Le devoir, 15 juin 2019, Cahier C
[" L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I N 2 0 1 9 NUMÉRO 10 DE 10 I N T E L L I G E N C E A R T I F I C I E L L E AHIER SPÉ C C CIAL DIVERSITÉ ET INCLUSION, GAGES D\u2019UNE INTELLIGENCE ARTIFICIELLE CONCORD I A .C A / I N C L U S I V E I A Transport, sciences, santé, finance, langage, mais aussi sport ou encore art\u2026 dans une panoplie de domaines, l\u2019impact de l\u2019intelligence artificielle promet d\u2019être colossal.Pour le meilleur ou pour le pire ?Si les robots fascinent, ils suscitent aussi chez les êtres humains l\u2019angoisse d\u2019être un jour supplantés, voire dominés par eux.À quoi ressemblera la cohabitation hommes-robots dans les prochaines décennies ?Le Devoir propose quelques pistes de réponse à cette délicate question.Demain, avec l\u2019intelligence artificielle ISTOCK LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 2 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Le jour où la machine surprendra l\u2019homme C H A R L E S - É D O U A R D C A R R I E R Collaboration spéciale Le Devoir : À quel point l\u2019intelligence artificielle fait-elle déjà partie de notre quotidien?Shengrui Wang : Nous y faisons face tous les jours.Acheter un billet d\u2019avion, l\u2019application Siri sur iPhone, Google Home, magasiner en ligne ou utiliser Google Maps, partout on rencontre de l\u2019intelligence artificielle.C\u2019est une technologie qui essaie de comprendre notre profil, nos besoins ou nos désirs pour nous proposer des produits ou suggérer des solutions.Tout cela semble être basé sur les données massives\u2026 Pour être la plus efficiente possible, l\u2019IA doit être nourrie de données.Plus on a de données, mieux les machines apprennent.Par exemple, a v e c d e s d o n n é e s p r o v e n a n t d\u2019images d\u2019un cerveau, on peut apprendre à un système intelligent à reconnaître ou à localiser les tumeurs.Le grand défi, c\u2019est surtout ce que l\u2019on peut faire lorsqu\u2019il y a peu de données disponibles.Avez-vous des exemples dans votre pratique?Je développe par exemple une application destinée à prédire les risques de décès ou de réhospitalisation de gens atteints de maladies pulmonaires obstructives chroniques.Pour développer un tel système à partir de l\u2019historique des patients, c\u2019est difficile d\u2019avoir suf fisamment de données.Pour tout ce qui touche les systèmes de prédictions des événements reliés à la santé, nous disposons en réalité de très peu de données.On a plutôt l\u2019impression au contraire que les données pullulent dans le domaine de la santé\u2026 Il y a beaucoup d\u2019ef forts mis sur la collecte des données, mais c\u2019est complexe parce que les informations sont disparates : on va à l\u2019urgence, dans une clinique, voir le médecin de famille, on est hospitalisé, et plusieurs de ces données ne sont pas interre- liées du fait de difficultés techniques ou à cause de la protection de la vie privée.On fait beaucoup d\u2019ef for ts pour mieux comprendre les trajectoires de santé, mais aussi pour offrir une médecine personnalisée et soutenir la recherche.Si on connaît mieux l\u2019historique de santé des gens, on peut créer de meilleurs modèles pour répondre aux besoins des patients, outiller les intervenants, mieux utiliser les ressources et améliorer le fonctionnement des ser vices de santé.Pour le plus grand bénéfice des patients, donc\u2026 Si l\u2019on parle de santé, il s\u2019agit d\u2019améliorer les techniques de diagnostics.Si l\u2019on parvient à prédire avec précision comment évolue l\u2019état de santé d\u2019un patient, on peut mieux planifier les interventions et les soins.C\u2019est pourquoi la santé est un domaine où l\u2019on intégrera beaucoup d\u2019IA au cours des prochaines années.Outre la santé, où pouvons-nous attendre d\u2019importantes avancées en IA?Tout ce qui concerne le traitement de langage naturel et l\u2019imagerie, ce sont des domaines relativement matures, des domaines qui peuvent s\u2019appuyer sur beaucoup de données et où les modèles d\u2019apprentissage fonctionnent très bien.Pour ma part, je crois qu\u2019il peut y avoir beaucoup de développement ou de déploiement de technologie d\u2019IA dans les années à venir dans le domaine des transports et de la voiture autonome.La finance, tant pour les banques que pour les assureurs, se développe beaucoup en IA également.Les techniques d\u2019IA permettront de mieux faire parler les chiffres et d\u2019avoir des prédictions plus justes.Le milieu de la sécurité publique pourra lui aussi bénéficier de l\u2019IA, tout comme le secteur militaire.Pour le plus grand bénéfice des citoyens?En recherche, on développe des algorithmes, des modèles pour résoudre un problème, mais ces techniques pourraient tout à fait être détournées.C\u2019est un risque auquel nous sommes confrontés, et qu\u2019on ne peut éviter.En tant que chercheurs et intervenants dans le domaine de l\u2019IA, nous devons toujours prioriser les actions bénéfiques pour la société.Mais nos algorithmes et nos machines sont de plus en plus efficaces.Et nous ne cachons pas grand-chose puisque nos résultats sont publiés dans des revues.Rien ne permet d\u2019affirmer que le fruit de nos recherches ne sera pas utilisé à mauvais escient.Quant à la machine elle-même, pourrait-elle devenir assez intelligente pour être autonome et dépasser l\u2019humain?L\u2019ordinateur fait beaucoup mieux que les êtres humains chaque fois qu\u2019il y a des calculs.Si l\u2019ordinateur a réussi à battre l\u2019humain aux échecs ou dans un contexte de jeu multijoueur, c\u2019est qu\u2019on arrive à représenter les problèmes d\u2019apprentissage en calculs.Cette partie du travail a été réalisée par des humains.Ça prend une certaine capacité d\u2019abstraction et d\u2019analyse que les ordinateurs n\u2019ont pas encore et que seul l\u2019humain maîtrise.Pour l\u2019instant\u2026 Je ne crois pas que dans un futur immédiat, les ordinateurs développeront cette capacité-là.Ceci étant dit, les robots et les drones présentent des technologies très avancées.Ils pourraient travailler ensemble, tout en étant contrôlés à distance par des humains.Ensemble, ils pourraient sans doute faire des choses qui pourraient surprendre en générant des idées ou des actions que les humains n\u2019auraient jamais pu envisager.L\u2019intelligence artificielle fait couler beaucoup d\u2019encre.Certains souhaitent y voir la réponse à tous les maux, alors que d\u2019autres font preuve de réserve quant aux avancées technologiques dans ce domaine.Rencontre avec Shengrui Wang, chercheur et professeur à la Faculté des sciences de l\u2019Université de Sherbrooke. LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 3 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE POINT DE VUE » De plus en plus de tâches seront assistées par l\u2019IA J E A N - M A R C R O U S S E A U Directeur transfert technologique à l\u2019Institut de valorisation des données (IVADO) Il faut toujours commencer par bien définir ce que l\u2019on entend par intelligence artificielle, puisque cela peut impliquer tout un spectre qui va de l\u2019analyse de données à la prise de décision.Les dernières accélérations en matière d\u2019IA ont principalement eu lieu dans ce qu\u2019on appelle le deep learning, l\u2019apprentissage profond, et elles vont mener à réaliser de grands progrès dans bon nombre de secteurs.Je crois ne pas me tromper si j \u2019a f firme par exemple que, d\u2019ici quelques années, les professionnels de l\u2019imagerie médicale seront largement assistés par l\u2019intelligence artificielle.Prenons le cancer du sein.Un outil d\u2019IA va déceler plus rapidement et de manière plus fiable les possibles tumeurs dans les mammographies.Mais une fois celles-ci décelées, il faudra toujours la confirmation du radiologue.D\u2019énormes progrès sont donc à prévoir dans le domaine de la médecine.Celle-ci pourra être bien plus personnalisée qu\u2019elle ne l\u2019est au- jourd\u2019hui.En fonction du dossier médical du patient et de toutes les données dont on la nourrira, l\u2019IA sera capable d\u2019aider le médecin à poser le diagnostic et à avoir la bonne approche thérapeutique.Un exemple parmi d\u2019autres réside notamment dans la prescription des psycho- tropes.Dans un cas sur trois seulement, un généraliste trouve la bonne médication du premier coup.Un modèle IA bien entraîné y parvient dans 66 % des cas, selon des tests récents.Acceptation sociale De manière générale, tout ce qui est répétitif pourra être assisté par l\u2019intelligence artificielle afin de gagner à la fois du temps et de la précision.Tout ce qui a trait à l\u2019analyse de données également.Notre vie quotidienne en sera-t-elle pour autant complètement transformée ?Cela va dépendre du taux d\u2019adoption de ces outils et de leur acceptation sociale.Diverses études démontrent que, lorsqu\u2019il s\u2019agit de médecine, une grande majorité de la population est tout à fait ouverte à partager ses données, car elle entrevoit de possibles progrès susceptibles de bénéficier à tous.Mais comme société, souhaite- t-on que les compagnies d\u2019assurances soient capables de proposer une assurance vie ou automobile en fonction de toutes nos données personnelles ?Voire de se la voir refuser si l\u2019on représente trop de risques?L\u2019intelligence artificielle a fait de gros progrès ces dix dernières années et en fera encore d\u2019énormes dans les dix prochaines.Grâce à la traduction automatique, nous pourrons communiquer avec quelqu\u2019un dont on ne partage pas la langue.Les voitures autonomes vont faire partie de nos vies, au moins sur les grandes routes et dans les zones où il n\u2019y a pas beaucoup de circulation.Les robots de clavardage (chatbots) pourront répondre à bien plus de questions qu\u2019ils ne le font aujourd\u2019hui.Le commerce risque bien lui aussi de changer de visage.M a i s u n e r é f l e x i o n s \u2019 i m p o s e concernant les partis pris et les préjugés de la technologie.Lorsqu\u2019une machine prend ou suggère des décisions, avec une approche d\u2019apprentissage profond, elle laisse peu de traces quant aux raisons de sa proposition.S\u2019il s\u2019agit de repérer une tache sur l\u2019image d\u2019un sein ou d\u2019un côlon, ça ne pose pas de problème, car je suis capable de vérifier si elle a raison ou non.Mais lorsqu\u2019elle décide de ne pas assurer quelqu\u2019un ou qu\u2019elle prend les commandes d\u2019un avion, je veux comprendre les règles qu\u2019elle s\u2019impose pour m\u2019assurer que sa décision est la bonne et qu\u2019elle n\u2019est pas partiale.Parallèlement aux progrès technologiques, nous devons ainsi nous assurer que les enjeux éthiques ne soient pas les laissés-pour-compte de cette révolution.L\u2019ordinateur fait beaucoup mieux que les êtres humains chaque fois qu\u2019il y a des calculs D\u2019énormes progrès sont à prévoir dans le domaine de la médecine ISTOCK LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 Des jeux et des enjeux Prendre au sérieux les jeux vidéo en créant une chaire de recherche en ludi?cation ?Une idée brillante.Pour mieux observer l\u2019activité des neurones, les chercheurs ont recours à des réseaux de neurones artificiels.FLAVIE LAVOIE-CARDINAL LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 5 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE SCIENCES En route vers l\u2019infini, et plus loin encore L\u2019invention du télescope et du microscope a entraîné une révolution scientifique au XVIIe siècle.Près de 400 ans plus tard, l\u2019intelligence artificielle commence à se greffer à leurs usages et pourrait repousser encore les limites de notre compréhension de l\u2019infiniment petit et de l\u2019infiniment grand.E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale P our mieux obser ver l\u2019activité des neurones, le Centre de recherche CERVO de l\u2019Université Laval a recours\u2026 à des réseaux de neurones artificiels.La raison ?Pour arriver à voir ce qu\u2019elle souhaite, Flavie Lavoie-Cardinal, professeure au Dépar tement de physique, de génie physique et d\u2019optique, manipule un microscope optique à super résolution très complexe.Les paramètres offrent une infinité de configurations possibles.Et selon ce qu\u2019elle veut déceler, la scientifique doit réaliser des compromis entre l\u2019intensité des lasers, le temps d\u2019ac- quisit ion et la tai l le des pixels.« Avec des cellules vivantes, si on augmentait trop la puissance du laser, on pourrait venir endommager la santé de l\u2019échantillon », donne-t-elle en exemple.L\u2019idée d\u2019automatiser ce travail de minutie s\u2019est donc imposée.L\u2019objectif est de taille : mieux comprendre les interactions moléculaires à la synapse, zone de contact entre les neurones.« On veut voir comment l\u2019on apprend ou comment l\u2019on se souvient de quelque chose, explique-t-elle.Il y a des connexions qui vont être renforcées dans notre cerveau, puis on suppose que cer taines synapses vont devenir plus fortes ou plus efficaces.» Elle stimule notamment avec des lasers ultraviolets des neurones en culture, afin que ces dernières libèrent des neurotransmetteurs comme le glutamate, associé à l\u2019apprentissage et à la mémoire.Plusieurs protéines interagissent alors avec la synapse à une échelle d\u2019une dizaine de nanomètres.Afin d\u2019automatiser la calibration du microscope pour bien observer ce qui se produit, elle a collaboré avec Audrey Durand, alors doctorante au Département de génie électrique de l\u2019Université Laval.Les deux chercheuses ont entraîné un réseau de neurones artificiels profonds.Les résultats de cette IA embarquée sur l\u2019appareil ont été publiés en décembre dernier dans la revue scientifique Nature Communications.Le code développé a été rendu accessible dans la foulée pour démocratiser l\u2019utilisation du microscope.« Quelqu\u2019un qui commence ou qui a une exper tise dans un autre domaine et qui voudrait s\u2019en servir ne serait pas capable d\u2019arriver au même résultat, dit Mme Lavoie-Cardinal.Un système d\u2019optimisation avec l\u2019IA viendra énormément l\u2019aider.» Son recours à l\u2019IA ne s\u2019arrête pas là.Des étudiants qu\u2019elle supervise avec Christian Gagné, professeur au Département de génie électrique et informatique, entraînent actuellement des réseaux de neurones artificiels profonds afin de décortiquer de manière précise, rapide et à grande échelle les images produites.Un coup de main salutaire pour réaliser des analyses quantitatives.« Cela nous a permis de faire des liens qu\u2019on n\u2019aurait pas été capables de faire ou qui nous auraient pris plusieurs années, raconte-t-elle.Par exemple, on a regardé comment l\u2019actine, une protéine neuronale, se réorganise à l\u2019intérieur des neurones en fonction de l\u2019activité cellulaire.On a été capables d\u2019analyser plus de 1000 images en quelques minutes, alors que ça me prenait le même temps pour en analyser une à la main.» La combinaison de ces percées ouvre la porte à une analyse en temps réel et à une interaction avec les cellules durant l\u2019expérience en fonction de ce qui est remarqué.De quoi nous permettre à terme de mieux comprendre certains troubles neurologiques liés à la mémoire.Infiniment grand L\u2019IA pourrait aussi nous éclairer sur ce qui se trouve à des années-lumière d\u2019ici.Dans une conférence de presse commune, Google et la NASA ont annoncé en décembre 2017 la découverte de deux exoplanètes, Ke- pler-80 g et Kepler-90 i, grâce au recours à l\u2019apprentissage profond.Un ingénieur de Google et un astro- physicien de l\u2019Université du Texas ont entraîné un réseau de neurones artificiels sur 15 000 signaux étiquetés, qui avaient été captés par le télescope Kepler entre 2009 et 2013.Ils ont ainsi appris à la machine à distinguer le signal généré par une exopla- nète passant devant son soleil, pour ensuite appliquer le modèle aux données amassées sur 670 étoiles.Ils ont trouvé de cette façon deux planètes qui avaient échappé aux astronomes lors des recherches précédentes sur ces systèmes.Nicolas Cowan, professeur au Département de physique de l\u2019Université McGill et chercheur à l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes, croit que ces découvertes auraient pu être réalisées sans l\u2019IA, puisque la présence de planètes dans les environs était déjà connue.Ce qui ne l\u2019empêche pas de voir un immense potentiel dans cette technologie pour la chasse aux exoplanètes.Il n\u2019a pas lui-même eu recours à l\u2019IA.« Mais mes étudiants l\u2019utilisent tous », ajoute-t-il.Elle permet notamment de nettoyer le bruit dans les images fournies par des télescopes spatiaux comme Spitzer et Hubble, utilisés pour caractériser les atmosphères d\u2019exoplanètes, même si ces dernières n\u2019avaient pas encore été découvertes quand ils ont été mis en service.«On s\u2019en sert donc pour quelque chose qui n\u2019était pas dans les plans.» Ainsi, dans la conception du télescope ARIEL, qui sera consacré à la recherche d\u2019exoplanètes, l\u2019IA est prise en compte.Impliqué dans ce projet piloté par l\u2019Agence spatiale européenne, Nicolas Cowan signale que des compétitions de codage ont été organisées en lien avec cet appareil, qui devrait être lancé dans une dizaine d\u2019années.« L\u2019idée est d\u2019utiliser des méthodes d\u2019IA pour apprendre comment analyser les données qu\u2019on va récolter avec ce télescope.» Ces appareils génèrent désormais des données en quantité\u2026 astronomique.« Parfois, tu ne peux pas les sauvegarder, parce que le volume est trop grand, et tu dois t\u2019en défaire à la fin de la soirée, constate-t-il.L\u2019analyse doit donc nécessairement être faite en temps réel et ne peut pas être réalisée par des humains.» Avec une caméra de 3200 méga- pixels, le Large Synoptic Sur vey Telescope (LSST), qui sera construit au Chili, promet de générer 15 téra- bits de données chaque nuit durant dix ans.«Ce sera nécessairement une IA qui va faire le tri de ces données, puis les humains vont seulement s\u2019attaquer aux parties intéressantes.» Nicolas Cowan ne cache pas son espoir que l\u2019IA puisse aussi nous révéler des phénomènes jamais vus ni anticipés.Il évoque la première détection en 2007 des sursauts radio rapides (fast radio burst), aujourd\u2019hui l\u2019objet d\u2019une foule de discussions et d\u2019hypothèses.« On les aurait probablement trouvés plus vite avec une IA qui aurait exploré toutes les données radio en temps réel et qui aurait recherché n\u2019importe quoi d\u2019étrange.» De quoi anticiper l\u2019observation prochaine d\u2019autres phénomènes inattendus dans les confins du cosmos.L\u2019IA se révèle fort pertinente dans la chasse aux exoplanètes.ISTOCK LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 6 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Pour quelques données de plus Surtout connu pour son militantisme écologique, Steven Guilbeault fait paraître cette semaine un essai sur l\u2019intelligence artificielle aux Étidions Druide.Pour illustrer les multiples facettes de cette technologie, il reprend le titre d\u2019un classique du western réalisé en 1996 par Sergio Leone : Le bon, la brute et le truand.Dans son livre, il explique tour à tour pourquoi il anticipe des bienfaits en matière d\u2019énergie et de santé, des menaces pour la vie privée et la démocratie, ainsi que des répercussions ni tout à fait positives ni tout à fait négatives en matière d\u2019emploi.P R O P O S R E C U E I L L I S P A R E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale Le Devoir : Après une carrière consacrée à la cause écologique, pourquoi écrire sur l\u2019intelligence artificielle ?Steven Guilbeault : Chez Équiterre, on avait commencé il y a plusieurs années à s\u2019intéresser à la question de l\u2019électrification des transports.On a découver t que l\u2019étape après l\u2019électrification, c\u2019était l\u2019autonomie.On aboutit inévitablement à l\u2019IA.C\u2019est par l\u2019environnement que je suis arrivé à l\u2019IA.Vous semblez voir dans le véhicule autonome un pivot qui permettra à la transition énergétique de se réaliser.Pourquoi et comment va-t-il accélérer ce virage ?Les compagnies qui travaillent sur l\u2019autonomie ne le font pas avec des véhicules à essence ou au diesel, pour la simple et bonne raison que les véhicules autonomes électriques peuvent se recharger seuls, sans inter vention humaine, avec par exemple des bornes de recharge par induction.L\u2019autonomie appelle l\u2019électrification du transport.Le lien avec les énergies renouvelables, c\u2019est que les entreprises technologiques ont été très critiquées parce que leurs serveurs utilisaient beaucoup d\u2019énergies fossiles.Maintenant, elles prennent des engagements pour s\u2019alimenter entièrement à des énergies renouvelables.L\u2019IA laisse cependant présager un recours à de plus en plus de centres de données, or, ceux-ci sont énergivores.Ce besoin énergétique de l\u2019IA vous inquiète-t-il ?C\u2019est un enjeu.Le fait qu\u2019on se dirige de plus en plus vers une production électrique renouvelable fera cependant en sor te qu\u2019il sera beaucoup moins important d\u2019un point de vue climatique.Il reste la question énergétique, mais il se fait beaucoup de recherche et d\u2019innovation de ce côté.Il y a des centres de serveurs installés dans des pays nordiques pour économiser sur la climatisation grâce à l\u2019air ambiant.On voit même des projets d\u2019en mettre sous l\u2019eau.On peut supposer que cette tendance va se poursuivre.Les répercussions de l\u2019IA sur la démocratie semblent davantage vous inquiéter.Craignez-vous que la liberté de parole soit limitée par l\u2019IA?Je ne crains pas tant pour le droit de parole ou les droits de la personne que pour la santé de nos démocraties.Des données ont été utilisées pour manipuler des électeurs, notamment lors du vote sur le Brexit.Il manque un cadre législatif réglementaire dans plusieurs de nos démocraties sur l\u2019utilisation de ces données.Le Règlement général sur la protection des données en Europe est une première tentative intéressante.Ce n\u2019est pas une loi parfaite, mais j\u2019estime que beaucoup de démocraties, notamment le Canada, devraient s\u2019en inspirer.Vos craintes initiales concernant les effets de l\u2019IA sur les emplois se sont en revanche nuancées au fil de vos rencontres et de vos recherches\u2026 Prenons l\u2019exemple de l\u2019électrification des transports, qui ont déjà des impacts sur le secteur pétrolier.Nos gouvernements ont deux choix.On peut jouer à l\u2019autruche et se dire que les emplois dans ce secteur ne vont pas très bien, mais que ça va revenir comme dans le passé, ou se dire que ça ne redeviendra probablement jamais comme avant.Je pense qu\u2019on a une occasion.Plutôt que de se faire imposer cette transition par le marché, les entreprises, les changements technologiques, on peut l\u2019embrasser et se dire qu\u2019on va préparer les travailleurs et les communautés pour que cette transition soit plus facile.Plus nous jouons à l\u2019autruche, plus nous risquons des chocs économiques et sociaux.Pour permettre aux bons côtés de l\u2019IA de se déployer et éviter ses plus grands dangers, la solution est-elle politique?Je pense effectivement que ça passe beaucoup par les politiques publiques.Ça passe aussi beaucoup par l\u2019éducation.Je pense à nos jeunes, mais je cite un cas qui devrait faire école partout sur la planète : celui de la Finlande.Là-bas, une initiative renvoie des milliers de personnes de tous les domaines sur les bancs d\u2019école pour les initier aux fondements de l\u2019IA.Pas pour qu\u2019elles deviennent programmeuses, mais pour qu\u2019elles comprennent comment ça fonctionne, puis qu\u2019ensuite on les associe à des gens en programmation pour développer des applications dans leur secteur d\u2019activité.On devrait faire cela au Canada et aux États-Unis, parce que cela démystifierait ces technologies, offrirait toutes sortes d\u2019occasions en matière d\u2019emploi et générerait des économies dans divers secteurs.Steven Guilbeault, Le bon, la brute et le truand, ou comment l\u2019intelligence artificielle transforme nos vies, Éditions Druide « Plutôt que de se faire imposer cette transition par le marché, les entreprises, les changements technologiques, on peut l\u2019embrasser et se dire qu\u2019on va préparer les travailleurs et les communautés » Vue du LabVI, avec le centre-ville de Montréal en arrière-plan PHOTOS: LE QUARTIER DE L'INNOVATION Les panneaux solaires de Solergy Systems, une start-up qui favorise l'accessibilité à l'électricité dans les milieux ruraux ou isolés du monde BAS DE VIGNETTE Steven Guilbeault fait paraître un essai sur l\u2019intelligence artificielle.JUSTINE LATOUR LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 7 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Plaidoyer pour des données mieux protégées À Montréal, au cœur du Quartier de l\u2019innovation, un consortium de chercheurs travaille au développement d\u2019outils technologiques susceptibles de sécuriser le partage de données et d\u2019en assurer la confidentialité.Objectif avoué du Laboratoire à ciel ouvert de la vie intelligente (LabVI) ?Démocratiser ces innovations et les rendre plus conviviales pour M.et Mme Tout-le-Monde.J E S S I C A D O S T I E Collaboration spéciale P ersonne n\u2019est à l\u2019abri d\u2019une cyber- attaque ou du détournement d\u2019informations sensibles.Et les chiffres n\u2019ont rien de rassurant, puisque Statistique Canada estime que 20% des entreprises ont subi une brèche de sécurité en 2017.De son côté, Gemalto, une entreprise spécialisée en sécurité numérique, évalue à 4,5 milliards pour le seul premier trimestre de 2018 le nombre de dossiers volés, soit une augmentation de 133% en un an.Les exemples ne manquent d\u2019ailleurs pas, et la liste s\u2019allonge chaque jour.Même des entreprises ayant les reins solides, telles que Wal-Mart, Marriott International, Deloitte ou la société de données de crédit Equi- fax, n\u2019y ont pas échappé.Dans le même temps, les informations personnelles que l\u2019on partage volontiers sur les réseaux sociaux peuvent aussi être détournées.L\u2019affaire Facebook-Cambridge Analytica l\u2019a bien démontré, alors que 87 millions d\u2019utilisateurs de Facebook ont vu leurs données être manipulées pour influer sur les intentions de vote durant la présidentielle américaine de 2016.Et que dire des publications du genre « 10 Years Challenge », où les internautes sont appelés à publier en parallèle deux photos, l\u2019une prise en 2009 et l\u2019autre en 2019 ?D\u2019aucuns y voient même un complot visant à améliorer les outils de reconnaissance faciale.Rien pour rassurer les plus réfractaires à la technologie ! « Le problème, ce ne sont pas les données elles-mêmes, mais bien comment on les gère », tempère la post- doctorante à l\u2019École de technologie supérieure (ETS) Darine Amayed, aussi associée de recherche au LabVI.Certes, la protection des données c o m m e n c e p a r u n e p r i s e d e conscience des utilisateurs.« Il faut toujours se poser des questions, insiste Mme Amayed.Qu\u2019est-ce que les entreprises peuvent faire avec les informations que je laisse ici et là ?Pour ma part, par exemple, je désactive l\u2019option de géolocalisation sur mon téléphone, sauf quand j\u2019utilise une application de navigation.» Les gouvernements devront par ailleurs mettre à jour leurs lois, comme l\u2019a d\u2019ailleurs fait l\u2019Union européenne avec son Règlement général sur la protection des données.La maison intelligente dans la mire En matière de protection des renseignements personnels, on a souvent tendance à démoniser les réseaux sociaux, mais ce n\u2019est que la partie visible de l\u2019iceberg, croit la chercheuse.La domotique devra, elle aussi, être développée en parallèle avec des systèmes assurant « la sécurité et l\u2019anonymat des données».Darine Amayed cite en exemple les réfrigérateurs intelligents, « qui peuvent nous dire quand on n\u2019a plus de lait ».Et si les informations stockées dans ledit réfrigérateur étaient cédées à une tierce par tie, une compagnie d\u2019assurances, par exemple ?Est-ce que les assureurs pourraient ensuite décider des protections auxquelles on a droit en fonction de la quantité de fruits et de légumes que l\u2019on consomme ?Tout ça dans un contexte où les spécialistes de la sécurité des données se font rares, rappelle Fehmi Jaafar, chercheur au Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), qui collabore au LabVI.« Il ne faut quand même pas devenir paranoïaques et se priver de la technologie, s\u2019exclame Mme Amayed.Je suis pour le développement des maisons intelligentes, mais [les consommateurs] ont le droit de rester propriétaires de leurs données, de savoir ce que les entreprises en font et de refuser qu\u2019elles soient utilisées [à d\u2019autres fins].» Une question d\u2019éthique Le projet du LabVI porte ainsi non seulement sur les outils technologiques comme tels, mais met également en avant cer tains enjeux éthiques.« Tout revient à la transparence, illustre Darine Amayed.Actuellement, on est en train de perdre notre propriété sur les données.On voudrait donc que les gens \u2014 et les entreprises \u2014 puissent savoir en toute transparence qui fait quoi avec leurs informations personnelles.» Comment ?Côté technologique, la chaîne de blocs, pour l\u2019heure surtout utilisée dans le domaine bancaire, est « une des pistes qu\u2019on est en train d\u2019explorer », indique Fehmi Jaafar.Et puis, le Laboratoire espère établir un ensemble de règles éthiques, de même qu\u2019un consensus sur l\u2019utilisation des données.« C\u2019est utopique, mais c\u2019est faisable, juge Mme Amayed.Pour y arriver, il faudra compter non seulement sur la recherche, mais aussi sur l\u2019ouverture d\u2019esprit des gouvernements et des entreprises.» Qu\u2019est-ce que le LabVI?Créé à l\u2019initiative de Vidéotron, en collaboration avec Ericsson, l\u2019École de technologie supérieure et le Quartier de l\u2019innovation de Montréal, ce laboratoire offre aux chercheurs, aux entreprises et aux citoyens des infrastructures qui permettent de tester des applications technologiques visant à améliorer le quotidien.Les camions de Jakarto, une entreprise spécialisée dans la modélisation 3D des territoires Découvrez L\u2019intelligence artificielle (IA) est aujourd\u2019hui sur toutes les lèvres dans le monde des affaires, et nombre d\u2019entreprises la considèrent comme une priorité stratégique pouvant contribuer à améliorer leur compétitivité\u2026 sans trop savoir cependant par quel bout commencer.Que veut-on faire avec l\u2019IA?Automatiser une partie du travail ou changer radicalement le modèle d\u2019affaires?Analyser les données à notre disposition afin de mesurer les indicateurs de performance ou mieux connaître notre clientèle, donc mieux la servir?Existe- t-il déjà des données disponibles ou va-t-on devoir commencer à les recueillir de façon massive?Les réponses à ces questions permettront d\u2019évaluer les ressources nécessaires sur le plan tant humain que budgétaire.«?Il s\u2019agit, pour les cadres dirigeants de l\u2019entreprise, de bien comprendre le potentiel de l\u2019intelligence artificielle et de l\u2019apprentissage automatique, explique Jean-Marc Gauthier, directeur des relations clients et communications à l\u2019École des dirigeants de HEC Montréal.Vu l\u2019impact potentiel de l\u2019IA sur leurs activités, les entreprises doivent appréhender les enjeux, faire évoluer les processus, développer des compétences, former les équipes et les collaborateurs, recruter les bons profils, etc.?» Partenaire de croissance L\u2019École des dirigeants se présente comme un partenaire de croissance des entreprises.Il lui a donc paru tout naturel, il y a quelques années, de les accompagner sur la voie de l\u2019intelligence artificielle.Depuis deux ans, elle propose aux dirigeants entrepreneurs et autres gestionnaires des formations axées sur le big data, la gouvernance des données, l\u2019intelligence artificielle.«?Le sujet est plus ou moins approfondi, indique M.Gauthier, mais pour nous, il ne s\u2019agit pas uniquement d\u2019un enjeu technique, mais aussi de management.Nous traitons de problématiques humaines, et notamment de gestion du changement.Oui, c\u2019est important de recruter les bonnes personnes, celles qui auront l\u2019expertise technologique nécessaire, mais il faut aussi que la communauté de l\u2019entreprise comprenne bien le projet, qu\u2019elle y adhère et y participe.?» L\u2019objectif est d\u2019abord de démystifier l\u2019intelligence artificielle et de comprendre l\u2019importance des données.Plusieurs formations s\u2019attachent donc à expliquer les principes fondamentaux.Mais depuis ce printemps, l\u2019École des dirigeants en offre également une toute nouvelle, plus approfondie, dont l\u2019objectif est de permettre aux participants de développer leur propre vision stratégique de l\u2019IA.«?La formation Pensez comme un stratège de l\u2019intelligence artificielle se donne sur six jours, indique Jean-François Ouellet, professeur agrégé au Département d\u2019entrepreneu- riat et d\u2019innovation de HEC Montréal.Trois fois deux jours en réalité.Le premier module est une introduction à l\u2019intelligence artificielle pour que tout le monde comprenne bien de quoi on parle.Dans un deuxième temps, nous évoquons les différents moyens de créer de la valeur grâce à l\u2019IA et, enfin, nous abordons l\u2019enjeu organisationnel, à savoir la gestion du changement et de l\u2019innovation, l\u2019acquisition et la rétention des talents, ainsi que tout l\u2019aspect financement.?» Plusieurs formations sont offertes pour transformer les dirigeants d\u2019entreprise en véritables stratèges en intelligence artificielle PAR L\u2019ÉQUIPE BIS LE DEVOIR LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 8 1,1 milliard de dollars d\u2019investissements annoncés depuis 2016 1 milliard de dollars de financement en recherche universitaire Plus de 300 chercheurs et doctorants Plus de 11?000 étudiants dans des programmes liés à l\u2019IA 15?000 experts Source : Montréal International L\u2019IA à Montréal, c\u2019est CONTENU PARTENAIRE En collaboration avec La course aux données La première cohorte vient tout juste d\u2019achever sa formation.Cette année, ce sont les acteurs du secteur de la finance et de l\u2019assurance qui ont été tout particulièrement ciblés.«?La demande y est grande, car ce secteur se sent très menacé, note M.Ouellet.Les fin- techs font beaucoup parler d\u2019elles et ce sont des entreprises dont le modèle d\u2019affaires est basé sur l\u2019IA.Il y a aussi déjà énormément de données dans ce domaine.C\u2019est un peu plus facile que dans d\u2019autres secteurs de faire le saut vers l\u2019IA.?» En effet, les industries générant traditionnellement beaucoup de données, comme celles du secteur bancaire et de l\u2019assurance, mais aussi les communications, la haute technologie, le transport, la logistique ou l\u2019énergie, auront plus de facilités à mettre au point une stratégie en intelligence artificielle.D\u2019autres, telles que le tourisme, la construction, l\u2019éducation ou les services sociaux, sont plus défavorisées.«?Pourtant, toutes les entreprises doivent se mettre à l\u2019heure de l\u2019IA, souligne Jean-François Ouellet.Celles qui ne le font pas vont être très vite menacées.Les données sont une mine d\u2019or, mais il faut en accumuler beaucoup pour que cela soit pertinent.Les entreprises qui tarderont auront du mal à rattraper le train une fois qu\u2019il aura atteint sa vitesse de croisière.?» Plus qu\u2019une mission d\u2019entreprise, le professeur Ouellet estime qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mission sociétale pour tout le Québec.La province est reconnue sur le plan international dans le domaine de la recherche en IA, mais si ces connaissances ne sont pas transférées au sein des entreprises, ce sont tous les Québé- Bis est une section qui regroupe des contenus produits pour des annonceurs.La rédaction du Devoir n\u2019a pas été impliquée dans la production de ces contenus.«?Vu l\u2019impact potentiel de l\u2019IA sur leurs activités, les entreprises doivent appréhender les enjeux, faire évoluer les processus, développer des compétences, former les équipes et les collaborateurs, recruter les bons profils, etc.?» LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 9 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 10 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE EN BREF » Voir clair dans le rôle de l\u2019eau Percer les secrets des interactions entre l\u2019eau et les écosystèmes pour mieux conserver le territoire ?Une idée brillante.Si l\u2019intelligence artificielle promet des jours meilleurs, il ne faut jamais perdre de vue qu\u2019elle peut aussi s\u2019avérer redoutable.H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale Révolution verte La solution de BrainBox AI tire parti de l\u2019intelligence artificielle pour prévoir la consommation énergétique d\u2019un bâtiment et permet ainsi de réaliser d\u2019impor tantes économies d\u2019énergie et de coûts, de réduire l\u2019empreinte carbone et d\u2019améliorer le confor t des occupants.L\u2019outil fait appel à l\u2019IA pour assurer l\u2019entretien préventif des systèmes de CVC (chauf fage, ventilation, climatisation) en proposant un tableau de bord convivial qui informe les gestionnaires d\u2019immeubles de l\u2019apparition imminente de tout problème.« BrainBox AI ajoute un niveau d\u2019intelligence supplémentaire aux systèmes de contrôle CVC existants, ce qui permet d\u2019être proactif plutôt que réactif dans la gestion de ces systèmes », explique Sean Neely, chef de la direction et cofondateur de l\u2019entreprise.Développée en collaboration avec IVADO et l\u2019École de technologie supérieure, cette solution a enregistré une réduction de 25 à 35 % des coûts totaux liés à l\u2019énergie en moins de trois mois, alors même qu\u2019elle requiert un investissement faible, voire nul.Une amélioration de 60 % du confort des occupants et une diminution de l\u2019empreinte carbone du bâtiment de l\u2019ordre de 20 à 40 % ont également été établies.Spécialiste en IdO, un métier d\u2019avenir Voitures sans conducteur, villes intelligentes, capteurs connectés : l\u2019Internet des objets (IdO) est déjà très présent dans nos vies et nous n\u2019avons encore rien vu.Selon le cabinet de recherche Gartner, de 26 à 30 milliards d\u2019objets seront connectés à travers le monde d\u2019ici 2020\u2026 Vous aimeriez savoir concevoir, créer et tester des objets intelligents, écrire et entretenir des programmes, installer et maintenir les objets ou encore vous plonger dans le traitement de données massives ?Le Collège de Bois-de-Boulogne propose une formation pour les adultes qui souhaitent devenir concepteurs ou programmeurs d\u2019objets intelligents ou développeurs d\u2019application pour le traitement des mégadonnées issues des objets intelligents.Le Cé- gep Limoilou of fre quant à lui un cours de per fectionnement sur la sécurité de l\u2019IdO.L\u2019Internet des objets peut en ef fet compromettre la vie privée et la propriété.Ces technologies peuvent être utilisées pour réaliser des attaques cybernétiques de grande envergure sur des infrastructures critiques.Grâce à cette formation, l\u2019étudiant sera capable de déterminer les principaux risques associés aux objets connectés et de savoir comment les réduire.La démocratie en péril ?Avec l\u2019émergence récente de l\u2019intelligence artificielle, une multitude d\u2019innovations technologiques s\u2019ouvrent dans le domaine militaire, dont la possibilité de donner à cer taines armes l\u2019autonomie de tuer sans intervention humaine.Ces changements soulèvent de nombreuses questions, notamment celle de savoir quels sont les défis que la communauté internationale devra af fronter lorsque les armes autonomes seront intégrées aux arsenaux militaires?Plus généralement, le développement potentiel de l\u2019IA génère des défis en ce qui a trait aux droits de la personne, à l\u2019inclusion et à la démocratie.L\u2019usage des algorithmes d\u2019apprentissage et des données massives à des fins de campagne de marketing politique représente en effet une menace sérieuse pour notre modèle démocratique, car il devient difficile de savoir si le libre arbitre est préservé.Plusieurs chercheurs au Québec et ailleurs attirent l\u2019attention sur le fait qu\u2019au-delà du bien-être matériel et des avancées sur le plan de la santé, de l\u2019environnement ou de l\u2019éducation notamment, la technologie peut être redoutable.Des garde-fous éthiques et juridiques doivent être dressés.Bienfaits et méfaits de l\u2019IA LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 11 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE De plus en plus d\u2019institutions financières proposent à leur clientèle des services de technologie financière (fintech) complètement automatisés\u2026 ou presque.L\u2019Autorité des marchés financiers (AMF) exige en effet aujourd\u2019hui encore que tout conseil financier soit validé par un conseiller financier, tenu responsable de l\u2019acte.TECHNOLOGIES FINANCIÈRES Le problème de la responsabilité Les institutions financières souhaiteraient aller plus rapidement de l\u2019avant H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale « L\u2019 arrivée des robots dans une industrie crée un vide juridique en matière de responsabilité, explique Richard Guay, professeur au Dépar tement de finances de l\u2019ESG-UQAM et titulaire de la toute nouvelle Chaire de recherche Fin- tech AMF-Finance Montréal.C\u2019est le cas avec les voitures autonomes.Et c\u2019est le cas aussi avec les fintech.Si un robot donne un conseil à un client, qui est responsable en cas de problème ?L\u2019AMF répond à cela qu\u2019un client demeure le client d\u2019un conseiller financier, que le conseil ait été donné par un robot ou par le conseiller lui-même.» Une décision qui n\u2019est pas du goût de tout monde, plusieurs acteurs du milieu considérant que cette réglementation freine le développement de services fintech dans la province.« Les nouvelles générations souhaitent recevoir un conseil à n\u2019importe quelle heure du jour et de la nuit, souligne le professeur Guay.Mais si le conseiller est responsable, il va devoir s\u2019assurer que le robot n\u2019a pas fait n\u2019importe quoi et valider.Or, si le robot est bien derrière son écran 24 heures sur 24, ce n\u2019est pas le cas de l\u2019humain.» Mariage de la technologie et des services financiers Toutes les grandes banques et compagnies d\u2019assurance canadiennes proposent aujourd\u2019hui à leurs clients des services fintech, à savoir l\u2019introduction de la technologie dans les ser vices financiers.Cela va de la consultation des comptes et des virements en ligne au dépôt de chèque au moyen d\u2019une photo en passant par des conseils en matière d\u2019investissement en fonction du profil de chacun, et cela, par l\u2019entremise d\u2019un robot de clavardage (chatbot).« C\u2019est le mariage de la technologie et des ser vices financiers, indique Richard Guay.D\u2019un côté, les banques réduisent leurs coûts et proposent des services plus sécuritaires.De l\u2019autre, le client est servi plus rapidement au moyen d\u2019outils très conviviaux.» Pour cela, les institutions financières ont développé des partenariats avec des entreprises technologiques bénéficiant de toute l\u2019expertise nécessaire pour développer des applications.Ainsi, l\u2019an dernier par exemple, la Banque TD a fait l\u2019acquisition de la société Layer 6, pionnière dans la création d\u2019expériences réactives et personnal isées fondées sur la connaissance du client dans le secteur des services financiers.« Celles qui ne se développeront pas dans ce sens rapidement vont devenir complètement out, croit le détenteur de la Chaire.Petit à petit, les robots vont prendre le relais sur tous les dossiers simples.» Dans un premier temps en ef fet, les cas plus complexes resteront dans le giron des conseillers humains.Mais très vite, avec l\u2019évolution de l\u2019intelligence artificielle, les robots pourront prendre en charge les dossiers plus compliqués.«L\u2019IA va être de plus pertinente au fur et à mesure que chacun d\u2019entre nous la nourrira de la masse de données que nous générons à chaque instant, poursuit le professeur Guay.Le conseiller financier devra-t-il encore vraiment assumer la responsabilité ?Ou serait-il plus pertinent que ce soit toute l\u2019entreprise qui en ait la charge ?Il faudra répondre à ces questions.» Réalité virtuelle Dans un autre ordre d\u2019idées, l\u2019IA pourra assister les clients dans le consentement qu\u2019ils ont à donner à chaque fois qu\u2019ils reçoivent un conseil.Il y a quelques années, l\u2019AMF avait mené une enquête qui avait montré que la plupart des gens signent les documents sans les avoir lus.« Ils avaient intégré un paragraphe qui stipulait que le client donnerait en adoption son premier enfant né ou à naître, rappelle Richard Guay.Nombre d\u2019entre eux avaient signé sans même s\u2019en rendre compte.Une IA pourrait très bien lire les documents, et savoir d\u2019avance ce avec quoi tel ou tel client sera d\u2019accord et ce sur quoi il ne signera pas.» La réalité virtuelle pourrait d\u2019ailleurs elle aussi être très utile.Le professeur Guay rappelle qu\u2019il est difficile de convaincre les jeunes travailleurs d\u2019épargner pour leur retraite.Selon lui, il existera bientôt des outils permettant de leur faire vivre l\u2019expérience d\u2019une retraite bien préparée ou non.« Encore là, les données seront très impor tantes afin que l\u2019expérience et l\u2019émotion vécues soient très personnalisées, conclut-il.Nous n\u2019avons pas conscience aujourd\u2019hui encore de toutes les possibilités qui vont s\u2019ouvrir à l\u2019industrie.Mais quelles qu\u2019elles soient, la question de la responsabilité devra toujours être au cœur des évolutions.» ISTOCK « Les nouvelles générations souhaitent recevoir un conseil à n\u2019importe quelle heure du jour et de la nuit » CONTENU PARTENAIRE Concevoir l\u2019intelligence artificielle autrement C \u2019 est dans le cadre des activités de l\u2019Initiative pour les avenirs autochtones que le professeur Lewis a commencé à s\u2019intéresser activement à l\u2019intelligence artificielle.D\u2019origine cherokee, hawaïenne et samoane, le chercheur, qui a œuvré pendant une quinzaine d\u2019années comme développeur de technologies numériques à la Silicon Valley avant d\u2019entreprendre une carrière universitaire, dirige la grappe de recherche depuis sa création en 2014.Chapeautée par le réseau Territoires autochtones dans le cyberespace de l\u2019Université Concordia, cette initiative se déploie en collaboration avec diverses communautés autochtones.Privilégiant une approche multidisciplinaire où créateurs, penseurs, universitaires, technologues et artistes sont appelés à se côtoyer, elle encourage ses collaborateurs à développer leur propre conception du futur et à imaginer comment leurs cultures s\u2019épanouiront dans l\u2019avenir.L\u2019impulsion du biais algorithmique Depuis près de deux ans déjà, Jason Lewis et son entourage, dont Suzanne Kite, qui est doctorante à l\u2019Université Concor- dia et assistante de recherche, réfléchissent aux manières dont les savoirs et les langues autochtones peuvent aider les communautés à définir le type de relation qu\u2019elles souhaitent entretenir avec l\u2019intelligence artificielle.Malgré leur neutralité présumée, il est maintenant reconnu que des données utilisées pour alimenter un système d\u2019apprentissage automatique peuvent refléter les points de vue des personnes qui ont contribué à leur collecte, à leur sélection ou à leur emploi.C\u2019est ce qu\u2019on appelle un biais algorithmique.Jason Lewis cite en exemple les problèmes éprouvés par divers systèmes de reconnaissance faciale.L\u2019an dernier, une étude menée par les chercheurs Joy Buo- lamwini et Timnit Gebru du Massachusetts Institute of Technology a montré qu\u2019au moins trois d\u2019entre eux peinaient à identifier les personnes noires, particulièrement les femmes, parce qu\u2019ils comportaient des biais algorithmiques.«?Ce n\u2019est qu\u2019un cas parmi d\u2019autres?; le problème est d\u2019une ampleur bien plus grande parce que la majorité des systèmes sont contaminés par ce genre de biais.En réfléchissant à comment nous pouvions corriger ce problème, mes collègues et moi avons réalisé qu\u2019il fallait aborder la question autrement?», indique-t-il.D\u2019après le chercheur, c\u2019est toute la façon dont on conçoit le développement de l\u2019IA qui est problématique.Selon lui, il faut cesser de réduire ces systèmes à des outils et les considérer plutôt comme des entités avec lesquelles il est possible d\u2019entretenir des rapports.«?Je pense qu\u2019on doit être ouvert à réfléchir autrement à l\u2019IA.Ces systèmes ne sont pas des humains, mais ils deviendront très semblables à l\u2019homme parce qu\u2019ils sont autonomes, qu\u2019ils peuvent apprendre et faire toutes sortes de choses qu\u2019on associe aux entités vivantes.Il va donc falloir que nous déterminions comment nous voulons interagir avec eux en fonction de cette réalité?», avance Jason Lewis.Selon lui, les Autochtones sont bien placés pour entreprendre une telle démarche, car dans leurs cultures, aussi nombreuses et diversifiées soient-elles, il est commun de concevoir des interconnexions entre les êtres vivants, les non-vivants et l\u2019environnement.«?Les épistémologies et les langues autochtones peuvent certainement nous aider à articuler nos rapports avec les non-humains.Maintenant, ce à quoi il faut réfléchir, c\u2019est le type de relations que nous voulons bâtir et maintenir avec des non-humains tels que l\u2019IA promet d\u2019être.?» Séminaires en sol hawaïen Le professeur Lewis a aussi conçu avec Suzanne Kite, la professeure Arista ainsi que deux collègues internationaux, Angie Ab- dilla, consultante sur la culture et les technologies aborigènes, et le chercheur Oiwi Parker Jones, un neuroscientifique d\u2019Oxford, un séminaire en deux temps sur le thème des protocoles autochtones et de l\u2019intelligence artificielle.Il s\u2019agissait d\u2019une première mondiale.Son segment initial s\u2019est tenu les 1er et 2 mars derniers à Honolulu.Il a réuni un peu plus d\u2019une trentaine d\u2019universitaires, d\u2019artistes, de penseurs et de technologues issus de communautés autochtones de Nou- velle-Zélande, d\u2019Australie, d\u2019Amérique du Nord et d\u2019Hawaï.«?De façon générale, ce sont surtout des hommes blancs qui participent aux conversations sur l\u2019IA, relève le chercheur.Maintenant que nous avons réussi à identifier et à réunir des personnes autochtones qui ont des compétences et qui souhaitent contribuer au débat sur le rôle de cette technologie dans nos sociétés, on ne peut plus utiliser comme excuse qu\u2019il est impossible de nous inclure dans ces conversations.?» Lors de la deuxième portion du séminaire, laquelle s\u2019est déroulée les 31 mai et 1er juin derniers, les intervenants ont eu l\u2019occasion de préciser leur réflexion sur l\u2019IA.Au cours de celle-ci, ils ont entamé la rédaction d\u2019un article de contextualisation, la création d\u2019une application numérique langagière faisant appel à l\u2019IA et la réalisation d\u2019œuvres d\u2019art illustrant les formes que pourrait prendre l\u2019IA autochtone.Tout au long de l\u2019été, les membres du groupe travailleront à finaliser ce qu\u2019ils ont amorcé lors de leur séjour à Hawaï.Le résultat de leur labeur devrait être rendu public en septembre dans le cadre d\u2019une publication numérique.À regarder : la vidéo à ce sujetsur le site Web du Devoir.LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 12 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Comment les savoirs des peuples autochtones peuvent-ils aider les individus à définir le type de relations qu\u2019ils souhaitent entretenir avec l\u2019intelligence artificielle ?Et comment décloisonner le débat autour du rôle que devrait jouer cette technologie dans la société pour que les communautés autochtones puissent y contribuer ?Jason Edward Lewis, professeur au Département de design et d\u2019arts numériques à l\u2019Université Concordia, fait partie du premier groupe international de chercheurs à se pencher sur ces questions.Représentations artistiques d\u2019ancêtres se joignant à une conversation de groupe lors d\u2019un atelier sur l\u2019IA à Hawaï.ILLUSTRATION DE SERGIO GARZON GRACIEUSETÉ DU GROUPE INITIATIVE FOR INDIGENOUS FUTURE (IIF) C A T H E R I N E C O U T U R I E R Collaboration spéciale A près la Fitbit, l\u2019Apple Watch et autres gadgets connectés, les sportifs peuvent désormais enfiler des objets, qui, grâce à l\u2019intelligence artificielle, promettent des per for- mances améliorées : combinaison de yoga pour mieux apprendre les positions, entraîneur intégré à même un t-shirt, les possibilités se multiplient.« Le vêtement connecté lit l\u2019information du corps et le met sur mon téléphone portable », explique Florian Miguet, directeur de Clim8.« Le vêtement intelligent, lui, fait la connexion entre le corps et le vêtement, mais le vêtement réagit ensuite et donne une réponse à ton corps.» Florian Miguet faisait par tie de la poignée d\u2019entrepreneurs sélectionnés pour participer à la mission Fusion Spor t Connecté qui s\u2019est déroulée à Montréal début juin.Organisée par Katapult et Bpifrance, la semaine visait à accompagner six start-ups françaises dans leurs projets innovants.Meilleur confort, meilleure performance Alors qu\u2019il était directeur pour une grande marque de sport, Florian a remarqué que les skieurs perdaient beaucoup d\u2019énergie à essayer de réguler leur température corporelle, plutôt que de se concentrer sur leur performance.Plusieurs vêtements connectés permettaient déjà de suivre le rythme cardiaque et d\u2019autres mesures de performance, mais rien n\u2019existait pour la thermorégulation.C\u2019est ainsi qu\u2019il a lancé Clim8 (un jeu de mots avec l\u2019anglais climate), qui fabrique aujourd\u2019hui des chandails et des gants qui maintiennent une température idéale chez le professionnel comme chez le sportif du dimanche.En ef fet, alors que ces produits (et leurs prix prohibitifs) étaient auparavant réser vés aux athlètes de haut niveau, l\u2019entreprise française travaille à leur démocra- t isation, en s\u2019associant avec des marques connues pour y intégrer sa technologie.« Si nos produits poussent les gens à rester plus longtemps dehors, à avoir plus de plaisir, c\u2019est positif ! On peut viser la performance, mais le confort, c\u2019est pour tout le monde », soutient-il.Les données anonymes sont ensuite analysées à un niveau macro pour perfectionner gants et chandails, qui s\u2019adaptent également aux besoins de chacun.« L\u2019intelligence permet d\u2019améliorer complètement la technologie», affirme Florian Miguet.Décortiquer le mouvement Autre avancée possible grâce à l\u2019intégration de l\u2019intelligence artificielle des produits : décortiquer précisément le mouvement des athlètes.Le fabricant de maintien et de protège-tibias déjà bien établi Tibtop a ainsi décidé de se lancer dans la conception de protège-tibias connectés : « Il existait des outils de mesure généralistes, qui intégraient par exemple des GPS.Nous voulions développer quelque chose spécifiquement pour la pratique du soccer », explique Bakary Kamara, directeur général et cofondateur de l\u2019entreprise française.L\u2019objet ressemble en tout point à un protège-tibia « normal », hormis une petite prise pour le recharger et une rangée de DEL indiquant l\u2019activation du produit et son niveau de batterie.Il permet par ailleurs de mesurer le positionnement et les déplacements du joueur grâce à un GPS, et intègre un accéléromètre, un gyroscope et un magnétomètre, pour décortiquer et interpréter tous les gestes du joueur de soccer : saut, passe, frappé, botté, choc.« Cela permet un meilleur apprentissage des gestes du sport et de l\u2019activité », soutient Bakary Kamara.En plus d\u2019être un outil pour suivre et améliorer les performances, il pourrait aider à mieux comprendre les gestes qui provoquent les blessures, par exemple.« À terme, l\u2019analyse de toutes ces données pourrait permettre de déterminer à quels seuils de dépense ou de fatigue la blessure arrive », poursuit M.Kamara.Une telle technologie devient aussi une aide précieuse pour les entraîneurs.La somme des données de toute l\u2019équipe rend possible une analyse tactique du match plus fiable et abordable.« Cela permet aux coachs d\u2019avoir un recul et d\u2019être objectifs sur ce qui s\u2019est passé », assure M.Ka- mara.L\u2019outil de compilation à l\u2019usage des entraîneurs remplace avantageusement les systèmes d\u2019analyse par caméra, beaucoup plus coûteux.Le sport adore les chif fres et les statistiques.L\u2019intelligence artificielle ouvre ici une porte vers la systématisation des gestes, et une analyse raffinée des mouvements et des disciplines.Le futur du sport sera-t-il encore (un peu) humain ?« Nous of frons des outils d\u2019accompagnement, assure M.Kamara, nous ne sommes pas là pour nous substituer à un médecin ou à un entraîneur ! » LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 13 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Quand l\u2019intelligence artificielle s\u2019allie au sport Des promesses de performances améliorées et de confort accru L\u2019industrie du sport connaît un développement important depuis une dizaine d\u2019années et, avec cette croissance, on voit l\u2019arrivée de multiples appareils et gadgets pour mesurer, analyser et quantifier les activités physiques.Selon le groupe d\u2019experts européen Idate, le nombre d\u2019objets connectés liés à la pratique sportive devrait continuer à exploser dans les prochaines années.ISTOCK « On peut viser la performance, mais le confort, c\u2019est pour tout le monde » LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 Une exposition d\u2019arts immersifs abordant les effets de la technologie sur l\u2019évolution humaine 28.05\u201315.09 2019 AU CENTRE PHI Billets : centre-phi.com Pensée et organisée par Métro Square-Victoria\u2014OACI LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 15 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE RESSOURCES HUMAINES Les mégadonnées à la rescousse des recruteurs Dans le contexte de pénurie de main-d\u2019œuvre que traverse le Québec, le recrutement et la rétention des collaborateurs sont devenus des éléments hautement stratégiques pour les entreprises.Là encore, les mégadonnées sont susceptibles de faire la différence.H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale L a transformation technologique des entreprises fait en sorte que toutes vont avoir besoin d\u2019adopter une pensée numérique.Ça ne veut pas dire que tous les collaborateurs doivent devenir des programmeurs, mais tous devront être ouverts à la technologie et à l\u2019utilisation des données.Il va falloir travailler différemment, casser les vases clos.« Il ne s\u2019agit pas de recruter une personne, mais de faire en sorte que tous les employés embarquent et adhèrent au changement, prévient Ya- nouk Poirier, associé chez Leaders International, une agence de recrutement de cadres.Ça requiert des compétences nouvelles, de la formation.C\u2019est certain que l\u2019intelligence artificielle, avec l\u2019analyse de mégadon- nées, peut être d\u2019une grande aide.Notamment dans l\u2019arrimage de profils.» Fondée dans un petit bureau à Montréal il y a dix ans, Leaders International compte aujourd\u2019hui 8 bureaux et 85 employés à travers tout le Canada.Dès ses débuts, l\u2019agence a décidé de baser ses recherches sur les données et surtout d\u2019ouvrir ses dossiers de recherche à ses clients.« Nous étions les spécialistes des données ouvertes avant même que cela devienne un sujet dont on parle, note M.Poirier.Traditionnellement, les bases de données sont des chasses gradées, car on espère toujours pouvoir les revendre à un moment ou à un autre.Ça n\u2019a jamais été notre stratégie.Nous avons décidé d\u2019ouvrir nos dossiers de recherche à nos clients afin qu\u2019ils puissent baser leurs entretiens et leurs décisions sur des faits.Ainsi, c\u2019est plus facile de parler rémunération et compétences.Donc de trouver le bon talent.» Base de données internationale Une stratégie payante puisque l\u2019agence fait aujourd\u2019hui partie des leaders du recrutement de cadres, tant sur le plan national qu\u2019international.M.Poirier s\u2019est d\u2019ailleurs vu offrir, au début du mois, le poste de président de Penrhyn International, un réseau mondial de cabinets de re- cr utement de cadres de premier plan.Celui-ci existe depuis 40 ans et compte des bureaux dans 23 pays en Amérique du Nord, en Europe et en Asie-Pacifique.« Être membre de Penrhyn International nous permet d\u2019of frir à nos clients une perspective mondiale, indique Yanouk Poirier.Or, dans le contexte de pénurie de main-d\u2019œu- vre, c\u2019est sûr qu\u2019il faut accepter de recruter des travailleurs à l\u2019étranger.» Il faut aussi aller les chercher, non plus seulement sur le marché actif, mais parmi les candidats passifs.Ceux qui ne sont pas à la recherche d\u2019un emploi.D\u2019où l\u2019importance, pour les entreprises, de recourir à l\u2019expertise des chasseurs de têtes.« Grâce au réseau de Penrhyn, nous avons accès à une énorme base de données à travers le monde, précise le nouveau président.C\u2019est une masse d\u2019informations et l\u2019information est devenue le nerf de la guerre.Les outils d\u2019intelligence artificielle nous permettent quant à eux de trier et de trouver la bonne information, le bon candidat pour nos clients, et ce, où qu\u2019il soit dans le monde.» Intelligence artificielle contre intelligence émotionnelle Un premier tri qui s\u2019opère donc efficacement avec l\u2019aide des machines.Les algorithmes sont en ef fet très performants pour déceler, sur un CV ou sur un profil LinkedIn, les compétences et talents transversaux d\u2019un candidat, en fonction de la carrière de celui-ci et des missions remplies depuis le début de sa vie professionnelle.En 2020, il ne s\u2019agit plus d\u2019avoir acquis des connaissances, mais bien plus d\u2019avoir l\u2019expertise nécessaire pour savoir résoudre des problèmes, développer une pensée critique, faire preuve de créativité et savoir gérer des équipes de manière démocratique.« On n\u2019est plus dans le up and down, souligne Yanouk Poirier.Le marché de l\u2019emploi est tendu, il y a donc un très fort enjeu de rétention du personnel, notamment des cadres.Durant les dix-huit premiers mois, ils sont très à risque de quitter l\u2019entreprise.L\u2019intégration est une donnée importante.Ainsi, l\u2019intelligence émotionnelle est une compétence qui revient en force.Et là-dessus, les robots n\u2019en sont pas encore à dépasser l\u2019humain.» M.Poirier évoque donc un travail de collaboration entre les robots et l\u2019humain.Selon lui, il n\u2019y a pas de quoi s\u2019inquiéter, l\u2019intelligence artificielle ne va pas remplacer tous les employés.Il croit cependant que cette peur fait en sorte que les entreprises québécoises ne font pas partie du peloton de tête en matière d\u2019adoption des technologies intelligentes.« Sur le plan de la recherche, cer tes le Québec est un véritable précurseur, mais les entreprises, quel que soit leur niveau dans la chaîne de production, n\u2019ont pas un sentiment d\u2019urgence, conclut-il.Il faudrait qu\u2019elles se réveillent parce qu\u2019ailleurs, ça va vite.C\u2019est aussi notre rôle, parce que nous avons une vision très internationale, de leur faire ouvrir les yeux.» « Les algorithmes sont très performants pour déceler les compétences et talents transversaux d\u2019un candidat » ISTOCK LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2019 C 16 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE La machine, muse et musicienne Durant sa présentation lors du dernier congrès de l\u2019Acfas, Pablo Samuel Castro a lancé une pièce musicale depuis son ordinateur.Les notes s\u2019enchaînaient et on pouvait facilement s\u2019imaginer des doigts glisser sur les touches d\u2019un piano.Or, la mélodie avait été créée par une intelligence artificielle.E T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale Bien qu\u2019i l soit pianiste, Pablo Samuel Castro travaille pour Google Brain.Il a entraîné un réseau de neurones ar tificiels profonds à partir de prestations de jeunes virtuoses enregistrées sur des claviers lors d\u2019un concours.Quelques fausses notes émaillaient la ligne mélodique produite à partir de ces données par l\u2019ordinateur.Mais le développeur ne semblait pas s\u2019en formaliser.« Pour moi, l\u2019intérêt c\u2019est d\u2019utiliser ça comme point de départ pour faire de nouvelles compositions », a-t-il précisé dans le cadre d\u2019un colloque sur l\u2019IA, qui se déroulait à l\u2019Université du Québec en Outaouais le 29 mai dernier.En entrevue quelques jours plus tard avec Le Devoir, il explique qu\u2019il ne cherche pas avec l\u2019IA à produire des pièces achevées.« J\u2019aime la musique et la composition, donc pour moi, c\u2019est plus intéressant d\u2019utiliser ces modèles comme outils.» Il a aussi entraîné un réseau de neurones récurrents à partir de paroles de chansons à succès s\u2019étant retrouvées dans les palmarès au cours des 60 dernières années.L\u2019objectif est d\u2019engendrer des nouveaux morceaux en utilisant d\u2019autres mots.La machine crée ainsi des enchaînements de phrases avec des rimes différentes mais le même nombre de syllabes.Il a notamment collaboré avec l\u2019artiste David Usher, qui s\u2019est servi de cette IA pour s\u2019inspirer et réécrire sa pièce Sparkle and Shine.Insatisfait de la diversité des paroles proposées, Pablo Samuel Castro a continué à peaufiner le modèle.Il a depuis recours à une architecture similaire à celle utilisée par l\u2019outil Google traduction pour entraîner l\u2019IA à la fois avec des paroles de chansons et des textes de romans de fiction afin d\u2019enrichir le vocabulaire dans les rimes générées.Délaisser les automatismes « Je suis toujours en train de l\u2019améliorer », assure-t-il, alors qu\u2019il vise le lancement d\u2019une application Web d\u2019ici la fin de l\u2019été.Il espère que ces outils permettront de démocratiser encore davantage la création musicale, un peu comme les logiciels de montages sonores ont permis dans les dernières décennies d\u2019effectuer des enregistrements de qualité sans le recours à d\u2019onéreux studios.Mais comme musicien, Pablo Samuel Castro uti l ise sur tout l \u2019 IA pour se dépasser sur scène.« Je suis en train de monter un spectacle solo avec dif férents modèles d\u2019apprentissage automatique, où chaque chanson sera écrite pour utiliser une idée avec une IA », an- nonce-t-il.Avec son trio de jazz, il improvise parfois avec un réseau de neurones récurrents.Celui-ci lance par exemple une ligne de basse selon les notes et les r ythmes précédents.« Cela a changé la manière dont j \u2019 improvise, souligne-t-il.Je suis forcé de donner à chaque note un moment de mon cerveau.» Il assure que, dans de telles situations, il ne peut plus s\u2019appuyer sur des phrasés ou des lignes mélodiques éprouvés qu\u2019il avait le réflexe jouer.« Cela m\u2019a ouvert à une nouvelle relation avec chaque note à laquelle je n\u2019avais pas pensé avant.» L\u2019automatisation pourrait donc pousser les musiciens à délaisser leurs automatismes ! Ce cahier spécial a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.La rédaction du Devoir n\u2019a pas pris part à la production de ces contenus.Pablo Samuel Castro utilise surtout l\u2019intelligence artificielle pour se dépasser sur scène L\u2019intelligence artificielle a changé la façon dont Pablo Samuel Castro improvise.JOHN-FINNIGAN LIN L\u2019automatisation pourrait pousser les musiciens à délaisser leurs automatismes "]
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