Le devoir, 6 avril 2019, Cahier B
[" uelque chose ne tourne pas rond en ce jour d\u2019avril 1994, quand Albert rentre des champs où il gardait les chèvres avec ses petits frères, Balthazar, cinq ans, et Nduwayesu, trois ans.Dans les rues du village de Kabarondo, des hommes déferlent à toute vitesse dans des jeeps.Des villageois portent des lances, d\u2019autres des arcs, des flèches, des machettes.Né d\u2019un père tutsi et d\u2019une mère hutue, même à sept ans, Albert sait flairer l\u2019odeur du danger.Dès la petite école, on lui a enfoncé dans la tête et on lui a appris par cœur qu\u2019il était un Tutsi, comme son père et ses huit frères, dont le plus grand, attaqué au couteau l\u2019an dernier.Les sens en alerte, il détale vers la maison familiale.Il entend le maire du village vociférer dans un mégaphone que les Tutsis doivent être pourchassés comme des « serpents ».Tous.Même les bébés.Les femmes enceintes doivent être éventrées pour en extirper les futurs « cafards ».Déjà, les cadavres jonchent les rues.Les gens semblent devenus fous.Albert aperçoit deux voisins capturer un homme, lui trancher les jambes à la machette et asperger ses plaies de sel pour le torturer.Folie meurtrière Terrorisés, Albert et ses frères gagnent la maison, mais n\u2019y trouvent pas âme qui vive.Ni père, ni mère, ni grands frères.Recroquevillé sous les lits avec Balthazar et Nduwayesu, il entend toute la nuit le fracas des pierres lancées sur le toit de la maison.Au lever du jour, son plus petit frère sur son dos et l\u2019autre agrippé par la main, il file chez sa grand-mère maternelle, une Hutue, pensant qu\u2019elle seule pourra les protéger.Sa mère est là.Stoïque.Ses grands frères aussi, l\u2019air consterné.La grand-mère l\u2019intime, lui et ses grands frères, d\u2019aller au village «à la rencontre de la mort».En cherchant à fuir, Albert et les aînés sont pris en chasse par les brigades In- terahamwe et leurs chiens.Plus petit, Albert parvient à se cacher dans une école et assiste, tapi dans l\u2019ombre, à la mise à mort de son frère Habiryamana, assommé d\u2019un coup de masse sur la tête, et de Hitimana, 10 ans, achevé d\u2019un coup de machette.Figé comme un animal traqué, il ne pense qu\u2019à une seule chose : retrouver sa mère qui le sauvera.Au plus vite.Sur le seul chemin qu\u2019il reconnaît, par deux fois des voisins l\u2019agrippent pour l\u2019amener là où l\u2019on tue les Tutsis.Mais il réussit à leur filer entre les pattes, à regagner la demeure de sa grand-mère pour se jeter sur sa mère qui reste impassible.Elle le somme de se laver et de la suivre.Albert cherche des yeux ses deux petits frères.« Ta mère les a elle-même livrés aux bourreaux pour les faire exécuter », lance sa cousine.« Je ne la croyais pas.Je pensais que maman m\u2019amenait dans une cachette, raconte Albert aujourd\u2019hui.J\u2019étais tout ce qui lui restait.» Son univers bascule alors que sa mère le traîne là où les tueurs exécutent leurs macabres tâches.Mais il fait déjà nuit et tous sont partis, épuisés d\u2019avoir trop tué, ou trop enivrés par l\u2019alcool de banane.« Où puis-je trouver quelqu\u2019un pour tuer cet enfant ?» crie sa mère.Rien n\u2019a plus sens et tout se précipite dans sa tête de petit de sept ans.« À ce moment, j\u2019ai su que plus personne au monde ne voulait que je vive et j\u2019ai fui loin.Très loin.» Carnage Après avoir erré en forêt, Albert gagne une église où un prêtre a caché des mères, des vieillards, et dans le sous- sol, des enfants seuls, comme lui.Mais dès le lendemain, des brigades donnent l\u2019assaut à coups de mitraillettes et de grenades.Ce qui devait être un havre se transforme en mare de sang.« Certains se cachaient sous les corps pour survivre, mais ils étaient achevés à la machette.J\u2019ai dû enjamber des corps d\u2019enfants et de vieillards pour fuir », écrit Albert dans son livre.Encore aujourd\u2019hui, le souvenir des bébés violentés lors de ce carnage hante son esprit.Il revoit les images des brigades Interahamwe agrippant des nouveau-nés par les jambes pour les projeter sur les murs.Les traces de ces crimes innommables ont longtemps maculé les murs de certains immeubles.Ils ont depuis été couverts de peinture, mais personne n\u2019est dupe de ce que cachent ces maquillages honteux, affirme Albert, qui n\u2019a plus jamais été capable de mettre les pieds dans une église.PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 ALGÉRIE La sortie ratée du président Abdelaziz Bouteflika B 4 ÉDUCATION Normand Baillargeon: le chroniqueur va au théâtre B 4 POLITIQUE Michel David: le psychodrame du bâillon B 5 ÉTATS-UNIS Élisabeth Vallet: et pleurez maintenant B 7 Comme 95 000 orphelins du génocide au Rwanda, Albert Nsengimana a vu sa famille décimée, son enfance anéantie.Il a raconté dans un livre son propre drame, celui d\u2019un enfant de sept ans et de son combat pour survivre à l\u2019indicible.Nous l\u2019avons rencontré.Voici son histoire.ISABELLE PARÉ LE DEVOIR DOSSIER LE RWANDA, 25 ANS APRÈS Le génocide dans la peau L\u2019improbable survie et résilience d\u2019un orphelin des massacres Q Un réfugié rwandais porte son fils sur le chemin vers Kigali, en juillet 1994.VINCENT AMALVY AGENCE FRANCE-PRESSE SORTIR UN PAYS ENTIER DES TÉNÈBRES \u2022 LA GUÉRISON DES RWANDAIS DU QUÉBEC \u2022 B 2 ET B 3 Albert Nsengimana, né d\u2019un père tutsi et d\u2019une mère hutue GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Où puis-je trouver quelqu\u2019un pour tuer cet enfant ?LA MÈRE D\u2019ALBERT NSENGIMANA » VOIR PAGE B 2 : ORPHELIN Seul au monde Pour survivre, Albert se terre de jour dans la forêt, et la nuit dans une bananeraie pour échapper aux animaux sauvages.Vivotant de bananes, de manioc et de patates sucrées crus déracinés dans les champs, il dort sur des feuilles séchées dans les fossés asséchés.Un jour, un autre orphelin l\u2019aide à attraper un rat musqué pour le faire griller.Mais l\u2019arrivée des brigades pourchassant les Tutsis jusque dans la forêt les oblige à se séparer.« Je ne l\u2019ai jamais revu, je n\u2019ai jamais su s\u2019il est mort ou vivant.» Trois mois plus tard, quand la tuerie a cessé, tout n\u2019était plus que ruines, se rappelle Albert.Maisons, écoles, hôpitaux sont transformés en tas de pierres.Pour boire, il se contente du brouet boueux des flaques laissées par la pluie ou de l\u2019eau putride de la rivière, où flottent des cadavres gonflés comme des outres.Un jour, des soldats du Front patriotique rwandais sont arrivés pour rassembler les enfants abandonnés comme lui dans des « centres ».«Dans mon village, il y avait au moins 200 enfants comme moi.Certains ont été placés à l\u2019orphelinat, ou donnés en adoption.Mais les orphelinats étaient tous remplis, se rappelle Albert.À sept ans, j\u2019étais déjà trop vieux pour y être accepté.» De victime à bourreau Entre-temps, Albert apprend que sa mère est toujours vivante.Elle sera emprisonnée, comme plusieurs autres personnes, après qu\u2019Albert eut dit, à la demande des policiers, qu\u2019elle avait livré ses propres enfants aux génocidaires.« À huit ans, je ne mesurais pas les conséquences de mes paroles, dit-il au- jourd\u2019hui.Ce dilemme a provoqué chez moi un état de tristesse permanent.J\u2019étais en état de choc, mentalement absent.» Il avait été victime, il se retrouvait bourreau.Albert deviendra tour à tour un écolier turbulent, hagard, violent avec les autres enfants.Hanté par les cauchemars, il sera un jour renvoyé de l\u2019école après avoir fracassé les dents d\u2019un élève.« Je me disais : \u201cCe sont tous des rejetons d\u2019Interahamwe.\u201d » Ce renvoi le condamne à vivre dans LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 PERSPECTIVES DOSSIER GÉNOCIDE AU RWANDA B 2 MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR n pays peut-il retrouver son humanité après avoir sombré dans une folie meurtrière si ardente ?Dans cette fissure du temps, qui a déchiré l\u2019histoire du Rwanda en 1994, une blessure vive et profonde s\u2019est incrustée, sans doute à jamais, dans le pays aux mille collines.Une plaie pansée à coups de justice réparatrice et de développement économique et social mené tambour battant.Vingt-cinq ans plus tard, le Rwanda va bien.En apparence.Avec une croissance économique qui devrait avoir touché les 7,2 % en 2018 et une stabilité politique qui n\u2019a pas fléchi depuis la fin du génocide, le Rwanda de Paul Kagame est une success-story, s\u2019entendent les experts.La Banque mondiale ne mâche d\u2019ailleurs pas ses mots, parlant de « progrès spectaculaires » portés par « une forte croissance économique » et « une amélioration significative des conditions de vie ».Tous les indicateurs pointent vers cette image du phœnix qui renaît de ses cendres.Un phœnix qui a misé sur la justice transitionnelle pour réconcilier tout un peuple.Pendant que 93 têtes dirigeantes étaient mises en accusation au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), des dizaines de milliers de Rwandais ont été jugés par des gacacas, ces tribunaux communautaires qui privilégient la réconciliation plutôt que l\u2019emprisonnement.«Le pays a été reconstruit, il n\u2019y a aucun doute là-dessus, convient Mamoudou Gazibo, professeur de science politique à l\u2019Université de Montréal.En revanche, c\u2019est une stabilité maintenue grâce à la main de fer du président Kagame.» Adulé par les Rwandais, Paul Kagame est celui qui, en 2014, a dirigé les troupes du Front patriotique rwandais (FPR) vers le renversement du régime génocidaire, ce qui a mis fin aux massacres.Dans les 100 jours précédant cette marche victorieuse, de 800 000 à 1 000 000 de Tut- sis et de Hutus modérés ont été exterminés.Voisins, amis, collègues et parfois même des membres d\u2019une même famille ont transformé le pays, machette à la main, en une immense mare de sang.Paralysée, la communauté internationale est demeurée spectatrice.Un récit retravaillé Depuis 2014, le récit du génocide, savamment contrôlé par le FPR, permet à Paul Kagame de maintenir son emprise sur le pouvoir.« Le gouvernement a beaucoup utilisé son rôle dans le génocide comme source de légitimité », pointe Marie-Ève Desrosiers, professeure à l\u2019École de développement international et mondialisation de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Musellement des opposants \u2014 qui sont emprisonnés, exilés, voire assassinés \u2014, entraves à la liberté de presse : tout est justifié par crainte que le pire ne survienne à nouveau.Une dérive autoritaire qui s\u2019est accentuée dans les dix dernières années ; grâce à une réforme constitutionnelle, Paul Kagame, président depuis 2000, pourrait théoriquement rester en poste jusqu\u2019en 2034.Dans le narratif du génocide «beaucoup retravaillé par le FPR», Paul Ka- game est ce sauveur, quasi messianique, présenté comme le seul et unique rempart contre une nouvelle dérive, explique Mme Desrosiers, qui étudie le Rwanda depuis une quinzaine d\u2019années.Or, l\u2019histoire met rarement en scène des personnages aux rôles si campés: des victimes (Tutsis), des bourreaux (Hutus) et un héros (Kagame).«Le quotidien des tueries était beaucoup plus complexe», avance la professeure, rappelant que de nombreuses zones d\u2019ombre persistent.Vingt-cinq ans plus tard, on ne sait d\u2019ailleurs toujours pas qui est responsable de l\u2019attentat contre l\u2019avion du président Juvénal Habyarimana, événement spectaculaire qui a donné le coup d\u2019envoi du génocide.Est-ce l\u2019œuvre du FPR ou d\u2019extrémistes hutus ?On ne le saura peut-être jamais.Or, aujourd\u2019hui, toute personne qui propose une autre lecture du génocide que celle imposée par le FPR peut être accusée de négationnisme.«Il n\u2019y a pas d\u2019espace d\u2019expression», souligne M.Ga- zibo.Depuis l\u2019adoption de la nouvelle Constitution en 2003, la carte d\u2019identité ethnique, imposée par le colonisateur belge dans les années 1930, a été abolie.Tout un arsenal législatif et juridique a été déployé pour que les termes «Hutu» et «Tutsi» soient essentiellement bannis du vocabulaire.Une marmite «La peur d\u2019attiser les rivalités et les querelles est telle qu\u2019on a préféré mettre une sorte de chape de plomb là-dessus.Mais ça ne veut pas dire que ç\u2019a disparu.Les gens savent qu\u2019ils sont Hutus ou Tutsis, fait valoir M.Gazibo, qui évoque l\u2019image d\u2019une marmite.On peut la fermer, mais elle va continuer de bouillir.Et à un moment, il y a le risque qu\u2019on ne puisse plus la contrôler.» «Il y a énormément de ressentiment», seconde Marie-Ève Desrosiers.L\u2019effervescence économique actuelle bénéficie à certains plutôt qu\u2019à d\u2019autres, explique- t-elle.Une opposition qui se vit désormais entre ceux qui vivent à la campagne grâce à une agriculture de subsistance et les privilégiés établis en ville.Mais voilà, les agriculteurs sont encore aujourd\u2019hui majoritairement hutus, alors que les citadins sont souvent des Tutsis proches du pouvoir\u2026 Si rien n\u2019est fait pour colmater les inégalités grandissantes entre la ville et la campagne et pour ouvrir un espace de parole pour les voix dissidentes, « ce n\u2019est pas une histoire qui va bien finir », laisse tomber Mme Desrosiers.Sortir un pays entier des ténèbres Vingt-cinq ans plus tard, le Rwanda va bien.En apparence.Un conflit qui déborde dans les pays voisins Faire la paix avec les fantômes du passé ORPHELIN SUITE DE LA PAGE B 1 Petit pays d\u2019Afrique centrale, enclavé entre le Burundi, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et l\u2019Ouganda, le Rwanda voit grand.Surfant sur sa stabilité politique, sa croissance économique et l\u2019efficacité de ses institutions, le Rwanda cherche à affirmer son leadership dans la région.Une montée en puissance qui ne se fait pas sans heurts.Le Rwanda est aussi perçu comme un élément perturbateur dans la région.La déstabilisation de la République démocratique du Congo (RDC) est en grande partie attribuable aux contrecoups du génocide rwandais.«Lorsque Paul Kagame et l\u2019élite tut- sie ont pris le pouvoir, ils ont décidé de faire la guerre au Congo pour chasser le dictateur Mobutu, perçu comme sympathique aux génoci- daires hutus qui se sont réfugiés dans l\u2019est du Congo», explique Ma- moudou Gazibo.Des milices rwan- daises étaient encore présentes dans l\u2019est du Congo il y a quelques années à peine.Les rivalités ethniques au Rwanda débordent également au Burundi, sa «sœur jumelle».« C\u2019est le même phénomène qu\u2019au Rwanda avec la rivalité entre les Hutus et les Tutsis, mais qui se manifeste sur la longue durée [notamment avec la guerre civile de 1993 à 2005] plutôt que de manière intense », soutient M.Gazibo, rappelant que les massacres ont là aussi fait des centaines de milliers de victimes.1 2 3 Quand la tuerie a cessé, tout n\u2019était plus que ruines.Dans l\u2019eau putride de la rivière flottaient des cadavres gonflés comme des outres.U une nouvelle jungle.Celle de la rue, à Kigali, où des centaines d\u2019autres enfants survivent comme lui en volant et en sniffant de la colle.Grâce à un bienfaiteur, Albert parvient un jour à sortir de la rue et à mettre les pieds à l\u2019école secondaire.Même si les Interahamwe et leurs machettes continuent de peupler ses nuits, il tient bon et réussit à obtenir son diplôme.À 17 ans, il revoit sa mère, libérée après neuf ans de prison.Elle ne le reconnaît pas et meurt deux ans plus tard, emportant avec elle le sombre mystère de son geste inconcevable.« Je ne comprendrai jamais pourquoi elle a fait ça.Je n\u2019ai jamais pu lui demander clairement.» L\u2019enfant sans sourire Pour exorciser son passé, en 2007, Albert commence à noter les détails du cauchemar vécu par lui, ses frères et ses proches assassinés, pour que personne n\u2019oublie jamais leur histoire.Il a vingt ans.Chaque détail des horreurs du génocide est gravé dans son cerveau comme si c\u2019était hier.Mais ils ont pris toute la place, puisque le souvenir du visage de ses frères, lui, commence à s\u2019estomper.Même celui de son père n\u2019est déjà plus que brouillard.En couchant son histoire sur papier, il a songé plusieurs fois à s\u2019ôter la vie, tant raviver ses souvenirs était insupportable.Mais chaque page l\u2019a libéré d\u2019un poids devenu suffocant.« J\u2019étais un enfant dont le système nerveux ne tenait plus qu\u2019à un fil.Pas à pas, j\u2019ai senti une guérison.Je rêve aujourd\u2019hui LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 PERSPECTIVES B 3 1.Une fillette en pleurs au camp de réfugiés Gisenyi ABDELHAK SENNA AFP 2.Un prisonnier attend d\u2019être emmené devant le gacaca, un tribunal communautaire.RICARDO GANGALE PC 3.Des Rwandais devant le mémorial de Kigali GIANLUIGI GUERCIA AFP 4.Un casque bleu canadien veille sur des réfugiés à Kigali, en 1994.RYAN REMIORZ PC Depuis l\u2019adoption de la Constitution de 2003, la carte d\u2019identité ethnique, imposée par le colonisateur belge dans les années 1930, a été abolie.GIANLUIGI GUERCIA AGENCE FRANCE-PRESSE INFOGRAPHIE LE DEVOIR ISABELLE PARÉ LE DEVOIR Pour les Rwandais immigrés au Québec, panser les plaies du génocide et transmettre l\u2019histoire aux plus jeunes générations sans ranimer la haine demeure un défi.« Nos enfants qui sont nés ici savent à quel point le génocide habite encore leurs parents parfois.Ils posent des questions, mais parfois se censurent eux-mêmes de peur de blesser leurs parents, de leur faire mal », affirme Jean-Paul Nyilinkwaya, président de Page Rwanda, une association d\u2019entraide pour la communauté rwandaise vouée à la transmission de la mémoire des victimes du génocide.Ce père de deux garçons a lui-même été étonné d\u2019entendre son aîné poser à d\u2019autres adultes des questions qu\u2019il n\u2019osait lui adresser.C\u2019est pourquoi Page Rwanda tient chaque année des ateliers de discussion pour les jeunes, afin de leur offrir un « terrain neutre » pour discuter du génocide.«Les jeunes veulent comprendre ce qui est incompréhensible, comme \u201cPourquoi des gens ont pu tuer leurs voisins?\u201d Parfois, il n\u2019y a pas de réponse, mais il faut pouvoir en parler, dit-il.Ces discussions sont toujours très riches.» Un héritage lourd à porter Certains survivants du génocide rwan- dais n\u2019ont même jamais raconté leur propre histoire à leurs enfants, affirme Jean-Paul Nyilinkwaya.Pour certains Rwandais réfugiés ici, les blessures post-traumatiques ont parfois fait surface des années plus tard, affirme Cécile Rousseau, pédopsychiatre et directrice du Groupe de recherche et d\u2019intervention transculturelles de l\u2019Université McGill, qui a travaillé avec plusieurs survivants du génocide.« Leur héritage est mêlé de blessures.Même un fœtus dans le ventre de sa maman est influencé par des émotions sur lesquelles il ne peut mettre de mots.Ce n\u2019est que plus tard qu\u2019il pourra comprendre les tempêtes affectives qu\u2019il vit », affirme-t-elle.Le psychologue d\u2019origine rwandaise Deogratias Bagilishya, qui a suivi de nombreux orphelins non accompagnés ayant trouvé refuge au Canada, affirme que la plupart s\u2019en sortent somme toute assez bien, malgré les horreurs qu\u2019ils ont vécues.Comment des enfants ont- ils pu rester sains d\u2019esprit après avoir été témoins d\u2019autant de violence ?« La plupart des enfants ne verbalisaient pas ce qu\u2019ils avaient vécu, car c\u2019était des choses insensées, \u201cnon exprimables\u201d.Ça sortait plutôt par des crises, ou à travers des dessins ou des jeux de rôle où ils jouaient des soldats ou des victimes », dit-il.Même ceux qui étaient trop jeunes pour se souvenir « ont assimilé ces événements dans leur mémoire traumatique ».Plus que tout, observe-t-il, l\u2019isolement a été déterminant dans la capacité de résilience des survivants.« Il y a des mécanismes individuels, mais le soutien collectif est très important.Car à travers le groupe, on peut exprimer et partager des choses.Ce qui est mortel, c\u2019est l\u2019isolement.» Si plusieurs de ses jeunes patients ont aujourd\u2019hui fondé des familles, d\u2019autres s\u2019en sont moins bien sortis.« Certains ont fait des tentatives de suicide.» Souvent, c\u2019est après leur arrivée au Canada que les traumatismes ont fait surface.« Avant, ils étaient \u201cen mode survie\u201d, dans le chaos.C\u2019est une fois en sécurité que la dépression et l\u2019anxiété s\u2019installent », explique M.Bagilishya.D\u2019ailleurs, les clivages ethniques qui ont mené au génocide n\u2019ont pas épargné le Canada, relance ce dernier, ajoutant que le drame a aussi fait des victimes chez les Rwandais d\u2019origine hutue.« Beaucoup de choses ont été exprimées par les Tutsis.Mais plusieurs Hu- tus vivent aussi de grandes détresses qu\u2019ils ne se sentent ni libres ni légitimés d\u2019exprimer.Cette souffrance muette et latente est aussi pathogène.» Selon ce psychologue, qui a accompagné de nombreuses familles rwandaises à l\u2019Hôpital de Montréal pour enfants, plusieurs immigrants d\u2019origine hutue doivent se soigner en silence.« Or, ce n\u2019est pas qu\u2019une blessure personnelle, c\u2019est aussi une blessure collective.» Un sens à la survie Plusieurs rescapés portant la culpabilité d\u2019avoir survécu à leurs proches et de n\u2019avoir pu les sauver ont été atteints du « syndrome du survivant ».Pour se sortir du sentiment de dette envers les disparus, plusieurs ont fait du don de soi le tremplin vers la guérison.« Plusieurs survivants ont donné un sens à leur survie en aidant les autres ou en transmettant la mémoire de ce qui s\u2019est passé », explique Élise Bourgeois- Guérin, psychologue et auteure d\u2019une thèse de doctorat sur le vécu de neuf hommes survivants ayant immigré au Canada.Selon cette dernière, plusieurs Rwan- dais lui ont expliqué que leur culture laisse peu de place à l\u2019expression de la souffrance, surtout chez les hommes.« Un proverbe du pays dit même : \u201cLes larmes d\u2019un homme coulent dans son ventre.\u201d En entrevue, plusieurs hommes avaient même du mal à parler ouvertement de la mort de leurs propres enfants et disaient ressentir de la honte de leur avoir survécu», affirme celle qui est au- jourd\u2019hui professeure en santé mentale à la TELUQ.Ce qui a le plus étonné la psychologue, c\u2019est le potentiel « transformateur » de cet événement traumatique pour certains.« Ça n\u2019a pas produit que des déficits ou des pathologies.Ç\u2019a aussi eu un potentiel de transformation chez des survivants qui ont cherché à aider les autres et à transmettre un message aux autres générations.Cela veut dire que les cliniciens ne doivent pas se centrer seulement sur les réponses médicales aux pathologies, mais aussi soutenir les forces.Parfois, les stratégies collectives sont les plus réparatrices.» Transmettre la mémoire, sans la haine La guérison des Rwandais du Québec L\u2019horreur du génocide en chiffres En 3 mois, de 800 000 à 1 million de Tutsis et de Hutus modérés sont assassinés.75 % des Tutsis du Rwanda ont été tués.Au moins 250 000 femmes ont été violées.95 000 enfants sont laissés orphelins.De 80 000 à 130 000 personnes emprisonnées pour leur participation au génocide.40 000 prisonniers amnistiés en 2004.Les dates clés 6 avril 1994.L\u2019avion du président rwandais Juvénal Habyarimana est abattu par deux roquettes.7 avril 1994.Début du génocide à la suite de l\u2019appel de la radio des Mille collines.21 avril 1994.Le conseil de sécurité des Nations unies retire presque tous ses effectifs, après la mort de 10 casques bleus belges.La Mi- nuar passe de 2500 à 250 hommes.8 novembre 1994.Création du Tribunal pénal international pour le Rwanda.Les orphelinats étaient tous remplis.À sept ans, j\u2019étais déjà trop vieux pour y être accepté.ALBERT NSENGIMANA » de fonder une famille, de trouver le bonheur.Ceux qui m\u2019ont déjà connu ne me reconnaîtraient plus ! » lance l\u2019homme de 31 ans qui se souvient, de toute son enfance, avoir été incapable d\u2019esquisser un sourire.Pardonner l\u2019impensable Depuis, Albert s\u2019est rendu dans son village natal pour voir ses cousins et ses oncles hutus, aujourd\u2019hui libérés de prison.« Je les ai vus, j\u2019ai même partagé un verre avec eux.Ils regrettent, ils ont honte.Ça m\u2019a permis de laisser mon fardeau derrière, de me libérer de la colère que je portais.Je leur pardonne, mais je n\u2019oublie pas.» Un jour en 2011, Hélène Cyr, une Québécoise survivante de Polytechnique installée au Rwanda, a lu le témoignage déchirant d\u2019Albert, rapporté dans un journal de Kigali.Bouleversée, elle l\u2019a rencontré, est devenue sa confidente, son amie, sa grande sœur, bref, la mère dont il a longtemps rêvé.Avec son aide, il a obtenu son diplôme de l\u2019université en 2016 en sciences de l\u2019environnement et vient de publier Ma mère m\u2019a tué, le récit de son combat pour faire la paix avec les fantômes de son passé.Il rêve maintenant d\u2019aider les enfants victimes de crises humanitaires\u2026 et d\u2019écrire des livres.Du haut de ses six pieds, Albert m\u2019a quittée en me tendant fièrement sa toute nouvelle carte professionnelle aux couleurs de l\u2019arc-en-ciel : « Albert Nsengimana, auteur de livre ».Oui, il va beaucoup, beaucoup mieux Albert.Et en plus, il sourit.4 Idées Une propagande trop efficace Page B 11 Société Dans la douloureuse douceur du Rwanda LeD 46 À LIRE LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 PERSPECTIVES B 4 Le chroniqueur va au théâtre J e viens de voir, au Théâtre du Rideau vert, L\u2019éducation de Rita, une pièce de Willy Russell qui date de 1980 et qui a été portée à l\u2019écran en 1983.Elle nous est cette fois proposée dans une très belle traduction originale de Maryse Warda (que je citerai ici), fort habilement mise en scène par Marie-Thérèse Fortin.Les deux comédiens, Émilie Bibeau et Benoit Gouin, y sont remarquables.Merci à toute l\u2019équipe de la merveilleuse soirée.Mais si je vous en parle, vous l\u2019aurez deviné, c\u2019est que la pièce est, en fait, une riche réflexion sur l\u2019éducation.Rita à l\u2019université Rita est une jeune coiffeuse de 26 ans, très peu cultivée, qui a décidé de s\u2019inscrire en littérature à la Open University, un établissement qui permet justement à des personnes dans sa situation de fréquenter l\u2019université.Son tuteur, qui la prépare à ces études, est le professeur Frank Bryant, un homme d\u2019âge mûr qui a depuis longtemps bien plus d\u2019intérêt pour la bouteille (il cache ses flacons derrière les livres de la bibliothèque de son bureau\u2026) que pour la littérature ou l\u2019étude.La pièce raconte leur relation jusqu\u2019au moment où Rita passe avec succès ses examens.À travers cette relation, ce sont au fond deux questions qui sont posées et examinées : celle de la nature réelle et des divers effets (possibles ou avérés) de l\u2019éducation sur la personne qui la reçoit ; celle de ce que provoque sur les personnes concernées la relation entre qui donne et qui reçoit cette éducation.Le point de départ de cette réflexion est tout à fait pertinent, puisque non seulement Rita, qui veut être éduquée, ne sait par définition pas précisément ce à quoi elle aspire, mais aussi parce que Frank a quant à lui depuis longtemps déjà perdu le sens de la valeur et de l\u2019importance de ce qu\u2019il a pour mission de faire acquérir.Le vocabulaire de Rita est aussi limité que le sont ses références culturelles.Devant La naissance de Vénus au mur du bureau, qu\u2019elle trouve érotique, elle s\u2019exclame : « Checkez-y les boules.» Mais elle veut sortir de ce qu\u2019elle perçoit désormais être une sorte de caverne de la médiocrité où elle est enfermée, et elle aspire à apprendre, à comprendre plus profondément les choses.Dans son ignorance, elle se fait aussi, non sans une certaine naïveté, une idée très élevée de l\u2019univers auquel elle aspire.Frank, qui est revenu de tout, le perçoit et s\u2019inquiète à savoir que cela ferait perdre à Rita sa spontanéité, sa vérité, son identité.Sortie de caverne Comment nommer ce que Rita veut ?Au fond, ce qu\u2019elle désire plus ou moins consciemment acquérir, c\u2019est une éducation libérale, c\u2019est-à-dire une éducation qui la rendra plus libre et la fera pénétrer dans un univers plus vaste et plus riche.Cela ne se fera pas sans mal.En accédant peu à peu au savoir, en sortant progressivement de la sombre caverne, elle devient d\u2019abord étrangère à ceux et celles de son milieu, à commencer par son mari.En s\u2019éduquant, Rita, elle le dit elle-même, est devenue « une bibitte ».Elle dira : « J\u2019suis pus capable de parler avec le monde avec qui je vis.Pis je peux pas parler au monde comme ceux que j\u2019ai vus samedi, ou ben tout' eux autres dehors [les personnes à l\u2019université], parce que j\u2019arrive pas à apprendre leur langage.» Rita, avec l\u2019aide de Bryant, progresse pourtant et s\u2019approprie peu à peu ce langage, ces codes, ces repères, qui sont ceux des personnes éduquées.Mais elle le fait d\u2019abord en extériorité.Tout cela est chez elle sans profondeur, superficiel et même pire : de la parure et de la prétention.Mais elle l\u2019ignore encore.Et quand Frank, qui se rappelle finalement ce qu\u2019est une éducation devant cet étalage de ce qu\u2019il déteste, lui fait remarquer tout cela, elle s\u2019offusque sans comprendre : « Je suis éduquée, j\u2019ai ce que vous avez, pis vous aimez pas ça, parce que vous préférez me voir comme la petite habitante que j\u2019étais ; vous êtes pareil comme tous les autres \u2014 vous aimez garder vos petites gens dans l\u2019ignorance parce que, comme ça, y\u2019ont l\u2019air charmants pis pittoresques.J\u2019ai pas besoin de vous.Je sais quel linge mettre, quel vin acheter, quelles pièces aller voir, pis quels livres lire.Je peux me passer de vous.» La pièce donne des raisons de remettre en question la valeur de l\u2019éducation, mais elle donne aussi, selon moi, deux indices qui invitent à conclure que la sortie de la caverne a produit ses effets.La première est de suggérer que le savoir réellement appréhendé transforme en profondeur la personne éduquée, qui devient en quelque sorte autre en devenant pleinement elle-même.Mais surtout, en suggérant que ce savoir acquis est bien vivant parce que sans cesse interrogé et jamais figé.Rita a réussi : elle a été éduquée, pas endoctrinée.Bryant reprendra à ce sujet les mots attribués à Socrate et que Rita fera certainement siens : « Tout ce que je sais \u2014 et entendez-moi bien \u2014, c\u2019est que je ne sais absolument rien.» J\u2019ai dit Rita ?En fait, on apprend, superbe métaphore, que Rita est en fait un surnom choisi par celle qui s\u2019appelle en réalité Suzanne, choisi en hommage à une auteure d\u2019un roman populaire qu\u2019elle avait aimé.Elle reviendra à son vrai prénom.Je veux souligner une dernière chose de ce beau texte : c\u2019est qu\u2019à la fin, par cette étrange magie, par cette singulière osmose que connaissent bien toutes les personnes qui enseignent, Bryant aura, lui aussi, beaucoup appris, et de Rita et de Suzanne.Peut-être même \u2014 qui sait ?\u2014 bien des choses sur la nature et sur la valeur de l\u2019éducation.FABIEN DEGLISE LE DEVOIR « Je m\u2019adresse aux jeunes qui doivent prendre le témoin, car ma génération a fait son temps.Après avoir libéré le pays et participé par la suite à son édification, l\u2019heure de la retraite a sonné pour les anciens ne pouvant plus gérer les affaires du pays.On vous transmet le témoin.Il faut prendre soin de ce bien construit sur des bases solides.Il ne faut pas le trahir.Les gens qui ont libéré le pays vous disent que nous n\u2019avons plus les forces pour continuer.Le pays est entre vos mains, prenez-en soin.» Depuis Alger, où il poursuit des recherches en science politique après avoir fait un doctorat à l\u2019Université d\u2019Ottawa, Djamel Chikh se souvient du discours d\u2019Abdelaziz Bouteflika prononcé le 8 mai 2012 à Sétif, lors du 67e anniversaire des massacres qui y ont eu lieu dans cette ville de l\u2019est de l\u2019Algérie en 1945.Alors que la foule l\u2019invitait à se présenter pour un 4e mandat, le président, figure de l\u2019indépendance, homme politique qui a tourné la page sur la décennie noire et la guerre civile algérienne à la fin du siècle dernier, avait eu, la mine fatiguée, cette réplique que les grands laissent parfois tomber avant la tombée d\u2019un rideau : « longue vie à celui qui connaît ses limites ».« S\u2019il avait tenu les promesses de ce discours, ce moment serait devenu historique, résume l\u2019universitaire dans une entrevue par courriel accordée au Devoir cette semaine.C\u2019était un discours d\u2019adieu, presque attendrissant.C\u2019était aussi sa dernière chance de sortir avec les honneurs.» Et malheureusement, ce rendez-vous avec l\u2019histoire, Bouteflika l\u2019a bel et bien manqué.Mardi soir, le président a plutôt choisi d\u2019abdiquer et de quitter le pouvoir dans la disgrâce, sous les cris d\u2019une jeunesse souriante qui, depuis le 22 février dans les rues du pays, l\u2019invite à « dégager ».Le chef de l\u2019État voulait se présenter pour un cinquième mandat.Cet appel à la continuité a conduit ce président fantomatique, usé autant par le pouvoir que par une attaque cérébrale en 2013, qui l\u2019a cloué dans un fauteuil roulant et l\u2019a condamné au silence, au point de rupture.Il faut dire que, depuis des années, sa parole était portée par des communiqués officiels.Sa présence se résumait à sa photo officielle, que l\u2019on mettait parfois sur une chaise, lors d\u2019événements d\u2019envergure, pour rappeler qu\u2019il était toujours là, ses ambitions présidentielles n\u2019en devenant que plus suspectes.Défait par les militaires Désavoué par le chef d\u2019état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, qui la semaine dernière a réclamé que l\u2019on déclare le président inapte à exercer le pouvoir, M.Bouteflika avait alors annoncé lundi, sous la pression populaire, son intention de quitter son poste avant la fin de son mandat, prévue le 28 avril prochain, avant de précipiter dans les heures suivantes ce départ que des milliers d\u2019Algériens espéraient depuis des années.«En Algérie, les présidents sont faits et défaits par les militaires», résume à l\u2019autre bout du fil une diplomate canadienne en poste en Algérie durant les années de règne de cette figure marquante du paysage politique algérien.Ami de Houari Boumédiène, membre du clan d\u2019Oujda, Bouteflika s\u2019est illustré en effet par son sourire, sa moustache, son charisme, ses aventures avec des grandes actrices internationales et son talent pour mettre en dialogue le Nord avec le Sud.Il a été l\u2019artisan de la paix sociale, avant que son absence et son aphasie des dernières années ne finissent par devenir encombrantes.« Ce sont eux qui l\u2019ont mis en place en 1999, pour sortir de la décennie noire.De la même façon, ce sont eux qui viennent de lui indiquer la voie de sortie.S\u2019il avait décidé lui-même du moment, il aurait laissé alors l\u2019image d\u2019un très grand président pour lequel les Algériens ont eu beaucoup d\u2019affection.À la place, il a opté pour un cinquième mandat, ce qui s\u2019est révélé être une aberration sans nom.» Un proverbe arabe dit : « S\u2019il était parti plus tôt, on lui aurait érigé une stèle », précise M.Chikh pour rappeler que les ventres trop gourmands finissent souvent dans l\u2019humiliation de leur gourmandise.« Le départ de Bou- teflika, c\u2019est une victoire symbolique, poursuit-il.Ce n\u2019est pas une fin en soi, mais un commencement, avec le risque de voir son clan se recycler.La rue est consciente que son départ ne change rien, puisqu\u2019on se doute que, depuis 2013, ce n\u2019est plus lui qui gouverne.À l\u2019heure actuelle, il inspire la pitié, mais son clan doit également inspirer la méfiance.» « Il ne faut pas tomber dans l\u2019euphorie, mais accueillir cette révolte et ce départ avec espoir », estime pour sa part l\u2019écrivain et dramaturge québécois d\u2019origine algérienne Karim Akouche.Le Devoir l\u2019a joint à Paris cette semaine, où il est actuellement en résidence d\u2019écriture.« Bouteflika a fait de l\u2019Algérie un non-État.Le pays est ruiné.Il n\u2019y a pas d\u2019économie, pas d\u2019État, pas d\u2019école, pas de démocratie.Tout est à inventer.Tout est à construire.» Une démocratie à bâtir Dans l\u2019immédiat, c\u2019est entre les mains du président du Conseil de la nation \u2014 le Sénat algérien \u2014, Abdelkader Bensa- lah, 77 ans, que le pouvoir exécutif a été placé, pour une période transitoire de 90 jours qui doit permettre la tenue d\u2019ici là d\u2019une élection présidentielle.Un scrutin à la finalité forcément incertaine.« C\u2019est maintenant que les questions difficiles commencent », dit la diplomate canadienne qui a rencontré M.Bouteflika et qui reste marquée par la grandeur de ce petit homme, de trois centimètres plus grand que Napoléon : « On savait qu\u2019on était en présence d\u2019un monument.» Elle ajoute : « L\u2019Algérie ALGÉRIE La sortie ratée de Bouteflika Le pays fait face à des questions difficiles après le départ du fantomatique président CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT À PARIS LE DEVOIR « En Europe, une négociation n\u2019est jamais terminée tant que la dernière heure n\u2019a pas sonné », me disait un courtier de la City il y a deux mois à peine.Il aurait pu ajouter que rien n\u2019est jamais réglé tant que l\u2019échéance n\u2019a pas été reportée à au moins deux reprises.Mercredi dernier, le Parlement de Westminster a voté à une voix de majorité pour un second report de l\u2019échéance de sortie du Royaume-Uni de l\u2019Union européenne, fixée pour l\u2019instant au 12 avril.Au moment où ces lignes étaient écrites, la première ministre Theresa May avait demandé à l\u2019Union européenne un report jusqu\u2019au 30 juin.Faute de faire adopter l\u2019accord qu\u2019elle a négocié avec Bruxelles, elle pourrait cependant être forcée d\u2019accepter un report de plusieurs mois lors du sommet européen qui se tiendra mercredi.Dans les deux cas, les Britanniques devront lancer les préparatifs des élections européennes du 25 mai prochain.Quitte à les annuler en cours de route.Négocier avec l\u2019opposition À moins d\u2019une semaine de la date formelle de sortie et devant son incapacité à convaincre les plus radicaux de son parti, la première ministre a donc dû se résoudre à ouvrir des pourparlers avec le chef de l\u2019opposition, Jeremy Corbyn.C\u2019est cette démarche nouvelle qu\u2019elle devrait d\u2019ailleurs invoquer mercredi pour obtenir un report.Celui-ci ne pouvant qu\u2019être conditionnel, dit- on à Bruxelles, à la tenue d\u2019une élection générale, d\u2019un second référendum ou à une nouvelle démarche destinée à dégager une majorité parlementaire favorable à l\u2019accord de retrait.Sans parvenir à une entente, Theresa May et Jeremy Corbyn auraient abordé dans leurs discussions la délicate proposition d\u2019un second référendum.Peu importe que le chef travailliste devienne « la sage-femme » du Brexit, a déclaré cette semaine le procureur général Goeffrey Cox.« L\u2019important, c\u2019est que le bébé vienne au monde.» Il était temps, s\u2019est-on discrètement exclamé à Bruxelles, où l\u2019on a toujours rêvé de voir Theresa May tourner le dos aux « hard Brexiters » de son parti pour tendre la main aux travaillistes partisans d\u2019un « soft Brexit » et d\u2019une union douanière avec l\u2019Europe.Soumise au vote des parlementaires, l\u2019idée d\u2019une union douanière est passée à trois voix seulement d\u2019obtenir le soutien de la Chambre cette semaine.À mi-chemin entre la participation au marché unique (comme la Norvège) et un simple traité de libre-échange (comme le Canada), le Royaume-Uni se retrouverait bizarrement dans la position de\u2026 la Turquie ! Mais surtout, il devrait abandonner son droit de négocier de nouvelles ententes de libre- échange avec d\u2019autres pays.Ce qui apparaît comme le pire des scénarios pour les plus libéraux des conservateurs qui souhaitent justement que Londres reprenne sa liberté et noue des accords de libre-échange avec l\u2019Australie, les États-Unis et la Chine.Même le responsable des pages économiques du quotidien The Guardian, Larry Elliott, n\u2019y voit pas vraiment d\u2019avantages p our une économie comme celle du Royaume-Uni d\u2019abord orientée vers les services.Sans compter qu\u2019une union douanière ne supprimerait pas entièrement les contrôles à la frontière entre l\u2019Ulster et la Répu- Vers un « soft Brexit » ?NORMAND BAILLARGEON LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 PERSPECTIVES B 5 Le psychodrame du bâillon O n peut comprendre les libéraux, qui ont été traités de tous les noms lors du débat sur le projet de loi 62 sur la neutralité de l\u2019État, de vouloir rendre la monnaie de sa pièce à la CAQ, même si l\u2019ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette, fait toujours sourire quand il s\u2019indigne qu\u2019on bouscule les gens.Les cris d\u2019orfraie qu\u2019ils ont poussés à l\u2019idée que le gouvernement Legault puisse utiliser le bâillon pour clore le débat sur l\u2019interdiction des signes religieux doivent cependant être mis en perspective.Le chef intérimaire du PLQ , Pierre Arcand, a accusé le premier ministre de mépriser ceux qui ne pensent pas comme lui, mais le bâillon ne vise pas la société civile.Il est vrai que les audiences publiques ne seront pas ouvertes à tous, contrairement à ce que le gouvernement Ma- rois avait décidé lors du débat sur la charte de la laïcité, mais quelqu\u2019un a-t-il envie de revivre le témoignage gênant de la famille Pineault-Caron, qui avait été traumatisée par son voyage au Maroc ?« Prier à quatre pattes à terre sur des p\u2019tits tapis, c\u2019est quoi c\u2019t\u2019affaire-là ?» Les Québécois veulent bien assumer leur laïcité, mais pas passer pour des épais.Les libéraux n\u2019ont d\u2019ailleurs pas contesté le bien-fondé de s\u2019en tenir à des « consultations particulières » qui leur laisseront tout le loisir de faire comparaître les experts ou les groupes qu\u2019ils jugeront le plus pertinent d\u2019entendre.Ils n\u2019auront que l\u2019embarras du choix.Le recours au bâillon limiterait bel et bien la durée du débat entre parlementaires, mais qui peut encore douter de tout le mal que le PLQ pense du projet de loi ?On aurait beau l\u2019éplucher pendant six mois, sa position ne changera pas plus que celle du gouvernement.Québec solidaire y est tout aussi opposé, mais Manon Massé a indiqué que ce ne sera pas une priorité pour son parti au cours des prochaines semaines.Quant au PQ, il ne demande pas mieux que de passer à autre chose.L\u2019étude d\u2019un projet de loi peut être un exercice pédagogique très utile quand il porte sur un sujet avec lequel le commun des mortels est moins familier.Après douze ans de débat sur la laïcité, les Québécois ont cependant eu tout le temps de se faire une opinion.Il ne faut pas exagérer le danger pour la « cohésion sociale » évoqué par M.Legault, mais on voit mal l\u2019utilité de prolonger un affrontement entre deux camps aussi solidement retranchés.Certaines modalités du projet de loi 21 méritent certainement d\u2019être revues.Lier les droits acquis à un lieu ou une fonction est une mesquinerie inutile.Retirer à une enseignante le droit de porter le voile parce qu\u2019elle change d\u2019école ou qu\u2019elle est nommée directrice serait injustifiable.Si quelques journées additionnelles étaient nécessaires pour apporter des modifications, le gouvernement serait malvenu de refuser, mais les députés libéraux seraient loin d\u2019être emballés à la perspective de siéger durant les mois d\u2019été, sachant que la population prêterait très peu d\u2019attention à leurs travaux.C\u2019est le débat à l\u2019extérieur de l\u2019Assemblée nationale qui sera plus difficile et qui risque d\u2019avoir le plus d\u2019effet sur les esprits.Le « Quebec bashing » est une réalité avec laquelle la plupart des Québécois se sont résignés à composer, comme avec les maringouins, mais certains épisodes sont plus révélateurs du fossé qui les sépare du reste du pays.Le procès de la laïcité à la québécoise, qu\u2019on ne manquera pas d\u2019instruire au Canada anglais, même si l\u2019approche de l\u2019élection fédérale imposera une certaine retenue à la classe politique, pourrait en être un.Il est regrettable que le gouvernement Charest n\u2019ait pas donné suite au « consensus » du rapport Bouchard-Taylor et que le PQ ait voulu aller plus loin alors qu\u2019il n\u2019était pas en position de le faire, mais il est maintenant trop tard pour y revenir.Gérard Bouchard a raison de dire qu\u2019on ne devrait pas étendre l\u2019interdiction du port de signes religieux aux enseignants, mais le gouvernement Legault est déterminé à le faire, et il a l\u2019appui d\u2019une majorité de francophones qui n\u2019accepteront pas d\u2019être traités d\u2019islamophobes et de racistes.Si plusieurs perçoivent le débat sur l\u2019utilisation de la disposition de dérogation comme une simple chicane entre juristes, il pourrait devenir une illustration éloquente du refus de laisser le Québec définir les règles du vivre-ensemble qui correspondent à ses valeurs.Correction : Dans ma chronique de jeudi, j\u2019ai écrit erronément que la Cour suprême avait acquitté Gabriel Nadeau-Dubois de l\u2019accusation d\u2019outrage au tribunal, en 2016, après qu\u2019il eut été reconnu coupable à deux reprises.En réalité, un premier jugement de la Cour supérieure a été infirmé par la Cour d\u2019appel, dont la Cour suprême a confirmé la décision.Toutes mes excuses.blique d\u2019Irlande.Pour nombre d\u2019observateurs, le ralliement de Theresa May à cette option signerait la « victoire totale de Bruxelles ».Le Parlement contre le peuple Comment expliquer que celle qui soutenait en 2017 qu\u2019une sortie sans accord serait préférable à un mauvais accord semble aujourd\u2019hui prête à renverser la formule ?La chroniqueuse du quotidien The Telegraph Juliet Samuel voit dans le chaos parlementaire des dernières semaines une tentative de « revenir sur le résultat du référendum ».Ce chaos montre, de plus, écrit- elle, l\u2019incapacité des parlements à négocier sérieusement de tels traités internationaux qui ne peuvent se traiter qu\u2019au niveau des exécutifs.Pour plusieurs, ces cafouillages ne sont pas étrangers à une tradition parlementaire qui a toujours été réfractaire à l\u2019appel direct au peuple que symbolise le référendum.Certains « sages » de la Chambre des lords n\u2019ont pas manqué de souligner cette contradiction.Ancien chancelier, lord Nigel Lawson estime que le Royaume-Uni «paie le prix de ne pas avoir de Constitution écrite».Selon lui, la fracture actuelle entre le Parlement et le peuple pourrait pousser une partie des électeurs à croire qu\u2019ils «ne peuvent plus faire confiance» à ce dernier.Dans une conjoncture normale, un tel blocage aurait inévitablement débouché sur des élections générales.Mais il est loin d\u2019être certain qu\u2019un scrutin trancherait le nœud gordien.Les sondages n\u2019annoncent en effet aucune victoire décisive d\u2019un des deux grands partis.Le résultat pourrait être rendu encore plus confus par l\u2019entrée dans la course d\u2019un nouveau parti pro- Brexit et la récente scission de sept députés travaillistes (The Independant Group) qui dénoncent un parti noyauté par l\u2019extrême gauche.Certains ne voient dans les discussions avec Jeremy Corbyn qu\u2019une nouvelle tactique destinée à mettre le caucus conservateur au pied du mur et à forcer les plus radicaux à approuver l\u2019accord de sortie.Comme le souligne The Economist, il arrive parfois que les meilleurs compromis ne satis- fass ent p ers onne.À moins qu\u2019i l s\u2019a g i s s e d e ga g n e r d u t e m p s .S i d\u2019aventure les Britanniques devaient participer à l\u2019élection européenne du 25 mai, celle-ci pourrait prendre l\u2019allure d\u2019un second référendum implicite sur l\u2019appartenance à l\u2019Union.Il n\u2019est pas certain non plus que l\u2019intérêt de Bruxelles soit de voir les euroscep- tiques britanniques venir renforcer les rangs des Hongrois, des Polonais, des Italiens et des Français.Même pour quelques mois.On sait que la Commission européenne a tenu la dragée haute aux Britanniques tout au long des négociations.On l\u2019a même soupçonnée de vouloir punir Albion, alors que les observateurs sont unanimes à souligner le manque de préparation et les maladresses de Theresa May.Qui sait si la prochaine Commission, qui pourrait devoir composer avec un Parlement plus eurosceptique, sera aussi intransigeante.Surtout si entre-temps un autre leader conservateur a succédé à Theresa May\u2026 fait face à un enjeu important, celui de tenir des élections libres, ce qui n\u2019a jamais eu lieu », et ce, dans un climat politique et social où les oppositions n\u2019ont guère eu les lieux et le climat nécessaires dans les 20 dernières années pour se structurer.« Il n\u2019y a pas de culture démocratique et pas de culture de parti », ajoute-t-elle.« Beaucoup d\u2019Algériens comprennent que c\u2019est maintenant que ça devient difficile.» Karim Akouche fait partie de ces esprits lucides, mais il croit aussi que c\u2019est le dialogue national qui, désormais, va réussir à faire sortir le pays de l\u2019impasse et des ornières de son passé.« Il faut provoquer le débat, partout et avec tout le monde, dit-il.La démocratie algérienne a de nombreux freins, et il faut oser en parler.La parole des anciens, même s\u2019ils n\u2019ont pas toujours raison, est considérée comme plus valable que celle des jeunes.Le code de la fa m i l l e o p p r i m e t o u j o u rs l e s femmes.Bouteflika n\u2019a pas osé l\u2019abolir.Or, il faut libérer la femme, parce qu\u2019il n\u2019est pas possible de construire un pays avec la moitié de son peuple.Il faut remplacer les réflexes par la réflexion et proposer des idées plutôt que d\u2019imposer des croyances.» Mardi soir à Alger, lors de la sixième marche des étudiants, l\u2019un d\u2019eux a dit à Djamel Chikh : « Se lancer dans un après sans avoir réussi à détrôner les détenteurs du pouvoir, c\u2019est comme s\u2019assurer que rien ne soit fait », relate-t-il.« On dit que la crise est constitutionnelle, mais elle est avant tout politique.Il faut refuser que la transition soit dirigée par l\u2019équipe laissée par Bouteflika», ajoute l\u2019universitaire en parlant lui aussi de l\u2019importance d\u2019un débat démocratique.Un message encore une fois porté par la rue vendredi, lors de la septième semaine de cette résistance populaire pacifique qui sait que le renouveau est désormais une certitude, mais doit rester alerte quant à l\u2019incertitude de la forme qu\u2019il pourrait prendre.MICHEL DAVID Se lancer dans un après sans avoir réussi à détrôner les détenteurs du pouvoir, c\u2019est comme s\u2019assurer que rien ne soit fait DJAMEL CHIKH » Quelqu\u2019un a-t-il envie de revivre le témoignage gênant de la famille Pineault-Caron, qui avait été traumatisée par son voyage au Maroc ?« Prier à quatre pattes à terre sur des p\u2019tits tapis, c\u2019est quoi c\u2019t\u2019affaire-là ?» Les Québécois veulent bien assumer leur laïcité, mais pas passer pour des épais.Le président Bouteflika a choisi d\u2019abdiquer et de quitter le pouvoir dans la disgrâce, sous les cris d\u2019une jeunesse souriante qui, depuis le 22 février dans les rues du pays, l\u2019invite à « dégager ».L\u2019histoire aurait pu se dérouler autrement, selon les experts.RYAD KRAMDI AGENCE FRANCE-PRESSE À moins d\u2019une semaine de la date formelle de sortie et devant son incapacité à convaincre les plus radicaux de son parti, la première ministre a dû se résoudre à ouvrir des pourparlers avec le chef de l\u2019opposition, Jeremy Corbyn.ISABEL INFANTES AGENCE FRANCE-PRESSE B 6 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 LES COURRIERS DU DEVOIR LeDevoir.com/infolettres Le meilleur de l\u2019information, dans votre boîte courriel.PETITES ANNONCES AVIS DE DÉCÈS DISCRIMINATION INTERDITE La Commission des droits de la personne du Québec rappelle que lorsqu'un logement est offert en location (ou sous-locat ion), toute personne disposée à payer le loyer et à respecter le bail doit être traitée en pleine égalité, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l'orientation sexuelle, l'état civil, l'âge du locataire ou de ses enfants, la religion, les convict ions pol i t iques, la langue, l'origine ethnique ou nationale, la condit ion sociale, le handicap ou l'utilisation d'un moyen pour pallier ce handicap.113 Ch.du Chenal Saint-Augustin-de- Desmaures Bord du Saint-Laurent Terrain à projet + de 15 000 pi2 avec propriété et descente à bateau.Évaluation terrain 305 000$, bâtiment 117 000$.Toute offre raisonnable considérée.418 878-4603 160 APPARTEMENTS ET LOGEMENTS À LOUER 101 PROPRIÉTÉS À VENDRE AHUNTSIC.Duplex.Grand 3 1/2.Demi s-sol.Idéal pour personne seule.(514) 389-2133 (514) 516-2133 NOUVEAU ROSEMONT Luxueux 4 1/2 Rénové, 1 càc + bureau.Secteur paisible.Métro Cadillac.Non-fum.Pas d'animaux.Libre.980$/ms.Rés.514 255-0347 CONDOS PARIS CENTRE Près métro et services.WIFI.Sem./mois À partir de 790 $.Location : 514-999-0546 paris.condo@sympatico.ca PARIS - Petit bijou d'appart sur la Butte Montmartre, au coeur de Paris.Paisible, ensoleillé, ascenseur.514-489-5955 appartement-montmartre.com PROVENCE Vallée du Rhône Maison tout équipée à Nyons.Terr.ensol.2 cc, 2 sdb.819-300-1330 www.bonnevisite.ca/nyons mariehalarie@gmail.com 160 APPARTEMENTS ET LOGEMENTS À LOUER 170 HORS FRONTIÈRES EUROPE À LOUER LIBRAIRIE Bonheur d'Occasion achète livres de qualités en tout genre.514 914-2142 www.bonheurdoccasion.com VOTRE ORDINATEUR B0GUE OU RALENTIT ?Mise à jour et réparation P.C., Mac et portables.20 ans d'experience.Service à domicile.514 573-7039 Julien 515 INFORMATIQUE ET BUREAUTIQUE 307 LIVRES ET DISQUES E N B R E F En Algérie, la rue maintient la pression malgré le départ de Bouteflika ALGER \u2013 Une foule immense a envahi le centre d\u2019Alger et les principales villes d\u2019Algérie pour le septième vendredi consécutif, le premier depuis le départ du président Abdelaziz Bouteflika, afin de manifester contre l\u2019implication de ses anciens fidèles dans la transition politique.Confronté à une contestation populaire déclenchée le 22 février et très affaibli depuis un AVC en 2013, M.Boute- flika, 82 ans, a démissionné mardi après 20 ans passés au pouvoir.L\u2019agence de presse officielle APS a recensé des manifestations dans 41 des 48 régions, rendant compte de façon des slogans très hostiles au pouvoir.«On ne pardonnera pas!», ont notamment scandé les manifestants, en référence à la lettre d\u2019adieu mercredi du chef de l\u2019État, dans laquelle il a demandé pardon aux Algériens.Agence France-Presse Brexit : May demande un report au 30 juin, Tusk suggère jusqu\u2019à un an LONDRES \u2014 La première ministre britannique, Theresa May, a demandé vendredi un report du Brexit jusqu\u2019au 30 juin pour tenter de surmonter la crise politique au Royaume-Uni.Dans une lettre envoyée au président du Conseil européen, Donald Tusk, Mme May remet sur le tapis la date du 30 juin, avec l\u2019engagement de lancer les préparatifs pour les élections européennes, du 23 au 26 mai\u2026 auxquelles elle espère pouvoir se dérober.De son côté, M.Tusk veut proposer que l\u2019UE accorde à Londres un report « flexible » allant jusqu\u2019à 12 mois, selon un haut responsable européen.Cela permettrait de fixer la nouvelle date butoir au 12 avril 2020, tout en laissant une porte de sortie au Royaume-Uni avant cette échéance.Agence France-Presse Des « cures » contre l\u2019homosexualité par l\u2019Église espagnole MADRID \u2014 L\u2019Église catholique espagnole a défendu vendredi un évêque dont le diocèse fait l\u2019objet d\u2019une enquête, après qu\u2019un journal eut rapporté que des «thérapies» y étaient organisées pour «soigner» l\u2019homosexualité.Le gouvernement de la région madrilène a indiqué mardi enquêter pour vérifier si le diocèse d\u2019Alcalá de Henares contrevenait à la loi réprimant l\u2019homophobie.Cette annonce a fait suite à la publication, le 1er avril, d\u2019un article d\u2019Eldiario.es dans lequel un journaliste s\u2019était fait passer pour un jeune gai essayant de changer d\u2019orientation sexuelle.Il a notamment assuré qu\u2019une présumée thérapeute lui avait conseillé d\u2019arrêter de regarder de la pornographie et de moins se masturber.Selon ce média, le diocèse propose ces «thérapies» depuis 2009.Agence France-Presse RYAD KRAMDI AGENCE FRANCE-PRESSE IMED LAMLOUM À TRIPOLI AGENCE FRANCE-PRESSE La communauté internationale a multiplié vendredi les appels à Khalifa Haftar pour que ses forces cessent leur offensive vers Tripoli, au moment où des combats au sud de la capitale libyenne avec le gouvernement de Fayez al-Sarraj font craindre un nouvel embrasement.Réunis en France, les ministres des Affaires étrangères des pays du G7 ont « exhorté » tous les acteurs à stopper « immédiatement » tous « les mouvements militaires vers Tripoli, qui entravent les perspectives du processus politique mené par les Nations unies ».Le Conseil de sécurité de l\u2019ONU, réuni en urgence, a quant à lui appelé plus directement l\u2019Armée nationale libyenne du maréchal Haftar, qui a entrepris de marcher vers la capitale, « à interrompre tous les mouvements militaires », selon l\u2019ambassadeur allemand Christoph Heusgen.Depuis la chute en 2011 du régime Kadhafi, la Libye est plongée dans le chaos avec la présence de nombreuses milices ainsi que deux autorités rivales qui se disputent le pouvoir : le Gouvernement d\u2019union nationale (GNA) dans l\u2019ouest et l\u2019Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar dans l\u2019est.Au lendemain d\u2019une rencontre à Tripoli avec le chef du Gouvernement d\u2019union nationale, Fayez al-Sarraj, le secrétaire général de l\u2019ONU, António Guterres, a rencontré à Benghazi le maréchal Haftar, avec l\u2019objectif, selon M.Guterres, d\u2019«éviter un affrontement militaire ».« Je quitte la Libye avec une profonde inquiétude et un cœur lourd», a-t-il déclaré à l\u2019aéroport, peu après sa rencontre avec le maréchal Haftar.La capitale en ligne de mire Jeudi, les pro-Haftar ont lancé une offensive pour prendre Tripoli et progressé en direction de la capitale.Mais vendredi avant l\u2019aube, ils ont été chassés après un « court accrochage » à un barrage à 27 km à l\u2019ouest de Tripoli, selon une source de sécurité.Des dizaines de combattants pro-Haftar ont été faits prisonniers.Selon un journaliste de l\u2019AFP sur place, M.Sarraj, accompagné de commandants militaires, s\u2019est rendu ensuite au barrage de sécurité, dans un convoi d\u2019une vingtaine de véhicules, dont des pick-up armés de canons antiaériens.Il a échangé avec les troupes avant de reprendre la route vers Tripoli.En fin de journée, de premiers combats significatifs ont éclaté entre les deux camps à une cinquantaine de kilomètres au sud de Tripoli.Des forces de l\u2019ANL ont pu progresser ensuite jusqu\u2019à l\u2019aéroport de Tripoli situé à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale et inutilisé depuis qu\u2019il a été détruit en 2014 par des combats.L\u2019ANL a réussi à prendre brièvement l\u2019aéroport, avant d\u2019en être chassée par les forces loyalistes, a indiqué le ministre de l\u2019Intérieur du GNA, Fathi Bachagha, à la télévision Libya al-Ahrar.«Les combats se déroulent actuellement dans la région de Gasr Ben Ghechir», au sud de l\u2019aéroport, a-t-il précisé.Le porte-parole de l\u2019ANL, Ahmad al- Mesmari, a fait état « d\u2019une importante avancée » vendredi, tout en reconnaissant le revers subi dans la matinée avec la perte du barrage de sécurité à l\u2019ouest de Tripoli où, selon lui, 128 combattants de l\u2019ANL ont été faits prisonniers.M.Mesmari a déploré par ailleurs cinq morts parmi les forces de l\u2019ANL depuis jeudi, faisant état d\u2019un autre front dans la région d\u2019Al-Azizia, à 50 km au sud- ouest de Tripoli.Jeudi, Khalifa Haftar a ordonné à ses forces d\u2019« avancer » en direction de Tripoli.Avant lui, le général Mesmari, avait annoncé mercredi cette offensive LIBYE Un convoi du gouvernement de Fayez al-Sarraj est vu près de Tripoli, jeudi, à la suite d\u2019affrontements à moins de 30 km de la ville.MAHMUD TURKIA AGENCE FRANCE- PRESSE pour « purger l\u2019Ouest » libyen « des terroristes et des mercenaires ».La force de protection de Tripoli, une coalition de milices fidèles au GNA, avait aussitôt annoncé une contre-offensive.La nouvelle escalade est intervenue avant une Conférence nationale sous l\u2019égide de l\u2019ONU prévue mi-avril à Ghadamès (sud-ouest), afin de dresser une « feuille de route » avec la tenue d\u2019élections pour tenter de sortir le pays de l\u2019impasse.Les combats près de Tripoli sèment l\u2019inquiétude à l\u2019international B 7 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 CAMPS D\u2019ÉTÉ CAMP DE ROBOTIQUE 7 à 14 ans Camp bilingue Camps d\u2019été 2019 Du 1er juillet au 16 août Choisir entre les 6 semaines LE CAMP DE CONSTRUCTION ULTIME CRÉER ?CONSTRUIRE ?PROGRAMMER INSCRIVEZ-VOUS MAINTENANT sur : robotcamp.net Collège Dawson \u2013 4001, boul.de Maisonneuve O., Montréal 514-813-6673 | info@roboticscamp.net Pour annoncer dans ce regroupement, communiquez avec le département de publicité au 514 985-3399 publicite@ledevoir.com Et pleurez maintenant R emplacera Obamacare ?Remplacera pas ?Fermera la frontière ?Fermera pas ?Finalement ça attendra.Un an : à ce mo- ment-là, on sera en élections.Or, la frénésie décisionnelle du président est directement liée au fait que le président a été blanchi, ainsi que l\u2019a affirmé le procureur général Bill Barr dans sa lettre résumant le rapport Mueller.Enfin, peut-être pas tant que ça\u2026 des enquêteurs avouent avoir été surpris des conclusions que Barr a tirées de leur travail.Les Américains aussi, puisqu\u2019ils sont 71 % à ne pas être convaincus dudit blanchiment.Au bout du compte, l\u2019absolution de Barr n\u2019a que peu d\u2019effet puisque le taux d\u2019approbation du président demeure à 43 %.Ce qui a changé, c\u2019est l\u2019atmosphère.Parce que le président (qui fait encore face à 17 enquêtes \u2014 de juridictions fédérales, fédérées, de commissions d\u2019enquête parlementaires et du contre-espionnage) estime qu\u2019il bénéficie d\u2019une légitimité accrue et dispose des clés de l\u2019ordre du jour médiatique.Et son discours égrène implicitement : Deux.Mille.Vingt.Lentement, assurément.Sur un tempo récurrent : sécurité frontalière, sécurité militaire, sécurité nationale.Militarisation de la frontière et détentions, augmentation des budgets militaires, désaveu des vieilles alliances qui ont fait leur preuve.Dire que le président fait des choix qui ne reposent pas sur une évaluation complète des options est un euphémisme.Il applique une politique de coopération là où la fermeté est déterminante, il choisit la confrontation là où la coopération est requise, la défense là où l\u2019aide au développement serait décisive.Ce faisant, il utilise un marteau au manche trop court et rate le clou : il omet de répondre à des situations dramatiques qui relèvent (vraiment) de l\u2019urgence nationale, qui touchent la sécurité intrinsèque du pays.Pour de multiples raisons, ces situations n\u2019atteignent pas le seuil critique qui devrait les placer à l\u2019avant-plan des préoccupations du public, des médias, du Bureau ovale.MICHAEL MATHES À WASHINGTON AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019ancien vice-président américain Joe Biden s\u2019est encore rapproché vendredi d\u2019une candidature à la Maison-Blanche, tentant de mettre derrière lui la polémique récente sur ses marques d\u2019affection jugées déplacées par plusieurs femmes.« Je suis très proche de prendre la décision de me présenter devant vous », a déclaré à la presse à Washington l\u2019ex- numéro deux de Barack Obama, qui a multiplié, ces dernières semaines, les signes annonciateurs d\u2019une candidature.«Même si j\u2019étais déjà certain d\u2019être candidat à la présidentielle à la dernière Action de grâce, mon intention a toujours été, si je me décidais, d\u2019être le dernier à l\u2019annoncer», a expliqué le vétéran de la politique, âgé de 76 ans.«Mon avocat m\u2019a dit de faire très attention à ce que je dis pour ne pas faire démarrer le compte à rebours et changer mon statut», a-t-il ajouté à l\u2019issue d\u2019un discours devant le Syndicat des électriciens.Les primaires démocrates, qui décideront du candidat officiel du parti, se concluront officiellement en juillet 2020.M.Biden devrait rejoindre une liste de prétendants déjà longue, avec 17 candidats déclarés pour affronter Donald Trump aux urnes en novembre 2020.Un candidat trop tactile ?Favori des électeurs démocrates dans les sondages, même s\u2019il ne s\u2019est pas officiellement lancé, il fait toutefois face depuis quelques jours à une controverse sur des gestes, comme des baisers ou des accolades, jugés trop appuyés par plusieurs femmes.Son équipe a dénoncé une campagne de «calomnies et de manipulation».Connu pour être volontiers tactile, surtout avec les femmes, il a promis d\u2019être «plus attentif» à l\u2019avenir, admettant que « les normes sociales ont changé» avec le mouvement #MeToo.M.Biden a indiqué vendredi qu\u2019il ne serait «pas surpris» si d\u2019autres accusations faisaient jour.Mais, a-t-il ajouté, «j\u2019ai été contacté par des centaines et des centaines de gens \u2014 que je ne connais pas \u2014 et qui ont dit tout le contraire».Cette affaire «va certainement changer» la façon dont il fera campagne, a-t-il admis.Devant les électriciens, il a ironisé sur la polémique en assurant avoir eu « la permission de faire l\u2019accolade » au président du syndicat.ÉTATS-UNIS Joe Biden, encore plus près d\u2019une candidature à la Maison-Blanche Même si j\u2019étais déjà certain d\u2019être candidat à la présidentielle à la dernière Action de grâce, mon intention a toujours été, si je me décidais, d\u2019être le dernier à l\u2019annoncer JOE BIDEN » Joe Biden fait face depuis quelques jours à une controverse sur des gestes, comme des baisers ou des accolades, jugés trop appuyés par plusieurs femmes.TASOS KATOPODIS AGENCE FRANCE-PRESSE ÉLISABETH VALLET Parmi ces urgences, il y en a deux, parmi tant d\u2019autres, qui représentent en politique interne américaine une véritable menace à la sécurité du pays.D\u2019un côté, la sécurité climatique : des plaines canadiennes aux confins des montagnes guatémaltèques, les agriculteurs sont victimes des changements climatiques de plein fouet.Ces mutations climatiques représentent le plus petit dénominateur commun de la vague actuelle de migration d\u2019Amérique centrale (un article récent du New Yorker fait état de cette tendance, qui pousse des populations autochtones traditionnellement peu mobiles vers le nord).C\u2019est aussi le climat qui est venu ajouter à des situations financières précaires dans le Mid-Ouest (en Iowa, au Missouri, au Nebraska et au Dakota du Sud) lorsque des crues soudaines ont détruit plusieurs récoltes stockées en attendant que les marchés prennent du mieux et que les guerres commerciales trouvent une issue.C\u2019est la combinaison du shutdown et des effets de l\u2019ouragan Michael de 2018 pour les producteurs d\u2019arachides, ou encore les gelées inattendues sur les pêchers en fleurs qui mettent les fermes de Géorgie à genoux.En cinq ans, les exploitations agricoles américaines ont ainsi perdu en moyenne la moitié de leur revenu net, parfois plus.Alors que les faillites se multiplient, des fermes familiales pourraient disparaître rapidement au profit de multinationales, restaurant l\u2019affermage aux dépens des consommateurs et de l\u2019économie locale.Ces profondes mutations du tissu social pourraient générer un effet boule de neige sur la stabilité économique et la sécurité alimentaire.D\u2019autre part, la sécurité médicale des Américains.Celle-ci est au cœur de la sécurité du pays.La crise des opioïdes en est le symptôme le plus évident et diminue l\u2019espérance de vie (la plus basse des pays du G7).Gallup et West Health ont établi qu\u2019en 2018, les Américains se sont endettés de 88 milliards de dollars pour se soigner, et que deux tiers des faillites sont liées à des factures médicales impayées.Le cas d\u2019Alec Smith, mort à 26 ans en 2017, faute de pouvoir continuer de bénéficier de l\u2019assurance médicale de sa mère et faute de moyens pour payer son insuline, est devenu emblématique de ce drame où il faut choisir entre nourriture et soins de santé.Mais cela va plus loin.Selon deux études récentes, l\u2019absence d\u2019accessibilité à un médecin et la prévalence du discours anti-establishment et de la méfiance envers les experts sont des facteurs de la résistance à la vaccination \u2014 une des plus graves menaces au monde aux côtés de l\u2019Ebola et des superbactéries, selon l\u2019OMS.Face à une éclosion de rougeole, qui a mené l\u2019État de Washington à déclarer l\u2019état d\u2019urgence, la vulnérabilité sanitaire des Américains est patente.Malgré tout, rien n\u2019est fait.73 % des décrets signés en grande pompe par le président sont des pétitions de principe, des doublons de programmes, et guère plus qu\u2019un autre show de boucane.Ceux que les véritables urgences ébranlent\u2026 il ne leur reste que les yeux pour pleurer.Dire que le président fait des choix qui ne reposent pas sur une évaluation complète des options est un euphémisme.Il applique une politique de coopération là où la fermeté est déterminante, il choisit la confrontation là où la coopération est requise, la défense là où l\u2019aide au développement serait décisive.Dans son discours, Joe Biden a longuement rappelé les racines ouvrières de sa famille, se demandant comment certains Américains étaient « devenus si élitistes».«Ce pays n\u2019a pas été construit par les banquiers de Wall Street, les p.- d.g.et les gestionnaires de fonds d\u2019investissement », a-t-il déclaré.L\u2019Amérique « a été construite par la grande classe moyenne américaine, et ceux qui ont forgé cette classe moyenne, ce sont les syndicats».Mais dans un tweet diffusé dès la fin de son intervention, Donald Trump a répondu avec ironie à M.Biden.«J\u2019ai employé des milliers d\u2019électriciens.Ils voteront pour moi!» a écrit sur Twitter l\u2019ancien magnat de l\u2019immobilier.M.Trump, qui briguera un second mandat, avait auparavant affirmé que M.Biden n\u2019était «pas une menace» pour sa réélection, évoquant le «mauvais bilan» du gouvernement Obama.«Je ne le vois pas comme une menace, je pense qu\u2019il n\u2019est une menace que pour lui- même», a-t-il prédit vendredi matin.«J\u2019aimerais que ce soit le cas, mais pour être honnête, je serai content avec n\u2019importe lequel» des candidats démocrates, a continué le président, visiblement sûr de lui. Le placement publicitaire de la présente campagne s\u2019inscrit dans le cadre de la Loi sur la qualité de l\u2019environnement (chapitre Q-2) et de la réglementation relative.Les journaux assujettis sont tenus de contribuer en espaces publicitaires à leur juste part.En mettant vos contenants à la récupération, vous leur assurez une deuxième vie, ici même, au Québec.Pour en savoir plus, visitez RECYC-QUEBEC.GOUV.QC.CA Recyclé ici grâce à vous B 9 LE DEVOIR D\u2019HISTOIRE LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 POLITIQUE tion de l\u2019édition et de la diffusion au sein de la fonction publique.Hyperactif, il cumule les rôles et se livre à un mélange des genres inédit, auquel on peut difficilement imaginer un équivalent aujourd\u2019hui.Dans cet ordre ou dans un autre, il pose un diagnostic sur les institutions dans ses recherches, il conseille les élus sur les réformes à entreprendre dans ses fonctions à l\u2019Assemblée, il commente leurs actions dans ses chroniques et dans ses nombreuses interventions médiatiques, avant d\u2019enseigner le tout à ses étudiants à la Faculté de droit.Il a servi ces institutions, certes, mais il n\u2019a jamais cherché à les idéaliser, bien au contraire.« Les institutions politiques, met-il en garde, peuvent être de simples et inutiles créations de l\u2019esprit si elles ne s\u2019appuient pas sur des réalités, et leur valeur correspond habituellement aux qualités des hommes qui les animent.» Ce souci de reconnaître le rôle prédominant des hommes et des femmes politiques dans le fonctionnement des institutions s\u2019explique, chez Bonenfant, par la confiance et par le respect qu\u2019il porte aux mécanismes de la démocratie représentative.Si les juges peuvent aider à imaginer des solutions ou à offrir des pistes de règlement des différends, c\u2019est aux législateurs qu\u2019il convient de choisir, à terme, la voie à adopter : « L\u2019avenir constitutionnel et politique d\u2019un pays ne doit pas dépendre de quelques juges, si savants, si honnêtes soient-ils, mais, en saine démocratie, il doit relever des hommes politiques qui représentent la population.» L\u2019attachement à l\u2019héritage Si Bonenfant travaille à moderniser la culture, la procédure, les pratiques démocratiques, il conserve néanmoins l\u2019aménagement fondamental : le parlementarisme.Les réformes plus ambitieuses de type présidentialistes ou, encore, l\u2019insertion de procédés de démocratie directe suscitent chez lui peu d\u2019enthousiasme.Il contribue efficacement à réduire à peau de chagrin la place des institutions monarchiques au Québec, notamment par la substitution du terme « Couronne » à celui d\u2019« État », par l\u2019abolition du Conseil législatif ou par le remplacement du discours du Trône par un discours d\u2019ouverture.Néanmoins, que ce soit par réalisme ou par conviction, il n\u2019est pas de ceux qui militent intensément pour l\u2019abolition de la monarchie.Il écrit : « [L]a meilleure façon de faire disparaître une institution désuète n\u2019est peut-être pas d\u2019adopter une mesure tapageuse qui la détruit, mais d\u2019en parler le plus possible.Les choses ne survivent pas aux mots.» La figure du Bonenfant progressiste et réformateur coexiste par ailleurs avec un attachement à l\u2019héritage, à l\u2019histoire, au passé.Il est un réformateur pour qui le changement doit avoir pour point de départ une bonne compréhension d\u2019un passé, lequel ne doit pas être idéalisé ou diabolisé.Son action ne s\u2019inscrit ni dans une perspective manichéenne ni dans une quelconque forme de table rase des institutions déjà en place.Il pense l\u2019évolution du système à l\u2019intérieur de celui-ci et, surtout, avec une expérience pratique qui l\u2019amène à donner priorité aux solutions réalistes et équilibrées.Il le fait avec humanisme et optimisme.Il assume ses convictions catholiques, et ce, avant, pendant et après la Révolution tranquille.Il s\u2019intéresse aussi à plusieurs figures historiques du conservatisme québécois, notamment Thomas Chapais et, surtout, George-Étienne Cartier, ce réformiste conservateur pour lequel il cache mal son admiration.En début de carrière, il travaille au cabinet du premier ministre Maurice Duplessis dans ce qui sera son seul engagement partisan.Il s\u2019agit alors du premier mandat de l\u2019Union nationale, celui qui suit le règne de Taschereau.Le tout ne durera que quelques années et ne l\u2019empêchera pas de saluer plus tard les décisions rendues par la Cour suprême à l\u2019encontre de certaines actions de Maurice Duplessis.Nommé à la Bibliothèque lors du retour au pouvoir des libéraux de God- bout en 1939, Bonenfant ne réintégrera jamais ses fonctions politiques lorsque, près d\u2019un an avant la fin de la guerre, l\u2019Union nationale s\u2019installera Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés d\u2019histoire le défi de décrypter un thème d\u2019actualité à partir d\u2019une comparaison avec un événement ou un personnage historique.Patrick Taillon Professeur à la Faculté de droit de l\u2019Université Laval Amélie Binette Candidate au doctorat aux universités Laval et d\u2019Orléans Guy Laforest Directeur général de l\u2019École d\u2019administration publique D i r e c t e u r de la bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale, enseignant à l\u2019Université Laval, chercheur, journaliste et chroniqueur, conseiller auprès des élus, Jean-Charles Bonenfant a influencé des générations d\u2019étudiants et de parlementaires, de toutes tendances.Par ses écrits et ses interventions, en public comme en coulisses, il a contribué à une meilleure compréhension de nos institutions ainsi qu\u2019à leur modernisation.Bonenfant a éveillé un large public à l\u2019éducation à la citoyenneté, et ce, durant une période charnière, jalonnée par la fin des années Duplessis, par la Révolution tranquille, par le centenaire de la Confédération et par les grandes tentatives de réforme constitutionnelle.À sa façon, il a élaboré une conception québécoise du fédéralisme pendant près de trois décennies de réflexion (1950, 1960 et 1970) en valorisant une approche réaliste, équilibrée et dualiste, tant des personnes que des institutions à l\u2019origine de l\u2019Union de 1867.Mais surtout, il aura été l\u2019artisan de premier plan de plusieurs réformes, notamment celle du droit parlementaire québécois à la fin des années 1960.«Québéciser » le parlementarisme Toute sa vie, Bonenfant a contribué à redonner du lustre aux institutions politiques.Ses travaux sur le fonctionnement de la démocratie représentative permettent de prendre la mesure du « réformateur » qu\u2019il pouvait être.C\u2019est également sur ce front que son influence s\u2019est fait le plus sentir.Avec d\u2019autres, il a, en quelque sorte, participé à une « québécisation » du parlementarisme de Westminster.Au détour de ce mouvement de modernisation que fut la Révolution tranquille, il travaille en arrière-plan au développement d\u2019un parlementarisme distinct de celui pratiqué à Londres ou à Ottawa.Il déplore que l\u2019Assemblée législative soit demeurée « une parfaite réplique, avec ses traits essentiels aussi bien que son folklore», du Parlement de Westminster.Il propose avec succès la suppression des accessoires désuets, dont le tricorne, la toge ou les gants blancs, de manière à mettre fin à ce qu\u2019il appelait la « liturgie parlementaire », c\u2019est-à-dire un cérémonial hérité de l\u2019expérience coloniale britannique et de la forme monarchique des institutions.Il fait également la promotion de la télédiffusion des débats parlementaires et d\u2019une profonde actualisation des titres des principaux acteurs de la vie parlementaire, dont celui d\u2019orateur, modifié au profit de celui de président de l\u2019Assemblée.En 1968, l\u2019Assemblée législative de la province de Québec est rebaptisée l\u2019« Assemblée nationale ».Puis, en 1973, son Règlement d\u2019environ 812 articles n\u2019en compte plus que 179.Autant de changements qui ont permis au Québec de moderniser son Parlement et d\u2019y développer ses propres traditions, ses particularités, son vocabulaire et ses symboles.Bonenfant défend, du même coup, l\u2019accessibilité et la démocratisation des institutions, notamment par la mise en valeur du rôle du Protecteur du citoyen (Ombudsman), par une rédaction législative et réglementaire plus claire, plus lisible et mieux traduite ou, encore, par une centralisa- Hyperactif, Jean-Charles Bonenfant pose un diagnostic sur les institutions dans ses recherches, conseille les élus sur les réformes à entreprendre à l\u2019Assemblée, en plus de commenter leurs actions dans de nombreuses interventions médiatiques.ILLUSTRATION TIFFET au pouvoir pour ce qui reste, encore aujourd\u2019hui, le plus long règne au Québec (1944-1960).Le style Bonenfant Désireux d\u2019informer, d\u2019accompagner et d\u2019éclairer, Bonenfant a su cultiver un sens de la nuance et de la mesure qui a forgé sa réputation et son influence.Certes, il est conscient de l\u2019importance des élites, mais il aspire surtout à former « une classe moyenne intellectuelle » qui, un peu à son image, aurait des intérêts variés.En 1977, quelques mois avant son décès, il écrit: «[L]a forme moderne essentielle de la charité, c\u2019est de faire connaître aux gens leurs droits.» Ses fonctions à la bibliothèque du Parlement l\u2019amènent à cultiver son devoir de réserve.Dans cet esprit non partisan, il trouve un ton, une modération, une manière d\u2019établir sinon la « vérité des faits », du moins la vérité d\u2019un homme affranchi des partis et des idéologies.Peu enclines à une lecture «émotive» ou idéologique de nos institutions, son œuvre et ses pensées les plus critiques sont tournées vers l\u2019essentiel.Elles ont l\u2019avantage de reposer sur du solide et de viser des problèmes profonds, et donc souvent irrésolus.Ses travaux d\u2019historien des idées et du fédéralisme lui ont, à cet égard, permis de toucher à des sujets brûlants d\u2019actualité, mais avec un recul qui l\u2019éloignait quelque peu des questions partisanes.Pour tout dire, Bonenfant a toujours su faire preuve de « décentrement », qualité que l\u2019on retrouve fréquemment chez les meilleurs comparatistes et chez les historiens.Combiné à son souci de sincérité, d\u2019intégrité et de véracité, il y a, chez Bonenfant, un ton, un style et une approche qui expliquent en grande partie pourquoi l\u2019œuvre qu\u2019il a forgée il y a plus ou moins un demi-siè- cle est encore pertinente aujourd\u2019hui.Les auteurs sont commissaires de l\u2019exposition Jean-Charles Bonenfant et l\u2019esprit des institutions, présentée à la bibliothèque de l\u2019Université Laval jusqu\u2019au 24 mai 2019.Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël à dnoel@ledevoir.com.Jean-Charles Bonenfant, le réformateur du parlementarisme québécois Le penseur a fait se réduire comme une peau de chagrin la place des institutions monarchiques au Québec Patrick Taillon Guy Laforest Amélie Binette LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin SIMON POIRIER Musicien et ancien membre des Petits Chanteurs du Mont-Royal (PCMR) La décision unilatérale prise par la Commission scolaire de Montréal, et rendue publique le 26 mars dernier dans les pages du Devoir, de mettre fin à son entente historique avec la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal est pour le moins révoltante.Afin de marquer un point dans le débat sur le financement public de l\u2019école privée, madame Harel Bourdon condamne à mort une institution phare du paysage culturel québécois et de la société civile dans son ensemble.Cette entente à laquelle la CSDM vient de mettre un terme permettait certes aux membres de la Maîtrise de fréquenter le collège Notre- Dame sans avoir à en payer les frais de scolarité, mais elle ne constituait pas un privilège gratuit et dénué de sens.Il s\u2019agissait d\u2019une mesure qui assurait le bon fonctionnement des activités de la Maîtrise et, partant, sa pérennité.Les activités des Petits Chanteurs transcendent la scolarité classique, puisqu\u2019elles regroupent des jeunes de tous âges.Le chœur a besoin de tous ses groupes vocaux (sopranos, altos, ténors et basses) pour fonctionner, et ceux-ci sont constitués de garçons âgés de 8 à 17 ans.Les répétitions prennent place dans l\u2019édifice des PCMR, situé au pied de l\u2019oratoire Saint-Joseph, à cinq minutes à pied du collège Notre- Dame.Cette proximité permet donc d\u2019arrimer les activités scolaires aux activités musicales.C\u2019est grâce à cela que les répétitions peuvent avoir lieu seulement quinze minutes après la fin des classes ; ou qu\u2019un cours de théorie musicale peut être donné sur l\u2019heure du midi ; ou que nombre de célébrations liturgiques en semaine peuvent se dérouler avec la participation des choristes.Vue sous cet angle, la proposition de Mme Harel Bourdon de substituer à la formation des PCMR un programme de chant choral dans l\u2019une des écoles secondaires de la CSDM manifeste sa profonde méconnaissance des spécificités éducatives de la Maîtrise, tout comme elle révèle son indifférence quant à la contribution des PCMR au paysage culturel québécois.Ironiquement, en mettant fin à son entente avec les PCMR, la CSDM engendrerait l\u2019élitisme qu\u2019elle prétend combattre, en ne rendant la Maîtrise accessible qu\u2019à une minorité fortunée.À cette heure, la formation artistique de haut niveau offerte par les Petits Chanteurs, sans doute la meilleure au Québec pour les niveaux précollégial et préuniversitaire, est accessible à tous, toutes situations socioéconomiques confondues, les admissions n\u2019étant faites que sur la base du talent et, surtout, de l\u2019effort.Mme Harel-Bourdon plaide pour un système éducatif plus inclusif, mais il semble que ce soit précisément l\u2019entreprise contraire qu\u2019elle s\u2019acharne à mener.Que l\u2019on soit pour ou contre le financement public de l\u2019école privée, là n\u2019est pas la question.Il importe plutôt de juger la présente décision dans le contexte plus large d\u2019une démarche ayant pour but de «promouvoir et valoriser l\u2019école publique», comme l\u2019énonce la CSDM.Malheureusement, dans les faits, la fin de cette entente ne signifie rien de plus ou de mieux pour le système public ; elle signifie uniquement une perte dangereuse pour les Petits Chanteurs.Ce n\u2019est pas en s\u2019en prenant à un projet particulier, qui de surcroît contribue de manière singulière à la collectivité, que l\u2019important problème des inégalités socioécono- miques et éducatives du système public sera réglé ou atténué.Le geste est uniquement destructeur.La décision de la CSDM est incompréhensible.Au nom de tous les présents signataires de cette lettre, je demande à la présidente de la Commission scolaire de Montréal de reconsidérer sa décision et de s\u2019engager à favoriser le rayonnement de la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal.Ce texte est cosigné par une centaine d\u2019anciens élèves du collège Notre- Dame et des Petits Chanteurs du Mont-Royal.Taxis réformés : et les usagers, eux ?Dédommager les chauffeurs de taxi à qui on apprend froidement que leur permis ne vaut plus rien, c\u2019est la moindre des choses, et une compensation raisonnable n\u2019est pas celle proposée par le ministre Bonnardel, qui les condamne à la misère noire et, possiblement, on l\u2019a vu récemment, à poser des gestes désespérés.Mais est-ce que quelqu\u2019un au gouvernement du Québec pense aux usagers, et particulièrement aux personnes âgées qui prennent le taxi au moins à l\u2019occasion et qui n\u2019ont pas les moyens de payer les tarifs exponentiels facturés par les chauffeurs d\u2019Uber et les autres vautours du même acabit ?Sûrement pas le ministre Bonnardel ni même le premier ministre Legault, qui se mettent carrément à genoux devant ces entreprises.Aucune pitié pour les gens peu fortunés qui doivent prendre un taxi aux heures ordinaires ou achalandées (notion très élastique): qu\u2019ils marchent, prennent un transport en commun \u2014 parfois inexistant et très souvent en panne \u2014 ou qu\u2019ils restent chez eux! Car facturer trois fois plus que maintenant pour une course en taxi, on appelle cela du banditisme légalisé.Pierre Whissel Boucherville, le 4 avril 2019 Un unilinguisme gênant ! L\u2019ex-procureure générale et ancienne ministre de la Justice du Canada, Jody Wilson-Raybould, qui vient d\u2019être expulsée du caucus libéral par Justin Trudeau, accomplissait ses tâches en utilisant qu\u2019une seule des deux langues officielles du Canada, soit l\u2019anglais évidemment.Elle était et demeure en- De la nécessité des Petits Chanteurs du Mont-Royal LIBRE OPINION LETTRES LOCK-OUT CHEZ ABI Le gros bout du bâton ody Wilson-Raybould se plaint sur toutes les tribunes d\u2019avoir été victime de pressions et d\u2019ingérence indue du premier ministre Justin Trudeau et de son entourage dans l\u2019affaire SNC-Lavalin.L\u2019ex-ministre de la Justice et procureure générale a semble-t-il joué le même jeu cynique.Plusieurs médias, dont Le Devoir, ont appris que Mme Wilson-Raybould aurait tenté de marchander sa réintégration pacifique au sein du caucus libéral à cinq conditions, dont celle que M.Trudeau ordonne au nouveau ministre de la Justice, David Lametti, de ne pas conclure d\u2019accord de réparation avec SNC-Lavalin.La principale intéressée a nié les faits, contrairement au premier ministre.Les anciens collègues de Mme Wilson-Raybould, expulsée du caucus mardi, ont bien raison d\u2019être outrés.Le ministre des Transports, Marc Garneau, a soulevé les contradictions de Mme Wilson-Raybould.Celle-ci argumente depuis deux semaines qu\u2019il ne devrait jamais y avoir d\u2019influence sur le procureur général, alors qu\u2019elle aurait elle-même tenté de l\u2019influencer, bien que ce soit indirectement, dans le cadre de négociations purement intéressées visant à l\u2019avancement de sa carrière politique.Selon cette logique, faudrait-il que le nouveau ministre maintienne l\u2019ensemble des décisions prises par l\u2019ancienne ?Son héritage politique, aussi ténu soit-il, devrait-il être érigé en monument intouchable ?Ces nouvelles révélations jettent un autre éclairage sur la conduite de Jody Wilson-Raybould.Son comportement démontre qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule vérité qui compte dans cette affaire embrouillée entourant le sort de SNC-Lavalin : la sienne.Et que penser des autres conditions posées par la députée ?Pour rentrer dans le rang, elle exigeait des excuses publiques de Justin Trudeau, le renvoi de deux de ses conseillers politiques (Gérald Butts et Mathieu Bou- chard) et celui du greffier du Conseil privé (Michael Wernick).Aussi bien dire qu\u2019elle a voulu s\u2019approprier des pouvoirs du premier ministre dans un chantage qui a presque réussi.Ce feuilleton est lassant, et il est grand temps d\u2019en venir à l\u2019essentiel.Le Commissariat fédéral aux conflits d\u2019intérêts et à l\u2019éthique devra trancher les allégations d\u2019ingérence du cabinet de Justin Trudeau.Il faudra bien qu\u2019on sache un jour pourquoi on refuse à SNC-Lavalin un accord de réparation sans lequel l\u2019avenir de son siège social au Québec sera compromis.Ces deux enjeux sont plus importants que les distractions offertes par Mme Wilson-Raybould.JODY WILSON-RAYBOULD Entre l\u2019ingérence et la distraction undi, après une rencontre avec les dirigeants d\u2019Alcoa et une autre avec Daniel Boyer, de la FTQ, et Dominic Le- mieux, des Métallos, François Legault a déclaré que le syndicat, qui représente les quelque 1000 employés en lock-out de l\u2019aluminerie ABI à Bécancour, n\u2019était « pas raisonnable ».Le lendemain, devant les journalistes parlementaires, le premier ministre en a remis une couche.« Quand on voit un syndicat qui en demande trop, le risque est de perdre des emplois à 92 000 $ par année », a-t-il affirmé, signalant que le syndicat exigeait 10 000 heures de libérations syndicales payées et une trop lourde contribution de l\u2019employeur au régime de retraite.Mentionnons d\u2019emblée que les salaires n\u2019étaient pas un enjeu dans ces négociations et que la question très secondaire des libérations syndicales ne peut les avoir fait échouer.De mémoire d\u2019homme, c\u2019est la première fois qu\u2019un premier ministre québécois prend fait et cause publiquement pour une des deux parties dans un conflit de travail privé.Depuis Maurice Duplessis, s\u2019entend.Lorsqu\u2019un ministre du Travail, et à plus forte raison, un premier ministre, s\u2019exprime sur un conflit de travail dans le secteur privé, c\u2019est toujours pour appeler les parties à s\u2019entendre et non pas pour défendre la position du syndicat ou celle de l\u2019employeur.Et pour cause : en matière de conventions collectives, le droit du travail québécois est fondé sur la négociation de bonne foi et sur un certain équilibre des forces.C\u2019est pourquoi il est pour le moins surprenant que le premier ministre ca- quiste décide de jouer dans cet équilibre.Et ce n\u2019est pas que François Le- gault soit antisyndicaliste.Rien dans son parcours politique ni dans son passé de dirigeant d\u2019Air Transat, une entreprise respectueuse de ses employés syndiqués, ne pointe en ce sens.Rappelons qu\u2019en janvier 2018, Alcoa avait surpris les Métallos en décrétant un lock-out à son aluminerie de Bécancour après que les syndiqués eurent rejeté une offre dite définitive.Croyant être en mesure de poursuivre les négociations, le syndicat, bien qu\u2019il eût obtenu un mandat de grève, n\u2019envisageait même pas de dégainer cette arme.Il avait fait certaines concessions, notamment en acceptant d\u2019abandonner un régime de retraite à prestations déterminées dont le risque financier est assumé par l\u2019employeur pour un régime à financement salarial où ce risque repose sur les épaules des travailleurs.La hauteur de la contribution de l\u2019employeur posait problème, mais le différend n\u2019était pas jugé insurmontable.On doit sans doute s\u2019en mordre les doigts, puisque 15 mois plus tard, Alcoa est revenue avec une nouvelle offre pire que la première, en exigeant d\u2019autres concessions, qui touchaient notamment le recours à la sous-traitance et à l\u2019organisation du travail.Une offre que les syndiqués ont rejetée massivement.Par la suite, la contre-offre syndicale fut prestement rejetée par Alcoa.Au préalable, le ministre du Travail, Jean Boulet, avait multiplié les séances de médiation, appelant même Lucien Bouchard à la rescousse.Il faut dire que les travailleurs jouent de malchance.Les marchés de l\u2019aluminium vont mal, et les tarifs insensés imposés par Donald Trump pénalisent les alumineries québécoises.Dans ce contexte, Alcoa ne semble aucunement pressée de redémarrer ABI.En prenant le parti d\u2019Alcoa, François Legault a sûrement une idée derrière la tête.Tant qu\u2019à innover, innovons : d\u2019ici 10 à 15 jours, Jean Boulet présentera une « hypothèse de règlement » à prendre ou à laisser par les parties, du jamais vu pour un ministre du Travail.Le premier ministre prépare peut- être le terrain pour que ce règlement soit accepté par les syndiqués et par Alcoa, qu\u2019il aura flattée dans le bon sens du poil.Reste à voir si son incongru parti pris donnera des résultats.J ÉDITORIAL B 10 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu core unilingue anglaise, il va de soi.C\u2019était et ça demeure inacceptable.Juste pour cette raison, elle ne méritait pas de demeurer en poste.Et malheureusement, il se trouve d\u2019autres hauts gradés unilingues anglais du gouvernement canadien.Au moins, Mélanie Joly parle les deux langues couramment.Et voilà bien le propre des francophones du Québec qui se retrouvent au Parlement: ils et elles s\u2019expriment pour la plupart dans les deux langues.Serions-nous presque les seuls à respecter nos semblables d\u2019un océan à l\u2019autre?Et quand avez-vous entendu la dernière fois un Québécois dire à un touriste ontarien de passage au Québec: «Désolé, je ne parle pas anglais»?Plutôt rarissime, n\u2019est-ce pas! Mais un touriste québécois de passage en Ontario se fera dire à qui mieux mieux: «Sorry I don\u2019t speak french.» Quand on y pense le moindrement: ça fait un peu pitié, et c\u2019est vraiment gênant à constater! Yvan Giguère Saguenay, le 4 avril 2019 ROBERT DUTRISAC BRIAN MYLES L B 11 IDÉES LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.L\u2019ouragan Kenney L \u2019élection albertaine qui aura lieu dans dix jours arrive à un moment où la province s\u2019interroge plus que jamais sur sa place au sein de la fédération canadienne.Le sentiment d\u2019aliénation des Albertains a connu des hauts et des bas depuis 1905, l\u2019année d\u2019entrée de la province dans la fédération canadienne.Il a atteint un sommet lorsque l\u2019ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau a imposé un prix de pétrole « made in Canada » au début des années 1980, privant ainsi la province de milliards de dollars en revenus potentiels.Toutefois, l\u2019indignation qu\u2019avait suscitée le Programme énergétique national de Pierre Trudeau semble bien timide par rapport à la colère que les Albertains ressentent maintenant envers le gouvernement de Trudeau fils.Lors du débat des chefs de jeudi soir, le chef du Parti conservateur uni, Jason Kenney, a ainsi fustigé sans cesse la première ministre néodémocrate Rachel Notley pour avoir conclu « une alliance » avec le premier ministre fédéral Justin Trudeau.Cette alliance, informelle faut-il le dire, visait à obtenir l\u2019appui du gouvernement fédéral pour la construction d\u2019un nouvel oléoduc en échange de l\u2019adoption par l\u2019Alberta d\u2019un programme musclé de plafonnement des émissions de gaz à effet de serre.Mme Notley avait ainsi promis de limiter les émissions provenant des sables bitumineux et d\u2019imposer une taxe sur le carbone.On connaît la suite.Le gouvernement de M.Trudeau a approuvé l\u2019expansion du pipeline Trans Mountain vers la côte ouest de la Colombie-Britannique.Il est même devenu le propriétaire de l\u2019oléoduc existant lorsque la compagnie Kinder Morgan a menacé d\u2019abandonner son projet d\u2019expansion à cause de l\u2019incertitude politique qui l\u2019entourait.Mais devant l\u2019opposition des Premières Nations et du gouvernement de la Colombie-Britannique, M.Trudeau peine encore à faire avancer le projet.Les Albertains se sentent trahis.D\u2019autant plus que leur plan B \u2014 le projet d\u2019oléoduc Énergie Est \u2014 est tombé à l\u2019eau à cause (aux yeux des Albertains) de l\u2019opposition exprimée au Québec.« Les Albertains sont maintenant les moins susceptibles parmi tous les Canadiens de dire que leur province reçoit le respect qu\u2019elle mérite, ou qu\u2019elle reçoit sa juste part des dépenses du gouvernement fédéral pour différents programmes et transferts », a constaté la maison de sondage Environics dans le cadre d\u2019un vaste sondage sur le fédéralisme canadien dévoilé le mois dernier.Selon l\u2019étude de En- vironics, qui a consulté plus de 5000 Canadiens en début d\u2019année, 68 % des Albertains ont déclaré que leur province ne reçoit pas sa juste part des dépenses fédérales.Cette proportion est de seulement 34 % chez les Québécois.Le premier ministre du Québec, François Legault, a exacerbé la colère des Albertains en disant l\u2019automne dernier ne vouloir rien savoir de « l\u2019énergie sale » de leur province.Si le Québec avait été déjà perçu en Alberta comme le cancre de la fédération, découlant de sa dépendance aux paiements de péréquation, le commentaire de M.Legault a enfoncé le clou davantage.M.Kenney, qui cherchait justement à exploiter à des fins politiques cette colère des Albertains, ne pouvait pas demander mieux.Lors du débat de jeudi, il a réitéré sa menace, s\u2019il est élu, de tenir un référendum demandant aux Albertains s\u2019ils veulent retirer le principe de la péréquation de la Constitution canadienne.Une victoire du Oui, avec une majorité claire pour cette proposition, placerait Ottawa dans l\u2019obligation de négocier une réforme du programme fédéral qui enverra plus de 13 milliards de dollars au Québec cette année, en suivant les critères établis par la Cour suprême du Canada dans le renvoi relatif à la sécession du Québec de 1998.La plupart des experts qualifient l\u2019hypothèse de M.Ken- ney de fantaisiste.Mais ce dernier \u2014 qui a passé presque deux décennies aux côtés de Stephen Harper à Ottawa et fut un ministre clé dans son gouvernement de 2006 à 2015 \u2014 demeure un politicien rusé que l\u2019on ne doit pas sous-estimer.C\u2019est aussi un batailleur qui ne rêve qu\u2019à en découdre avec Justin Trudeau.Bien sûr, M.Kenney doit d\u2019abord gagner les élections du 16 avril.Et la campagne qu\u2019il a jusqu\u2019ici menée a été semée d\u2019embûches.Son nouveau parti, produit d\u2019une fusion en 2017 du Parti progressiste conservateur (centre droit) et du Wild Rose (incarnant la droite populiste), a dû expulser quelques candidats pour des propos controversés.La décision de M.Kenney de garder un candidat qui avait par le passé mis l\u2019homosexualité et la pédophilie dans le même panier continue de le hanter, même si le candidat en question s\u2019en était récemment excusé.M.Kenney fait aussi face à une enquête du directeur des élections de la province concernant des allégations selon lesquelles il aurait comploté avec un rival lors de la course à la chefferie de son parti.L\u2019avance dans les sondages du Parti conservateur uni s\u2019est beaucoup rétrécie depuis le début de la campagne.Mais à moins d\u2019autres bavures importantes de sa part, M.Kenney deviendra sans doute premier ministre de sa province après le 16 avril.Le Québec aura ainsi été prévenu.Martin Imbleau Vice-président principal chez Énergir, avocat et auteur d\u2019ouvrages sur les droits de la personne, le Rwanda et la liberté d\u2019expression Entre 1990 et 1994, une tapisserie gé- nocidaire d\u2019une envergure nationale et établissant les prérequis meurtriers fut tissée fil par fil.En fin de compte, en avril 1994, une simple maille sur laquelle tirer fut nécessaire pour déclencher un génocide où non seulement le gouvernement, ses officiers et ses milices ont agi comme bourreaux en chef, mais où des milliers de personnes, des voisins des collines, ont soulevé et laissé retomber la machette.La propagande systématique a rendu possible qu\u2019un appel de la radio à se débarrasser des cancrelats, à couper les tendons d\u2019Achille des Tutsis pour les rabaisser à la bonne hauteur soit entendu et suivi.En quelques heures, des barrages ont été érigés et les Tutsis furent traqués et systématiquement éliminés.Dans un pays plus petit que l\u2019Ou- taouais, mais avec une population comme celle du Québec en entier, en 100 jours, 800 000 Tutsis, soit l\u2019équivalent de la totalité des gens de la grande région de Québec, ont été abattus.La recette propagandiste inspirée de la Shoah et l\u2019ostracisme systématique de la minorité furent suivis méthodiquement pendant des années.Et cette fois encore, les signes avant-coureurs de la propagande extrémiste étaient clairs, connus, et décriés.Nous avons détourné le regard.Depuis l\u2019indépendance du Rwanda, plusieurs vagues de répression des gouvernements hutus ont incité des Tutsis à se réfugier dans les pays limitrophes, dont en Ouganda.C\u2019est de là que les exilés de l\u2019époque et les descendants des plus âgés déclenchèrent l\u2019offensive du Front patriotique rwandais (FPR) en 1990.À partir de là, les événe- ments et préparatifs génocidaires des extrémistes hutus s\u2019accélérèrent.La propagande anti-Tutsis déjà maîtrisée est alors devenue omniprésente.La station de Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), connue comme Radio Machette, est devenue un battement de tambour appelant à prendre des mesures contre l\u2019ennemi inkotanyi (infiltré) de l\u2019Ouganda et les inyenzis (cafards).Ses émissions accusaient les Tutsis d\u2019être des parasites comploteurs.Elles ressassaient la vieille domination tutsie et entretenaient une peur d\u2019une insurrection armée tutsie qui mobilisait la population.Les messages transmis, parfois ambigus ou offensants, mais souvent carrément directifs envers les Tutsis, pouvaient être pris au pied de la lettre.Des ordres donnés pendant les émissions furent donc suivis.Un appel à prendre les armes contre ces infiltrés était destiné à prendre les armes contre tous les Tutsis.La radio nommait également des personnes qu\u2019elle accusait faussement d\u2019être membres du FPR, conduisant à leur assassinat.Elle alléguait faussement un plan d\u2019assassiner des dirigeants hutus, provoquant l\u2019assassinat de centaines de civils tutsis.Pendant le génocide, la RTLM est devenue quasi l\u2019unique source d\u2019informations au pays, mais également la voix de l\u2019autorité.Les Rwandais écoutaient partout la station, y compris aux barrages routiers lors des massacres.La propagande raciste doit être punie parce qu\u2019elle fonctionne.Le génocide est un crime si grave que l\u2019incitation à y participer doit être punie.Si la mort du président Habyarimana a été le déclencheur des massacres, la propagande fut la main tenant la machette.Un lien clair existait entre la diffusion des noms de Tutsis et les actes de génocide qui ont suivi.Preuve de l\u2019influence de la RTLM, le colonel Bagosora, qui assuma le leadership militaire du pays après l\u2019écrasement de l\u2019avion du président, s\u2019est opposé à ce que la première ministre, une Tutsie, Mme Uwilingiyi- mana, fasse un appel au calme.La propagande a également miné la perception des Rwandais quant à l\u2019ONU, et la radio a même lancé un appel à attaquer les soldats de la paix, y compris le général Dallaire.La première ministre fut assassinée dès le lendemain de l\u2019écrasement du président, en compagnie de dix Casques bleus belges qui la protégeaient.Ces meurtres d\u2019Occidentaux précipitèrent le retrait du contingent des Casques bleus, laissant sur place moins de 300 d\u2019entre eux.Je réalise qu\u2019il y a le même laps de temps entre la fin de la Shoah et ma naissance qu\u2019entre 1994 et aujourd\u2019hui.Ce quart de siècle, pour moi qui ai étudié l\u2019après-génocide au Rwanda, est passé comme un éclair même si la tragédie rwandaise demeure vive en mémoire.La Shoah, sur laquelle j\u2019ai aussi écrit, paraît pour moi comme un événement plus lointain.Cette même distance perceptuelle s\u2019installe chez la génération grandissante pour qui le génocide des Tutsis est une simple référence historique.Le temps qui file nous distancie des faits, efface peu à peu la mémoire vive et transforme l\u2019événement en référence et simples statistiques.Dans les prochains jours, efforçons- nous à réfléchir à 1994, au Rwanda et à l\u2019impact des gestes haineux et de la propagande, précurseurs des atrocités.Le génocide est le plus abject des crimes, il nous atteint tous.Les paroles et gestes qui y mènent ne doivent jamais être tolérés.25E ANNIVERSAIRE DU GÉNOCIDE AU RWANDA Une propagande trop efficace L\u2019endoctrinement raciste doit être puni parce qu\u2019il fonctionne, le génocide est un crime si grave que l\u2019incitation à y participer doit être condamnée Alexis Rapin Chercheur en résidence à l\u2019Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul- Dandurand (UQAM) Peu probantes, les conclusions de l\u2019enquête Mueller viennent éclipser les actions de désinformation et de piratage réellement entreprises par la Russie durant l\u2019élection américaine de 2016.«On vous l\u2019avait bien dit», clament désormais en chœur les sceptiques de la première heure.Après deux ans d\u2019investigation, l\u2019enquête du procureur spécial Robert Mueller sur la campagne présidentielle américaine de 2016 a livré ses conclusions: aucune preuve de collusion entre l\u2019équipe Trump et le gouvernement russe n\u2019a été trouvée.S\u2019il s\u2019agit là d\u2019une importante victoire symbolique pour le président américain, tout indique qu\u2019une confusion sur l\u2019enjeu de l\u2019ingérence russe s\u2019instaure désormais dans le débat public, aux États-Unis et ailleurs.Dans un sondage publié quelques jours après les conclusions de l\u2019équipe Mueller, le Washington Post observait que 31% des citoyens américains considèrent désormais que la Russie n\u2019a aucunement tenté d\u2019influencer l\u2019élection présidentielle de 2016.Seulement, «collusion » n\u2019est pas « ingérence », et l\u2019absence de preuves quant à la première risque désormais de faire oublier l\u2019existence indéniable de la seconde.Comme l\u2019ont montré les données publiées en 2017 par Facebook, Twitter et d\u2019autres compagnies de la Silicon Valley, l\u2019« usine à trolls » russe connue sous le nom d\u2019Internet Research Agency a déversé en 2016 des dizaines de milliers de contenus politiques fallacieux ou orientés sur les réseaux sociaux.Rien que sur Facebook, ces publications ont été partagées 12 millions de fois, commentées 1,3 million de fois et aimées 15 millions de fois.Ce flot de désinformation, dont il est évidemment ardu d\u2019évaluer l\u2019impact réel, a touché au total quelque 126 millions d\u2019internautes américains.En parallèle, plusieurs rapports sont venus démontrer que les « DNC leaks » (le piratage, puis la fuite orchestrée de milliers de documents du Comité national démocrate en 2016) étaient bien l\u2019œuvre de pirates informatiques affiliés au gouvernement russe.Si les informations révélées étaient indéniablement véridiques et d\u2019intérêt public, reste que l\u2019opération, par son contenu et son synchronisme, témoignait d\u2019une volonté d\u2019orienter la teneur du débat public à un moment clé du processus électoral : les fuites du DNC devaient exposer publiquement les torts de la campagne Clinton juste à l\u2019aube de la Convention nationale démocrate.Enfin, d\u2019autres enquêtes sont un peu plus tard venues démontrer qu\u2019entre 21 et 39 États américains ont vu leurs infrastructures électorales « visitées » par des pirates basés en Russie au fil de l\u2019année 2016.Bien qu\u2019aucune tentative de manipulation des résultats n\u2019ait été observée, les pirates en question ont néanmoins pu pénétrer diverses bases de données contenant, par exemple, des listes électorales, accédant ainsi à des informations critiques sur des milliers d\u2019électeurs (qu\u2019ils auraient pu altérer, s\u2019ils le souhaitaient).Alors que ces éléments sont au- jourd\u2019hui fermement établis, le «dossier de la collusion» et le battage médiatique autour de l\u2019enquête Mueller ont néanmoins contribué à politiser l\u2019enjeu de l\u2019ingérence, faisant ainsi naître le doute là où aurait dû régner un consensus: une puissance étrangère est bel et bien parvenue à s\u2019immiscer dans le processus politique américain.Non pas en collaboration avec un candidat, mais de sa propre initiative, non pas en secret, mais au grand jour, non pas depuis la Trump Tower, mais à travers la fibre optique.En somme, l\u2019enjeu de la « collusion » s\u2019impose donc comme l\u2019arbre (désormais mort) cachant la forêt de l\u2019ingérence.Résultat : trois ans après les évé- nements, le grand public américain n\u2019est toujours pas d\u2019accord sur ce qui s\u2019est passé en 2016, ni même sur le fait que quelque chose se soit bel et bien passé (alors que des preuves formelles en témoignent).Si l\u2019on admet l\u2019hypothèse que le but de la Russie en 2016 n\u2019était pas tant de favoriser un candidat que de semer le doute sur le fonctionnement du processus électoral américain, l\u2019actuelle confusion générée par les conclusions de l\u2019enquête Mueller suggère qu\u2019ils y sont parvenus.La collusion, cet arbre mort qui cache la forêt de l\u2019ingérence Un membre du FPR monte la garde d\u2019une cellule de prison de Kibongo, en août 1994.HECTO MATA AGENCE FRANCE-PRESSE KONRAD YAKABUSKI LEDEVOIR // LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2019 B 12 PETITES ANNONCES AVIS LÉGAUX ET APPELS D\u2019OFFRES téléphone : 514 985-3452 télécopieur : 514 985-3340 Courriel : avisdev@ledevoir.com AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre con nais sance de votre annonce et nous signaler immé dia tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa res pon sa bilité se limite au coût de la parution.SOCIÉTÉ DE FIDUCIE COMPUTERSHARE DU CANADA DEMANDE DE CONSTITUTION D\u2019UNE SOCIÉTÉ DE FIDUCIE Avis est par les présentes donné que, Société de Fiducie Computershare du Canada, une société de ?ducie incorporée sous la Loi sur les sociétés de ?- ducie et de prêt (Canada), a l\u2019intention de déposer, auprès du surintendant des institutions ?nancières (le « surintendant »), le 15 mars 2019 ou après cette date, une demande en vertu du paragraphe 24(2) de la Loi, pour demander l\u2019approbation que le ministre des Finances délivre des lettres patentes de constitution d\u2019une société de ?ducie en vertu de la Loi pour pouvoir exercer les activités d\u2019une société de ?ducie sous le nom de Société de Fidu- cie CPU du Canada.Son siège social sera situé à Montréal, au Québec.Toute personne qui s\u2019oppose au projet de constitution peut soumettre une objection par écrit au Bureau du surintendant des institutions ?nancières, au 255, rue Albert, Ottawa (Ontario) K1A 0H2, au plus tard le 15 mai 2019.Remarque : La publication du présent avis ne devrait pas être interprétée comme une preuve que les lettres patentes seront octroyées pour constituer la société de ?ducie.L\u2019octroi des lettres patentes est assujetti au processus normal d\u2019examen des demandes en vertu de la Loi sur les sociétés de ?ducie et de prêt (Canada) et à la discrétion du ministre des Finances.Le 15 mars 2019 Société de Fiducie Computershare du Canada AVIS DE LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE Dans l\u2019affaire de la faillite de : Métacoach inc.Personne morale légalement constituée ayant son principal établissement au 2001-1, Place Ville Marie, Montréal (Québec) H3B 2C4 Débitrice AVIS est par les pré sentes donné que Métacoach inc.a fait cession le 26 mars 2019 et que la première assemblée des créan - ciers sera tenue le 16 avril 2019 à 11h00 au bureau du Syndic, 400, boul.St-Martin Ouest, bureau 305, Laval.Fait à Laval, le 29 mars 2019 NATHALIE BRAULT SYNDIC INC., Syndic autorisé en insolvabilité Nathalie Brault, CPA, CMA, CIRP, SAI Syndic administrateur 400, boul.St-Martin Ouest, Suite 305 Laval (Québec) H7M 3Y8 Tél.: 450-238-1445 / 514-228-1822 Télec.: 450-933-3405 PROVINCE DE QUÉBEC C O U R SUPÉRIEURE DISTRICT DE JOLIETTE No: 705-17-008795-195 LA BANQUE TORONTO DOMINION Demanderesse c.GUY-BERNHARD ESTRIPLET et KARL-JEE ANDERSON EUGENE Défendeurs Avis public de notification (articles 136 et 137 C.p.c.) Avis est donné à GUY-BERNARD ESTRIPLET ET KARL-JEE ANDERSON EUGENE de vous présenter au greffe de la Cour Supérieure du district de Joliette dans un délai de soixante (60) jours afin d'y récupérer le préavis d'exercice d'un droit hypothécaire ainsi que l'avis de retrait de l'autorisation de percevoir les loyers.À défaut, un jugement pourrait être rendu contre vous et afin de vendre sous contrôle de justice votre propriété hypothéquée.Le présent avis est publié aux termes d'une ordonnance rendue le 3 avril 2019 par Me Chantal Houle, greffière spéciale au palais de justice de Joliette dans le dossier numéro 705-17-008795-195.Il ne sera pas publié à nouveau, à moins que les circonstances ne l'exigent.Montréal, le 4 avril 2019 Me Claude Savoie avocat CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE TERREBON- NE AVIS PUBLIC COUR MUNICIPALE VILLE DE MIRABEL VILLE DE SAINT-COLOMBAN VILLE DE SAINTE-SOPHIE VS F+F PIZZA MIRABEL INC.9354-1977 QUEBEC INC.MARCOTTE, SIMON 1979-06-06 ST-CHARLES, CLAUDE 1959-12-27 PROULX-GENDRON, KEVIN 1986-02-11 PAR ORDRE DE LA COUR Les intimés sont par les présentes, requis d'enregistrer un plaidoyer dans les 30 jours de la présente signification, à la Cour Municipale de Mirabel, située au 17690, rue du Val d'Espoir C.P.1140 à Mirabel, J7J 1A1.Une copie du constat d'infraction est déposée au greffe de cette Cour.Prenez de plus avis, qu'à défaut d'enregistrer un plaidoyer, un jugement sera prononcé contre vous sans autre avis.Nathalie Thibeault j.c.m.Cour Municipale de Mirabel Avis légaux et appel d\u2019offres TOMBÉES SPÉCIALES CONGÉ PASCAL Jours de non publication : Lundi 22 avril 2019 TOMBÉES : Publication du mardi 23 avril : Réservation et matériel le vendredi 19 avril 11 H TOMBÉES RÉGULIÈRES Les réservations doivent être faites avant 15 H pour les publications deux (2) jours plus tard.Publications du samedi : Réservations avant 15 H le jeudi Publication du lundi : Réservations avant 11 H le vendredi Publications du mardi : Réservations avant 15 H le vendredi Courriel : avisdev@ledevoir.com Téléphone : 514-985-3452 Télécopieur : 514-985-3340 R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R Pierre Émile Richer \u2013 450.898.1944 BORD DE L\u2019EAU NOUVEAU PRIX RAWDON OUTREMONT SAINT-BRUNO-DE-MONTARVILLE NOUVEAU VENDU SAINT-BRUNO-DE-MONTARVILLE PLATEAU MONT-ROYAL VISITE LIBRE DIMANCHE 14 H À 16 H VENDU VISITE LIBRE DIMANCHE 14 H À 16 H VISITE LIBRE DIMANCHE 14 H À 16 H NOUVEAU Legault & Legault courtiers immobiliers 514.272.1010 www.suttonquebec.com René Cell.: 514.973.6461 Vincent D.Cell.: 514.206.9527 Groupe sutton - immobilia inc.AGENCE IMMOBILIÈRE 1280 avenue Bernard O., bureau 100, Outremont, Qc, H2V 1V9 514-220-2454 www.estherleblanc.com ST-CALIXTE PLATEAU LAC BROME SUTTON LOIS HARDACKER Ctr.imm.Agréé.Royal LePage Au Sommet, Agence Immobilière 450 242-2000 www.loishardacker.com 1,645,000 $ Charlotte MICHAUD cmichaud@sutton.com 514.894.0866 10h à 22h groupe sutton-immobilia inc.Agence immobilière 514.272.1010 Depuis bientôt 31 ans VISI TE LIB RE DIM ANC HE 7 A VRI L 14H À 1 6H L\u2019AUTHENTIQUE PERLE RARE OUTREMONTAISE ! NOUVEAU PRIX PRES DE TIGE Maison familiale depuis des décennies.préventif du propriétaire actuel grâce au respect et à l\u2019entretien ACHÉE DÉT TRIS CEN 755 A Le tout sur un plus celui déjà existant à l\u2019avant.extérieurs à l\u2019arrière Possibilité de 3 stationnements CHAUFFÉ INTÉGRÉ Exceptionnellement, et grande s/familiale au sous/sol.chambre au rez-de-chaussée l\u2019étage plus de 12 pièces dont 5 chambres à p : # 125 542 47 VE ROCKLAND de 5141 .c.TERRAIN .GARAGE , bureau et : séjour REGROUPEMENT ANS CE D ANNONCER POUR 325 000$ de Knowlton.pente douce, orientation sud, à quelques minutes du village 20 acres oici V dans un endroit recherché?d\u2019espace, de l\u2019air de campagne, la belle nature, VOUS RÊVEZ municipale.1 golf, et du village.construction de votre nid d\u2019amour TERRAIN DE 3,9 ACRES de terrain boisé, en Faites une offre! 09 000$ Le prix demandé est inférieur à l\u2019évaluation , à courte distance d dans un petit domaine privé, pour la 795 000 $ \u2013 CENTRIS # Construite avec matériaux de qualité.V eusée, garage double, maisonnette (loft) pour invités.cr vue magnifique.T Magnifique résidence champêtr Courtier immobilier u ski, du 27626962 endeur très motivé.75,832 pc, piscine errain intime + d du lac Rawdon, e, bor gie inc.oupe Sutton Syner , Gr dzimmermann@lede 3319 514 985- a Zimmermann Dominik er ontact C om c .oir v St-Bruno et de la montagne.house, gym.copropriété avec accès au lac, piscine extérieure, club sur le lac.2 confortable et dégagé.Grande fenestration avec vue Superbe condo clé en main offrant un intérieur 323 539 000$, Centris # 23612189 de marche du centre-ville À distance de stationnements.Prestigieuse chambres, 2 .#2203 E IREVUE A OUL.CL B 000$, Centris #25478803 539 les services, du métro et du Mont-Royal., à distance de marche d iateur sur le parc Saint-V tc., e fonds hauts ises, pla tes frança por , , foyer bois conservé son cachet d\u2019époque (boiseries, planchers de Bernard au coeur d\u2019Outremont.Grand condo ayant ork», adresse de prestige située sur Le «Royal Y RD #2 A .BERN V 1120 A e tous ue V ).la rue 889 000$, Centris # 17221594 rue St-Laurent et de tous les services.principale sur 2 étages (style cottage).dans les dernières années.Double o rénovatio de Bullion au cœur du plateau, rès beau duplex ancestral (1875) sur la charmante rue T 3816-3818 RUE DE BULLION 000$, Centris #17324967 899 house, gym.copropriété avec accès au lac, piscine extérieure, club avec vue sur le magni?que lac Goyer spacieux et dégagé.3 chambres, grande fenestration Splendide condo haut de gamme offrant un intérieur IREVUE A OUL.CL B 323 À deux pas de la ccupation.Unité ns majeures .Prestigieuse .#2204 E Ski de fond Gai-Luron et V 2 A Magnifique chalet en bois rond(1998).4 saisons.l St Cô 5-30 minutes des pentes \u201cSki Montcalm, Bien entretenu, vendu tout équipé.Au bord d?un lac paisible.4 chambres.! Ma cabane au Canada 565 DODON a - me\u201d.ouverte.Grande chambre/bureau semi- lumineux, insonorisé, béton.2 balcons.beau condo 750 pc (70 mc) Unité de coin, 3 coins de rue de la station de métro Mt-Royal, Au cœur du Plateau A -ROY 276 MONT Aire EST L er dans c our annonc P Foyer EP oupement c egr e r MLS # 14492094 \u2013 275 000 $ une heure du centre-ville! A oiture T à combustion lente.A Dominik er ontact 1.201 au a Zimmermann ou 3319 514 985- MLS # 11861493 \u2013 325 000 $ et de tous les services.Disponible 1 Près de la Montagne, du Parc Jeanne-Mance fermée. Possibilité de remettre en 2 chambres.dzimmermann@lede août er om c .oir v "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.