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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2018-12-28, Collections de BAnQ.

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[" VOL.CIX NO 295 / LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 / 1,30 $ + TAXES = 1,50 $ WWW.LEDEVOIR.COM AU CŒUR GELÉ DE LA SIBÉRIE Le réveil du Nord et de l\u2019Arctique INDEX Monde.A6 Éditorial .A8 Idées.A9 Culture .B1 Grille TV.B2 Décès .B6 Économie.B6 Météo .B8 Mots croisés.B8 Sudoku .B8 Sports.B9 Avis légaux.B9 ETC .B10 ACTUALITÉS Le tarmac de l\u2019aéroport de Montréal plus pollué que le centre-ville | A 3 CULTURE Un thé au Centre Phi avec douze artistes Près de 1600 kilomètres en 54 jours, en solo et sans assistance : un Américain, Colin O\u2019Brady, est le premier à avoir accompli l\u2019exploit de traverser dans ces conditions extrêmes les terres glacées de l\u2019Antarctique.VOIR PAGE A 5 ASSOCIATED PRESS Le premier à traverser l\u2019Antarctique en solo AMÉLI PINEDA LE DEVOIR SANTÉ Les cas de E.coli ont bondi en 2017 MARIE VASTEL CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Justin Trudeau avait fait de la réconciliation avec les peuples autochtones l\u2019une de ses grandes priorités en accédant au gouvernement il y a trois ans.Et pour y arriver, il a aboli le ministère des Affaires autochtones pour en scinder les responsabilités et les confier désormais à deux ministres.Un an et demi après leur nomination, Carolyn Bennett et Jane Philpott, respectivement ministre des Relations Couronne- Autochtones et ministre des Services aux Autochtones, n\u2019ont aucun doute : leur collaboration sur ce vaste dossier leur aura permis d\u2019en accomplir beaucoup plus.« Déjà, nous représentons maintenant deux voix autour de la table du conseil des ministres », note la ministre Carolyn Bennett, qui a accordé RÉCONCILIATION AUTOCHTONE Sur la voie de l\u2019autodétermination Un an et demi après leur nomination, les ministres Carolyn Bennett et Jane Philpott font le point sur le chemin parcouru Les cas d\u2019infections à la bactérie E.coli ont doublé dans les six dernières années, une hausse qui s\u2019explique à la fois par un meilleur dépistage de la maladie et par une plus grande attention du public aux rappels d\u2019aliments contaminés, explique un expert.En 2017, 210 cas d\u2019Escherichia coli (E.coli) ont été rapportés au Québec, révèle le rapport 2017 de Vigie et surveillance des maladies à déclaration obligatoire d\u2019origine infectieuse, publié il y a quelques jours par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.Le nombre de cas recensés a ainsi pratiquement doublé en un an alors qu\u2019en 2016 la maladie d\u2019origine alimentaire avait touché 133 personnes.De 2011 à 2015, on dénombrait en moyenne 96 personnes infectées.« L\u2019augmentation par rapport à la période 2012-2016 s\u2019explique par l\u2019utilisation de nouvelles techniques d\u2019analyse en laboratoire [\u2026] Depuis peu, le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ ) effectue la détection de shigatoxines Stx1 et Stx2 [des bactéries] responsables des infections à E.coli », peut-on lire dans le rapport du ministère de la Santé.Signe de conscientisation Bien que considérable, cette hausse n\u2019est toutefois pas inquiétante, assure un expert qui note une plus grande sensibilité de la part des consommateurs qui consultent un médecin lorsqu\u2019ils présentent des symptômes.« Il ne faut surtout pas paniquer en voyant le nombre de cas rapportés grimper, c\u2019est un signe de conscienti- sation collective », dit Sylvain Charle- bois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l\u2019Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse.« Ça ne veut pas dire que les produits sont MONIQUE DURAND COLLABORATRICE À YAKOUTSK LE DEVOIR Sibérie.Mot chargé, surchargé de froid et de glace, d\u2019affect, d\u2019histoire et d\u2019exils.Notre collaboratrice rentre d\u2019un voyage dans la République de Sakha, aussi appelée la Yakoutie, en Sibérie, à 400 km du cercle arctique.En cette période de Noël, elle nous raconte ce coin du pôle Nord, ceux et celles qui l\u2019habitent, avec leurs grandeurs et leurs misères.Elle nous fait entrer dans l\u2019âme du froid.Second article de trois.VOIR PAGE A 4 : INFECTION VOIR PAGE A 4 : AUTOCHTONES V êtues de costumes traditionnels immaculé- ment blancs, trois chanteuses yakoutes entonnent un chant vibrant remonté du fond des âges, une incantation à la terre mère saccadée par le rythme d\u2019un tambour.On croit entendre la poète innue Rita Mestokosho, au Devoir une entrevue collective avec sa collègue Jane Philpott.La première ne s\u2019occupe désormais que de la réconciliation entre Ottawa et les 634 communautés autochtones du pays.Elle œuvre à la conclusion avec elles d\u2019ententes sectorielles, afin de leur permettre ultimement d\u2019accéder à l\u2019autogouvernance.La seconde gère quant à elle la Cette hausse n\u2019est pas inquiétante, assure un expert qui note une plus grande sensibilité de la part des consommateurs qui consultent un médecin lorsqu\u2019ils présentent des symptômes au bord de sa rivière Mingan, sur la Côte- Nord du Québec, scandant une prière au dieu caribou, elle aussi accompagnée d\u2019un tambour.Nous sommes réunis dans une vaste enceinte de l\u2019Académie des sciences de la République de Sakha, avenue Lénine, à Yakoutsk.Dans cette patrie du froid, au nord de la Sibérie, vivent 300 000 habitants, dont la moitié est composée de Yakoutes, un Une église à Yakoutsk, image de marque de la ville MONIQUE DURAND VOIR PAGE A 2 : SIBÉRIE ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 HINA ALAM À VANCOUVER LA PRESSE CANADIENNE Les changements climatiques accélèrent la fonte des glaciers en Colombie- Britannique, au Yukon et en Alberta, faisant planer la menace d\u2019une montée des eaux et de la formation de déserts, préviennent des scientifiques.L\u2019ampleur de la transformation de cette zone est spectaculaire, relève David Hik, professeur d\u2019écologie à l\u2019Université Simon Fraser.« Probablement que 80 % des glaciers de montagne en Alberta et en Colombie-Britannique vont disparaître dans les 50 prochaines années », avance-t-il.Le glacier Peyto, situé dans les Rocheuses et une partie du parc national Banff, a perdu près de 70 % de sa masse au cours des cinq dernières décennies, illustre M.Hik.« C\u2019est un petit glacier, mais c\u2019est un cas typique », précise-t-il.Tandis que la planète se réchauffe à un rythme accru, la fragmentation de certaines calottes glaciaires va se poursuivre dans les Rocheuses, expose Zac Robinson, qui enseigne pour sa part à l\u2019Université de l\u2019Alberta.Les glaciers se forment lorsque la neige s\u2019accumule en hiver, sans fondre complètement l\u2019été suivant.Alors que la température grimpe plus vite que prévu, une fonte rapide de la neige jumelée à de plus faibles précipitations entraîne un recul des glaciers, tant en longueur qu\u2019en volume, indique M.Robinson.Selon le premier Rapport sur l\u2019état des montagnes, coécrit par MM.Hik et Robinson, le Canada possède plus de couvertures de glaciers que tout autre pays, hormis les calottes polaires de l\u2019Antarctique et du Groenland.Sur les quelque 200 000 kilomètres carrés de couvertures, plus d\u2019un quart se trouve dans l\u2019ouest du pays et le reste, dans l\u2019archipel arctique, précise le rapport publié en mai par le Club alpin du Canada.Sensibles aux changements climatiques En raison de leur sensibilité au réchauffement, les glaciers de montagne montrent les signes les plus précoces et les plus spectaculaires de perte de glace.Selon M.Robinson, les monts Saint-Élie, au Yukon, connaissent la perte la plus marquée.« Les glaciers du Yukon situés dans la chaîne Saint-Élie ont perdu environ un quart de leur couverture de glace depuis les années 1950 », estime-t-il.Les scientifiques ont étudié les gla- CLIMAT Les glaciers de l\u2019Ouest canadien disparaissent à vue d\u2019œil ciers par un certain nombre de méthodes, dont l\u2019analyse de vieilles photographies et la télédétection.Selon les observations de M.Hik, les taux de fonte de la glace varient d\u2019un endroit à l\u2019autre, entre 25 et 70 % « au cours des six à sept dernières décennies » \u2014 des taux similaires à ceux enregistrés dans les Alpes et les Andes.L\u2019un des premiers effets de la fonte des glaciers est une augmentation du niveau de la mer, explique-t-il.Au cours des 50 dernières années, la fonte des glaciers de Saint-Élie a déjà entraîné une augmentation du niveau de la mer de 1,1 mm.« Ça ne semble pas beaucoup, mais si vous prenez les monts Saint-Élie, les montagnes Rocheuses, les hautes montagnes de l\u2019Arctique, l\u2019Himalaya- Hindou Kouch et les Andes et les Alpes, et si vous mettez toutes ces contributions ensemble, ça compte pour une des plus importantes augmentations du niveau de la mer au cours de la dernière décennie.» Zones arides et cratères de poussière En plus d\u2019augmenter les niveaux d\u2019eau, d\u2019entraîner une érosion des côtes et de provoquer des inondations, la fonte crée également des zones arides et des cratères de poussière.« Dans des endroits comme la rivière Kluane au Yukon, il y a beaucoup plus de poussière, car la vallée dans laquelle la rivière se déverse est pratiquement asséchée », illustre-t-il.Mais la région continue de connaître des vents catabatiques \u2014 c\u2019est-à-dire qui viennent du glacier \u2014 et ceux-ci sont assez puissants pour soulever la poussière des lits des ruisseaux asséchés.Cette poussière peut nuire à la végétation en se déposant sur les arbres et les plantes et en réduisant ainsi leur photosynthèse, signale M.Hik.La fonte modifie également la manière dont l\u2019eau s\u2019écoule et s\u2019accumule, créant des lacs, des zones humides ou même des conditions similaires à celles d\u2019un désert.Ces bouleversements affectent aussi la flore de la région.La limite des arbres se déplace en hauteur, tandis que les saules et les bouleaux prospèrent à des altitudes de plus en plus élevées.Zac Robinson fait valoir qu\u2019il est important d\u2019étudier les montagnes puisqu\u2019elles agissent en sentinelles, réagissant rapidement et intensément aux changements climatiques.« Les montagnes donnent un aperçu important de l\u2019avenir et peuvent nous montrer ce qui nous attend.» 70 % C\u2019est le pourcentage de masse que le glacier Peyto, situé dans les Rocheuses et le parc national Banff, a perdu au cours des cinq dernières décennies.« Le froid, symbole de la survie de l\u2019humanité » peuple autochtone d\u2019origine turco- mongole, et l\u2019autre moitié, de Russes.Le thermomètre marque ce matin \u201338 degrés.L\u2019ouverture officielle du colloque a été quelque peu retardée.Les équipements de traduction simultanée, du russe au français et inversement, ont gelé, eh oui, étant peut-être restés dans un véhicule pendant la nuit.Thème du colloque : l\u2019avantage du froid.Il ne saurait y avoir meilleur endroit au monde pour tenir des assises organisées par l\u2019Université fédérale Ammosov de Yakoutsk et son Département de français et par l\u2019UQAM et son Laboratoire sur l\u2019imaginaire du Nord.Ce laboratoire québécois est devenu un des chefs de file d\u2019une nouvelle conscience nordique, suscitant des solidarités inédites au nord du globe en rassemblant des spécialistes de partout pour parler de nordicité, de circumpolarité et de cultures innue, inuite, yakoute, saami.Les mots de bienvenue se succèdent.« Yakoutsk est unique.C\u2019est la seule ville au monde entièrement construite sur le pergélisol », déclare un représentant de la mairie, avant de terminer sur une vibrante invitation: «Pendant votre séjour ici, profitez bien de notre froid!» « Le froid est devenu le symbole de la survie de l\u2019humanité », affirme Daniel Chartier.D\u2019entrée de jeu, celui qui dirige le Laboratoire sur l\u2019imaginaire du Nord à l\u2019UQAM situe les enjeux du colloque, devant un auditoire d\u2019universitaires, d\u2019écrivains et d\u2019artistes venus du Québec, de la France, de l\u2019Islande et de partout en Russie.L\u2019Arctique se réchauffe deux fois plus vite que tout le reste du globe, mettant en péril des humains et des cultures.La région de Ya- koutsk est d\u2019ailleurs la première de la Russie à avoir adopté une loi pour protéger le pergélisol.Des signaux alarmants apparaissent déjà dans certains quartiers, où des immeubles s\u2019inclinent sur un socle qui dégèle.On imagine aisément la catastrophe que représenterait la fonte de cette couche de glace de 250 mètres sur laquelle repose la cité.Les peuples de la glace et des aurores boréales commencent à donner de la voix.Ils clament leur droit au froid, « the right to be cold », aussi le titre-choc d\u2019un livre de la militante inuite Sheila Watt-Cloutier.Le droit de rester eux-mêmes, tels que la géographie et l\u2019histoire les ont faits.L\u2019acceuil de Nikolaj Il habite un immeuble modeste.Après avoir franchi une lourde porte de métal et une cage d\u2019escalier glaciale, on débouche sur un tout petit appartement où vivent cinq personnes.Et Billy, le chien.Y sont entassés des malles, des livres, des tableaux, des lits étroits, des objets ramassés au long d\u2019une vie.L\u2019artiste et journaliste Nikolaj Kurilov, 70 ans, m\u2019accueille chez lui avec sa compagne de toujours, Iuliana, et sa fille Samona.Nikolaj est un Youkaguir.Ce peuple et ses ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient à l\u2019extrême nord-est de la Sibérie depuis la nuit des temps.Nikolaj anime une émission hebdomadaire en langue youkaguire sur les ondes d\u2019une radio de Yakoutsk.«J\u2019ai au moins dix auditeurs», dit-il en esquissant un sourire triste.Il ne reste plus en Russie et au monde qu\u2019environ 300 personnes de cette culture et une poignée seulement de locuteurs.«J\u2019en ai le cœur brisé», souffle Nikolaj.Nous conversons fiévreusement, tous les quatre attablés dans la cuisinette d\u2019où l\u2019on voit, par la fenêtre, trois longues cheminées expirer une fumée pâle sur la ville.Iuliana a préparé hareng et brocoli et disposé concombres et tomates tranchés dans une assiette.Jamais été aussi attendrie par des concombres et des tomates tranchés, denrées rares et chères dans ces confins extrêmes.« Qu\u2019arrivera-t-il quand vous abandonnerez la radio et prendrez votre retraite, Nikolaj?» Sa réponse est simple et sans appel.«Je poursuis mon travail.» Il espère toujours trouver une relève.Qui ne viendra jamais.L\u2019assimilation linguistique et culturelle fera le reste.Avec celui du hareng, un parfum de tristesse flotte dans la cuisine.Iuliana nous ressert du thé chaud.« Je vis au présent, confie-t-elle.Notre vie est bonne à la maison, alors notre vie est bonne tout court.» À côté d\u2019un homme qui ne cache pas son désespoir, cache- t-elle mieux le sien ?« Iuliana est une fine stratège, comme le renard », dit doucement Nikolaj.Elle sait rétablir l\u2019équilibre délicat des vases communicants de la gravité et de la légèreté entre deux êtres qui s\u2019aiment.« Je voudrais pouvoir offrir à mes parents une vie plus confortable », confie Samona.Leur fille adorée ira vivre en Allemagne dans deux ans.«Ce sera difficile de les quitter », dit-elle.Samona ne parle pas le youkaguir.Mais elle est devenue linguiste, comme pour conjurer le sort fait à la langue de son père.Le Nord recherché Retour au colloque.L\u2019avantage du froid?D\u2019abord, il a l\u2019avantage d\u2019être nous.Des chercheurs, artistes et écrivains de tous les horizons nous diront, sur tous les tons et dans tous les registres, que le froid est un mode de vie et est constitutif de l\u2019identité des peuples du Nord.Que le froid est synonyme de conservation et qu\u2019il a l\u2019insigne qualité, dans l\u2019imaginaire des littératures du Nord, de freiner le temps et la mort.Que la noirceur hivernale transforme les espaces urbains des villes nordiques depuis quelques années.Pensons à ce foisonnement de festivals des lumières d\u2019hiver un peu partout, à Montréal, Amsterdam, Reykjavik.Et aux marathons d\u2019hiver.L\u2019écrivaine québécoise Annie Perreault participait au colloque.Elle courra le marathon du lac Baïkal, au sud de la Sibérie, en mars.Chez elle, froidure, course à pied et création fusionnent.« L\u2019hiver, la luminosité est inouïe, hypnotique, elle entraîne une sorte de dégagement mental.Courir dans le froid me donne le sentiment d\u2019être incroyablement vivante.» Dans l\u2019éblouissement des paysages du Baïkal, elle forgera son prochain roman.En cette ère de vitesse et de surchauffe du climat, le Nord est de plus en plus recherché.Pour retrouver lenteur et fraîcheur.Pris dans nos mondes virtuels, nous sommes de plus en plus en quête d\u2019hiver et de froid.Pour retrouver, avec tuque et mitaines, la présence au monde réel et à ses beautés palpables et frissonnantes.Le tourisme nordique explose, un phénomène qui s\u2019incarne, par exemple, dans tous ces traqueurs d\u2019aurores boréales qui envahissent l\u2019Islande depuis quelques années.Au Labrador et dans le nord du Québec, on cherche aussi à attirer cette clientèle friande de neige et d\u2019aventure.Quand il fera 45 degrés toute l\u2019année en Floride et à Cuba, peut-être aurons-nous envie d\u2019aller nous baigner dans les profondeurs des lacs et des rivières de Fermont ou de Schefferville ?Ou, sait-on jamais, dans les lacs et les fleuves de la Sibérie ?L\u2019avantage de l\u2019hiver ?Ce sont ces matins de neige douce à nos fenêtres.Quand nos villes et nos campagnes, comme des gros cœurs qui pulsent au ralenti, battent calmement au rythme des flocons qui tombent.Le velours blanc recouvre le monde, cachant ses aspérités, ses laideurs.Aucun bruit, le silence mat.Néant tranquille pour regarder, pour réfléchir, pour être là tout simplement.«La neige nous met en magie, écrivait la grande Anne Hébert, blancheur étale, plumes gonflées où perce l\u2019œil rouge de cet oiseau, mon cœur.» Aucun été ne remplacera jamais la quiétude, la paix radicale, de ces matins-là.L\u2019artiste et journaliste Nikolaj Kurilov, 70 ans, avec sa compagne de toujours, Iuliana, et leur fille Samona.Nikolaj est un Youkaguir.Ce peuple et ses ancêtres chasseurs- cueilleurs vivaient à l\u2019extrême nord-est de la Sibérie depuis la nuit des temps.MONIQUE DURAND SIBÉRIE SUITE DE LA PAGE A 1 L\u2019avantage du froid ?D\u2019abord, il a l\u2019avantage d\u2019être nous.Des chercheurs, artistes et écrivains de tous les horizons nous diront que le froid est un mode de vie et est constitutif de l\u2019identité des peuples du Nord.Qu\u2019il est synonyme de conservation et qu\u2019il a l\u2019insigne qualité, dans l\u2019imaginaire des littératures du Nord, de freiner le temps et la mort. ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 LA PRESSE CANADIENNE À TROIS-RIVIÈRES Le maire de Trois-Rivières démissionne pour des raisons de santé La chronique de Christian Rioux fait relâche.De retour la semaine prochaine.PAULINE GRAVEL LE DEVOIR On s\u2019est longtemps préoccupé du bruit que l\u2019aéroport de Pierre-Elliott-Tru- deau de Montréal générait pour les résidents des quartiers avoisinants, mais c\u2019était oublier la pollution de l\u2019air.Une étude effectuée par des chercheurs de l\u2019Université McGill met cette fois en évidence la présence d\u2019une grande concentration de particules fines de contaminants dans l\u2019air qui se répandent vraisemblablement au-delà de l\u2019aéroport.Une observation préoccupante étant donné qu\u2019il a été démontré que l\u2019exposition à de hauts niveaux de nanoparticules est nocive pour la santé.La détection de telles nanoparticules contenant des métaux dits émergents, puisqu\u2019ils n\u2019ont pas été décelés souvent jusqu\u2019à récemment et qu\u2019ils sont potentiellement délétères pour la santé humaine et l\u2019écosystème, a été rendue possible grâce à des appareils à la fine pointe de la technologie qui permettent non seulement de mesurer la densité d\u2019aérosols dans l\u2019air, mais également la taille des particules, leur composition chimique et leur morphologie.Durant l\u2019été 2017, l\u2019équipe de Parisa Ariya, du Département de chimie de l\u2019Université McGill, a ainsi effectué des mesures sur des passerelles donnant accès aux avions stationnés sur le tarmac de l\u2019aéroport international Mont- réal-Trudeau ainsi que près de la porte d\u2019entrée des départs de l\u2019aérogare.Les données obtenues ont ensuite été comparées aux mesures prises sur le campus de l\u2019Université McGill dans le centre-ville de Montréal aux heures de pointe.Sur le tarmac, les scientifiques ont mesuré un nombre total de particules de toutes les tailles atteignant 2,0 x 106 par cm3, soit un nombre dix fois plus grand qu\u2019au niveau de l\u2019entrée des départs de l\u2019aérogare.Les mesures relevées à ces deux endroits de l\u2019aéroport se sont également avérées significativement plus élevées que celles prises dans le centre-ville de Montréal en plein cœur du trafic le plus dense de la journée, où les concentrations maximales ne dépassaient pas un ordre de grandeur de 104.La majorité des particules décelées à l\u2019aéroport étaient des nanoparticules de taille inférieure à 200 nanomètres (10\u2013 9 m).« Or, la concentration des particules s\u2019accroît d\u2019un facteur 107 lorsque la taille des particules décroît de 10 microns à 10 nanomètres», soulignent les auteurs de l\u2019étude dans un article qui sera publié prochainement dans la revue scientifique Environmental Pollution.Nombre de ces nanoparticules contenaient des métaux, tels que du fer, du zinc, du nickel et du plomb, qui, à cette taille nanométrique, sont considérés comme des contaminants émergents.Le fait que les concentrations maximales de nanoparticules aériennes ont été mesurées aux heures de grande affluence du trafic aérien, au moment où les concentrations de monoxyde de carbone (CO) sont également les plus élevées puisque ce dernier est généré par la combustion ayant lieu dans les moteurs d\u2019avion, suggère fortement que les particules nanométriques sont, elles aussi, produites par les moteurs d\u2019avion, avancent les chercheurs.Néanmoins, les groupes auxiliaires de puissance (APU) qui alimentent la tension électrique, les pressions hydraulique et pneumatique, voire la climatisation à bord des avions pendant que leurs moteurs sont à l\u2019arrêt, constituent une autre importante source de pollution sur le tarmac.Effets sur la santé humaine Les chercheurs rappellent par ailleurs que les nanoparticules aériennes d\u2019un diamètre inférieur à 100 nanomètres sont reconnues pour nuire à la santé humaine.« La toxicité des particules qui se déposent dans les poumons tend à s\u2019accroître à mesure que la taille des particules diminue », précisent-ils.Les métaux émergents que plusieurs d\u2019entre elles contiennent comportent également d\u2019importants risques « potentiels » pour la santé de l\u2019écosystème et des humains.« De plus amples recherches sont donc nécessaires pour étudier et comprendre les transformations physiques, chimiques et biologiques des métaux émergents contenus dans ces nanopar- ticules aériennes», transformations qui peuvent survenir sous diverses conditions environnementales, par exemple en présence de neige et de glace.Compte tenu du grand nombre de personnes qui travaillent à l\u2019aéroport et de passagers (16,6 millions annuellement) qui y défilent, les chercheurs insistent sur l\u2019importance de procéder à de nouvelles études visant à évaluer l\u2019impact des concentrations de nano- particules qui y sont générées sur la santé des personnes qui fréquentent l\u2019aéroport, mais aussi sur celle des personnes qui habitent les quartiers résidentiels environnants.MONTRÉAL Le tarmac de l\u2019aéroport plus contaminé que le centre-ville Des chercheurs de l\u2019Université McGill découvrent une grande concentration de nanoparticules contenant des métaux nocifs à Montréal-Trudeau Les scientifiques ont mesuré dix fois plus de particules sur le tarmac de l\u2019aéroport Montréal-Trudeau qu\u2019à l\u2019entrée des départs de l\u2019aérogare.ISTOCK Il y a beaucoup d\u2019émotion ce matin autour de la salle du conseil.Tout le monde reconnaît le travail immense que M. Lévesque a fait.Aujourd\u2019hui, Trois- Rivières tourne une page.YVAN TOUTANT » Les chercheurs rappellent que les nanoparti- cules aériennes d\u2019un diamètre inférieur à 100 nano- mètres sont reconnues pour nuire à la santé humaine Le maire de Trois-Rivières, Yves Lé- vesque, quitte ses fonctions pour des raisons de santé, a confirmé jeudi le responsable des communications de la Ville.Les conseillers municipaux avaient été convoqués à se rendre à l\u2019hôtel de ville en avant-midi pour apprendre la nouvelle.M.Lévesque, qui a pris un congé de maladie sur recommandation de ses médecins en octobre, n\u2019était pas présent.Dans une lettre à l\u2019intention de ses concitoyens, il a expliqué qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une décision « difficile et déchirante », mais « inéluctable ».Il a dit partir avec le sentiment du devoir accompli et a souhaité à la ville de Trois- Rivières de continuer à « grandir dans sa noblesse et sa santé économique ».Yves Lévesque a accédé à la mairie de Trois-Rivières en 2001, jouant un rôle intégrant dans la création de la nouvelle municipalité fusionnée.Sa carrière en politique municipale s\u2019était toutefois amorcée dès 1994, au sein du conseil municipal de Trois-Ri- vières-Ouest.Il travaillait auparavant au sein de la marine marchande, en plus d\u2019avoir géré des concessions de restauration rapide.Le conseil municipal devrait désigner la personne qui assurera ses fonctions de manière intérimaire lors de la séance du 15 janvier.Selon le responsable des communications, Yvan Toutant, la mairesse suppléante Ginette Bellemare sera alors probablement désignée comme sa suc- cesseure d\u2019ici la tenue d\u2019une élection vers le mois de mai.« Il y a beaucoup d\u2019émotion ce matin autour de la salle du conseil.Tout le monde reconnaît le travail immense que M.Lévesque a fait.Aujourd\u2019hui, Trois-Rivières tourne une page », a-t-il déclaré.Un quart de siècle de vie politique Le président de l\u2019Union des municipalités du Québec, Alexandre Cusson, a lui aussi salué un maire qui « se donnait corps et âme pour sa ville ».« C\u2019est l\u2019un des derniers maires \u2014 sinon le dernier maire \u2014 issus des nouvelles villes fusionnées du début des années 2000 », a-t-il souligné en entrevue avec La Presse canadienne.« Qu\u2019on aime ou qu\u2019on n\u2019aime pas, donner 25 ans de sa vie à une municipalité, à ses citoyens, c\u2019est extraordinaire», a lancé M.Cusson, lui-même maire de Drummondville.Le député fédéral de Trois-Rivières, Robert Aubin, a lui aussi rendu hommage à l\u2019engagement politique de longue date de M.Lévesque.« On reconnaîtra, malgré tous les différends, un homme éminemment passionné par ce qu\u2019il faisait », a souligné le néodémocrate.« On a tendance à sous-estimer l\u2019engagement des politiciens et politiciennes municipaux, a-t-il relevé.Autant le maire que les conseillers sont des gens qui sont constamment auprès du public qu\u2019ils desservent.» Yves Lévesque a déjà été courtisé par le Parti conservateur du Canada.Il s\u2019était notamment entretenu avec le chef conservateur Andrew Scheer au printemps, lors du passage de ce dernier dans la région.M.Scheer avait alors déclaré que son parti était à la recherche de candidats de qualité en vue des élections fédérales de 2019, tout en soulignant que M.Lévesque s\u2019était forgé une solide réputation.Selon M.Toutant, le maire sortant ne pourra pas prendre une décision de sitôt quant à son avenir politique.Yves Lévesque LEDEVOIR // LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 4 Du plus petit au plus grand, chaque don est important?! Soutenir Le Devoir, c\u2019est soutenir le média de référence au Québec afin de lui permettre d\u2019innover et de défendre les idées et les causes qui assureront l\u2019avancement politique, économique, culturel et social de la société québécoise.Pourquoi donner?Parce que c\u2019est une façon de contribuer au développement et à la pérennité du Devoir.Vos dons permettent d\u2019enrichir l\u2019offre de contenu rédactionnel et la mise à jour de nos plateformes numériques.Objectif : 300 000?$ Pour faire votre don : www.lesamisdudevoir.com ou envoyer votre chèque à : Les Amis du Devoir 1265, rue Berri 8e étage, Montréal Québec, H2L 4X4 Partenaires d\u2019avenir Les 634 communautés n\u2019avancent pas au même rythme AUTOCHTONES SUITE DE LA PAGE A 1 « Et maintenant que c\u2019est fait, on voit que d\u2019autres nations veulent faire de même », relate la ministre des Relations Couronne-Autochtones.Une indépendance inspirante Ces ententes avec Ottawa peuvent aussi être sectorielles.Et les ministres croient qu\u2019il s\u2019agit de la meilleure façon d\u2019améliorer le sort de ces communautés et de les convaincre d\u2019emboîter le pas à leurs consœurs vers une autonomie face au fédéral.« Nous avons amplement de preuves \u2014 que ce soit en santé, en éducation ou pour la gestion du territoire \u2014 que, plus la gestion et la conception du système se font par les populations autochtones, plus ces systèmes sont couronnés de succès », insiste la ministre Philpott.Carolyn Bennett cite l\u2019exemple d\u2019un membre de la communauté Eskasoni, en Nouvelle-Écosse, qui est devenu enseignant lorsque sa communauté Mi\u2019kmaq s\u2019est mise à gérer son système d\u2019éducation.Le taux de diplomation y est passé de 30%, à l\u2019époque, à 90% aujourd\u2019hui.«On constate que, lorsque les communautés prennent le contrôle de certains secteurs d\u2019activité, cela fait finalement partie de leur parcours vers l\u2019autodétermination», note Mme Philpott.La ministre veut maintenant garantir aux communautés autochtones qui le souhaitent, à l\u2019aide d\u2019un projet de loi qui suivra, le droit de diriger elles- mêmes leurs services de protection de la jeunesse.Après une entente historique signée avec Québec en 2018, la nation Atikamekw est d\u2019ailleurs devenue la première à être responsable de la protection de ses jeunes.Au Canada, 52% des enfants en famille d\u2019accueil sont autochtones, alors qu\u2019ils ne représentent que 8% des enfants de moins de 15 ans au pays.Au Québec, ce sont 17% des jeunes, pour une propor- Une autre hausse en 2019 INFECTION SUITE DE LA PAGE A 1 moins salubres, mais plutôt qu\u2019on surveille davantage les rappels et que le consommateur va tenter de limiter les risques sur sa santé.Les citoyens se protègent de plus en plus et sont plus prudents », ajoute-t-il.D\u2019ailleurs, l\u2019augmentation du nombre de cas d\u2019infection à la bactérie E.coli pourrait se poursuivre l\u2019an prochain, souligne M.Charlebois.En novembre dernier, l\u2019Agence de santé publique du Canada (ASPC) avait averti les citoyens de l\u2019Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick de cesser de consommer de la laitue romaine à la suite d\u2019une éclosion d\u2019infections à E.coli.Au total, 29 cas ont été confirmés, dont 20 au Québec.Certaines personnes ont dû être hospitalisées, mais aucun décès n\u2019a été signalé, avait précisé l\u2019ASPC.L\u2019avis a été levé le 24 décembre.Un avis de rappel concernant des choux-fleurs provenant de la Californie a égale- prestation de services à ces mêmes communautés : réduction des avis d\u2019ébullition d\u2019eau, efforts pour éradiquer la tuberculose dans les communautés du Nord et octroi de services sociaux aux enfants autochtones afin qu\u2019ils soient au même niveau que ceux offerts aux autres jeunes Canadiens (le principe de Jordan).« Je peux me consacrer aux enjeux quotidiens, comme l\u2019éducation, les soins de santé, les services à l\u2019enfance, le logement, l\u2019eau potable, explique la ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott.Mais ne faire que cela n\u2019aurait jamais suffi.Le fait que la ministre Bennett s\u2019attaque aux causes fondamentales de ces terribles écarts socioéconomiques, c\u2019est le travail le plus important qui doit se faire à long terme.Car nous nous trouvons dans ces circonstances, en tant que pays, parce que les droits des peuples autochtones ont été niés tout au long de l\u2019histoire de notre pays.Et tant que nous ne respecterons pas ce droit à l\u2019autodétermination et qu\u2019il ne se concrétisera pas, le travail que je fais ne sera rien de plus qu\u2019un pansement provisoire.» Le mandat de Justin Trudeau pour les deux ministres était ambitieux : se débarrasser des « structures coloniales actuelles », rehausser le statut socioé- conomique des Autochtones et faire progresser leur autonomie gouvernementale.Dix-huit mois plus tard, Carolyn Bennett estime néanmoins qu\u2019elle est sur la bonne voie.Car 320 des 634 communautés autochtones du pays sont « sur la voie de l\u2019autodétermination », que ce soit en signant des ententes d\u2019autogouvernance ou en convenant de formules de financement.tion de 3 % de cette même population.Plusieurs communautés autochtones dénoncent l\u2019évaluation que font les provinces de l\u2019état de ces enfants.«Dans 80% des cas, on parle de négligence, relate Jane Philpott.Mais \u201cnégligence\u201d, c\u2019est une façon codée de dire que la famille est pauvre, que la maison est surpeuplée, qu\u2019un parent ou que l\u2019enfant a des problèmes de santé.» Plutôt que de payer le placement de ces enfants, le gouvernement veut investir en amont pour corriger la source du problème et leur permettre de rester chez eux lorsque c\u2019est possible.« Nous essayons d\u2019éviter qu\u2019il y ait une nouvelle rafle d\u2019enfants autochtones, chez les millénariaux cette fois-ci », argue la ministre Bennett en évoquant la rafle des années 1960, qui a vu des milliers d\u2019enfants placés dans des familles d\u2019accueil non autochtones.Les ministres évitent de parler elles-mêmes de discrimination, mais elles évoquent des cas qui leur ont été rapportés et qui portent à croire que les familles autochtones ont plus souvent été ciblées lorsqu\u2019elles vivaient dans des conditions de pauvreté.Un défi d\u2019individualité Les deux ministres voudraient voir le poste de Mme Philpott disparaître un jour, car les communautés géreraient elles-mêmes leur administration.Mais la route pourrait être longue.Notamment parce que les 634 communautés n\u2019avancent pas au même rythme et qu\u2019elles refusent de se voir imposer des solutions par Ottawa.Le premier ministre promettait, l\u2019hiver dernier, un projet de loi qui enchâsserait les droits ancestraux autochtones dans la loi fédérale et encadrerait leur droit à l\u2019autodétermination.La proposition s\u2019est heurtée à l\u2019opposition de plusieurs chefs, qui ont accusé le fédéral d\u2019aller trop vite et de leur imposer sa vision.La loi, qui devait être déposée avant Noël, se fait toujours attendre.La ministre Philpott rétorque que le gouvernement a justement écouté les critiques et qu\u2019il continue de consulter les communautés.« Quand tout le monde se sentira prêt à aller de l\u2019avant \u2014 on ne sait pas encore quand ce sera, mais quand tout le monde y sera \u2014, nous sommes résolument engagés à poursuivre ce travail.» Idem pour la Loi sur les Indiens, que Justin Trudeau aimerait pouvoir abroger.« Tant que certaines communautés ne veulent pas s\u2019en soustraire, elle restera en place, promet Carolyn Bennett.Mais nous espérons qu\u2019elle deviendra désuète, au fur et à mesure que les nations autochtones atteindront l\u2019autodétermination.» Les deux ministres, ici en février dernier, voudraient voir le poste de Jane Philpott (à droite) disparaître un jour, car les communautés géreraient elles-mêmes leur administration.Mais la route pourrait être longue.JUSTIN TANG LA PRESSE CANADIENNE Longtemps considérée comme une maladie rare, la maladie de Lyme continue de gagner du terrain au Québec.Le nombre de cas de maladie de Lyme a presque doublé en un an au Québec, selon les récents chiffres révélés par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).En 2017, le ministère de la Santé en a recensé 328, soit près de deux fois plus qu\u2019à pareille date l\u2019année précédente, où on en rapportait 179.Le bilan préliminaire de 2018 laisse envisager un nombre de cas similaire encore cette année.Cette hausse marquée s\u2019expliquerait en raison non seulement de la prolifération de la tique, mais aussi des progrès faits pour diagnostiquer l\u2019infection et signaler les cas aux autorités.« La maladie de Lyme est en progression au Québec depuis 2011.L\u2019installation de la tique dans quelques régions du sud de la province est sans doute responsable de l\u2019augmentation du nombre de cas déclarés et d\u2019une plus grande proportion de cas acquis localement.En 2017, 76 % des cas étaient acquis au Québec, et 85 % d\u2019entre eux auraient acquis leur infection en Estrie ou en Montérégie », peut-on lire dans le rapport 2017 de Vigie et surveillance des maladies à déclaration obligatoire d\u2019origine infectieuse.Les autorités de santé publique disent avoir observé une hausse de cas principalement dans les régions de la Montérégie et de l\u2019Estrie.« Un des facteurs qui expliqueraient cette progression est que les hivers québécois sont moins froids qu\u2019auparavant, ce qui permettrait aux tiques de survivre plus facilement », mentionne Noémie Van- heuverzwijn, responsable des relations médias du MSSS.Les cas de maladie de Lyme doublent au Québec ment été lancé à la mi-décembre.« Ce qu\u2019on obs erve depuis une vingtaine d\u2019années, c\u2019est qu\u2019il y a de plus en plus de cas rapportés, mais moins de décès liés à l\u2019infection, ce qui est une très bonne chose », souligne M.Charlebois.Ce qu\u2019on observe depuis une vingtaine d\u2019années, c\u2019est qu\u2019il y a de plus en plus de cas rapportés, mais moins de décès liés à l\u2019infection, ce qui est une très bonne chose SYLVAIN CHARLEBOIS » LEDEVOIR // LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 5 L\u2019année 2018 en dessins Illustration : Garnotte S TE X TE DEMAIN LIRE À Garnott samedi le a Ét \u2019 d Du gilet ja é ur son bilan imag e po année, c \u2019 s objets de l , déco A ALEN el v u u no t a ue de Ca une à la tuq 018.année 2 \u2019 ant de l inç et gr tur a ic ar e c s par notr ué oq r e édition de ez dans notr vr u ion, du pipeline ine Dor ther E T T O ARN G T A R T S U L L I E HAN P É T S e st i S N IO N O E G LAR L AI B LA PRESSE CANADIENNE À OTTAWA HONNEUR Charles Tisseyre et Peter Simons nommés au sein de l\u2019Ordre du Canada L\u2019aventurier Colin O\u2019Brady avait publié une photo de lui-même le 14 décembre dernier devant le panneau du pôle Sud géographique.COLIN O\u2019BRADY CHRIS LEFKOW À WASHINGTON AGENCE FRANCE-PRESSE Près de 1600 kilomètres en 54 jours, en solo et sans assistance : l\u2019Américain Colin O\u2019Brady est le premier à avoir accompli cet exploit de traverser dans ces conditions extrêmes les terres glacées de l\u2019Antarctique.« Je suis parvenu à mon objectif : devenir la première personne de l\u2019histoire à traverser le continent antarctique d\u2019une côte à l\u2019autre, en solo, sans assistance et sans aide », a écrit l\u2019ancien triathlonien professionnel de 33 ans sur son compte Instagram.Pour ajouter un exploit à ce qui en était déjà un, il a parcouru les 125 derniers kilomètres d\u2019une traite.Après 32 heures, sans dormir, il est arrivé mercredi à destination.C\u2019est en prenant son petit-déjeuner de Noël qu\u2019il s\u2019est lancé cet ultime défi.« Alors que je faisais bouillir de l\u2019eau pour mon porridge, une question quasi impossible s\u2019est posée : est-ce que je pourrais pousser d\u2019un seul coup jusqu\u2019à la fin ?» a-t-il raconté sur Instagram.« Au moment où j\u2019ai lacé mes chaussures, ce plan impossible était devenu un but bien concret », a-t-il ajouté.Pendant toute son aventure, qui lui a fait traverser l\u2019Antarctique, il était suivi par GPS et les détails de son aventure ont été publiés chaque jour sur son site (colinobrady.com).Équipé de skis de fond, il a tiré sa pulka \u2014 une sorte de traîneau transportant toutes ses provisions et son matériel \u2014, qui pesait tout compris 180 kg.Sur le fil de départ Il a pris le départ du campement d\u2019Union Glacier le 3 novembre en compagnie de Louis Rudd, un militaire britannique de 49 ans.Les deux hommes, qui tentaient chacun d\u2019être le premier à accomplir ce périple en solo et sans assistance, ont ensuite cheminé séparément.Si l\u2019Anglais a un temps fait la course en tête, c\u2019est finalement l\u2019Américain qui a franchi la ligne d\u2019arrivée en premier.Passé par le pôle Sud le 12 décembre, Colin O\u2019Brady a fini son périple mercredi sur la barrière de Ross, au bord de l\u2019océan Pacifique.Louis Rudd se trouve un jour ou deux derrière lui.« Même si les trente-deux dernières heures ont été certaines des plus exigeantes de ma vie, elles ont en toute honnêteté été certains des meilleurs moments que j\u2019aie jamais vécus », a relevé l\u2019Américain.« J\u2019étais dans un profond état second, à la fois concentré sur l\u2019objectif final tout en laissant mon esprit revenir sur les enseignements considérables de ce voyage, a-t-il ajouté.Je délire un peu en écrivant ça, parce que je n\u2019ai pas encore dormi.» Un exploit « remarquable » Le New York Times a qualifié son exploit d\u2019«un des plus remarquables dans l\u2019histoire polaire », à comparer à la « course pour le pôle Sud » qui a opposé le Norvégien Roald Amundsen au Britannique Robert Falcon en 1911.Né à Portland, dans l\u2019Oregon, Colin O\u2019Brady a fait des études d\u2019économie à la prestigieuse université Yale, où il faisait partie de l\u2019équipe de natation, selon son site Internet.Lorsqu\u2019il a été gravement brûlé sur un quart de la surface de son corps lors d\u2019un accident en Thaïlande en 2008, les médecins lui avaient dit qu\u2019il pourrait ne plus jamais remarcher normalement, raconte la biographie de son site.En 1996-1997, l\u2019explorateur norvégien Borge Ousland avait été le premier à traverser le continent blanc en solo, mais il avait été aidé par un « parafoil » (un cerf-volant ressemblant à un para- pente).D\u2019autres aventuriers, eux, ont été ravitaillés en cours de route.Le lieutenant-colonel britannique Henry Worsley a trouvé la mort en 2016 en essayant de traverser l\u2019Antarctique seul et sans assistance.D\u2019autres ont fait demi-tour.Colin O\u2019Brady n\u2019en est pas à son premier record.En 2016, il avait escaladé les sommets les plus élevés des sept continents, dont l\u2019Everest, en 132 jours, ce qui a fait de lui le plus rapide des « grimpeurs des sept sommets ».EXPLOIT Un Américain réussit en solo la traversée de l\u2019Antarctique Colin O\u2019Brady a parcouru près de 1600 km en 54 jours L\u2019ancien triathlonien professionnel a parcouru les 125 derniers kilomètres d\u2019une traite.Il est arrivé mercredi à destination, après un effort de 32 heures sans dormir.COLIN O\u2019BRADY La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, a annoncé jeudi une centaine de nouvelles nominations au sein de l\u2019Ordre du Canada, dont celles des chefs d\u2019entreprise Daniel Lamarre et Peter Simons et des journalistes Daniel Lessard et Charles Tisseyre.L\u2019Ordre du Canada a notamment voulu reconnaître la contribution de M.Tis- seyre, animateur depuis un quart de siècle de l\u2019émission Découverte à Radio- Canada, pour «son dévouement à la vulgarisation scientifique et à la défense des médias d\u2019information».M.Tisseyre est un ardent défenseur du diffuseur public, et il n\u2019a pas hésité à dénoncer son employeur lors de coupes franches à Radio-Canada il y a quelques années.Son ancien patron à l\u2019information de Radio-Canada Jean Pelletier, qui a pris sa retraite cette année, devient quant à lui officier de l\u2019Ordre du Canada.L\u2019ex- journaliste Daniel Lessard, qui est maintenant analyste politique à Radio- Canada, et romancier à ses heures, devient membre de l\u2019Ordre, tout comme la journaliste d\u2019origine acadienne Lyse Doucet, qui travaille au service international de la BBC.Les gens d\u2019affaires souvent doublés de philanthropes sont aussi récompensés, comme le président du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, et le chef de l\u2019entreprise Simons, Peter Simons.M.Simons a notamment été choisi « pour son militantisme au profit de l\u2019industrie du commerce de détail » \u2014 il avait milité activement, au côté de Québec solidaire, pour que les géants du Web soient taxés comme les autres entreprises.Il a par ailleurs haussé récemment de trois dollars le salaire minimum chez Simons, qui passe à 16 $ l\u2019heure \u2014 plus que les 15 $ réclamés par les groupes sociaux au Québec.L\u2019économiste Henri-Paul Rousseau, qui avait fait un passage douloureux à la Caisse de dépôt et placement du Québec pendant le très coûteux épisode, pour les Québécois, des papiers commerciaux adossés à des actifs en 2008, devient membre de l\u2019Ordre.Il a été retenu « pour son apport à l\u2019économie et pour sa contribution aux domaines social et communautaire ».L\u2019ancien éditeur de livres éducatifs Michel de la Chenelière, qui a offert au Musée des beaux-arts de Montréal un studio à l\u2019intention des enfants, puis un atelier d\u2019art-thérapie, est aussi récompensé de l\u2019Ordre.Du côté des arts et des lettres, la gouver- neure générale souligne aussi le travail exceptionnel de la Montréalaise Kathy Reichs, une anthropologue légiste qui transpose son métier dans le roman policier; Mme Reichs est promue «membre honoraire» de l\u2019Ordre du Canada.D\u2019autres intellectuels en sciences sociales deviennent membres, comme l\u2019historienne Micheline Dumont, spécialiste de l\u2019histoire des femmes au Québec, et son collègue Denis Vaugeois, ancien ministre péquiste et cofondateur des éditions du Boréal, puis des éditions du Septentrion.Le céramiste montréalais Léopold Foulem et le chorégraphe Jean Grand- Maître, directeur artistique du Ballet de l\u2019Alberta depuis une quinzaine d\u2019années, se joignent aussi aux membres de l\u2019Ordre.Le Cirque du Soleil est aussi à l\u2019honneur par l\u2019entremise de son ancien concepteur d\u2019acrobaties aériennes André Simard, qui a travaillé sur une quinzaine de spectacles de l\u2019illustre compagnie.Charles Tisseyre Peter Simons Daniel Lamarre Henri-Paul Rousseau Micheline Dumont Denis Vaugeois A 6 MONDE LEDEVOIR // LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 E N B R E F Les Émirats rouvrent leur ambassade à Damas, fermée depuis sept ans DAMAS \u2014 Les Émirats arabes unis ont rouvert jeudi leur ambassade à Damas, nouveau signe d\u2019un possible réchauffement des relations entre les pays arabes et le pouvoir syrien de Bachar al-Assad.L\u2019initiative survient au moment où les forces progouvernemen- tales syriennes, soutenues par les alliés iranien et russe, contrôlent aujourd\u2019hui près des deux tiers du pays, multipliant les victoires face aux rebelles et aux dji- hadistes.La Syrie avait été mise au ban du monde arabe dès la fin de 2011, et des pays, notamment du Golfe, avaient rappelé leurs ambassadeurs pour protester contre la répression menée par le pouvoir de Damas contre des manifestations prodémocratie.Jeudi, le drapeau des Émirats arabes unis a été hissé sur le bâtiment de l\u2019ambassade.Agence France-Presse Pakistan : l\u2019ex-président Zardari sommé de ne pas quitter le territoire ISLAMABAD \u2014 L\u2019ancien président pakistanais Asif Ali Zardari, soupçonné de blanchiment d\u2019argent, s\u2019est vu interdire tout déplacement à l\u2019étranger, a indiqué jeudi le ministre de l\u2019Information du Pakistan, Fawad Chaudhry.Cette décision concerne également 171 autres personnes.M.Zardari, actuel coprésident du parti d\u2019opposition Pakistan People\u2019s Party et président entre 2008 et 2013, fait depuis longtemps l\u2019objet de soupçons de corruption.M.Chaudhry avait indiqué plus tôt cette semaine qu\u2019une commission d\u2019enquête avait découvert la preuve que M.Zardari aurait blanchi de l\u2019argent via de fausses sociétés et comptes bancaires.Mais l\u2019intéressé a rejeté les accusations, s\u2019en prenant à son tour au gouvernement d\u2019Imran Khan.Agence France-Presse Soudan : la contestation sociale force un haut responsable à démissionner KHARTOUM \u2014 Un haut responsable gouvernemental du nord du Soudan a démissionné jeudi sur fond de répression de manifestations et de heurts à travers le pays.Depuis le 19 décembre, le Soudan est confronté à un mouvement de contestation sociale qui touche plusieurs villes, dont la capitale, et porte notamment sur le triplement du prix du pain.Les manifestants réclament aussi «la chute du régime» du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989.Les heurts avec les forces de l\u2019ordre ont fait, selon les autorités, au moins huit morts parmi les manifestants, l\u2019ONG Amnesty International faisant état de 37 manifestants tués.Les troubles ont entraîné jeudi la démission d\u2019Abdarouf Grnas, à la tête du ministère de la Santé pour la province du Nord.Agence France-Presse Le drapeau des Émirats arabes unis a été hissé jeudi sur le bâtiment de leur ambassade à Damas.AGENCE FRANCE-PRESSE ANUJ CHOPRA À RIYAD MOHAMED HASNI À DUBAÏ AGENCE FRANCE-PRESSE Le roi Salmane d\u2019Arabie saoudite a remanié jeudi son gouvernement, choisissant notamment un nouveau chef de la diplomatie, quelques mois après l\u2019affaire Khashoggi dont le royaume continue de subir les retombées.Ancien ministre des Finances, Ibrahim al-Assaf a été nommé chef de la diplomatie.Il remplace Adel al-Jubeir, qui avait été nommé à ce poste en avril 2015 par le défunt roi Abdallah, disparu il y a quatre ans.Ancien diplomate aux États-Unis et parfaitement anglophone, M.Jubeir est descendu d\u2019un échelon, devenant ministre d\u2019État aux Affaires étrangères.Au cours des derniers mois, M.Jubeir avait vigoureusement défendu le prince héritier Mohammed ben Salmane dans l\u2019affaire Khashoggi, du nom du journaliste saoudien assassiné le 2 octobre à l\u2019intérieur du consulat du royaume à Istanbul.L\u2019Arabie saoudite soutient que le journaliste a été tué lors d\u2019une « opération hors de contrôle » de l\u2019État saoudien, menée par le chef adjoint de l\u2019agence saoudienne de renseignement, Ahmad al-Assiri, et par le conseiller à la cour royale, Saoud al-Qahtani, qui ont tous deux été destitués.Riyad nie toute implication du prince héritier dans ce meurtre, tandis que les médias turcs et américains, ainsi que la CIA, le soupçonnent de l\u2019avoir commandité.« Il est impossible de ne pas lier [le remaniement] à Khas- hoggi », a estimé auprès de l\u2019AFP Mohammed Alyahya, un expert pour le Gulf Research Centre, rappelant que les remaniements ont habituellement lieu tous les quatre ans.Mouvements nombreux La nomination d\u2019un nouveau chef de la diplomatie fait partie d\u2019une série de décrets royaux annonçant un remaniement ministériel surprise, qui laisse inchangés les plus importants portefeuilles, hormis celui des Affaires étrangères.Ainsi, le prince héritier et ministre de la Défense, Mohammed ben Salmane, demeure en place.Le ministre de l\u2019Intérieur, Abdel Aziz ben Nayef ben Abdel Aziz, celui de l\u2019Énergie, Khaled al-Faleh, et celui des Finances, Mohammed al-Jadaan, gardent aussi leurs postes.Les ministres de l\u2019Éducation, de la Garde nationale et de l\u2019Information ont quant à eux été remplacés.Le prince Sultan ben Salmane, ancien astronaute qui était responsable du tourisme, a été nommé à la tête d\u2019une agence saoudienne de l\u2019espace nouvellement créée, un poste au rang de ministre.Le directeur de la Sûreté nationale, Saoud ben Abdel Aziz Helal, a été remplacé par le général Khaled al-Harbi.Une femme, Imane al-Matiri, a été nommée assistante du ministre du Commerce.ARABIE SAOUDITE Le roi Salmane remanie son gouvernement Même si les sondages annoncent une nouvelle victoire de Benjamin Nétanyahou au scrutin du 9 avril, une série d\u2019enquêtes pour corruption pourraient hypothéquer un nouveau mandat.MARC ISRAEL SELLEM AGENCE FRANCE-PRESSE MICHAEL SMITH À JÉRUSALEM AGENCE FRANCE-PRESSE Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, gouverne depuis des années son pays en mêlant discours de droite et habiles manœuvres pour écarter ses opposants, mais certains analystes se demandent si son dernier pari politique, avec la tenue d\u2019élections anticipées, ne sera pas le dernier.Même si les sondages annoncent une nouvelle victoire de M.Nétanyahou au scrutin du 9 avril, une série d\u2019enquêtes pour corruption pourraient hypothéquer un nouveau mandat.Selon la loi israélienne, même si le procureur général décidait d\u2019inculper le premier ministre en suivant les recommandations de la police, M.Néta- nyahou ne serait pas obligé de démissionner de son poste.Mais la pression politique serait très forte et forcerait toute nouvelle coalition à une réflexion sur son maintien ou non à sa tête, relèvent des analystes.Pour nombre de commentateurs politiques, M.Nétanyahou a poussé à la tenue d\u2019élections sept mois avant la date prévue en estimant qu\u2019il serait en meilleure posture pour combattre une éventuelle inculpation s\u2019il était fraîchement réélu.Il ne serait donc pas avisé de tabler sur sa chute à ce stade, font-ils valoir, quand bien même ses ennuis judiciaires se préciseraient.S\u2019il remporte les élections, Benjamin Nétanyahou serait alors en passe de battre le record de longévité (plus de 13 ans) du père fondateur de l\u2019État d\u2019Israël, David Ben Gourion.« Il ne prévoit pas du tout de démissionner et il pense qu\u2019il peut faire face victorieusement aux charges qui pèsent contre lui », estime Anshel Pfef- fer, journaliste au quotidien Haaretz et auteur d\u2019une biographie récente du dirigeant israélien.Sécurité et longévité À 69 ans, cet homme tient les rênes d\u2019Israël depuis si longtemps qu\u2019il a parfois été surnommé « le roi Bibi ».Son efficacité politique est louée par ses partisans qui relèvent que, depuis des années, ses opposants ne l\u2019ont jamais vraiment mis au défi.Un autre de ses surnoms, « Monsieur Sécurité », explique sa popularité dans un pays où les questions sécuritaires font partie des principales préoccupations des électeurs.Il ne parle généralement de la question palestinienne que sous l\u2019angle des opérations des forces de l\u2019ordre alors qu\u2019Israël occupe depuis plus de 50 ans la Cisjordanie, un territoire palestinien.Sans surprise, il a commencé sa campagne électorale en faisant référence lundi aux opérations menées par Israël en Syrie.M.Nétanyahou a également mis en avant la vaste opération de l\u2019armée israélienne pour détruire des tunnels creusés, selon elle, par le Hezbollah libanais, autre ennemi d\u2019Israël, pour infiltrer son territoire.Mais dans un pays où le coût de la vie préoccupe de nombreux habitants, il n\u2019a pas oublié de défendre son bilan économique.« Nous avons fait d\u2019Israël une puissance mondiale émergente, et je n\u2019exagère pas », a-t-il péroré.Fils d\u2019un historien ultrasioniste, M.Né- tanyahou est né en 1949, juste après la création de l\u2019État d\u2019Israël.Il a grandi en partie aux États-Unis.Ancien combattant des forces spéciales blessé au combat, marqué par la mort de son frère aîné lors du raid d\u2019Entebbé (Ouganda) contre un commando propalestinien en 1976, M.Né- tanyahou ne cesse de pourfendre le « terrorisme international » et « l\u2019extrémisme islamiste ».Des fractures en héritage Dans sa jeunesse, la gauche dominait la politique israélienne.Mais en 1977, la victoire du parti de droite Likoud, avec à sa tête Menahem Begin, posa les bases de la future ascension de Benjamin Nétanyahou.Sa carrière décolle lorsqu\u2019il est nommé ambassadeur aux États-Unis puis aux Nations unies.En 1996, il devient à 46 ans le plus jeune premier ministre de l\u2019histoire d\u2019Israël, mais il sera battu trois ans plus tard.Il réussit à revenir au pouvoir en 2009 et ne l\u2019a plus quitté depuis.« C\u2019est une personnalité intéressante », relève Shmuel Sandler, professeur au Centre Begin-Sadate pour les études stratégiques.« Il est désormais considéré comme un maître politique alors que, lorsqu\u2019il a commencé, il ne savait pas vraiment comment procéder », poursuit-il, affirmant que son approche était alors trop américaine.Mais d\u2019autres analystes déplorent sa tendance à créer la division en utilisant la peur pour combattre ceux qui ne sont pas d\u2019accord avec lui.Selon Anshel Pfeffer, « il laissera en héritage non pas une nation plus sûre, mais une société israélienne fracturée, qui vit derrière des murs ».ISRAËL Turbulences à l\u2019horizon pour Nétanyahou Il est impossible de ne pas lier [le remaniement] à Khashoggi MOHAMMED ALYAHYA » A 7 MONDE LEDEVOIR // LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 E N B R E F Rajoelina remporte la présidentielle à Madagascar ANTANANARIVO \u2014 L\u2019ex-chef d\u2019État An- dry Rajoelina a officiellement remporté jeudi la présidentielle à Madagascar, battant son rival Marc Ravalo- manana au second tour d\u2019une élection très disputée et marquée par des accusations de fraude.M.Rajoelina a obtenu 55,66 % des suffrages contre 44,34 % pour M.Ravalomanana, un autre ancien président, selon les résultats du deuxième tour du 19 décembre publiés par la commission électorale.M.Ravalomanana a déposé des recours devant la Haute Cour constitutionnelle pour les contester, a annoncé son directeur de campagne.Commentant sa victoire devant la presse au siège de la commission électorale, M.Rajoelina a estimé que « le peuple malgache a pu s\u2019exprimer en toute liberté » et a appelé de ses vœux à « une alternance démocratique ».La Haute Cour constitutionnelle dispose de neuf jours pour valider ou infirmer les résultats après l\u2019examen d\u2019éventuels recours.Le président de la commission électorale, Hery Rakotomanana, a assuré que « des efforts » avaient été faits « pour répondre aux requêtes des deux candidats.L\u2019un a demandé un examen du logiciel de comptage, l\u2019autre a demandé des confrontations de procès-verbaux », a-t-il dit.L\u2019élection présidentielle a été marquée par des accusations mutuelles de fraude de la part des deux candidats finalistes, qui ont dépensé sans compter et multiplié les promesses parfois irréalistes pour l\u2019emporter et effectuer leur retour à la présidence.Quelque cinq millions de votants ont participé au second tour, soit 48 % des inscrits, moins que les 55 % du premier tour, qui s\u2019est tenu en novembre.Agence France-Presse La Cour suprême d\u2019Espagne renonce à juger six Catalans MADRID \u2014 La Cour suprême espagnole s\u2019est déclarée jeudi incompétente pour juger 6 des 18 indépendantistes catalans poursuivis pour leur rôle dans la tentative de sécession d\u2019octobre 2017.Après un recours de leurs avocats, Mi- reia Boya, Lluis Maria Corominas, Lluis Guino, Anna Simo, Ramona Barrufet et Joan Josep Nuet seront finalement jugés par un tribunal de Barcelone.Ces six membres du Parlement catalan dissous sont poursuivis pour désobéissance pour avoir proposé ou mis au vote des textes inconstitutionnels, notamment celui convoquant le référendum d\u2019autodétermination du 1er octobre.Les 12 autres, poursuivis pour les délits de rébellion et/ou de détournement de fonds, seront en revanche bien jugés par la Cour suprême.Agence France-Presse Andry Rajoelina, au moment de voter le 19 décembre GIANLUIGI GUERCIA AGENCE FRANCE-PRESSE ALI CHOUKEIR À BAGDAD AGENCE FRANCE-PRESSE Le président américain, Donald Trump, s\u2019est rendu mercredi en Irak pour rencontrer les soldats américains et a profité de ce premier déplacement en zone de conflit depuis son élection pour justifier sa décision de retirer les troupes américaines de la Syrie.Mais cette visite soulève des critiques dans un pays divisé sur le rôle des États-Unis depuis l\u2019invasion américaine en 2003.La visite de M.Trump a suscité la surprise et des conjectures selon lesquelles les autorités irakiennes n\u2019étaient pas au courant, le président américain n\u2019ayant rencontré aucun ministre.Le gouvernement irakien a confirmé dans un communiqué l\u2019absence de rencontre entre le premier ministre Adel Ab- del Mahdi et M.Trump en raison d\u2019une «divergence de points de vue» sur l\u2019organisation de la rencontre, remplacée par une simple conversation téléphonique.« Le gouvernement a tenté de sauver la face » avec cette déclaration, mais le fait que « M.Trump ait refusé de rencontrer le premier ministre à Bagdad, insistant pour une rencontre dans la base militaire d\u2019Al Asad, a été perçu comme une preuve supplémentaire du mépris de Trump », a indiqué à l\u2019AFP Fanar Haddad, un spécialiste de l\u2019Irak de l\u2019Université de Singapour.Les relations américano-irakiennes n\u2019ont pas été simples après l\u2019invasion des États-Unis de l\u2019Irak et la chute de Saddam Hussein en 2003.La présence américaine en Irak a été vite décriée.La visite mercredi de M.Trump a ravivé la colère des groupes irakiens soutenus par l\u2019Iran, qui composent un bloc clé au Parlement.La milice Harakat al-Nujaba a estimé que la présence des forces américaines était «une violation de la souveraineté du pays» et qu\u2019il était désormais «du devoir du gouvernement de [les] expulser».Cela «ne restera pas impuni.Nous ne permettrons pas que l\u2019Irak soit utilisé comme une base pour menacer d\u2019autres pays», a ajouté cette milice, en référence à l\u2019Iran, la bête noire de Donald Trump.Le secrétaire général de la milice chiite Assaïb Ahl al-Haq, Qaïs al-Khazali, a affirmé sur Twitter que cette visite «révélait la réalité du projet américain en Irak».Selon lui, l\u2019Irak répondra « par une décision du Parlement pour faire sortir les forces militaires » américaines.ÉTATS-UNIS La visite surprise de Trump en Irak suscite des critiques Aucune rencontre n\u2019a été organisée entre le président et le premier ministre irakien BIENVENU-MARIE BAKUMANYA MARTHE BOSUANDOLE À KINSHASA AGENCE FRANCE-PRESSE Kinshasa a demandé le départ du représentant de l\u2019Union européenne à trois jours des élections prévues dimanche en République démocratique du Congo, où une partie de l\u2019opposition a lancé un appel à la grève générale vendredi.Kinshasa «invite instamment» Bruxelles à rappeler «dans les 48 heures» son chef de mission en République démocratique du Congo, a déclaré le chef de la diplomatie congolaise, Léonard She Oki- tundu, à des diplomates occidentaux.Il s\u2019agit d\u2019une mesure de rétorsion de la RDC après le prolongement, le 10 décembre, des sanctions européennes qui visent 14 officiels congolais, dont le candidat du pouvoir à l\u2019élection présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary.Une décision que l\u2019Union européenne «déplore» et «juge totalement injustifiée », selon un porte-parole de l\u2019UE à Bruxelles.« À la veille d\u2019élections très difficiles en RDC, une telle décision ne peut être considérée que comme contre- productive», a-t-il dit.Relance des contestations En politique intérieure, la coalition autour du candidat d\u2019opposition Martin Fayulu a appelé à une journée « ville morte » dans toute la RDC pour protester contre le report partiel des élections qui concerne plus d\u2019un million d\u2019électeurs sur 40, principalement dans le Nord-Kivu à Beni et Butembo.La Commission électorale nationale indépendante (CENI) « vient de dépasser une ligne rouge », a déclaré la coalition « Lamuka », soutenue par deux poids lourds de l\u2019opposition au président Joseph Kabila, Moïse Ka- tumbi et Jean-Pierre Bemba.La coalition « exige que la commission électorale retire instamment cette décision injustifiée ».Pas question pour autant de boycotter le scrutin, a précisé son directeur de campagne, Pierre Lumbi.L\u2019autre pilier de l\u2019opposition, l\u2019Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), et son candidat Félix Tshise- kedi « condamnent » le report mais avaient indiqué dès mercredi qu\u2019ils iraient aux élections.De son côté, la Majorité présidentielle (MP) du président Kabila a lancé un appel à la « sérénité » en affirmant comprendre la décision de la CENI.Mercredi, la centrale responsable des élections a reporté au mois de mars les élections dans la région de Beni-Bu- tembo (est) et à Yumbi (ouest) en raison de l\u2019épidémie d\u2019Ebola, des tueries de civils à Beni et à Butembo et de récents massacres communautaires à Yumbi.L\u2019opposition a déclaré que ce report est « inacceptable », faisant valoir que la CENI exclut du vote des bastions anti-président Kabila.Le ministre de l\u2019Intérieur, Henri Mova, avait demandé au président de la CENI, Corneille Nangaa, de tenir compte du contexte « sanitaire et sécuritaire » à Beni dans l\u2019organisation des élections.Violences La police a tiré et envoyé des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants à Beni, qui protestaient contre le report du vote, a constaté un correspondant de l\u2019AFP.Au moins six personnes ont été arrêtées à Goma, où des barricades ont été dressées en plusieurs points du chef- lieu provincial du Nord Kivu, selon une autre équipe de l\u2019AFP.Les élections présidentielle, législatives et provinciales prévues dimanche doivent entre autres désigner le successeur du président Kabila, qui ne peut pas se représenter, d\u2019après la Constitution.Ces élections ont été trois fois reportées depuis la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du président Kabila : de décembre 2016 à décembre 2017, de décembre 2017 au 23 décembre 2018, puis du 23 au 30 décembre 2018.Le président Kabila a désigné un «dauphin»: son ex-ministre de l\u2019Intérieur sous sanctions de l\u2019Union européenne Emmanuel Ramazani Shadary.Tensions attisées en RDC À trois jours des élections, l\u2019opposition appelle à la grève générale et Kinshasa souhaite expulser le représentant de l\u2019Union européenne Des milliers d\u2019habitants de Bukavu, dans l\u2019est de la République démocratique du Congo, ont fêté jeudi le retour au pays de Denis Mukwege, le chirurgien qui « répare les femmes » victimes de viols et qui a remporté le prix Nobel de la paix en 2018.Il a été accueilli avec les ovations nourries d\u2019une foule dans laquelle prédominaient les femmes.Dans un discours en swahili, avec parfois des passages en français, Denis Mukwege a demandé « justice » avec la création d\u2019un Fonds mondial pour la réparation des victimes de crimes de viols, appelant les pays membres de l\u2019ONU à y participer.Le chirurgien, écharpe aux couleurs congolaises au cou, a montré à l\u2019assistance son prix Nobel et sa médaille, précisant qu\u2019il avait aussi reçu 400 000 dollars, « qui serviront à continuer à soigner les personnes violées ».« C\u2019est un beau jour pour moi, ce prix est votre prix, protégez-le ! » a-t-il lancé.FREDRIK LERNERYD AGENCE FRANCE-PRESSE Mukwege de retour dans son pays SAUL LOEB AGENCE FRANCE-PRESSE La visite mercredi de M. Trump a ravivé la colère des groupes irakiens soutenus par l\u2019Iran, qui composent un bloc clé au Parlement LEDEVOIR // LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin L\u2019année 2018 fut marquée sur tous les continents par des récits migratoires à relater sous l\u2019angle du pays fui ou du pays convoité, des histoires à analyser par la lorgnette du migrant quittant les périls de sa nation mère ou par celle du dirigeant préoccupé par la sécurité de ses frontières.Petite invitation à ne pas négliger l\u2019un ou l\u2019autre revers de la médaille.Gilles Bergeron Économiste Saguenay L\u2019éditorial [« Uniformisation de la taxe scolaire : une mesure régressive »] paru dans Le Devoir du 13 décembre 2018 sur le projet de loi 3, « Loi visant l\u2019instauration d\u2019un taux unique de taxation scolaire », fait une large place aux critiques formulées sur la place publique par les partis politiques d\u2019opposition et certains acteurs sociaux.Il en résulte un portrait- charge qui néglige la contribution essentielle de cette nouvelle loi.L\u2019uniformisation de la taxe scolaire est d\u2019abord une mesure favorable à une plus grande équité sur l\u2019ensemble du territoire québécois.L\u2019enjeu premier est de faire en sorte que la taxe scolaire respecte le principe de l\u2019équité à savoir que tous les contribuables québécois paient un même montant pour une maison évaluée à la même valeur.La taxe scolaire actuelle est inéquitable du fait que les citoyens de certaines régions paient un compte de taxe scolaire trois fois plus élevé que ceux d\u2019autres régions pour une maison de valeur équivalente.L\u2019éditorial du Devoir y voit davantage une mesure pour respecter une promesse électorale de mettre de l\u2019argent dans les poches des contribuables, tout en reconnaissant que c\u2019est « un enjeu d\u2019équité fiscale que la CAQ n\u2019a pas manqué d\u2019exploiter à fond et avec un certain succès ».L\u2019éditorial reprend à son compte le reproche voulant que le projet « prive les commissions scolaires, c\u2019est-à-dire les écoles, de revenus appréciables, alors que la Coalition avenir Québec a promis de dépenser davantage en éducation ».Il reconnaît toutefois par la suite que les commissions scolaires seront compensées par des revenus tirés des autres sources de taxation comme les impôts et la taxe de vente, de sorte que le reproche perd sa pertinence.Il est cependant vrai que la baisse de cette taxe, comme de toute autre taxe, prive le gouvernement de revenus qui auraient pu être utilisés autrement.C\u2019est un choix politique.Un autre reproche au projet de loi est de diminuer les revenus autonomes des commissions scolaires.Dans le contexte actuel de leur gouvernance et du fait que les revenus de la taxe scolaire représentent à peine 12 % de leurs revenus et varient d\u2019une commission scolaire à l\u2019autre, le projet de loi permettra de mettre plus de cohérence dans le système de financement des commissions scolaires.À qui profite cet allégement du fardeau fiscal ?La question est pertinente.L\u2019éditorial affirme que les propriétaires les mieux nantis dont les résidences commandent une valeur foncière élevée vont en profiter davantage.De plus, une partie des locataires n\u2019en profitera pas ; s\u2019ils en profitent, ce sera en moins, compte tenu de la valeur des résidences en location, de sorte que c\u2019est une mesure régres- Briser l\u2019impasse Sortir du champ de ruines.Prendre acte de la volonté populaire.Quels chemins pour l\u2019avenir ?Le Bloc québécois prendra-t-il acte de la volonté populaire ou s\u2019en- gagera-t-il dans une fuite en avant sur un chemin qui ne mène nulle part?Bâtir une stratégie tenant compte de la volonté populaire me semble être plus réaliste et plus efficace que de vouloir poursuivre le rêve d\u2019une autre génération.Regrouper les forces nationalistes et se replier de façon temporaire ou permanente, selon le cas, me semble être la meilleure stratégie pour sortir de l\u2019impasse où nous sommes et pour s\u2019extraire du champ de ruines où les partis indépendantistes se sont enlisés.Il sera toujours temps de voir venir l\u2019avenir, qui n\u2019est jamais fermé.Prendre acte de la volonté populaire me semble être le premier devoir de tout patriote en 2019.Et ne pas disperser nos forces dans quatre partis politiques me semble aussi être la première nécessité politique de tout militant politique québécois, où qu\u2019il se trouve sur le territoire québécois.Il ne faut pas commettre l\u2019erreur de Lévesque et de Parizeau dans les années 1970, qui ont refusé de créer un parti souverainiste sur la scène fédérale et qui ont laissé ainsi le champ libre aux plus coriaces adversaires de l\u2019indépendance.Est-ce qu\u2019un parti québécois non indépendantiste peut exister sur la scène fédérale ou faut-il retourner au jeu traditionnel d\u2019appuyer l\u2019un ou l\u2019autre parti fédéral?Tel est le défi que nous devons relever, me semble-t- il, après l\u2019élection de François Le- gault.La CAQ elle-même doit-elle créer son aile fédérale ou favoriser la venue d\u2019un parti qui ne représenterait que les intérêts québécois à Ottawa?La démence, disait Albert Einstein, est de faire jour après jour la même chose et penser avoir des résultats différents.Il n\u2019est pas nécessaire de changer la Constitution dans un premier temps, mais il faut voter selon nos besoins, nos priorités et nos valeurs.Je soumets pour étude et réflexions la proposition de rassembler les forces nationalistes en un seul parti politique sur la scène fédérale, libre de toute attache avec un parti canadian, qui prendra acte de la volonté populaire qui s\u2019est manifestée à l\u2019automne 2018 et qui ne commettra pas l\u2019erreur fatale de perpétuer la division et la dispersion des forces politiques du Québec à l\u2019intérieur d\u2019un Canada nouveau.Cela n\u2019exclut pas le dialogue et le respect mutuel dans une acception assumée de nos différences et de nos complémentarités.Roger Léger 22 décembre 2018 TAXE SCOLAIRE Une mesure favorable à une plus grande équité fiscale LIBRE OPINION LETTRES CRISE MIGRATOIRE Deux revers à la médaille ÉDITORIAL A 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu sive.Une autre lecture est possible.La baisse de la taxe scolaire va bénéficier aux propriétaires et aux locataires qui contribuent davantage au financement de cette taxe injuste.Les propriétaires et les locataires qui étaient les plus pénalisés vont en profiter davantage.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une mesure régressive, mais d\u2019une mesure de correction d\u2019une injustice fiscale.Des mesures seront cependant nécessaires pour s\u2019assurer que les locataires bénéficient de cette baisse de taxe.L\u2019uniformisation de la taxe scolaire va également profiter à l\u2019économie des régions dont le dynamisme démographique et économique est le plus faible, car c\u2019est dans ces régions que le taux de la taxe scolaire est le plus élevé compte tenu des règles actuelles du gouvernement du Québec, qui déterminent le montant de la taxe scolaire.C\u2019est une loi qui va contribuer à un meilleur équilibre du développement sur le territoire québécois, les baisses de taxes contribuant au dynamisme du marché local et à la création d\u2019emplois dans ces régions.S\u2019il y a un reproche à faire quant à cette loi, c\u2019est que l\u2019on prenne quatre ans pour réaliser sa mise en œuvre.Il est inacceptable qu\u2019une situation injuste perdure aussi longtemps.De plus, la mise en œuvre sur le plan administratif sera beaucoup plus complexe et difficile.Enfin, les critiques que nous entendons aujourd\u2019hui reviendront lors de chaque présentation du budget, de sorte que l\u2019uniformisation de la taxe scolaire risque d\u2019être un projet qui ne verra pas le jour.Ceux qui croient en la pertinence de cette loi devraient se mobiliser pour en accélérer la mise en œuvre.L\u2019auteur a été professeur au Département des sciences économiques et administratives de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi pendant plus de 35 ans et vice-recteur à l\u2019administration et aux finances de l\u2019UQAC de 1998 à 2003.n l\u2019espace de trois semaines, deux enfants fuyant le Guatemala avec leur famille sont décédés à la frontière mexicano-américaine, après avoir été arrêtés et placés en centre de détention.Jakelin Caal, âgée de sept ans, serait morte de déshydratation.La veille de Noël, Felipe Gomez, huit ans, succombait à une affection d\u2019abord diagnostiquée comme un simple « rhume ».On ne peut trouver plus triste fable.Fuir son pays en quête d\u2019un avenir meilleur, traverser une frontière de manière illégale, frapper aux portes d\u2019une nation obsédée par l\u2019étanchéité de son territoire, être arrêté sitôt franchie la ligne d\u2019arrivée, être détenu dans des conditions avoisinant la négligence, puis décéder.Tout cela avant huit ans.Une combinaison d\u2019horreur et d\u2019émotion survenue en pleine magie du temps des Fêtes ?Il n\u2019en fallait pas plus pour que la planète connaisse un petit sursaut d\u2019émoi et d\u2019indignation \u2014 pourtant, les migrants meurent par milliers partout ailleurs et ne font plus la manchette.Les États-Unis ont réagi en jouant la politique du « trop peu trop tard » : des examens médicaux seront systématisés pour tous les enfants en centres de détention.En toile de fond, il y a ce shutdown paralysant l\u2019Administration américaine pour le financement d\u2019un mur (5 milliards $US) à la frontière mexicaine destiné à contrer l\u2019immigration clandestine.Voilà l\u2019illustration parfaite de récits au dénouement tragique mais auxquels il manque le commencement : les familles Caal et Gomez ont-elles quitté le Guatemala et marché vers le nord pour quitter violence, corruption et pauvreté ?Si oui, les vociférations menaçantes d\u2019un Trump populiste ne leur font pas peur, car leur enfer à fuir est bien pire.Mais on ne le saura pas.Car leur départ s\u2019est fondu dans l\u2019anonymat d\u2019une « caravane de migrants », colonne dépersonnalisée de quelque 6000 personnes fuyant parfois l\u2019indicible.Leurs journaux intimes restés secrets ne font pas le poids à côté du porte-voix tonitruant nommé Trump.Déshumaniser le sort de ces gens rend la criminalisa- tion plus\u2026 humaine.De passage au Devoir tout juste avant le congé des Fêtes, la présidente internationale de Médecins sans frontières (MSF), Joanne Liu, plaidait pour que le discours portant sur les migrants soit teinté justement d\u2019une plus grande humanité.Pour la pédiatre, 2018 marque une « année bascule », car l\u2019obsession sécuritaire et la peur ont pris le pas sur les obligations humanitaires.Le président Trump en est l\u2019illustration la plus éloquente, mais au Canada, le chef conservateur Andrew Sheer nourrit de manière malsaine méfiance et inquiétude.Pour Joanne Liu, rien ne vaut pourtant le symbole des clés de maison glissées dans le baluchon pour comprendre que les gens ne migrent pas de gaieté de cœur : « Ils partent tous convaincus qu\u2019ils reviendront un jour à la maison.» Pour affronter une route vers l\u2019exil aussi périlleuse, personne ne quitte son pays sous la force d\u2019un caprice.Une fois arrivés aux portes du pays d\u2019accueil, c\u2019est la criminalisation qui attend nombre de ces humains en exil, et maintenant aussi certains travailleurs de l\u2019humanitaire forcés d\u2019abdiquer leur mission de sauvetage.C\u2019est ainsi que l\u2019Aquarius, en mer Méditerranée, a cessé ses activités début décembre après une campagne de dénigrement menée par les autorités italiennes.Dans ce contexte de grande morosité et de crise, 2018 se termine avec le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, auquel ont adhéré 152 nations, dont le Canada \u2014 mais pas les États-Unis.Il s\u2019agit d\u2019une déclaration d\u2019intention, sans véritable contrainte juridique, et toute la force de ce pacte réside donc dans sa mise en œuvre concrète.Pour 2019, souhaitons qu\u2019il permette de replacer la dignité humaine au centre des priorités des nations d\u2019accueil.MARIE-ANDRÉE CHOUINARD E 6513 6513, ce serait le nombre d\u2019ours noirs tués par des chasseurs en 2018 au Québec.Habituellement, quand on demande pourquoi l\u2019on chasse encore les animaux, on répond souvent que c\u2019est pour leur chair comestible et sauvage.Quant à lui, le mythe entretenu de l\u2019aventure héroïque, où l\u2019on traque un animal grâce à sa science, à sa connaissance du milieu, à son courage de faire face à la bête et par amour de la nature, est mis à mal lorsqu\u2019on découvre ces caches dans les arbres au pied desquels les nobles chasseurs laissent des blocs de sel, vendus par la SEPAQ, ou d\u2019autres aliments pour attirer les animaux et tirer sur eux du haut de leur perchoir.Mais l\u2019ours noir se mange-t-il vraiment à la mesure de la tuerie?Et per- mettez-moi de ne pas utiliser ce terme plein de lâcheté et de rectitude affairiste qu\u2019est «récolte d\u2019animaux»! Car on parle bien ici d\u2019industrie de la chasse et du tourisme, donc encore une fois d\u2019argent, pour justifier et normaliser un comportement hautement discutable.Aristote aurait dit que «personne n\u2019a honte devant des enfants ou des animaux», incapables qu\u2019ils sont de juger et de témoigner du comportement des hommes.Tant que nous penserons que ce que les animaux voient ne nous regarde pas, nous n\u2019éprouverons aucune honte, aucun scrupule à faire souffrir, à effrayer et à mutiler ces êtres qui partagent notre réel et qui méritent notre bienveillance.Marc Boucher Laval, le 21 décembre 2018 A 9 IDÉES LEDEVOIR // LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Annabelle Dias Felix Doctorante en science politique affiliée au Centre d\u2019études et de recherches internationales de l\u2019Université de Montréal (CERIUM) Alors que l\u2019Amérique latine connaît un véritable virage à droite, le Mexique fait bande à part en élisant, en juillet dernier, un président de gauche: Andrés Manuel López Obrador, sous la bannière du nouveau parti Morena (Mouvement de régénération nationale).AMLO, comme on le surnomme, est loin d\u2019être un outsideren politique mexicaine.Les Mexicains l\u2019ont connu comme maire de la ville de Mexico de 2000 à 2005, puis comme candidat présidentiel sous l\u2019étendard du Parti de la révolution démocratique (PRD) en 2006 et en 2012, qu\u2019il quitte ensuite pour participer à la création de Morena.Son arrivée officielle à la tête de l\u2019exécutif fédéral le 1er décembre dernier signale néanmoins une rupture après le règne d\u2019un siècle du Parti révolutionnaire institutionnel (1929-2000, 2012-2018) et du Parti d\u2019action nationale (2000-2012).Mais quelle rupture, au juste?Lors de la présidentielle de 2018, AMLO a présenté son programme «Ensemble, nous ferons l\u2019Histoire », qu\u2019il compte inscrire, comme son nom l\u2019indique, dans l\u2019histoire avec un grand H.Il prétend mettre en place la quatrième transformation du Mexique, après l\u2019Indépendance (1810-1821), la Reforma (1858-1861) et la Révolution (1910- 1920), trois événements historiques qui ont en commun d\u2019avoir vu le peuple se soulever avec les armes contre le gouvernement afin de changer le cours de l\u2019Histoire.Le candidat de Morena considère ainsi que son élection changera l\u2019histoire à travers le vote, le peuple se soulevant contre la mauvaise gouvernance qui règne depuis des décennies, les armes en moins.Plus exactement, le changement qu\u2019il appelle de ses vœux est la mise en place d\u2019un véritable État de droit et d\u2019une «vraie» démocratie, et la libération du pouvoir politique de l\u2019emprise du pouvoir économique.Corruption et impunité Sa priorité est de mener une lutte acharnée contre la corruption et l\u2019impunité.Si ses prédécesseurs promettaient aussi de venir à bout de la corruption, sans résultats, AMLO assure que, cette fois-ci, c\u2019est différent.Le 1er décembre doit marquer le « point final » de la corruption et de l\u2019impunité et un nouveau départ pour le Mexique.Il propose en fait une forme d\u2019amnistie pour les actes de corruption posés avant le 1er décembre 2018, mais prône une tolérance zéro dès à présent.Reste à élucider la question du « comment ».AMLO demeure assez vague quant aux mesures concrètes qu\u2019il entend prendre.L\u2019une des seules mesures avancées est de légiférer sur le statut de la corruption dans la loi afin qu\u2019elle soit désormais considérée comme un délit grave, ce qui impliquerait que les membres du gouvernement, y compris le président, pourraient être jugés pour un tel délit au cours de leur mandat.Bref, leur immunité serait levée.Inégalités et justice sociale AMLO entend également réduire les inégalités économiques et garantir plus de justice sociale.Dans cette perspective, il a annoncé une série de programmes sociaux ciblant différents groupes de la société civile.Par exemple : la gratuité scolaire, l\u2019augmentation des prestations de retraite et une pension universelle pour les personnes souffrant d\u2019un handicap.Il ne s\u2019agit là que d\u2019un échantillon des ambitieux programmes sociaux annoncés, dont la facture promet d\u2019être élevée.Ce qui laisse entière la question de la capacité de payer de l\u2019État.Car il faudra au chef de l\u2019État faire bien davantage que réduire les salaires des membres du gouvernement et vendre l\u2019avion présidentiel, comme il l\u2019a fait après son arrivée au pouvoir.Violence et insécurité Autre enjeu et non le moindre, celui de la violence et de l\u2019insécurité, qui n\u2019ont cessé de croître ces dernières années.Selon AMLO, les problèmes de sécu- POLITIQUE INTERNATIONALE La « quatrième transformation » du Mexique Amel Zaazaa Militante féministe et antiraciste Lettre ouverte au premier ministre du Québec, François Legault Neutralité et laïcité, voilà deux notions dont on parle beaucoup sans les définir.Aujourd\u2019hui encore, on tente de légiférer pour préserver une prétendue neutralité sans se demander ce qu\u2019on entend par celle-ci et si l\u2019État est réellement neutre quant à ses citoyennes et citoyens ?Ce sont pourtant des questions préalables à tout débat pour qu\u2019il ne verse pas dans la cacophonie que nous sommes contraintes et contraints de subir.Monsieur le Premier Ministre François Legault, en arrivant ici il y a 5 ans, mon vécu m\u2019a amenée à me pencher sur la question de la neutralité de l\u2019État, et j\u2019ai découvert avec stupéfaction que non seulement celui-ci n\u2019est pas neutre, mais qu\u2019il perpétue à travers ses appareils une discrimination structurelle envers plusieurs d\u2019entre nous.Une discrimination par rapport à laquelle les gouvernements qui se succèdent entretiennent une omertà.Vous voulez des faits ?J\u2019en ai plusieurs.Aujourd\u2019hui, il manque plus de 25 000 emplois pour les personnes dites des « minorités visibles » dans la fonction publique malgré l\u2019adoption de la Loi sur l\u2019équité en emploi depuis 1995.Le profilage racial par les services de police dans les villes et les quartiers qui comptent une forte présence de personnes racisées et de personnes autochtones n\u2019est plus à démontrer.Les nombreux cas de bavures policières, l\u2019enquête qui vise plusieurs agents de la Sûreté du Québec accusés de sévices envers les femmes autochtones de Val- d\u2019Or et bien d\u2019autres faits dont je ne pourrais faire ici la liste exhaustive démontrent qu\u2019il y a un problème structurel au sein des services de police.Ces services mêmes qui ne comptent à ce jour aucune femme voilée et seulement 3 % d\u2019agentes et d\u2019agents issus des « minorités visibles » pour une population qui en compte plus de 13 % (statistiques de 2016).Même Montréal, qui est l\u2019une des villes les plus multiethniques, n\u2019échappe pas à cette norme, car seulement 11,5 % des effectifs du SPVM sont issus des minorités, alors que paradoxalement, ces dernières comptent pour plus de 30 % de la population.Les médias et la scène culturelle québécoise souffrent d\u2019un manque flagrant de diversité.Le rapport de la consultation sur le racisme systémique dans le milieu des arts, de la culture et des médias publié par Diversité artistique Montréal est la preuve que ce problème est loin d\u2019être spécifique à une discipline ou à une institution en particulier, mais qu\u2019il est bel et bien systémique.Dans la sphère politique, la situation n\u2019est guère enviable.Je suis d\u2019ailleurs certaine que vous ne me contredirez pas là-dessus, car comme vous devez le L\u2019État québécois est-il réellement neutre ?constater tous les jours, l\u2019Assemblée nationale, en Chambre comme dans ses couloirs et ses bureaux, compte une majorité écrasante blanche.Vous vous êtes pourtant félicité d\u2019avoir atteint la « zone paritaire » lors de vos dernières élections et d\u2019avoir nommé un cabinet paritaire ; or, parmi vos députées et députés, combien d\u2019élus racisés avez-vous ?Stokely Carmichael, un militant pour les droits des personnes noires aux États-Unis, a dit : « Si un homme blanc veut me lyncher, c\u2019est son problème.S\u2019il a le pouvoir de me lyncher, c\u2019est mon problème.Le racisme n\u2019est pas une question d\u2019attitude, c\u2019est une question de pouvoir.» Je crois comme Carmichael que ce n\u2019est pas l\u2019attitude des personnes qui importe ni leurs préjugés personnels.Mon enjeu premier n\u2019est pas de m\u2019assurer que chaque concitoyenne et concitoyen soit neutre par rapport à moi.Ce qui m\u2019importe, c\u2019est la composition de nos sphères de pouvoir, les préjugés des figures d\u2019autorité, ainsi que les actions qui en résultent.Nous ne pouvons avoir ce débat sur la neutralité de l\u2019État en faisant l\u2019économie de cette analyse.Or, en ce moment, on ne semble se concentrer que sur les prétendus préjugés religieux en visant particulièrement les femmes musulmanes.N\u2019est-ce pas une discrimination flagrante et sexiste?Qu\u2019en est-il des autres préjugés raciaux, des préjugés liés au genre, des préjugés liés aux capacités physiques des personnes ou à leur classe sociale?Femmes voilées Mais revenons d\u2019abord aux premières visées.Combien de femmes voilées sont juges, cadres de direction ou agentes dans les services de police ?Aucune.Combien de femmes voilées croisez-vous à l\u2019Assemblée ?Zéro.Combien d\u2019entre elles sont éducatrices de la petite enfance ?Plusieurs.Mais savez-vous pourquoi, M.Legault?Vos éducatrices voilées sont des femmes trop diplômées pour «la job», car la plupart d\u2019entre elles ont emprunté cette profession par contrainte et non par choix quand les portes de leurs professions leur ont été fermées à cause de leur habit et de leur confession.Et au- jourd\u2019hui, votre projet de loi s\u2019apprête à leur enlever le dernier rempart qu\u2019elles ont trouvé pour vivre dignement.Vous avez, en 2013, affirmé que vous refusiez de jouer le jeu de la stigmatisation d\u2019une population à des fins électorales et que la charte des valeurs était un projet dangereux.Je suis d\u2019accord avec vous, et je crois en effet que ce n\u2019est pas en tapant sur des personnes déjà vulnérables ou en stigmatisant des communautés que nous allons croître en tant que société.Le malheureux attentat de janvier 2017 à la mosquée de Sainte-Foy nous a montré à quel point cette voie peut être dangereuse.La discrimination que beaucoup de néo-Québécoises et néo-Québécois subissent et notre échec collectif à intégrer des milliers de diplômées et diplômés avec des années d\u2019expérience dans leurs domaines à cause entre autres de leur confession, de leur origine, de leur couleur de peau, etc.devraient être les premiers de nos soucis.J\u2019ose espérer, comme vous l\u2019avez martelé à plusieurs reprises durant votre campagne, que votre objectif premier durant votre mandat sera de mieux prendre soin de vos nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants sans égard à leurs habits, leur confession ou leur genre.Monsieur le Premier Ministre, il faudra aussi prendre soin de plus d\u2019un million de Québécoises et Québécois nés ici qui ga- lèrent encore à trouver leur place à cause de leurs différences.Vous avez gagné avec la promesse de gouverner autrement et d\u2019amener du changement.Nous attendons avec impatience de vous entendre sur les mesures que vous comptez prendre pour contrer cette discrimination structurelle et ainsi viser une réelle neutralité de l\u2019État.Il manque plus de 25 000 emplois pour les personnes dites des « minorités visibles » dans la fonction publique malgré l\u2019adoption de la Loi sur l\u2019équité en emploi depuis 1995 AMEL ZAAZAA » rité publique sont liés à la décomposition des corps policiers et à la corruption qui les gangrène.Sa solution ?Militariser la sécurité publique (processus qui est loin d\u2019être nouveau au Mexique, mais qui s\u2019étend, cette fois-ci, à tout le pays).S\u2019il ne le dit pas dans ces termes, les mesures qu\u2019il annonce y ressemblent fortement : création d\u2019une garde nationale composée de soldats de la marine, de l\u2019armée et de la police fédérale, sous le commandement du ministère de la Défense, et modification de la Constitution pour régulariser la participation des militaires dans la sécurité publique.Si une nouvelle « transformation » du Mexique peut soulever espoirs et enthousiasme, la tâche est titanesque.Il faut rester prudent et, surtout, garder un œil sur les décisions du gouvernement et sur leurs conséquences réelles.AMLO, comme on le surnomme, est loin d\u2019être un outsider en politique mexicaine.Les Mexicains l\u2019ont connu comme maire de la ville de Mexico de 2000 à 2005, puis comme candidat présidentiel sous l\u2019étendard du Parti de la révolution démocratique en 2006 et en 2012.PEDRO PARDO AGENCE FRANCE- PRESSE Andrés Manuel López Obrador considère ainsi que son élection changera l\u2019histoire LEDEVOIR // LE VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 10 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.De rencontres intimistes en événements électrisants, nos photographes ont sélectionné pour vous les meilleures photos de leur année.Aujourd'hui, les moments choisis de Marie-France Coallier.2018 dans l\u2019œil de Marie-France Coallier Cette photo a été prise bien avant que la controverse entourant SL?V n\u2019éclate.Mais elle illustre à merveille l\u2019unité dont on fait preuve Robert Lepage et Betty Bonifassi lorsque tout s\u2019est effondré ; les accusations d\u2019appropriation culturelle menant à l\u2019annulation des représentations du spectacle.« Ils sont assis sur un banc de piano, mais on a l\u2019impression qu\u2019ils flottent », souligne Marie-France Coallier.Blottis l\u2019un contre l\u2019autre, les deux créateurs s\u2019enlacent, dans une symbiose réconfortante, le regard franc, prêts à faire face à une tempête qui est sur le point d\u2019éclater.Pendant trente ans, l\u2019organisme Open Door a eu pignon sur rue dans une église anglicane de Westmount.Avant que le centre venant en aide aux sans-abri ne déménage sur le Plateau Mont-Royal, Marie-France Coallier est allée immortaliser quelques derniers moments, dont cet instant d\u2019humanité et de tendresse entre le directeur David Chapman et une itinérante, Solange Annanack.« J\u2019ai senti beaucoup d\u2019acceptation, d\u2019amour et de tolérance dans cet organisme, comme si tous les bénéficiaires se sentaient vraiment chez eux, en étant acceptés et soutenus », note Marie-France Coallier.Marie-France Coallier avait déjà croqué le visage de Fred Pellerin dans un portrait dont elle n\u2019était pas peu fière.La barre était donc haute pour cette seconde rencontre.Après avoir pris quelques clichés, la photographe suggère au chanteur d\u2019illustrer son album avec ses mains.« Et la magie est soudainement réapparue », se rappelle-t-elle.À travers les mains de Fred Pellerin, on devine la petite porte, celle- là même qu\u2019il évoque dans le mot d\u2019introduction de son album Après : « Après, c\u2019est une petite porte installée dans le mur de la fin.La possibilité d\u2019un passage sur le grand recommencement.» La poétesse est-elle devenue elle-même poésie?L\u2019espace d\u2019un cliché, Marie Darsigny s\u2019est muée en délicatesse, romance et mouvement.Pour réaliser ce portrait, Marie- France Coallier a exploré une composition avec en toile de fond une sculpture composée d\u2019une porte ouverte.«Je lui ai demandé de s\u2019appuyer sur cette porte inclinée, elle a basculé sa tête et au même moment, il y a eu un coup de vent qui a fait virevolter ses cheveux», se rappelle la photographe.Un souffle qui a apporté fragilité au cliché.La salle était bondée.Journalistes, photographes et caméramans étaient rassemblés pour écouter le nouvel opus de Richard Séguin, Retour à Walden \u2014 Sur les pas de Thoreau.Pendant quelques petites minutes, Marie-France Coallier réussit à prendre le chanteur à part.Elle lui propose alors de se placer devant la magnifique affiche représentant la pochette de son album.« Je lui ai demandé de regarder vers le haut.La lumière était exceptionnelle, puisqu\u2019elle venait d\u2019un puits de lumière », se souvient la photographe.Le résultat est une composition aux accents mystiques dans laquelle on ne sait trop si c\u2019est le ciel qui vient à Richard Séguin ou si c\u2019est le chanteur qui est aspiré vers la lumière."]
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