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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Le D Magazine
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2019-06-15, Collections de BAnQ.

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[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Lire La texture du monde selon Bernard Arcand Vivre Quête de sens alimentaire à San Francisco BLEU JEANS BLEU Des lieux communs qui sonnent L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Francos de Montréal Des lieux communs qui sonnent et qui résonnent avec Bleu Jeans Bleu.Odile Tremblay Flâneurs Théâtre Cinéma Arts visuels Musique Écrans et grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 4 78 18 20 36 10 5 28 26 24 42 44 46 48 49 50 53 54 Essai Dans la texture du monde, avec un inédit de Bernard Arcand.Entrevue avec Sophie Rosemont Maya Ombasic Fiction Essai Louis Cornellier Voyage Quête de sens alimentaire à San Francisco, mecque du mouvement locavore.Plein air Société Tendance Bière Resto Vin Jeux SOMMAIRE 25 32 33 Photo de la une du D : Marie-France Coallier Le Devoir Illustration de la une Lire : Tiffet C U L T U R E Un film sur Bob Dylan serait-il crédible sans une dose de mythologie, avec brouillage des frontières entre le vrai et le faux ?Ainsi du Rolling Thunder Revue : A Bob Dylan Story de Martin Scorsese : un docufiction, certes, mais aussi une fascinante plongée au cœur de la légendaire tournée carnavalesque de 1975.Le grand théâtre de Bob Dylan Un film de Martin Scorsese \u2014 et 14 disques \u2014 fait revivre l\u2019épique épopée de la Rolling Thunder Revue GRAND ANGLE GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ LE DEVOIR our comprendre Bob Dylan, il faut essentiellement accepter de ne pas tout comprendre du personnage, voire rien du tout.La carrière de Dylan s\u2019interprète ainsi de la même manière qu\u2019il traite ses chansons sur scène: toutes les lectures sont possibles.À l\u2019image de son sujet, le nouveau film que Martin Scorsese consacre à Dylan se présente sous une identité désorientante.D\u2019une par t, la fiche technique parle d\u2019un « rocku- mentaire » et la bande-annonce promet « l\u2019histoire vraie » de l\u2019épique tournée menée par Dylan à l\u2019automne 1975 \u2014 sor te de revue musicale gypsy-folk-rock itinérante rassemblant Dylan, Joan Baez, Ramblin\u2019 Jack Elliott, Joni Mitchell et d\u2019autres ar tistes dans des salles plus ou moins grandes.D\u2019autre part, on écrit aussi qu\u2019en matière de documentaire, il s\u2019agit plus précisément d\u2019un « film alliant rêve et réalité »\u2026 Et le titre complet \u2014 Rolling Thunder Revue : A Bob Dylan Story \u2014 souligne que nous sommes devant une certaine version de l\u2019histoire.Racontée par les véritables protagonistes, mais aussi romancée par des personnages réels dont le rôle est ici fictif.Par exemple : l \u2019actrice Sharon Stone, qui, malgré le témoignage émouvant et convaincant qu\u2019elle livre, n\u2019a pas vu cette tournée à 19 ans avec sa mère, n\u2019a pas été embauchée pour faire du repassage pour Joan Baez et pour qui Dylan n\u2019a pas écrit Just Like a Woman.De même pour le producteur Jim Gianopulos, qui n\u2019a pas été impliqué dans ce projet mais qui parle néanmoins avec une grande crédibilité du fiasco organisationnel de la tournée.Quant à un dénommé Jack Tanner, ce n\u2019est pas un ancien élu américain ayant assisté à un concert en Ontario sur la recommandation du futur président Jimmy Carter.Dans une habile mise en abyme, Scorsese nous ramène plutôt ici un personnage créé par Robert Altman il y a 30 ans (et interprété par Michael Murphy), héros du documenteur Tanner \u201988.Ne cherchez pas non plus d\u2019informations sur le réalisateur Stefan van Dorp, qui aurait filmé l\u2019entièreté des images d\u2019archives et serait au- jourd\u2019hui devenu amer pour s\u2019être fait voler le crédit par Scorsese.Dans les faits, le supposé van Dorp est joué par le comédien Martin von Ha- selberg.Et on doit à un projet cinématographique de Dylan (qui de- Ici comme ailleurs, il faut prendre Bob Dylan à l\u2019envers.PHOTOS NETFLIX Rolling Thunder Revue : A Bob Dylan Story / The Rolling Thunder Revue : The 1975 Live Recordings Sur Netflix / Columbia Records / Legacy Recordings P | 3 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 ÉPREUVE DE RÉVISION Épreuve no 11 Vérifiez vos hypothèses en consultant le corrigé détaillé dans la section Jeux.ée par sent é e pr euv ne épr U Le Dylan des grands jours Parus en 2002, les deux disques qui composent le cinquième volume des Bootleg Series de Bob Dylan recensaient déjà les meilleures prestations de la Rolling Thunder Revue.C\u2019était bien, mais les archives de Dylan ont ceci de particulier qu\u2019elles semblent inépuisables : voici donc un coffret de 14 disques détaillant la même tournée et ajoutant une centaine d\u2019inédits à la somme connue.Le tout s\u2019adresse forcément aux dylanophiles convaincus, mais le matériel est riche.On trouvera cinq versions différentes de ces concerts à géométrie variable (deux disques chacun), dont celle présentée au Forum de Montréal le 4 décembre 1975.Quatre autres disques documentent diverses répétitions, parfois très sommaires, parfois plus étoffées.Seules les prestations de Dylan sont présentées, mais c\u2019est autant d\u2019occasions d\u2019entendre un chanteur au sommet de son art.On le sent totalement investi dans chaque chanson (une qualité qu\u2019on ne lui connaît plus depuis longtemps), théâtral, dramatique, dynamique, vocalement puissant et précis, dégageant quelque chose que son attitude ultérieure camouflera souvent : de la passion.viendra le film navet Renaldo and Clara) l\u2019incroyable quantité d\u2019images de la tournée et de ses coulisses.Mais comme le disait Martin Scorsese au New York Times cette semaine : « Il y a plusieurs manières d\u2019arriver à la vérité.» Tout brouiller À ce jeu confondant, Bob Dylan contribue allègrement dans les segments retenus d\u2019une longue entrevue qu\u2019il a accordée à son agent Jeff Rosen (il avait usé du même procédé en 2005 pour alimenter No Direction Home, le précédent film que Scorsese lui a consacré).Il commente avec conviction sa rencontre avec Stone, parle de la personnalité mystérieuse de van Dorp, attribue faussement au groupe Kiss son envie de se maquiller le visage en blanc (qui vient plutôt du film Les enfants du paradis, de Marcel Carné).Du Dylan pur jus, toujours soucieux de brouiller toute piste qui pourrait mener jusqu\u2019à lui.Mais Dylan donne aussi les indices qui suggèrent de prendre tout cela avec un grain de sel.Ne dit-il pas dès le début du film qu\u2019il ne se « souvient de rien » de ce qui concerne cette tournée pourtant fondamentale dans sa carrière ?On le voit en ouverture tenter d\u2019expliquer ce qu\u2019était la Rolling Thunder Revue, puis constater qu\u2019il dit « des conneries ».« J\u2019essaie d\u2019aller à l\u2019essence de ce que c\u2019était, et je n\u2019en ai aucune idée, af firme-t-il.Parce que c\u2019était à propos de rien.C\u2019est juste quelque chose qui est arrivé il y a plus de 40 ans \u2014 ça fait si longtemps que je n\u2019étais même pas encore né.» Il se demandera plus loin ce qu\u2019il reste de l\u2019aventure: «Rien.Des cendres.» Mais ici comme ailleurs, il faut prendre Bob Dylan à l\u2019envers.Car ce qui reste de la Rolling Thunder Revue représente plutôt une extraordinaire somme de musique (voir l\u2019encadré sur le cof fret de 14 disques qui accompagne la sor tie du film) documentant sa première renaissance \u2014 celle de la période des albums Blood on the Tracks et Desire, qui suivait le passage à vide du début des années 1970 et qui aura précédé une longue période improductive.Et il en reste aussi aujourd\u2019hui ce film presque « trop bon pour être vrai », comme le décrivait le Financial Times mercredi.Tout y est : les répétitions et les concerts, dans la plus grande proximité cinématographique possible ; les coulisses de partout, y compris des séquences dans le véhicule récréatif de Dylan ou dans une chambre d\u2019hôtel où Joni Mitchell montre à Dylan les accords d\u2019une nouvelle chanson.Scorsese intègre à cette trame le contexte historique d\u2019une Amérique post-Watergate et post-Vietnam, aux por tes de son bicentenaire et en profonde remise en question.Plusieurs entrevues contemporaines nourrissent le récit, notamment par l\u2019ajout des « faits alternatifs » cités plus haut et qui rendent encore plus flous l\u2019origine, les contours et le sens d\u2019une tournée sujette à la mystification.Mais plus le film progresse, plus la logique du procédé devient évidente : Bob Dylan \u2014 une création de Robert Zimmerman \u2014 est une sorte de théâtre en lui-même, un lieu où fiction et réalité peuvent cohabiter au profit de l\u2019art.Dans ce contexte, on comprend pourquoi la Rolling Thunder Revue fut un sommet dans le parcours du futur Prix Nobel de littérature.Dylan était parfaitement à son aise dans ce carnaval gypsy où l\u2019on por tait des masques, où le folk côtoyait le rock et la poésie (par Allen Ginsberg et Patti Smith), où Dylan était en pleine maîtrise de son art et de ce qu\u2019il voulait en faire.«La vie, ce n\u2019est pas une question de se trouver soi-même ou de trouver quoi que ce soit, dit Dylan à un moment.La vie, c\u2019est s\u2019inventer et créer.» es astres s\u2019alignent pour le quatuor Bleu Jeans Bleu, d\u2019autant que le vent frais du printemps a fortement soufflé dans la voilure de la formation.Porté par l\u2019ef ficace et sympathique chanson Coton ouaté \u2014 et son vidéoclip dansant \u2014, le groupe de musique à saveur humoristique franchit rapidement les étapes, à grands coups de lieux communs québécois aussi efficaces que rythmés.Si c\u2019est fin janvier que Bleu Jeans Bleu a fait paraître son troisième disque, Perfecto, ce n\u2019est que quelques mois plus tard que la sauce a pris, et bien plus que ses membres ne l\u2019avaient espéré, avoue le chanteur Mathieu Lafontaine, de son nom de scène Claude Cobra.Le quatuor est composé de musiciens de talent, qui s\u2019amusent avec des personnages et des chansons un brin décalés.Ils sont tous vêtus de costumes clinquants et le chanteur roule ses « r ».Déjà connu de certains grâce à des titres comme J\u2019te gâte all dressed, Petit pouding et J\u2019ai mangé trop de patates frites, Bleu Jeans Bleu a vu son parcours accélérer récemment grâce à la pièce Coton ouaté, où le chanteur, sur une musique hybride entre Run-DMC et Le rap à Billy de Lucien Francœur, se questionne sur un enjeu majeur de notre société : est-ce que la température nécessite une petite laine?«On est-tu ben, juste en coton ouaté ?» chante Mathieu Lafontaine.« Je me rends compte que c\u2019est une phrase que les gens disent dans la vraie vie, et de l\u2019avoir dans une chanson, ça engendre quelque chose, analyse le chanteur.C\u2019était un peu le pouvoir potentiel d\u2019une phrase réutilisable comme ça.La toune rentre un peu dans l\u2019univers commun parce que cette expression-là était utilisée dans la vie avant.» La chanson, qui joue autant à la radio commerciale qu\u2019à Ici Musique, a aussi été portée par son vidéoclip et la simple mais efficace chorégraphie qu\u2019on y retrouve.« Ç\u2019a donné un deuxième souffle à la chanson, mais d\u2019une façon qu\u2019on n\u2019avait pas espéré, avoue Lafontaine.Ce qui est en train de se passer, c\u2019est plus cool que ce qu\u2019on estimait possible.C\u2019est pas le hit de l\u2019heure, mais c\u2019est une toune dont les gens jasent.» Sur la page YouTube de Bleu Jeans Bleu, Coton ouaté enregistre 370 000 vues depuis son lancement il y a un mois.Et le compteur continue de tourner rapidement.Vocabulaire du quotidien Cette pièce, comme plusieurs du répertoire du groupe, vient piger dans ces images, ces phrases ou ces références qui sont très québécoises, ou nord-américaines, comme le bowling, la danse en ligne, les fifth wheel ou les motels.Des réalités qui ne sont pas nécessairement montréa- laises, et qui peuvent toucher tous les publics.« Il y a des chansons qui ont plusieurs sens, mais en gros, je me rends compte que les tounes partent souvent des mots que j\u2019entends ou que je dis, parce que c\u2019est du vocabulaire du quotidien, explique Mathieu Lafontaine.Le défi c\u2019est de bien faire sonner ces réalités-là».L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e F r a n c o s d e M o n t r é a l 4 | ENTREVUE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR Des lieux communs qui sonnent et qui résonnent Le groupe Bleu Jeans Bleu est porté par l\u2019efficace et sympathique chanson Coton ouaté Le quatuor Bleu Jeans Bleu est composé de musiciens de talent, qui s\u2019amusent avec des personnages et des chansons un brin décalés.PHOTOS MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR L C\u2019est un défi mais aussi une petite obsession pour le parolier natif de Victoriaville, pour qui le côté percus- sif des mots et des refrains est essentiel.« C\u2019est le prétexte pour faire une toune, pour moi.Après ça, on l\u2019habille, on écrit autre chose autour de [la phrase rythmique], pour en arriver à ce que ça fasse une chanson.Mais c\u2019est juste pour me donner l\u2019occasion d\u2019arriver à ce bout-là ! » « De la musique qui fait rire » Bleu Jeans Bleu ne fait pas à proprement parler de l \u2019humour sur disque, mais le ton global amène le rictus en même temps que l\u2019émotion.Les comparaisons avec Les Trois Accords ou Paul et Paul sont revenues souvent, mais ce n\u2019est pas tout à fait ça, estime Mathieu Lafontaine.Plume ou Crampe en masse ?Non, mais oui, mais non.« Dans ma tête, c\u2019est comme de la chanson pop, disco, rock, folk, et je peux rajouter un élément alimentaire là-dedans pour que les gens comprennent qu\u2019il y a un petit côté pince- sans-rire, tente de résumer le chanteur.C\u2019est pas humoristique, mais je dis que c\u2019est de la musique qui fait rire.Pour moi, la nuance est vraiment importante.» C\u2019est que le filon purement musical compte aussi beaucoup aux yeux de Lafontaine et de ses acolytes François Lessard, Pierre-David Girard et Mathieu Collette.« Les gars sont super compétents, avec beaucoup de goût.Et quand vient le temps d\u2019essayer un style, on trouve le moyen de s\u2019y rendre.Et ça, c\u2019est l\u2019aspect non limitatif de travailler avec d\u2019excellents musiciens », insiste le chanteur.Sur son troisième disque, Perfecto, la formation a proposé des arrangements é tonnants , par fo i s t rès Motown, avec des lignes de cordes.« On s\u2019en permet plus.On veut aller plus loin, on a un besoin d\u2019accomplir quelque chose qui nous fait du bien à nous autres aussi, comme musiciens», résume Mathieu Lafontaine.L\u2019été de festivals de Bleu Jeans Bleu commencera le 20 juin aux Francos de Montréal, mais l\u2019horaire de juillet est déjà très occupé pour le groupe.« Il n\u2019y a pas de projection en arrière, ou de grands déploiements visuels, explique Lafontaine.On essaie de garder ça assez \u201cclassic rock\u201d, mais ça tombe un peu théâtral dans l\u2019interprétation des personnages.C\u2019est quatre gars qui se donnent un peu trop sur scène, et à la fin de la veillée, je veux que tout le monde soit un peu heureux avec une petite crampe aux joues.» Bleu Jeans Bleu Aux Francos de Montréal le jeudi 20 juin, à 23h, au stationnement Jeanne-Mance.Gratuit.| 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 L\u2019Abénaquise écarlate La semaine dernière, je suis allée voir au Musée des beaux-arts de Montréal l\u2019exposition des gravures de la cinéaste et chanteuse abénaquise Alanis Obomsawin, présentée par l\u2019artiste.La dame était tout de rouge vêtue.Écarlates également, les murs affichant ses œuvres.Elle a illustré plusieurs figures féminines, dont bien des mères de tant d\u2019enfants.Une gravure montre une femme enterrée vivante dans un cimetière, vision intime tirée d\u2019un cauchemar de jadis.Les animaux, ses amis oniriques de jeunesse, sont partout, guides protecteurs et figures d\u2019apaisement dans un parcours d\u2019extrême détresse, d\u2019où aura pourtant jailli sa lumière.Ce rouge se veut un écho au sort des femmes autochtones disparues ou assassinées, décrit par le récent rapport de l\u2019enquête nationale sur le sujet, comme un génocide, terme qui fait couler des flots d\u2019encre noire.La désignation recouvrait au départ des exterminations massives et planifiées, celles des juifs sous l\u2019Allemagne nazie et des Tutsis au Rwanda par exemple.Le voici pour la première fois utilisé dans un contexte élargi, embrassant les mécaniques diverses qui mènent des êtres au décès intérieur et parfois à la mort effective.Avalisé par Justin Trudeau à ses risques et périls, dénoncé par plusieurs, le terme fait écran aux conclusions de cette commission.Si l\u2019expression «génocide culturel » s\u2019applique facilement aux Premières Nations bafouées du Nord au Sud, «génocide » tout court fait tiquer.Peut-on modifier le sens des mots?On risque de se déchirer longtemps sur ces questions.Sain débat.Le mot d\u2019infamie Reste que ça fait sans doute secrètement l\u2019affaire de plusieurs d\u2019écarter les analyses et conclusions, même partielles ou imprécises, de ce rapport pour ne dénoncer que le mot d\u2019infamie.Bien des spectres de femmes assassinées par Robert Pick- ton et autres pervers, par leurs conjoints trop ivres, ou violées par les missionnaires, flottent autour de nous.Qui veut tant que ça saisir les ressorts de la négation d\u2019autrui ?Les femmes, les enfants, les adolescents qui se suicident en masse dans leurs réserves sont les premières victimes du lent étranglement des Premières Nations par nos aïeux et nos contemporains, par leurs proches en autodestruction, comme par des Blancs ODILE TREMBLAY vivant près des réserves, avec qui le torchon n\u2019a jamais fini de brûler.Chose certaine, Alanis Obomsa- win, à la filmographie qui s\u2019étire depuis 40 ans à l\u2019ONF, aura consacré tant de documentaires aux réalités politiques, économiques, sociales et spirituelles des Premiers Peuples qu\u2019elle a mille raisons de se draper dans ce rouge-là.Rouge comme le sang répandu de ses sœurs.Rouge comme l\u2019épithète de Peaux-Rouges longtemps accolée aux premiers habitants du pays pour mieux les isoler des peuples conquérants.Petite, celle qui était surnommée «la sauvagesse» affirme avoir craint pour sa vie en se rendant à son école de Trois-Rivières (transplantée d\u2019Oda- nak à l\u2019âge de dix ans, elle et sa famille étaient les seuls Autochtones du coin).Celle qui fut harcelée et violée à cause de ses origines et de son teint basané, à 86 ans, est une survivante et un témoin clé qui n\u2019en revient pas de voir les mentalités évoluer.«Depuis dix ans, les gens nous écoutent», s\u2019émer- veille-t-elle.Alanis Obomsawin aura vécu longtemps pour sentir leur héritage un brin reconnu\u2026 Toujours le dominant de quelqu\u2019un Les réserves autochtones fourmillent d\u2019histoires pas racontables, dont certaines auront du moins émergé du placard grâce aux témoignages recueillis par cette commission.Tant d\u2019oblats, pour ne nommer qu\u2019eux, tremblent de voir leur congrégation éclaboussée par les crimes sexuels de prélats omnipotents (ainsi feu Alexis Joveneau à Unamen Shipu !) commis sur des populations isolées et fragiles.Quant aux ravages faits par les pensionnats voués à blanchir les membres des Premières Nations en les coupant de leur milieu et de leur langue, ils sont incalculables.Il faut avoir entendu pleurer comme des enfants à cette évocation des chefs de bande d\u2019âge mûr pour saisir la profondeur d\u2019une blessure transmissible aux générations du dessous.Les Québécois francophones, colonisés par les Anglais, éprouvent un sentiment d\u2019aliénation.Imaginez la situation des Autochtones.On est toujours le dominant de quelqu\u2019un\u2026 Alors on regarde les gravures d\u2019Ala- nis Obomsawin comme on a vu ses films, mais en plongée accrue d\u2019intimité car elles illustrent le chemin raboteux de sa propre vie.On songe que tout est question de point de vue, qu\u2019aucun terme n\u2019est sans doute assez fort pour traduire les tourments de ces communautés-là, que changer le sens des mots est parfois le meilleur moyen d\u2019offrir un électrochoc aux esprits engourdis\u2026 L\u2019initiative se paie fort cher, au demeurant.Que retiendra l\u2019Histoire de cet épisode ?Une tache rouge sang sur un drapeau?Il y a de quoi rougir, au fait\u2026 Bleu Jeans Bleu ne fait pas à proprement parler de l\u2019humour, mais le ton global amène le rictus en même temps que l\u2019émotion.Chanteur et\u2026 gérant Depuis son deuxième disque, intitulé Franchement Wow, Bleu Jeans Bleu fait paraître ses chansons sur sa propre étiquette, Chalet Musique.Et le chanteur et parolier Mathieu Lafontaine est aussi le gérant et l\u2019agent de spectacles du groupe.« À force de baigner là-dedans, tu comprends un certain lot de choses, explique Lafontaine.Il y a des choses que tu vois avec l\u2019angle plus administratif ou business, plutôt que juste artistique.Je trouve ça utile à la longue de voir les deux côtés de la médaille.Et l\u2019un défend bien l\u2019autre aussi.» Bleu Jeans Bleu étant un projet à la personnalité assez unique, il a été utile que son principal protagoniste soit celui qui le décrive et le vende aux différents diffuseurs, croit Lafontaine.« Je ne pensais pas avoir cette fibre-là, mais mon père l\u2019a beaucoup, explique le chanteur.C\u2019est pas tous les artistes qui ont envie de le faire, moi j\u2019avais envie de l\u2019essayer, et jusqu\u2019à maintenant, c\u2019est ce qui a le mieux marché pour le projet.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e F r a n c o s d e M o n t r é a l 6 | White-B, Lost, Gaza, MB et Random se connaissent depuis l\u2019école secondaire, sont tous originaires de quartiers différents, mais se sont tous retrouvés autour de leur passion pour le rap.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR ENTREVUE PHILIPPE RENAUD LE DEVOIR eux cinq, i ls ont érigé un répertoire de quelques centaines de chansons et cumulent des millions d\u2019écoutes sur les plateformes Web.Pourtant, ces vedettes du rap demeurent encore dans l\u2019ombre de notre scène musicale.Mais plus pour longtemps : phénomènes du rap underground montréalais, White-B, Lost, Gaza, MB et Random s\u2019offriront samedi soir un premier MTelus à l\u2019invitation des Francos, formidable démonstration de force de ce collectif nommé 5Sang14, qui n\u2019entend pas rester sur la touche à l\u2019heure où le hip- hop québécois a le vent en poupe.Lost, White-B et MB sont arrivés à l\u2019heure au rendez-vous donné sous un pavillon du parc Jarry.On discute des succès des Raptors en attendant Gaza et Random, qui cherchent encore notre abri près des courts de basketball, en cet après-midi d\u2019un printemps maussade.Les cinq enfin réunis, l\u2019entrevue peut commencer.Ce moment s\u2019est fait attendre : ils sont dif ficiles à joindre, comme certains autres de leurs confrères de cette scène rap underground.Autogérés, autopro- duits, travaillant en circuit fermé avec une toute petite équipe, sans attaché de presse.Les voilà pourtant aujourd\u2019hui accompagnés de leur nouvelle relationniste, prêts à discuter de leur travail et du MTelus qu\u2019ils entendent remplir samedi, à l\u2019affiche des Francos.Quiconque s\u2019intéresse sérieusement au rap québécois ne peut ignorer ce que les membres du 5Sang14 ont accompli ces dernières années.5Sang14, la force du nombre Le collectif rap underground s\u2019offre un premier MTelus à l\u2019invitation des Francos À LES ENIVRÉS EN REPRISE © N I C O L A S D E S C Ô T E A U X LES ENIVRÉS IVAN VIRIPAEV \u2022 FLORENT SIAUD LE PRINCIPE D\u2019ARCHIMÈDE JOSEP MARIA MIRÓ \u2022 CHRISTIAN FORTIN LA MALADIE DE LA MORT MARGUERITE DURAS \u2022 MARTINE BEAULNE BECOMING CHELSEA SÉBASTIEN HARRISSON \u2022 ERIC JEAN SCÈNE PRINCIPALE MOURIR TENDRE GUY RÉGIS JR \u2022 KESIA DEMERS, GABRIEL L\u2019ARCHEVÊQUE, ANTOINE PELLETIER MADEMOISELLE AGNÈS REBEKKA KRICHELDORF \u2022 LOUIS-KARL TREMBLAY ABONNEZ-VOUS À PARTIR DE 75 $ SAISON | 7 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 L E S F L Â N E U RS La bédé La petite Russie, de Francis Desharnais, est un hybride entre le livre d\u2019histoire et l\u2019album de famille.L\u2019auteur y raconte l\u2019arrivée de son grand-père Marcel et de son épouse Antoinette à Guyenne, en Abitibi, à la fin des années 1940.L\u2019intérêt principal de cette colonie est qu\u2019elle fonctionnait sous forme de coopérative où les travailleurs du bois redonnaient la moitié de leur salaire pour son développement.La petite Russie se lit comme une fiction bien québécoise et permet en même temps de réfléchir sur notre territoire et ses ressources, en plus de mettre en avant ceux qui ont défriché la trail.Les Rouges dans la forêt verte Voir au cinéma le collectif Les sept dernières paroles, c\u2019est plonger en méditation sous les accords de Franz Joseph Haydn.On devait au grand compositeur autrichien l\u2019Opus 51, sept sonates d\u2019après les sept dernières paroles du Christ retenues par les Évangiles, sur fond de désespoir, de foi, de douleur, d\u2019humanité profonde surtout.Dans ce film à sketchs, forcément inégal mais de haut niveau, six cinéastes canadiens s\u2019en inspirent avec des images contemporaines sous les archets du Callino Quartet.Cette œuvre profonde et émouvante devrait faire la tournée des festivals de films internationaux.Échos de grandes paroles En deux ans et demi, le balado quotidien du New York Times, The Daily, s\u2019est installé parmi les incontournables de l\u2019information racontée.Parfois une vitrine sur les reportages publiés dans le journal, parfois un éclairage sur un enjeu précis, la quotidienne animée par Michael Barbaro est un moment de profondeur dans un écosystème tout en rapidité.La semaine dernière, The Daily offrait une plongée dans les nationalismes européens, parcourant la France, l\u2019Italie, la Pologne et l\u2019Allemagne.Une mise en perspective plus que bienvenue.Déployant leurs dons satiriques pour créer des sketchs sur l\u2019âge, la parenta- lité, la réalité LGBTQ, la mode, l\u2019amitié ou la vie de bureau, les Baronness Von Sketch donnent dans un humour féministe teinté d\u2019absurde.Union humoristique formée par Carolyn Taylor, Meredith MacNeill, Aurora Browne et Jennifer Whalen, ce quatuor né à CBC offre sur Netflix trois saisons d\u2019épisodes de 30 minutes écrits et joués par des comédiennes qui, plutôt que de cacher leur âge, leurs rides et leurs rondeurs, se mettent en scène dans diverses situations aussi burlesques que réelles.Franchement hilarant et rafraîchissant.Les baronnes s\u2019éclatent La bataille de l\u2019Europe PHILIPPE PAPINEAU SYLVIE ST-JACQUES ODILE TREMBLAY VALÉRIE DUHAIME C\u2019est la force du nombre: la chanson PRMF, de White-B, a été visionnée plus de 4,8 millions de fois sur You- Tube en deux ans, sans aucune autre diffusion que le Web ou les radios spécialisées \u2014 à titre de comparaison, le succès de radio commerciale Toutes les femmes savent danser, de Loud, a été visionnée 5,6 millions de fois.La ballade trap La folle, de Gaza (collaboration avec MB et White-B) : plus de 3,5 millions de fois, presque autant que Mauvais garçons, encore de White-B.La bombe au refrain pop Bando, de Lost, White-B et MB, frôle les 2,5 millions.Une dizaine d\u2019autres de leurs fraîches productions rap n\u2019ayant rien à envier à celles de Future ou de PNL approchent le million de visionnements.Sortir de l\u2019ombre « Je pense qu\u2019on a été capables de s\u2019établir une base de fans très solide, en groupe ou en solo», explique MB.L\u2019euphémisme ! « La question est d\u2019avoir la reconnaissance de l\u2019industrie et de rejoindre encore plus de monde », d\u2019où cette entrevue, et quelques autres encore, accordées à des médias « généralistes ».« On essaie d\u2019aller encore plus loin en s\u2019adressant à ceux qui auraient des préjugés [à l\u2019endroit de notre travail], pour qu\u2019ils comprennent notre musique, notre art.Ensuite, je peux comprendre qu\u2019à la première écoute, certains puissent se dire : \u201c Ah, des gars comme ça\u2026 \u201d » Des gars qui ne font pas dans le rap bonbon, pour dire les choses clairement.« On a commencé à faire le rap qu\u2019on écoute, le rap [aux textes plus crus], on vient de ce milieu-là [des quartiers plus difficiles] ; forcément, tu commences de cette façon à faire de la musique », explique Lost, reconnu comme l\u2019un des meilleurs paroliers du rap montréalais.Ils se connaissent tous depuis l\u2019école secondaire, sont tous originaires de quartiers différents \u2014 par exemple, Car tier ville, où Lost et Gaza ont profité des ateliers que leur donnait Dramatik, de Muzion : « Un de ceux, de cette génération de rap- peurs, qui ont fait le travail avec les jeunes, qui ont transmis cette passion, cette manière de travailler, cette volonté de ne jamais lâcher, c\u2019est précieux », dit Gaza.Ils se sont tous retrouvés autour de leur passion pour le rap, notamment celui du fameux groupe français Sexion d\u2019Assaut, « un groupe soudé, qui faisait tout ensemble», dit Random, vantant les qualités lyriques du groupe dont faisait partie Maître Gims.Les premiers enregistrements des membres du 5Sang14 exploraient abondamment les côtés sombres de la vie dans leurs quartiers, un stigmate de violence et de substances qui les suit encore : «Oui, y a encore des préjugés, mais ils sont des deux côtés », reconnaît White-B, qui vient de lancer un excellent BLACKLIST, quelques semaines seulement après la parution du premier microalbum officiel du collectif, 5 mai.« Y a des gens qui perçoivent [notre travail] d\u2019une certaine manière, mais à l\u2019inverse, y a aussi des artistes qui [ont des préjugés] à l\u2019endroit de l\u2019industrie [musicale] et de leurs représentants », poursuit le MC.Sor tir de l\u2019ombre, s\u2019ouvrir un peu, est une manière pour eux de faire un pas en direction de l\u2019autre.L\u2019importance de l\u2019image De franchir ce pas jusqu\u2019au parc Jarr y en cet après-midi maussade de printemps, par exemple.« Nous avons tous à y gagner, estime White- B.Nous-mêmes avons décidé de prendre [notre carrière musicale] plus au sérieux, donc de s\u2019entourer de gens qui avaient de l\u2019expérience.» Lost poursuit : « Ce n\u2019est pas seulement pour vendre plus de billets de spectacle.C\u2019est pour changer notre image.Ça fait assez longtemps qu\u2019on fait du rap, on veut que ça aboutisse à quelque chose de sérieux.On devait faire ce cheminement.» Qui se traduit aussi par des productions récentes nettement moins crues qu\u2019à leurs débuts.« Ce n\u2019est pas quelque chose qui survient du jour au lendemain, explique à nouveau Lost.C\u2019est dû à l\u2019expérience : c\u2019est normal qu\u2019arrivé à un niveau, après des millions de streams, on comprenne qu\u2019il y a certains beats, certains choix artistiques, certaines chansons finalement, qui touchent les gens plus que d\u2019autres.[\u2026] Tu t\u2019adaptes à un nouveau public, qui n\u2019est pas forcément le public qui te suivait à tes débuts, tout en gardant ton identité \u2014 on n\u2019essaie pas d\u2019entrer dans un moule pour ressembler aux autres, c\u2019est seulement qu\u2019on comprend que certaines manières d\u2019expliquer [notre réalité] rejoignent beaucoup plus de personnes.» C\u2019est beaucoup ça, sortir de l\u2019underground, au moment même où l\u2019industrie est forcée de reconnaître que le rap québécois est aujourd\u2019hui une force culturelle et économique : «Les rappeurs ont changé, aussi, dit MB.Ils voient qu\u2019on peut en vivre, de ce métier.Ils voient que donner un show, c\u2019est important.L\u2019image, c\u2019est impor tant.Et même nous, on est conscients qu\u2019un concert doit bien se dérouler, notre entourage aussi en prend conscience.Tout le monde comprend que pour nous, les jeunes des quartiers un peu plus difficiles, le rap est une manière de réussir.» Quiconque s\u2019intéresse sérieusement au rap québécois ne peut ignorer ce que les membres du 5Sang14 ont accompli ces dernières années On essaie d\u2019aller encore plus loin en s\u2019adressant à ceux qui auraient des préjugés [à l\u2019endroit de notre travail], pour qu\u2019ils comprennent notre musique, notre art.Ensuite, je peux comprendre qu\u2019à la première écoute, certains puissent se dire : \u201cAh, des gars comme ça\u2026\u201d MB » 5Sang14 Dans le cadre des Francos de Montréal, au MTelus, samedi, 21h évélée par Grease en 2015, consacrée dans le rôle-titre de Mary Poppins l\u2019année suivante, Joëlle Lanctôt ne tient pourtant rien pour acquis.Malgré son triomphe dans cette précédente production musicale de Juste pour rire, sa participation à Mamma Mia! était loin d\u2019être assurée.L\u2019interprète de 33 ans savait que son âge ne correspondait à celui d\u2019aucun des personnages.Son audition, parmi des centaines, a toutefois convaincu le metteur en scène Serge Postigo de lui confier le rôle principal, Donna.« Heureusement pour moi, c\u2019est un personnage très proche de mon énergie.Elle a beaucoup d\u2019humour et est assez loud.Je suis arrivée avec mon authenticité, mes couleurs.Mes travers aussi.J\u2019ai un caractère de cochon, un petit côté impulsif.» La franchise semble en tout cas compter parmi ses qualités.Sondée sur ce qui la séduisait dans ce musical créé il y a 20 ans, sa vedette confie «avoir découvert l\u2019œuvre en la travaillant».Mais elle s\u2019identifiait beaucoup à sa chanson d\u2019audition, la déchirante The Winner Takes It All, un hymne d\u2019amour déçu proche de ses blessures personnelles.« Sans tomber dans la thérapie, il y a là quelque chose de l\u2019ordre de la guérison qui est beau.La trame de Donna est très riche.» Et même si le récit est construit à par tir du réper toire entraînant d\u2019ABBA, de la pop disco ici « tapissée de chœurs », Mamma Mia ! est plus qu\u2019une enfilade de succès du quatuor suédois, assure Joëlle Lanc- tôt.« C\u2019est ce que je trouve intéressant dans les musicals : on pourrait enlever les chansons et ce serait quand même un bon show.» L\u2019histoire compor te une quête identi- taire, celle de Sophie, qui, à la veille de convoler sur une île grecque, cherche son père.Lequel des trois hommes qu\u2019a connus sa mère à l\u2019époque de sa conception est son géniteur ?La jeune femme les invite à la cérémonie\u2026 Certains ont qualifié ce musical, L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e S c è n e 8 | ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR Joëlle Lanctôt, prima Donna atypique Mamma Mia ! est plus qu\u2019une enfilade de succès d\u2019ABBA, assure la comédienne-chanteuse R | 9 C u l t u r e S c è n e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 T h é â t r e d e l a D a m e d e C o e u r PRÉ-VENTE JUSQU'AU 20 JUIN ! C\u2019est durant ses études au collège Saint-Paul, en participant à de gros spectacles de théâtre musical, que Joëlle Lanctôt a découvert cette discipline.Un type de production qui comporte un élément « très enchanteur » pour un artiste.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR dont le livret est signé par la Britannique Catherine Johnson, de féministe.« Ce qui est intéressant dans Mamma Mia !, ce sont ses personnages féminins extrêmement forts.Donna est une femme forte, c\u2019est elle qui fait les blagues.Elle a bâti son auberge et élevé sa fille toute seule.» Et comme ses deux meilleures amies, dans sa jeunesse, elle rejetait le « carcan » du mariage.« Donna ne comprend donc pas trop pourquoi sa fille désire embarquer dans ce schéma traditionnel.C\u2019est ce qui est intéressant aussi dans le récit : à part Sophie, ce sont toutes des célibataires.On voit qui sont ces femmes, avant d\u2019être \u201cla blonde de\u201d.Alors, c\u2019est super de prendre par t à une œuvre qui traite des femmes de cette façon-là.» Parcours C\u2019est durant ses études au collège Saint-Paul, en participant à de gros spectacles de théâtre musical, que Joëlle Lanctôt a découvert cette discipline.Un type de production qui comporte un élément « très enchanteur » pour un ar tiste.« Le micro- casque, la musique, le band : c\u2019est toujours un peu grandiose.» Et ça l\u2019emballe plus que n\u2019importe quelle autre forme.« Il y a quelque chose dans le théâtre musical, je ne sais pas quoi, qui me fascine.» Au dépar t, la jeune Joëlle visait pour tant une formation théâtrale classique.« Dans ma tête \u2014 aussi parce qu\u2019il n\u2019y avait pas beaucoup de comédies musicales \u2014, ce métier n\u2019existait pas.Et à l\u2019époque, j\u2019étais moins habile pour comprendre quelles étaient mes forces et mes faiblesses.J\u2019ai toujours eu un sentiment d\u2019imposteur par rapport au théâtre.Donc j\u2019essayais d\u2019entrer dans les écoles de théâtre, et je me sabotais.» Un sentiment qui venait de l\u2019impression qu\u2019elle devait être bonne dans tout.«Comme s\u2019il fallait pouvoir être à l\u2019aise autant dans un Michel Tremblay, en Phèdre, comme dans une publicité, un match d\u2019impro ou la gestion de sa compagnie émer- gente\u2026 Et j\u2019étais très anxieuse.Je ne voyais pas où était ma place, là ; où moi j\u2019étais bien.» Aujourd\u2019hui, elle juge normal de ne pas exceller dans toutes les facettes du métier.Même après ses études en théâtre musical à l\u2019option théâtre du collège Lionel-Groulx, elle avait cogné à nouveau, vainement, aux por tes du Conser vatoire et de l\u2019École nationale.Ce fut un long processus, pour celle qui se considère comme une « comédienne-chanteuse », d\u2019admettre finalement que son chemin serait dif férent.« On verra pour la suite, mais c\u2019est sûr qu\u2019en ce moment, c\u2019est vraiment dans ce genre de projet où je me sens [à ma place].» Docteur Lanctôt Les débouchés sont désor mais plus nombreux dans ce domaine au Québec, « depuis que Juste pour rire tient des auditions ouvertes ».Reste que l\u2019actrice, qu\u2019on a vue notamment dans 2018 Revue et corrigée, au théâtre du Rideau vert, ne peut pas s\u2019en tenir juste à la comédie musicale.Et même le gigasuccès de Mary Poppins n\u2019a pas rassuré Joël le Lanctôt.« Chaque fois qu\u2019on se fait choisir [pour un spectacle], c\u2019est une énorme tape dans le dos, une confirmation qu\u2019on fait partie de la gang.Mais après, lorsqu\u2019un projet se termine, on se demande toujours : est-ce la dernière fois que je suis sur scène ?On ne le sait jamais.» Afin d\u2019« être saine d\u2019esprit dans ce milieu », elle dispose donc d\u2019une autre corde à son arc : la poursuite d \u2019un doctora t en psychologie .Lorsqu\u2019elle a amorcé ses études, à la mi-vingtaine, l\u2019interprète réussissait à gagner sa vie en donnant des spectacles pour enfants à La Ronde ou comme maquilleuse.« Mais je me suis dit : est-ce qu\u2019à 40 ans, ça va me tenter encore de faire ce genre de contrats ?Je n\u2019[entretiens] pas de positivisme naïf envers ce milieu.» Au lieu d\u2019attendre les of fres, elle avait envie d\u2019un projet qui pourrait la définir et la valoriser, où son potentiel d\u2019être humain serait mis à profit.Et « ça a été vraiment libérateur pour moi d\u2019aller m\u2019asseoir dans une classe, d\u2019utiliser une autre partie de mon cerveau.De sentir que j\u2019avançais ».C\u2019est peut-être «un peu naïf », mais celle qui s\u2019intéresse aux troubles anxieux et dépressifs chez les presque adultes aimerait idéalement pouvoir mener de front performance et consultation clinique.Deux pratiques qui ont en commun la « compréhension de l\u2019autre ».Disons qu\u2019on n\u2019est pas trop inquiets pour son avenir\u2026 Ce qui est intéressant dans Mamma Mia !, ce sont ses personnages féminins extrêmement forts.Donna est une femme forte, c\u2019est elle qui fait les blagues.Elle a bâti son auberge et élevé sa fille toute seule.JOËLLE LANCTÔT » Mamma Mia ! Musique et paroles : Benny Andersson et Björn Ulvaeus.Livret : Catherine Johnson.Mise en scène et adaptation : Serge Postigo.Au théâtre Saint-Denis 1, jusqu\u2019au 18 juillet, et à la salle Albert-Rousseau de Québec, dès le 14 août. epuis plus d\u2019un an, L\u2019extraordinaire voyage du fakir, dernière of frande cinématographique du réalisateur québécois Ken Scott, voyage sur les écrans du monde.Paru en France en mai 2018, puis un peu par tout en l\u2019Europe, il s\u2019apprête vendredi à prendre d\u2019assaut les salles du Québec, des États-Unis et de l\u2019Inde, où il est attendu avec impatience.Ce conte extravagant, tiré d\u2019un populaire roman de Romain Puértolas, raconte l\u2019incroyable périple d\u2019Aja, un petit escroc né dans un quartier défavorisé de Mumbai.À la mort de sa mère, il entame un voyage vers Paris à la recherche d\u2019un père inconnu.Dès le premier jour, il tombe amoureux d\u2019une jeune Américaine croisée dans un magasin de meubles suédois.Ses p lans de séduct ion sont contrecarrés lorsque l\u2019armoire dans laquelle il espérait passer la nuit est chargée dans un camion en partance pour le Royaume-Uni, où se cache un groupe de migrants somaliens.Découvert par les autorités, Aja se voit retirer ses papiers et entame alors une folle odyssée qui le mènera de Barcelone à Rome, en passant par la Libye.Cet attachant héros est interprété L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 1 0 | ENTREVUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Ken Scott, le pouvoir rassembleur de l\u2019extraordinaire Le réalisateur québécois se sert de la comédie pour alimenter la réflexion sur la crise migratoire D C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Le Festival commence dans moins de 2 semaines ! 6 juillet CHVRCHES 28 juin Blue Rodeo Première partie : Elisapie 2 et 3 juillet alt-J Première partie : Drama 28 juin Steel Pulse Première partie : Jah Cutta 6 montrealjazzfest.com LE FESTIVAL À LA MAISON SYMPHONIQUE Maison symphonique \u2022 19 h LES RYTHMES MTELUS \u2022 20 h 30 LES GRANDS CONCERTS Théâtre Maisonneve, PdA \u2022 20 h ÉVÉNEMENTS SPÉCIAUX TD Salle Wilfrid-Pelletier, PdA \u2022 19 h 30 5 juillet Bahamas Première partie : Emilie Kahn 26 juin Richard Galliano duo avec Ron Carter avec Richard Galliano et le Quatuor Molinari Programme double Hommage à Michel Legrand Concert d\u2019ouverture 28 juin Chucho Valdés Jazz Batá Première partie : Edmar Castaneda trio 30 juin Ravi Coltrane Quartet Antonio Sanchez & Migration Programme double Ken Scott a tenu à tirer parti des richesses humaines et artistiques que laissait présager un tel amalgame de cultures sur son plateau de tournage et a opté pour une cinématographie valorisant leurs particularités avec authenticité.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR par Dhanush, un acteur indien au charisme indéniable qui s\u2019avère être une célébrité dans son pays d\u2019origine.«La présence et le charme de Dhanush transcendent toutes les cultures, indique Ken Scott, rencontré à Montréal quelques jours avant l\u2019entrée du film en salles.Il fallait que les gens puissent s\u2019identifier à lui, qu\u2019ils aient envie de le suivre dans ses aventures pour le moins singulières.» Sur le sous-continent, la bande-an- nonce du long métrage avait déjà été vue plus de 1,5 million de fois moins de 24 heures après sa mise en ligne.« C\u2019est un privilège de pouvoir réaliser un film qui, sans être produit par un gros studio américain, sera présenté et suscite l\u2019engouement partout à travers le monde.» Ce souci d\u2019universalité est au cœur de la démarche créative du réalisateur du film à succès Starbuck (2011) ; une leçon apprise grâce à l \u2019enthousiasme suscité par La grande séduction (2003), dont il a rédigé le scénario.« Lorsqu\u2019on a présenté le film au Festival de Cannes, les Sud-Coréens ont été les premiers à manifester leur intérêt pour l\u2019acheter.Cette histoire de pêcheurs menacés par l\u2019embourgeoisement et l\u2019exode rural les touchait profondément, parce qu\u2019elle reflétait leur expérience.Depuis ce temps, je pense que pour produire des histoires qui peuvent voyager, il faut avant tout raconter des réalités universelles à travers des cas très spécifiques.» Réfléchir par le sourire En plus d\u2019évoquer des thèmes plus traditionnels tels que la quête identi- taire, la recherche du bonheur et les premières amours, L\u2019extraordinaire voyage du fakir réfléchit avec légèreté et empathie à l\u2019immigration clandestine et aux préjugés qui y sont attachés.« J\u2019espère que l\u2019histoire touchera suffisamment les gens pour leur donner envie de poursuivre la discussion et la réflexion.Cela dit, c\u2019est une comédie, et non un film politique.On ne dit pas aux gens ce qu\u2019ils doivent penser.Mon objectif était de donner un visage aux migrants et de montrer qu\u2019ils sont tout simplement une autre version de nous-mêmes.» Ken Scott a par ailleurs tenu à tirer parti des richesses humaines et artistiques que laissait présager un tel amalgame de cultures et a opté pour une cinématographie valorisant leurs par ticularités avec authenticité.« Je souhaitais que le personnage d\u2019Aja soit en interaction avec toutes ces cultures.Tout en gardant un ton uniforme, j\u2019ai fait en sorte que chaque segment soit marqué par des couleurs et des clins d\u2019œil uniques.» Ainsi, les passages qui se déroulent en Inde sont rehaussés par des teintes chaudes et vibrantes de jaune, de rouge et de bleu.Les hommages à Bollywood y sont multiples, notamment grâce à l\u2019ajout d\u2019une chorégraphie chantée candide et exaltée.En Angleterre, les nuances sont plus éteintes et l\u2019humour change de registre, en ligne avec l\u2019héritage des Monty Python.Dans un segment tourné en Belgique, mais se déroulant dans un camp de réfugiés libyen, l\u2019équipe a eu recours à de véritables nouveaux arrivants.« Pour la plupart, il s\u2019agissait de leur premier emploi, de leur premier travail [en sol européen].Ils étaient très heureux de participer à la mise en scène de leur parcours.On a vécu des moments vraiment émouvants», précise le cinéaste.Promis à un franc succès, ce film risque for t d\u2019ouvrir davantage les por tes du marché international à Ken Scott.Alors qu\u2019il travaille présentement à l\u2019écriture de deux scénarios, il espère bientôt présenter un nouveau film en français au public québécois.« Ça fait neuf ans que je n\u2019ai pas tourné au Québec.Pourtant, je vis ici et je suis inspiré par les histoires d\u2019ici.Mais ce qui m\u2019importe surtout, c\u2019est d\u2019aller là où j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir des choses à dire et de pouvoir avoir un impact sur un projet.» L\u2019extraordinaire voyage du fakir (V.F.de The Extraordinary Journey of the Fakir) Comédie de Ken Scott.Avec Dhanush, Bérénice Bejo, Erin Moriarty.France\u2013 Belgique\u2013Inde, 2018, 92 minutes. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 1 2 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Une question légère, en guise de préambule : la vie ne consiste-t-elle pas, au fond, en une suite d\u2019étapes charnières, avec dans l\u2019intervalle diverses expériences préparant à affronter ou à accueillir celles-ci ?On songe à cela \u2014 à l\u2019existence et à sa teneur \u2014 en regardant le beau film Les sept dernières paroles.Œuvre collective dirigée par Kaveh Nabatian, cet essai cinématographique est une mise en image très libre des ultimes propos qu\u2019aurait tenus le Christ depuis sa croix.Or, pour toute « parole » justement, les cinéastes devaient s\u2019en tenir à l\u2019opus 51, ou Les sept dernières paroles de Notre Sauveur en croix, que Joseph Haydn composa en 1786.Pari gagné ?Et comment ! Même s\u2019il est techniquement constitué de sept courts métrages réalisés, dans l\u2019ordre, par Ariane Lor rain, Sophie Goyette, Juan Andrés Arango, Sophie De- raspe, Karl Lemieux, Kaveh Naba- tian et Caroline Monnet, jamais n\u2019a- t-on l\u2019impression de regarder un film à sketchs.Tant le thème imposé que la musique (interprétée par le Callino Quartet de Londres) assurent une unité.Outre son segment, Nabatian a tourné à Haïti un prologue et un épilogue qui aident aussi à la cohésion.Lesquels montrent une femme âgée prendre un avion piloté par un homme maquillé comme un squelette : elle monte au ciel, en somme, conduite par la Mort en personne.C\u2019est magnifiquement imaginé et exécuté.Et c\u2019est l\u2019occasion pour le réalisateur de camper le ton, spirituel au sens large, et l\u2019atmosphère, poétique.Tout ce qui est compris entre cela relève de l\u2019un et l\u2019autre qualificatifs.Pour autant, chaque cinéaste of fre au sein de cet écrin une vision artistique individuelle, une sensibilité propre.Dérouté, ravi, ému Dans Le pardon , ou « Père, par- donne-leur, car ils ne savent ce qu\u2019ils font », Ariane Lorrain joue avec les codes de la réalité et de la fiction en présentant le mar tyre de l\u2019imam Hussein, sorte de Passion persane mise en scène chaque année par une troupe de théâtre.Déroutant, dans le bon sens.Vient ensuite Le salut, ou « En vérité, je te le dis : aujourd\u2019hui tu seras avec moi au paradis », signé Sophie Goyette.Une vieille dame, filmée avec un amour et une délicatesse infinis, se remémore sa vie en une suite de flashs impressionnistes renvoyant à une nature tactile et enveloppante.Son paradis ?Avec La relation , ou « Femme, voilà ton fils ! Voilà ta mère ! », Juan Andrés Arango trace les parcours parallèles de deux pêcheurs en haute mer : le premier est en Colombie et le second, sur la Côte-Nord.Tandis qu\u2019une mère attend, la mer donne, la mer prend.D\u2019une émouvante simplicité.Sophie Deraspe (dont on a très hâte de découvrir l\u2019adaptation d\u2019Antigone) procède à la relecture la plus radicale, et c\u2019est une ver tu, avec L\u2019abandon, ou «Mon dieu, mon dieu, pourquoi m\u2019as-tu abandonné ?».Un enchaînement de gros plans de visages tour à tour jouissants, naissants, frémissants de vie, souffrants, mourants\u2026 Éternel recommencement.Brillant.On doit à Karl Lemieux l\u2019apport le plus ouvertement expérimental, et fascinant, qu\u2019est La détresse, ou « J\u2019ai soif ».Coule le sang tandis que la chair se délite en matière intangible, entre autres fulgurances hallucinées.Sous l\u2019œil borgne de la lune, dans une forêt mystérieuse, un gamin est en butte aux rituels étranges des adultes : Le triomphe, ou « Tout est accompli », de Kaveh Nabatian, conte avec force évocation le récit initiatique qu\u2019est l\u2019enfance, de la dépendance à l\u2019af franchissement, en passant par la peur et la curiosité.Pour La réunion, ou « Père ! Entre tes mains je remets mon esprit », Caroline Monnet s\u2019est inspirée de croyances anichinabées, avec un retour à l\u2019eau comme transition entre le monde physique et celui de l\u2019au-delà.Un ravissement formel.Un exploit À cet égard, que l\u2019on recourt à la couleur ou au noir et blanc, la facture demeure toujours superbe.Chapeau, donc, aux directions photo d\u2019Ariane Lorrain, Léna Mill-Reuillard, Nicolas Canniccioni, Sophie Deraspe, Mathieu Laverdière, Duraid Munajim et Éric Cinq-Mars.Au montage, et considérant que, à chaque proposition sa respiration, Marc Boucrot a quant à lui su lier le tout avec grâce.Évidemment, et c\u2019est le lot des films collectifs, certaines contributions s\u2019avèrent plus marquantes que d\u2019autres.C\u2019est inéluctable, c\u2019est ainsi : il est des regards, des visions qui transcendent ce qui est venu avant et ce qui vient après.Ceci dit, et c\u2019est en soi un exploit, il n\u2019est ici point de véritable maillon faible.Quand même, l\u2019ouver ture conçue par Kaveh Nabatian est inoubliable, à titre d\u2019exemple.Et il y a la musique de Haydn, à l\u2019épreuve du temps\u2026 Les sept dernières paroles ?Film d\u2019essai de Kaveh Nabatian, Ariane Lorrain, Sophie Goyette, Juan Andrés Arango, Sophie Deraspe, Karl Lemieux, Caroline Monnet.Québec, 2019, 73 minutes.La musique des images Un film collectif inspiré par les propos ultimes du Christ et par l\u2019opus que Haydn leur a consacrés Même si Les sept dernières paroles est techniquement constitué de sept courts métrages réalisés par Ariane Lorrain, Sophie Goyette, Juan Andrés Arango, Sophie Deraspe, Karl Lemieux, Kaveh Nabatian et Caroline Monnet, jamais on n\u2019a l\u2019impression de regarder un film à sketchs.MICROCLIMAT FILMS CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Dans un hameau où tout le monde se connaît, un phénomène étrange met depuis peu à mal la quiétude ambiante.En effet, à nouveau animés, et mus par un appétit pour la chair fraîche, les morts ont quitté le cimetière et migré vers le centre-ville.Secoués, mais affichant un calme étonnant, le shérif et ses adjoints deviennent en quelque sorte les témoins d\u2019une fin du monde à échelle réduite.Dévoilé en compétition à Cannes, Les morts ne meurent pas voit Jim Jarmusch rendre un hommage à sa manière, c\u2019est-à-dire décalée, à George A.Romero et à Ed Wood.Entouré d\u2019une distribution incroyable, le cinéaste a eu, on le présume, beaucoup de plaisir.L\u2019ennui est que devant le résultat, le spectateur n\u2019en a, lui, que par intermittence.Regarder Les morts ne meurent pas (The Dead Don\u2019t Die), c\u2019est un peu comme arriver à une fête avec plusieurs heures de retard, alors que tous les convives sont déjà éméchés et complices de blagues auxquelles on n\u2019a pas assisté.Mais c\u2019est Jim Jarmusch, qu\u2019on adore, alors on tâche de cerner le ton et l\u2019ambiance qu\u2019il cherche à établir.De telle sorte qu\u2019on rit à maintes reprises, car il est des passages d\u2019une splendide insanité.Il en est d\u2019autres, hélas, où on a plutôt l\u2019impression d\u2019assister à du gros n\u2019importe quoi.Un exemple survient lorsque le shérif qu\u2019incarne Bill Murray demande à son adjoint campé par Adam Driver: «On improvise, là?» À cet instant précis, on voudrait poser la même question au cinéaste.Pour le compte, on ne saurait dire s\u2019il s\u2019agit d\u2019un moment de décrochage que Jarmusch a choisi de garder, ou s\u2019il s\u2019agit d\u2019une continuation du jeu de bris de quatrième mur narratif auquel se livrent, par deux autres fois sauf erreur, les personnages de Murray et de Driver (ce dernier va jusqu\u2019à confier avoir lu en entier le scénario).Le procédé est amusant, mais sa faible récurrence laisse perplexe: pas assez pour devenir un motif, mais trop pour ne pas qu\u2019on se questionne sur sa pertinence.Les clins d\u2019œil «méta» sont légion, de l\u2019allusion à la présence de Driver au générique des suites de Star Wars au nom du réalisateur culte Samuel Fuller gravé sur une tombe.Un pastiche d\u2019abord Pour faire bonne mesure, Jarmusch glisse un commentaire social sur la surconsommation, avec des zombies obsédés par les activités (achats) et lubies (café, téléphone) desquelles ils étaient esclaves de leur vivant.Ce concept est un legs de L\u2019aube des morts-vivants (Dawn of the Dead) de Romero.Jarmusch annonce du reste d\u2019of fice ses couleurs avec une séquence d\u2019ouverture évoquant celle de La nuit des morts-vivants (Night of the Living Dead).Et il y a ce gore, très « référencé ».Quant à Ed Wood, pour mémoire le pire réalisateur de tous les temps (et le sujet d\u2019un des meilleurs films de Tim Burton), Jarmusch convoque par certaines figures, et par un parti pris psychotronique, son notoire Plan 9 from Outer Space.Bien que l\u2019action se déroule dans le présent, Centerville paraît figé dans les années 1950, avec son diner et son centre pour jeunes délinquants (une sous-intrigue laissée en suspens)\u2026 À ce propos, Les morts ne meurent pas est d\u2019abord un pastiche.Cela se révèle une qualité et un défaut.Même à son plus inspiré, le film n\u2019approche jamais la poésie macabre de la fable vampirique Les derniers amants (Only Lovers Left Alive), précédente incursion de l\u2019auteur dans le fantastique avec encore Tilda Swin- ton, qui dans Les morts ne meurent pas donne tout son sens au terme «croque-mort».Hormis Swinton justement, Driver, à qui Jarmusch avait confié la vedette de Paterson, se distingue.Idem pour Steve Buscemi, en fermier raciste, et Larr y Fassenden (connu des fans d\u2019horreur de série B), en gérant de motel.Puis il y a Tom Waits, en ermite qui narre, voire explique action et enjeux depuis sa forêt : Jarmusch est d\u2019habitude plus subtil.Les autres comédiens, dont la talentueuse Chloë Sevigny, héritent de par titions vagues ou sous-écrites.Ceci expliquant cela, le film faillit dans ses velléités chorales.Silences complaisants Au rayon de l\u2019interprétation d\u2019ailleurs, l\u2019exercice commandait un niveau de jeu par ticulier (presque faux mais conscient de l\u2019être) que Jarmusch n\u2019a pas su tirer de tous.On observe également un recours abusif à ces silences stylisés, du type « ceci est un malaise » ou « ceci est absurde ».On exagère à peine : il y a quasiment là une demi-heure de temps morts, pardonnez le jeu de mots.À terme, le film plaira surtout aux cinéphiles inconditionnels de Jim Jarmusch, ou n\u2019ayant pas vu les œu- vres qui l\u2019ont influencé.Les autres passeront un meilleur moment à revoir ces films-là, Cannes ou pas.| 1 3 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Bill Murray contre les zombies Le Jarmusch nouveau rend hommage à George A.Romero et à Ed Wood pour un résultat mitigé À terme, le film plaira surtout aux cinéphiles inconditionnels de Jim Jarmusch, ou n\u2019ayant pas vu les œuvres qui l\u2019ont influencé.UNIVERSAL PICTURES Les morts ne meurent pas (V.F.de The Dead Don\u2019t Die) ?1/2 Pastiche de Jim Jarmusch.Avec Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Caleb Landry Jones, Danny Glover, Tom Waits.États-Unis, 2019, 103 minutes. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 14 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Seule animatrice d\u2019un talk-show de fin de soirée au long cours, Katherine Newbury fait partie du paysage télévisuel américain depuis des années.Or, à force de confort, une certaine indif férence s\u2019est immiscée, et ce n\u2019est qu\u2019à l\u2019annonce de son remplacement prochain que Katherine réalise combien elle tient à son émission.Taxée, entre autres, de « femme qui n\u2019aime pas les femmes», elle embauche dans son équipe de scribes mâles et blasés la pimpante Molly Patel, qui vénère Katherine même si celle-ci a la dent très dure.Avec son héritage indien, Molly permet à Katherine, de son propre aveu, de faire d\u2019une pierre deux coups rayon diversité.Oui, elle a atteint ce niveau de cynisme.Molly saura-t-elle percer la carapace de Katherine?La comédie Fin de soirée (Late Night) étant ce qu\u2019elle est, la réponse n\u2019est pas bien bien difficile à deviner.Surtout si on a vu Le Diable s\u2019habille en Prada (The Devil Wears Prada), qui a de toute évidence servi de modèle à la scénariste et covedette Mindy Kaling.De fait, ce film-ci transpose plusieurs situations et «beats» de ce film-là.À l\u2019instar de Miranda Priestly exigeant l\u2019impossible de son personnel et d\u2019elle-même, Katherine Newbury n\u2019accepte d\u2019autrui rien de moins que l\u2019excellence, car c\u2019est à cela qu\u2019elle s\u2019astreint elle aussi.Comme Meryl Streep avant elle, Emma Thompson confère à son personnage un supplément d\u2019âme et un surcroît d\u2019authenticité allant largement au-delà de ce qui se trouve sur la page.L\u2019intelligence et la conviction qui animent le regard de la brillante, b r i l l a n t e v e d e t t e d e Re t our à Howar d s End (Howards End) et Les vestiges du jour (Remains of the Day) ne se trichent pas.De bonnes intentions À l\u2019inverse, Mindy Kaling, qui campe Molly, of fre une performance plus unidimensionnelle.Entre espoirs et déconvenues, elle s\u2019émerveille, elle pleure, et c\u2019est à peu près tout.Créatrice de The Mindy Project , Kaling fut découverte dans la série satirique The Office, où elle a révélé avoir été embauchée par l\u2019entremise d\u2019un programme de diversité : une expérience professionnelle qui l\u2019a inspirée pour ce film-ci.S a n s s u r p r i s e , l a m a n i è r e franche qu\u2019elle a d\u2019aborder cette stigmatisation inconnue de la majorité constitue l\u2019un des aspects les plus intéressants de Fin de soirée.Cela, et une sensibilité ouvertement intersectionnelle.Toute l\u2019équipe de rédaction de l\u2019émission de Katherine étant composée d\u2019hommes blancs, le scénario s\u2019amuse avec la notion de privilège blanc, de chasse gardée masculine et de camaraderie toxique \u2014 sans mettre tous ces messieurs dans le même panier.Idem lors de ces segments tournés dans la rue avec Katherine, où le film et sa scénariste se moquent gentiment de l\u2019intensité des guerriers de la justice sociale, ou social justice warriors.Pour toutes ses bonnes intentions hélas, Kaling reste en surface (part icul ièrement avec le thème de l\u2019âgisme mâtiné de misogynie dont Katherine fait les frais).Dommage.Et il faut le dire, les tentatives pour générer de l\u2019émotion apparaissent par fois appuyées.Quoique sur ce point, c\u2019est sans doute sur la musique insistante que l\u2019on peut rejeter la responsabilité.Brio de Thompson Des passages touchants af fleurent toutefois.Intimistes, feutrés, ils témoignent de la polyvalence de la réalisatrice Nisha Ganatra (Cake), qui sait mettre en veilleuse le bruit visuel du bureau et des coulisses de la télé au profit d\u2019une sobriété laissant toute la place à Emma Thompson et, en l\u2019occurrence, à John Lithgow, qui joue son conjoint et confident.À cet égard, s\u2019il est un enjeu que le film met habilement en relief, c\u2019est l\u2019isolement que peut ressentir une femme une fois qu\u2019elle a franchi, seule justement, le proverbial plafond de verre.Katherine l\u2019énonce clairement : elle n\u2019a pas d\u2019ami.e.s.L\u2019espace, fugitif, d\u2019un regard introspectif et d\u2019un silence surpris, ce constat se meut en un aveu.D\u2019ailleurs, cette réplique toute simple, lancée en passant, exemplifie à merveille comment Emma Thompson est de ces actrices pour qui il n\u2019est pas de «petit » moment.Prodigieusement douée, Thompson a cette capacité de ciseler des instants mémorables à par tir de n\u2019importe quelle matière, de la très bonne comme de la très ordinaire.Où se situe Fin de soirée ?Le film est dans l\u2019ensemble assez charmant, mais aurait pu, aurait dû, être davantage que cela.Lorsque l\u2019essentiel de l\u2019intrigue tourne autour de la rédaction de bons gags et la conception de monologues censés être désopilants et per tinents, il est pour le moins problématique que l\u2019on ne rie qu\u2019une fois sur deux.Au bout du compte, et au risque de se répéter, Emma Thompson donne son zeste et son mordant à une comédie qui manque un peu des deux.Fin de soirée (V.F.de Late Night) ?1/2 Comédie dramatique de Nisha Ganatra.Avec Emma Thompson, Mindy Kaling, John Lithgow, Hugh Dancy, Reid Scott, Denis O\u2019Hare, Hugh Dancy, Amy Ryan.États-Unis, 2019, 102 minutes.Pour Emma Thompson La brillante actrice donne zeste et mordant à une comédie qui manque un peu des deux Comme Meryl Streep avant elle, Emma Thompson confère à son personnage un supplément d\u2019âme et un surcroît d\u2019authenticité allant largement au-delà de ce qui se trouve sur la page.LES FILMS SÉVILLE | 1 5 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR La vérité est la suivante : les extraterrestres, et pas que de l\u2019espèce des reptiliens, vivent déguisés parmi les humains depuis des décennies.Une agence secrète, si secrète que même les autres agences secrètes ne sont pas dans le secret, veille à réguler leur présence sur terre.Évidemment, il arrive qu\u2019un être venu d\u2019ailleurs s\u2019amène clandestinement, avec des intentions funestes dans le pire des cas.Il revient alors aux agents surnommés « hommes en noir » d\u2019éjecter, voire de neutraliser, ces indésirables.Après chaque opération, les témoins voient leur mémoire effacée.Enfant, Molly échappa à cette étape après une rencontre du troisième type.Devenue une jeune femme déterminée, elle parvient un jour à localiser l\u2019élusive agence\u2026 On connaît la prémisse de base qui régit l\u2019univers de la série Hommes en noir (Men in Black) créée en 1997, et inspirée par les comics de Lowell Cunningham.Hommes en noir : international en est le quatrième volet, et fatigue narrative, il y a.À titre récapitulatif, Hommes en noir, premier opus, demeure assez mémorable avec son dosage habile d\u2019humour, de fantaisie et de satire conspirationniste, avec en prime une petite touche sentimentale du meilleur effet.Fruit d\u2019une production à problèmes, la suite parue en 2002 est en revanche oubliable.Tellement qu\u2019il fallut dix ans pour que le studio rempile avec Hommes en noir 3, film étonnamment chouette qui, avec ses astucieuses circonvolutions temporelles, réussit presque à convoquer la magie de l\u2019original.Qu\u2019en est-il d\u2019Hommes en noir : international ?Il est, hélas, à ranger aux côtés du deuxième film.Grosses invraisemblances D\u2019office, on appréhende l\u2019enchaînement laborieux à venir alors que se succèdent pas moins de deux prologues piètrement emboîtés : l\u2019un est campé en 2016 avec les agents H (Chris Hemsworth) et T (Liam Nee- son), l\u2019autre 20 ans plus tôt avec une Molly gamine.L\u2019action proprement dite se met finalement en branle au présent alors que Molly (Tessa Thompson) est envoyée de New York à Londres pour une première miss ion d \u2019autant p lus dé l ica te qu\u2019elle concerne la possible existence d\u2019une taupe au sein de la filiale anglaise.Ceci, juste après avoir été admise en tant qu\u2019agent M avec une facilité déroutante.Le fait qu\u2019on la colle, elle, une néophyte, sur une telle af faire, est encore plus déconcertant, pour peu qu\u2019on y songe un instant.Emma Thompson, qui joue avec un pince-sans-rire appréciable la patronne de la division américaine, parvient presque à faire oublier la foncière invraisemblance des décisions de son personnage.On sourit, en outre, lors de cet échange où Mol ly sourc i l le à l \u2019 appel la t ion « hommes » en noir : « Je sais, mais croyez-moi, j\u2019ai déjà eu cette discussion.C\u2019est un\u2026 processus\u2026 lent », de concéder sa supérieure.On devine qu\u2019est sincère ce roulement d\u2019yeux qu\u2019a Emma Thompson en disant cela.Dommage qu\u2019elle n\u2019ait que trois scènes.Car les vedettes sont Tessa Thompson et Chris Hemsworth, déjà partenaires dans Thor : Ragnarok puis le dernier Avengers.Or, bizarrement, leur chimie n\u2019est ici qu\u2019intermittente.À leur décharge, ils composent avec des personnages mal écrits, lui tombeur immature on ne peut plus générique, et elle passant de jeune femme intrépide et bril lante à écolière amoureuse perdant ses moyens, à as du combat.Assemblage disparate Au rayon de l\u2019histoire, le film consiste en une course-poursuite au rythme cahin-caha.On flaire la production conçue en comité, avec tout un chacun insistant pour qu\u2019on garde son idée.Il en résulte un assemblage disparate par fois drôle, souvent ennuyant, avec pour tout liant ce qui est devenu le concept usuel de la série : une puissante entité extraterrestre cherche à mettre la main, la patte ou le tentacule, sur un dispositif, interchangeable selon le film, capable d\u2019annihiler planètes, galaxies, alouette.Prévisible à chaque détour en dépit d\u2019un abus éhonté de deus ex machina, l\u2019intrigue se termine où elle a commencé.L\u2019ennui étant qu\u2019à ce stade ultime, on n\u2019a pas bouclé la boucle, mais tourné en rond.Que de temps perdu.Où sont ces fameux agents armés de leur effaceur de mémoire lorsqu\u2019on a vraiment besoin d\u2019eux?Hommes en noir : international (V.O.et V.F.) ?Comédie de science-fiction de F.Gary Gray.Avec Tessa Thompson, Chris Hemsworth, Liam Neeson, Rebecca Ferguson, Emma Thompson.États-Unis, 2019, 115 minutes.Tourner en rond Le quatrième volet de la série Men in Black déploie le concept usuel dans un récit prévisible et dispersé Les vedettes ici sont Tessa Thompson et Chris Hemsworth, déjà partenaires dans Thor : Ragnarok puis Avengers.Or, bizarrement, leur chimie n\u2019est ici qu\u2019intermittente.À leur décharge, ils composent avec des personnages mal écrits.SONY PICTURES L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 1 6 | Les nouveautés sont en rose The Tomorrow Man (V.O.) ?Dans une petite ville paisible, un retraité paré de longue date pour la fin du monde est le premier surpris lorsqu\u2019il s\u2019éprend d\u2019une femme qu\u2019il soupçonne \u2014 à tort \u2014 d\u2019être comme lui adepte des théories du complot.All Is True ?Le Laurence Olivier de notre époque, Kenneth Branagh, porte depuis longtemps un amour immodéré à l\u2019œuvre de William Shakespeare, à la fois comme acteur, comme metteur en scène et comme réalisateur.Il s\u2019attaque maintenant à sa vie, l\u2019incarnant quelques années avant sa mort, de retour auprès de sa famille à Stratford-upon-Avon après un long tumulte créatif à Londres.Véritable cérémonie des adieux, avec l\u2019austérité que cela comporte, All Is True présente un homme ayant fouillé l\u2019âme humaine, mais peu au fait des graves tourments de son propre clan.Il tentera d\u2019apprivoiser ces découvertes en élaborant un jardin visiblement destiné à faire fleurir en lui la paix.Entouré d\u2019acteurs d\u2019une grande noblesse, dont les impériaux Judi Dench et Ian McKellen, Bra- nagh nous offre une démonstration trop souvent académique, soignée aux entournures, mais en quête d\u2019un minimum de bruit et de fureur.André Lavoie X-Men.Phénix noir (V.F.de Dark Phoenix) ?La principale mutation du dernier X- Men, c\u2019est l\u2019éjection de Bryan Singer aux commandes de cette série quasiment inusable.Simon Kinberg, nouveau venu avec une longue feuille de route comme producteur, a pris les commandes, et respecté le cahier des charges: de nouveaux visages, mais pas trop; des péripéties à la pelle, mais aussi quelques dilemmes moraux.Tout cela baigne dans une ambiance de fin du monde, avec la présence d\u2019une héroïne survitaminée à l\u2019énergie solaire (Sophie Turner, guère irradiante) affrontant une extraterrestre s\u2019appropriant les traits magnifiques de Jessica Chastain, ici glaciale comme une gestionnaire de multinationale.Pour le reste, Montréal sert une fois de plus de décor commode (New York et Paris), et les figures familières ont répondu à l\u2019appel, même Jennifer Lawrence en Mys- La femme de mon frère ?Pessimiste quant à ses perspectives d\u2019avenir, Sophia, doctorat en poche, squatte l\u2019appartement de son frère Ka- rim, avec qui elle partage une complicité de toujours.Mais lorsqu\u2019il s\u2019éprend d\u2019Éloïse, c\u2019est la panique.Ce film «dramatico-désopilant» expertement écrit et réalisé est à ranger dans la catégorie des irrésistibles.C\u2019est là un portrait de femme à maints égards atypique que brosse Monia Chokri.Vive, nuancée, et complètement désarmante, Anne-Élisabeth Bossé compose une héroïne qui, sous couvert de désinvolture et de bel esprit, cache un The Souvenir (V.O.) ?1/2 Primé à Sundance, ce film autobiographique de Joanna Hogg s\u2019attarde au destin de Julie, qui vit un double éveil : sentimental et professionnel.Étudiante en cinéma, elle s\u2019éprend d\u2019un jeune cadre érudit et ténébreux dont elle est la seule à ne pas déceler les tendances autodestructrices.The Souvenir évolue à rythme non pas lent, mais mesuré, en adéquation parfaite avec le cheminement psychologique de l\u2019héroïne.Tandis qu\u2019à l\u2019université, l\u2019émerveillement de Julie croît vis-à-vis du 7e art, sur le front amoureux, la nature délétère de sa relation est un lent désenchantement.Des vents contraires qui engendrent une tempête intérieure qui serait invisible à l\u2019œil, n\u2019eut été la maestria de la cinéaste pour en capter les moindres frémissements extérieurs.D\u2019une infinie délicatesse, d\u2019une absolue précision, sa mise en scène multiplie les couches de lectures.Un superbe (auto)portrait doublé d\u2019une fine étude du pouvoir transcendant du cinéma.François Lévesque Comme des bêtes 2 (V.F.de The Secret Life of Pets 2) ?Comme son prédécesseur, The Secret Life of Pets 2 s\u2019interroge avec un humour rafraîchissant sur ce que peuvent bien fabriquer nos animaux domestiques lorsque nous les laissons seuls à la maison.Porté par trois intrigues inégales formant un tout plutôt incohérent, le film demeure d\u2019une indéniable efficacité, notamment grâce à de remarquables animations et à de désopilants et ingénieux clins d\u2019œil aux comportements à la fois irrésistibles et exaspérants de ces petites bêtes.Amusant et adorable, à l\u2019image de ses héros.Anne-Frédérique Hébert-Dolbec Aladdin (V.O.et V.F.) ?Après Le livre de la jungle, La Belle et la Bête et autre Cendrillon, Disney continue d\u2019adapter son catalogue animé en prise de vue réelle en reprenant cette fois son succès de 1992.Aladdin, jeune pickpocket, s\u2019éprend de la princesse Jasmine, et elle de lui.Il est prisonnier de sa pauvreté, elle est oppressée par les traditions.Mais voilà qu\u2019Aladdin met la main sur une lampe magique où est enfermé (tiens!) un génie qui lui accorde trois souhaits\u2026 En coulisse guette Jafar, le vizir fourbe du sultan qui connaît d\u2019ores et déjà les pouvoirs de la lampe.Fort d\u2019un héros attachant, d\u2019une héroïne plus autodéterminée, d\u2019un méchant étoffé, d\u2019un génie déjanté et d\u2019effets spéciaux spectaculaires, Aladdin devrait plaire aux petits et grands friands de merveilleux.Cela, en dépit de longueurs et d\u2019un dernier acte qui s\u2019embourbe.François Lévesque Tout ce qu\u2019il me reste de la révolution ?Judith Davis a visiblement des comptes à régler, et beaucoup de choses à nous raconter.Comédienne issue d\u2019un collectif théâtral, elle transpose dans son premier film les principes créatifs de sa bande, et leurs préoccupations sociales.Même si on peut percevoir une certaine influence godardienne, il y a tout de même de l\u2019humour, de la tendresse familiale et de la romance dans la trajectoire de cette urbaniste au chômage qu\u2019elle incarne avec une énergie parfois excessive.Cette chronique de notre époque à plusieurs tonalités affiche de belles têtes peu connues et des acteurs d\u2019un autre temps (comme Mireille Perrier, celle qui traversait les premiers films de Leos Carax).Tous ces excès, comiques comme oratoires, ne sont pas toujours bien modulés, mais ce film demeure chargé de belles promesses.Cette troupe idéaliste dirait plutôt: des lendemains qui chantent! André Lavoie Le mystère Henri Pick ?Croyant qu\u2019un succès littéraire cache une mystification, un critique gagne la Bretagne afin d\u2019investiguer sur l\u2019auteur, un pizzaïolo décédé.La fille de ce dernier le rejoindra dans son enquête.Après l\u2019animosité, le flirte : la convention aurait pu agacer, n\u2019eût été la chimie comique que partagent Fabrice Luchini et Camille Cottin.Tiré d\u2019un roman de David Foenkinos, le film offre une satire aiguisée mais affectueuse du milieu littéraire.La réalisation de Rémi Be- zançon insuffle un mouvement élégant et fluide auquel un montage bien réglé imprime un rythme allègre.La musique ajoute au charme, épousant les sinuosités d\u2019un récit juste assez excentrique pour ne pas être tenu à trop de vraisemblance.Le film ne s\u2019en écrase pas moins au dernier acte, embourbé dans ses propres circonvolutions.L\u2019irrésistible devient affecté, l\u2019intérêt vacille\u2026 Restent quelques perles, comme ce pastiche «durassien» livré par Lu- chini, et qui à lui seul vaut une étoile.François Lévesque L\u2019Apollon de Gaza ?1/2 Sous ses airs de traque à la Scotland Yard, L\u2019Apollon de Gaza retrace la destinée improbable d\u2019une statue de bronze du dieu solaire des arts et de l\u2019amour devenue, à sa découverte, en 2013, un trésor national âprement disputé.À travers son histoire rocambolesque, Nicolas Wadimoff esquisse un portrait contrasté du rude quotidien des Gazaouis gangrené par le conflit israélo-palestinien et la pauvreté endémique.S\u2019ajoute, en creux, une réflexion sur la valeur même de l\u2019Histoire, ce qu\u2019on en garde, ce qu\u2019on en préserve.De même que sur les sacrifices qui ouvrent cette voie difficile qu\u2019est l\u2019exercice de mémoire.Le tout se décline avec une belle audace formelle qui permet au documentaire de rompre avec l\u2019enfilade inévitable de têtes parlantes, prenant dès lors un ton plus engagé et, surtout, engageant.Louise-Maude Rioux Soucy Les sept dernières paroles ?Dirigé par Kaveh Nabatian, cet essai est une mise en images très libre des ultimes propos qu\u2019aurait tenus le Christ en croix.Or en guise de « parole », les cinéastes devaient s\u2019en tenir à l\u2019opus 51 de Haydn : Les sept dernières paroles de Notre Sauveur en croix.Même s\u2019il est techniquement constitué de sept courts métrages, tant le thème que la musique assurent une unité.D\u2019autant que Na- batian a tourné, outre son segment, un prologue et un épilogue puissants.En couleur ou en noir et blanc, la facture demeure toujours superbe.C\u2019est tour à tour émouvant, mystérieux, déroutant, hallucinant\u2026 Évidemment, et c\u2019est le propre des films collectifs, certaines contributions s\u2019avèrent plus marquantes.Cela dit, et c\u2019est en soi un accomplissement, il n\u2019est ici point de véritable maillon faible.Quand même, l\u2019ouverture en pleins cieux est inoubliable.Et il y a la musique de Haydn, à l\u2019épreuve du temps\u2026 François Lévesque tique.Après le couac Godzilla, l\u2019été des blockbusters a bel et bien démarré.André Lavoie abîme d\u2019angoisse.Souvent, on est ému alors qu\u2019on a encore mal aux côtes de s\u2019être esclaffé.La facture est extrêmement soignée sans être poseuse.Bémol: une propension à faire durer certaines scènes jusqu\u2019à en amoindrir l\u2019impact.Avec l\u2019aide de la directrice photo Josée Deshaies, la cinéaste ménage cela dit d\u2019authentiques instants de grâce visuelle.Du très drôle, du très beau, et du très bon.François Lévesque Elle n\u2019en cultive pas moins un étonnant jardin secret.À la fois étude de mœurs et histoire d\u2019amour tout en demi-teintes et en humour discret, The Tomorrow Man donne à voir une autre formidable composition de l\u2019acteur John Lithgow.Habituellement sollicité pour donner relief et panache à des partitions de soutien, il mord à belles dents dans ce rôle principal, un protagoniste qu\u2019il a l\u2019instinct heureux de ne pas traiter en hurluberlu, mais d\u2019aborder avec retenue.La toujours lumineuse Blythe Danner n\u2019est pas en reste, montrant une excentricité larvée que vient expliquer une intéressante révélation au troisième acte.On regrettera une lenteur certaine et, surtout, une trame somme toute mince pour ces beaux amants de la fin du monde (ou pas?).François Lévesque | 17 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Dès maintenant ! NOTRE NOUVELLE APPLICATION AMÉLIORÉE Un téléchargement plus rapide, un nouveau design, des mots croisés et une navigation optimisés pour une expérience de lecture ?uide et naturelle.Téléchargez la mise à jour sur App Store ou Google Play.Brightburn ?Se croyant bénis lorsqu\u2019un poupon de l\u2019espace s\u2019écrase près de leur ferme, Tori et Kyle déchantent l\u2019adolescence venue.Croisement entre Superman, où un couple de braves cultivateurs élève un enfant du ciel doté d\u2019incroyables pouvoirs, et La malédiction, où un autre couple s\u2019aperçoit que son petit ange est en réalité l\u2019Antéchrist, Brightburn a été produit par James Gunn (Les Gardiens de la galaxie).Vu son implication et la prémisse, tout était en place pour une subversion bienvenue du film de superhéros.Hélas, Brightburn n\u2019aspire qu\u2019au premier degré, échouant là aussi.Laborieuse, arythmique, la construction narrative est esclave de mises à mort spectaculaires mais dénuées de suspense.Qui plus est, les personnages cumulent les actions stupides en amont.Le film a des mérites, techniques, et bénéficie d\u2019une bonne prestation d\u2019Elizabeth Banks en mère comblée, soucieuse, puis horrifiée.On l\u2019est aussi, mais pas pour les bonnes raisons.François Lévesque Godzilla.Roi des monstres (V.F.de Godzilla \u2013 King of the Monsters) ?En aura-t-on fini un jour avec Godzilla, cette créature dont on n\u2019arrive plus à faire le décompte des déclinai- Fin de soirée (V.F.de Late Night) ?1/2 Katherine va perdre son talk-show.Arrive au sein de son équipe mâle et blanche Molly, qui vénère Katherine même si celle-ci a la dent très dure.Molly saura-t-elle percer la carapace de son idole?Cette comédie étant ce qu\u2019elle est, la réponse n\u2019est pas difficile à deviner.Surtout si on a vu Le diable s\u2019habille en Prada, ce film-ci transposant plusieurs situations et beats de ce film-là.L\u2019enjeu de la stigmatisation liée à la diversité au travail constitue, jumelé à une sensibilité in- tersectionnelle, l\u2019aspect le plus intéressant du scénario de Mindy Kaling, aussi covedette.Hélas, on reste en Les morts ne meurent pas (V.F.de The Dead Don\u2019t Die) ?1/2 Dans cet hommage à George A.Romero et Ed Wood, Jim Jarmusch conte, à sa manière décalée, une invasion de zombies dans un hameau figé dans le temps.Si le cinéaste a eu, on le présume, bien du plaisir, le spectateur, lui, n\u2019en éprouve que par intermittence.En dépit de procédés chers à l\u2019auteur, le film est d\u2019abord un pastiche assumé, quoique mince.Il y a quelques savoureux numéros d\u2019acteurs, mais plusieurs partitions sont sous-écrites.Ceci expliquant cela, le film échoue dans ses velléités chorales.Entre deux passages d\u2019une splendide insanité, s\u2019intensifie une impression prégnante d\u2019assister à du n\u2019importe quoi conçu à la va- vite.Avec son recours abusif au silence stylisé, du type «ceci est un malaise » ou «ceci est absurde », Jar- musch flirte en outre avec la complaisance.Le résultat plaira surtout à ses inconditionnels, ou à qui n\u2019a pas vu les œuvres qui l\u2019ont influencé.Les autres passeront un meilleur moment à revoir ces films-là.François Lévesque Avengers.Phase finale (V.F.de Avengers : Endgame) ?1/2 Sorti l\u2019an dernier à pareille date, Avengers.La guerre de l\u2019Infini se sera essentiellement révélé être une mise en place de ce très attendu Avengers.Phase finale.Cet ultime opus ne perd pas de temps à plonger dans l\u2019action, ce qui est heureux puisque le film dure trois heures.Résulte de cette gageure le mélange attendu de séquences d\u2019action haletantes, d\u2019effets spéciaux époustouflants, d\u2019humour salutaire\u2026 et de moments émotionnels souvent insistants.Hélas, alors qu\u2019arrive l\u2019affrontement final, on va de reports en épilogues, étirant là où l\u2019on devrait resserrer.La conclusion de la saga de l\u2019Infinité s\u2019avère ainsi insatisfaisante, un brin opportuniste et larmoyante.François Lévesque sons cinématographiques?Depuis qu\u2019Hollywood s\u2019en est entiché pour le gonfler à l\u2019hélium du numérique, on en vient à s\u2019ennuyer des versions en caoutchouc de notre enfance.Cinq ans après la dernière catastrophe \u2014 dans tous les sens du terme\u2026 \u2014, la créature dopée au nucléaire revient à l\u2019avant-scène, avec quelques personnages de l\u2019épisode précédent incarnés par certains acteurs visiblement sous la domination de leur agent.Michael Dougherty (Trick\u2019r Treat, Krampus) gère le tout selon la méthode du blockbuster pétaradant, atteignant un niveau d\u2019agression sonore inégalé.Les cris et rugissements martèlent les péripéties de ce monde au bord de l\u2019Apocalypse, mais surtout du vide.André Lavoie siste pour qu\u2019on garde son idée, le film consiste en une course-poursuite au rythme cahin-caha.Il en résulte un assemblage disparate parfois drôle, souvent ennuyeux, et abusant du deus ex machina.Pour tout liant: ce qui est devenu le concept usuel de la série, soit une entité extraterrestre malveillante cherchant à mettre la main, la patte ou le tentacule sur un dispositif quelconque capable d\u2019annihiler planète, galaxies, alouette.On tourne en rond.François Lévesque surface, surtout quant au thème de l\u2019âgisme misogyne dont Katherine fait les frais.Dans le rôle de cette femme n\u2019acceptant d\u2019autrui rien de moins que l\u2019excellence, car c\u2019est à cela qu\u2019elle s\u2019astreint elle aussi, Emma Thompson est formidable.Elle donne zeste et mordant à une comédie qui manque un peu des deux.François Lévesque MIB Hommes en noir : International (V.F.de Men in Black \u2013 International) ?Marquée par une rencontre du troisième type durant l\u2019enfance, Molly intègre à l\u2019âge adulte une agence ultrase- crète qui régule la présence extraterrestre sur la Terre.Transférée de New York à Londres, elle fait équipe avec un agent rebelle sur fond de possible traîtrise.Fatigue narrative il y a dans ce quatrième opus d\u2019Hommes en noir.D\u2019office, on sent poindre l\u2019enchaînement laborieux alors que se succèdent deux prologues mal emboîtés.Écrit, di- rait-on, en comité où tout un chacun in- Mon garçon ?De passage en France, Julien, père absent, apprend que son fils Mathys vient de disparaître lors d\u2019une classe de neige dans le massif du Vercors.Pour ses deux premiers tiers, Mon garçon se concentre sur le calvaire de cet homme rongé par culpabilité (Guillaume Canet est excellent d\u2019intériorité tendue).Cela, sur fond de suspense à combustion lente quant au sort de l\u2019enfant.Hélas, après avoir considéré d\u2019intéressantes pistes, survient un troisième acte qui transforme le film en pseudo Taken à la montagne.Or, moyens et ressorts techniques ne sont pas au rendez-vous.Réalisateur de la comédie dramatique Une hirondelle a fait le printemps et de la chronique historique Joyeux Noël, Christian Carion tente ici un virage professionnel qui, à l\u2019évidence, ne sied guère à ses sensibilités de mise en scène.Bref, ce qui débute comme un mystère psychologique prenant se conclut comme une version fauchée d\u2019une production générique de Luc Besson.François Lévesque L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 8 | CRITIQUE NICOLAS MAVRIKAKIS COLLABORATEUR LE DEVOIR Quel destin donner aux archives ?Comment s\u2019assurer qu\u2019elles ne restent pas lettres mortes, utilisées que par quelques chercheurs en quête de notes de bas de page\u2026 Bien sûr, on caricature.Mais la question se pose et pèse concrètement, matériellement, de tout son poids.L\u2019archive peut-elle se dévoiler plus librement que comme un boulet, un amoncellement souvent étouf fant de documents ?Et comment s\u2019assurer que l\u2019archive ne soit pas avant tout une relique de la vie du créateur ?En littérature, le domaine de la critique génétique de l\u2019œuvre tente de redonner vie aux documents, mais souvent elle réitère une approche érudite anachronique.La question de l\u2019archive se pose dans bien des musées et des bibliothèques, qui trouvent parfois des réponses judicieuses.Cela fait quelques années qu\u2019à Montréal, le centre Artexte et le Musée McCord innovent en cette matière, invitant chercheurs et artistes à effectuer des mises en scène avec leurs archives.Cette question interpelle aussi le Centre canadien d\u2019architecture (CCA), dépositaire du considérable fonds d\u2019archives de l \u2019« anarchitecte » Gordon Matta-Clark (1943-1978).Le CCA a décidé de consacrer sa salle octogonale à une trilogie d\u2019expositions mettant en scène ces documents.Elle se déroulera jusqu\u2019en mai 2020.Une entreprise qui nous montre comment des musées \u2014 de nos jours de plus en plus soumis à la domination de l\u2019expo-spectacle-blockbuster \u2014 peuvent encore incarner une recherche intellectuelle.La chose est plus rare qu\u2019on peut le croire\u2026 Le premier volet de cette trilogie a été confié au commissaire Yann Cha- teigné, professeur à la Haute École d\u2019art et de design de Genève.Il n\u2019a pas voulu simplement montrer ces documents sous l\u2019angle des réalisations effectuées par la suite\u2026 Cette installation permet d\u2019en apprendre plus sur des projets non réalisés ou un peu oubliés, mais aussi sur les livres que Matta-Clark lisait, sur ses notes.Ce ne sont donc pas les célèbres découpes Le passé à l\u2019impératif du présent au CCA La pensée engagée de Gordon Matta-Clark fait l\u2019objet d\u2019une intelligente relecture En haut : Gordon Matta-Clark, Pipes, 1971.À droite : vue de l\u2019exposition Pensée matérielle.PHOTOS CENTRE CANADIEN D\u2019ARCHITECTURE Pensée matérielle Premier volet de la trilogie «Sortis du cadre : Gordon Matta-Clark».Commissaire : Yann Chateigné.Au Centre canadien d\u2019architecture, jusqu\u2019au 8 septembre. C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Le repas français se raconte POINTE-À-CALLIÈRE 14 juillet La grande tablée française! De 12 h à 17 h le Musée propose un grand pique-nique festif ! présente en collaboration avec Une exposition de Pointe-à-Callière avec la participation exceptionnelle du Musée national de céramique et du Musée national Adrien Débouché \u2013 Cité de la céramique, Sèvres et Limoges Exposition jusqu\u2019au 13 octobre 2019 I l l u s t r a t i o n s p a r A n n i c k P o i r i e r , c o l a g e n e .c o m de bâtiments du créateur qui sont ici la vedette.Cette exposition a le bonheur de redonner une présence à la pensée et aux recherches multiples, foisonnantes de l\u2019artiste.Citons le commissaire : « Cette exposition, en somme, plutôt que de penser les archives de Gordon Matta-Clark comme un ensemble d\u2019indices pointant vers un passé perdu, envisage l\u2019œuvre de l\u2019artiste comme un ensemble de fragments actifs, dont l\u2019alchimie particulière recèle autant de vecteurs tournés vers l\u2019avenir.» Et la question de l\u2019alchimie n\u2019est pas évoquée au hasard.Matta- Clark lisait beaucoup de livres portant sur ce sujet.Sa pensée et ses œuvres pourraient même être relues à l\u2019aune de cette passion.C\u2019est le cas de Photo-Fry (1969), série de polaroids frits, transmutés en icônes mystérieuses, couvertes d\u2019or.La démarche de Matta-Clark en sor t entourée d\u2019une aura presque magique, sans être pour autant sacralisée.Il faut dire que la vie brève de Gordon Matta-Clark avait elle- même des allures de conte de fées, ou de féetauds \u2014 le pendant masculin \u2014, un conte à la fin malheureusement dramatique.Filleul de l\u2019« anar- tiste » Marcel Duchamp, beau-fils du galeriste Pierre Matisse \u2014 lui-même fils d\u2019Henri Matisse \u2014 et fils du peintre surréaliste Roberto Matta, Matta- Clark avait donc vu de bonnes fées se pencher sur son berceau.Durant la dizaine d\u2019années où il créa \u2014 il est mort d\u2019un cancer fulgurant du pancréas à 35 ans \u2014, ce grand artiste-architecte a su développer une œuvre bien dif férente de celles qui se faisaient à son époque.Et une des ver tus de cette petite expo est de nous en apprendre beaucoup sur des aspects moins connus de sa pensée.Différentes parties le font avec finesse.Celle sur les Réseaux, comme base de l\u2019architecture et de la société, insiste sur l\u2019interdépendance des systèmes artistiques, mais aussi de l\u2019humain et de la nature.Celle sur les Espaces intérieurs montre comment la notion d\u2019espaces émotionnels a toujours été pour lui liée à sa vision de l\u2019espace extérieur et à sa pratique en art social.Cette exposition souligne avec vivacité comment l\u2019œuvre de Matta-Clark était vivante.Depuis quelques années, Matta- Clark semble intéresser avec une nouvelle intensité le monde de l\u2019art et des musées.L\u2019an dernier, le Bronx Museum, aux États-Unis, puis le Musée du Jeu de Paume à Paris lui consacrèrent leurs espaces.Et les ouvrages sur son œuvre se multiplient.Cet intérêt réaffirmé dévoile certainement un malaise dans le milieu de l\u2019architecture, dévoré depuis des années par les «starchitectes», les mégaprojets, les gratte-ciel toujours plus ambitieux, le clinquant.Comme dans le milieu des arts visuels, le bling-bling pour riches désœuvrés l\u2019emporte.Cela explique peut-être pourquoi la figure de Matta-Clark nous fascine autant, plus de 40 ans après sa mort.Il est le symbole de notre époque qui se cherche en dehors de la mercantilisa- tion à outrance de l\u2019art et de l\u2019architecte.Il incarne cette seconde moitié du XXe siècle où certains voulurent faire éclater les cloisons entre disciplines, entre individus, entre classes.Cette exposition participe à cette interrogation nécessaire de notre époque, où ces idéaux ont été trahis. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e C l a s s i q u e 2 0 | ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR e festival Montréal baroque quittera les lieux habituels, du 20 au 23 juin, pour se tenir dans la Petite Italie.Il est vrai que la thématique puise dans la Renaissance italienne son concept rassembleur : la sprezzatura.Quatre journées sur sprezzatura à Montréal ?Difficile à vendre ! Autant commencer par expliquer de quoi il s\u2019agit.À Montréal baroque, le mot est encadré par deux descriptions.En français, cela donne « Une désinvolte nonchalance » et en anglais, un savoureux mélange avec « A cer tain « je ne scais quoi »» (sic !).Si Montréal baroque fait voisiner les noms de Vivaldi, Monteverdi, Ge- sulado, Caccini et Trabaci, ceux-ci sont les metteurs en ondes musicales d\u2019un concept défini par un écrivain et diplomate de la Renaissance italienne, Baldassare Castiglione (1478-1529).Dans son Livre du courtisan, paru en 1528, il conceptualise la sprezzatura comme l\u2019une des habiletés principales de l\u2019homme de cour.Une application artistique Au-delà de la v ie mondaine du XVIe siècle, la sprezzatura a beaucoup de rapports avec la musique.Car ce terme, que l\u2019on traduit officiellement par nonchalance, consiste essentiellement à faire paraître simples ou anodines des choses ou réalisations difficiles ou complexes.Bien préparer quelque chose que l\u2019on laisse paraître spontané, improvisé, facile\u2026 La sprezzatura s\u2019applique évidemment aux ar ts.Cela vaut pour la littérature.Tant d\u2019écrivains se targuent d\u2019une inspiration au fil de la plume, mais travaillent et retravaillent inlassablement leurs manuscrits.En musique, c\u2019est Giulio Caccini qui, dans la préface du Nuove Musiche, a repris le terme lui-même, parlant de la « nobile sprezzatura di canto».Il décrit ainsi ses airs d\u2019opéra parés d\u2019une légèreté dénuée d\u2019effort apparent.Une autre application musicale qui découle du livre de Castiglione est la possibilité, par un détachement feint, de cacher ses pensées ou sentiments véritables.Cette attitude a trouvé dans les danses de cour un terrain d\u2019expression propice, ce qui explique la contribution des Jardins chorégraphiques de la danseuse, dramaturge Un Montréal baroque à l\u2019italienne Le festival sort de ses sentiers habituels en puisant du côté de la sprezzatura Portrait de Baldassare Castiglione par Raphaël, probablement à l\u2019hiver 1514-1515 DOMAINE PUBLIC et chorégraphe Marie-Nathalie La- coursière à deux des projets majeurs de cette édition 2019 de Montréal baroque : le grand concert de clôture, dimanche 23 juin à 17 h au théâtre Le Château, avec pour titre Il Cor te- giano, autour de Baldassare Casti- glione, habillé de compositions de Ciconia, Binchois, Dufay, Gabrieli, Caccini, pour voix, flûtes, violes, harpe, cornet et percussions, et le seul concert français, Rien du tout, un opéra de chambre autour d\u2019œu- vres de Lully, Rameau et Campra pour soprano, violons, hautbois, L C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 L\u2019INCROYABLE ODYSSÉE DE UN FILM DE NICOLAS WADIMOFF EN COLLABORATION AVEC BÉATRICE GUELPA onf.ca/apollon PRÉSENTEMENT À L\u2019AFFICHE ! Consultez les guides horaires des cinémas « Une passionnante réflexion sur la persistance des civilisations anciennes dans notre monde contemporain.» \u2014 Charles-Henri Raymond, Séquences Cinq rendez-vous à ne pas manquer Sprezzatura Veneziana.Œuvres de Vivaldi et Heinichen pour solistes, chœur et orchestre.Ensemble Caprice, Tenet Vocal Artists, Ensemble vocal Arts-Québec.Matthias Maute.À l\u2019église Madonna della Difesa, jeudi 20 juin à 19h.Ercole, Cupido, Furiæ e Apollo.Œuvres de Castello, Cima, Strozzi, Ucellini et Trabaci pour violons, violes et triple harpes.Par Davide Monti, David Greenberg, Maria Cleary, Antoine Malette-Chénier et le Consort des Voix humaines.À l\u2019église Madonna della Difesa, vendredi 21 juin à 19h.Amore e Guerra II.Madrigali, Libro VIII de Claudio Monteverdi.Par Tenet Vocal Artists, le Studio de musique ancienne de Montréal, etc.À l\u2019église Madonna della Difesa, samedi 22 juin à 17h.Banchetto Musicale.Au parc Dante, samedi 22 juin à 18h30.Il Cortegiano.Comédie et danse avec œuvres de Ciconia, Binchois, Dufay, Gabrieli, Caccini pour voix, flûtes, violes, harpe, cornetto et percussions.Par Alkemia, Flûte Alors !, Les Voix humaines et Les Jardins chorégraphiques.Au théâtre Le Château, dimanche 23 juin à 17h.violoncelle et clavecin, présenté samedi à 20 h au café Tricot Principal.Un territoire à défricher Si les lieux des concerts vous paraissent peu communs, la chose est voulue.Jointe à Copenhague, où elle était en tournée avec les Voix humaines, Susie Napper, fondatrice de Montréal baroque et codirectrice artistique, avec Matthias Maute, de l\u2019événement, a l\u2019habitude de nous prendre à contre-pied.« J\u2019ai visité la Petite Italie et j\u2019ai trouvé des lieux surprenants.Cela fait partie du festival de faire découvrir des bâtiments intéressants de Montréal.» Le centre névralgique se situera donc cette année à l\u2019église Madonna della Difesa, ou Notre-Dame-de-la- Défense, au 6800, rue Henri-Julien, au coin de la rue Dante, près de la station et du marché Jean-Talon.« C\u2019est une église extraordinaire, une acoustique qui convient parfaitement à Monteverdi.Nous allons ouvrir avec neuf trompettes et tambours, cela va être extraordinaire.Il y a des peintures murales du même artiste québécois qui a peint Saint- Léon-de-Westmount : c\u2019est un endroit magnifique.» Susie Napper concède que ce déplacement est risqué : « Je sais que changer de lieu est très dangereux et j\u2019espère que le public va suivre.C\u2019est un quar tier pas toujours très bien connu, mais il y a tant de contrastes, avec des endroits très modernes et des lieux qui nous font sentir à Palerme en 1750.» Pour les concerts intimes de 21 h, la crypte de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours sera remplacée par une chapelle à côté de l\u2019église.Pour attirer le public, Susie Napper et Matthias Maute pour ront compter sur des appuis aussi particuliers qu\u2019impressionnants : « La chef de cuisine Elena Faita a offert ses dons et talents au Festival et organisera un banquet italien musical dans le parc Dante, samedi à 18 h 30.Elle fera la cuisine pour tout le monde.Nous avons donc modifié les horaires des concerts en fonction de cet événement.» C\u2019est ainsi que le Livre VIII des Madrigaux de Monteverdi sera présenté dès 17 h par l\u2019ensemble Tenet Vocal Artists, le Studio de musique ancienne de Montréal et les instrumentistes Da- vide Monti, David Greenberg, Maria Cleary, Antoine Malette-Chénier, Michel Angers et le Consor t des Voix humaines.Le banquet musical sera ser vi à 250 personnes, qui acquitteront un droit d\u2019entrée de 10 dollars, reversés au festival.« Elena a 73 ans, elle a une énergie formidable et adore faire la fête », s\u2019enthousiasme Susie Napper.Dans la foulée du banquet, les mélomanes pourront se rendre à pied, « dans un endroit très moderne », au concert Rien du tout, imaginé par Marie-Nathalie Lacoursière.Le festival sera ouvert jeudi par un grand concert d\u2019œuvres chorales sacrées regroupant le Magnificat et le Gloria de Vivaldi et le Magnificat Heinichen, dirigés par Matthias Maute, avec son ensemble Caprice.Les cinq chanteurs de Tenet Vocal Artists, « un des rares groupes aux États-Unis spécialisés dans le chant de la Renaissance et de l\u2019époque baroque », invités vedettes de cette édition, assumeront les solos.Tout le festival découle du thème trouvé par Susie Napper.«Autour du titre, que j\u2019ai diffusé autour de moi, des musiciens m\u2019ont fait des propositions.Par exemple, Dorothea Ventura a conçu le projet autour de Castiglione avec Marie-Nathalie Lacoursière.Depuis des années, aussi, j\u2019ai voulu présenter les violonistes Davide Monti et David Greenberg, des passionnés de l\u2019improvisation.Je les ai contactés par courriel et, l\u2019un adorant l\u2019autre à travers leurs enregistrements respectifs, ils sont ravis de se rencontrer.» Outre les grands concerts, Montréal baroque proposera comme à l\u2019habitude de nombreuses activités familiales et gratuites en journée le samedi et le dimanche.Avec un « Marathon musical » dès samedi à 9 h, permettant de chanter le Magnificat de Vivaldi sous la direction de Matthias Maute, des improvisations sur les Quatre saisons à 11 h, de la cuisine italienne, des chansons napolitaines, du luth au square Philips, un « mini-festival 100 cordes pincées et un archet », et même «Conversations sournoises» autour de « la prétention du baroque italien». L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e D i s q u e 2 2 | CHANSON ÉPIQUE Western Stars ?Bruce Springsteen, Columbia Sony À l\u2019ère sans air de Trump, rien ne sert de s\u2019époumoner.Dénoncer ?On est au-delà.Bruce a décidé plutôt de nous donner de l\u2019espace pour respirer.À la petitesse, il oppose la grandeur, parcourt le pays à la recherche de la vie qui bat, du miracle de la beauté.Là où galopent les chevaux sauvages.On n\u2019est pas chez Tom Joad, plutôt chez John Ford.Arrangements de cordes à grandeur d\u2019horizon ! Comme si le thème du film The Magnificent Seven (évoqué par la chanson-titre) rencontrait le Wichita Lineman de Glen Campbell (la chavirante Stones) et même l\u2019Everybody\u2019s Talkin' de Nilsson dans Hello Sunshine.C\u2019est le retour nécessaire et salutaire du Bruce de la démesure, et la seule comparaison qui tienne, pour l\u2019exaltation, est l\u2019épique Born to Run.À cela près qu\u2019il ne s\u2019agit plus de fuir le New Jersey, mais bien de retrouver l\u2019Amérique.Pas un disque ne comptera plus que celui-ci d\u2019ici novembre 2020, et même après : emportez-le sur les routes de vos vies.On s\u2019y rencontrera.Sylvain Cormier CLASSIQUE Si j\u2019ai aimé ?Sandrine Piau, Le Concert de la Loge, Julien Chauvin, Alpha 445 Lorsque le Centre de musique française romantique du Palazzetto Bru Zane a travaillé sur la résurrection des mélodies avec orchestre de Saint-Saëns, les chercheurs se sont aperçus de la richesse insoupçonnée du répertoire français dans ce genre au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.Le phénomène est logique, puisque la mélodie française sort alors du salon privé pour gagner la salle de concert.Comme souvent, c\u2019est Berlioz qui montre la voie avec Les nuits d\u2019été.Ce programme d\u2019absolues raretés élargit nettement l\u2019éventail, avec Saint-Saëns, Bordes, Massenet, Pierné, Dubois, Vierne, Duparc, Guilmant et Martini.Il est très intéressant de scruter les alliages sonores et l\u2019orchestration transparente et raffinée (cordes, bois, harpe).Les poèmes puisent chez Hugo, Gautier ou Verlaine, parfois en terrains plus modestes mais exquis, dans un programme agencé par la lumineuse Sandrine Piau autour de la vie amoureuse (désir, séduction, tendresse\u2026).Quelques pièces instrumentales lui donnent une judicieuse respiration.Christophe Huss CHANSON ÉLECTRO Une clairière ?Jérôme Minière, Objet Disque Paradoxal diptyque.L\u2019album Dans la forêt numérique, paru en décembre dernier, éblouissait de lumière.Celui-ci, Une clairière, se tient coi dans les recoins sombres de soi.Pas moyen de trouver Jérôme là où on l\u2019attendrait.Oui, on reconnaît sa manière de dire et de décrire, mais le ton a changé.«Avant la beauté existait ou non / Ça prenait l\u2019éternité », chuchote-t-il sur pulsation électrop- pressante (mon néologisme), avec des variantes, pendant neuf minutes.Dans La somme des jours, la voix est angoissée, pas distante, pas protégée dans la zone d\u2019observation.Dans Vaste, la tristesse baigne des accords d\u2019orgue de fin du monde.Autant de déchirures dans l\u2019habit ignifuge de l\u2019artiste pudique et discret.Sont-ce les mois de collaboration intercontinentale avec le remixeur-composi- teur Chevalrex (Rémy Poncet au civil) qui ont percé la carapace de douceur?«Les écrans qui nous laissent sans refuge [\u2026] et moi qui sort de ma réserve », constate-t-il, haletant, apeuré.La survie est à ce prix.Sylvain Cormier AMBIENT Quatre climats habitables ?1/2 feu doux, Dare to Care Un an et demi après s\u2019être glissé entre nos deux oreilles avec un premier album, le duo feu doux \u2014 Stéphane La- fleur d\u2019Avec pas d\u2019casque et Christophe Lamarche-Ledoux d\u2019Organ Mood \u2014 refait doucement surface avec les compositions douillettes de Quatre climats habitables.L\u2019œuvre ambient de Brian Eno sert à nouveau de point de référence aux deux compositeurs et interprètes, qui privilégient les harmonies à long déploiement et les jeux de textures sur ces quatre nouvelles créations.La cristalline Le Lac a gelé devant nous qui ouvre l\u2019album articule des drones de synthétiseurs ponctués par quelques notes échappées d\u2019un piano électrique.Si on s\u2019ennuie ensuite un tantinet sur la statique et quasi-new age Milieu humide (sont-ce bien des chants de baleine qu\u2019on y discerne?Pitié!), les longues et superbes Translations, qui évoquent les œuvres plus méditatives de Vange- lis, et la céleste Translation, ses claviers imitant le timbre de voix d\u2019une altiste imbibée dans une impression de mélodie, justifient à elles seules que l\u2019on emménage dans ces climats.Philippe Renaud AMBIENT FOLK Mount Carmel ?M.Grig, 12k Ce n\u2019est pas tout à fait une musique contemplative, mais certainement une musique chercheuse, tournée vers les mouvements subtils d\u2019un extérieur dont les sens, doux et fuyants, se fondent parfois les uns dans les autres.Il faut absolument effeuiller plusieurs fois ce Mount Carmel, quatrième album de Mike Grigoni, ne serait-ce que pour entendre chaque fois cette résonance, ce rayonnement, cet affleurement de dobro, de lap steel, de pedal steel qui nous avait échappé.D\u2019une sensibilité exceptionnelle, Mount Car- mel marque le basculement du musicien américain dans l\u2019ambient, même si son folk originel subsiste en dessins graciles dans des mélodies comme des ballons d\u2019air chaud.Inspiré des lieux de son enfance, ce travail minutieux donne peut-être le meilleur de la manière M.Grig, qui apparaît complètement libre sur le fil branlant de l\u2019émotion.Écoutez l\u2019expressivité de Call et la fragilité de B, survivante \u2014 elles montrent à quel point le musicien est attentif à tous ces minuscules indices de la vie et de la mémoire, partout, à tout instant.Geneviève Tremblay HIP-HOP TIMES ?Nomadic Massive, Les Faux Monnayeurs Après 15 ans d\u2019activité, le collectif montréalais Nomadic Massive n\u2019a pas besoin de chercher à se réinventer puisque l\u2019apport d\u2019idées et de nouvelles influences est inscrit à même son ADN.Son hip-hop malaxe les saveurs des racines de ses six membres, qui s\u2019expriment en français, anglais, créole haïtien, patois ja- maïcain, arabe et espagnol, souvent dans une même chanson.Y\u2019en a 12 denses et passionnantes nouvelles sur l\u2019album TIMES, ça tire dans tous les sens sans jamais s\u2019éparpiller, alliant le trap au reggae-dub au jazz, funk, soul, rythmes afro-latins, une fusion de styles qui prend grâce à des orchestrations inspirées aux cuivres rutilants et aux percussions fertiles.Un disque charnu et charnel, en somme, à l\u2019aise de nous soumettre de légères chansons d\u2019amour (Lovers Delight et sa brillante rythmique) avec la même conviction que les prises de position et autres réflexions sociales, comme sur la puissante Hidden Sky, un groove funk-R & B abordant le sort des laissés-pour-compte.Philippe Renaud PUNK ROCK Amyl and the Sniffers ?1/2 Amyl and the Sniffers, Rough Trade Entre autres méchancetés, on dit que les critiques ne sont que des musiciens ratés qui auraient tant voulu, eux aussi, être des artistes idolâtrés.C\u2019est faux, la plupart du temps\u2026 jusqu\u2019à ce que se matérialisent sur scène Amyl (Amy Taylor) et ses sen- teux, quatuor de Melbourne qui fait revivre le mythe du rock joué vite et fort entre deux caisses de bière pas chère.Dans un monde devenu si conscient de sa propre image, au bord de la crise d\u2019anxiété, que celui ou celle qui ne voudrait pas faire ainsi honneur aux AC/DC, Joan Jett, Stooges et autres glam rockers jette la première pierre ! Oui, ce premier long (après deux EP en 2016 et 2017) sent un peu le pastiche.Mais la beauté de cette musique est qu\u2019elle n\u2019a pas à être intellectualisée.Elle se vit dans la voiture, dans le party de sous-sol et, sans conteste, sur la scène, où elle devient une pulsion d\u2019intensité qui ponctue la morne routine.Et regardez-moi ces magnifiques coupes Longueuil ! En concert le 21 juillet au Ritz.Sophie Chartier CLASSIQUE Beethoven ?Missa solemnis.Kammerchor et Hofkapelle Stuttgart, Frieder Bernius, Carus 83.501 Comme il l\u2019a montré en dirigeant son ensemble de Stuttgart à Lanaudière en 2004, Frieder Bernius est l\u2019un des plus grands chefs de chœur du monde.C\u2019est chez l\u2019éditeur indépendant Carus qu\u2019il compose une vaste anthologie de grandes œuvres chorales du répertoire, gravant des versions de référence d\u2019œuvres aussi majeures que le Requiem de Mozart ou le Requiem allemand de Brahms.Voici la même équipe dans la monumentale Missa solemnis de Beethoven, justement «démonumentalisée» et mise dans la perspective d\u2019une «grosse messe post-Haydn».À la tête d\u2019un ensemble sur instruments anciens, Ber- nius dégraisse les effectifs choraux et mise sur la transparence, la fluidité (les tempos sont vifs au point où la messe au complet dure 67 minutes) et l\u2019absence de duretés.L\u2019absence d\u2019altercation physique avec la matière musicale, jusqu\u2019au passage guerrier de l\u2019Agnus Dei, donne une perspective d\u2019écoute déjà ouverte par Gardiner et Harnoncourt.Le regard sur la Solem- nis a vraiment radicalement changé dans le dernier quart de siècle.Christophe Huss L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 LI RE Entrevue Le rock sera féminin ou ne sera pas Essai La texture du monde selon Bernard Arcand L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 L i r e 2 4 | Précis de survie hors de l\u2019eau ?Dominique Nantel, Tête Première, Montréal 2019, 353 pages Dans un hameau en Toscane, au milieu des années 1970, une fillette née un jour de déluge vit sous l\u2019emprise de l\u2019étranger, un garçon sadique et manipulateur, dont la cruauté prend racine dans des lubies ésotériques causées par un deuil prématuré.Sous sa main impitoyable, les animaux de la forêt sont pris en chasse et soumis à la violence des eaux.Lorsque les bambins du village commencent à disparaître, la petite Rosi n\u2019a d\u2019autre choix que de se volatiliser aussi, loin du péril et de l\u2019effroi.Quelques décennies plus tard, après une nuit d\u2019amour fusionnel, Rosi et Laurier se réveillent dans le corps l\u2019un de l\u2019autre.À la fois terrifiés et intrigués, les deux amants doivent apprendre à vivre et à se conformer à ces nouvelles apparences inconnues et discordantes et aux attentes qu\u2019elles suscitent, un choc qui éveillera des fantômes depuis longtemps enfouis et provoquera des décisions bouleversantes.Au premier abord, la prémisse saugrenue du roman Précis de survie hors de l\u2019eau éveille le scepticisme, si ce n\u2019est le sarcasme.C\u2019est sans compter la rigueur de Dominique Nantel, doc- teure en génétique moléculaire, dont l\u2019imaginaire se construit avec le méthodisme d\u2019un raisonnement scientifique pour faire cohabiter fantaisie et cohérence avec panache.Sous le prétexte du thriller, l\u2019écri- vaine parvient donc à interroger les inégalités et les présomptions liées aux genres, la peur de l\u2019autre, l\u2019élan et les dérives spirituelles, la souveraineté de la nature ainsi que la force de l\u2019exil.Les deux trames présentées en parallèle, bien qu\u2019inégales et parfois un peu emphatiques, demeurent empreintes d\u2019un mystère omniprésent, exacerbé par une panoplie de personnages tous plus intrigants et denses les uns que les autres.Leurs souvenirs sombres et brumeux, révélés au compte-gouttes, forment une intrigue psychanalytique envoûtante.Une parfaite lecture estivale! Anne-Frédérique Hébert-Dolbec Fantaisie d\u2019une fuite ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR elon une tragique loi de la physique, une femme qui cause musique attire toujours dans son orbite un triste personnage prêt à lui «mecspli- quer» à quel point elle ne connaît rien pantoute à ce qu\u2019elle dit.Parlez-en à la journaliste musicale Sophie Rosemont, qui a eu l\u2019arrogance (!) de placer Yoko Ono parmi les visages ornant Girls Rock, une histoire du rock dont tous les rôles sont tenus par des femmes.« Il y avait récemment, lors d\u2019une conférence, ce mec qui me dit : \u201cIl manque machin truc dans votre livre.\u201d Une folkeuse des années 1960 qui n\u2019a lancé qu\u2019un album\u2026», raconte, entre l\u2019exaspération et l\u2019amusement, celle que l\u2019on peut lire dans l\u2019édition française du magazine Rolling Stone ou dans Les Inrocks.« Et puis, j\u2019ai reçu plusieurs mails d\u2019hommes qui n\u2019ont pas acheté le livre, mais qui ont vu que Yoko Ono est sur la couverture et que ça a rendus hystériques.» La pertinence du projet de Girls Rock, qui enfile les brefs portraits de plus d\u2019une centaine de rockeuses tous azimuts \u2014 de Sister Rosetta Tharpe à St.Vincent, d\u2019Aretha Franklin à Bikini Kill, de Joan Jett à Angel Olsen \u2014, tient pourtant en partie à la belle insolence d\u2019un simple retournement de perspective.Pourquoi Kurt Cobain ne serait-il pas pour une fois le mari de Courtney Love, plutôt que le contraire ?Pourquoi relègue-t-on encore la tempétueuse leader de La rockeuse est le passé et l\u2019avenir du rock La journaliste Sophie Rosemont offre le rôle principal aux femmes dans son histoire du rock Girls Rock Le livre de la journaliste musicale Sophie Rosemont est une célébration de la vie et de l\u2019œuvre des saintetés du rock.PATRICE NORMAND S | 2 5 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Le testament de nos ruines Au sud du Liban se trouve l\u2019un des sites gréco-romains les mieux gardés du monde.Bijou archéologique, Baalbek n\u2019est nul autre que la cité antique d\u2019Héliopolis que Marc-Antoine aurait offerte à Cléopâtre.On s\u2019y rend en transport privé armé d\u2019une bonne dose de vigilance, la frontière syrienne étant à quelque 50 kilomètres de là.Après avoir traversé les rues de Baalbek, ville chiite où l\u2019on croise le portrait de ses jeunes martyrs, on tombe, comme par magie, sur le mythique hôtel Palmyra \u2014 où ont séjourné les Jean Cocteau, Charles de Gaulle, Kemal Atatürk, Nina Simone et Albert Einstein \u2014 pour ensuite retenir son souffle quand le regard embrasse les temples de Jupiter, de Vénus et de Bacchus.Protégés par l\u2019UNESCO, ces trésors sont très peu visités en raison de l\u2019instabilité géopolitique de la région.Issu d\u2019une lignée de guides, Char- bel, mon génial initiateur de ce lieu, montre fièrement son permis de guide et ses généreuses connaissances archéologiques consolidées par le savoir ancestral.Il m\u2019explique que sous mes pieds se trouvent dix mille ans d\u2019histoire puisque les archéologues allemands ont trouvé les traces d\u2019une civilisation allant jusqu\u2019au IXe millénaire avant J.-C.: «Là, sous tes pieds, dorment les mémoires et les vestiges cananéens, phéniciens, hellénistiques, romains, et même épipaléolithiques.» Après l\u2019émerveillement, mais aussi la gratitude de frôler ce sol plusieurs fois millénaire, le visage de Charbel affiche, peut-être malgré lui, l\u2019idéal stoïcien: ne s\u2019accrocher à rien de terrestre que l\u2019on puisse regretter le jour où l\u2019on s\u2019en va, car tout passe, les hommes comme les civilisations.C\u2019est la nature même des choses, et Baalbek en est la preuve tangible.Pourtant, son compatriote, le grand Amin Maalouf, carbure plutôt à l\u2019objectivité angoissante qu\u2019à la sagesse stoïcienne.Naufrage inéluctable Dans son essai qui vient de paraître, Naufrage des civilisations (Grasset), l\u2019écrivain franco-libanais Amin Maa- louf met en garde contre ce naufrage auquel nous assistons en direct.Or, n\u2019est-ce pas dans leur nature même de disparaître ?Quelle est la différence entre les ancêtres de Charbel, qui ont grandi sous l\u2019ombre des ruines antiques, et nous au- jourd\u2019hui ?Pourquoi ne pas aspirer, nous aussi, au même idéal d\u2019éternité MAYA OMBASIC sur lequel se pencheront les siècles à venir ?Impossible, précise Maa- louf, car notre époque est unique en son genre parce que nous assistons à la fin de notre civilisation.«Autrefois, les hommes avaient le sentiment d\u2019être éphémères dans un monde immuable.» Ce n\u2019est plus le cas pour nous puisque l\u2019humanité n\u2019a pas eu l\u2019occasion de voir disparaître, en l\u2019espace d\u2019une vie, des pays, des peuples, des langues, pour ne nommer que quelques destructions auxquelles nous avons assisté en direct : Palmyre, Alep, Bagdad, Tripoli, Beyrouth, Sarajevo\u2026 curieusement toutes des villes ayant connu le vivre- ensemble multiethnique.Quand avons-nous pris la direction du non-retour?Pour Maalouf, fin connaisseur du monde autant oriental qu\u2019occidental, la raison est simple : « les ténèbres se sont répandues sur le monde quand les lumières du Levant se sont éteintes».Ce Levant regretté, à l\u2019histoire imprécise, mouvante et fluide, a pourtant bel et bien existé.L\u2019essayiste le décrit comme suit : «Tel que je l\u2019emploie, ce vocable suranné désigne l\u2019ensemble des lieux où les vieilles cultures de l\u2019Orient méditerranéen ont fréquenté celles, plus jeunes, de l\u2019Occident.De leur intimité a failli naître, pour tous les hommes, un avenir différent.» Or, l\u2019avenir a pris une autre direction même si « l\u2019idéal levantin» a pourtant existé.Il exigeait de chacun d\u2019assumer l\u2019ensemble de ses appartenances et un peu aussi celles des autres.Exigence assumée et incarnée, le temps de quelques siècles, puis évanouie dans les flammes.L\u2019idéal du vivre-ensemble levantin a surtout incarné le passage de la barbarie à la civilisation.Le pendule va désormais dans l\u2019autre sens.C\u2019est un constat indéniable et quelque peu paradoxal, car au lieu de nous débarrasser des fléaux qui nous assaillent, « nous voilà pourtant lancés, à toute allure, sur la voie opposée.» C\u2019est indéniablement le naufrage de la civilisation, mais c\u2019est surtout le naufrage moral puisque jamais auparavant l\u2019humanité n\u2019avait été aussi orpheline d\u2019idéaux nobles, ceux qui «parvenaient à faire rêver les hommes, à élever leurs esprits, à mobiliser leurs énergies».Crépuscule des idéaux de la civilisation, voilà le moment que nous vivons.Combien de temps Baalbek résistera à la barbarie ?Au fait, est-ce à l\u2019ombre de ces mêmes ruines qu\u2019Alexandre le Grand avait regretté de ne pas avoir dans son cortège un Homère pour chanter ses exploits ?Faute d\u2019un poète pour décrire le pathétique chant de notre époque, ce n\u2019est ni désuet ni antidémocratique de se prosterner devant Amin Maa- louf pour le remercier d\u2019être l\u2019indispensable biographe de nos ruines.Hole à l\u2019ombre de son suicidé de compagnon, quand on ne la suspecte pas d\u2019avoir fomenté son assassinat ?« Dès qu\u2019un homme meurt et qu\u2019il y a une femme dans son sillage, d\u2019autant plus si elle est artiste comme lui, on la soupçonne du pire, regrette Sophie Rosemont.Que ces rumeurs persistent encore aujourd\u2019hui sans preuve, c\u2019est d\u2019une misogynie crasse.Live through This [deuxième disque de Hole] est pourtant l\u2019un des plus grands albums de rock féminin, un des plus grands albums de rock point.Répéter que c\u2019est Yoko qui a séparé les Beatles, alors que c\u2019est faux, c\u2019est une forme de punition, une façon de dire : \u201cT\u2019avais juste à te taire, à être gentille à côté de lui et à faire de grands sourires\u201d, comme Linda McCartney.Et Dieu sait que j\u2019aime Linda, mais si elle a été moins vilipendée que Yoko Ono, c\u2019est parce qu\u2019elle était plus dans l\u2019ombre.Ne pas vouloir être dans l\u2019ombre, comme Courtney ou Yoko, c\u2019est insupportable.» Rock large Célébration de la vie et de l\u2019œuvre des saintetés du rock que sont Janis Joplin, Tina Turner, Patti Smith, Debbie Harry ou Stevie Nicks, Girls Rock sort aussi des marges de l\u2019histoire, grâce à sa conception généreuse et inclusive du rock, des figures de génie, de bravoure et d\u2019indocilité.Parmi celles-là: Gladys Bentley, blues- woman noire qui chantait ouvertement son homosexualité, portait le complet masculin et aurait épousé une femme \u2014 blanche par-dessus le marché! \u2014 en\u2026 1931! Aussi: Goldie&The Ginger- breads, groupe entièrement féminin actif de 1962 à 1967, qui partagera l\u2019affiche avec les Animals et les Stones et dont l\u2019organiste Margo Lewis gifla Mick Jagger, « lorsqu\u2019il tent[a] de la draguer lourdement, aveuglé par son statut de rockstar ».Saviez-vous que c\u2019est une femme, Bobbye Hall, qui frappe les congas dans Ain\u2019t no Sunshine de Bill Withers ?Pourquoi, tabarouette, ne les connaissions-nous pas ?Peut-être, tout bêtement, parce que l\u2019histoire du rock a été écrite pour des hommes, par des hommes, et que « la journaliste musicale femme a encore tendance à être considérée comme une groupie qui veut interviewer des hommes pour coucher avec eux».« Il y a quelques années, j\u2019ouvris avec enthousiasme un livre dédié aux critiques rock », se rappelle Sophie Rosemont dans l\u2019intro de Girls Rock, en évoquant sans le nommer l\u2019anthologie Rock Critics (Don Qui- chotte éditions, 2010).«Assez vite, je constatai qu\u2019une seule plume féminine y était créditée, et que, de tous les articles reproduits, aucun ne parlait d\u2019une musicienne.» Toutes unies face au patriarcat Mais puisqu\u2019une femme qui joue du rock n\u2019a heureusement plus rien d\u2019insolite, ne serait-il pas plus que temps de cesser de s\u2019en émouvoir ?demande-t-on avec toute la mauvaise foi du monde à Sophie Rosemont.« Il ne faut pas s\u2019émouvoir qu\u2019une femme fasse du rock\u2019n\u2019roll, mais il faut souligner que ce n\u2019est pas toujours tâche aisée, que ce n\u2019est pas toujours gagné et qu\u2019elle va affronter des obstacles auxquels les hommes ne sont pas confrontés.Ce n\u2019est plus rare, une femme qui joue de la batterie, mais ce qui est encore rare, c\u2019est une femme qui joue de la batterie, qui est aussi bien payée qu\u2019un homme et qui a autant d\u2019occasions de jouer qu\u2019un homme.» Au terme de cette classe de maître sur la présence majeure des femmes dans l\u2019univers des guitares assourdissantes qu\u2019est Girls Rock, difficile de nier que la rockeuse a été le passé du rock plus qu\u2019on le croyait.Dif ficile aussi de ne pas croire qu\u2019elle sera, selon toute vraisemblance, son avenir.Sophie Rosemont chantera à la fin de notre conversation les louanges de la nouvelle reine de la nonchalance, Courtney Barnett, ou de l\u2019incandescente Weyes Blood, tout en se réjouissant que les subversifs idéaux du punk trouvent d\u2019indomptables continuatrices chez des rappeuses comme Cardi B.Et si le féminisme n\u2019a jamais compté autant de soldates dans l\u2019univers de la pop globale, la journaliste et mélomane refuse de trop craindre la récupération corporatiste ou la dilution du message.La voilà qui cite spontanément les paroles de la pièce #1 Must Have de la légendaire formation Sleater-Kinney, dans laquelle Carrie Brownstein raillait le féminisme pop façon Spice Girls.«Elles étaient méfiantes, craignant que ça puisse devenir une tendance plus qu\u2019un engagement.C\u2019est un risque, forcément, mais en même temps, cette nouvelle liberté de parole qu\u2019a fait émerger #MoiAussi est tellement forte.Je crois que tout est bon à prendre, même s\u2019il y a un peu d\u2019opportunisme, pour s\u2019imposer face au patriarcat.» Girls Rock Sophie Rosemont, NiL éditions, Paris, 2019, 352 pages Il ne faut pas s\u2019émouvoir qu\u2019une femme fasse du rock\u2019n\u2019roll, mais il faut souligner que ce n\u2019est pas toujours tâche aisée, que ce n\u2019est pas toujours gagné et que la femme va affronter des obstacles auxquels les hommes ne sont pas confrontés SOPHIE ROSEMONT » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 L i r e 2 6 | CRITIQUE CROISÉE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Puisqu\u2019un livre ne s\u2019écrit jamais vraiment que dans les yeux de celui ou celle qui le lit, un recueil de poésie est toujours en quelque sorte un livre dont vous êtes le héros.Une conception généreuse du rapport auteur- lecteur qu\u2019Alexandre Deschênes prend (très) au pied de la lettre dans En chaloupe dans l\u2019crushed stone, véritable recueil de poésie dont vous êtes le héros, conçu sous le même modèle que ces romans d\u2019aventures s\u2019adressant généralement à la jeunesse.Ça fonctionne comment ?Après avoir rempli votre « feuille de personnage », armez-vous d\u2019un dé à 12 faces et suivez les indications fournies au bas de chacun des poèmes, grâce auxquelles vous papillonnerez de façon parfaitement non linéaire à travers le livre.Il serait d\u2019ailleurs possible, selon la page Facebook des Éditions de l\u2019Écrou, de « faire le tour » d\u2019En chaloupe dans l\u2019crushed stone en seulement 10 textes \u2014 une expérience aussi courte signifierait que vous avez été particulièrement malchanceux et que vous ayez été soumis aux plus graves périls.Malgré la légèreté apparente de son projet, le poète de Gatineau (Buckingham Palace, 2017) camoufle derrière une série de métaphores navales le portrait d\u2019un homme surnageant dans la garnotte de ses dépendances.«Tes armures de glace / tes anciens modèles / garroche-moé ça / drette là // dans dompe à déchets», se lance à lui- même son héros, même si c\u2019est lui qui finit trop souvent par ressembler à un déchet, après une nuit dans les bras de ses mauvaises habitudes.Il y a donc quelque chose d\u2019admirable dans ce désir de ludifier la poésie, un genre littéraire dont le plaisir n\u2019apparaît pas toujours évident aux yeux du grand public, bien que l\u2019intérêt de cette expérimentation cousue de poèmes inégaux réside aussi dans ce que son auteur parvient à dire à l\u2019aide de cette forme saugrenue qu\u2019il met à sa main.Parce que si Alexandre Deschênes écrit un livre dont vous êtes le héros, c\u2019est sans doute un peu par bravade comique, mais surtout pour contredire les chantres de la prise en main de son destin et rappeler que, dans la vie comme dans son livre, celui ou celle qui jongle avec des problèmes de santé mentale ou de dépendance fait face à des forces qui le dépassent.Mes muses les touladis «Les pêcheurs ont beau être des écrivains en herbe / Chacun sait qu\u2019ils braderaient leurs œuvres / Contre cinq kilos de chair fraîche », écrit Alain Fisette.Puisque la possibilité d\u2019un pareil troc ne s\u2019est pas présentée, le voilà qui rappor te à la fois quelques bonnes prises et quelques bons poèmes d\u2019une de ses plus récentes sorties sur l\u2019eau, dont il rend compte dans Poisson-clown, un recueil de poésie sur la pêche et le cirque.Avec ses méditations sur les mystères qui font que la bête mord ou pas, ses portraits contemplatifs de la faune ainsi que ses conseils pour un filetage efficace, la première partie de ce livre compose sans doute le guide d\u2019initiation à la pêche le moins pratique sur le marché, mais aussi le plus joliment insolite.L\u2019apparition qu\u2019y effectue l\u2019ancien lanceur des Expos Bill « Spaceman » Lee dispute à cette ode à l\u2019état second dans lequel une visite chez Le Baron Chasse & Pêche propulse l\u2019auteur (« Le porno de chacun ») la palme du poème au thème le plus improbable.La chaloupe d\u2019Alain Fisette baigne ainsi dans des eaux beaucoup plus sereines que celles dans lesquelles Alexandre Deschênes a été jeté, même si le vétéran partage avec son cadet une affection pour une poésie ne craignant pas de frayer là où une certaine tradition littéraire, par esprit de sérieux, refuse traditionnellement d\u2019aller déposer ses œufs.Parlons ici de désacralisation, ou, si vous préférez, d\u2019un parti pris pour le fonne simple et pur que devrait procurer la poésie.Dans une deuxième partie inspirée des ar ts circassiens, Alain Fisette multiplie avec moins de flair les analogies entre écriture et funambulisme, contorsion ou trapèze.C\u2019est pourtant dans le silence de la nature que nous préférons philosopher en sa compagnie.« Pour un pêcheur / Dieu n\u2019existe que sur l\u2019eau // L\u2019invoquer ailleurs reviendrait pour lui / À sabrer une bouteille de champagne vide.» Quand la poésie devient un jeu Un recueil dont vous êtes le héros ?Des poèmes sur la pêche ?Oui, la poésie se ludifie ! Poisson-clown est un recueil de poésie sur la pêche et le cirque.JOE KLAMAR AGENCE FRANCE-PRESSE En chaloupe dans l\u2019crushed stone ?Alexandre Deschênes, Éditions de l\u2019Écrou, Montréal, 2019, 112 pages Poisson-clown ?Alain Fisette, Éditions de La Grenouillère, Saint-Sauveur- des-Monts, 2019, 88 pages BÉDÉ Le retour à la terre Tome 6.Les métamorphoses Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet, Dargaud, Paris, 2019, 45 planches Manu Larcenet a mis sept ans pour en finir avec Blast, terrible voyage au bout de la noirceur humaine.Grande œuvre dûment célébrée, mais à quel prix ?Comment aller si loin et en revenir ?On a ici la réponse, dans la suite inespérée de la série dessinée et inspirée par le même Manu, scéna- risée par l\u2019ami Jean-Yves Ferri.Dans ce retour du mer veilleux Retour à la terre, une saga poétique, fantastique, drolatique ET réaliste du quotidien d\u2019un bédéiste parisien (Manu « Larssinet ») parti fonder famille dans la campagne (très) profonde, on se retrouve à la fin du processus de création de « Plast » et l\u2019on constate les états extrêmes par lesquels le créateur a dû passer.Dans sa bulle noire, notre obsessif Larssinet, caché sous sa casquette rouge, ne s\u2019est pas aperçu que sa compagne Mariette était enceinte de sept mois, pas plus que de la prolifération des chats, et son sommeil est peuplé de cauchemars.« Ça, c\u2019est à force de dessiner \u201cPlast\u201d, cette bédé morbide», résume Mariette.« Comment tu écris \u201czoophile nécrophage\u201d», lui demande-t-il, incapable de renouer avec le monde.Autour de lui, la vie de campagne continue, Madame Mortemont parle à son « Samsong » comme si c\u2019était quelqu\u2019un, l\u2019épicier Loupiot se révèle voyant à temps partiel.Parallèlement, on suit le périple de l\u2019éditeur adjoint Philippe, envoyé par Dargaud pour détourner Manu de son «Plast » et qui se perd en chemin (et se trouve, aussi).Et Ferri là-de- dans ?Il bosse sur ses scénarios de la reprise d\u2019Astérix, jusqu\u2019à ce que\u2026 C\u2019est dire le génie de la mise en abyme du tandem Ferri-Larcenet, qui met ainsi en scène une réalité complexe et permet de dire l\u2019indicible à travers un univers attachant et vrai, où l\u2019amitié et la famille l\u2019emportent finalement sur l\u2019horreur.Aussi fort que Blast, mais avec de jolies couleurs.Sylvain Cormier Terreur, terre et bonheur | 2 7 L i r e F i c t i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Inspirée par les silences, les souvenirs immatériels et autres vides narratifs qui forment l\u2019histoire individuelle de chacun, l\u2019artiste Céline Huyghe- baert a recours à une multitude de voies et de supports, parmi lesquels l\u2019écriture, la photographie, le collage, l\u2019entrevue et la collecte d\u2019archives, pour raconter et ainsi redonner vie à ce qui «ne laisse pas de trace».Le drap blanc, son premier livre, s\u2019inscrit dans cette démarche éclatée.Le terme « roman » s\u2019avère trop réducteur pour décrire cet ovni littéraire dont la forme peu conventionnelle sous-tend une authenticité troublante et une vérité dont l\u2019aspect anecdotique ne fait que renforcer le sentiment d\u2019universalité.À mi-chemin entre le récit autobiographique, l\u2019enquête journalistique et le journal intime, le bouquin constitue un amalgame de souvenirs et d\u2019informations récoltés par l\u2019auteure afin de compenser et de faire la paix avec l\u2019absence de son père, un homme inaccessible et profondément malheureux, parti avant les adieux rédempteurs.« On s\u2019est promis qu\u2019on garderait sa mémoire vivante, qu\u2019on parlerait de lui souvent.Et ce dont on parlerait, on ne se l\u2019avouait pas, mais ce serait uniquement des choses dont on devait se souvenir, les anecdotes qui faisaient couler dans nos veines un sirop agréable, pas le mauvais vin qu\u2019il buvait pour se perdre.» Pour esquisser un portrait juste de cette figure paternelle évanescente, Huyghebaert a recours à une multitude de documents, de témoignages et d\u2019archives mythologiques personnelles.Ainsi, le récit oscille entre de courts récits qui prennent la forme de nouvelles, des transcriptions de conversations tenues avec les proches de son père, des photographies auréolées de légendes, d\u2019extraits de lettres, de listes de rêves et de souvenirs épars et de questionnaires récoltant quelques perceptions sur l\u2019homme.Ces dif férents objets littéraires constituent tous des fragments autarciques qui, lorsque combinés, s\u2019offrent en témoignage poignant et morcelé de l\u2019existence d\u2019un homme qui, tel qu\u2019il le paraissait aux yeux de sa fille, demeure insaisissable et par conséquent tributaire de la réalité de chaque lecteur prêt à s\u2019approprier le récit et à colmater ses brèches.Malgré l\u2019absence de linéarité et les notions vaporeuses d\u2019espace-temps, l\u2019artiste parvient à retracer le long parcours jalonné d\u2019embûches, de détresse et de refus que doit emprunter l\u2019endeuillé.C\u2019est cette forme de récit qui, finalement, forme un tout cohérent et marque les esprits.Par son discours franc, son refus de recourir à l\u2019euphémisme et sa capacité à l\u2019analyse et à l\u2019autocritique, elle recrée la sensation du gouffre béant qui menace à tout moment d\u2019engloutir ceux qui restent, ainsi que l\u2019apaisement qui s\u2019installe progressivement à mesure qu\u2019ils parviennent à remonter à la surface et à s\u2019approcher de la lumière.Guérir par la fiction Céline Huyghebaert fait de son premier livre une véritable œuvre d\u2019art Le livre de Céline Huyghebaert se situe à mi-chemin entre le récit autobiographique, l\u2019enquête journalistique et le journal intime.JUSTINE LATOUR LE QUARTANIER Le drap blanc ?Céline Huyghebaert, Le Quartanier, Montréal, 2019, 336 pages CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Chez les grands écrivains, ce sont les personnages, ces chatoiements d\u2019imaginaire \u2014 plus que la vir tuo- sité, l\u2019originalité ou la trame \u2014, qui harponnent les esprits et transcendent les époques, les frontières et les cultures.Don inestimable dont a visiblement hérité l\u2019auteur émergent irlandais Do- nal Ryan.Dans Tout ce que nous allons savoir, son troisième roman publié au Québec, il met en scène une femme tourmentée, pétrie de contradictions, aussi froide et égoïste que chaleureuse et empathique, dont la complexité, la conscience de soi et l\u2019hypersensibilité recèlent des effluves d\u2019Anna Karénine.« Mar tin Toppy est le fils d\u2019un homme célèbre chez les gens du voyage et le père de mon enfant à naître.Il a dix-sept ans, j\u2019en ai trente- trois.J\u2019étais son professeur particulier.» Dès les premières lignes, le ton est donné, le jugement trop hâtif est défié.Aucune concession n\u2019héroï- sera les protagonistes de ce récit troublant et déchirant.C\u2019est la vie, la vraie, avec ses monstruosités, ses prodiges et ses déchirants espoirs qui sera racontée.Melody Shee est enceinte de douze semaines lorsqu\u2019elle entreprend l\u2019écriture d\u2019un journal.Assumée et frondeuse, elle est oppressée par les blessures béantes creusées par un mariage toxique, une mère absente et la grande trahison de l\u2019aboutissement de l\u2019enfance.Sa procession vers la paix et le pardon la mènera sur la route de Mary, une jeune femme énigmatique, membre de la communauté du voyage et dotée d\u2019un don de troisième vue.Avec elle, elle entrera dans l\u2019univers des voyageurs, caractérisé par ses alliances familiales, ses conseils de guerre et ses vengeances barbares.Le roman progresse au rythme de la grossesse, porté par une écriture à la fois acérée et romanesque, entre les torrents de haine qui se déchaînent entre Melody et son ex-mari, l\u2019autoflagellation d\u2019une femme qui n\u2019a aucune emprise sur ses émotions et les luttes sanglantes des voyageurs.Dans la narration, Ryan ne trouve pas toujours la justesse de ton qui caractérise son antihéroïne.Ainsi, malgré sa volonté de donner une voix et une visibilité au peuple nomade d\u2019Irlande, l\u2019auteur échoue à s\u2019extirper des clichés de violence et de criminalité qui les entourent.Pour le regard extérieur, cette trame, bien que fascinante sous une perspective légendaire, peine à s\u2019imposer et à prendre son ancrage dans une réalité qui se veut nuancée.L\u2019impression de réalisme et l\u2019humanité brute par viennent tout de même à s\u2019imposer, transperçant ce contexte d\u2019une intangibilité presque féerique.L\u2019authenticité des émotions, des déchirements et des apprentissages que traversent les personnages font de Tout ce que nous allons savoir une fable universelle sur la solitude, la trahison et l\u2019amitié.Poignant.Tourmente sans concession Donal Ryan invente un personnage dont la complexité rappelle Anna Karénine Donal Ryan signe une fable universelle sur la solitude, la trahison et l\u2019amitié.ALBIN MICHEL Tout ce que nous allons savoir ?1/2 Donal Ryan, traduit de l\u2019anglais par Marie Hermet, Albin Michel, Paris, 2019, 288 Pages erge Bouchard s\u2019en souvient : son grand ami et complice Bernard Arcand parlait souvent des Cuivas.À la fin des années 1960, le regretté anthropologue québécois avait passé deux ans auprès de cette petite population de chasseurs-cueilleurs nomades vivant dans les Llanos, en Colombie.En 1971, sa thèse sur le sujet avait été soumise et acceptée.Toutefois, Bernard Arcand avait toujours souhaité en faire paraître une version littéraire, plus «accessible ».Car pendant ses périples dans la vaste plaine herbeuse du nord-ouest de l\u2019Amérique du Sud, Bernard Ar- cand avait observé le mode de vie des Cuivas, oui, mais surtout le monde à travers leurs yeux.« Beaucoup de ses commentaires sont branchés sur au- jourd\u2019hui, remarque Serge Bouchard.Que ce soit à propos des relations hommes-femmes, de la notion de travail, de la dépression nerveuse, du fait d\u2019être heureux.» En 2002, lors d\u2019une année sabbatique en Californie, le respecté professeur a rédigé un premier jet de son manuscrit destiné au grand public.Il manquait la fin, mais « c\u2019est correct, ne t\u2019inquiète pas, avait-il dit à son épouse Ulla Hof f.Je vais le finir, je vais le finir ».En octobre 2008, on lui diagnostiquait un cancer.Trois mois plus tard, la maladie l\u2019emportait.Il n\u2019a jamais fini son livre.Suivant un engagement posthume, Ulla Hof f s\u2019en est chargée, épaulée par Serge Bouchard et Sylvie Vincent, une amie et collègue de Bernard Ar- cand avec qui il avait cosigné, en 1979, L\u2019image de l\u2019Améridien dans les manuels scolaires du Québec.« Il a fallu du temps, dit-elle.Sa mort est arrivée si soudainement.Nous étions assommés.Nous ne pouvions pas commencer à imaginer de faire un travail à l\u2019intérieur de sa tête.» De fait, le manuscrit, qui paraît chez LUX sous le simple titre Les Cuivas, a peu été retouché.Ulla Hoff y a ajouté, notamment, des photos prises à l\u2019époque par son compagnon.Ainsi qu\u2019une postface du professeur de l\u2019Université nationale de Colombie Francesco Ortiz.Ce dernier fait un état des lieux de la situation toujours fragile du peuple au cœur du récit.Il livre également le grand message du texte inédit de Bernard Arcand : «Nulle société ne peut survivre si elle se fonde sur l\u2019égoïsme ».En introduction du livre, Ulla Hoff a également placé un texte magnifique, « Bernard, tel que je l\u2019ai aimé ».Un texte dans lequel elle raconte sa rencontre par un soir d\u2019octobre 1967 à Cambridge avec celui qui deviendra son mari.L\u2019histoire de ce coup de foudre est entrecoupée de lettres de son amoureux par ti au loin, pour finir ses études sur le terrain.Par exemple, cette missive que le jeune anthropologue lui avait envoyée « d\u2019un lieu nommé Mochuelo, dans la savane tropicale » en juillet 1968 : « Je mets [cette lettre] dans les mains d\u2019un Indien qui ira la porter en canot à l\u2019hacienda d\u2019un cow-boy co- lombien qui se rendra, lui aussi en canot, jusqu\u2019à Cravo Norte où un avion militaire colombien vient régulièrement chercher la poste pour l\u2019amener à Bogota.De là, ma lettre devrait se rendre à ton adresse au Danemark.» « Chaque fois que je recevais une lettre de sa main, c\u2019était la fête.\u201cJ\u2019ai des nouvelles de lui, il est encore en vie !\u201d On maintenait la flamme, raconte madame Hoff.C\u2019était toute une aventure.» Les Cuivas se lit d\u2019ailleurs comme tel.Un récit d\u2019aventures.Les voyages en canot qu\u2019effectue l\u2019anthropologue- narrateur, les marches sur des kilomètres, les expériences de rencontres, de découvertes, de malentendus et de rires.« Il avait un sens de l\u2019humour terrible !» lance Serge Bouchard.On le saisit dans ce livre, tout comme l\u2019on saisit toutes les nuances, les dif férentes étapes de la prise de contact avec le peuple cuiva, les difficultés d\u2019adaptation, les erreurs que l\u2019on peut faire quand on arrive dans un lieu lointain et que l\u2019on ne connaît pas encore les traditions.Une méthode anthropologique classique, à l\u2019ancienne, impossible aujourd\u2019hui, selon Serge Bouchard.« Les gens sont trop pressés, l\u2019anthropologie de terrain s\u2019est désagrégée.La texture du monde a changé.» Le temps qui passe La texture\u2026 voilà ce qui ressort de ces écrits où l\u2019on sent la végétation, la pluie, les marais, les rivières, la chaleur, celle, humaine, comme celle du temps qu\u2019il fait.D\u2019ailleurs, le temps, qui s\u2019étire, se savoure, passe trop lentement parfois, semble avoir une signification différente dans ces pages.« De nos jours, le temps s\u2019est compressé, remarque M.Bouchard.Nous sommes dans la consommation.Les cultures sont devenues des étalages chez Costco.\u201cJe suis allé en Malaisie, je reviens de Thaïlande, j\u2019ai été en Amérique du Sud, j\u2019ai fait du trekking sur la Terre de Feu, j\u2019ai vu des Patagoniens.\u201d » L i r e E s s a i 2 8 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E ENTREVUE NATALIA WYSOCKA COLLABORATRICE LE DEVOIR La texture du monde Dix ans après le décès de Bernard Arcand, le texte inédit de l\u2019anthropologue sur les Cuivas arrive en librairie PEDRO RUIZ LE DEVOIR TIFFET S Rien de tout cela dans cette ethnographie détaillée et humaine.« Plus personne au monde fait ça ! Vous savez qu\u2019il y a eu le film Le dernier des Cuivas ?Eh bien, on pourrait dire qu\u2019il y a eu un film Le dernier des anthropologues classiques, Bernard Arcand.» L\u2019appel de l\u2019époque En 1970, âgée de 20 ans, Ulla Hof f avait été rejoindre son amour québécois en Colombie, puis avait passé deux semaines chez les Cuivas.« Je ne sais pas comment Bernard avait fait, mais il était venu à ma rencontre avant même que j\u2019aie passé la douane, raconte-t-elle.Nous étions si jeunes ! Il était par ti à 23 ans avec, déjà, une maîtrise dans la poche.C\u2019était un précoce ! » Dans son texte, celle qui est devenue psychologue spécialisée en spectre de l \u2019autisme rappelle le contexte historiquement bouillonnant de l\u2019époque.Celle de « la guerre du Vietnam, des révolutionnaires en Amérique latine, des grandes discussions sur les modèles sociaux, le mar xisme, le communisme, le socialisme et le capitalisme, l\u2019époque aussi des révoltes étudiantes, de la montée du nationalisme québécois, le pays de Bernard !» Arcand qui fut, non seulement, le directeur de thèse de Serge Bou- chard, mais également son coanima- teur à l\u2019émission Les lieux communs, sur les ondes de Radio-Canada.Les coéquipiers « allergiques à la pensée facile » s\u2019y désolaient, par exemple, des « opinions minute formatées des chroniqueurs ».Et ce, déjà en 1995.«Je m\u2019ennuie tellement de lui\u2026 laisse-t-il tomber.Vous savez, Bernard avait une manie.Chaque fois que je faisais de la radio tout seul, il téléphonait pour me dire: \u201cJe ne l\u2019aurais pas expliqué ainsi\u201d, ou parfois même carrément : \u201cT\u2019as été pourri !\u201d Ha ! J\u2019y pense encore.Après dix ans, j\u2019attends toujours son coup de fil.» | 2 9 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 HISTOIRE L\u2019esprit du collège Sainte-Marie toujours là ?Direction : François Leclair et Jacques Monday, Association des anciens élèves du CSM, Montréal, 2019, 276 pages Honoré Mercier, futur premier ministre du Québec, puis de futurs écrivains, comme Claude Gauvreau et Hubert Aquin, y étudièrent.Un ouvrage collectif restitue le frisson de Sainte-Marie, ce collège classique jésuite qui, durant sa longue existence (1848-1969), a profondément marqué l\u2019histoire de Montréal.Ne subsistent plus au centre-ville que l\u2019église et le centre de créativité du Gesù.Parmi les collaborateurs du livre illustré figurent le journaliste Marc Laurendeau, l\u2019essayiste Georges Leroux et le musicien François Cousineau.Le témoignage d\u2019un autre ancien, le polito- logue Louis Balthazar, qui y interpréta le rôle d\u2019Hamlet en 1948, montre que, par le théâtre, le collège dépassa la culture livresque pour atteindre la conscience vitale.Pour se procurer l\u2019ouvrage : info@saintemarie.ca Michel Lapierre HOMMAGE Dictionnaire amoureux de Jean d\u2019Ormesson ?Jean-Marie Rouart, Plon, Paris, 2019, 500 pages À eux seuls, les mots semblent tracer une silhouette : Corse, Parménide, bains de mer, Rome, Druon (Maurice), adultère ou téléphone.Proche de l\u2019écrivain décédé en 2017, qu\u2019il a connu en tremblant d\u2019admiration à l\u2019âge de 18 ans, longtemps avant qu\u2019il ne lui remette sa traditionnelle épée d\u2019académicien (tout comme il l\u2019a fait pour Dany Laferrière), Jean-Marie Rouart livre un substantiel Dictionnaire amoureux de Jean d\u2019Ormesson.Un livre farci d\u2019anecdotes intimes autant que littéraires sur ce personnage «né dans un monde qui regardait en arrière », obsédé par le temps et que le temps a fini par rattraper.C\u2019est avec admiration, mais sans complaisance, que Rouart rend ici hommage à l\u2019auteur de La douane de mer et à leur longue amitié qui n\u2019a «pas toujours été exempte d\u2019orages».Christian Desmeules Suivant un engagement posthume, l\u2019épouse de Bernard Arcand, Ulla Hoff, s\u2019est chargée de terminer le manuscrit de l\u2019anthropologue sur ses périples sud- américains, où il avait observé le mode de vie des Cuivas.Elle fut épaulée par l\u2019anthropologue Serge Bouchard (photo du bas) et Sylvie Vincent, une collègue d\u2019Arcand.FRANCIS VACHON LE DEVOIR Les Cuivas Bernard Arcand, Lux éditeur, Montréal, 2019, 368 pages Je ne sais pas si, du côté des morts, ils ont des nouvelles des vivants, mais si c\u2019est le cas, il doit être ben content ! SERGE BOUCHARD » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 L i r e B a n d e d e s s i n é e 3 0 | CRITIQUE RALPH ELAWANI COLLABORATEUR LE DEVOIR Imaginez ce grand vide qui suit la plupart des ruptures amoureuses.Celui des estomacs qui vomissent leur bile à l\u2019idée d\u2019un corps voguant vers un autre, comme le font les âmes par métempsychose.Remplissez ce vide de la paranoïa qui dope les sentiments à la jalousie et à la hantise que « quelqu\u2019un, quelque part, puisse être heureux », comme le disait le polémiste H.L.Mencken.Dites-vous maintenant que votre condition est encore favorable, malgré le déjeuner que vous venez de renvoyer.En effet, votre ancienne flamme n\u2019est pas portée disparue et elle n\u2019a aucune chance de revenir dans votre vie par la voie des nouvelles du soir, d\u2019une vidéo de meurtre sordide qui a fuité ou de théories conspiration- nistes, comme c\u2019est le cas dans le tortueux Sabrina, de Nick Drnaso.Le premier roman graphique de l\u2019histoire à se retrouver en lice pour le prix Booker.Un récit for t simple qui nous force à constater la dématérialisation du mal et ses conséquences.Sabrina, une jeune femme sans histoire, qui faisait des mots croisés avec sa sœur et planifiait faire le tour des Grands Lacs à vélo, disparaît du jour au lendemain.« Quitte la ville, déconnecte-toi d\u2019Internet », disait- elle.Ces deux impératifs se voient rejoués à l\u2019envers lors de sa disparition.Teddy, son copain, vit alors une crise existentielle et fuit l\u2019Illinois pour le Colorado.Calvin, un ami d\u2019enfance, technicien informatique pour l\u2019US Air Force, l\u2019accueille dans son appartement triste comme l\u2019historique de recherche d\u2019un vieux garçon.Teddy passe ses journées au lit, à écouter un conspirationniste postillonner ses opinions sur le double fond de la vérité.Calvin fait de son mieux pour aider son ami, mais le vide habite celui-ci et il dépérit.À ce titre, peu de scènes dans ce bas monde témoignent de la solidarité humaine comme celle au cours de laquelle un homme en uniforme nourrit d\u2019un hamburger son copain alité.Mais un jour, l\u2019impensable se produit : un quotidien reçoit une vidéo du meurtre de Sabrina.L\u2019émission de radio qui rattachait encore Teddy au monde extérieur s\u2019empare du sujet.L\u2019incommunicable devient formules, complots et menaces, dans les mots du tout Internet.Dans son précédent livre, Beverly (Drawn&Quarterly, 2016), l\u2019auteur né en 1989 abordait le «vrai monde» avec un pessimisme attendrissant qui nous rappelait, par exemple, qu\u2019un citoyen lambda en maillot n\u2019est jamais bien plus qu\u2019un être humain pris pour se décoincer un bout de tissu de la raie des fesses.Une vision qui renvoie au cinéma de Todd Solondz, à qui le bé- déiste Chris Ware comparait Drnaso dans The Guardian.Bien sûr, Ware ne pouvait pas écrire : «on pense aussi à Chris Ware».Mais c\u2019est le cas\u2026 Beverly contenait le germe d\u2019événe- ments épouvantables qui deviennent catastrophiques, lorsque libérés en ligne.Avec Sabrina, Drnaso reprend cette idée.Et si son dernier roman graphique se terminait sur une case perdue dans le coin d\u2019une page blanche, comme pour signifier « imaginez le reste, ça pourrait être pire», Sabrina prend le tout au pied de la lettre.Le résultat est plombant et anxiogène.Bienvenue dans ce que la souffrance humaine a de plus universel.Rien ne vous effacera jamais de la mémoire du Web Nick Drnaso s\u2019intéresse à la dématérialisation du mal et à ses conséquences Sabrina, de Nick Drnaso, est le premier roman graphique de l\u2019histoire à se retrouver en lice pour le prix Booker.NICK DRNASSO Sabrina ?Nick Drnaso, traduit de l\u2019anglais par Renaud Cerqueux, Presque lune, Paris, 2019, 205 pages CRITIQUE FRANÇOIS LEMAY COLLABORATEUR LE DEVOIR Après la présentation d\u2019expositions consacrées au travail de bédéistes tels Art Spiegelman, Franquin ou Claire Bretécher, la Bibliothèque publique d\u2019information (la bibliothèque principale de Paris) nous offre une incursion dans le travail de l\u2019auteur de bande dessinée et réalisateur Riad Sattouf.Né à Paris d\u2019une mère française et d\u2019un père syrien, c\u2019est en Syrie, ainsi qu\u2019en Libye, que Sattouf passe son enfance, avant de revenir s\u2019installer en France, à l\u2019âge de 12 ans, avec ses parents.Un long séjour qui sera plus que déterminant dans son œuvre.On doit à Sattouf, entre autres, les séries Pascal Brutal (dont le troisième tome a été récompensé d\u2019un Fauve d\u2019or à Angoulême en 2010), La vie secrète des jeunes, L\u2019Arabe du futur et, plus récemment, Les cahiers d\u2019Esther.Au cinéma, on se souvient principalement des Beaux Gosses, sorti sur les écrans en 2009 et qui a remporté le César 2010 du meilleur premier film.Afin de matérialiser et d\u2019immortaliser l\u2019exposition, la bibliothèque et les éditions Allary ont donc lancé L\u2019écriture dessinée, un ouvrage dans lequel Sattouf se raconte, au fil de planches de jeunesse ou inédites, dans ce qui s\u2019avère être en fin de compte une analyse autocritique de son travail.Et, ici, pas de complaisance : le bédéiste est capable de porter un regard assez dur sur certains dessins, tout en les replaçant dans leur perspective chronologique, ce qui n\u2019est pas donné à tout le monde.Les dessins d\u2019enfant, réalisés vers 1988 et qui mettent en scène des guerriers inspirés d\u2019un univers rappelant celui de Conan le barbare, par exemple, démontrent déjà une volonté de raconter une histoire avec des images, même si l\u2019ensemble est empreint d\u2019une grande violence.Cela avait pour objectif, selon Sattouf de le détendre, car «il aimait voir des corps déchiquetés par des hommes musclés».Il raconte aussi un des moments les plus importants dans la construction de sa carrière de bédéiste, alors qu\u2019en 2002, il a été invité à partager un atelier avec Christophe Blain, Mathieu Sapin et Joann Sfar, ce dernier lui prodiguant un important conseil qui le suivra toute sa vie: quand un projet est refusé, tu en proposes un autre, jusqu\u2019à ce que quelqu\u2019un dise oui.Il faut être entêté! Bien entendu, le monde de l\u2019édition n\u2019étant pas à l\u2019abri de l\u2019incompétence, Sattouf se permet un petit direct au passage à l\u2019éditeur de la série Pascal Brutal, qui a décidé de partir en vacances le lendemain de la remise du Fauve d\u2019or au troisième tome de la série.Cela ne serait pas si grave si ledit éditeur n\u2019avait pas oublié de faire réimprimer la bédé, laissant un vide béant de quatre mois avant que le livre ne soit disponible à nouveau.Pas fort.Bref, une belle incursion qui permet de mieux comprendre et d\u2019apprécier une quarantaine d\u2019années de travail acharné d\u2019un bédéiste qui doute, mais, aussi, de mieux comprendre comment se construit un album, particulièrement dans son idéation.Et c\u2019est sans parler de ces planches qui se laissent parcourir en nous mettant en appétit, celui d\u2019aller se procurer tous ces albums qui ne demandent qu\u2019à être lus\u2026 Voyage au cœur de l\u2019œuvre de Riad Sattouf Le bédéiste et cinéaste se livre sans complaisance à une autocritique professionnelle Riad Sattouf se raconte au travers des planches de jeunesse ou inédites.JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019écriture dessinée ?1/2 Riad Sattouf, Éditions Allary, Paris, 2019, 210 pages | 3 1 L i r e F i c t i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 CRITIQUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Martha vient tout juste d\u2019emménager à Saint-Ouen avec sa mère Christina.Ce village reculé et sans intérêt pour l\u2019adolescente regorge pourtant \u2014 et comme tant d\u2019autres patelins \u2014 d\u2019histoires familiales, de souvenirs enfouis, de mensonges camouflés, de trahisons et d\u2019autres nébuleux racontars.C\u2019est ainsi, de petits bouts de papier anodins trouvés dans son casier en lettres de menaces \u2014 dans lesquelles on accuse sa famille d\u2019avoir commis un crime \u2014, que Mathilde se voit plongée dans un sombre passé familial.Si les éditions La courte échelle brillent d\u2019une riche diversité depuis leur refonte en 2015, la dynamique collection « Noire », lancée en 2016, participe grandement de la qualité de la maison.Avec Sombre secret, l\u2019auteure et directrice littéraire Carole Tremblay enrichit à son tour le catalogue.Dans un suspense fort en actions, saupoudré de quelques gouttes de sang, d\u2019ef froi, de haine, mais aussi d\u2019entraide et d\u2019amitié, Tremblay va plus loin que la simple mise en scène d\u2019une histoire frisson.Les missives reçues par Martha la mènent en fait sur un chemin tortueux sur lequel se pose une vieille dame, Madame Langlois, qui attribue la mort de sa fille survenue il y a plusieurs années à Roger Sirois, grand-père de l\u2019adolescente.Sa version, pleine de rage et de ran- cœur, sera entendue, tout comme celle de Christina, bouleversée par ce passé qui refait surface.La lourdeur du secret enfoui depuis tant d\u2019années prend ainsi des proportions gigantesques menant à des actes irréfléchis, commis sous le coup de l\u2019émotion.Par le truchement de personnages entiers, crédibles, por tés par une même soif de vérité ou de mensonge, Tremblay explore ainsi dif férentes questions morales.Est-il préférable de mentir pour protéger les proches, et ainsi leur éviter peine et douleur ?Ou alors de se faire vengeance en déterrant le passé?La force du récit réside dans cette réflexion ouverte.Effet domino Il n\u2019y a donc pas nécessairement ici de bons ou de méchants, de bien ou de mal, seulement des gens blessés qui agissent par souf france ou par amour.Mais, au-delà de cet état de fait, l\u2019auteure met en lumière les répercussions que peuvent avoir les gestes d\u2019hier sur les générations suivantes.Madame Langlois, endeuillée, n\u2019a jamais accepté la mort tragique de sa fille.Femme aigrie, aveuglée par la rage, elle vit dans le passé, déversant sa peine sur sa petite-fille Émilie, qui s\u2019embarque, à regret, dans cette folle histoire.Le silence de Christina a aussi des conséquences sur sa fille Martha, qui sera directement touchée et affectée par ce souvenir.Tout ce questionnement moral est porté avec délicatesse par une écriture limpide et un ton respectueux de la douleur de chacun, tantôt tendre et posé, tantôt brusque et tranchant, mais toujours senti.Le texte est par ailleurs sillonné de dif fé- rents modes de communication \u2014 dialogues, lettres manuscrites, cla- vardage, en plus des illustrations atmosphériques de Delphie Côté- Lacroix \u2014, lesquelles ont pour effet de dynamiser la lecture tout en épousant le rythme cadencé de l\u2019intrigue.Sombre secret of fre au final un savant dosage de tout ce qui fait honneur au genre.Au-delà du roman frisson Dans un suspense rondement mené, Carole Tremblay expose les effets collatéraux du mensonge Carole Tremblay met en lumière les répercussions que peuvent avoir les gestes d\u2019hier sur les générations suivantes.DELPHIE CÔTÉ-LACROIX Sombre secret ?1/2 Carole Tremblay et Delphie Côté-Lacroix, La courte échelle, Montréal, 2019, 240 pages CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR Depuis que l\u2019on sait que J.K.Rowling se cache derrière le pseudonyme de Robert Galbraith, plusieurs se demandent ce qu\u2019y gagne la créatrice de l\u2019univers d\u2019Harry Potter.La réponse la plus évidente tient au fait qu\u2019en écrivant sous le nom de Galbraith, Rowling se permet d\u2019aborder un genre bien différent de celui qui l\u2019a rendue célèbre.Bref, la voici maintenant consacrée aussi auteure de polars\u2026 Infiltrations en série Place donc à la quatrième (déjà !) grande enquête menée par Cormoran Strike et sa brillante associée Robin Ellacott.Ce gros livre de plus de 700 pages est tellement touffu et ses éléments sont si complexes et ramifiés qu\u2019il serait illusoire d\u2019en tenter un résumé.On en soulignera plutôt les grandes lignes en posant tout de suite que ce Blanc mortel est indéniablement l\u2019ouvrage le plus réussi de Robert Galbraith.Le récit s\u2019amorce quelques mois avant la tenue des Jeux olympiques de Londres en 2012 alors que, à peine remis de la capture de l\u2019Éventreur de Shacklewell (voir La carrière du mal chez le même éditeur), on retrouve Cormoran à la réception suivant le mariage de Robin et Matthew.La scène plutôt étrange a des allures d\u2019opérette et souligne d\u2019abord à quel point la relation ambiguë entre les deux associés fait partie de la trame de fond de la série.De ce côté, rien n\u2019a bougé, on s\u2019en rendra vite compte.Il y a ensuite et surtout que Strike a reçu la visite d\u2019un jeune homme «un peu dérangé» disant avoir assisté au meurtre d\u2019une petite fille ; au même moment, il se voit confier une enquête par un ministre du gouvernement conservateur.Le détective n\u2019aura bientôt d\u2019autre choix que d\u2019engager deux nouveaux enquêteurs, alors que Robin s\u2019infiltre dans les coulisses de la Chambre des communes pour s\u2019occuper prioritairement du ministre victime de chantage.Comme dans la vraie vie, tout cela roule en même temps à un rythme plutôt époustouflant\u2026 Le simple fait de suivre la piste des deux enquêtes tout en laissant se dérouler la tragicomédie du triangle Matthew-Robin-Cormoran offre une vue saisissante de la société anglaise pré-Brexit.Le ministre de la Culture, Jasper Chiswell, fait ainsi partie d\u2019une vieille famille d\u2019aristocrates déplumés saisissant mal les enjeux du nouveau millénaire.Ses démêlés avec ses enfants sont l\u2019occasion d\u2019une vue plongeante sur un monde qui s\u2019éteint.Puis voilà qu\u2019on retrouve le vieux Chiswell apparemment suicidé\u2026 Strike et son équipe devront mettre les bouchées doubles pour dénouer l\u2019affaire et éviter, encore une fois, que Robin ne soit la cible de celui qui a échafaudé brillamment toute cette histoire\u2026 qui devient de plus en plus tordue et compliquée à mesure que l\u2019on avance.Et comme dans tous les livres de Rowling-Galbraith qui se respectent, le récit éclate à la fin dans un crescendo indescriptible.Robert Galbraith sait de toute évidence écrire des histoires aussi bien que J.K.Rowling.Ses personnages clés ont maintenant acquis leur maturité : complexes, complets, étonnants, Cormoran et Robin, de même que tous ceux qui orbitent dans leur cercle immédiat, sont des personnages aussi vrais et aussi solides qu\u2019attachants.Reste que, dans cette intrigue d\u2019une densité anxiogène, Galbraith permet d\u2019abord à Rowling de jeter un regard critique sur le monde réel dans lequel vivent ses personnages.Et pour les Moldus que nous sommes, le résultat est aussi clair qu\u2019accablant.Ce monde qui s\u2019éteint Une intrigue de plus en plus tordue sur fond de désintégration de l\u2019aristocratie britannique Blanc mortel est indéniablement l\u2019ouvrage le plus réussi de Robert Galbraith / J.K.Rowling.TOLGA AKMEN AGENCE FRANCE-PRESSE Blanc mortel ?Robert Galbraith (J.K.Rowling), traduit de l\u2019anglais par Florianne Vidal, Grasset, Paris, 2019, 704 pages CRITIQUE SÉBASTIEN VINCENT COLLABORATEUR LE DEVOIR La diaspora africaine à destination des Amériques « constitue la plus grande migration forcée de l\u2019histoire de l\u2019humanité ».Même si les Britanniques et les Américains ont aboli la traite négrière respectivement en 1807 et en 1808, on estime à près de quatre millions le nombre d\u2019Africains échangés, entre 1801 et 1866, contre des marchandises.L\u2019un d\u2019eux, Olualé Kossola, alors âgé de 19 ans, embarqua en 1859 à bord du dernier navire négrier américain, le Clotilda, au départ de Oui- dah, sur les rives du Bénin.Une centaine d\u2019Africains et lui faisaient l\u2019objet d\u2019une transaction entre un contrebandier américain et un roi africain.Son histoire, exemplaire, est immortalisée dans Barracoon, qui, « telle une relique remontée du fond de l\u2019océan, nous parle de survie et de persévérance ».Soixante-sept ans après les faits À la fin des années 1920, l\u2019anthropologue afro-américaine Zora Neale Hurston (1891-1960) mena trois longs entretiens avec Kossola, aussi appelé Cudjo Lewis.L\u2019homme était l\u2019un des derniers esclaves américains connus capables de raconter leur expérience : « Enfin quelqu\u2019un vient demander qui c\u2019est Cudjo ! Je veux lui raconter et peut- être qu\u2019un jour, ce quelqu\u2019un va aller en terre d\u2019Afficky.[\u2026] Je veux que tu racontes partout ce que Cudjo a dit.» Kossola livra un récit précis, mais un « peu brumeux sur certains détails », 67 ans après les faits.Dans une langue rythmée, il se confia avec enthousiasme, parfois avec réticence ou mélancolie.Il évoqua l\u2019assaut de son village par les femmes guerrières du roi du Dahomey, la marche forcée de trois mois qui s\u2019ensuivit, puis le séjour dans les baraques (barracoons) de Ouidah.Ces bâtiments servaient au confinement des Africains destinés à être exportés vers l\u2019Europe et les Amériques.Après l\u2019éprouvante traversée de l\u2019Atlantique, Kossola raconte sa vie d\u2019esclave dans l\u2019Alabama, de 1860 à la fin de la guerre de Sécession.Affranchis, lui et les siens ont fondé, non sans difficulté, Africatown, un village au- jourd\u2019hui appelé Plateau (Alabama).Un ouvrage resté inédit Zora Neale Hurston acheva son manuscrit en 1931.Son éventuelle publication contraria les thuriféraires du renouveau de la culture afro-américaine de l\u2019entre-deux- guerres.De fait, le récit stupéfiant et révoltant de Kossola montre les atrocités que s\u2019infligèrent les peuples africains au profit de la traite d\u2019esclaves, mais surtout la manière dont les Noirs américains ont ostracisé leurs semblables venus d\u2019Afrique.On critiqua aussi la décision de Hurston de recourir à l\u2019anglais vernaculaire afro-américain plutôt qu\u2019à un anglais plus classique.Elle a maintenu son choix par souci d\u2019authenticité.Finalement, aucun éditeur ne publia « ces histoires de nègres » écrites en dialecte.Document historique extrêmement rare extirpé des archives en 2018, Barracoon of fre une contre- histoire du rêve américain, qui conserve l\u2019oralité du langage parlé sans pour autant basculer dans la caricature.Kossola a ainsi pu « raconter son histoire à sa manière à lui ».Une histoire de servitude, d\u2019horreur et de désarroi, d\u2019espoir et de liberté.L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 L i r e E s s a i 32 | CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR La République des Moluques du Sud, il est probable, dira peu de choses à la plupart des lecteurs.Mais après la proclamation de l\u2019indépendance de l\u2019Indonésie en 1945 à Jakar ta et l\u2019écrasement de la rébellion par l\u2019armée indonésienne, le gouvernement en réaction de l\u2019éphémère république moluquoise sécessionniste et des milliers de soldats de l\u2019«armée royale des Indes néerlandaises», précipités en une nuit du mauvais côté de l\u2019Histoire, ont trouvé refuge aux Pays-Bas.Avec le temps, nourris du sentiment d\u2019être abandonnés par le gouvernement néerlandais et avec la crainte que leur lutte ne sombre dans l\u2019oubli, des membres de la deuxième génération d\u2019exilés molu- quois ont décidé de faire bouger les choses à leur façon\u2026 Ingénieur agronome de formation né en 1964, ancien repor ter qui a couvert des théâtres de guerre \u2014 en ex-Yougoslavie et en Tchétchénie, notamment \u2014, le Néerlandais Frank Westerman s\u2019intéresse à sa façon au pouvoir des mots.Dans Ingénieurs de l\u2019âme (Christian Bourgois, 2004), déjà, il nous racontait brillamment le destin de quelques écrivains soviétiques forcés de mettre leur plume au service d\u2019une idéologie.Comme ses livres précédents, Soldats de la parole se lit un peu à la façon d\u2019un roman.Mêlant journalisme d\u2019investigation, souvenirs personnels et récit imagé de quelques violentes prises d\u2019otages orchestrées par des militants sud-moluquois aux Pays- Bas dans les années 1970, l\u2019auteur tente de comprendre les motivations des uns et des autres.Et l\u2019époque était féconde, on l\u2019a peut-être oublié : l\u2019Europe a connu dans les années 1970 une longue vague d\u2019attentats « inspirés par toutes les nuances de rouge ».La bande à Baader terrorisait l\u2019Allemagne, l\u2019Italie avait ses Brigades rouges et les Palestiniens frappaient un peu partout.Petit pays de 16 millions d\u2019habitants, les Pays-Bas ont eux aussi connu des épisodes terroristes.L\u2019idée de ce livre a germé dans la foulée des attentats du 11-Septembre et le meurtre du cinéaste Theo van Gogh en 2004 par un islamiste.«Quel est le poids du parleur face au tueur ?Les mots peuvent-ils arrêter les balles ?Et quels mots ?» Pour toutes ces questions, mais aussi pour « que son découragement ne se transforme pas en cynisme », écrit-il, Frank Westerman a décidé de suivre une formation de médiateur à l\u2019École de gestion des dangers et des crises.Comment s\u2019adresse-t-on à un terroriste?Que peuvent les mots face à la terreur ?Existe-t-il des degrés de fa- natisation, une limite au-delà de laquelle la raison n\u2019a plus prise ?Des années 1970 à l\u2019attentat de Charlie Hebdo, l\u2019auteur mesure l\u2019évolution de la terreur et des réponses qui leur sont apportées \u2014 de « l\u2019approche hollandaise» conciliante au va-tout russe.Alors, la plume ou l\u2019épée?Les deux! «L\u2019épée ne peut se passer des mots.Mais l\u2019inverse est vrai également : la plume a besoin de l\u2019épée», conclut-il.Avec finesse, promenant son lecteur de tous les côtés, prenant soin d\u2019éviter la polarisation \u2014 héritage sans doute de ses années de journaliste \u2014, Westerman y examine les mécanismes humains qui contribuent à la marche de l\u2019Histoire.La plume et l\u2019épée Le terrorisme entre l\u2019acte et la parole, vu par le Néerlandais Frank Westerman Frank Westerman s\u2019intéresse à sa façon au pouvoir des mots.NATIONAAL COMITÉ 4 EN 5 MEI Soldats de la parole ?1/2 Frank Westerman, traduit du néerlandais par Mireille Cohendy, Christian Bourgois, Paris, 2019, 336 pages Déraciné Il y a près de 100 ans, une anthropologue recueillait le témoignage de l\u2019un des derniers esclaves américains Après l\u2019éprouvante traversée de l\u2019Atlantique, Kossola, aussi appelé Cudjo Lewis, raconte sa vie d\u2019esclave dans l\u2019Alabama, de 1860 à la fin de la guerre de Sécession.EMMA LANGDON-ROCHE Barracoon ?1/2 Zora Neale Hurston, traduit de l\u2019anglais par Fabienne Kanor et David Fauquem- berg, JC Lattès, Paris, 2019, 238 pages | 3 3 L i r e E s s a i L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR La jeune militante suédoise Greta Thunberg alerte l\u2019humanité.L\u2019homme de théâtre Dominic Champagne tente de convertir à l\u2019écologisme la Coalition avenir Québec.L\u2019urgence de remédier aux changements climatiques hante l\u2019opinion.Mais le penseur américain Murray Bookchin (1921-2006) rappelle que, pour éliminer la domination de l\u2019espèce humaine sur la nature, il faudrait aussi faire disparaître celle de l\u2019humanité sur elle-même.Originaire de New York, puis établi dès 1971 tout près du Québec, au Vermont, État peu urbanisé ouvert aux idées nouvelles, comme en témoigne l\u2019itinéraire d\u2019un autre New- Yorkais de gauche devenu vermon- tois, l\u2019homme politique Bernie Sanders, l\u2019ex-ouvrier autodidacte Book- chin a élaboré « une écologie sociale libertaire ».On vient d\u2019en publier, enfin dans notre langue, des textes essentiels, préfacés par l\u2019écrivain français Daniel Blanchard et rassemblés sous le titre Pouvoir de détruire, pouvoir de créer.Les entraves de la propriété privée Déjà, en 1969, à Manhattan, Book- chin lance un avertissement : «S\u2019il ne se donne pas pour objectif principal la révolution [\u2026], le mouvement écologiste ne sera bientôt plus qu\u2019une soupape de sécurité de l\u2019ordre établi.» Le militant explique qu\u2019il ne faut pas en rester «à une lutte réformiste contre la pollution ou pour la conservation de la nature \u2014 l\u2019« environne- mentalisme \u2014 », mais « prendre en charge la terre de façon communautaire, en tant que collectivité humaine, et briser les entraves de la propriété privée ».Si l\u2019utopisme de Bookchin n\u2019est pas sans se rapprocher un peu des idées de Marx, son rejet radical de « la hiérarchie comme telle » l\u2019éloigne de toutes les formes de marxisme expérimentées par divers pays.L\u2019originalité de fonder sa pensée sur le concept d\u2019une domination destructrice de la nature qui serait le reflet de la domination, également destructrice, que les êtres humains, avides de profit matériel rapide, exerceraient entre eux, élève l\u2019écolo- gisme au rang d\u2019une éthique.La démocratie directe Sa méfiance envers l\u2019État-nation, pour lui responsable des guerres, l\u2019amène à rêver à la démocratie directe que pratiqueraient villages et villes autogouvernés, écologiques et liber taires.Lucide malgré tout, Bookchin avoue, en 1993, qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019« un monde profus et bienfaisant que même Charles Fourier, le plus imaginatif des utopistes, n\u2019aurait pu imaginer ».Mais il persiste à y voir la seule solution de remplacement à la perspective d\u2019une planète détruite malgré les efforts d\u2019un éco- logisme non vraiment social.Au lieu de décourager les militants écologistes d\u2019aujourd\u2019hui, la pensée de Bookchin, précisément par son souci fou d\u2019aller au fond des choses, ne pourrait que les stimuler.La tâche de rééquilibrer la nature sur toute la Terre est si gigantesque que le recours à l\u2019irrationnel n\u2019est pas superflu.L\u2019exigence cachée de l\u2019écologisme Pour Murray Bookchin, la portée sociale de la protection de la nature est essentielle Pour éliminer la domination de l\u2019espèce humaine sur la nature, il faudrait aussi faire disparaître celle de l\u2019humanité sur elle-même, rappelle le penseur Murray Bookchin.JANET BIEHL Pouvoir de détruire, pouvoir de créer ?1/2 Murray Bookchin, traduit de l\u2019anglais par Helen Arnold et al., L\u2019Échappée, Paris, 2019, 208 pages Notre français La bataille du joual appartient au passé, et c\u2019est très bien ainsi.Les Québécois, aujourd\u2019hui, de façon générale, reconnaissent que leur langue est le français.La croisade de Léandre Bergeron en faveur de la langue québécoise date des années 1970-1980 et ne fait plus recette.Fin du débat, alors ?Pas tout à fait.Comme l\u2019écrit la linguiste Marty Laforest dans États d\u2019âme, états de langue (Alias, 2018), «plus qu\u2019à taper sur une rondelle avec un bâton, le véritable sport national des Québécois consiste à parler de la langue ».Ainsi, chaque fois qu\u2019un rappeur d\u2019ici, sous l\u2019influence de ses idoles américaines, chante en franglais, la controverse renaît, tout comme elle se réactive quand les médias nous redisent, quelques fois par année, que les futurs enseignants maîtrisent mal le français.Les Québécois semblent souvent indifférents à la langue, mais ils en discutent avec passion quand l\u2019occasion de le faire se présente.Cette ambivalence est déroutante: peu disposés à faire des efforts pour mieux maîtriser leur langue, les Québécois lui témoignent néanmoins un vif attachement.S\u2019il faut déplorer la première composante de ce sentiment linguistique, on peut au moins se réjouir de la seconde, qui laisse croire que tout n\u2019est pas perdu en la matière.Nous savons, donc, que notre langue est le français, et non le québécois, même si nous ne l\u2019honorons pas toujours comme il se doit.Nous sommes conscients, aussi, du fait que notre français n\u2019est pas exactement celui de la France.Certains mots \u2014 nos sacres, évidemment, mais aussi des termes comme dépanneur, relationniste, cégep, présentement \u2014 nous appartiennent en propre.C\u2019est la raison pour laquelle nous parlons du français québécois pour désigner notre langue.Les aménagistes Depuis quarante ans, des linguistes renommés \u2014 Jean-Claude Corbeil, Claude Poirier, Jean-Claude Boulanger, Pierre Martel, Hélène Cajolet- Laganière et Marie-Éva de Villers \u2014 plaident pour la reconnaissance de la légitimité du français québécois et pour l\u2019établissement d\u2019une norme qui lui soit propre.Cette norme serait fondée sur la variété de prestige québécoise, c\u2019est-à-dire le français parlé et écrit par nos élites, et serait consignée dans un dictionnaire.Il ne s\u2019agit pas, pour ces linguistes LOUIS CORNELLIER dits aménagistes, de faire l\u2019éloge du joual.Il s\u2019agit plutôt de définir un « français standard d\u2019ici », très semblable, on le devine, au français standard \u2014 on ne touche ni à la grammaire ni à la syntaxe \u2014, mais avec des particularités lexicales.Le dictionnaire Usito, lancé en version électronique en 2013, incarne les idées de ce courant, duquel je me sens proche.Même s\u2019il peut sembler apaisé \u2014 après tout, la différence entre le français québécois standard et le français standard n\u2019est pas si grande \u2014, le débat ne tarit pas.Le linguiste Lionel Meney, dans Main basse sur la langue (Liber, 2010), et la réviseure linguistique Diane Lamonde, notamment dans Le maquignon et son joual (Liber, 1998), dénoncent avec virulence le discours aménagiste.Pour Meney, le français québécois standard est une fumisterie et la seule norme acceptable est celle du français standard international.Meney ne nie pas l\u2019existence d\u2019une langue populaire (ou vernaculaire) typiquement québécoise et il en reconnaît la légitimité dans des situations de communication de la vie quotidienne, mais il affirme que la norme valorisée au Québec ne doit pas se distinguer de celle qui a cours dans le reste de la francophonie, si les locuteurs d\u2019ici veulent éviter l\u2019isolement.Le tranchant de Lamonde Diane Lamonde, qui pourfend elle aussi les aménagistes, devrait être son alliée.Or, dans Français québécois (Del Busso, 2019, 240 pages), elle démolit avec maestria les thèses de Meney, qu\u2019elle accuse de fausser le débat, en le politisant, par son «obsession antinationaliste ».Selon elle, Meney a donc raison de s\u2019opposer aux aménagistes, mais son argumentation est erronée.Polémiste savante et impitoyable, Lamonde ne fait pas de quartier.Elle accuse même, ô sacrilège, Marie-Éva de Villers de mauvaise maîtrise du français, preuves à l\u2019appui.Inutile de préciser, après ça, que j\u2019écris cette chronique en tremblant, d\u2019autant plus que j\u2019ai déjà été étrillé par l\u2019auteure pour mes positions aménagistes.Si le français de Madame Multi n\u2019est pas sans tache, imaginez le mien ! C\u2019est là, d\u2019ailleurs, une des raisons de l\u2019opposition de Lamonde à l\u2019idée d\u2019une norme propre au français québécois : même les élites censées servir de modèles ne sont pas à la hauteur, notamment en ce qui a trait à l\u2019usage des anglicismes.C\u2019est sévère.«Celui qui chercherait le moindre réconfort dans la prose de Lamonde sera déçu», écrivait Claude Poirier, en 2006, en recensant un précédent ouvrage de l\u2019auteure.Pas de réconfort ici, donc, mais du nerf, du front et un impressionnant brio critique. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 L i r e F i c t i o n 3 4 | CRITIQUE CROISÉE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR On aimerait croire que les clichés sur la société mexicaine relèvent d\u2019un persistant malentendu, que la violence faite aux femmes n\u2019y est pas endémique.Que la corruption de la justice n\u2019y est pas généralisée et que l\u2019argent ne mène pas le monde.Mais la réalité, hélas, est souvent conforme aux statistiques.On peut croire que le réel y tient davantage des romans de Paco Ignacio Taibo II ou des machinations du Car tel de Don Winslow que du réalisme magique d\u2019un Juan Rulfo.Et la réalité y prend par fois des airs de vaudeville, sans jamais faire sourire personne.À preuve, prenons le dernier « roman » de Jorge Volpi.Né en 1968, chef de file de la « génération du crack » et l\u2019un des écrivains les plus importants de la nouvelle génération littéraire latino-américaine, Volpi a reçu en 2018, en Espagne, le prestigieux prix Alfaguara pour Un roman mexicain.L\u2019affaire Florence Cassez.Florence Cassez est cette Française qui a passé sept ans en prison au Mexique pour une histoire d\u2019enlèvement.Arrêtée le 9 décembre 2005, clamant de toutes ses forces son innocence, elle a été accusée de kidnapping en série \u2014 un véritable fléau au Mexique \u2014 avant d\u2019être condamnée à\u2026 96 ans de prison.Son ex-compagnon, Israel Vallerta, a été accusé d\u2019être le chef d\u2019une bande criminelle et d\u2019avoir perpétré dix enlèvements et un meurtre.Dans cette « investigation personnelle et littéraire » de l\u2019affaire Cassez, Volpi a composé un roman documentaire, ou « roman sans fiction » comme il le revendique, dans lequel il explore les failles béantes du système judiciaire mexicain, gangrené par une «corruption abyssale ».Après une crise diplomatique entre la France et le Mexique, soutiens internationaux, intervention directe du président français Nicolas Sar- kozy, la jeune Française a finalement été libérée pour vice de procédure au bout de sept ans.Ce que Volpi veut nous faire comprendre, au-delà de l \u2019anecdote, c\u2019est qu\u2019au pays de Carlos Slim, la réalité la plus sombre rejoint souvent la fiction la plus extravagante.À ce jeu, les policiers et le système de justice mexicains semblent être de vrais virtuoses.Humour noir Pour l\u2019illustrer, l\u2019écrivain rapporte une blague à l\u2019humour particulièrement noir.Un concours est organisé entre le FBI, le Mossad et un membre de l\u2019Agence fédérale d\u2019investigation mexicaine (AFI) pour déterminer quel est le policier le plus efficace du monde.Il s\u2019agit de trouver et de ramener le plus rapidement un lapin lâché dans la ville.L\u2019agent du FBI, après avoir relevé les empreintes du lapin, revient avec l\u2019animal deux heures plus tard.Le public applaudit.L\u2019agent du Mossad enquête, attrape le lapin et le ramène au bout d\u2019une heure.Concert d\u2019applaudissements.L\u2019agent de l\u2019AFI part sans se presser et revient un quart d\u2019heure plus tard avec un éléphant qu\u2019il tient par la trompe.Paniqué, en larmes, couvert de plaies et de blessures, l\u2019éléphant avoue tout : « Je suis un lapin, je suis un lapin, je suis un lapin.» Récits d\u2019« enlèvements express » et de séances de torture par les policiers pour soutirer des aveux, interviews avec les protagonistes de « l\u2019af faire », examen des preuves, rencontre avec Florence Cassez en 2017, l\u2019écrivain mexicain tente d\u2019y démonter une « fiction méticuleusement forgée par l\u2019AFI, une force de police convertie, pour obtenir l\u2019effet escompté, en une compagnie de théâtre ».Avec ce récit implacable, Volpi souhaitait « donner une forme littéraire au chaos de la réalité ».Et c\u2019est réussi.Nuances plus sombres Sans transition, La saison des ouragans, deuxième roman de Fernanda Melchior, née en 1982 à Veracruz, explore à sa manière une autre face d\u2019une même réalité toute crue.Dans un flux narratif à la structure complexe et tournoyante qui multiplie les nuances sombres, Fernanda Melchior esquisse un panorama de misère morale qui ne peut que nous ébranler.À la lisière du village de La Ma- tosa, quelque par t au Mexique, le corps de la Sorcière, moitié guérisseuse et herboriste et moitié prostituée bénévole, a été retrouvé sans vie dans un canal d\u2019irrigation.Remontant le cours de ce qui ressemble à un meur tre, Fernanda Melchior donne vie à une série de personnages dont chacun semble posséder une partie de la vérité.Mais on y croise aussi Norma, une adolescente de 13 ans tombée enceinte, qui a fait une fausse couche après avoir avalé une potion de la Sorcière, avant d\u2019enterrer le fruit de ses entrailles derrière la cahute de l\u2019homme moustachu avec qui elle vit comme une petite épouse.Saignements et fièvre vont la mener à l\u2019hôpital où, attachée à un lit, on essaie de lui faire avouer qui est responsable de son état.Violence, drogue, misogynie, oisiveté s\u2019y dilatent sous une chaleur écrasante, prélude mortel à la saison des ouragans.Des séquences littéraires sordides, dest ins d\u2019hommes ou de femmes emportés par le souffle et la plume de Fernanda Melchior.Une perle noire.Sombres héros mexicains Jorge Volpi et Fernanda Melchior explorent à leur façon deux faces d\u2019une même réalité La Française Florence Cassez dans sa cellule au Mexique, en 2008 RONALDO SCHEMIDT AGENCE FRANCE-PRESSE Un roman mexicain L\u2019affaire Florence Cassez ?1/2 Jorge Volpi, traduit de l\u2019espagnol par Gabriel Iaculli, Seuil, Paris, 2019, 384 pages La saison des ouragans ?Fernanda Melchior, traduit de l\u2019espagnol par Laura Alcoba, Grasset, Paris, 2019, 288 pages Extrait de Un roman mexicain.L\u2019affaire Florence Cassez Il me semble que l\u2019affaire Vallarta- Cassez, comme la plupart des affaires criminelles mexicaines, préfigure le concept si répandu aujourd\u2019hui de «post-vérité» \u2014 terme aussi élastique qu\u2019inconsistant.S\u2019il existe une post-vérité, il faudrait la considérer comme la conjoncture dans laquelle les puissants mentent, de manière systématique, sans que leurs mensonges gênent qui que ce soit, et sans que l\u2019on fasse encore la distinction entre vérité et mensonge.Au Mexique, nul ne semble s\u2019alarmer du fait que l\u2019AFI, la police fédérale et la PGR \u2014 rappelons qu\u2019il s\u2019agit du Ministère public \u2014 aient menti à plusieurs reprises ou aient combiné cet amalgame de vérités et de fictions que nous avons appelé le montage ou la mise en scène. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 | 3 5 Jaz z C U L T U R E ENTREVUE SERGE TRUFFAUT COLLABORATEUR LE DEVOIR Jerry Bergonzi, le jazzman savant Entretien avec le travailleur abonné aux heures supplémentaires, bientôt de passage au FIJM Jerry Bergonzi a écrit sept livres sur la théorie comme l\u2019instruction musicale, en plus de publier des CD à caractère pédagogique.SOURCE SIX MEDIA e jazz aussi a eu ses savants, ses innovateurs, ses inventeurs.Jelly Roll Morton, Duke Ellington, Thelonious Monk, Charles Mingus ou encore Cecil Taylor en furent.Aujourd\u2019hui encore, il y en a.Il y en aura même un qui occupera la scène du Upstairs le 1er juillet dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal (FIJM).Son nom ?Jerry Bergonzi, saxophoniste, compositeur, arrangeur et professeur très réputé du New England Conservatory.Oui, Jerry Bergonzi est un savant.À preuve, il a écrit sept livres sur la théorie comme l\u2019instruction musicale, en plus de publier des CD à caractère pédagogique.L\u2019homme, on insiste, est un des professeurs les plus recherchés en Amérique du Nord.Demandez seulement à Rémi Bolduc, lui aussi professeur en plus d\u2019être un sacré saxophoniste.Il l\u2019est tellement, savant, il va sans dire, que les critiques de Down Beat et de Jazz Times, sans oublier ceux du New York Times, parlent de lui comme d\u2019un «musician\u2019s musician», un musicien pour musiciens.Entre ses solos très compacts, très logiques, sa façon de les développer, et ses compositions ou encore les arrangements qu\u2019il fait des compositions d\u2019autrui, il y a quelque chose d\u2019unique qu\u2019on ne sait trop comment définir.Revisiter Dr.John La nouvelle est brutale et surtout triste : Dr.John est mort la semaine dernière à l\u2019âge de 77 ans.Parmi la panoplie de disques qui, tous, baignent dans la « swamp » de La Nouvelle-Orléans, cet immense pianiste et compositeur avait confectionné des beautés qui s\u2019appellent Goin\u2019 Back to New Orleans, Anutha Zone, Creole Moon et N\u2019Awlinz : Dis, Dat, or D\u2019Udda, ainsi que des solos, qui forment au fond une encyclopédie du piano «à la manière » louisianaise.Une chose est sûre, Bergonzi partage avec John Coltrane un point commun qui en dit très long sur lui.Voilà, c\u2019est bien simple, tout un chacun sait que lorsque Coltrane n\u2019était pas sur scène, il répétait, répétait, répétait.Lorsqu\u2019il était en tournée et que les autres faisaient, par exemple, les 400 coups sur les quais de la Seine, lui restait à l\u2019hôtel pour travailler.C\u2019est cela, Bergonzi : un travailleur abonné aux heures supplémentaires.Lorsqu\u2019on a abordé le sujet, celui de sa notoriété, lors d\u2019une discussion téléphonique, il a éludé.Il a usé de l\u2019antidote à la vanité : l\u2019humilité.Mais encore ?« Je n\u2019accorde aucune importance à ma réputation », a assuré ce vétéran des groupes de Dave Brubeck.En fait, on devrait dire qu\u2019il a doublement éludé, car aussitôt dit, il a embrayé sur l\u2019Europe.Là-bas, sa réputation est beaucoup plus grande ou prononcée qu\u2019elle ne l\u2019est ici.« Je joue plus souvent en Europe, sur tout dans les pays scandinaves, qu\u2019aux États-Unis.Je me produis à Moscou, à Paris\u2026 un peu partout, parce que là-bas, c\u2019est Dr.John est mort la semaine dernière à 77 ans.KEYSTONE / SANDRO CAMPARDO ASSOCIATED PRESS Jerry Bergonzi Quartet Au Upstairs, le 1er juillet à 19h et à 21h45, dans le cadre du FIJM.L bien simple, le jazz est plus apprécié.Cela fait partie de leur culture.» Et les musiciens qui vont l\u2019accompagner, il les connaît, parce qu\u2019ils viennent tous de Toronto ?« Oh oui.J\u2019ai joué fréquemment avec eux au club The Senators, à Toronto.Je connais bien le pianiste Brian Dickinson.Et comme ils connaissent bien maintenant mes morceaux, une espèce de télépathie s\u2019est installée entre nous lorsque nous les interprétons.» Outre Dickinson au piano, les musiciens en question s\u2019appellent Jim Vivian, à la contrebasse, et Ted Warren, à la batterie.Comme dirait l\u2019autre qui ne blague jamais : Dickinson et compagnie, c\u2019est la crème de la crème du jazz torontois.En attendant la venue de celui qui va tous les rassembler à Montréal, et si le cœur de la curiosité se manifeste, on vous conseille le dernier album de Ber- gonzi : Seven Rays sur étiquette Savant, une filiale du groupe High Note qui vend et distribue ses productions par l\u2019entremise de Jazz Depot.Mais, pour ce qui est du ser vice après- vente, mettons que ce n\u2019est pas fort. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e É c r a n s 3 6 | CRITIQUE NATALIA WYSOCKA COLLABORATRICE LE DEVOIR Une bande de jeunes nés quelques jours après le 11-Septembre.L\u2019insouciance, la légèreté, la joie de vivre ?Ils ne connaissent pas.Depuis toujours, leur existence est menée par l\u2019anxiété, la peur du lendemain, une noirceur presque inextricable.Pour y échapper, il existe peu d\u2019options.Sauf peut-être les paradis artificiels.« Je sais qu\u2019on n\u2019est pas censé le dire, mais la drogue, c\u2019est pas mal cool\u2026 Jusqu\u2019à ce qu\u2019elle ruine votre vie », remarque de son ton volontairement monocorde et désillusionné la narratrice incarnée par Zendaya, ex-en- fant-star de Disney.Adaptée d\u2019une série israélienne du même titre, coproduite par Drake (oui, le Drake) et menée par le cinéaste Sam Levinson, Euphoria aborde en rafale la toxicomanie, l\u2019alcoolisme, l \u2019 intimidation, l \u2019automutilation, l\u2019internement psychiatrique.Le tout saupoudré d\u2019une série de thèmes on ne peut plus actuels : l\u2019omniprésence de Pornhub, la sextorsion, la domination financière, les tueurs de masse dans les écoles, les incels, les fan-fictions mettant en vedette Harry Styles dans des situations sexuelles et le décalage qui existe entre la popularité en ligne et la popularité dans la vraie vie.Après le premier épisode, l\u2019envie de ne plus jamais en visionner un autre, non merci, nous prend soudain.Et pourtant, les drames sombres, c\u2019est notre truc.Mais ici, tout est si dur, si douloureux.Une première surdose nous est montrée dans ses détails : le corps inconscient de la jeune fille, les vomissures, les ambulanciers qui courent, la mère qui hurle, la petite sœur qui pleure.Quelques épisodes plus loin, une seconde surdose survient.De fentanyl cette fois.Coup de poing au ventre Euphoria rend du reste bien compte du r ythme de la dépendance qui s\u2019enclenche.La scène où la protagoniste martèle à la porte de son dealer en lui hurlant de lui ouvrir \u2014 « c\u2019est de ta faute, c\u2019est toi qui m\u2019a fait ça, c\u2019est toi qui a ruiné ma vie » \u2014 se prend comme un coup de poing au ventre.Surtout qu\u2019elle dure, et dure, et dure encore.Le sentiment demeure, ça fait mal à voir.Sauf qu\u2019après une deuxième, et Kids 2019 Production estivale sympa, Euphoria ?Erreur, Cette fiction raconte l\u2019adolescence de façon brutale et rentre-dedans. C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Festival d\u2019opéra de Québec 24 juillet au 4 août 2019 Le vaisseau fantôme / Wagner / François Girard \u2022 Les noces de Figaro / Mozart Le jeune Verdi à l\u2019apéro \u2022 Viennoiseries musicales III \u2022 ZoOpéra / Opéra jeunesse La brigade lyrique \u2022 L\u2019Amant jaloux / Récital humoristique FestivalOperaQuebec.com www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec le Club Voyage Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Un voyage-découvertes quatre jours de rêve ! Un opéra, 7 musées et sites historiques, la plupart des repas, le transport, les conférences, 3 nuitées au même hôtel dans la ville\u2026 Mozart, Longfellow, Hemingway, un bord de mer et de fascinants musées\u2026 Pour nous, PORTLAND au Maine ouvre les pages de son histoire ! Du 23 au 26 juillet 2019 Réservez sans tarder ! Le meilleur de l\u2019information, dans votre boîte courriel.LES COURRIERS DU DEVOIR LeDevoir.com/infolettres « Je sais qu\u2019on n\u2019est pas censé le dire, mais la drogue, c\u2019est pas mal cool\u2026 Jusqu\u2019à ce qu\u2019elle ruine votre vie », remarque de son ton volontairement monocorde et désillusionné la narratrice incarnée par Zendaya, ex-enfant-star de Disney.BELL MÉDIAS une troisième, et une quatrième heure de visionnement, on s\u2019attache à ces jeunes.Sur tout, on se demande : «Est-ce qu\u2019ils vont bien aller ?» Divulgâcheur : pas vraiment.Ils multiplient les expériences tristes et traumatisantes \u2014 viol, violence, vengeance.Chose peut-être frappante, ils ne parlent pas non plus de grand- chose, si ce n\u2019est de qui a fait quel sale coup à qui, de qui a couché avec qui, de qui a fait quelle folie dans quel party.Même la production y fait un clin d\u2019œil.Quand ce garçon, le plus doux de la bande, raconte à sa copine sa déception de ne pas avoir été repêché pour l\u2019équipe de foot.Celle-ci tente de le\u2026 distraire, mais il la freine dans son élan : « Est-ce que tu dois rendre tout si\u2026 sexuel ?C\u2019est quand la dernière fois qu\u2019on a eu une vraie discussion?» Les similitudes d\u2019Euphoria avec Kids ont d\u2019ores et déjà été soulignées, notamment par le Hollywood Reporter.Et c\u2019est vrai que l\u2019on y retrouve des accents de l\u2019ambiance « sans issue » du film culte de 1995 de Larry Clarke.L\u2019esthétique impeccable, pourtant, se rapproche davantage de celle d\u2019un Gregg Araki (The Living End, The Doom Generation).Les paillettes dans les visages et les gros plans sur les personnages qui planent, le jeu de caméra soigné, les scènes de furtif bonheur familial entrecoupées de chicanes physiques mère-fille, les séquences à la fête foraine et ce passage à la Game of Thrones\u2026 tout est magnifique.Arrêtez de nous juger Du côté de la distribution, excellente, l\u2019actrice trans Hunter Schafer et la mannequin militante pour la diversité corporelle Barbie Ferreira se distinguent.Les personnages sont creusés et étof fés.Sauf ce gamin de 10 ans qui deale des pilules.Un petit caïd censé faire sourire, mais qui, honnêtement, nous apparaît totalement tragique.Tout comme le méchant et très cliché mâle alpha joueur de football.D\u2019ailleurs, ce personnage typé habituellement réservé aux comédies un peu niaiseuses est ici abordé avec beaucoup de sérieux.Car dans le monde d\u2019Euphoria, l\u2019humour est quasi- absent.Exception faite, peut-être, de cette scène où Zendaya s\u2019adresse à la caméra pour expliquer les règles dirigeant l\u2019art «subtil» de la dickpick (un terme que l\u2019on pourrait traduire par\u2026 hum, «phalloportrait»?).Et c\u2019est là où réside un peu le piège d\u2019évaluer si on a aimé ou pas : la série n\u2019est de toute évidence pas conçue pour s\u2019adresser à quiconque a passé, disons, la vingtaine.Après cet âge, personne ne comprend rien, de toute façon.Les adultes sont tous déconnectés, ou alors un peu cons.Très cons.Prenez cette mère, soûle de vin tous les soirs, qui se traîne péniblement à travers les pièces de sa maison, coupe géante à la main et mascara qui coule dans le visage, aveugle aux épreuves que vit sa fille.Sans oublier ce directeur d\u2019école inquiet, mais tellement trop facile à manipuler.Et ce père de famille complètement tordu qui fréquente les sites de rencontres pour passer des nuits à l\u2019hôtel avec des mineurs.(Pour les fans de Dre Grey leçons d\u2019anatomie, sachez que c\u2019est ici Eric Dane qui l\u2019exhibe, son anatomie, dans un rôle autrement plus glauque que celui de «McSteamy ».) Plusieurs seront portés à voir Euphoria comme un documentaire sur l\u2019adolescence.Si tel est le cas, l\u2019expérience pourrait s\u2019avérer assez cauchemardesque.Car il s\u2019agit bel et bien d\u2019une fiction.Une fiction réaliste, brutale, rentre-dedans, et meublée d\u2019énormément de nudité frontale, autant féminine que masculine (une rareté, même pour HBO).La narratrice rappellera d\u2019ailleurs à l\u2019ordre ceux qui seront tentés de poser un diagnostic sur l\u2019état de sa génération en voyant ces images : « Arrêtez de nous juger.» Probablement le succès jeunesse télévisé de l\u2019été.Euphoria Sur les ondes de HBO dès le 16 juin à 22h.En français sur les ondes de Super Écran dès le 8 juillet à 21h. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e Té l év i s i o n 3 8 | SAMEDI LES PETITS MOUCHOIRS (4) Fr.2010.Comédie dramatique de Guillaume Canet avec François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel.- Alors qu\u2019un des leurs est à l\u2019hôpital à la suite d\u2019un accident de moto, un groupe de trentenaires parisiens décide malgré tout de partir en vacances au bord de la mer.ARTV 12h LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS (5) (Around the World in 80 Days), É.-U.2004.Aventures de Frank Coraci avec Steve Coogan, Jackie Chan, Cécile de France.- En 1890, un ingénieur londonien farfelu parie avec le président de l\u2019Académie royale des sciences qu\u2019il peut faire le tour du monde en 80 jours.Z 14h LA SOUPE AUX CHOUX (4) Fr.1981.Comédie fantaisiste de Jean Girault avec Louis de Funès, Jean Carmet, Jacques Villeret.- Deux vieux paysans reçoivent la visite d\u2019un extra-terrestre.ARTV 14h45 SPIDER-MAN (4) É.-U.2002.Drame fantastique de Sam Raimi avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, Willem Dafoe.- Après avoir été piqué par une araignée mutante, un collégien timoré acquiert d\u2019étonnantes facultés qui lui permettent de devenir un justicier.TVA 15h42 L\u2019ENVOLÉE SAUVAGE (4) (Fly Away Home), É.-U.1996.Aventures de Carroll Ballard avec Anna Paquin, Jeff Daniels, Dana Delany.- À bord de deux avions ultralégers, un père et sa fille guident des outardes orphelines dans leur voyage migratoire vers le sud.TQ 18h HOMMES EN NOIR 3 (4) (Men in Black III), É.-U.2012.Comédie fantaisiste de Barry Sonnenfeld avec Will Smith, Tommy Lee Jones, Josh Brolin.- Un dangereux criminel évadé de sa prison lunaire remonte le temps jusqu\u2019en 1969 afin de tuer l\u2019agent qui l\u2019avait arrêté et ainsi modifier le cours de l\u2019histoire.TVA 18h30 L\u2019ÉPREUVE.LA TERRE BRÛLÉE (5) (Maze Runner \u2013 The Scorch Trials), É.-U.2015.Science-fiction de Wes Ball avec Dylan O\u2019Brien, Kaya Scodelario, Rosa Salazar.- Des jeunes s\u2019évadent d\u2019un laboratoire, où ils devaient servir de cobayes dans une recherche visant à enrayer le virus qui a transformé les humains en monstres meurtriers.V 18h30 LE RETOUR DE DANNY OCEAN (4) (Ocean\u2019s Twelve), É.-U.2004.Comédie policière de Steven Soderbergh avec George Clooney, Brad Pitt, Catherine Zeta- Jones.- Un cambrioleur et sa bande doivent perpétrer divers casses en Europe pour rembourser une ancienne victime qui n\u2019entend pas à rire.MAX 19h30 UNE BELLE RENCONTRE (4) (Their Finest), G.-B.2017.Comédie dramatique de Lone Scherfig avec Gemma Arterton, Sam Claflin, Bill Nighy.- Engagée en 1940 par le gouvernement pour améliorer la qualité des dialogues féminins de ses films de propagande, une jeune Anglaise se découvre une vocation de scénariste.ARTV 20h STORIES WE TELL (3) Can.2012.Documentaire de Sarah Polley.- Découvrant que son père n\u2019est pas son géniteur, une cinéaste en plein tournage d\u2019un documentaire sur sa famille ouvre une enquête identitaire.CBC 20h30 LE DERNIER COMBAT (5) (The Last Stand), É.-U.2013.Drame policier de Kim Jee-woon avec Arnold Schwarzenegger, Eduardo Noriega, Forest Whitaker.- Le shérif d\u2019une petite ville frontalière doit empêcher un baron de la drogue mexicain en cavale de traverser le patelin à bord de sa puissante voiture.TVA 20h30 FRACTURE (4) É.-U.2007.Drame policier de Gregory Hoblit avec Ryan Gosling, Anthony Hopkins, Rosamund Pike.- Un jeune procureur ambitieux doit trouver des preuves solides pour faire condamner un ingénieur machiavélique qui a tenté de tuer sa femme infidèle.TQ 21h MADAME BOVARY (4) Fr.1991.Drame de mœurs de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert, Jean-François Balmer, Christophe Malavoy.- La jeune épouse d\u2019un médecin de province tente de déjouer son ennui en s\u2019engageant dans diverses aventures galantes.TFO 21h LE TUEUR DE GROSSE POINTE (4) (Grosse Pointe Blank), É.-U.1997.Comédie policière de George Armitage avec John Cusack, Minnie Driver, Dan Aykroyd.- Un tueur à gages poursuivi par des assassins rivaux retourne dans sa ville natale pour assister à une réunion d\u2019anciens de son école.V 21h15 ANGES ET DÉMONS (4) (Angels & Demons), É.-U.2009.Thriller de Ron Howard avec Tom Hanks, Ayelet Zurer, Ewan McGregor.- Un symbo- logiste de Harvard tente d\u2019empêcher la mise à mort par une société secrète de quatre cardinaux pressentis pour succéder au défunt pape.MAX 22h LES PETITS MOUCHOIRS Voir samedi, 12h.ARTV 23h TOTAL RECALL.MÉMOIRES PROGRAMMÉES (5) (Total Recall), É.-U.2012.Science-fiction de Len Wiseman avec Colin Farrell, Kate Beckinsale, Jessica Biel.- À la fin du XXIe siècle sur la Terre, un ouvrier au passé mystérieux est pourchassé par des agents du gouvernement.TVA 23h07 PETITS FRÈRES Voir dimanche, 21h.TFO 23h30 CONVERSATION SECRÈTE (2) (The Conversation), É.-U.1974.Thriller de Francis Ford Coppola avec Gene Hackman, John Cazale, Allen Garfield.- Un homme se spécialise dans l\u2019écoute électronique et loue ses services sans s\u2019inquiéter des mobiles de ses clients.RC 0h40 MADAME BOVARY Voir samedi, 21h.TFO 1h30 DIMANCHE SPÉCIALITÉ: CRISES (4) (Our Brand Is Crisis), É.-U.2015.Comédie dramatique de David Gordon Green avec Sandra Bullock, Billy Bob Thornton, Zoe Kazan.- En Bolivie, une stratégiste américaine en disgrâce se fait offrir de diriger la campagne à la présidence d\u2019un candidat impopulaire.TVA 10h L\u2019ENVOLÉE SAUVAGE Voir samedi, 18h.TQ 12h M (4) Fr.2017.Drame de Sara Forestier avec Sara Forestier, Redouanne Harjane, Jean-Pierre Léaud.- Une étudiante timide s\u2019éprend d\u2019un mauvais garçon séduisant, qui lui cache par tous les moyens qu\u2019il ne sait ni lire ni écrire.TV5 13h SANS LIMITES (4) (Limitless), É.-U.2011.Thriller de Neil Burger avec Bradley Cooper, Robert De Niro, Abbie Cornish.- Grâce à une pilule capable de stimuler l\u2019intégralité des fonctions cérébrales, un écrivain en panne d\u2019inspiration devient un génie de la finance aux ambitions politiques.Z 14h LA LÉGENDE DU DERNIER DRAGON (4) (Dragonheart), É.-U.1996.Drame fantastique de Rob Cohen avec Dennis Quaid, David Thewlis, Dina Meyer.- Un chevalier et un dragon font équipe pour anéantir un roi tyrannique.TVA 14h15 LE JOURNAL D\u2019UNE PRINCESSE (5) (The Princess Diaries), É.-U.2001.Comédie de Garry Marshall avec Anne Hathaway, Julie Andrews, Hector Elizondo.- Une adolescente américaine plutôt gauche découvre qu\u2019elle est la seule héritière du trône d\u2019un petit royaume européen.RC 15h L\u2019ATTRAPE PARENTS (5) (The Parent Trap), É.-U.1998.Comédie de Nancy Meyers avec Lindsay Lohan, Dennis Quaid, Natasha Richardson.- Deux jumelles séparées à leur naissance lors du divorce de leurs parents décident de se faire passer l\u2019une pour l\u2019autre.V 16h15 ROMY ET MICHELE, REINES DE LA SOIRÉE (4) (Romy and Michele\u2019s High School Reunion), É.-U.1997.Comédie de David Mirkin avec Mira Sorvino, Lisa Kudrow, Janeane Garofalo.- Deux copines un peu paumées font croire qu\u2019elles mènent la grande vie afin de bien paraître lors d\u2019une réunion d\u2019anciens de leur école.MAX 18h RENT (4) É.-U.2005.Drame musical de Chris Columbus avec Adam Pascal, Rosario Dawson, Anthony Rapp.- En 1989, à New York, un groupe de jeunes s\u2019efforcent de surmonter les nombreux obstacles qu\u2019ils rencontrent dans leur recherche du bonheur et de la réussite.V 19h LE GAUCHER (5) (Southpaw), É.-U.2015.Drame sportif d\u2019Antoine Fuqua avec Jake Gyllenhaal, Forest Whitaker, Rachel McAdams.- Lorsqu\u2019un revers du destin lui fait perdre son foyer et sa fortune, un champion de boxe s\u2019associe à un entraîneur bourru pour reconquérir son titre et mettre de l\u2019ordre dans sa vie.TVA 19h30 JUSQU\u2019AU BOUT (4) (Still Mine), Can.2012.Drame de Michael McGowan avec James Cromwell, Geneviève Bujold, Rick Roberts.- Alors qu\u2019il construit sur sa propriété une maison adaptée aux besoins de son épouse atteinte de la maladie d\u2019Alzheimer, un fermier octogénaire se heurte à un fonctionnaire tatillon.ARTV 20h ABSOLUTELY FABULOUS.LE FILM (4) (Absolutely Fabulous \u2013 The Movie), G.-B.2016.Comédie de Mandie Fletcher avec Jennifer Saunders, Joanna Lumley, Julia Sawalha.- Accusée du meurtre d\u2019une top-modèle, la directrice d\u2019une boîte de relations publiques de Londres s\u2019enfuit à Cannes avec son amie journaliste de mode.MAX 20h PETITS FRÈRES (4) Fr.1998.Drame social de Jacques Doillon avec Stéphanie Touly, Iliès Sefraoui, Mustapha Goumane.- Une adolescente en fugue rencontre dans une cité HLM quatre garçons magouilleurs qui l\u2019aident à chercher sa chienne enlevée.TFO 21h LES RIVIÈRES POURPRES (4) Fr.2000.Drame policier de Mathieu Kassovitz avec Jean Reno, Vincent Cassel, Nadia Farès.- Dans une ville universitaire des Alpes, deux policiers font équipe pour élucider une série de meurtres aussi atroces que mystérieux.TQ 21h30 LE VILLAGE (5) (The Village), É.-U.2004.Thriller de M.Night Shyamalan avec Joaquin Phoenix, Bryce Dallas Howard, William Hurt.- Les habitants d\u2019un village isolé ne s\u2019aventurent jamais dans la forêt voisine où vivraient de terrifiantes créatures.V 21h45 LA SOUPE AUX CHOUX Voir samedi, 14h45.ARTV 23h EN SOLITAIRE (4) Fr.2013.Drame sportif de Christophe Offenstein avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet.- Un participant à une course de voiliers autour du monde en solitaire découvre qu\u2019un passager clandestin s\u2019est glissé dans son bateau à la faveur d\u2019une escale technique.TVA 23h34 L\u2019IDÉALISTE (4) (John Grisham\u2019s the Rainmaker), É.-U.1997.Drame judiciaire de Francis Ford Coppola avec Matt Damon, Danny DeVito, Claire Danes.- Un avocat sans expérience poursuit une grande firme d\u2019assurances qui a escroqué une femme dont le fils se meurt de leucémie.RC 23h35 PETITS FRÈRES Voir dimanche, 21h.TFO 1h30 DISCORDE (4) (Broken), G.-B.2012.Drame de Rufus Norris avec Eloise Laurence, Tim Roth, Cillian Murphy.- Une diabétique de onze ans découvre simultanément la violence du monde qui l\u2019entoure et les premiers émois amoureux.RC 1h50 LUNDI A.I.INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (2) (A.I.Artificial Intelligence), É.-U.2001.Science-fiction de Steven Spielberg avec Haley Joel Osment, Jude Law, Frances O\u2019Connor.- Programmé pour aimer, un enfant robot rêve de devenir humain.TQ 21h ROLL RED ROLL (3) É.-U.2018.Documentaire de Nancy Schwartzman.- L\u2019agression sexuelle d\u2019une mineure par deux footballeurs d\u2019une école secondaire de l\u2019Ohio a été camouflée par les autorités puis commentée favorablement sur les réseaux sociaux.PBS (WETK) 22h DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX.CODE U.N.C.L.E.(5) (The Man from U.N.C.L.E.), É.-U.2015.Drame d\u2019espionnage de Guy Ritchie avec Henry Cavill, Armie Hammer, Alicia Vikander.- Au début des années 1960, deux agents secrets, l\u2019un américain, l\u2019autre soviétique, unissent leurs efforts pour déjouer un complot nucléaire qui menace l\u2019avenir du monde.TVA 23h05 MARDI L\u2019ÉNIGME D\u2019OXFORD (5) (The Oxford Murders), Esp.2008.Thriller d\u2019Alex de la Iglesia avec Elijah Wood, John Hurt, Leonor Watling.- Un professeur de mathématiques d\u2019Oxford fait équipe avec un étudiant américain pour résoudre les énigmatiques crimes d\u2019un tueur en série.TVA 13h UNE SEMAINE AVEC MARILYN (4) (My Week With Marilyn), G.-B.2011.Drame sentimental de Simon Curtis avec Eddie Redmayne, Michelle Williams, Kenneth Branagh.- En 1956, au cours du tournage en Angleterre du film The Prince and the Showgirl de Laurence Olivier, Marilyn Monroe s\u2019épanche auprès d\u2019un jeune assistant qui a su comprendre sa détresse.VIE 13h BROUILLARD EN THALASSO (4) Fr.2016.Drame policier de Josée Dayan avec Corinne Masiero, Muriel Robin, Claire Nebout.- Aidé d\u2019un jeune collègue, une capitaine de gendarmerie au franc-parler enquête sur le meurtre d\u2019un riche homme d\u2019affaires qui venait d\u2019investir dans un centre de thalassothérapie.RC 14h LOOPER.LES TUEURS DU TEMPS (4) (Looper), É.-U.2012.Science-fiction de Rian Johnson avec Joseph Gordon-Levitt, Bruce Willis, Emily Blunt.- Un tueur chargé d\u2019éliminer des victimes expédiées du futur est pourchassé par ses employeurs après qu\u2019il eut laissé filer son moi plus âgé.TVA 23h05 UNE BOUTEILLE DANS LA MER DE GAZA (4) Can.2011.Comédie dramatique de Thierry Binisti avec Agathe Bonitzer, Mahmoud Shalabi, Hiam Abbass.- À la suite d\u2019un attentat suicide survenu près de chez elle, une adolescente israélienne en quête de réponses entreprend une correspondance avec un jeune Palestinien.TQ 0h53 L\u2019INTERVIEW QUI TUE! (5) (Interview, The), É.-U.2014.Comédie d\u2019Evan Goldberg avec James Franco, Seth Rogen, Lizzy Caplan.- Un producteur et un animateur de télévision sont chargés par la CIA d\u2019assassiner le dictateur nord-coréen Kim Jung-un.TVA 1h35 MERCREDI MA MAISON EN OMBRIE (4) (My House in Umbria), G.-B.2003.Drame de Richard Lon- craine avec Maggie Smith, Chris Cooper, Emmy Clarke.- Quatre personnes blessées lors d\u2019un attentat terroriste se rapprochent durant leur convalescence dans une villa italienne.RC 14h LE POLICIER DU BRONX (4) (Fort Apache, the Bronx), É.-U.1981.Drame policier de Daniel Petrie avec Paul Newman, Edward Asner, Ken Wahl.- Les difficultés du travail policier dans un quartier de New York où la délinquance est difficilement contrôlable.Z 21h LE ZODIAQUE (3) (Zodiac), É.-U.2007.Drame policier de David Fincher avec Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo, Robert Downey Jr.- Au tournant des années 1970 à San Francisco, un caricaturiste d\u2019un grand quotidien devient obsédé par les messages cryptés qu\u2019un tueur en série envoie à la rédaction.TQ 21h TERREUR SOUS LA MER (5) (Deep Blue Sea), É.-U.1999.Drame d\u2019horreur de Renny Harlin avec Saffron Burrows, Thomas Jane, LL Cool J.- Les employés d\u2019un laboratoire flottant en haute mer sont aux prises avec des requins monstrueux.MP 21h KING KONG (3) É.-U.2005.Drame fantastique de Peter Jackson avec Naomi Watts, Adrien Brody, Jack Black.- Au début des années 1930, une équipe de cinéma découvre une île du Pacifique habitée par des dinosaures et un gorille géant.TVA 23h05 CARNAGE (4) Fr.2011.Comédie dramatique de Roman Polanski avec Jodie Foster, John C.Reilly, Kate Winslet.- Un préadolescent ayant blessé un camarade d\u2019école, les parents des deux garçons se rencontrent à la maison de l\u2019agressé pour régler la situation à l\u2019amiable.TQ 1h45 JEUDI LA FILLE DU MARTIN (5) Can.2013.Drame sentimental de Samuel Thivierge avec Catherine Michaud, Samuel Thivierge, Nathalie Cavezzali.- À la mort de son père, une Montréalaise se rend au Lac-Saint- Jean, où un ancien camarade de classe l\u2019entraîne dans une aventure périlleuse.TVA 13h NETTOYAGE SUNSHINE (4) (Sunshine Cleaning), É.-U.2008.Comédie dramatique de Christine Jeffs avec Amy Adams, Emily Blunt, Alan Arkin.- Une mère célibataire ambitieuse mais fauchée décide de fonder un entreprise de nettoyage de scènes de crime avec l\u2019aide de sa sœur irresponsable.VIE 13h JE T\u2019AIME, ROSIE (5) (Love, Rosie), All.2014.Comédie sentimentale de Christian Ditter avec Lily Collins, Sam Claflin, Christian Cooke.- N\u2019osant s\u2019avouer leur amour, une mère célibataire et son ami d\u2019enfance se rapprochent et se fuient au fil des ans.TVA 20h NEXT (4) É.-U.2007.Science-fiction de Lee Tamahori avec Nicolas Cage, Jessica Biel, Julianne Moore.- Pour mettre en échec des terroristes voulant détruire Los Angeles, une agente du FBI fait équipe avec un magicien capable de prédire le futur immédiat.V 20h LE CAVALIER SOLITAIRE (4) (Pale Rider), É.-U.1985.Western de Clint Eastwood avec Clint Eastwood, Sydney Penny, Michael Moriarty.- Un cavalier mystérieux vient en aide à des prospecteurs tourmentés par les hommes de main d\u2019un riche entrepreneur.TQ 21h JUSQU\u2019AU BOUT Voir dimanche, 20h.ARTV 23h DANS LE NOIR (4) (Lights Out), É.-U.2016.Drame d\u2019horreur de David F.Sand- berg avec Teresa Palmer, Maria Bello, Billy Burke.- Un monstre qui n\u2019apparaît que lorsque les lumières sont éteintes poursuit inlassablement les membres d\u2019une famille dysfonctionnelle.TVA 23h05 L\u2019OPÉRA DE LA TERREUR (5) (Evil Dead), É.-U.2013.Drame d\u2019horreur de Fede Alvarez avec Jane Levy, Shiloh Fernandez, Jessica Lucas.- Dans un chalet isolé en forêt, une jeune toxicomane, son frère et leurs amis libèrent des forces maléfiques qui prennent possession de leurs âmes.TVA 0h50 NOUS AVONS UN PAPE (4) (Habemus Papam), It.2011.Comédie dramatique de Nanni Moretti avec Michel Piccoli, Nanni Moretti, Jerzy Stuhr.- Un cardinal nouvellement élu pape est victime d\u2019une terrible crise de doute qui force le prolongement du conclave et l\u2019appel en renforts d\u2019un psychanalyste romain.TQ 1h VENDREDI WHIPLASH (3) É.-U.2013.Drame musical de Damien Chazelle avec Miles Teller, J.K.Simmons, Melissa Benoist.- Un aspirant batteur fait ses preuves auprès du chef de l\u2019orchestre de jazz d\u2019une prestigieuse école de musique, un individu manipulateur usant de violence et de cruauté mentale.RC 20h UN FAUTEUIL POUR DEUX (4) (Trading Places), É.-U.1983.Comédie de John Landis avec Dan Aykroyd, Eddie Murphy, Jamie Lee Curtis.- Pour les besoins d\u2019un pari, deux hommes d\u2019affaires remplacent leur directeur par un Noir sans formation financière.MAX 20h MÉCHANTES ADOS (4) (Mean Girls), É.-U.2004.Comédie satirique de Mark Waters avec Lindsay Lohan, Rachel McAdams, Jonathan Bennett.- En se vengeant d\u2019une consœur populaire mais sournoise, une élève naïve tombe dans les mêmes travers qu\u2019elle.MP 21h JUSQU\u2019AU BOUT Voir dimanche, 20h.RC 23h05 LE TUEUR À GAGES (4) (The Iceman), É.-U.2012.Drame biographique d\u2019Ariel Vromen avec Michael Shannon, Winona Ryder, Ray Liotta.- Homme de main pour la mafia du New Jersey au milieu des années 1960, Richard Kuklinski fonde une famille avec une vendeuse naïve qui le croit spéculateur de devises étrangères.RC 0h48 LA VISITE (5) (The Visit), É.-U.2015.Thriller de M.Night Shyamalan avec Olivia DeJonge, Ed Oxenbould, Deanna Dunagan.- Une adolescente et son jeune frère sont envoyés par leur mère célibataire chez leurs grands-parents qu\u2019ils n\u2019ont jamais connus, et qui se comportent de manière très étrange.TVA 1h35 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable | 3 9 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Programmation complète : domaineforget.com LE FESTIVAL INTERNATIONAL du Domaine Forget de Charlevoix présente VENEZ RESPIRER LE GRAND ART DU 22 JUIN AU 18 AOÛT MARC-ANDRÉ HAMELIN 22 JUIN 20 H Concert d\u2019ouverture Tous les dimanches de l\u2019été, ne manquez pas LES BRUNCHES-MUSIQUE, présentés par le Casino de Charlevoix, du 16 juin au 1er septembre ! NOUVEAUTÉS : concerts sur le quai et cinéma en plein air.NATALIA WYSOCKA COLLABORATRICE LE DEVOIR Pique-nique aux accents de Twin Peaks Paru en 1967, Picnic at Hanging Rock de Joan Lindsay est considéré comme l\u2019un des meilleurs romans australiens de tous les temps.Il a d\u2019ailleurs été adapté au cinéma en 1975, par Peter Weir, réalisateur de Sydney ayant signé des classiques tels Dead Poets Society et The Truman Show.Cette fiction littéraire culte renaît aujourd\u2019hui \u2014 c\u2019est la tendance \u2014 sous forme de télésé- rie.Très tendance aussi : l\u2019une des actrices de Game of Thrones (R.I.P.) tient le rôle principal.À savoir Natalie Dormer, qui incarne ici la glaciale et perfide directrice d\u2019un collège pour filles.Le jour de la Saint- Valentin de 1900, trois étudiantes, stars dudit collège, et leur gouvernante disparaissent.Salués par certains pour leur esthétique à la Twin Peaks, critiqués par d\u2019autres pour leur symbolisme appuyé, les six épisodes tournés en Australie nous promettent du mystère, du drame, de la romance, de la tension.Mieux que dans l\u2019original ?Pique-nique à Hanging Rock ICI Radio-Canada Télé, samedi, 23h40 et sur Tou.tv SU R VOS ÉC R A N S \u2013 S E M A I N E C L ASS I Q U E , H I STO R I Q U E , H O R R I F I Q U E La vie de Bolívar Dans l\u2019univers des télénovelas, Luis Gerónimo Abreu est une star.Depuis des dizaines d\u2019années, il cumule les rôles-titres de titres à succès, dont Un esposo para Estela, Corazón esmeralda et La viuda joven, où il jouait aux côtés de la reine de beauté Mariángel Torrealba.L\u2019acteur véné- zuélien né à Caracas change toutefois de registre pour cette grosse production de Netflix.Classée sous les mots : « inspirant, palpitant, romantique » par le géant de la webdif- fusion, la série Bolívar raconte « la vie et les amours» du général et homme d\u2019État sud-américain ayant marqué l\u2019Histoire.Ce biopic consacré à celui que l\u2019on surnommait «el Libertador» sera-t-il bien inspirant, palpitant, romantique ?Nous sommes curieux.Bolívar Netflix, dès le 21 juin Constructions décortiquées La série Méga constructions s\u2019intéresse, oui, aux mégaconstructions.Après nous avoir amenés à bord du paquebot Meraviglia, fait faire un tour dans le métro de Copenhague et présenté le nouveau stade d\u2019Atlanta, la production nous propose cette semaine de découvrir la Sagrada Família.Pour l\u2019occasion, la basilique emblématique de Barcelone, imaginée par Gaudí et concourant pour le titre de monument le plus visité d\u2019Espagne, sera examinée sous tous ses angles.Méga-inspirant.(Pour la petite histoire, et pour les fans : la version originale de cette série américaine, intitulée Building Giants, était narrée par l\u2019humoriste Julian Barratt, le type du démentiel The Mighty Bush, une série comique britannique culte, qui constitue une autre de nos suggestions de visionnement.) Méga constructions : la Sagrada Família Explora, mercredi, 21h Le visionnement en continu Débarqués sans trop s\u2019annoncer en décembre 2017, les 10 premiers épisodes de Dark ont pris le monde par surprise.Comparée à Stranger Things, cette première série originale allemande produite par Netflix et créée par Baran bo Odar et Jantje Friese a connu un succès inespéré.Moult éléments de ce thriller où le surnaturel côtoie le drame ont ainsi été salués.Notamment la musique qui fait frissonner de Ben Frost, compositeur australien basé à Reykjavik.Puis : la complexité de la trame narrative faite de disparitions inquiétantes et de situations glauques, l\u2019esthétique mêlant science-fiction classique et film noir, ainsi que le jeu habité de l\u2019actrice Karoline Eichhorn.Une troisième saison est déjà en chantier.C\u2019est dire la réception enthousiaste.Dark 2 Netflix, dès le 21 juin MANU FERNANDEZ ASSOCIATED PRESS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 C u l t u r e É c r a n s 4 0 | CRITIQUE JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Voici un de ces documentaires présentés sur le mode du grand spectacle télévisé.Notre-Dame: en flammes, dans le cadre de Docu-D, raconte l\u2019incendie de la célèbre cathédrale de Paris sous la forme d\u2019un grand déploiement de témoins, d\u2019images, de commentaires.On suit les pompiers pas à pas tandis qu\u2019ils tentent de combattre, en vain, l\u2019équivalent de 1300 chênes centenaires en train de flamber.Des témoins de la scène sont entendus.Le prêtre.L\u2019organiste.Même une famille de Québécois qui ont capté, avec leur téléphone, le moment où l\u2019alerte est déclenchée.L\u2019ancien ministre Jack Lang, désormais président de l\u2019Institut du monde arabe, témoigne des premières impressions qui furent les siennes ce soir-là.On est, un très long moment, plutôt dans la reconstitution des instants où le drame survient.Puis sur vient, en dernière partie, ce qui est après tout le plus intéressant : l \u2019état du patr imoine français.Des lieux mal conservés, explique un spécialiste.De l\u2019argent qui manque.Des ef forts urgents à produire.De la restauration, petit bout par petit bout, qui ne conduit à rien.Cela fait forcément songer, en comparaison, aux efforts que nous consacrons au patrimoine québécois.Que dirait-on de la situation du patrimoine québécois ?Notre-Dame : en flammes Canal D, dimanche, 21h ; en reprise mardi, 9h À N E PAS M A N Q U E R Nouvelle tournée pour Deadwood Le deuil était presque fait, mais voilà que Deadwood, la série culte sise dans le Dakota du Sud, à la fin du XIXe siècle, renaît sous la forme condensée d\u2019un film de près de deux heures.Bien en selle, le créateur et scénariste David Milch reprend les rênes de son univers lancée le mois dernier à HBO et qui prend l\u2019affiche cette semaine à Super Écran.L\u2019histoire reprend dix ans plus tard, dans une ville qui n\u2019a pas changé, magnifiée par une réalisation énergique de Daniel Minahan baignée cette fois d\u2019une touche un peu plus lumineuse.Deadwood.Le film Dimanche, Super Écran, 20h; en ligne dès lundi 06/17 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Des squelettes Discussions Galas ComédiHa! 2018 Bonsoir bonsoir! Le Téléjournal Sports/ Foster TVA TVA nouvelles Sucré Salé Refuge animal Fous du BBQ Chicago Fire: Caserne 51 Combien vaut cette maison?TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Passe-Partout Cochon dingue Conseils Génial! Point doc A.I.: INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (2001) avec Jude Law, Haley Joel Osment.V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Mets-y le JACKASS PRÉSENTE: VILAIN GRAND-PÈRE (2013) CSI: Miami 911 ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR La fin du temps des cerises?Pyramides Pin-up, la revanche Louvre Lambert Wilsn Journal/ C à dire CANAL D Accident de star Célèbres et fauchés Machines de génie Tanked (v.f.) Le cosmos dans tous ses états Parker: Sa ruée CANAL VIE Rénovateurs à l'entrainement Les naufragés de l'amour Paroles d'enfants Quoi ton plan?Quoi ton plan?Quoi ton plan?Quoi ton plan?Flashpoint RDS Sports 30 Sports 30 LMB Baseball / Rays de Tampa Bay c.Yankees de New York (D) Sports 30 Sports 30 Triathlon HISTORIA L'épave milliardaire L'épave milliardaire Le mystère de l'or confédéré La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Extraterrestres ICI ARTV 17h30Cormoran Cormoran Amour du country / Outlaws Katy Perry: La tournée mondiale 'PRISMATIC' Pour emporter EXPLORA Le refuge de l'espoir L'odyssée des primates 8 jours Rome 20h45 8 jours fait Rome Repères Photographes Photographes Deux guerres Z Face Off / Le top 20 du jury American Chopper (v.f.) Diesel Brothers (v.f.) Américars: Rapides et musclés Animal Kingdom / Le pilier Westworld sav-media Maîtres 18h50 Histoire L'ère robots Saviez-vous Monde sans 20h55 Métiers Couple nerds Encore plus FutureMag uniVERT Grand chapitre TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Métiers Les sapiens Top!/ Top! 20h15 ONFR+ 20h25 BRBR Naissance d'une famille Empreint 22h35 Carte de visite Planète Vanity Fair / Jours de colère Sur la scène du crime Le plus haut niveau Orchestre Face au feu Spécial F1 CBC CBCNews JFL: Gags Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries CBC Docs POV CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang American Ninja Warrior Grand Hotel / Pilot CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Neighborhood Superstore The Code / Secret Squirrel Bull / Separation Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Bachelorette Grand Hotel / Pilot Local 22 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Neighborhood Neighborhood The Code / Secret Squirrel Bull / Separation News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Antiques Roadshow POV / Roll Red Roll UNIS Cochon dingue Bizarroscope Tournée générale Sel et Diesel Chars Rencontres particulières Hors série Les fermiers / La fin d'un cycle HBO1 17h20 SEPARATED AT BIRTH Meet the Donors: Does Money Talk?AXIOS Euphoria Big Little Lies Muhamm.Ali TVA Sports 17h00 JiC LMB Baseball / Angels de Los Angeles c.Blue Jays de Toronto (D) Le TVA sports Point de mire Le TVA sports 06/16 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte / L'ours des neiges Les Poilus Faire un tour?/ Guy Mongrain 1res fois / Julie Perreault Le Téléjournal 22h35 Valdragu Pêcheurs TVA TVA nouvelles VLOG LOL :-) LE GAUCHER (2015) avec Rachel McAdams, Oona Laurence, Jake Gyllenhaal.Mitsou et Léa / Dépendantes TVA nouvelles TQ Un chef à la cabane De garde 24/7 Banc public Y'a du monde à messe LES RIVIÈRES POURPRES (2000) Jean Reno.V 16h15 L'ATTRAPE PARENTS RENT (2005) avec Taye Diggs, Adam Pascal, Rosario Dawson.21h45 LE VILLAGE (2004) avec Adrien Brody, Joaquin Phoenix.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Découverte Le Téléjournal Le 21e Le National Semaine Verte TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché / Les meilleurs moments 22h10 Champions du monde Journal/ L\u2019invité CANAL D Comédie Club / Mike Ward Cauchemar sur l'autoroute Texas Chrome Docu-D / Notre-Dame: en flammes Le sport Outback CANAL VIE Chopped / Mettez-y du piquant! Gâteaux Au chalet Vie de tournée / Simple Plan Mères à boutte Naissances Les naufragés de l'amour Naufragés RDS 17h30 NASCAR Course automobile Série Xfinity (D) NBA Basketball / Golden State vs Toronto (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA Voitures de Voitures de Voitures de Voitures de Voitures de Voitures de Voitures de Voitures de Voitures de Voitures de Voitures de ICI ARTV ICI on chante Pour emporter JUSQU'AU BOUT (2013) James Cromwell.Victoria Cinéma EXPLORA Cerveau Cerveau Méga constructions Pharmachien Planète techno Hackers VolteFace Découverte Alex+Tyler, éco Z Cinéma Remorquage Week-end Talk show Déroute Comédie Ballers (v.f.) Ballers (v.f.) Vikings / Le Prisonnier South Park sav-media Malaria Business 19h10 Kebec Génie d'ici Couple nerds Archi branchés Civilisations 21h50 Art Grand chapitre Biblioth Musée/ Art TFO Petz/ Petz Subito texto Flip Métiers/ Métiers Sapiens 20h45 Métiers PETITS FRÈRES (1998) Stéphanie Touly.BRBR Minuit Le déni Planète 17h00 L'accusé Secret du SAS / Traqués Kangourous Globe cooker The Scene Les ailes de la guerre Sur la corde raide CBC When Calls the Heart Butterfly Butterfly Butterfly CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal Mary's Kitchen The Big Bang The Big Bang The Big Bang The $100,000 Pyramid In the Dark / Pilot National News GBL Global News Global National Security Security Mary Kills People The Good Fight The Good Fight Global News ABC News News at 6:30 Jimmy Kimmel NBA Countdwn NBA Basketball / Golden State vs Toronto (D) Post Studio News CBS Ch.3 News Weekend News 60 Minutes 60 Minutes The Good Fight The Good Fight News PBS (33) Civilizations / God and Art Great British Baking / Patisserie Secrets of Scotland Yard Masterpiece Mystery! / Endeavour: Pylon Jamestown UNIS Les fermiers / La fin d'un cycle La galère Le Loup-garou Le Loup-garou Galaxie près Galaxie près D'un rire à l'autre Trait d'humour HBO1 AXIOS Southern Rites Real Time With Bill Maher Big Little Lies Euphoria Last Week TVA Sports RAW WTA Tennis Finale LE PROGRAMME (2015) avec Chris O'Dowd, Ben Foster.Le TVA sports 06/15 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal À la valdrague Les enfants de la télé ICI on chante / Émilie Bibeau Outlander / La belle Amérique 22h10 Journal 22h40 Des gens de son pays TVA TVA nouvelles HOMMES EN NOIR 3 (2012) avec Tommy Lee Jones, Will Smith.LE DERNIER COMBAT (2013) Arnold Schwarzenegger.22h45 TVANou.Cinéma TQ LE PREMIER ENVOL (1996) avec Jeff Daniels, Anna Paquin.SOS sages-femmes FRACTURE (2010) avec Samy Seghir, Anaïs Demoustier.23h05 Banc p.V Cinéma L'ÉPREUVE: LA TERRE BRÛLÉE (2015) avec Kaya Scodelario, Dylan O'Brien.21h15 LE TUEUR DE GROSSE POINTE (1997) avec Minnie Driver, John Cusack.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Les grands reportages Le Téléjournal L'Épicerie Le Téléjournal Le National Grands rep.TV5 Saison au zoo Journal FR La vie secrète des chansons Un soir en direct avec Patrick Bruel Journal/ L\u2019invité CANAL D Routiers de l'Outback SOS Infesta.SOS Infesta.Célèbres et fauchés Galas ComédiHa! 2016 Comédie Club / Mike Ward Tanked (v.f.) CANAL VIE Idées-grandeur Idées-grandeur Luxe au bord Au chalet Mini-maisons sur mesure Merci de parta Mariages The Affair (v.f.) Suivant RDS 17h30 USGA Golf - Omnium des États-Unis 3e ronde (D) Sports 30 Soccer FIFA Soccer HISTORIA 50 ans de Hot Wheels Les démons de la vitesse Du muscle sous le capot Camion ICI ARTV Pour emporter Amour du country / Outlaws UNE BELLE RENCONTRE (2016) Gemma Arterton.Notre vie / Indiscrétions Cinéma EXPLORA Photographes Photographes Deux guerres, une histoire La Semaine verte Meru 22h50 Ailes Pharmachien Z Cinéma Prêt sur gage Les hors-la-loi du volant Les hors-la-loi du volant Animal Kingdom Westworld / Akane No Mai sav-media Grand chapitre Biblioth Survivre 19h50 Gardiste Musée/ Art Kebec/ Art Malaria Business 22h10 De garde 24/7 36.9° TFO Petz/ Petz Subito texto Flip Métiers/ Métiers Sapiens 20h45 Métiers MADAME BOVARY (1991) avec Jean-François Balmer, Isabelle Huppert.Planète Globe cooker Spécial F1: Sur les traces d'Ayrton Senna Saint Brandon, l'archipel perdu Dans le secret des villes La marche à suivre CBC CBCNews The Gospel According to André STORIES WE TELL (2012) CBC Docs POV CTV CTV News Montreal W5 Mary's Kitchen Mary's Kitchen Mary's Kitchen Mary's Kitchen Mary's Kitchen Mary's Kitchen National News GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur Rookie Blue / Home Run CENTER STAGE: ON POINTE (2016) Peter Gallagher.Global News ABC News News at 6:30 Extra Weekend Shark Tank The Good Doctor / Stories The Rookie / Manhunt News CBS Ch.3 News Weekend News Ent.Tonight God Friended Me NCIS: New Orleans 48 Hours News PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances Rev.Still Open Doc Martin Death in Paradise Austin City UNIS À plein gaz Filles de moto Chez nous File d'attente St-Nickel HISTOIRE DE PEN (2001) avec David Boutin, Emmanuel Auger.Chair de poule HBO1 Cinéma JANE FONDA IN FIVE ACTS (2018) 20h50 Ice on Fire 22h25 WISHFUL DRINKING TVA Sports 16h00 Baseball / Tor./Hou.(D) Le TVA sports Le top LNH Dans le ring / Simon Kean c.Dillon Carman (D) Le TVA sports S A M E D I L U N D I D I M A N C H E Dans le brasier de Notre-Dame Un documentaire reconstitue minute par minute l\u2019incendie de la cathédrale CANAL D | 4 1 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 CRITIQUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR Le documentaire de 74 minutes Le plus haut niveau nous fait pénétrer dans l\u2019univers de l\u2019Orchestre national des jeunes du Canada, dont nous suivons pendant deux mois les répétitions et la tournée pancanadienne.NYO Canada, qui existe depuis plus de 50 ans, choisit parmi 500 candidats une centaine de musiciens et musiciennes et leur propose un programme de formation estival qui s\u2019intègre entre leur éducation et leur carrière musicale.Le filtre est performant puisque environ un tiers des musiciens d\u2019orchestre professionnels au pays en sont d\u2019anciens stagiaires.Le point de comparaison du documentaire, qui, à en juger par les œu- vres préparées (Mort et transfiguration de Strauss, 1er Concerto pour violoncelle de Chostakovitch\u2026), a été tourné lors de la saison estivale 2017, est Ensemble, le film de Jean-Nicolas Orhon sur l\u2019Orchestre Métropolitain.Le parallèle ne tourne pas en faveur de l\u2019angle de vue du documentariste John Bolton.Ce dernier fait monter la mayonnaise assez chronologiquement.Nous voyons donc différents pupitres répéter une œuvre présentée par bribes.Pour le spectateur connaissant mal Mort et transfiguration, il aurait été intéressant de partir du résultat final et de voir comment on en était arrivé là.Entrer dans le documentaire demande de la part du spectateur une démarche volontariste très poussée, car il faut s\u2019intéresser a priori à ces sympathiques jeunes qui déclarent qu\u2019ils n\u2019ont jamais joué Strauss et qu\u2019ils trouvent cela excitant ou qu\u2019ils aiment beaucoup le violon.Ensemble réussissait à captiver des spectateurs d\u2019horizons très divers.Le plus haut niveau est plutôt fastidieux.Le plus haut niveau Planète+, lundi, 20h L\u2019incubateur orchestral Incursion un peu fastidieuse dans l\u2019univers de l\u2019Orchestre national des jeunes du Canada PLANÈTE+ 06/21 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy L'effet Wow WHIPLASH (V.F.) (2014) avec J.K.Simmons, Miles Teller.Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Sucré Salé Du talent à revendre ARNAQUE À L.A.(2017) avec John Goodman, Bruce Willis.TVA nouvelles 22h35 Sucré 23h05 Ma tête TQ Pat'Patrouille Passager Cuisine futée, Mc$ween De garde 24/7 Banc public Y'a du monde à messe Kebec Chef cabane V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire TRAFIC MORTEL (2007) Jean-Claude Van Damme.CSI: Miami / Enquête à froid SQ ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Partir Autrement en famille Thalassa / Face aux colères de la mer Sexe autour du monde / Italie Journal/ C à dire CANAL D Parker: Sa ruée vers l'or Fugitifs Patrouille Patrouille Marche à l'ombre Chicanes Billions (v.f.) CANAL VIE Rénovateurs à l'entrainement Mariages Au chalet Naissances Naissances Idées-grandeur Idées-grandeur Idées-grandeur Idées-grandeur Flashpoint RDS Hockey 360° (D) ATP Tennis - Championnat Fever-Tree Sports 30 Images/sec.Sports 30 HISTORIA Dundee Dundee Yukon Gold: L'or à tout prix Les montagnards Les montagnards Les montagnards / Sur la glace Montagnards ICI ARTV Moi et l'autre Moi et l'autre Anne Pour emporter ICI on chante Rétroviseur Mr Bean GABRIELLE EXPLORA La voix des animaux Le dernier des grizzlys Rite de passage II Anomalies humaines Étincelles de génie Étincelles Z Face Off / Le souffle du dragon Américars: Rapides et musclés American Chopper (v.f.) Diesel Brothers (v.f.) Les Brown / La faune Péril en mer sav-media 36.9° / Migraine de folie L'écran roi 19h50 Gardiste Kebec/ Gardiste Musée/ Art Grand chapitre Biblioth/ Prof CORIM CORIM Civilisations TFO Amélie /18h25 Amélie Subito texto Top!/ Top! Métiers/ Doc 20h35 Doc Naissance d'une famille 22h20 Mamie 22h35 Carte de visite Planète Géants de l'océan Jurassic Fight Club (v.f.) Face au feu La vie (plus) saine Kangourous Traces Ayrton Senna CBC CBCNews JFL: Gags Kim's Coronation St.The Nature of Things Taken Taken CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Agents of SHIELD / Inescapable Blindspot Criminal Minds CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Mary Kills People Hawaii Five-0 Ransom / Indiscretion Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Agents of SHIELD / Inescapable 20/20 Local 22 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Whistleblower / Spinal Cap Hawaii Five-0 Blue Bloods News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week Firing Line American Masters Great Performances UNIS Chair de poule Chair de poule Le Loup-garou Le Loup-garou Galaxie près Galaxie près D'un rire à l'autre Trait d'humour Chars HBO1 17h50 Ice on Fire 19h25 Southern Rites 20h55 Warrior Real Time With Bill Maher Jett TVA Sports 17h00 JiC Avant-Repêchage LNH (D) Repêchage LNH (D) Kevin Raphael 06/20 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Des squelettes Lâcher prise Magnifiques Le grand rire Bonsoir bonsoir! Le Téléjournal Sports/ Réelle TVA TVA nouvelles Sucré Salé Pot Inc.Rêvons mais.JE T'AIME, ROSIE (2014) avec Sam Claflin, Lily Collins.TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Pat'Patrouille Cochon dingue Conseils Génial! 180 jours / La grande séduction LE CAVALIER SOLITAIRE (1985) Clint Eastwood.Chef cabane V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire NEXT (V.F.) (2007) avec Julianne Moore, Nicolas Cage.CSI: Miami / Mort à crédit 911 ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Champions Les Princes Des racines et des ailes Berlin '59 Journal/ C à dire CANAL D Cauchemar sur l'autoroute Enchères Enchères Enchères Enchères Enchères Enchères Docu-D / Ce silence qui tue CANAL VIE Rénovateurs à l'entrainement Conquérants Gâteaux Chopped / Zone de confort The Affair (v.f.) Proprio Proprio Flashpoint RDS Sports 30 Sports 30 Hors-jeu 2.0 LCF Football / Roughriders de la Saskatchewan c.Ottawa RedBlacks (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA FantomWorks FantomWorks Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Hors route ICI ARTV 17h30 Downton Abbey Défier la magie Moi et l'autre Lumière sur.Guerre et paix Cirque Alfonse Cinéma EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Brillantes espèces Alex+Tyler, éco Recyclage Pharmachien Gros labo L'odyssée des primates Primates Z Face Off Les Stupéfiants Les stupéfiants CROCODILE DUNDEE 3: À LOS ANGELES (2001) Paul Hogan.HYP-GAGS sav-media Publications Archi branchés 36.9° 36.9° 36.9° / Migraine de folie Question santé Question santé L'écran roi 22h50 Gardiste Génie d'ici TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Métiers Les sapiens Top! /19h40 Top! BRBR Droit devant 22h40 Visite ONFR+/ ONFR+ Planète 16h30 AF447 Le plus haut niveau Le dernier vol du Vulcan L'Antiquité Les oubliés Shuklaphanta CBC CBCNews JFL: Gags Kim's Coronation St.Dragons' Den CBC Docs POV CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang MasterChef The Big Bang Young Sheldon Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight The Wall The Wall Elementary / Into the Woods Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Holey Moley Family Food Fight Reef Break / Pilot Local 22 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Life in Pieces Life in Pieces Elementary / Into the Woods News PBS (33) PBS NewsHour 100: Head/ Heart/ Feet Magic Moments: The Best of '50s Pop Music Rick Steves' Amanpour UNIS Cochon dingue Mission Verte Bouffe en cavale Les fermiers / Le printemps Hooké File d'attente Web Thérapie Web Thérapie Peaky Blinders HBO1 18h10 AXIOS 18h40 JANE FONDA IN FIVE ACTS (2018) Euphoria Meet the Donors 23h10 BREXIT TVA Sports 17h00 JiC LMB Baseball / Astros de Houston c.Yankees de New York (D) Le TVA sports Point de mire Le TVA sports 06/19 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Des squelettes L'Épicerie Deuxième chance Bonsoir bonsoir! Le Téléjournal Sports TVA TVA nouvelles Sucré Salé Oeufs d'or Boomerang La recrue / La main dans le sac Esprits criminels TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Passe-Partout Cochon dingue Conseils Génial! Point doc LE ZODIAQUE (2007) avec Mark Ruffalo, Anthony Edwards, Jake Gyllenhaal.V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Pompiers Ces gars-là Taxi payant APB: Alerte / Sauve-moi Rire et délire 911 ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Des camions et des hommes Envoyé spécial 100 jours Journal/ C à dire CANAL D Tanked (v.f.) Transports Éboueurs Parker: Sa ruée vers l'or Célèbres et fauchés Accident de star / Tracy Morgan Au pays des CANAL VIE Rénovateurs à l'entrainement Les gratteux Merci de parta Vie de tournée / 2Frères Design V.I.P.Design V.I.P.Design V.I.P.Design V.I.P.Flashpoint RDS Sports 30 Sports 30 En route FIFA 2019 LMB Baseball / Red Sox de Boston c.Twins du Minnesota (D) Sports 30 HISTORIA Fièvre encans Fièvre encans De l'acier et du feu De l'acier et du feu De l'acier et du feu De l'acier et du feu L'acier et feu ICI ARTV 17h30Cormoran Cormoran Moi et l'autre Génie: Picasso Génie: Picasso Génie: Picasso Génie: Picasso EXPLORA Suprême animal L'odyssée des primates Cerveau Cerveau Méga constructions Planète techno Gagner Hackers Z Face Off Déroute Comédie Talk show Week-end LE POLICIER DU BRONX (1981) avec Edward Asner, Ken Wahl, Paul Newman.sav-media Couple nerds Génie d'ici Maîtres 19h55 Métiers Maîtres 20h50 Métiers Archi branchés Triade créative Au coeur du cinéma québécois Couple nerds TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Métiers Les sapiens Top!/ Top! 20h05 ONFR+ BRBR Kattawapiskak 21h50 Magasin Empreint 22h35 Visite ONFR+/ ONFR+ Planète Saint Brandon, l'archipel perdu Dans le secret des villes Vanity Fair Confidential (v.f.) Scène du crime / Poing final Globe cooker Marseille Story CBC CBCNews JFL: Gags Kim's Coronation St.Maker of Monsters: The Extraordinary Life of Beau Dick CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Amazing Race MasterChef Match Game CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight S.W.A.T./ 1000 Joules Private Eyes / The Life of Riley The InBetween Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Press Your Luck Card Sharks Match Game Local 22 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight The Amazing Race NCIS: Cases S.W.A.T./ 1000 Joules News PBS (33) PBS NewsHour Crossroads Outdoor Rivers of Life / The Nile When Whales Walked: Journeys in Deep Time Amanpour UNIS Cochon dingue Monde Web Thérapie Web Thérapie La galère St-Nickel Tournée générale Un vrai selfie HBO1 16h00 Rock&Roll Hall Fame Wig My Dad Wrote a Porno 22h05 Requiem for the Dead 23h15 AXIOS TVA Sports 17h00 JiC Le top LNH Remise des trophées de la LNH (D) Kevin Raphael RAW 06/18 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Des squelettes S'aime chien Secret médical Bonsoir bonsoir! Le Téléjournal Sports/ Révolte TVA TVA nouvelles Sucré Salé Lâchés lousses Malaises Complexe G L'arme fatale TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Passe-Partout Cochon dingue Conseils Génial! Point doc House of Cards (v.f.) House of Cards / Nouvelle base Chef cabane V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Tout s'embellit Les jeux fous d'Ellen Taxi payant Le dernier navire Rire et délire 911 ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Chiens et chats Partir Autrement en famille Les Princes Le sexe autour du monde Profilage / Nouveau départ Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Douanes Douanes Cauchemar sur l'autoroute Les rois de la ferraille Routiers de l'Outback SOS Infesta.CANAL VIE Rénovateurs à l'entrainement Maison jackpot Luxe au bord Mini-maisons sur mesure Idées grandeur Idées grandeur Idées grandeur Idées grandeur Flashpoint RDS Sports 30 Sports 30 Sport en liberté Expédition extrême FINA Plongeon Au 19e Sports 30 Sports 30 Triathlon HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars ICI ARTV 17h30Cormoran Cormoran / Grève à la fonderie Quelle famille! Cirque Alfonse Guerre et paix Notre vie / Indiscrétions Victoria EXPLORA Animo S'aime chien L'odyssée des primates Pharmachien Gros labo Anomalies humaines Alex+Tyler, éco Recyclage Océania Z Face Off / Body painting Les Brown / La faune Péril en haute mer / La chute Vikings / Mésalliances Ballers (v.f.) Ballers (v.f.) Silicon Valley sav-media CORIM CORIM Uranium 19h50 Gardiste Saviez-vous FutureMag Génie d'ici L'ère robots En mouvement 22h55 Fausses Question santé TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Métiers Les sapiens Top!/ Top! ONFR+ BRBR Wapikoni 21h50 Magasin 22h20 Mamie 22h35 Carte de visite Planète Roman Karmen Globe cooker Géants de l'océan Jurassic Fight Club (v.f.) AF447: la traque du vol Rio-Paris CBC CBCNews JFL: Gags Kim's Coronation St.Kim's Still Standing Schitt's Creek Workin' Moms CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang THOR (2011) avec Anthony Hopkins, Natalie Portman, Chris Hemsworth.The Big Bang CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / Bears and Cubs FBI / Doomsday Blood & Treasure Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Conners Am.Housewife Modern Family The Goldbergs Modern Family Black-ish Local 22 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / Bears and Cubs FBI / Doomsday Blood & Treasure News PBS (33) PBS NewsHour Places to Love Yankee Secrets of the Dead The Lavender Scare Frontline Amanpour UNIS Cochon dingue Devenir adulte Un vrai selfie Chez nous L'ODYSSÉE D'ALICE TREMBLAY (2002) Sophie Lorain.Ciné tout court Rire à l'autre HBO1 16h35 Inventor 18h45 Living With Lincoln Wig Euphoria Big Little Lies TVA Sports 17h00 JiC LMB Baseball / Angels de Los Angeles c.Blue Jays de Toronto (D) Le TVA sports Point de mire Le TVA sports J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I M A R D I L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 V I V R E REPORTAGE CATHERINE LEFEBVRE À SAN FRANCISCO COLLABORATRICE LE DEVOIR es bonnes adresses qui servent des aliments bios et locaux ou importés en circuit court sont ni plus ni moins que la norme à San Francisco.Dans la mêlée, les pionniers de ce mouvement représentent la vague de fond de ce retour du balancier agroa- limentaire.Prenons comme exemple le restaurant végétarien Greens à Fort Mason, l\u2019ancien siège social de la garde côtière américaine.Fondé en 1979 par la Société zen de San Francisco, le restaurant souhaite offrir une cuisine principalement végétale, à l\u2019image des valeurs véhiculées par le mouvement spirituel.Pendant plusieurs années, Greens était le seul restaurant dans ce quartier jadis industriel qui offre malgré tout une magnifique vue sur la baie et sur le fameux pont Golden Gate.Quarante ans plus tard, le restaurant est désormais entouré de cafés à la mode, de boutiques d\u2019artisans locaux et du marché fermier Fort Mason, qui, lui, a lieu tous les dimanches matin.Les clients de Greens sont de toutes les générations, et certains ne sont probablement pas végétariens à temps plein.Mais lorsque les recettes sont aussi bien réalisées, la viande est visiblement accessoire.C\u2019est le cas de notre assiette de crudités, composée de betteraves chioggia, de fenouil frais et de légumes fermentés, et accompagnée d\u2019une généreuse part de houmous aux carottes.Ce plat est éclatant, appétissant et particulièrement savoureux, comme tout le reste de notre repas et comme semblent l\u2019être toutes les assiettes qui défilent sous nos yeux pendant le service du brunch.Bières et burgers bios À l\u2019heure de l\u2019apéritif, les amateurs de baseball et de bière se rassemblent à la brasserie Thirsty Bear, comme dans tout bon bar « sportif ».Les écrans projettent la partie de baseball des Giants de San Francisco et les tables se remplissent rapidement de pintes de bière et de plats à partager.Rien d\u2019anormal à signaler ici.La différence est que toutes les bières brassées sur place sont biologiques et faites à partir de céréales et de houblon locaux.Dans le même ordre d\u2019idées, les plats au menu sont aussi faits à partir d\u2019ingrédients locaux et biologiques la plupart du temps.Même le hamburger est fait à partir de viande de bœuf élevé en pâturage.Il faut dire que le Thirsty Bear est installé sur la rue Howard depuis 1995, c\u2019est-à-dire depuis le premier boom du « .com », soit à l\u2019arrivée d\u2019Internet.Il n\u2019a ni déménagé ni ouvert d\u2019autres succursales depuis lors, et ne commercialise pas ses bières en dehors de la brasserie.Il faut donc venir prendre une pinte sur place pour goûter ses bières, ou alors remplir un cruchon de verre pour en rapporter à la maison.Cafés troisième vague En sillonnant les rues de la ville de San Francisco, il n\u2019est pas rare de croiser des cafés « troisième vague » \u2014 axés sur les circuits courts et la qualité du café, popularisés au tournant des années 2000.On en voit même aussi souvent que des Starbucks.Pensons à Blue Bottle Coffee Company ou au plus récent Sight Glass, où le design de l\u2019emballage va jusqu\u2019à la tasse compostable.En entrant dans le café Equator, Quête de sens alimentaire à San Francisco La ville sur la baie est devenue la mecque du mouvement locavore, équitable et biologique En sillonnant les rues de San Francisco, il n\u2019est pas rare de croiser des cafés « troisième vague » \u2014 axés sur les circuits courts et la qualité du café, popularisés au tournant des années 2000 | 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 rue Mission, nous avons l\u2019impression d\u2019être dans un café un peu plus normal, faisant un peu moins d\u2019efforts pour tout calculer en ce qui a trait à son image de marque.Pourtant, les propriétaires Brooke McDonnell et Helen Russell sont dans l\u2019industrie du café depuis le milieu des années 1990, elles aussi.Partenaires de vie et en affaires, elles ont commencé à torréfier du café équitable dans leur garage du comté de Marin et sont de vraies pionnières dans le domaine.À leurs débuts, elles se rendaient régulièrement dans les pays où elles s\u2019approvisionnent en café, la Colombie, le Brésil, le Rwanda, afin d\u2019éliminer les intermédiaires de l\u2019équation et d\u2019offrir ainsi un meilleur prix aux petits producteurs avec lesquels elles collaborent toujours.À l\u2019époque, elles vendaient seulement leurs grains aux restaurants et entreprises qui souhaitaient offrir un café de qualité et équitable à leur clientèle.Ce fut le cœur de leur entreprise pendant près de vingt ans.Ce n\u2019est qu\u2019en 2012 qu\u2019elles décidèrent d\u2019ouvrir une première boutique, une décision stratégique pour faire en sorte que les gens connaissent la marque et la mission de l\u2019entreprise.Ainsi, lorsque les grandes boîtes de techno offrent du café Equator à leurs employés, ceux-ci savent qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un simple café générique ne possédant pas les valeurs qui collent à la peau des San-Franciscains \u2014 local, bio, durable.Victime de son succès, Equator a ouvert sept boutiques en six ans.Ville modèle Ce genre d\u2019adresse et d\u2019histoire, on en trouve à tous les coins de rue à San Francisco.Certes, le climat tempéré et l\u2019accès à une foule d\u2019aliments produits localement toute l\u2019année facilitent l\u2019adoption d\u2019une alimentation locale, biologique et équitable.Au-delà de ces considérations, cela demeure inspirant et nous encourage à accorder d\u2019autant plus d\u2019attention à nos agriculteurs et à nos éleveurs.Chaque jour, ils font des pieds et des mains afin que les champs renaissent au printemps et que le fruit de leurs récoltes enjolive les étals des marchés fermiers aux quatre coins du Québec.Notre journaliste était l\u2019invitée de San Francisco Travel.L\u2019assiette de crudités du restaurant Greens, fondé en 1979 par la Société zen de San Francisco Bon à savoir Air Canada offre deux vols directs par jour de Montréal à San Francisco.Selon vos préférences, la carte CityPass donne accès à certains musées et certaines croisières dans la baie, en plus d\u2019inclure un passeport de trois jours pour le réseau de tramway et d\u2019autobus.L\u2019hôtel Westin St- Francis, alias la « grande dame » du square Union de San Francisco, a ouvert ses portes en 1904.Largement rénové en 2018, il demeure une icône de l\u2019hôtellerie de la ville.En haut : le quartier jadis industriel où s\u2019est installé le restaurant Greens offre une magnifique vue sur la baie et sur le fameux pont Golden Gate.En bas : le marché fermier Fort Mason a lieu tous les dimanches matin.PHOTOS CATHERINE LEFEBVRE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Vi v r e P l e i n a i r 4 4 | co-espagnole officialisée avec le Traité des Pyrénées (1659).Départ dans l\u2019Aude Homologué en 2014 par la Fédération française de randonnée pédestre, le GR 367 se fait en 12 étapes d\u2019une vingtaine de kilomètres chacune.Dans le massif montagneux des Corbières, le sentier traverse les vignes qui poussent sur un sol rocailleux, entre des brassées d\u2019acacias et des explosions de genets.La production de milliers d\u2019hectares de vignobles, appellation d\u2019origine protégée, est distribuée dans les coopératives viticoles de la région (Maury, Castelmaure).Sur la crête calcaire se détache l\u2019ombre d\u2019Aguilar, l\u2019« un des cinq fils de Carcassonne », ces forteresses bâties au XIIIe siècle pour défendre la frontière avec l\u2019Aragon.Du bâtiment, il reste les remparts concentriques d\u2019origine et d\u2019imposantes constructions plus tardives, mais c\u2019est surtout la vue sur 360 degrés qui en impose : le royaume de France et pour le pape, qui lancent l\u2019Inquisition à leurs trousses jusque dans les citadelles érigées sur la crête des montagnes : Aguilar, Lastours, Termes, Puilau- rens, Quéribus, Peyrepertuse, Mont- ségur et Roquefixade.Sous la protection du seigneur local, les cathares vivent dans le dénuement, sans église ni croix, et vont jusqu\u2019à traduire l\u2019Évangile en langue occitane pour que tous aient accès au Divin : aristocrates, agriculteurs et artisans.Et parce que l\u2019histoire est toujours racontée par les vainqueurs, c\u2019est la dénomination « cathare » (hérétique en grec) qui est restée dans la mémoire collective pour désigner ces adeptes de l\u2019indigence et de la nonviolence.Un anachronisme en cette ère belliqueuse ! Les cathares occitans finiront sur le bûcher de l\u2019Inquisition et les citadelles, rasées par les Croisés, seront reconstruites par le roi de France en bastions militaires pour défendre la frontière fran- Sur les pas des cathares Un sentier qui se parcourt dans l\u2019espace et le temps et qui rembobine 1000 ans d\u2019histoire occitane Homologué en 2014 par la Fédération française de randonnée pédestre, le GR 367 se fait en 12 étapes d\u2019une vingtaine de kilomètres chacune.PHOTOS NATHALIE SCHNEIDER Montségur n sentier peut en cacher un autre.Surtout dans une région, comme l\u2019Occi- tanie, où la présence humaine a façonné le territoire, dès l\u2019âge de bronze, pour le rendre accessible.Au populaire chemin de Compostelle, on peut préférer l\u2019isolement du sentier Cathare, 200 km courant, d\u2019est en ouest, de la garrigue méditerranéenne aux pics enneigés des Pyrénées.Sur ce trait d\u2019union entre vallée de l\u2019Aude et forêts montagneuses de l\u2019Ariège, on croise peu de randonneurs et tant de traces de l\u2019histoire.Celle des « Bonshommes », surtout, comme ils se désignent eux- mêmes du XIe au XIIIe siècle.Ces catholiques veulent revenir aux préceptes de l\u2019Évangile et à une vie plus proche de la nature que des fastes de l\u2019Église de Rome.Une hérésie pour REPORTAGE NATHALIE SCHNEIDER EN OCCITANIE COLLABORATRICE LE DEVOIR U | 4 5 Vi v r e P l e i n a i r L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Pour annoncer dans ce regroupement, communiquez avec le département de publicité au 514 985-3399 publicite@ledevoir.com À TABLE À déguster au M Resto! 3625 Rue Talon, Sainte-Catherine Le vin, un produit de plaisir info@edoniasignature.com Novaia Valpolicella Classico 80% Corvina, 10% Corvinone, 10% Rondinella Vif, légèrement fruités aux arômes de cerise et des notes d'épices.L'accord parfait : Saumon de l'Atlantique canadien grillé en croûte d'épices.en importation privéE Une semaine de débats, pour nourrir votre réflexion.LE COURRIER DES IDÉES www.ledevoir.com/infolettre-opinion du sommet où il est posé, entre chênes verts et genévriers épineux, le regard domine la plaine de Tuchan et les vignobles du Haut-Fitou.Par beau temps, on peut même apercevoir les crêtes enneigées du Canigou, le plus haut sommet des Pyrénées orientales (2784 m).Aguilar est l\u2019une des huit « citadelles du vertige » en lice pour être classées au Patrimoine mondial de l\u2019UNESCO avec la cité de Carcassonne.Tout comme Quéribus, la citadelle perchée au-dessus de Cucugnan, le village accroché à flanc de coteaux, ou encore Peyrepertuse, l\u2019imposante « Carcassonne céleste » qui se gagne au prix d\u2019une bonne marche verticale.Sur les balcons de l\u2019Ariège Les trois dernières étapes du sentier se font dans un tout autre décor.Finies les broussailles et les vignes, bienvenue dans la haute montagne et ses forêts de hêtres et de sapins.Depuis les ruines du château de Roquefixade, c\u2019est toute la chaîne des crêtes qui se dévoile vers l\u2019ouest et le sud, les pics du massif de Tabe culminant à 2348 m, les vallées ponctuées de tarasconnai- ses, les brebis qui se délectent des pâturages d\u2019altitude.Pour relier le village de Montségur, surplombé par la plus illustre des anciennes cités cathares, il faut allonger le pas sur 17 km de hêtraies et d\u2019épicéas.Il ne faut guère creuser pour trouver ici des traces de l\u2019occupation humaine ; l\u2019homme de Néandertal a vécu dans les grottes de Tuteil et de Caougno, tout près de là, il y a 80 000 ans.Mais ce sont les 200 ans de l\u2019époque cathare qui éclipsent toutes les autres.Chaque ruelle étroite de Montsé- gur est hantée par l\u2019héritage cathare, de l\u2019Atelier d\u2019archéologie artisanale, où l\u2019on tisse selon des techniques du XIe siècle, au Musée historique et archéologique.Tout y célèbre la mémoire de ces quelques milliers de Bonshommes qui se réfugient au XIIIe siècle autour de la forteresse du seigneur Raimond de Péreille sur Infos pratiques Le sentier : il est recommandé de le parcourir dans le sens est-ouest, de Port-la-Nouvelle jusqu\u2019à Foix.Pour un itinéraire fractionné, le train est l\u2019option optimale (gares de La Nouvelle, Quilian et Foix) avec un Eurail France Pass.Deux applications mobiles (Le Guide et Castrum) sont offertes sur Les sites du pays cathare.Transport des bagages : le service Optimalle est offert par La Malle postale au coût de 75 $ par bagage et par jour.Forfaits : dans l\u2019Aude, le Bureau des guides accompagnateurs est une excellente ressource.Dans l\u2019Ariège, l\u2019agence La Rebenne propose des traversées en liberté avec transport de bagages.Hébergement : de très nombreux gîtes d\u2019étape sont offerts le long du parcours (gîte Saint-Roch à Tuchan, le Jardin des Gorges à Belvianes-et-Cavirac, le Pèlerin à Montségur).Pour une information complète sur les gîtes : lesentiercathare.com, audetourisme.com et ariegepyrenees.com.Aller plus loin : le sentier cathare est rattaché au chemin des Bonshommes, qui relie l\u2019Ariège à l\u2019Espagne.Pour plus d\u2019informations : tourisme-occitanie.com un piton à 1207 m au-dessus du village actuel.Dans les années 1980 et 1990, le catharisme est l\u2019objet des fantasmes les plus fous : l\u2019Ordre du Temple solaire s\u2019y rend en pèlerinage, prédisant que l\u2019accès à la planète Sirius se ferait « à la façon des cathares ».Les adeptes de l\u2019ésotérisme affluent durant le solstice d\u2019été pour voir les rayons du soleil traverser le donjon de part en part.Les randonneurs qui veulent atteindre la citadelle n\u2019ont qu\u2019à emprunter le sentier pierreux où passaient hommes et bêtes jusqu\u2019à ce fameux long siège de 1243 ordonné par le roi de France Louis IX (saint Louis) pour en découdre avec les cathares.Plus de 200 fidèles préfèrent alors se jeter dans les flammes du bûcher plutôt que renier leur foi.L\u2019épouse, l\u2019une de ses filles et la belle-mère de Raimond de Péreille sont du lot.On raconte que le bûcher est si grand qu\u2019il se voit jusqu\u2019à Toulouse ! Huit siècles plus tard, en 2016, l\u2019évêque de l\u2019Ariège demande pardon pour ce massacre, au nom du pape François.Preuve que la tragédie cathare est encore bien vivace dans l\u2019âme occitane.Sur la crête calcaire se détache l\u2019ombre d\u2019Aguilar, l\u2019une des cinq forteresses bâties au XIIIe siècle pour défendre la frontière avec l\u2019Aragon. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Vi v r e S o c i é t é 4 6 | épression, anxiété, troubles de dépendance : les troubles de santé mentale se font de plus en plus nombreux chez les jeunes Canadiens, et le dialogue autour du sujet reste plutôt épineux.Or, les tabous persistent encore plus chez certaines communautés, où le dialogue sur la santé mentale se fait difficilement.Dans la région métropolitaine de Toronto, Naseeha semble être l\u2019une des portes vers ce dialogue pour les communautés musulmanes en Amérique du Nord.À la fois organisme à but non lucratif, ligne téléphonique d\u2019assistance et programme d\u2019éducation et de sensibilisation, Naseeha a pour but de rendre accessibles les services en santé mentale au sein de communautés immigrantes de confession musulmane \u2014 où certains obstacles nuisent encore à la tolérance envers les personnes atteintes de troubles mentaux \u2014 tout en s\u2019inscrivant dans la tradition de la foi de l\u2019islam.D\u2019ailleurs, le nom choisi, Naseeha, n\u2019est pas anodin : en langue arabe, il signifie « conseil ».« On tente de se mettre en première ligne, explique Ismail Shaikh, travailleur social et membre de l\u2019équipe de sensibilisation de Nasee- ha.On répond aux questions, aux inquiétudes, on éduque les gens [\u2026] ; on veut briser les tabous autour de la santé mentale.» Une demande grandissante Pour ce faire, Naseeha offre une multitude d\u2019options : d\u2019abord, une ligne téléphonique, établie lors de la fondation de l\u2019organisme en 2006, disponible sept jours sur sept en soirée, où des professionnels de la santé et des travailleurs sociaux bénévoles répondent à des appels anonymes de jeunes.Naseeha offre aussi des ateliers en santé mentale à travers les institutions religieuses de la région de Toronto, les hôpitaux du réseau du CAHM (Centre de toxicomanie et de santé mentale ; en anglais : Centre for Addiction and Mental Health) et les écoles publiques du Toronto Board of Education (principale commission scolaire de la capitale onta- rienne).Ces ateliers ont pour but principal de déconstruire les tabous relatifs à la santé mentale, souvent très présents au sein des communautés immigrantes musulmanes.La demande au sein de la communauté ne fait qu\u2019augmenter, remarque Rufaida Mohammed, chef de l\u2019équipe de soutien téléphonique.« La santé mentale, de nos jours, est de plus en plus mainstream.Avec tout ça, nous avons enregistré une hausse de nos appels téléphoniques et dans la demande d\u2019ateliers.» Les tabous, eux, persistent pour plusieurs raisons.Selon Ismail Shaikh, l\u2019absence de dialogue sur ce sujet contribue à sa stigmatisation \u2014 d\u2019où l\u2019importance de la sensibilisation.« Il y a beaucoup de honte autour de ce sujet, précise-t-il.Pas juste ça, mais dans ces communautés, il n\u2019y a souvent pas de travail de traduction qui se fait pour les termes de santé mentale, comme l\u2019anxiété, la dépression.Ça a l\u2019air de quoi, en arabe ?Qu\u2019est-ce que ça veut dire en ourdou ?Comment est-ce qu\u2019on traduit le tout ?Une grande partie du travail qu\u2019on fait vise à éclaircir tout ça, à défaire ces tabous.» Tabous colonialistes L\u2019origine de ce silence n\u2019est pourtant pas si lointaine.Selon Salam El-Maj- zoub, résidente en psychiatrie à l\u2019Université McGill et professionnelle de la santé de confession musulmane, les tabous qui existent aujour- d\u2019hui au sein des communautés musulmanes n\u2019ont pas toujours existé.« Il faut comprendre l\u2019influence que l\u2019islam a eue sur la psychiatrie, la psychologie, et ainsi faire la différence avec la façon dont ces choses sont perçues aujourd\u2019hui au sein de nos communautés, insiste-t-elle.Il y a une grande différence entre ces deux perceptions.» L\u2019influence dont parle El-Majzoub, c\u2019est celle des savants du Moyen- Orient ayant vécu durant l\u2019Âge d\u2019or islamique, qui s\u2019étend du VIIIe au XIIIe siècle.« Plusieurs avancées en médecine ont été faites à cette époque, et sur tous les plans de la médecine, explique-t-elle.Ces avancées étaient motivées par une hadith [parole rapportée du prophète Mohamed] qui affirme que, si Dieu a apporté des maladies, Il a aussi apporté des remèdes.» L\u2019histoire en témoigne : les premiers hôpitaux du monde arabo-mu- sulman de l\u2019époque, nommés bima- À l\u2019écoute de la jeunesse musulmane Ligne d\u2019assistance, Naseeha lutte contre les préjugés sur la santé mentale dans la communauté arabe GRAND ANGLE SARAH BOUMEDDA LE DEVOIR D Nos jeunes sont tourmentés.Ils luttent constamment.Leur santé mentale est intimement liée à ce qu\u2019ils voient, à ce qu\u2019ils entendent.On se doit de leur redonner de l\u2019espoir, mais aussi une occasion d\u2019exprimer leurs peurs.RUFAIDA MOHAMMED » Les attentats du 11 septembre 2001 marquent un sombre tournant pour les musulmans d\u2019Amérique du Nord.D\u2019ailleurs, bien que Naseeha ait ses bureaux à Mississauga, en banlieue de Toronto, l\u2019organisme reçoit des appels de partout, dont 45 % en provenance des États-Unis, où les tensions sont particulièrement fortes, selon le travailleur social Ismail Shaikh. | 47 Vi v r e S o c i é t é L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 dans lequel on vit présentement, précise-t-il.Il existe désormais plusieurs pressions sociales sur la communauté musulmane.Il y a de la discrimination, de l\u2019islamophobie, des discours prononcés par des gens à l\u2019extérieur de nos communautés auxquels nos jeunes sont exposés, et ça cause beaucoup de conflits.Pas seulement en eux, mais aussi avec leur famille, leurs parents\u2026 » La jeunesse est une cible fragile à ces pressions sociales, réitère Rufai- da Mohammed.« Nos jeunes sont tourmentés.Ils luttent constamment.Leur santé mentale est intimement liée à ce qu\u2019ils voient, à ce qu\u2019ils entendent.On se doit de leur redonner de l\u2019espoir, mais aussi une occasion d\u2019exprimer leurs peurs.» me idéologique se font toujours sentir de nos jours.S\u2019ajoute à ce bagage historique un autre fardeau : celui de l\u2019islamophobie, qui a pris une ampleur inquiétante au cours des 10 à 20 dernières années.Pour Ismail Shaikh, l\u2019attentat du 11 septembre 2001 marque un sombre tournant pour les musulmans d\u2019Amérique du Nord.D\u2019ailleurs, bien que Naseeha ait ses bureaux à Mississauga, en banlieue de Toronto, l\u2019organisme reçoit des appels de partout, dont 45 % en provenance des États-Unis, où les tensions sont particulièrement fortes, selon le travailleur social.« Après le 11-Septembre, nous n\u2019avions d\u2019autre choix que de nous pencher sur la santé mentale, surtout compte tenu du climat politique ristans, étaient dotés d\u2019ailes spécifiquement réservées aux patients atteints de troubles mentaux.Au XIe siècle, Avicenne (ou Ibn Sina, en arabe) avait rédigé plusieurs ouvrages basés sur ses recherches et découvertes en psychologie.Bien qu\u2019historiquement le monde musulman fût pionnier dans le domaine de la santé mentale, les choses ont changé avec l\u2019arrivée des colonisateurs européens.« À mesure que ces idées innovatrices déclinaient, celles venues de l\u2019Europe ont pris de l\u2019ampleur, ajoute El-Majzoub.C\u2019est à partir de là que la maladie mentale a été associée à un manque de foi, à la sorcellerie, aux djinns [démons]\u2026 » Un contexte éprouvant Les conséquences de cet impérialis- Ghada El-Sadek et Rufaida Mohammed, respectivement coordonnatrice en marketing et communication et chef de l\u2019équipe de soutien téléphonique à Naseeha SARAH BOUMEDDA LE DEVOIR En français, s\u2019il vous plaît ?Même si la portée de Naseeha est impressionnante, son impact au Québec pourrait être plus important : ce ne sont pas tous ses intervenants qui parlent français et il n\u2019a encore jamais collaboré avec des organismes québécois \u2014 bien que son équipe soit ouverte à l\u2019idée d\u2019un éventuel partenariat.« On aimerait bien ajouter plusieurs langues, dont le français, à nos services, à mesure que la demande augmente », annonce Ghada El-Sadek, coordonnatrice en marketing et communications à Naseeha.Elle ajoute que, présentement, la priorité se dessine autour de l\u2019accessibilité par clavardage et pas messages textes.« Nos valeurs sont islamiques, mais nos services sont offerts à tous, ajoute-t-elle.On reconnaît que l\u2019accès à la santé mentale est difficile, et les minorités visibles et les autres communautés marginalisées ont plus de difficulté à accéder à ces services.Quiconque peut utiliser notre ligne téléphonique ; nous sommes prêts à fournir l\u2019aide nécessaire.» Naseeha en chiffres 71 % des appels sont faits par des filles, le reste par des garçons.45 % des appels proviennent des États-Unis ; 41 % du Canada ; 14 % de l\u2019extérieur de l\u2019Amérique du Nord.Le bien-être spirituel et psychologique (y compris la santé mentale) est le sujet de 46 % des appels reçus ; les relations interpersonnelles, 37 %des appels ; et les pressions sociales (y compris les préjugés islamophobes), 9 % des appels.Bien que la majorité des jeunes ne disent pas leur âge aux intervenants (39 %), parmi les autres appels, un grand nombre sont faits par de jeunes adultes : 21 % sont âgés de 18 à 22 ans, 15 %, de 23 à 30 ans et 18 %, de plus de 30 ans.La durée moyenne d\u2019un appel est de 24 minutes.Après le 11-Septembre, nous n\u2019avions d\u2019autre choix que de nous pencher sur la santé mentale, surtout compte tenu du climat politique dans lequel on vit présentement ISMAIL SHAIKH » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Vi v r e Te n d a n c e 4 8 | pue en mai dernier, « pour une plate histoire de liquidité et de taxes municipales », confie Amélie Laberge, cofondatrice de ce défunt commerce de la rue Bernard.Qu\u2019à cela ne tienne : celles qui ont été le cœur et l\u2019âme de Société Textile pendant deux ans entendent bien prolonger leur plaisir, en dépit de la fermeture de leur commerce préféré.Les mercredis soir, les joyeuses habituées de la Société promènent leurs sacs de tricot dans divers bars et cafés de la ville.La dernière fois, c\u2019est au bar Chez Suzanne qu\u2019elles ont mixé cocktails et aiguilles.« Quand on a annoncé la fermeture de Société Textile sur Facebook, les témoignages ont afflué.Honnêtement, je ne me doutais pas qu\u2019on était un espace aussi précieux, et ce, pour autant de gens.Nous avons eu des témoignages du genre : \u201cJe me souviens, quand je vous ai rencontrées, je venais de déménager à Montréal et ça me faisait du bien de vous voir, vous êtes spontanément devenues mes meilleures amies.\u201d Je ne m\u2019étais pas aperçue à quel point nous étions importantes pour tant de gens », réfléchit Amélie Laberge qui, avec le recul, constate comment le lieu de communauté qu\u2019elle a créé avec sa complice Maude Levasseur était bien plus qu\u2019un simple commerce.« Je m\u2019apercevais bien qu\u2019on se faisait du fun.On déprenait le tricot d\u2019une personne qui, plutôt que de rester seule chez elle, venait nous voir pour se faire \u201cdéprendre\u201d.Nous La société amicale des tricoteuses réapparue Malgré la disparition de Société Textile, de jeunes artisanes se réunissent chaque mercredi pour tricoter Au-delà de la simple boutique de laine, Société Textile était un club social, un lieu d\u2019apprentissage, un centre communautaire consacré à la pratique de l\u2019artisanat de nos ancêtres.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Avec Internet, les gens tricotent ensemble partout sur la planète AMÉLIE LABERGE » ENTREVUE SYLVIE SAINT-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR D ans un coin pimpant du Mile-End s\u2019éclatait hier encore une heureuse sororité de tricoteuses du dimanche qui se réunissaient autour d\u2019une grande table pour pratiquer leur artisanat, sous la bienveillante attention de deux meilleures amies aux doigts de fée.Or, la belle aventure de la boutique- atelier Société Textile s\u2019est interrom- | 4 9 Vi v r e B i è r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 avons rencontré plusieurs femmes qui arrivaient pendant leur congé de maternité pour apprendre à tricoter, puis on a vu le bébé arriver.Dans le quartier, c\u2019était connu : t\u2019avais intérêt à ne pas être une mère poule ou inquiète, parce que chez nous, les bébés se promenaient de bras en bras.Ces échanges étaient vraiment un grand bonheur.C\u2019est seulement maintenant que je comprends vraiment la profondeur des liens qu\u2019on a créés.» Jeunes fermières urbaines Au-delà de la simple boutique de laine, Société Textile était un club social, un lieu d\u2019apprentissage, un centre communautaire consacré à la pratique de l\u2019artisanat de nos ancêtres.Amélie La- berge, qui est désormais professeure « nomade » de tricot et de broderie, puise de l\u2019inspiration chez les groupes de fermières d\u2019antan, comme lieu de valorisation du travail des petites mains québécoises.« Mon illumination, je l\u2019ai eue en visionnant le documentaire sur les 100 ans des Cercles de fermières [Fermières, d\u2019Annie St-Pierre, 2015].Il y avait dans le film une dame (qui devait avoir 208 ans !) qui était la seule dans son village à savoir monter le métier à tisser.Elle disait qu\u2019elle n\u2019avait personne à qui transmettre son savoir.Je suis sortie du cinéma en me disant que cela annonçait une catastrophe\u2026 » songe Amélie Laber- ge, qui, en quelque sorte, se donne la mission personnelle de revaloriser le travail des femmes.Et l\u2019engouement d\u2019une jeune cohorte de tricoteuses, qui vogue aisément entre les tutoriels YouTube, les festivals et les classes de tricot, redonne aux arts textiles son panache oublié.« Je dis souvent qu\u2019il manque une génération entre nous, les nouvelles tricoteuses et nos grands-mères.Je pense que nos mères, elles avaient besoin d\u2019envoyer paître le tricot, comme la cuisine et tous les autres travaux ménagers qui leur étaient imposés.» Les tricoteuses aînées, en revanche, s\u2019étonnent que de jeunes artisa- nes se réunissent autour de l\u2019amour de la laine.« Souvent, si je dis à des femmes plus âgées qu\u2019on se rencontre pour tricoter, elles partent à rire.C\u2019est comme si je leur disais qu\u2019on se rencontre pour laver nos bo- bettes, pour faire un petit lavage de blanc ! » s\u2019amuse Amélie Laberge, qui, avec le soutien de son groupe Facebook et de son réseau de tricoteuses urbaines, poursuit à sa façon l\u2019œuvre des fermières.« Que les membres de notre club de tricot veuillent prendre la relève avec des rencontres hebdomadaires, ça m\u2019a touchée.Pour moi, c\u2019est la preuve tangible que je n\u2019ai pas tout raté.« Quand c\u2019est la quatrième fois que tu sors d\u2019une institution financière découragée parce que le banquier t\u2019a dit que \u201cle tricot, c\u2019est pour les grands-mères\u201d, tu te dis qu\u2019il y a du chemin à faire pour changer les mentalités.Avec Internet, les gens tricotent ensemble partout sur la planète.Il y a des stars dans le tricot, des événements, des festivals\u2026 » question d\u2019équilibre, une amertume modérée venant trancher le côté sucré du malt qui s\u2019exprime librement.« Je cherchais une certaine rondeur en bouche, un corps prononcé typique d\u2019une bitter qui casse l\u2019amertume.C\u2019est ça, une Special Bitter.Entre 30 et 40 IBU, on est loin d\u2019une IPA ! » Deit a utilisé une variété particulière du malt anglais Maris Otter, assez sucré, qui confère à la bière sa splendide et onctueuse mousse.La couleur rougeâtre de la Beretta, qui affiche 4,8 % d\u2019alcool par volume, est due à l\u2019utilisation d\u2019un malt caramel, plus foncé.Enfin, la souche de levure américaine utilisée ici est la même que celle que le brasseur emploie dans sa série de Cyclope IPA.« Les bières les plus simples ne sont pas toujours les plus faciles à brasser.Une bière comme une bitter ne laisse pas de place à l\u2019erreur », note le brasseur.Gros Pin, Irish Red Ale, La Souche « J\u2019ai vraiment l\u2019impression que c\u2019est Boréale qui en a fait un style, mais en fait, c\u2019est une couleur, la rousse, une version remodelée des styles classiques anglais », explique Antoine Ber- natchez, brasseur en chef de La Souche.« Personnellement, je n\u2019aime pas trop les rousses trop sucrées, portant beaucoup sur le caramel, alors j\u2019ai travaillé avec d\u2019autres ingrédients, surtout une autre souche de levure, pour éviter que ce soit trop sucré.» Sa Gros Pin s\u2019inspire du style Irish Red Ale, un style classique irlandais qui affiche de belles notes de grains torréfiés : « C\u2019est une bière moins racée sur le plan des levures ; historiquement parlant, les levures irlandaises sont plutôt neutres, en ce qui concerne le goût.On a utilisé une levure semblable, mais américaine, qui rend la bière encore un peu plus sèche, et donc plus facile à boire.» Puisque les arômes des grains sont aussi en vedette dans sa version d\u2019une Irish Red Ale, Bernatchez utilise trois types de malt anglais : un malt pâle « pour donner les saveurs caramélisées classiques », un malt caramel « plus foncé qui lui donne un petit goût de toffee, presque brûlé, puis une touche de malt noir [De-Husked Malt] qui donne la couleur plus que l\u2019amertume.» Une petite quantité de blé est enfin ajoutée pour donner du corps à la bière.Le brasseur utilise lui aussi le houblon anglais East Kent Golding, « et en bonne quantité ».« L\u2019amertume est soutenue, mais elle n\u2019est pas mise en avant.Ça donne une bière équilibrée \u2014 je crois même que la Gros Pin est la bière aux saveurs les plus équilibrées que l\u2019on brasse à La Souche.» Gros Pin ?C\u2019était le nom d\u2019une rue du quartier Limoilou à Québec, où la microbrasserie La Souche a ses installations.« Plusieurs de nos noms de bière portent le nom de rues ou d\u2019endroits du quartier.» Preuve que la rousse n\u2019a pas dit son dernier mot, la clientèle de La Souche en redemande, confirme le brasseur.« Celle-là, il ne faut pas en manquer.C\u2019est parmi les bières qui se vendent le mieux ! » Le mystère de la rousse Depuis plus de 30 ans, cette bière ne cesse de séduire les amoureux du houblon La Gros Pin et la Beretta, deux rousses qui ont du caractère.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR ENTREVUE PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR Ce sont des questions existentielles que nous posait récemment un assoiffé collègue à propos de ce qu\u2019on appelle très évasivement la bière rousse.En brasse-t-on encore ?En boit-on encore ?À ces deux questions-là, Éloi Deit, de la Brasserie Dunham, et Antoine Bernatchez, de la microbrasserie La Souche, répondent par l\u2019affirmative.Ne reste plus qu\u2019à élucider le mystère des origines de cette bière qui, selon les mots de Rose Ouellette, que Molson avait recrutée pour « mousser » les ventes de sa propre rousse, « \u2018est douce » ! Beretta, Special Bitter, Brasserie Dunham « C\u2019est drôle parce que l\u2019origine de cette recette se trouve un peu dans les questions de ton collègue », répond Éloi Deit, maître brasseur chez Brasserie Dunham.« On brasse beaucoup de styles de bière, souvent des bières très sèches et désaltérantes, comme des saisons [belges] ou encore des stouts [anglaises], mais très peu de ces bières qu\u2019on pourrait qualifier de \u201crousses\u201d.Or, ici à Dunham, durant l\u2019été, le pub est très achalandé et il y a toujours quelqu\u2019un qui arrive au bar en disant : \u201cHey, j\u2019vais t\u2019prendre une rousse ! C\u2019est le gérant au bar qui m\u2019a suggéré d\u2019en brasser une\u2026 » On pourrait dire que la rousse a été adoptée comme style depuis son arrivée sur le marché en 1988 avec la Boréale rousse, une recette développée par la cofondatrice de la brasserie, Laura Urtnowski, et ce, même s\u2019il est admis que la couleur d\u2019une bière ne définit pas son style ou son goût.Ainsi, ce que l\u2019on désigne comme une rousse ici est plutôt une sorte d\u2019hybride de deux styles classiques anglais, l\u2019Irish Red Ale et la Best Bitter.Deit a opté pour une variante de cette dernière qu\u2019il désigne comme une Special Bitter, clin d\u2019œil à la célèbre recette de la brasserie britannique Fuller\u2019s, l\u2019Extra Special Bitter, une marque déposée par la brasserie au Royaume-Uni.« J\u2019ai eu envie de revisiter un classique anglais \u2014 je garde de bons souvenirs d\u2019avoir bu là-bas une bitter en cask », c\u2019est-à-dire venant d\u2019un fût sans ajout de gaz carbonique.Pour sa recette, Éloi Deit a utilisé des houblons anglais qu\u2019il travaille peu à sa brasserie : l\u2019East Kent Golding, un classique des ales anglaises réputé pour ses arômes doucement herbacés, « presque comme le thé Earl Grey parfois », et le Sovereign, « un houblon plus récent dans le portfolio des houblons anglais et plus fruité ».Tout dans cette Special Bitter est L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Vi v r e R e s t o 5 0 | L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E La trousse du festivalier Au Québec, «été» rime avec « festivals».D\u2019ailleurs, plusieurs de ces festivals offrent maintenant leurs propres applications, lesquelles seront bien utiles durant la festive saison.Sur bon nombre de celles- ci, on retrouve le programme, la carte du site (où sont les toilettes?) et des notifications avertissant du début imminent des spectacles auxquels on aimerait assister.Voici quelques ajouts à installer sur son téléphone avant de sortir s\u2019amuser.Rester hydraté Dehors, en plein soleil, il est facile d\u2019oublier de s\u2019hydrater.WaterMin- der nous rappelle de boire de l\u2019eau dans ces situations.Personnalisa- ble selon sa taille et ses besoins, l\u2019application prend même en charge toutes sortes de boissons, comme la bière ou le café.Un indispensable.Et qui sait, peut-être en fera-t-on une habitude?WaterMinder Offert pour iOS et Android.Connaître les paroles Musixmatch est un bon outil pour en apprendre plus sur les artistes émergents, les nouveaux sons et autres curiosités sur lesquels on peut tomber dans les festivals.Instantanément, on peut non seulement reconnaître une chanson, mais aussi en lire les paroles, synchronisées avec la musique.Une option permet même de traduire les paroles si on le souhaite.Musixmatch Offert pour iOS et Android.Olivier Sylvestre OLIVIER SYLVESTRE LE DEVOIR CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019important dans ce titre, c\u2019est «Très bien manger»\u2026 Il faut toutefois vous prévenir que, dès le pas de la porte, vous vous demanderez, à tort, si vous avez bien fait de suivre mes recommandations quant à cette adresse.Le Seize-Seize, ou 1616, ou encore, en chiffres romains, le XVIXVI, comme aurait dit César, s\u2019est installé rue Sherbrooke, juste à l\u2019ouest de la rue Guy.Le décor est, comment dirais-je, bizarre, très blanc, postmoderne tendance néodécalé avec des chaises\u2026 de style Louis XVI, bien entendu.Le soir de mon passage en compagnie de quelques fines fourchettes, cette grande salle était occupée par trois tables, huit personnes.Nous étions six et, pour un grand total de quatorze clients, je ne sais trop comment le propriétaire fait ses frais.Sur le site du XVIXVI, on annonce ceci : «Quand la gastronomie rejoint la technologie».Ça promet.L\u2019accueil est chaleureux et les sièges, confortables ; on se sent déjà un peu mieux.Puis vient le menu et là, en général, je m\u2019éveille et laisse commensales et commensaux jaser.Dans ce cas-ci, je salivais également.Il y a une douzaine de propositions salées et trois desserts auxquels s\u2019ajoute un très beau trio de fromages.Aux fourneaux se tient Samy Benabed, un jeune allumé de la casserole, talentueux, curieux et éloquent, toutes qualités qui se retrouvent dans ses assiettes.Avoir six convives à table \u2014 qui paient chacun de leur poche \u2014 permet d\u2019avoir une meilleure vue d\u2019ensemble, d\u2019analyser et de goûter davantage de plats.Ce soir-là par exemple, sur les seize propositions du menu, treize ont été scrupuleusement décortiquées, analysées, goûtées, et pour la plupart dévorées.Un ou deux bémols, mais rien qui me dissuaderait de revenir souper ici.On sent que le chef a le souci du détail et du respect de ce locavorisme qui distingue les tables conscientes de certaines réalités contemporaines.On trouve dans ses assiettes une majorité de produits venus de chez nous.Un bonus.Le second bonus vient du fait que l\u2019on voit de la beauté dans ses assiettes.Bon, d\u2019accord, le propriétaire a dépensé une petite fortune dans les contenants, mais ce serait peu si le contenu n\u2019était pas là lui aussi.Les convives se sont exclamés à l\u2019arrivée de pratiquement tous les plats.Sauf Junior, peut-être, avec son assiette de saumon, moules et crème d\u2019ail, qui maugrée, en bon Jeannois habitué à la perfection.Les douze autres plats, salés ou sucrés, ont été admirés, puis savourés dans un enthousiasme collectif.Madame Hélène, férue de « bon manger », a souligné l\u2019apport nutritif et la valeur diététique.Les autres sont restés babas et ont constaté une fois de plus combien les nutritionnistes sont coupés du reste du pauvre monde qui se jette sans trop se poser de questions sur les assiettes lorsqu\u2019elles sont belles et bonnes.Commence la ronde des entrées : bisque de homard rendue encore plus sexy par l\u2019ajout de yogourt de brebis et de caviar de mulet ; artistique foie gras en mousse servi au siphon, surmonté de quelques argouses pochées, de jeunes pousses de coriandre et de poudre de marguerite ; tartare de bœuf finement tranché, dynamisé par une émulsion de foin et de fines lamelles de poireau frit, d\u2019un jaune d\u2019œuf fermier en centre d\u2019assiette et d\u2019une très danoise cendre de poireau en bordure ; «rouleau de daï- kon au homard», disait le menu.Le serveur fait valoir que, la saison du crabe des neiges tirant à sa fin, ce sera du crabe des neiges.Tout le monde est content, surtout le homard qui profite d\u2019un petit sursis.Le plat est accompagné d\u2019une légère mayonnaise au yuzu déposée en petits points sur le rouleau, de quelques fleurs de tagète citronnée et de poudre de yuzu séché; raviolis de navet lacto-fermenté refermés sur quelques crevettes venues de Gaspésie, le tout reposant dans un délicieux bouillon de porc au gingembre; déclinaison de carottes : grillées, lacto-fermentées, en purée, fumées- séchées et, en fond d\u2019assiette, un peu de poudre de lime noire.Très bien manger chez une drôle de bibitte Campé dans un décor bizarre, le XVIXVI ravit les plus fines fourchettes Parmi la ronde des entrées, le rouleau de daïkon au homard PHOTOS RESTAURANT XVIXVI | 5 1 Vi v r e R e c e t t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 LA RECETTE D\u2019OLIVIER PERRET Ris de veau et gourganes, fenouil, citron vert Pour 4 personnes Ingrédients 4 ris de veau d\u2019environ 100g 5 bulbes de fenouil 20g de graines de fenouil 20cl d\u2019huile d\u2019olive 3kg de gourganes 1 gousse d\u2019ail 1 branche de thym frais 1 lime 25g de jus de veau 15g d\u2019huile d\u2019olive 5g de jus de citron 3g de moutarde 2g de vinaigre balsamique blanc 2g de vinaigre de xérès Préparation Recouvrir d\u2019eau les ris de veau et réserver au réfrigérateur pendant environ 12 heures.Égoutter puis blanchir les ris dans une eau salée pendant 5 à 8 minutes selon la taille.Éplucher soigneusement et réserver au frais.Émincer finement les blancs de fenouil à la mandoline.Réserver quelques feuilles et copeaux de fenouil pour la décoration.Réduire les graines en poudre.Faire suer le fenouil dans l\u2019huile d\u2019olive en ajoutant l\u2019ail, le thym et les graines de fenouil en poudre.Laisser com- poter sans coloration à feux doux pendant au moins 1 heure et refroidir.Écosser les gourganes, puis les blanchir 30 secondes et refroidir en glace.Éplucher la seconde peau.Dans un cul de poule, mélanger la moutarde, le jus de veau, les vinaigres, le jus de citron, puis monter à l\u2019huile d\u2019olive.Rectifier l\u2019assaisonnement si nécessaire.Avant de servir : colorer les ris de veau dans de l\u2019huile d\u2019olive, puis finir en arrosant de beurre moussant pour les rendre bien croustillants.Avec une râpe, zester la lime sur les ris de veau cuits.Dans une assiette creuse, déposer une cuillère de compotée de fenouil puis les ris de veau.Entourer de gourganes et d\u2019un filet de vinaigrette au jus de veau.Terminer par les feuilles et les copeaux de fenouil.Olivier Perret est chef du Renoir à l\u2019hôtel Sofitel, 1155, rue Sherbrooke Ouest, Montréal.RENOIR SOFITEL À ce stade, le bonheur règne à la table, visages béats et discussions animées sur l\u2019à-propos de la lacto- fermentation chez les plus érudits.Je me contente de savourer et de prendre des notes en ayant l\u2019air d\u2019acquiescer avec les uns et les autres pour pouvoir travailler en paix.Les trois dames à la table, habituellement très portées sur le petit légume, font une entorse à leur régime strictement végétarien et se lancent avec une pétulance surprenante sur les côtelettes d\u2019agneau du Québec, sauce kéfir, pesto à la menthe, salade de têtes de violon.La viande est cuite selon les recommandations, toutes différentes évidemment.Les assiettes sont nettoyées avec cette fougue caractéristique des affamés qui se privent de manger du petit mouton, mais qui ne rechignent pas à l\u2019occasion à en dévorer un, découpé en morceaux.Junior ronchonne sur son filet de saumon atlantique, moules et rattes, crème à l\u2019ail, poireaux frits, cendre de poireaux.J\u2019y ai goûté, c\u2019était délicieux, quoique un peu moins excitant que le reste du repas.M.Filion et moi-même communions silencieusement avec nos poitrines de canard vieilli, réduction de camerise et betterave à l\u2019érable.Un pur En haut : artistique foie gras en mousse servi au siphon, surmonté de quelques argouses pochées, de jeunes pousses de coriandre et de poudre de marguerite.En bas : le décor du XVIXVI, très blanc, postmoderne tendance néodécalé, avec des chaises\u2026 de style Louis XVI.délice : saveurs, textures, harmonie.Le chef propose trois desserts, un extraordinaire, un bon et un qui ne lui vaudra pas votre estime si vous êtes fans de panna cotta, la sienne étant un peu caoutchouteuse.Le bon est cette glace au topinambour, tubercule terne et insignifiant comme un mois de mars chez nous, que le chef réussit à rendre intéressant et savoureux en en déposant une belle portion sur un lit de crumble de lait et en zébrant la chose d\u2019un filet de caramel de lait.L\u2019apothéose, elle, est arrivée avec la tartelette au chocolat, crème pâtissière à la fleur d\u2019oranger, pulpe d\u2019agrumes à l\u2019azote.Non seulement la chose est belle et appétissante, mais tout y est traité avec précision, goût et délicatesse, mêlant puissance et subtilité.En quêter une minuscropique bouchée à Mme et M.de la Béarnaise aura été une épreuve.Pour éviter ce genre de tracas, prenez-en une chacun si vous devez pécher.Le XVIXVI ?$$$ 1/2 1616, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, ?514 581-0016 Ouvert en soirée, du mercredi au samedi, à midi le jeudi et le vendredi, et le dimanche pour le brunch de 11h à 15h.En plus du choix à la carte, trois options de menu: trois services à 45$, six services à 65$ et menu dégustation de huit services à 85$.Options végétariennes, végétaliennes et sans gluten offertes sur demande.La maison aura intérêt à travailler sa carte des vins en l\u2019enrichissant de belles bouteilles à des prix raisonnables.Enrichir signifie que, de nos jours à Montréal, le choix d\u2019excellents crus est suffisamment vaste pour ne pas appauvrir le client.La carte actuelle ne correspond ni à la qualité de la cuisine ni à celle de la maison. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com Courriel : angie@legroupevip.com Tél.: 514.844.3616 ou 1 877.887.7843 sans frais Adresse : 2055 rue Peel, Suite 525, Montréal (QC).Suivez-nous sur Facebook www.facebook.com/legroupevip LEGROUPEVIP.COM permis du Québec LES CHARMES DE L\u2019INDE DU NORD ET DU RAJASTHAN Comprend : Ne comprend pas : INDE DÉPART DE GROUPE 2019 5 299 $ par personne en occupation double Rabais réservez-tôt réservation jusqu\u2019au 28 juin 2019 -100 $ Rabais paiement par chèque -150 $ RADISSON COMBO EXCLUSIF 514 351-5814 450 581-8080 ESCAPADE ALSACIENNE 4 nuits Maison Rouge Strasbourg (4*) Tous les petits déjeuners, 1 souper Visites guidées Strasbourg, Colmar, Obernai Route des vins d\u2019Alsace incluant visites et dégustations CROISIÈRE CROATIE ET MONTÉNÉGRO Dubrovnik, Korcula, Sibenik, Trogir, Split, Hvar, Via et Kotor 8 jours/7 nuits à bord de La Belle de l\u2019Adriatique   Croisière exclusivement en français 3 excursions inoubliables incluses (Dubrovnik, Korcula, Split) Du 12 au 24 octobre 2019 4 jrs au Caire, 4 jours de croisière, Louxor, Assouan.2 jrs AbouSimbel, 2 jrs mer Rouge, 2 jrs Alexandrie.VOYAGE EXCLUSIF 16 jours du 13 au 28 septembre 2019 PRIX SPÉCIAL 5?100?$ Comprenant : vol transatlantique et vols intérieurs, TOUS les repas, TOUS les pourboires, hôtels (5 et 4*), croisière 5 *.Toutes les visites mentionnées avec guide francophone égyptologue, autobus privé a/c.Groupe de 15-20 personnes, avec accompagnateur égyptien.L\u2019ÉGYPTE Vous rêvez de découvrir * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV inclus.Prix valide pour tous les départs en 2019.Permis du Québec (702378).www.beltour.ca 514 336-0033 / 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.AGENCE DE VOYAGES Inclus : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides experts et circuits captivants.Chicago, ville des gratte-ciels et de l\u2019art impressionniste vous éblouira par son cachet urbain unique.Connue pour ses stades des Cobs, des White Sox et des Bears, elle brille aussi par son Magni?cent Mile, lieu culte des grands noms de la mode avec 460 boutiques.Une imposante grande cité P h o t o : S h a r o n M o l l e r u s CHICAGO Départs 26 juin, 17 et 31 juillet, 14 août, 18 septembre et 9 octobre À partir de 589 $* 6 JOURS Départs : tous les lundis en juin et juillet 3 JOURS À partir de 320 $* Départs : tous les vendredis À partir de 205 $* NEW YORK NIAGARA Plus de groupes-croisières sur CARAÏBES DE L\u2019EST ET DE L\u2019OUEST Nouveau navire Puerto Rico, St-Thomas, Nassau, 2 jours à Ocean Cay, Miami, Jamaïque et plus Vol de Québec ! Petit Prix ! Forfait-Boisson inclus SÉJOUR & CROISIÈRE HAWAII, VICTORIA ET VANCOUVER Navire 4 ½ Vancouver, Victoria, Maui, 2 jours à Big Island, Oahu .5 nuits à Waikiki, hôtel face à la mer 31e année d\u2019expérience ! Rabais jusqu\u2019au 30 juin ESPAGNE, PORTUGAL, MAROC, ÎLES CANARIES & MADÈRE Navire 5 ½ Lisbonne, Madère, La Palm, Tenerife, Lanzarote, Agadir, Casablanca, Séville, Gibraltar, Grenade, Alicante Itinéraire FJORDS DE NORVÈGE & SOLEIL DE MINUIT Navire 4 ½ Séjour à Copenhague, Stavanger, Tromso, Cap Nord, Ålesund, Flam, Fjord de Geiranger 5e Année ! Coup de cœur assuré ! Rabais jusqu\u2019au 31 Juillet ols domestiques en classe économique Delhi/V V la durée du voyage vice d\u2019un chauffeur avec véhicule climatisé Ser Visites et frais d\u2019entrées selon le programme requis durant l\u2019itinéraire d\u2019hébergement en hôtels 3*, 4* et 5* V t de groupe guidé en français Dépar Circuit de 19 nuits, limité à 17 passagers aranasi/Delhi aranasi & V vice d\u2019un guide accompagnateur francophone pour toute Ser Accompagnateur de Montréal 19 petits déjeuners, 19 déjeuners, 19 diners 19 nuits axes aériennes T accompagné de Montréal axes locales T Tous les transferts Pourboires aux guides, chauffeurs et personnel hôtelier Boissons lors des repas vices non mentionnés dans le programme, T Frais de visa pour l\u2019Inde, Ser , Assurances voyage, outes les dépenses personnel V Contribution FICA les, c e b e u u Q s d i m r e P 5 9 0 3 0 7 : ec éb u Q ce cen i L 0 999 - 4 4 3 4 1 5 8 7 08 - 4 1 3 888 1 4 M W 2 2 l H a é r t n o M , s i n e D - t e S u 1 r 3 8 3 | 5 3 Vi v r e Vi n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Moins de 16 $ Rosé Gabrielle 2018, Vignoble Rivière du Chêne, IGP Québec (15,25$ \u2013 10817090) La jolie robe pêche saumonée vous met déjà en piste pour le reste.Et le reste n\u2019est pas en reste ! C\u2019est net, aromatique, séduisant et harmonieux, avec ce goût de pêche et de banane mûre qui gagne en intensité et module une finale légère et peu acide.Un rosé tout simple, mais qui offre tout de même du caractère.(5) ?1/2 La surprise Juliénas 2017, Lapierre + Pacalet, Cousins, Beaujolais, France (31,50$ \u2013 13286802) Le gamay ondule et sonde l\u2019onde selon une fréquence minérale précise, soutenant son fruité comme s\u2019il survolait le terroir en une espèce d\u2019apesanteur, dont il faudra tout de même se méfier, car la densité est présente, la puissance et la structure tannique aussi.Sans compter cette fraîcheur qu\u2019une tension sous-jacente anime longuement.(10+) © ?1/2 Le blanc Fumé blanc 2016, Barnard Griffin, Columbia Valley, États-Unis (19,45$ \u2013 13339038) Le sauvignon blanc est de ces types intrigants.Toujours aromatiques et beaux parleurs, ils demeurent en tout temps dynamiques, toujours sympathiques, parfois exotiques.Celui-ci joue ici le jeu, taillant son fruité avec densité dans des notes d\u2019agrumes et de pomme verte, avec un joli mordant sur la finale.Du caractère, le gaillard! (5) ?Le rouge Pinot noir 2018, Jean Perrier&Fils, Savoie, France (16,25$ \u2013 856997) Il fait 27 degrés Celsius à l\u2019ombre et votre pinot noir, avec ses tanins souples et fins, est encore dans la porte de votre réfrigérateur alors que vos amis vous paient une visite impromptue ?Pas de souci ! Poussez le liège hors du goulot et régalez tout ce beau monde.Fruité impeccable, de belle densité, grande fraîcheur et légèreté.N\u2019y manque que les rillettes ! (5) ?Le bio Nespolino 2018, Sangiovese Romagna, Italie (15,95$ \u2013 13913221) Le sangiovese joue ici d\u2019insouciance et de frivolité, comme s\u2019il avait été épinglé sur la corde à linge après un cycle doux à l\u2019essoreuse.Il semble flotter sous son fruit, ballotter au vent en raison de sa souplesse, de la texture fluide de ses tanins, de la transparence de sa fibre.Le tout demeure simple et gourmand, prêt au repassage.(5) ?(5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Vous hésitez encore à déboucher votre bouteille de Petrus avec quelques amis?Allez! Ne soyez pas chiche, que diable ! J\u2019exagère à peine.Bien que j\u2019aie souvent cette curieuse impression que boire du bordeaux relève du grand cérémonial.Qu\u2019il faille en ce sens étudier scrupuleusement la carte des millésimes, jauger la température de service, astiquer les verres, aviner la carafe, sortir escarpins et nœud papillon pour mieux se préparer enfin à la périlleuse gymnastique qui consiste à s\u2019ornementer le bas du visage d\u2019une bouche en cul de poule à vous faire tiquer un coq de passage.Vrai que l\u2019élite des vins du Port de la Lune s\u2019est peinturée dans le coin, ne serait-ce que sur le plan spéculatif des prix depuis le début des années 1980, mais il demeure qu\u2019une «base » encore viable et à de bons prix de beaux bordeaux existe dans cette Gironde riche de plus de 100 000 hectares de vignobles.Le négoce relâche-t-il actuellement au compte-gouttes le résiduel des magnifiques 2015 en faisant pression sur les prix à la hausse ?Autrement dit, ces trois années écoulées après les ventes en primeurs nous pénalisent- ils, au Québec, avec des prix d\u2019ensemble que l\u2019on aurait souhaité, disons, plus cordiaux?Forts d\u2019une moyenne de 48,10$ les huit bordeaux dégustés, Les amis du vin du Devoir terminaient la saison comme des princes.Boutons de manchette compris ! Quelques mots sur chacun d\u2019eux.Bordeaux 2015, Jean-Pierre Moueix (19,30 $ \u2013 13734337).Ce merlot est avant tout une signature, un engagement de la célèbre maison de négoce de la rive droite à gratifier les amateurs d\u2019ici de plusieurs centaines de caisses annuellement dont le contenu est en tout point irréprochable.Année après année.Souplesse et velouté de grain sur un ensemble d\u2019un équilibre parfait.À boire, tavernier ! (5) ?Moyenne du groupe : ?Château La Dauphine 2015, Fronsac (38,25 $ \u2013 13370916).Retenue, discrétion, mais aussi affirmation sereine de tanins mûrs, pour le moment, cadrant bien le palais.Précision, élégance et style, le tout ponctué d\u2019un élevage très maîtrisé.(5+) © ?1/2 Moyenne du groupe : ?Château D\u2019Agassac 2015, Haut-Médoc (33,75 $ \u2013 13371273).Ambitieux sans toutefois «agacer », ce beau médoc plein de sève, au fruité de cerise fraîche, et sa touche de moka, sa bouche large mais bien balisée par un boisé approprié.Et quel charme avec ça ! (5+) ?1/2 Moyenne du groupe : ?1/2 Château de Fonbel 2015, Saint-Émilion Grand Cru, Famille Vauthier (38,25$ \u2013 13871964).Un grand cru, oui, au prix justifié.Pour le moment, linéaire, avec ses tanins abondants mûrs et bien «serrants», sa touche minérale «froide» et sa constitution ajustée de mille petits détails qui, dans cinq ou huit ans, sauront se révéler avantageusement.Racé.(5+) © ?1/2 Moyenne du groupe : ?Château Haut-Breton Larigaudière 2014, Margaux (44 $ \u2013 732065).Cette cuvée inspirante commence à s\u2019ouvrir avec cette majesté des vins bien nés.Fruité abondant et bouche nourrie, fraîche, franche, légèrement tendue, mais aussi finement détaillée.De la classe, ce Margaux! (5+) ?1/2 Moyenne du groupe : ?1/2 Château Montus 2014, Madiran (29,35 $ \u2013 705483).La moitié du groupe a flairé le pirate.Un tannat (avec cabernet sauvignon) toujours aussi convaincant, relevé d\u2019une sève tonique à l\u2019image du grand Alain Brumont, qui le signe et persiste.Belle affaire ! (5 +) © ?1/2 Moyenne du groupe : ?1/2 La Gravette de Certan 2015, Pomerol (126,75 $ \u2013 13959691).Le repli vers le second vin d\u2019un tel domaine (jouxtant Petrus) est tout ce qu\u2019il y a de plus avisé.Sans que ce soit gommer ce «petit quelque chose » qui évoque le grand vin.L\u2019impression ici de lé- cher du velours fin parfumé aux essences de fruits rouges, d\u2019épices et de fleurs.Du grand second vin?Mieux que ça ! (10+) © ?Moyenne du groupe : ?La Parde de Haut-Bailly 2015, Pes- sac-Léognan (55,25$ \u2013 13199961).La symbiose est parfaite, d\u2019une cohérence enviable.Un second, énergique et racé, échafaudant une bouche précise, aux tanins fermes mais enrobés.Une beauté brute! (10+) © ?1/2 Moyenne du groupe : ?1/2 Bijoux de Bordeaux ! Pas besoin de cérémonie pour en ouvrir une bonne bouteille Les vins du Port de la Lune : pas du tout passés de mode ! JEAN AUBRY guideaubry @gmail.com L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 GRILLE INTERMÉDIAIRE Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement Solution du n° 455 MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com   Épreuve de révision Antidote | O I R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V e à h c u a e g a d r i l e i s u n q o i t a t i e c n u r e m r o e à f r è i n a m e , d s a u b s d e s a c s e s l n a e d l l i r a g e l d us s s e d - u a s ne n o ol c s e s l n a s d e u n e t n o c s e r t t le s le z e lac P 83 17 .r e g n a h c t n e v eu p ts n e c c a e r p o r s p m o s n e .L s n o i t i n i f é d e m u q a h e c s d e r t t e s l e r è i n r e d s à p t o e m e d n î a h e c n z u e m r o F O C H A I N E É D I T I O N D U D E V A N S L A P R U T I O N P U B L I É E D O L S .e t i ro d I I I s e t l s e i m r e t p n o s s s e e d d i a \u2019 t à l t e o s i o r s t e r d i t r a 83 17 I I I 6 7 5 4 3 2 1 2 1 1 1 0 1 9 8 i a u e l i n u e q d c n e r P 7.es tt e n u L .6 nge A .5 age p é C .4 é r st a c l a v he C .3 ! e u q s e r p ou , sis s A .2 ut o b e D .1 IX IV X I I V I V V V s a t p n e i t r a p p I I I e é u q a h e à c r t t e e l l u e e s n u \u2019 u q e i n r e e d t l r e e i m e r e p e l r t n E ! é v u ro i t a \u2019 J 0.1 ai G .9 e s ti ê B .8 I u Q .m n i a M t l u b m n o l e h c â l e d n I \u2019 e y a s s P o c r a d o v a \u2019 F p t i a p r u o V .I I I S t s e \u2019 t p o r p s u l d C t u o j , a t n e m e g n a h c e ( p a t t n a e g n a h e c n n t e , e t o r m 83 17 II II IX n n e y a M 0 1 .x u a e c a R z e h c p o e d u R t i r a p s i d é s i l é b o n e m m o s t n i o j e R S .i a u q à e n i m u r r e u q o r c u q x u e c a s n i o m o n n A .1 j t n a h c t i a f s e l e r t n e t s e r i o v u o p e l d n a .s e h c i r s u l p s e d s n u r e r u s s A .I .n o i t a c i l p i e N .V I .n o i t c e j r e t n I .n e i t n i a e d é r a p é S .t n e m e l i c a f s a p a r A .V .k l a P e d t i o r t é d e l r a p .e n g a m e l r a h C e r i u d é s e d é e m r o F .s n e s e r t n o c à e u r u .e t è o p u d s o p e r t i t e P .I V .r i n o B .I I V .t u o t n u \u2019 d e i t r a .n i a r r e t e l s a r e d n o S .d r o c c a .s u l p t i a d n e t t a \u2019 n n o \u2019 l e u Q u v r i o v a s è r p a n i v u a s i m a L .x i o h c e l e n n o D .u a e \u2019 d e l p u e P .s c e r G s e l z e h c e t i t e p d t t S X rv a l e d s r u o C .e r r e t e d t a l P .s e l s u o s e n n o t e r B .e n i e é n m a d e n i e R .9 .n o i t i s o p .s r u o c e r e d s e r t t e L .8 .n o i e d e i o v n e r e M .s s i o f s r u e i s u l P .7 .t u a a u q a t t A .e u q i t l a B a l .6 .t r o p p a r u d s e i t r o r e n g o C .5 .t i e s s e D .s u l p e N .4 .e g r o g a l à s i r P .3 .à e l l e B .à l s r u o j u o t t n o s i e t n e m r u o T .2 .x u e i r é s u u o s u l p e r d n e r p à e c n i b s a P .2 1 .n u \u2019 d s u l p r e t n E .e é n r o c n e e l l e B .1 1 .e a , m s i m r e t p n o s s t n e c c s a e L v u o r , t ) e r t t e e l n u \u2019 t d i a r t e u r o E HUE O C T MOR II II IX H i r o I f x E .I .I V.a s T V L .E .R e s s a o u l a c n i \u2019 .e r p o r m p o n n u c u s a i .s e r i a i d é m r e t n s i t o s m e z l e IV rv t n e m e l a t n o z .é n n o t E .u o r é P .I I .n o i t a r t l i .e r t s e m e S .c u S .s u T .s é s i r .s a N .e n i g a S .I V .s ï A .l a P .r .i T .o c E .e l I .I I I V .a n t E .i a r t s u .X .r e l l A .a e n a s s e c é N .t n a t s n I é l e t t A .8 6 .e v è r G é s s a c i r F o t s i p E .1 a c i t r e V .e s u e l b m r u o u o s n a n e v u o r e r e .o g n .r i g a \u2019 d é t i c a p i u p u D e p p i l i h P .e r i .2 1 .s e t n a i R .n O .1 1 .u L .0 1 .e l o E .s u o T .9 .l a C .e i n a M .é R .7 .m A .a i p é S .s e u L .5 .s R .t a R .s o I .4 .s e .3 .a n l U .s u r é X .2 .r e i l t n e m e l s .s e u ç e r n e s p q x?! u e i d a i r s s u t a u o r t u t u n f u u s s t a c a t n i e u p è h t i o al r st o \u2019 e d l i s s o f nn o i s s e f o r e é g o p n a o t s n i e t t t a i a av s l è , d t n e m m e u q é s n o .C e u q i n o s r e p u s t n e i a t é \u2019 n s o i s n e c s n a o e s s d e p a t s é e L q g 11 o n e dig o r p e u p lo o h t n o lé a a t à l i a r n u \u2019 e d t n e c é n r o i t a m u h x e \u2019 .L e l el é o , Z s n a g in c - s t in v e e d g â \u2019 e s s e t i e v n à u s e dé uccé s T O M 6 5 4 ° N E M È L B O R P S É S I O R C S Philippe Dupuis est également l\u2019auteur Monde oisés du des mots-cr ser é s r oit ous dr .T ormatique inc 9 Druide inf 01 © 2 a p m o .C nt e r a t p n a n i m r e e t , s t n ue q é ns o c t s n e m m e u q é s n o e c b r e v d a \u2019 L \u2014 que r a m e R s g e u q o p s é e s r e v i s d e s d r u o u c é a t s i x t e n o  : n e gu lo o h t n o alé p * n o t n , e e u g lo o t n o lé a p n n a \u2019 s d n o i l l i e 4 m s d u l l y a p u i r a p p , a e l l i a t u q è th i p o l tra s o * n o t n , e e u q hè t opi l a r t s au t m s e e ogé p a m o e n n : l o i t n e t t .A n o i s s e f o r p  : a lle e n n o i s s e f o r p * n o t n , e el nn o i s s e f o pr i \u2019 u t q e e r b m o e n e l n i m r e l t i \u2019 u , q e tr a u q r a p r é m u n e l  : nq i c ts- g n i v * n o n t e , q in c - t g in v m o n o r e p r l a , c e l b a i r a v n t i s e e p i c i t r a e p L e p p i c i t r a  : p s e é d é c suc * n o t n , e dé uccé s s.é v .t n a av s e e d v i r é i d u , q t n e m m a av s c e v r a e r e e d v i r é l d r i a , c t en m em r a e p n i m r e e t .s e u q i g o l o é s q t n a v i s v e r t s ê e e d c n e i c a s e l e d t s i l a i c é p .S .s e é n n a \u2019 s d n o i l l i l y a 2 m t i n i e t t é s e e é e p e d l i s s o é f d i n i m o ] H e i g o l o t n o é l a P .[ . m  : n e .n i l u c s a e à u t r o p p a e r i s u .Q ) e ogé p a c e v e a d r o c c a \u2019 s .( j d ).s n s a t g n i v - e r t a u q . : x e m ( o n n u \u2019 i d v i u t s s l e u m t s e l i \u2019 s t n e m e l u e s s n u c e v a t i r c é \u2019 s ngt i v l a .t c e r i d n t i n e m é l p m o t c s e se s è r p r a i n e  : v r à e d é c c u S .r e d é c suc .u v é d s s a ussell) and R tr (Ber titude st la cer e \u2019 c pas la connaissance eulent en f v s homme Ce que le ANCHE BL GRILLE 2 8 17 X JEU i u e t i t e e n é i l p i t l .CHÉS FLÉ S T MO ., st e \u2019 ait, ce n s US FÉR DES GRILLE ÉMULE MULE MÂLE ALE P ÂLIE P TIGO VER \u2022 VER ÉNER \u2022 BENE A T NO \u2022 T CHEMINO \u2022 PENCHE \u2022 OPEN \u2022 OPE ANTIL \u2022 ANT T S NONOB \u2022 UMIGNON L \u2022 UM CUL SPÉ \u2022 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N / 2 0 1 9 "]
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