Le devoir, 3 novembre 2018, Cahier B
[" Chambre des représentants Les yeux des observateurs seront surtout tournés mardi vers les 435 sièges en jeu à la Chambre des représentants.Les chances sont bonnes (près de 85% selon le site-référence FiveThirtyEight) que les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre \u2014 ils doivent renverser 23 républicains pour cela.À l\u2019heure actuelle, les projections indiquent que 209 sièges seraient pratiquement acquis aux démocrates, contre 183 aux républicains.Dans 23 autres districts, les pronostics sont plus hésitants, mais ils pointent néanmoins vers 7 victoires démocrates et 16 républicaines.Ce qui laisse donc une vingtaine de districts où personne ne se risque à prédire qui l\u2019emportera [ce sont les points jaunes sur la carte].Un mouchoir de poche y sépare les aspirants.La Californie, la Floride, la Virginie, le Michigan et l\u2019État de New York ont tous deux districts dans cette catégorie.Les autres luttes serrées sont réparties dans une dizaine d\u2019autres États.ur son profil Twitter, la politologue américaine Alison Dagnes se présente com - me quelqu\u2019un «à la recherche de tout ce qui est comique en politique ».Mais la commentatrice offre un long silence au téléphone quand on lui demande si elle a trouvé matière à rigoler dans l\u2019actuelle campagne pour les élections de mi- mandat.Réponse courte ?« Non.» C\u2019est davantage un sentiment de « tristesse » qui habite la professeure de l\u2019Université Shippensburgh, en Pennsylvanie, en cette fin de campagne.Parce que celle-ci a été dure et sale, marquée par la « violence politique » [les colis suspects envoyés à des figures de proue démocrates] ou celle, bien concrète, de Pittsburgh.« Moi-même, dont c\u2019est le métier de suivre et d\u2019analyser la politique américaine, je me sens épuisée de tout ça, dit- elle.On peut penser que tant la gauche que la droite ont des raisons de se sentir galvanisées par les élections et par ce qui est en jeu, mais il y a surtout une vaste majorité d\u2019Américains qui se sentent comme moi: épuisés, submergés.» De quoi ?Du ton de la discussion politique \u2014 si l\u2019on peut parler de discussion.Alison Dagnes énumère : la rage, le vitriol, la haine, cette impression que tout le monde crie et que personne n\u2019écoute.« Le climat est surchauffé, c\u2019est trop.» Et pourtant, ajoute-t-elle, les enjeux sont importants, cette année peut-être plus que jamais.« Les politiciens disent toujours de chaque élection que c\u2019est la plus importante\u2026 mais celle-ci l\u2019est vraiment», faisait lui aussi valoir l\u2019ancien président Barack Obama dans un rassemblement démocrate en octobre (il fait activement campagne depuis quelques semaines).« Même si les gens participent peu et s\u2019intéressent peu à la politique, les élections de mi-mandat sont à mon sens toujours importantes parce qu\u2019elles permettent aux citoyens de juger la présidence en cours, d\u2019approuver ou non les objectifs et les décisions du président », souligne Alison Dagnes.« Ces élections peuvent toujours affecter un président dans sa capacité d\u2019obtenir du soutien au Capitole », relève aussi Jason Mollica, professeur à l\u2019École de communication de l\u2019American University à Washington.Dans le cas présent, « si un fort contingent de démocrates est élu à la Chambre des représentants, cela pourrait retarder, ou entraver, la volonté du président de voir des lois être adoptées », illustre-t-il.Plusieurs y ont goûté avant Donald Trump.C\u2019est d\u2019ailleurs là une partie du principe des « poids et contrepoids » qui définit le système politique américain et l\u2019exercice du pouvoir.Retour de balancier « C\u2019est toujours un peu un référendum sur le président, indique Alison Dagnes.Et quand un président est impopulaire aux mid-terms, on a généralement ce phénomène de wave elections \u2014 le parti adverse fait des gains importants au Congrès.» Dans l\u2019histoire, ces élections de mi- mandat ont ainsi la plupart du temps été l\u2019occasion d\u2019envoyer aux différents présidents des messages d\u2019insatisfaction\u2026 et de rééquilibrer le pouvoir entre la Maison-Blanche et le Congrès.Depuis 1900, il n\u2019est arrivé qu\u2019à trois reprises \u2014 en 29 élections de mi-man- dat \u2014 que le parti du président en exercice n\u2019encaisse pas de pertes.Bill Clinton (en 1998, alors que l\u2019économie roulait rondement), George W.Bush (en 2002, dans la foulée des attentats du 11 septembre) et Franklin D.Roosevelt (en 1934, durant la Grande Dépression) ont bénéficié de ces exceptions.Mais peut-on se fier aux leçons de l\u2019histoire quand il s\u2019agit de Donald J.Trump, un président qui réécrit quotidiennement le grand livre de la politique américaine ?« Tout est diffé- rent », conçoit Alison Dagnes.L\u2019effet Trump Historien à l\u2019Université McGill, Jason M.Opal estime (comme une vaste majorité d\u2019observateurs) que l\u2019édition 2018 des élections de mi-mandat 2018 est inédite.« À cause de Trump, écrivait-il au Devoir jeudi.On n\u2019a jamais eu, dans l\u2019ère moderne, un président qui divise autant la nation.J\u2019entends par là qu\u2019environ 50 % à 60 % des Américains estiment que Trump est inacceptable et révoltant, tandis que 40 % le trouvent formidable et héroïque.De plus, Trump lui-même accapare les médias, les nouvelles et le quotidien des Américains plus que n\u2019importe quel de ses prédecesseurs.» Il ajoute : « J\u2019étudie l\u2019histoire américaine et je n\u2019ai jamais rien vu de pareil, sauf peut-être pendant la décennie 1850 [juste avant la guerre de Sécession].» C\u2019est ce facteur Trump qui donne aux élections actuelles une couleur si particulière, relève aussi MmeDagnes.« Il est si polarisant : si vous l\u2019aimez, vous êtes convaincu qu\u2019il est génial.Si vous ne l\u2019aimez pas, c\u2019est que vous le détestez.» « La vie politique américaine était polarisée avec Donald Trump, mais il a mis de l\u2019essence dans le feu, il a tout amplifié d\u2019une manière hallucinante.Et il l\u2019a fait à dessein : les politiques du président Obama ont certainement divisé, mais la division provoquée par Trump \u2014 avec des attaques personnelles très basses \u2014 est d\u2019un autre ordre.» PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 QUÉBEC La CAQ confrontée au choc de la réalité B 4 POLITIQUE Les yeux doux: la chronique de Michel David | B 5 MONDE La Nouvelle-Calédonie se prononce sur son indépendance | B 6 Souvent boudé par les électeurs, le scrutin de mi- mandat implique généralement que le parti du président en fonction essuie des pertes au Congrès.Mais quelle valeur ont les leçons de l\u2019histoire quand il s\u2019agit de Donald Trump ?Encore une fois, celui-ci brouille les pistes.GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ LE DEVOIR Les élections de la colère Le facteur Trump donne un caractère inédit aux élections de mi-mandat VOIR PAGE B 2 : COLÈRE S ÉLECTIONS DE MI-MANDAT Majorité de sièges INFOGRAPHIE LE DEVOIR SOURCE: FIVETHIRTYEIGHT Sénat Le tiers du Sénat (35 sièges) sera renouvelé mardi, et tout indique que les républicains en garderont le contrôle \u2014 85% de probabilités, selon Five- ThirtyEight.Les démocrates doivent défendre 26 des 35 sièges en jeu.Cinq luttes sont considérées comme très serrées (carte du bas) : au Nevada, en Arizona, au Missouri, en Floride et en Indiana.Moi-même, dont c\u2019est le métier de suivre et d\u2019analyser la politique américaine, je me sens épuisée de tout ça.On peut penser que tant la gauche que la droite ont des raisons de se sentir galvanisées par les élections et par ce qui est en jeu, mais il y a surtout une vaste majorité d\u2019Américains qui se sentent comme moi : épuisés, submergés.ALISON DAGNES » .Perspectives favorables démocrates .Perspectives incertaines démocrates .Chaudes luttes .Perspectives incertaines républicains .Perspectives favorables républicains Cette campagne a été ponctuée d\u2019événements marquants, dont la fusillade de Pittsburgh, les attentats à la bombe et les allégations d\u2019agressions sexuelles visant le juge Brett Kavanaugh faites par Christine Blasey Ford.Autant d\u2019éléments qui ont semé la tension et le dégoût au sein de la population américaine.Est-ce que cela aura un impact sur le résultat électoral, et si oui, lequel ?David H.Pritchard.Avec Donald Trump, un scandale qui aurait autrefois fait les manchettes plusieurs semaines est maintenant vite remplacé par de nouveaux scandales.Concernant la fusillade de Pittsburgh, je crois qu\u2019autant de gens se sentent rejoints par ceux qui prônent un resserrement du contrôle des armes à feu que ceux qui poussent pour plus d\u2019armes pour mieux se protéger.Il règne une telle polarisation sur cette question.Le problème, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a plus personne qui incarne le centre aux États-Unis.Les familles sont divisées, les voisins, les collègues de travail aussi.Donc, je ne crois pas que ces événements précis vont avoir un impact sur le vote, mais plutôt sur l\u2019ambiance générale et le climat de tension.Stephen Ansolabehere.Plusieurs de ces événements auront peu d\u2019impacts.La fusillade mobilisera peut-être plus les partisans démocrates dans cette région, mais je crois que ce qui marquera davantage cette élection, c\u2019est le mouvement de fond qu\u2019a fait naître depuis plusieurs mois le discours récurrent du président Trump.Cela a permis une mobilisation sans précé- dent des femmes, avec la marche des femmes en 2017 et l\u2019éclosion du mouvement #MeToo.Ce sera certainement l\u2019année où les femmes auront fait le plus de gains sur la scène politique dans l\u2019histoire américaine.La campagne de peur, renforcée par le discours d\u2019intolérance à l\u2019égard des immigrants illégaux et des réfugiés et l\u2019envoi de troupes à la frontière mexicaine, semble avoir frappé l\u2019imaginaire des Américains.Cette instrumentalisation de la peur sera-t-elle payante en matière de votes pour Donald Trump ?S.A.Le fait d\u2019avoir axé sa campagne sur l\u2019immigration est à mon avis une mauvaise stratégie pour Donald Trump, alors que l\u2019économie va très bien et qu\u2019il aurait pu s\u2019en servir pour gagner l\u2019adhésion de nouveaux électeurs.Ce discours résonne surtout auprès des républicains.Il appuie toujours sur le même bouton, mais cela ne fait que renforcer une base qui lui est déjà acquise.C\u2019est comme prêcher à des convertis.D.P.Pour l\u2019instant, Trump demeure assez impopulaire, avec un taux d\u2019appui au plus bas dans les sondages, oscillant autour de 42 %.Même après son élection \u2014 par seulement 46 % des Américains \u2014, il est resté peu populaire.Son seul espoir, c\u2019est que sa principale base électorale, les Blancs des classes moyenne et basse, aille voter massivement.Cette frange de la population, nationaliste et blanche, est de plus enracinée aux États-Unis.Alors ce qui va véritablement compter dans l\u2019urne, c\u2019est le taux de participation, notamment celui des populations afro-américaines et latinos, davantage fidèles aux démocrates.L\u2019histoire montre qu\u2019aux élections de mi-mandat, le gouvernement en exercice perd très souvent des sièges au profit du parti adverse à la Chambre des représentants.Les sondages laissent prévoir le retour d\u2019une majorité démocrate en chambre ; qu\u2019est-ce que cela présagerait pour Donald Trump ?S.A.Ils pourraient désormais bloquer des projets comme le démantèlement de l\u2019Obamacare promu par le président, relancer des enquêtes sur les activités de Trump et faire mourir plusieurs autres initiatives pour lesquelles des fonds doivent être approuvés par la chambre.Mais les démocrates devront aussi négocier et faire des compromis.Si le Sénat \u2014 qui nomme les juges et doit être consulté sur les traités et accords internationaux \u2014 demeure à majorité républicaine, Donald Trump pourra compter sur son appui indéfectible.Mais est-ce que la nomination de PERSPECTIVES ÉLECTIONS DE MI-MANDAT B 2 La haine en héritage I ls ne seront sans doute que quelques centaines à atteindre la frontière américaine, plusieurs semaines après l\u2019élection, comme au printemps dernier.Pourtant, le président américain a fait de la caravane des migrants la figure de proue de son destroyer électoral en lui associant les images d\u2019un meurtrier sordide.Depuis une semaine, il multiplie les mensonges pour manœuvrer un électorat dont la priorité n\u2019est pourtant pas la sécurité à la frontière, mais bel et bien l\u2019accessibilité des soins de santé.Pour autant, emportés par la logorrhée de l\u2019occupant du Bureau ovale, même si c\u2019est pour vilipender le composite de faussetés du président, médias et internautes s\u2019érigent, même à leur corps défendant, en mégaphone des républicains\u2026 ce qui pourrait finir par avoir un impact, mardi, dans le secret de l\u2019isoloir.L\u2019immigration est un thème électoralement rentable \u2014 comme l\u2019a froidement constaté le président.Le GOP ne s\u2019y est pas trompé.Selon une analyse Reuters-Kantar Media- CMAG, en deux ans, sa stratégie électorale a de plus en plus recours à la sémantique antimigratoire, indépendamment du fait que les élus républicains sont en campagne ou pas.Même dans des États où l\u2019immigration est marginale, comme en Indiana, où la priorité demeure la protection de ceux qui ont des conditions médicales préexistantes, un tiers des publicités est consacré aux dangers liés aux migrants.Et alors que l\u2019année avance, ces dernières deviennent virulentes, liant de plus en plus criminalité et immigration \u2014 ce qu\u2019infirment les statistiques.Une mise en scène Ainsi, bien que les chiffres soient en déclin constant depuis le début du millénaire et bien que ce soit de plus en plus des enfants et des familles qui s\u2019y présentent, la frontière est devenue un vaste théâtre politique, un laboratoire sécuritaire, une zone d\u2019opérations militaires où la sémantique guerrière gagne du terrain\u2026 Cette mise en scène n\u2019est pas anodine.D\u2019abord parce qu\u2019il y a derrière ce mouvement venu du Triangle du nord une réalité, celle d\u2019États déliquescents où règne une violence endémique alimentée par les changements climatiques.Au point où la Banque mondiale prévoit un exode vers le nord de 10,6 millions de personnes d\u2019ici 2050 : le problème qui n\u2019en est pas un pourrait le devenir.Le traiter de manière conséquente suppose de créer les conditions pour inciter les migrants à demeurer chez eux plutôt que de menacer les pays concernés de couper leur aide au développement (avec le programme Alliance for Prosperity) s\u2019ils ne parviennent pas à retenir leurs habitants, comme le fait le président américain.Ce qui est contre-productif.Ensuite, l\u2019apparence de politisation de l\u2019armée déployée dans ce contexte polarisant pourrait éroder la légitimité de l\u2019institution militaire et accroître le désengagement des Américains\u2026 aux dépens de la démocratie.D\u2019autant que des milices d\u2019extrême droite et des groupes paramilitaires ont annoncé collectes de fonds et déploiements à la frontière \u2014 alimentant la visibilité de ces groupes dont les ramifications avec ceux qui se sont récemment rendus coupables d\u2019exactions sont perceptibles.Le fait que le président ait annoncé dans les jours suivant le massacre à la synagogue de Pittsburgh qu\u2019il mettait fin au financement de la Countering Violent Extremism Grant, mise en place en 2016 pour contrer les groupes haineux, minore également la réalité du terrorisme intérieur.L\u2019objectif clair Enfin, cette stratégie érode silencieusement l\u2019économie américaine.Le coût du déploiement de 15 000 soldats pourrait s\u2019élever à 100 millions de dollars, qu\u2019il faudra ajouter au coût du prolongement du mur pour lequel les arpenteurs ont déjà amorcé le travail.Dans le même temps, le président de la Réserve fédérale appréhende l\u2019impact sur le taux de croissance de la contraction de la population active.À juste titre : certaines entreprises de la zone frontalière, frappées par les raids des services d\u2019immigration, envisagent de délocaliser leurs activités\u2026 au Mexique, faute de pouvoir trouver des ouvriers aux États-Unis, tandis que les récoltes de la Californie à la Caroline du Nord pourraient pourrir sur pied faute de main-d\u2019œuvre.L\u2019objectif clair derrière cette stratégie est que l\u2019électorat lève les yeux de la balle et l\u2019échappe.Mais que restera-t-il au lendemain de l\u2019élection de cette sordide mise en scène ?Que restera-t-il des relents d\u2019antisémitisme inscrits en filigrane du discours sur la caravane des migrants ?Des amalgames entre Soros et la mondialisation, entre les migrants et le terrorisme ?Quelle sera la légitimité du Congrès, quelle que soit l\u2019issue de l\u2019élection ?À quel point la peur va-t-elle alimenter le refus d\u2019une alternance politique et le cycle de violence ?Les élus qui entreront en poste dans la foulée de l\u2019élection, quelle que soit leur allégeance, devront vivre avec cet héritage électoral.La Haine.ÉLISABETH VALLET Ce qu\u2019il faut savoir Les élections de mi-mandat aux États-Unis ont lieu à date fixe : le mardi suivant le premier lundi de novembre, deux ans après l\u2019entrée en poste d\u2019un président.Seront soumis au vote des Américains le 6 novembre\u2026 Les 435 sièges de la Chambre des représentants.Lors de la dissolution de l\u2019assemblée, le Parti républicain détenait 235 sièges et le Parti démocrate, 193.Sept sièges étaient laissés vacants.35 sièges au Sénat, sur un total de 100.Au moment du déclenchement des élections, 26 sièges étaient occupés par des sénateurs démocrates, 9 par des républicains et 2 par des indépendants : Bernie Sanders du Vermont et Angus King du Maine, qui se rangent généralement du côté démocrate.36 États et trois territoires doivent élire leur gouverneur, responsable du pouvoir exécutif.Ce poste est l\u2019équivalent d\u2019un premier ministre provincial au Canada.Le mi-mandat, c\u2019est aussi une foule d\u2019autres courses à surveiller\u2026 Le renouvellement de la quasi-to- talité (87 des 99 chambres) des parlements des États.Les candidats vainqueurs seront en poste au moment où débutera le processus de redécoupage des circonscriptions (gerrymandering) à la lumière du recensement de 2020.155 référendums sur divers enjeux de politique publique répartis dans 37 États.La légalisation du cannabis médical ou récréatif est à l\u2019ordre du jour dans cinq États.Plusieurs postes de procureurs de district, de shérifs ou de maires.Guillaume Lepage Bien que les chiffres soient en déclin constant depuis le début du millénaire et bien que ce soit de plus en plus des enfants et des familles qui s\u2019y présentent, la frontière est devenue un vaste théâtre politique, un laboratoire sécuritaire, une zone d\u2019opérations militaires où la sémantique guerrière gagne du terrain Pour tracer le bilan de cette campagne haute en couleur, marquée par les tensions et plusieurs épisodes violents, Le Devoir s\u2019est entretenu avec Stephen Ansolabehere, professeur en gouvernement au Centre d\u2019études en politique américaine (CAPS) de l\u2019Université de Harvard, et David H.Pritchard, spécialiste des médias et professeur émérite à l\u2019Université du Wisconsin.PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE PARÉ LE DEVOIR Quels lendemains pour Donald Trump ?Q&R LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 Cela mobilisera-t-il les électeurs ?Dans ce contexte, M.Opal se dit con - vaincu que le « taux de participation sera bien plus élevé [mardi que lors] des élections récentes ».En 2014, moins de 42 % des Américains s\u2019étaient déplacés pour voter.Depuis 1982, jamais le taux de participation à ces élections n\u2019a dépassé 50 %.Cette année, le vote par anticipation annonce pour le moment une participation accrue.À quatre jours des élections, pas moins de 29 millions d\u2019Américains avaient déjà exer - cé leur droit de vote par anticipation, et le nombre de ces votes avait déjà fracassé celui recensé aux élections de mi-mandat en 2014 dans 18 États et dans le district de Washington, selon une compilation réalisée par le site United States Elections Project.Alison Dagnes prévient toutefois « qu\u2019il ne faut pas exclure que plusieurs Américains restent à la maison parce qu\u2019ils ont perdu confiance dans nos institutions de gouvernance », dit-elle.Quel message ?La plupart des analystes s\u2019attendent à ce que les démocrates sortent victorieux des élections de mardi \u2014 du moins pour ce qui est du contrôle de la Chambre des représentants.Ce qui ne veut pas dire que Donald Trump changera complètement pour autant\u2026 Ni Jason M.Opal, ni Alison Dagnes, ni Jason Mollica ne se font d\u2019illusions là-dessus.Peu importe, « M.Trump ne cédera pas un pouce de son autorité », dit le premier.« Il va trouver le moyen de crier victoire et de continuer à faire ce qu\u2019il fait », pense la seconde.« Gagne ou perd, il va trouver quelque chose à dire », ajoute le troisième.Mme Dagnes craint les conséquen - ces d\u2019une bonne performance des candidats républicains mardi.« Pour Donald Trump, le message serait que son approche fonctionne.Ça la normaliserait.» Ce qui, non, ne la fait pas rire.LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 PERSPECTIVES B 3 Rien ne va plus D epuis l\u2019accession de Donald Trump à la présidence, j\u2019ai juré de ne plus jamais faire de pronostics électoraux.Non, je ne fais pas partie de cette classe d\u2019élite de journalistes et de sondeurs qui s\u2019est trompée sur la probabilité d\u2019une victoire pour Hillary Clinton.Au contraire, j\u2019avais prévu la défaite de cette dernière le 21 septembre 2015, à voix haute dans une émission du réseau de télévision MSNBC.Cependant, je pensais que Mme Clinton serait plutôt battue par Jeb Bush, que je considérais comme le candidat présomptif du Parti républicain.Une bataille entre deux dynasties se conformait à ma thèse d\u2019un système dominé par une oligarchie imperméable.Impossible que Trump défonce les murs du château fort de la famille Bush, ou que Bernie Sanders renverse l\u2019emprise clientéliste du couple Clinton.En fin de compte, la machine républicaine était moins puissante que la machine démocrate, qui a craché Sanders comme une arête.Mais me voilà détrompé sur Trump-Clinton, bien que je connaisse de près la grande colère anti-Clinton parmi les ouvriers « cols bleus » et les petits commerçants du Midwest.J\u2019avais bien compris, après 18 ans de reportages, à quel point Trump, avec sa rhétorique anti-Chine et anti- ALENA, avait des chances contre une Clinton si liée aux accords de « libre-échange » promulgués par son mari et le président Obama.L\u2019incroyable percée de Trump, le vulgaire escroc, suivait sa propre logique pour des millions de gens frustrés par des politiciens qui ne cessaient de prôner « la nouvelle économie » et « les emplois de l\u2019avenir ».Pour eux, les villes dévastées par la délocalisation industrielle étaient d\u2019actualité, donc Trump a pu les entraîner dans sa fable de richesse instantanée.Un bouffon bruyant Toutefois, je croyais à l\u2019idée du républicain respectable et bourgeois qui servirait de garde-fou contre Trump.J\u2019ai grandi avec ces gens-là dans les banlieues nord de Chicago longeant le lac Michigan.Protestants et conservateurs, les républicains de mon enfance affichaient leur fierté non seulement pour leur réussite professionnelle et dans les affaires, mais aussi pour leur probité, leur engagement civique et leur comportement moral.Ils étaient ceux qui auraient refusé à un Trump l\u2019entrée dans leurs clubs privés.Un tel bouffon bruyant, surtout marié pour la troisième fois avec une étrangère au passé douteux, n\u2019est pas le membre idéal à présenter à son épouse dans le salon, sans parler du bar après un match de golf avec de potentiels clients.Trump rachète et crée des clubs « prestigieux », comme Mar-a-Lago, justement pour se venger de ce genre de républicain huppé qui le traitait d\u2019arriviste grossier et de corrompu.Lorsque je suis arrivé dans les studios de France Inter et sur les plateaux France Télévisions dans la soirée du 9 novembre 2016, j\u2019étais convaincu que les « gens bien » du Parti républicain voteraient en grand nombre pour Hillary Clinton par simple dégoût pour Donald Trump.Après tout, la jeune Hillary, fille d\u2019un homme d\u2019affaires, était l\u2019une des leurs à l\u2019origine : originaire d\u2019une banlieue nord- ouest de Chicago, la famille Rodham avait suivi en 1964 l\u2019étendard du puriste de droite Barry Goldwater jusqu\u2019au bout de sa campagne désastreuse contre le démocrate Lyndon Johnson.On pouvait croire que, sous ses paroles « libérales » et « féministes » battait le cœur d\u2019une candidate à l\u2019âme conservatrice.Une candidate qui a d\u2019ailleurs toujours favorisé la politique de centre droit de son mari, dont la dérégulation de Wall Street et le soutien pour de grandes entreprises comme Wal-Mart.Regarder Fahrenheit 11/9 Bigre, j\u2019ai eu tort \u2014 et plus qu\u2019une fois \u2014 devant les auditoires français.Selon les sondages cités par The New York Times, seulement 7 % des républicains autoproclamés ont voté pour Clinton.Lorsque la Caroline du Nord a basculé pour Trump, je suis tombé de haut.Les républicains n\u2019allaient pas sauver la nation : mes « banlieusards » d\u2019enfance, aujourd\u2019hui adultes, m\u2019avaient trahi.En tout cas, je ne recommande pas de parier sur les élections de mi-mandat en se basant sur les déclarations des journalistes ou des sondeurs ni sur les gros titres d\u2019attentats, d\u2019assassinats ou de caravanes de désespérés.Mieux vaut regarder Fahrenheit 11/9, le dernier film de Michael Moore.Là, on voit les politiciens sous leur jour le plus cynique et on constate jusqu\u2019où ils vont pour duper le peuple.Sauf que, dans le récit de Moore, pour la plupart anti- Trump, l\u2019arnaque la plus étonnante est commise par Barack Obama, en 2016, lors de la crise de l\u2019eau contaminée à Flint, au Michigan.Il s\u2019agit d\u2019une mascarade, où le président affiche sa prétendue solidarité avec les victimes en buvant une petite gorgée de l\u2019eau du robinet contaminée.On voit bien dans le gros plan qu\u2019Obama n\u2019avale pas.Les riverains démunis de Flint étaient terriblement déçus, ainsi que par le manque d\u2019aide fédérale, ce qui a gravement fait baisser le taux de participation démocrate dans un État clé.Soyez prudents dans vos paris d\u2019ici mardi.Les gens ordinaires ne sont pas assez bêtes pour miser sur un seul numéro.John R.MacArthur est éditeur de Harper\u2019s Magazine.Sa chronique revient au début de chaque mois.JOHN MC ARTHUR Lorsque la Caroline du Nord a basculé pour Trump, je suis tombé de haut.Les républicains n\u2019allaient pas sauver la nation : mes « banlieusards » d\u2019enfance, aujourd\u2019hui adultes, m\u2019avaient trahi.Le président Donald Trump lors d\u2019un rassemblement Make America Great Again à Charlotte, en Caroline du Nord NICHOLAS KAMM AGENCE FRANCE-PRESSE INFOGRAPHIE LE DEVOIR \u2022 SOURCE CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS DES ÉTATS-UNIS juges conservateurs comme Brett Kavanaugh à la Cour suprême ne va pas justement sceller l\u2019avenir de plusieurs grandes avancées sociales remises en cause par Donald Trump, comme le droit à l\u2019avortement ou le droit du sol pour les immigrants ?S.A.Oui, il y a aura des nominations de juges conservateurs.Mais ce qui compte, c\u2019est si l\u2019équilibre est rompu.À mon avis, les juges, qui défendent le pouvoir judiciaire, vont devoir se baser sur la jurisprudence actuelle.Or, il n\u2019est pas clair que même des juges favorables à Donald Trump infirmeraient la jurisprudence.Se prononcer contre le droit du sol, ce serait aller à l\u2019encontre de la Constitution et assez difficile à défendre, même pour des magistrats conservateurs.D.P.Si le Sénat reste aux mains des républicains, comme le prévoient les sondages, le président Trump pourra nommer des juges qui partagent ses idées au sein de la plus haute cour du pays.Même sans l\u2019appui de la chambre, il pourra promulguer des décrets présidentiels, qui font partie des pouvoirs dont dispose le président.Ces décrets pourront toujours être contestés devant les tribunaux.Mais, selon moi, si une majorité de juges conservateurs doivent se prononcer, c\u2019est comme jouer un match à domicile.On part avec un avantage.Qu\u2019est-ce qu\u2019un revers à ces élections et l\u2019intense mobilisation démocrate suscitée par la présente campagne laisseraient entrevoir pour l\u2019avenir ?Est-ce que cela nuira aux chances de réélection de Trump en 2020 ?D.P.C\u2019est très difficile de prévoir ce qui attendra Donald Trump d\u2019ici deux ans.Il ne sera peut-être même plus là.Un attentat ou n\u2019importe quel événement international majeur pourrait influer sur ses chances de réélection.Deux ans avant son élection, peu d\u2019Américains savaient qui était Barack Obama.De nouvelles figures, comme Nikki Halley chez les républicains, ou Beto O\u2019Rourke, pourraient venir changer complètement le paysage politique.D\u2019ici là, des républicains modérés, qui en ont assez de Trump, pourraient aussi lui retirer leur appui et faire en sorte que le bras législatif du gouvernement agisse de façon plus indépendante.S.A.Il est difficile de prévoir si la mobilisation actuelle observée chez les démocrates persistera jusqu\u2019en 2020.D\u2019autres changements, dont l\u2019élection possible de plusieurs gouverneurs démocrates lundi et l\u2019arrivée d\u2019un ou d\u2019une candidate modérée à la tête du Parti démocrate, auront un impact majeur sur la suite des choses.Mais concrètement, l\u2019histoire démontre que le facteur le plus prédictif du sort d\u2019un président lors d\u2019une réélection, c\u2019est la croissance économique.Si les tensions économiques avec la Chine et d\u2019autres pays s\u2019amplifient, ça pourrait être difficile.Ce qui est clair, c\u2019est qu\u2019avec d\u2019aussi bas taux de popularité, si l\u2019économie tombe en 2020, Trump tombera aussi.Des pistes brouillées COLÈRE SUITE DE LA PAGE B 1 Perte des sièges à la mi-mandat 3 C\u2019est le nombre d\u2019élections de mi-mandat où le parti du président en exercice n\u2019a pas subi de pertes depuis 1900. LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 PERSPECTIVES B 4 LE NOUVEAU GOUVERNEMENT LEGAULT MARIE VASTEL CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Les révélations cette semaine voulant que Statistique Canada s\u2019apprête à récolter les informations bancaires de Canadiens sans leur consentement ont monopolisé les débats aux Communes.Les conservateurs crient au scandale, accusant l\u2019agence de violer la vie privée des citoyens.Les libéraux rétorquent que ces données probantes sont essentielles pour concocter des politiques publiques justes.Mais le commissaire à la vie privée, Daniel Therrien, a ouvert une enquête après avoir reçu une douzaine de plaintes de citoyens.Cette récolte de données est-elle justifiée ?Entrevue avec l\u2019ancien statisticien en chef du pays Munir Sheikh, qui avait quitté son poste en 2010 pour protester contre la décision du gouvernement de Stephen Harper de rendre volontaire le formulaire long du recensement.Que doit-on penser de la décision du Commissaire à la protection de la vie privée de faire enquête sur cette initiative de Statistique Canada qui devait débuter en janvier ?Je trouve cela troublant, car ça m\u2019indique que ce qui était la pratique habituelle à Statistique Canada \u2014 soit d\u2019obtenir l\u2019accord du commissaire à la vie privée avant de faire quoi que ce soit \u2014, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, cela ne s\u2019est pas produit.Et c\u2019est ce qui m\u2019inquiète.J\u2019ai l\u2019impression que Statistique Canada a consulté le commissaire à la vie privée, mais en termes très généraux.Alors que le commissaire étudie la situation de façon précise plutôt que de façon générale.Ça semble avoir été une erreur [de la part de l\u2019agence statistique].Ce qui est bien, cependant, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas eu de problèmes, et Statistique Canada tirera des leçons de tout ça.La tenue d\u2019une telle enquête et les critiques émises par les politiciens pourraient-elles nuire cependant à la réputation de Statistique Canada ou à la confiance que lui accorde le public canadien ?Je ne crois pas.Aucune information personnelle n\u2019a été divulguée.La récolte de données auprès de neuf banques canadiennes n\u2019a même pas débuté.Certains se sont inquiétés qu\u2019il y ait un risque et le commissaire à la vie privée nous dira si c\u2019est le cas.Depuis des années, Statistique Canada est la meilleure agence statistique au monde.Elle ne va pas perdre ce statut sans prendre les recommandations du commissaire \u2014 quelles qu\u2019elles soient \u2014 au sérieux.Pourquoi Statistique Canada s\u2019adonne-t-elle à ce genre de collecte de données ?Quand j\u2019étais à l\u2019agence, il y a huit ans, nous sentions déjà que nous étions aux prises avec la difficulté d\u2019obtenir des données appropriées parce que les habitudes des citoyens avaient changé.Les gens utilisent souvent un cellulaire plutôt qu\u2019une ligne téléphonique résidentielle.Statistique Canada n\u2019arrive pas à joindre ces utilisateurs de téléphonie cellulaire \u2014 et bien souvent, ce sont des jeunes.Si vous n\u2019obtenez pas leurs réponses, en cette ère d\u2019économie numérique, il devient très difficile de récolter des données probantes.L\u2019autre problème, c\u2019est que la population est plus réticente à répondre aux sondages téléphoniques, parce qu\u2019elle est plus préoccupée par la protection de sa vie privée.C\u2019est non seulement un problème, mais un phénomène qui avec le temps cause une détérioration de la qualité des données.Est-il vraiment nécessaire, cela dit, de décortiquer les données financières des Canadiens, comme leur solde bancaire et leurs transactions ?Il le faut pour connaître les habitudes de consommation des Canadiens.Ces données sont essentielles pour les entreprises : si vous ne savez pas que les citoyens veulent acheter des téléphones et des téléviseurs, plutôt que des meubles, vous ne pouvez pas avoir de plan d\u2019affaires solide.Et les données financières des Canadiens permettent en outre d\u2019établir l\u2019index des prix à la consommation, qui permet à son tour à la Banque du Canada d\u2019élaborer toute sa politique monétaire.Que faire, alors, des craintes à la vie privée des Canadiens ?C\u2019est tout le casse-tête.D\u2019une part, l\u2019inégalité des revenus s\u2019est accentuée.Lorsque cela se produit, les gouvernements doivent adopter de bonnes politiques publiques pour y répondre.Et vous n\u2019avez pas de bonnes politiques publiques sans avoir des données de qualité.Si vous ne connaissez pas les besoins immobiliers de vos citoyens, leur état de santé, vous ne pouvez pas y répondre.À l\u2019ère à laquelle nous vivons, il est donc de plus en plus important que les gouvernements aient des données de qualité.Et pour ce faire, il faut trouver de nouvelles façons de récolter ces informations.Mais en revanche, les gens sont de plus en plus inquiets quant au partage de leurs informations personnelles.Le défi auquel on fait face, c\u2019est de savoir comment récolter des renseignements de qualité tout en protégeant leur vie privée.Y a-t-il un risque que toutes ces informations soient mal protégées par Statistique Canada ?L\u2019agence récolte déjà énormément de données à l\u2019heure actuelle, et ce sont des données brutes [qui n\u2019ont pas encore été anonymisées \u2014 ce que fait l\u2019agence une fois qu\u2019elle les a colligées].Statistique Canada doit pouvoir associer toutes ces informations à un individu, pour pouvoir en tracer le portrait.Mais Statistique Canada le fait déjà auprès d\u2019autres sources.La méthode de collecte proposée auprès d\u2019institutions bancaires n\u2019a donc rien de neuf.L\u2019Agence du revenu du Canada, par exemple, lui fournit l\u2019information fiscale de votre déclaration de revenus.Si Statistique Canada n\u2019a jamais connu de fuite de ces informations confidentielles dans le passé, je suis convaincu qu\u2019elle saura protéger ces autres données également.Statistique Canada doit revoir ses méthodes de collecte L\u2019ex-statisticien en chef du pays Munir Sheikh au parlement canadien, en juillet 2010 FRED CHARTRAND LA PRESSE CANADIENNE Q&R MARIE-MICHÈLE SIOUI CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR ls ont été perçus comme des reculs, des pas de côté ou des cafouillages, ces prises de position du nouveau gouvernement Legault qui ont changé au fil des jours.Mais attention, avertissent trois acteurs ayant vécu des transitions gouvernementales : la Coalition avenir Québec est tout simplement en train de passer\u2026 le test de la réalité.«Entre un engagement électoral ou un élément de programme politique qui tient en deux paragraphes et un projet de loi, il y a une très, très, très longue route.Là, je pense que tout le monde réalise \u2014 et il y a beaucoup de bonne volonté \u2014 que ça ne se fait pas en criant lapin», observe l\u2019ex-chef de cabinet et sous-minis- tre Martine Tremblay, qui a présidé le comité de transition du gouvernement de Pauline Marois en 2012.Ainsi la volonté maintes fois déclarée du chef caquiste, François Le- gault, de geler la rémunération des médecins spécialistes s\u2019est-elle transformée ces derniers jours en « besoin de bien comprendre l\u2019entente » du côté du gouvernement.Quant à l\u2019empressement caquiste de « régler rapidement » le « dossier de la laïcité », il devra finalement attendre au printemps.La promesse d\u2019interrompre la construction de la ligne d\u2019Hydro-Québec à Saint-Adolphe-d\u2019Howard ?Elle est devenue une question que le gouvernement doit désormais « approfondir ».De l\u2019opposition au gouvernement, de la campagne électorale au Parlement, il faut toujours un peu de temps pour s\u2019installer dans ses « souliers de ministre », fait remarquer l\u2019ex-élu libéral Jean-Marc Fournier.« Le message de l\u2019opposition est un message de contestation.[\u2026] Au gouvernement, elle doit considérer des éléments qu\u2019elle ne considérait pas.Soit parce qu\u2019elle ne les connaissait pas, soit parce qu\u2019elle ne voulait pas les La CAQ confrontée considérer ou qu\u2019elle ne trouvait pas ça important », avance-t-il.Selon Martine Tremblay, «le cas de la négociation avec les médecins est flagrant », en ce sens qu\u2019il illustre bien la complexité que revêt la gestion gouvernementale des dossiers.« Je pense qu\u2019il y avait beaucoup de sincérité dans la volonté [de la CAQ] de revoir ça [\u2026], mais une fois dans le fauteuil du conducteur, les choses ne sont certainement pas aussi simples », insiste-t-elle.Idées préconçues Surtout, les ministres constatent bien souvent, au moment où ils reçoivent leur cahier de breffage de la part de leur sous-ministre, que les choses ne vont I \u2019équipe de François Legault a recruté, au fil des dernières semaines, d\u2019anciens péquistes, mais également d\u2019ex- libéraux, conservateurs, bloquistes et néodémocrates pour pourvoir plus de 300 postes dans des cabinets ministériels et des bureaux de circonscription.La loyauté en politique serait-elle devenue une valeur surannée ?Avant la campagne, des péquistes avaient crié à la trahison après avoir été avisés du ralliement de la responsable des réseaux sociaux de l\u2019opposition officielle, Florence Plourde, à la Coalition avenir Québec (CAQ).Les trolls ont déversé, pendant de longues semaines, leur fiel sur Facebook et Twitter.« J\u2019espère qu\u2019elle ne sera jamais capable d\u2019avoir d\u2019enfant », a écrit l\u2019un d\u2019eux.Florence Plourde assume au- jourd\u2019hui les responsabilités de coordonnatrice aux médias sociaux au cabinet du premier ministre.Le stratège politique et rédacteur de discours Stéphane Gobeil l\u2019avait précédée à la CAQ deux ans et demi plus tôt.Il est aujourd\u2019hui la plume du premier ministre François Legault, après avoir été celle du chef du Bloc québécois Gilles Duceppe, de la première ministre Pauline Marois\u2026 et du p.-d.g.de la Caisse de dépôt et placement Michael Sabia.Et voilà que la garde rapprochée du 32e premier ministre a fait appel à des figures associées au Parti québécois (en grand nombre) et au Parti libéral du Québec (en petit nombre) pour prendre les commandes des ministères.Il a aussi appelé des anciens du Parti libéral du Canada et du Parti conservateur (voir encadré).La tâche délicate de pourvoir les 26 postes de directeur de cabinet a été effectuée par Pascal Maillot.Au lendemain de la victoire électorale caquiste, l\u2019ex-péquiste a activé son réseau et a multiplié les « cold calls », comme celui qu\u2019il a fait un samedi soir à l\u2019ex-di- rectrice de cabinet libérale Marie-Eve Bédard.Il s\u2019est mis à la tâche de recruter des personnes remplissant trois conditions de base suggérées par son ami de longue date Dominique Lebel : avoir une expérience dans un cabinet ministériel, ne pas être trop spécialisé, ne pas être un fonctionnaire en congé.Conditions auxquelles il a ajouté l\u2019exigence d\u2019être loyal.Faute d\u2019avoir une expérience dans un cabinet ministériel, plusieurs personnes provenant de Le nouveau premier ministre québécois, au lendemain des élections générales du 1er octobre.François Legault est parvenu à faire élire un gouvernement majoritaire.JACQUES NADEAU LE DEVOIR ISABELLE PORTER MARCO BÉLAIR-CIRINO CORRESPONDANTS PARLEMENTAIRES À QUÉBEC LE DEVOIR Le ballet des transfuges Le gouvernement Legault a recruté ses directeurs de cabinet auprès d\u2019autres partis sans égard aux allégeances politiques L Le commissaire à la vie privée a ouvert une enquête sur la décision de l\u2019agence fédérale de recueillir les informations bancaires des Canadiens sans leur consentement La CAQ, ce n\u2019est pas un parti de militants [\u2026] qui défendent une cause comme c\u2019était le cas au Parti québécois et au PLQ.Si on n\u2019a pas beaucoup de militants à recruter, il faut aller piger ailleurs.RÉJEAN PELLETIER » LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 PERSPECTIVES B 5 Les yeux doux O n aurait préféré entendre Andrew Scheer déclarer lui-même qu\u2019un gouvernement conservateur serait disposé à ajouter la réunification des familles aux pouvoirs que les précédentes ententes sur l\u2019immigration ont reconnus au Québec.Le premier ministre François Legault a une fâcheuse tendance à faire dire à ceux qu\u2019il rencontre en tête-à-tête des choses dont ils sont les premiers surpris, comme pourrait en témoigner l\u2019ancienne première ministre de l\u2019Ontario, Kathleen Wynne, qui avait appris par les médias qu\u2019elle était disposée à associer sa province aux ambitieux projets hydroélectriques du chef de la CAQ.On ne sait pas non plus ce que M.Scheer pense des changements à la législation fédérale que nécessiterait la création du nouveau « certificat transitoire » que M.Legault voudrait créer, ni de la facture qu\u2019il entend envoyer à Ottawa pour payer les coûts des services en santé et en éducation dispensés aux immigrants qui échoueraient aux tests de français et de valeurs qu\u2019ils devront subir.On ne sait même pas si M.Legault lui en a parlé.Le peu qu\u2019a dit le chef conservateur à l\u2019issue de la rencontre de jeudi entre les deux hommes ne laisse cependant aucun doute sur le peu d\u2019enthousiasme que lui inspire l\u2019interdiction des signes religieux.Sans parler de l\u2019utilisation de la disposition de dérogation, à laquelle le gouvernement ca- quiste pourrait devoir se résoudre et qui soulèverait un tollé au Canada anglais.Son ami québécois deviendrait alors bien encombrant.Depuis le début, M.Scheer souhaite plaire à M.Legault.Il a commencé à lui faire du plat dès son élection à la tête du Parti conservateur, comme Stephen Harper en avait fait avant lui à Mario Dumont, alléchés l\u2019un et l\u2019autre par le bassin d\u2019électeurs de l\u2019ADQ alors et de la CAQ aujourd\u2019hui.La nette victoire conservatrice de juin dernier à l\u2019élection partielle dans Chicoutimi-Le Fjord a donné un signal encourageant, mais l\u2019élection du 1er octobre dernier fait maintenant rêver M.Scheer à un nouvel axe bleu qui donnerait à son parti des assises solides au Québec.Au printemps dernier, il avait déjà fait des avances qui se voulaient autant de réponses à des demandes formulées dans le « nouveau projet pour les nationalistes du Québec », qui tient lieu de politique constitutionnelle à la CAQ.Il se disait ouvert à une déclaration de revenus unique et à l\u2019octroi de pouvoirs additionnels en matière de culture et d\u2019immigration, sans toutefois préciser lesquels.Dans une lettre ouverte, le chef conservateur avait également lancé un appel aux « nationalistes qui en ont assez des chicanes et des crises existentielles du Bloc québécois » et qui croient à ce « Québec fort au sein d\u2019un Canada uni », auquel M.Legault s\u2019est également converti.Le départ de Martine Ouellet a permis au Bloc de se rafistoler tant bien que mal, mais l\u2019analyse que faisait son ancien chef, Michel Gauthier, demeure pertinente.À partir du moment où la souveraineté est renvoyée aux calendes grecques, le PCC est sans doute le parti susceptible de prendre le pouvoir qui a traditionnellement défendu une conception du fédéralisme plus respectueuse de l\u2019autonomie des provinces que celle des libéraux, même si le concept des deux nations cher à Robert Stanfield a été évacué depuis longtemps\u2026 Bon nombre d\u2019anciens péquistes qui sont passés à la CAQ en sont arrivés à une conclusion semblable : à défaut de faire du Québec un pays, elle arrivera peut-être à arracher de nouveaux pouvoirs à Ottawa.Au pire, elle préservera les acquis et défendra son identité.Si le PCC peut apparaître comme un moindre mal, M.Scheer est simplement un nouvel acteur plus souriant dans la reprise du vieux film qui aurait pu s\u2019intituler « Les yeux doux ».Dans un discours mémorable prononcé devant les membres de la Chambre de commerce de Québec en décembre 2005, Stephen Harper avait promis d\u2019ouvrir une nouvelle ère de « fédéralisme d\u2019ouverture », dont le principe serait même enchâssé dans une charte.Un gouvernement conservateur allait éliminer le déficit fiscal entre Ottawa et les provinces, encadrer le « pouvoir de dépenser », reconnaître au Québec des « responsabilités spéciales » en matière de langue et de culture, de même que le droit d\u2019être représenté à l\u2019UNESCO avec un statut semblable à celui dont il bénéficiait au sein de la Francophonie.Même Jacques Parizeau y avait vu des avancées importantes, c\u2019est dire.La déception a été à la mesure de l\u2019espoir créé.Le déficit fiscal n\u2019a été éliminé qu\u2019en multipliant les baisses d\u2019impôt, qui n\u2019ont pas fait entrer un sou dans les coffres des provinces.La limitation proposée du « pouvoir de dépenser » ne s\u2019appliquait qu\u2019à des programmes tombés en désuétude, le siège à l\u2019UNESCO n\u2019était qu\u2019un strapontin au sein de la délégation canadienne et on n\u2019a jamais vu l\u2019ombre d\u2019un nouveau pouvoir en matière de langue et de culture.Faut-il réellement revoir ce film ?MICHEL DAVID au test de la réalité Si le Parti conservateur du Canada peut apparaître comme un moindre mal, Andrew Scheer est simplement un nouvel acteur plus souriant dans la reprise du vieux film qui aurait pu s\u2019intituler « Les yeux doux » pas aussi mal qu\u2019ils l\u2019avaient anticipé, estime Jean-Marc Fournier.« Lorsqu\u2019on vient de l\u2019opposition, on arrive avec des idées préconçues, arrêtées grâce aux informations qu\u2019on avait à l\u2019époque.Et lorsqu\u2019on arrive au ministère, on a accès à d\u2019autres informations, qui apportent quelques nuances et qui nous donnent un éclairage diffé- rent », dit-il.« Il y a toute une familiarisation à faire avec l\u2019état réel des lieux », ajoute Martine Tremblay.D\u2019un gouvernement à l\u2019autre, les changements de cap sont inévitables : après tout, « un parti est élu en disant qu\u2019il va faire les choses autrement », rappelle-t-elle.« Mais il y a beaucoup plus de continuité dans l\u2019action gouvernementale que de ruptures.» D\u2019où l\u2019importance de bien s\u2019entourer.Ici, le défi de la CAQ est grand, observe Jean-Claude Rivest, autrefois conseiller politique de Robert Bourassa.« Nous, on avait toutes les ressources dans le parti pour les trouver, les chefs de cabinet ou les attachés de presse, parce que c\u2019étaient des militants ou des gens de l\u2019administration publique qu\u2019on connaissait », rappelle-t-il.Pour bâtir leurs équipes, les caquistes doivent donc être plus inventifs (voir autre texte).«Pour eux, c\u2019est plus difficile que ça l\u2019a été pour les libéraux ou le Parti québécois, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas une histoire [aussi longue].Mais c\u2019est d\u2019autant plus important, insiste-t-il.Il faut qu\u2019ils apprennent vite.» Outre leur cahier de breffage \u2014 sorte d\u2019état de la situation dans un ministère que Jean-Marc Fournier leur conseille de bien étudier \u2014, les nouveaux ministres de la CAQ devront se familiariser avec la « machine » qu\u2019est l\u2019État québécois.« Vous parlez par exemple de l\u2019environnement ?Il faut aussi parler à l\u2019agriculture, aux relations intergouvernementales, aux finances, au trésor et aux richesses naturelles », explique Jean-Claude Rivest.À ceux qui arrivent de l\u2019extérieur avec la volonté ferme de mettre les choses « à leur main », Martine Tremblay suggère de modérer leurs ardeurs.De la situation budgétaire à la compréhension juste d\u2019une législation ; de la gestion de la pression et de la complexité des dossiers à l\u2019obligation de rendre des comptes, sans oublier les urgences, rien n\u2019est aussi facile qu\u2019il y paraît.« La politique, la fonction gouvernementale, le rôle de ministre, ça ne ressemble à rien d\u2019autre », dit-elle.Patience et compréhension D\u2019ici à ce que les ministres trouvent leur zone de confort, il demeure difficile de jauger la capacité de la CAQ à remplir ses engagements, selon Martine Tremblay.« Je pense que c\u2019est beaucoup trop tôt.Chacun est en train de s\u2019organiser encore », remarque-t- elle.« Je pense qu\u2019il ne faut pas être trop sévère au début du mandat.Ils arrivent, ils vont prendre le temps [de s\u2019organiser] », ajoute Jean-Marc Fournier.Et de toute façon, « d\u2019ici Noël, ce qui va avoir marqué [les gens], je ne suis pas sûr que ce seront les déclarations données dans les premiers points de presse et qui semblaient donner l\u2019impression qu\u2019ils ne connaissaient pas leurs dossiers \u2014 ce qui est normal », avance l\u2019ex-ministre.Le vrai test, le gouvernement Legault le vivra au moment du dépôt de la mise à jour économique, qu\u2019il a promis d\u2019ici Noël, croit-il.Et « quand ça fera trois semaines que les articles [à leur sujet] seront mauvais, ils vont pouvoir se dire : ah, là, on est au gouvernement » ! la filière adéquiste ne se sont pas qualifiées.Elles se sont vu pour la plupart offrir le poste de directeur de cabinet adjoint, où elles pourront acquérir de l\u2019expérience.« Esprit de corps » Les proches de M.Legault, qui ont connu les années Landry marquées par les «rivalités» opposant différentes « baronnies », se fixent comme priorité de créer un « esprit de corps » au sommet de l\u2019État québécois tout en s\u2019efforçant de « garder un contrôle très serré sur les cabinets ».« C\u2019est sûr que c\u2019est un gros défi d\u2019avoir autant de gens qu\u2019on ne connaissait pas il n\u2019y a pas si longtemps », dit l\u2019un d\u2019eux.Le Devoir s\u2019est entretenu cette semaine avec un ancien apparatchik péquiste qui a lui-même été sollicité, mais qui a refusé.Selon lui, il y a eu un effet d\u2019entraînement.Plusieurs ex-pé- quistes ont fait le saut « juste avant la campagne », ce qui a mis à l\u2019aise ceux qui avaient des scrupules à le faire.« C\u2019est comme s\u2019ils avaient ouvert la voie.Ça a permis de rejoindre les rangs sans malaise.» Il souligne par ailleurs que la CAQ n\u2019a quand même pas recruté des piliers de l\u2019organisation péquiste.« Ce n\u2019est pas France Amyot non plus qui a traversé », dit-il en parlant de la directrice de campagne de Jean-François Lisée, mais des gens « qui s\u2019étaient éloignés du PQ, et qui ont possiblement même voté pour le PQ à la dernière élection, mais qui n\u2019étaient plus impliqués », dit-il.Pour l\u2019ancien stratège libéral Luc Ouellet, c\u2019est du « jamais vu ».Néanmoins, il croit que la CAQ a été sage de procéder de la sorte.« Ils ont laissé de côté l\u2019allégeance pour prendre l\u2019expérience », dit le directeur de la firme National.Une affaire de loyauté ?Peut-on quand même parler de manque de loyauté ?Oui, mais on l\u2019observe partout, note M.Ouellet.« On voit une infidélité politique tant chez les électeurs que chez le personnel.Ce n\u2019est plus \u201cCrois ou meurs\u201d.Il n\u2019y en a plus, de loyauté, en politique.» Selon Éric Gamache, ex-attaché de presse du PQ aujourd\u2019hui à la firme Tact-Conseil, on est tout simplement rendus ailleurs.« On assiste à une pro- fessionnalisation de la profession.Pour la réussite et une bonne gouvernance, je pense que ce n\u2019est pas nécessairement mauvais.La politique ne se pratique plus de la même façon.La fidélité, c\u2019est une valeur qui s\u2019effrite : on le voit dans le commerce.Mon grand- père a acheté la même marque de voiture toute sa vie, alors qu\u2019aujourd\u2019hui on change de voiture à tous nos termes de location.» Dans cet esprit, ne faut-il pas craindre que ces personnes changent d\u2019allégeance de nouveau ?Qu\u2019à la première grosse secousse, elles quittent la troisième voie de la CAQ ?Luc Ouellet en doute.« Je pense que les gens qu\u2019ils ont mis en place ne sont plus attachés à leur ancien parti et qu\u2019ils vont travailler à 100% pour faire en sorte que le gouvernement de la CAQ soit performant.» La garde rapprochée de François Le- gault a quand même pris ses précautions.Martin Koskinen a pris la parole le jeudi 18 octobre dernier, après la première séance du Conseil des ministres, devant le « club des 26 » directeurs de cabinet, enjoignant à chacun d\u2019eux de se débarrasser de son « étiquette » péquiste, libérale ou conservatrice et de se décrire comme membre de « la famille de la CAQ ».Le politologue Frédéric Boily ne croit pas lui non plus que les recrues risquent de manquer de loyauté à nouveau.« Il y a un effet de recomposition du champ politique », dit l\u2019auteur de l\u2019ouvrage La Coalition avenir Québec : une idéologie à la recherche du pouvoir, tout en soulignant la « parenté entre les deux partis nationalistes ».Des leçons pour la CAQ De toute façon, la CAQ n\u2019avait pas le choix, remarque Réjean Pelletier, professeur associé au Département de science politique.« La CAQ, ce n\u2019est pas un parti de militants [\u2026] qui défendent une cause comme c\u2019était le cas au Parti québécois et au PLQ.Si on n\u2019a pas beaucoup de militants à recruter, il faut aller piger ailleurs.» N\u2019empêche que la CAQ devrait constituer une « base partisane », signale Frédéric Boily.« L\u2019exemple d\u2019Emmanuel Macron montre que, si on n\u2019a pas de base partisane, ça peut être pas mal plus difficile par la suite », dit-il.Son parti La République en marche est « très faible » dès qu\u2019on va au-delà des « principaux ténors ».François Legault devrait aussi s\u2019intéresser à ce qui s\u2019est produit ces dernières années dans l\u2019ouest du pays, ajoute Frédéric Boily.« On a vu à peu près le même phénomène en Alberta quand ça a été le temps pour les néodé- mocrates de former le gouvernement et qu\u2019il n\u2019y avait pas de personnel.Ils sont même allés en chercher à l\u2019extérieur de la province [NDLR : la première ministre Rachel Notley a notamment recruté le chef de cabinet de l\u2019opposition néodémocrate en Colombie- Britannique, John Heaney].» Or, par la suite, le gouvernement a dû faire face à de nouveaux enjeux politiques imprévus qui divisaient.« On a vu des néodémocrates de la Colom- bie-Britannique être plus mal à l\u2019aise avec ce qui se passait et on a commencé à avoir une critique en Alberta de ce personnel politique qui venait de l\u2019extérieur de la province.» Les chefs de cabinet de la CAQ Parmi les 26 directeurs de cabinet qu\u2019a recruté la CAQ au lendemain de sa victoire électorale\u2026 12 proviennent du Parti québécois (PQ) 4 proviennent du Parti libéral du Québec (PLQ) 2 proviennent de la Coalition avenir Québec (CAQ) 2 proviennent du Parti conservateur du Canada (PCC) 1 provient du Parti libéral du Canada (PLC) 5 n\u2019avaient aucune affiliation à quelconque formation politique B 6 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 E N B R E F Le secrétaire général de l\u2019ONU appelle à la fin des « violences » au Yémen NATIONS UNIES \u2014 Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a appelé vendredi à la fin des « violences » au Yémen pour éviter que le pays ne tombe dans un « précipice ».La violence doit cesser « autour des infrastructures essentielles et des zones à forte population civile », a déclaré M.Guterres.Des combats meurtriers ont repris depuis jeudi à Ho- deida, sur la côte ouest du Yémen, entre les rebelles houthis et les forces progouvernementales, qui ont mené des dizaines de frappes aériennes sur cette ville portuaire, selon des sources militaires.Ces rebelles sont soutenus par l\u2019Iran et se sont emparés en 2014 et 2015 de vastes régions du pays, dont la capitale Sanaa.Agence France-Presse Une nouvelle piste dans l\u2019énigme des ossements de l\u2019ambassade du Vatican CITÉ DU VATICAN \u2014 La police italienne se plonge dans les archives du patrimoine immobilier du Vatican, suivant une nouvelle piste pour percer le mystère des ossements retrouvés dans la propriété de l\u2019ambassade du Saint-Siège en Italie.Des restes humains ont été retrouvés lundi par quatre ouvriers qui creusaient le sous-sol de la maison du gardien, une annexe de l\u2019ambassade.Dans les années 1960, un couple de gardiens aux rapports conflictuels y vivait, jusqu\u2019à la disparition subite de l\u2019épouse, relevaient vendredi les journaux.C\u2019est maintenant auprès de l\u2019APSA, l\u2019organisme responsable de l\u2019administration des biens du Vatican, que les enquêteurs recensent les travaux réalisés dans ce bâtiment au cours des dernières décennies.Ils ont aussi commencé à entendre divers employés.Agence France-Presse Poutine reçoit le président cubain pour sa première visite en Russie MOSCOU \u2014 Vladimir Poutine a reçu vendredi au Kremlin le président cubain, Miguel Diaz-Canel, qui effectue sa première visite à son allié russe depuis son arrivée au pouvoir en avril, au moment où Washington menace La Havane de nouvelles sanctions.«Les relations entre la Russie et Cuba [\u2026] ont porté dès le début un caractère particulier, un caractère stratégique», a déclaré M.Poutine.La Russie «va faire tout son possible» pour «renforcer» les relations russo- cubaines, avait déjà assuré la veille le porte-parole du Kremlin, Dmitri Pes- kov.L\u2019Union soviétique a longtemps fait figure de soutien militaire et économique de Cuba face aux États-Unis, avant que sa chute ne provoque une fracture que Moscou et La Havane tentent aujourd\u2019hui de combler.Agence France-Presse Pour le seul mois de septembre, le pays a été touché par 154 raids aériens, d\u2019après l\u2019organisation Yemen Data Project.AGENCE FRANCE-PRESSE Même si les sondages donnent le « non » à l\u2019indépendance gagnant, les indépendantistes croient en la victoire.Pour y arriver, ils tentent de mobiliser les 15 % d\u2019indécis lors du dernier meeting du Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS), la principale formation indépendantiste.THEO ROUBY AGENCE FRANCE-PRESSE RÉFÉRENDUM La Nouvelle-Calédonie se prononce sur son indépendance « Il faudra bien s\u2019asseoir et discuter de la suite des choses », avertit l\u2019auteur Stéphane Bliek Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?» La question qui sera posée dimanche aux 174 000 électeurs de ce territoire français d\u2019outre-mer a le mérite d\u2019être claire.La réponse ne semble cependant pas faire de doutes.Personne ne s\u2019attend en effet à ce que dimanche l\u2019Océanie compte un nouveau pays membre à l\u2019ONU.Tous les sondages indiquent pour l\u2019instant que le Oui ne dépassera pas 40 % et que cet archipel de 24 000 kilomètres carrés peuplé d\u2019autochtones kanaks, de métis et de descendants de bagnards, auxquels s\u2019est greffée une population française et plus récemment asiatique, demeurera dans le giron de la France.Ce référendum est pourtant le résultat d\u2019un long processus qui, en passant, semble contredire tous les préjugés les plus courants sur le jacobinisme français.Il est en effet l\u2019aboutissement des accords de Matignon (1988) et de Nouméa (1998), qui ont accordé une très large autonomie dans tous les domaines qui ne sont pas régaliens à cette ancienne colonie située à 24 heures de vol de Paris et qui possède le quart des réserves de nickel du monde.Alors que les accords de Matignon avaient engagé un processus de rééquilibrage économique en cédant du pouvoir aux populations autochtones kanakes, minoritaires sur l\u2019ensemble du territoire, les accords de Nouméa ont engagé un véritable processus dit de « décolonisation » s\u2019étalant sur deux décennies.Ce n\u2019est pas un hasard si ce dernier accord fut l\u2019œuvre du premier ministre socialiste Michel Rocard, dont on connaît le passé anticolonialiste et les sympathies qu\u2019il a toujours entretenues avec les souverainistes québécois.Chose tout à fait exceptionnelle, le gouvernement de l\u2019île peut également signer des accords avec des États et siéger à des organismes internationaux.Référendums à répétition ?« Ces accords ont permis un certain rattrapage économique, mais la culture autochtone est très éloignée de l\u2019économie même si les Kanaks sont au- jourd\u2019hui partenaires dans l\u2019exploitation du nickel », explique Stéphane Bliek, auteur du livre intitulé Nouvelle- Calédonie.Négocier pour la paix (Médias et Médiations).Bliek a grandi et fait ses études dans l\u2019archipel où les Ka- naks sont cependant devenus minoritaires à partir des années 1960.« Pour eux, même si la moitié des revenus viennent de Paris, l\u2019indépendance est une question de fierté, un symbole fort qui ne disparaîtra pas après le référendum de dimanche, dit-il.On pourrait même craindre un vrai mécontentement si l\u2019horizon paraît bloqué après une défaite référendaire.» C\u2019est tout l\u2019enjeu des négociations qui pourraient s\u2019amorcer après le référendum de dimanche.Parmi les questions litigieuses, il y a la définition même du corps électoral.Car, il faudra avoir vécu dans l\u2019archipel depuis au moins 1994 pour voter dimanche.Sur les 210 000 personnes en âge de voter, seules 174 000 sont inscrites sur les listes électorales.Malgré ces restrictions, les Kanaks ne représentent que 46 % des inscrits.Dans un tel contexte, dit Bliek, « le divorce ne peut pas être une solution.Celle-ci ne peut passer que par la négociation ».Pourtant, ce référendum pourrait ne pas être le dernier.Les accords de Nouméa autorisent en effet la tenue d\u2019un nouveau scrutin dans deux ans à peine, à la demande du tiers seulement des élus du Congrès de Nouvelle- Calédonie.Les indépendantistes, qui contrôlent le tiers de la chambre, pourraient même recommencer en 2022.L\u2019ombre de la Chine « Les indépendantistes se disent qu\u2019ils ont peu à perdre avec l\u2019indépendance, puisque le pouvoir économique leur échappe, dit Bliek.Même s\u2019ils sont conscients qu\u2019ils pourraient difficilement gérer toutes les compétences régaliennes, ils veulent se mettre en position de pouvoir passer des accords avec des puissances locales, régionales et même avec la France ».Par contre, dit-il, les loyalistes «craignent de perdre leur position économique dominante, comme cela est arrivé aux Indiens de Fidji après l\u2019indépendance.Sans la France, les partisans du Non croient aussi que l\u2019archipel tombera sous la coupe de la Chine», qui considère cette zone comme sa chasse gardée.Dimanche, le premier ministre Édouard Philippe sera à Nouméa.Il a annoncé que, quel que soit le résultat, il réunirait les forces politiques calédoniennes.« Il nous faut sortir de cette nasse de l\u2019accord de Nouméa [\u2026] pour construire une nouvelle organisation politique qui préserve la possibilité d\u2019exercer le droit à l\u2019autodétermination », a déclaré au quotidien Le Monde Philippe Gomès, dirigeant de la principale force loyaliste du territoire, Calédonie ensemble (centre droit).Pour en savoir plus, il faudra probablement attendre les élections de mai 2019 afin de départager les 12 partis politiques que compte le territoire.Quel que soit le résultat de dimanche, dit Stéphane Bliek, «il faudra bien s\u2019asseoir et discuter de la suite des choses ».CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT À PARIS LE DEVOIR Les indépendantistes se disent qu\u2019ils ont peu à perdre avec l\u2019indépendance, puisque le pouvoir économique leur échappe STÉPHANE BLIEK » » B 7 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 PETITES ANNONCES TROIS-RIVIÈRES Très belle maison de ville sur 3 niveaux à 2 pas de l'amphitéâtre Cogeco 418-208-1101 trem38claude@gmail.com RIVE-SUD -VERCHÈRES Triplex 3 étages - 2004 Grands 4 1/2.Revenus: 30 420 $/année.529 000 $ 514-342-6627 / 889-6627 DISCRIMINATION INTERDITE La Commission des droits de la personne du Québec rappelle que lorsqu'un logement est offert en location (ou sous-location), toute personne disposée à payer le loyer et à respecter le bail doit être traitée en pleine égalité, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l'orientation sexuelle, l'état civil, l'âge du locataire ou de ses enfants, la religion, les convictions politiques, la langue, l'origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l'utilisation d'un moyen pour pallier ce handicap.101 PROPRIÉTÉS À VENDRE 105 PROPRIÉTÉS À REVENUS 160 APPARTEMENTS ET LOGEMENTS À LOUER 16E À PARIS : CONDO 3 1/2 jardin, asc., rénové, équipé, calme, ensoleillé, sécuritaire.Près Tour Eiffel, 2 à 5 pers.800 $ et +/sem.Clés à Mtl.514-585-6341 condoparis16@yahoo.fr À PARIS Petit bijou d'appart sur la Butte Montmartre, au coeur de Paris.Paisible, ensoleillé, ascenseur.514-489-5955 appartement-montmartre.com CONDOS PARIS CENTRE Près métro et services.WIFI.Sem./mois À partir de 790 $.Location : 514-999-0546 paris.condo@sympatico.ca NICE, Côte d'Azur.FRANCE Bel appartement au soleil www.abritel.fr/1540241 (514) 893-9944 PROVENCE - Vallée du 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dépôt d\u2019une requête en révision du jugement de la Cour suprême au sujet d\u2019Asia Bibi et qu\u2019il engagera une procédure pour l\u2019empêcher de quitter le territoire.Agence France-Presse L\u2019homme accusé de l\u2019envoi de colis piégés sera transféré à New York MIAMI \u2014 L\u2019homme accusé d\u2019avoir envoyé des bombes artisanales à des opposants du président Donald Trump sera transféré à New York, où ont été retrouvés plusieurs des colis suspects, a rapporté vendredi le journal Miami Herald.Arrêté en Floride il y a une semaine, Cesar Sayoc, 56 ans, est inculpé de cinq chefs d\u2019accusation fédéraux, y compris l\u2019envoi illégal d\u2019explosifs, et risque jusqu\u2019à 48 ans de prison.Ses avocats ont déclaré à un juge de Miami qu\u2019ils demanderaient sa remise en liberté sous caution lors d\u2019une audience à New York, selon le même journal.M.Sayoc est soupçonné d\u2019avoir expédié des colis piégés à une dizaine de personnalités, dont Barack Obama, Hillary Clinton et Robert De Niro.Agence France-Presse Nigeria : l\u2019armée cite Trump pour justifier sa répression des manifestants chiites ABUJA \u2014 L\u2019armée nigériane, qui a tiré à balles réelles sur des manifestants chiites cette semaine, a repris à son compte des propos du président Donald Trump.Dans une publication sur Twitter vendredi, l\u2019armée nigériane a justifié la récente répression de ces manifestants en citant un discours de M.Trump qui indiquait que toute personne jetant des pierres, parmi la «caravane» de migrants sud-américains approchant de la frontière américaine, serait considérée comme armée.L\u2019armée a tiré à plusieurs reprises sur des manifestants du Mouvement islamique du Nigeria (IMN) qui réclamaient la libération de leur leader, faisant au total six morts officiellement.L\u2019IMN a pour sa part fait état de 49 morts, tandis que l\u2019ONG Amnesty International a évoqué 45 morts.Agence France-Presse Des manifestants ont brûlé une photo d\u2019Asia Bibi, jeudi à Hyderabad.PERVEZ MASIH ASSOCIATED PRESS LAURENCE BOUTREUX À MADRID AGENCE FRANCE-PRESSE Un an après la tentative de sécession de la Catalogne, la justice espagnole a requis vendredi de lourdes peines de prison contre les dirigeants indépendantistes qui doivent être bientôt jugés, confirmant l\u2019accusation controversée de « rébellion » pourtant rejetée par le gouvernement.La date du procès n\u2019a pas été encore fixée, mais son ouverture est attendue début 2019.L\u2019ancien président catalan Carles Puigdemont , qui a fui en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires, n\u2019est pas concerné par ce procès, la justice espagnole ne jugeant pas « en absence ».Le parquet général a requis de sept à vingt-cinq ans de prison contre douze dirigeants indépendantistes accusés de «rébellion», «détournements de fonds publics » ou « désobéissance grave ».Six autres indépendantistes, qui comparaîtront seulement pour « désobéissance grave », encourent une amende.En prison depuis un an, l\u2019ancien vice- président catalan Oriol Junqueras est le seul à encourir la peine la plus élevée de vingt-cinq ans de prison et d\u2019inéligibilité.«Ils pourront nous enfermer ici des années et des années, cela ne fera pas faiblir le désir de liberté qui se changera en clameur», avait-il dit jeudi dans une lettre.Le parquet a également demandé 17 ans de prison contre l\u2019ancienne présidente du parlement régional catalan Carme Forcadell, et les ex- présidents de puissantes associations indépendantistes, Jordi Sànchez et Jordi Cuixart.« Est-ce que quelqu\u2019un croit qu\u2019en réclamant 200 ans de prison contre les leaders indépendantistes, on fera disparaître les deux millions de partisans de l\u2019indépendance?» a vertement réagi le président indépendantiste catalan, Quim Torra.Depuis la Belgique, M.Puigdemont a accusé l\u2019État espagnol de continuer à exercer ainsi « une vengeance » contre le mouvement indépendantiste.Après avoir organisé le 1er octobre 2017 un référendum d\u2019autodétermination interdit, les séparatistes catalans avaient vainement proclamé le 27 une « République catalane » indépendante.Le ministère public affirme que les dirigeants indépendantistes ont pu se prévaloir de « la force d\u2019intimidation » représentée par « l\u2019action tumultueuse » des grandes manifestations indépendantistes et le recours à la police régionale, dont les 17000 membres « auraient suivi exclusivement leurs instructions ».L\u2019enjeu de la rébellion Dans un autre dossier judiciaire, le parquet a réclamé quatre à onze ans de prison contre quatre responsables de la police catalane, dont son ancien chef, Josep Lluís Trapero, accusé de rébellion.Ce chef d\u2019accusation est très contesté dans le cas de la Catalogne, notamment par des juristes réputés.Le gouvernement socialiste a par exemple choisi d\u2019écarter ce chef d\u2019accusation, par l\u2019entremise du représentant des intérêts de l\u2019État dans le dossier, qui a opté pour celui moins grave de « sédition » et demandé des peines allant jusqu\u2019à un maximum de 12 ans de prison.« Il existe un débat juridique et même un débat social », a fait valoir vendredi l\u2019actuelle ministre de la Justice, Dolores Delgado.CATALOGNE Vingt-cinq ans de prison réclamés contre les dirigeants indépendantistes « Les sanctions vont faire mal », prédit un diplomate européen, alors que l\u2019Iran, son économie et notamment le rial, sa monnaie, souffrent déjà depuis plusieurs mois.ATTA LEMARE AGENCE FRANCE-PRESSE FRANCESCO FONTEMAGGI À WASHINGTON AGENCE FRANCE-PRESSE Six mois après avoir claqué la porte de l\u2019accord sur le nucléaire iranien, les États-Unis ont confirmé vendredi qu\u2019ils rétabliraient lundi leurs sanctions les plus importantes contre Téhéran, visant le pétrole et les banques, mais les doutes persistent sur cette campagne controversée de « pression maximale ».« Le président Donald Trump réimpose les sanctions les plus dures jamais adoptées » pour faire plier l\u2019Iran, a annoncé la Maison-Blanche.L\u2019Union européenne (UE), la France, le Royaume-Uni et l\u2019Allemagne, signataires de l\u2019accord de 2015 censé empêcher les autorités iraniennes de se doter de la bombe atomique, ont aussitôt regretté « vivement » cette décision.L\u2019été dernier avait vu le retour d\u2019un premier train des mesures levées en 2015.Le second volet entrera en vigueur lundi.Il s\u2019agit de sanctionner, en leur barrant l\u2019accès au marché américain, tous les pays ou entreprises qui continueront d\u2019acheter du pétrole iranien ou d\u2019échanger avec les banques de la République islamique.« L\u2019objectif est de priver le régime des revenus qu\u2019il utilise pour semer la mort et la destruction à travers le monde », a déclaré le secrétaire d\u2019État américain, Mike Pompeo.Huit pays seront toutefois autorisés à continuer d\u2019acheter du pétrole iranien pendant au moins six mois supplémentaires, « car ils ont fait preuve d\u2019efforts importants pour ramener leurs importations de brut vers zéro », a-t-il annoncé.La liste de ces pays sera connue lundi.À ce stade, on sait que l\u2019Union européenne dans son ensemble n\u2019en fait pas partie, mais qu\u2019elle inclut la Turquie.Les observateurs s\u2019attendent à ce que des dérogations soient également octroyées à la Corée du Sud, à l\u2019Inde, au Japon et peut-être à la Chine.Stratégie nord-coréenne Le gouvernement Trump assure que la mise en œuvre des sanctions sera beaucoup plus « agressive » que par le passé, avec moins de dérogations et plus de contrôles.Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a ainsi affirmé que 700 noms seraient ajoutés à la liste noire américaine, soit 300 de plus que ceux qui en avaient été retirés après 2015.Il a aussi dit que les États-Unis souhaitaient couper les établissements financiers iraniens frappés par des sanctions du circuit bancaire international Swift, un maillon essentiel du système financier.«Swift doit faire un choix: se soumettre à la menace de sanctions américaines ou continuer à faciliter des transactions avec des banques sur liste noire», se réjouit Behnam Ben Taleblu, de l\u2019organisation Foundation for Defense of Democracies, qui milite pour une ligne dure.« Les sanctions vont faire mal », prédit un diplomate européen, alors que l\u2019Iran, son économie et notamment le rial, sa monnaie, souffrent déjà depuis plusieurs mois.Selon lui, « c\u2019est le même plan de bataille qu\u2019avec Kim Jong-un et la Corée du Nord : sanctions, pression maximale, et ensuite ils sont prêts à négocier ».Le gouvernement Trump ne cache pas s\u2019inspirer de cette stratégie, qu\u2019il juge couronnée de succès, l\u2019homme fort de Pyongyang s\u2019étant engagé en faveur d\u2019une « dénucléarisation » lors d\u2019un sommet historique avec le président américain après un net durcissement des sanctions internationales.Le président américain répète qu\u2019il est prêt à rencontrer les dirigeants de la République islamique pour négocier un accord global sur la base de douze conditions : des restrictions beaucoup plus fermes et durables sur le nucléaire que le texte de 2015, jugé laxiste par Washington, mais également la fin de la prolifération de missiles et des activités jugées « déstabilisatrices » de Téhéran au Moyen-Orient.Washington rétablit toutes les sanctions contre l\u2019Iran « Les sanctions viennent » : Donald Trump a détourné vendredi la phrase emblématique de la série Game of Thrones pour saluer le prochain rétablissement des sanctions contre Téhéran.Sur son compte Twitter, le président américain a publié cette affiche en référence au titre du premier épisode de la série, « Winter is coming ».TWITTER LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 B 8 MONDE AVIS DE DÉCÈS EZZEDINE SAID À ISTANBUL AGENCE FRANCE-PRESSE Le meurtre du journaliste Jamal Khas- hoggi au consulat saoudien à Istanbul risque de rebattre les cartes au Proche- Orient en y renforçant l\u2019influence de la Turquie aux dépens de l\u2019Arabie saoudite au moment où les deux pays se disputent le leadership du monde musulman, estiment des analystes.C\u2019est en tout cas l\u2019objectif que semble poursuivre le président de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, principal soutien dans le monde arabe des Frères musulmans, bêtes noires de l\u2019Arabie saoudite et ses alliés, notamment les Émirats arabes unis et l\u2019Égypte.Si la réputation de Riyad a déjà été ternie avec le meurtre de Khashoggi par un commando saoudien le 2 octobre, c\u2019est l\u2019éventuelle implication du prince héritier Mohammed ben Sal- mane, dit MBS, qui pourrait durablement plomber l\u2019influence du royaume.Car une telle implication, estiment des analystes, donnerait à M.Erdogan un levier de pression sur un MBS affaibli et pourrait même conduire à l\u2019éviction du prince héritier par la famille royale, même si ce scénario paraît peu probable.« Le meurtre de Khashoggi a offert à Erdogan une occasion en or pour mettre la pression sur l\u2019Arabie saoudite et faire apparaître la Turquie comme le nouveau leader du monde musulman», estime Lina Khatib, responsable du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House.« La crise Khashoggi comporte un important enjeu géopolitique pour la Turquie, qui semble mener l\u2019affaire d\u2019une main de maître.Mais la Turquie seule ne peut pas pousser pour le départ de MBS.Sur ce point, la balle est dans le camp américain », ajoute-t-elle.AFFAIRE KHASHOGGI Un brassage des cartes à prévoir au Proche-Orient Le président Erdogan a d\u2019ailleurs affirmé que l\u2019ordre de tuer le journaliste Jamal Khashoggi était venu des « plus hauts niveaux du gouvernement saoudien », dans une tribune publiée vendredi dans le Washington Post, mais il a également exonéré le roi Salmane, le père de MBS, de toute responsabilité.« Je voudrais souligner que la Turquie et l\u2019Arabie saoudite entretiennent des relations amicales, a poursuivi M.Erdogan.Je ne crois pas une seule seconde que le roi Salmane, le gardien des saintes mosquées, ait ordonné le coup contre Khashoggi.» « Occasion » pour Erdogan Pour M.Erdogan, remettre à flot les Frères musu lmans, qu e le camp saoudien cherche à marginaliser dans le monde arabe \u2014 notamment en Égypte, où ils ont été évincés du pouvoir et réprimés dans le sang en 2013 par l\u2019actuel président Abdel Fattah al-Sissi \u2014, figure au cœur de cet enjeu « géopolitique ».Le dirigeant turc devrait aussi tenter d\u2019arracher des concessions à l\u2019Arabie sur le Qatar, richissime émirat qui entretient des relations privilégiées avec la Turquie, mais auquel Riyad et ses alliés imposent un blocus depuis juin 2017.«Je pense qu\u2019Erdogan voit une occasion de braver la triple entente au Proche- Orient composée de l\u2019Arabie de MBS, des Émirats de MBZ [Mohammed ben Zayed] et de l\u2019Égypte de Sissi, résume Soner Cagaptay, du Washington Institute of Near East Policy.Ces trois pays arabes s\u2019opposent à la politique d\u2019Erdogan favorable aux Frères musulmans.» Sinan Ulgen, président du Center for Economics and Foreign Policy à Istanbul, juge qu\u2019un « affaiblissement de MBS constitue une victoire pour Erdo- gan, vu le positionnement de la Turquie sur le Qatar et les Frères musulmans».« Mais i l faut voir si Ankara va pouvoir transformer la conjoncture en un avantage pérenne qui renforcerait son influence régionale au détriment de l\u2019Arabie saoudite », ajoute-t-il.Nicolas Heras, du Center for New American Security, voit l\u2019affaire Khas- hoggi comme « le dernier chapitre en date dans la concurrence que se livrent la Turquie et l\u2019Arabie pour assumer le leadership du monde musulman ».Pression maintenue « Erdogan, de toute évidence, pense qu\u2019il peut se servir de l\u2019affaire Khas- hoggi pour remettre Mohammed ben Salmane, et avec lui l\u2019Arabie saoudite, à leur place », ajoute-t-il.En se gardant de l\u2019incriminer directement, M.Erdogan cherche à maintenir le prince héritier saoudien sous pression, selon Karim Bitar, de l\u2019Institut des relations internationales et stratégiques.« Erdogan est conscient qu\u2019il a des munitions susceptibles d\u2019affaiblir MBS sur la scène internationale et il est en train de voir comment il peut maximiser ses gains après cette énorme bourde saoudienne », note-t-il.Si les Frères musulmans sont un enjeu pour M.Erdogan, les Occidentaux, notamment Washington, s\u2019en méfient et devraient orienter d\u2019éventuelles pressions sur MBS vers l\u2019arrêt de la guerre au Yémen et la levée du blocus du Qatar, selon les experts.« Je m\u2019attends à ce que le blocus du Qatar prenne fin dans un avenir proche et que les Saoudiens trouvent le moyen de soutenir les effor ts de l\u2019ONU concernant le Yémen », estime Steven Cook, du groupe de réflexion américain Council on Foreign Relations.M.Bitar note aussi que le gouvernement américain compte sur le soutien de MBS à son plan de paix attendu sur le conflit israélo-palestinien et pour endiguer l\u2019Iran.LUANA SARMINI-BUONACCORSI À ANKARA AGENCE FRANCE-PRESSE Un responsable turc a affirmé vendredi, un mois après le meurtre de Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, que son corps démembré avait été dissous.La fiancée du journaliste a quant à elle appelé la communauté internationale à juger les coupables.« Nous voyons à ce stade qu\u2019ils ne se sont pas contentés de le démembrer, ils s\u2019en sont débarrassés en le dissolvant », a déclaré au quotidien Hürriyet Yasin Aktay, conseiller du président Recep Tayyip Erdogan au sein de l\u2019AKP, le parti au pouvoir.« Selon les dernières informations dont nous disposons, la raison pour laquelle ils ont découpé le corps, c\u2019est pour le dissoudre plus facilement », a-t-il ajouté.Lors d\u2019une conférence de presse à Washington jeudi, un porte-parole du département d\u2019État américain, Robert Palla- dino, a affirmé que « les restes de M.Khashoggi doivent être localisés et restitués à sa famille pour un enterrement approprié le plus tôt possible ».Le journaliste Jamal Khashoggi, collaborateur du Washington Post, a été tué le 2 octobre dans le consulat saoudien d\u2019Istanbul, où il s\u2019était rendu pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque, Hatice Cengiz.« Une Arabie stable » Dans un communiqué publié mercredi, la justice d\u2019Istanbul a affirmé que « la victime a été démembrée » et que l\u2019« on s\u2019en est débarrassé », sans pourtant préciser comment.Après les déclarations du parquet, un responsable turc anonyme a indiqué au Washington Post que les autorités examinaient une piste selon laquelle son corps aurait été dissous dans de l\u2019acide au consulat ou dans la résidence du consul toute proche.Après avoir d\u2019abord affirmé que Khashoggi avait quitté le consulat peu après s\u2019y être rendu, puis soutenu qu\u2019il était mort dans une bagarre, Riyad a fini par évoquer une « opération non autorisée » par le pouvoir.« Aujourd\u2019hui, je demande à la communauté internationale de prendre des mesures réelles, sérieuses et concrètes pour mettre au jour la vérité et traduire les responsables devant la justice », a écrit Mme Cengiz, sa fiancée turque, dans une tribune publiée dans plusieurs médias dont le quotidien français Le Monde.Si plusieurs responsables et médias turcs ont directement incriminé le prince héritier saoudien, Mohammed ben Sal- mane, dit MBS, Riyad s\u2019efforce de le dédouaner en insistant sur le caractère « non autorisé » de l\u2019opération.Washington met en effet la pression sur Riyad pour que cette affaire soit élucidée, mais semble accorder le bénéfice du doute à MBS, un puissant allié de Washington au Moyen-Orient.Le secrétaire d\u2019État américain, Mike Pompeo, a ainsi insisté jeudi sur le caractère « inacceptable » du meurtre du journaliste, tout en soulignant que les États-Unis avaient «l\u2019intention de s\u2019assurer que [leurs] relations [avec Riyad] restent intactes».Vendredi, le premier ministre israélien, Benjamin Nétanya- hou, dont le pays partage avec l\u2019Arabie saoudite son implacable hostilité à l\u2019Iran chiite, a souligné l\u2019importance de la « stabilité » du royaume saoudien, tout en qualifiant d\u2019« horrible » le meurtre de Khashoggi.Selon des informations de presse, Washington compte en outre sur le prince ben Salmane pour promouvoir un plan de paix américain attendu au conflit israélo-palestinien et d\u2019ores et déjà rejeté par les Palestiniens, qui accusent les États-Unis de s\u2019aligner sur les positions israéliennes.Le corps de Khashoggi aurait été « dissous » Le meurtre de Khashoggi a offert à Recep Tayyip Erdogan une occasion en or pour mettre la pression sur l\u2019Arabie saoudite.ASSOCIATED PRESS SCIENCE B 9 LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 En plus de prévenir les symptômes de sevrage, l\u2019équipe du chercheur Olivier George a constaté qu\u2019un traitement avec NicA2-J1 diminuait la recherche et la consommation compulsives de nicotine.NOEL CELIS AGENCE FRANCE-PRESSE PAULINE GRAVEL LE DEVOIR lusieurs médicaments sont offerts sur le marché pour cesser de fumer et se libérer d\u2019une dépendance à la nicotine, mais leur efficacité est faible, le taux de rechute atteignant 75 à 80 % après un an chez les personnes qui y ont recours.Une étude publiée dans Science Advances fait état du succès remporté chez l\u2019animal d\u2019une toute nouvelle approche faisant appel à une enzyme qui dégrade la nicotine avant qu\u2019elle n\u2019atteigne le cerveau.Un traitement avec cette enzyme a permis d\u2019éliminer les symptômes de sevrage, de diminuer la dépendance et de prévenir les rechutes.Dénommée NicA2-J1, l\u2019enzyme en question a été extraite de la bactérie Pseu- domonas putida qui vit sur les feuilles de tabac et se nourrit de la nicotine, qui est sa principale source d\u2019énergie.Elle a ensuite été légèrement modifiée par les chercheurs afin d\u2019améliorer sa puissance d\u2019action et d\u2019allonger sa durée de vie dans l\u2019organisme.L\u2019équipe d\u2019Olivier George du Scripps Research Institute à La Jolla, en Californie, a administré cette enzyme modifiée à des rats qui avaient développé une dépendance à la nicotine après qu\u2019on leur eut donné la possibilité de s\u2019autoadministrer à volonté de la nicotine pendant 12 jours, et qu\u2019on a ensuite privés de nicotine afin de provoquer les symptômes de sevrage \u2014 semblables à ceux observés chez l\u2019humain \u2014, dont une élévation de la sensibilité à la douleur (hyperalgésie) et une augmentation de l\u2019irritabilité.Les chercheurs ont alors observé que les animaux ayant été traités avec l\u2019enzyme pendant cinq jours retrouvaient une sensibilité normale à la douleur pendant les périodes d\u2019abstinence et présentaient beaucoup moins de comportements agressifs et de défense qu\u2019avant le traitement et comparativement aux animaux qui n\u2019avaient pas été traités.Dépendance En plus de prévenir les symptômes de sevrage, un traitement avec NicA2-J1 diminuait la recherche et la consommation compulsives de nicotine, comme l\u2019a démontré une expérience dans laquelle les rats recevaient une décharge électrique une fois sur trois lorsqu\u2019ils appuyaient sur le levier leur délivrant de la nicotine.« Les décharges électriques n\u2019étaient pas dangereuses, mais plutôt désagréables, comme les colliers anti-aboiements pour les chiens, précise M.Olivier George.Ils servaient de conséquences dissuasives, un peu comme le sont la toux, une atteinte de la fonction pulmonaire et le cancer dont risque de souffrir le fumeur s\u2019il continue à fumer.» « Les animaux qui étaient dépendants à la nicotine et n\u2019avaient pas été traités avec l\u2019enzyme continuaient à prendre de la nicotine même s\u2019ils recevaient des décharges électriques, comme le fumeur qui continue à fumer même quand on lui a enlevé la moitié de son poumon.En revanche, les animaux qui avaient été traités avec l\u2019enzyme diminuaient leur prise de nicotine quand ils devaient faire face à une conséquence comme la décharge électrique.Cette observation suggère que l\u2019enzyme diminue la valeur attractive de la nicotine, diminuant du coup la motivation des animaux à aller prendre leur dose de nicotine quand ils étaient susceptibles de recevoir une conséquence désagréable.Visiblement, la nicotine ne leur procurait plus assez de plaisir pour supporter la décharge électrique.On imagine que les patients traités ne trouveraient pas leur cigarette suffisamment agréable pour continuer à fumer.Et comme ils se sentiront mieux et n\u2019auront pas de symptômes de sevrage, ils n\u2019auront plus d\u2019intérêt à fumer.Ils auront donc une plus grande motivation pour abandonner la nicotine », explique le neuroscienti- fique Olivier George.Rechute L\u2019étude a également montré qu\u2019un traitement de deux semaines avec la NicA2-J1 prévenait les rechutes induites par le stress ou une dose de nicotine.« Très souvent, un fumeur qui a cessé de fumer pendant six mois, voire un ou deux ans, rechutera après avoir consommé une seule cigarette.Le stress peut aussi entraîner une rechute », rappelle le chercheur.Deux à trois semaines après le sevrage, les animaux qui avaient été traités avec l\u2019enzyme rechutaient moins souvent lorsqu\u2019on leur administrait une substance induisant un état de stress ou lorsqu\u2019on leur injectait une dose de nicotine dans le but de réveiller leur désir de nicotine.« Le traitement à l\u2019enzyme a probablement diminué leur niveau de stress dans le cerveau, ce qui fait que quand on les stressait à nouveau, ils n\u2019étaient pas très sensibles au stress », avance M.George.Mécanisme d\u2019action Les doses d\u2019enzyme NicA2-J1 qui sont administrées aux animaux capturent la nicotine qui circule dans le sang et la dégrade presque entièrement avant qu\u2019elle ne rejoigne le cerveau.Entre 1 et 3 % de la nicotine absorbée atteint le cerveau.« Au tout début, on pensait que c\u2019était un problème que l\u2019enzyme P La dépendance à la nicotine Lorsqu\u2019une personne inhale la fumée d\u2019une cigarette, la nicotine rejoint en 7 à 10 secondes le cerveau, où elle se lie à des récepteurs \u2014 présents sur des cellules nerveuses \u2014 qui sont normalement activés par l\u2019acé- tylcholine, un neurotransmetteur naturel que la nicotine imite très bien.Lorsque la nicotine se fixe à ces récepteurs, appelés récepteurs nicotiniques à l\u2019acétyl- choline, les cellules nerveuses libèrent de la dopamine dans le noyau accumbens qui fait partie du circuit de la récompense, d\u2019où la sensation de satisfaction et de plaisir ressenti par le fumeur.Quand la personne fume, la nicotine bloque les récepteurs nicotiniques.Plus elle fume, plus ces récepteurs deviennent inactifs.Le cerveau essaie alors de compenser en augmentant le nombre de récepteurs.Quand la personne cesse de fumer, tous ces récepteurs redeviennent subitement actifs et disponibles pour l\u2019acétylcholine.Et comme ils sont en très grand nombre, le cerveau devient anormalement activé par l\u2019acé- tylcholine, c\u2019est pourquoi le fumeur devient irritable, stressé et anxieux.« Avec l\u2019enzyme NicA2-J1, il y aura toujours une petite quantité de nicotine qui va permettre d\u2019inactiver ces récepteurs et ainsi de prévenir les symptômes de sevrage, et aussi de restaurer des niveaux normaux de récepteurs nicotiniques.C\u2019est l\u2019hypothèse que l\u2019on doit tester », suggère M.Olivier George.Une enzyme pour cesser de fumer Un groupe de chercheurs de la Californie a mis au point un traitement qui pourrait réduire considérablement les risques d\u2019une rechute chez les fumeurs voulant en finir avec leur dépendance Les traitements actuels Les traitements de remplacement de la nicotine se présentent sous forme de gommes à mâcher à la nicotine, de timbres (NicoDerm), de comprimés sublinguaux ou d\u2019inhalateurs de nicotine.Ces substituts nico- tiniques diffusent de la nicotine dans l\u2019organisme, ce qui permet d\u2019atténuer le sevrage.Les personnes sont moins anxieuses, moins irritables, ont moins de problèmes de sommeil, mais elles ont toujours cette envie irrépressible de fumer et elles rechutent souvent.Le bupropion (Zyban) est un antidépresseur (connu sous le nom de Welbutrin) qui permet d\u2019atténuer les effets du sevrage, soit l\u2019anxiété, le stress et la dépression découlant du fait que le fumeur se retrouve comme en deuil de son meilleur ami.Le bupropion diminue aussi la rechute, mais son effet par rapport au placebo est peu élevé.La varénicline (Champix) est un agoniste partiel des récepteurs nicotiniques du cerveau.Elle mime la fonction de la nicotine, mais son effet est moitié moins puissant que celui de la nicotine.Elle réduit la dépendance et le sevrage.Mais comme elle change le fonctionnement du cerveau, elle peut donc induire la dépression et des pensées suicidaires.ne dégrade pas complètement la nicotine.Maintenant, on croit que c\u2019est la solution.On pensait que, parce qu\u2019il restait un peu de nicotine, la personne continuerait alors à fumer, car au début, nos rats continuent à prendre de la nicotine, sauf qu\u2019en fait, après un certain temps, ils se rendent compte que ça ne vaut pas tellement le coup.La quantité de nicotine est tellement faible qu\u2019ils deviennent moins dépendants.Et en même temps, cette petite quantité de nicotine est suffisante pour éliminer les symptômes du sevrage.Cela se passe comme ça chez l\u2019humain.Quand les fumeurs arrêtent de fumer, ils ne se sentent pas très bien, ils sont stressés et anxieux.Quand vous leur donnez une cigarette sans nicotine, d\u2019un coup ils vont mieux, car en fait ces cigarettes ont un très faible niveau de nicotine qui est suffisant pour bloquer une bonne partie des symptômes de sevrage.Mais les fumeurs n\u2019aiment pas ces cigarettes et vont rapidement racheter de vraies cigarettes.L\u2019avantage de l\u2019enzyme est qu\u2019elle reste active dans l\u2019organisme pendant plusieurs jours.Le fumeur peut bien aller s\u2019acheter un nouveau paquet de vraies cigarettes, ça ne changera rien, car l\u2019enzyme va détruire presque toute la nicotine que contiennent ces cigarettes », explique le chercheur.« La nicotine résiduelle qui n\u2019aura pas été dégradée par l\u2019enzyme va inactiver les récepteurs nicotiniques dans le cerveau, permettant ainsi d\u2019éliminer les symptômes de sevrage.Les personnes traitées avec l\u2019enzyme se sentiront alors moins irritables, moins anxieuses, moins stressées et moins en manque.Peu à peu, elles se rendront compte que fumer ne présente plus d\u2019avantages.Elles réaliseront que les cigarettes ne sont plus vraiment réconfortantes, elles ne procurent plus autant de plaisir, et qu\u2019en plus, elles sont responsables de leur toux et de leur mauvaise odeur.Ainsi, progressivement, elles devraient cesser de fumer, prévoit M.George.On espère qu\u2019ainsi, le fumeur arrivera à réapprendre que l\u2019acte de prendre de la nicotine n\u2019est pas nécessairement associé à l\u2019effet de la nicotine.» Chose certaine, étant donné que « l\u2019enzyme n\u2019entre pas dans le cerveau, elle ne modifie donc pas la façon dont le cerveau fonctionne, il n\u2019y a donc pas d\u2019effets secondaires.Ce qui est un grand avantage » par rapport aux traitements actuels, fait remarquer Olivier George qui espère tester la NicA2-J1 chez l\u2019humain.« Ne manque que l\u2019argent pour lancer des essais cliniques sur l\u2019humain.On est en contact avec des compagnies pharmaceutiques, mais on n\u2019a pas encore signé de contrat », dit-il.Le fumeur peut bien aller s\u2019acheter un nouveau paquet de vraies cigarettes, ça ne changera rien, car l\u2019enzyme va détruire presque toute la nicotine que contiennent ces cigarettes OLIVIER GEORGE » algré ce qu\u2019on aime croire dans bien des recoins du Canada, Terre-Neuve-et-Labrador n\u2019a pas été floué par Hydro-Québec au moment de signer le contrat qui a permis la construction de la centrale hydroélectrique de Churchill Falls.En fait, n\u2019eussent été les garanties offertes par la société d\u2019État québécoise à l\u2019époque, ce barrage n\u2019aurait pas vu le jour.Selon la majorité des juges de la Cour suprême, Hy- dro-Québec a respecté sa part du contrat.Par conséquent, rien ne justifie de le rouvrir, comme le demandait l\u2019entreprise Churchill Falls (Labrador) Corporation (CFLCo).Dans un arrêt rendu vendredi, la Cour ne conteste pas le fait que CFLCo reçoit une portion congrue des revenus générés par la vente de cette électricité, et ce, depuis des années.Elle ne nie pas non plus qu\u2019Hydro-Québec, qui achète cette électricité au rabais, engrange des milliards.La genèse de ce contrat signé en 1969 est instructive.Armé d\u2019un bail à long terme pour exploiter le potentiel énergétique du bassin du fleuve Churchill, CFLCo doit emprunter pour financer la construction du barrage.Pour assurer la viabilité du projet, il lui faut trouver des clients capables de garantir l\u2019achat à long terme de grandes quantités d\u2019électricité et de les acheminer vers les marchés.Hydro-Québec est le partenaire tout désigné.Mais il faut la convaincre, car elle peut développer ses propres projets.Après des années de négociations serrées, la société québécoise accepte de garantir les dépassements de coûts des travaux et s\u2019engage à acheter, indépendamment de ses besoins, une quantité établie d\u2019électricité.En échange de cette importante prise de risque, Hydro-Québec veut un contrat à long terme et des prix fixes établis en fonction des coûts de construction.CFLCo acquiesce et est du coup capable d\u2019obtenir les prêts dont elle a besoin pour aller de l\u2019avant.Quand le contrat prendra fin en 2041, CFLCo, maintenant société d\u2019État, sera seule propriétaire et bénéficiaire de l\u2019infrastructure évaluée à environ 20 milliards.Le litige tranché vendredi ne portait pas sur le fond du contrat.Après tout, CFLCo a obtenu tout ce qu\u2019elle cherchait à obtenir au moment de la signature.Comme cela fut le cas dans d\u2019autres recours, l\u2019enjeu n\u2019était rien d\u2019autre que le partage des profits tirés par Hydro-Québec grâce au faramineux écart entre le prix d\u2019achat et le prix de revente des MW/h de Churchill Falls.Personne n\u2019avait anticipé pareil scénario quand la société québécoise avait accepté d\u2019assumer l\u2019impact de la fluctuation des prix, mais les crises du pétrole, la perte de confiance dans le nucléaire, l\u2019amélioration des technologies de transport et l\u2019ouverture du marché américain ont provoqué une flambée des prix.CFLCo estime que ces bouleversements imprévus du marché ont brisé l\u2019équilibre du contrat original, que la collaboration implicite attendue au sein de ce qu\u2019elle appelle une coentreprise imposait à Hydro-Québec d\u2019en revoir les termes, tout comme son obligation en droit civil de faire preuve de bonne foi et d\u2019équité en matière de contrat.Aucun des arguments de l\u2019entreprise n\u2019a trouvé grâce aux yeux de la majorité des juges.Selon eux, il ne s\u2019agit pas d\u2019une coentreprise et l\u2019équilibre du contrat n\u2019a pas été brisé puisqu\u2019il ne reposait pas sur la valeur marchande.En invoquant le caractère imprévisible du marché pour justifier sa requête, CFLCo a cherché à faire jouer un principe qu\u2019on ne trouve pas dans le Code civil du Québec, soit celui de l\u2019imprévisibilité.Le Code parle de bonne foi et d\u2019équité, mais en profitant du marché, Hydro-Québec n\u2019a pas lésé CFLCo.Les juges ne pouvaient souscrire à la thèse de l\u2019entreprise terre-neuvienne sans introduire indirectement dans le Code civil une notion que le législateur québécois a rejetée.Quant à la bonne foi, disent-ils, qui « n\u2019est synonyme ni de charité, ni de justice distributive, les tribunaux ne peuvent l\u2019invoquer pour ordonner un partage de profits par ailleurs honnêtement gagnés ».Le fait que seul le juge terre-neuvien, Malcolm Rowe, soit dissident n\u2019aidera pas à calmer ceux qui sont convaincus que le Québec a piégé Terre- Neuve dans cette affaire.L\u2019exposé des faits a par contre le mérite de remettre les pendules à l\u2019heure et d\u2019ébranler cette légende qui a trop souvent empoisonné les relations entre TNL et le Québec.Il est temps de passer à autre chose.Comme l\u2019a dit le premier ministre de TNL, Dwight Ball, « le passé est le passé » et 2041 n\u2019est plus très loin.LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin Gérard Deschênes Président du CA Maison internationale de la Rive-Sud L\u2019élection d\u2019un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) provoque une certaine inquiétude quant à la politique d\u2019immigration qui sera adoptée.Pendant la campagne électorale, le discours sur l\u2019immigration fut rarement positif.François Legault, maintenant premier ministre, a martelé que l\u2019intégration des immigrants était un échec et qu\u2019en conséquence il faudrait en accueillir moins, mais en prendre soin.Dans les propos du chef de la CAQ, nous pouvions déceler un début de programme politique centré sur l\u2019accès à l\u2019emploi, la maîtrise du français et la connaissance des valeurs dites québécoises.Il faut saluer cette ouverture, car il existe encore bien des écueils à l\u2019intégration des nouveaux arrivants, principalement en ce qui concerne l\u2019emploi et la francisation.Quant à la connaissance des valeurs québécoises, c\u2019est un tout autre sujet.La difficulté lorsque l\u2019on parle d\u2019intégration des immigrants, c\u2019est d\u2019avoir une conception commune de ce concept, ce qui est loin d\u2019être évident.Les organismes en immigration regroupés autour de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) ont proposé, il y a déjà quelque temps, une vision de l\u2019intégration qui peut être utile à nos réflexions.Selon le ministère de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion du Québec (MIDI), l\u2019intégration est un processus complexe par lequel une personne réfugiée ou immigrante en vient à participer pleinement à sa société d\u2019accueil et à s\u2019épanouir selon son potentiel et ses aspirations, arrivant ainsi à prendre part activement à la vie québécoise dans le respect du cadre civique commun.L\u2019intégration réussie sera donc le résultat d\u2019une démarche qui relève de la responsabilité première de l\u2019immigrant, une démarche soutenue efficacement par sa société d\u2019accueil.Comme le dit si justement l\u2019écrivain Marco Micone, il y a deux sortes d\u2019immigrants : ceux qui sont intégrés et ceux qui sont en voie de l\u2019être.Projet multidimensionnel Comment la personne immigrante et la société d\u2019accueil peuvent-elles se faire une idée du degré d\u2019intégration atteint?Les experts de la TCRI proposent un outil intéressant qui s\u2019appuie sur des indicateurs que l\u2019on peut énoncer ainsi: la personne immigrante ayant atteint un niveau d\u2019intégration avancé\u2026 utilise les mêmes services et bénéficie des mêmes droits que l\u2019ensemble des citoyens ; communique dans la langue commune du Québec, le français ; occupe un emploi de qualité relié à ses compétences et à ses acquis ; s\u2019implique dans la vie citoyenne et démocratique de son milieu ; développe et renforce ses talents et améliore ses conditions de vie individuelles ; se sent acceptée et reconnue par la société d\u2019accueil ; éprouve un sentiment d\u2019inclusion et d\u2019appartenance à sa société d\u2019accueil.Cette vision multidimensionnelle de l\u2019intégration repose sur quelques principes fondamentaux à respecter.Par exemple : l\u2019intégration est d\u2019abord une démarche individuelle : plusieurs facteurs personnels vont l\u2019influencer, comme le sexe de la personne, son âge, son statut civil, sa situation familiale, son niveau de santé, sa classe sociale d\u2019appartenance, sa formation, son parcours migratoire (réfugié, demandeur d\u2019asile, immigrant économique, regroupement familial), les drames personnels vécus, ses convictions religieuses et politiques, sa personnalité, etc.; la personne immigrante a droit au respect de sa liberté individuelle : elle doit pouvoir choisir son niveau de participation aux différentes sphères de la vie sociale comme tout autre membre de la société ; elle doit pouvoir participer à la vie sociale comme elle l\u2019entend, et ce, sans contrainte ; en contrepartie, elle a aussi l\u2019obligation morale de s\u2019engager dans son projet d\u2019intégration, de faire sa place dans sa société d\u2019accueil ; l\u2019intégration n\u2019est pas l\u2019assimilation : le Québec est une société Ceci n\u2019est pas un exercice Fidèles à nous-mêmes, nous retournons tranquillement dans notre léthargie rythmée par notre travail, la routine, nos divertissements et surtout la fraîcheur de l\u2019automne.Et pourtant, la sonnette d\u2019alarme a bel et bien été tirée.Tous les indicateurs pointent dans la même direction, tous les scientifiques ou, en tout cas, une bonne majorité, l\u2019affirment maintenant avec force.Nous devons agir tout de suite, pas demain, pas l\u2019an prochain, tout de suite.Il est temps, aujourd\u2019hui, de faire face à notre nouvelle réalité et de s\u2019armer de courage et de persévérance.C\u2019est notre devoir le plus sacré.Nous devons tous ensemble et, je le répète, tous ensemble, mener ce combat titanesque qui est là devant nous.Tous ensemble, nous devons le gagner, car sinon c\u2019est tous ensemble que nous allons perdre.Tout perdre.Il n\u2019est pas trop tard.La lutte sera bien difficile et nous devrons sacrifier beaucoup de ce confort qui nous est cher.Ce confort est insoutenable et la majorité des Terriens n\u2019y ont pas accès.Nous devons exiger de nos gouvernants des actions concrètes, L\u2019intégration des nouveaux arrivants n\u2019est pas l\u2019échec que l\u2019on dit LIBRE OPINION LETTRES CHURCHILL FALLS Un contrat est un contrat M ÉDITORIAL B 10 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu très diversifiée du point de vue ethnique, culturel et religieux où il existe plusieurs manières d\u2019être et de se comporter ; tout en s\u2019intégrant, la personne immigrante peut rester elle-même, parler sa langue, manifester sa culture, pratiquer sa religion, etc.; par contre, la société québécoise s\u2019attend à ce que les nouveaux arrivants reconnaissent, acceptent et enrichissent la convergence sociale et culturelle québécoise qui la différencie du reste du Canada.Cette approche holistique de l\u2019intégration invite les gouvernements, les municipalités, les employeurs, les organismes, les partenaires sociaux et tous les membres de la communauté d\u2019accueil à proposer aux nouveaux arrivants des programmes et des activités diversifiés qui les aideront à prendre en charge la réussite la plus parfaite possible de leur intégration à leur nouveau milieu de vie.Avec autant de facettes de l\u2019intégration, il y a de la place pour la contribution originale de tous.Au Québec (et au Canada), l\u2019intégration des nouveaux arrivants n\u2019est pas l\u2019échec que l\u2019on dit.Des centaines de milliers d\u2019immigrants établis chez nous depuis toutes ces années peuvent en témoigner.Le gouvernement nouvellement élu doit bien sûr faire encore mieux pour offrir aux personnes immigrantes et réfugiées les aides nécessaires à la réussite de leur intégration, et ce, dans toutes ses dimensions, et non uniquement celles concernant l\u2019accès à l\u2019emploi et la maîtrise du français, si importantes soient-elles.Churchill Falls Je viens de lire le résumé de la décision de la Cour suprême concernant la nième poursuite de Terre- Neuve contre Hydro-Québec.Je comprends très bien la frustration des gens de Terre-Neuve qui doit se comparer à la nôtre lors de la décision du conseil privé de Londres concernant la frontière du Labrador, décision rendue en 1927.Ne serait-il pas temps de régler honorablement ces deux contentieux par une ronde de négociation?La conjoncture pourrait jouer en notre faveur.Terre-Neuve est en immédiates et audacieuses.Nous devons entreprendre la décroissance de notre mode vie et accepter dès maintenant que notre existence ne puisse plus être ce qu\u2019elle était.C\u2019est ce prix que nous devons payer si nous voulons avoir le privilège de voir grandir nos enfants dans un monde potable.Il paraît que devant le péril et le danger imminent, l\u2019esprit humain est capable d\u2019accomplir des miracles.Prouvons-le, car l\u2019imminence du danger est prouvée.Debout.Et marchons nombreux le 10 novembre à 14 h.Exigeons un changement radical.Maintenant.Sébastien Dodge, citoyen Montréal, le 31 octobre 2018 Séance gratuite avec une voyante Est-ce que vous recevez régulièrement tout comme moi des appels téléphoniques pour vous dire que vous avez gagné, sans avoir participé à quelque concours que ce soit, une séance gratuite avec une voyante ?Chaque fois que je reçois cette offre, je réponds à la dame qui m\u2019annonce la bonne nouvelle que, si sa voyante est une vraie voyante, elle aurait bien vu que cette offre ne m\u2019intéresse aucunement et qu\u2019il est inutile de me l\u2019offrir.En général, la personne raccroche tout de suite\u2026 Pierre Lincourt Chicoutimi, le 1er novembre 2018 MANON CORNELLIER mauvaise posture financière avec son projet de barrage de Muskrat Falls, dont les coûts sont ruineux pour cette province.Il ne s\u2019agit pas de profiter de la situation, mais de proposer une entente sinon cordiale, à tout le moins honnête et tenant compte des réclamations de chacune des parties.Comme dirait un certain général de Gaulle, vaste programme, mais sait-on jamais.Jacques Bélanger Brossard, le 2 novembre 2018 B 11 IDÉES LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.Son excellence S i on cherchait des arguments pour remettre en question l\u2019existence même de l\u2019institution du gouverneur général du Canada, on ne devrait pas regarder plus loin que la récente série de nouvelles concernant les détentrices actuelle et ancienne de ce poste symbolique.La révélation cette semaine par Postmedia que l\u2019ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson a facturé au moins 1,1 million de dollars aux contribuables canadiens depuis qu\u2019elle a quitté ses fonctions en 2005 en a fait sourciller plusieurs.En effet, peu de Canadiens savaient que, dans le cadre d\u2019un programme mis en place en 1979, un ancien gouverneur général bénéficie d\u2019un financement à vie pour les frais de bureau et de déplacement reliés à son ancien poste.On lui demande simplement que ses frais soient « raisonnables et justifiés », sans pour autant permettre aux contribuables de décider eux-mêmes de la pertinence de telles dépenses en fournissant un minimum de transparence.Impossible, donc, de savoir pourquoi exactement Mme Clarkson a dépensé plus de 100 000 $ pour des activités liées à ses anciennes fonctions durant au moins 9 des 13 années ayant suivi son départ de Rideau Hall.Le premier ministre Justin Trudeau a vite cherché à remettre les pendules à l\u2019heure en promettant de réexaminer ce programme fédéral pour déterminer les « meilleures pratiques » dans l\u2019avenir.Mais les Canadiens ne devraient pas compter sur lui pour proposer une réforme plus en profondeur de cette institution qui inspire l\u2019indifférence totale chez une majorité de la population.Triste réalité, le Canada vit une espèce de paralysie constitutionnelle lorsqu\u2019il est question de la modernisation de nos institutions fondamentales.C\u2019est ainsi que l\u2019on est pris avec un Sénat en manque de raison d\u2019être et de légitimité en 2018 sans qu\u2019on puisse tenir le moindre débat sur son avenir, tellement les Canadiens n\u2019en peuvent plus d\u2019en entendre parler.Si l\u2019image de l\u2019institution du gouverneur général a été moins dégradée au fil des ans dans l\u2019esprit des Canadiens, l\u2019actuelle représentante de la reine Élizabeth II au Canada n\u2019a pas exactement contribué à son amélioration depuis qu\u2019elle est entrée en fonction il y a un peu plus d\u2019un an maintenant.Le gouvernement Trudeau n\u2019était pas peu fier d\u2019annoncer la nomination de l\u2019ex-astronaute Julie Payette pour succéder à David Johnston en 2017.Mais force est de constater que sa première année en fonction ne passera pas à l\u2019histoire.Quand elle n\u2019était pas parfaitement invisible, Mme Payette faisait les manchettes pour avoir réussi à se mettre à dos tous ceux qui sont normalement portés à montrer une obéissance totale envers celui ou celle qui occupe le poste du vice- monarque.Des institutions caritatives qui ont toujours compté sur le gouverneur général pour porter leur cause ont été laissées à elles-mêmes pendant que Mme Payette décidait si elle voulait s\u2019y associer \u2014 comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un véritable choix.Les exemples des médailles du Gouverneur général envoyées aux récipiendaires par la poste au lieu de leur être remises en personne sont revenus hanter Mme Payette.La sanction royale d\u2019un projet de loi \u2014 fonction fondamentale du gouverneur général s\u2019il en est \u2014 aurait même nécessité l\u2019intervention du greffier du Conseil privé pour que Mme Payette accepte de modifier son horaire pour poser sa signature sur ladite législation.Un sondage de l\u2019Institut Angus Reid publié le mois dernier a révélé qu\u2019une majorité de Canadiens, soit 57 %, étaient incapables de dire si Mme Payette avait fait un bon ou un mauvais travail durant sa première année en poste.Ceux qui avaient une opinion sur la question se divisaient sur les lignes partisanes, les conservateurs étant plus portés, à 41 %, à dire qu\u2019elle avait fait un mauvais travail.Angus Reid a surtout souligné l\u2019indifférence de la population envers cette question, notant que le sujet du gouverneur général figurait en bas de l\u2019échelle, selon l\u2019indice d\u2019engagement ARI.Alors que les médias canadiens conjecturaient sur l\u2019avenir de Mme Payette, le National Post laissant même entendre qu\u2019elle était en train de négocier son départ avec le bureau du premier ministre, l\u2019indifférence des Canadiens semble offrir à la gouverneure générale l\u2019occasion de se remettre de ses erreurs.Mme Payette est revenue au pays cette semaine après un voyage en Afrique qu\u2019elle aurait effectué, selon son bureau, « à la demande du très honorable Justin Trudeau ».Pourquoi ce périple, qui a amené la gouverneure générale au Burkina Faso, en Côte d\u2019Ivoire et au Nigeria entre le 23 et le 30 octobre, alors qu\u2019elle n\u2019avait même pas encore trouvé le temps de visiter le Manitoba depuis son entrée en fonction ?Y aurait-il un lien avec la campagne du gouvernement Trudeau en vue de gagner un siège au Conseil de sécurité de l\u2019Organisation des Nations unies en 2020 ?Espérons que les Africains ont aimé la présence de notre gouverneure générale plus que les Canadiens semblent le faire lorsqu\u2019elle est chez elle.KONRAD YAKABUSKI Frédérick Gagnon Christophe Cloutier-Roy Respectivement titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et chercheur à l\u2019Observatoire sur les États-Unis de l\u2019UQAM Depuis l\u2019arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, Ottawa et Québec se sont montrés rassurants quant à l\u2019avenir de la relation canado-américaine.Justin Trudeau a dit pouvoir s\u2019entendre avec le président, tandis que Québec a raffermi ses liens avec des gouverneurs d\u2019États qui affirment avoir l\u2019oreille de ce dernier.Notre récente tournée de dix États américains à l\u2019approche des élections de mi-mandat révèle toutefois que l\u2019irritation de Trump à l\u2019égard du voisin du Nord est plus répandue qu\u2019on pourrait le croire.On aime certes le Canada, mais on doute plus qu\u2019avant du bien-fondé de la relation canado- américaine.Parcourant le Maine, le Vermont, le New Hampshire, New York, le Minnesota, le Wisconsin, l\u2019Illinois, l\u2019Ohio, l\u2019Indiana et le Michigan, nous nous sommes entretenus avec des équipes de campagne républicaines et démocrates, des journalistes, des lobbyistes et des membres de groupes d\u2019intérêts et de syndicats.Nous leur avons posé au moins deux questions : quelle est votre perception du Canada et du Québec ?Quels enjeux canado-américains retiennent votre attention en vue du 6 novembre ?Comme en 2014, quand nous avions réalisé un exercice semblable, les interlocuteurs républicains ont insisté sur l\u2019importance du commerce ca- nado-américain.Leur discours a toutefois changé et il n\u2019est plus rare qu\u2019ils fassent écho au nationalisme économique de Trump.Au Minnesota, un haut placé du parti a souligné l\u2019importance des tarifs sur l\u2019acier pour « ramener de bons emplois » au nord de l\u2019État.« Nous aimons le Canada et nous ciblons avant tout la Chine, mais tant mieux si des emplois sont créés aux États-Unis plutôt qu\u2019au nord de la frontière », nous confiait notre interlocuteur.Rappelant la tendance de Trump à définir le commerce comme un jeu à somme nulle, ce républicain souhaitait ainsi revoir une relation que le Canada ne peut plus tenir pour acquise.Même son de cloche du côté du Maine, où un haut placé du parti et un candidat républicain ont critiqué les subventions canadiennes à l\u2019industrie du bois d\u2019œuvre ainsi que les « réglementations permissives du Canada sur la pêche du homard », lesquelles nuiraient aux pêcheurs du Pine Tree State.Pas plus rose chez les bleus Le Canada et le Québec n\u2019étaient pas plus populaires auprès des démocrates que nous avons rencontrés.Au Wisconsin, un haut placé du parti a fait écho à Trump en affirmant que les subventions canadiennes sur le lait auraient contribué aux difficultés de l\u2019industrie laitière, prédominante dans cet État.Ce n\u2019est pas un hasard si la séna- trice démocrate Tammy Baldwin, en réélection cette année, critique spécifiquement le Canada dans le dépliant que ses bénévoles distribuent aux électeurs.À Columbus, en Ohio, des lobbyistes nous ont dit que le libre- échange avec le Canada et le Mexique continue d\u2019avoir très mauvaise réputation auprès des syndicats.Il n\u2019est donc pas surprenant que le sénateur démocrate de cet État, Sherrod Brown, connu pour son protectionnisme, ait appuyé les tarifs sur l\u2019acier et l\u2019aluminium décrétés par Trump.Au Michigan, les groupes environnementalistes se mobilisent contre la reconstruction de la Line 5, un oléoduc de la compagnie Enbridge qui achemine du pétrole de l\u2019Alberta jusqu\u2019aux raffineries onta- riennes.Des membres de la centrale syndicale AFL-CIO nous ont confié que la reconstruction de cette ligne est impopulaire dans le Wolverine State, où les habitants ont l\u2019impression de devoir assumer les risques liés au transport de « pétrole canadien ».Dans le Maine, le projet NECEC, qui doit permettre à Hydro-Québec d\u2019exporter de l\u2019électricité vers le Massachusetts, est populaire chez les républicains, mais moins chez les démocrates et les groupes environnementalistes.Une chercheuse travaillant pour un de ces groupes nous a pris par surprise en émettant l\u2019hypothèse que ce projet forcera de nombreux Québécois à se tourner vers le charbon.Cette affirmation inusitée peut sembler anecdotique, mais elle s\u2019ajoute à une longue liste de commentaires négatifs et de perceptions erronées que nous avons entendus à propos du Canada et du Québec.Nos interlocuteurs avaient également de bons mots pour nous, saluant le tourisme en provenance du Canada ou encore la légalisation de la marijuana.Le ton a toutefois changé depuis l\u2019arrivée de Trump au pouvoir : l\u2019attitude hostile du président à l\u2019égard du Canada semble s\u2019enraciner lentement, mais sûrement, ailleurs qu\u2019à la Maison- Blanche.Cette situation témoigne des défis qui attendent Justin Trudeau et François Legault au lendemain des élections américaines de mardi et illustre l\u2019importance du travail des représentants canadiens et québécois en sol américain.Elle prouve, en outre, qu\u2019il est impératif de garder l\u2019œil sur les évolutions politiques de ce pays, pour voir si l\u2019assombrissement des deux dernières années est passager ou non.On aime le Canada, mais\u2026 Christian Nadeau Philosophe, Université de Montréal, et président de la Ligue des droits et libertés L\u2019élection présidentielle remportée le 28 octobre au Brésil par le candidat de l\u2019extrême droite, Jair Bolsonaro, laisse présager le pire pour les institutions garantissant l\u2019État de droit dans ce pays.Cela est d\u2019autant plus inquiétant qu\u2019on ne peut pas accuser la passivité de l\u2019électorat \u2014 le taux de participation était particulièrement élevé, près de 80 % \u2014 ni l\u2019absence d\u2019opposition sérieuse.Si le pays est bel et bien divisé entre partisans et adversaires de Bolso- naro, il ne s\u2019agit plus d\u2019un simple affrontement entre gauche et droite, mais entre démocratie et fascisme.Bolsonaro a proclamé à de nombreuses reprises ses opinions racistes et homophobes.Sa garde rapprochée, comme le général Hamilton Mourao, n\u2019a jamais caché son mépris pour les droits et libertés civiles.Par prudence et par calcul, Bolsonaro a affirmé dès l\u2019annonce des résultats qu\u2019il respecterait l\u2019État de droit.On peut se montrer sceptique étant donné la liste de ses déclarations passées.Son arrivée au pouvoir menace non seulement les libertés civiles, mais l\u2019ensemble des protections sociales dont dispose la population, puisque Bolsonaro a clairement affiché ses intentions de réformer de fond en comble l\u2019État social brésilien.Nous pouvons craindre le pire aussi pour les vastes forêts de l\u2019Amazonie, convoitées par l\u2019insatiable industrie agroalimentaire.Le meilleur moyen de constater l\u2019interdépendance des droits est de voir la manière dont les gouvernements autoritaires s\u2019y prennent pour les abolir.Ailleurs dans le monde Le même scénario se vérifie ailleurs dans le monde.L\u2019Europe, qui a pourtant connu les dictatures, voit s\u2019accumuler les succès électoraux de formations proches de l\u2019extrême droite ou se réclamant de méthodes autoritaristes.En Italie, la présence de Matteo Salvini au sein du gouvernement Conte comme ministre de l\u2019Intérieur et vice-président du Conseil lui permet de multiplier les annonces visant les personnes migrantes.En Autriche, le Parti de la liberté d\u2019Autriche (FPÖ), créé en 1956 et rassemblant au départ d\u2019anciens nazis, a policé son discours pour le rendre plus acceptable, ce qui lui a assuré aujourd\u2019hui une participation au gouvernement avec la droite.En Hongrie, si le Jobbik, le parti d\u2019extrême droite, fait face au tout-puissant Fidesz de Victor Orban, ce dernier n\u2019en attaque pas moins régulièrement les libertés civiles, comme la liberté d\u2019association, l\u2019indépendance de la justice, et s\u2019en prend lui aussi aux personnes migrantes, qu\u2019il juge responsables de tous les maux de l\u2019Europe.En Pologne, on constate la même volonté de subordonner le pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif.Certes, la Hongrie et la Pologne ne sont pas des États soumis à des dictatures, mais les gouvernements de droite qui les dirigent n\u2019hésitent pas à justifier des pratiques très autoritaires par des valeurs très conservatrices, tout en utilisant les ressources de la démocratie comme instrument de légitimation.Ce modèle est proche à plusieurs égards de celui qu\u2019on retrouve en Russie ou en Turquie.Enfin, on ne peut négliger la pression qu\u2019exerce sur les gouvernements en France, en Finlande et en Suède la popularité grandissante des partis d\u2019extrême droite.Et chez nous ?En Amérique du Nord, nous semblons loin de telles dérives.Vraiment ?Pensons à la facilité avec laquelle le gouvernement Trump impose sa volonté mois après mois, même s\u2019il a subi quelques revers.Fin octobre, Trump laissait entendre qu\u2019il pourrait se passer du Congrès et agir par décrets au sujet de l\u2019immigration si les démocrates continuaient de freiner son action.Plus près de nous, le premier ministre de l\u2019Ontario, Doug Ford, a recours à une violente rhétorique pour dénoncer le pouvoir des juges qui ne sont pas élus, comme lui l\u2019a été, mais nommés et qui selon lui sont au service d\u2019un programme gauchiste.Est-ce que ces menaces pour l\u2019État de droit pèsent aussi sur le Québec ?Nous avons vécu certaines périodes très autoritaires.Rien n\u2019empêche que nous en subissions d\u2019autres.La population connaît mal les institutions nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie et de l\u2019État de droit, ce qui les rend vulnérables.En effet, tout affaiblissement de celles-ci \u2014 par exemple par la diminution de leur budget ou de leur personnel \u2014 risque de passer inaperçu.Il en va de même pour le rôle fondamental joué par les acteurs de la société civile, comme les organismes communautaires et les organisations de défense des droits, qui représentent des contre-pouvoirs cruciaux, mais là encore méconnus et sous- financés.La tragédie du Brésil n\u2019a rien à voir avec notre propre situation.Il serait par contre naïf de nous croire à l\u2019abri d\u2019une érosion rapide de l\u2019État de droit : nous devons prendre conscience ici et maintenant de ce qu\u2019il faut promouvoir pour le préserver.N\u2019attendons pas le pire pour réagir.Il pourrait advenir bien plus tôt que prévu.Quel avenir pour l\u2019État de droit ?Donald Trump et Justin Trudeau.Le premier ministre canadien affirme pouvoir s\u2019entendre avec le chef d\u2019État américain.LEON NEAL GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE Triste réalité, le Canada vit une espèce de paralysie constitutionnelle lorsqu\u2019il est question de la modernisation de nos institutions fondamentales B 12 SECTION SPÉCIALE Développement durable Il n\u2019y a pas que de rutilantes voitures américaines rescapées des années 1950 qui roulent sur les routes touristiques de Cuba.De vieux vélos retapés à Montréal permettent aussi à des Cubains de sillonner les routes de campagne de l\u2019île pour aller travailler dans les champs ou dans les ateliers de leurs villages.S I M O N V A N V L I E T Collaboration spéciale L\u2019 Universidad Central Mar ta Abreu de Las Villas à Santa Clara est l\u2019un des nombreux partenaires du Sud global qui redistribuent localement des vélos remis à neuf par Cyclo Nord-Sud.« Toute ma famille utilise aussi le vélo », dit l\u2019un des bénéficiaires de ce projet, Marcel Dita Duran, dans le cadre de l\u2019exposition Histoires de vélos qui sera présentée à la Maison du développement durable à compter du 8 novembre.« Notre vie s\u2019est beaucoup améliorée : nous n\u2019avons plus besoin de payer pour d\u2019autres moyens de transport, il est facile de nous dép lacer e t de f a i r e l es courses.» L\u2019exposition est le fruit d\u2019un travail réalisé par Mikaël Theimer.Le photographe a accompagné l\u2019équipe de Cyclo Nord-Sud dans les Antilles (Cuba, Haïti) ainsi qu\u2019en Afrique de l\u2019Ouest (Togo, Ghana, Burkina Faso) pour dresser un portrait des visages de ceux et celles qui font tourner cette grande chaîne de solidarité internationale depuis près de 20 ans.Récupération solidaire Fondé par la militante cycliste Claire Morissette en 1999, Cyclo Nord-Sud a permis de mettre sur les routes du Sud plus de 56 000 vélos récupérés dans le Nord.Pionnière du vélo urbain (et de l\u2019autopartage), Claire Morissette a eu « une vision précurseure » du mouvement du réemploi, ou upcycling, souligne Agnès Rakoto, coordonnatrice aux communications et au marketing chez Cyclo Nord-Sud.En misant sur la remise en circulation de vieux vélos, Cyclo Nord-Sud a mis en avant une approche d\u2019économie circulaire qui gagne en popularité depuis quelques années.Bien avant que le réemploi ne se hisse au sommet de la hiérarchie du 3R-V (réduire, réemployer, recycler, valoriser), Claire Morissette avait déjà compris que la remise à neuf de vieux vélos d\u2019ici pouvait servir de levier de développement ailleurs.«Au Québec, on se départ très rapidement de nos vélos », constate la coordonnatrice générale de Cyclo Nord-Sud, Charlotte Cordier.Selon Vélo Québec, il se vend environ 600 000 vélos neufs au Québec chaque année, mais il est difficile de savoir combien de vélos finissent à la ferraille.Rien ne se perd ! Récupérés auprès de donateurs du Nord, quelques milliers de vélos sont retapés par des bénévoles à Montréal et envoyés par conteneur aux par tenaires du Sud.« Il n\u2019y a rien qui se perd», indique Charlotte Cordier.Elle explique que le caoutchouc des pneus et des chambres à air est recyclé par le Consor tium Écho-Logique, une entreprise d\u2019économie sociale qui assure également la gestion et la récupération des matières résiduelles lors d\u2019événements culturels, sportifs ou organisés par des entreprises.Le métal des pièces abîmées est quant à lui récupéré par un ferrailleur.« On pourrait vraiment aller encore plus loin dans la récupération», estime la coordonnatrice générale de Cyclo Nord-Sud.Elle souligne que les bénévoles de Cyclo Nord- Sud ne sont pas outillés pour faire de la soudure et que les cadres endommagés sont donc envoyés au recyclage plutôt que d\u2019être réparés.La (seconde) vie secrète des bicyclettes 20 ans de remise en état de vieux vélos chez Cyclo Nord-Sud « On pourrait vraiment aller encore plus loin dans la récupération » La forêt boréale et la vie qui l\u2019anime\u2026 au cœur de la ville.C\u2019est ce que propose Greenpeace samedi, de 20 h à 21 h, par une projection murale sur la façade du Centre d\u2019histoire de Montréal dans le cadre de la Journée internationale d\u2019action pour la forêt boréale.Cette projection interactive créée par Hub Studio sera narrée par les acteurs Charlotte Aubin et Marc-André Grondin.Les spectateurs pourront, par leurs mouvements, y influencer le mouvement des aurores boréales.« Nous espérons ainsi faire comprendre au public que ses actions concrètes peuvent elles aussi avoir un grand impact sur l\u2019environnement et sur la protection de la forêt boréale », fait valoir Philippa Duchastel de Montrouge, responsable de la campagne Forêt à Greenpeace.GREENPEACE La forêt boréale s\u2019invite dans le Vieux-Montréal L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 N O V E M B R E 2 0 1 8 D É V E L O P P E M E N T D U R A B L E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 N O V E M B R E 2 0 1 8 B 13 Cette section spéciale a été produite par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute information sur le contenu, vous pouvez contacter Catherine Girouard, chargée de projets des publications spéciales, à cgirouard@ledevoir.com.Pour vos projets de cahier ou toute autre information au sujet de la publicité, contacter iDmedia@ledevoir.com.Voir clair dans le rôle de l\u2019eau Percer les secrets des interactions entre l\u2019eau et les écosystèmes pour mieux conserver le territoire ?Une idée brillante.À l\u2019Université Concordia se tient, du 1er au 4 novembre, la Tablée des idées, le 10e forum du Réseau pour une alimentation durable (RAD).Jusqu\u2019à demain, 700 participants, provenant de partout au Canada, débattront sur les divers enjeux actuels entourant l\u2019alimentation.Survol du forum et de l\u2019implication de l\u2019Université et de ses étudiants en alimentation durable.S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale Dans un pays riche comme le Canada, il existe encore plusieurs problèmes liés à l\u2019alimentation.La malnutrition, la sécurité alimentaire, l\u2019accès inégal à des aliments de qualité n\u2019en sont que quelques exemples.Le 10e forum du RAD comprend des dizaines d\u2019ateliers qui traitent de ces aspects et de bien d\u2019autres.Ainsi, le samedi 3 novembre, des ateliers traiteront de l\u2019évolution des banques alimentaires, de ce que serait un programme alimentaire scolaire idéal, de l\u2019agroécologie et de plusieurs autres sujets.Le lendemain, une séance plénière se tiendra pour repenser la transition vers un système alimentaire plus durable.Ce forum, organisé par le RAD en association avec l\u2019Université Concordia et la Concor- dia Food Coalition (CFC), a pour objectif de discuter des meilleures politiques alimentaires à adopter.« Il y a eu une consultation fédérale sur les enjeux de l\u2019alimentation, à laquelle 45 000 personnes ont participé, dont le RAD, mentionne Diana Bronson, directrice générale du réseau.On attend maintenant une politique alimentaire fédérale pour bientôt.On nous l\u2019avait promise pour 2018, mais elle n\u2019est pas venue.» Le RAD a toutefois formulé cinq grandes idées lors de cette consultation, qu\u2019il souhaite voir incluse dans la future politique fédérale.Parmi celles-ci, il y a le droit à l\u2019alimentation (ex.: accès à l\u2019alimentation égale pour tous), l\u2019encouragement à une alimentation saine et durable (ex.: en taxant les boissons sucrées) et le soutien à la production et à la distribution d\u2019une alimentation durable (ex.: en encourageant l\u2019agriculture biologique).En même temps que le forum, et au même endroit, le mouvement torontois Meal Exchange tiendra un sommet national sur l\u2019alimentation.Ce mouvement a pour objectif de donner accès à tous à une alimentation saine, nutritive, à prix abordable.Ça bouge sur le terrain Ce n\u2019est pas un hasard si ce forum et ce sommet se déroulent à l\u2019Université Concordia cette année.L\u2019Université et ses initiatives étudiantes en alimentation (entreprises par le CFC) sont réputées dans le milieu.Par exemple, la coopérative de solidarité The Hive offre gratuitement tous les midis de la semaine des repas végétaliens sans noix aux étudiants et la Concordia Farmers\u2019 Market tient tous les mercredis un marché de produits locaux et biologiques.Ces deux initiatives relèvent du CFC.L\u2019Université Concordia n\u2019est pas en reste.« Lors du renouvellement de notre contrat avec notre gestionnaire en alimentation, nous avons établi avec lui des objectifs d\u2019achat d\u2019aliments locaux », dit Isabelle Mailhot-Leduc, coordinatrice du système d\u2019alimentation durable et de la qualité au département Hospitalité Concordia de l\u2019Université.L\u2019Université a aussi adhéré au programme Aliments du Québec, volet institutionnel qui a pour but de trouver des recettes qui contiennent un minimum de 50 % d\u2019aliments locaux.Depuis 2016, l\u2019Université est aussi certifiée « campus équitable ».Elle vend donc à l\u2019intérieur de ses murs plusieurs produits équitables, comme le thé, le café, le chocolat et les bananes.Enfin, dans ses deux cafétérias, toute la vaisselle est réutilisable et dans les points de service, elle est compostable.« Nous tentons aussi de réduire au maximum la quantité de nourriture qui est jetée », dit Mme Mailhot- Leduc.Un modèle que le RAD souhaiterait sûrement voir reproduit ailleurs.Pour une alimentation durable et équitable Reste que la remise en état de vieux vélos permet d\u2019éviter, année après année, que des centaines d\u2019entre eux ne finissent leur vie chez des ferrailleurs.Développement durable : le cycle vertueux « Les conséquences de cette valorisation des vieux vélos sont internationales », fait par ailleurs valoir Charlotte Cordier.En plus d\u2019éviter d\u2019encombrer les centres de tri québécois, déjà aux prises avec une importante crise, celle-ci devient « un vecteur de changement, de développement [et] d\u2019autonomisation» pour les bénéficiaires du Sud, soutient Agnès Rakotto.Les portraits réalisés par Mikaël Thiemer dans le cadre de l\u2019exposition Histoires de vélos illustrent le «sentiment de travailler ensemble» qui lie, du Nord au Sud, les bénévoles, les partenaires et les bénéficiaires dans le grand cycle vertueux du développement durable, expliquait d\u2019ailleurs le photographe au vernissage de l\u2019exposition l\u2019an dernier.Alors qu\u2019on assiste à l\u2019émergence du mouvement « zéro déchet », qui vise à limiter le gaspillage dans le quotidien, il existe aussi depuis longtemps des exemples concrets d\u2019actions locales de valorisation qui peuvent avoir des impacts à l\u2019échelle globale.L\u2019exposition sur Cyclo Nord-Sud, à l\u2019affiche jusqu\u2019au 28 novembre, montre comment un outil de transport durable comme le vélo peut devenir un levier de développement durable.Cyclo Nord-Sud vient tout juste d\u2019inaugurer un atelier « vélorutionnaire » dans le quartier Saint-Michel.L\u2019espace communautaire permet aux résidents de remettre leurs vélos sur leurs roues grâce à l\u2019aide d\u2019animateurs.7501 rue François-Perrault, Montréal Les jeunes du village de Foguégué doivent parcourir plus de 7 kilomètres pour se rendre au collège d'enseignement général de Tovegan, où ils étudient.Les vélos que leur a distribués Écho de la Jeunesse, en collaboration avec Cyclo Nord-Sud, leur permettent de diviser par deux leur temps de déplacement.PHOTOS MIKAËL THEIMER « Nous avons établi [.] des objectifs d\u2019achat d\u2019aliments locaux » Kevin Luis Sirva Gonzalez, 13 ans, est élève en huitième année au lycée Capitan San Luis.«J\u2019habite à 2 km de l\u2019école, dit-il.Avant, j\u2019allais à pied à l\u2019école et je me sentais très fatigué.Quelquefois, j\u2019arrivais en retard et je ne pouvais pas déjeuner.Le vélo m'a permis d'arriver plus tôt à l\u2019école, moins fatigué.J\u2019ai plus de temps pour faire mes devoirs.» LEDEVOIR // LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2018 B 14 PETITES ANNONCES DEMEURES , OCCAS IONS D \u2019AFFAIRES ET L IEUX PR IV ILÉG IÉS 514.985.3322 1 800 363.0305 petitesannonces@ledevoir.com PRESTIGE 720 av.OUTREMONT 2e étage en voie de conversion en condo.Au centre d\u2019Outremont près Lajoie.Escalier privé, 3 balcons, près métro, magasins alimentation, écoles, garderies, etc.3 chambres, 1 s/bain, petit hangar, plafonds 9\u20194\u2019\u2019, bois franc.STATIONNEMENT 569 000 $ CENTRIS 227 679 52 OUTREMONTAIS À 100% LOCALISATION \u2014 BEAUTÉ \u2014 STYLE LOIS HARDACKER Ctr.imm.Agréé.Royal LePage Action, Agence Immobilière 450 242-2000 www.loishardacker.com LAC BROME LAC BROME AU CŒUR DE KNOWLTON, un domaine pour la 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