Le devoir, 22 août 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 189 / LE JEUDI 22 AOÛT 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM Une histoire de pêche et de perles JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Les noms de Samuel de Champlain et de Jacques Cartier sont accrochés depuis longtemps à des ponts jetés sur le Saint-Laurent.L\u2019eau a coulé dessous, jusqu\u2019à charrier dans les mers de l\u2019oubli les noms de leurs devanciers.Dans Une histoire de la Nouvelle-France, l\u2019historien Laurier Turgeon, professeur à l\u2019Université Laval, s\u2019intéresse aux échanges culturels dans une période de flottements au commencement d\u2019un empire colonial : le XVIe siècle.Quand Cartier fait son voyage en 1534, les Autochtones montrent qu\u2019ils ont déjà l\u2019habitude des rapports avec les Européens.En juillet, par exemple, le navigateur malouin croise une quarantaine d\u2019embarcations dont les occupants qui lui demandent, avec force signes, d\u2019accoster.On veut lui montrer des peaux, au bout de perches.Vous en voulez ?En août, sur le chemin du retour, d\u2019autres Autochtones montent sans crainte sur le pont.Oui, les échangent commerciaux existent déjà.Entre le troisième et dernier voyage de Cartier, en 1541-1542, et celui de Samuel de Champlain en 1608 se trouve un trou historique dans lequel Turgeon plonge.INDEX Avis légaux.B3 Culture .B1 Décès .A4 Économie.B4 Éditorial.A6 Grille TV.B2 Idées.A7 Météo .B6 Monde .B7 Mots croisés.B6 Sports.B6 Sudoku .B6 ÉCONOMIE Donald Trump fait fausse route, dit le FMI B 4 CULTURE Toutes influences unies, la chronique d\u2019Odile Tremblay B 3 ACTUALITÉS Ces robots qui nous ressemblent, stéréotypes compris A 8 MARCO FORTIER LE DEVOIR La plus grande commission scolaire du Québec fait volte-face au sujet de la loi sur la laïcité.Après avoir résolu en juin de retarder d\u2019au moins un an l\u2019application de cette loi « impossible à gérer », elle a décidé de se conformer aux ordres de Québec et de faire appliquer l\u2019interdiction du port de signes religieux.Selon ce que Le Devoir a appris, un plan prévoyant la mise en application de la Loi sur la laïcité de l\u2019État sera soumis la semaine prochaine au conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).Les commissaires ont beau avoir décidé à l\u2019unanimité, il y a deux mois, de retarder l\u2019interdiction des signes religieux par les enseignants, la haute direction de la CSDM se sent obligée d\u2019obéir à la loi.Pourquoi ?Parce qu\u2019un article de la loi prévoit qu\u2019il incombe à « la plus haute autorité administra- SIGNES RELIGIEUX La CSDM se pliera à la volonté de Québec La direction fera respecter la loi sur la laïcité, malgré ce qu\u2019elle en pense tive » de faire appliquer le bannissement des signes religieux.Déjà, les offres d\u2019emploi publiées par la CSDM indiquent le virage qui a pris place au cours de l\u2019été : « Les employés de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) sont soumis à la Loi sur la laïcité de l\u2019État.Cette Loi prévoit, entre autres choses, l\u2019interdiction pour les enseignants, les directions et directions adjointes d\u2019établissement, embauchés après le 27 mars 2019, de porter un signe religieux et l\u2019obligation pour l\u2019ensemble du personnel de la CSDM d\u2019exercer ses fonctions à visage découvert.» Selon nos informations, le directeur général de la CSDM craint de subir des sanctions du gouvernement, ou même la mise sous tutelle de la commission scolaire, s\u2019il retarde la mise en application de la loi.Il se sent pris entre l\u2019arbre et l\u2019écorce : les élus scolaires lui ont demandé de lancer une série de consultations qui reporteraient l\u2019interdiction du port de signes religieux à l\u2019automne 2020, mais la loi adoptée en juin par l\u2019Assemblée nationale lui donne clairement le rôle d\u2019autorité responsable de l\u2019application de la loi.Le premier ministre, François Le- gault, avait mis en garde la Commission scolaire contre la tentation de reporter la mise en œuvre de la loi, en juin.Il n\u2019avait toutefois pas évoqué de possibles sanctions.Ce virage à 180 degrés de la CSDM est loin de faire l\u2019unanimité au sein des commissaires.Certains veulent Le gouvernement de Donald Trump a annoncé qu\u2019il comptait retirer les limites strictes régissant le temps passé en centres de rétention par les enfants migrants, nouvelle initiative controversée dans sa politique de fermeté face à l\u2019immigration clandestine.VOIR PAGE B 7 LOREN ELLIOTT AGENCE FRANCE-PRESSE Des enfants détenus sans limite de temps GUILLAUME LEPAGE LE DEVOIR MÉDIAS Capitales Médias pourrait être sans le sou à la mi-novembre Les perles servent notamment à créer les colliers de wampum, avec lesquels on scelle les alliances.WIKICOMMON VOIR PAGE A 4 : HISTOIRE Dans une école de Rosemont, un père a demandé à ce qu\u2019on change de classe son enfant, l\u2019enseignante qui y était assignée portant le foulard islamique.Les autorités ont rejeté sa requête.VOIR PAGE A 2 : LAÏCITÉ VOIR PAGE A 2 : MÉDIAS Les citoyens doivent démontrer leur attachement à leurs quotidiens, souligne François Legault Le temps presse pour trouver des acheteurs potentiels pour les six journaux du Groupe Capitales Médias (GCM), éprouvés financièrement.Les coffres pourraient être vides dès la mi-novembre, prévoit le syndic responsable du dossier.« Ça prouve que le temps est notre pire ennemi et qu\u2019il faut agir vite », lance le président du syndicat de la rédaction du Soleil, Jean-François Néron.La Cour supérieure du Québec a donné son feu vert mercredi à l\u2019aide d\u2019urgence de 5 millions du gouvernement Legault, consentie pour maintenir sous respirateur artificiel les quotidiens du groupe.Acculé à la faillite, GCM a fait appel au tribunal en début de semaine pour se placer à l\u2019abri de ses créanciers.Le groupe emploie quelque 350 artisans et publie notamment Le Soleil à Québec et Le Droit à Gatineau. ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE JEUDI 22 AOÛT 2019 CAROLINE PLANTE À QUÉBEC LA PRESSE CANADIENNE Le président de l\u2019Assemblée nationale rappelle à l\u2019ordre le gouvernement Le- gault.François Paradis reproche au ministre de l\u2019Éducation, Jean-François Roberge, d\u2019avoir dérogé à la pratique suivie à ce jour concernant le remboursement des frais de déplacement des témoins en commission parlementaire.Sa décision écrite est venue clore une journée mouvementée à l\u2019Assemblée nationale, mercredi, où les partis d\u2019opposition se sont ligués pour exiger des excuses du ministre, lesquelles n\u2019ont finalement jamais été données.Au cœur de l\u2019histoire, la décision de Jean-François Roberge de rembourser, à même les fonds publics, les frais de déplacement, de repas et d\u2019hébergement de deux New-Yorkais et de deux Onta- riens favorables aux maternelles 4 ans.Ces derniers sont venus témoigner en commission parlementaire, début juin, en faveur du projet de loi du ministre.Ils se sont fait rembourser plus de 8600 $ par le ministère de l\u2019Éducation, a dévoilé Le Journal de Québec.Dans son jugement, François Paradis est catégorique : « Il ne doit pas y avoir de remboursement des frais de déplacement de témoins en commission parlementaire par les ministères ou les organismes publics.» Tout au plus, et exceptionnellement, une commission parlementaire pourrait décider de rembourser, à même son budget, les frais engagés par un témoin lorsque la présence de celui-ci est jugée essentielle.« Cependant, les commissions parlementaires n\u2019ont pas pour pratique de rembourser les témoins », pré- cise-t-il, en rappelant que la visioconfé- rence est permise pour des témoins de l\u2019extérieur depuis 2009.« Le président nous donne raison?; cette situation était aberrante », a réagi en impromptu de presse le leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Martin Ouellet.M.Roberge, lui, est passé en coup de vent devant les journalistes à sa sortie du conseil des ministres, se refusant à tout commentaire.Plus tôt dans la journée, le premier ministre, François Legault, s\u2019était porté à la défense de son ministre, en déclarant qu\u2019il était « normal » de rem- MATERNELLE 4 ANS Roberge rappelé à l\u2019ordre Le ministre a contrevenu aux règles en remboursant les dépenses de témoins favorables qu\u2019il a fait venir de Toronto et de New York Décision contestée LAÏCITÉ SUITE DE LA PAGE A 1 continuer la bataille contre cette loi considérée comme mal adaptée à la réalité montréalaise.La diversité fait partie de l\u2019identité même de la grande région de Montréal.De plus, la pénurie d\u2019enseignants et de directions d\u2019école frappe durement, et la Commission scolaire ne peut se permettre de perdre des aspirants profs de talent (surtout des enseignantes, en fait), uniquement parce qu\u2019ils ou elles portent un signe religieux, fait valoir la commissaire indépendante Violaine Cousineau.« On avait voté à l\u2019unanimité à ce sujet en juin au conseil des commissaires, et on est en train de faire autre chose.Je ne suis pas d\u2019accord », a-t-elle réagi.Elle dit comprendre et respecter la position délicate de la haute direction de la Commission scolaire.Selon elle, les commissaires élus devraient réaffirmer clairement que l\u2019opposition à la loi sur la laïcité vient d\u2019eux, et non des fonctionnaires de la CSDM.Mais nos sources indiquent que l\u2019équipe de la présidente, Catherine Harel Bourdon, « prendra acte » des recommandations et fera appliquer la loi.Mme Harel Bourdon a décliné la demande d\u2019entrevue du Devoir.Elle avait déclaré en juin, au moment de l\u2019adoption unanime de la résolution contre la loi interdisant le port de symboles religieux : « Le premier ministre pensait qu\u2019il allait clore le débat, moi je pense qu\u2019il fait juste ouvrir un débat social très présent dans nos milieux montréalais.» Une enseignante ciblée Le débat, en tout cas, continue de faire rage deux mois après l\u2019adoption de la loi sur la laïcité.Un père de famille de Rosemont a ainsi demandé à son école de quartier que sa fille ne soit pas dans la classe d\u2019une enseignante de maternelle portant le foulard islamique \u2014 et qui peut encore le porter en vertu de la clause dite de droits acquis.La direction de l\u2019école Marie-Rollet a refusé la demande du père.Il s\u2019est tourné vers le commissaire scolaire du quartier, Jean-Denis Dufort, qui a aussi refusé.« L\u2019enseignante en question a toutes les compétences requises pour assurer un enseignement de qualité à votre enfant et l\u2019affichage de son appartenance religieuse n\u2019est pas un critère justifiant un changement de classe », a répondu le commissaire dans une lettre que Le Devoir a obtenue.Jean-Denis Dufort est estomaqué par cette demande d\u2019un père de son quartier.À sa connaissance, il s\u2019agit d\u2019une première dans l\u2019histoire de la CSDM.Il voit là l\u2019expression d\u2019un « racisme » devenu décomplexé par la loi sur la laïcité.« Jusqu\u2019à l\u2019année dernière, jamais je n\u2019aurais reçu une lettre comme celle- là, mais maintenant, ça semble permis d\u2019afficher des positions racistes.Le quartier Rosemont est pourtant très progressiste », dit-il.Des pistes de sortie de crise pour les journaux MÉDIAS SUITE DE LA PAGE A 1 Ce prêt temporaire devait garantir la poursuite « intégrale » des activités de GCM d\u2019ici la fin de l\u2019année, avait alors laissé entendre le ministre de l\u2019Économie, Pierre Fitzgibbon.Mais l\u2019argent pourrait venir à manquer plus tôt que prévu, selon le syndic Christian Bourque, du cabinet Pricewaterhouse Coopers (PwC), chargé des démarches pour trouver d\u2019éventuels acquéreurs.Dans ses prévisions, le syndic a fait preuve de prudence, revoyant à la baisse les revenus à court terme pour GCM, alors que ses déboires financiers sont exposés au grand jour depuis lundi.Selon le portrait dépeint par PwC, l\u2019entreprise accuse des pertes financières de 27 millions de dollars.Parmi la liste des créances, l\u2019entreprise doit à Investissement Québec, le bras financier de l\u2019État, environ 8 des 10 millions octroyés dans le cadre d\u2019un premier prêt en 2017.Soutenir Maintenant que la bouée lancée par Québec a été autorisée par la Cour, Jean-François Néron souhaite rencontrer le plus rapidement possible le nouveau patron par intérim de GCM, Stéphane Lavallée.« On espère que la restructuration qui va être envisagée sera faite en collaboration avec l\u2019ensemble des syndicats des six journaux », dit-il.« S\u2019il y a un ou des repreneurs potentiels, on veut travailler en collaboration avec eux par la formation d\u2019une coopé- bourser les dépenses encourues par des témoins.« C\u2019est normal que, si on demande à des experts de venir partager leur expérience ici, à Québec, qu\u2019on paie leurs dépenses.Je pense que c\u2019est tout à fait normal », a-t-il affirmé.« J\u2019ai déjà vu [la possibilité] de compenser des experts pour venir témoigner, même s\u2019ils venaient d\u2019une région éloignée au Québec », a-t-il ajouté.Le président de l\u2019Assemblée nationale le contredit : « Les témoins qui sont invités à témoigner dans le cadre de consultations en commission parlementaire ne sont pas remboursés.» Selon la porte-parole libérale en éducation, Marwah Rizqy, le premier ministre a carrément « induit la population en erreur ».« Service à la nation québécoise » Elle avait plus tôt dénoncé le fait que le ministre Roberge se soit transformé en « agence de voyages, qui booke l\u2019hôtel, le billet d\u2019avion, qui fait venir à grands frais des experts, et je dirais des pseudo-experts ».Ensemble, les partis d\u2019opposition ont clamé qu\u2019il est inéquitable de rembourser les dépenses d\u2019alliés, et pas celles des autres.Ils se sont en outre inquiétés du mélange des genres, c\u2019est-à-dire de l\u2019ingérence du pouvoir exécutif dans le processus législatif.Les invités new-yorkais et ontariens favorables aux maternelles 4 ans qui sont venus témoigner, toutes dépenses payées, ont rendu « un service à la nation québécoise », s\u2019est défendu M.Roberge en mêlée de presse mercredi matin.« Il faut comprendre que les experts internationaux qui sont venus sont venus rendre un service à la nation québécoise en nous informant de la façon dont ça s\u2019est fait, et de la meilleure façon pour éclairer nos travaux », a-t-il dit.Retour sur « l\u2019investissement » Il a du coup refusé de rembourser les 8600 $ aux Québécois, affirmant que ceux-ci obtiendraient « un rendement sur leur investissement exceptionnel ».« Je pense que c\u2019est totalement inacceptable qu\u2019il dise ça aux Québécois », s\u2019est insurgée la députée Christine La- brie, de Québec solidaire (QS), qui a demandé à la commissaire à l\u2019éthique d\u2019enquêter sur cette affaire.« Ça ne devrait pas être des fonds publics qui sont engagés pour défendre une option politique », a-t-elle ajouté.Par ailleurs, le ministre Roberge, qui est député depuis 2014, a déclaré qu\u2019il ne savait pas qu\u2019une commission parlementaire pouvait faire comparaître un groupe par visioconférence.De la « grossière négligence », selon la députée péquiste Véronique Hivon, qui blâme aussi le ministre d\u2019avoir colporté « des choses qui ne sont pas la vérité » la veille, en disant qu\u2019il était impossible de faire de la visioconférence.« Ce qui se passe, ce n\u2019est vraiment pas banal, a-t-elle déclaré en impromptu de presse.On apprend qu\u2019il a payé pour ces experts-là et ensuite, il invoque des arguments qui ne tiennent pas la route pour essayer de se justifier comme quoi il ne pouvait pas les faire comparaître par visioconférence.C\u2019est très grave », a-t-elle renchéri.Le ministre Roberge a par la suite concédé qu\u2019il demandera à des experts de témoigner par visioconférence « la prochaine fois ».L\u2019étude détaillée du projet de loi 5, qui permettra le déploiement de la maternelle 4 ans universelle au Québec, et non pas seulement dans les milieux défavorisés, se poursuit au cours des prochaines semaines.Fait à souligner, le ministre a refusé d\u2019enchâsser dans la loi une date pour le déploiement de la maternelle 4 ans pour tous, pourtant promis d\u2019ici 2023 par son parti en campagne électorale.rative de travailleurs » possiblement actionnaires, ajoute le journaliste, en écho à une solution mise de l\u2019avant par la Fédération nationale des communications (FNC).Rattachée à la CSN, l\u2019organisation représente une majorité des ouvriers de l\u2019information de GCM.« Que ce soit la mi-novembre ou la fin décembre, pour nous, le plan reste le même », indique de son côté Pascale St-Onge, présidente de la FNC.Celle- ci appelle également la population à « se mobiliser » pour aider les journaux en difficulté.« On encourage les gens à s\u2019abonner et les entrepreneurs locaux à y placer de la publicité.» Un message qui a aussi été lancé en début de journée par François Legault.Le premier ministre a appelé les Québécois à s\u2019abonner aux médias de la province et à les « consulter le plus possible ».Si le gouvernement a la « responsabilité » de les protéger, « il faut aussi qu\u2019il y ait une responsabilité qui vienne des individus.» « Il y a un prix pour qu\u2019on soit capable de payer les journalistes, payer l\u2019équipe qui amène les informations à chaque jour dans chaque région du Québec, a- t-il déclaré.C\u2019est important qu\u2019on y contribue financièrement, tout le monde.» Aux détracteurs de l\u2019aide d\u2019urgence octroyée par l\u2019État, M.Legault a répliqué que ce « prêt temporaire » vise un maintien des six quotidiens de GCM \u2014 « essentiels à la démocratie » \u2014 jusqu\u2019à la présentation du programme d\u2019aide de son gouvernement.Prévu pour l\u2019automne, ce programme « permanent » concernera l\u2019ensemble des acteurs de l\u2019industrie.Le montant versé pourrait toutefois varier en fonction de la ville et du nombre de journalistes du média, a laissé entendre le chef caquiste, sans plus de détails.Taxer Les ennuis financiers de Capitales Médias \u2014 qui a vu son président, l\u2019ex-dé- puté libéral Martin Cauchon, quitter le navire \u2014 ont continué à faire réagir le milieu journalistique.L\u2019Association de la presse francophone a accusé les gouvernements provincial et fédéral de ne pas avoir agi plus tôt pour aider l\u2019industrie déjà précaire.Des pistes de sortie de crise ont émergé depuis l\u2019annonce de la quasi- faillite de GCM, dont celle d\u2019imposer une taxe aux Google et Facebook de ce monde.Taxer les géants du Web « relève du fédéral », a pointé mercredi François Legault.Il a par ailleurs écarté l\u2019idée que le gouvernement renonce à acheter de l\u2019espace publicitaire sur ces plateformes.Pour le moment, le patron de Québe- cor, Pierre Karl Péladeau, est sur les rangs pour se porter acquéreur des journaux de GCM.Métro Média, propriétaire du quotidien gratuit Métro, aurait également entamé des démarches en vue de faire une offre, selon La Presse.Le ministre de l\u2019Économie, Pierre Fitzgibbon, a confié mercredi que le gouvernement espérait plusieurs offres de repreneurs auprès du syndic, pour « idéalement ne pas avoir de concentration » de la presse.Le gouvernement est le principal créancier de Capitales Médias, qui publie Le Soleil à Québec, Le Droit à Gati- neau, Le Quotidien à Saguenay, Le Nouvelliste à Trois-Rivières, La Tribune à Sherbrooke et La Voix de l\u2019Est à Granby.À ce titre, le gouvernement jouera un rôle-clé pour la suite des choses, en gérant le processus d\u2019acquisition des six quotidiens.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Le ministre Jean-François Roberge a évité les journalistes après avoir essuyé les critiques du président de l\u2019Assemblée nationale.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE On espère que la restructuration qui va être envisagée sera faite en collaboration avec l\u2019ensemble des syndicats des six journaux JEAN-FRANÇOIS NÉRON » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE JEUDI 22 AOÛT 2019 MARIE VASTEL CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Les libéraux veulent mettre le scandale SNC-Lavalin derrière eux une fois pour toutes, à la veille de l\u2019élection fédérale.Les députés de Justin Trudeau se sont opposés à la majorité mercredi à ce qu\u2019un comité parlementaire se penche sur le rapport du commissaire à l\u2019éthique qui a condamné le premier ministre la semaine dernière.Conservateurs et néodémocrates s\u2019étaient alliés pour convoquer d\u2019urgence le comité parlementaire de l\u2019éthique, en plein été, afin d\u2019y discuter de la possibilité d\u2019inviter le commissaire Mario Dion pour qu\u2019il discute de son rapport.M.Dion était même au bout du fil, prêt à comparaître par visio- conférence.Mais au terme d\u2019une heure et demie de délibérés, les libéraux ont rejeté la demande de l\u2019opposition.« Ce dossier a été étudié de manière exhaustive », a fait valoir le député Steven MacKinnon.« Le comité de la justice a tenu plus de 13 heures de témoignages, de la part de dix témoins différents, pendant cinq semaines.De plus, nous avons maintenant un rapport détaillé de 63 pages du commissaire qui fait suite à des mois de travail.[\u2026] C\u2019est maintenant évident, après les discours de mes collègues, que le véritable objectif de l\u2019opposition est simplement de faire de la politique », a reproché le libéral, en suscitant l\u2019ire de ses rivaux.Pourtant, les agents du Parlement, comme le commissaire à l\u2019éthique, témoignent régulièrement en comité parlementaire à la suite du dépôt de leurs rapports.La prédécesseure de M.Dion, Mary Dawson, s\u2019était présentée devant ce même comité de l\u2019éthique l\u2019an dernier pour y discuter de son rapport accusant Justin Trudeau d\u2019avoir enfreint la Loi sur les conflits d\u2019intérêts lors de son séjour sur l\u2019île privée de l\u2019Aga Khan.À sa sortie du comité, M.MacKinnon n\u2019a pas expliqué pour quelle raison une telle comparution était cette fois-ci inacceptable.Mais, de l\u2019avis des députés de l\u2019opposition, les libéraux tentent simplement d\u2019étouffer le scandale à deux semaines du déclenchement de la campagne électorale.« On s\u2019en va en période électorale.Les Canadiens ont le droit de savoir ce qui s\u2019est passé dans ce dossier.Et malheureusement, ils ne le sauront pas parce que les libéraux l\u2019empêchent par tous les moyens », a reproché le conservateur Jacques Gourde.« J\u2019imagine qu\u2019ils trouvaient qu\u2019une heure de témoignage de M.Dion à la télévision nationale nuirait à leurs chances électorales, a renchéri Elizabeth May du Parti vert.Mais ils nous avaient aussi promis davantage de transparence et d\u2019éthique.» Le néodémocrate Charlie Angus a, quant à lui, accusé les libéraux de faire une fois de plus de l\u2019« obstruction » pour aider « un premier ministre qui se croit au-dessus des lois ».Le député libéral Nathaniel Erskine- Smith a brisé les rangs et appuyé la demande de l\u2019opposition de convoquer M.Dion.Par souci de transparence, a-t- il plaidé, mais aussi pour contester l\u2019in- POLITIQUE FÉDÉRALE Les libéraux tentent de clore l\u2019affaire SNC-Lavalin Ils refusent la tenue d\u2019un comité parlementaire sur le récent rapport du commissaire à l\u2019éthique condamnant le premier ministre terprétation de la loi du commissaire qui était « juridiquement erronée » selon lui.Les cinq libéraux restants détenaient cependant malgré tout la majorité et ont rejeté l\u2019invitation à M.Dion.Le commissaire a conclu que M.Trudeau a agi de façon inappropriée en tentant d\u2019influencer sa ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, à coup de «ma- nœuvres troublantes», afin qu\u2019elle intervienne auprès de la directrice des poursuites pénales pour que celle-ci octroie un accord de réparation à SNC-Lavalin accusée de corruption en Libye.M.Dion a en outre déploré que le Conseil privé lui ait refusé des documents confidentiels dans le cadre de son enquête, en évoquant le secret du conseil des ministres.Des sondages inchangés Le rapport du commissaire ne semble pour l\u2019instant pas avoir fait bouger les intentions de vote au pays.Un sondage Léger mené pour La Presse canadienne place toujours les libéraux et les conservateurs à égalité avec 33% d\u2019appuis.La firme observe que la popularité du Parti libéral semble à peu près au même niveau qu\u2019en juillet \u2014avant le rapport de M.Dion\u2014 tandis que celle des conservateurs a perdu trois points de pourcentage.Un second coup de sonde d\u2019Abacus révèle lui aussi que le rapport du commissaire a eu un effet marginal sur l\u2019électorat.Car 50% des répondants ont affirmé que le rapport avait confirmé l\u2019opinion qu\u2019ils avaient déjà sur toute cette affaire, et 36% n\u2019étaient même pas au courant des conclusions du commissaire à l\u2019éthique.Chez les autres (14% des répondants ont admis que le rapport leur avait fait changer d\u2019avis), cette opinion est très partagée: 8% croient que le premier ministre tentait de sauver des emplois alors que 6% croient qu\u2019il a agi de façon inappropriée pour aider une entreprise.tive » du Canada, un pays « ancré dans les valeurs de diversité et d\u2019ouverture », qui fait de la « prospérité de la classe moyenne » sa priorité.Le premier ministre a proposé de faire de la démocratie, des droits de la personne, du droit international et de la protection de l\u2019environnement les pierres angulaires de la politique étrangère canadienne.« On devrait se tenir côte à côte avec ceux qui risquent leur vie pour défendre la démocratie et la paix, et être prêts à leur offrir refuge lorsqu\u2019ils sont victimes de persécutions à l\u2019étranger », a-t-il déclaré.Tournant le regard dans le rétroviseur, Justin Trudeau a abondamment vanté le bilan libéral tout en louangeant le travail de certains ténors de son gouvernement, notamment Chrystia Freeland qui a défendu « avec fermeté » les intérêts canadiens lors de la renégociation de l\u2019ALENA.Cet accord commercial \u2014 pris avec le Partenariat transpacifique et l\u2019Accord économique commercial global \u2014 permet désormais aux Canadiens d\u2019avoir «un accès libre de droits aux deux tiers de l\u2019économie mondiale», a-t-il rappelé.Tout en affirmant que la libre circulation des biens et des services est bénéfique pour l\u2019économie, Justin Trudeau a précisé que le libre-échange ne profite pas à tous de manière égale.Une nouvelle approche \u2014 liée aux valeurs canadiennes \u2014 est nécessaire, puisque «simplement supposer que les bénéfices du commerce feront leur chemin jusqu\u2019aux citoyens est insouciant et incorrect».À quelques heures de l\u2019ouverture du sommet du G7, le premier ministre a insisté pour affirmer que les changements climatiques représentent l\u2019enjeu le plus pressant, nécessitant une solution mondiale.« Les changements climatiques vont modeler les relations entre les pays pour les décennies à venir.» MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Le discours devait servir à exposer les priorités du Canada en vue du sommet du G7 qui s\u2019ouvrira samedi à Biarritz en France, mais à quelques semaines du déclenchement de la campagne électorale, Justin Trudeau a plutôt tiré à boulets rouges sur son rival Andrew Scheer.Dans une allocution prononcée mercredi midi devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CO- RIM), le premier ministre a une fois de plus fustigé les politiques de division des conservateurs qui trouvent écho, selon lui, sur la scène internationale.« Ils [les conservateurs] envisagent un monde où le Canada flirte avec les forces du populisme, en attisant la peur et en diffusant de la désinformation », a-t-il déclaré.Jetant les bases de ce nouveau duel, Justin Trudeau a souligné \u2014 quatre ans après avoir pris le pouvoir \u2014 que « 2019 apparaît bien différente de 2015 ».« Le monde a changé rapidement» et est devenu « de plus en plus imprévisible », a- t-il averti.Nombreux sont les pays qui se replient sur eux-mêmes, succombant aux sirènes du nationalisme et du populisme, a-t-il déploré.À l\u2019heure où le protectionnisme est en hausse, le « commerce est devenu une arme ».Des citoyens, désabusés, peinent aujourd\u2019hui à voir comment la mondialisation bénéficie à plus du 1 % des mieux nantis.Et le réchauffement climatique est devenu « une menace existentielle à l\u2019humanité ».Face à ces défis, les conservateurs proposent une « approche en matière de politique étrangère qui affaiblira la place du Canada sur la scène mondiale », a déclaré le chef libéral devant une salle comble.« Les politiciens conservateurs envisagent un monde où ils nient un soutien essentiel aux femmes vulnérables et marginalisées en refusant de financer la santé et les droits sexuels et reproductifs », a-t-il noté.Le parti d\u2019Andrew Scheer ne « comprend pas » l\u2019urgence climatique, a souligné le chef libéral.« Ils envisagent un monde où le Canada agirait comme si les changements climatiques n\u2019existaient pas.» Priorités Reprenant certaines formules qui ont fait mouche lors de la dernière campagne électorale, Justin Trudeau a une fois de plus parlé de sa « vision posi- Trudeau croit que Scheer affaiblirait la place du Canada sur la scène mondiale Le premier ministre prononçait un discours devant le Conseil des relations internationales de Montréal mercredi ALEXIS RIOPEL LE DEVOIR Jonathan Bettez et sa famille seraient sur le point d\u2019intenter une poursuite contre la Sûreté du Québec, les policiers chargés de l\u2019enquête sur l\u2019affaire Cédrika Provencher et la procureure générale du Québec pour avoir fait en sorte que le public croie que M.Bettez est un pédophile et un meurtrier, selon les informations de Radio-Canada.Ils réclameraient la somme de 10 millions.Arrêté au terme d\u2019une enquête dont un juge a plus tard déploré les méthodes, M.Bettez a été accusé en 2016 de possession de pornographie juvénile.En octobre 2018, il a été acquitté de toutes les accusations qui pesaient contre lui.Les plaignants allégueraient que les policiers de la Sûreté du Québec ont manqué à leurs obligations éthiques et qu\u2019ils ont bâclé l\u2019enquête, selon Radio-Canada.Longtemps considéré par la Sûreté du Québec comme le suspect principal dans l\u2019affaire Cédrika Provencher, Jonathan Bettez n\u2019a jamais été accusé en rapport avec la disparition et le meurtre de la jeune fille, remontant à 2007.Il y a un peu moins d\u2019un an, le juge Jacques Lacoursière, de la Cour du Québec, a sévèrement critiqué les techniques utilisées par la Sûreté du Québec dans cette enquête.Il a également invalidé les mandats de perquisition qui avaient permis la saisie de matériel informatique appartenant à M.Bettez.Dès l\u2019été 2007, les enquêteurs se sont mis à la recherche d\u2019une Acura TSX rouge où on aurait vu Cédrika Proven- cher monter peu de temps avant sa disparition.Parmi les propriétaires d\u2019un tel véhicule dans la région de Trois-Ri- vières, seul M.Bettez ne disposait pas d\u2019un alibi vérifiable.Dans les années qui suivirent, une vaste opération d\u2019infiltration a été organisée pour amasser des preuves contre lui, sans succès.L\u2019entreprise de la famille du plaignant, Emballages Bettez, a souffert de la mauvaise publicité générée par les accusations portées contre Jonathan Bet- tez.La famille l\u2019a vendue à l\u2019hiver 2017.La Couronne a décidé l\u2019automne dernier de ne pas porter l\u2019acquittement en appel.Avec La Presse canadienne Jonathan Bettez poursuivrait la SQ pour 10 millions « Ils [les conservateurs] envisagent un monde où le Canada flirte avec les forces du populisme, en attisant la peur et en diffusant de la désinformation », a dit Justin Trudeau.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR J\u2019imagine qu\u2019ils trouvaient qu\u2019une heure de témoignage de M.Dion [le commissaire à l\u2019éthique] à la télévision nationale nuirait à leurs chances électorales ELIZABETH MAY » LEDEVOIR // LE JEUDI 22 AOÛT 2019 ACTUALITÉS A 4 JEAN-BENOIT LEGAULT LA PRESSE CANADIENNE Seulement une Québécoise sur cinq a été vaccinée contre le virus du papillome humain (le VPH) et plus du tiers d\u2019entre elles estiment qu\u2019elles n\u2019en ont pas besoin, révèle un nouveau sondage dont La Presse canadienne a pris connaissance en primeur.La Société canadienne du cancer rappelle que le VPH est à l\u2019origine de la quasi-totalité des cas de cancer du col de l\u2019utérus.Chaque année, au Québec seulement, près de 300 femmes reçoivent un diagnostic de cancer du col de l\u2019utérus, ce qui le classe au troisième rang des cancers les plus fréquents chez les femmes âgées de 25 à 44 ans.On estime que jusqu\u2019à 75 % des hommes et des femmes ayant une vie sexuelle active contracteront une infection par le VPH au moins une fois au cours de leur vie.« Je pense vraiment qu\u2019il y a une insouciance par rapport (au VPH), a dit la docteure France Leduc, une obstétri- cienne-gynécologue de l\u2019Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval, qui participe à la nouvelle campagne de sensibilisation Parlons VPH.On entend beaucoup plus parler d\u2019autres cancers que des cancers gynécologiques ou génitaux.Je pense qu\u2019il y a encore un peu un tabou autour de ça, et c\u2019est ce qu\u2019on essaie de briser.Plus on en parle, plus on va améliorer la situation.» Pour sa part, la championne olympique Marianne St-Gelais a décidé de s\u2019impliquer après que sa sœur eut reçu un diagnostic de VPH il y a quelques années, heureusement sans conséquences fâcheuses.« [Ma sœur] est vraiment dans le public cible, a-t-elle expliqué.Elle est dans la cible de l\u2019âge, elle a un partenaire stable\u2026 Elle est dans toutes les fausses idées qu\u2019on peut avoir par rapport à cette infection-là, et je me disais que c\u2019était d\u2019autant plus facile pour moi de m\u2019impliquer parce que mon exemple personnel est parfaitement relié au message qu\u2019on veut envoyer.La sensibilisation s\u2019adresse à ces femmes-là.Cette cause-là me parlait beaucoup.» La docteure Leduc confirme d\u2019ailleurs que plusieurs mythes associés au VPH sont bien enracinés.Plusieurs femmes croient ainsi que le cancer du col de l\u2019utérus est héréditaire, ou encore qu\u2019elles n\u2019ont pas besoin d\u2019être vaccinées parce qu\u2019elles sont plus âgées ou dans une relation stable.Puisque le VPH ne cause souvent aucun symptôme, la majorité des femmes et des hommes infectés par le virus peuvent le transmettre sans même le savoir.Environ le tiers des Canadiens chez qui on a diagnostiqué un cancer l ié au VPH étaient des hommes ; chez eux, le virus pourra notamment se traduire par un cancer de la bouche ou de la gorge.« C\u2019est un virus qui peut être évité, et c\u2019est un peu ça qui est l\u2019essence derrière la campagne : de dire qu\u2019on n\u2019a pas à s\u2019infliger ces choses-là, a dit Marianne St-Gelais.Oui, ça fait peur, oui, c\u2019est un diagnostic qui peut être lourd, mais renseignons-nous et allons vers les choix qu\u2019on peut faire et qui vont nous aider à être mieux protégés.Des fois, c\u2019est triste de voir que les femmes sont conscientes [du risque], mais qu\u2019elles n\u2019agissent pas.» Le sondage en ligne utilisant un panel Léger a été réalisé auprès de 1000 Québécois ( 700 femmes et 300 hommes) âgés de 23 à 45 ans, entre le 15 et le 22 avril 2019.Il était commandité par Merck Canada.La marge d\u2019erreur de cette étude était de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20.SANTÉ Insouciantes devant le VPH Seulement une femme sur cinq est vaccinée contre le virus LIA LÉVESQUE LA PRESSE CANADIENNE Une menace de journées de grève pèse sur l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), où le syndicat des 1800 employés de soutien envisage de perturber la rentrée.Ces employés sont membres du Syndicat canadien de la fonction publique, affilié à la FTQ.Il s\u2019agit non seulement d\u2019employés d\u2019entretien, mais également de techniciens, de professionnels, d\u2019employés de bureau et de métiers.Le 3 juillet dernier, ces employés de soutien ont voté en faveur de moyens de pression incluant cinq journées de grève, à être tenues au moment opportun.En entrevue mercredi, la présidente du syndicat, Louisa Cordeiro, n\u2019a pas voulu dire si ces cinq journées de grève seraient tenues de façon consécutive, par blocs ou isolément.« On ne dévoile pas notre stratégie à ce moment-ci ; on garde ça dans notre poche.» Jusqu\u2019ici, les syndiqués du SCFP s\u2019en sont tenus à des moyens dits de «visibilité», comme des panneaux d\u2019affichage dans le métro de Montréal et des annonces dans les journaux avec le message «pas d\u2019employé(e)s, pas de rentrée».Le principal point en litige porte sur les salaires.Les discussions sur les questions normatives, abordées au départ, ont bien avancé, ont rapporté tant Mme Cordeiro que la porte-parole de la direction de l\u2019UQAM, Jenny Desrochers.Offre globale La direction affirme avoir présenté une offre globale et finale, le 2 juillet, la veille de l\u2019assemblée syndicale.Elle attend une réponse du syndicat à cette offre.Mme Cordeiro a confirmé que les membres qui ont assisté à l\u2019assemblée syndicale du 3 juillet ne se sont pas prononcés sur l\u2019offre de la direction, la jugeant insuffisante.Mme Desrochers, de son côté, estime que « la balle est maintenant dans leur camp », puisque la direction a fait une offre globale et finale, tenant compte du « cadre financier exigeant » dans lequel évolue l\u2019UQAM.Mme Desrochers précise qu\u2019advenant l\u2019exercice de la grève, « les cours seront maintenus, les activités d\u2019enseignement seront maintenues ; la rentrée n\u2019est pas compromise ».Quant à savoir si des activités de soutien à l\u2019enseignement pourraient être perturbées, « il est trop tôt pour dire comment tout ça pourrait affecter la rentrée », a répondu Mme Desrochers.Menace de grève à l\u2019UQAM Un poisson boudé par les premiers occupants HISTOIRE SUITE DE LA PAGE A 1 Il faut, dit Turgeon, remonter jusqu\u2019à cet espace de l\u2019oubli pour mieux comprendre les effets des contacts, de part et d\u2019autre, entre Français et Amérindiens.Son idée?Que les contacts initiaux, qui ont fini par structurer les relations de pouvoir asymétriques que l\u2019on sait, ne sont pas nécessairement le fait caractéristique de cette période initiale méconnue.Pour essayer de mieux comprendre cette histoire, l\u2019historien s\u2019attache à l\u2019étude d\u2019objets matériels.C\u2019est à travers eux, souvent « que les transferts culturels se manifestent ».À sa table d\u2019historien, il va se pencher sur la morue, le pelage du castor et la perle de verre.La morue Commençons par la morue.En avez- vous déjà pêché ?Au nord de la baie d\u2019Hudson, je n\u2019ai jamais eu aussi froid, je crois, qu\u2019au jour d\u2019essayer d\u2019y prendre de grosses morues.Au Nu- navik, l\u2019Arctique québécois, la morue est méprisée par les Inuits.Ils n\u2019en mangent pas.Des millénaires à consommer des chairs crues leur ont appris à raison que ce poisson, plein de vers et de parasites, n\u2019est pas comestible à moins d\u2019être très bien cuit.La plupart des premiers habitants de l\u2019Amérique méprisaient ce poisson, rappelle Turgeon.Dans ses récits, le voyageur Marc Lescabot observe que les Mi\u2019kmaqs s\u2019intéressent aux merlus, bars et flétans pêchés par les Français mais lèvent le nez sur la morue.Même chose, dans les écrits de Chrestien Le Clercq, qui constate qu\u2019en Gaspésie, qui sera un haut lieu de l\u2019exploitation de cette ressource, les Autochtones se moquent de la surconsommation que ces visiteurs blancs font du poisson.Séché, salé, mis en baril, voué à la consommation des multitudes, ce poisson va nourrir, à compter du XVIe siècle, une partie de l\u2019Europe.Les Basques, les Normands, les Bretons lancent sur les eaux des vaisseaux en quête de ce poisson tout mou qu\u2019est la morue.Les actes notariés en France confirment une rapide expansion des pêcheries en Amérique.Dans les archives normandes, on trouve par exemple un acte de 1510 où le maître d\u2019un navire indique qu\u2019il est venu vendre, du côté de Rouen, des morues de «Terre Neusve».Au Moyen Âge, on préfère le merlu et le hareng.Mais au XVIe siècle, la morue salée s\u2019impose au point où on se préoccupe bientôt presque autant de son approvisionnement que du blé nécessaire au pain, écrit l\u2019historien Laurier Turgeon.En Europe, la morue est consommée par tous, mais elle est vendue selon sa qualité de salaison et de présentation, ce qui conforte des distinctions en classes sociales.Au nombre des mets très appréciés tirés de ce poisson : les tripes de morues, c\u2019est-à-dire l\u2019estomac séché puis réhydraté, que l\u2019on consomme, en particulier, pendant le carême.L\u2019huile de foie de morue, produite par la décomposition au soleil du foie du poisson, sert à la consommation ou à l\u2019éclairage.Au chapitre de la consommation de ce poisson, le livre de Laurier Turgeon constitue presque une histoire de la cuisine.On y découvre, à travers des rapports sociaux établis autour des pêcheries, l\u2019usage des sauces et la médiation faites entre la proximité et l\u2019étranger à travers certains ingrédients.Il est beaucoup question de chaudrons en cuivre sous la plume de Laurier Turgeon.Les premières manifestations de la culture européenne en Amérique sont des objets de cuivre.Pendentifs, boucles d\u2019oreilles, bagues, bracelets, chevillettes.Et surtout des chaudrons.Le chaudron a-t-il transformé la vie des Amérindiens ?Le cuivre sera un des premiers biens exportés par l\u2019Europe en Amérique et en Afrique.Les « chaudières de cuivre » sont produites précisément pour l\u2019exportation.Au cuivre, les natifs d\u2019Amérique accordent une plus-value rituelle, « sans doute en raison de ses valeurs intrinsèques et de sa singularité ».Ainsi le chaudron de cuivre, contrairement à ce qu\u2019on croit d\u2019instinct, ne remplace pas le pot de terre cuite utilisé quotidiennement au XVIe siècle, mais se trouve prescrit à des usages cérémoniaux et rituels.Il demeure à la marge, pour décorer l\u2019intérieur des maisons, où il sert en des occasions particulières.Les chaudrons sont volontiers découpés pour servir à la fabrication de divers objets.Le cuivre sert aussi d\u2019offrandes aux morts, dans des cérémonies exceptionnelles où le chaudron est déposé près des restes des disparus.Ces pratiques qui semblent venir du fond des âges sont en vérité plutôt récentes et seront abandonnées assez vite.Mais pour un temps, le chaudron de cuivre devient le pôle de ralliement et « s\u2019impose parce que sa force d\u2019attraction est plus forte que celle de tous les autres objets connus.» Le père Castor En 1634, après une année passée auprès des Montagnais, ainsi que les Français appelaient les Innus, le père Paul Lejeune, un jésuite, témoigne du fait que son hôte lui explique, tout amusé, que le castor travaille parfaitement : « il fait des chaudrons, des perles, des haches, des épées, des couteaux, du pain, en bref, il fait tout ».Comment ne pas aimer cet animal, père d\u2019un avenir meilleur, puisqu\u2019il fabrique des richesses inattendues ?Le castor va doubler la morue sur les grandes routes du commerce.Il suscite à lui seul l\u2019expansion d\u2019un projet colonial.Au XVIe siècle, du moins au début, les documents affirment que le castor provient de « Terreneufve ».Mais à la fin du siècle, le mot Canada, « une appellation désignant généralement un lieu autochtone plus retiré dans les terres » succède au nom « Terre- neufve ».Le terme, rappelle Turgeon, provient des Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent.Il désigne une terre indéfinie située le long du fleuve, entre Gaspé et Québec.Ce sont les Français qui en étendirent l\u2019usage afin de trouver à décrire l\u2019ensemble du territoire de commerce des fourrures.La traite des fourrures, observe Laurier Turgeon, est associée « à la notion de conquête ».Le verbe « conquérir » apparaît dans les documents.Au XVIe siècle, le commerce est déjà perçu « comme un moyen d\u2019établir et de maintenir une domination économique et politique sur les peuples autochtones et le territoire qu\u2019ils occupaient ».Comment faire commerce au Nouveau Monde ?Dans la balance seront lancées des perles.Un marchand basque, en 1787, en achète 50 000, au prix du salaire moyen d\u2019un de ses marins.Perles de verre, d\u2019émails, de jais, de coquillage, perles d\u2019ambre, de corail, de cristal de roche, perles de bois, de corne, d\u2019os, de cuivre, d\u2019ivoire, de faïence, de calcédoine : les perles sont au cœur de la vie amérindienne.En lisant cette Histoire de la Nouvelle- France, on découvre aussi la place que ces verreries occupent dans la vie, en Europe, des domestiques, des valets, bref des oubliés.Avait-on bien cerné la place des perles dans les rapports coloniaux ?Laurier Turgeon croit que non.Et force est de lui donner raison.Une histoire de la Nouvelle-France FRANÇAIS ET AMÉRINDIENS AU XVIE SIÈCLE Belin, Paris, 2019, 285 pages Au XVIe siècle, le commerce est déjà perçu « comme un moyen d\u2019établir et de maintenir une domination économique et politique sur les peuples autochtones et le territoire qu\u2019ils occupaient » En cas de grève, la direction de l\u2019UQAM assure que les cours seront donnés comme prévu Chaque année, 300 Québécoises reçoivent un diagnostic de cancer du col de l\u2019utérus.ISTOCK LEDEVOIR // LE JEUDI 22 AOÛT 2019 ACTUALITÉS A 5 E N B R E F Péréquation : l\u2019Alberta fait de la « politique », selon le ministre Girard QUÉBEC \u2014 Le gouvernement Legault accuse l\u2019Alberta de faire de la politique dans le débat sur la péréquation.Le premier ministre Jason Kenney menace de cesser de verser des milliards de dollars au régime fédéral de péréquation si le Québec n\u2019autorise pas le passage de nouveaux oléoducs sur son territoire, en vue d\u2019exporter le pétrole albertain.En mêlée de presse mercredi, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a tenu à préciser qu\u2019il n\u2019y a aucun lien entre un éventuel oléoduc et la péréquation.François Legault et Jason Kenney ont croisé le fer récemment sur la question de la péréquation.Le premier ministre caquiste a affirmé que le Québec avait droit à la péréquation et que l\u2019Alberta ne peut changer cette disposition de la Constitution unilatéralement.La Presse canadienne Affaire Meng : les autorités canadiennes ont-elles joué le rôle d\u2019agents du FBI ?VANCOUVER \u2014 Les avocats de Meng Wanzhou soutiennent que les autorités canadiennes ont joué le rôle de représentants des forces de l\u2019ordre américaines lorsque la dirigeante de Hua- wei a été détenue par les services frontaliers à l\u2019aéroport de Vancouver trois heures avant son arrestation par la police fédérale.Ils affirment notamment que des notes manuscrites prises par les agents canadiens indiquent que les appareils électroniques de la femme avaient été rassemblés en prévision d\u2019une requête de la police fédérale américaine (FBI).Meng Wanzhou a été arrêtée le 1er décembre à la demande des États-Unis, qui réclament son extradition afin de l\u2019accuser de fraude.Mme Meng et Huawei ont nié tout acte répréhensible.La Presse canadienne Un nouveau programme d\u2019éducation sexuelle en Ontario TORONTO \u2014 Le gouvernement ontarien a dévoilé le nouveau programme d\u2019éducation sexuelle, qui remplace un programme d\u2019enseignement très critiqué mis en place après l\u2019arrivée au pouvoir des progressistes-conservateurs.Le programme des élèves de la 1reà la 8ean- née a été revu à la suite des commentaires du public et de la consultation d\u2019experts.Les conservateurs avaient abandonné le programme d\u2019études qui traitait du consentement, de l\u2019intimidation en ligne, du sextage, des relations entre personnes du même sexe et de l\u2019identité de genre.Le nouveau programme reprendra ces éléments, mais dans certains cas, il le fera lorsque les élèves seront plus âgés.Il comprendra également des enseignements sur le cannabis et les commotions cérébrales.La Presse canadienne Meng Wanzhou DARRYL DICK LA PRESSE CANADIENNE JEAN-BENOIT LEGAULT LA PRESSE CANADIENNE Le diagnostic d\u2019autisme a tellement dérivé depuis 50 ans qu\u2019il se fait maintenant sur la base de signes de moins en moins marqués, prévient mercredi un chercheur montréalais dans les pages du prestigieux JAMA Psychiatry.En d\u2019autres mots, précise la méta- analyse du docteur Laurent Mottron, les autistes qui sont étudiés sont de moins en moins différents de la population générale des non-autistes.« Les autistes qu\u2019on teste maintenant sont de moins en moins différents des personnes typiques, a expliqué à La Presse canadienne le psychiatre de l\u2019Hôpital en santé mentale Rivière-des-Prai- ries.Mais vraiment de moins en moins, au point que, si la tendance se maintenait, on ne serait plus capables de trouver la moindre différence d\u2019ici cinq à dix ans.On pense que c\u2019est parce que les critères se sont ouverts au-delà du bon sens, au point que ce qu\u2019on appelle autisme aujourd\u2019hui, la différence avec des personnes typiques est impalpable.» Il précise que sa méta-analyse reprend les résultats de pratiquement tous les autistes qui ont été testés dans le monde depuis 50 ans dans le domaine des neurosciences cognitives et recouvre à peu près l\u2019ensemble de ce qu\u2019un humain peut faire quand il traite de l\u2019information.« Notre papier montre un fait et un fait qui ne peut pas être faux puisqu\u2019il regroupe l\u2019ensemble de la recherche planétaire sur le cerveau des autistes, a-t-il assuré.Le fait qu\u2019on a trouvé, c\u2019est du béton.» Le nombre de personnes diagnostiquées autistes serait en nette progression partout dans le monde.Aux États- Unis, la prévalence de ce trouble du développement serait passée, entre 1966 et aujourd\u2019hui, de 0,05 % à plus de 2 %.Au Québec, le taux déclaré approche les 2 %.En comparaison, on ne note aucune augmentation de la prévalence de la schizophrénie au fil des ans.Responsables multiples Les médecins qui acceptent de signer un diagnostic d\u2019autisme ne sont pas les seuls responsables de cette dérive, explique le docteur Mottron.« Actuellement, un diagnostic d\u2019autisme est ce qui permet d\u2019avoir des services dans les écoles, a-t-il dit.Quand vous avez un diagnostic d\u2019autisme, vous avez beaucoup plus de chances d\u2019avoir des tas de trucs en plus, par rapport à une autre pathologie, ce qui est une ânerie totale, parce que le besoin qu\u2019on a de services est indépendant du diagnostic.Vous pouvez avoir un diagnostic flou et avoir de très gros besoins, vous pouvez être autiste à 200 % et n\u2019avoir pratiquement aucun besoin.» De plus en plus de gens ont intérêt, simplement pour l\u2019exercice de leur métier, à ce qu\u2019il y ait le plus d\u2019autistes possible, poursuit-il.Les écoles feraient pression sur les médecins pour obtenir le diagnostic d\u2019autisme qui débloquera les budgets dont elles auraient besoin pour offrir des services à cet enfant « autiste ».Les parents, eux, « pleurent quand on enlève un diagnostic d\u2019autisme ».« Ils nous disent qu\u2019ils ont regardé et que leur enfant a tous les critères, a expliqué le docteur Mottron.C\u2019est parce que les critères sont devenus tellement triviaux ! On dit que c\u2019est un autiste parce qu\u2019il n\u2019a pas beaucoup d\u2019amis, ou alors il n\u2019aime pas qu\u2019on lui coupe les cheveux, ou alors les étiquettes le gênent, c\u2019est un autiste\u2026 Si ce sont des critères triviaux comme « n\u2019a pas beaucoup d\u2019amis » et « est dérangé par les étiquettes de chemise », on va en trouver un paquet.C\u2019est ça qui se passe.» L\u2019autisme est maintenant quelque chose qu\u2019on détermine par des critères, alors qu\u2019au départ c\u2019était quelque chose qu\u2019on reconnaissait, a-t-il dit ; il est « fondamental » que le diagnostic par critères soit associé à un diagnostic par reconnaissance.La situation est compliquée par le fait qu\u2019il existe des formes atténuées d\u2019autisme.Cela étant dit, précise le chercheur, avoir des traits autistiques n\u2019est pas la même chose qu\u2019avoir de l\u2019autisme.Conséquences multiples « Si on vous dit que vous êtes autiste alors que vous ne l\u2019êtes pas, ça donne un truc complètement fou au niveau de la compréhension qu\u2019on a de soi- même, a-t-il précisé.Il y a aussi un préjudice pour les autistes purs et durs, qui eux dans certains cas ont besoin de services très denses, et ces services sont dilués à des gens qui n\u2019en ont pas besoin.» SANTÉ Le diagnostic de l\u2019autisme dérive, selon une étude La différence avec les personnes « typiques » devient impalpable Un jeune Américain autiste chante devant la télévision.JEFF WHEELER STAR TRIBUNE VIA ASSOCIATED PRESS JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR Justin Trudeau a donné son appui au projet de la mairesse, Valérie Plante, de créer un grand parc urbain dans l\u2019Ouest- de-l\u2019Île.De passage à l\u2019Hôtel de Ville mercredi, le premier ministre a annoncé une contribution financière de 50 millions de dollars du gouvernement fédéral pour la protection d\u2019espaces naturels et l\u2019achat de terrains dans l\u2019arrondissement de Pierrefonds-Roxboro.M.Trudeau a qualifié de « projet audacieux » ce parc de 3000 hectares annoncé il y a deux semaines par la mai- resse Plante.Selon lui, il importe de poser des gestes dans le contexte des changements climatiques.Cet espace protégé doit englober plusieurs parcs-nature existants, dont ceux de l\u2019Anse-à-l\u2019Orme, du Bois-de- l\u2019Île-Bizard et du Bois-de-la-Roche.Le financement fédéral permettra notamment de faire des travaux pour contrer les inondations avec l\u2019amélioration des émissaires pluviaux et l\u2019installation d\u2019équipements de pompage et des clapets pour prévenir les débordements lors des crues printanières.Ils serviront aussi à réaliser des travaux de cartographie et à mener des consultations.Rappelons que l\u2019arrondissement de Pierrefonds-Roxboro avait été affecté par les inondations de 2017 et de 2019.« Vaut mieux continuer d\u2019investir à s\u2019adapter aux changements climatiques plutôt que de devoir indemniser [les citoyens lors d\u2019inondations] », estime le ministre fédéral de l\u2019Infrastructure, François-Philippe Champagne.Mais cet argent permettra aussi à la Ville de faire des acquisitions dans le cadre de son projet de parc urbain puisque plusieurs terrains inclus dans le périmètre du futur parc urbain appartiennent à des intérêts privés.Un budget préliminaire Le coût total de réalisation de ce grand parc \u2014 décrit comme le plus grand parc municipal au Canada avec une superficie huit fois supérieure à celle du Central Park de New York \u2014 demeure inconnu.La Ville a pour l\u2019instant fixé à 125 millions le budget préliminaire de ce projet.« Au fur et à mesure que le projet va se concrétiser et que d\u2019autres Le fédéral injecte 50 millions dans le projet du grand parc de l\u2019Ouest Les fonds serviront à la protection d\u2019espaces naturels et à l\u2019achat de terrains partenaires [vont s\u2019impliquer], le budget évoluera en conséquence », a expliqué la mairesse Plante.« C\u2019est un budget initial, mais ça ne sort pas de notre chapeau.On a réalisé d\u2019autres projets de parcs.On a une compréhension des coûts qui sont nécessaires.Mais c\u2019est sûr que ça va augmenter.» De même, la mairesse n\u2019a pu chiffrer le coût des achats de terrains qui seront nécessaires puisque des négociations seront nécessaires et que des expropriations pourraient être requises.Elle a toutefois signalé qu\u2019il s\u2019agissait des derniers espaces verts à Montréal qui ne sont pas contaminés.« En termes de coûts sur le long terme, on est gagnants », pense-t-elle.La Ville souhaite aussi conclure des ententes avec des partenaires privés comme l\u2019Université McGill et le Collège John Abbott qui disposent de terrains dans ce secteur.Mise en demeure La décision de l\u2019administration Plante de se doter d\u2019un grand parc dans l\u2019Ouest- de-l\u2019Île a valu une mise en demeure à la mairesse de la part de trois promoteurs du projet Cap Nature.Ceux-ci dénoncent la décision de l\u2019administration Plante de créer un parc qui les empêchera de réaliser leur projet immobilier de 5500 unités sur les terrains qui leur appartiennent dans Pierrefonds-Ouest.Valérie Plante a toutefois indiqué qu\u2019elle entendait répondre «favorablement» à cette mise en demeure.«Les promoteurs ont demandé une rencontre.Alors, la rencontre aura lieu parce que c\u2019est normal.Ils sont sur ce territoire et on rencontre tous les partenaires», a-t- elle dit, tout en soulignant qu\u2019elle n\u2019y assisterait probablement pas elle-même.Questionnée sur la possibilité qu\u2019une partie des terrains des promoteurs immobiliers de Cap Nature puisse être développée, la mairesse a eu cette réplique : « Ce sera un parc.» De plus en plus de gens ont intérêt, simplement pour l\u2019exercice de leur métier, à ce qu\u2019il y ait le plus d\u2019autistes possible, soutient le docteur Laurent Mottron, auteur de l\u2019étude Selon Justin Trudeau, il importe de poser des gestes dans le contexte des changements climatiques LEDEVOIR // LE JEUDI 22 AOÛT 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin ors de l\u2019étude détaillée du projet de loi 5 sur la maternelle 4 ans, qui a débuté mardi en commission parlementaire, le ministre de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a confirmé que, comme prévu, 250 nouvelles classes ouvriront leurs portes en septembre pour accueillir les enfants de cet âge à l\u2019école.Mais ces classes seront plus petites : elles ne compteront que 11 élèves en moyenne plutôt que 17, comme le souhaite le gouvernement.Le ministre n\u2019a pas présenté ce fait comme une bonne nouvelle ; on peut le comprendre.On crée le nombre de classes promis, mais ce ne sont pas 4250 enfants qui les fréquenteront mais bien 2750, soit un recul de 35%.C\u2019est donc dire que pour chacune de ces places en maternelle 4 ans, les dépenses en immobilisations \u2014 800 000$ par classe, s\u2019il s\u2019agit de nouveaux locaux, et moins si on utilise une salle de classe vacante \u2014 grimpent d\u2019autant, tout comme les coûts de main-d\u2019œuvre.Le ministre prévoit toujours de doter chacune ces classes d\u2019un «duo de feu» formé d\u2019une enseignante et d\u2019une technicienne en éducation spécialisée, celle-ci à mi-temps.Autre inconvénient pour le gouvernement caquiste : si cette tendance se maintient, l\u2019objectif d\u2019accueillir 50 000 enfants dans les maternelles 4 ans d\u2019ici 2023 est compromis.Si rien ne change, il n\u2019y en aura qu\u2019un peu plus de 30 000 à l\u2019échéance.Le ministre, qui trouve pourtant «encourageant» qu\u2019autant de parents aient choisi d\u2019envoyer leur rejeton de 4 ans à l\u2019école, ne peut parler ici d\u2019engouement sans miner sa crédibilité.On peut comprendre qu\u2019il ne veuille pas inscrire l\u2019échéancier de 2023 dans le projet de loi, ce que réclament, non sans malice, les partis d\u2019opposition.Or, paradoxalement, cette faible fréquentation peut être vue comme une excellente nouvelle.Durant les consultations sur le projet de loi 5 en commission parlementaire ce printemps, plusieurs groupes et experts avaient signalé que le ratio de 17 élèves par classe était trop élevé, citant en exemple les centres de la petite enfance (CPE) où ce ratio est de dix enfants de 4 ans par groupe.L\u2019autre conséquence, c\u2019est que le développement au ralenti de la maternelle 4 ans atténuera l\u2019effet déstabilisant sur les autres modes de services de garde qui doivent composer avec la perte d\u2019une partie des enfants qui les fréquentent.Il faut rappeler que la promesse électorale de la Coalition avenir Québec portait sur la création de 5000 classes en cinq ans, un nombre qu\u2019une fois au gouvernement, on a ramené, par réalisme, à 3000, un chiffre qu\u2019on pourrait revoir à la baisse en fonction de la demande réelle des parents.En commission parlementaire, Jean-François Roberge affronte non pas un duo mais un trio de feu, particulièrement coordonné, que forment les députées Marwah Rizqy, du Parti libéral, Christine Labrie, de Québec solidaire, et Véronique Hivon, du Parti québécois.Le projet de loi biffe toute mention de complémentarité entre la maternelle 4 ans et les autres services éducatifs préscolaires ; mercredi, les trois députées ont obtenu du ministre un amendement qui énonce que la consultation, qui doit avoir lieu avec le ministre de la Famille pour l\u2019organisation de l\u2019éducation préscolaire à l\u2019école, « vise à assurer la cohérence » des différents services éducatifs.Les députées réclament aussi que le ministre dépose un plan détaillé de déploiement des maternelles 4 ans, ce qu\u2019il serait bien en peine de présenter.Pour l\u2019heure, les places sont créées à la va-comme-je-te-pousse sans tenir compte des besoins : c\u2019est l\u2019existence de salles de classe vacantes dans les écoles, associées à la disponibilité d\u2019enseignantes, qui détermine l\u2019endroit où les nouvelles maternelles 4 ans sont offertes.En septembre, des classes de maternelle ouvriront leurs portes dans des écoles à moitié vides situées dans des localités affectées par le déclin démographique.Pour ces écoles, l\u2019avènement de la maternelle 4 ans est salutaire.Le ministre s\u2019est engagé à dévoiler prochainement des données sur la provenance des enfants qui sont inscrits en maternelle 4 ans, tant pour les nouvelles places créées en septembre que pour les 644 classes déjà aménagées dans des écoles en milieu défavorisé.On ne sait si ces enfants proviennent des CPE, des autres services de garde subventionnés ou des garderies privées non subventionnées.Mais ce qu\u2019il faut savoir, c\u2019est combien parmi les 18 000 enfants qui ne fréquentaient aucun service de garde se retrouvent en maternelle 4 ans, puisque c\u2019est eux que le gouvernement vise avant tout.Associée à un développement conséquent de places en CPE, la maternelle 4 ans peut jouer un rôle complémentaire dans l\u2019éducation préscolaire.Espérons que les embûches qui se trouvent sur le chemin du gouvernement Legault tempéreront providentiellement son obsession du « mur-à-mur ».Guy-Michel Lanthier Ingénieur et auteur La commission Charbonneau a touché profondément le monde du génie.Plusieurs ingénieurs ont été stupéfaits en apprenant que leurs patrons jouaient de l\u2019enveloppe brune derrière des portes closes.D\u2019une part, pour leur assurer du travail avec les contrats ainsi obtenus.D\u2019autre part, pour faire fonctionner le système politique, un sujet sur lequel, malheureusement, nous ne connaîtrons probablement jamais ni les stratèges ni les bénéficiaires.La commission Charbonneau aurait dû être un coup de semonce pour les ingénieurs.Elle aurait dû être un appel pour tous les membres à lire et relire leur Code des professions.Certains n\u2019auraient- ils pas compris la leçon ?Cette semaine, il y a un groupe, composé d\u2019ingénieurs et d\u2019architectes, qui a relancé le débat sur les appels d\u2019offres au plus bas soumissionnaire pour les services professionnels.Selon leurs revendications, ce mode d\u2019attribution des contrats mettrait en péril la pérennité des ouvrages construits.Pour convaincre la population et les décideurs à adhérer à leurs propositions, il donne en exemple le pont Champlain.Clarifions les faits.Dans un premier temps, au-delà de la conception « économique » du défunt pont Champlain, il faut savoir que la première cause de sa dégradation est le calcium utilisé pour déglacer nos routes.Lors de la conception du pont Champlain, le sel de déglaçage était peu utilisé au Québec.Ce point technique peut d\u2019ailleurs être confirmé par les experts de la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain.Soyons honnêtes et professionnels, Cherchez l\u2019erreur ! Dans un article de l\u2019Agence France-Presse repris par Le Devoir hier, on rapporte que, selon un rapport alarmant que publie la Banque mondiale, la mauvaise qualité de l\u2019eau est devenue « une crise invisible » qui touche les pays.Elle pourrait coûter jusqu\u2019à un tiers de la croissance économique potentielle dans les régions les plus touchées.Le président de la Banque mondiale appelle les gouvernements « à prendre des mesures urgentes pour s\u2019attaquer à la pollution de l\u2019eau afin que les pays puissent croître plus vite d\u2019une façon plus durable et équitable ».Si l\u2019on doit à raison dénoncer cette situation et inviter instamment les gouvernements à agir en conséquence, je ne comprends toujours pas pourquoi on doit le faire pour « croître plus vite » et donc, arriver encore plus rapidement à dépasser la capacité de la planète à nous soutenir.Comprendrons-nous un jour, s\u2019il n\u2019est pas trop tard, que c\u2019est en grande partie cette logique de croissance économique, le plus souvent à tout prix, qui nous entraîne tous et toutes à la catastrophe ?Roger Bertrand Québec, le 21 août 2019 Plus bas soumissionnaire ou lobbyisme ?LIBRE OPINION LETTRES MATERNELLE 4 ANS Des embûches providentielles L ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu qualité de ses services.» Autrement dit, un professionnel qui participe à un appel d\u2019offres devrait normalement soumettre un prix juste en fonction du niveau de ses connaissances.Certes, on pourrait répondre que, justement, celui qui n\u2019a pas les compétences suffisantes pourrait soumettre un prix plus bas que la juste valeur.Cela nous amène à la section II du Code de déontologie de l\u2019ingénieur, article 2.01.« Dans tous les aspects de son travail, l\u2019ingénieur doit respecter ses obligations envers l\u2019homme et tenir compte des conséquences de l\u2019exécution de ses travaux sur l\u2019environnement et sur la vie, la santé et la propriété de toute personne.» Ces deux articles du Code de déontologie des ingénieurs nous font comprendre que le problème des appels d\u2019offres n\u2019est pas la sélection du plus bas soumissionnaire.Celui qui répond à un appel d\u2019offres doit s\u2019assurer d\u2019avoir les compétences pour le faire, et ce, au juste prix pour une qualité donnée.Après Plouffe et Charbonneau, sommes-nous en train de paver le chemin de la prochaine commission d\u2019enquête ?même avec 4 milliards de dollars, le coût du pont Samuel-De Champlain, il y a peu de chances que les ingénieurs qui ont conçu Champlain en 1962 aient pu anticiper une utilisation massive de sel de déglaçage vingt ans plus tard, puisque ça ne faisait pas partie des mœurs de l\u2019époque.Code de déontologie Les revendications des professionnels du génie et de l\u2019architecture allèguent que les appels d\u2019offres selon la règle du plus bas soumissionnaire compromettent la qualité des ouvrages.Pourtant, le Code de déontologie des ingénieurs est très clair à ce sujet.Section III, article 3.01.03 : « L\u2019ingénieur doit s\u2019abstenir d\u2019exercer dans des conditions ou des états susceptibles de compromettre la Le problème des appels d\u2019offres n\u2019est pas la sélection du plus bas soumissionnaire.Celui qui répond à un appel d\u2019offres doit s\u2019assurer d\u2019avoir les compétences pour le faire, et ce, au juste prix pour une qualité donnée.âgées qui tiennent à se débrouiller toutes seules, pour les « si rares » personnes pour qui le calcul mental n\u2019est pas un jeu.Faudrait arrêter de faire croire que l\u2019argent qu\u2019on donne au gouvernement est un surplus qui n\u2019a pas sa raison d\u2019être, sale au point qu\u2019on ne le montre même pas.Je n\u2019ai rien contre la possibilité qu\u2019un gentil marchand montre aussi le prix net, s\u2019il tient à montrer qu\u2019une partie de ce que nous payons est un « affreux vol gouvernemental », à la condition que le prix TTC soit indiqué clairement et mis en valeur, plus gros que ce prix que le gentil marchand demande.Les prix sont là pour le consommateur, pas pour le marchand.De grâce, qu\u2019on crée une loi TTC ! Jean-François Trottier, informaticien à la retraite et tête de mule patentée Saint-Hubert, le 8 août 2019 sans tenir compte des taxes.C\u2019est même odieux.Je suis informaticien de gestion.Je n\u2019ai jamais eu la moindre difficulté à calculer mentalement le prix réel de quoi que ce soit, même en faisant l\u2019épicerie avec mes trois enfants accrochés aux basques.Pour moi, le calcul mental est un jeu qui tient mon cerveau en forme.Mais voilà, je ne savais pas toujours si une marchandise était taxée ou pas.Aussi, souvent, je me contentais d\u2019approximations.Et puis, trois enfants\u2026 Si on ne les tient pas occupés, c\u2019est eux qui vont nous occuper.Ça demande un peu d\u2019énergie\u2026 pour tout le reste, parce qu\u2019ils vous prennent pas mal tout.Youpi.Le passage à la caisse était donc toujours un moment de surprise.Eh, ben ! J\u2019avais pas compté ça ! Hé ! Y a pas de taxe sur ça ?Je doute que tout le monde pratique ce jeu pour le plaisir.Vous ?Mais quand je vois arriver à la caisse une dame qui court pour rattraper ses deux chenapans, ou ce monsieur qui ne sait plus quoi faire pour calmer bébé, je suis persuadé qu\u2019ils n\u2019ont aucune idée de ce qui les attend à la caisse.Imaginons-les ne roulant pas sur l\u2019or, pas forcément pauvres, mais serrés.Ou bien, disons qu\u2019ils sont carrément pauvres et excédés par leur épicerie.Il faudrait qu\u2019ils aient calculé les taxes eux-mêmes ?Tout ça parce que le gentil marchand ne veut pas qu\u2019on croie qu\u2019il charge trop cher ?Il est urgent depuis toujours d\u2019obliger les détaillants à afficher les prix TTC (toutes taxes comprises).Pour les parents, pour les ados rêveurs, pour les personnes Pitié pour les parents ! Je trouve indécent que, prétendument pour aider les fabricants et commerçants, on indique les prix La confiance\u2026 Le ministre délégué à la transformation numérique ne veut pas d\u2019une société d\u2019État pour gérer les données personnelles des citoyens, et il est prêt à les confier au privé.Il est tellement sûr de sa décision qu\u2019il va garder 20 % des données les plus critiques sous le contrôle de l\u2019État québécois.Ce faisant, il démontre le peu de confiance qu\u2019il accorde au privé.Mais il y va quand même.Tout comme lui, je n\u2019ai aucune confiance au privé pour être le gardien de mes données perso\u2026 Il paraît que ça va coûter moins cher (l\u2019expérience a maintes fois prouvé que non)\u2026 mais à quel prix ?Serge Sokolski Québec, le 16 août 2019 ROBERT DUTRISAC Pour l\u2019heure, les places sont créées à la va-comme-je-te- pousse sans tenir compte des besoins : c\u2019est l\u2019existence de salles de classe vacantes dans les écoles, associées à la disponibilité d\u2019enseignantes, qui détermine l\u2019endroit où les nouvelles maternelles 4 ans sont offertes. A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE JEUDI 22 AOÛT 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet CHANGEMENTS CLIMATIQUES Bientôt trop tard Greta Thunberg est sur un voilier au beau milieu de l\u2019Atlantique, en route vers une conférence à New York.Depuis déjà un an, Greta fait la grève de l\u2019école chaque vendredi afin de dénoncer l\u2019urgence climatique.Des millions de personnes à travers le monde lui ont emboîté le pas, et un mouvement entier scande désormais avec elle : « Nous n\u2019avons plus beaucoup de temps ; bientôt, très bientôt, il sera trop tard.» Greta est une jeune fille d\u2019un pays nordique où il fait bon vivre.Greta pourrait très bien aller à l\u2019école, faire sa vie, profiter du confort qui l\u2019entoure.Or, Greta s\u2019intéresse à la science, et fait écho aux experts qui nous disent que bientôt, très bientôt, il ne fera plus aussi bon vivre.Il faut changer notre mode de vie maintenant si l\u2019on veut que la planète se porte bien.Et nous, nous aimons écouter Greta, qui nous ressemble, au fond.Greta pourrait être une ado du quartier.Greta nous dit que le changement est urgent.Nous voulons la croire.Nous la croyons.Mais souvent, on oublie qu\u2019on la croit.C\u2019est que dans le quotidien, autour de nous, comme autour de Greta, le confort est si présent.La menace, on la comprend avec notre tête.Mais notre corps res- sent-il le danger ?Notre instinct de survie est-il enclenché ?A-t-on sincèrement l\u2019impression, dans notre vie en Europe comme au Canada, de sombrer dans le gouffre ?Non, tout va encore bien.Mais bientôt, très bientôt, on ressentira l\u2019impact des changements.Pas qu\u2019avec des canicules plus intenses et des hivers étranges, mais avec ce qui pourrait bien prendre les allures d\u2019une apocalypse.Des villes entières sous la mer.Des réfugiés partout, des civilisations brisées, des guerres.Bientôt.Donc, il faut faire la grève maintenant.Il est urgent d\u2019agir.Greta pointe du doigt l\u2019Amazonie.C\u2019est inquiétant, ce qui se passe en Amazonie.Depuis l\u2019élection de Jair Bolsonaro au Brésil l\u2019an dernier, la déforestation s\u2019est accélérée de manière radicale.Bientôt, nous disent les scientifiques, ce qui reste de la forêt pourrait bien se dégrader en savane.Pour le « poumon de la planète », il sera bientôt trop tard.Bien sûr, les Autochtones d\u2019Amazonie, eux, ont une perspective différente.Au fil des siècles, une superficie étourdissante de territoire traditionnel est méconnaissable.Les braconniers \u2014 légaux ou pas, qu\u2019est-ce que ça change \u2014 ont pollué les rivières.De nombreuses cultures en sont bouleversées.Des langues se perdent.Vous savez, les films américains post-apocalyptiques, où quelques survivants cherchent à se défendre contre des menaces obscures dans une grande ville en ruine ?Pour bien des Autochtones de l\u2019Amazonie, c\u2019est déjà la réalité.Là-bas, on ne dit pas bientôt.On dit déjà trop tard.L\u2019apocalypse est déjà passée.On se bat pour que celles et ceux qui y ont survécu n\u2019y passent pas aussi.On se bat avec l\u2019énergie du désespoir.On se sait en danger.Greta pointe du doigt le Sahara.C\u2019est inquiétant, la désertification qui s\u2019accélère.Déjà, des peuples entiers n\u2019arrivent plus à vivre des récoltes, et il n\u2019y a plus de pâturage pour les troupeaux.Sept des dix plus grands camps de réfugiés du monde sont en Afrique.Les gens fuient la faim et le manque de ressources, et aussi beaucoup les guerres.Et les guerres, au fond, bien souvent, elles sont pour les ressources.La région du Sahel est déjà profondément déstabilisée.C\u2019est la jeunesse de ces pays-là qui, trop souvent, risque sa vie dans la Méditerranée, dans l\u2019espoir de rejoindre une Europe pourtant fermée.L\u2019énergie du désespoir, disait-on.Au Bangladesh, c\u2019est environ 700 000 personnes par année qui sont déplacées par les changements climatiques.Le niveau de la mer monte, et la population des côtes n\u2019a d\u2019autre choix que de se réfugier dans les bidonvilles de l\u2019intérieur des terres.En Amérique centrale, la déforestation et la pollution par l\u2019exploitation minière poussent bien des familles à l\u2019exil vers le Mexique et l\u2019Amérique du Nord.Ici, nos activités économiques ont créé une myriade d\u2019apocalypses pour les populations autochtones, depuis des siècles.En chassant le castor jusqu\u2019à frôler l\u2019extinction pour leur fourrure, on a éliminé leur rôle dans la régulation des rivières : l\u2019eau est devenue stagnante près de plusieurs communautés, les maladies s\u2019y sont multipliées.En chassant le bison jusqu\u2019à leur fin, on a créé une famine, une crise de réfugiés et un déclin de population inouï.Avec les barrages électriques qui inondent des territoires entiers, les mines qui polluent les cours d\u2019eau, et les pipelines qui traversent les forêts, on continue de déstabiliser des civilisations.Les Inuits nous le disent depuis longtemps : le Grand Nord est fragile, il n\u2019est plus comme avant, il est méconnaissable.La jeunesse de ces peuples-là sonne l\u2019alarme depuis très, très longtemps.Mais on ne les a pas écoutés avant.Il a fallu que Greta apparaisse dans le portrait pour attirer notre attention.Même les plus progressistes d\u2019entre nous se tournent vers Greta et les scientifiques qui répètent : bientôt, très bientôt, il sera trop tard.Trop tard pour qui ?Trop tard pour nous.Oui, même pour nous.Alors, les choses seront graves.Le truc avec la planète, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y en a qu\u2019une.Si l\u2019on attend que nous, nous ressentions le danger ; si on se donne comme objectif mondial d\u2019éviter que la Terre se dégrade au point qu\u2019il soit un jour trop tard même pour nous \u2014 nous aurons inévitablement agi trop tard pour tous.Si on n\u2019écoute que les jeunes qui pourraient venir du quartier, on continuera à sous-estimer grandement l\u2019impact de notre économie sur la planète et ses populations humaines.On peut espérer que, de tous les scénarios évoqués ces derniers jours pour permettre la survie des journaux de Capitales Médias (et il y en a beaucoup, incluant certains où Le Devoir serait concerné), l\u2019un se démarque pour les bonnes raisons et soit retenu.RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR André Forgues Ancien directeur de l\u2019information du Soleil, membre du conseil d\u2019administration et du conseil exécutif du Devoir.L\u2019auteur s\u2019exprime ici à titre personnel.En 1976, j\u2019étais un très jeune journaliste commençant sa carrière au Soleil, à Québec.C\u2019était l\u2019époque où, parfois, faute de place, on devait dire non à des annonceurs voulant réserver un espace publicitaire dans les éditions du mercredi et du samedi, qui comptaient pourtant une centaine de pages, grand format.Vingt ans plus tard, en 1996, il y a longtemps qu\u2019on ne refuse plus d\u2019annonces ! Devenu directeur de l\u2019information, je suis responsable du lancement du site LeSoleil.com.Nous rendons disponibles chaque jour une sélection d\u2019articles (trois ou quatre par section) et les petites annonces.La vente de bannières publicitaires est difficile même si les tarifs sont quasiment symboliques.L\u2019achalandage du site, lui, augmente rapidement.En 2000, La Presse (Gesca) acquiert Le Soleil en même temps que nos publications sœurs, Le Droit d\u2019Ottawa et Le Quo- tidiende Chicoutimi.Nous nous greffons au réseau qui comptait déjà Le Nouvelliste (Trois-Rivières), La Tribune(Sherbrooke) et La Voix de l\u2019Est (Granby).Peu après, La Presse lance Cyberpresse.ca.Pratiquement tous les contenus de tous les journaux du groupe y sont rendus accessibles, gratuitement.En 2006, sorti du monde des médias, je suis responsable d\u2019un budget publicitaire important dans mon nouvel emploi.Comme la plupart des grands annonceurs, nous utilisons essentiellement les médias traditionnels, y compris les quotidiens, et réservons une toute petite enveloppe pour acquérir un peu de visibilité sur Internet.En 2013, je deviens membre du conseil d\u2019administration du Devoir (j\u2019y suis toujours, de même qu\u2019au comité exécutif ), délégué par mon employeur, Desjardins, qui y détient un siège depuis que le Mouvement, avec quelques autres, a contribué financièrement au sauvetage du journal, dans les années 1990.Mon arrivée au conseil coïncide à peu près avec le lancement de La Presse+.« Le plus grand quotidien français d\u2019Amérique » bouleverse notre marché en entreprenant une transition vers l\u2019offre gratuite de tous ses contenus à travers une nouvelle application pour tablettes électroniques.La Presse deviendra uniquement virtuelle et renoncera à toute contribution financière des lecteurs en contrepartie du travail de ses journalistes.Et nous voici en août 2019.Les quotidiens régionaux que possédait La Presse sont maintenant réunis dans le Groupe Capitales Médias, qui vient de se mettre sous la protection des tribunaux contre ses créanciers, dont le principal est l\u2019État québécois.La Presse n\u2019appartient plus à Power Corporation et est devenue une fiducie d\u2019utilité sociale, sans but lucratif.Elle offre toujours ses contenus gratuitement et vise à financer ses activités par la vente de publicité, la cueillette de dons et le soutien financier des gouvernements.Elle a dû s\u2019imposer une cure minceur et on ignore jusqu\u2019à quel point il lui faudra réduire encore ses dépenses.Le Devoir, lui, est toujours un média farouchement indépendant.Sa situation financière est saine.Il est parvenu à dégager des bénéfices au cours de quatre des six dernières années.Il compte avant tout sur les revenus que lui procurent ses abonnés.Il a aussi mené à bien une opération de recapitalisation en 2017, continue de contrôler strictement ses coûts, limite les contenus auxquels il donne accès gratuitement aux non-abonnés par les canaux virtuels qu\u2019il exploite (site Web et applications tablette et mobile).Il a intégré à son modèle d\u2019affaires le recours à la philanthropie, fort qu\u2019il est de l\u2019attachement profond que lui vouent de nombreux fidèles.Il réussit à tirer son épingle du jeu pour ralentir et même renverser légèrement la tendance à la baisse de ses revenus publicitaires.Un géant québécois et deux géants mondiaux Ce portrait de l\u2019évolution de nos médias imprimés depuis 40 ans serait incomplet sans parler de Québecor.L\u2019empire fait cavalier seul et est cohérent depuis longtemps avec son approche de convergence: télécommunications, télévision généraliste et spécialisée, médias imprimés fidèles à l\u2019approche classique de financement par abonnements, ventes en kiosques et publicité, avec une importante présence sur le Web.Québecor a sa propre agence de nouvelles (QMI), ses imprimeries, son réseau de distribution, ses équipes de vente pouvant offrir aux annonceurs des packages multiplate- formes.Son principal concurrent au- jourd\u2019hui est assurément Bell.Et il y a Google et Facebook qui, on l\u2019entend partout, «s\u2019approprient nos contenus et accaparent l\u2019essentiel des revenus publicitaires sur Internet».C\u2019est vrai, mais leur succès repose beaucoup sur le fait qu\u2019ils proposent aux annonceurs un service performant.Vous voulez rejoindre uniquement les hommes ayant entre 25 et 35 ans de la région de Montréal qui sont en voie d\u2019acquérir une maison ou un condo?Et que chacun d\u2019entre eux soit exposé à votre annonce trois fois, pas plus, pas moins?Pas de problème, Google ou Facebook peuvent faire ça pour vous! Ils connaissent ces jeunes hommes-là, car ils enregistrent leurs recherches sur le Web et leurs activités sur les médias sociaux.Tout comme ils connaissent les femmes professionnelles de 30 à 50 ans des régions de Québec, de la Mauricie ou des Cantons-de-l\u2019Est qui envisagent d\u2019acheter une automobile.Essayez d\u2019offrir un ci- blage aussi pointu à vos annonceurs, vous, Le Soleil, Le Devoir, La Presse, Le Journal de Montréal et les autres! Encore de l\u2019espoir Faut-il conclure de tout cela que la cause est perdue même si l\u2019exercice du journalisme, on s\u2019entend tous là-dessus, est un rouage essentiel de la vie démocratique, que l\u2019on soit dans les grands centres ou en région ?Mon opinion, et elle n\u2019engage que moi, pas Desjardins ni Le Devoir, c\u2019est qu\u2019il y a encore de l\u2019espoir.On peut espérer que le gouvernement fédéral active rapidement le programme d\u2019aide annoncé dans son dernier budget.Il faut bonifier cette aide notamment pour permettre à toute fondation à but non lucratif de remettre des reçus donnant droit à des crédits d\u2019impôt pour dons de bienfaisance si ces dons sont utilisés pour soutenir la pratique du journalisme tel qu\u2019il est reconnu aux fins des autres programmes.Cela inclurait par exemple Les Amis du Devoir.La position actuelle d\u2019Ottawa est que les médias bénéficiaires des dons doivent eux-mêmes être à but non lucratif.Pourquoi une telle exigence alors qu\u2019on ne l\u2019impose pas pour les autres volets de l\u2019aide gouvernementale ?On peut aussi espérer qu\u2019à la suite de la commission parlementaire qui portera sur l\u2019avenir des médias, la semaine prochaine, le gouvernement du Québec bonifie rapidement et substantiellement les mesures déjà mises en place par le gouvernement libéral antérieur.On peut espérer que les deux ordres de gouvernement auront la sagesse d\u2019allouer désormais cette aide uniquement à travers des programmes normés, offerts à tous les médias où se pratique le journalisme selon les pratiques professionnelles reconnues.Et que, devant de telles garanties, aucun parti politique sérieux ne viendra menacer ces programmes en invoquant qu\u2019ils pourraient être un moyen pour les partis au pouvoir de s\u2019acheter la sympathie des médias.Car ces programmes, reconnaissons-le, devront durer dans le temps.On peut espérer que, de tous les scénarios évoqués ces derniers jours pour permettre la survie des journaux de Capitales Médias (et il y en a beaucoup, incluant certains où Le Devoir serait concerné), l\u2019un se démarque pour les bonnes raisons et soit retenu.Comme le dit la ministre de la Culture, c\u2019est la pérennité de l\u2019exercice du journalisme qui est l\u2019enjeu de société ici, et non pas le recouvrement du montant le plus élevé possible pour les créanciers.Et je souligne au passage que la qualité du journalisme est intimement liée à la diversité des sources d\u2019information.On peut espérer que les citoyens, y compris les jeunes, deviendront plus conscients de la valeur du travail journalistique et seront prêts à contribuer davantage à son financement, par abonnement, en payant à la pièce la consultation de certains contenus ou au moyen de dons.Peut-être faut-il les y inciter en cessant d\u2019offrir gratuitement un accès aussi large à la production des journalistes?Il n\u2019y a que les fous qui ne changent jamais d\u2019idée, dit-on.Enfin, peut-on aussi rêver que nos médias s\u2019unissent (pourquoi pas dans une coopérative!) pour offrir aux annonceurs une qualité de service que chacun ne pourrait assurer à lui seul.Avec peut-être un coup de pouce financier de Québec pour déclencher le mouvement, nos médias pourraient-ils relever le défi de développer les outils permettant de cibler les trentenaires de Montréal qui sont actifs sur le marché immobilier ou les quadragénaires des régions qui magasinent les automobiles?Cela pourrait aussi faire partie de la solution et, qui sait, permettre un jour de rendre moins nécessaire l\u2019aide de l\u2019État.On peut toujours rêver, et même en couleurs, non ?GROUPE CAPITALES MÉDIAS Matière à réflexion\u2026 et à action ÉMILIE NICOLAS Non, tout va encore bien.Mais bientôt, très bientôt, on ressentira l\u2019impact des changements.Pas qu\u2019avec des canicules plus intenses et des hivers étranges, mais avec ce qui pourrait bien prendre les allures d\u2019une apocalypse. LEDEVOIR // LE JEUDI 22 AOÛT 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La robotique croisée à l\u2019intelligence artificielle annonce un nouveau monde rempli de merveilles et de menaces, réelles ou rêvées.Premier d\u2019une série de trois textes : le sexisme appliqué aux robots.TECHNOLOGIE Mme Robot, je présume ?Les humanoïdes créés à notre image nous ressemblent, sexisme et stéréotypes compris PORTRAITS- ROBOTS L\u2019humoriste américaine Whitney Cummings (à droite) et son alter ego robot.NETFLIX STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR L e robot sexuel humoriste existe maintenant.La poupée gonflée (dans les deux sens) apparaît dans le spectacle solo de l\u2019humoriste américaine Whitney Cummings intitulé Can I Touch It ?(« Est-ce que je peux y toucher ?»), qui s\u2019inscrit dans la déferlante des spectacles féministes post-mouvement #MoiAussi.La captation vient tout juste d\u2019apparaître sur Netflix.Mme Cummings fait venir sur scène son alter ego de caoutchouc à la toute fin du spectacle.La copie conforme, capable d\u2019interactions vocales, a été réalisée par la «Sex Robot Factory» Realbotix.Le duo assume un humour noir.Un exemple gênant: Mme Cummings dit qu\u2019elle a confié la poupée pendant quelques heures à son fiancé, qui a fini par la tripoter.« Un robot, c\u2019est une sorte de grande tache de Rorschach, a expliqué la comique dupliquée.Tout le monde peut y projeter ses propres trucs.D\u2019ailleurs, pourquoi ne parle-t-on pas du fait que les robots sexuels existent et que dans 20 ans ils seront partout, comme les iPhones aujourd\u2019hui ?» Les automates sexuels ont effectivement la cote en vrai comme en fiction.La série Westworld montre des Spartacus humanoïdes, dont beaucoup d\u2019esclaves sexuelles, en révolte.L\u2019entreprise créatrice des «RealDolls» a avoué avoir reçu des demandes pour un exemplaire en caoutchouc de Mme Cummings.Les commandes, qu\u2019on devine débauchées, ont toutes été refusées pour des raisons de copyright.Encore une fois, l\u2019univers artificiel reproduit les qualités et les défauts du monde réel.Les plateformes numériques, les algorithmes, les moteurs de recherche ou les jeux vidéo sont bourrés de préjugés sexistes.Le monde des robots n\u2019échappe pas plus à la règle des stéréotypes que l\u2019humour, et Mme Cummings avoue avoir payé sa maison en jouant des clichés.Des biais cognitifs D\u2019innombrables recherches ont documenté les biais cognitifs qui attribuent aux femmes des qualités d\u2019interaction chaleureuses et aux hommes des traits d\u2019action.Et maintenant, la création de machines genrées est en train de devenir un champ d\u2019étude de la psychologie.Une étude franco-suisse publiée en avril dans la revue Frontiers in Robotics and AI vient de montrer que la manière dont les androïdes sont perçus diffère même selon leur pays d\u2019origine.Les participants (113 femmes et 13 hommes, tous Français) devaient évaluer les robots provenant supposément de quatre pays (la Russie, l\u2019Espagne, la Turquie et le Canada) selon leur niveau de chaleur et de compétence perçu.Ceux made in Canada étaient décrits comme plus chaleureux, tout comme sont perçus les habitants de ce pays.«Chaque robot a été évalué selon ses traits anthropomorphes et humains, résume la recherche.Comme on pouvait s\u2019y attendre, la chaleur et le niveau de compétence du pays d\u2019origine ont faussé la perception des robots en matière d\u2019attribution de traits sociaux et humains.Nos résultats ont également indiqué que ces effets différaient en fonction de la forme anthropomorphique des robots.» Un rapport diffusé ce printemps par l\u2019UNESCO et EQALS, organisme allemand prônant l\u2019égalité, emprunte le titre Je rougirais si je le pouvais à une version de l\u2019assistant vocal Siri d\u2019Apple qui répondait par cette réplique quand les utilisateurs lui donnaient du «bitch» ou d\u2019autres insultes sexistes.D\u2019ailleurs, la plupart des aides vocales numériques, dont Alexa (Amazon) et le Google Assistant, reproduisent des voix féminines «à la personnalité docile», note le rapport.Que faire ?Il n\u2019y a pourtant rien de naturel dans un robot féminisé vêtu de manière sexy ou dans un humanoïde masculin musclé et agressif.Et si ces représentations existent, il doit bien être possible d\u2019en faire exister d\u2019autres.Elena Knox, artiste australienne et chercheuse en résidence dans une université japonaise, tente de casser le mauvais moule.«Les robots imitent les humains et, pour l\u2019instant, beaucoup, beaucoup de robots créés par les humains sont très, très genrés, dit-elle au Devoir.J\u2019ai donc décidé de m\u2019impliquer pour tenter d\u2019insuffler un peu plus de diversité dans ce monde, au moins en amorçant une conversation et une réflexion de la part des créateurs de ces machines.» Elena Knox est chercheuse au laboratoire multimédia de la Faculté des sciences et du génie de l\u2019Université Wa- seda, à Tokyo, depuis plus de deux ans.Elle est la seule femme dans les équipes.Elena Knox est elle-même une drôle de créature hybride, mi-artistique, mi- technologique.Elle a défendu un doctorat sur le sujet du genre et de la technique.Elle a beaucoup créé, autour du portrait de la femme-machine.Son expo The Female Is the Future présentée l\u2019an dernier à Tokyo utilisait des fem- bots, des robots femmes, évidemment le moins cliché possible.« Je me suis beaucoup intéressée aux robots, surtout à l\u2019humanisation des robots, explique la chercheuse interviewée à Weimar, en Allemagne, en marge d\u2019une conférence sur les femmes et les nouvelles technologies.La facilité est dans le stéréotype.Pour les scientifiques, le plus simple est finalement de créer des robots facilement reconnaissables.» Le mal du mâle Comment s\u2019explique ce travers ?Une partie de la réponse vient certainement de la dominance mâle dans le secteur technologique.Le secteur de l\u2019intelligence artificielle n\u2019emploie que 12 % de chercheuses, celui du développement des logiciels, 6 %, selon le rapport de l\u2019UNESCO qui recommande de modifier profondément cette culture.« Je n\u2019ai rien contre les hommes de sciences, nuance Mme Knox.Ils font un travail fantastique.Je comprends aussi que, quand tu as un million de problèmes techniques à régler pour faire bouger, entendre, voir et se déplacer un robot, tu décides d\u2019y aller au plus simple pour la représentation de cette machine complexe.Mais en tant que femme et en tant qu\u2019artiste, je veux briser ce cycle et cesser cette reproduction en agissant sur la ligne de front de la technologie.» Seulement, le temps presse.Le modèle sexiste s\u2019étend et il pourrait être bientôt très difficile de s\u2019en débarrasser, autant que dans la vie réelle, quoi.« À l\u2019heure actuelle, les robots humanisés sont encore rares, conclut Elena Knox.Ils restent dans une sphère expérimentale de recherche et de développement.Quand on va commencer à les reproduire massivement, on va vite atteindre un point critique de non-retour.Nous vivons donc un moment crucial de ce point de vue.» À lire demain : Qui pourra arrêter les robots tueurs ?Notre journaliste a séjourné à Weimar en juin à l\u2019invitation du Goethe-Institut.La facilité est dans le stéréotype.Pour les scientifiques, le plus simple est finalement de créer des robots facilement reconnaissables.ELENA KNOX » "]
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