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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier C
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2019-02-02, Collections de BAnQ.

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[" C AHIER SPÉCIAL C LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 FÉVRIER 2019 DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL Ensemble pour l\u2019égalité des genres : tel est le thème de la Semaine du développement international de cette année, qui a lieu du 3 au 9 février.Pour l\u2019occasion, Le Devoir dresse un portrait de la situation et d\u2019initiatives mises sur pied d\u2019un bout à l\u2019autre de la province, du pays et du monde, afin d'enrayer ces inégalités encore très nombreuses.Pour la Semaine du développement international 2019, l\u2019Association des organismes de coopération internationale (AQOCI) a choisi pour thème les violences sexuelles faites aux femmes.G A B R I E L L E B R A S S A R D - L E C O U R S Collaboration spéciale Q uel rapport entre le développement international et les violences sexuelles faites aux femmes?«On doit absolument inclure les femmes dans les processus de paix.On doit aussi aider les femmes à s\u2019organiser et à s\u2019éduquer », explique Michèle Asselin, présidente de l\u2019AQOCI.Si les femmes, à travers le monde, prennent de plus en plus leur place pour dénoncer les agressions qu\u2019elles subissent, elles le font moins en temps de conflits et de guerre.Certaines se marient même avec leur agresseur.Une façon d\u2019être protégée, en quelque sor te, contre d\u2019autres agressions, mais qui leur enlève tout recours de dénonciation.« Il faut vraiment les aider et les éduquer pour qu\u2019elles se sentent assez outillées pour parler publiquement et sortir de leur état de vulnérabilité », affirme la présidente.Malgré ce constat, Mme As- selin obser ve que, même en temps de conflits, les femmes ont déjà tendance à se solidariser et à s\u2019organiser entre elles.« Elles tentent de s\u2019entraider, de dénoncer, de lutter et d\u2019améliorer leurs conditions malgré tout », témoigne-t-elle.Une bande dessinée comme outil de sensibilisation Depuis quelques années, l\u2019AQOCI choisit la bande dessinée comme outil de sensibilisation, travaillant avec des bédéistes dif férents chaque fois, souvent eux- mêmes impliqués dans des luttes reliées à l\u2019organisme.Cette année, on a fait appel à D.Mathieu Cassendo Impliquer les femmes dans la réduction des inégalités Ensemble pour l\u2019égalité VOIR PAGE C 2 : AQOCI D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R 2 0 1 9 C 2 Pour que toutes et tous puissent jouir des mêmes droits, des mêmes opportunités de choix et des mêmes possibilités de contribuer au développement.rapportupadi2017-2018.upa.qc.ca Auteure et illustratrice prolifique, Élise Gravel est très connue des amateurs de littérature jeunesse.Au printemps 2014, elle partageait pour la première fois sur sa page Facebook une affichette ludique gratuite destinée à déboulonner les stéréotypes sexuels.Intitulée Les filles peuvent, cette dernière a suscité un intérêt si vif que l\u2019artiste a décidé de récidiver et d\u2019en faire une habitude.Son objectif : sensibiliser les jeunes et leur entourage aux grands enjeux qui la préoccupent.Changer les choses, E M I L I E C O R R I V E A U Collaboration spéciale « J e considère ça comme du bénévolat, confie d\u2019entrée de jeu Élise Gravel.C\u2019est ma façon à moi de contribuer à la société ; j\u2019ajoute mon grain de sel de la manière qui me convient le mieux.» Depuis la publication de Les filles peuvent, l\u2019artiste montréalaise n\u2019a pas chômé.En parallèle de ses nombreux projets professionnels, elle a non seulement trouvé le temps de créer une version masculine de son affichette initiale et de faire paraître Tu peux, un livre gratuit sur le thème des stéréotypes de genre, mais également de s\u2019attaquer à une poignée d\u2019autres thèmes qui lui tiennent à cœur.Elle a notamment produit des affichettes por tant sur le respect de la dif férence et le consentement.Elle s\u2019est également attardée à expliquer la réalité des réfugiés et à mettre en lumière la contribution exceptionnelle de certains d\u2019entre eux.« Quand je fais une af fiche, en général, c\u2019est parce que je vis une émotion forte par rapport à un sujet, explique Mme Gravel.Je vois une nouvelle, ça m\u2019inspire, j\u2019ai envie d\u2019en parler et je fais un dessin.Je le partage gratuitement parce que ce qui m\u2019importe, c\u2019est de partager un message.» Les enfants d\u2019abord Bien que ses affichettes soient très populaires auprès des adultes, Mme Gravel crée toujours ces dernières en pensant d\u2019abord aux enfants.Selon l\u2019artiste, sensibiliser tôt les jeunes aux différents enjeux de société s\u2019avère le meilleur moyen de s\u2019assurer que de réels changements peuvent survenir dans l\u2019avenir.« Je pense que c\u2019est très important de passer des messages d\u2019ouverture, de tolérance et d\u2019acceptation de soi aux enfants dès leur très jeune âge, indique-t-elle.Ils ne sont jamais trop jeunes pour apprendre ces choses-là, au contraire ! Il faut le faire pendant qu\u2019ils sont ouverts, qu\u2019ils sont en train de former leur compassion et leur empathie et qu\u2019ils apprennent à accepter la différence.J\u2019ai l\u2019impression que, pour bien des adultes, il est souvent trop tard.Avec les jeunes, on se donne une chance de créer un futur plus égalitaire, plus ouvert.» Reconnue pour ses illustrations ludiques, Mme Gravel utilise généralement l\u2019humour pour transmettre ses messages.Bien qu\u2019elle ait parfois de la difficulté à traiter avec légèreté de thèmes aussi sérieux que le racisme ou le sexisme, elle évite toujours de jouer les moralisatrices.« Ces messages-là sont souvent martelés d\u2019une façon pédagogique et un peu moralisatrice.Quand on les rend drôles, surtout pour les enfants, ils deviennent beaucoup plus faciles à avaler.» (qu\u2019on connaît aussi pour la conception de l\u2019une des pancartes thématiques de Québec solidaire pendant la dernière campagne électorale sur l\u2019assurance dentaire pour tous).L\u2019ar tiste, en collaboration avec l\u2019AQOCI, a illustré les histoires de résilience des femmes au Yémen, pays qui connaît la plus grave crise humanitaire de l\u2019humanité.«On sort des rapports et on écrit des articles, mais la bande dessinée rejoint plus de monde et est plus accessible », explique Mme Asselin.Cette dernière précise néanmoins que celle de cette année s\u2019adresse à un public un peu plus âgé compte tenu de la violence des histoires qu\u2019elle raconte.Mais plusieurs travailleurs de l\u2019AQOCI font une tournée des écoles tout au long de l\u2019année pour sensibiliser les jeunes au développement international et aux enjeux qui y sont liés, comme les violences sexuelles faites aux femmes.Plusieurs des activités de l\u2019AQOCI, dont le lancement de la bande dessinée, qui aura lieu le 6 février prochain, sont également filmées en direct pour être dif fusées sur les réseaux sociaux.L\u2019aspect éducationnel est essentiel pour l\u2019organisme, entre autres avec les femmes qui vivent dans des pays en guerre et qui rencontrent de multiples difficultés.Les droits LGBTQ+ Pour l\u2019AQOCI, les droits LGBTQ+ doivent aussi faire partie de la lutte contre les inégalités.«Ça relève des droits de la personne, et on doit les inclure dans une vision globale du développement », indique la présidente.La personne qui a fait la bande dessinée intitulée Les femmes de Saba désire ne pas être genrée.La Semaine du développement international est célébrée partout au Canada.Le thème des violences sexuelles faites aux femmes est particulier au Québec.«La préoccupation de l\u2019égalité hommes-femmes et des violences faites aux femmes fait partie depuis longtemps de notre ADN et on doit absolument aller de l\u2019avant et réfléchir à ce sujet dans l\u2019ensemble de notre travail», confie Michèle Asselin.Elle ajoute qu\u2019il faut agir avec et pour les femmes, et que l\u2019implication des populations, en faisant l\u2019éducation des garçons, est essentielle à la lutte contre les inégalités.SUITE DE L A PAGE C 1 AQOCI Un outil de sensibilisation D.Mathieu Cassendo, en collaboration avec l\u2019AQOCI, a illustré les histoires de résilience des femmes au Yémen.D.MATHIEU CASSENDO / AQOCI Les femmes de Saba Histoires de résilience au Yémen D.Mathieu Cas- sendo, Semaine du développement international, AQOCI 63 % Les violences envers les femmes et les filles ont augmenté de plus de 63 % depuis le début du conflit au Yemen, selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).Quelque 2,6 millions de femmes et de filles sont aujourd\u2019hui menacées de violences physiques ou sexuelles.En 2016, plus de 10 000 attaques envers les femmes et les filles ont été recensées.Bien qu'énorme, ce chiffre ne serait pas représentatif de la réalité, alors que la majorité des violences ne sont ni dénoncées ni répertoriées.Le Yémen est considéré comme étant parmi les pires pays de la planète concernant les droits des femmes : 14 % des Yéménites sont mariées avant l\u2019âge de 15 ans, 52 % avant leurs 18 ans et 70 % des femmes sont illettrées. D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R 2 0 1 9 C 3 une affichette à la fois ILLUSTRATIONS ÉLISE GRAVEL « Je pense que c\u2019est très important de passer des messages d\u2019ouverture, de tolérance et d\u2019acceptation de soi aux enfants dès leur très jeune âge » « Ces messages-là sont souvent martelés d\u2019une façon pédagogique et un peu moralisatrice, relève-t-elle.Quand on les rend drôles, surtout pour les enfants, ils deviennent beaucoup plus faciles à avaler.J\u2019essaie de garder ça en tête et d\u2019éviter d\u2019être didactique.» Encore du chemin à faire Créées tantôt en français, tantôt en anglais, les af fi- chettes de Mme Gravel sont souvent traduites dans plusieurs langues et partagées un peu partout à travers la planète, même dans des pays où l\u2019artiste n\u2019est pas très connue.«Les gens à travers le monde me demandent l\u2019autorisation \u2014 que je donne tout le temps \u2014 et font les modifications eux-mêmes sur le fichier en haute résolution que je leur fournis.J\u2019ai eu des demandes d\u2019environ une vingtaine de langues», précise-t-elle.Ses affichettes font toutefois souvent réagir.Il n\u2019est pas rare que l\u2019artiste reçoive des commentaires désobligeants de la part de personnes réfractaires aux messages qu\u2019elles véhiculent.«L\u2019affiche qui a le plus fait jaser, c\u2019est celle sur les réfugiés.Au Québec, ça n\u2019a pas été si pire, mais aux États- Unis et en Europe, les réactions étaient très vives.J\u2019ai eu droit à beaucoup de colère et j\u2019ai reçu des messages comme : \u201cPrends-les chez toi, les réfugiés !\u201d J\u2019ai passé deux jours à essayer de répondre poliment à ça, puis j\u2019ai arrêté parce que ça ne servait à rien», relate-t-elle.Loin de se laisser démonter par de telles réactions, Mme Gravel entend bien continuer à of frir gratuitement des illustrations por teuses d\u2019ouverture et d\u2019égalité.« L\u2019actualité me donne sans cesse de nouvelles idées, confirme-t-elle.Le sexisme, le racisme et l\u2019intolérance à la différence, je vais continuer d\u2019en parler tant que j\u2019aurai des angles pour le faire.» D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R 2 0 1 9 C 4 5 à 7 Mazbi, restaurant yéménite 4669, rue Saint Denis, Montréal POUR EN SAVOIR PLUS : AQOCI.QC.CA LANCEMENT BD MERCREDI 6 FÉVRIER DANS LE CADRE DE LA SEMAINE DU DÉVELOPPMENT INTERNATIONAL Venez rencontrer D.MATHIEU CASSENDO Événement gratuit Les inégalités sont encore grandes et nombreuses à travers le monde entre les hommes et les femmes, ainsi qu\u2019entre les garçons et les filles.Ces inégalités sont aussi souvent décuplées dans les pays en conflit.Portrait de la réalité de plusieurs femmes et filles à travers le monde, en chiffres et en images.G A B R I E L L E B R A S S A R D - L E C O U R S Collaboration spéciale Portrait des inégalités de genre UNE FEMME SUR TROIS Près d\u2019un tiers (30 %) des femmes dans le monde qui ont eu une relation de couple disent avoir subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur partenaire, selon l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS).Sur le continent américain, une femme sur trois dit avoir souffert de violences conjugales au cours de sa vie, selon une étude publiée en 2018 par l\u2019Organisation panaméricaine de la santé (OPS).Toujours sur le continent américain, 60 % des femmes auraient été victimes de violences.Plusieurs cas de violences ne sont toutefois jamais rapportés.37 PAYS Dans 37 pays, aucune poursuite n\u2019est intentée contre les violeurs s\u2019ils sont mariés à leur victime ou s\u2019ils les épousent par la suite.Cela prive donc les victimes de tout recours et donne un exutoire aux auteurs potentiels de violences sexuelles.(Source : ONU) 308 CAS DE VIOLENCES SEXUELLES « La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) a recensé 308 cas de violences sexuelles liées au conflit, ayant touché respectivement 155 femmes et 138 filles (dont 48 avaient été recrutées par des groupes armés).» (ONU) 53 ACTES DE VIOLENCE SEXUELLE CONTRE DES FEMMES ET DES FILLES EN AFGHANISTAN « En 2017, la Mission d\u2019assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a recensé 53 actes de violence sexuelle commis contre des femmes et des filles, dont trois cas avérés de violences sexuelles liées au conflit perpétrés par des membres de groupes armés illégaux et de la police locale afghane », d\u2019après le dernier rapport du Secrétaire général sur les violences sexuelles liées aux conflits, de l\u2019ONU.130 MILLIONS Selon l\u2019organisme à but non lucratif One, plus de 130 millions de filles n\u2019ont toujours pas accès à l\u2019école à travers le monde.Toujours selon One, neuf des dix pays où les filles ont le moins accès à l\u2019éducation se trouvent en Afrique, le Soudan du Sud figurant en tête de peloton, où seulement 15,93% des filles ont accès à l\u2019éducation.Suivent ensuite dans ce classement la République centrafricaine (17,75 %), le Niger (21,50 %), l\u2019Afghanistan (23,51 %), le Tchad (27,16 %), le Mali (29,28 %) et la Guinée (30,35 %).D\u2019autre part, plus de la moitié des filles des dix pays recensés ici se marieraient avant 18 ans, et environ une fille sur quatre serait obligée de travailler.220 MILLIONS D\u2019ENFANTS Environ 220 millions d\u2019enfants âgés de 5 à 17 ans travaillent dans le monde, dont 152 millions de manière illégale (principalement pour des questions d\u2019âge), peut-on lire dans le livret Les inégalités expliquées aux jeunes produit par l\u2019Observatoire des inégalités.Parmi eux, l\u2019Organisation internationale du travail (OIT) estime qu\u2019ils sont 72 millions à occuper un emploi dangereux.DE 112 À 153 MILLIARDS Selon l\u2019organisme One, la réduction des inégalités entre les filles et les garçons dans le monde en ce qui concerne l\u2019accès à l\u2019éducation pourrait rapporter entre 112 et 152 milliards de dollars chaque année aux pays en développement.3 % DE FEMMES DANS LES COMITÉS DE NÉGOCIATIONS DES PACTES DE PAIX Seulement 3% de femmes sont présentes quand vient le temps de négocier des accords de paix dans les pays en conflit.« Il faut absolument changer cette donne», affirme la présidente de l\u2019AQOCI, Michèle Asselin.(ONU, AQOCI).Selon l\u2019ONU et l\u2019AQOCI, 35 pays sont présentement en conflit dans le monde, dont la Série, le Yémen, l\u2019Irak, l\u2019Afghanistan, et plusieurs pays africains, comme la République démocratique du Congo.19 JUIN 2008 C\u2019est à cette date que l\u2019ONU a reconnu que les violences sexuelles pouvaient être considérées comme un crime de guerre.C\u2019est aussi la Journée internationale pour l\u2019élimination de la violence sexuelle en temps de conflit.(Le Monde) 3,8 MILLIARDS DE DOLLARS DANS L\u2019ÉDUCATION DES FEMMES ET DES FILLES À l\u2019été 2018, et dans la foulée du G7, le Canada, de concert avec l\u2019Allemagne, la Banque mondiale, le Japon, le Royaume-Uni et l\u2019Union européenne, a annoncé un investissement de près de 3,8 milliards de dollars canadiens, le plus important jamais annoncé dans l\u2019éducation des femmes et des filles en situation de crise et de conflit.Cet investissement pourrait changer la vie de millions de femmes et de filles parmi les plus vulnérables dans le monde.(AQOCI, 45eNord.ca) 100 ANS Selon le rapport sur les inégalités hommes- femme publié par le Forum économique mondial, il nous faudra encore 100 ans pour venir à bout des inégalités.D.MATHIEU CASSENDO/AQOCI Em Tarek, une dame âgée vivant dans un camp de réfugiés, a besoin de soins médicaux mais ne sait comment aller à l\u2019hopital depuis la mort de son mari dans un accident d\u2019auto deux jours auparavant.Akkar, Liban.Octobre 2015. D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R 2 0 1 9 C 5 LE POUVOIR CITOYEN CONTRE LA PAUVRETÉ DEPUIS 45 ANS! POUR LUTTER VOUS AUSSI CONTRE LA PAUVRETÉ ET COMBATTRE L\u2019INJUSTICE, JOIGNEZ-VOUS AU MOUVEMENT : WWW.OXFAM.QC.CA AU QUÉBEC, NOUS AVONS SENSIBILISÉ AUX INÉGALITÉS : en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes, Oxfam-Québec a réalisé, avec 130 partenaires locaux : 58 projets de développement durable.13 interventions d\u2019urgence.Et tous ces projets sont réalisés grâce à plus de 20 000 donatrices et donateurs.L\u2019an dernier.6 000 jeunes des écoles secondaires grâce à notre 48e Marche Monde.3 500 écoliers grâce à 18 mini Marche Monde.10 840 élèves grâce à 396 ateliers offerts dans les établissements d\u2019enseignement.NOS EXPERTISES ICI ET DANS LE MONDE > Éducation à la citoyenneté mondiale > Sécurité alimentaire et développement agricole > Développement économique des femmes et des jeunes > Interventions lors de crises humanitaires > Lutte contre la violence faite aux femmes > Eau potable, hygiène et assainissement 26 Magasin du Monde offrant des produits équitables ont été gérés par des jeunes, soutenant ainsi les productrices et producteurs du Sud.DANS LES ÉCOLES SECONDAIRES ET LES CÉGEPS : MERCI À VOUS : Ce cahier spécial a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.La rédaction du Devoir n\u2019a pas pris part à la production de ces contenus.Visages des femmes du monde «La photographie est un moyen de raconter des histoires de peine et d\u2019espoir pour susciter une prise de conscience de la part du public et conséquemment un désir d\u2019aider», affirme le photojournaliste Frederic Seguin.C\u2019est dans cet esprit qu\u2019il visite plusieurs pays et projets d\u2019ONG internationales depuis 2015.Parmi les clichés qu\u2019il a ramenés, plusieurs témoignent des réalités différentes des femmes et des jeunes filles à travers le monde.Voici quatre images qui valent mille mots.PHOTOS FREDERIC SEGUIN Une mère porte sa fille et tente de la protéger de la pluie dans l\u2019attente du processus d\u2019enregistrement dans le camp de réfugiés de Moria.Île de Lesbos, Grèce.Octobre 2015.Les résidents de la ville de Bhaktapur s\u2019affairent à nettoyer les débris jonchant les rues.Bhaktapur, Népal.Avril 2015.Une jeune élève prépare son examen final dans la cour de l\u2019école de musique Kalkeri Sangeet Vidyalaya.Organisme : Kalkeri Sangeet Vidyalaya Dharwad, Karnataka, Inde.Janvier 2015. D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R 2 0 1 9 C 6 Il est temps d\u2019agir ! Partagez le chemin et marchez en solidarité avec les 68,5 millions de personnes migrantes et réfugiées forcées de fuir leur foyer.En savoir plus : devp.org/marche Changer le monde, une femme à la fois Présentation de différents projets à travers le monde qui luttent contre les inégalités J E A N - F R A N Ç O I S V E N N E Collaboration spéciale L e Honduras a beaucoup fait parler de lui depuis quelques mois, en raison de la forte présence de ses citoyens au sein des caravanes de migrants avançant vers la frontière américaine.Dans ce pays d\u2019Amérique centrale peuplé de 9,1 millions d\u2019habitants, plus de six personnes sur dix vivent sous le seuil de pauvreté, plusieurs touchant moins d\u2019un dollar par jour.Des coopérants québécois collaborent avec des organisations locales pour contribuer à l\u2019amélioration de la situation, notamment en aidant les femmes et les jeunes à y prendre leur place.La spécialiste de l\u2019environnement Nalitha Paradis s\u2019est engagée ces dernières années dans deux projets de coopération d\u2019Oxfam-Québec au Honduras.Elle a d\u2019abord collaboré avec des organismes locaux, dont le Comité de développement et de défense de la faune et de la flore du golfe de Fonseca (CODDEFFAGOLF), dans un projet réalisé auprès de 112 femmes âgées de 15 à plus de 60 ans.Ces femmes d\u2019Amapala, municipalité située sur une île du sud du Honduras, récoltent des palourdes et des sardines.Leur technique consiste à construire des demi-cercles de pierres, que l\u2019eau recouvre à marée haute.Lorsque la marée se retire, des palourdes et des sardines s\u2019y retrouvent prisonnières et sont récoltées par les pêcheuses équipées d\u2019un seau et d\u2019un filet.« Il s\u2019agit d\u2019un travail harassant, exigeant de passer parfois jusqu\u2019à dix heures par jour sous un soleil de plomb», précise Nalitha Paradis.Oxfam souhaite améliorer l\u2019autonomie de ces femmes et les aider à tirer un plus grand bénéfice de leur travail.Le projet comprenait l\u2019établissement d\u2019une certification locale assurant un même niveau de qualité, de fraîcheur et de salubrité entre les produits vendus par les différentes femmes.Cette certification apporte une valeur ajoutée et les aide à se démarquer auprès des acheteurs.Un organisme partenaire, l\u2019Institut national de formation professionnelle (INFOP), a offert aux femmes de nombreux cours allant de la survie en mer à la commercialisation, en fonction de leurs besoins.En effet, les 112 femmes sont scindées en quatre groupes, dont deux s\u2019occupent de la pêche et deux autres de la commercialisation.L\u2019autre partenaire, CODDEFFA, s\u2019est chargé de donner des cours de leadership aux femmes, afin de les aider à s\u2019approprier la parole dans un milieu où celle-ci demeure souvent l\u2019apanage des hommes et à prendre assez confiance en elles pour devenir elles- mêmes des meneuses.Les jeunes s\u2019approprient l\u2019aquaponie Dans un deuxième projet, 120 jeunes garçons et filles âgés de 12 à 30 ans ont été appuyés dans le développement d\u2019un élevage aquaponique.Dans ce type d\u2019approche, des plantes et des poissons sont élevés en même temps dans un système fermé.Les déjections des poissons servent d\u2019engrais aux plantes, dont les racines purifient l\u2019eau.« Nous avions réalisé que les jeunes de cette communauté souffraient d\u2019un manque d\u2019accès à l\u2019alimentation, donc ce projet vise la sécurité alimentaire », explique Nalitha Paradis.Le système permet de faire pousser des légumes, tout en élevant des tilapias et des perches, un poisson que l\u2019on trouve dans les rivières locales.Les jeunes ont été engagés dans le projet dès le processus d\u2019élaboration, afin de s\u2019assurer qu\u2019il correspondait à leurs besoins et à leurs envies.Ils gèrent eux-mêmes le système aquapo- nique, par exemple en effectuant les petits changements d\u2019eau lorsque cela est nécessaire, en nourrissant les poissons et en prenant les décisions au quotidien.« La population du Honduras a envie de changer la réalité du pays pour vivre dignement, et les femmes et les jeunes ont un rôle important à jouer pour y arriver», croit Nalitha Paradis.Ouvrir les coopératives aux femmes et aux jeunes De son côté, Serge Lantagne dirige le Projet Canada- Honduras de valorisation agroforestière (CAHOVA) de la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI).Financé par Affaires mondiales Canada, le projet intervient auprès des 4000 membres de 42 coopératives honduriennes actives dans les filières bois et ébénisterie, café, cacao, ramboutan (aussi appelé litchi chevelu) et miel.La moyenne d\u2019âge des coopératives agricoles au Honduras est de 47 ans.Cela peut sembler jeune aux yeux d\u2019un Québécois, mais il faut savoir qu\u2019au Honduras plus de la moitié de la population a moins de 25 ans.Il devient donc crucial d\u2019intégrer les jeunes.«Le milieu agricole hondu- rien a un problème de relève, et le rôle de la femme, pourtant réel, reste plutôt invisible, explique Serge Lantagne.Le projet CAHOVA vise à relever ces deux défis.» Cela passe par un assouplissement de certaines règles des coopératives, lesquelles réservent la possibilité d\u2019être membres aux seuls propriétaires terriens.Cela exclut d\u2019office la plupart des femmes et des jeunes.Les instigateurs du projet CAHOVA souhaitaient d\u2019abord convaincre les hommes de vendre un lopin de leur terre à leur épouse, afin que celle-ci puisse devenir membre de la coopérative.Ils se sont toutefois heurtés à une grande résistance de la part des hommes devant la perspective de céder légalement une parcelle de leur terre.Une solution originale a donc été élaborée.Il s\u2019agit des commodats.Plutôt que de vendre un lot de leur terre, les agriculteurs le cèdent en usufruit pour une période minimale de cinq ans.La plupart des 200 commo- dats signés jusqu\u2019à maintenant portent sur une période de 10 ans, et certains vont même jusqu\u2019à 20 ans.«C\u2019est important, car cela permet aux femmes d\u2019investir dans leur terre en sachant qu\u2019elles en auront encore l\u2019usage dans plusieurs années», précise Serge Lantagne.Le projet a débuté en 2016 et prendra fin en 2021.Au terme de cette période, M.Lantagne espère que 400 commodats auront été signés.Cela permettrait d\u2019atteindre une parité hommes-femmes au sein des coopératives.Ces dernières ont par ailleurs fait un effort de leur côté en assouplissant certaines règles.Plutôt que de devoir être propriétaires pour devenir membres, il faut maintenant simplement travailler la terre.Les femmes et les jeunes voient donc leur accès grandement facilité.Il leur reste à prendre leur place dans les instances, comme les conseils d\u2019administration.Les femmes reçoivent des formations pour apprendre à lire des états financiers, à s\u2019exprimer en public et à développer une confiance suffisante pour accepter de siéger à ces instances.Des comités de genre ont aussi été mis en place dans les coopératives.Composés de femmes, ils recensent les besoins des membres féminins et rédigent des plans d\u2019action pour favoriser l\u2019égalité des sexes dans ces organismes.Des avancées se font, par exemple, sur le plan de l\u2019équité salariale.Et c\u2019est loin d\u2019être fini.Après avoir travaillé sur l\u2019accès aux terres et aux moyens de production, SOCODEVI s\u2019attelle maintenant au financement de la production des femmes.Elle pourrait passer par des programmes de crédits of fer ts dans le cadre des coopératives.«Nous nous pencherons aussi sur la commercialisation de leurs produits, qui pourrait, par exemple, bénéficier d\u2019une certification \u201cproduit par des femmes\u201d, comme nous l\u2019avons déjà fait pour des productrices de café en Colombie », conclut M.Lantagne.Pêcher et cultiver pour plus d\u2019autonomie et d\u2019égalité Après avoir travaillé sur l\u2019accès aux terres et aux moyens de production, SOCODEVI s\u2019attelle maintenant au financement de la production des femmes.SOCODEVI « La population du Honduras a envie de changer la réalité du pays pour vivre dignement, et les femmes et les jeunes ont un rôle important à jouer pour y arriver » D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R 2 0 1 9 C 7 M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale H uit cents témoignages comme autant de fils tissent la trame de Bongo Té, Tika !, une pièce qui dénonce les violences que subissent les femmes en République démocratique du Congo (RDC).Ce p r o j e t , c \u2019 e s t c e l u i d e l \u2019 O N G Théatr\u2019Action, basée en RDC, en collaboration avec le Théâtre des Petites Lanternes de Sherbrooke (TPL) et réalisé avec le soutien d\u2019Oxfam-Québec.L\u2019aventure débute en 2014 lorsque Oxfam interpelle le TPL.L\u2019organisme souhaitait voir, dans une perspective d\u2019innovation, comment les arts pouvaient contribuer à bâtir un meilleur dialogue avec la société civile.« Lors de la première rencontre, c\u2019était très clair que la question des violences sexuelles était prioritaire.Le sujet m\u2019a particulièrement intéressée parce qu\u2019il est mondial et non seulement propre à la RDC », explique Angèle Séguin, directrice artistique du TPL et coau- teure de Bongo Té, Tika ! Bien qu\u2019universelle, la situation est toutefois endémique à Kinshasa, capitale de la RDC.Dans cette ville de plus de 15 millions d\u2019habitants, un grand nombre de personnes subissent leur lot de violences, surtout des femmes.Au cœur du projet d\u2019Angèle Séguin : La Grande Cueillette des mots, un processus de création cher au TPL qui consiste à récolter, dans des carnets de paroles individuels, des témoignages, ici ceux de 600 femmes et de 200 hommes qui deviendront le matériau brut du texte de la pièce.Pour que ce projet fonctionne, pour que la parole de ces femmes, éloignées des structures de pouvoir dans un pays où elles n\u2019ont jamais accès aux politiciens, puisse être entendue, il était primordial de mettre sur pied un comité de pilotage de haut niveau capable de faire le pont et de réintroduire cette parole dans la société civile.Composé de représentants d\u2019ONU Femmes, de l\u2019UNESCO, du Fonds des Nations unies pour la population, de la magistrature, des chefs coutumiers, ce comité de rêve s\u2019est réuni à de nombreuses reprises.« C\u2019est avec eux qu\u2019on a élaboré le thème des carnets.Il reprend une phrase de l\u2019hymne national du pays : \u201cPlus beau qu\u2019avant\u201d », raconte la coauteure.Des comédiens ont été formés, ainsi que des animateurs et des intervenants psychosociaux, et les séances d\u2019écriture ont pu commencer.Témoin de l\u2019opération, Angèle Séguin raconte : « C\u2019était pour ces femmes un abandon complet, elles ont totalement fait confiance au processus.C\u2019étaient des moments magiques et, à les regarder écrire, on pouvait voir leur histoire et toute leur vie se dérouler dans leur corps\u2026 Une fois le crayon sur le papier, on Les mots pour dire la violence congolaise \u2014 les comédiens, le metteur en scène, les costumières\u2026 \u2014 s\u2019est ensuite envolée pour le Québec pour passer un mois à Sherbrooke à travailler le texte final.Ces répétitions ont créé des tensions au sein de l\u2019équipe et surtout auprès des interprètes masculins, qui craignaient d\u2019être jugés, ostracisés, mais aussi d\u2019être montrés du doigt par d\u2019autres hommes parce qu\u2019ils convoyaient une parole féministe.«C\u2019était l\u2019époque où le mouvement #MeToo faisait beaucoup parler de lui et, d\u2019une certaine façon, c\u2019est ce qui a libéré les comédiens puisqu\u2019 i ls ont compris que ce n\u2019étaient pas seulement eux, les méchants», se rappelle la directrice.Depuis, 69 spectacles ont été donnés entre la mi-février et la fin avril 2018, et 37 210 personnes ont été touchées, pour une moyenne de 465 personnes par représentation.Et malgré le contexte social tendu lié aux récentes élections en RDC, les spectacles doivent reprendre dès février.L\u2019accueil qu\u2019a reçu la pièce a été spectaculaire.Dans les écoles, la pièce a donné lieu à de vifs débats, et assurément à un éveil exponentiel de la jeunesse.Les jeunes ont ressenti la pièce comme quelque chose de libérateur de certains usages sans toutefois ef facer complètement la culture traditionnelle des Congolais.De plus, cette utilisation de l\u2019art social a eu d\u2019autres résultats im- por tants : Mfumu Difima, secrétaire général de l\u2019Alliance nationale des autorités traditionnelles du Congo, a demandé récemment à ce qu\u2019une formation sur la violence faite aux femmes et aux filles soit offerte à tous les chefs coutumiers de la région.« Plus on s\u2019approche avec respect des communautés avec lesquelles on veut collaborer [ .], plus on a un réel dialogue et une confiance mutuelle qui s\u2019installent et plus on a de chances de donner à nos spectacles un impact réel sur la société civile », conclut Angèle Séguin.La pièce Bongo Té, Tika ! dénonce les violences que subissent les femmes en République démocratique du Congo.THÉÂTRE DES PETITES LANTERNES DE SHERBROOKE Paroles de femmes Voici en vrac des paroles extraites des carnets qui ont servi à l\u2019écriture de la pièce.Les textes n\u2019ont pas été corrigés, ils sont tels que lors de la saisie.« De la nourriture.Moi femme, je n\u2019ai aucune valeur.Je ne suis que leur nourriture.» « La femme est un être faible.Elle est la septième bête après le crapaud.La femme n\u2019est rien.Les femmes sont des imbéciles, les pensées des femmes ne se limitent qu\u2019à leurs genoux.» « Elle n\u2019a qu\u2019à tout supporter, garder le silence, faire obstacle à ses propres sentiments, retenir l\u2019insupportable, taire sa colère et ne pas le dénoncer.Et comme elle supportait tout, elle est devenue imbécile.» « On les considerait comme des objets, elles ne s\u2019asseyaient jamais au salon, elles n\u2019avaient rien à dire à l\u2019homme elles ne pouvaient s\u2019asseoir aux côtés de son homme et quand elles travaillent, on ne peut pas la payer au même salaire qu\u2019un homme.» «La violence est devenue une blague, un jeu.Une femme a été mariée à un homme qu\u2019elle n\u2019avait jamais vu, Un phénomène bizarre sa cuisine avait l\u2019amertume de son âme quelque soit le plat qu\u2019elle faisait.» «La femme est violentée parce que ses parents ont eu à demander un montant exagéré de la dot.Et pour l\u2019homme il croit qu\u2019il a le droit de faire n\u2019importe quoi.» «Que l\u2019homme sache que je suis son semblable et que la différence de sexe ne lui donne pas autant de pouvoir sur moi.» ne pouvait plus arrêter le flot.» « On a voulu garder cette parole au plus près de son état brut pour l\u2019intégrer à la création de la pièce », explique la directrice.C\u2019est avec l\u2019aide de Marie-Louise Bibish, une journaliste et femme de lettres congolaise installée à Montréal depuis 2010, et d\u2019un conseiller drama- turgique du Centre des auteurs dramatiques qu\u2019ils ont str ucturé le texte.Toute l\u2019équipe ar tistique D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R 2 0 1 9 C 8 M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale D epuis 1980, les gouvernements qui se succèdent au Pérou sont constamment aux prises avec de graves problèmes.Il y eut d\u2019abord des difficultés d\u2019ordre économique, puis l\u2019arrivée de la guérilla gauchiste du Sentier lumineux.L\u2019élection d\u2019Alber to Fujimori en 1990 apporte quelques années de calme relatif, mais en 2000, ce dernier quitte ses fonctions.Ce sont en fait les trois derniers présidents du pays qui seront forcés de démissionner sous des allégations de corr uption.Le nouveau président, Martín Vizcarra, n\u2019est en place que depuis l\u2019an dernier.Ode Lunardi, une Montréalaise de 33 ans, était arrivée au Pérou en 2015 dans le contexte d\u2019ébullition sociale lié aux élections.La jeune femme en est revenue le mois dernier, après un séjour de trois ans comme coopérante volontaire pour Oxfam-Québec.« Au Pérou, Oxfam a développé une stratégie de lutte contre les inégalités, explique Ode Lunardi.Au cours de ces élections, nous avons mis sur pied une coalition regroupant des acteurs de la société civile qui tentent de relever les défis posés par les dif férents aspects de l\u2019inégalité économique, environnementale et de genre.» Pour y arriver, trois groupes qui n\u2019ont pas l\u2019habitude de se retrouver autour d\u2019une même table ont été réunis : la société civile traditionnelle, les groupes de jeunes militants et les journalistes d\u2019enquête et de la presse indépendante.L\u2019objectif : allier toutes ces forces militantes afin de suivre en temps réel l\u2019action du gouvernement et de s\u2019assurer que celle-ci prend en compte leurs attentes, notamment sur les questions liées à l\u2019emploi et à la précarité.Pour faire circuler l\u2019information, la plateforme Actúa.pe a été créée.« Actúa signifie \u201cagir\u201d et pe, tout en étant l\u2019URL du pays, en argot péruvien, ça signifie aussi \u201cs\u2019adresser à quelqu\u2019un de manière informelle\u201d.On pourrait traduire par \u201cc\u2019est à toi d\u2019agir!\u201d » explique la coopérante.Durant la campagne électorale, de nombreuses activités ont été organisées sous la bannière d\u2019Actúa, comme un forum des candidats et une déclaration de la société civile sur les inégalités.« Après les élections, on a procédé à l\u2019évaluation des actions avec les acteurs avec qui on travaillait, et on s\u2019est aussi questionné sur la valeur ajoutée d\u2019Oxfam dans le contexte », raconte Ode Lunardi.L\u2019expérience s\u2019est avérée enrichissante.Tous les groupes participants se sont nourris de l\u2019expérience des autres.Par exemple, les acteurs de la société civile traditionnelle ont aimé d\u2019être en contact de jeunes militants.L\u2019exercice leur a entre autres permis de soumettre leur vocabulaire et leurs arguments à cet auditoire tout en s\u2019ajustant.De leur côté, les jeunes, habitués aux manifestations et aux grandes actions collectives, ont appris à présenter leurs arguments de manière cohérente avec des propositions concrètes.« Oxfam a quant à elle élaboré de l\u2019information destinée aux réseaux sociaux », ajoute la coo- Renforcer le militantisme des jeunes Péruviens Oxfam a développé une stratégie de lutte contre les inégalités au Pérou.LUZ MENDOZA UNSPLASH « Après les élections, on a procédé à l\u2019évaluation des actions avec les acteurs avec qui on travaillait, et on s\u2019est aussi questionné sur la valeur ajoutée d\u2019Oxfam dans le contexte » Ci-dessus, Cecilia Mamani, une femme avec un handicap physique, a pu établir des relations avec d\u2019autres personnes en dehors de sa famille grâce à sa participation au Projet d\u2019insertion socio-économique des femmes handicapées d\u2019Humanité & Inclusion financé par le Programme québécois de développement international (PQDI).Elle souhaitait développer son entreprise de fabrication de vêtements en laine d\u2019alpaga.Aujourd\u2019hui, Cecilia se sent appréciée par d\u2019autres personnes avec qui elle a développé des liens d\u2019amitié.Elle a commencé à utiliser les réseaux sociaux pour faire son marketing, ce qui lui a permis de générer plus de revenus.HUMANITÉ & INCLUSION CANADA Étendre son cercle et faire fructifier son entreprise pérante.De cette façon, la thématique des inégalités a pu rejoindre une grande partie de la population.Les laboratoires Actúa Forte de ces résultats, Oxfam s\u2019est aussi engagée auprès de groupes de jeunes militants en créant conjointement un programme de renforcement des capacités qu\u2019on a appelé les Laboratoires Actúa.pe pour s\u2019attaquer aux inégalités.« C\u2019était pour Oxfam une toute nouvelle façon de travailler, on a beaucoup appris», affirme Ode Lunardi.Ces laboratoires ont été mis en place grâce à un Fonds d\u2019initiative et de développement fourni par Oxfam-Québec.« Habituellement, c\u2019est un par te- naire local qui met en branle le projet et le rôle d\u2019Oxfam est de s\u2019assurer que tout fonctionne bien.Ici, on s\u2019est impliqué activement : on a mis en œuvre et on a créé conjointement un projet de 70 000 $ avec quatre groupes de jeunes militants qui représentaient chacun des types de luttes très différents.» Un collectif s\u2019intéressait aux questions de campagne de communication concernant la justice sociale.Un autre a joué un rôle clé dans certaines manifestations contre la corruption en lien avec les droits des travailleurs.Un troisième était concerné par les changements climatiques.Finalement, un quatrième collectif travaillait de façon locale dans un quartier parmi les plus pauvres de Lima.Ces collectifs sont devenus la rampe de lancement de quatre laboratoires Actúa.pe.Aujourd\u2019hui, des jeunes s\u2019impliquent dans le processus de consultation avec l\u2019État.Les termes des débats ont changé puisqu\u2019ils incorporent maintenant la justice fiscale, le genre ou la captation de l\u2019État.De nouvelles alliances sont nées entre divers groupes de militants, et de plus, ces interventions se poursuivent sans le financement d\u2019Oxfam.Ode en est convaincue: «Oxfam, c\u2019est le levier et le facilitateur dans cette relation basée sur l\u2019autonomie et sur une approche horizontale qui a fait ses preuves.» D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R 2 0 1 9 C 9 Un projet qui favorise un retour à la dignité L es exactions du groupe terroriste Boko Haram au Nigeria ont causé des ravages.Fuyant la terreur, des centaines de milliers de personnes se sont déplacées vers des camps de réfugiés.Pour trouver du bois de chauffe, indispensable à la cuisson des aliments, les femmes doivent s\u2019aventurer hors des camps.Or, dès leur sortie de ces lieux, elles deviennent des proies faciles pour le groupe terroriste.L\u2019ONG nigériane Gender Equality, Peace and Development Centre (GEPaDC), appuyée par l\u2019Œuvre Léger, a trouvé une solution à ce problème de sécurité.Elle a lancé la fabrication de briquettes à partir de résidus de biomasse recueillis sur place (bran de scie, herbes, écales d\u2019arachides, etc.).Ces briquettes sont ensuite utilisées dans des fours à combustion améliorée (fuel-ef ficient stove), faits de feuilles de métal.« Ces appareils ont plusieurs avantages, af firme Patricia Donli, directrice exécutive de GEPaDC.Ils nécessitent moins de biomasse que les fours traditionnels et produisent aussi moins de gaz carbonique (CO2) et de fumée.» La fabrication des briquettes a aussi un autre important bénéfice environnemental.Elle permet de sauvegarder les arbres dans la région.Une campagne de plantation d\u2019arbres a même été entreprise.Redonner leur dignité aux femmes Ce projet permet aux femmes participantes d\u2019avoir un peu de revenus en vendant les briquettes à l\u2019intérieur du camp, selon Mme Donli.Une situation beaucoup plus favorable qu\u2019auparavant, alors qu\u2019elles devaient opter pour des stratégies de survie négatives comme la prostitution, entre autres, pour acheter l\u2019indispensable bois de chauffe.Parallèlement à ce projet, une formation de sensibilisation et de prévention à la violence domestique est aussi offerte aux femmes dans le centre de fabrication des briquettes.Les hommes y participent aussi.« La formation les amène à soutenir les femmes, mais aussi à protéger femmes et filles contre la violence sexiste et à adhérer au système de déclaration en matière de violence sexiste dans leur communauté », mentionne Mme Donli.Cette formation, donnée pour l\u2019instant à petite échelle, touche 400 femmes et 100 hommes.Pour aller plus loin Le projet, soutenu financièrement par l\u2019Œuvre Léger, est en cours depuis six mois.« Jusqu\u2019ici, nous l\u2019avons financé à même nos fonds internes, af firme Chanèle Boulet-Gauthier, coordonnatrice, action humanitaire de l\u2019Œuvre Léger.Nous souhaitons toutefois obtenir un soutien financier pour le poursuivre une autre année.» Selon Mme Boulet-Gauthier, le projet, toutefois, « tombe entre deux chaises».«Ce n\u2019est pas uniquement un projet qui répond à une crise humanitaire et ce n\u2019est pas non plus seulement un projet d\u2019aide au développement, dit-elle.C\u2019est un peu des deux.Cette situation rend la recherche de financement plus dif ficile, mais nous avons bon espoir de pouvoir trouver les fonds.» Un soutien non intrusif Dans ce projet, l\u2019Œuvre Léger offre un soutien financier et logistique, mais le maître d\u2019œuvre demeure l\u2019ONG ni- gériane GEPaDC.« Ce sont eux qui possèdent l\u2019expertise et qui connaissent le mieux les besoins sur le terrain, dit Mme Boulet-Gauthier.C\u2019est notre philosophie de l\u2019aide étrangère.Nous les aidons notamment dans les demandes de subvention et dans la formulation de proposition de projets.» L\u2019Œuvre Léger est d\u2019ailleurs présente dans cette région de l\u2019Afrique depuis plusieurs années.« Depuis trois ans, nous avons un gros projet dans l\u2019extrême nord du Cameroun, en partenariat avec Affaires mondiales Canada et une ONG locale, dit-elle.Il vient en aide à 75 000 personnes touchées par les violences perpétrées par le groupe Boko Haram.» Les besoins y sont grands.On tente de combler notamment les besoins en eau potable, en nourriture et en soins de santé de base.Tous des besoins urgents pour une population vulnérable, déplacée, malgré elle, dans des camps de réfugiés.Boko Haram est toujours actif dans la région.Récemment, il y a eu une recrudescence d\u2019attaques du groupe, dans la région du lac Tchad, proche du camp de réfugiés où le projet géré par GEPaDC se déroule, selon Chanèle Boulet-Gauthier.Un projet de fabrication de briquettes vise à redonner une dignité aux femmes forcées de se reloger dans des camps de réfugiés au Nigeria.Petite histoire d\u2019un projet inspirant d\u2019aide humanitaire, doublé d\u2019un projet d\u2019aide au développement.S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale « La formation les amène à soutenir les femmes, mais aussi à protéger femmes et filles contre la violence sexiste et à adhérer au système de déclaration en matière de violence sexiste dans leur communauté » La fabrication des briquettes permet de sauvegarder les arbres dans la région.NIGERIA GEPADC / L'ŒUVRE LÉGER L\u2019ONG nigériane Gender Equality, Peace and Development Centre, appuyée par l\u2019Œuvre Léger, a lancé un programme de fabrication de briquettes à partir de résidus de biomasse recueillis sur place, dans les camps de réfugiés, au Nigeria.PHOTOS NIGERIA GEPADC / L'ŒUVRE LÉGER D É V E L O P P E M E N T I N T E R N A T I O N A L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R 2 0 1 9 C 10 DEVENEZ VOLONTAIRE ET FAITES UNE DIFFÉRENCE ! PARTAGEZ VOS CONNAISSANCES ET CONTRIBUEZ À UN MONDE PLUS ÉGALITAIRE Le programme Uniterra béné?cie de l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise d\u2019Affaires mondiales Canada.PLUS DE 300 MANDATS VOUS ATTENDENT SUR UNITERRA.CA © MICHEL HUNEAULT © NHUNG LUU © MICHEL HUNEAULT Dans le monde, 124 pays n\u2019ont toujours pas de législation contre la discrimination envers les gais.Certaines des personnes LGBTQ+, se sentant menacées dans leur pays (souvent de mort), émigrent ici ou ailleurs.Or, une fois rendues dans leur pays d\u2019accueil, elles peuvent vivre d\u2019autres frustrations, au Québec aussi.Entrevue avec Meryem Benslimane, conseillère d\u2019éducation en équité à l\u2019Université McGill et administratrice d\u2019AGIR, un organisme qui vient en aide aux personnes migrantes et réfugiées LGBTQ+, et Dalia Tourki, activiste en droit trans et éducatrice publique.DROITS DES MIGRANTS LGBTQ+ Encore du chemin à faire S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale Dans le rapport annuel d\u2019AGIR 2017-2018, on constate qu\u2019il y a eu une augmentation importante des migrants et réfugiés LGBTQ+ qui ont fait appel à vos services.Du début d\u2019avril 2017 au 31 mars 2018, 87 personnes se sont prévalues de vos services contre 52 en 2016-2017.À quoi attribuez-vous cela ?M.B.La principale raison est que notre organisme est mieux connu qu\u2019avant.Et il le sera davantage car, au cours de l\u2019année 2018, AGIR a obtenu pour la première fois une subvention du ministère de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion (MIDI).Jusqu\u2019ici, notre organisme fonctionnait grâce au bénévolat.Cette subvention de 150 000$, répartie sur trois ans, nous permet d\u2019embaucher deux personnes à temps partiel.Deuxièmement, je crois que cette hausse est aussi due à la politique américaine anti-LGBTQ+.Elle rend les gens inquiets.Toujours dans votre rapport annuel, on observe qu\u2019un grand pourcentage de personnes LGBTQ+ à qui vous offrez des services sont originaires d\u2019Afrique.Quelle en est la cause, selon vous ?M.B.Plus des deux tiers des personnes à qui nous venons en aide proviennent en ef fet de l\u2019Afrique francophone.La question de la langue joue un rôle, mais aussi le fait que ces gens se sentent menacés dans leur pays d\u2019origine.Les personnes trans sont les plus vulnérables.Elles sont souvent rejetées par leur famille, elles sont prises pour cible par des personnes intolérantes et par fois assassinées.De plus, si elles sont agressées, elles ne peuvent pas porter plainte à la police [ car souvent aucune loi ne les protège ].Depuis la désignation de Montréal comme ville refuge, les choses ont-elles évolué plus positivement pour les migrants LGBTQ+ ?M.B.Cette désignation ne signifie pas grand-chose pour le moment, car il n\u2019y a pas d\u2019entente entre la Ville de Montréal et l\u2019Agence des services frontaliers pour protéger les personnes en attente d\u2019un statut.Une simple infraction mineure (ex.: ne pas arrêter à un feu rouge) les rend passibles d\u2019expulsion.La mai- resse Plante est consciente de cette situation et compte changer cela.L\u2019Association des avocats et avocates en droit de l\u2019immigration (AQAADI) préconise la politique Don\u2019t ask, don\u2019t tell pour ces personnes, [ le principe consiste à ne pas questionner la personne à propos de son statut au moment où elle désire accéder aux services municipaux et, dans l\u2019éventualité où l\u2019absence de statut est malgré tout constatée, selon la politique, cette information ne doit pas être divulguée aux autorités compétentes en matière d\u2019immigration].Le Québec est la seule province canadienne où il est impossible pour les personnes trans de changer de prénom et de mention de sexe à moins d\u2019être citoyen canadien.De quelle façon cela leur cause-t-il préjudice ?D.T.Les personnes migrantes trans qui ont eu une chirurgie de changement de sexe ou qui s\u2019apprêtent à faire la transition vers un changement sont discriminées par cette impossibilité d\u2019avoir des pièces d\u2019identité qui correspondent à leur genre.Elles doivent attendre d\u2019être citoyennes canadiennes, ce qui peut prendre jusqu\u2019à cinq ans.Pendant ce temps, elles vivent avec des documents qui ne correspondent pas à leur identité de genre.Cela leur complique la vie.Par exemple, il leur est plus difficile de se trouver un emploi ou un logement.Depuis plusieurs années, le Centre de lutte contre l\u2019oppression des genres dont je fais partie milite pour faire changer cette situation injuste.À l\u2019automne 2017, Carole Poirier, députée du Parti québécois, a déposé le projet de loi 895 avec cet objectif.Or, la loi n\u2019a pas été adoptée.Depuis le 15 janvier dernier, un procès est toutefois en cours à la Cour supérieure pour forcer le gouvernement du Québec à procéder à ce changement.On vise à invalider 11 articles du Code civil, dont l\u2019article 71 qui empêche les personnes trans non citoyennes canadiennes de changer d\u2019identité de genre.Comment se présente la situation en général dans le monde pour les personnes LGBTQ+ ?M.B.Un grand nombre d\u2019États n\u2019offrent toujours pas de protection légale pour ces personnes.Certains pays ont fait des avancées concernant les droits LGBTQ+, mais la situation demeure dangereuse malgré tout.Par exemple, en Afrique du Sud, le mariage entre conjoints-conjointes de même sexe est autorisé, mais dans la population, c\u2019est encore difficilement accepté.D\u2019autres pays sont dans une situation semblable.Ici, il y a des situations où les tribunaux demandent l\u2019expulsion d\u2019une personne LGBTQ+ vers son pays d\u2019origine sans tenir compte du danger qu\u2019elle cour t si elle y retourne.Soit les juges ne croient pas que la personne pourrait être en danger en retournant dans son pays (à cause des lois adoptées en faveur de la communauté, mais non appliquées ou non respectées dans les faits), soit ils ne croient pas à la bisexualité de la personne ou à sa nouvelle identité de genre.On croit plus facilement les gais et les lesbiennes que les personnes bisexuelles ou trans.Heureusement, la Commission de l\u2019immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) a adopté en mai 2017 de nouvelles directives qui permettent de mieux évaluer la crédibilité de cas liés à la sexualité et au genre.C\u2019est un pas dans la bonne direction.Comment voyez-vous l\u2019avenir pour les groupes qui se portent à la défense des personnes LGBTQ+ ?M.B.Le fait qu\u2019AGIR ait obtenu une subvention pour la première fois est un bon point, car notre organisme est le seul qui se porte à la défense des migrants et réfugiés LGBTQ+ à Montréal.Cependant, de façon générale, les groupes LGBTQ+ québécois souffrent d\u2019un manque de financement chronique.« Les personnes migrantes trans qui ont eu une chirurgie de changement de sexe ou qui s\u2019apprêtent à faire la transition vers un changement sont discriminées par cette impossibilité d\u2019avoir des pièces d\u2019identité qui correspondent à leur genre.Elles doivent attendre d\u2019être citoyennes canadiennes, ce qui peut prendre jusqu\u2019à cinq ans.» JULIETTE F UNSPLASH "]
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