Le devoir, 1 avril 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 70 / LE LUNDI 1E R AVRIL 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM TRADITION Les fake news ont-elles tué le poisson d\u2019avril ?Plusieurs médias se retirent du jeu annuel, refusant de nourrir même par blague la désinformation CATHERINE LALONDE LE DEVOIR N e craignez pas de vous faire attraper : il n\u2019y a pas d\u2019hameçon caché dans votre Devoir du premier avril.Après des années à dissimuler un poisson d\u2019avril au sein de sa couverture habituelle \u2014 l\u2019horoscope de Marie S.Turgeon en 2015 ; l\u2019annonce de toutes nouvelles éoliennes souterraines aux turbines enterrées, entre autres facéties\u2026 \u2014, votre quotidien remise cette année la tradition.D\u2019autres médias ont pris la même décision.Microsoft a envoyé cette année une note interne à ses employés, relayée par NiemanLab, leur demandant de ne pas céder au jeu, car les « données indiquent que ces leurres ont un effet positif limité, et peuvent entraîner un cycle néfaste de nouvelles».L\u2019an dernier, plusieurs médias scandinaves ont décidé, en amont du jour poissonnier, de INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Religion .B6 Société .A5 Sports.B4 Sudoku .B6 Urbanisme.B5 URBANISME Devenir propriétaire d\u2019une habitation sans mise de fonds B 5 CULTURE Belle récolte québécoise aux prix Écrans canadiens B 8 Pour suivre l'actualité en continu et lire nos critiques de spectacles, consultez nos plateformes numériques.MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Legault à la défense de la loi sur la laïcité Le gouvernement caquiste agit de manière responsable en mettant en place « des règles claires » pour encadrer la laïcité de l\u2019État, une approche que « souhaite une grande majorité des Québécois », a déclaré dimanche le premier ministre François Legault.Dans une allocution à ses concitoyens \u2014 un exercice rare pour un premier ministre au Québec \u2014, François Legault a fait valoir que «ce projet de loi est modéré, comme le sont les Québécois».«Il faut être clair, la laïcité ne va pas à l\u2019encontre de la liberté de religion.Chacun va rester libre de pratiquer la religion de son choix.Mais [il] faut fixer des règles et c\u2019est ça qu\u2019on fait», a expliqué le premier ministre dans un discours d\u2019un peu moins de deux minutes et demie, diffusé à 17h30 dimanche.L\u2019allocution, préenregistrée la semaine dernière, a été diffusée sur le site Internet du premier ministre du Québec et sur sa page Facebook.Il s\u2019agissait de la première prise de parole publique du premier ministre Legault depuis le dépôt, jeudi à l\u2019Assemblée nationale, du projet de loi sur la laïcité de l\u2019État.Plusieurs s\u2019attendaient à ce que le premier ministre lance un appel au calme, le dépôt du projet de loi ayant suscité de vives réactions dans la société québécoise.François Legault a plutôt usé de sa tribune pour effectuer un plaidoyer en règle pour appuyer le projet de loi, adoptant un ton qui se voulait rassurant et qui a pris des teintes pédagogiques.Il a insisté sur la nécessité d\u2019agir.« Au Québec, ça fait longtemps qu\u2019on a décidé de séparer la religion et l\u2019État et ça fait plus de 10 ans qu\u2019on débat des signes religieux.Il est temps de fixer des règles parce qu\u2019au Québec, c\u2019est comme ça qu\u2019on vit », a insisté le premier ministre, assis à un bureau, en s\u2019adressant aux Québécois.Compromis François Legault a rappelé que le projet de loi 21 prévoit l\u2019interdiction du port de signes religieux pour les employés de l\u2019État en position d\u2019autorité.« C\u2019est une approche qui respecte notre histoire, nos valeurs », a-t-il dit.Cette interdiction intègre la liste de corps de métier suggérée dans le rapport Bouchard-Taylor : policiers, procureurs, gardiens de prison.À celle-ci, Carte postale datant du début du XXe siècle WIKICOMMONS MONDE Ukraine : le comédien Zelensky face au président Porochenko au second tour de la présidentielle VOIR PAGE A 2 : POISSON L\u2019OBSESSION IDENTITAIRE.UNE CHRONIQUE DE JEAN-FRANÇOIS NADEAU PAGE A 3 FRANCE.L\u2019ÉCOLE AU CŒUR DE LA LAÏCITÉ.PAGE A 8 VOIR PAGE A 2 : DÉFENSE Il est temps de fixer des règles parce qu\u2019au Québec, c\u2019est comme ça qu\u2019on vit FRANÇOIS LEGAULT » ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R AVRIL 2019 Des poissons d\u2019avril quotidiens POISSON SUITE DE LA PAGE A 1 se retirer de la farce, estimant que la facilité avec laquelle les « fausses nouvelles » se répandent et deviennent virales au- jourd\u2019hui réclame une contrepartie de sérieux et de retenue.Les fake news ont-elles tué le poisson ?« On a tellement parlé du rôle des médias, du bris de confiance de la population envers les médias, du brouillage des pistes par tous ces sites qui font de la chasse aux clics avec tout et n\u2019importe quoi, rappelle le président d\u2019Infopresse Communications, Arnaud Granata.Il y a une responsabilité qui me semble prise par les médias qui refusent de participer au premier avril.Ça ne veut pas dire qu\u2019ils ne peuvent pas faire preuve d\u2019humour, mais il y a des sections pour ça \u2014 la publicité, la promotion.Les médias doivent être une référence de crédibilité.» Comme les « fausses nouvelles », les émissions et sites d\u2019actualité humoristiques ou satiriques se sont multipliés ces dernières années.La pêche est miraculeuse : sans même chercher, entre « Le sac de chips » du Journal de Montréal, Le Go- rafi, Le Navet, The Onion et consorts, le lecteur peut se prendre les pieds dans le filet.Le Revoir, qui détourne titres, articles et slogan du Devoir, est de ceux qui font désormais de chaque jour un poisson d\u2019avril.À croire que crédibilité et humour ne peuvent pas aller de pair?« C\u2019est qu\u2019on ne peut faire abstraction du contexte politique, [avec] Donald Trump en tête de tous ces politiques du monde qui diabolisent les médias et qui misent sur la fausse nouvelle, poursuit M.Granata.Dans le contexte, faire attention et mettre de côté cette tradition semble plus cohérent.Les médias ont tellement mis en place ces dernières années des détecteurs de désinformation que c\u2019est de leur part envoyer un drôle de message que d\u2019en produire eux-mêmes le premier avril.» De l\u2019humour non objectif L\u2019humoriste Louis T.va même un cran plus loin.Pour lui, l\u2019humour ne peut être objectif.Il recèle et révèle toujours un biais, une opinion, un éditorial, peu compatible avec le travail de journaliste.C\u2019était d\u2019ailleurs le sujet d\u2019Objectivement parlant, premier spectacle de celui qu\u2019on décrivait alors comme se situant «à mi-chemin entre un journaliste et un humoriste».« Je crois que le jeu n\u2019en vaut pas la chandelle pour un média, indique-t-il en entrevue.Dans une ère où on trouve que l\u2019opinion prend déjà trop de place, est-ce que ça vaut la peine d\u2019en rajouter, même une fois par année ?Je comprends qu\u2019auparavant, il pouvait y avoir une forme d\u2019autocritique de la part du média dans l\u2019exercice du \u201ccoup \u201d du premier avril ; ça me semblait plus intéressant que maintenant, où il y a tant de nouvelles satiriques déjà qui circulent sur Internet.» Celui qui utilise l\u2019actualité pour arriver à faire rire poursuit : « Dans l\u2019humour, en plus de la prise de position, il y a souvent une petite forme de méchanceté, une pique qui laisse la place à une réaction épidermique chez la personne qui la lit ou la reçoit.Comme média, avec un article du premier avril, est-ce que je fais preuve d\u2019autodérision ou est-ce que je veux démontrer la naïveté de mes lecteurs ?Et est-ce que comme média, j\u2019ai intérêt vraiment à connaître le degré de naïveté de mes lecteurs ?» illustre-t-il.Mandat de médias « Je trouve que ce n\u2019est pas la job des médias de faire ça, mais bon, j\u2019ai toujours trouvé ça nono, les blagues de poisson d\u2019avril, même quand j\u2019étais à la petite école ! » confie Fred Sa- vard, attrapé tout juste après l\u2019enregistrement du cinquième épisode du balado qui porte son nom.« Je suis en réflexion, poursuit l\u2019humoriste de l\u2019actualité.Je pense que la répartie et le trait humoristique restent d\u2019intéressantes portes d\u2019entrée pour un sujet, mais à un moment donné, il faut aller dans le sérieux\u2026 Il commence à y en avoir trop, de l\u2019humour, ça devient lourd », estime l\u2019ex de la radio-canadienne La soirée est (encore) jeune.Ève Beaudin, journaliste à l\u2019agence Science-Presse, responsable de la rubrique « Détecteur de rumeurs », est plus modérée.«Nous, on aime se servir du premier avril pour faire passer un test à nos lecteurs.On va le faire pour la troisième année de suite, mais c\u2019est évident qu\u2019on est dans le domaine du jeu.On ne veut absolument pas participer à la création de fausses nouvelles.» Car les articles du premier avril utilisent les mêmes ressorts, les mêmes techniques linguistiques que les fake news, annonçaient il y a quelques jours les chercheurs Edward Dearden et Alistair Baron, de l\u2019université Lancaster.Leur étude, Fool\u2019s Errand: Looking at April Fools Hoaxes as Disinformation Through the Lens of Deception and Humour, qui sera dévoilée dans son entièreté en avril, révèle, après l\u2019analyse de 500 articles du premier avril sur 14 ans, que dans ces cas comme dans celui des fake news, les textes utilisent une langue moins complexe, des phrases moins longues, et sont plus faciles à lire que les articles d\u2019actualité en bonne et due forme.Des détails précis, tels les noms, les dates et les lieux, s\u2019y trouvent moins, et les noms propres y sont plus fréquents.« L\u2019exercice du premier avril nous permet de répondre au mandat d\u2019éducation aux médias et à l\u2019information scientifique que le \u201cDétecteur de rumeurs \u201d s\u2019est donné », poursuit Mme Beaudin.« Le lendemain, on donne les résultats.» Bref, le choix est de faire un poisson d\u2019avril détectable, un « coup » qu\u2019on voit venir d\u2019avance?«Oui.On sait qu\u2019aujourd\u2019hui, même de grosses blagues sont prises pour être vraies, et on ne veut pas participer à la désinformation, même en faisant une farce.» LA PRESSE CANADIENNE À OTTAWA L\u2019ancien secrétaire principal du premier ministre Justin Trudeau, Gerald Butts, dit avoir remis dimanche des notes et de la correspondance au Comité permanent de la justice de la Chambre des communes en réponse aux documents déposés la semaine dernière par l\u2019ancienne procureure générale Jody Wilson-Raybould concernant la controverse entourant SNC-Lavalin.M.Butts en a fait l\u2019annonce sur son compte Twitter.En anglais, il précise que c\u2019est après avoir examiné le témoignage de Mme Wilson-Raybould qu\u2019il a décidé de remettre cette documentation aux parlementaires.Vendredi, le Comité permanent de la justice a publié un mémoire de 43 pages de Mme Wilson-Raybould comprenant des courriels et des textos ainsi qu\u2019un extrait audio de 17 minutes d\u2019une conversation téléphonique entre l\u2019ancien greffier du Conseil privé, Michael Wernick, et elle.Au cours de cette conversation enregistrée secrètement par Mme Wilson- Raybould, M.Wernick lui demande à plusieurs reprises pourquoi elle n\u2019utilise pas toute la législation à sa disposition pour régler l\u2019affaire SNC-Lava- lin.L\u2019ancienne procureure générale répond en disant qu\u2019elle n\u2019infirmera pas la décision du directeur des poursuites pénales de porter des accusations de corruption et de fraude contre SNC-Lavalin.M.Wernick l\u2019avertit que M.Trudeau est « assez déterminé » à ce sujet et qu\u2019il « trouvera probablement un moyen de régler le problème d\u2019une manière ou d\u2019une autre ».Lors de sa comparution devant le Comité permanent de la justice, M.Butts, qui a démissionné le mois dernier, s\u2019était dit convaincu que personne au cabinet du premier ministre n\u2019avait rien fait de mal et que Mme Wilson-Ray- bould ne s\u2019était jamais plainte d\u2019avoir subi des pressions indues.M.Butts a soumis des nouveaux documents afin d\u2019appuyer sa version des événements.Ces documents doivent être traduits en français et leur publication doit être approuvée par les membres du comité.Le président du comité, le libéral Anthony Housefather, a dit dimanche qu\u2019il ne savait pas exactement combien de temps ce processus de traduction et d\u2019approbation allait durer, mais que cela nécessiterait environ une journée ou deux.Selon le chef conservateur, Andrew Scheer, ce geste de M.Butts démontre que le gouvernement libéral a agi trop rapidement pour mettre un terme à l\u2019enquête du Comité permanent de la justice sur une possible ingérence du cabinet du premier ministre dans le rôle de la procureure générale.« Sans l\u2019ombre d\u2019un doute, nous savons qu\u2019il y eut un effort dans les hautes instances pour s\u2019ingérer dans le processus, a-t-il déclaré.Aujourd\u2019hui, nous demandons au Comité permanent de l\u2019éthique de permettre la tenue d\u2019une enquête.» Tollé libéral Les libéraux ont intensifié dimanche leurs critiques contre Jody Wilson-Ray- bould pour avoir enregistré en secret un appel téléphonique avec le greffier du Conseil privé.La ministre du Travail, Patty Hajdu, a déclaré à la CBC qu\u2019elle estimait que la décision de son ancienne collègue du cabinet était « contraire à l\u2019éthique ».Mme Hajdu a soutenu qu\u2019elle n\u2019avait jamais enregistré une conversation téléphonique avec un collègue et qu\u2019elle ne le ferait jamais de manière secrète.« C\u2019est contraire à l\u2019éthique.C\u2019est déloyal, a-t-elle jugé.Si on enregistre une conversation avec un collègue, la chose éthique et responsable à faire est de prévenir son interlocuteur qu\u2019on l\u2019enregistre.» SNC-LAVALIN Gerald Butts réplique à Judy Wilson-Raybould le gouvernement caquiste ajoute les directeurs et enseignants des écoles primaires et secondaires publiques et certains dirigeants d\u2019organismes publics.Cette interdiction est moins étendue que ce qui avait été proposé par le Parti québécois en 2013 dans sa charte des valeurs, où l\u2019interdiction du port de signes religieux ostentatoires pour tous les employés d\u2019organismes publics avait été suggérée.Pour « rassembler le plus de Québécois possible » derrière le projet de loi, le premier ministre Legault rappelle avoir fait un « compromis » en ajoutant une clause de droits acquis.Ainsi, les employés visés par l\u2019interdiction mais qui étaient déjà en poste au moment du dépôt du projet de loi pourront continuer d\u2019afficher un symbole religieux.Le projet de loi prévoit également que les services publics devront être donnés et reçus à visage découvert.En livrant son allocution, François Legault a justifié l\u2019utilisation de la disposition de dérogation en affirmant que seront ainsi évitées « de longues batailles juridiques ».« C\u2019est un outil légitime qui a déjà été utilisé par René Lévesque et par Robert Bourassa », a- t-il fait remarquer.Cette disposition de dérogation, utilisée de manière préventive par le gouvernement Legault, permet de soustraire le projet de loi à d\u2019éventuelles contestations judiciaires.Ainsi, si le texte devient loi, celle-ci pourra s\u2019appliquer indépendamment de ce qui est prévu dans certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.Un projet de loi contesté Depuis jeudi, plusieurs organismes sont montés aux barricades pour dé- DÉFENSE SUITE DE LA PAGE A 1 noncer le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault, qu\u2019ils qualifient de « raciste » et de « dangereux ».Ces organismes ont fait valoir que le projet de loi vise spécifiquement les femmes voilées musulmanes, une minorité qui souffre déjà de discrimination à l\u2019embauche.Parallèlement au dépôt du projet de loi, jeudi, le gouvernement ca- quiste a fait adopter une motion afin de retirer le crucifix qui trône depuis 1936 au Salon bleu de l\u2019Assemblée nationale.Celui-ci sera « mis en valeur » ailleurs au parlement.La motion a été acceptée à l\u2019unanimité par les députés.Le Parti libéral du Québec a déjà annoncé qu\u2019il ne comptait pas appuyer le projet de loi 21 dans sa forme actuelle et demande au gouvernement caquiste de l\u2019assouplir.Le Parti québécois réclame, quant à lui, que l\u2019interdiction du port de signes religieux soit élargie au personnel travaillant dans les centres de la petite enfance (CPE) et les services de garde en milieu scolaire.Réunis en conseil national samedi, les militants de Québec solidaire ont modifié la position du parti sur la laïcité, rejetant dorénavant toute interdiction de port de signes religieux (voir texte en page A3).Aucun des partis d\u2019opposition n\u2019a souhaité commenter le discours du premier ministre Legault.C\u2019est qu\u2019on ne peut faire abstraction du contexte politique, [avec] Donald Trump en tête de tous ces politiques du monde qui diabolisent les médias et qui misent sur la fausse nouvelle ARNAUD GRANATA » Un geste «responsable», selon François Legault Le premier ministre François Legault, lors de son allocution de dimanche CAPTURE D\u2019ÉCRAN C\u2019est après avoir examiné le témoignage de Mme Wilson- Raybould qu\u2019il a décidé de remettre cette documentation aux parlementaires ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R AVRIL 2019 L\u2019obsession identitaire F rançois Legault fait de la laïcité une question de protection de l\u2019identité nationale, au point de croire, dur comme fer, qu\u2019il est nécessaire d\u2019aller jusqu\u2019à utiliser la disposition de dérogation, prévue dans la Constitution pour des cas d\u2019exception autrement plus conséquents.Le problème, ce n\u2019est pas tant la religion qu\u2019il met dehors que l\u2019obsession identitaire à laquelle il ouvre la porte.Il n\u2019y a pas quinze ans, jamais on n\u2019aurait cru le Québec capable de se plonger à ce point dans les méandres d\u2019un nationalisme de brocante, qui conduit à édifier un tel barrage contre les apparences, sans rien changer pour autant au fonctionnement réel de notre monde.Les espaces sociaux nous affirment autant qu\u2019ils nous définissent, paraît-il.On peut du coup se prendre à rêver de lieux stables, immobiles, intouchés, intouchables, immuables, enracinés, figés, homogènes, bref de lieux qui constitueraient une sorte de pierre d\u2019assise, de socle sur lequel pourraient se fonder nos existences, de quelque chose qui, pour tout dire, serait à la fois un point de départ autant qu\u2019un point d\u2019arrivée.Mais de tels lieux n\u2019existent pas.Ils n\u2019ont jamais existé autrement que dans l\u2019espace de nos pensées.Le monde n\u2019est jamais tout à fait rassurant dans la mesure où il ne nous est pas révélé une fois pour toutes.Tout craque, tout se brise, tout s\u2019effondre, tout est sans cesse à revoir, y compris au chapitre de l\u2019identité, n\u2019en déplaise à des zélotes agités.Ce que nous sommes demeure une question mouvante qu\u2019il ne faut pas avoir peur de continuer de se poser.Les gloseurs du repli identitaire, en laissant croire le contraire, ne rendent service à personne.Comment peut-on penser édifier une identité nationale sur la base du simple principe de la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État, tout en maintenant des exceptions pour les écoles dites privées (soutenues à bout de bras par l\u2019État), en faisant de même avec les services de garde, en ne définissant guère ce qu\u2019est un signe religieux, c\u2019est-à-dire en légalisant, au fond, un système qui ne fait que porter atteinte aux droits de certains individus, au point de les empêcher de travailler ?En quoi une société se trouve-t-elle de la sorte plus avancée ?Le principe de la laïcité était déjà affirmé.Il demandait sans doute des changements ponctuels, ce qui aurait pu se faire sans la glose du repli identitaire et sans l\u2019usage d\u2019un canon législatif.Voilà que d\u2019un principe on fait un leurre voué, à force de le sublimer, de soustraire à l\u2019attention publique des inégalités autrement plus sérieuses.Tout ce gâchis s\u2019apparente bel et bien, au bout du compte, à un détournement du regard face à des enjeux sociaux plus structurants.Dans le champ du discours, au nom de cette cavalcade effrénée de la laïcité, les séparations sociales sont dissimulées, comme si les problèmes de société les plus importants étaient tout entiers contenus dans celui-ci.Pendant ce temps, comme on l\u2019a vu encore ces derniers jours, des enfants défavorisés se font supprimer leurs repas du midi ; le nombre d\u2019itinérants s\u2019avère en forte croissance ; des familles parmi les plus pauvres se voient soustraire des allocations pour leur progéniture sous des prétextes fumeux.Mais dans cette société, plus déchirée que jamais à force d\u2019agiter cette question de la laïcité, on continue de plus belle, comme si de rien n\u2019était, à parler de « vivre-ensem- ble », en s\u2019illusionnant sur ce que cela veut dire.Cette idée du « vivre-ensemble » fait l\u2019impasse sur des stratifications sociales pourtant de plus en plus claires.On fait comme si, au moment de les enfermer dans une même cage, on disait à un lion et à un lapin : « Mais entendez-vous, puisque après tout vous êtes tous les deux des animaux ! » Nous voici dans une société qui feint d\u2019ignorer quel sort attend le lapin, parce que le seul fait de vivre, croit-on, devrait suffire à affirmer un principe d\u2019égalité en pratique sans cesse bafoué.En somme, nous nous rendons aveugles sur la vie ici-bas au nom d\u2019un principe envisagé de trop haut.Les mesures favorables à la laïcité sont vouées, telles qu\u2019elles sont du moins présentées, à continuer de soutenir cette illusion d\u2019égalité dans un monde qui multiplie de plus belle les motifs de relégation aux marges de la vie sociale.Sous le mince vernis de pareilles mesures tout en surface, cette société souffre d\u2019un dangereux durcissement de ses artères sociales.Oui à la laïcité.Mais si l\u2019idée est d\u2019affirmer l\u2019égalité et la neutralité des individus au service de l\u2019État, pourquoi s\u2019en tenir à de frêles apparences, au point de contribuer à encore plus d\u2019exclusions, tout en flattant de la sorte le populisme, en cajolant les pouvoirs de coercition, en endormant les revendications sociales ?Le grand Tolstoï écrivait : « Je suis assis sur le dos de quelqu\u2019un, je le fais suffoquer et je l\u2019oblige à me porter ; pourtant, je m\u2019assure moi-même et à d\u2019autres que je suis désolé pour lui et que je désire soulager son sort par tous les moyens possibles \u2014 sauf de descendre de son dos.» MYLÈNE CRÊTE CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR La nouvelle politique de Québec solidaire pour restreindre le port du voile intégral chez les employés de l\u2019État semble avoir semé une certaine confusion chez les députés et les militants au conseil national du parti, qui s\u2019est terminé dimanche.En mêlée de presse le matin, la députée Ruba Ghazal n\u2019était pas en mesure de dire si la résolution adoptée la veille par les 330 délégués permettrait ou non à une femme de travailler le visage couvert par un niqab dans le secteur public.Elle a toutefois affirmé être à l\u2019aise avec cette idée dans le cas précis d\u2019une téléphoniste avant de se faire rabrouer par l\u2019un des co-porte-parole du parti.« Si ça lui permet de gagner sa vie, pourquoi pas, a affirmé Mme Ghazal.Moi, c\u2019est ça qui est important, c\u2019est que les femmes puissent avoir la totale liberté de gagner leur vie.» Quelques heures plus tard, Gabriel Nadeau-Dubois a souligné que la députée avait erré.« Nous, on a dit qu\u2019on ne ferait pas de cas par cas, a-t-il dit.Ruba ce matin a répondu à vos questions, elle n\u2019aurait pas dû faire du cas par cas.Nous, on ne le fera pas et on ne le fera plus.» Mme Ghazal a par la suite corrigé le tir sur Twitter.« C\u2019est une évidence que je n\u2019ai aucune sympathie pour le niqab, a- t-elle écrit.Je suis tombée dans le piège de ce qu\u2019il ne faut pas faire : statuer sur des cas hypothétiques et imaginaires.» Abandon du compromis Les 330 délégués du parti réunis au Cé- gep de Limoilou à Québec au cours du week-end ont choisi de permettre le port de tous types de signes religieux pour les fonctionnaires en position d\u2019autorité coercitive \u2014 juges, procureurs de la Couronne, policiers, gardiens de prison \u2014 de même que le président et vice-président de l\u2019Assemblée nationale.Une position contraire à celle qui avait été adoptée par le parti après la publication du rapport Bou- chard-Taylor en 2008.Ils ont également adopté une résolution pour restreindre les « vêtements couvrant le visage » pour les fonctionnaires et autres employés de l\u2019État en vertu de quatre critères déjà inscrits dans leur programme, soit le prosélytisme, le devoir de réserve, l\u2019exercice de la profession ou les normes de sécurité.Contrairement à sa collègue Ruba Ghazal, le député Andrés Fontecilla avait indiqué en entrevue au Devoir samedi que ces critères allaient couvrir une vaste majorité d\u2019emplois.« Pour moi, ce que je comprends, c\u2019est que le visage couvert pour un employé de l\u2019État est en fait pratiquement impossible », avait-il tranché.Les députés n\u2019étaient pas les seuls à être embrouillés.Quelques militants à qui Le Devoir avait parlé à l\u2019issue du vote samedi ne semblaient pas avoir compris ce que la résolution signifiait.Les co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois et Ma- non Massé, ont refusé de définir dimanche quel type d\u2019emploi pourrait occuper une femme au visage couvert.« Des femmes qui portent le niqab et qui veulent devenir rectrice de l\u2019UQAM, ça n\u2019existe pas », s\u2019est impatienté M.Nadeau-Dubois en mêlée de presse dimanche.« Et à partir d\u2019aujourd\u2019hui, vous ne nous entendrez plus alimenter une LAÏCITÉ Confusion sur le visage découvert La nouvelle position de Québec solidaire mène à plusieurs interprétations au sein du caucus JEAN- FRANÇOIS NADEAU Les mesures favorables à la laïcité sont vouées, telles qu\u2019elles sont du moins présentées, à continuer de soutenir cette illusion d\u2019égalité dans un monde qui multiplie de plus belle les motifs de relégation aux marges de la vie sociale.Sous le mince vernis de pareilles mesures tout en surface, cette société souffre d\u2019un dangereux durcissement de ses artères sociales.UGO GIGUÈRE LA PRESSE CANADIENNE Les familles de Roxanne Luce, Joanne Dorion, Denise Bazinet, Sharron Prior, Louise Camirand, Hélène Monast, Lison Blais et Theresa Allore veulent rencontrer la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, afin de lui proposer des améliorations au traitement des enquêtes sur des meurtres et des disparitions.À ces huit familles s\u2019ajoute celle de Marilyn Bergeron, disparue en février 2008, dont les parents soutiennent l\u2019une des recommandations soumises à la ministre.Sûreté du Québec Ces proches de victimes demandent une enquête publique sur les méthodes policières dans les enquêtes sur des meurtres et des disparitions.Ils veulent que toutes les enquêtes de cette nature soient confiées exclusivement à la Sûreté du Québec.Les familles souhaitent également l\u2019instauration d\u2019un protocole rigoureux de conservation des pièces à conviction ainsi qu\u2019une formation bonifiée pour les enquêteurs.Elles voudraient finalement être tenues informées du progrès des enquêtes et avoir un accès complet aux dossiers 25 ans après le drame.Soutenus par l\u2019avocat Marc Bellemare, les proches de ces jeunes femmes assassinées n\u2019attendent pas nécessairement une réponse positive à toutes leurs demandes, mais ils veulent être écoutés par la ministre.« On veut dénoncer le refus obstiné de Mme Geneviève Guilbault, qui est vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, de rencontrer des familles de femmes assassinées dans les années 1970 », a déclaré Me Bellemare en conférence de presse, dimanche.Celui-ci dit trouver scandaleux que la ministre ne prenne pas le temps de les recevoir.Les journalistes ont obtenu copie d\u2019une correspondance entre Me Bellemare et le directeur de cabinet adjoint de la ministre de la Sécurité publique.Ce dernier répond brièvement par écrit aux demandes des familles, mais ne dit rien au sujet de la principale requête : une rencontre.La Presse canadienne a demandé au cabinet de la ministre Guilbault si elle souhaitait recevoir les familles.Dans une réponse laconique, le directeur des communications, Jean- François Del Torchio, a écrit : « On va regarder le dossier et nous répondrons à M.Bellemare.» Stéphane Luce, dont la mère a été assassinée à Longueuil le 1er avril 1981, espérait que le changement annoncé par la CAQ serait marqué par plus d\u2019ouverture.« Nous ne demandons qu\u2019à être entendus.J\u2019avais espoir que la ministre de la CAQ, Geneviève Guilbault, aurait un minimum de compassion en nous rencontrant.Si Mme Guilbault refuse de nous rencontrer, c\u2019est au premier ministre de le faire », a-t-il souligné.Georges Bazinet, dont la sœur Denise a été assassinée le 24 octobre 1977, en a assez d\u2019être tenu à l\u2019écart depuis quatre décennies.« Depuis plus ou moins 40 ans, les politiciens nous font des promesses, mais plus ça change, plus c\u2019est pareil.Pourquoi l\u2019ex-ministre Martin Coiteux ne nous a jamais rencontrés, malgré plusieurs demandes ?Et pourquoi la nouvelle ministre refuse-t-elle aussi de nous entendre ?» demande-t-il.Des familles de femmes assassinées veulent rencontrer la ministre Guilbault crise qui n\u2019existe pas en faisant des scénarios hypothétiques et imaginaires.» Il avait pourtant cité l\u2019exemple, la veille, d\u2019une enseignante qui devrait exercer son métier à visage découvert pour communiquer avec ses élèves.« Ces critères-là sont restrictifs, ils sont clairs et, moi, je pense que, lorsque Ruba vous a répondu, elle a répondu dans le meilleur de sa connaissance », a soutenu Manon Massé.Les quatre critères pour le visage découvert de Québec solidaire s\u2019appliqueraient au cas par cas par l\u2019entremise des employeurs.Denise Veilleux, déléguée de Sainte- Marie\u2013Saint-Jacques, craint un retour « aux déchirements » qui avaient entouré le débat sur les accommodements raisonnables.« Renvoyer la patate chaude comme ça à chaque [employeur], ça ouvre la porte à toutes sortes de problèmes », a dit la militante féministe qui aurait préféré une interdiction complète du voile intégral pour la prestation de services publics.Cap sur l\u2019environnement Même si la question de la laïcité a occupé les délégués une bonne partie de leur avant-midi samedi, le discours de clôture de Mme Massé et de M.Nadeau- Dubois en a peu fait mention.«[\u2026] c\u2019est ensemble que nous construirons le pays du Québec avec les Québécois et les Québécoises de toutes les régions, de toutes les origines, de toutes les religions, de toutes les générations, c\u2019est ensemble que nous le ferons, ce pays d\u2019égalité et de justice parce que la liberté, c\u2019est le meilleur antidote à la peur et que les peuples libres et forts n\u2019ont pas besoin d\u2019exclure pour se sentir fiers», a clamé le jeune député, déclenchant une longue salve d\u2019applaudissements.Il a appelé les solidaires à poursuivre la mobilisation citoyenne pour lutter contre les changements climatiques et à rallier l\u2019ensemble de la population.Le parti prévoit dix rassemblements dans chacune de ses circonscriptions ce printemps.Québec solidaire s\u2019est donné pour objectif de talonner le gouvernement Legault sur l\u2019environnement durant 18 mois pour qu\u2019il se dote d\u2019un plan crédible pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre qui inclurait l\u2019interdiction des projets d\u2019exploitation pétrolière ou gazière.S\u2019il refuse d\u2019obtempérer, les députés solidaires tenteront de retarder l\u2019adoption des projets de loi ca- quistes à compter du 1er octobre 2020.Des proches de victimes demandent une enquête publique sur les méthodes policières dans les enquêtes sur des meurtres et des disparitions.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Les proches de ces jeunes femmes assassinées n\u2019attendent pas nécessairement une réponse positive à toutes leurs demandes, mais ils veulent être écoutés par la ministre Le gouvernement a déposé un projet de loi sur la laïcité de l\u2019État, l\u2019interdiction de porter des signes religieux pour le personnel de l\u2019État en position d\u2019autorité, ce qui est le cas, par exemple, des procureurs, des policiers, des gardiens de prison ou encore des enseignants des écoles publiques.Certains diront qu\u2019on va trop loin; d\u2019autres, qu\u2019on ne va pas assez loin.Pourtant, j\u2019ai la conviction que, dans une société dite laïque, ce que nous sommes depuis la Révolution tranquille, le gros bon sens veut que l\u2019adoption du projet de loi, comme il l\u2019a fait à l\u2019époque de René Lévesque et de Robert Bourassa, c\u2019est qu\u2019il doit limiter au maximum les confrontations sur un sujet pour lequel, justement, il existe un large consensus.Soyons clairs.La laïcité respecte la liberté de conscience et de religion.Chaque personne est libre de pratiquer la religion de son choix, ou encore de n\u2019en pratiquer aucune.Ça fait longtemps qu\u2019on a décidé de séparer la religion et l\u2019État.Parce qu\u2019au Québec, c\u2019est comme ça qu\u2019on vit.» François Legault Premier ministre du Québec « Laïcité : se rassembler pour une avancée historique SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R AVRIL 2019 NATHAN MAN LIBÉRATION La Chine, qui conserve un quasi-mo- nopole sur la production de terres rares dans le monde, est pourtant devenue le premier importateur de ces métaux en 2018 notamment pour répondre aux besoins de sa transition énergétique.Contrairement à ce que laisse penser leur nom, elles se retrouvent partout, dans la croûte terrestre comme dans nos technologies, tant leurs caractéristiques \u2014 rares, pour le coup \u2014 sont recherchées.Par exemple pour la fabrication de nos voitures électriques, de nos écrans tactiles ou de nos batteries.Ainsi, l\u2019appellation de terres rares regroupe 17 métaux aux noms barbares qui possèdent certaines propriétés optiques, catalytiques ou magnétiques qui les rendent quasi indispensables dans de nombreuses technologies de pointe.Un petit marché, qui charrie quelque 170 000 tonnes de métaux par an (pour une valeur d\u2019à peu près 8 milliards de dollars), mais dont l\u2019importance est critique pour le reste de l\u2019industrie.Péripéties D\u2019après le cabinet de conseil Adamas Intelligence, spécialisé dans les métaux rares, la Chine est devenue la principale importatrice de ces métaux en 2018.Le pays exportait alors 53 000 tonnes d\u2019oxydes de terres rares et en importait en même temps plus de 41 000 tonnes, notamment des États-Unis et du Myanmar.Un bond d\u2019importation de 167 % par rapport à 2017.Le géant asiatique devient même importateur net de sept de ces oxydes pour la première fois.Depuis les années 1990, la Chine contrôle la majorité de la production de terres rares.À l\u2019époque, les réglementations environnementales se renforcent dans les pays producteurs alors que la Chine développe une production à bas coûts, qui asphyxie toute production étrangère.La mine de Bayan Obo, en Mongolie, intérieure fournit des terres rares « légères», tandis que les exploitations souvent sauvages des argiles ioniques dans les provinces du sud-est du pays assurent l\u2019approvisionnement en terres rares «lourdes».Aujourd\u2019hui, ce sont le néodyme, le praséodyme et le dysprosium qui sont les plus prisés pour la construction d\u2019aimants permanents, explique Gaétan Lefebvre, géologue au Bureau de recherches géologiques et minières.En 2010, nouvelles péripéties : alors que Pékin contrôle la quasi-intégra- lité de la production, le gouvernement impose des quotas d\u2019exportation.Deux mois après, le Japon dénonce un embargo bloquant son industrie.Le rôle réel du gouvernement chinois dans cet épisode est discuté, mais c\u2019est un signal d\u2019alarme.Les prix montent en flèche et, tandis qu\u2019une bataille s\u2019engage à l\u2019OMC, plusieurs pays relancent leur production et cherchent à substituer ou à limiter l\u2019usage de ces ressources, raconte Nicolas Mazzuc- chi, spécialiste des métaux rares à la Fondation pour la recherche stratégique.Avec succès d\u2019ailleurs, puisque les prix redescendent dès 2011 face à une baisse de la demande globale.La Chine abandonne ses quotas d\u2019exportation en 2015 et les remplace par des quotas de production.Valeur ajoutée Depuis une vingtaine d\u2019années, la Chine a en effet réorienté sa stratégie.Dans la droite ligne de son plan « made in China 2025» (qui désigne 10 priorités stratégiques, dont les mobilités vertes et les énergies renouvelables), le pays souhaite sortir de son seul rôle de producteur pour développer ses capacités d\u2019industrie de moyenne et haute gammes, à plus forte valeur ajoutée.« Aujourd\u2019hui, de plus en plus d\u2019extraction a lieu hors de Chine, et Pékin met l\u2019accent non seulement sur les processus de raffinage du minerai, mais aussi sur l\u2019utilisation des produits raffinés.Le pays veut favoriser tout ce qui est plus loin dans la chaîne de valeur : prendre les éléments, en faire un métal, le transformer en alliage, puis en aimant.Et même construire les moteurs qui utilisent ces aimants », détaille John Seaman, chercheur à l\u2019Institut français des relations internationales et auteur d\u2019un rapport récent sur ENVIRONNEMENT Les métaux rares au cœur du virage vert de la Chine Pékin importe de plus en plus de terres rares pour « délocaliser la pollution » hors du pays Une femme se tient debout sur un pipeline tout près d\u2019un « lac toxique » entouré de raffineries de terres rares près de la ville de Baotou, en Mongolie intérieure.ED JONES AGENCE FRANCE-PRESSE le sujet.Les entreprises étrangères, elles, sont incitées à s\u2019installer dans le pays pour s\u2019assurer un approvisionnement en matières premières pérenne.En 2015, déjà, la Chine produisait trois quarts des aimants permanents composés de néodyme dans le monde.Mais la Chine pourrait ne plus être capable de répondre à ces besoins qui augmentent, alors qu\u2019elle lutte activement contre les exploitations illégales du sud-est du pays.« Les Chinois attendent une forte explosion de la demande liée à la transition vers les voitures électriques dans le secteur économique.Cela pousse des industriels chinois à aller chercher ailleurs », continue John Seaman.Pékin investit notamment en Australie, au Groenland, à Madagascar, en Tanzanie et aux États-Unis pour limiter l\u2019extraction locale et garder ses stocks tout en concentrant le raffinage.En Californie, la fameuse mine de Mountain Pass a été rachetée par un consortium d\u2019investisseurs en partie chinois en 2017.Pollutions Paradoxalement, ces métaux permettant la transition énergétique sont tout sauf écolos.Comme l\u2019explique le journaliste spécialisé Guillaume Pitron à Libération : « Le coût environnemental de l\u2019extraction est très important, car les terres rares proviennent de mines à ciel ouvert.Ensuite, le raffinage lui aussi est coûteux : séparer les métaux demande beaucoup d\u2019eau et de produits chimiques, qui sont ensuite déversés dans la nature », et le secteur minier lui- même est très consommateur d\u2019énergie, donc en Chine de charbon.Constat partagé par Gaétan Lefeb- vre.« Pour récupérer les terres rares de l\u2019argile ionique, on injecte directement des acides qui sont ensuite pompés, ce qui rend les terres inutilisables par la suite.» Importer permet donc à Pékin de délocaliser une partie des pollutions tout en répondant à sa demande intérieure croissante, alors que la Chine prévoit de construire 16 millions de véhicules d\u2019ici 2030.My Pregnancy Journey, financée de sa poche par l\u2019entrepreneuse sud-africaine Jacqueline Rogers.Cette application, qui verra le jour au mois d\u2019avril, propose aux femmes enceintes une multitude de conseils et les informe, mois par mois, sur les problèmes qu\u2019elles pourraient être amenées à rencontrer au cours de leur grossesse.« Je veux que les femmes africaines aient accès à toute la connaissance possible sur leur grossesse et avoir une influence positive sur la maternité en Afrique », confie Jacqueline Rogers.« En Afrique, le besoin d\u2019informations fiables sur la grossesse est énorme », souligne-t-elle.Parmi les dix pays au monde où le taux de mortalité infantile est le plus élevé, neuf sont africains.Et la moitié des cinq millions d\u2019enfants qui meurent chaque année avant d\u2019atteindre l\u2019âge de cinq ans vivent en Afrique sub- saharienne, a rappelé la directrice régionale de l\u2019OMS, Matshidiso Moeti, à l\u2019ouverture du Forum.ANNE-SOPHIE FAIVRE LE CADRE À PRAIA AGENCE FRANCE-PRESSE Jeune étudiant en médecine, le Dr Akhi- mien a été bouleversé par la mort d\u2019une camarade d\u2019école particulièrement brillante, victime d\u2019un avortement clandestin.Grâce à des technologies informant les jeunes sur la sexualité, en toute discrétion, de telles tragédies pourraient aujourd\u2019hui être évitées.«L\u2019absence de communication autour de la contraception génère toujours plus de contaminations par le sida et de grossesses non désirées», diagnostique Charles Immanuel Akhimien, dont le pays, le Nigeria, compte 3,1 millions de porteurs du VIH et 34 000 décès par an dus à des avortements clandestins, selon des statistiques officielles.Son application, « myPaddi », met en relation anonymement des médecins avec des jeunes pour qu\u2019ils reçoivent des conseils sur la sexualité et la contraception.C\u2019est l\u2019une des 30 innovations médicales sélectionnées au 2e Forum de l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la santé en Afrique, qui s\u2019est ouvert la semaine dernière à Praia, capitale du Cap-Vert.Parmi l\u2019ensemble des projets présentés, une proportion importante a trait à la reproduction et aux maladies sexuellement transmissibles dans des pays où l\u2019éducation sexuelle est encore souvent taboue et où l\u2019avortement, généralement illégal, risque de mener les femmes à la prison ou à la tombe.Au bout du doigt D\u2019une énergie contagieuse, Morenike Fajemisin, une compatriote du Dr Akhi- mien, est animée de la même détermination à accorder aux femmes le droit de disposer de leur corps.Parce qu\u2019elle ne supportait plus d\u2019être confrontée aux conséquences des carences de l\u2019éducation sexuelle au Nigeria, cette pharmacienne de 30 ans a créé Whispa (pour whisper, chuchotement en anglais), une application mobile permettant aux jeunes femmes d\u2019accéder au moyen de contraception de leur choix, dans le strict respect de leur intimité.« Si une jeune fille va demander la pilule à son médecin ou à un pharmacien, elle risque de se faire sermonner et bombarder de questions.Est-ce qu\u2019elle n\u2019est pas trop jeune ?Est-ce qu\u2019elle est vierge ?Combien a-t-elle eu de partenaires ?explique Morenike Fa- jemisin.Avec une application mobile, il n\u2019y a plus d\u2019ingérence humaine.» « Si la cousine avec laquelle je vivais dans mon enfance avait eu Whispa, elle ne serait pas tombée enceinte à l\u2019école secondaire.Elle aurait pu poursuivre ses études et réaliser ses rêves », dit la jeune femme en soupirant.Mortalité infantile Même en cas de grossesse désirée, alors que l\u2019enfantement et la maternité sont valorisés dans les sociétés africaines, rares sont les applications adaptées à la culture et aux traditions locales.Des lacunes que vise à combler l\u2019application zimbabwéenne Afrimom, en anglais et en langues locales, ou encore AFRIQUE S\u2019informer sur la sexualité derrière son écran Pour éviter les avortements clandestins, des applications permettent d\u2019obtenir des contraceptifs de façon anonyme 167 % C\u2019est le bond qu\u2019ont connu l\u2019an dernier les importations de terres rares de la Chine par rapport à 2017, selon le cabinet de conseil Adamas Intelligence Parmi les dix pays au monde où le taux de mortalité infantile est le plus élevé, neuf sont africains.CHARLES BOUESSEL AGENCE FRANCE-PRESSE LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R AVRIL 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin out indique que les deux écrasements de Boeing 737 Max survenus en l\u2019espace de cinq mois ont été causés par des erreurs de conception, qu\u2019on aurait dû déceler avant la mise en marché de l\u2019appareil.Selon les informations qui circulent depuis quelques jours, le contenu des boîtes noires, analysé à Paris, révèle que les pilotes d\u2019Ethiopian Airlines auraient été incapables de désengager le système antidécrochage qui forçait obstinément l\u2019appareil à piquer du nez.Cette version des faits vient confirmer ce que la plupart des experts craignaient depuis l\u2019écoute des conversations entre pilotes et contrôleurs aériens, et surtout depuis le constat d\u2019une similarité troublante de mouvements erratiques quelques instants après le décollage avec l\u2019aéronef de Lion Air.Sans jamais admettre ouvertement l\u2019erreur de conception du mécanisme antidécrochage baptisé Maneuvering Characteristics Augmentation System (MCAS), les dirigeants de Boeing ont indirectement reconnu le problème, la semaine dernière, devant les 200 pilotes, techniciens et régulateurs étrangers venus prendre connaissance des modifications envisagées.D\u2019abord, ils ont reconnu qu\u2019une seule sonde installée sur le devant de l\u2019avion pour calculer l\u2019angle d\u2019ascension \u2014 laquelle aurait transmis des données erronées \u2014 était insuffisante et qu\u2019une deuxième devra être ajoutée.De plus, en cas de malfonctionnement de ces sondes, les pilotes pourront rapidement désactiver le système grâce à l\u2019ajout d\u2019un mécanisme d\u2019urgence jusqu\u2019ici optionnel.Malgré l\u2019importance évidente d\u2019un tel mécanisme de sécurité, Boeing n\u2019avait pas jugé bon d\u2019en équiper tous ses avions.Pas plus que de faire mention de l\u2019existence du système antidécrochage lui-même dans le manuel de l\u2019utilisateur.Ce qui nous ramène à l\u2019étape de la certification de ces appareils conçus et construits en un temps record pour concurrencer l\u2019Europe et la Chine.Comparaissant mercredi dernier devant un comité du Sénat, le directeur par intérim de l\u2019Agence fédérale de l\u2019aviation américaine (FAA), Daniel K.Elwell, a défendu l\u2019actuel processus de certification qui, depuis 2005, délègue de plus en plus de responsabilités aux constructeurs.« Il nous faudrait 10 000 employés de plus [que les 44 000 actuellement] pour faire ce travail », a-t-il avancé pour se justifier.Chaque année, les constructeurs, dont Boeing, dépensent des millions en lobbying pour tenter d\u2019influencer les élus (15 millions pour Boeing, l\u2019an dernier seulement), avec succès.Le même phénomène d\u2019autorégulation s\u2019observe ailleurs, y compris chez nous, mais les derniers événements devraient forcer les autorités de partout à réévaluer ce choix.Cela suffira-t-il pour revenir à l\u2019époque d\u2019une plus grande indépendance des agences de régulation ?En réponse aux sénateurs, l\u2019Inspecteur général du ministère des Transports, Calvin Scovel, a tenté de se faire rassurant en disant qu\u2019une révision des processus de certification par la FAA serait entreprise.C\u2019est déjà ça, mais de là à s\u2019attendre à ce que le gouvernement Trump fasse marche arrière, ne rêvons pas.En revanche, il est probable que les exigences attendues des constructeurs soient accrues.Et le Canada doit aussi faire son examen de conscience, car l\u2019affaire Boeing est trop grave : on ne parle pas, ici, d\u2019accidents causés par des erreurs humaines, la météo ou un entretien bâclé, mais par la mauvaise conception initiale d\u2019un système, qui aurait dû être corrigé avant la mise en service du premier appareil.Ou du moins conduire au rappel des appareils dans les jours qui ont suivi le premier écrasement, car Boeing savait déjà que son système antidécrochage était en cause.La preuve qu\u2019elle le savait, c\u2019est que, dès cet instant, ses experts ont entrepris d\u2019apporter des changements au système fautif, mais se sont contentés d\u2019ajouter une page au guide de l\u2019utilisateur expliquant comment désengager le MCAS en cas de problème.Ni correction ni formation et, surtout, aucun rappel d\u2019appareil.Il a fallu attendre le deuxième écrasement et la mort de 157 autres personnes pour que les autorités américaines, après tout le monde, y compris le Canada, se décident à clouer les 737 Max au sol pour une durée indéterminée.Le monde entier attend maintenant de ce gouvernement et de son constructeur chouchou qu\u2019ils prennent conscience de leur immense responsabilité en matière de sécurité aérienne dans la vie moderne.Qu\u2019ils présentent leurs excuses, qu\u2019ils indemnisent adéquatement les familles des victimes et les clients, et surtout qu\u2019ils corrigent les failles dans le processus de régulation de l\u2019aviation civile.Notre sécurité à tous en dépend.Gérard Szaraz Ingénieur forestier, ancien Forestier en chef En 2010, les espoirs étaient grands en instituant un régime forestier visant à gérer la forêt « comme un tout », maintenant la biodiversité et la viabilité des écosystèmes.Malgré les progrès substantiels des dernières années, le modèle forestier demeure toujours celui d\u2019approvisionner en bois l\u2019industrie forestière.Les autres valeurs sont souvent considérées comme étant des « contraintes » à prendre en compte tout en minimisant leur impact sur le bois.Les engagements formulés par les décideurs ne semblent pas toujours se matérialiser de manière probante.Il y a lieu d\u2019être préoccupé, car les risques de retour du balancier sont bien réels.Ces lacunes se manifestent par les difficultés à traiter adéquatement d\u2019enjeux importants.Ceux- ci concernent, par exemple, la protection de l\u2019habitat du caribou forestier, le parachèvement du réseau d\u2019aires protégées, le consentement des communautés autochtones, l\u2019harmonisation des usages bois \u2014 faune - villégiature - récréo- tourisme ou l\u2019instauration de forêts communautaires.Tout récemment, la Coalition pour la préservation du Mont- Kaaikop, dans les Laurentides, témoignait son exaspération, après six ans de revendications, à faire reconnaître et à protéger les multiples valeurs associées à ce territoire convoité pour l\u2019exploitation du bois.Dans une optique d\u2019aménagement durable, ce regroupement soulignait l\u2019importance de recourir à une approche de développement territorial plutôt que sectoriel (bois) en considérant l\u2019ensemble des biens et services fournis par la forêt.Il est malheureux de constater l\u2019écart grandissant dans les positions des intervenants entre les dimensions sociale, environnementale et économique.Cela résulte notamment de la faiblesse du leadership des décideurs et d\u2019un rapport de force inégal.Le contexte et les modalités de participation du public, des parties intéressées et des Premières Nations représentent certainement un facteur qui explique, en partie, la difficulté à forger les consensus.En effet, les conférences régionales des élus et leurs commissions forestières ont été abolies en 2014, alors qu\u2019elles représentaient pourtant l\u2019interlocuteur régional et le relais aux tables locales de gestion intégrée des ressources et du territoire.Un certain vide persiste toujours, et les capacités sont à développer pour ces dernières afin d\u2019assurer une prise en compte des intérêts des personnes et des organismes concernés par l\u2019aménagement forestier sur le territoire public.De plus, la Consultation publique sur le projet politique de consultation sur les orientations en matière d\u2019aménagement durable des forêts et de gestion du milieu forestier s\u2019est terminée en 2017, mais on demeure sans nouvelle depuis près de deux ans.Cela lance un curieux signal sur le sérieux de la démarche et sur l\u2019évolution des mentalités, qui ne semblent pas prendre le virage important découlant du nouveau régime forestier.Pourtant, la recherche de solutions concertées peut porter ses fruits.Ce fut le cas pour les sommets sur la forêt privée en 1995 et sur l\u2019avenir du secteur forestier en 2007.Ce dernier a abouti à une déclaration commune appuyée par les représentants des parties et des Premières Nations.Comme le reportait Le Devoir à cette occasion, « le plus extraordinaire, c\u2019est que tout le monde est reparti content, à des degrés divers sans doute, mais néanmoins heureux de voir cette réunion se terminer sur des perspectives d\u2019un dialogue futur harmonieux et fructueux ».Cette initiative multipartite a effectivement permis de dynamiser la refonte du régime forestier.Aujourd\u2019hui, le nouveau régime forestier demeure une œuvre inachevée.Le plus dur reste à faire, soit l\u2019aménagement du territoire forestier pour l\u2019ensemble de ses biens et services.Leur protection et leur mise en valeur seront assurées dans la mesure de la diversité des acteurs qui y participent.Les chauffeurs de taxi ont joué le jeu Selon Aristote et saint Thomas d\u2019Aquin, la justice, c\u2019est de rendre à chacun ce à quoi il a droit.Les propriétaires de permis de taxi ont honnêtement joué le jeu.Un jeu établi et arbitré par le gouvernement.Un gouvernement qui a perçu des taxes proportionnées au montant des transactions effectuées sous l\u2019égide de la Commission des transports du Québec.C\u2019est bien beau de dire au- jourd\u2019hui qu\u2019un permis de taxi, ça ne vaut pas 200000$ et qu\u2019il y a eu «surenchère».Mais tous ceux qui ont pris un taxi depuis quatre ou cinq ans étaient bien contents d\u2019avoir ce service à leur disposition.Or, 200000$, c\u2019était le prix à payer il y a quatre ou cinq ans pour être en mesure d\u2019offrir ce même service.Naturellement, le chauffeur de taxi qui achète un permis prend un risque qu\u2019il doit assumer.Son investissement peut gagner ou perdre de la valeur selon les fluctuations du marché.Mais avec le projet de loi Bonnardel, il ne s\u2019agit pas de fluctuation ni même de modification du marché, mais bien plutôt de l\u2019abolition arbitraire du marché puisque dorénavant, il ne sera plus nécessaire de détenir un permis pour opérer un taxi et qu\u2019en conséquence, les permis acquis ne valent plus rien.En fait, c\u2019est de l\u2019expropriation.Il peut arriver que le bien commun exige une expropriation.Je ne crois pas que ce soit le cas ici, voyant dans l\u2019«uberisation» de l\u2019économie et de la société quelque chose de néfaste.Une chose est sûre cependant.Si on exproprie, on doit le faire avec équité.Il y a fort à parier que les tribunaux donneront raison aux propriétaires de permis de taxi et obligeront le gouvernement à plus de justice.Yves Randon Québec, le 29 mars 2019 Les arbres qui cachent la forêt LIBRE OPINION LETTRES L\u2019AFFAIRE BOEING D\u2019abord, la négligence T ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu JEAN-ROBERT SANSFAÇON Aujourd\u2019hui, le nouveau régime forestier demeure une œuvre inachevée.Le plus dur reste à faire, soit l\u2019aménagement du territoire forestier pour l\u2019ensemble de ses biens et services.Deux remarques concernant la laïcisation de l\u2019État On pense \u2014 à tort, à mon avis \u2014 que le symbole religieux apparent correspond à une absence de neutralité dans les rapports interpersonnels (d\u2019autorité ou non).Cela étant dit, dans le monde des affaires, l\u2019apparence de conflit d\u2019intérêts est tout aussi importante que le conflit avéré ou non (et doit être dénoncée).Peut-être que ce qui importe ici aussi est l\u2019apparence de non-neutralité plus que sa réalité.Selon moi, l\u2019État laïque ne s\u2019oppose ni aux différentes religions ni à la foi ; il met en cause les représentations des religions (dans des contextes donnés).Lorsqu\u2019une religion interdit au croyant le retrait ou l\u2019absence (ponctuelle ou non) d\u2019un signe extérieur d\u2019appartenance \u2014 alors qu\u2019il n\u2019y a rien de plus intime, de plus intérieur que la foi \u2014, le problème se trouve peut-être dans la religion.Isabelle Durand Otterburn Park, le 30 mars 2019 Vivement une enquête publique ! L\u2019archevêque de Montréal, Christian Lépine, lance un «audit» des diocèses de Saint-Jérôme, Montréal, Saint-Jean\u2013Longueuil, Joliette et Valleyfield, dont le mandat sera de dénombrer les prêtres visés par des allégations de pédophilie, une recherche qui sera pilotée par l\u2019ex- juge Anne-Marie Trahan, réputée catholique pratiquante.En bref, l\u2019archevêché de Montréal enquêtera sur ses propres commettants.Or, il est maintenant de notoriété publique que la pédophilie dans le clergé est, depuis longtemps, érigée en système clos, derrière une omertà institutionnalisée jusqu\u2019au plus haut sommet de la hiérarchie de l\u2019Église, qui a agi comme complice d\u2019un système destiné à protéger ses ouailles pédophiles.Face à un tel constat, il m\u2019apparaît essentiel qu\u2019une commission d\u2019enquête publique soit créée dans le but d\u2019apporter un regard objectif sur les centaines de dénonciations d\u2019agressions sexuelles de la part des victimes de ces actes immondes.L\u2019omertà a assez duré, vivement une enquête publique indépendante pour révéler au grand jour toute la vérité sur cette face de l\u2019Église catholique cachée depuis trop longtemps.Henri Marineau Québec, le 31 mars 2019 A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R AVRIL 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Une autre façon de vivre L orsque mon taxi m\u2019a déposé près de l\u2019Étoile, le 2 mars, je m\u2019attendais au pire.Déjà, mon chauffeur était agacé par ma demande de retrouver les gilets jaunes, voulant à tout prix éviter les manifestations et les contrôles de police.D\u2019autant plus qu\u2019il y avait toujours une possibilité de violence durant ce seizième épisode de colère publique.Les casseurs auraient pu de nouveau mettre le feu à des voitures et les CRS auraient pu attaquer les casseurs en passant par des manifestants et des journalistes, dont moi.Mais vers 11 h 30, tout était calme dans les alentours de l\u2019Arc de triomphe et de l\u2019avenue Kléber.Je voyais même des touristes se promener comme si de rien n\u2019était.En effet, il n\u2019y avait pas de quoi s\u2019affoler.Me retrouvant au milieu du rassemblement juste devant le rond-point des Champs-Ély- sées, j\u2019ai été frappé par la bonne humeur qui régnait.Au fond, les gilets jaunes se comportaient également comme des touristes, l\u2019air ravi d\u2019être dans la capitale, heureux de redécouvrir leurs camarades.Et tout le monde semblait vouloir parler avec un journaliste arrivé d\u2019Amérique sans préjugés affichés.Mon premier gilet jaune s\u2019appelait Dany Lemaire, un entrepreneur de sécurité aux cheveux gris venu du Val-d\u2019Oise : « C\u2019était une obligation de monter sur Paris », m\u2019a-t-il raconté.Un devoir qu\u2019il remplissait chaque samedi depuis le début des manifestations alors qu\u2019il avait été invité à y participer sur Facebook.Avec son co-manifestant « Guillaume » à la perruque jaune, il réclamait « la justice fiscale », dont « la baisse de la TVA ».L\u2019abrogation par le gouvernement de la hausse de la taxe sur le carburant était bien, mais insuffisante pour améliorer la vie des gens ordinaires.« On gagne seulement 6000 euros par mois avec ma femme », a constaté Dany Lemaire.Tout cela ne faisait pas de Lemaire un révolutionnaire.Passé la cinquantaine, ça me paraissait évident, mais Le- maire l\u2019a souligné : « En aucun cas on ne veut renverser le gouvernement.Macron, c\u2019est notre président.» Alors, que veut-on vraiment ?Guillaume \u2014 qui ne souhaitait pas dévoiler son nom parce qu\u2019il « travaille dans une société cosmétique française du CAC 40 » \u2014 insista pour dire qu\u2019ils étaient « apolitiques », donc parler en termes bruts des revendications passait à côté du but essentiel du mouvement : « Il faut avoir une autre façon de vivre.» Un concept appuyé avec enthousiasme par Natalie Bouekama, fonctionnaire pour la mairie de Paris, qui dans son manque de spécificité pourrait expliquer pourquoi la tentative de créer une liste « Gilets jaunes » pour les élections européennes \u2014 soit faire de la politique conventionnelle \u2014 est ardemment contestée par beaucoup d\u2019adhérents.J\u2019ai remarqué un peu la même attitude chez Jonathan Becker, un barbu âgé de 31 ans, venu de la Picardie et qui brandissait quand même une grande pancarte de revendications précises (« ZÉRO SDF RIC ISF ; SMIC Retraite 1500 euros net/mois ; STOP Fraude et Évasion fiscale ; Re- nationaliser EDF GDF SNCF ») mélangées avec certaines qui étaient plus philosophiques et générales (« Que les GROS payent GROS \u2014 Que les Petits Payent Petit ; Interdiction de vendre les biens et le patrimoine de la FRANCE »).Encore là, rien de vraiment radical.Becker portait dans l\u2019autre main le joli drapeau de sa région, décoré de fleurs de lys et de lions, qui contrastait nettement avec d\u2019autres drapeaux décorés en rouge avec des images de Che Guevara.Les CRS sombres et muets qui empêchaient les manifestants d\u2019entrer dans la rue Arsène Houssaye auraient bien pu se demander s\u2019ils avaient affaire à des contre-révolutionnaires royalistes ou à des bolcheviks.Becker, en tout cas, voulait un gouvernement qui « nous écoute et qui ne fait pas que de la com ».Lui et d\u2019autres portaient des lunettes contre les gaz lacrymogènes ; cependant, je n\u2019ai pas ressenti une atmosphère de casse ni de sang.Heureusement, un flic aimable et barbu parcourait la ligne de départ sans casque d\u2019émeute en disant aux manifestants « c\u2019est pas la peine de mettre les lunettes, il n\u2019y aura rien ».Effectivement, le défilé a abouti paisiblement quelques heures plus tard à Barbès-Rochechouart, sans incident ni confrontation importante.Le refrain des gilets jaunes, « Paris, debout, soulève-toi ! », avait annoncé une réunion d\u2019amis plutôt qu\u2019une masse aveuglée par l\u2019hostilité.JOHN R.MACARTHUR Yvan Allaire Président exécutif du conseil, Institut sur la gouvernance d\u2019organisations privées et publiques (IGOPP) UBER et Lyft s\u2019adonnent à un premier appel public à l\u2019épargne (PAPE).Leurs dirigeants auront recours, semble-t-il, à des actions à droit de vote multiple pour s\u2019assurer du contrôle de leur société.Pourquoi donc ?Dans un passé récent, les entrepreneurs américains envisageant un PAPE pouvaient s\u2019en remettre à tout un train de mesures et d\u2019options pour protéger leur entreprise contre les prises de contrôle non souhaitées.Tout d\u2019abord, ils pouvaient choisir comme domicile légal de leur société un État doté de redoutables lois antiOPA (offre publique d\u2019achat), par exemple, les lois antichantage à l\u2019OPA ou les lois permettant aux conseils d\u2019administration de prendre en considération les intérêts de toutes les parties prenantes dans un contexte d\u2019OPA, et parfois les obligeant même à le faire.Comme beaucoup d\u2019entre eux ont arrêté leur choix sur l\u2019État du Delaware, ils pouvaient compter sur la règle, juridiquement bien établie dans cet État, de l\u2019appréciation commerciale (business judgment rule), laquelle accorde au conseil d\u2019administration la possibilité de dire simplement « non » à une tentative de prise de contrôle.Cependant, la plupart des sociétés de cette époque souhaitaient encore davantage de protection.Or, un large éventail de mesures de protection s\u2019offrait à eux au sein du système juridique américain (aucune d\u2019entre elles n\u2019étant vraiment possible au Canada).Au premier chef, la société pouvait adopter un renouvellement échelonné des mandats des administrateurs, de sorte qu\u2019un tiers seulement des administrateurs est élu chaque année.Cela veut dire, bien entendu, que pour prendre le contrôle d\u2019un conseil, l\u2019agresseur doit remporter une âpre bataille de procurations deux années de suite.Puis, la société pouvait insérer dans ses statuts une dragée toxique (poison pill) permanente (que l\u2019on nomme « régime de droits de souscription des actionnaires »).Cette manœuvre donnait à la société la capacité de diluer la participation d\u2019un acquéreur hostile une fois que celui-ci a atteint un niveau de participation au-delà d\u2019un seuil préétabli (habituellement, de 10 ou de 15 % des ÉCONOMIE Le pouvoir des actions à droit de vote multiple UBER, Lyft et les autres s\u2019entichent de ce régime qui permet d\u2019éviter les prises de contrôle non souhaitées Federico Sanchez Résident de Montréal Je ne sais pas qui, ni pour quelles raisons, a eu l\u2019idée de venir troubler la société québécoise avec un débat politique sur les symboles religieux.Tout d\u2019abord, et il faut se le rappeler constamment, la discrimination basée sur la religion est interdite par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne (disponible pour consultation gratuite en ligne).Des mesures qui empêcheraient l\u2019embauche d\u2019une personne à cause de ses croyances religieuses, qu\u2019elles soient manifestées visiblement ou non, viendraient à l\u2019encontre d\u2019une valeur fondamentale québécoise et seraient illégales.Cela étant dit, cette même charte attribue à l\u2019État le droit de fixer la portée des droits fondamentaux pour la protection de « l\u2019ordre public et du bien- être général des citoyens du Québec.» Les partisans de l\u2019interdiction en justifient donc le besoin par la protection d\u2019un autre principe fondamental québécois : la laïcité de l\u2019état.Mais qu\u2019est-ce, au fond, que cette laïcité ?Rien de moins que l\u2019un des piliers des démocraties occidentales.La laïcité exige que l\u2019État soit gouverné par les lois votées par les élus du peuple et non par des doctrines religieuses quelconques, soient-elles chrétiennes, juives ou bouddhistes.La laïcité, cependant, n\u2019interdit pas aux personnes ayant des croyances religieuses de travailler pour l\u2019État.Si c\u2019était le cas, nos fonctionnaires seraient tous des athées.En fait, la laïcité, par sa nature, protège le droit des citoyens ayant des croyances religieuses différentes de servir l\u2019État, qu\u2019ils soient catholiques ou protestants, pour autant qu\u2019ils acceptent la suprématie des lois du peuple dans l\u2019exercice de leurs fonctions.Contrairement, dans un régime non laïque, il serait impossible pour une personne pratiquant une religion autre que celle de l\u2019État d\u2019occuper sans crainte un poste civil.Ce qui fait peur à certains et anime ce conflit politique auquel personne n\u2019avait pensé il n\u2019y a pas si longtemps, disons-le à voix vive, est le port par des employés de l\u2019État de symboles autres qu\u2019un petit crucifix caché sous une chemise.Les costumes exotiques, quoi.Par ce fait, certaines religions sont des cibles plus faciles que d\u2019autres.Quelques-uns avancent même que les enseignants, étant une figure d\u2019autorité aux yeux des élèves, devraient porter des costumes neutres pour éviter de laver le cerveau aux jeunes et de les convertir par osmose à une religion autre que la leur (s\u2019ils en ont une).Or, je voudrais bien voir les statistiques des étudiants qui se sont convertis au judaïsme parce qu\u2019un prof portait une kippa ou à l\u2019islam parce qu\u2019une enseignante couvrait ses cheveux avec un foulard.S\u2019il y a un lieu où il faut protéger la liberté de religion et la tolérance encastrées dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, c\u2019est l\u2019école.Quelle sorte de message trans- mettrions-nous à nos enfants si on refusait un poste à une prof parce qu\u2019elle a des croyances religieuses qui incluent le port d\u2019un beau symbole quelconque ?Au contraire, nos écoles se doivent d\u2019être un portrait des libertés conquises par nos ancêtres : un symbole de la tolérance de notre société, qui est d\u2019ailleurs ce qui a attiré en premier lieu des immigrants des quatre coins de la planète, dont plusieurs fuyant des persécutions religieuses dans leurs pays.Il ne faudrait pas qu\u2019ils en trouvent ici.Non, mes amis, la discrimination religieuse n\u2019est pas justifiée par le bien de l\u2019ordre public, ni par la laïcité de l\u2019État.Elle est fondée sur la peur ancestrale de l\u2019autre, dont la manifestation la plus sombre est connue par un autre nom : le racisme.Au moment où ce débat horrifiant est relancé, envoyons un message clair à nos élus : la persécution religieuse est le domaine des dictatures.Elle n\u2019a pas sa place chez nous.La laïcité de l\u2019État protège la diversité religieuse actions en circulation) en émettant en faveur de tous les autres actionnaires des actions au rabais.Ainsi, la menace de déclencher une telle dragée toxique fait reculer un acquéreur hostile et donne au conseil un puissant levier dans le cadre de négociations de prise de contrôle.Enfin, la société peut imposer l\u2019exigence de majorité qualifiée pour l\u2019approbation des fusions en fixant des seuils élevés, habituellement de 66,7, de 75 ou de 85 %, en matière de vote pour les fusions ou d\u2019autres formes de regroupement d\u2019entreprises.Dans un tel contexte, avec de telles mesures assurant aux conseils d\u2019administration la possibilité de rejeter toute tentative hostile de prise de contrôle, les entrepreneurs n\u2019avaient pas vraiment besoin d\u2019actions à droit de vote multiple et, effectivement, assez peu d\u2019entre eux y avaient recours.Or, récemment, les actions à vote multiple sont devenues populaires, particulièrement chez les entrepreneurs du secteur des hautes technologies, alors que près du tiers d\u2019entre eux ont opté pour cette structure de capital au moment de leur PAPE.Ces nouveaux entrepreneurs consta- Et là, une idée m\u2019est venue à l\u2019esprit sur leur motivation fondamentale.Quand j\u2019avais demandé à Dany, à Guillaume et à Natalie de les prendre en photo, ils avaient tout de suite invité d\u2019autres copains à poser \u2014 un genre de portrait de famille.Sans minimiser la douleur économique des gilets jaunes, je me suis demandé si leur réunion chaque semaine n\u2019était pas aussi motivée par un sentiment d\u2019isolement et s\u2019ils ne réclamaient pas, en plus de l\u2019égalité, la fraternité et la chaleur humaine.Une fraternité perdue dans le chaos moderne d\u2019Internet, des grandes surfaces et du travail à mi-temps.Jules Mi- chelet a décrit cette conscience avant la révolution de 1848.Évelyne Pieiller le résume dans Le Monde diplomatique de mars : « Le peuple selon Michelet se reconnaît\u2026 loin des élites qui se fantasment cosmopolites et détachées de leur patrie\u2026 Mais il ne s\u2019agit pas de patriotisme ethnique.» D\u2019après l\u2019historien, « la France est \u201cplus qu\u2019une nation, c\u2019est une fraternité vivante\u201d et ce qui fait \u201cla vie du monde\u201d, c\u2019est \u201cla chaleur latente de sa Révolution\u201d ».John R.MacArthur est éditeur de Harper\u2019s Magazine.Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.Sans minimiser la douleur économique des gilets jaunes, je me suis demandé si leur réunion chaque semaine n\u2019était pas aussi motivée par un sentiment d\u2019isolement et s\u2019ils ne réclamaient pas, en plus de l\u2019égalité, la fraternité et la chaleur humaine tent que la plupart des mesures de défense d\u2019antan mises sur pied pour accorder à la direction et au conseil d\u2019administration des sociétés américaines un certain degré de protection contre les prises de contrôle non souhaitées sont contestées et graduellement éliminées.Les fonds institutionnels, lesquels sont maintenant, collectivement, les actionnaires majoritaires des sociétés en Bourse, ont systématiquement ciblé ces mesures par le truchement de propositions d\u2019actionnaires appuyées par une majorité d\u2019entre eux.Les résultats sont probants.Les conseils d\u2019administration dont les administrateurs ont des mandats échelonnés se retrouvaient chez 60 % des sociétés de l\u2019indice S & P 500 en 1998, ce pourcentage chutant à 34 % en 2008 et est de seulement 10 % en 2017.Les dragées toxiques étaient présentes dans 59 % des sociétés du S & P 500 en 1998, mais chutent à 20% en 2008 et ne se retrouvent plus que dans 2 % des sociétés en 2017.Quant à l\u2019exigence d\u2019une majorité qualifiée, elle était imposée par 61 % des sociétés du S & P 500 en 2008, mais ne l\u2019est plus que par 46% de celles-ci en 2017.Les entrepreneurs qui songent à lancer un PAPE savent très bien que les fonds de placement menant la charge contre toutes les mesures de défense vont persister jusqu\u2019à leur complète élimination.Leur objectif est clair : l\u2019asservissement complet des conseils d\u2019administration aux actionnaires (peu importe les intérêts des autres parties prenantes) ainsi que la possibilité pour quiconque en a les moyens de prendre le contrôle de la société ! Dans ce contexte, les actions à droit de vote multiple deviennent pour les entrepreneurs ayant une perspective à long terme la seule protection incontournable contre les prises de contrôle non souhaitées de même que la garantie d\u2019une certaine imperméabilité aux tentatives d\u2019intimidation par les marchés financiers contemporains.Il apparaît donc qu\u2019au fur et à mesure que le contexte de gouvernance des sociétés aux États-Unis en vient à ressembler au contexte canadien, les entrepreneurs américains se rendent compte, comme l\u2019ont fait beaucoup d\u2019entrepreneurs canadiens, que seul le mécanisme des actions à droit de vote multiple procure le temps et la latitude décisionnelle nécessaires pour réaliser le plein potentiel d\u2019une société.L\u2019entreprise Lyft a fait son entrée en Bourse la semaine dernière.DON EMMERT AGENCE FRANCE-PRESSE LEDEVOIR // LE LUNDI 1E R AVRIL 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.» FRANCE L\u2019école au cœur de la laïcité Le savoir exclut les vérités transcendantes, affirme la philosophe Catherine Kintzler CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT À PARIS LE DEVOIR Les deux premiers fonctionnaires de l\u2019État sont la nourrice et le maître d\u2019école », affirmait déjà au XIXe siècle Victor Hugo.À travers les mots du héros des Misérables, l\u2019ancien forçat Jean Valjean devenu Monsieur Madeleine, se profilaient déjà les débats qui allaient bientôt secouer l\u2019école laïque française.Au moment où le gouvernement de la CAQ souhaite interdire le port de signes religieux aux enseignants, la question de la place de la laïcité à l\u2019école est loin d\u2019être nouvelle.Pour la philosophe Catherine Kintz- ler, ce n\u2019est pas un hasard si, au Québec, les enseignants se retrouvent au cœur d\u2019une telle controverse.Car l\u2019école publique a toujours eu partie liée avec la laïcité.En France, l\u2019école fut d\u2019ailleurs laïque avant l\u2019adoption de la loi de 1905 de séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.Professeure émérite à l\u2019Université Lille III, Catherine Kintz- ler a été de tous les combats pour la laïcité.À cette nuance près que l\u2019auteure de Penser la laïcité (Minerve) s\u2019est élevée à la fois contre les communauta- rismes qui cherchaient à amoindrir la laïcité de l\u2019État et contre le « laïcisme » qui cherchait à en étendre les règles à la société civile.«L\u2019école est consubstantielle à la laïcité, dit-elle.Car l\u2019école est un lieu où chacun est appelé à construire sa propre autorité.Un lieu qui exclut donc les croyances et toute autorité transcendante.C\u2019est pourquoi on ne peut pas se présenter à l\u2019école en disant \u201cje ne crois qu\u2019à un seul livre\u201d ou \u201cce livre contient la vérité\u201d.À l\u2019école, il n\u2019y a pas de vérité préétablie.On peut être croyant, mais personne ne dit jamais \u201cje crois\u201d.D\u2019où l\u2019incongruité d\u2019y porter un signe religieux.Surtout quand il s\u2019agit du maître.» « Un pas de côté » Il y a évidemment des croyants à l\u2019école, et les enseignants ne font pas exception, reconnaît Catherine Kintz- ler.Mais la démarche même du savoir suppose, dit-elle, qu\u2019on laisse ses croyances à la porte.« À l\u2019école, personne ne peut m\u2019enjoindre de croire que la pression augmente avec l\u2019altitude.Ce qui est évidemment faux.Mais on ne peut pas non plus m\u2019enjoindre de croire le contraire, même si c\u2019est vrai ! Il faut le comprendre en refaisant les expériences de Pascal au Puy de Dôme.La construction d\u2019une connaissance demande que l\u2019on rompe avec toute autorité extérieure.Le savoir est Selon la philosophe Catherine Kintzler, l\u2019école est consubstantielle à la laïcité.Car l\u2019école est un lieu où chacun est appelé à construire sa propre autorité.REMY GABALDA AGENCE FRANCE-PRESSE par essence laïque.Il exclut les croyances, les autorités transcendantes.Même si celles-ci peuvent être un objet d\u2019étude.» Selon la philosophe, il en va aussi de la conception de l\u2019identité des individus.« L\u2019école est là pour enseigner aux enfants qu\u2019ils ne sont pas assignés à une identité, à une religion ou à une croyance.C\u2019est pourquoi l\u2019école demande à tous «un pas de côté», et à plus forte raison lorsqu\u2019on est enseignant.«Le professeur ne peut pas enseigner du haut ou au nom d\u2019une appartenance ou d\u2019une croyance.Il est exclu que le professeur s\u2019assigne lui-même d\u2019avance à une position qui laisserait penser qu\u2019il encouragerait certains élèves ou certaines opinions et en découragerait d\u2019autres.Le professeur doit être l\u2019exemple même de cette émancipation.» Selon Catherine Kintzler, si, pour savoir, il faut absolument passer par le doute, ce doute n\u2019a cependant rien à voir avec le relativisme.Notamment, celui de ceux qui affirment que le sens du voile islamique dépend de celui qui le porte.« En fait, on s\u2019en fiche de la raison pour laquelle une enseignante dit vouloir porter le voile.On n\u2019a pas à sonder les reins et les cœurs de chacun.Le voile a un sens indépendamment de celui que je me plais à lui donner.Le signe ne dépend pas de son émetteur, mais de la façon dont il est perçu.» Le fossé anglo-américain Catherine Kintzler n\u2019est pas sans constater le fossé qui sépare cette façon de penser de celle qui prévaut dans le monde anglo-américain, où la laïcité dite « à la française » est généralement dénigrée.Cela tient d\u2019abord à l\u2019histoire, dit-elle.« Contrairement aux Américains, nous avons été confrontés à une religion hégémonique où l\u2019Église réglait la vie, les mœurs et l\u2019état civil.D\u2019où l\u2019idée qu\u2019il faut non seulement protéger la liberté de conscience, mais aussi protéger l\u2019État des religions.Les Américains ont plutôt tendance à protéger les religions de l\u2019État.» Pour la philosophe, en Amérique, on ne comprend pas toujours qu\u2019il importe aussi parfois de protéger l\u2019individu de sa « communauté ».Elle cite l\u2019exemple des Italiens qui se réfugiaient en France au milieu du siècle E N B R E F Michel Duchesne tente une nouvelle fois sa chance Le Devoir a appris que c\u2019est l\u2019auteur et réalisateur Michel Duchesne qui défendra les couleurs du Bloc québécois dans la circonscription montréalaise de Lau- rier\u2013Sainte-Marie en vue des prochaines élections fédérales.La circonscription est présentement représentée par la députée néodémocrate Hélène Laverdière, qui a déjà annoncé qu\u2019elle ne se représenterait pas à l\u2019élection d\u2019octobre.Michel Duchesne était le candidat bloquiste à l\u2019élection partielle dans Outremont en février, remportée par la libérale Rachel Bendayan.Il fera face à Nima Machouf, l\u2019épouse de l\u2019ex- député de Québec solidaire Amir Kha- dir, qui tentera de se faire élire sous la bannière néodémocrate.L\u2019environnementaliste Steven Guilbeault devrait se présenter pour les libéraux.Le Devoir Unifor conclut quatre accords de principe avec le Canadien National Le syndicat Unifor a annoncé dimanche qu\u2019il avait conclu quatre accords de principe avec le Canadien National.Les négociations se sont amorcées le 24 janvier pour les quatre comités de négociations distincts.Selon Unifor, ses membres ont obtenu des « gains importants » au chapitre des règles de travail, des salaires et des avantages sociaux.Les modalités des nouvelles ententes ne seront pas rendues publiques avant d\u2019être présentées aux membres au cours d\u2019une série d\u2019assemblées de ratification.Le Conseil national 4000 d\u2019Unifor dit représenter 3300 travailleuses et travailleurs ferroviaires au Canada.La Presse canadienne Les Mémoires de Mulroney semblent contredire la version de Wilson-Raybould OTTAWA \u2014 Si Jody Wilson-Raybould a louangé Brian Mulroney pour avoir, selon elle, refusé de s\u2019ingérer dans le travail de sa procureure générale du temps qu\u2019il était premier ministre, c\u2019est qu\u2019elle a mal lu les Mémoires de M.Mulroney, dans lesquelles celui-ci se vante d\u2019avoir ordonné à sa procureure générale de soumettre une célèbre cause de meurtre à la Cour suprême du Canada.À l\u2019époque, la procureure générale était Kim Campbell, qui, selon M.Mulroney, a obéi au premier ministre dans la cause de David Milgaard.Mais la version de M.Mulroney contredit celle racontée par MmeCampbell dans sa propre autobiographie et citée par MmeWil- son-Raybould dans son mémoire remis la semaine dernière.La Presse canadienne Le Conseil national 4000 d\u2019Unifor dit représenter 3300 travail leuses et travailleurs ferroviaires au Canada.ANDREW VAUGHAN LA PRESSE CANADIENNE Le consensus français On croit les Français divisés sur tout et n\u2019importe quoi.Ce n\u2019est pas le cas sur la laïcité.Une enquête IFOP nous apprenait la semaine dernière que 87 % des Français étaient en accord avec la loi de 1905 dite de séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.C\u2019est en vertu de cette loi que les fonctionnaires n\u2019ont pas le droit de porter des signes religieux.Et 71 % des Français estiment que cette loi ne doit pas être modifiée, ce qui inclut même 68 % des catholiques et 66 % des musulmans ! La loi de 2004 qui interdit aux élèves de porter des signes religieux recueille aussi l\u2019appui de 83 % des Français, dont 85 % des catholiques et près de la moitié des musulmans (41 %).Ce consensus n\u2019empêche pas 74 % des Français de penser que la laïcité est menacée en France.dernier.Ils fuyaient Mussolini, mais aussi le poids de leur paroisse, des traditions et d\u2019une certaine assignation.« Ce fut particulièrement libérateur pour les femmes, dit-elle, qui sont souvent assignées à certaines fonctions, à certaines tâches.Ce n\u2019est pas sans raison que les filles aiment l\u2019école.» Comment l\u2019État pourrait-il être laïque si les fonctionnaires, et à plus forte raison les enseignants, ne le sont pas dans ce qu\u2019ils affichent ?se demande la philosophe.« Qu\u2019on le veuille ou non, les fonctionnaires dans l\u2019exercice de leurs fonctions représentent l\u2019autorité publique jusque dans leur façon de s\u2019habiller.Un enseignant qui porte un signe religieux n\u2019a pas dit un mot qu\u2019il a déjà affirmé une croyance et un parti pris.Bien sûr que, dans la réalité, il y a toujours des partis pris.Mais essayons de les combattre et de les neutraliser.Et surtout, ne les affichons pas.Après tout, nous vivons dans un monde de symboles.» La construction d\u2019une connaissance demande que l\u2019on rompe avec toute autorité extérieure.Le savoir est par essence laïque.Il exclut les croyances, les autorités transcendantes.CATHERINE KINTZLER » "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.