.Un nazi incarné par Sam Rockwell démontre avant sa chute quelque humanité.Le cinéaste finit par renvoyer dos à dos les SS et les juifs.Ni monstres ni anges.À chacun ses bons côtés, semble signifier Waititi au bout du compte, livrant un message d\u2019ambiguïté qui fait « pouch » ! Jojo Rabbit Comédie satirique de Taika Waititi.Scénario : Taika Waititi, librement adapté du roman Caging Skies de Christine Leunens.Avec Roman Griffin Davis, Scarlett Johansson, Thomasin McKenzie, Taika Waititi.États-Unis\u2013Allemagne, 108 minutes.CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019histoire de l\u2019humanité regorge de récits dignes du cinéma qui demeurent ignorés.Parfois ça s\u2019explique, tel le cas de Harriet Tubman.Que le septième art n\u2019en ait pas fait mention jusque-là tient sans doute au fait qu\u2019il existe une division raciale aux États- Unis et à Hollywood.Il a fallu un Spike Lee avec son Malcolm X (1992) pour qu\u2019un personnage historique, noir, soit l\u2019objet d\u2019une prestigieuse fiction biographique.Alors une femme\u2026 Harriet de Kasi Lemmons innove en s\u2019attardant à la vie de cette esclave devenue leader abolitionniste.Il faut préciser que Harriet Tubman, décédée en 1913, bénéficie actuellement d\u2019une vague d\u2019estime.En 2020, elle sera la première Afro-Américaine à se retrouver sur un billet de banque (le 20 $US).Le film à la sauce Hollywood ne raconte pas l\u2019histoire de son héroïne du début à la fin.Si la trame débute en 1849, à l\u2019époque où esclave se prénomme encore Minty, elle ne s\u2019y éternise pas.Le scénario relate surtout les années de lutte que mène la femme pour libérer des esclaves du Maryland.L\u2019épilogue qui la montre à la tête de soldats pendant la guerre de Sécession semble, lui, superficiel.La grandiloquence du ton teinte l\u2019ensemble du film, notamment sous les effets de la direction artistique et de la musique, celle-ci signée tout de même par le jazzman Terence Blanchard.C\u2019est la prestation de Cynthia Erivo, dans le rôle central, qui fait de Harriet un titre digne de mention.L\u2019actrice a été repérée par les producteurs à Broadway, lors de la reprise de la comédie musicale The Color Purple, qui lui a valu un prix Tony en 2016.Ses talents de chanteuse sont Culture Cinéma 10 La course pour la liberté L\u2019histoire de l\u2019antiesclavagiste Harriet Tubman est portée à l\u2019écran pour la première fois mis à contribution dans une scène forte dans laquelle la future Harriet annonce son départ aux femmes restées au champ.Les esclaves communiquaient par le chant, et le choix d\u2019y faire appel à ce moment est justifié.Cynthia Erivo incarne une Harriet tenace, infaillible.Quand elle fuit, c\u2019est au pas de course.Malgré sa petite taille, elle se tient debout devant tous les hommes.Ses moments de faiblesse, des hallucinations, se retournent à son avantage.Harriet y lit le danger qui la guette.La dose de fantaisie extirpe le récit des faits historiques.S\u2019il est dit que le personnage était une croyante dévote, l\u2019évocation de ses prières, ou de ses rêveries, sert davantage à rythmer ses courses qu\u2019à défendre une thèse religieuse.Harriet a croisé sur sa route une tonne de personnages, auxquels le film ne s\u2019attarde pas.Ils ne sont pas sans intérêt pourtant.Peut-être fabulé, le jeune Walter est une sorte d\u2019escroc des bois qui se met à son service.Réel et connu, l\u2019abolitionniste William Still a, lui, mis en place le « chemin de fer clandestin » (Underground Railroad) par lequel bon nombre d\u2019esclaves ont fui vers le nord jusqu\u2019au Canada.Une aristocrate noire, interprétée par la chanteuse et militante Janelle Monáe, sert surtout à montrer à la fugitive le maniement du revolver.À la fois son défaut et sa qualité : le film doit à ce point révéler la grandeur de Harriet Tubman que bien des détails de l\u2019époque, du contexte ou même du personnage sont négligés.C\u2019est la prestation de Cynthia Erivo, dans le rôle central, qui fait de Harriet un titre digne de mention.FOCUS FEATURES Harriet Drame biographique de Kasi Lemmons.Avec Cynthia Erivo, Leslie Odom Jr, Joe Alwyn, Omar J.Dorsey, Henry Hunter Hall, Janelle Monáe.États-Unis, 2018, 125 minutes.Le film manque à la fois d\u2019audace et de sensibilité pour s\u2019offrir une vraie charge satirique Chaplin avait ébloui avec Le dictateur.Cette fois, l\u2019humour vole bas.FOX SEARCHLIGHT Le mauvais civet de Jojo Rabbit LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Lorsque des acteurs de la trempe de Benoît Poelvoorde (Au poste !) et maintenant Jean Dujardin veulent s\u2019associer à un cinéaste aussi singulier que Quentin Dupieux, on comprend qu\u2019ils ont le goût du risque, et l\u2019envie d\u2019écorcher leur image de star.On imagine d\u2019ailleurs la tête de la vedette d\u2019OSS 117 devant le scénario d\u2019un film comme Le daim, récit d\u2019une escapade dans les Pyrénées où échoue un homme fuyant son passé et s\u2019entichant d\u2019un blouson à franges au point non seulement de lui parler, mais d\u2019inventer lui-même les réponses ! Le blouson en question a beau se révéler « 100 % daim », il y a tout de même des limites à jouer au ventriloque et à le porter en se donnant le droit de dépouiller les autres de manteaux qu\u2019il juge indignes de son regard.Cette obsession, Georges (Dujardin, ici d\u2019un total abandon et dans la sobriété) la trouve parfaitement légitime, prêt à vider son compte de banque, et celui des autres, pour se procurer d\u2019autres accessoires en daim, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une deuxième peau (et cela n\u2019a rien de farfelu).Car non seulement ses méfaits, de plus en plus ridicules et violents, se déroulent à la vitesse grand V, mais il a le culot de les filmer, ce qui l\u2019autorise à se prétendre cinéaste.C\u2019est ce que croit Denise (Adèle Haenel), la serveuse d\u2019un bar miteux où il échoue parfois, voyant en cet homme la chance de réaliser ses ambitions de monteuse au cinéma.On la trouve bien naïve, mais est-ce vraiment le cas ?Ce n\u2019est pas la seule ambiguïté qui plane sur ce monde où le beige domine dans des intérieurs sans âme, contraste avec la somme de personnages insolents, insolites, pathétiques ou frondeurs qui jalonnent la route sinueuse de Georges, et celle de son blouson.Mis à part Denise, que rien n\u2019offusque ou n\u2019étonne, à peu près tous les infortunés qui croisent ce cinglé (plus ou moins) sympathique ne font que trois petits tours, et le plus souvent à leurs risques et périls.Même devant la seule salle de cinéma des environs, et qui ne paye pas de mine, il ne fait pas bon trouver sur sa route ce prétendu cinéaste ayant dérobé un livre sur les métiers du cinéma pour décoder ce que Denise lui raconte.L\u2019énormité de cette proposition s\u2019avère constamment neutralisée par une mise en scène à la fois froide et frontale, la vanité de ce héros improbable étant observée à la façon d\u2019un chasseur guettant sa proie : avec distance, sans effets tapageurs ni fioritures.Quentin Dupieux se met au service de cet être troublé, fétichiste et mythomane, un profil si singulier qu\u2019il n\u2019a jamais besoin d\u2019en rajouter pour comprendre à quel point nous voilà plongés dans son monde parallèle, celui qu\u2019un Bertrand Blier ou un Jean-Pierre Mocky pourraient facilement assimiler au leur.Son univers regorge autant d\u2019incongruités que d\u2019ellipses étonnantes, le cinéaste prenant tout son temps pour scruter les faits et gestes de ce fabulateur entouré de mystères, mais préférant un montage aux coupes franches au moment d\u2019aborder les aspects plus scabreux du récit : un suicide se résume à un son, un carnage sanglant à quelques images numériques à l\u2019aspect délavé, une violente attaque avec la pale d\u2019un ventilateur à un morceau d\u2019humour dont Tarantino serait sûrement jaloux s\u2019il avait la curiosité de découvrir le travail de cet oiseau rare.Car Quentin Dupieux peut revendiquer ce qualificatif, de par la concision de ses récits (un pied de nez aux impératifs du commerce), l\u2019étrangeté inconfortable qui en émane, et souvent l\u2019absence de morale de personnages dont les agissements ne sont jamais soutenus par de quelconques justifications psychologiques.Une indolence totalement assumée, et fort réjouissante.Je suis le blouson de Georges Un homme amoureux fou de son manteau à franges se fait son cinéma au milieu des Pyrénées Jean Dujardin et Adèle Haenel dans une scène du film Le dain AZ FILMS Le daim 1/2 Comédie dramatique de Quentin Dupieux.Avec Jean Dujardin, Adèle Haenel, Albert Delpy, Pierre Gommé.France\u2013Belgique, 2019, 77 minutes. LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 C ultur e Notr e s élection cinéma en s alle 12 Les nouveautés sont en rose Jouliks ?1/2 L\u2019attente fut longue avant que Mariloup Wolfe ne revienne au cinéma après son premier long métrage, Les pieds dans le vide, mais elle en a valu la peine à en juger par cette adaptation à la fois sombre et lumineuse de la pièce à succès de Marie-Christine Lê-Huu, qui en signe le scénario.La petite fille au cœur de cet univers campagnard des années 1970 jette sur le monde des adultes un regard à la fois lucide et at- Le daim ?1/2 Quelques spectateurs curieux ont eu le bonheur l\u2019an dernier de découvrir Au poste!, une fantaisie policière de Quentin Dupieux dont Bertrand Blier ou Jean-Pierre Mocky aurait pu se réclamer.Ils se réjouiront de son retour rapide sur nos écrans, ayant conservé son humour cinglant et sanglant, sans compter une prémisse d\u2019une absurdité sans nom.Car Jean Dujardin, ici d\u2019un total abandon, vit une véritable symbiose avec un blouson en daim, une fascination qui va le pousser à devenir tout à la fois ventriloque, mythomane, cinéaste et\u2026 tueur en série.Dans ce village des Pyrénées, considérant l\u2019étrangeté de la faune locale, dont une serveuse rêvant de devenir une monteuse (Adèle Haenel et sa moue boudeuse), on a presque envie d\u2019aller les rejoindre tellement tout cela baigne dans un climat mystérieux franchement réjouissant.André Lavoie Mais vous êtes fous ?En état de choc, Camille apprend que son conjoint Roman lui cache depuis des années une dépendance à la cocaïne et qu\u2019au surplus, leurs deux filles ainsi qu\u2019elle-même y ont été exposées.Inspiré d\u2019une affaire authentique aux développements pour le moins surprenants, ce premier long métrage d\u2019Audrey Diwan captive avec son mélange de drame en circuit fermé et de suspense à combustion lente.Avec ingéniosité, mais sans forcer, la cinéaste imprime une atmosphère de mystère quant à la cause réelle de l\u2019empoisonnement familial, concept développé au propre et au figuré.Cela, tout en maintenant, au Une manière de vivre ?1/2 Dans Une manière de vivre, la pensée de Baruch Spinoza se voit évoquée par Micheline Lanctôt au travers des destins momentanément croisés de trois âmes errantes.Tous trois sont, pendant le premier acte, paralysés par un accablement délétère, par une forme ou une autre de culpabilité de ne pas mener une vie «valable».Ceux-ci opèrent, lors du deuxième acte, un virage existentiel graduel qui culminera, au troisième, par ce que Spinoza nomme «la satisfaction intérieure».Ces instants individuels, dont on taira les contextes respectifs, émeuvent, voire bouleversent.Pour en arriver là toutefois, il faut s\u2019accrocher et s\u2019investir mentalement.L\u2019impact du rapprochement final n\u2019en sera que plus décuplé.C\u2019est simplement une façon différente d\u2019envisager le cinéma: une manière de raconter qui touche le cœur.François Lévesque Matthias et Maxime ?1/2 Matthias et Maxime sont amis depuis l\u2019enfance.Or, à cause d\u2019un pari, ces hé- téros convaincus se voient contraints d\u2019échanger un baiser.Survient alors l\u2019impensable: et s\u2019ils s\u2019aimaient?Avec son brio coutumier mais un supplément de tendresse, Xavier Dolan s\u2019interroge sur les notions d\u2019amitié et d\u2019amour dans un contexte où le cœur n\u2019en fait qu\u2019à sa tête.Le cinéaste crée un lien d\u2019empathie particulièrement puissant, en plus de livrer, comme son partenaire Gabriel D\u2019Almeida Freitas, une formidable prestation.L\u2019auteur n\u2019a rien perdu de sa verve, quoiqu\u2019il ponctue son film de regards et de silences qui parlent davantage.À la mise en scène, l\u2019approche plus contenue séduit, en phase avec des protagonistes qui répriment leurs émois.Le flot visuel emporte le spectateur de la même manière que le doute happe Mat et Max.On vibre avec eux, pour eux, dans l\u2019espoir qu\u2019ils se retrouvent.Qu\u2019importe si c\u2019est en amitié ou en amour.François Lévesque Motherless Brooklyn ?1/2 Détective privé atteint du syndrome de la Tourette, Lionel (Edward Norton) s\u2019entête à enquêter sur la mort de son patron et mentor, assassiné pour d\u2019obscures raisons.Film noir impliquant corruption politique et luttes pour le droit au logement, Motherless Brooklyn nous replonge dans le New York des années 1950, à coups de pièces de jazz et de virées au volant de rutilantes Oldsmobile.L\u2019intrigue y est complexe, comme dans tout bon film à suspens où la quête de vérité(s) mène vers des (fausses) pistes et des pièges sordides.Acteur, réalisateur et scénariste, Norton livre sa vision d\u2019un monde d\u2019injustice contre lequel il veut se battre.Il est accompagné de vedettes du cinéma (Willis, Baldwin, Dafoe) et de gens moins connus, qui livrent tous d\u2019honorables prestations.Jérôme Delgado Dolemite Is My Name ?Écrite par Scott Alexander et Larry Karaszewski (Ed Wood) et réalisée par Craig Brewer (Hustle and Flow), cette comédie biographique à l\u2019énergie contagieuse fait honneur à son sujet : le chanteur, stand-up, acteur et producteur Rudy Ray Moore, considéré comme le parrain du rap.De la création du personnage scénique Dolemite, un pimp verbomoteur s\u2019exprimant en rimes salaces, à la sortie de la production éponyme autofinancée, un fleuron du blaxploita- tion, le film brosse un portrait de milieu captivant.La musique funk et soul ainsi que la direction artistique Parasite (V.O., s.-t.f.) ?Un à un, les membres d\u2019une famille pauvre intègrent la domesticité d\u2019un riche foyer en dissimulant leur lien de parenté.Or, une découverte ahurissante vient un soir tout compromettre.Dans cette satire mordante, fertile en suspense, le lauréat de la Palme d\u2019or Bong Joon-ho poursuit son exploration du thème des classes sociales.Subvertissant l\u2019auguste formule Maîtres et valets (Upstairs, Downstairs), le cinéaste, qui décline à l\u2019infini le motif de l\u2019escalier dans ses compositions hyperprécises, substitue à la sentimentalité inhérente au genre une lucidité féroce.Plus que jamais, Bong Joon-ho fait montre d\u2019une virtuosité, on osera l\u2019hyperbole, orgasmique dans une mise en scène à l\u2019image des protagonistes: d\u2019une aisance trompeuse rendue possible par un sens redoutable de la préméditation.Pas avare de surprises, l\u2019intrigue se révèle à terme aussi astucieuse que les protagonistes.Antihéros aux dents longues pour fable carnassière.François Lévesque moyen de touches insolites discrètes et d\u2019habiles ellipses, une certaine ambiguïté quant aux actions du père et époux repentant.En ne faisant pas de Roman (Pio Marmaï, à contre-emploi et parfait d\u2019intériorité) un monstre ou un narcissique invétéré, l\u2019auteure rend encore plus intenable le dilemme de Camille (Céline Sallette, remarquable dans sa montée).Tout du long, la cinéaste refuse de succomber à la facilité, tant dans sa mise en scène fébrile (mais sachant se poser au besoin) que dans sa vision empathique d\u2019une situation éminemment complexe sur les plans émotionnel, moral, voire éthique.D\u2019ailleurs, une bonne partie du succès de la proposition d\u2019Audrey Diwan découle de ce que cette dernière se montre plus intéressée par l\u2019exploration des zones grises de l\u2019âme humaine que par la volonté d\u2019en extraire le noir et le blanc, ce à quoi on se borne trop souvent.Qu\u2019elle parvienne à clore de manière satisfaisante un récit fertile en sentiments contradictoires et en enjeux inextricables ne fait que confirmer son talent.François Lévesque Xalko ?1/2 Malheureusement pour eux, les Kurdes, ce peuple sans pays, font une fois de plus les manchettes pour des raisons tragiques, encore victimes d\u2019injustices sanglantes.Avant le dernier tumulte au nord de la Sy- Les fleurs oubliées ?1/2 Militant, André Forcier ?On l\u2019a affublé de tellement de qualificatifs depuis le début de sa longue, sinueuse et prolifique carrière qu\u2019il lui manquait sûrement celui-là.C\u2019est maintenant chose faite dans cette fable écologique où un agronome devenu ermite (excellent Roy Dupuis) côtoie le frère Marie-Victorin (Yves Jacques, à la fois précieux et cabotin), vision fantomatique hautement réaliste.Ce duo improbable, figure familière chez Forcier, va transformer la vie des compagnons d\u2019armes de ce rebelle solitaire et modifier en profondeur le paysage agricole, ainsi que ceux qui le façonnent.Malgré des dialogues en forme de slogans politiques, la magie du cinéaste de Kalamazoo et de Coteau rouge demeure intacte, transfigurée par la beauté des images, la belle insolence de ses interprètes (nombreux à lui faire une brève et amusante accolade), et une poésie de fond de ruelle dont on ne se lasse jamais.André Lavoie tendri, savourant la liberté que lui procurent ses parents, et voyant l\u2019arrivée de ses grands-parents comme une possible entrave à son bonheur.Au milieu d\u2019une maison délabrée grouille une fratrie qui s\u2019aime à la folie et se déchire tout autant, des passions dévorantes révélant des clivages culturels et autres malentendus tissant une trame pleine de surprises et de tragédies.Une chronique familiale enjouée et mélancolique portée par des acteurs jouant à l\u2019unisson, avec brio, des plus petits aux plus grands.André Lavoie haute en couleur, hyper précises toutes deux, contribuent au charme.En sous-texte, on évoque habilement la solidarité qui anime une communauté noire habituée d\u2019être ignorée par la culture blanche dominante.En Rudy Ray Moore, Eddie Murphy est brillant.Et il y a quelque chose d\u2019émouvant à le voir effectuer un tel retour en interprétant un personnage qui vit également un comeback.François Lévesque Douleur et gloire (V.O., s.-t.f.) ?En proie à la douleur chronique et en panne créative, un cinéaste renoue avec un acteur qu\u2019il lança jadis.Enclin à la nostalgie, il est de surcroît hanté par le souvenir d\u2019une mère dont il subit encore les contrecoups du décès récent.Avec cette œuvre introspective, Pedro Almodó- var se livre comme jamais, trouvant en Antonio Banderas (qu\u2019il lança jadis, tiens) un alter ego idéal.Primé à Cannes, ce dernier compose un personnage captivant, très réservé avec autrui, mais qui se dévoile dans la solitude de son chic appartement (qui reproduit celui d\u2019Almodóvar).En dépit du flot de temporalités un peu moins fluide que de coutume (c\u2019est là le premier film du réalisateur sans le défunt monteur José Sal- cedo), Almodóvar affiche une aisance technique absolue.En lieu et place d\u2019une volonté d\u2019impressionner : une maestria tranquille, sereine.Le film y gagne une impression d\u2019équanimité inédite : un cadeau pour le cinéphile et, on l\u2019espère, un baume pour le cinéaste.François Lévesque LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Harriet ?Esclave dans le Maryland jusqu\u2019à la fin de la vingtaine, Harriet Tubman a trouvé la liberté en fuyant.Puis elle est devenue une artisane de l\u2019abolitionnisme, revenant sur ses pas pour aider d\u2019autres esclaves à fuir.Cette figure historique, qui s\u2019est même battue sur le front de la guerre de Sécession, n\u2019avait jamais fait l\u2019objet d\u2019un film.Voici donc ce Harriet, précieux par son sujet.Le film à la sauce Hollywood, un peu grandiloquent, s\u2019attarde surtout à la lutte que mène la femme contre l\u2019esclavagisme.Tout tourne autour d\u2019elle, de sa force et de sa ténacité, de ses hallucinations aussi, laissant dans l\u2019ombre la pléthore de personnages qu\u2019elle croise.Cynthia Erivo, dans le rôle-titre, porte néanmoins admirablement le film sur ses épaules.Jérôme Delgado Jojo Rabbit ?Coiffé du Prix du public au TIFF, Jojo Rabbit, de Taika Waititi, n\u2019en est pas moins un film burlesque de catégorie B.S\u2019attaquant au défi de proposer une satire sur la vie d\u2019un jeune Allemand au cerveau lavé durant le IIIe Reich sur le mode pop, il est pétri de gags faciles et appuyés sur un scénario décousu, avec la figure tutélaire de Hitler (joué par le cinéaste) en grotesque ami imaginaire de l\u2019enfant.La performance de jeune juive cachée, jouée avec finesse par Tho- masin McKenzie, ne peut racheter cette poutine ambiguë et faussement hardie, usant maladroitement de vieilles recettes comiques sur un thème qui aurait réclamé du doigté et de la maîtrise.Odile Tremblay Terminator.Sombre destin (V.F.de Terminator: Dark Fate) ?Au dire de James Cameron, producteur de la lucrative franchise, ce L\u2019homme gémeau (V.F.de Gemini Man) ?1/2 Parmi les grands talents d\u2019Ang Lee figure celui d\u2019être là où on l\u2019attend le moins, gambadant d\u2019un genre à l\u2019autre avec plus ou moins de bonheur, qu\u2019il s\u2019agisse de la science-fiction (Hulk), du western (Brokeback Mountain) ou du drame historique (Taking Woodstock).Il effectue un autre retour vers le futur, remettant sur les rails un projet qui traîne depuis quelques décennies sur les étagères d\u2019Hollywood, et qui aurait dû y rester.Un tireur d\u2019élite incarné par Will Smith rêve de prendre sa retraite, mais ses supérieurs ne le voient pas ainsi.Il est donc pourchassé pour être liquidé par une version rajeunie de lui-même, un clone prétendument sans états d\u2019âme.La prouesse technologique n\u2019arrive jamais à masquer les faiblesses d\u2019un scénario à (petits) numéros et le manque de tonus des scènes d\u2019action qui feraient bâiller d\u2019ennui James Bond et Jason Bourne.André Lavoie rie, les cinéastes Sami Mermer et Hind Benchekroun (Les tortues ne meurent pas de vieillesse, Callshop Istanbul) se sont rendus dans le petit village de Xalko en Turquie, là où vivaient les parents de Sami et où survivent encore de nombreuses femmes kurdes.Où sont les hommes?Ils ont en majorité disparu ou se trouvent sur le chemin de l\u2019exil, une fatalité silencieuse pour des épouses et des mères laissées à elles- mêmes, mais déterminées, dignes, et parfois même pleines d\u2019humour.Avec tendresse et empathie, la caméra scrute les joies, les peines et le dur labeur de ces gardiennes de traditions et d\u2019espérances pour leur famille et leur descendance.André Lavoie sixième volet de Terminator serait la suite directe de Terminator 2.Le jugement dernier, le meilleur de la série.Or, par endroits, on croirait un remake à saveur féministe de T2 tant son récit s\u2019y apparente.De fait, on y retrouve une femme sans histoire (Nathalie Reyes) qui reçoit deux visiteurs du futur : un Terminator (Gabriel Luna) qui veut l\u2019éliminer et une super-soldate (Mackenzie Davis) qui veut la protéger.Au plus grand plaisir des fans, Linda Hamilton et Arnold Schwarzenegger reprennent respectivement les rôles de Sarah Connor et de T-800.Vingt-huit ans plus tard, tous deux affichent une forme plus qu\u2019enviable.Lui qui avait ébloui la galerie avec le spectaculaire Deadpool, Tim Miller paraît ici bien sage.Sans temps morts, bénéficiant d\u2019effets spéciaux convaincants, sa réalisation enchaîne habilement scènes de poursuite, de fusillades et de combats musclés, sans pour autant surpasser le T2 de Cameron.Manon Dumais Zombieland.Le doublé (V.F.de Zombieland : Double Tap) ?1/2 Personne ne cultivait un espoir maladif devant l\u2019éventuel retour du quatuor de Zombieland, dix ans après un premier film aussi amusant qu\u2019irrévérencieux, et surtout sans grandes prétentions.Tous sont revenus au bercail, dans ce monde à l\u2019agonie, et constamment émaillé de références à la culture populaire, ce qui fait tout son charme.Devant comme derrière la caméra, ses artisans ont pris du galon, de l\u2019âge et de l\u2019expérience (surtout le réalisateur Ruben Fleischer, jadis un nouveau venu), mais conservent toutefois leur cœur d\u2019adolescent pour se moquer des zombies, surtout ceux qui grouillent sur tous nos écrans.Comptez sur cette famille reconstituée dominée par Woody Har- relson pour y mettre de l\u2019ordre, et sur les scénaristes de Deadpool pour ajouter plusieurs couches de cynisme et de dérision.André Lavoie AKAMUS Akademie für Alte Musik Berlin J.S.Bach Les Concertos Brandebourgeois \u2013 22 nov.Les Suites pour Orchestre \u2013 23 nov.Église Saint-Léon LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Pourquoi se lancer dans un projet aussi colossal ?« Parce que le Québec n\u2019a pas de document fondateur définissant sa conception de la vie collective sur son territoire, répond Christian Lapointe.Et parce qu\u2019il fallait répondre à ces trois questions : qui sommes-nous, que voulons-nous et comment le fait-on ? » Pour le metteur en scène, d\u2019entrée de jeu, cet exercice démocratique devait être non partisan : « Une constitution, c\u2019est l\u2019affaire de tout le monde, et idéalement ça doit provenir, me semble-t-il, de la société civile. » De plus, toute la démarche du projet devait s\u2019appuyer sur des processus démocratiques rigoureux et respecter les mêmes critères que si elle avait été lancée par l\u2019État.C\u2019est là qu\u2019entre en scène l\u2019INM, qui a pris en charge sondages et consultations publiques et qui a sélectionné et accompagné l\u2019ensemble des constituants.Au total, 41 personnes choisies au hasard et représentatives de la population québécoise se sont plongées pendant une année dans l\u2019écriture de la Constitution du Québec de demain.Le résultat : 80 articles définissant l\u2019identité québécoise, les droits et les devoirs citoyens, les institutions et l\u2019administration du pouvoir, l\u2019organisation du territoire, la reconnaissance des peuples autochtones.Nous en avons sélectionné quelques-uns \u2014 certains attendus, d\u2019autres étonnants \u2014 et avons demandé à Christian Lapointe de les commenter.Il y a là de quoi animer bien des débats autour de l\u2019îlot ou pendant les réunions de famille de fin d\u2019année ! LA QUESTION DE LA LANGUE Les peuples qui cohabitent sur le territoire du Québec reconnaissent la langue française comme la langue officielle et comme le véhicule privilégié pour assurer la valorisation des variantes culturelles du territoire, la cohésion sociale de sa population et sa représentativité sur le plan international.Préambule, alinéa 3 « D\u2019entrée de jeu, l\u2019Assemblée constituante citoyenne confère à l\u2019État québécois la responsabilité de protéger la langue française et d\u2019en assurer la pérennité.Elle reconnaît aussi officiellement toutes les langues autochtones comme des langues premières au Québec.» LA QUESTION DU PATRIMOINE NATUREL Du fait de son importance et du devoir d\u2019en préserver la biodiversité, le fleuve Saint-Laurent, y compris ses affluents et ses écosystèmes, se voit attribuer une personnalité juridique.Article 53 Découvrez Et si le Québec se dotait d\u2019une constitution citoyenne?En 2018, dans un élan artistique et politique, Christian Lapointe s\u2019associe à l\u2019Institut du Nouveau Monde (INM) et dix partenaires théâtraux pour doter le Québec d\u2019un texte fondateur.Le résultat ?Une constitution en bonne et due forme rédigée par une assemblée constituante citoyenne puis déposée en mai 2019 à l\u2019Assemblée nationale.Et une toute nouvelle pièce de théâtre \u2014 Constituons ! \u2014 qui documente à fond le processus et les délibérations.ÉC R I T PA R L\u2019 ÉQ U I P E B I S L E D E VO I R POUR L\u2019AUTEUR ET METTEUR EN SCÈNE CHRISTIAN LAPOINTE, POSER LA QUESTION, C\u2019EST Y RÉPONDRE.Est-ce que le théâtre comme lieu de débat \u2014 qui revient à sa fonction d\u2019agora \u2014 peut devenir la courroie de transmission d\u2019une grande conversation nationale ?C\u2019est le parti pris de Christian Lapointe, l\u2019instigateur de ce projet colossal.VALÉRIE REMISE LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 « Le fleuve \u2014 avec son vaste réseau hydrographique \u2014 est perçu comme le symbole naturel du Québec, tant par les constituants que par les personnes contactées lors des consultations publiques.Et si le Saint-Laurent a ce statut, cela signifie que l\u2019État peut poursuivre, en son nom, les entreprises ou les individus qui le pollueraient ou en menaceraient l\u2019intégralité ! » « La Constitution stipule en outre que toutes nos ressources naturelles \u2014 l\u2019eau, les forêts, la faune, la flore, le sol, le sous-sol et l\u2019air \u2014 sont des richesses nationales (article 52) et que l\u2019environnement doit être non seulement protégé par les citoyens ainsi que par les personnes visitant notre territoire (article 21), mais aussi par les entreprises (article 54).La Constitution va même jusqu\u2019à exiger que les exploitants de nos ressources \u2014 les minières par exemple \u2014 s\u2019engagent à verser un dépôt de garantie auprès du pouvoir public pour assurer le rétablissement du territoire sur lequel leurs travaux prendront place. » LA QUESTION DE L\u2019INFORMATION Chaque personne a droit à un contenu médiatique et informationnel de qualité qui préserve l\u2019identité culturelle québécoise.Article 11 « À l\u2019ère des fake news et de la post-vérité, ce point est crucial parce qu\u2019intimement lié à notre vie démocratique.Et n\u2019oublions pas l\u2019article 73, qui décrète que, pendant la période des élections, un comité indépendant d\u2019analyse des promesses électorales aura le pouvoir d\u2019examiner celles-ci en s\u2019appuyant sur des processus reconnus en gestion de projets \u2014 et qu\u2019il aura le devoir de publier les résultats ! » LA QUESTION DES POUVOIRS La personne élue à la présidence du Québec est le chef ou la cheffe de l\u2019État et est responsable du pouvoir exécutif.Article 22 « Les constituants ont opté pour un système qu\u2019on pourrait peut-être qualifier de républicain, gouverné par un président ou une présidente, mais où la démocratie est aussi défendue par une seconde chambre, celle-ci citoyenne et non partisane.Quant à l\u2019article 41, qui déclare les fonctions de ministre incompatibles avec le mandat de député \u2014 les ministres étant nommés par décret une fois la procédure de recommandation de l\u2019Assemblée nationale terminée \u2014, il sépare clairement les pouvoirs législatifs des pouvoirs exécutifs. » LA QUESTION DE L\u2019ALLÉGEANCE BRITANNIQUE La fonction de lieutenant-gouver- neur est abolie.Toute référence à la monarchie britannique dans les lois du Québec est supprimée.Article 79 « La quasi-totalité des constituants \u2014 39 sur 41 \u2014 a voté dans ce sens.Deux se sont abstenus.En extrapolant, on peut donc conclure qu\u2019au Québec, une majorité de personnes sont pour l\u2019abolition de la monarchie. » LA QUESTION NATIONALE Le Québec ne concède aucune compétence autre que celles négociées d\u2019égal à égal dans un véritable contexte confédératif, où l\u2019existence juridique du Québec ne dépend que de lui-même, sans soumission à un quelconque ordre juridique qui ne relève pas de lui.Article 62 « Il me semble que cet article n\u2019a pas besoin d\u2019être commenté et parle très bien par lui-même. » LA QUESTION AUTOCHTONE En tant qu\u2019État plurinational, le Québec adhère pleinement et entièrement à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et reconnaît le droit à l\u2019autodétermination des peuples et nations autochtones.Article 59 « Les constituants ont particulièrement eu à cœur la question de la collaboration entre la nation québécoise et les Premiers Peuples, de même que celle de la reconnaissance de leurs droits.Ainsi, la Constitution citoyenne du Québec affirme que les peuples autochtones ont l\u2019entière liberté de décider de la place qu\u2019ils veulent occuper dans nos institutions \u2014 ou de créer leurs propres institutions.Citons comme exemple la communauté innue de Mashteuiatsh, qui est en train de créer sa propre Constitution ! » CONCLUSION.ET SUITE.Les 80 articles de la Constitution ont été rédigés en fonction des valeurs québécoises fondamentales, relevées lors des différentes consultations publiques qui ont pris place pendant ce processus citoyen : le pacifisme, le respect, l\u2019ouverture à l\u2019autre, la conscience environnementale,le souci de l\u2019équité intergénérationnelle.Pour Christian Lapointe, c\u2019est une belle liste à transmettre aux générations futures, et c\u2019est précisément le rôle que joue une constitution dans une nation.La suite logique ?« Inviter les citoyens à participer à cette vaste entreprise de définition collective.Le débat est lancé ! » Pour lire la version intégrale de la Constitution citoyenne du Québec : theatredaujourdhui.qc.ca CONTENU PARTENAIRE Bis est une section qui regroupe des contenus produits pour des annonceurs.La rédaction du Devoir n\u2019a pas été impliquée dans la production de ces contenus.Constituons?! est présentée du 12 au 30 novembre au Centre du Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui (Montréal), du 4 au 15 décembre au Théâtre Périscope (Québec), ainsi que dans plusieurs villes du Québec.Pour tout savoir sur le projet?: Theatredaujourdhui.qc.ca « Le Centre du Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui est entièrement dédié à la dramaturgie d\u2019ici.Depuis plus de 50 ans, il supporte la création, la production et la diffusion d\u2019œuvres québécoises et canadiennes d\u2019expression française.Il défend un théâtre d\u2019auteur ainsi qu\u2019une réflexion moderne et sans compromis sur les enjeux contemporains. Y adhérer, c\u2019est laisser sa trace dans l\u2019histoire ; la nôtre, celle qui s\u2019écrit au présent.» ALEXIS CHARTRAND (CLUB VIDÉO) LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Musique 16 dur composé de Daphné Brissette et de Guillaume Chiasson, deux amis de longue date, maintenant presque voisins, mais dont les affiliations musicales peuvent sembler incompatibles.« J\u2019imagine que les gens vont se dire : \u201cHein, Daphné et Guillaume qui jouent ensemble ?\u201d », dit en riant le grand guitariste frisé.C\u2019est un peu vrai, même pour ceux qui suivent de près la scène alternative d\u2019ici.Lui a fait sa marque avec des sons assez bruts, distordus et baignés d\u2019effets divers.Elle est plutôt associée à un folk-bluegrass qui fait craquer les planches de bois.« Chaque fois qu\u2019on se voyait, on se disait qu\u2019un jour on ferait de la Le plaisir simple et grisant de Bon Enfant Daphné Brissette et Guillaume Chiasson mènent ce nouveau groupe au son pop et teinté de multiples références seventies ENTREVUE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR e groupe Bon Enfant, étonnante mais magnifique fusion des univers de la chanteuse de Canailles et d\u2019un des rockeurs de Ponctuation, a mis au monde vendredi un premier disque.Le résultat assez pop et rempli de références seventies sonne comme une tonne de brique et gonfle le cœur de l\u2019auditeur d\u2019un plaisir simple mais grisant.Au centre de ce nouveau projet livré à cinq musiciens, il y a le noyau L Les guitares bluesées, voire funk, prennent une belle place, mais les claviers volent la vedette, et créent un écrin idéal pour que la voix de Brissette s\u2019éclate présente S A L L E B O U R G I E SALLE BO U R G I E .C A Skye Consort & Emma Björling Mercredi 6 novembre \u2022 19 h 30 Au violon, nyckelharpa ou cistre, des sonorités scandinaves, celtiques et québécoises entourent une voix lumineuse.19 20 Présenté par Beethoven, un virtuose à Vienne Samedi 9 novembre \u2022 20 h Dimanche 10 novembre \u2022 14 h 30 Huit instruments et un ténor explorent la vie et l\u2019oeuvre de Beethoven dans un concert documentaire mêlant musique, images et extraits de correspondance.Une création de MEMO Histoires de musique vision string quartet Mercredi 13 novembre \u2022 19 h 30 Un audacieux quatuor qui fait souffler un vent de fraîcheur sur un répertoire classique parfaitement maîtrisé.HAYDN, SCHUMANN et Grazyna BACEWICZ . LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Le groupe Bon Enfant est composé de Daphné Brissette (au centre), Mélissa Fortin, Étienne Côté (2e à gauche), Guillaume Chiasson (à gauche) et Alex Burger (à droite).VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Bon Enfant Bon Enfant, Ambiances ambiguës.Déjà en magasin.musique ensemble, explique Guillaume.Et quand j\u2019ai quitté Québec pour déménager à Montréal, il y a trois ans, c\u2019est devenu possible pour vrai.» L\u2019amitié est donc au centre de la création de Bon Enfant, mais Daphné précise que, malgré les apparences, les deux partageaient de nombreuses références musicales.« Quand on a parti ça, on se disait que ça serait le fun de faire un western spaghetti, Nancy Sinatra-Lee Hazelwood-ish, québécois », raconte la chanteuse dont la voix peut évoquer celle de Janis Joplin.« Mais, finalement, les tounes qu\u2019on écrivait, c\u2019était pas tant ça, dit Guillaume en rigolant.Et même qu\u2019à un certain point, ça nous tentait plus de faire ça.C\u2019est devenu quelque chose de plus pop, et ça nous faisait du bien à tous les deux de créer ça.» Bon Enfant est effectivement un disque pop, mais pas dans le sens commercial du terme.Les titres se basent sur des refrains forts, des structures simples, et des références très québécoises dans le chant, mais souvent ancrées à la fois dans une réalité actuelle et enracinées dans un sol américain plutôt seventies.Les guitares bluesées, voire funk, prennent une belle place, mais les claviers volent la vedette, et créent un écrin idéal pour que la voix de Bris- sette s\u2019éclate.On entend du Queen (Aujourd\u2019hui), du CCR (Liste noire), voire le son un peu inquiétant de Malajube sur Faux pas.Cette dernière flirte même, dans ses premières notes, avec le jingle du Barbies Resto Bar Grill \u2014 mais ça, c\u2019est peut-être vraiment juste nous, chacun porte ses démons.Guillaume s\u2019étonne encore de la place que prennent les claviers sur Bon Enfant, notamment parce que sa collègue n\u2019a jamais été chaude à leur présence.Elle fait un peu la moue.« Après, c\u2019est une question de nuance et d\u2019arrangements.Dans la musique que j\u2019écoute, il y en a tout le temps, mais j\u2019haïs ça quelqu\u2019un qui se pogne un synthé et qui tripe avec son nouveau jouet.Mais où est la musique ?C\u2019était tout le temps cette question-là qui revenait au final.» Le guitariste se souvient d\u2019avoir fait écouter les premières chansons à Jonathan Robert, du groupe Corridor.« Il m\u2019a dit : \u201cCriss, ça fait penser à Corbeau et Fleetwood Mac ensemble.\u201d Il avait tout compris.» Donc, selon la comparaison, Daphné serait un genre de Marjo moderne ?Dans le rapport aux mots et au chant, oui.« Ces chansons-là, pour moi, c\u2019est un beau terrain de jeu.J\u2019ai quand même une grosse voix qui porte, alors je suis allée écouter du Diane Dufresne, du Marjo.Arriver avec une toute nouvelle manière de chanter, un nouveau son, c\u2019est toujours délicat.Moi, je suis très queb assumée, alors il fallait trouver une façon de faire qui soit cohérente et pas quétaine.» Métier Bon Enfant est complété par Mélissa Fortin et Étienne Côté (aussi dans Canailles) ainsi que par Alex Burger, qui s\u2019est démarqué aux dernières Francouvertes.Les chansons, signées par les deux meneurs du groupe, sont pour la plupart assez joyeuses, mais les textes restent empreints de doutes, de questionnements, par la peur aussi de rester immobile.« C\u2019est mon angoisse personnelle de tous les jours, de trentenaire ! avoue en riant Daphné.Ça parle de moi qui est une artiste, qui fait ça de sa vie, même si souvent c\u2019est bizarre et que c\u2019est pas toujours stable.[\u2026] Musicien, c\u2019est pas la pire des jobs, mais c\u2019est celle qui me fait le plus de mal à quelque part.Et c\u2019est celle que j\u2019aime le plus.C\u2019est très confrontant.» Bon Enfant devient donc le projet principal des deux musiciens et de leurs trois collègues.D\u2019autant que, pour Canailles, « je te dirais que le char est dans le garage ! » explique Daphné.C\u2019est un peu la même chose pour Ponctuation, dit Guillaume, qui joue aussi avec Jesuslesfilles et The Blaze Velluto Collection.« Moi, j\u2019aime garder mes attentes très basses ; c\u2019est de la musique au Québec, dit Daphné.Mais, c\u2019est sûr que j\u2019ai envie de faire des spectacles.Je suis tellement motivée par les tounes, le projet et le band, que je vais aller chercher le monde un par un s\u2019il le faut ! » Alors, si ça fait « Ding dong » à la porte, c\u2019est peut-être Bon Enfant.Ouvrez donc.Culture Billetterie ?514 845-7277 QUATSOUS.COM Une production du Théâtre de Quat\u2019Sous Avec Reda Guerinik, Laetitia Isambert, Simon Landry-Désy, Nathalie Mallette, Etienne Pilon Texte ÉTIENNE LEPAGE Mise en scène CLAUDE POISSANT 22 OCTOBRE 16 NOVEMBRE 2019 Le ravissement «Claude Poissant dirige les acteurs avec doigté et justesse.» LA PRESSE «Lepage signe un texte à la vision claire et implacable.» MONTHEATRE.QC.CA «La mise en scène très nette et contemporaine [.] contraste joliment avec le texte brut et noir.» VOIR.CA LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Classique 18 ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR L\u2019opéra Lucia di Lammermoor de Donizetti prend l\u2019affiche à l\u2019Opéra de Montréal à compter de samedi prochain.Cette programmation nous vaut le retour bienvenu, dans le rôle d\u2019Edgardo, du ténor Frédéric Antoun, devenu rare dans son Québec natal.« La passion, la fougue, la simplicité\u2026 La viande ! » s\u2019exclame Frédéric Antoun lorsqu\u2019on lui demande ce qu\u2019il apprécie particulièrement dans le rôle d\u2019Edgardo.« J\u2019adore l\u2019opéra italien et j\u2019ai toujours été frustré de ne pas en chanter davantage.On peut trouver cela parfois un peu kitsch, mais toutes ces possibilités de couleurs et de legato sont très gratifiantes », se réjouit le ténor interrogé par Le Devoir.Dans Lucia di Lammermoor, tous les yeux des spectateurs d\u2019habitude sont tournés vers la soprano, un rôle associé pour l\u2019éternité dans l\u2019inconscient collectif à Maria Callas.Lucia sombre dans la folie car son frère, un méchant baryton du nom d\u2019Enrico, veut la marier au riche Arturo, ce qui permettrait à la lignée des Ashton de restaurer leur fortune, alors que l\u2019objet de sa flamme est un flamboyant ténor nommé Edgardo Ra- venswood, issu d\u2019une famille d\u2019ennemis jurés des Ashton.Les rôles de ténor de l\u2019opéra italien ont tout pour sourire à Frédéric Antoun et l\u2019un d\u2019eux montre à quel point la carrière internationale du ténor québécois est florissante.« Le rôle d\u2019Alfredo dans La Traviata m\u2019ouvre de nombreuses portes.Et pourtant, je ne l\u2019ai même pas encore chanté ! La première fois, ce sera en mars prochain au Covent Garden de Londres », nous annonce Frédéric Antoun.Et voici la liste des opéras qui ont déjà signé pour avoir Frédéric An- toun : Paris, Vienne et Munich ! Une autre prise de rôle verdienne aura lieu cette saison, à l\u2019opéra de Paris : Le Duc de Mantoue dans Rigoletto.Excusez du peu ! « Jusqu\u2019ici, j\u2019avais surtout chanté Cassio dans Otello.C\u2019est loin d\u2019être un rôle phare ; c\u2019est plutôt un rôle lampion », s\u2019amuse le facétieux ténor.Le rôle avec lequel Frédéric An- toun, qui a aussi abordé Tamino dans la Flûte enchantée, est le plus associé est Ferrando dans Così fan tutte de Mozart.Sa prestation dans la mise en scène d\u2019Anne Teresa De Keersmae- ker à l\u2019Opéra de Paris a été diffusée dans les salles de cinéma à travers le monde et immortalisée en DVD.« Je vais le chanter une dernière fois la saison prochaine à San Francisco.Mais je l\u2019ai trop fait, je n\u2019aime pas le personnage, je m\u2019y sens à l\u2019étroit et, de manière générale, j\u2019ai un peu de mal avec les caractères de Mozart qui ne sont pas des rois : je les trouve un peu geignards.Mais Ferrando a aidé à me faire connaître.» Avoir le temps de chanter Après son éducation et son développement au Québec, au sein de la cohorte d\u2019artistes lyriques qui a vu émerger Étienne Dupuis, Phillip Addis ou Julie Boulianne, autres vedettes des scènes internationales, la carrière de Frédéric Antoun s\u2019est déployée en Europe.« J\u2019ai eu beaucoup de chance.J\u2019ai eu un agent, François Rousseau, qui a bien travaillé pour moi.Je me suis forgé une réputation de ténor mozar- tien fiable.Ensuite, on m\u2019a engagé pour des rôles de demi-caractère dans des opéras français, car en France, on aime la manière qu\u2019ont les Québécois de prononcer le français chanté.Par ailleurs, nous coûtons moins cher en cotisations sociales aux théâtres français que les chanteurs français ! » Frédric Antoun ne manque pas de souligner également les avantages liés à sa voix : « En tant que ténors, la concurrence est moindre, sur dix chanteurs, nous sommes deux contre sept barytons.» Frédéric Antoun est très content de l\u2019accueil des maisons d\u2019opéra devant sa nouvelle orientation.« Alfredo est pourtant un rôle facile à distribuer, mais Paris, Londres, Vienne et Munich me font confiance parce que j\u2019imagine qu\u2019ils l\u2019entendent dans ma voix.» Cette voix lumineuse et très flexible serait facile à surexposer, mais Frédéric Antoun est très raisonné dans le choix de ses rôles.« J\u2019ai chanté Berlioz, j\u2019ai chanté Manon de Massenet à l\u2019Opéra-comique.» Il s\u2019agit là, cette saison, de son rôle le plus touffu orchestralement.« J\u2019ai refusé le Faust de Gounod, la Damnation de Faust de Berlioz.J\u2019évite en fait tous les rôles où je dois chanter dans le médium face à un orchestre très fort, avec des cuivres.Je choisis des rôles dans lesquels l\u2019accompagnement est très transparent.J\u2019ai toujours fait attention à bien sélectionner les rôles dans l\u2019évolution de mon répertoire en fonction de l\u2019orchestration.Oui, on m\u2019a proposé Don José dans Carmen.Ce sont des choses que je n\u2019accepte pas, car l\u2019orchestre est trop dense.Par contre, je peux accepter Rigoletto, Traviata, Lucia et, à partir de là, voir comment ma voix évolue.» Tricoter la voix C\u2019est Frédric Antoun lui-même qui possède cette conscience et cette lucidité dans le choix des répertoires.« C\u2019est moi qui décide et je fais attention.Un accompagnement léger permet au chant de s\u2019épanouir.Par ailleurs, on a le temps de chanter et c\u2019est pour cela que je veux interpréter ce répertoire.Dans Mozart, quelque chose me manquait.À force de tricoter la voix, je me sentais à l\u2019étroit.Il n\u2019y a aucun aigu dans Mozart alors que j\u2019ai de la facilité dans l\u2019aigu.Je peux faire des crescendos, des diminuendos.» Dans son hygiène vocale, Frédéric Antoun se ménage des périodes de repos en arrêtant, en ne chantant pas, tout simplement.« Il m\u2019arrive même de ne pas parler pendant une journée.Il faut ménager les périodes Frédéric Antoun, mozartien malgré lui Le ténor québécois fait partie de ces perles du chant trop peu connues dans leur pays Les rôles de ténor de l\u2019opéra italien ont tout pour sourire à Frédéric Antoun et l\u2019un d\u2019eux montre à quel point la carrière internationale du ténor québécois est florissante.« Le rôle d\u2019Alfredo dans La Traviata m\u2019ouvre de nombreuses portes.» MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Lucia di Lammermoor Opéra de Gaetano Donizetti.Avec Kathleen Kim (Lucia), Frédéric Antoun (Edgardo), Gregory Dahl (Enrico), Oleg Tsibulko (Raimondo), Mario Bahg (Arturo), Rocco Rupolo (Normanno), Florence Bourget (Alice).Chœur de l\u2019Opéra de Montréal, Orchestre Métropolitain, Fabrizio Ventura.Mise en scène : Michael Cavanagh.Salle Wilfrid-Pelletier, les 9, 12 et 14 novembre à 19 h 30 et le 17 novembre à 14 h.En concert cette semaine Studio de musique ancienne.Pour fêter son 45e anniversaire, le SMAM programme, avec « Nos chers Italiens », des motets de Giovanni Gabrieli et de Claudio Monteverdi qui ont accompagné l\u2019histoire de l\u2019ensemble.Ils encadreront l\u2019oratorio Jephté, l\u2019histoire sacrée la plus célèbre de Gia- como Carissimi.Marie Magistry, Nils Brown et Normand Richard seront les solistes.À l\u2019église Saint-Léon de Westmount, dimanche 3 novembre à 15 h.La clémence de Titus.Opéra McGill s\u2019associe à l\u2019ensemble Pronto Musica pour présenter vendredi, samedi et dimanche La clémence de Titus, la dernière œuvre scénique de Mozart, sous la direction du chef Stephen Hargreaves et dans une mise en scène de Michael Hidetoshi Mori.De quoi se faire une belle fin de semaine d\u2019opéra, agrémentée, pourquoi pas, de Madame Butterfly en direct du Met au cinéma, samedi après-midi ! À la salle Pollack, vendredi 8 et samedi 9 novembre à 19 h 30.Dimanche 10 novembre à 14 h.de repos, éviter les abus et l\u2019alcool », nous confie-t-il.Cette année, l\u2019autorégulation a entraîné l\u2019annulation de sa participation à un Roméo et Juliette à Cincinnati : « Cela faisait huit mois que j\u2019étais sur la route.Mon corps et mon esprit étaient fatigués de faire attention, fatigués de toutes les restrictions.J\u2019étais épuisé.J\u2019ai arrêté pendant deux mois.» La mélodie française serait-elle une solution de repli pour se reposer ou serait-elle contre-productive ?« Cette année, je veux m\u2019ouvrir la voix, laisser la voix s\u2019épanouir en chantant des rôles d\u2019expression romantique et des lignes plus calmes que Mozart.La mélodie viendrait à l\u2019encontre de ce développement.» Car les aigus ne sont pas un « une corvée ou un obstacle à surmonter » pour Frédéric Antoun.L\u2019aigu ?« C\u2019est libérateur ! » À Montréal, Frédéric Antoun sera l\u2019objet de la flamme de la Coréenne Kathleen Kim, une soprano colorature très en vogue au Metropolitan Opera, tandis que Gregory Dahl interprétera Enrico.Pour la première fois sur scène à Montréal, Mario Bahg, vainqueur du Concours musical international de Montréal 2018, sera Arturo.Eva & Franco Mattes Fondation Phi pour l\u2019art contemporain 08.11.19 \u201415.03.20 Entrée libre Phil Collins 451 et 465, rue Saint-Jean Vieux-Montréal (angle Notre-Dame) 514 849 3742 fondation-phi.org Eva & Franco Mattes, BEFNOED, 2016.Vidéo, écran, support mural sur mesure, câbles variés.Dimensions variables.Vue d\u2019installation, Carroll/Fletcher, Londres, Angleterre.Phil Collins, Bring Down The Walls, 2018.Avec l\u2019aimable permission de Shady Lane Productions, Berlin.Métro Square-Victoria\u2014OACI 29.10.2019 \u2013 19.01.2020 Billets : centre-phi.com L\u2019art contemporain à la rencontre de la réalité virtuelle au Centre Phi Pensée et organisée par LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Disque 20 Révélée au sein du duo Éli et Papillon, l\u2019auteure, compositrice et interprète montréalaise Eli Rose lance le premier album de la jeune structure Maison Barclay Canada, affiliée à Universal et à son bureau parisien.Elle pourrait bien parvenir à toucher les coeurs des deux côtés de l\u2019Atlantique : sa chanson pop électronique aux textes simples et efficaces est dans l\u2019air du temps, bichonnée en studio par des réalisateurs québécois de calibre (dont Banx & Ranx, Ruff- sound et Realmind).On la comparera à Angèle, son genre de production et ses mélodies accrocheuses, mais avec sa personnalité bien à elle, plus effacée et moins théâtrale, une manière de chanter en délicatesse et sans envolées vocales, cette pointe de mélancolie dans les mots comme dans la voix résultant en une pop toute en retenue, même dans ses airs plus accrocheurs, la lente mais bondissante Origami (avec FouKi), la solide Carrousel (un rythme house pourvu d\u2019un motif de syn- thé façon Stromae) ou l\u2019emphatique Demi-tour.Philippe Renaud Eli Rose 1/2 Eli Rose, Maison Barclay Canada POP Le pianiste français Lucas Debargue, qui suscita une véritable fascination au Concours Tchaïkovski en 2015, reviendra à Montréal le 19 janvier 2020.Il consacrera (quelle bonne idée !) une substantielle partie de son concert à Scarlatti, dont il vient d\u2019enregistrer un massif de 52 sonates, une immersion à l\u2019image de la démarche, jadis, de Christian Zacharias, qui, à l\u2019écoute, se révèle comme son glorieux devancier.Lorsque Lucas De- bargue avait donné son premier concert à Montréal, Le Devoir avait écrit : « L\u2019art de Lucas Debargue est une vraie philosophie sonore avant d\u2019être un art pianistique.» Nous notions aussi que le pianiste visait un continuum, ce qui expliquait que du concert il détestât « l\u2019horrible entracte avec petits fours et coupes de champagne ».Ce coffret est donc à prendre comme un cube de Rubik musical qui propose, au goût de l\u2019auditeur, sur de longues ou plus courtes périodes, une multiplicité d\u2019immersions sonores dans les mondes de Scarlatti, avec une imagination tactile et musicale qui tient peu à peu de l\u2019hypnose.Christophe Huss Domenico Scarlatti 1/2 52 sonates, Sony 4 CD 19075944462 CLASSIQUE Oh, super.Un groupe composé de quatre jeunes hommes qui jouent de la guitare et portent la tuque.Original.Enfin, c\u2019est vieux comme la pop, mais depuis le succès de Corridor, il y a comme un moule.Oui oui, sauver le rock d\u2019ici, quelle belle idée, encore faut-il un peu innover.Attention : le premier disque de Debate Club n\u2019est pas un échec total.Ses mélodies lo- figarage-slackerrock efficaces nous téléportent assez vite à la plage ou au skatepark.Le groupe s\u2019inspire de piliers du genre, comme les Black Lips (Rabbit Hole), les Dead Ghosts ou les Growlers (Water Bodies).Un peu comme une version plus nette et moins drôle des Marinellis (que sont-ils devenus, hein ?) Après quelques sautillements de quasi- pogo sur le premier simple, Feeling Good, on se rassoit toutefois gentiment.Phosphorescent aurait pu être un album intéressant si son accouchement n\u2019avait pas fait l\u2019objet d\u2019un si perceptible désir d\u2019être compris, de s\u2019inscrire dans un courant.Sophie Chartier Phosphorescent Debate Club, Michel Records STONER ROCK Le film documentaire Western Stars, le premier réalisé par Bruce Springsteen (avec l\u2019aide de Thom Zimny), se veut le prolongement du spectacle solo Springsteen on Broadway, qui était le condensé de l\u2019autobiographie Born to Run.Trois façons pour notre héros de se révéler, jusqu\u2019au fin fond de la dépression.Si le film rate la cible (banale alternance entre performances et mises en contexte des chansons de l\u2019album Western Stars), la bande sonore est extraordinaire.Cent fois plus prenantes qu\u2019en studio, les versions enregistrées avec un orchestre de trente musiciens dans la grange à foin du ranch de rêve de Bruce bénéficient de l\u2019espace très haut de plafond et de la cohésion du jeu d\u2019ensemble.Les relectures sont à la fois larges comme le désert tout autour, et plus intérieures, à la façon des chansons qu\u2019interprétait Glen Campbell (la reprise de son Rhinestone Cowboy, en finale, le souligne à grands traits).La perfection en mieux ?Oui, ça se peut.Sylvain Cormier Western Stars, Songs from the Film Bruce Springsteen Columbia / Sony BANDE SONORE Vivre des rencontres.Animer Le ruban de la cassette, un balado d\u2019Ici Radio-Canada, y relayer les histoires de ces gens croisés en chemin.En décanter neuf chansons.Les rassembler en un album, les adapter en un spectacle.Ce n\u2019est jamais que le processus de création de la plupart des artisans de chansons, à cela près qu\u2019on obtient le processus ET la création.Deux possibilités s\u2019offrent : suivre la démarche pas à pas ou, tout simplement, écouter l\u2019album.Sans se demander d\u2019où les chansons proviennent.Constat : elles sont pertinentes en soi.Chacune raconte Anique Granger, quelle qu\u2019en soit l\u2019origine.Même Et des lunes et des livres, où la protagoniste a « soixante ans et des poussières ».Même la très belle et très dure chanson de renoncement qui s\u2019intitule My Name Is Brian Wilson.Le folk délicat, la réalisation, les arrangements, l\u2019apport d\u2019Olaf Gundel, tout lie les fils des récits.Le tissu humain est ainsi fait.Remarquable démonstration.Sylvain Cormier Le ruban de la cassette 1/2 Anique Granger, Quartier général CHANSON FOLK Beau à pleurer ! Après la version du génial pianiste anglais Terence Judd, qui se jeta d\u2019une falaise à l\u2019âge de 22 ans en 1979, nous ne pensions plus avoir pareille émotion dans Oiseaux tristes de Maurice Ravel.Et voilà celle dont, en 2011, à l\u2019âge de 18 ans, avant même qu\u2019elle ne remporte le Concours musical international de Montréal, nous écrivions : « Une personnalité, il y en a une, depuis les premiers accords de son quart de finale : Beatrice Rana, sorte de déclinaison humaine et pianistique de l\u2019Etna et du Vésuve réunis.» Moins de dix ans plus tard, Beatrice Rana est une incontournable reine du clavier et après des Variations Goldberg éminentes, elle nous livre des Miroirs de Ravel de référence, dont les univers sonores dans Alborada del gracioso rappellent ce qu\u2019en faisait le géant Sergiu Celibi- dache à l\u2019orchestre.La pianiste ose le délire virtuose de la transcription Agosti de L\u2019oiseau de feu de Stravinski avant un Petrouchka tout en résonances, opposé à celui, récent, de Matsuev en concert.La Valse de Ravel clôt un CD magique.Christophe Huss Ravel- Stravinski Beatrice Rana (piano), Warner, 9029541109 CLASSIQUE Bienvenue dans la tête de Papalious Stokely.Ce personnage désabusé \u2014 un hétéronyme cousu et enfilé il y a longtemps par L.A.Salami lui-même pour se cacher derrière sa fiction \u2014 est en effet au cœur de Walkabout, un microalbum sous la forme d\u2019une dissertation en sept parties du subconscient sur la vie, la mort, le temps et la déchéance.Dans une grande ville sans nom de ce monde où la joie est une vraie rareté, Papalious erre, attentif au particulier comme à l\u2019universel.« I am now completely bored out of my mind with worry and concern », écrit-il dans son journal, cynique, après son premier\u2026 et dernier usage de Tinder.Comme d\u2019habitude, L.A.Salami frappe fort et bien : ces courtes séquences en spoken word sur une trame expérimentale aux motifs répétés (jazz, blues, rap) forment une poésie noire extrêmement dense, éloquente et perspicace.Divertissante, même.Arriver à traduire ainsi l\u2019absurde et l\u2019amertume de notre époque en un rire jaune, alors qu\u2019on pourrait très bien pleurer, témoigne d\u2019un talent certainement unique.Geneviève Tremblay Walkabout 1/2 L.A.Salami, Sunday Best EXPÉRIMENTAL Presque six mois après I AM, Kim Churchill dévoile le deuxième de ses quatre microalbums moulés sur son exploration du monde.Forgetting, légèrement plus court, écrit et enregistré dans les forêts denses de l\u2019île de Vancouver, est peut-être le plus hybride des albums du musicien australien \u2014 qui n\u2019en est pas à ses débuts, aussi jeune soit-il encore.Ses séquences cinglantes et ses airs pop font un pas de côté pour accueillir un folk dépouillé et mélodieux souvent percussif, un héritage de ses premiers temps.Comme si la grandeur de l\u2019Ouest canadien avait forcé Kim Churchill à une réflexion qui ne concernerait pas seulement sa place dans l\u2019univers, mais la fatalité de ses rapports aux autres, à la douleur, à la possibilité d\u2019amour.Pour une rare fois, sa voix puissante est au premier plan \u2014 surtout sur See You Soon, une remarquable reprise de Coldplay.Plus qu\u2019une confirmation de sa progression mélodique, Forgetting révèle que la voix de Kim Churchill est le meilleur porte-parole de sa liberté.Geneviève Tremblay Forgetting Kim Churchill, Rufus Nomad ALTERNATIF LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Danse 21 L\u2019encre noire est une pièce qui s\u2019inspire fortement des récits et du paysage du pays de James Joyce.VALÉRIE BOULET ENTREVUE SYLVIE ST-JACQUES En entretien avec le collectif La Tresse, on saisit très vite l\u2019harmonie qui lie ses trois créatrices.L\u2019une est d\u2019Ottawa (Laura Toma), la seconde vient de Calgary (Erin O\u2019Loughlin) et la troisième est basée à Montréal (Geneviève Boulet.) Mais c\u2019est à Tel- Aviv, plus précisément sur le plancher de danse d\u2019Ohad Naharin (fondateur de la méthode Gaga / People), que les trois complices sont entrées en symbiose, en 2012.Depuis, ce collectif atypique basé à Montréal développe une recherche créative d\u2019investissement de l\u2019espace dans l\u2019esprit du Gaga, une forme de pratique corporelle qui explore la sensation et un état de disponibilité au cœur du mouvement.Toutes habitées d\u2019origines multiples (Laura a des parents roumains, Erin une double nationalité irlandaise et canadienne, et Geneviève est Québécoise), les trois comparses se présentent comme trois sœurs cosmiques qui complètent mutuellement leurs phrases.La Tresse s\u2019est par ailleurs imprégnée de l\u2019esprit irlandais à l\u2019occasion d\u2019une résidence sur ce territoire.L\u2019Irlande a joué un rôle clé dans le processus de création de L\u2019encre noire, pièce qui s\u2019inspire fortement des récits et du paysage du pays de James Joyce, confirme Erin O\u2019Loughlin.« Je me suis laissée inspirer par les histoires et les contes irlandais.Ensuite, nous avons visité des membres de ma famille, pris des photos dans la région où mon père est né, nous avons marché sur les plages, les rochers\u2026 Tout cela a influencé notre travail de création.» À travers le voyage chorégraphique hors du temps de L\u2019encre noire, le souvenir des paysages de la verte Irlande se manifestera non pas avec des projections vidéo, mais plutôt par le biais de l\u2019abstraction propre à la conception chorégraphique.« Notre quête artistique s\u2019est manifestée par un voyage dans le temps, dans le passé, pour retourner à la source, là d\u2019où on vient.De sorte que, sur scène, on retrouve le sentiment du vent dans nos cheveux, des horizons vastes, de la brume, du côté rocailleux, dangereux et sauvage des paysages », poursuit Mme O\u2019Loughlin, qui évoque aussi l\u2019influence des contes et de la mythologie dans ce processus créatif où le lien avec la nature a été une composante importante.Le Gaga et la scène Soyons clairs : L\u2019encre noire n\u2019est pas une pièce qui porte le sceau de la méthode Gaga, bien que cette approche non hiérarchique teinte fortement la méthode de travail de La Tresse.Laura Toma est la première professeure certifiée au Canada de la technique Gaga / People, qui a été conçue comme une méthode d\u2019entraînement adaptée aux danseurs souffrant de blessures ou aux prises avec des limitations physiques, méthode qui se base sur une écoute complète du corps.« Le Gaga, c\u2019est le langage physique commun qui nous unit », de souligner Laura Toma, qui parle de cette technique comme d\u2019un vocabulaire qui offre au collectif les clés pour lui amener de la précision et pour travailler la matière.La physicalité et l\u2019intégration des textures dans le mouvement constituent le premier moteur de recherche de La Tresse, qui explore sans cesse les possibilités du rythme et de la répétition.Pour les membres, la question est d\u2019explorer comment le travail latéral bonifie l\u2019expérience individuelle, sans l\u2019amoindrir.« Le Gaga nous permet de dresser un miroir entre le paysage intérieur de notre corps et le paysage extérieur de l\u2019Irlande », avance-t-elle.Poursuivant sur cette lancée, Geneviève Boulet enchaîne en évoquant le respect et le soutien mutuels qui dominent au sein du collectif et qui contribuent à faire s\u2019épanouir l\u2019univers unique de La Tresse.« On sent vraiment que nous avons quelque chose de spécial à honorer et à protéger.Nous sommes toutes des interprètes avec des expériences propres : chacune ajoute sa saveur, son interprétation.» La Tresse chérit cette connexion qui traverse leur travail collectif et se sert de cette complicité symbiotique comme vecteur.« On est complémentaires, même si on a toutes des forces différentes.Et on démontre que travailler ensemble, c\u2019est possible ! » conclut Erin O\u2019Loughlin.De mèche avec La Tresse L\u2019encre noire se veut un miroir entre le paysage intérieur des corps et le paysage extérieur de l\u2019Irlande L\u2019encre noire Du collectif La Tresse.À l\u2019Agora de la danse, Édifice Wilder \u2014 Espace danse, les 13, 14, 15 novembre à 19 h et le 16 novembre à 16 h. LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 C ultur e Art s visuels 22 ENTREVUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR epuis vingt ans et même plus \u2014 depuis l\u2019exposition de « jeunes » De fougue et de passion (Musée d\u2019art contemporain de Montréal, 1997) \u2014, Emmanuelle Léonard prend sa place parmi les incontournables.À coups d\u2019images énigmatiques et de témoignages révélateurs.« Je suis chanceuse, j\u2019ai toujours pu faire des projets.Après, j\u2019ai eu des passages difficiles, comme tout le monde », reconnaît cette ex-membre du frondeur centre Clark qui a exposé dans les biennales et triennales, lors de manifestations d\u2019art québécois à l\u2019étranger et, ici, partout où ça compte.Entre document et essai, sa pratique, d\u2019abord uniquement photographique, puis intégrant archives et vidéos, nous plonge dans des sphères inaccessibles.Au début de 2019, l\u2019exposition collective L\u2019attente, à la Galerie de l\u2019UQAM, incluait Le camion et la grâce, vidéo réalisée auprès de travailleuses sociales.Le même diffuseur boucle l\u2019année en réservant toutes ses salles au regard à la fois discret et intrusif d\u2019Emmanuelle Léonard.L\u2019expo Déploiement n\u2019est pas une rétrospective.Elle ne propose que de l\u2019inédit, œuvres réalisées dans le Grand Nord \u2014 à ?60 degrés Celsius par moments \u2014, et dans une région désertique de Colombie.Le principal corpus a été tiré du Nunavut, dans le cadre du programme d\u2019arts des Forces canadiennes.On y reviendra dans les semaines à venir.Née dans la chambre noire Photographe, Emmanuelle Léonard affirme l\u2019avoir toujours été.Du moins depuis la piqûre qu\u2019elle a eue adolescente en fréquentant le Service des activités culturelles de l\u2019Université de Montréal.C\u2019est dans les chambres noires d\u2019un discret pavillon du boulevard Édouard- Montpetit qu\u2019est née sa passion.« La photo, ça a été salvateur, confie-t-elle.J\u2019étais angoissée, plutôt bum.Quand je suis entrée dans la chambre noire, je n\u2019en suis plus sortie.» L\u2019avènement de la photographie numérique a fini par l\u2019extirper du labo.Mais à voir son atelier dans Villeray, tapissé des images de Déploiement, elle n\u2019a pas perdu la fibre.Derrière une toile, sa nouvelle chambre noire : une énorme imprimante.« J\u2019aime imprimer et, là, je peux prendre un café en même temps, dit-elle.À la lumière.Je me serais tannée d\u2019être en chambre noire, entourée d\u2019acides.» Cette fascination pour le faire, pour la fabrication d\u2019images, s\u2019est développée au fil des ans par une quête toujours en cours sur le pourquoi et le « par-qui » d\u2019une image.Emmanuelle Léonard estime que l\u2019image raconte, documente, révèle, quitte à se placer en deçà des théories voulant que la photographie ne soit que mise en scène.« J\u2019y crois, au documentaire.Oui, l\u2019image est construite, d\u2019accord, d\u2019accord, s\u2019exclame-t-elle.Reste que les archives policières sur lesquelles j\u2019ai travaillé [la série Homicide, détenu vs détenu, 2010] nous servent aussi, câline ! Elles racontent la vie en prison, l\u2019exiguïté, le savon à vaisselle\u2026 » L\u2019autorité, l\u2019institution, le pouvoir traversent la pratique de cette fille de politicien \u2014 l\u2019ex-ministre péquiste Jacques Léonard.Hier la figure du policier, aujourd\u2019hui celle du militaire.L\u2019Assemblée nationale, la justice, la science, l\u2019Église ont tour à tour été au cœur de ses questionnements.« Je Emmanuelle Léonard, l\u2019âme d\u2019une documentariste La photographe et vidéaste aime mettre le regard en veilleuse et écouter Emmanuelle Léonard dans son studio, avant l\u2019exposition à la Galerie de l\u2019UQAM VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR D viens d\u2019un milieu où le rapport aux institutions est tout sauf cynique.Elles sont importantes », raisonne-t-elle, sans vouloir détailler sa vie familiale.Ce n\u2019est pas la critique qui pousse Emmanuelle Léonard à scruter l\u2019intérieur de mondes hiérarchisés, mais la curiosité.Elle a soif de voir ce qui demeure à l\u2019abri des regards.Elle s\u2019est certes souvent cognée sur des murs, à force de chercher à atteindre l\u2019inaccessible.Elle a fait appel à mille astuces pour, par exemple, s\u2019introduire dans le monde du travail et aboutir, ainsi, à Dans l\u2019œil du travailleur (2001), une série de photos prises par des ouvriers et autres professionnels.Les stratagèmes ont varié d\u2019un cas à l\u2019autre et permis notamment à l\u2019artiste de pointer la surveillance dans nos sociétés, y compris dans l\u2019espace public.Emmanuelle Léonard a déambulé à Mexico, caméra sous un chapeau \u2014 Guardia, resguárdeme, 2005.Elle a aussi profité d\u2019une manif pour déceler l\u2019humain derrière le policier en fonction \u2014 Les citoyens, manifestation, 15 mars 2009.« Même quand tu as un rôle dans une hiérarchie, la vie te fait dévier.Comme ce gars qui drague une fille, un agent de sécurité qui fait autre chose que surveiller.Il y a toujours un peu de sable, tout n\u2019est pas lisse », résume-t-el- le, en pensant à ses images de Mexico.Le sable dans l\u2019engrenage, c\u2019est un peu ce que cherche Emmanuelle Léonard.Ou le rouage dans la machine, métaphore que lui a soufflée une soldate.L\u2019artiste a interviewé devant la caméra des militaires de Valcartier, ce qui a donné une vidéo réalisée au retour de son séjour en Arctique.Son approche de documentariste est celle, dit-elle, de Raymond Depardon, maître dans le genre : « Ce que j\u2019aime, c\u2019est de mettre le regard en veilleuse.Le cadre est fixé et on laisse les choses arriver.» « Mettre le regard de côté et écouter », c\u2019est ainsi qu\u2019elle a procédé pour suivre le déploiement de l\u2019armée canadienne à Resolute, au Nunavut.Le défi était de taille, non seulement à cause du froid intense, mais aussi à cause des difficultés techniques.Si les militaires peinent, eux, à faire démarrer leurs motoneiges, l\u2019artiste œuvre à l\u2019aveugle, lunettes embrumées, incapable de faire la mise au point.« Ils m\u2019ont parlé de la distance, de la beauté du ciel, du froid.Le territoire est grand, mais leur déplacement est minuscule.[L\u2019œuvre] remet en question ce travail, mais aussi la présence [humaine] en Arctique », signale l\u2019artiste.Le déploiement D\u2019Emmanuelle Léonard.À la Galerie de l\u2019UQAM, jusqu\u2019au 25 janvier.Je viens d\u2019un milieu où le rapport aux institutions est tout sauf cynique.Elles sont importantes.EMMANUELLE LÉONARD » LI RE Fiction Poésie sale de La Havane Entrevue Dans la vie comme à la lutte L E D E V O I R // L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 N O V E M B R E 2 0 1 9 ANNE-MARIE VOISARD LE DROIT DU PLUS FORT NOS DOMMAGES, LEUR INTÉRÊTS «?Un solide livre sur les défaillances du droit et de son utilisation par les plus riches pour faire plier la contestation [.] le livre est merveilleusement bien écrit et est d'une grande fluidité.?» \u2013 Xavier P.-Laberge, À Babord?! Lir e LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 certain de cette intuition, l\u2019auteur-re- porter a attendu.Pendant deux ans.Son roman, il l\u2019a étiré.« Je lui ai laissé le temps de respirer.Je voulais que les événements se posent.» Dans les pages de Cuba libre !, son protagoniste se pose, lui, dans les cafés, dans les bars, au coin des rues, carnet à la main, pour noter ce qu\u2019il voit, ce qu\u2019il perçoit.Les plus classiques couchers de soleil, la parade des vieilles décapotables aux couleurs bariolées.Puis les hordes d\u2019étrangers, de plus en plus américains, les liasses de billets qui s\u2019échangent, les transactions à ciel ouvert.Fruits, cigares, connexion Internet.Et ces gamins vêtus de t-shirt à l\u2019effigie d\u2019équipes de foot.Un graffiti clamant « Cuba si ! Yankee no ! ».Le Chan Chan de Buena Vista Social Club qui résonne pour les touristes.Chaque mention de « I come from Québec, Canada » qui déclenche un concert de « Oh ! J\u2019ai un cousin à Calgary ! Mon meilleur ami vit à Vancouver ! Et ma tante à Toronto ! » Tous ces éléments, Gabriel Anctil les a traduits principalement en poésie.En s\u2019inspirant du hip-hop.« Du rythme, du dynamisme et du flow de Kendrick Lamar.D\u2019Eminem.Des virtuoses.» Il l\u2019avoue : lui-même a été surpris par la forme qu\u2019a prise son récit.« Je voulais me réinventer.Créer des images précises avec quelques mots.Aller dans la simplicité.Mais ce qui paraît simple est souvent le plus complexe à réaliser.» Voyager seul, comme il le fait fréquemment, pour ce roman comme pour des reportages, comporte également son lot de difficultés.« Il y a la solitude, il y a les épreuves.C\u2019est un peu extrême.Surtout quand on se place dans des positions pour déclencher des choses.» Et pour les déclencher, ces choses, il faut sortir du circuit touristique.Comprendre : éviter Varadero.Découvrir le « vrai pays », comme il l\u2019appelle.Loin de ce cirque sous diverses formes qu\u2019il décrit.Touristique, alcoolique.Ce Cuba libre ! libre de toutes contraintes aura aussi été, pour l\u2019auteur ENTREVUE NATALIA WYSOCKA COLLABORATRICE LE DEVOIR Suis-je le seul à avoir tout observé ?» se demande le narrateur.Il est à La Havane.Où il a été poussé par sa lecture des écrits de Pedro Juan Gutiérrez et de Zoé Valdés.Il absorbe tout.Mitraillement des sens.On est en janvier 2017.Deux mois après la mort de Fidel Castro, une semaine après l\u2019investiture de Donald Trump.À un moment que Gabriel Anctil, comme son personnage, comme bien des gens, sent décisif.Pas juste pour l\u2019île, mais pour le monde entier.« Symboliquement, c\u2019était énorme.C\u2019était comme si le XXe siècle disparaissait progressivement.J\u2019avais l\u2019impression que Cuba était l\u2019épicentre de tous les changements.» Pour être «Poésie sale de La Havane Récit de voyage, exploration de la liberté, Cuba libre ! entraîne Gabriel Anctil sur une route qu\u2019il n\u2019avait encore jamais explorée Il y a bien sûr toute la question de la liberté en général à Cuba, qui est un monde en soi.Je n\u2019ai pas la prétention d\u2019avoir compris ce pays.C\u2019est super-compliqué.GABRIEL ANCTIL » Fiction québécoi s e 24 LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 La dédicace de Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou, premier roman de Ken Ke- sey (1962), se lisait comme suit (de mémoire) : « À Vik Lovell, qui me raconta que les dragons n\u2019existent pas, puis me mena à leur tanière.» Lovell étudiait en psychologie à Stanford.C\u2019est lui qui guida son ami Kesey vers un programme d\u2019expérimentation de drogues dont on sait aujourd\u2019hui qu\u2019il était financé par la CIA dans le cadre du projet MK-Ultra.Ce programme de recherches ultrasecret visait, entre autres, à développer, en pleine guerre froide, des techniques d\u2019interrogatoire un peu plus raffinées que le bon vieux supplice de la baignoire, en utilisant des drogues chimiques capables d\u2019altérer les états de conscience, et d\u2019éventuellement provoquer l\u2019effondrement mental du sujet.Ces fertiles hypothèses furent testées, comme vous le savez, jusque dans notre bonne Université McGill, sur des cobayes humains drogués à leur insu par de respectables savants.Tel le monstre de Frankenstein échappant à son créateur, Kesey sortit de son hôpital psychiatrique pour écrire un roman de fous, puis devenir le pape incontesté de l\u2019acide sur la côte ouest et le pionnier d\u2019une culture psychédélique qui n\u2019allait pas tarder à faire déraper la jeunesse militante de ces glorieuses sixties\u2026 Imaginons maintenant que le doc Frankenstein ait été, au fond, bien content de voir sa créature foutre le bordel à la grandeur du pays.C\u2019est l\u2019hypothèse qui sert de point de départ à L\u2019agent du chaos (Giancarlo de Cataldo, Métailié, 2019, traduit de l\u2019italien par Serge Quaddru- pani), roman écrit par un juge romain doublé d\u2019un auteur de polars.Même si son nom est évoqué au passage, Kesey, célébré dans l\u2019Acid test de Tom Wolfe en tant que figure emblématique de la mouvance hippie, n\u2019est même pas un figurant du livre de Giancarlo de Cataldo, où l\u2019on voit cependant passer les Ginsberg, Jerry Rubin, Timothy Leary, Andy Warhol, Owsley Stanley, Grateful Dead et autres Lenny Cohen, mais sans avoir droit à aucun portrait mémorable de ces personnages-clés de la contre-cul- ture.L\u2019intérêt du romancier est ailleurs, et notamment dans les six lettres qui paraissent cristalliser, à elles seules, la culture et la politique des années 1960 : CIA-LSD.Le personnage qui est au centre du roman aurait, semble-t-il, réellement existé, et il ne fait guère de doute LOUIS HAMELIN que le Ronald Stark qui, en 1969, s\u2019est pointé à la BEL (Brotherhood of Eternal Love, une espèce de syndicat de pushers hippies) avec un kilo de LSD liquide en assurant être en mesure de fournir à ses nouveaux potes de quoi faire péter tous les cerveaux rebelles d\u2019Amérique ait émargé au budget de l\u2019un ou l\u2019autre des services de renseignement de la nation.Et on peut facilement comprendre que Woodstock, avec ses adolescents hagards et à demi nus se roulant dans un champ de boue, ait moins énervé les autorités que, disons, les manifestations contre la guerre du Vietnam et les émeutes de Chicago en 1968.Stark, rebaptisé Dark (!) par le romancier, aurait contrôlé, à un moment donné, la quasi-totalité de la production européenne de LSD, et on a calculé qu\u2019il en aurait synthétisé quelque 20 kilos au cours de son existence.Comme dirait l\u2019autre, c\u2019est des buvards en ta\u2026 De nombreuses archives du projet MK-Ultra ayant été détruites, Gian- carlo de Cataldo a eu beau jeu d\u2019imaginer un volet occulte à ce programme ultrasecret.« MK-Ultra entrait dans une deuxième phase [\u2026].Le but était désormais de développer la circulation des drogues psychotro- pes, surtout celle du LSD, en Amérique et dans quelques pays européens où s\u2019ouvraient des panoramas [\u2026] « d\u2019un grand intérêt ».[\u2026] Qu\u2019avaient-ils en commun avec les États-Unis ?La naissance récente de mouvements de jeunes hostiles au Système et la diffusion de drogues.» Sachant bien la floraison internauti- que de théories abracadabrantes et l\u2019infamante étiquette de « conspira- tionniste » qui en résulte, ce juge romain a l\u2019intelligence de nous faire vivre son enquête pour ainsi dire à la source : on y partage les doutes et la perspective critique de l\u2019écrivain méfiant à qui un avocat états-unien apparemment bien informé offre un jour de raconter « la vraie histoire » de Jay Dark.Il ne va pas jusqu\u2019à prétendre que les forces de l\u2019ombre ont soigneusement orchestré l\u2019apparent chaos de cette époque troublée.« Eux, les gens de la CIA\u2026 Certains essayaient de contrôler, d\u2019autres ont donné un coup de main\u2026 » Et comme le dit un personnage : « Nous mettons en route un tas d\u2019opérations.Certaines réussissent et entrent dans l\u2019histoire.Toutes les autres, celles qui échouent, s\u2019appellent des complots.» En 1967, l\u2019année de l\u2019amour, un autre Ronald fut élu gouverneur de la Californie.La révolution conservatrice des années Reagan était en marche.Quant à Ken Kesey, il constaterait un jour ceci : « Mon cerveau ne fonctionne plus comme avant\u2026 » Comme disait Marx : à qui profite le crime ?Le bad trip de la gauche américaine des Aventures érotiques d\u2019un écorché vif (XYZ, 2016), l\u2019occasion de sortir son animal tropical.De rendre hommage, encore une fois, à Gutiérrez, chez qui la sexualité est omniprésente.À l\u2019image de ce qu\u2019il a senti dans l\u2019ensorcelante Havane.« C\u2019est parfois déstabilisant pour quel- qu\u2019un qui vient d\u2019un pays du Nord plus prude ! » dit-il.Ainsi, une rencontre avec une femme « dangereusement belle, chaude, sanguine, volcanique » chamboule son narrateur.Il écrit : « Elle se promène de table en table / et y allume de petites chandelles / qui font briller les yeux des buveurs./ Mais d\u2019où sort-el- le / cette fée des étoiles / à la peau plus pâle que la mienne / à la robe plus noire que la nuit / au visage aussi lumineux que le soleil de midi ?» Et puisqu\u2019on parle de Gutiérrez, qui reviendra dans la discussion aussi souvent que dans son quatrième roman, soulignons cette citation : « C\u2019est ça qui est bien, avec la réalité : elle se permet des luxes qui sont refusés aux écrivains.Parce qu\u2019elle n\u2019est pas obligée d\u2019être crédible, elle.» « On m\u2019a souvent dit : \u201cOh, tel passage de ton livre est un peu too much\u201d, raconte celui qui nous a autrefois entraînés Sur la 132 (Héliotrope, 2013).Alors qu\u2019en fait, c\u2019était la description précise de ce qui était arrivé.Moi, je vis plein de choses partout.Je ne manque pas d\u2019inspiration.» Surtout pas dans un lieu unique et magique comme la capitale cubaine, dont il dépeint la vie de quartier.Et le Malecón, où touristes et gens du coin « sont à égalité ».Où le soir, c\u2019est la fête, l\u2019aventure.Parlant d\u2019aventures, notons que Kerouac n\u2019est jamais loin pour celui qui s\u2019est lancé sur ses traces dans un documentaire radiophonique justement intitulé Sur les traces de Kerouac.« Ça reste une référence.J\u2019ai inséré des clins d\u2019œil ici et là.Certains vont les capter.D\u2019autres pas.» Capter l\u2019essence et l\u2019ambiance de La Havane, c\u2019est ce qu\u2019il a notamment souhaité dans ce récit explorant aussi la question de la liberté.Sous formes multiples.Il énumère : « D\u2019abord, le voyage est la liberté ultime.» Ensuite : « La forme de mon écriture est, je crois, extrêmement libre et audacieuse.» Et puis : « Il y a bien sûr toute la question de la liberté en général à Cuba, qui est un monde en soi.» Il ajoute : « Je n\u2019ai pas la prétention d\u2019avoir compris ce pays.C\u2019est super- compliqué.» D\u2019ailleurs, son double réalise dans un instant de découragement « qu\u2019il se fait quand même prendre pour un con souvent ».« Il fallait aussi ajouter un peu d\u2019humour », précise l\u2019auteur.Un peu d\u2019humour et une bonne dose de rhum.Le « tabarnak de rhum » qui, par un lendemain de veille particulièrement brutal, fera lancer un « criiiiiiiiisssssse » bien senti au personnage.Comme le rappelle l\u2019écrivain : « Je rêve en québécois.Je pense en québécois.Je respire en québécois.J\u2019écris en québécois.Je sacre en québécois.» Et en finissant ce récit de voyage bien ancré dans ses origines, le lecteur se rendra compte, avec un certain étonnement, que l\u2019épopée en sol cubain n\u2019aura duré, au final, que deux semaines.Assez pour transformer un homme en profondeur ?« Dans tout voyage intense, il y a la même structure dramatique que dans un livre ou une œuvre d\u2019art.Il y a l\u2019euphorie du début.Les événements qui s\u2019accumulent.Les rencontres.Un summum.Puis une chute.Des épreuves.Et une conclusion.» En conclusion, et en aparté, reprenons la question universelle qui, dans le livre, provoque des discussions enflammées : qui, de Ronaldo ou de Messi, est le plus grand joueur vivant ?La réponse de ce fan du Barça fuse : « Oh ben là ! Pars-moi pas avec ça ! » Cuba libre ! Gabriel Anctil, XYZ, « Quai no 5 », Montréal, 2019, 296 pages Ce livre libre de toutes contraintes aura été pour Gabriel Anctil l\u2019occasion de sortir son animal tropical.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR 25 Lire LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Il y a souvent, chez un personnage de fiction attachant, ce mélange difficile à décrire de singularité et de familiarité lui conférant crédibilité, chaleur et vérité.Leslie et Coco (pour Colette), les deux amies indéfectibles qui prêtent leurs prénoms au troisième roman pour adultes de Marie Demers \u2014 aussi une prolifique autrice pour la jeunesse \u2014, répondent parfaitement à cet équilibre.Si les échanges épistolaires à l\u2019ancienne du duo et le dédain de Coco pour les nouvelles technologies tranchent avec l\u2019image de l\u2019ado rivée à son téléphone intelligent qui hante l\u2019imaginaire médiatico-culturel, les questionnements existentiels et identi- taires qui taraudent les deux jeunes femmes sont, eux, tout à fait universels.Dit simplement : Leslie et Coco, c\u2019est comme si on les connaissait depuis longtemps, et pourtant, on n\u2019en connaît pas d\u2019autres, des comme elles.Après deux romans (In Between en 2016 et Les désordres amoureux en 2017) portés par des narratrices vingte- naires luttant pour ne pas être emportées par le cynisme ou le désenchantement sentimental, Marie Demers remonte le temps afin de tenir la chronique de ce passage, à la fois anxiogène et grisant, de l\u2019adolescence à l\u2019autonomie grandissante de la vie adulte.Pendant que Coco termine ses études secondaires à L\u2019Anse-au-Griffon en Gaspésie, Leslie amorce le cégep à Montréal.La première fume des cigarettes et vient tout juste de laisser son chum qu\u2019elle ne désirait plus, tandis que la deuxième n\u2019a jamais même frenché et peine à délaisser ses travaux scolaires, quand elle ne se trouve pas à la piscine, où elle s\u2019entraîne avec ferveur.Identité sexuelle, troubles alimentaires, , consentement ; de nombreux thèmes graves irriguent Leslie & Coco, qui demeure néanmoins en son cœur un roman sur l\u2019amitié comme raison de croire en demain, son importance se révélant de plus en plus capitale à mesure que les épreuves se multiplient.Dans les mots de Leslie : « T\u2019es ma sœur, ok ?On s\u2019en fout du sang.T\u2019es ma sœur pour vrai.» En plaçant entre les mains de ses narratrices des œuvres d\u2019écrivains et d\u2019écrivaines aussi différents que Patrice Desbiens, Rupi Kaur, Bret Eas- ton Ellis et Annie Ernaux, Marie De- mers célèbre en filigrane l\u2019irremplaçable outil de découverte de soi qu\u2019est la littérature.Son livre, à la fois animé par un désir d\u2019accessibilité et un refus de simplifier des sentiments et des sujets complexes, pourrait d\u2019ailleurs jouer ce rôle pour plusieurs lectrices (et lecteurs) ayant le même âge que ses protagonistes.Bien que la maison d\u2019édition Hurtubise le présente comme un roman pour adultes, Leslie & Coco appartiendrait sans doute, chez les An- glos, à la catégorie young adult.Ce qui ne signifie pas pour autant que ce livre s\u2019adresse strictement à cette tranche d\u2019âge, au contraire.Marie Demers signe ici son meilleur roman et, surtout, son plus lumineux, dans la mesure où la relation amicale y devient synonyme d\u2019espoir.Leslie et Coco se connaissent mieux que quiconque, mais ne se doivent que ce qu\u2019elles souhaitent bien se devoir : voilà toute la beauté et la force d\u2019une amitié qui résiste.Essentielle sororité L\u2019amitié devient synonyme d\u2019espoir dans le troisième roman de Marie Demers Marie Demers signe ici son meilleur roman et, surtout, son plus lumineux.JULIE ARTACHO Leslie & Coco 1/2 Marie Demers, Hurtubise, Montréal, 2019, 248 pages CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR L\u2019histoire se répète, dit-on, et Pierre Samson (Catastrophe, La maison des pluies, tous deux aux Herbes rouges) nous le rappelle de manière implacable dans Le mammouth, son premier roman chez Héliotrope.S\u2019inspirant d\u2019un fait divers méconnu de mars 1933, le romancier, fort de recherches fouillées et d\u2019un souci du détail quasi maniaque, dépeint le Montréal multi- culturel de la Grande Dépression.Le mammouth, c\u2019est le surnom de Nikita Zynchuk, jeune immigré ukrainien sans le sou, armoire à glace au visage de « gros poupon blondasse ».Un jour, alors que les Wadartrick, ses anciens logeurs, sont brutalement expulsés de leur appartement, il est tué d\u2019une balle dans le dos en tentant de récupérer une malle remplie de ses guenilles.L\u2019auteur de ce meurtre lâche n\u2019est nul autre qu\u2019un policier, Gianni Zutto, « matraqueur aux rouflaquettes ridicules » souhaitant prouver à ses collègues qu\u2019il est supérieur aux autres immigrants.Cette scène, Samson la racontera à différentes reprises, épousant tour à tour le point de vue des différents témoins, dont celui de Simone Bélan- ger, modeste ouvrière assoiffée de justice sociale qui fraiera avec un groupe de militants communistes mené par Joshua Gershman.S\u2019ensuivra un procès de pacotille qui mettra en lumière la corruption du corps poli- Lir e Fiction québécoi s e 26 Misère noire Pierre Samson signe un ambitieux roman historique sur fond de corruption policière Pierre Samson dépeint le Montréal multiculturel de la Grande Dépression.SANDRA LACHANCE Le mammouth 1/2 Pierre Samson, Héliotrope, Montréal, 2019, 360 pages cier.Et une impossible amourette pudique entre deux solitudes.Dans ce roman fleurant le cheveu gras, la sueur, le sang, le moisi et le ragoût trop cuit, Pierre Samson s\u2019applique méticuleusement à illustrer les conditions miséreuses dans lesquelles vivaient les immigrants et les familles canadiennes-françaises pauvres.Alors que beaucoup d\u2019hommes se retrouvaient sans emploi, des « femmes mûres édentées, métisses à la blondeur oxygénée, longues rousses aux yeux caves, adolescentes au visage peinturluré et aux corsages lâches, garçonnes en haillons » tentaient d\u2019arrondir les fins de mois.À travers le parcours du couple Wa- dartrick, l\u2019auteur décrit le traitement violent que subissaient les immigrants que l\u2019on extradait ou envoyait dans d\u2019autres provinces, ne lésinant pas sur la description des conditions insalubres où on les détenait.« Mais Vitalia trempe dans ces odeurs depuis des mois, y compris celle du désespoir, et elle trouve à y puiser une source supplémentaire de réconfort.» Tandis qu\u2019une faune bigarrée évolue dans les rues de Montréal, le romancier, dans sa volonté de faire revivre le plus fidèlement possible la métropole de l\u2019époque, se plaît à énumérer tous les commerces, dont certains ayant survécu à l\u2019épreuve du temps.Si admirable soit l\u2019effort, le résultat se révèle parfois fastidieux.Par endroits, le style de Samson se fait alambiqué et la poésie quelque peu lourde : « Des traits de lumière blanche platinent la scène : des milliards de flocons microscopiques errent autour d\u2019elle, comme des âmes papillonnant autour du pardon.» Malgré cela, Pierre Samson livre une fresque colossale grouillante de vie où il tend un miroir peu flatteur à la société d\u2019aujourd\u2019hui et force le lecteur à une nécessaire réflexion.« Sont-ils tous aussi racistes ?ne peut s\u2019empêcher de soupirer Joshua » à propos des Canadiens français. LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR « S\u2019il me reste un ami qui vraiment me comprenne / J\u2019oublierai à la fois mes larmes et mes peines », chantait de son joli filet de voix Françoise Hardy il y a plus de 50 ans.C\u2019est cette même douce mélancolie qui résonne à tue-tête dans les trois souvenirs que raconte dans Crève avec moi Léa Clermont-Dion, à qui l\u2019on doit La revanche des moches (VLB, 2014) et, avec sa complice Marie-Hélène Poi- tras, Les superbes (VLB, 2016).Sous-titré Best friends forever, Crève avec moi relate en trois temps une histoire d\u2019amitié « à la vie, à la mort » ponctuée de petits et grands drames entre la narratrice, prénommée Léa, et Poupie, sa meilleure amie depuis la garderie.Or, malgré le pacte de sang et les serments, la vie séparera Léa et Poupie.« C\u2019est ta fête, Poupie.Tu ne peux pas t\u2019en aller comme ça sans me dire au revoir.» À mesure que le souvenir de Pou- pie disparaît du récit, c\u2019est le sentiment de culpabilité et la peine de la narratrice qui prennent toute la place.De fait, alors que la narratrice exprime avec toute la fougue d\u2019une adolescente révoltée son amour pour sa meilleure amie dans l\u2019acte 1, où Léa se remémore ses 14 ans dans son bled paumé de Gardenville, le récit, CRITIQUE YANNICK MARCOUX COLLABORATEUR LE DEVOIR Le dernier recueil de poésie de Philippe Drouin, Kate et Anna font de la musique \u2014 en réalité un long poème écrit d\u2019un souffle \u2014, est né des voix envoûtantes des sœurs McGarrigle.Il ne reste cependant que très peu de la mélodie calme de leur musique, sinon un intertexte parcellaire qui, au mieux, dicte la mesure d\u2019une écriture hallucinée, dont le rythme fou « fuse dans la cadence orgiaque ».Ce recueil clôt un cycle sur les grandes figures musicales, et les premiers vers révèlent bel et bien les voix confondues des sœurs McGarrigle : « Kate is Anna is Kate.» Mais il suffit d\u2019une étincelle pour mettre le feu aux poudres, et cette paraphrase du célèbre vers de Gertrude Stein lance le poète dans une furie lyrique qui ravit le micro aux célèbres chanteuses folk.Sur les chapeaux de roues, Drouin nous invite dans ses mots intranquilles et, puisant sa force d\u2019un amour résolu, cherche à tout renverser : « Je veux régner par amour.» Sans qu\u2019on veuille pour autant prendre le pouvoir, l\u2019envie d\u2019abolir l\u2019ordre établi traverse le poème : « C\u2019est un carnaval./ J\u2019entends les tirs./ La mer monte / et gesticule./ Je reste grêle./ Brinquebalant./ Je secoue le trône.» Une force se dégage de son urgence de dire et de vivre, qu\u2019il importe de ne Kate et Anna font de la musique Philippe Drouin, Les Herbes rouges, Montréal, 2019, 56 pages Crève avec moi Léa Clermont- Dion, Québec Amérique, « Collection III », Montréal, 2019, 129 pages pas mater.Il choisit plutôt de la célébrer, prenant bien soin de lui préserver sa liberté : « Je broute les pamphlets./ Les thèses./ Je brigue la gravité / des mots surréels.» Au détriment des conventions, le poète revendique un désordre et fait tomber la structure de la langue : « J\u2019assois le ciel / sur les genoux de juillet./ La syntaxe est écrou./ Non- lieu.» Dans ce chemin libéré de ses ornières, embrassant une certaine violence sans se parer de noirceur, il poursuit la lueur du feu, son intensité et sa puissance : « J\u2019accours au brasier / venger la nuit ultérieure / avec l\u2019aveuglement / pour seule couronne.» Le poème est une fuite vers l\u2019avant, soutenue, haletante, où les mots demandent à être consommés avec boulimie et où « la beauté a un pouls ».Enfilade de vers hachurés Tout est affaire de rythme dans cette enfilade de vers hachurés, présentés comme de courtes phrases débutant par une majuscule et se terminant par un point, créant autant d\u2019isoloirs pour les mots qui, hélas, trop souvent étouffent.La proposition est radicale et le poète semble admettre qu\u2019elle puisse choquer à la lecture : « J\u2019écris par vicissitude./ À l\u2019intention de personne.» Enthousiaste, Drouin s\u2019emporte et, au point culminant, on pourrait croire qu\u2019il entretient la velléité de défaire les mots de leur sens et de n\u2019en retenir qu\u2019une musique, celle-là même, peut-être, que lui inspirent les sœurs McGarrigle : « Je renonce./ À la signification.» Sa ferveur le mène un peu loin et ils ne seront pas nombreux à le suivre.On tire néanmoins de cette nuée de mots une belle audace et une séduisante invitation à la souveraineté absolue : « Fils d\u2019ouvrier / je hache les splendeurs./ J\u2019entame une marche vers la vengeance./ En pâmoison./ Déguenillé./ Fidèle et véritable.» 27 Lire Cavalcade sur partition libre Le troisième recueil de Philippe Drouin est une invitation rythmée à la liberté Kate et Anna McGarrigle.Le recueil de Philippe Drouin clôt un cycle sur les grandes figures musicales.FRANCOFOLIES DE MONTRÉAL Léa Clermont-Dion publie un récit introspectif au ton doux-amer.MARTINE DOYON teinté d\u2019humour et d\u2019ironie, se fait ensuite de plus en plus égocentrique.Ainsi, dans l\u2019acte 2, où Léa, 22 ans, étudiant en « sciences po » à Saint-Ger- main-en-Laye, pose un regard critique sur les petits-bourgeois qui l\u2019entourent \u2014 « Enfants du capitalisme sauvage en rébellion.Classique.» \u2014 et se moque gentiment de son père qui l\u2019appelle pour raconter « ses vieilles histoires », la narratrice, que l\u2019on sent nostalgique de sa prime jeunesse, se lance dans une autocritique impitoyable.Et cela, non sans humour ni autodérision : « Mon destin est différent de celui de Britney Spears et ça me peine un peu.» Dans l\u2019acte 3, Léa, alors âgée de 28 ans et s\u2019apprêtant à devenir maman, est déjà à l\u2019heure des regrets et des bilans.Tandis qu\u2019elle s\u2019étourdit et se perd dans ce trop-plein de mots afin de ne pas faire remonter à la surface la douleur de la séparation \u2014 « Je m\u2019étais promis que j\u2019allais oublier.Tout oublier.» \u2014, voilà que Poupie, qu\u2019elle n\u2019a pas vue depuis l\u2019adolescence, donne, enfin, signe de vie.Récit introspectif au ton doux- amer, d\u2019une écriture vivante et aux élans fatalistes propres à l\u2019adolescence, Crève avec moi dissèque avec finesse une peine d\u2019amitié.Une peine d\u2019autant plus difficile à vivre que, contrairement aux histoires d\u2019amour, les histoires d\u2019amitié ne devraient pas finir mal.À mots couverts, Léa Cler- mont-Dion traduit justement les malentendus, les non-dits et les rendezvous manqués qui minent une amitié, parfois jusqu\u2019au point de non-retour.Dans la foulée, l\u2019auteure polyvalente aborde notre malaise, nos maladresses et notre incompréhension face à la maladie, tant mentale que physique.Certes, on pourrait accuser le tout d\u2019être superficiel et peu substantiel, mais force est d\u2019admettre que derrière l\u2019aspect girly girl du propos se cache une réelle profondeur.Poupie en trois temps Léa Clermont-Dion plonge dans ses souvenirs pour nous entretenir d\u2019amitié LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Lir e Fiction québécoi s e 2 8 à-dire à une réalité construite au sein de laquelle des histoires écrites à l\u2019avance se fondent librement à d\u2019authentiques événements, tandis qu\u2019une ligne floue entre vérité et mensonge semble augmenter, et non diminuer, la dépendance du public au mélodrame » [traduction libre].Que Donald Trump ait jadis participé à plusieurs émissions de la WWE ouvrait grand la porte à pareil parallèle.C\u2019est aussi ce qui saute aux yeux de l\u2019écrivain Mathieu Poulin, 36 ans, au ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Is everything wrestling ?» (Est-ce que tout est désormais de la lutte ?), demande le journaliste Jeremy Gordon dans le New York Times Magazine du 27 mai 2016, en observant que la vie politique américaine comme sa culture populaire « ressemblent de plus en plus à la lutte, c\u2019est- « moment de renouer il y a quelques années, à la faveur d\u2019un débrouillage de la chaîne télé de la WWE, avec l\u2019univers de la lutte, qu\u2019il avait fréquenté enfant.Ce lecteur avisé d\u2019Hubert Aquin, de Nelly Arcan et de Serge Doubrovsky constate alors que le plaisir de la lutte tient désormais beaucoup à cette tension entre histoire et métahistoire qu\u2019alimente volontairement le scénario, une perméabilité mutuelle \u2014 la réalité qui infléchit la fiction, la fiction qui infléchit la réalité \u2014 rappelant celle de l\u2019autofiction.L\u2019époque où la lutte gommait presque maladivement toute allusion à la nature fictive de son spectacle était bel et bien révolue et l\u2019intérêt s\u2019en trouvait, paradoxalement, décuplé.« Je voyais dans la lutte la meilleure métaphore du monde dans lequel on vit présentement, de l\u2019ère post-factuelle », se souvient celui qui signait en 2016 un essai aussi facétieux que brillant sur l\u2019art de la lutte dans Des nouvelles nouvelles de Ta Mère (aux Éditions de Ta Dans la vie comme à la lutte, l\u2019important, c\u2019est l\u2019histoire Dans son second roman, Mathieu Poulin emploie la lutte comme métaphore de l\u2019époque post-factuelle LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 La vie moderne nous broie avec son rythme effréné, ses exigences de performance et de réussite et les angoisses qu\u2019elle génère.C\u2019est le constat que dresse l\u2019humoriste et chroniqueuse Léa Stréliski dans ce petit ouvrage sans prétention, et souvent très drôle, où elle se confie sur les conséquences de cette nécessité de toujours être performant, fonctionnel, heureux, connecté (voire dépendant à la connexion) sur sa propre vie et les mesures qu\u2019elle a mises en place pour assurer son « hygiène mentale ».L\u2019au- teure se défend d\u2019offrir des solutions toutes faites et des recettes pour atteindre l\u2019équilibre et le bonheur.Ses anecdotes personnelles de mère de trois enfants, d\u2019épouse, d\u2019humoriste encore émergente et d\u2019(ex)accro aux réseaux sociaux, offertes sur un ton parfois faussement léger, suffisent pour que le lecteur trouve lui-même quelques pistes de solution.Amélie Gaudreau La vie n\u2019est pas une course Léa Stréliski, Québec Amérique, Montréal, 2019, 120 pages ESSAI Longtemps après sa mort, Frida Kah- lo (1907-1954) ne cesse de fasciner.Dans cette biographie illustrée, l\u2019artiste espagnole Maria Hesse se réap- proprie l\u2019histoire de l\u2019icône mexicaine à travers des réinterprétations de ses œuvres, des illustrations de son vécu, jumelées à un récit à la première personne entrecoupé d\u2019extraits de lettres de la plume de Kahlo.On passe à travers tout : enfance, accident, son amour incandescent pour Diego Rivera et la peine qui s\u2019ensuivra\u2026 Toutefois, les mots se font rares au fil des pages, les chapitres sont courts, les moments passent rapidement : ce qui marque le plus, ce sont justement les illustrations riches en couleurs et en émotions qui ornent le tout et qui racontent joies et douleurs de façon sensible et touchante.L\u2019œuvre, au final, se situe quelque part entre biographie, récit de fiction et roman graphique.Maria Hesse le dit dès le départ : le recueil est un mélange de vie réelle et de celle que Kahlo s\u2019est inventée au cours de sa vie.Qu\u2019il soit réalité ou fiction, le tout s\u2019avère authentique.Sarah Boumedda Frida Kahlo Une biographie 1/2 Maria Hesse, traduit de l\u2019espagnol par Vanessa Capieu, Presque lune, Rennes, 2019, 152 pages BIOGRAPHIE Mère), sans doute l\u2019outil le plus éclairant pour qui souhaite réfléchir à ce sport-spectacle depuis Le monde où l\u2019on catche, de Roland Barthes (paru dans Mythologies en 1957).« Je me répétais tout le temps la phrase : \u201cLa vérité ne compte plus, c\u2019est seulement le récit qui importe.\u201d Chaque fois que je consommais de l\u2019actualité, c\u2019était toujours des nouvelles sur des choses que tu pensais qui étaient vraies et qui ne l\u2019étaient pas, même des trucs anecdotiques comme François Bugingo ou Giovanni Apollo.Je passais du temps dans la section des commentaires de Fox News et j\u2019étais fasciné par le fait que ces gens-là vivent dans une réalité complètement différente de la mienne.Et je me rendais compte qu\u2019en politique, comme à la lutte, la vérité n\u2019était plus importante.L\u2019important, c\u2019était de faire réagir, de convaincre les gens de croire à ton histoire.» Le ring de la vie Ce sont ces réflexions qui tapissent La lutte, second roman à la fois comique, clairvoyant et réellement émouvant de Mathieu Poulin, narré par Étienne Renaud, connu entre les câbles sous le sobriquet Professeur Douleur, malgré sa carrière universitaire avortée.Sa prise finale ?La Soutenance.En subissant une blessure grave pendant un combat d\u2019échelles l\u2019opposant au Gros Bon Sens lors du gala hebdomadaire de la FLASH (la Fédération de lutte actuelle de Saint-Hen- ri), l\u2019athlète prend la mesure de la corde raide sur laquelle dansent ses confrères et consœurs, privés d\u2019assurances et de sécurité d\u2019emploi.L\u2019intello ascendant flanc mou s\u2019arrachera bientôt à sa ridicule peur de la confrontation en tentant de fonder un syndicat de lutteurs.Des démarches qui, malgré la fin de non-recevoir que lui sert le patron Luigi, deviendront partie prenante des intrigues de la FLASH tellement elles déchaînent les passions chez les spectateurs.Une bonne histoire, c\u2019est une bonne histoire.Il y a dans le quant-à-soi éternel de ceux que le doute paralyse une posture qui confine au surplace, voire au cynisme, souligne l\u2019auteur, pour qui La lutte serait « un livre sur les difficultés de l\u2019engagement à l\u2019ère post- factuelle », mais aussi une ode à cet acte de foi consistant à cesser d\u2019être spectateur de sa propre existence.Pour le Prof Douleur, qui attend un enfant avec sa blonde Psycho Lily, également lutteuse, pas le choix d\u2019enfin monter dans le ring de la vie et de faire fi de la possibilité qu\u2019il se trompe, ou de la possibilité d\u2019une défaite.« La lutte a cela de mystique qu\u2019elle exige la foi et contraint celui qui croit à l\u2019humilité en le confrontant au factice de sa propre vie », écrit Poulin.« Je ne sais pas si tous les fans de lutte voient ça comme ça, mais la lutte m\u2019a obligé à me demander dans quelle mesure je suis tout le temps vrai dans mes relations interpersonnelles », confie celui qui coanime le balado de lutte Le petit paquet.« Est-ce que la représentation que je fais de moi-même sur les réseaux sociaux est la bonne ?Est- ce que j\u2019agis différemment avec telle ou telle personne ?Fondamentalement, c\u2019est qui le vrai moi ?» La leçon de vie de la lutte Ça fait de grosses questions, pour un livre sur la lutte, non ?Mathieu Poulin rigole.Malgré tout le sérieux de sa pensée (« Quand je dis que la lutte est la meilleure métaphore pour comprendre le monde dans lequel on vit, ce n\u2019est pas une boutade, j\u2019y crois »), il reste quand même quelque chose de merveilleusement insolent dans cette façon d\u2019intellectualiser un art mettant en vedette des hommes couverts d\u2019huile et des femmes aux mille rallonges capillaires.Et pourtant, malgré sa nature indéniablement satirique, La lutte n\u2019est vraiment pas qu\u2019une joke, reproche qu\u2019avaient adressé quelques esprits austères au premier roman de Mathieu Poulin, Des explosions (2015), une fausse biographie du réalisateur de films d\u2019action Michael Bay.« Il y a dans la lutte une leçon de vie.Si tu veux être un lutteur qui a du succès et qui est respecté, il faut que tu sois prêt à mettre les autres over », explique-t-il en employant l\u2019expression « to put someone over », laquelle désigne le geste de bien faire paraître un adversaire.« Et au quotidien, pour être heureux, faut que tu sois prêt à mettre les autres over, pas juste penser à toi.C\u2019est le fait de faire des choses pour les autres qui va te permettre de t\u2019épanouir.» Ces phrases ont bien failli composer la conclusion de La lutte, elles seront celles de cette entrevue : « À la lutte comme à la vie, je prends la décision de croire, croire qu\u2019on n\u2019est pas destiné à s\u2019entre-déchirer.C\u2019est peut-être une histoire que je me conte, mais en fin de compte, comme à la lutte, l\u2019important, c\u2019est l\u2019histoire.» La lutte Mathieu Poulin, Éditions de Ta Mère, Montréal, 2019, 342 pages Mathieu Poulin et le lutteur The Animal Bob Anger 29 Lire LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Lir e Fiction améric aine 30 CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Depuis le meurtre en 1993 de David Gunn, premier médecin assassiné aux États-Unis par un militant pro-vie, la violence antiavortement au pays de l\u2019oncle Sam est devenue une chose presque normale.Et depuis l\u2019étranger, la question du droit à l\u2019avortement semble cristalliser, mieux que tous les autres enjeux, tous les clivages et les crispations de la société américaine.Dans Un livre de martyrs américains, la très prolifique écrivaine américaine Joyce Carol Oates, 81 ans, qui a plus de 150 livres \u2014 romans, nouvelles, poésie, théâtre ou essais \u2014 à son actif, s\u2019invite dans un débat qui ne semble pas près de s\u2019éteindre, avec ce qui est peut-être l\u2019un de ses meilleurs livres.Et elle le fait à sa manière.Comme elle l\u2019avait fait, par exemple, avec Blonde (Stock, 2000), inspiré de la vie tragique de Marilyn Monroe.Ou avec Les chutes (Philippe Rey, 2005, prix Femina étranger), dans lequel elle explorait en détail les conséquences d\u2019un suicide.Le 2 novembre 1999, dans Un livre de martyrs américains, Luther Dunphy, chrétien fondamentaliste et autoproclamé « soldat de l\u2019Armée de Dieu », tire à bout portant sur Augustus Voorhees, l\u2019un des « médecins avorteurs » du Centre des femmes d\u2019une petite ville de l\u2019Ohio.Au fil des 860 pages du roman, la romancière fera alterner les points de vue, dans une focalisation souvent très rapprochée, mesurant l\u2019onde de choc de cette tragédie qui se déploie de tous les côtés.Plus qu\u2019un face-à-face sans pitié entre deux personnages et deux visions du monde opposés, loin même de tout manichéisme, le roman de Joyce Carol Oates explore cette complexité, cette humanité dirait-on.Et c\u2019est ce qui en fait la grande force.Au cœur de ce roman où se déploient des enjeux philosophiques et religieux, politiques et patriotiques, voire spirituels, se trouvent deux familles, elles-mêmes issues de deux Amérique distinctes et opposées, chacune se sentant investie d\u2019une mission, et qui sont malgré elles reliées par cet acte de violence.Ainsi, les épouses respectives de Luther Dunphy (qui sera condamné à la peine capitale) et d\u2019Augustus Voor- hees auront pour leur part du mal à composer avec cet événement.Même chose pour leurs enfants.Car derrière les porte-étendards d\u2019une cause, il y a ceux et celles qu\u2019on néglige souvent de regarder, les victimes involontaires et accidentelles.La tragédie est individuelle et à la fois collective, et la narration polyphonique du roman renvoie à cette complexité.S\u2019il ne fait aucun doute que les convictions personnelles de l\u2019écrivaine la placent du côté de la liberté \u2014 en particulier celle des femmes \u2014 et du mouvement « pro-choix », JCO soigne l\u2019humanité de tous ses personnages, sans jamais les juger ni les caricaturer.Lançant un profond coup de sonde au cœur de la société américaine d\u2019aujourd\u2019hui, Joyce Carol Oates nous donne ici un livre puissant, un peu torrentiel comme c\u2019est souvent le cas chez elle, mais totalement immergé dans la nuance.Qui sont les « martyrs » du titre ?La victime ou son meurtrier, les fœtus qui ne connaîtront pas la vie, les membres des familles du médecin et de l\u2019assassin ?Le peuple américain dans son ensemble ?Une question que le roman laissera bien entendu sans réponse, ce qui est tout à son honneur.Pastorale américaine Joyce Carol Oates s\u2019inspire de la question de l\u2019avortement pour exposer les profondes divisions de sa société Dans Un livre de martyrs américains, la très prolifique écrivaine américaine Joyce Carol Oates, 81 ans, qui a plus de 150 livres à son actif, s\u2019invite dans un débat qui ne semble pas près de s\u2019éteindre, avec ce qui est peut-être l\u2019un de ses meilleurs livres.ODED BALILTY ASSOCIATED PRESS Un livre de martyrs américains Joyce Carol Oates, traduit de l\u2019anglais par Claude Seban, Philippe Rey, Paris, 2019, 864 pages Trois questions à Joyce Carol Oates Depuis le meurtre de David Gunn en 1993, la violence antia- vortement aux États-Unis n\u2019a fait que croître.Cet enjeu sym- bolise-t-il tous les clivages de la société américaine ?« Pour un chrétien évangéliste, l\u2019assassinat d\u2019un avorteur est un geste sacrificiel commis au service de Jésus.Pour un Américain éduqué et libéral, ce même geste est un meurtre sauvage.Les États- Unis n\u2019ont jamais été aussi divisés entre les passions des « croyants » (et par extension celles des nationalistes blancs) et les passions des libéraux, qui croient dans la liberté des femmes à disposer de leur corps.Mais fondamentalement, j\u2019écris sur les gens \u2014 avec sympathie et profondeur.Je n\u2019ai aucun intérêt à glisser de manière superficielle sur la question des relations humaines complexes.» Votre roman refuse tout manichéisme.Pour un écrivain, la vérité passe-t-elle par des tonalités de gris plutôt que par le noir et blanc ?« Les êtres humains sont extrêmement complexes, personne n\u2019est simplement noir ou blanc.\u2014 y compris un assassin antiavorte- ment passionné qui croit qu\u2019il agit pour accomplir le commandement de Dieu, et non par malice personnelle.La plupart des gens croient à ce qu\u2019on leur a enseigné et, dans une société où prédominent les médias sociaux, de plus en plus de gens semblent croire ce qu\u2019ils ont été (mal) amenés à croire.La religion a toujours fait l\u2019effort \u201cd\u2019éduquer \u201d la population \u2014 on pourrait même parler de \u201clavage de cerveau\u201d.Seule l\u2019éducation permet aux individus de surmonter les conflits mineurs et le sectarisme raciste \u2014 aux États-Unis, on a permis que les normes éducatives baissent de façon spectaculaire, dans l\u2019espoir que la populace puisse être plus facilement influencée par la propagande.Je crois que l\u2019art sérieux peut réorienter nos attentions vers l\u2019intérieur, en vue du partage d\u2019un point commun.» Paradoxalement, ce débat semble être surtout une affaire d\u2019hommes\u2026 « Dans toute l\u2019histoire de l\u2019avortement et de la violence liée à l\u2019avortement aux États-Unis, seuls des hommes ont été impliqués \u2014 à titre d\u2019avorteurs et d\u2019assassins.Vous évoquez l\u2019assassinat de David Gunn, mais c\u2019est le meurtre du Dr George Tiller en 2009, à Wichita, au Kansas, qui est la genèse d\u2019Un livre de martyrs américains.Ironiquement, George Tiller était lui-même un chrétien ardent, et il a été assassiné dans sa propre église ! Les femmes ont été victimisées, bien sûr, mais jamais assassinées.Et jusqu\u2019à présent, aucune femme n\u2019a été du côté des assassins.» LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 31 Lire Bédé CRITIQUE FRANÇOIS LEMAY COLLABORATEUR LE DEVOIR Quoi de mieux, à titre d\u2019acte fondateur d\u2019une nouvelle collection, que la publication d\u2019une bédé dont le thème central est la mort ! C\u2019est un peu ironique, comme le chantait Alanis.La collection dont il est question, ici, c\u2019est Nouvelle adresse, que l\u2019on retrouve au sein de la maison d\u2019édition Front froid, et cette bédé n\u2019est rien de moins que le plus récent titre, le vingtième en fait, de Philippe Girard, Un jour de plus.Deux raisons, donc, de célébrer ! Ici, le bédéiste originaire de Québec renoue avec un thème maintes fois visité dans son œuvre, celui de la mort.Ou, plutôt, de son report puisque le récit commence au moment où Marguerite, une octogénaire qui vit ses derniers instants couchée dans un lit d\u2019hôpital et qui, tandis qu\u2019elle s\u2019apprête à pousser son dernier souffle, reçoit un cadeau inespéré : une journée de plus sur Terre.Pour remettre de l\u2019ordre dans sa vie, pour terminer ce qui ne l\u2019est pas, bref, pour partir l\u2019âme en paix, c\u2019est le cas de le dire.Une road bédé De là naît une « road bédé » sur fond de vieille chicane de famille dans laquelle Marguerite entraîne avec elle, dans son aventure, sa petite-fille Karine qui n\u2019est pas certaine de tout comprendre ce qui est en train de se produire, elle qui était venue accompagner sa grand-mère dans ses derniers moments.Mais dans la mort et surtout dans son absence, l\u2019incompréhension est un moindre mal que le départ de celles et de ceux qu\u2019on aime.Bien évidemment, on a affaire à une question maintes fois posée en fiction, celle portant sur ce que l\u2019on ferait si on savait de combien de temps on dispose avant la grande échéance.Parce qu\u2019en ce sens, il semblerait que notre plus grand mécanisme de défense vis-à-vis de la mort, qui est celui de réussir à se faire croire qu\u2019elle n\u2019arrive qu\u2019aux autres, porte en lui sa propre contradiction puisque c\u2019est ce refus d\u2019imaginer sa propre date de péremption qui est à la base de plusieurs comportements que l\u2019on regrettera, à l\u2019heure de partir.Et comme Girard aborde la question sous cet angle, il offre une ouverture franche à une réflexion sur la nature de notre passage, plutôt que de se contenter du traditionnel récit de science-fiction métaphysique un peu trop philo pour ses propres capacités.Bref, Philippe Girard mûrit bien et livre un récit familial émouvant et une réflexion sur notre rapport au temps et aux regrets qui sonne juste.Les personnages, même si on sait peu de choses d\u2019eux, sont somme toute assez tridimensionnels, se définissant dans leur action et leur réflexion.Belle réussite De plus, l\u2019auteur utilise, pour raconter son histoire, cette technique narrative qui n\u2019est pas sans rappeler l\u2019œuvre théâtrale de son concitoyen Robert Lepage, particulièrement la scénographie de la pièce 887, tout en ajoutant quelques références, entre autres, à Tintin au Tibet, l\u2019œuvre la plus poignante et la plus personnelle d\u2019Hergé.Seul défaut ?On en aurait pris un peu plus.Une belle, mais peut-être un peu trop courte, réussite.De la chance de repousser l\u2019ultime échéance L\u2019auteur Philippe Girard renoue avec l\u2019un de ses thèmes fétiches Un jour de plus Philippe Girard, Nouvelle adresse, Montréal, 2019, 86 pages Illustration tirée d\u2019Un jour de plus NOUVELLE ADRESSE Le Courrier des écrans, une nouvelle infolettre pour les vrais amateurs de maïs soufflé.Inscrivez-vous?: ledevoir.com/courrierdesecrans ANNE-MARIE DESMEULES PRIX LITTÉRAIRE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL LE TENDON ET L\u2019OS LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 CRITIQUE SÉBASTIEN VINCENT COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019indignation habite notre époque.Elle se nourrit de scandales qui se succèdent sans jamais constituer un tout, estime le philosophe belge Laurent de Sutter dans ce bref essai aussi exigeant qu\u2019éclairant.En se fondant, entre autres, sur Nietzsche, Hegel, Spinoza et Jacques Rancière, l\u2019auteur de L\u2019âge de l\u2019anesthésie (Les Liens qui libèrent, 2017) décortique de belle façon les mécanismes du scandale et de l\u2019indignation.Un exercice nécessaire afin de soigner la santé du débat public.Sutter montre que l\u2019indignation unit autant qu\u2019elle divise.Ses manifestations souvent violentes disqualifient tout élément étranger à l\u2019argumentaire avancé par les indignés, prêts à tout pour gagner.Elle engendre sa propre raison, ce qui crée des clivages, explique le philosophe.Paradoxalement, l\u2019indignation « produit ce contre quoi elle se soulève ».Un exemple ?« Ceux qui ont porté Trump au pouvoir ne sont pas les républicains qui le soutenaient, mais les libéraux qui le méprisaient si ouvertement.» L\u2019indignation née du scandale est « l\u2019affect premier de l\u2019âge de l\u2019anesthésie », signe de la dépression de nos sociétés, affirme Sutter.« Nous scandaliser est ce qui nous reste pour nous donner la sensation que nous sommes en vie.» L\u2019indignation devient le moyen de « briser pour un instant la gangue d\u2019indifférence qui nous entoure ».À méditer.Les propos anti-Trump proférés dans les talk-shows américains, les divisions au sein du mouvement #MoiAussi, l\u2019affaire des caricatures de Mahomet, la reddition du premier ministre Alexis Tsipras dans la foulée de la gestion de la dette de la Grèce et la propension de Nestlé à s\u2019approprier les ressources naturelles à vil prix constituent la charpente de l\u2019essai.Ces scandales récents se présentent comme « un mixte complexe de désirs, de violence, de tentative de forclusion et de retour du refoulé » à partir desquels le philosophe livre de pénétrantes analyses.Il existe une indignation affirmative et active, soutient l\u2019essayiste, qui cite l\u2019exemple de l\u2019appel Indignez-vous, de Stéphane Hessel.Par ailleurs, la photographie « sobre et pathétique » de Nilüfer Demir, qui a montré le cadavre d\u2019un enfant de trois ans sur une plage turque en septembre 2015, a constitué « ce qui manquait pour que ce qui n\u2019était jusque-là qu\u2019un débat abstrait [sur la crise des migrants] prît la forme d\u2019une cause concrète ».Sortir de la spirale du scandale Sutter invite à dépasser la raison qui s\u2019en tient à la confirmation ou à l\u2019affirmation d\u2019une position idéologique.Plutôt que de se borner à déterminer le bien et le mal dans tout scandale, il importe de demander : « comment faire en sorte que des situations si terribles, si débiles, si répugnantes ne se reproduisent plus à l\u2019avenir ?».En un mot, il faut se doter d\u2019une raison qui avance au lieu de s\u2019arrêter ; une raison qui mène au choix, à l\u2019engagement, et non à la surenchère et à la division.C\u2019est sans doute un urgent besoin, car d\u2019aucuns aspirent aujour- d\u2019hui à « retrouver une forme de paix de l\u2019âme », croit Laurent de Sutter.Lire 32 Ce qu\u2019être indigné nous dit L\u2019indignation unit autant qu\u2019elle divise, selon le philosophe belge Laurent de Sutter Indignation totale.Ce que notre addiction au scandale dit de nous Laurent de Sutter, Éditions de l\u2019Observatoire, Paris, 2019, 141 pages La propension de Nestlé à s\u2019approprier les ressources naturelles à vil prix constitue l\u2019une des charpentes de l\u2019essai.FREDERIC J.BROWN AGENCE FRANCE-PRESSE CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR James Patterson est une sorte de recordman à la Harlan Coben ; au cours des deux dernières décennies, ses livres se sont vendus à plus de 350 millions d\u2019exemplaires dans on ne sait même plus combien de langues.Maître du thriller et du suspense, il publie à un rythme de deux ou même trois livres par année, ce qui explique qu\u2019on les trouve partout et que Patterson doive s\u2019associer souvent à certains auteurs \u2014 comme ici Candice Fox \u2014 pour que la chaîne de production ne s\u2019arrête jamais.James Patterson est une usine à succès, une sorte de machine à imprimer des billets tout autant que des livres.C\u2019est dit.Ici, le lecteur se retrouve plongé au cœur de l\u2019outback australien désertique du Never Never \u2014 d\u2019où le titre original en anglais.Plus précisément, autour de la mine d\u2019uranium de Ben- dya où l\u2019on vient de retrouver le pied d\u2019un mineur porté disparu.Deux policiers, Harriet Blue, qui vient de Sydney, et Edward Whittaker, de Perth, sont dépêchés en plein désert pour enquêter.Tous les deux vivent des moments sombres, tant dans leur carrière que dans leur vie personnelle, et cette affaire se présente pour eux sous la forme d\u2019une sorte de dernière chance.Ils seront gâtés\u2026 Quelques dérogations Rapidement, malgré les réticences de l\u2019administration du camp qui souhaite ne pas attirer l\u2019attention, ils découvriront que deux autres employés de la mine ont aussi disparu et qu\u2019il se passe là, au milieu de rien, des choses pas très claires.On apprendra ainsi que « l\u2019écologie » d\u2019une mine située en plein désert et fonctionnant 24 heures sur 24 implique quelques dérogations\u2026 Mais le lecteur, lui, sera le seul à savoir qu\u2019un dangereux tireur observe Blue et Whittaker de très près sans qu\u2019ils s\u2019en rendent compte.D\u2019ailleurs, après avoir fait disparaître une autre victime avec son fusil de gros calibre, il s\u2019attaquera à Blue, qui s\u2019en sortira de justesse et demandera des renforts.Cela semble déclencher les hostilités puisque le sniper éliminera deux policières, se mettra à tirer en plein jour, comme dans un jeu vidéo, et abattra un conducteur de grue avant d\u2019enlever la bouillante Harriet.On ne vous dira pas qui sortira vivant de la chasse en plein désert.Évidemment, cette histoire est racontée à un rythme plutôt hallucinant \u2014 phrases saccadées, chapitres très courts \u2014 ce qui en fait un irrésistible « page turner », comme on dit dans les salons.Les personnages, du moins les principaux, sont crédibles et pas trop caricaturaux, alors que l\u2019intrigue se tient fort bien.N\u2019empêche que l\u2019on a tout au long l\u2019impression de rouler à 200 à l\u2019heure à la surface des choses et des êtres que l\u2019on rencontre ici.Comme si tout était trop mince et allait trop vite.Ce n\u2019est pas, par exemple, parce que l\u2019on fait intervenir des militants écologistes qu\u2019on s\u2019intéresse vraiment au sort du monde\u2026 Plus jamais 1/2 James Patterson et Candice Fox, traduit de l\u2019anglais par Sebastian Danchin, L\u2019Archipel « Suspense », Paris, 2019, 308 pages Comme dans un jeu vidéo Un tireur fou sévit près d\u2019une mine d\u2019uranium au beau milieu du désert australien James Patterson est une usine à succès, une sorte de machine à imprimer des billets tout autant que des livres.On retrouve ses livres partout, tout le temps.ASSOCIATED PRESS LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 33 Lire Essai En 1976, à l\u2019Université de Montréal, Serge Cantin a connu l\u2019expérience du coup de foudre intellectuel.Étudiant à la maîtrise en sociologie, il apprend que Fernand Dumont (1927-1997), professeur à l\u2019Université Laval, a été invité, par le Département de philosophie, à donner un cours sur la philosophie de l\u2019histoire.Cantin s\u2019y inscrit.Il n\u2019en reviendra pas.Les propos du maître lui échappent souvent, mais le fascinent absolument.« N\u2019étais-je pas au fond comme hypnotisé par la puissance intellectuelle qui se déployait sous mes yeux ?écrit-il.Ce qui m\u2019impressionnait par-dessus tout, je crois, ce qui a laissé en moi une empreinte indélébile, c\u2019était de me retrouver pour la première fois en présence d\u2019un être habité par sa pensée.» J\u2019ai vécu, vingt ans plus tard, une expérience semblable en lisant Fernand Dumont.Tout de suite, j\u2019ai eu la conviction d\u2019être en présence d\u2019un penseur hors norme, voire du plus remarquable intellectuel de toute l\u2019histoire du Québec.Comme Cantin dans sa classe, je ne comprenais pas tout ce que je lisais, mais j\u2019en saisissais assez pour être ébloui et, dans le même mouvement, ému par la vibration qui se dégageait de l\u2019œuvre.J\u2019étais séduit par le style, qui irriguait une pensée nationaliste, démocratique, socialiste et chrétienne.Comme Dumont, j\u2019avais accédé au monde de la grande culture à partir d\u2019un milieu populaire.Je me reconnaissais dans son « émigration ».J\u2019ai tout de suite eu le sentiment profond que la compréhension de cette œuvre me donnerait accès à d\u2019indispensables lumières pour mieux penser ma vie et ma société.Je me suis donc tourné vers les meilleurs commentateurs de Du- mont, en espérant qu\u2019ils me tiendraient la main dans ce dédale.J\u2019ai lu le sociologue Jean-Philippe Warren et le philosophe Serge Cantin.Mon éblouissement a été multiplié.Ces trois-là \u2014 Dumont, Cantin et Warren \u2014 sont des champions de la pensée québécoise et de remarquables stylistes devant lesquels, je l\u2019avoue, je me sens petit.« Il est difficile de parler de Fernand Dumont sans avoir toujours l\u2019impression de laisser dans l\u2019ombre l\u2019essentiel », écrivait Warren en 2001.Cantin, qui se présente comme « un nain qui n\u2019a d\u2019autre ambition que de faire mieux comprendre tout ce que nous devons au géant », partage cette modestie devant l\u2019œuvre de Dumont.Toutefois, La distance et la mémoire (PUL, 2019, 426 pages), essai consacré à la pensée de son maître, s\u2019impose comme un chef-d\u2019œuvre interprétatif.Le drame de la modernité Les concepts de culture première et de culture seconde constituent le cœur de la pensée dumontienne.En gros, la culture première désigne le milieu culturel dans lequel nous baignons du seul fait d\u2019exister, une sorte d\u2019univers de sens qui va de soi et dont on hérite, alors que la culture seconde provient du désir d\u2019interprétation qui habite l\u2019humain et s\u2019exprime par l\u2019art, par la science ou par des rituels.« C\u2019est que l\u2019homme, écrivait Du- mont, est un être conscient qui ne vit pas seulement son existence, mais qui la contemple, l\u2019examine et essaie d\u2019en tirer un sens.» Toute la difficulté de l\u2019expérience humaine consiste à ne pas rester englué dans la culture première (la mémoire), tout en n\u2019oubliant pas cette dernière en accédant à la culture seconde (la distance).Pour Dumont, explique Cantin, le drame de la modernité tient justement au « déracinement de la culture », c\u2019est-à-dire à la disjonction entre les deux cultures.Avant, la tradition servait à faire le lien entre elles.Pour interpréter le présent, les Anciens se référaient « à un passé source ».L\u2019idéologie du progrès a délégitimé le recours à la tradition, mais cette dernière n\u2019a pas été remplacée par une nouvelle référence transcendante.Le cas du Québec est exemplaire à cet égard.En marquant une rupture avec une tradition sclérosée, la Révolution tranquille aurait pu être l\u2019occasion d\u2019une nouvelle définition de nous-mêmes, moyennant une interprétation inédite de notre passé.Or, pour Dumont, c\u2019est plutôt l\u2019oubli de la tradition qui a prévalu, nous laissant aux prises avec un « vide idéologique » incapable de nourrir de nouveaux idéaux et de nouvelles solidarités.« Nos sociétés, demandait Dumont en 1995, seraient-elles devenues impuissantes devant l\u2019avenir parce qu\u2019elles ont perdu la mémoire ?» La gestion, ajoutait-il, n\u2019est pas un projet de société et une nouvelle éthique transcendante reste à trouver.C\u2019est drôle, mais, en lisant tous ces propos subtils, j\u2019ai fini par me dire qu\u2019au fond, l\u2019œuvre de Du- mont, tout comme celle de Cantin, est une interprétation savante (culture seconde) de l\u2019adage populaire (culture première) affirmant qu\u2019on ne peut pas savoir où l\u2019on va quand on ne sait pas d\u2019où l\u2019on vient.« Il était simple avec une manière de grandeur », disait de son ami Du- mont le grand sociologue Georges Balandier.Ça résume presque tout.Cantin et son maître LOUIS CORNELLIER CRITIQUE ALEXIS RIOPEL LE DEVOIR Chaque semaine ou presque, de nouvelles études sur les drogues psychédéliques paraissent dans les pages des revues savantes.Après un hiatus d\u2019un de- mi-siècle, les chercheurs se penchent à nouveau sur le potentiel des thérapies où le LSD ou la psilocybine (l\u2019ingrédient magique de certains champignons) sont mis à profit pour dénouer l\u2019esprit de personnes souffrant de problème de santé mentale.C\u2019est, dit-on, la « renaissance psychédélique ».Le contexte ne pouvait donc pas mieux se prêter à la parution en français de Voyage aux confins de l\u2019esprit.Ce que le LSD et la psilocybine nous apprennent sur la conscience, la mort, les dépendances, la dépression et la transcendance, de l\u2019auteur, journaliste et professeur américain Michael Pollan.L\u2019an dernier, la version originale anglaise de l\u2019ouvrage avait d\u2019ailleurs remporté un succès hallucinant (sans jeu de mots) en librairie.Et pour cause : dans cet essai, l\u2019auteur navigue habilement entre le monde secret des drogues psychédéliques et celui, plus socialement accepté, de la recherche scientifique sur ces molécules.Il nous fait comprendre que les deux univers se nourrissent l\u2019un l\u2019autre, que le soulagement que peuvent procurer ces substances aux personnes souffrant de dépression, de dépendance ou d\u2019anxiété n\u2019est pas étranger au réveil spirituel que certains consommateurs récréatifs lui attribuent.« La recherche psychédélique repose sur l\u2019idée que ces molécules peuvent nous donner accès à d\u2019autres modes de conscience susceptibles de nous apporter des bienfaits spécifiques, qu\u2019ils soient thérapeutiques, spirituels ou créatifs », écrit Pollan.Au fil des pages, l\u2019auteur développe d\u2019abord un intérêt intellectuel pour ces substances, puis commence à s\u2019ouvrir à la possibilité de les tester lui-même.« La plupart des risques auxquels ils sont associés sont soit exagérés, soit imaginaires », note-t-il.Cependant, avant de se lancer, l\u2019essayiste fait d\u2019abord ses recherches.Il consacre notamment un chapitre à l\u2019histoire naturelle des champignons magiques.Mais Pollan ne se contente pas d\u2019un exposé didactique : il va déambuler dans la forêt avec un mycologue, à la recherche de la bête végétale.C\u2019est là l\u2019une des grandes forces de l\u2019essai : Pollan ne pose jamais sa plume de journaliste terrain.Il va à la rencontre des protagonistes de l\u2019histoire, qu\u2019ils soient de réputés scientifiques ou d\u2019obscurs chamans.Quand il s\u2019agit d\u2019épisodes du passé, l\u2019essayiste raconte leur histoire de manière incarnée et vivante.Il n\u2019hésite pas non plus à s\u2019ouvrir lui-même, en dévoilant pleinement sa pensée, ses craintes et ses excitations à l\u2019endroit des molécules en question.Le paroxysme de cette confidence psychédélique survient certainement lorsque Pollan relate sa première expérience avec du LSD, à l\u2019aube de la soixantaine.Il se rend dans une yourte perdue dans les montagnes de l\u2019Ouest américain auprès de Fritz, un ermite russe qui accompagne les « psychonautes » dans leurs envolées illicites.Impossible de coucher sur papier une telle expérience, écrit l\u2019auteur.Et pourtant, il tente le coup \u2014 à notre plus grand bénéfice.Voyage aux confins de l\u2019esprit Michael Pollan, Édito, Montréal, 2019, 536 pages Défricher de nouveaux modes de conscience De la science à la spiritualité, Michael Pollan s\u2019emballe pour les drogues psychédéliques Au fil des pages, l\u2019auteur développe d\u2019abord un intérêt intellectuel pour ces substances, puis commence à s\u2019ouvrir à la possibilité de les tester lui-même.GETTY IMAGES/ISTOCK LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Lir e Fiction franç ai s e 34 Un roman-fleuve de Patrick Deville Dans Amazonia, l\u2019écrivain français mélange une fois encore les genres et les époques ENTREVUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Son théâtre d\u2019opérations semble aussi vaste que la Terre est ronde.Il couvre autant l\u2019Afrique que l\u2019Amérique centrale ou l\u2019Asie du Sud-Est, en passant par le Mexique et la France.Lancé chaque fois sur les traces de scientifiques d\u2019exception, de délivreurs de peuples, de caudillos, de têtes brûlées et d\u2019explorateurs plongés au cœur de leurs propres ténèbres.On attrape Patrick Deville chez lui à Paris, quelques heures avant qu\u2019il ne s\u2019envole pour La Réunion, pour une dizaine de jours qui lui serviront peut-être, dit-il, en vue d\u2019un « hypothétique chapitre » dans un prochain livre.« C\u2019est indispensable pour moi d\u2019aller y voir, dira-t-il en parlant de sa méthode.Je n\u2019écris jamais sur des lieux que je n\u2019ai pas vus.Mais en même temps, j\u2019ai lu avant sur ces lieux et donc je les vois différemment.Je les vois aussi depuis la bibliothèque.» Depuis Pura Vida en 2004, phase deux d\u2019une œuvre amorcée avec ses cinq romans du « siècle dernier », parus chez Minuit entre 1987 et 2000 (réunis en un seul poche en 2017), l\u2019écrivain français globe-trotteur, né en 1957, poursuit une vaste et fascinante entreprise de douze « romans sans fiction » intitulée « Abracadabra ».Un projet ambitieux qui mélange allègrement carnet de voyage, leçon d\u2019histoire, enquête journalistique et autobiographie.Un projet amorcé 22 ans plus tôt, en 1997, dans une chambre de l\u2019hôtel Morgut de Managua, et qu\u2019il évoquait dans Taba-Taba (Seuil, 2017), pierre angulaire de cette fresque mondiale qui traque et compile à sa manière unique les bouleversements, les découvertes qui ont marqué depuis 1860 et la seconde révolution industrielle jusqu\u2019à nos jours.Peste et choléra, on s\u2019en souvient, lui avait valu le prix Femina en 2012.Pour la suite du monde Septième titre de cette fresque, Ama- zonia, qui vient de paraître, en même temps qu\u2019un petit livre de « lecteur » et d\u2019ami, L\u2019étrange fraternité des lecteurs solitaires, est construit autour d\u2019un voyage fait en 2018 à travers l\u2019Amazonie avec Pierre, son fils unique de 30 ans.Un périple père-fils qui les a entraînés d\u2019un océan à l\u2019autre, du Brésil jusqu\u2019en Équateur.Taba-Taba, certes, semblait marquer un tournant plus personnel, même si tous ces livres sont écrits à la première personne du singulier.Après un premier tour du monde dans un sens, un demi-tour en France qui est aussi un demi-tour sur lui-même, la tendance se maintient.Même si, de son propre aveu, ce caine, qui est également très menacée, notamment dans le bassin du Congo.Ça, c\u2019est nouveau avec ce livre, je ne l\u2019avais pas prévu.Autant dans les premiers livres, mes interrogations étaient plus politiques, elles sont aujourd\u2019hui davantage environnementales.Parce que c\u2019est ce qui est devenu l\u2019urgence.» Une réalité qui l\u2019a frappé beaucoup plus qu\u2019il ne l\u2019aurait imaginé.« Un peu en Amazonie comme au Congo, tout comme en Sibérie aussi, on peut voir à cela des raisons politiques et pas seulement écologiques.» Après tout, rappel- le-t-il, Jair Bolsonaro, le président actuel du Brésil, ne fait que mettre en œuvre ses promesses électorales.Mais ce qui se passe aux îles Galá- pagos, par contre, lui est apparu beaucoup plus frappant.« Là-bas, il n\u2019y a rien de politique.C\u2019est un petit archipel perdu au milieu de l\u2019océan Pacifique, l\u2019ensemble est une réserve naturelle et les atteintes au végétal, à l\u2019animal est le résultat des modifications écologiques de la planète.Et ça, c\u2019est beaucoup plus terrifiant.On voit bien que quelque chose est en route.La modification des courants marins, par exemple, c\u2019est quelque chose qui ne dépend pas de la vie politique.» Le monde change et l\u2019ampleur de ce projet littéraire lui permet d\u2019en prendre la mesure, presque au jour le jour.« Je vois un peu ces livres comme des réceptacles.Chaque fois, j\u2019essaie de faire en sorte qu\u2019ils aillent de 1860 à aujourd\u2019hui.Mais chaque fois aussi, quand j\u2019en arrive au moment de l\u2019écriture, ils apparaissent dans une situation historique qu\u2019évidemment je n\u2019avais pas prévue.Et puis, il reste que ce n\u2019est pas écrit par un robot, ajoute- t-il.C\u2019est écrit par un être humain, qui lui-même vieillit, prend des coups, a des bonheurs, des tristesses, etc.» Écrit sur le « fil du rasoir », entre la pudeur et l\u2019intimité, Amazonia est aussi le révélateur de ces changements qui s\u2019opèrent malgré nous.Il n\u2019y a pas d\u2019enflure ni d\u2019arrogance chez Patrick Deville, lui qui fait le tour du monde « au moins une fois par an ».Mais une immense et toujours vive curiosité pour notre petite planète et pour l\u2019Histoire, pour les êtres comme pour les livres.Une fascination par-dessus tout pour les liens qui se tissent et s\u2019imposent au gré des lectures et des rencontres.En attendant la suite du monde.formidable bourlingueur ne maîtrise vraiment que la progression géographique de son projet.« Le livre ama- zonien était déjà prévu, mais il est aussi le fruit d\u2019un beau hasard.Mon fils a lu Taba-Taba et je lui ai proposé que nous voyagions ensemble pour le suivant et que nous reprenions ces histoires de père-fils qui me fascinent.Ce qui fait que c\u2019est encore une fois assez intime », raconte à l\u2019autre bout du fil Patrick Deville.Amazonia aborde les conséquences de l\u2019exploitation du caoutchouc, évoque le développement chaotique de Manaus ou d\u2019Iquitos, mais contient aussi des pages touchantes sur les relations père-fils.Entre autres quand Deville y raconte leur fascination commune pour le hoatzin huppé ou ces soirées passées à étancher leur soif d\u2019histoires et leur goût commun pour les alcools forts, se renvoyant ces phrases de Beckett qui ne manquaient jamais de les faire rire : « Nous ne voyageons pas pour le plaisir de voyager que je sache, dit Camier.Nous sommes cons, mais pas à ce point-là.» Un passionnant voyage sur les traces de Cendrars et de son Moravagi- ne, à la remorque des révolutions, hanté autant par le Fitzcarraldo de Werner Herzog que par le souvenir de Simon Bolivar.Comme toujours, chaque tournant de ces pérégrinations, Deville le pimente de sa connaissance aiguë des littératures latino-américaines, lui qui est directeur littéraire de la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs (MEET), à Saint-Nazaire.« Seule la littérature nous offre d\u2019approcher la vérité des lieux, surtout la relecture des écrivains par d\u2019autres écrivains, de génération en génération », écrit-il d\u2019ailleurs.Écrire sur le fil du rasoir Cabotant tous les deux sur un affluent de l\u2019Amazone ou posés aux îles Galápagos, père et fils sont les témoins impuissants d\u2019un désastre annoncé, y compris dans l\u2019un des milieux naturels que l\u2019on estime \u2014 souvent à tort \u2014 être parmi les plus protégés du monde.Un univers dont Patrick Deville parle comme de la « matrice du monde ».Un monde qui, à la lumière des changements climatiques galopants, apparaît plus que jamais menacé.« Je ne suis pas prophète, poursuit- il, mais le fait que l\u2019Amazonie nous soit indispensable est une évidence.Tout comme la forêt équatoriale afri- Le roman de Patrick Deville est construit autour d\u2019un voyage fait en 2018 à travers l\u2019Amazonie avec Pierre, son fils unique de 30 ans.MEHDI FEDOUACH AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019étrange fraternité des lecteurs solitaires Patrick Deville, Seuil, « Fiction & Cie », Paris, 2019, 64 pages LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 C U L T U R E l\u2019automatisme n\u2019était pas si automatique que ça\u2026 Alors, Dorion nous dit-il ici toute sa modernité ?Les embrayeurs de souvenirs Il ne faudrait pas occulter le fait que la peinture de Dorion est totalement inspirée par la mémoire des lieux, même quand cela est moins évident.Même quand sa peinture n\u2019est pas in situ, elle est toujours hantée par la question du site ou du contexte.Par exemple, dans la première salle, une peinture intitulée Skylight II montrant un puits de lumière dans une galerie new-yorkaise permet, dans une intelligente mise en abyme, de traiter de la question de l\u2019influence de l\u2019architecture sur notre rapport à l\u2019art.Nous pourrions dire que les images chez Dorion sont habitées par des lieux qui se révèlent être des déclencheurs de souvenirs.La couleur de ces lieux semble aussi jouer un grand rôle dans cette remémoration.Par moments, on aura le sentiment que son œuvre a des liens avec la démarche de Guy Pellerin.Bien des interprètes de l\u2019œuvre de Dorion ont souligné à quel point sa démarche est hantée par la photographie, par le souvenir que le support photo semble de nos jours incarner mieux que tous les autres types d\u2019images.Et ce, même si cette vision de la photo n\u2019est qu\u2019une construction sociale plus qu\u2019une qualité réelle.Dans le rôle que joue la photo chez Dorion, nous pourrions être tentés d\u2019y voir le signe que la peinture n\u2019est plus ce qu\u2019elle fut.La peinture aurait perdu sa place hégémonique sur l\u2019art, la peinture ne serait plus le véhicule privilégié de l\u2019histoire de l\u2019art et de l\u2019histoire\u2026 La photo serait venue changer la donne.Certes, la photo joue un rôle chez Dorion.Mais elle me semble y jouer un rôle d\u2019embrayeur de souvenirs.La photo est chez Dorion un outil de remémoration, un peu comme chez le théoricien Roland Barthes.Une manière de distiller les souvenirs, de les cultiver, de les laisser croître, plutôt que de simplement les recueillir.Une manière de prendre conscience du temps qui passe.Mais il faudrait peut-être se pencher aussi et surtout sur le rapport 35 Art s vi suels Pierre Dorion, déclencheur de souvenirs L\u2019artiste expose une nouvelle série d\u2019œuvres empreintes d\u2019une jouissive mélancolie Vue de l'exposition de Pierre Dorion montrant Exposure II et Window (RS) de 2018 GUY L'HEUREUX CRITIQUE NICOLAS MAVRIKAKIS COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019artiste Pierre Dorion s\u2019est fait connaître en particulier par ses installations picturales.Certains se souviendront de Peintures / Paintings, exposition réalisée en 1983 avec Claude Simard au 3889, rue Clark, création où tous les murs d\u2019un logement étaient couverts de peintures.D\u2019autres se souviendront de Chambres avec vues, œuvre pensée et installée en 1999 dans un appartement de l\u2019édifice Les Dauphins donnant sur le parc La Fontaine.Cet été, Dorion a créé une œuvre remarquable pour l\u2019événement Period rooms au Château Dufresne, une série d\u2019aquarelles qui aurait dû être conservée en ce lieu tant elle était parfaitement en dialogue avec la salle où elle était mise en place.Pierre Dorion semble souvent nous dire que le tableau comme objet d\u2019art, détaché de son contexte, est dépassé, hors sujet, hors de la réalité de l\u2019histoire et même de nos vies.L\u2019œuvre d\u2019art est liée à son espace-temps.L\u2019art de cet artiste semble tout à fait dans l\u2019esprit du in situ, concept développé avec force depuis l\u2019avènement de la postmodernité.Spontanéité automatiste Ces jours-ci, il expose pourtant des tableaux, de la peinture sur support autonome, des huiles sur toile qui n\u2019apparaissent pas être implicitement liées au lieu où elles sont installées, à l\u2019espace de la galerie René Blouin\u2026 Son art serait-il donc tiraillé entre un in situ postmoderne et une modernité qui, au contraire, a tenté de montrer le tableau comme autonome, libre de toutes contraintes ?Il y a d\u2019ailleurs des réminiscences de la peinture moderne chez ce peintre.On frôle souvent la peinture abstraite et le monochrome.Sa nouvelle série Projet Y semble remettre en scène la peinture de Borduas ou de Fer- ron, les aplats de couleurs rapidement peints.Ces œuvres ont été réalisées à la fois dans une forme de spontanéité automatiste et retouchées dans une action contrôlée, ce qui souligne que Pierre Dorion Pierre Dorion, à la galerie René Blouin jusqu\u2019au 30 novembre 2019.que Dorion entretient avec l\u2019architecture et les lieux.Plusieurs titres y font référence : Capri, Provincetown, Store Front (rue Ontario), Lisbonne I, Lisbonne II, Sainte-Rose, Saint Roch I et II\u2026 Les œuvres ainsi désignées ne semblent pourtant pas permettre de reconnaître les lieux ainsi désignés.Ces lieux ne s\u2019y dévoilent plus que comme des portes, des corridors, des puits de lumière, des pans de murs où les détails se sont déjà effacés.Si la photo sert de trace à quelque chose, c\u2019est bien le signe de son incapacité à vraiment garder la trace du passé.Ces images semblent nous dire que tout disparaît, même le souvenir, même les outils du souvenir\u2026 Tout meurt.Une œuvre profondément émouvante.Il est un photographe hors du commun.Elle est elle aussi une artiste très réputée.Est-ce le simple hasard qui veut qu\u2019ils soient père et fille ?Avant de conclure que l\u2019un influença l\u2019autre \u2014 modèle paternaliste qui correspond peu à ce qui transparaît de leurs liens \u2014, il faudrait se plonger dans une lecture plus approfondie et comparative des œuvres de Gabor et d\u2019Andrea Szilasi.Cette exposition, petite et néanmoins très bien sentie, réunissant une vingtaine de photographies, une expo qui permet de regarder le travail de ces deux artistes différemment, nous offre l\u2019occasion de le faire.Similitudes ?Différences ?Dialogues intergénérationnels ?Un accrochage dynamique et original permettra de relire les œuvres de ces deux créateurs incontournables de la scène artistique.D\u2019un côté de la galerie, vous pourrez voir des images que chacun a choisies dans le corpus de l\u2019autre.Vous y admirerez des œuvres ayant marqué notre imaginaire collectif, comme cette photo montrant le Coin du boulevard Saint-Laurent et de l\u2019avenue Van Horne (1980) de Gabor, ou bien cette image intitulée Body-camera in Lake (1998), « tissage » photographique d\u2019Andrea.Sur le mur opposé vous sont offertes des images inédites, dont une nouvelle série d\u2019Andrea, des vanités intelligemment revisitées.Deux grands artistes qui ont la chance d\u2019être de la même famille génétique, mais aussi de celle des grands créateurs.Nicolas Mavrikakis SUR LE RADAR Szilasi & Szilasi Galerie Deux poissons, jusqu\u2019au 23 novembre Szilasi père et fille LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Écrans 36 ENTREVUE NATALIA WYSOCKA COLLABORATRICE LE DEVOIR « Spécialité : ours polaires.» Rarissimes sont les compagnies pouvant se targuer de posséder une telle qualité.Framestore le peut.C\u2019est que la boîte d\u2019effets spéciaux née à Londres en 1986, et ayant depuis fondé une division montréalaise, est connue pour ses créatures.C\u2019est elle qui a donné vie aux animaux fantastiques du film du même titre de David Yates.Elle qui a mis la patte aux compagnons, entre autres canins, du Dr.Do- little de Robert Downey Jr.Qui a animé l\u2019ami Paddington.Et qui, en 2008, a remporté l\u2019Oscar pour The Golden Compass, une adaptation de l\u2019univers littéraire de Philip Pullman, peuplé des ours polaires susmentionnés.C\u2019est d\u2019ailleurs à l\u2019oeuvre du même auteur que Framestore s\u2019est attaquée dans la dernière année.Plus précisément, à l\u2019ensemble de sa trilogie À la croisée des mondes, parue entre 1995 et 2000, pour la transformer, cette fois, en télésérie.Intitulée dans sa version originale His Dark Materials, cette superproduction fantastique de la BBC et de HBO est d\u2019ores et déjà présentée comme « le prochain Game of Thrones » (GoT).Sans costumes médiévaux, centaines de morts, ni relations incestueuses.Mais dotée de moyens immenses et de bestioles par dizaines.Ceux qui connaissent les écrits, denses et mystérieux, du Britannique savent que les humains y sont accompagnés d\u2019un « daemon ».À ne pas confondre avec un démon.Celui avec un a, et sans accent, est un animal qui agit comme une manifestation de l\u2019âme.Qui reste toujours aux côtés de son « maître ».Toujours.S\u2019il s\u2019en éloigne, la douleur ressentie par ce dernier est atroce.Papillon de nuit, hermine, corbeau, entelle, léopard des neiges.Ce sont ces différentes espèces, une quarantaine en tout, que Framestore a été chargée de recréer.Loïc Mireault était l\u2019un des leaders de l\u2019équipe de 48 animateurs montréa- lais ayant mis la main à la pâte.Amoureux des bêtes, il a grandi en prenant soin de chiens, d\u2019une tortue, d\u2019une souris, d\u2019un hamster, de poissons.Aujour- d\u2019hui, il a deux chats.Dobby, en référence à Harry Potter, et Mushu, comme dans Mulan.« Sans blague, je les filme souvent pour étudier leurs réactions », lance-t-il.Les deux lui ont servi de modèles pour His Dark Materials.Loïc Mireault s\u2019est lui-même fait connaître avec une animation animalière.C\u2019était en 2012.Il étudiait alors au Centre NAD (l\u2019École des arts numériques, de l\u2019animation et du design) dans la métropole.Et il a concocté, avec trois compagnons de classe, une vidéo devenue virale présentant un aigle attrapant un bébé (humain) sur le mont Royal.« C\u2019était un bon début de carrière ! dit-il en s\u2019es- claffant.Et même l\u2019une des raisons pour lesquelles Framestore m\u2019a recruté.» Depuis six ans et demi qu\u2019il travaille pour la boîte.Cette dernière mission ?« C\u2019est définitivement notre exploit le plus ambitieux.Qui a nécessité un travail de création et de communication colossal entre les artistes et les différents départements.» Car, on le sait, des effets spéciaux ratés peuvent tout faire péricliter.Vous aurez beau avoir la meilleure distribution, le monteur le plus compétent, les maquilleurs les plus visionnaires, si les animations sont bancales, rien ne sauvera la mise.Rien de tel ici, alors que tout se révèle d\u2019une impressionnante fluidité.Les mouvements coulent de source, les interactions avec les acteurs sont impeccables et réalistes.Peur, tristesse, espoir, colère.Les animaux traversent tous ces états avec la plus grande sensibilité et efficacité.L\u2019émoi le plus difficile à traduire dans une créature animée, quel est-il ?« La compassion, répond Loïc Mireault d\u2019emblée.Un lapin compatissant, je n\u2019avais jamais vu ça.» Le défi de son équipe aura été de montrer cette émotion.En la jumelant aux instincts animaliers, au comportement des animaux dans la nature.« Pour ne pas perdre en crédibilité.» Pour s\u2019assurer de la garder, cette crédibilité, ses collègues et lui ont passé des heures sur YouTube.À visionner des documentaires consacrés à chaque espèce qu\u2019ils devaient recréer.« On étudiait les poses.La mécanique des muscles.L\u2019anatomie.Le langage du corps.Chaque animal bouge d\u2019une façon très particulière.Prenez une her- De l\u2019excellent matériel à effets spéciaux Porté par la griffe montréalaise affûtée du studio Framestore, His Dark Materials remportera-t-il le titre de « prochain Game of Thrones » ?Papillon de nuit, hermine, corbeau, léopard des neiges.Ce sont ces espèces, une quarantaine, que Framestore a été chargée de recréer avec His Dark Materials.HBO LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Écrans 37 te solide de 92 %.Serait-ce vrai ?Un nouveau GoT serait-il arrivé ?De la même façon que la série inspirée par l\u2019univers de George R.R.Martin « a marqué un tournant pour les effets spéciaux au petit écran, His Dark Materials en marquera un pour les personnages animés », remarque Chloe Grysole, directrice générale de Framestore et responsable de la division film (qui se différencie de celle qui se consacre à la réalité virtuelle).Voyez les chiffres : « Ce sont 400 personnes, à Montréal, qui ont travaillé pour construire les créatures, les préparer, les faire bouger », dit celle qui dirige une équipe composée à 50 % d\u2019employés canadiens et, pour le reste, d\u2019experts venus du monde entier.« Les écoles essaient de fournir, mais l\u2019industrie grossit tellement vite ! » His Dark Materials est une autre preuve de l\u2019avancée phénoménale des effets spéciaux.Et du savoir-faire québécois.« On a atteint un autre niveau.» Pour l\u2019atteindre, il a fallu, bien entendu, collaborer de près avec le réalisateur des premiers épisodes, l\u2019osca- risé Tom Hooper.Le cinéaste ayant signé The King\u2019s Speach plonge ici dans des intérieurs qu\u2019il connaît : hôtels somptueux, chambres chics, draperies royales.Mais également dans des zones oniriques.« Ultimement, commente la directrice générale, notre but, c\u2019était de traduire sa vision à l\u2019écran.» Une vision marquée d\u2019une ambiance souvent sombre, menaçante.Le tout commence par une vague d\u2019enlèvements d\u2019enfants.L\u2019héroïne de la série, une téméraire et brillante orpheline, se voit séparée de son meilleur ami.Et recueillie par une glaciale étrangère du nom de madame Coulter.Un personnage fort, impénétrable et inquiétant, qui affirmera par exemple à la petite ne pas aimer les hauteurs.« Je n\u2019ai jamais pu me débarrasser de l\u2019occasionnelle envie de sauter.» Frisson.Abordant des thèmes aussi vastes et complexes que la religion, la confiance, l\u2019appartenance, la série ne baigne pas dans la facilité.La direction photo, les jeux de lumière, les zeppelins qui survolent la ville, le générique imposant, les voyages entre Londres et un monde\u2026 disons différent.Les éléments sont en place pour une oeuvre qui en met plein la vue.Mais l\u2019éternelle consigne « pas de divulgâcheurs » ayant été répétée jusqu\u2019à plus soif, nous nous arrêtons ici dans notre énumération.Et nous terminons avec ces mots de Chloe Grysole : « C\u2019était vraiment un travail venu du cœur.» Qui risque fort d\u2019atteindre celui d\u2019un public en quête de productions gigantesques, faites de fantastique, d\u2019aventure, et de qualité.His Dark Materials Crave et HBO, lundi, 21 h et Super Écran (en version française), mardi, 20 h.mine.C\u2019est nerveux, léger, ça respire rapidement.Il a fallu garder ces mouvements.Même dans les scènes où elle ressentait des émotions humaines.» Sur le site de référence Rotten Tomatoes, la production affiche déjà une no- On étudiait les poses.La mécanique des muscles.L\u2019anatomie.Le langage du corps.Chaque animal bouge d\u2019une façon très particulière.LOÏC MIREAULT » Dimanche 3 nov.- 15 h Église St-Léon de Westmount BILLETS | 514 861-2626 smamontreal.ca 19 20 \u2014 AM SM Gabrieli, Carissimi et Monteverdi Chœur et instruments Dir.Andrew McAnerney 02 festivalcinemania.com FESTIVAL DE FILMS FRANCOPHONES FILM FESTIVAL SUBTITLED IN ENGLISH 7\u201317 NOV 2019 SYMPATHIE POUR LE DIABLE LES MISÉRABLES REBELLES UNE INTIME CONVICTION LA BIBLIOTHÈQUE- INTERDITE UNE PRODUCTION DE SIBYLLINES Une rencontre avec la metteure en scène Brigitte Haentjens aura lieu avant le spectacle et avec les artistes, après le spectacle.AVEC SÉBASTIEN RICARD 14 NOVEMBRE, 20 H de rabais V a l i de jusqu\u2019au 4 nov.CODE PROMO : DEVOIR0211 20% PROMO É C L A I R LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Écrans 38 SAMEDI MAGIE AU CLAIR DE LUNE (5) (Magic in the Moonlight), É.-U.2014.Comédie sentimentale de Woody Allen avec Colin Firth, Emma Stone, Simon McBurney.- En Provence, les certitudes d\u2019un prestidigitateur sont ébranlées par une médium américaine dont il s\u2019était promis de révéler l\u2019imposture.ARTV 12h THE LAST WITCH HUNTER (6) É.-U.2015.Drame fantastique de Breck Eisner avec Vin Diesel, Rose Leslie, Elijah Wood.- Un soldat immortel, qui chasse les sorcières depuis le XIIIe siècle, retrouve dans le Manhattan contemporain une ennemie revenue d\u2019entre les morts pour détruire l\u2019humanité.SHOW 12h30 RETOUR VERS LE FUTUR 3 (4) (Back to the Future \u2013 Part III), É.-U.1990.Comédie fantaisiste de Robert Zemeckis avec Michael J.Fox, Christopher Lloyd, Mary Steenburgen.- Un adolescent retourne en 1885 afin de ramener au XXe siècle l\u2019inventeur d\u2019une machine à voyager dans le temps.TVA 13h30 LES DERNIERS AMANTS (3) (Only Lovers Left Alive), É.-U.2013.Drame sentimental de Jim Jarmusch avec Tilda Swinton, Tom Hiddleston, Mia Wasikowska.- Réunis à Detroit, un rocker et son amoureuse, tous deux vampires, reçoivent la visite de la petite sœur folâtre et imprudente de cette dernière.ARTV 14h JULIE ET JULIA (5) (Julie & Julia), É.-U.2009.Drame biographique de Nora Ephron avec Amy Adams, Meryl Streep, Stanley Tucci.- Une New-Yorkaise démoralisée se met au défi de réaliser en 365 jours les 524 recettes contenues dans le best-seller de son idole Julia Child.V 14h ABSOLUTELY FABULOUS.LE FILM (4) (Absolutely Fabulous \u2013 The Movie), G.-B.2016.Comédie de Mandie Fletcher avec Jennifer Saunders, Joanna Lumley, Julia Sawalha.- Accusée du meurtre d\u2019une top-modèle, la directrice d\u2019une boîte de relations publiques de Londres s\u2019enfuit à Cannes avec son amie journaliste de mode.MAX 15h30 R.E.D.2 (4) (Red 2), É.-U.2013.Comédie d\u2019espionnage de Dean Parisot avec Bruce Willis, Mary-Louise Parker, John Malkovich.- Des agents secrets à la retraite mettent leurs ressources en commun afin de retrouver à Moscou une arme de destruction massive créée durant la guerre froide.TVA 15h45 LES SIMPSON.LE FILM (4) (The Simpsons Movie), É.-U.2007.Film d\u2019animation de David Silverman.- Après avoir provoqué une catastrophe écologique à Springfield, Homer Simpson prend la fuite en Alaska avec sa famille.V 16h45 THELMA ET LOUISE (3) (Thelma & Louise), É.-U.1991.Drame de mœurs de Ridley Scott avec Susan Sarandon, Geena Davis, Harvey Keitel.- Après avoir abattu un violeur, une serveuse et une femme au foyer deviennent des fugitives qui s\u2019enfoncent de plus en plus dans le crime.MAX 17h30 LES TROLLS (4) (Trolls), É.-U.2016.Film d\u2019animation de Mike Mitchell.- Une petite créature colorée et joyeuse part à la rescousse d\u2019un groupe de ses semblables, capturés par des ogres maussades qui croient à tort que les manger les rendront heureux.TQ 18h L\u2019ESCADRON SUICIDE (5) (Suicide Squad), É.-U.2016.Drame fantastique de David Ayer avec Will Smith, Joel Kinnaman, Margot Robbie.- En échange d\u2019une réduction de peine, des supervilains participent à une mission de protection planétaire pour le compte du gouvernement américain.TVA 18h30 STAR TREK VERS LES TÉNÈBRES (4) (Star Trek Into Darkness), É.-U.2013.Science-fiction de J.J.Abrams avec Chris Pine, Zachary Quinto, Benedict Cum- berbatch.- À bord du vaisseau Enterprise, le capitaine Kirk et son second Spock pourchassent un surhomme renégat qui s\u2019est réfugié dans une zone dangereuse.V 18h30 TRUMBO (5) É.-U.2015.Drame biographique de Jay Roach avec Bryan Cranston, Diane Lane, Louis C.K.- Dans les années 1940 et 1950, le combat du scénariste hollywoodien Dalton Trumbo, mis sur la liste noire en raison de ses sympathies communistes.ARTV 19h HAUTE FIDÉLITÉ (4) (High Fidelity), É.-U.2000.Comédie sentimentale de Stephen Frears avec John Cusack, Iben Hjejle, Jack Black.- Un disquaire entreprend de retrouver les quatre femmes responsables de ses plus grandes peines d\u2019amour afin de savoir pourquoi elles l\u2019ont rejeté.MAX 20h MONDE INFERNAL (5) (Underworld), É.-U.2003.Drame fantastique de Len Wise- man avec Kate Beckinsale, Scott Speedman, Michael Sheen.- Un jeune chirurgien au passé mystérieux se retrouve au centre d\u2019une guerre sanglante entre une secte de vampires et un clan de loups-garous.Z 21h AMOUR ET MAGIE (5) (Practical Magic), É.-U.1998.Comédie fantaisiste de Griffin Dunne avec Sandra Bullock, Nicole Kidman, Aidan Quinn.- Les amours de deux jeunes sorcières sont perturbées par la malédiction qui pèse sur leur famille.ELLE 21h QUAND ON A 17 ANS (4) Fr.2016.Drame d\u2019André Téchiné avec Kacey Mottet Klein, Corentin Fila, Sandrine Kiberlain.- Deux adolescents à couteaux tirés sont forcés de cohabiter lorsque la mère de l\u2019un invite l\u2019autre à venir rester à la maison durant quelques mois.TFO 21h01 LA FOIRE AUX VANITÉS (4) (Vanity Fair), É.-U.2004.Chronique de Mira Nair avec Reese Witherspoon, James Purefoy, Romola Garai.- Au début du XIXe siècle, en Angleterre, une jeune orpheline met tout en œuvre pour favoriser son ascension dans la haute société.TQ 22h RIVIÈRE (4) (River), Can.2015.Thriller de Jamie M.Dagg avec Rossif Sutherland, Douangmany Soliphanh, Sara Botsford.- Dans le sud du Laos, un médecin américain est recherché pour le meurtre du fils de l\u2019ambassadeur australien, qu\u2019il avait violemment corrigé pour avoir violé une jeune femme.MAX 22h30 MAGIE AU CLAIR DE LUNE Voir samedi, 12h.ARTV 23h NUAGES SUR LA VILLE (5) Can.2009.Comédie dramatique de Simon Galiero avec Jean-Pierre Lefebvre, Robert Morin, Teo Spychalski.- Un agent des services sociaux qui fut autrefois un écrivain estimé prend la mesure de la distance qui le sépare de ses proches.TFO 23h31 TIREUR D\u2019ÉLITE (5) (Shooter), É.-U.2007.Thriller d\u2019Antoine Fuqua avec Mark Wahlberg, Michael Pena, Danny Glover.- Appelé à empêcher le meurtre du président des États-Unis, un ex-tireur d\u2019élite des Marines se retrouve piégé par ses employeurs et accusé du complot.TVA 23h45 HAUTE FIDÉLITÉ Voir samedi, 20h.MAX 0h30 QUAND ON A 17 ANS Voir samedi, 21h01.TFO 1h31 DIMANCHE LES TROLLS Voir samedi, 18h.TQ 12h ASTÉRIX AUX JEUX OLYMPIQUES (5) Fr.2007.Comédie fantaisiste de Frédéric Forestier avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Stéphane Rousseau.- Des Gaulois hostiles à César participent aux Jeux olympiques afin de prouver à ce dernier leur supériorité sur les Romains.TVA 13h45 SUSPECT ZÉRO (5) (Suspect Zero), É.-U.2004.Drame policier de E.Elias Mer- hige avec Aaron Eckhart, Ben Kingsley, Carrie-Anne Moss.- Un jeu du chat et de la souris s\u2019engage entre un agent du FBI et un tueur en série qui lui envoie des indices sur ses crimes.Z 14h CŒUR ET TRIO (4) (Some Kind of Wonderful), É.-U.1987.Comédie sentimentale de Howard Deutch avec Eric Stoltz, Mary Stuart Masterson, Lea Thompson.- Amoureux d\u2019une camarade de classe, un élève du secondaire s\u2019engage dans des frais exceptionnels pour sortir avec elle.V 14h WALL-E (3) É.-U.2008.Film d\u2019animation d\u2019Andrew Stanton.- En 2775, sur la Terre dépeuplée et en ruine, un robot esseulé se prend d\u2019affection pour une automate en quête de traces de vie sur la planète.RC 15h CHAIR DE POULE (4) (Goosebumps), É.-U.2015.Comédie d\u2019horreur de Rob Letterman avec Dylan Minnette, Jack Black, Odeya Rush.- Par mégarde, un adolescent libère dans le monde réel les monstres qui peuplent les récits d\u2019un célèbre auteur de romans jeunesse.TVA 16h DOUX NOVEMBRE (5) (Sweet November), É.-U.2001.Drame sentimental de Pat O\u2019Connor avec Keanu Reeves, Charlize Theron, Jason Isaacs.- Une jeune femme atteinte d\u2019une maladie incurable entreprend une liaison d\u2019un mois avec un jeune publicitaire qu\u2019elle juge complexé.V 16h UN FAUTEUIL POUR DEUX (4) (Trading Places), É.-U.1983.Comédie de John Landis avec Dan Aykroyd, Eddie Murphy, Jamie Lee Curtis.- Pour les besoins d\u2019un pari, deux hommes d\u2019affaires remplacent leur directeur par un Noir sans formation financière.MAX 17h30 AVANT LES RUES (4) Can.2016.Drame de Chloé Leriche avec Rykko Bellemare, Kwena Bellemare Boivin, Jacques Newashish.- Après avoir provoqué accidentellement la mort du complice avec qui il cambriolait un chalet, un jeune Autochtone désœuvré s\u2019impose une douloureuse pénitence.ARTV 20h DATE PRÉVUE (5) (Due Date), É.-U.2010.Comédie de Todd Phillips avec Robert Downey Jr., Zach Galifianakis, Michelle Monaghan.- Expulsé d\u2019un avion avant le décollage, un architecte est contraint de louer une voiture avec un acteur en herbe afin d\u2019arriver à temps pour la naissance de son premier enfant.MAX 20h NUAGES SUR LA VILLE (5) Can.2009.Comédie dramatique de Simon Galiero avec Jean-Pierre Lefebvre, Robert Morin, Teo Spychalski.- Un agent des services sociaux qui fut autrefois un écrivain estimé prend la mesure de la distance qui le sépare de ses proches.TFO 21h01 UNE NOUVELLE AMIE (4) Fr.2014.Comédie dramatique de François Ozon avec Anaïs Demoustier, Romain Duris, Raphaël Personnaz.- Une jeune femme marquée par le décès de sa meilleure amie devient la confidente de l\u2019époux de cette dernière, qui souhaite donner libre cours à son besoin de vivre en femme.TQ 22h LES DERNIERS AMANTS Voir samedi, 14h.ARTV 23h UNE PETITE ZONE DE TURBULENCES Voir lundi, 21h.TFO 23h31 HAROLD ET MAUDE (3) (Harold and Maude), É.-U.1971.Comédie de mœurs de Hal Ashby avec Ruth Gordon, Bud Cort, Vivian Pickles.- Un jeune homme obsédé par l\u2019idée de la mort tombe amoureux d\u2019une octogénaire excentrique.RC 0h25 NUAGES SUR LA VILLE Voir dimanche, 21h01.TFO 1h31 LUNDI TUEUR À GAGES.AGENT 47 (5) (Hitman \u2013 Agent 47), É.-U.2015.Thriller d\u2019Aleksander Bach avec Rupert Friend, Hannah Ware, Zachary Quinto.- Afin de vaincre son pire ennemi, un assassin génétiquement modifié s\u2019associe à une jeune femme qui détient le secret de ses origines.MAX 21h UNE PETITE ZONE DE TURBULENCES (5) Fr.2009.Comédie dramatique d\u2019Alfred Lot avec Michel Blanc, Miou-Miou, Mélanie Doutey.- Un retraité hypocondriaque, convaincu d\u2019être atteint d\u2019un cancer, reçoit en rafale une série de mauvaises nouvelles qui déclenchent en lui une véritable crise névrotique.TFO 21h TONI ERDMANN (2) All.2016.Comédie dramatique de Maren Ade avec Sandra Hüller, Peter Simonischek, Michael Wittenborn.- Afin de rebâtir les ponts avec sa fille, cadre dans une société basée à Bucarest, un retraité allemand lui fait une visite surprise en empruntant une fausse identité.TFO 23h30 UN ÉTÉ SUR LA CÔTE EST (5) (Greetings from the Shore), É.-U.2007.Comédie sentimentale de Greg Chwerchak avec Kim Shaw, Paul Sorvino, David Fumero.- Durant l\u2019été précédant son entrée à l\u2019université, une jeune fille travaillant comme serveuse dans un port de plaisance du New Jersey s\u2019éprend d\u2019un immigrant clandestin.TVA 0h35 MARDI PLAN DE VOL (4) (Flightplan), É.-U.2005.Thriller de Robert Schwentke avec Jodie Foster, Peter Sarsgaard, Sean Bean.- Dans un immense avion de ligne qui effectue le vol Berlin-New York, une passagère met tout en œuvre pour retrouver sa fillette qui a mystérieusement disparu.VIE 13h TONI ERDMANN (2) All.2016.Comédie dramatique de Maren Ade avec Sandra Hüller, Peter Simonischek, Michael Wittenborn.- Afin de rebâtir les ponts avec sa fille, cadre dans une société basée à Bucarest, un retraité allemand lui fait une visite surprise en empruntant une fausse identité.TFO 21h01 PIÈCE MONTÉE (5) Fr.2009.Comédie de Denys Granier-Deferre avec Jérémie Renier, Clémence Poésy, Danielle Darrieux.- Les déboires sentimentaux des membres de deux familles bourgeoises au cours d\u2019une noce célébrée dans un château à la campagne.TVA 0h35 MERCREDI LES 12 COUPS DE MINUIT (5) (After the Ball), Can.2014.Comédie sentimentale de Sean Garrity avec Portia Doubleday, Lauren Holly, Chris Noth.- Embauchée par son père dans l\u2019entreprise de confection familiale, une jeune styliste entre en conflit avec sa belle-mère, qui fait tout pour la discréditer.TVA 13h LE SILENCE DES FUSILS (5) Can.1996.Drame social d\u2019Arthur Lamothe avec Jacques Per- rin, Michèle Audette, Gabriel Gascon.- Alors que la police conclut à des accidents, un biologiste cherche à connaître les circonstances entourant la mort de deux Amérindiens.TFO 23h43 LOLA VERSUS (5) É.-U.2012.Comédie sentimentale de Daryl Wein avec Greta Gerwig, Hamish Linklater, Zoe Lister Jones.- Son fiancé l\u2019ayant larguée trois semaines avant leur mariage, une étudiante au doctorat à l\u2019aube de la trentaine se lance dans une série d\u2019expériences sentimentales et sexuelles.TVA 0h35 ON NE PEUT PAS FAIRE DEUX FOIS LA MÊME ERREUR (5) (We Can\u2019t Make the Same Mistake Twice), Can.2016.Documentaire de Alanis Obomsawin.- Des activistes entreprennent de prouver en cour que le gouvernement canadien a fait preuve de discrimination en finançant de manière insuffisante l\u2019éducation des jeunes Autochtones.TFO 1h30 JEUDI ET SI JAMAIS (5) (The F Word), Can.2013.Comédie sentimentale de Michael Dowse avec Daniel Radcliffe, Zoe Kazan, Adam Driver.- À Toronto, un jeune rédacteur technique esseulé se lie d\u2019amitié avec une charmante dessinatrice, en couple depuis cinq ans avec un avocat de l\u2019ONU.TVA 13h LE SILENCE DES FUSILS (5) Can.1996.Drame social d\u2019Arthur Lamothe avec Jacques Perrin, Michèle Audette, Gabriel Gascon.- Alors que la police conclut à des accidents, un biologiste cherche à connaître les circonstances entourant la mort de deux Amérindiens.TFO 21h AVANT LES RUES (4) Can.2016.Drame de Chloé Leriche avec Rykko Bellemare, Kwena Bellemare Boivin, Jacques Newashish.- Après avoir provoqué accidentellement la mort du complice avec qui il cambriolait un chalet, un jeune Autochtone désœuvré s\u2019impose une douloureuse pénitence.ARTV 23h LES AVENTURES D\u2019ARSÈNE LUPIN (3) Fr.1957.Comédie policière de Jacques Becker avec Robert Lamoureux, Liselotte Pulver, O.E.Hasse.- Avec brio et ingéniosité, le célèbre Arsène Lupin s\u2019adonne à son sport favori: le vol.TFO 23h30 LE SILENCE DES FUSILS Voir jeudi, 21h.TFO 1h30 VENDREDI DERNIÈRE CHANCE (5) (Griffin & Phoenix), É.-U.2006.Drame sentimental d\u2019Ed Stone avec Dermot Mulroney, Amanda Peet, Sarah Paulson.- À New York, un père divorcé atteint d\u2019un cancer vit une histoire d\u2019amour avec une jeune femme qui cache un secret.TVA 13h LE DÎNER DE CONS (5) (Dinner for Schmucks), É.-U.2010.Comédie de Jay Roach avec Steve Carell, Paul Rudd, Zach Galifianakis.- Ayant dégoté un excentrique qu\u2019il compte ridiculiser lors d\u2019un dîner, un conseiller financier est accablé par une série de catastrophes provoquées par son invité.VIE 13h 40 ANS ET ENCORE PUCEAU (5) (The 40 Year-Old Virgin), É.-U.2005.Comédie sentimentale de Judd Apatow avec Steve Carell, Catherine Keener, Paul Rudd.- Poussé par ses collègues de travail, un homme au seuil de la quarantaine entreprend de remédier à sa totale inexpérience en matière de sexualité.MAX 20h LES AVENTURES D\u2019ARSÈNE LUPIN (3) Fr.1957.Comédie policière de Jacques Becker avec Robert Lamoureux, Liselotte Pulver, O.E.Hasse.- Avec brio et ingéniosité, le célèbre Arsène Lupin s\u2019adonne à son sport favori: le vol.TFO 21h LA FOLLE JOURNÉE DE FERRIS BUELLER (4) (Ferris Bueller\u2019s Day Off), É.-U.1986.Comédie de John Hughes avec Matthew Broderick, Alan Ruck, Mia Sara.- Se faisant passer pour malade, un adolescent en profite pour faire l\u2019école buissonnière avec sa copine et un ami.MAX 22h30 UNE NUIT POUR SURVIVRE (5) (Run All Night), É.-U.2015.Drame policier de Jaume Collet- Serra avec Liam Neeson, Joel Kinnaman, Ed Harris.- Pour protéger son fils, qui l\u2019avait renié, un tueur professionnel sur le déclin retourne son arme contre son ancien employeur et les mercenaires de ce dernier.TVA 22h35 VÉRITÉ (4) (Truth), É.-U.2015.Drame historique de James Vanderbilt avec Cate Blanchett, Robert Redford, Topher Grace.- Après une enquête sur les agissements de George W.Bush durant la guerre du Vietnam, l\u2019équipe de l\u2019émission d\u2019information 60 Minutes est mise sur la sellette.ARTV 23h AVANT LES RUES (4) Can.2016.Drame de Chloé Leriche avec Rykko Bellemare, Kwena Bellemare Boivin, Jacques Newashish.- Après avoir provoqué accidentellement la mort du complice avec qui il cambriolait un chalet, un jeune Autochtone désœuvré s\u2019impose une douloureuse pénitence.RC 23h05 LA FAUTE À FIDEL! (4) Fr.2006.Comédie dramatique de Julie Gavras avec Nina Kervel-Bey, Julie Depardieu, Stefano Accorsi.- En 1970, l\u2019existence bourgeoise d\u2019une fillette est bouleversée lorsque ses parents décident d\u2019adhérer à la doctrine communiste.TFO 23h30 JIMMY P.(PSYCHOTHÉRAPIE D\u2019UN INDIEN DES PLAINES) (4) (Jimmy P.), Fr.2013.Drame d\u2019Arnaud Desplechin avec Benicio Del Toro, Mathieu Amalric, Gina McKee.- Victime de terribles migraines et de troubles de la vue, un Indien Blackfoot, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, entame une analyse avec un psychanalyste français.TQ 0h RÉDEMPTION (4) (Hummingbird), É.-U.2013.Thriller de Steven Knight avec Jason Statham, Agata Buzek, Vicky McClure.- Tombé en disgrâce, un membre des Forces spéciales américaines tente de faire amende honorable, notamment auprès des trois femmes de sa vie.TVA 0h50 GAMINES (4) Fr.2009.Chronique d\u2019Éléonore Faucher avec Amira Casar, Sylvie Testud, Zoé Duthion.- Élevée avec ses deux sœurs par sa mère d\u2019origine italienne, une fillette lyonnaise rêve de retrouver son père, dont elle ne possède qu\u2019une photo volée dans l\u2019armoire maternelle.RC 1h05 LES AVENTURES D\u2019ARSÈNE LUPIN Voir vendredi, 21h.TFO 1h30 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Culture Écrans 39 AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR L\u2019artillerie innovante À quelques jours de la date anniversaire de la soirée d\u2019attentats qui a secoué Paris en 2015 débute cette série documentaire française qui dresse un panorama des innovations technologiques développées un peu partout dans le monde dans les dernières années pour venir grossir l\u2019arsenal militaire afin de lutter contre le terrorisme.Les quatre épisodes de cette incursion dans les laboratoires de chercheurs en quête de nouveaux moyens techniques pour détecter les menaces et neutraliser à temps les possibles attaques terroristes expliquent comment ont été conçus et développés toutes sortes d\u2019outils et de procédés, dont plusieurs relevaient de la science-fiction encore hier\u2026 Des robots espions déguisés en insectes confondant de réalisme, des « surfs » volants, des armures liquides qui deviennent solides sous les tirs de balles, des outils radar qui permettent de voir à travers les murs, d\u2019autres qui peuvent détecter l\u2019ADN olfactif de suspects : la liste est longue et impressionnante, parfois même tellement qu\u2019elle en est épeurante.La série fait la part belle aux propos SUR VOS ÉCRANS \u2013 LA SCIENCE (PRESQUE FICTION) À LA RESCOUSSE Le visionnement de la semaine Succès-surprise sur la plateforme Netflix l\u2019an dernier, cette série de suspense anglaise (d\u2019abord diffusée dans l\u2019indifférence sur Channel 4) adaptée d\u2019un roman graphique éponyme et qui intégre à merveille les codes du drame adolescent revient pour une suite très attendue.Le héros, un grand ado qui se croit psychopathe et tueur en série en devenir, est-il mort sous les balles des forces de l\u2019ordre durant sa cavale avec sa potentielle victime, devenue l\u2019objet de son affection ?La bande-annonce ne laisse rien filtrer à ce sujet\u2026 The End of the f***ing World, saison 2 Netflix, dès vendredi éclairants des scientifiques qui ont travaillé sur ces projets, dans un effort de vulgarisation qui ne s\u2019appuie heureusement pas sur des formules- chocs ou une réalisation tapageuse.C\u2019est là une des grandes qualités de cette production rigoureuse et esthétiquement léchée.Protection planétaire Cet autre documentaire, toujours français, au titre original anglais particulièrement parlant de Earth Attacks ! nous entraîne lui aussi tout près de la science-fiction, autant dans le propos que dans le ton adopté\u2026 C\u2019est d\u2019une trame sonore grandiloquente et d\u2019une mise en scène un brin sensationnaliste qu\u2019est enveloppé ce film au demeurant fort passionnant sur les dangers de contamination « terrienne » sur les planètes et astres à proximité, qui pourraient grandement nuire (et qui nuisent déjà parfois) aux recherches de traces de vie sur celles-ci.On y découvre les méticuleux (et onéreux) dispositifs d\u2019aseptisation qui ont été utilisés ou qui sont encore développés pour empêcher que toute la « quincaillerie » que l\u2019on a envoyée La science face au terrorisme Planète +, dimanche, 20 h et qu\u2019on envoie encore sur la Lune, Mars et autres planètes voisines ne laissent des micro-organismes qui pourraient possiblement créer de grands bouleversements\u2026 Retour à l\u2019hôpital On retombe les pieds sur terre, là ou la science médicale ne suffit pas toujours pour changer le monde, dans les couloirs de l\u2019hôpital Maisonneuve- Rosemont.On suivra avec bonheur, pour une troisième saison, le quotidien jamais banal des docteurs Gagnon, Mottard et Marquis, et d\u2019autres collègues qui s\u2019ajoutent à la « distribution » de cette magnifique série documentaire.Les premiers épisodes de ce nouvel effort sont révélateurs de l\u2019état pas très réjouissant de notre système de santé (tout particulièrement celui diffusé cette semaine, intitulé « Sous pression »), et témoignent encore avec patience et respect patient du dévouement de ceux qui y œuvrent avec souvent peu de moyens, pas mal de fatigue et toujours beaucoup d\u2019humanité.Point doc : Futur proche Télé-Québec, mardi, 20 h De garde 24/7 Télé-Québec, jeudi, 20 h i lucia di lammermoor 9 .12 .14 .17 N O V E M B R E 2 0 1 9 D O N I Z E T T I Kathleen Kim S O P R A N O C O L O R AT U R E LUC IA Venez découvrir le talent de cette étoile montante, acclamée lors de son récent passage au Metropolitan Opera et décrite comme «?spectaculaire?» par Opera News. 11/02 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie En direct de l'univers Victoria / L'éléphant blanc La vérité Le Téléjournal Les grands reportages TVA TVA nouvelles L'ESCADRON SUICIDE (2016) avec Jared Leto, Margot Robbie, Will Smith.21h15 LE MÉCANO: RÉSURRECTION (2016) Jason Statham.23h15 TVANou.TQ LES TROLLS (2016) Farquaad Cette année-là Belle et Bum LA FOIRE AUX VANITÉS (2004) V Cinéma STAR TREK: VERS LES TÉNÈBRES (2013) avec Zachary Quinto, Chris Pine.21h15 LE MARIAGE (2003) Jason Biggs.23h15 Buzz ICI RDI Le Téléjournal Découverte Le National La Semaine verte Le Téléjournal La Facture Le Téléjournal Le National Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche! 20h15 Taratata 100% live / Pascal Obispo, Claudio Capéo, Soprano / Pascal Obispo Journal/ L\u2019invité CANAL D Enchères Tour de Force Les pires erreurs d'ingénierie Le choc des bolides Galas ComédiHa! 2018 Comédie Club / Billy Tellier Panique 401 CANAL VIE De taudis à logis Mères à boutte Naissances Maison jackpot Déco verte Body Bizarre (v.f.) Animaux VIP / Projets XXL Mar.aveugle RDS 16h45 Course Sports 30 /18h45 WR Rugby - Coupe du monde Finale Sports 30 /21h45 Antichambre 22h45 Sport30 23h15 Course HISTORIA Les pas de De père en fils Le lot du diable Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Extraterrestres ICI ARTV Les filles de Caleb TRUMBO (V.F.) (2015) avec Diane Lane, Helen Mirren, Bryan Cranston.Moi et l'autre Appelez mon agent Cinéma EXPLORA Homo sapiens Exploration glaciale La Semaine verte La jeune fille et son aigle Pharmachien Z Seuls et tout nu Krypton / Un nouvel espoir Les Brown / Tous pour un MONDE INFERNAL (2003) avec Scott Speedman, Bill Nighy, Kate Beckinsale.sav-media Archi branchés Question santé Grand chapitre 19h50 Biblioth Inventer le ciel Couple nerds Publica./ 36.9° 22h20 uniVERT 22h45 Santé 23h15 Santé TFO Les sapiens Flip Top!/ Top! Amélie Wapos Bay La grande soif QUAND ON A 17 ANS (2016) Sandrine Kiberlain.Cinéma Planète Globe cooker Nous détestent-ils?/ Nous les malades Au fil du Gange The believers Les Fros CBC CBCNews Hockey Central LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Flyers de Philadelphie (D) Hockey / Vancouver vs San Jose (D) CTV CTV News Montreal W5 OUT OF CONTROL (2009) Laura Vandervoort.The Big Bang The Big Bang CTV National GBL Global News Global National Security Security Home to Win Private Eyes Rookie Blue / Ninety Degrees Global News ABC 15h30 Football Football Score.Football Score.NCAA Football (D) News CBS 15h30 Football / Ga./Flor.(D) Ch.3 News Friends Crimetime Saturday Crimetime Saturday 48 Hours News PBS (33) Time Goes By Appearances Fawlty Towers Still Open Father Brown Doc Martin Shakespeare Hathaway Austin City UNIS Le p'tit cabaret Trait d'humour / Mathieu Cyr Le punch Balade FAMILIA (2005) avec Macha Grenon, Sylvie Moreau.Watatatow HBO1 18h15 RECOUNT (2008) avec John Hurt, Kevin Spacey.20h15 True Justice: Bryan Stevenson's Fight For Equality Daniel Sloss: X TVA Sports Avant-match (D) LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Stars de Dallas (D) 21h45 Dave Morissette 22h45 TVA sp.23h15 Hockey SAMEDI 11/03 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte Gros labo Tout le monde en parle 22h20 Journal 22h50 Sports 22h55 Infoman TVA TVA nouvelles VLOG Révolution / Face-à-face 20h45 Studio G 21h45 TVANou.22h15 Fentanyl 22h45 BESOIN D'AMOUR TQ Les francs-tireurs Y'a du monde à messe Voir autrement / Police ou psy?Like-moi! UNE NOUVELLE AMIE (2014) Romain Duris.V Cinéma Occupation Double Afrique du Sud Occupation Double Occupation Double Afrique du Sud Occupation Double ICI RDI Le Téléjournal Enquête Le National Les grands reportages Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché 22h15 Champions du monde Journal/ L\u2019invité CANAL D Patrouille GTI Docu-D / Cobayes: les dossiers noirs Percer le mystère Asphalt Cowboys (v.f.) Dossiers NASA CANAL VIE Une garderie Un safari La famille Groulx Les 7 petits Johnston En transition de genre / Echo Les gratteux Premier flip Taudis à logis RDS 16h00 Course automobile (D) Sports 30 Sports 30 Blitz /20h15 LNF Football / Patriots de Nouvelle Angleterre c.Ravens de Baltimore (D) HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Nos ancêtres les extraterrestres La preuve manquante Le mystère de l'or / Mosaïque La malédiction d'Oak Island Armes ICI ARTV Pour emporter Pour l'amour du country AVANT LES RUES (2016) Rykko Bellemare.Appelez mon agent Cinéma EXPLORA Stupidité Stupidité Les trains de l'impossible Pharmachien Planète techno Sur les routes de la science Découverte Nature Z P.Lemieux Garage Ridicule Comédie En rodage Talk show Galas ComédiHa! 2017 Mais pourquoi?/ Fitness Barry sav-media 18h20 Grand 18h50 Grand 19h15 Grand Après/ Histoire De garde 24/7 20h45 Décor Couple nerds Archi branchés Question santé Kebec Balado TFO Benjamin Petit ours Berenstain Maya l'abeille Citoyen monde Citoyen monde NUAGES SUR LA VILLE (2009) Alex Bisping.AmourRo Compte/ ONFR+ Planète 17h00 L'accusé Alexandre le Grand, Globe cooker Terrorisme / La robotique Grands Mythes L'histoire dates Archives L'homme de l'Isle CBC Great Canadian / Pie Week Heartland / The Art of Trust Anne With an E The Fifth Estate CBC News: The National CBCNews CTV 16h25 Football (D) NFL on CTV God Friended Me / The Fighter Shark Tank The Rookie / Fallout CTV National GBL Global News Global National Security Security Kids Say the Darndest Things NCIS: Los Angeles Madam Secretary / Daisy Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Kids Say the Darndest Things Shark Tank The Rookie / Fallout News CBS 16h25 LNF Football (D) 60 Minutes God Friended Me / The Fighter NCIS: Los Angeles Madam Secretary / Daisy PBS (33) Impossible Builds FieldTripCurits Steves' Europe Great Performances at the Met / La Fille du Regiment Sun Studio Growing Native UNIS Les fermiers Devenir adulte Jenny/ Jenny Les Parent Les Parent La galère Un vrai selfie Un vrai selfie 21 jours HBO1 AXIOS 18h40 Drop In 18h55 GAME CHANGE (2011) Woody Harrelson.Watchmen Silicon Valley Mrs.Fletcher Last Week TVA Sports USports Football - Éliminatoires Demi-finale RAW Le TVA sports WTA Tennis DIMANCHE 11/04 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Discussions Une autre histoire Ruptures Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Un zoo pas Boomerang L'échappée Alerte Amber / Le jardinier TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Clovis Génial! Ça vaut le coût Point doc / Futur proche Zone franche Like-moi! Mc$ween Dans médias V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Mets-y le Mets-y le L'Open Mic Occupation D Whiskey Cavalier Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Le thon, la brute et le truand La guerre des trônes Hitler, le système de la terreur Garde nationale Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Enchères Tour de Force Les pires erreurs d'ingénierie Les dossiers de la NASA Percer le mystère / Le contrôle Alaska: La ruée CANAL VIE Premier flip Soupers Quoi ton plan?Les gratteux Belle à ma façon Mariage à l'aveugle Une garderie Un safari Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LNH Hockey / Sénateurs d'Ottawa c.Rangers de New York (D) L'antichambre (D) Sports 30 Coupe HISTORIA La malédiction d'Oak Island Compagnons d'armes Le mystère de l'or confédéré La malédiction d'Oak Island Chasseurs Chasseurs Malédiction ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Pour l'amour du country Les guerres de Coco Chanel Les scandales de la mode 5 degrés EXPLORA Le refuge de l'espoir L'Ouest américain Vivre loin du monde Reconstruire l'histoire Recréer l'arche de Noé Exploration Z Remorquage Week-end Science Garage d'élite Américars / Vente aux enchères Belle cubaine Garage Arrow / Emiko Queen Dexter sav-media 18h20 Grand 18h50 Grand 19h15 Grand Après/ Histoire Archi branchés Encore plus Couple nerds 36.9° Question santé Couple nerds Grand chapitre TFO Les sapiens Maxi/ Maxi Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles UNE PETITE ZONE DE TURBULENCES (2009) 22h50 P Tango L'assa/ ONFR+ Planète Femmes accusées L'enquête de ma vie Caméraman de guerre Une fortune à Venise Picasso, l'inventaire d'une vie CBC CBCNews JFL: Gags Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Frankie Drake / Out on a Limb CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Bob Hearts All Rise The Good Doctor CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Neighborhood 9-1-1 / Athena Begins Prodigal Son / Q&A Bull Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Dancing With the Stars / Dance Off-Week The Good Doctor News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Neighborhood Bob Hearts All Rise Bull News PBS (33) NHK Newsline DW News Democracy Now! Vermont Week Profile Made Here / In The Blood NE Legends Made/ Made PBS NewsHour UNIS Cochon dingue Main à la pâte Bouffe en cavale Tournée générale La baie des merveilles Chars Eau fraîche Hooké HBO1 17h45 Ice on Fire 19h25 LIKE.SHARE.FOLLOW (2016) His Dark Materials Catherine the Great Watchmen TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Penguins de Pittsburgh c.Bruins de Boston (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Hockey LUNDI LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Le théâtre Apollo, une salle de spectacle centenaire du quartier Harlem à New York, a été un lieu privilégié de la construction de grands pans de la culture afro-américaine et de la culture américaine tout court, dont le rayonnement dans plusieurs domaines d\u2019activité se fait toujours sentir.Ce documentaire de Roger Ross Williams, pas très critique mais riche en archives surprenantes et en témoignages vibrants, dresse un portrait émouvant de cet établissement phare qui continue de faire rayonner les créateurs et de mener des combats, à sa façon.Le film aborde très rapidement les premières années d\u2019existence du théâtre, alors réservé à un public exclusivement blanc, pour concentrer l\u2019essentiel de son propos à son évolution.Du milieu des années 1930, moment où les Afro-Américains ont commencé à fréquenter cette salle, jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, en passant par la vague Motown et l\u2019essor du hip-hop, il aborde en parallèle l\u2019histoire des luttes politiques et sociales des Noirs aux États-Unis.Plusieurs vedettes afro-américaines (Smockey Robinson, Patti Labelle, Are- tha Franklin, Angela Bassett) se confient sur leur rapport, parfois complexe, à ce lieu mythique, qui pour plusieurs fut leur école du show-business.Nombre de stars, d\u2019Ella Fitzgerald à Lauryn Hill, y ont vécu leur baptême de la scène lors des Amateurs Nights, ces rendez-vous hebdomadaires qui permettent, depuis 1935, à de nouveaux talents d\u2019émerger, sous les applaudissements, ou les huées\u2026 La force du documentaire réside principalement dans la richesse et l\u2019abondance des archives audiovisuelles, qui donnent la mesure de l\u2019importance de cette institution.Culture Écrans 40 Le cœur battant de la culture afro- américaine Portrait vibrant et vivant du mythique théâtre d\u2019Harlem The Apollo HBO et Crave, mercredi, 21 h HBO La mode du « Nordic Noir » ne s\u2019essouffle pas en cet âge d\u2019or de la télé.On en veut pour preuve cette nouvelle série suédoise, développée par les créateurs de la marquante Bron (The Bridge).Advo- katen (The Lawyer, en version française) raconte en huit épisodes comment un brillant avocat et sa sœur policière aux stupéfiants mènent leur propre enquête pour piéger le responsable de la mort de leurs parents, le chef d\u2019un groupe criminel que le frère « infiltrera ».À NE PAS MANQUER The Lawyer Canal + International, lundi, 20 h, deux épisodes en rafale.Enquête personnelle 11/06 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Plan B / Réchappée Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Les Gags LOL :-) Les invisibles / Coup de foudre Mensonges TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Format familial Point doc / De terre et d'os Les francs-tireurs La femme honorable 180 jours V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Ne jamais faire / Pier-Luc Funk L'Open Mic Occupation D SEAL Team: Coeur et courage Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Chacun son île Clandestins 21h10 13h15, le dimanche Les routes de l'impossible Journal/ C à dire CANAL D Riches et coupables Forces spéciales / Le caractère Alaska: La ruée vers l'or Pirates Inc.Les pires erreurs d'ingénierie Pays Mitchifs CANAL VIE À la conquête d'une maison Design V.I.P.Soupers Animaux VIP Mères à boutte Naissances En transition de genre / Erin Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Hors-jeu 2.0 émotions Panthéon des Sports Max et Bruno L'antichambre (D) Sports 30 HockeyQc.ca HISTORIA Les a$ de la brocante Profession: brocanteur De l'acier et du feu De l'acier et du feu Compagnons d'armes L'acier et feu ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Moi et l'autre Les Lavigueur / La famille Les Lavigueur / Qui gagne perd Les Lavigueur / Le procès Les Lavigueur EXPLORA Prédateurs L'Ouest américain Stupidité Stupidité Les trains de l'impossible Héros de l'espace / Saturn V Routes science Z Remorquage Week-end Seuls et tout nu Slobby Trésors tech Mais pourquoi?/ Parentalité Maintenance Barry Dexter sav-media Inventer le ciel Génie d'ici Encore plus Kebec Musée/ Histoire Maîtres 21h55 Histoire Après/ Histoire Anxiété 23h25 Gardiste TFO Les sapiens Métiers/ Métiers Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles On ne peut pas faire deux fois la même erreur Planète Au fil du Gange The believers Femmes accusées L'enquête de ma vie Green Cops / Guyane Crash Inv.CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Great Canadian / Finale Northern Rescue / The Bear CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Goldbergs The Masked Singer Almost Family Stumptown CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Survivor: Island of the Idols Modern Family Single Parents S.W.A.T.Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Schooled Modern Family Single Parents Stumptown News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Survivor: Island of the Idols SEAL Team S.W.A.T.News PBS (33) NHK Newsline DW News Democracy Now! Last of the Breed Ken Burns: America's Storyteller / The War PBS NewsHour UNIS Cochon dingue Louis la faune Les fermiers / Les défis de l'été 21 jours Un vrai selfie Un vrai selfie Tournée générale La galère HBO1 17h40 THE TRUTH IS IN THE.19h05 BESSIE (2015) Bryan Greenberg, THE APOLLO (2019) Jamie Foxx.22h45 RECOUNT (2008) TVA Sports 17h00 JiC Le top LNH Avant-match LNH Hockey / Red Wings de Détroit c.Rangers de New York (D) D.Morissette 23h15 RAW MERCREDI 11/07 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman 100 génies Enquête Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Les Gags Oeufs d'or Le bon docteur / L'entière vérité J.E.Face à la rue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Mc$ween De garde 24/7 Dans les médias House of Cards (v.f.) Chef cabane V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Les jeux fous d'Ellen L'Open Mic Occupation D Chicago Police / Détonateur Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Devoir d'enquête / Dans les griffes du violeur de la Sambre Urgences Les secrets Journal/ C à dire CANAL D Comédie Club / Billy Tellier Les dossiers de la NASA Les pires prisons du monde Paranormal sur le vif Les tunnels secrets d'Hitler CANAL VIE Mini-maisons Mini-maisons Les 7 petits / Juste une goutte La famille Groulx Une garderie Un safari Premier flip Design V.I.P.Big Love (v.f.) RDS 18h15 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Flyers de Philadelphie (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA Compagnons d'armes De l'acier et du feu FantomWorks Transmission À fond Hors route / Les gros canons Route croix ICI ARTV 17h30 Grantche Grantchester Moi et l'autre Pour l'amour du country Les filles de Caleb Les filles de Caleb Cinéma EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Granby, un zoo sous la neige Nature en équilibre Pharmachien Pharmachien L'Ouest américain Ouest Z Remorquage Week-end Ridicule En rodage Galas ComédiHa! 2017 Talk show Comédie Tosh.0 P.Lemieux Dexter sav-media 17h30 Culture L'ère robots Juifs et Musulmans Maîtres 20h50 Art Après/ Après Génie d'ici Kebec Encore plus Inventer le ciel TFO Les sapiens Flip Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles LE SILENCE DES FUSILS (1996) AmourRo Compte/ 8,75$ Planète Caméraman de guerre Une fortune à Venise Champs de bataille / La bataille des Ardennes L'histoire dates Archives Chiens des glaces CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Coronation Coronation St.Dragons' Den CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk Young Sheldon Grey's Anatomy How to Get Away With Murder Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Will & Grace The Unicorn GoodPlace Carol's 2nd Act Evil / 790 Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy Million Little Thing / Ten Years How to Get Away With Murder News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Young Sheldon The Unicorn Mom Carol's 2nd Act Evil / 790 News PBS (33) NHK Newsline DW News Democracy Now! Outdoor Rural Delivery Points North Crossroads The Farming Project PBS NewsHour UNIS Cochon dingue Hôpital vétérinaire Louis la faune Eau fraîche Oiseaux Hooké Main à la pâte Bouffe en cavale Peaky Blinders HBO1 18h15 FAHRENHEIT 451 (2018) Michael Shannon.THE APOLLO (2019) Jamie Foxx.21h45 Catherine the Great 22h45 Catherine the Great TVA Sports 17h00 JiC Hockey - Série Canada-Russie Russie c.OHL (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Hockey JEUDI 11/08 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant Faites-moi rire! / Eve Landry Galas ComédiHa! Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre La liste noire / Le Corse TVA nouvelles 22h35 UNE NUIT POUR SU.TQ Encore plus Moi j'mange Cette année-là Y'a du monde à messe Like-moi! Zone franche Belle et Bum V Souper parfait Rire et délire L'arbitre Huissiers Huissiers Les jeux des Titans Heure limite Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Décrypteurs Le National Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Guides d'aventures Échappées belles / Week-end à Madrid En marge du monde Journal/ C à dire CANAL D Pirates Inc.Douanes Douanes Opération Police 60 jours en prison Crimes occultes Forces CANAL VIE Mères à boutte Naissances Premier flip Design V.I.P.Les héros de la réno Belle à ma façon Mères à boutte Naissances Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Faites vos jeux Coupe du monde Motocyclette L'antichambre (D) Sports 30 Faites vos jeux HISTORIA Hors route / Les gros canons La route des croix Les montagnards Les montagnards Les pas de De père en fils Yukon Gold ICI ARTV Moi et l'autre Moi et l'autre Dre Grey, leçons d'anatomie Pour emporter C'est juste de la TV Esprit critique VÉRITÉ EXPLORA Îles de beauté / Les Philippines Planète techno Vies de chiens Vivre avec les volcans Demain, tous myopes?Internet / Branché sur l'avenir Internet Z Remorquage Week-end Garage Belle cubaine Les pires chauffards canadiens Américars / Vente aux enchères Infiltration Infiltration Dexter sav-media CORIM Arrêt monde Archi branchés 36.9° Question santé Couple nerds CORIM Encore plus Grand chapitre 22h50 Biblioth L'électricité TFO Les sapiens Subito texto Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles LES AVENTURES D'ARSÈNE LUPIN (1957) 22h45 Mallette Empreint Planète Blue World Namibie Mission grands requins blancs Sous emprise L'abbé, le diable Globe cooker Pourquoi nous détestent-ils?CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.marketplace In the Making The Nature of Things CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang L.A.'s Finest Magnum P.I.Blue Bloods / Peter Fonda CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Hawaii Five-0 The Blacklist SEAL Team Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition HS Musical:TheSeries 20/20 News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight Hawaii Five-0 Magnum P.I.Blue Bloods / Peter Fonda News PBS (33) NHK Newsline DW News Democracy Now! John Lewis Made Here / Left On Pearl Made Here Made/ Collinw.PBS NewsHour UNIS Watatatow Watatatow Les intrépides Les intrépides Galaxie près Galaxie près Fais-moi peur! Fais-moi peur! Trait d'humour / Kim Lizotte Le punch HBO1 Cinéma 18h50 TILL EX DO US PART (2018) Kelly Sullivan.20h25 PHIL SPECTOR (2013) Al Pacino.Real Time With Bill Maher Room 104 TVA Sports 17h00 JiC Avant-match LNH Hockey / Bruins de Boston c.Red Wings de Détroit (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports VENDREDI LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 11/05 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture Toute la vie 5e rang Le Téléjournal Sports/ On va se TVA TVA nouvelles Le Tricheur Animaux retrai La Dérape L'heure bleue Les honorables / Trahisons TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passe-Partout Cochon dingue Génial! Moi j'mange National Geographic House of Cards (v.f.) Poldark Francs-tireurs V Souper parfait Occupation D Avec mon ex Rire et délire Les jeux des Titans L'Open Mic Occupation D NCIS: Los Angeles Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Urgences Guides d'aventures En marge du monde L'art du crime Journal/ C à dire CANAL D Riches et coupables Le choc des bolides Asphalt Cowboys (v.f.) Panique sur la 401 Catastrophes en mer Paranormal CANAL VIE La réno La réno Déco verte Premier flip Vendre ou rénover Vancouver?Les héros de la réno Quoi ton plan?Les gratteux Big Love (v.f.) RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Bruins de Boston c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Chasseurs Chasseurs La malédiction d'Oak Island Pawn Stars Pawn Stars Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Profession ICI ARTV 17h30 Histoires Les belles histoires Quelle famille! Les filles de Caleb Les filles de Caleb Appelez mon agent Appelez agent EXPLORA Animo S'aime chien L'Ouest américain Pharmachien Pharmachien Au coeur du cerveau Nature en équilibre Les volcans Z Remorquage Week-end Les Brown / Coups de feu Deadly Class (v.f.) Surnaturel / Nihilisme Krypton / La Zone fantôme Dexter sav-media CORIM Après/ Après De garde 24/7 19h45 Décor Anxiété 20h55 Gardiste Juifs et Musulmans Inventer le ciel L'ère robots TFO Les sapiens Motel Monstre Top!/ Top! Amélie Boum, canon Les jumelles TONI ERDMANN (2016) avec Michael Wittenborn, Peter Simonischek.Planète Sous haute surveillance Blue World Namibie Mission grands requins blancs Pourquoi nous détestent-ils?/ Nous les vieux CBC CBCNews JFL: Gags Still Standing Coronation St.Still Standing 22 Minutes TallBoyz Baroness CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Resident / Nurses' Day This Is Us Emergence / Mile Marker 14 CTV National GBL Global National Global News NCIS: New Orleans NCIS / Institutionalized FBI New Amsterdam Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Little Mermaid Live! Emergence / Mile Marker 14 News CBS Channel 3 News at 6:00 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / Institutionalized FBI NCIS: New Orleans News PBS (33) NHK Newsline DW News Democracy Now! America ReFramed / Surviving Home Made Here / The Kids We Lose PBS NewsHour UNIS Cochon dingue Jenny/ Jenny Les Parent Les Parent L'ENFANT PRODIGE (2010) Patrick Drolet.Ciné tout court Trait d'humour HBO1 17h35 Wig 19h10 Grey Gardens Mrs.Fletcher Silicon Valley His Dark Materials Catherine TVA Sports 17h00 JiC Hockey - Série Canada-Russie Russie c.QMJHL (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Hockey MARDI Culture Écrans 41 CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR Légende vivante de la haute couture, Coco Chanel aura passé sa vie à se battre pour se hisser au cénacle et y rester.« Je me bats tout le temps », confie-t-elle d\u2019entrée de jeu, yeux flamboyants et bouche en coup de sabre, très sûre d\u2019elle.C\u2019est cette conquérante française, au passé noirci par des idées antisémites et des positions pro-nazies, que raconte avec emphase Jean Lauritano dans Les guerres de Coco Chanel.À l\u2019écriture comme à la caméra, le cinéaste travaille à l\u2019épure, comme Chanel avec ses modèles : le phrasé est classique, le propos tiré à quatre épingles, l\u2019image soignée.Souveraine, Gabrielle Chanel n\u2019y tient pas que le premier rôle, elle s\u2019arroge aussi souvent le dernier mot.À la voir ainsi dévider sa vie au fil des archives retenues par Lauritano, on lui accorde sans jamais les contester un sens aigu de la formule, de même qu\u2019un caractère en acier trempé, un formidable instinct de survie et un désir de revanche peu commun qu\u2019une métaphore guerrière surligne d\u2019ailleurs à très forts traits.À vrai dire, l\u2019aura de ce bourreau de travail qui n\u2019aura eu « peur que d\u2019une chose », « [s]\u2019ennuyer », écrase parfois de sa vitalité presque mauvaise (Sagan la dira « atrabilaire ») ce documentaire qui refuse de sortir des lignes que Chanel aura elle-même tracées pour se raconter.Lambert Wilson à la narration confère à l\u2019ensemble une sobriété heureuse.Une poignée d\u2019inédits, dont plusieurs tirés des collections de l\u2019INA, redore le tout, jetant un éclairage plus contrasté, et combien nécessaire, sur l\u2019héritage de cette icône.Les guerres de Coco Chanel Lundi, Artv, 20 h 30, aussi sur Tou.tv L\u2019art de la guerre Jean Lauritano raconte Coco Chanel par ses batailles ARTV Une cracheuse de feu pendant les célébrations d\u2019el Día de los Muertos, à Playa del Carmen PHOTOS GABRIEL ANCTIL V I V R E LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Hockey à 30 °C Si le mal du pays vous foudroie ou que l\u2019idée de manquer une partie des Canadiens vous donne le tournis, pas de panique : le bien nommé bar sportif Los Tabarnacos, ayant pignon sur rue au cœur de Playa del Carmen (147, Calle 10 Norte), a de quoi satisfaire vos dépendances.Il est le repère de nombreux Québécois en vacances dans la région, qui s\u2019y rassemblent pour encourager le club mon- tréalais, dont chaque match est présenté en français sur écran géant dans une ambiance surchauffée, dont les échos s\u2019entendent dans tout le quartier.On raconte même que, pendant les séries éliminatoires (lorsque les Glorieux y participent), la foule s\u2019étire jusque dans la rue, qu\u2019elle bloque complètement pendant la durée de l\u2019affrontement.Vous y serez reçu par Daniel Gin- gras, le très sympathique propriétaire des lieux, Lavalois d\u2019origine et installé au Mexique depuis une décennie.Los Tabarnacos propose pas moins de dix sortes de poutine en plus d\u2019y servir de très bons tacos al pastor (au porc).Vous pourrez y critiquer les dernières décisions de Marc Bergevin avec des passionnés, dont certains, retraités, vous raconteront le bon vieux temps où le défilé de la Coupe Stanley se déroulait à Montréal chaque année et où les bancs de neige se mesuraient en dizaines de pieds.les personnages du tendre film d\u2019animation Coco, sorti en 2017, qui a grandement aidé à faire connaître cette tradition de par le monde.Fantômes mayas Tant qu\u2019à explorer les environs, il vous faut visiter l\u2019ancienne cité maya fortifiée de Tulum, qui a abrité jusqu\u2019à 8000 personnes entre l\u2019an 900 et 1540, approximativement.Située à un peu moins d\u2019une heure au sud de Playa del Carmen, c\u2019est l\u2019ensemble archéologique le plus important de la région et le seul étant directement situé sur une falaise plongeant dans la mer des Caraïbes, ce qui ajoute grandement à la beauté des lieux.Constituée d\u2019une dizaine de constructions, dont certaines très bien conservées, la cité permet d\u2019imaginer ce à quoi le monde précolombien pouvait ressembler.Vous y découvrirez la richesse de la mythologie ainsi que la finesse des représentations religieuses.Il est, par exemple, possible d\u2019observer à l\u2019intérieur du Templo de los Frescos des fresques colorées représentant l\u2019univers tel qu\u2019imaginé par les Mayas, ainsi qu\u2019une sculpture du dieu descendant, qui surplombe le temple du même nom et semble plonger vers les fonds marins.Cependant, le bâtiment le plus imposant du site est certainement El Castillo, qui s\u2019érige sur quatre étages et fait face à la mer turquoise, qui semble s\u2019étaler jusqu\u2019à l\u2019infini devant lui.bre, la plus magique de l\u2019année.C\u2019est le moment où les enfants se déguisent et où les esprits envahissent les villes et les villages du Mexique, qui se drapent pour l\u2019occasion de leurs plus beaux habits.Si vous vous trouvez dans la Riviera Maya, la région la plus touristique du pays, il vous faudra absolument vous échapper de votre hôtel pour vivre cette tradition avec la population.Oubliez Cancún, ville sans âme, et rendez-vous plutôt à une heure au sud à Playa del Carmen, où les festivités sont plus authentiques et colorées.La principale artère piétonnière de la petite ville, la Quinta Avenida, est alors plongée dans une atmosphère unique et féerique : la rue est surmontée des célèbres banderoles de papel picado (papier découpé), qui ajoutent de la couleur au ciel étoilé ; les niños sont maquillés et déguisés en squelette par centaines et demandent des bonbons aux passants ; les mariachis, regroupés à intervalles réguliers, jouent de joyeuses chansons traditionnelles avec énergie et émotions, pendant que les cracheurs de feu mènent un périlleux combat pour repousser l\u2019obscurité.Rien à voir avec l\u2019ambiance lugubre et mercantile de l\u2019Halloween nord-américaine.Il s\u2019agit d\u2019une grande célébration de la vie où le passé et le présent fusionnent, où les vivants et leurs parents trépassés se rassemblent pour se redire à quel point ils s\u2019ennuient et s\u2019aiment.Exactement comme le font El Castillo, qui s\u2019érige sur quatre étages à la cité maya de Tulum.LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 REPORTAGE GABRIEL ANCTIL COLLABORATEUR LE DEVOIR  PLAYA DEL CARMEN l n\u2019y a aucun meilleur moment pour être au Mexique que durant « el Día de los Muertos » (le jour des Morts), qui est commémoré les 1er et 2 novembre de chaque année.La croyance populaire raconte que c\u2019est la période que choisissent les disparus pour visiter leurs proches, qui les accueillent avec faste et bonne humeur.Car, au lieu d\u2019être auréolée de deuil et de tristesse, la fête est plutôt l\u2019occasion d\u2019organiser une spectaculaire célébration de la vie, à laquelle tout le monde est convié.Les préparations sont minutieuses et s\u2019étalent sur plusieurs jours, car il ne faut surtout pas décevoir les esprits, qui auront un an pour analyser la performance de leurs hôtes et en discuter avec leurs amis décédés.Chaque famille commence par décorer les tombes des êtres chers à l\u2019aide de chandelles et de montagnes de pétales orangés de roses d\u2019Inde, ou cempasúchil, des fleurs cultivées en grande quantité dans le pays.Celles-ci seront également étendues sur le trajet qui relie la tombe au foyer familial, car elles dégageraient un parfum qui aiderait les âmes à se rendre à destination.Une fois arrivés, les morts trouvent un autel soigneusement préparé, sur lequel reposent des photos des proches disparus.Autour de celles-ci sont étalés des objets leur ayant appartenu et de la nourriture qu\u2019ils aimaient particulièrement.En effet, les invités se présentent affamés et doivent absorber l\u2019essence de ces aliments pour refaire le plein d\u2019énergie et trouver la force de retourner jusqu\u2019à leur tombe, où ils feront une longue siesta, une fois la fête terminée et les derniers fêtards couchés.Ces préparatifs sont l\u2019occasion de revisiter la vie de ces êtres chers et d\u2019en partager le souvenir avec les plus jeunes qui, souvent, ne les ont pas connus.D\u2019origine aztèque, cette tradition est commémorée dans le pays depuis des millénaires.Les Espagnols ont bien tenté de la faire disparaître, comme tous les traits des cultures autochtones, mais ont dû se contenter de la faire coïncider avec le jour des Morts chrétien.Bien qu\u2019el Día de los Muertos ait beaucoup évolué au fil des siècles, il est resté fidèle à l\u2019idée qui veut que tant que les anciens apparaissent dans les souvenirs et les pensées de leurs proches, leurs existences se prolongent au-delà de la décomposition de leurs corps.L\u2019apothéose de cette magnifique danse de la vie et de la mort se déroule pendant la soirée du 2 novem- La fête des Morts dans la Riviera Maya Pendant deux jours, le Mexique célèbre avec faste la vie et la mort I Voyage 43 LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Vivre 44 L\u2019abattoir veut voler de ses propres ailes Une installation pourrait voir le jour pour les éleveurs à petite échelle Que s\u2019est-il passé ?« Si on recule d\u2019une vingtaine d\u2019années, à l\u2019époque de la vache folle, les éleveurs ne réussissaient pas à obtenir un prix intéressant sur le marché, explique Martin Campbell, enseignant en boucherie au Centre professionnel Brome-Missisquoi et aussi membre fondateur du Petit Abattoir.Tant qu\u2019à perdre de l\u2019argent, ces éleveurs préféraient vendre la viande à leurs proches plutôt que d\u2019enrichir le système.Ils se sont donc tournés vers les abattoirs de proximité.» La demande a ainsi augmenté considérablement.Pour éviter de perdre le contrôle de la situation, le MAPAQ a ensuite resserré les critères pour ces abattoirs.Si bien qu\u2019en 2010, ils ont fait face à un mur.« À ce moment-là, il y avait un abattoir dans presque chaque municipalité, ajoute-t-il.Il s\u2019agissait d\u2019entreprises familiales faisant de petits volumes qui comblaient un besoin, sans être dans le marché de la revente.» Étant donné l\u2019engouement actuel pour l\u2019alimentation durable et locale, les abattoirs provinciaux sont inadéquats pour ce modèle d\u2019élevage et ceux de proximité ne permettent pas la revente.Le Petit Abattoir se situerait ni plus ni moins entre les abattoirs de proximité et provinciaux.Selon les membres de cette coopérative, GRAND ANGLE CATHERINE LEFEBVRE LE DEVOIR es éleveurs à petite échelle doivent parcourir des centaines de kilomètres pour aller faire abattre leurs bêtes dans un abattoir détenant un permis du ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ).Cela pourrait changer prochainement, et ce, avant que les poules aient des dents.Au Québec, et ailleurs au Canada, le problème de l\u2019accès aux abattoirs pour les éleveurs à petite échelle est récurrente.D\u2019un côté, il y a les grosses compagnies comme Olymel et Exceldor, qui possèdent leurs propres abattoirs respectant les normes fédérales étant donné qu\u2019elles exportent leurs produits à l\u2019extérieur de la province et du pays.De l\u2019autre, il y a les abattoirs provinciaux qui offrent leurs services aux éleveurs qui vendent leurs produits sur le territoire du Québec seulement.Il y en a peu et ils ne sont pas forcément accessibles à toutes les échelles de production.« Il y a moins de 10 abattoirs au Québec qui font de la volaille accessible [à l\u2019épicerie, dans les boucheries et les restaurants] à tout le monde », explique Fernande Ouellet, copropriétaire de la ferme Rusé comme un canard, spécialisée dans l\u2019élevage de canards et d\u2019oies.Elle est aussi membre fondatrice de la coopérative de solidarité Le Petit Abattoir, dont la mission est de desservir les éleveurs à petite échelle de la Montérégie et ainsi de soutenir une agriculture écologique à dimension humaine.« Le seul abattoir pour les oies est à l\u2019île d\u2019Orléans », précise-t-elle.L\u2019éleveuse de Granby doit apporter ses oies jusqu\u2019à l\u2019île et revenir chez elle.Elle doit y retourner le lendemain avec un camion réfrigéré, puis revenir à Gran- by.« On vient de faire 1200 km et il ne s\u2019est encore rien passé, renchérit- elle.L\u2019éleveur d\u2019oies des Îles-de-la- Madeleine doit aussi faire abattre ses oies à l\u2019île d\u2019Orléans.» Il y a aussi les abattoirs de proximité, qui ne sont pas constamment inspectés par le MAPAQ, mais qui desservent seulement les élevages privés dont la viande ne peut être vendue en épicerie ou au restaurant.L Un système de combat lent et méthodique Paru à la fin du mois dernier, The Surge 2, du studio Deck13 Interactive, unit le « Souls-like », genre habituellement cantonné aux mondes fantastiques, à la science- fiction, tout en suivant à la lettre sa recette établie il y a près d\u2019une décennie par FromSoftware : un système de combat lent et méthodique, une progression de son personnage principal aux concepts abstrus et une mort punitive.Il traite également de thèmes similaires.Le titre de Deck13 se situe après les événements du premier opus dans une ville dans un état de décrépitude le plus total à un moment de son histoire où, comme dans la trilogie des Dark Souls, la civilisation telle qu\u2019elle était connue de ses habitants touche à sa fin.Ne reste de cette cité-État que sa technologie : des exosquelettes robotisés autrefois utilisés en industrie, aujourd\u2019hui reconvertis pour le combat corps-à-corps par des survivants désirant s\u2019arracher (c\u2019est le mot) entre eux le peu de ressources encore disponibles.Étant l\u2019un de ces rescapés, on adoptera donc le même attirail avant de se frayer un chemin hors de cet enfer mécanique oppressant.« La loi du plus fort », comme ils le disent.Critique des idéologies transhumanistes et techno- positivistes, mais non sans certaines contradictions, The Surge 2 est parfois presque jouissif.Il y a quelque chose de viscéral à amputer théâtralement le membre d\u2019un adversaire pour ensuite incorporer les morceaux de robots qui y sont attachés à son propre exosquelette.Rien ne sert de mentionner, cependant, qu\u2019on ne le recommande qu\u2019à un public adulte et averti.Or, pour ceux et celles qui se cherchent un nouvel endroit où se casser la tête contre un mur encore et encore pour, finalement, le défoncer, le tout sur une trame sonore complètement métal, on ne peut que dire : oui, à essayer.Olivier Sylvestre Critique des idéologies transhumanistes et techno- positivistes, mais non sans certaines contradictions, The Surge 2 est parfois presque jouissif.FOCUS HOME INTERACTIVE LES APPLICATIONS DE LA SEMAINE LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 il est temps de passer à la table à dessin pour esquisser une nouvelle façon de faire, une façon qui convient à leur réalité.« Il faut nous attaquer aux problématiques qui nous sont propres et développer des solutions adaptées à ces enjeux-là, au lieu de nous plaindre que ce que l\u2019on fait fonctionne mal dans les abattoirs industriels », ajoute Fernande Ouellet.En effet, lorsqu\u2019il faut faire arrêter la chaîne d\u2019abattage pour faire entrer un nouveau lot d\u2019animaux, cela ralentit inévitablement la productivité de l\u2019abattoir.Dans le contexte d\u2019un abattoir de taille relativement importante employant beaucoup de main-d\u2019œuvre, cela coûte d\u2019autant plus cher de freiner le rythme de production.« Et nous, on arrive seulement avec de petits lots, indique Fernande Ouellet.Ces abattoirs préfèrent, et je les comprends, avoir un camion qui recule avec 3 oiseaux, plutôt qu\u2019une petite remorque avec 50 ou 100 oiseaux.C\u2019est donc à nous de sortir de là, et de trouver des solutions qui sont adaptées à nos échelles.» Ayant les reins plus solides, les grands abattoirs ont pris le dessus sur les plus petits, laissant peu de place aux éleveurs à plus petite échelle.Cela s\u2019expliquerait surtout par le fonctionnement des instances gouvernementales en matière de gestion du risque sanitaire.« L\u2019enjeu du MAPAQ n\u2019était pas de Le Petit Abattoir veut favoriser l'accès des petits éleveurs aux abattoirs commerciaux.RUSÉ COMME UN CANARD 45 Vivre Alimentation Le petit dernier des grands gourmands ouvre ses portes à Westmount, Montréal.Pâtisserie Maison Christian Faure ouvre ses portes au 4945 rue Sherbrooke Ouest.Marketing@christianfaure.ca | admin@christianfaure.ca Venez découvrir des grands crus de chocolat du monde et la gestuelle de notre « maître artisan » qui confectionnera, devant vous, palet or, orangettes et autres merveilleux chocolats qui viendront satisfaire vos envies de chocolat sous toutes ses formes.concentrer la production ou de l\u2019amener à une échelle industrielle, mais plutôt de normaliser la gestion du risque sanitaire, précise Fernande Ouellet.Ils ont imposé des normes [aux abattoirs de proximité qui souhaitaient faire la transition vers le modèle commercial], et ceux qui n\u2019avaient pas les moyens financiers de s\u2019y adapter ou assez de relève pour amortir les investissements sur le reste de leur carrière, ont choisi de ne pas aller de l\u2019avant.» Cela dit, tout porte à croire qu\u2019un retour de balancier est à nos portes.En novembre 2018, le MAPAQ a annoncé le Programme d\u2019appui à la compétitivité des abattoirs régionaux dans le but « d\u2019assurer la pérennité et le développement des filières de production animale en augmentant la compétitivité des abattoirs et en améliorant l\u2019offre d\u2019abattage en fonction des besoins régionaux ou sectoriels ».Puis, le 15 janvier dernier, l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments (ACIA) a présenté son nouveau Règlement sur la salubrité des aliments au Canada (RSAC).Les normes sont tout aussi strictes, mais l\u2019approche dans la gestion du risque est désormais axée sur le résultat.« Au lieu d\u2019exiger des normes sur le bâtiment et les opérations, l\u2019ACIA laisse maintenant les entreprises gérer les risques elles-mêmes dans la mesure où la solution fonctionne », précise Martin Campbell.Si le scénario n\u2019est pas encore parfait pour les plus petits éleveurs au Québec, ces changements venant du gouvernement donnent de l\u2019espoir aux membres du Petit Abattoir.« Cela va entraîner la réapparition de petites structures comme ce que l\u2019on propose, affirme Fernande Ouellet.Et après la multiplication de petites structures comme la nôtre, il y aura aussi l\u2019apparition d\u2019autres petits éleveurs.» Afin de maximiser leurs chances de voir leur projet se réaliser, les membres du Petit Abattoir sont en campagne de sociofinancement par l\u2019entremise de la plateforme La Ruche, et ce, jusqu\u2019au 21 décembre.Si l\u2019objectif indiqué de 20 000 $ est bien en deçà de la cible réelle, d\u2019autres événements de financement sont prévus, dont un souper regroupant plusieurs grands chefs qui aura lieu en janvier 2020. LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 tatas Bravas et leur traditionnelle sauce romesco, riche de poivrons doux, à leur summum en cette saison, et d\u2019amande ou ce mélange de champignons du Québec sur une émulsion de noix de pin espagnoles et une vinaigrette de xérès.Comme il est de rigueur en Catalogne, les premières tapas (surtout les charcuteries) sont accompagnées de Pa amb tomàquet.Ici du très bon pain, de la chair de très bonnes tomates, un petit filet d\u2019huile d\u2019olive très douce et une pointe d\u2019ail.Parfait.Le chef cuisine très bien et se lance parfois dans quelques intrigantes élucubrations culinaires, comme ces sphères d\u2019olives liquides en hommage à El Bulli.Intrigantes et savoureuses.D\u2019autres moments ont été moins applaudis, aubergines frites ou tapa de pieuvre rôtie.Cette dernière, quand même facturée 18 beaux dollars, avait beaucoup CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Ici, vous voudrez apporter vos castagnettes ou, si c\u2019est davantage votre truc, cette belle robe de danseuse de flamenco rapportée de Cordoue.Vous serez venu chez Ibéricos, car vous vous ennuyez déjà des mélopées déchirantes de feu Enrique Mo- rente ou de sa fille Estrella, de l\u2019air presque africain de Tarifa ou de cette aspiration vers le ciel que vous avez ressentie en arrivant au monastère de Sant Pere de Rodes.Vous vous demandez comment retrouver cette paix étourdissante qui vous a envahi dès que vous vous êtes assis sur un banc de la basilique Santa Maria del Mar.Vous aurez bien fait de venir souper Chez Ibéricos, les tapas y sont excellentes, le chef talentueux et la cuisine généreuse.Aucune autre Vivre Resto 46 En tout petit sous le titre « Tapas », il est écrit : « Ménu (sic) dégustation : l\u2019expérience gastronomique de l\u2019Espagne 55 $/ personne.Sélection de tapas du chef, disponible seulement pour l\u2019ensemble de la table ».Le sourire que ce « Ménu » provoquera est de bon augure et les tapas arrivent à votre table à un bon rythme.De belles choses De belles choses comme cette Tortilla Española bien chargée en pomme de terre et en oignon ou cette planchette de charcuteries en entrées \u2014 jambon ibérique, longe, saucisson et chorizo \u2014 sur laquelle les quatre choix se disputent les faveurs de la table.Les filles ont presque tout dévoré ; Pierre s\u2019est versé un autre verre de rouge ; j\u2019ai soupiré en grappillant les dernières tranches de chorizo.Autres divertissantes tapas, les Pa- prétention que celle de vous faire passer un moment agréable et de vous voir quitter les lieux en dodelinant de satisfaction.De passage en reconnaissance l\u2019été dernier, j\u2019avais un peu sourcillé en voyant un autocollant sur la porte qui disait dans l\u2019autre langue de notre beau grand pays d\u2019un océan à l\u2019autre : « Good for Large Groups ».Bon, ici les larges groups mangent à l\u2019étage ; au rez-de-chaussée, on a de petites tablées ou des clients installés au long comptoir qui discutent en picorant dans leurs assiettes.Ibéricos s\u2019annonce comme « Taverne à tapas espagnoles » ; « espagnoles », c\u2019est sans doute pour vous rassurer au cas où vous auriez vu sur le site Internet que Haissam Souki Ta- mayo, le chef, et Adriana Laporta, sa cheffe, sont tous deux vénézuéliens.Voudriez-vous en effet manger des tapas vénézuéliennes, par ailleurs excellentes, mais moins émoustillantes ?Combattre le mois de novembre à coups de tapas ¡ Vamos a tapear ! comme on dit à Grenade LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 souffert pendant son voyage de Galice jusqu\u2019à chez nous et était, disons, un peu trop coriace pour inspirer l\u2019amour que l\u2019on éprouve habituellement pour la chose.Même indifférence pour cet ersatz de paella, un peu chiche même si elle fait partie d\u2019une généreuse fiesta de tapas.Au moins, comme le dit mon ami Jordi, pusher littéraire de chez Gallimard et lettré catalan, « Il n\u2019y a pas de chorizo.Montréal est la seule ville au monde où on trouve du chorizo dans la paella ».Au sujet de cette dernière paella qui apparaît sur le « Ménu » sous la section « Platillos », comme nous étions sortis de table enchantés et que je déteste dire du mal des gens, nous sommes tous quatre revenus chez Ibéricos goûter la « Paella (pour deux) aux fruits de mer et poulet ».Mieux, moins parcimonieuse, mais\u2026 Sans doute quelques crevettes de plus et quelques morceaux de poulet supplémentaires seraient les bienvenus.Et une ou deux poignées de riz de plus, s\u2019il vous plaît.Desserts impeccables Je reviendrai l\u2019an prochain essayer à nouveau.J\u2019adore la paella et j\u2019ai souvenir de plantureuses paellas savourées dans de nombreux bistrots au fin fond de la Catalogne infiniment meilleures que celle-ci.Deux desserts impeccables : Chur- ros et Ganache de chocolat.Avec les premiers, saupoudrés de sucre à l\u2019orange, un de ces chocolats comme seuls les Espagnols savent en préparer.Quant à la ganache, elle est soulignée d\u2019un gel d\u2019huile d\u2019olive et de sel, autre clin d\u2019œil à El Bulli avec cette interprétation du classique goûter que les mamies espagnoles préparent à leurs petits-enfants.Dans les deux cas, le chef et la patronne, vénézuéliens à 100 %, ont le bon goût d\u2019utiliser un superbe chocolat de chez Cacao Barry portant le joli nom de\u2026 Venezuela 72 %.¡ Buen provecho ! comme on dit à Madrid, ou ¡ Bon profit ! comme on dit à Barcelone.À table, tout le monde s\u2019aime.Une suggestion d\u2019Olivier Perret.Pour 4 personnes.Cannellonis 20 jaunes d\u2019œuf 10 œufs 1600 g de farine 30 ml d\u2019huile olive 17 g de sel Vinaigre blanc au goût Mélanger le tout au batteur.Couvrir hermétiquement d\u2019un film alimentaire et réserver au frais 24 heures.Étaler la pâte à l\u2019aide d\u2019un laminoir le plus finement possible.Farcir à l\u2019aide d\u2019une poche à douille.Former les cannellonis.Sauce aux champignons (Utiliser le siphon du Garde-Manger) 300 g de champignons de Paris Chute de champignons Portobello au goût 2 pommes de terre coupées en morceaux 1 gousse d\u2019ail 1 oignon blanc 1 branche de thym 1 l de fond blanc 250 ml de fond brun 500 ml de crème liquide 15 g (1 c.à soupe) de truffe noire hachée Sel et poivre au goût Faire suer les champignons avec l\u2019ail, l\u2019oignon et le thym.Déglacer avec le fond blanc et le fond brun.Ajouter les pommes de terre.Laisser réduire de moitié.Ajouter la crème et réduire.Mélanger au Thermomix et passer au chinois.Assaisonner de sel, de poivre et de truffe.Verser dans le siphon et ajouter 2 cartouches.Réserver au bain-marie.Farce aux morilles 100 g de morilles 1 oignon blanc 2 échalotes 50 ml de vin blanc 1 gousse d\u2019ail 1 œuf Parmesan râpé Persil Cuire les morilles en duxelles (hachis).Ajouter le parmesan, l\u2019œuf et le persil haché.Laisser refroidir et bien égoutter pendant une demi-journée.Former les cannellonis (5 par personne).Copeaux de truffe noire et du fromage Tomme d\u2019Elles Former des copeaux et les réserver au frais.Olivier Perret est chef du Renoir à l\u2019hôtel Sofitel, 1155, rue Sherbrooke Ouest, Montréal.HÔTEL SOFITEL LA RECETTE DE LA SEMAINE Cannellonis aux morilles, sauce aux champignons, truffe noire et Tomme d\u2019Elles 47 Vivre Recette Ibéricos 1/2 $$$ 1/2 4475, rue Saint-Denis, Montréal 514 845-4475 Ouvert en soirée, du mardi au samedi et à midi samedi et dimanche.Avant taxes et pourboire, ce repas aurait pu ne coûter que 238 $ pour quatre personnes.Ils ont bu, un peu trop selon moi, et ça a bien sûr fini par leur coûter pas mal plus.En collaboration avec José Lopez, sommelier indépendant, la cheffe du chef, Adriana Laporta, monte une carte des vins composée à 90 % de vins en importation privée et contenant quelques belles bouteilles ibériques, cavas et rouges pleins de soleil.Cavas autour de 50 $ et verres de très bons vins espagnols pour une douzaine de dollars. gauche, le plat « Pulpo asado », fait de pieuvre grillée, condiment de piments avec un espuma (mousse) de pommes de terre à l\u2019huile d\u2019olive.Ci-dessus, l\u2019assiette « Bomba de Barcelona », constituée d\u2019une croquette de pommes de terre farcies, pieuvre cuite dans une sauce de tripe de bœuf et ses deux sauces.PHOTOS ALICE CHICHE LE DEVOIR Chez Ibéricos, on veut vous faire passer un moment agréable et vous voir quitter les lieux en dodelinant de satisfaction. LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Vivre Bière 48 ENTREVUE PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR Les journées qui raccourcissent signalent le retour dans nos verres de bières à l\u2019alcool réconfortant, capiteuses\u2026 et foncées.Voici deux recettes d\u2019ici issues de la tradition brassicole du Royaume-Uni qui auront toutes deux séjourné en fûts de whisky avant d\u2019être mises en canettes : l\u2019Impériale extra-bourbon de Beauregard \u2013 Brasserie distillerie de Montréal et la Scotch ale au miel affinée en barriques de scotch de l\u2019Hermite microbrasserie, à Victoriaville.Impériale extra-bourbon, stout impériale Il y a ce bel alambic dans la principale salle de brassage de Beauregard \u2013 Brasserie distillerie de la rue Dandu- rand, près du chemin de fer dans le quartier Rosemont, mais la production d\u2019alcool de grains demeure un projet pour Sébastien Coutu, ingénieur de formation, distillateur, chef de production et cofondateur de l\u2019entreprise qui a ouvert ses portes il y a moins de deux ans.Ses bières, elles, ont fait leur chemin jusqu\u2019aux papilles des amateurs avec une proposition unique sur la scène brassicole québécoise : Beauregard ne brasse que des bières noires, surtout des stouts et des porters, « des styles de bières qu\u2019on aime boire », affirme Coutu.« On va montrer aux gens que les bières noires, ce n\u2019est qu\u2019une couleur » et qu\u2019elles peuvent présenter des saveurs complètement différentes.Une idée du frère de Sébastien, Jonathan, président de l\u2019entreprise, qui, bien qu\u2019elle se plaise à brasser ces bières idéales pour les saisons froides, compte aussi quelques bières d\u2019été foncées comme un dry stout sec et léger, une lager noire et cette Framboise noire, une sure qui a ravi nombre d\u2019amateurs durant la belle saison.Et pour bien insister sur l\u2019opacité de ses liquides, en plus des taux d\u2019alcool et d\u2019amertume (IBU), Beauregard indique sur chacune de ses bières le SRM, une unité mesure basée sur le degré Lovibond servant à caractériser la couleur de la bière, du malt et du café.Ainsi, l\u2019Impériale extra-bourbon mesure 55 SRM\u2026 et 11,9 % d\u2019alcool par volume.Une bière noire comme la nuit sans lune et costaude, pourtant pas trop liquoreuse en texture, riche de ses arômes de grains d\u2019orge torréfiés et ayant conservé le côté sucré et boisé des fûts de Jack Daniel\u2019s dans lesquels elle a séjourné près de six mois.Sur une base de grains d\u2019orge torréfié dits « chocolat » importés de Grande-Bretagne, le moût a subi une plus longue période d\u2019ébullition, explique Sébastien Coutu, « pour être sûr d\u2019atteindre le niveau d\u2019alcool recherché avant qu\u2019elle ne séjourne en barriques ».Le houblon East Kent Golding est ajouté pour ses vertus amérisantes au moment de l\u2019ébullition.Le fût de chêne de whisky du Tennessee imprègne enfin le liquide, lui donnant les notes sucrées et boisées recherchées.« Ce sera une bonne bière pour se partir un feu de foyer, et à déguster après avoir déneigé la voiture ! » assure Coutu.L\u2019Impériale extra-bourbon sera commercialisée dès aujourd\u2019hui à la boutique de la brasserie dans un boîtier comprenant également leur Porter baltique bourbon (plus douce, à 8,6 % d\u2019alcool, moins amère et plus sucrée) et l\u2019Impériale choco noisette (10,3 %).Scotch ale au miel affinée en barrique de scotch Inaugurée en 2013, la microbrasserie l\u2019Hermite de Victoriaville est, depuis un an, beaucoup plus présente sur les rayons des détaillants spécialisés à la faveur du virage qu\u2019elle a pris vers le contenant en aluminium.Après avoir d\u2019abord lancé une série de recettes accessibles \u2014 saisons, IPA, pilsner, etc.\u2014, le brasseur en chef William Hé- bert inaugure une série de bières de spécialité avec cette délicieuse et réconfortante Scotch ale au miel titrant 8,5 % d\u2019alcool par volume, affinée en barriques de scotch.« Notre recette ne contient aucun malt [d\u2019orge] fumé, contrairement à ce que les gens pourraient penser en y goûtant, insiste William Hébert.Ce n\u2019est que le caractère des barriques qu\u2019on va chercher.Ça faisait longtemps que je voulais travailler avec des barriques de scotch, ça va parler aux amateurs » Le brasseur en chef a travaillé avec Matera, brasseurs et tonneliers, pour mettre la main sur ses barriques correspondant à son projet, des fûts ayant préalablement conditionné le whisky de la célèbre distillerie écossaise Bowmore, sur l\u2019île d\u2019Islay, « un scotch reconnu pour son caractère boisé, tourbé et légèrement iodé, mais je ne voulais pas de fûts d\u2019un scotch trop iodé non plus, pour ne pas faire peur aux gens ! » Comparable aux vins d\u2019orge (barley wines) anglais, l\u2019ale écossaise (ou scottish ale, aussi désignée comme wee heavy) est un style mettant en valeur la richesse du malt, ses arômes de caramel, parfois avec une touche d\u2019arômes fumés.« Certains vont aimer les scotch ales plus caramélisées, plus lourdes, alors que les bières que je brasse ont tendance à être plus sèche et faciles à boire.Le secret d\u2019une bonne scotch ale, pour moi, c\u2019est de ne pas y aller trop fort avec des grains extragoû- teux, notamment parce qu\u2019on la fait vieillir en barriques et que ça en fait ressortir le côté boisé.Ainsi, je ne voudrais pas que des grains caramel ou de spécialité, trop intenses, interfèrent avec ça.» Un mélange de malts d\u2019orge caramel et chocolat, « ajouté à très faible pourcentage » au malt pâle d\u2019importation britannique forme la base de ce scotch ale ; le miel est ajouté à la fin de l\u2019ébullition.« Au départ, je la brassais avec du sirop d\u2019érable, mais je jugeais que ça n\u2019ajoutait pas grand-chose au final.Le miel, ajouté quand même en petite quantité [environ 5 % du volume], permet d\u2019assécher un peu plus la bière, et c\u2019est ce que j\u2019apprécie.» Que des houblons East Kent Golding, « un houblon standard qui a sa caractéristique dans cette bière, une touche d\u2019amertume en finale » ont été utilisés, et une bonne levure à ale fait le travail de fermentation.Conseil du brasseur : ne pas la déguster trop froide pour bien mesurer la complexité des arômes.« C\u2019est effectivement un style, ou en tout cas dans le cas de bières bar- riquées, qu\u2019on retrouve en bouteille plutôt qu\u2019en canette.Or, on a fait le pari que les gens allaient aimer le fait de la retrouver en canette \u2014 ça paraît, comment dire, moins prestigieux qu\u2019un produit en bouteille ?\u2014 parce qu\u2019on a une bonne encanetteuse qui minimise l\u2019oxydation », en plus d\u2019offrir la bière dans un format « individuel, un format parfait pour déguster des bières comme ça, fortes et goûteuses ».Elle est récemment arrivée sur les tablettes « et au moment de la sortir, peu de brasseries avaient encore lancé leurs bières d\u2019automne, le timing était parfait, estime Hébert.Cette bière, je la trouve vraiment excellente pour les températures d\u2019automne ; ça fait longtemps qu\u2019on la brasse et on l\u2019apprécie beaucoup ! » Goûter la noirceur Deux bières foncées et capiteuses pour réconforter durant les journées sombres Beauregard \u2013 Brasserie distillerie, rue Dandurand, ne brasse que des bières noires, surtout des stouts et des porters, « des styles de bières qu\u2019on aime boire », affirme Sébastien Coutu, distillateur, chef de production et cofondateur de l\u2019entreprise.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 49 Vivre Vin BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Le Nouveau Petit Robert lève le voile sur le mot « énigmatique » en ces termes : « Qui renferme une énigme, tient de l\u2019énigme par son caractère peu clair.» Avec les synonymes d\u2019usage que sont les mots « impénétrable », « indéchiffrable », « insondable », « mystérieux », « obscur » ou, encore, « sibyllin ».Visiblement, Paul Robert ne s\u2019était pas encore frotté, lors de la rédaction de son dictionnaire, aux mots « vin jaune ».En fins limiers et ne reculant devant aucune piste valable, Les Amis du vin du Devoir (AVD) tentaient récemment de lever le voile mycodermique sur ce vin, si singulier d\u2019ailleurs que même le mot « énigmatique » s\u2019opacifie à son contact.Alors, imaginez ce « jaune » qui, légalement, doit séjourner pas moins de 75 mois (!) en fût sans être toutefois ouillé.Ouiller ?C\u2019est l\u2019action visant à compenser la consume (vin évaporé) jusqu\u2019à la bonde.Une part des anges qui confère au vin jaune ces mystérieuses nuances oxydatives évoquant d\u2019insondables flaveurs de pomme blette, de morille, de curry et de brou de noix pour ne nommer que celles-là.La dégustation du Château Chalon 2011 de Bénédicte et de Stéphane Tissot (137,75 $ \u2013 13875674) qui tient, soit dit en passant, du privilège, pour ne pas dire d\u2019une expérience inclassable, releva le défi de pousser le cépage savagnin jusque dans ses derniers retranchements oxydatifs, tout en le maintenant sur le fil du rasoir d\u2019un fruité énergisé par une acidité mais, surtout, par une gamme d\u2019amers proprement dévastateurs.Traité en biodynamie, l\u2019ensemble apparaissait d\u2019une clarté, d\u2019un dynamisme, d\u2019une longueur en bouche à couper le souffle.Bref, éternel.À la question posée au groupe : Quelle note lui attribuez-vous ?Pierre Véronneau, un AVD de longue date, y est allé d\u2019un « Mais on ne note pas la Joconde, voyons ! » Moi, si.(10 +) Qu\u2019elle soit ouillée ou non, la production jurassienne donne l\u2019impression d\u2019être sans cesse investie de cette aura de « jaune » qui contamine tout sur son passage.Chardonnay et savagnin semblent s\u2019y étoffer en textures, en épaisseur, en profondeur, imprégnés de cette flore microbienne locale qui sculpte les profils et joue de tonalités.Quelques beaux spécimens dégustés\u2026 Crémant du Jura, Bénédicte & Stéphane Tissot (33,75 $ \u2013 11456492).Vivacité et précision du fruité derrière une bulle fine, énergique, bien tracée.Très peu dosé.(5+) 1/2 Moyenne du groupe : Chardonnay 2015, Domaine de Montbourgeau, Étoile (28,30 $ \u2013 11557541).Une fine « vrille » oxydati- ve se love ici à une trame fruitée mû- re, profonde, substantielle et de belle allonge.Le 2016 lui succède sans faillir.(5) © 1/2 Moyenne du groupe : 1/2 Chardonnay « Cuvée Flor » 2017, Domaine Baud, Côtes du Jura (22,95 $ \u2013 12856640).Cette cuvée ouillée a des allures chablisiennes par sa lisibilité saline et minérale.C\u2019est épuré, net, précis.(5) Moyenne du groupe : 1/2 Chardonnay « Terre du Lias » 2016, Domaine de la Borde, Arbois Pupillin (42,50 $ \u2013 12886494).Julien Mareschal voit juste et livre grand ! Un bio intrigant, très frais, dense (les marnes bleues), exotique, tonique, ascensionnel.(10+) © Moyenne du groupe : Savagnin 2017 « Les Sarres » 2017, Domaine Rijckaert, Côtes du Jura (33 $ \u2013 12951356).La montée des amers se combine aux notes de marrons chauds et d\u2019épices, le tout livré sous une tension longue et jubila- toire.(5+) 1/2 Moyenne du groupe : 1/2 Poulsard 2016, Domaine Lignier, Arbois (22 $ \u2013 14057729).À ce prix, oubliez le pinot noir ! Un rouge si délicat, subtil, léger, fragile et discrètement parfumé (mûres, groseilles) qu\u2019il donne le goût de rêvasser et de passer de l\u2019autre côté du miroir tant il apaise et chuchote.(5) Moyenne du groupe : LES VINS DE LA SEMAINE (5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans © devrait séjourner en carafe Moins de 16 $ 1/2 Verdejo 2018, Val de Vid, Rueda, Espagne (15,55 $ \u2014 12260281) Le vedejo est réputé avoir une tenue, un grain, une épaisseur fruitée qui se double d\u2019une amertume fort porteuse.Déjà, le vin de caractère se dessine.Ajoutez-lui une touche de viura et le voilà décuplant une vivacité heureuse à vous libérer la parole lors de l\u2019apéro où les tapas font loi.Fort recommandable.(5) La surprise 1/2 Telescopico Garnacha 2015, Bodegas Frontonio, I.G.P.Valdejalon, Espagne (28,95 $ \u2014 14083441) Cette grenache vinifiée avec une acuité diabolique démontre ici un potentiel insoupçonné en raison d\u2019une fraîcheur qui en sculpte les contours tout en circonscrivant des tanins trop heureux de se laisser bercer par la souplesse de l\u2019ensemble.Il y a du fruit, du mouvement, de la vivacité et une portée de bouche tout ce qu\u2019il y a de réjouissant.(5+) Le blanc Alchymiste 2018, Sclavos-Zisimatos, Céphalonie, Grèce (18,50 $ \u2014 13503766) Il y avait tour à tour des calmars frits, un bar rayé et, oui, une tartiflette dégoulinant sans gène aucune son reblochon crémeux et cet Alchymiste pour arroser le tout.Accords parfaits ! Non seulement c\u2019est sec, léger et tonique, mais l\u2019assemblage de quatre cépages indigènes qui le compose est d\u2019une étonnante originalité.Miam ! (5) Le rouge 1/2 Syrah Kloof Street 2017, Chris et Andrea Mullineux, Swartland, Afrique du Sud (22,90 $ \u2014 12483927) Si les chenins blancs de la maison sont exceptionnels, les syrahs, elles, se révèlent tout aussi à l\u2019aise.Cette cuvée à dominante de syrah élaborée à partir d\u2019achat de raisins se veut riche et substantielle, avec un croquant de cerise noire et une finale ré- glissée très fraîche.Burger d\u2019agneau.(5) Le bio 1/2 Le Rocher des Violettes 2015, pétillant originel, Montlouis-sur-Loire, Loire, France (32,25 $ \u2014 13920009) On aurait tort de bouder les mousseux à base de chenin blanc.C\u2019est que monsieur a de solides assises en matière d\u2019acidité et d\u2019amertume, sans compter ce fruité de caractère qui lui donne illico une personnalité de premier plan.Ce sec de Xavier Weisskopf s\u2019affirme avec vigueur, tenue et intégrité.Excellente mise en bouche, avant la suite ! (5) Le cépage savagnin poussé jusque dans ses derniers retranchements oxydatifs, ici dans son clavelin de 62 centilitres JEAN AUBRY Énigmatique Jura Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le vin jaune\u2026 LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Vivr e Dur e est la chut e 50 SÉRIE RALPH ELAWAN COLLABORATEUR LE DEVOIR e tweet est parti comme ça, un 22 août 2018 : « Le Québec est le seul endroit en Amérique du Nord où les compétitions amateurs de Ju-jitsu [sic] sont illégales [\u2026].[Québec solidaire] s\u2019engage à rectifier la situation.» Le contingent à la direction bicéphale venait encore une fois d\u2019appuyer sur la touche « Ouvrir une boîte de Pandore ».Remarquez, un peu de bordel, parfois\u2026 « Vous m\u2019avez convaincu, vous êtes des tarés », gazouillait un citoyen quelques minutes plus tard.Il va sans dire que chacun a le droit d\u2019être d\u2019accord ou pas avec l\u2019urgence derrière l\u2019idée de soulever ce genre de question à quelques jours d\u2019un vote.Or, l\u2019histoire de l\u2019acceptabilité des sports de combat et des arts martiaux nous en révèle beaucoup plus qu\u2019on ne peut l\u2019imaginer sur l\u2019évolution d\u2019une société où la légalité, la pratique et l\u2019enseignement de ces derniers ont souvent fait couler plus d\u2019encre que de sang.Changement de paradigmes Historien expert des arts martiaux, Maxime Chouinard rappelle que ces derniers dépassent largement notre conception teintée par l\u2019usage associé au terme depuis les années 1910 et popularisé ensuite par les films de kung-fu.Il découpe leur évolution au Québec en cinq périodes : 1) les peuples autochtones ; 2) les maîtres d\u2019armes français ; 3) les militaires britanniques ; 4) les premiers sportifs ; et 5) les pionniers des arts martiaux asiatiques.« Chez les peuples pré-étatiques, les escarmouches sont fréquentes, dit-il.Lors d\u2019affrontements ritualisés, on cherche à impressionner, à désamorcer des conflits plutôt qu\u2019à déterminer un vainqueur.» Khan Rooney, spécialiste en armes historiques, ajoute que ce type de violence rituelle se retrouvait également en Europe \u2014 notamment en Irlande, où les faction fights étaient communes aux XVIIIe et XIXe siècles.L\u2019arrivée de la boxe au Québec, au début du XIXe, ira de pair avec certains changements de paradigmes découlant de la Conquête.À titre d\u2019exemple, comme l\u2019indique De la charcuterie humaine ?Des derniers duels aux premiers dojos, regard sur l\u2019évolution de l\u2019acceptabilité des sports de combat et des arts martiaux au Québec Le judo fait son entrée aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964 \u2014 pour mémoire, le Japon y a remporté trois titres sur quatre, Akio Kaminaga ayant perdu aux mains du Néerlandais Anton Geesink.AGENCE FRANCE-PRESSE L Le pugilat a la cote.La popularité des tutoriels en ligne en témoigne, tout comme les événements surmédiatisés et les questions légales soulevées par la pratique de certaines disciplines.Avec cette série, Le Devoir s\u2019intéresse à quelques idées reçues.Aujourd\u2019hui : que peut nous apprendre l\u2019histoire de l\u2019acceptabilité sociale et politique des arts martiaux ? LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 51 Vivre Dur e est la chute M.Rooney, celle-ci a sonné le glas du duel à l\u2019épée.« Dorénavant, les duels se font au fusil.Plus tard, on verra même des duels où l\u2019on se tire dessus avec des balles de cire, un peu comme au paintball.» Soupape sociale À l\u2019heure où des concepts comme le fair-play se développent, les sports de combat européens se structurent, explique l\u2019historien Laurent Turcot.« À la fin du XIXe siècle, on assiste à une \u201ccapitalisation du sport\u201d.Les luttes syndicales y sont pour beaucoup.Cela permet de dégager du temps pour les travailleurs.Les fédérations vont en tirer profit.» Parallèlement aux scandales découlant de règlements municipaux interdisant « les représentations du pugilat », à la fin du XIXe, la presse voit ses tirages augmenter, au grand plaisir de la population francophone, friande de ces activités, tout comme les Irlandais.« L\u2019Église catholique, à cette époque, a peur, assure Laurent Turcot.Mais le sport sert de soupape sociale.» Les amis du clergé ne sont néanmoins pas en reste.Le journal ultramontain La Vérité s\u2019en prend, en 1897, à un éditorialiste de La Presse opposé au règlement municipal interdisant la boxe \u2014 écrivant que cette intervention est« rédigé[e] par un juif de sang », comme le note l\u2019historien Gilles Janson dans un article sur le noble art.Au même moment, à la veille d\u2019un match opposant James J.Corbett et Robert « Bob » Fitzsimmons, au Nevada, l\u2019hebdomadaire français Le Monde illustré parle d\u2019une « boucherie humaine ».Rien de moins.Le centre névralgique Maxime Chouinard note que l\u2019acceptabilité sociale des sports de combat passe par leur valeur aux yeux des aristocrates.« Par exemple, à partir du XVIIIe siècle, la lutte est délaissée et devient un loisir pour les classes paysannes.C\u2019est ce qui fait qu\u2019on sait peu de choses sur elle avant le XIXe siècle.» Comme l\u2019affirme encore Gilles Jan- son, si plusieurs se souviennent de la popularité de la lutte à la télévision, pratiquement personne ne sait que Montréal fut l\u2019un des centres névralgiques de ce sport en Amérique du Nord avant la Première Guerre mondiale.Le conflit de 1914-1918 apporte toutefois un changement profond.L\u2019ouverture du Japon et les victoires de ses armées entraînent un intérêt grandissant pour sa culture.« Le jiujitsu et le judo sont bientôt enseignés aux soldats pour le combat au corps à corps », explique M.Chouinard, qui précise que la Sûreté du Québec reçoit même une formation en jiu-jitsu de la part du FBI en 1939.Premier dojo C\u2019est en 1946 que le premier dojo de judo ouvre ses portes à Montréal, grâce à Harold Tokairin.Le Britanno- Colombien fonde ensuite le dojo Sei- dokwan (fermé en 2019) avec Kame- taro Akiyama et Fred Okimura.Si l\u2019on remarque que les Japonais dominent le sport jusque dans les années 1960 (alors que le judo fait son entrée aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964 \u2014 pour mémoire, le Japon y a remporté trois titres sur quatre, Akio Kaminaga ayant perdu aux mains du Néerlandais Anton Geesink), le professeur d\u2019arts martiaux André-Jacques Serei est d\u2019avis que la réticence à partager les savoirs a été moindre du côté du karaté, notamment le shotokan, introduit au Québec en 1956 par Ary Anastasiadis.Alain Martin, professeur de karaté shotokan, rappelle quant à lui qu\u2019un différend a opposé deux factions de son sport au cours des années 1950- 1960.« Pour passer une ceinture noire, il n\u2019y avait possibilité de le faire qu\u2019en présence de professeurs japonais.Certaines personnes voulaient se prendre en main ici.Il y a eu un conflit avec l\u2019association canadienne.» Alain Faucher, instructeur mondial de la Nihon Dento Shotokan Karate Renmei Todokai, explique : « Ici, on n\u2019a pas une régie comme il en existe en France.» L\u2019homme au 9e dan ironise : « Au Québec, une personne pouvait pratiquement s\u2019acheter une ceinture noire et dire qu\u2019elle était ceinture noire.» Le plafond de verre En épluchant les photos d\u2019archives, on constate assez rapidement qu\u2019au- delà des discordes entre dojos et des chicanes par chroniques interposées, l\u2019un des derniers tabous résonne avec l\u2019évolution de la société : l\u2019arrivée des femmes sur les tatamis.Louise Chevalier \u2014 seule femme dont le grade vénérable de kyoshi est reconnu au Canada par l\u2019association ancestrale japonaise Dai Nippon Bu- toku Kai \u2014 se rappelle : « Ce qui m\u2019a amenée vers le Yoseikan Karaté Do, c\u2019est un spectacle d\u2019arts martiaux présenté au Colisée en 1974.À l\u2019époque, c\u2019était très populaire, mais il n\u2019y avait pas beaucoup de femmes.» Cofondatrice du Yoseishin Nippon Karate Do, la sensei de Québec a reçu en 2018 le prix des Bâtisseurs pour avoir consacré sa vie à la pratique et à la préservation des arts martiaux.« Quand j\u2019ai débuté, les entraînements étaient presque militaires.Je ne pensais pas arriver à la ceinture noire.Le plus gros obstacle était d\u2019avoir à prendre sa place.Les ego étaient très forts.Les gars me voyaient arriver en compétition et disaient : \u201cEncore elle.\u201d L\u2019ouverture d\u2019esprit a été la clé du style que je pratique.» C\u2019est en 1946 que le premier dojo de judo ouvre ses portes à Montréal, grâce à Harold Tokairin.Le Britanno-Colombien fonde ensuite le dojo Seidokwan (fermé en 2019) avec Kametaro Akiyama et Fred Okimura.Le Courrier des écrans, une nouvelle infolettre pour les vrais amateurs de maïs soufflé.Dès septembre.Inscrivez-vous: ledevoir.com/courrierdesecrans Voyages Symone Brouty Pour des voyages pas comme les autres ! 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Une occasion de bien connaitre nos destinations offertes.Dimanche 17 novembre 10 h 00 Égypte Pharaonique - 19 jrs 11 h 30 Magistrale Russie - 21 jrs 13 h 00 Portugal & Madère - 22 jrs 14 h 00 Trésors de la Grèce - 20 jrs Réservez vos places 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ENTRÉE LIBRE PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 JAPON, SYMBIOSE DE LA BEAUTÉ ET DE LA MODERNITÉ Départs : 29 mars & 2 avril 2020 L\u2019AUTRE PÉROU, MÉCONNU ET SURPRENANT HORS DES GRANDES ROUTES TOURISTIQUES Du 22 août au 10 septembre 2020 LE CAUCASE, AZERBAÏDJAN, GÉORGIE & ARMÉNIE Du 2 au 22 mai 2020 LE PÉROU, AU ROYAUME LÉGENDAIRE DES FILS DU SOLEIL PROLONGATION À NAZCA ET PARACAS Du 12 au 28 avril 2020 LE MAROC, TERRE FLAMBOYANTE AUX HORIZONS INFINIS Départs : 12 septembre & 10 octobre 2020 YUKON & ALASKA, DUO PLUS GRAND QUE NATURE PROLONGATION : CROISIÈRE EN ALASKA Du 28 juin au 14 juillet 2020 LE MEXIQUE DES TROIS CULTURES Du 5 au 23 février 2020 10h30 10h30 12h15 12h15 14h00 15h45 15h45 Départs : tous les vendredis Pour le Jour de l\u2019An : lundi le 30 décembre * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV inclus.Prix valide pour tous les départs en 2019.Permis du Québec (702378).www.beltour.ca 514 336-0033 / 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.AGENCE DE VOYAGES Inclus : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides experts et circuits captivants.Le 31 décembre sur Times Square c\u2019est la plus grande célébration du Nouvel An au monde lorsque la grosse boule descend et laisse échapper des ballons, des guirlandes et des confettis pour débuter la nouvelle année et que des feux d\u2019artices illuminent Central Park.C\u2019est un réveillon mémorable qui vous attend! 205 $* NEW YORK Spectaculaire et accueillante À partir de CROISIÈRES Pour des croisières luxueuses et exotiques sur mesure, consultez nos conseillers en voyage et prenez la mer vers le Sud ou vers l\u2019Europe.POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT Communiquez avec le département de publicité 514 985-3399 publicité@ledevoir.com Circuits UNIQUES: Prix IMBATTABLES EXCLUSIF , conçus différemments Hôtels sélectionnés aux CENTRE-VILLE, Voyages culturels , PETITS GROUPES Pour des voyages pas comme les autres Les Trésors de la Grèce \u2013 20jrs Départs 13 mai & 16 sept Thessalonnique 2nts Képhalonnie (4nts) Croisière 5jrs, Athènes 3nts, et autres villes, 39 repas Toutes les, visites incluses Nouvelle Pro i c rs our nos départs printemps Jusq \u2019a 30 novembre tenez jusqu\u2019à 600 $ par couple Sites Majeurs du Japon -21 jrs Départs 2020 : 16 avril PLACES LIMITÉES) Circuit complet et varié 49 repas Demande partage femme Magistrale Russie et ses villes d\u2019arts \u2013 21 jrs Départs 20 mai & 26 août (Places limitées) Voyage Unique Découvertes Inédites Circuit complet et varié Europe de L\u2019est et Centrale -24jrs Départs 14 mai & 13 sept Prague 4nts Berlin 3nts,Varsovie2nts Cracovie3nts Budapest 3nts Vienne3nts Salzbourg 2nts et autres villes , 44 repas i i I i I I , i l l i I , l l , I l l j i l i t l i ( t ) r i i r jr , t t , ill , r l , i i i l ll i \u2019 j \u2019 l i j - j : il I I ) i i l i f i tr l i t ill \u2019 rt jr rt i t ( l li it ) i rt I it i i l i \u2019 l j i li , i i i l ill , Circuits I ES: Prix I TT LES E CL SIF , conçus différe ents ôtels sélectionnés aux CE T E- ILLE, oyages culturels , PETITS GROUPES Pour des voyages pas co e les autres Les Trésors de la rèce \u2013 20jrs éparts 13 ai 16 sept Thessalonnique 2nts Képhalonnie (4nts) Croisière 5jrs, Athènes 3nts, et autres villes, 39 repas Toutes les, visites incluses ouvelle Pro i c rs our nos départs printe ps Jusq \u2019a 30 nove bre enez jusqu\u2019à 600 $ par couple Sites ajeurs du Japon -21 jrs Départs 2020 : 16 avril PLACES LI ITÉES) Circuit co plet et varié 49 repas De ande partage fe e agistrale Russie et ses villes d\u2019arts \u2013 21 jrs Départs 20 ai & 26 août (Places li itées) Voyage Unique Découvertes Inédites Circuit co plet et varié Europe de L\u2019est et Centrale -24jrs éparts 14 ai 13 sept Prague 4nts Berlin 3nts,Varsovie2nts Cracovie3nts Budapest 3nts Vienne3nts Salzbourg 2nts et autres villes , 44 repas P e r m i s d u Q u é b e c 53 LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 lent qu\u2019au pays, 10 % des familles canadiennes avaient un père au foyer en 2015, une nette amélioration en comparaison de 1976, où ces chiffres se situaient à 1 sur 70.Bien que la grande majorité des parents au foyer au Canada soit des femmes, un nombre croissant d\u2019hommes deviennent pères au foyer.Une étude de 2018 du Pew Research Center démontrait en revanche qu\u2019aux États-Unis, le pourcentage d\u2019hommes qui occupent un rôle de père au foyer à temps plein est passé de 4 % à 7 % depuis 1989, alors que la proportion de femmes qui occupent ce rôle est demeurée à peu près semblable (27 %, soit une baisse de 1 % comparativement à 1989).Cela dit, les choses bougent aussi du côté de l\u2019affirmation positive du rôle de père : la dernière parution de la revue Modern Families Index (publiée par l\u2019organisme britannique Working Families) révélait que la moitié des hommes interviewés pour cette étude souhaitait réduire sa charge de travail rémunéré pour contribuer davantage aux soins des enfants et qu\u2019un tiers était prêt à accepter une baisse de salaire afin d\u2019atteindre un meilleur équilibre travail- famille.Et plus les hommes étaient jeunes, plus ces chiffres tendaient à être élevés.Cette valorisation du rôle de père inspirée par les Gayford-Arden et popularisée par des mouvements sociaux comme les « latte papas » suédois offre une lueur d\u2019espoir pour ceux qui s\u2019inquiètent de la reproduction des stéréotypes de genre.Dans Vivre Famille Homme au foyer, homme du futur ?La valorisation du rôle du père diminuerait la reproduction des stéréotypes de genre En couple avec l\u2019une des femmes les plus influentes de la planète, la première ministre de la Nouvelle-Zélande Jacinda Arden, Clarke Gayford a pris en charge les soins du nouveau bébé quand la cheffe d\u2019État est retournée au boulot après six semaines de congé de maternité.DON EMMERT AGENCE FRANCE-PRESSE REPORTAGE SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR n 2018, tandis qu\u2019il embrassait le rôle de papa au foyer à temps plein, Clarke Gayford, mari de la première ministre de la Nouvelle-Zélande Jacinda Arden, faisait figure de modèle de masculinité assumée et égalitaire.En couple avec l\u2019une des femmes les plus influentes de la planète, Gayford a pris en charge les soins du nouveau bébé quand la cheffe d\u2019État est retournée au boulot après six semaines de congé de maternité.En confiant à Gay- ford les soins de sa petite Neve, Ja- cinda Arden transmettait le message que la part masculine d\u2019un couple cis- genre peut très bien tenir le rôle de parent à temps plein.La Nouvelle-Zélande a beau être une contrée lointaine, l\u2019exemple des Arden-Gayford a de quoi inspirer de nombreux employeurs et (futurs) papas québécois.Quand une (jeune) génération de pères adhère sans complexe au rôle de donneur de soins principal, on ne peut qu\u2019être optimiste quant à l\u2019avenir de l\u2019égalité des genres.Au Québec (comme un peu partout ailleurs dans le monde occidental), féministes, travailleurs sociaux, sociologues et même bédéistes se penchent sur les répercussions de la charge mentale sur le bien-être des familles.Certes, à partir des années 1970, les femmes se sont mises à investir de façon plus significative la sphère du marché du travail rémunéré, ce qui a eu un effet indéniable sur les rôles de genre.En revanche, comme l\u2019a rappelé Maude Pugliese, professeure et chercheuse à l\u2019Institut national de la recherche scientifique, dans le recueil La révolution inachevée du partage des tâches, les femmes sont demeurées responsables de la vaste majorité des tâches ménagères.« Latte papas » et autres briseurs de stéréotypes masculins La Suède, berceau de plus d\u2019une tendance de société à saveur progressiste, a assisté à la naissance d\u2019une nouvelle mouture de papas « post-métro- sexuels » dans la dernière décennie.Joliment surnommés les « latte papas » (en raison de leur présence visible dans les cafés), ces modèles scandinaves de paternité à plein temps sont connus pour leur style impeccable et leur choix de prendre en charge les soins des petits pendant que leur conjointe retourne au boulot.Et le pays de Greta Thunberg n\u2019est pas totalement à part : de récents chiffres de Statistique Canada révè- E son essai Si nous sommes égaux, je suis la fée des dents, l\u2019autrice et travailleuse sociale Amélie Châteauneuf dresse un constat teinté d\u2019une note d\u2019exaspération à l\u2019endroit de l\u2019inégalité qui perdure dans le domaine sous-étudié du partage des tâches domestiques et du soin apporté aux enfants.« Le travail de soin, d\u2019organisation et d\u2019entretien accompli en plus grande partie par des femmes n\u2019est pas seulement un travail qui n\u2019est pas rémunéré, c\u2019est aussi un travail qui les appauvrit puisqu\u2019il les empêche d\u2019effectuer autant d\u2019heures de travail rémunéré que la plupart des hommes et de cotiser autant pour la retraite (les femmes âgées disposent de 59 % des revenus de retraite des hommes) », écrit Châteauneuf, qui cite ici une étude de 2017 de la Fédération des femmes du Québec.Et en matière d\u2019égalité des rôles parentaux, il faut peut-être regarder du côté des parents de même sexe : l\u2019ouvrage d\u2019Amélie Château- neuf révèle que les pères gais ont plus de succès en matière de distribution égalitaire de la fameuse « charge mentale ».La famille moderne a tout à réinventer en matière de paternité saine et assumée.Dans 20 ans, Neve Arden- Gayford saura nous le confirmer.Bien que la grande majorité des parents au foyer au Canada soit des femmes, un nombre croissant d\u2019hommes deviennent pères au foyer.Une étude de 2018 du Pew Research Center démontrait en revanche qu\u2019aux États-Unis, le pourcentage d\u2019hommes qui occupent un rôle de père au foyer à temps plein est passé de 4 % à 7 % depuis 1989. LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 Vivr e Mot s de t êt e 54 SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 55 Vivre Mots de tête GRILLE INTERMÉDIAIRE Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 475 Horizontalement I.Chirurgienne.II.Léger.Renaud.III.Alumine.Ciao.IV.Née.Non- sens.V.Dé.Rê.Aine.VI.Tirades.Ar.VII.Stop.Gageure.VIII.Ténacité.Lin.IX.Dior.Apnée.X.Neutralisant.Verticalement 1.Clandestin.2.Hélée.Té 3.Igue.Tondu.4.Rem.Ripait.5.Uriner.Cor.6.No.Agira.7.Grenadât.8.Ie.Siégeai.9.Encensé.Ps.10.Naine.Ulna.11.Nuas.Arien.12.Edo.Trenet.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 476 1.Bon développement.2.Engage à ne pas perdre de temps.Lac haut perché.3.Permet de réfléchir.Se fait sentir.4.Mesure pour le fichier.Jeu retourné sur le tapis.5.Sans la moindre originalité.6.Point matinal.Maréchal de France.7.Leurs ailes passent à table.Laissa aller son imagination.8.Persifla.Romains.9.Devait assurer la paix.Approuvât du chef.10.Chez Nini.Lues à Strasbourg.Amateur de son.11.Pour les petits poids précieux.Bien enveloppé.12.Vont au chœur.Faire le modèle.I.L\u2019art de se tirer dessus.II.Facilite les transports en grandes quantités.Fait le piquet au camping.III.Peut être provoquée mais est difficile à contrôler.Invite le lecteur a regarder la suite.IV.Avancées féminines.Préposition.Roulent en piste.V.Dans le coin.Montent dangereusement.VI.Plume italienne.Facilite les calculs.Pour les amateurs de bains à bulles.VII.Approfondirai le sujet.Sur la portée.VIII.Enfant de Jean-Jacques.Au centre du temple.IX.Unis les deux bouts.Chair.X.Prépare les mokas et autres arabicas.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE Seule, je ne peux pas changer le monde, mais je peux jeter une pierre dans l\u2019eau et créer de nombreuses ondulations \u2013 Mère Teresa MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE NURSE OURSE BOURSE BOUSE BOUGE JEUX 1026 1102 1102 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1102 1.Certains sont prêts à beaucoup pour y parvenir 2.Un groupe musical 3.Gros fruit tropical 4.nous identifie (sigle) 5.Peut être énervant à l\u2019entendre (adj.) 6.Vigueur 7.Ancien grec 8.Itou 9.Euphémisme 10.Un peu de discrétion, svp?! \u2022 OUI \u2022 OUÏGOURS \u2022 URSULINES \u2022 NESCAFÉS \u2022 FESTIVAL \u2022 VALGUS \u2022 GUSTATIVE \u2022 IVES \u2022 VESPÉRAL \u2022 RALENTIR REIN PENTE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R CORRIGÉ Veillez prendre note que la pérénité de l\u2019écosystème du lieu de villégiature dans lequel vous vous trouvez est menacé. Nous vous serions donc gré de bien vouloir jeter vos immondices dans les récipients prévus à cet effet, et de ne pas nourrir les écureils.Veuillez, et non *Veillez \u2014 v.vouloir, impér.prés., 2e plur.(sujet sous-entendu : vous).Si l\u2019on souhaite conserver le verbe veiller (veillez), la préposition à doit obligatoirement suivre ce dernier.pérennité, et non *pérénité \u2014 n. f.Caractère de ce qui dure toujours.menacée, et non *menacé \u2014 part.passé de menacer au fém. sing. Le PP employé avec l\u2019auxiliaire être s\u2019accorde avec le noyau du groupe sujet (ici, pérennité).saurions, et non *serions \u2014 v.savoir, cond.prés., 1re plur.(sujet : Nous).Savoir gré à quelqu\u2019un de : [Soutenu] Être reconnaissant à quelqu\u2019un de.Attention : cette locution se construit avec le verbe savoir, et non avec le verbe être.écureuils, et non *écureils \u2014 n. m.écureuil au plur.Petit rongeur à la queue touffue vivant dans les arbres.Remarque \u2014 Un lieu de villégiature est un endroit où les gens passent leurs vacances et qui se trouve à la campagne, à la mer, à la montagne, etc.© 2019 Druide informatique inc.Tous droits réservés.Épreuve de révision Antidote | no 31 LE DEVOIR // LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2019 "]
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