Le devoir, 30 juin 2018, Cahier B
[" evant des dizaines de milliers de partisans euphoriques, Andrés Manuel Ló- pez Obrador \u2014 communément appelé par ses initiales, AMLO \u2014, a mis fin à sa campagne dans le plus grand stade de Mexico mercredi.« Nous conquerrons la démocratie [\u2026] Le peuple peut sauver le peuple, tu verras ! » racontent les paroles d\u2019une cumbia mexicaine sur les notes de laquelle le sexagénaire tout sourire saluait frénétiquement la foule d\u2019électeurs conquis d\u2019avance venus l\u2019acclamer.Dans les cafés, les taxis ou durant les soirées de mariage, les Mexicains ont pris un malin plaisir durant les derniers mois à analyser les citations heureuses et maladroites, l\u2019accent du Sud, les origines modestes du favori de 64 ans.Qu\u2019on l\u2019aime ou qu\u2019on le déteste, AMLO ne laisse personne indifférent.L\u2019ancien maire de Mexico se présente pour la troisième fois aux présidentielles, cette fois sous la bannière de Morena (Mouvement de régénération nationale), un parti de gauche un peu vieux jeu qui a fait du bien commun, de l\u2019équité sociale et de l\u2019intégrité ses priorités.«On a l\u2019impression que l\u2019électorat en a ras le bol et qu\u2019il cherche une solution différente à celles du passé.La société ne tolère plus la corruption et AMLO semble être perçu comme le candidat le moins malhonnête », affirme Jean-François Prud\u2019homme, directeur du Centre d\u2019études internationales du Collège de Mexico.La corruption dans la mire Le président Enrique Peña Nieto et ses prédécesseurs contemporains laissent derrière eux un pays meurtri par une guerre du narcotrafic qui a fait plus de 200 000 morts et des milliers de disparus.133 personnes \u2014 dont des candidats \u2014 ont été assassinées au cours des huit derniers mois, selon la firme mexicaine d\u2019analyse de risque Etellekt.Plus de 53 millions de Mexicains vivent dans la pauvreté, et la corruption endémique, qui gangrène aussi bien les hautes sphères du pouvoir que le policier qui remet les constats d\u2019infraction, semble incurable.Arpentant sans garde du corps les coins les plus reculés des campagnes mexicaines, le candidat du Tabasco, État du sud du Mexique, a promis de remédier à tous ces problèmes en démantelant la « mafia du pouvoir ».« Andrés Manuel a dit : « La chose la plus révolutionnaire que l\u2019on va faire, c\u2019est de faire respecter la loi.» On n\u2019a besoin de rien de plus ! » affirme Irma Sandoval, politologue spécialiste de la corruption qu\u2019AMLO promet de nommer ministre de la Fonction publique s\u2019il gagne.Aides aux agriculteurs, bourses d\u2019études universitaires, annulation des récentes réformes néolibérales : les idées de grandeur du tenace candidat aux cheveux grisonnants font rêver la gauche PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 JUIN ET DIMANCHE 1E R JUILLET 2018 ANALYSE Comment parler d\u2019esclavage dans le contexte québécois ?B 3 MONDE Un accord migratoire adopté de force en Union européenne B 6 IDÉES Des raisons de renommer le prix Sir- John-A.-MacDonald B 9 Mercredi soir, pour souligner la fin de sa campagne électorale, Andrés Manuel López Obrador a tenu un grand rassemblement au stade Azteca \u2014 le plus vaste de la capitale.ALFREDO ESTRELLA AGENCE FRANCE-PRESSE Plus de 89 millions de Mexicains sont appelés aux urnes dimanche pour remplacer Enrique Peña Nieto, l\u2019un des présidents les plus impopulaires de l\u2019histoire récente du Mexique.Bien campé en haut des sondages, Andrés Manuel López Obrador, candidat de gauche et favori des présidentielles, se dit prêt à remuer ciel et terre pour transformer le Mexique affaibli par la corruption, la violence et la pauvreté.NANCY CAOUETTE COLLABORATRICE À MEXICO LE DEVOIR MEXIQUE « AMLO », le vétéran de gauche qui veut réformer le pays Ancien maire de Mexico, Andrés Manuel López Obrador pourrait succéder dimanche à Enrique Peña Nieto Celui que l\u2019on surnomme AMLO s\u2019adressait à une foule conquise d\u2019avance mercredi.RONALDO SCHEMIDT AGENCE FRANCE-PRESSE VOIR PAGE B 2 : « AMLO » D « AMLO » et l\u2019espoir d\u2019une rupture, un éditorial de Guy Taillefer à lire en page B 8 LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 JUIN ET DIMANCHE 1E R JUILLET 2018 PERSPECTIVES B 2 Un futur président de gauche au Mexique ?«AMLO» SUITE DE LA PAGE A1 mexicaine et donnent des sueurs froides aux grands imprésarios.«Il propose de séparer le pouvoir politique du pouvoir économique, ce qui me paraît très intéressant », affirme Jesús Silva-Herzog Márquez, professeur à l\u2019École de gouvernance de l\u2019Université technologique de Monterrey.«Toutefois, ses solutions sont un peu naïves.Il change souvent d\u2019idées d\u2019une journée à l\u2019autre et affirme que des problèmes majeurs, comme la corruption, vont se régler par le simple fait d\u2019avoir un président intègre comme lui au pouvoir.» Un ego Il faut dire que les 12 dernières années de campagnes électorales d\u2019Andres Manuel Lopez Obrador lui ont permis de cultiver un fort culte de la personnalité.Le leader social n\u2019hésite pas à se comparer aux héros nationaux du pays, affirmant vouloir mettre en place « la quatrième grande transformation du Mexique », après celle de l\u2019indépendance, de la laïcité et de la révolution.Le candidat, connu par le passé pour son tempérament bouillant, a dû adoucir son image lors de cette campagne en affichant un large sourire lors des débats et en terminant ses échanges par la devise «Amour et paix».« AMLO est terriblement intolérant.Il ne supporte pas l\u2019idée qu\u2019on ne soit pas d\u2019accord avec lui.Les personnes qui s\u2019opposent à son projet et à sa cause font partie, selon lui, de la \u201cmafia du pouvoir\u201d », soutient Jesús Silva-Herzog Márquez.Ses trois adversaires de la droite, qui lui ont reproché son alliance à un petit parti évangéliste d\u2019extrême droite et qui l\u2019ont dépeint comme le futur Hugo Chavéz du Mexique, n\u2019auront pas réussi à faire flancher l\u2019opinion publique.À l\u2019aube des élections, le sondage le plus pessimiste lui prédit 51 % des votes de ce scrutin uninominal à un tour, une avance de 24 points sur son principal rival, le conservateur Ricardo Anaya, candidat du PAN qui a été soupçonné d\u2019enrichissement illicite durant la campagne.« Les problèmes ne pourront pas se résoudre en un mandat de six ans, mais il est clair qu\u2019AMLO engendrerait un changement très profond pour le pays, une façon totalement différente de gouverner », prédit l\u2019analyste politique Jesús Silva-Herzog Márquez.À moins d\u2019une fraude électorale massive, tout porte à croire que la troisième course aux présidentielles d\u2019Andrés Manuel López Obra- dor sera la bonne.Jeudi, à Bruxelles, Angela Merkel a assisté, avec d\u2019autres chefs d\u2019État, à un sommet de l\u2019Union européenne pour discuter de la crise migratoire.VIRGINIA MAYO AGENCE FRANCE-PRESSE CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT À PARIS LE DEVOIR « À un certain moment, je devrai trouver le bon moment pour quitter la politique.» C\u2019est le magazine Spiegel qui le rappelle.En 1999, alors qu\u2019elle venait à peine d\u2019être élue secrétaire générale de la CDU, Angela Merkel avait fait cette réponse à un journaliste qui l\u2019interrogeait sur son avenir politique.Et elle avait ajouté que le jour où elle quitterait la politique, elle ne voudrait pas « être réduite à l\u2019état d\u2019épave ».Même si le dernier sommet de l\u2019Union européenne lui a permis de sauver les meubles, jamais Angela Merkel n\u2019a traversé une telle crise politique.Le compromis de dernière minute intervenu vendredi sur les migrants, qui créera des centres fermés destinés à accueillir les demandeurs d\u2019asile, lui permet probablement d\u2019éviter le sort qu\u2019a subi la Mannschaft jeudi, éliminée de la Coupe du monde.Mais, la chancelière ne peut espérer en sortir indemne.Jamais n\u2019avait-on vu un ministre de l\u2019Intérieur allemand adresser un ultimatum à son chancelier comme l\u2019a fait la semaine dernière Horst Seehofer, qui a menacé de renvoyer tout demandeur d\u2019asile atteignant la frontière allemande vers le pays par lequel il avait pénétré dans l\u2019Union.Ultime provocation, le ministre n\u2019a pas hésité à afficher sa communauté de vues sur le sujet avec le premier ministre autrichien, Sebastian Kurz.Les mauvaises langues y ont vu la renaissance de l\u2019opposition historique entre l\u2019Allemagne catholique du sud et la vieille Prusse protestante du nord dont est issue Angela Merkel.Le compromis de Bruxelles pourrait en retarder l\u2019échéance, mais la presse allemande n\u2019hésite plus à envisager l\u2019explosion prématurée de la coalition au pouvoir tant est sérieuse la fronde du parti frère de Bavière, la CSU, auquel la CDU est alliée depuis 70 ans.Rien ne va plus entre eux depuis l\u2019entrée d\u2019un million de migrants en 2015.La CSU est en effet menacée de l\u2019intérieur par le parti d\u2019extrême droite AFD.Celui-ci est non seulement devenu le premier parti d\u2019opposition au Bundestag, mais il fait des progrès fulgurants en Bavière, où se tiendront des élections le 14 octobre prochain.Selon les derniers sondages, la CSU, pourtant habituée à gouverner seule, n\u2019obtiendrait que 40 % des voix, 7,7 % de moins qu\u2019en 2013.Schisme historique Les dirigeants de la CSU ont beau affirmer qu\u2019il n\u2019est pas question de rompre l\u2019alliance historique avec la CDU, dans les couloirs du Bundestag on pense que cette éventualité n\u2019est plus à écarter.Il faut dire que, depuis sa première élection en 2005, Angela Merkel a infléchi le programme de la CDU vers la gauche à un point tel que l\u2019écart est aujourd\u2019hui énorme avec son allié bavarois.Les électeurs ne s\u2019y trompent pas puisqu\u2019un sondage récent du Spiegelrévélait qu\u2019une majorité considérait la séparation comme inévitable.Le même sondage montrait que 60 % des Allemands soutenaient la position du ministre de l\u2019Intérieur sur les réfugiés.Il faut dire qu\u2019en Allemagne, le scandale de Brême est encore dans tous les esprits.En mai, on a découvert que l\u2019antenne de l\u2019Office fédéral des migrations avait accordé l\u2019asile à plus de mille personnes sans respecter les règles minimales et en privilégiant les migrants de certaines origines.Le 13 juin dernier, la directrice de l\u2019Office fédéral a été suspendue, ainsi que son adjoint.La fronde ne concerne d\u2019ailleurs pas que les migrants.Lorsque la semaine dernière Angela Merkel a accepté la demande d\u2019Emmanuel Macron de créer un budget de la zone euro en échange d\u2019une aide sur la question des migrants, la réponse de la CSU ne s\u2019est pas fait attendre.La chancelière a beau n\u2019avoir évoqué aucun montant, le mi- nistre-président de la Bavière, Markus Soder, a aussitôt déclaré que le « multi- latéralisme européen » était mort.Peu importe le compromis intervenu à Bruxelles, la fracture est là pour de bon, dit la presse allemande.D\u2019autant plus que le ministre de l\u2019Intérieur a le soutien d\u2019une frange significative de la CDU, dont les ministres-présidents de Saxe et de Saxe-Anhalt, Michael Kret- schmer et Reiner Haseloff, qui plaident depuis longtemps pour un durcissement de la politique migratoire.Selon l\u2019économiste Nicolas Baverez, les événements qui se sont succédé depuis 2015 ont profondément ébranlé les ALLEMAGNE Merkel devant l\u2019adversité La chancelière traverse sa pire crise politique fondements de la politique suivie par la chancelière.«La décision unilatérale de Merkel d\u2019accueillir plus d\u2019un million de réfugiés en 2015 fut le détonateur qui fit basculer l\u2019Allemagne dans les turbulences, écrit-il dans Le Figaro.La société s\u2019est profondément divisée et polarisée autour des réfugiés et de l\u2019islam, brisant la culture du compromis.Les deux grands partis autour desquels s\u2019organisait la vie politique sont en chute libre.» Selon Baverez, le mode de gouvernement en coalition ne fonctionne plus, comme le montre la sécession du ministre de l\u2019Intérieur, Horst Seehofer.Modèle fragilisé Selon l\u2019économiste, c\u2019est tout le « modèle allemand » mis au point au moment de la réunification qui est en difficulté.La guerre commerciale déclenchée par Donald Trump pourrait bientôt coûter très cher à l\u2019industrie automobile allemande, dit-il.De même, le retour de la puissance russe met-il l\u2019Allemagne dans une position délicate alors même que le Brexit a laissé l\u2019Allemagne orpheline dans un face-à-face avec la France, elle-même affaiblie par une désindustrialisation galopante.Dans ce contexte, « Merkel est mal placée pour prendre le leadership de la reconfiguration de l\u2019Allemagne et de l\u2019Europe, écrit l\u2019économiste, tant sa légitimité est affaiblie, son gouvernement divisé, sa responsabilité personnelle engagée dans les erreurs qui ont amplifié la vague populiste».Et, comme si la chancelière n\u2019avait pas suffisamment de problèmes, dès le 1er juillet, c\u2019est l\u2019Autriche, dont on connaît la proximité avec la CSU, qui prendra la présidence de l\u2019Union européenne.Des impacts sur l\u2019ALENA Le résultat du scrutin de dimanche pourrait avoir des impacts sur les négociations en vue du renouvellement de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui se poursuivront cet été.Si le candidat favori dans la course, Andrés Manuel López Obrador, dit AMLO, l\u2019emporte, « ça risque d\u2019être un peu compliqué », avance l\u2019expert en politique mexicaine et professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa Claude Denis.Étant campés à gauche, AMLO et la majorité de ses partisans sont plutôt réticents face à l\u2019ALENA, ex- plique-t-il.Même s\u2019il ne sera pas « un allié facile », M.Denis estime que les impacts de sa potentielle élection seraient limités pour le Canada, puisque « le Mexique est d\u2019abord intéressé par ses relations commerciales avec les États-Unis.En ce sens, le Canada et le Mexique ont moins d\u2019intérêts l\u2019un envers l\u2019autre ».En revanche, si un candidat de la droite l\u2019emporte, ce serait « un allié plus facile parce que la droite mexicaine est en faveur de l\u2019ALENA », soutient M.Denis.Marie-Lise Rousseau La semaine dernière, la chancelière a accepté une demande venant d\u2019Emmanuel Macron de créer un budget de la zone euro, en échange d\u2019une aide sur la question des migrants.STEPHANIE LECOCQ AGENCE FRANCE-PRESSE Le compromis de dernière minute intervenu vendredi sur les migrants, qui créera des centres fermés destinés à accueillir les demandeurs d\u2019asile, lui permet probablement d\u2019éviter le sort qu\u2019a subi la Mannschaft jeudi Peut-on parler, ici, de l\u2019esclavage ?Webster, historien et artiste de hip-hop Il le faut.Trop peu de gens savent qu\u2019on retrouve la trace du premier esclave au Québec dès 1629.Ouvrez la Gazette de Québec vers 1770 : on y trouve des petites annonces pour des Noirs, « À vendre » ou « Recherché ».Émilie Nicolas, doctorante en anthropologie et militante des droits de la personne Le problème, c\u2019est que lorsqu\u2019on parle d\u2019esclavage au Québec, on parle de celui qui ne s\u2019est pas passé ici.Celui d\u2019ici reste très peu connu.Ne pas en parler perpétue une attitude d\u2019innocence par rapport au sujet.Pourtant, il y a eu beaucoup d\u2019esclavage d\u2019autochtones et de Noirs.Le propriétaire du premier esclave au Québec était un Couillard, un ancêtre du premier ministre.Webster Il y a eu de l\u2019esclavage sur tous les continents.Mais à travers la traite transatlantique et transsaharienne, la couleur s\u2019est mise à jouer un rôle, la dimension raciale de l\u2019esclavage a pris forme, laissant des marques profondes.En Amérique, toutes les populations noires, des États-Unis au Brésil en passant par les Antilles, sont en grande partie un produit de l\u2019esclavage.Au Québec, c\u2019est différent : s\u2019il y a une présence noire depuis longtemps, très peu aujourd\u2019hui sont descendants des esclaves qui étaient ici dans le temps.Les Blancs peuvent-ils parler de l\u2019esclavage ?Webster Bien sûr.Les premiers ici à écrire sur l\u2019esclavage ont été Jacques Viger, premier maire de Montréal, et Louis-Hip- polyte La Fontaine, qui a rapporté ses écrits en 1859.Marcel Trudel a ramené la question en 1960.Frank Mackey fait encore beaucoup de recherche.Ce sont tous des Blancs.Et ce n\u2019est pas que les Blancs n\u2019ont pas le droit d\u2019en parler.Mais là où ça devient touchy, c\u2019est ce qui en est fait.Et comment.Si on dit « Pour retracer l\u2019histoire des Noirs au Québec, il faut parfois passer par la généalogie des Blancs » [comme dans SLAV], on démontre une grande incompréhension du récit.Si Robert Lepage avait monté sa pièce avec des Noirs, je n\u2019aurais pas de problème.Quand Betty Bo- nifassi chante les chants d\u2019esclaves sur scène ou sur disque, je n\u2019ai pas de problème.Je crois que sa relation avec ces chants est intègre, qu\u2019elle respecte un sens sacré, le contexte où ils ont été créés.Mais quand pour les illustrer sur scène on utilise des Blancs, là, j\u2019ai un problème.Il y a trente ans, on leur aurait peinturé la face.Ce qu\u2019on ne fait plus au- jourd\u2019hui, parce qu\u2019on a gagné en sensibilité.Mais il en reste encore à gagner.Jean-Philippe Uzel, professeur d\u2019histoire de l\u2019art à l\u2019UQAM Une personne blanche peut parler d\u2019esclavage, mais en collaborant avec des personnes de couleur et en prenant conscience qu\u2019elle touche à un sujet délicat.D\u2019autant que les personnes de couleur sont souvent sous-représen- tées dans les arts.On peut même parler d\u2019une forme d\u2019invisibilité.La liberté d\u2019expression et l\u2019autonomie artistique ne peuvent pas tout justifier.Je crois que les artistes ont une responsabilité lorsqu\u2019ils traitent des sujets chargés : ils doivent répondre de leur création.Peut-on faire des fictions sur l\u2019esclavage ?M.Uzel Il faut faire la différence entre la façon dont on aborde l\u2019esclavage dans l\u2019histoire et dans les arts.En histoire, on fait appel à un certain recul, on analyse des faits rationnels, alors qu\u2019en art, on touche à la mémoire, on fait appel à des sentiments.C\u2019est pour ça qu\u2019on ne va jamais remettre en question le travail de l\u2019historien Marcel Trudel.Mais on va se retrouver avec des opinions polarisées lorsqu\u2019on parle d\u2019esclavage dans l\u2019art.En plus de questions d\u2019appropriation culturelle et de représentativité des minorités, le débat, pour certains, expose le fossé entre le discours militant et celui des institutions artistiques.Qu\u2019en pensez-vous ?Webster Il y a assurément une incompréhension, et une manière de vouloir mettre des pensées dans la tête et des mots dans la bouche des militants.« Non, ce n\u2019est pas ça, la liberté artistique », « Tu n\u2019as pas compris la pièce qu\u2019on a faite ».Les militants portent un message qui se brise depuis des années au pied des institutions et de la population comme une vague.Vous êtes qui pour me dire comment je devrais me sentir face à des situations que vous ne vivez pas ?C\u2019est comme s\u2019il y avait une hiérarchie du ressenti ; si la majorité sent une chose, c\u2019est comme s\u2019il fallait que tout le monde la ressente.Et se rajoute la hiérarchie des pouvoirs sociaux, et plusieurs autres ; dans ce cas-ci, presque une hiérarchie de la souffrance.Dans la pièce, on parle de l\u2019esclavage des Irlandais au Québec, qui n\u2019a eu aucune commune mesure avec celui des Noirs et des autochtones.On aborde ce que vivent les francophones par rapport au langage, le conflit linguistique, juste à côté de moments où on parle d\u2019esclavage \u2014 de gens qu\u2019on a volés, vendus, qui ont perdu leur liberté, qui sont morts.Ça, c\u2019est aberrant.Je pense par ailleurs à la Shoah; quand on en fait une œuvre, il faut faire attention à la manière.Conserver une certaine solennité, ne pas en faire des produits de consommation, de divertissement.On doit garder une sobriété.La réaction des militants à SL?V vient d\u2019une accumulation.La plupart du temps, leurs arguments passent dans le beurre.Là, il y a une prise véritable, autant dans les médias que dans la mise en scène de la pièce.Les institutions devraient être des lieux figures de proue pour entendre les critiques, penser les enjeux et changements sociaux, et les incarner.Surtout si tu t\u2019appelles Festival international de jazz ! Tu devrais écouter ! Est-ce que le Festival de jazz, Robert Lepage, Betty Bonifassi et le Théâtre du Nouveau Monde [qui loue son théâtre et n\u2019est pas producteur] auraient dû répondre aux manifestants ?Webster Bien sûr que oui ! Ils auraient dû le faire.Ç\u2019aurait été positif qu\u2019au moins, de là, le débat s\u2019ouvre.Mais ils en ont peur.La radicalité de certains propos ne justifiait-elle pas cette peur du débat ?M.Uzel C\u2019est toute une dialectique entre censure et appropriation culturelle.C\u2019est toujours comme ça quand on parle d\u2019esclavage dans les arts.Il y a une polarisation.Webster C\u2019est facile de s\u2019arrêter aux mots qui ont été dits.Oui, les messages ont débordé.Mais il faut voir et comprendre la colère que les gens transportent.C\u2019est trop facile de fermer la conversation parce qu\u2019on n\u2019est pas content du choix des mots utilisés.Il n\u2019y a pas eu que de la colère d\u2019exprimée.Il n\u2019y a pas eu que des cris.Toutes sortes de gens ont parlé, avec toutes sortes d\u2019arguments.Et ils n\u2019ont répondu à aucun.Est-ce que le terme « chants d\u2019esclaves » aurait dû rester sur l\u2019affiche, comme il l\u2019était sur le disque et lors des concerts de Betty Bonifassi ?Webster Oui.C\u2019est la colonne vertébrale de ce projet.LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 JUIN ET DIMANCHE 1E R JUILLET 2018 PERSPECTIVES B 3 Au nom de la sécurité nationale «I ls l\u2019ont emmené alors qu\u2019il dormait.» Mi- ryam sanglote.« Je n\u2019ai rien pu lui expliquer\u2026 Mon fils.Ils l\u2019ont emmené à l\u2019aube.» Les parents qui s\u2019expriment publiquement le 25 juin 2018 dans la petite « Maison de l\u2019Annunciation », à 10 coins de rue de la frontière dans un quartier peu reluisant d\u2019El Paso au Texas, ne sont pas seuls.À l\u2019heure où sont écrites ces lignes, des 2000 enfants séparés de leurs parents depuis la directive de mai, seuls six ont été ramenés à leur famille.El Paso.Dans cette ville du désert de Chihuahua, tout vibre au son du Norteño, au parfum de l\u2019Epazote, au goût du Nopal et au défilé de chapeaux de cowboy blancs\u2026 mais aussi des voitures blanches striées de vert des Border Patrols le long de ce mur qui scarifie l\u2019agglomération \u2014 autrefois prospère en raison justement de sa frontière.Ciudad Juárez et sa violence endémique sont à un jet de pierre, mais sa jumelle américaine, elle, figure parmi les villes les plus sécuritaires des États-Unis, la deuxième en fait.N\u2019en déplaise au président.En effet, la proportion d\u2019immigrants qui y vivent place El Paso en 7e position parmi les plus grandes agglomérations américaines, alors que 1,4 % de sa population est « Dreamer » et que 10 % est sans papiers : cette ville donne corps à des études universitaires, comme celle menée par Robert Adelman et publiée l\u2019an passé montrant le caractère mensonger du « mythe du migrant criminel » véhiculé par le gouvernement en place.Car ni la criminalité ni l\u2019économie nationale (qui dépend largement de cette main-d\u2019œuvre bon marché prête à occuper tous les emplois dont les citoyens ne veulent pas pour assurer l\u2019avenir de ses enfants), et encore moins la sécurité nationale (les États-Unis ont joué un rôle déterminant, bien plus que l\u2019immigration, dans l\u2019architecture de gangs violents comme le MS-13), ne permettent de justifier les mesures actuelles.Surtout pas la sécurité nationale.Elle qui a été invoquée pour justifier la séparation des familles qui demandaient l\u2019asile politique, pour imposer des taxes à l\u2019importation sur l\u2019aluminium et l\u2019acier canadiens, et qui justifie l\u2019application et le maintien du décret migratoire \u2014 disposition dont les fondements sont analogues à ceux qui avaient justifié des mesures discriminatoires puis l\u2019internement des Américains d\u2019origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale (Kore- matsu et Hirbayashi c.États-Unis) : la sécurité nationale et la sphère de compétence du président.Mais voilà, comme l\u2019explique le général Michael Hayden, directeur de la National Security Agency de 1999 à 2005 puis de la CIA jusqu\u2019en 2009 (donc pas un « gauchiste libéral », si besoin était de lui trouver un titre de noblesse), de telles mesures sont contre-productives, et en réalité rendent « les États-Unis moins sûrs ».Alors, devant l\u2019obséquiosité du Congrès et la déférence (pour reprendre les termes du professeur David Rudens- tine) de la plus haute cour du pays, qui hésite à faire prévaloir les libertés fondamentales sur une compétence exécutive pour laquelle elle a toujours hésité à trancher (la fameuse doctrine de la question politique), ceux que ces mesures révulsent s\u2019insurgent.À El Paso peut-être plus qu\u2019ailleurs, car ils sont là-bas sur la ligne de front.En raison de la composition démographique du comté d\u2019abord.Parce que bien des familles comptent parmi leurs membres un oncle sans papiers ou une cousine Dreamer, ou simplement une grand-mère de l\u2019autre côté de la frontière.Mais aussi en raison de l\u2019ambiance que font régner les gardes frontaliers (l\u2019ACLU vient de révéler la brutalité de la gestion du dossier des enfants migrants au cours de la dernière décennie).Ou encore parce que les El Pasoans ont subi de plein fouet les effets de l\u2019ALENA et la délocalisation vers le sud des ma- quiladoras.Ou encore au nom du droit des femmes, alors qu\u2019une seule clinique pratique encore l\u2019avortement dans la ville (l\u2019une des deux qui restent ouvertes dans la zone frontalière) et que, devant son entrée, les militants « pro- vie », à genoux et brandissant une croix de la grandeur d\u2019un adulte, haranguent ceux qui s\u2019en approchent.D\u2019autant que, dans le contexte du départ du juge Kennedy (un vote pivot à la Cour suprême), le juriste Jeffrey Toobin prévoit que l\u2019avortement deviendra rapidement illégal dans une vingtaine d\u2019États, parce que son inconstitutionnalité devient plus prévisible.Mais au nom de la sécurité nationale, il sera de plus en plus aisé de museler « l\u2019incivilité » d\u2019un propriétaire de restaurant ou de quelqu\u2019un qui donne des coups de bâton symboliques aux piñatas à l\u2019effigie du président.Le risque est réel.Et le vote de novembre, déterminant.Rappelez-moi, comment commence La servante écarlate, déjà ?ÉLISABETH VALLET Mardi, des manifestants se sont invités à la soirée de première du spectacle SL?V, pour protester contre ce qu\u2019ils ont dénoncé comme étant de l\u2019appropriation culturelle.Depuis, le débat s\u2019est poursuivi sur les réseaux sociaux.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Manifestations, protestations, questions : depuis Les fées ont soif en 1978, on n\u2019avait pas vu un tel rassemblement physique devant un théâtre québécois.SL?V, spectacle de chants d\u2019esclaves afro- américains porté par la chanteuse Betty Bonifassi et mis en scène par Robert Lepage dans le cadre du Festival international de jazz, soulève des débats sur l\u2019appropriation culturelle, la représentativité des minorités, les limites sociales de la création, les sujets limites et l\u2019implication des institutions dans le discours politique et social.Gros plan, avec trois spécialistes, sur certains de ces aspects.PROPOS RECUEILLIS PAR ANNABELLE CAILLOU ET CATHERINE LALONDE LE DEVOIR Comment parler, ici, de l\u2019esclavage ?Le débat autour du spectacle SL?V soulève la question, ouverte.Quelques pistes de réflexion.Ciudad Juárez et sa violence endémique sont à un jet de pierre, mais sa jumelle américaine, elle, figure parmi les villes les plus sécuritaires des États-Unis, la deuxième en fait.N\u2019en déplaise au président.En effet, la proportion d\u2019immigrants qui y vivent place El Paso en 7e position parmi les plus grandes agglomérations américaines, alors que 1,4 % de sa population est « Dreamer » et que 10 % est sans papiers La chronique de Michel David fait relâche pour l\u2019été. LE DEVOIR // LES SAMEDI 30 JU RÉCIT UN AMOU B 4 GUILLAUME LAVALLÉE COLLABORATION SPÉCIALE LE DEVOIR est une histoire d\u2019amour improbable.Lui, Kwasi, venu des Antilles ; elle, Nellie, du Nunavik.Le Noir et l\u2019Inuite.Tout avait commencé en 2013, quel - que part sous les érables.Les terrasses, les gratteux de guitare à draguer le joint au bec dans les parcs, tout donnait envie de ne rien faire, de chiller à satiété à Montréal.À l\u2019ombre du ronronnement sourd de la ville, dans une soirée discrète, Nellie est présentée à Kwasi.Ses yeux en amandes, ses cheveux noirs, soyeux, et son visage de poupée Bout-de-chou lui ont sans doute donné le tournis.Sa carrure, son exotisme et sa voix enveloppante l\u2019ont peut-être achevée.Une histoire comme en aurait rêvé Hollywood si ce n\u2019était sa fin tragique.Aujourd\u2019hui, il croupit en prison et elle repose six pieds sous le pergélisol.Un mois après leur première rencontre, ils emménagent ensemble.Ils deviennent Kwasi et Nellie.Un couple « d\u2019immigrés », de déracinés qui se défoncent à grand renfort de bière pas chère à l\u2019arrière-goût métallique et de mojo, un drink sucré, coloré et pétillant destiné aux premières cuites d\u2019adolescents.Lui a grandi avec sa mère à Trinidad, sans son père.Au lendemain du 11-Sep- tembre, adolescent, il s\u2019envole pour Montréal avec son grand frère pour rejoindre son père et sa belle-mère.Kwasi étudie et trouve un boulot dans une compagnie de télémarketing sur la rue Sainte-Catherine, à quelques enjambées du square Cabot, la ruche des Inuits en ville.Le soir, sans trajectoire, il erre parfois dans les bars-tanières du quartier.Mais il est avant tout « un hom - me généreux et très travaillant », confie un proche.Nellie arrivera plus tard.À 27 ans, sans diplôme, en deuil de son mari décédé, elle abandonne ses trois jeunes enfants à sa belle-famille à Puvirnituq, un hameau isolé de 1700 âmes sur les rives de la baie d\u2019Hudson, dans le Grand Nord québécois.« Lorsqu\u2019il [son mari] est mort, elle ne pouvait plus rester à Puvir- nituq, c\u2019était devenu trop difficile pour elle », se contentera de dire sa mère, Maggie, sans épiloguer.Nellie s\u2019envole pour Montréal, sorte de Disneyland où viennent se réaliser ou s\u2019écraser les rêves d\u2019Inuits las du Nord avec ses logements surpeuplés, ses villages sans secrets et ses espoirs souvent fauchés.Mais l\u2019exaltation des premiers jours cède le pas à une réalité combien plus cruelle.Quand Kwasi rencontre Nellie, elle est sans domicile fixe.Itinérante.À Montréal, la dizaine de milliers d\u2019autochtones représentent 0,6 % de la population, mais 10 % des itinérants.Les risques qu\u2019un Inuit se retrouve à la rue sont quatre fois plus élevés que pour un autre autochtone.La rue, c\u2019est la Place des Arts à l\u2019est et le square Cabot à l\u2019ouest.« C\u2019est une zone de mort, je vois des gens mourir dans les rues presque chaque semaine\u2026 Vous devez être un véritable couteau suisse pour survivre ici », confie un habitué du square, situé à la lisière de Westmount, avec ses maisons en pierre, ses Porsche et ses haies taillées avec un raffinement quasi obsessionnel.Dans la rue, « les femmes sont forcées de faire autre chose pour survivre\u2026 Cela veut parfois dire vendre des services sexuels, de la drogue, ou voler.Si vous ne donnez pas de l\u2019argent et un toit aux gens, que pensez-vous qu\u2019ils vont fai - re ?» rage Jessica Quijano.Dans le cadre d\u2019un projet lancé par le Foyer pour femmes autochtones de Montréal, cette ex-travailleuse sociale use ses semelles et ses jours à protéger les femmes autochtones et connaît les histoires d\u2019Inui - tes abusées, violées, disparues ou mor - tes mystérieusement dans les entrailles de la ville.Dans le microcosme du square Cabot, Nellie et sa bouille pétillante en trompe- l\u2019œil étaient connues.Elle avait ses amies, ses repères, ses habitudes.Le soir, avec Kwasi, elle allait parfois se mitrailler à coups de bières.« Elle pouvait boire deux caisses de 12 [bières] par jour, si ce n\u2019est pas plus\u2026 Elle pensait beaucoup à son mari décédé et à ses enfants.Ça la mettait dans un état de dépression », dira Kwasi.Bouée de sauvetage de Nellie, Kwasi deviendra rapidement son bourreau.Après l\u2019ascension des débuts, le couple coule.Elle sans emploi, lui gagne-petit, le manque d\u2019argent devient un irritant.Le duo improbable s\u2019engueule, se disloque, se reforme et s\u2019engueule à nouveau.« Stop ! Stop ! Stop ! » Pourtant, le couple reste un couple.Nellie n\u2019est pas l\u2019escorte inuite de Kwasi.Ils fréquentent la même église, passent leurs journées ensemble.Et l\u2019Inuite se rend à l\u2019occasion dans la famille de Kwasi, dans le quartier Côte-des-Neiges.Mais le courant ne passe pas entre Nellie et sa belle-mère, qui se souvient d\u2019un souper en famille à la maison qui a tourné à l\u2019aigre.« Je lui ai dit [à Kwasi] : \u201cSi tu ra- Nellie et Kwasi, une rencontre pathétique Une histoire comme en aurait rêvé Hollywood si ce n\u2019était sa fin tragique C\u2019était en 2013.Tout donnait envie de ne rien faire, de chiller à Montréal.Aujourd\u2019hui, lui croupit en prison et elle repose six pieds sous le pergélisol.ILLUSTRATION TIFFET C\u2019 Dans la rue, les femmes sont forcées de faire autre chose pour survivre\u2026 Cela veut parfois dire vendre des services sexuels, de la drogue, ou voler.Si vous ne donnez pas de l\u2019argent et un toit aux gens, que pensez- vous qu\u2019ils vont faire ?JESSICA QUIJANO » mènes cette fille chez moi, même au seuil de cette porte, tu seras aussi banni de la maison\u201d, raconte la belle-mère.Il ne l\u2019a pas fait, alors c\u2019était ma punition.» Le bannir du foyer familial\u2026 Les deux naufragés urbains se retrouvent aussi à The Open Door, un sanctuaire pour sans-abri logé dans une église anglicane aux briques rouges, tout près du square en pleine gentrification.Au point où le refuge doit plier bagage cet été pour renaître à l\u2019est, près de la Place des Arts.Fin 2014, Kwasi et Nellie débarquent à l\u2019église avec un projet en tête et dans le cœur.« Ils m\u2019ont demandé de les marier\u2026 mais j\u2019étais hésitant, car les relations entre personnes qui sont sur le bord de l\u2019itinérance peuvent être houleuses, et c\u2019était clairement le cas avec eux, raconte David Chapman, directeur du refuge.Vous pouviez voir qu\u2019il y avait des turbulences.» Ces zones de turbulence ont valu à Kwasi des passages devant la justice et des interdictions d\u2019approcher Nellie.Mais chaque fois, il est relâché.Comme en janvier 2014, quand une plainte est déposée pour l\u2019avoir « défigurée ».Un an plus tard, Nellie et Kwasi emménagent dans un nouvel appartement sans charme de la rue De Nancy, un bout de bitume perdu derrière des entrepôts, dans Côte-des-Neiges.La pendaison de crémaillère est musclée.Une porte est défoncée, comme les oreilles des voisins.Nellie ne va pas bien.Kwasi non plus.Ils boivent, s\u2019engueulent, consomment.Un soir de mai, ils enfilent les bières jusqu\u2019à minuit, puis sortent au café-bar Dorval, un pub prisé par les Inuits situé dans une zone industrielle qui entoure l\u2019aéroport, seule gare pour le Grand Nord québécois.Un pub retapé, avec ses écrans plats, ses pichets de bière au rabais et son armada de machines de loterie vidéo qui dévorent en silence les billets comme les espoirs.Déjà défoncés à leur arrivée, Kwasi et Nellie en remettent une couche au bar.À la sortie, Kwasi empoigne Nellie par le gilet et la traîne sur le sol.« Elle criait : \u201cStop ! Stop ! Stop !\u201d Elle était effrayée\u2026 Lui, il était furieux, il disait qu\u2019il faisait tout pour elle, qu\u2019il payait le loyer et qu\u2019elle prenait son argent.» Dans le stationnement d\u2019un restaurant adjacent, Damian Langner, employé d\u2019un magasin à grande surface, assiste à la scène, médusé.Il compose le 911.Les policiers surgissent et bouclent Kwasi, qui plaide non coupable de « voies de fait ».La justice le remet en liberté six jours plus tard en lui interdisant de s\u2019approcher de Nellie.Mais la belle Inuite agit com - me un aimant sur lui.À peine sorti, il la recontacte.Sentir le plancher vibrer Kwasi et Nellie passent la nuit ensemble dans leur appartement aux murs sans vie, rendent visite à Maggie, la mère de Nellie, en ville pour un suivi médical, car les cliniques du Nunavik ne sont pas équipées pour les opérations et les suivis médicaux complexes.Après une journée à faire les boutiques, le couple abandonne Maggie avec la promesse de se revoir.« Elle [Nellie] a dit qu\u2019elle allait venir me rendre visite le lendemain.Normalement, elle m\u2019appelle et passe me voir en après- midi.Mais je l\u2019ai attendue toute la journée.» Et pour cause\u2026 Après avoir quitté Maggie, Nellie et Kwasi vont boire dans un parc, puis au Vegas, un bar planqué au fond d\u2019un couloir au carrelage fatigué dans le sous-sol d\u2019un centre commercial.À la sortie, Nellie titube dans la rue sous le regard ahuri de Kwasi.« Elle marchait devant les voitures en disant qu\u2019elle voulait se tuer, qu\u2019elle voulait se suicider\u2026 Je me suis placé devant les voitures, et l\u2019ai reconduite sur le trottoir.» Des policiers s\u2019approchent.Un agent les accompagne au seuil de leur immeuble.Ils entrent, lui sa chemise qui sort de son pantalon, elle pieds nus dans ses escarpins.Ce sera la dernière apparition de Nellie, la dernière fois qu\u2019elle sera vue vivante par l\u2019œil froid de la caméra de vidéosurveillance de l\u2019immeuble.Dans l\u2019appartement, Kwasi dira s\u2019être installé devant la minuscule télé du couple dans le salon et avoir retrouvé Nellie une vingtaine de minutes plus tard, affalée sur le plancher, inconsciente.Mais de l\u2019autre côté du mur en carton-pâte, Rustam Paroligan, un voisin à peine rentré de son quart de travail dans un fastfood, assiste, aveugle, à une tout autre scène.« Dès que je suis rentré, je les ai entendus s\u2019engueuler.Vers 1 h du matin, ils parlaient vraiment fort.En anglais.Puis, à partir de 2 h, ça s\u2019est envenimé.Je pouvais entendre les objets lancés au sol, des verres cassés, je pouvais sentir le plancher vibrer et les murs trembler un peu.J\u2019ai entendu quelque chose à propos de fric : \u201cOù est mon fucking argent ?\u201d La fille [Nellie] a dit : \u201cTu peux me tuer, je n\u2019ai pas peur de mourir !\u201d C\u2019était le bordel.» Le lendemain, Kwasi se sauve au travail.À son retour, le soir, paniqué, il fait les cent pas et compose le 911.Les pompiers et les ambulanciers débarquent.En surgissant dans le corridor du 2e étage, Terrence Killoran, paramédical d\u2019expérience, entend les bips ! d\u2019un défibrillateur cardiaque tinter.Les pompiers pratiquent un message cardiaque sur Nellie, inerte.« Je l\u2019ai touchée, elle était froide, très froide\u2026 et ses jambes étaient rigides.» « J\u2019ai demandé [à Kwasi] : \u201cÉtait-elle paralysée des jambes?\u201d Il a répondu: \u201cNon, elle marchait il y a encore quel ques minutes.\u201d Cela m\u2019a vraiment intrigué.Je me suis dit que c\u2019était impossible.» Les cuisses et l\u2019abdomen de Nellie s\u2019empourprent.Pour lui, aucun doute : Nellie est morte.Et depuis plus de cinq minutes.Sous le regard aiguisé de Terrence Killoran, l\u2019appel au 911 se mue en polar.Nellie s\u2019est-elle suicidée ?A-t-elle été plutôt assassinée ?Par qui ?Pourquoi ?À la police de Montréal, les enquêteurs tentent de remettre de l\u2019ordre dans ce puzzle.Ils sont intrigués par le rapport de la pathologiste qui évoque un sillon dans le centre du cou de la jeune Inuite.Les policiers retournent à l\u2019appartement pour y saisir des câbles, dont celui d\u2019un réveille-matin noué en cercle sur la tringle de la garde-robe.S\u2019y est-elle pendue ?Après tout, le suicide fait des ravages dans les communautés inuites du pays\u2026 Mais le sillon est gravé au centre du cou, pas sous la mâchoire, comme lors d\u2019une pendaison.Quelques semaines plus tard, un homme poignardé, ensanglanté, sort de l\u2019appartement de Kwasi.Au square Cabot, la nouvelle affûte les suspicions.Et si l\u2019amant était le meurtrier ?Les éléments s\u2019accumulent.Le piège se referme.Kwasi est arrêté, puis reconnu coupable de meurtre au deuxième degré.Nellie n\u2019est pas seule À Montréal, Nellie n\u2019est pas la seule Inuite morte ou agressée ces dernières années.Au mois d\u2019août dernier, Siasi Tullaugak est retrouvée, à l\u2019aube, pendue à un balcon dans une ruelle à moins de 100 mètres de Chez Doris, un refuge pour femmes itinérantes qu\u2019elle fréquentait.Ses amis craignent un meurtre camouflé en suicide.Comme Nellie, Siasi venait de Puvirni- tuq.Visage poupin, innocent, corps frêle d\u2019adolescente, elle vivotait entre le Nu- navik et Montréal, entre le Nord et le Sud, entre les Inuits et les Qalunaat, les Blancs.Début avril, huit mois après sa mort, la police a écroué l\u2019homme qui avait passé sa dernière soirée avec elle, mais pour une autre affaire.Grand, rastas entrecroisés, Obafemi Toussaint a été arrêté pour avoir forcé une touriste mineure « à prendre de la drogue pour ensuite l\u2019ag - resser sexuellement ».Il aura fallu une touriste, râlent certains.Depuis la diffusion de son portrait dans les refuges comme Chez Doris, « d\u2019autres dénonciations » ont suivi, confirme la police.Une sorte de #MeToo discret, car il est difficile de convaincre les fem - mes inuites de porter plainte.Il y a la barrière de la langue entre l\u2019inuktitut et le français ; la crainte d\u2019entrer dans un poste de police sans en sortir car fichée pour avoir flâné, volé ou bu sur la voie publique ; le fait d\u2019avoir à raconter son histoire à différents intervenants (police, avocat, juge) sur plusieurs mois.Autant dire une éternité pour celles qui errent.Bref, « il y a une peur constante de la police », constate Nakuset, militante crie qui tient à bout de bras le Foyer pour femmes autochtones de Montréal, dont la moitié de la clientèle est inuite.« Historiquement, cette relation est négative, car c\u2019était la GRC qui arrachait les enfants aux parents pour les emmener dans les pensionnats\u2026 » Dans le cas de Nellie, les enquêteurs ont fait leur travail.Après sa mort, en aval.En amont, toutefois, son destin semble avoir glissé entre les mains du système à coups d\u2019arrestations pour « voies de fait graves », d\u2019ordonnances non respectées, comme autant de signaux, de crépitements, de bips ! sur l\u2019écran radar de la justice.Au cours du procès qui s\u2019est étalé sur près de deux mois cet hiver, et qui nous a permis de retracer une partie de l\u2019histoire du couple en obtenant les enregistrements sonores des audiences et par des entretiens hors cour, Kwasi a répété que Nellie « voulait se suicider ».Mais le sillon sur le cou de la jeune Inuite n\u2019est pas la marque d\u2019un suicide, d\u2019une autopendaison sur le câble d\u2019un réveille-matin noué à une tringle.Nellie ne s\u2019est pas donné la mort.On lui a arraché la vie, a conclu le jury.Nellie Angutiguluk avait laissé ses enfants derrière elle après la mort de son mari.Elle était venue à Montréal pour y renaître, se retrouver, et n\u2019y a trouvé au final que la mort.Une mort brutale, sans appel, sur un prélart glacé.Une mort de faits divers, une mort qui aurait pu si facilement s\u2019expliquer par un suicide, une mort d\u2019un mauvais film dans lequel ont joué trop de femmes autochtones.B 5 IN ET DIMANCHE 1E R JUILLET 2018 UR IMPROBABLE C\u2019est une zone de mort, je vois des gens mourir dans les rues presque chaque semaine\u2026 Vous devez être un véritable couteau suisse pour survivre ici.UN HABITUÉ DU SQUARE CABOT » Comme Nellie, Siasi venait de Puvirnituq.Visage poupin, innocent, corps frêle d\u2019adolescente, elle vivotait entre le Nunavik et Montréal, entre le Nord et le Sud, entre les Inuits et les Qalunaat, les Blancs.Huit mois après sa mort, la police a écroué l\u2019homme qui avait passé sa dernière soirée avec elle, mais pour une autre affaire avec une touriste.Il aura fallu une touriste, râlent certains. CÉDRIC SIMON À BRUXELLES AGENCE FRANCE-PRESSE Les Européens sont loin d\u2019avoir mis fin aux querelles sur les migrations avec leur accord conclu dans la douleur vendredi à Bruxelles, qui soulève de nombreuses questions sur sa mise en pratique et de sévères critiques de la part d\u2019ONG.Un nouveau drame survenu vendredi a rappelé les drames humains derrière ces tractations diplomatiques : trois bébés sont morts et une centaine de personnes sont portées disparues après le naufrage d\u2019un canot pneumatique au large des côtes libyennes.Les pays d\u2019Europe centrale, les plus hostiles à l\u2019accueil de migrants, ont crié victoire à l\u2019issue du sommet bruxellois en soulignant qu\u2019il n\u2019y avait aucune mesure d\u2019accueil obligatoire dans le compromis des 28, que l\u2019Italie avait menacé de bloquer faute d\u2019engagements de solidarité de ses voisins face aux arrivées sur ses côtes.« L\u2019Italie n\u2019est plus seule », s\u2019est réjoui le chef du gouvernement populiste italien, Giuseppe Conte, après les « conclusions » du sommet approuvées à l\u2019unanimité à 4 h 30 du matin, au bout de neuf heures de tractations tendues.B 6 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 JUIN ET DIMANCHE 1E R JUILLET 2018 POUR NOUS JOINDRE avisdev@ledevoir.com Tél.: 514-985-3344 // Fax : 514-985-3340 www.ledevoir.com/services-et-annonces/avis-publics www.ledevoir.com/services-et-annonces/appels-d-offres HEURES DE TOMBÉE Les réservations doivent être faites avant 15 h pour publication deux (2) jours plus tard.Publications du lundi : Réservations avant 11 h le vendredi Publications du mardi : Réservations avant 15 h le vendredi Avis légaux et appels d\u2019offres AVIS LÉGAUX Avis de la première assemblée (paragraphe 102(4) de la Loi) Dans l\u2019affaire de la faillite de : 9200-0488 Québec Inc., corporation légalement cons - tituée ayant eu sa place d\u2019affaires au 8145, boul.du Saint- Laurent, Brossard (Québec) J4X 2A3.Faillie AVIS est par les présentes donné que la faillite de 9200- 0488 Québec Inc.est sur venue le 21 juin 2018 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 12 juillet 2018 à 15h00 au bureau du syndic.Ce 26e jour de juin 2018 PRIMEAU PROULX ET ASSOCIÉ INC., Syndics autorisés en insolvabilité Sylvain Proulx, CPA, CA, SAI Syndic administrateur 103-3410, Chemin de Chambly Longueuil (Qc) J4L 1N8 Tél.: 450 670-1040 Téléc.: 450 670-1542 Syndics de faillite et gestionnaires Syndics autorisés en insolvabilité Désignation de la catégorie APPEL D\u2019OFFRES PUBLIC \u2013 TRAVAUX DIVISION DES ÉTUDES TECHNIQUES Construction de dos d\u2019âne sur divers tronçons de rue à travers l\u2019arrondissement Soumission CDN-NDG-18-AOP-TP-038 Des soumissions sont demandées et devront être reçues, avant 11 heures, le 18 juillet 2018, au bureau Accès Montréal, 5160, boulevard Décarie, rez-de-chaussée, Montréal (Québec), H3X 2H9.Les soumissions seront ouvertes publiquement immédiatement après l\u2019expiration du délai fixé pour leur réception.Renseignements : René Molinié, ingénieur Téléphone : (514) 872-5669 Les documents relatifs à cet appel d\u2019offres seront disponibles à compter du 30 juin 2018.Les personnes et les entreprises intéressées par ce contrat doivent obligatoirement se procurer les documents de soumission en s\u2019adressant au Service électronique d\u2019appels d\u2019offres (SEAO) en communiquant avec un des représentants par téléphone au 1 866 669-7326 ou au 514 856-6600, ou en consultant le site Web www.seao.ca.Les documents doivent être obtenus au coût établi par le SEAO.Pour être considérée, toute soumission devra être présentée sur les formulaires spécialement préparés à cette fin dans une enveloppe cachetée, clairement identifiée, et portant l\u2019identification fournie en annexe du document d\u2019appel d\u2019offres.La Ville de Montréal ne s\u2019engage à accepter ni la plus basse, ni aucune des soumissions reçues et n\u2019assume aucune obligation de quelque nature que ce soit envers le ou les soumissionnaires.Fait à Montréal, le 30 juin 2018.La secrétaire d\u2019arrondissement substitut Julie Faraldo-Boulet Appel d\u2019offres Avis de clôture d'inventaire Avis est par les présentes donné que, à la suite du décès de Paul-Yvon CHARBONNEAU, en son vivant, domicilié au 65 boulevard Des Châteaux, Ville de Blainville, province de Québec, survenu le 2 mars 2018, un inventaire des biens du défunt a été fait par le liquidateur successoral, Éric CHARBONNEAU.Cet inventaire peut être consulté par les intéressés à l'étude de Me Louis Desjardins, notaire au 247 rue Westga- te, Ville de Rosemère, province de Québec.Donné ce 27 juin 2018 Éric CHARBONNEAU Liquidateur Avis de dissolution Prenez avis que la personne morale sans but lucratif L'Entraide missionnaire, ayant son siège social à Montréal, province de Québec a l'intention de demander sa dissolution au Registraire des entreprises.Montréal, le 29 juin 2018 IMMIGRATION Les Européens encore loin du compte après leur accord au forceps AGNÈS PEDRERO À GENÈVE AGENCE FRANCE-PRESSE C\u2019est une première en 50 ans : l\u2019agence de l\u2019ONU pour les migrations ne sera pas dirigée par un Américain.Le Portugais António Vitorino, un «ami proche» du chef de l\u2019ONU, António Guterres, a été élu vendredi à la tête de l\u2019organisation, évinçant le candidat controversé de Donald Trump.Le poste de directeur de l\u2019Organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence comptant 172 États membres et dont les États-Unis sont l\u2019un des principaux contributeurs avec les Européens, a été occupé depuis la création de l\u2019institution en 1951 par un Américain, avec une seule exception de 1961 à 1969 avec le Néerlandais Bastiaan Haveman.Cette fois, le candidat de Washington, Ken Isaacs, n\u2019a pas réussi à remporter les suffrages nécessaires.Pire, il a été le premier candidat à être éliminé.Les propos polémiques de cet ancien vice-président de l\u2019ONG humanitaire chrétienne Samaritan\u2019s Purse (Bourse du Samaritain), accusé d\u2019être climatos- ceptique alors que de nombreuses migrations sont liées à des facteurs climatiques, ont également terni son image.D\u2019autant que sur l\u2019épineux dossier des migrations, le gouvernement Trump fait justement l\u2019objet de vives critiques de l\u2019ONU pour son interdiction permanente d\u2019entrée sur le territoire américain aux ressortissants de six pays, pour la plupart à majorité musulmane, et pour sa récente décision de séparer de leurs parents des enfants de migrants entrés illégalement sur le territoire américain.Une politique désormais abandonnée après un déluge de critiques.C\u2019est donc António Vitorino, 61 ans, qui a été élu par acclamation, la Costa- ricaine Laura Thompson, actuelle directrice adjointe de l\u2019OIM, ayant décidé de retirer sa candidature après quatre tours de scrutin.Homme politique et avocat d\u2019affaires, M.Vitorino est entré au Parti socialiste portugais au moment de la révolution des Œillets de 1974, alors qu\u2019il n\u2019avait pas encore 18 ans.Elu député pour la première fois en 1980, il a été secrétaire d\u2019État sous Mário Soares (1983-1985), puis ministre du gouvernement dirigé par António Guterres (1995-1997).M.Vitorino a affirmé vendredi être un « ami proche » du chef de l\u2019ONU.C\u2019est « un homme de bon conseil » et « le meilleur de notre génération », avait un jour dit à propos de son ancien ministre M.Guterres.En 1997, M.Vitorino a démissionné du poste de ministre de la Défense lorsqu\u2019un journal l\u2019a mis en cause dans une affaire d\u2019impôt foncier non payé.Fils d\u2019un employé de banque et d\u2019une professeure de français, il se décrit lui- même comme « un linguiste frustré » et un hypocondriaque, mais se dit fier d\u2019avoir toujours fait lui-même ses courses au supermarché.Élu au Parlement européen en 1994, M.Vitorino a surtout été marqué par son passage au poste de commissaire européen à la Justice et à l\u2019Intérieur, entre 1999 et 2004 .Souvent cité comme un potentiel candidat au poste de premier ministre ou de président de la République, il ne s\u2019est jamais plus réellement investi dans la vie politique nationale.Le nouveau patron de l\u2019OIM succédera le 1er octobre à l\u2019Américain William Lacy Swing, qui a effectué deux mandats de cinq ans à la tête de l\u2019OIM.La victoire du Portugais constitue un véritable échec pour les États-Unis.Un Portugais défait le candidat de Trump à la tête de l\u2019agence de l\u2019ONU pour les migrations Un nouveau drame est survenu vendredi : trois bébés sont morts et une centaine de personnes sont portées disparues après le naufrage d\u2019un canot pneumatique au large des côtes libyennes.LOUISA GOULIAMAKI AGENCE FRANCE-PRESSE « C\u2019est un accord pour construire, il ne règle en rien la crise que nous vivons », a reconnu le président français, Emmanuel Macron, tandis que la chancelière allemande, Angela Merkel, a reconnu que les Européens n\u2019étaient « pas encore au bout du chemin ».« La partie la plus facile » « Il est beaucoup trop tôt pour parler d\u2019un succès » pour l\u2019UE, a asséné de son côté le président du Conseil européen, Donald Tusk, vendredi.L\u2019accord politique était « en fait la partie la plus facile de la tâche, comparativement à ce qui nous attend sur le terrain, quand nous commencerons à appliquer » les propositions, a-t-il admis.L\u2019annonce dès vendredi par le ministre italien de l\u2019Intérieur, Matteo Sal- vini (extrême droite), que les ports italiens seraient fermés « tout l\u2019été » aux ONG secourant des migrants, est venue illustrer les possibles difficultés qui s\u2019annoncent.L\u2019accord des 28 propose notamment d\u2019explorer une « nouvelle approche » controversée avec la création de « plateformes de débarquement » de migrants en dehors de l\u2019UE pour dissuader les traversées de la Méditerranée, où les 28 ont appelé les ONG à « ne pas entraver les opérations des garde-côtes libyens ».«Les seules composantes sur lesquelles les États européens semblent s\u2019être mis d\u2019accord sont, d\u2019une part, le blocage des personnes aux portes de l\u2019Europe [\u2026] et, d\u2019autre part, la diabolisation » des ONG faisant du sauvetage en mer, a déploré la responsable des urgences pour MSF, Karline Kleijer.Pour les migrants secourus dans les eaux européennes, des «centres contrôlés» sont proposés dans le texte \u2014 et non «fermés» comme le souhaitait la France \u2014, que les États membres mettraient en place « sur une base volontaire ».Une distinction y serait faite « rapidement » entre migrants irréguliers à expulser et demandeurs d\u2019asile légitimes, qui pourraient être répartis dans l\u2019UE, mais là aussi « sur une base volontaire ».« Il est clair que le déplacement des migrants ne pourra pas s\u2019effectuer sans l\u2019accord préalable et le consentement des pays concernés », s\u2019est félicité le premier ministre hongrois, Viktor Orban, estimant que « la Hongrie restera un pays hongrois et ne deviendra pas un pays de migrants ».C\u2019est un « immense succès », a renchéri son homologue polonais, Ma- teusz Morawiecki, dont le pays avait comme la Hongrie rejeté les quotas de répartition instaurés provisoirement de 2015 à 2017.La question se pose désormais de la localisation des « centres contrôlés » évoqués dans le compromis européen.« Des pays ont dit leur disponibilité, pas l\u2019Italie», a rappelé M.Conte, après que le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, a aussi exclu d\u2019en avoir en Autriche.« La France n\u2019est pas un pays de première arrivée, compte tenu de sa situation, et n\u2019ouvrira pas de centres de ce type », a dit à son tour M.Macron.L\u2019accord appelle aussi les États membres à « prendre toutes les mesures » internes nécessaires pour éviter les déplacements de migrants entre pays de l\u2019UE, ces «mouvements secondaires» convergeant souvent vers l\u2019Allemagne, où ils sont au cœur du débat politique qui fragilise Angela Merkel.Les dirigeants des pays de l\u2019UE ont par ailleurs entériné leur aveu d\u2019échec sur la réforme globale du régime d\u2019asile européen, enlisée depuis deux ans, que ce sommet était à l\u2019origine censé débloquer.LONDRES \u2014 Quelque 500 universitaires, principalement européens, appellent à une approche plus scientifique des politiques d\u2019immigration dans une lettre publiée dans le quotidien britannique The Guardian vendredi.Ces chercheurs, dont l\u2019économiste français Thomas Piketty ou le directeur de l\u2019Institut Max Planck, Steven Ver- tovec, réclament « une réunion d\u2019urgence de scientifiques et d\u2019experts pour éclairer la prise de décision politique ».Ils réclament aussi qu\u2019« il soit mis fin à des solutions politiques de court terme et inadaptées qui nous mènent à des crises politiques et humanitaires » et la création d\u2019un « panel international sur la migration et l\u2019asile ».Leur lettre pointe le manque de données fiables, et au-delà du problème des chiffres, souligne qu\u2019« une politique uniforme et basée sur l\u2019idéologie ne fonctionne pas ».Ils relèvent que l\u2019accès rapide au logement, à l\u2019éducation comme au marché du travail améliore l\u2019intégration des migrants et des demandeurs d\u2019asile dans les pays d\u2019accueil, en plus de réduire les inégalités.Des chercheurs veulent « rationaliser » le débat sur l\u2019immigration B 7 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 JUIN ET DIMANCHE 1E R JUILLET 2018 Ils viendront à votre rencontre, bonnes bou teilles sous le bras, afin de discuter des enjeux qui vous tiennent à cœur par rapport aux élections de septembre prochain.Vous en avez long à dire au sujet de ces élections et êtes prêt, dans votre grande générosité, à recevoir deux des journalistes du Devoir le temps d\u2019un repas?Vous habitez dans l\u2019une de ces circonscriptions?LeDevoir.com/elections2018 On veut vous rencontrer.Inscrivez-vous ! Allumez le barbecue (ou pas), sortez les chaises pliantes et invitez famille et amis, nos journalistes s\u2019invitent à souper?! Bonaventure Jacques-Cartier La Fontaine La Peltrie Prévost Rousseau St-Laurent Ungava Viau Le premier ministre irakien, Haïder al-Abadi, a voulu frapper fort en faisant exécuter 13 djihadistes et en publiant pour la première fois les photos des pendaisons, pour calmer les critiques contre son manque de fermeté après l\u2019assassinat de huit civils par le groupe État islamique (EI).Les Irakiens, habitués à l\u2019horreur depuis des années, pensaient qu\u2019après l\u2019annonce en décembre par M.Abadi de la victoire sur le groupe EI, l\u2019organisation extrémiste allait cesser de nuire, mais son nouveau chantage les a replongés dans les cauchemars du passé.Pour faire taire les reproches, le chef du gouvernement avait ordonné jeudi l\u2019exécution « immédiate » des centaines de djihadistes condamnés à mort, dont des femmes et des étrangers.Quelques heures plus tard, 13 condamnés à mort ont été exécutés, a annoncé le ministre de la Justice, Haïder al-Zamili.ASSOCIATED PRESS Exécution de 13 « terroristes » en Irak MARIE-LISE ROUSSEAU LE DEVOIR L\u2019identité des cinq victimes de la fusillade de jeudi dans la salle de rédaction du Capital Gazette, à Annapolis, a été révélée à la une de l\u2019édition historique du journal, publié vendredi matin malgré les circonstances tragiques.Il s\u2019agit des journalistes Robert Hiaa- sen, Gerald Fischman, John McNamara et Wendi Winters, et d\u2019une employée de bureau, Rebecca Smith.Les rescapés du drame ont tenu jeudi soir à publier une édition du journal pour rendre hommage à leurs collègues tués.À l\u2019arrière de camionnettes, dans un stationnement, ils ont recréé des bureaux de fortune pour raconter la tragédie dont ils ont été les victimes, avec l\u2019aide des journalistes du Baltimore Sun, propriétaire du Capital Gazette.« Je ne peux pas dormir, donc la seule chose que je peux faire, c\u2019est rendre compte des faits », a écrit sur Twitter pendant la nuit le journaliste Phil Davis.Dans leur journal de vendredi, les noms des victimes sont imprimés à la page habituellement réservée aux éditoriaux, laissée vide.« Demain, cette page reviendra à son but originel, qui est de proposer à nos lecteurs des opinions informées », est-il précisé.Les citoyens d\u2019Annapolis, paisible municipalité du Maryland à une heure de route de Washington, étaient endeuillés au lendemain de la tragédie.Les victimes étaient bien connues dans la communauté.Un petit lieu de recueillement spontané a vu le jour à l\u2019entrée de l\u2019allée qui mène aux locaux du quotidien.Une rancœur contre le journal Les mystères quant aux motifs du tireur ont été résolus vendredi.Contrairement à ce que plusieurs personnes ont avancé sur les réseaux sociaux jeudi, le suspect ne semble pas avoir été influencé par les propos hargneux envers les journalistes du président Donald Trump et de son entourage.Il entretenait plutôt une rancœur contre le Capital Gazette depuis 2012 en raison d\u2019un conflit judiciaire.Le tireur, identifié par des documents judiciaires comme étant Jarrod Ramos, avait alors poursuivi la publication sans succès, lui reprochant d\u2019avoir porté atteinte à sa réputation lors d\u2019un reportage sur une affaire de harcèlement criminel le concernant.Il aurait ensuite entrepris de harceler plusieurs employés sur Twitter.Dans un message, M.Ramos écrit qu\u2019il « serait bien que le journal cesse d\u2019être publié», puis ajoute que «ce serait encore mieux» que deux journalistes « cessent de respirer ».Un policier s\u2019était rendu chez Ramos en mai 2013 à la suite de menaces proférées contre le Capital Gazette.Les responsables du journal avaient alors préféré ne pas engager de poursuites « par crainte [d\u2019]attiser une situation déjà enflammée ».L\u2019homme de 38 ans fait face à cinq accusations de meurtre au premier degré.Il est maintenu en détention.Ramos a utilisé un fusil à pompe acheté légalement, a précisé Timothy Altomare, le chef de police du comté d\u2019Anne Arundel, en conférence de presse.Il voulait « tuer autant de personnes que possible », selon la police.Donald Trump a dénoncé vendredi un événement « horrible ».« Les journalistes, comme tous les Américains, devraient pouvoir exercer leur métier sans la peur d\u2019être victimes de violentes attaques », a-t-il déclaré.Avec l\u2019Agence France-Presse et l\u2019Associated Press ÉTATS-UNIS Une édition historique du Capital Gazette La une du Capital Gazette du 29 juin 2018 ASSOCIATED PRESS À PARIS AGENCE FRANCE-PRESSE Un dernier hommage à Simone Veil avant son entrée au Panthéon : le Mémorial de la Shoah à Paris a ouvert grand ses portes vendredi pour deux jours de recueillement auprès de la dépouille de cette figure de la vie politique française, survivante des camps nazis.Jusqu\u2019à samedi, des milliers de personnes vont pouvoir descendre dans la crypte de ce lieu de mémoire du génocide des juifs pour se recueillir devant le cercueil de Simone Veil, morte il y a un an presque jour pour jour, et de son époux, décédé en 2013.Plusieurs dizaines de personnes étaient déjà réunies en matinée devant le bâtiment, comme Marguerite Poirier, 80 ans, venue parce qu\u2019« après tout ce qu\u2019elle a fait pour les femmes, c\u2019était la moindre chose que de la remercier ».Marie Rochet, 17 ans, était avec sa grand-mère, Marie Lachambre, 67 ans.Pour l\u2019adolescente, Simone Veil « continue à vivre, elle restera longtemps ».Le 30 juin 2017, les Français apprenaient avec émotion le décès, à 89 ans, de l\u2019une de leurs personnalités préférées, ancienne déportée, ministre de la Santé et présidente du Parlement européen.L\u2019icône du combat pour la mémoire de la Shoah, de la réconciliation européenne et de la lutte pour les droits des femmes entrera dimanche au Panthéon, la nécropole laïque des « grands hommes ».Elle y reposera avec son époux, l\u2019avocat Antoine Veil, ce qui fera d\u2019eux le troisième couple à être inhumé au Panthéon.Exhumés du cimetière Montparnasse, les cercueils de ces époux fusionnels ont été acheminés au Mémorial de la Shoah, situé dans le Marais, un quartier juif historique au cœur de Paris, pour y être exposés sous la surveillance de deux gardes républicains.« Simone Veil avait un lien très fort à ce lieu qu\u2019elle a contribué à bâtir », fait- on valoir au mémorial, où l\u2019on précise que cet hommage à la fois public et intime est un choix de la famille.Membre fondateur du centre, Simone Veil avait aussi été la première présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2001 à 2007.Une « flamme éternelle » brûle au centre d\u2019une grande étoile de David en marbre noir dans la crypte qui accueille les deux cercueils et qui tient lieu de tombeau symbolique aux six millions de juifs morts sans sépulture durant la Seconde Guerre mondiale.Simone Veil y a perdu ses parents et son frère.Elle avait été déportée à Auschwitz à 16 ans par le convoi no 71 du 13 avril 1944, parmi 1500 juifs dont les noms seront égrenés vendredi et samedi.FRANCE Avant le Panthéon, dernier hommage à Simone Veil au Mémorial de la Shoah LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 JUIN ET DIMANCHE 1E R JUILLET 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin MEXIQUE « AMLO » et l\u2019espoir d\u2019une rupture Maxime Roy-Allard Porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) La saison des déménagements qui cogne à nos portes au Québec est synonyme d\u2019importantes hausses de loyer pour les locataires du Québec.Les hausses seront tout particulièrement marquées pour les 200 000 ménages locataires qui changeront d\u2019adresse cet été.Puisque le Québec n\u2019a ni contrôle obligatoire des loyers ni registre des loyers, nombreux sont les propriétaires qui augmentent abusivement le prix de leur logement lors des déménagements.Chaque année, un nombre ridiculement bas de loyers sont fixés par la Régie du logement à la suite d\u2019une contestation (0,3% de tous les loyers pour 2016-2017).Les raisons qui expliquent cette absence de contrôle par la Régie sont multiples.D\u2019abord, peu de locataires contestent les augmentations proposées par leurs propriétaires, soit par peur de représailles, soit par ignorance de la loi, soit parce que l\u2019avis de renouvellement de bail induit volontairement les locataires en erreur.Bien que beaucoup d\u2019augmentations soient le résultat d\u2019une négociation entre les parties, les propriétaires détiennent le gros bout du bâton.Sans contrôle obligatoire des loyers (comme en Ontario, par un pourcentage s\u2019appliquant à l\u2019ensemble des loyers), les locataires doivent tenir tête à leur propriétaire alors qu\u2019ils n\u2019ont pas les renseignements nécessaires pour juger si la hausse demandée est légitime ou non.Ensuite, lors des déménagements, les nouveaux locataires ont la possibilité de faire fixer leur loyer s\u2019ils jugent que la hausse est trop élevée, mais leurs recours sont faibles puisqu\u2019ils n\u2019ont que rarement accès à l\u2019ancien prix payé pour le logement.L\u2019information est souvent absente du bail, et si elle s\u2019y trouve, il est très difficile de la valider, à moins de retrouver les anciens locataires ou une copie de leur bail.C\u2019est pour cette raison qu\u2019il est essentiel de créer un registre des loyers, pour permettre aux locataires de faire fixer leur loyer en toute connaissance de cause.Absence de contrôle Ce sont donc les locataires qui subissent les contrecoups de cette absence de contrôle.Selon le tout dernier recensement de Statistique Canada, près de 34% des ménages locataires du Québec accordent plus de 30% de leur revenu pour se loger.La situation est encore pire pour les quelque 200 000 ménages qui engloutissent plus de la moitié de leur revenu au paiement du loyer.Pour ces locataires, nul autre choix que de couper dans leurs besoins de base pour arriver à payer le propriétaire chaque 1erdu mois.Les comités de logement ne comptent plus les histoires de locataires qui leur rapportent leur misère au quotidien en raison du coût du loyer : devoir réduire le budget consacré à la nourriture et faire des visites régulières dans les banques alimentaires; baisser le chauffage en hiver (et geler) pour limiter les frais de chauffage; vivre dans un logement beaucoup trop petit pour les besoins du ménage afin d\u2019économiser quelques dollars ; se faire expulser en raison du retard à payer le loyer après une perte d\u2019emploi, etc.Bien qu\u2019il n\u2019y ait pas de pénurie de logements actuellement au Québec, nous faisons face à une véritable pénurie de logements abordables, ce qui a comme impact de pousser les ménages locataires à faible revenu un peu plus loin dans le cercle vicieux de la pauvreté.Les associations de propriétaires affirment de leur côté que les loyers payés au Québec sont trop bas et qu\u2019ils ne leur permettent pas de rentabiliser leur achat assez rapidement.Ce discours trompeur évacue toutefois un élément central de l\u2019équation : c\u2019est la spéculation immobilière qui pousse artificiellement la valeur des immeubles vers le haut.Il n\u2019est pas rare de voir doubler ou tripler le prix des immeubles en l\u2019espace de quelques années.Or, spéculer sur un besoin de base comme le logement a nécessairement des impacts ravageurs sur les moins nantis.Un contrôle obligatoire des loyers et un registre viendraient justement contrecarrer en partie la spéculation immobilière en plus de garantir un meilleur accès au logement.Ces mesures éviteraient en effet de pouvoir vendre les immeubles en fonction du potentiel du prix des loyers, mais plutôt en fonction de leur prix actuel.Jumelé à diverses règles fiscales venant restreindre la spéculation, cela aurait pour impact de limiter les prix de revente gonflés, mais aussi de faire obstacle aux évictions de locataires dont l\u2019objectif est d\u2019augmenter la valeur de l\u2019immeuble.Les milliers de locataires qui déménageront autour du 1er juillet sont donc les premières victimes d\u2019une économie spéculative qui place le profit avant les besoins humains.Il importe de revoir nos priorités et de mieux protéger les droits des locataires en nous dotant collectivement d\u2019un contrôle et d\u2019un registre des loyers.Je suis fière du Devoir Odile Tremblay et Fabrice Vil écrivent des chroniques fort éclairantes sur SL?V, cette pièce présentée au TNM.Je salue bien bas la rédaction de mon journal pour avoir, malgré les circonstances, rappelé son seul chroniqueur de couleur pour traiter la question.Qu\u2019on se gargarise, comme d\u2019habitude, de ces expressions faites sur mesure, comme « appropriation culturelle », me semble tout à fait déplacé.Quel Québécois de bonne foi peut affirmer que les Noirs, au beau pays du Québec, sont traités de la même façon que les Blancs ?Malgré les termes grandiloquents des deux chartes, nous nageons encore dans un magma de préjugés, de mépris, de distance tout au moins, dans maints aspects de notre si mal nommé « vi- vre-ensemble ».Sans doute mon propos sera-t-il jugé sévèrement, mais que l\u2019on pense aux milieux policier, médiatique, artistique, politique, et on ne pourra que constater cette absurde affirmation que les Québécois sont ouverts et compatissants envers les personnes différentes.Le grand Lepage n\u2019aurait pas dû apporter sa signature à cette imitation de mauvaise inspiration, à mon humble avis.Geneviève Laplante, Le 29 juin 2018 C\u2019est la saison des hausses abusives de loyer LIBRE OPINION LETTRES uand Vicente Fox, candidat présidentiel du Parti Action nationale (PAN), a été élu en 2000, la société mexicaine entrant dans la modernité électorale s\u2019est senti pousser des ailes.Pour de bonnes raisons, puisque la défaite du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) inaugurait l\u2019alternance au pouvoir pour la première fois en sept décennies.Le Mexique rompait enfin avec la « démocrature » après une interminable succession de scrutins manipulés, dont l\u2019un des plus frauduleux fut certainement la victoire volée au Parti de la révolution démocratique (PRD) de Cuauhtémoc Cárdenas en 1988.Beaucoup de Mexicains comprendront vite à quel point l\u2019alternance peut souvent se résumer à des évolutions de surface.Le PRI toujours au purgatoire, le PAN conservera la présidence aux élections générales de 2006.Et qu\u2019allait-on retenir du mandat du nouveau président Felipe Calderón ?Qu\u2019il s\u2019est lancé quelques mois après son arrivée au palais présidentiel de Los Pi- nos dans une militarisation tous azimuts de la lutte contre les cartels de la drogue, ouvrant une ère de violences inouïes qui n\u2019a fait depuis qu\u2019empirer.Revenant au pouvoir en 2012 sous les traits du jeune Enrique Peña Nieto, le PRI a suivi le PAN sur les traces de cette violence (200 000 morts et 30 000 disparus depuis 2006), la conjuguant à son vieux fond de clien- télisme, de corruption et d\u2019arbitraire.Les scandales et les preuves d\u2019abus de pouvoir se sont multipliés : il y a eu ces enquêtes gouvernementales anti- corruption auxquelles le gouvernement a lui-même fait obstacle, ce scandale de surveillance secrète des médias et des opposants et celui entourant les manipulations de l\u2019enquête dans le massacre des 43 étudiants dans l\u2019ouest du Mexique, commis en 2014.C\u2019est dans un contexte d\u2019aversion chronique pour leurs élites politiques ossifiées \u2014 Peña quitte le pouvoir dans un état d\u2019impopularité abyssale \u2014 que les Mexicains s\u2019en vont aux urnes dimanche pour choisir un nouveau président et, si tout se passe comme les sondages le jurent, lâcher la droite pour la gauche.Ce profond désenchantement profitera manifestement au candidat Andrés Manuel Lopez Obrador, dit AMLO.Anciennement du PRD, l\u2019homme de 64 ans a été maire de Mexico (2000-2005) et deux fois candidat à la présidence.Il devrait réussir cette fois-ci, comme les sondages le gratifient d\u2019un avantage phénoménal de 25 points sur ses rivaux du PRI et du PAN (au Mexique, le président est élu pour un mandat unique de six ans dans le cadre d\u2019un scrutin à un tour).Son message résonne parmi les moins de 40 ans, qui représentent près de la moitié des électeurs inscrits.AMLO est dans l\u2019air antisystème du temps : il promet d\u2019en finir avec « le vieux régime » et de s\u2019attaquer aux inégalités dans un pays où il y a 53 millions de démunis \u2014 à peu près la moitié de la population.« Je laverai le gouvernement de la corruption, de haut en bas, comme un escalier », clame-t-il.Il s\u2019engage à « récupérer l\u2019argent des corrompus », qu\u2019il évalue à une somme stratosphérique de 30 milliards $CAN par année, et de l\u2019investir dans la lutte contre la pauvreté \u2014 en santé, en éducation, dans de grands travaux d\u2019infrastructure\u2026 L\u2019homme est de gauche, certes, mais d\u2019une gauche délavée qui s\u2019est assouplie depuis 20 ans.Il est certainement plus près du pragmatique « socialisme » à la chilienne, tel que représenté par Michelle Bachelet, ou de celui de Lula au Brésil, que de celui de feu Hugo Chávez au Venezuela.Il prétend ne pas craindre l\u2019annulation de l\u2019ALENA, puisqu\u2019à son avis l\u2019avenir du Mexique passe par le développement d\u2019une économie nationale plus inclusive, ce qui n\u2019est certainement pas faux.Sur les questions sociales, il est fort discret, pour ne pas dire conservateur : son programme est muet sur les questions du droit à l\u2019avortement et de la reconnaissance du mariage homosexuel.Pour grossir son électorat, il a fait ce que beaucoup de politiciens font en Amérique latine et a conclu une alliance contre nature avec un parti évangélique, ce qui n\u2019est pas sans faire grincer des dents dans son camp.Comment s\u2019y prendra-t-il concrètement pour déraciner la corruption ?Pour réduire l\u2019influence du narcotrafic ?Il s\u2019agit nécessairement d\u2019un travail de longue haleine.Saura-t-il se servir de l\u2019« insurrection électorale » qui le porte, pour reprendre les mots de l\u2019historien Lorenzo Meyer, pour faire progresser l\u2019État de droit ?En fait, il représente pour les « amlovers » une trop grande promesse de changement pour ne pas décevoir.Plusieurs commettent évidemment l\u2019erreur de voir en lui un sauveur.Mais dans l\u2019immédiat, l\u2019espoir qu\u2019il incarne présente une occasion extraordinaire de donner de l\u2019oxygène à une jeune démocratie qui en a terriblement besoin.Q ÉDITORIAL B 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu GUY TAILLEFER Quelle désolante controverse ! Betty Bonifassi est chanteuse et musicienne.Elle s\u2019est intéressée aux chants des esclaves noirs et a été touchée par eux.Elle a fait des recherches sur ces chants à partir des archives ethnomusicologiques centenaires d\u2019Alan Lomax.Elle a voulu rendre « un hommage à la force de résilience, à la dignité et à la beauté des esclaves africains déportés en Amérique », écrit-elle, et faire revivre ces chants «afin de ne jamais les oublier».Elle fait une interprétation de ces chants à partir de la façon dont ils ont pénétré sa sensibilité humaine et musicale.Avec sa connaissance intime de ce patrimoine musical, elle est un témoin privilégié de cette dimension de l\u2019histoire des Noirs d\u2019Amérique.Merci Betty ! Jean-François Bernard, Montréal, le 29 juin 2018 Noire anonyme J\u2019ai lu avec grand intérêt les opinions de deux chroniqueurs du Devoir sur le spectacle SL?V, l\u2019un mandaté pour représenter la voix de la communauté noire, l\u2019autre, de la communauté blanche.Devrais-je être surprise ou outrée du fait que Bonifassi et Lepage étaient nommés dans la légende de leur photo alors que la chanteuse-actrice-danseuse de couleur ne l\u2019était pas ?Aucune Tuer la parole Assassiner un journaliste, c\u2019est toujours étouffer la démocratie.Tuer la moitié d\u2019une salle de rédaction équivaut à faire mourir la liberté et à retourner à la bestialité.Comme tout le monde progressiste, je pleure depuis hier l\u2019immense brutalité qui a frappé dans son âme Annapolis, capitale du Maryland.Une grande partie des élites politiques et économiques des États-Unis partage une immense lâcheté inhumaine, lisible d\u2019abord dans la défense du deuxième amendement constitutionnel favorisant la vente d\u2019armes à feu, et ensuite dans la participation consciente et galopante à la dégénérescence de notre terre à tous.Cet été, vivez le Québec à pleins poumons en espérant des jours meilleurs pour notre cheminement planétaire.Michel Lessard, Le 29 juin 2018 mention de qui est cette personne, ni aucune garantie qu\u2019elle fait bien partie de la production de SL?V (j\u2019ose l\u2019espérer !).Le seul nom mentionné sous cette photo est celui d\u2019un homme (Lo- max), en passant.Comme il est glissant le terrain des bonnes intentions de réconciliation et de promotion de l\u2019égalité.Claude L.Normand, Gatineau, le 29 juin 2018 B 9 Une statue de John A.Macdonald avait été recouverte de peinture rouge sur la place du Canada, à Montréal, en novembre dernier.GRAHAM HUGUES LA PRESSE CANADIENNE LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 JUIN ET DIMANCHE 1E R JUILLET 2018 IDÉES Directeur de l\u2019information par intérim Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet M.Trudeau s\u2019en va en guerre L e premier ministre Justin Trudeau a fait savoir cette semaine qu\u2019il ne sera pas sur la colline Parlementaire à Ottawa dimanche pour les célébrations de la fête du Canada.Il se rendra plutôt à Leamington en Ontario, où il rencontrera des travailleurs d\u2019une usine de ketchup.Si cela peut sembler un peu étrange, il faut savoir qu\u2019il ne s\u2019agit pas de n\u2019importe quel ketchup, mais du ketchup fait avec des tomates canadiennes.Et à l\u2019aube d\u2019une guerre commerciale tous azimuts avec les États-Unis, M.Trudeau veut montrer sa solidarité avec les entreprises et les travailleurs canadiens qui seront appelés au front, dans un conflit qui risque de faire beaucoup de victimes des deux côtés de la frontière.C\u2019est d\u2019ailleurs le 1er juillet qu\u2019entreront en vigueur des tarifs de représailles que le Canada imposera aux importations américaines, après que le président Donald Trump a frappé l\u2019acier et l\u2019aluminium canadiens et étrangers avec des tarifs douaniers de respectivement 25 et 10 % le 1er juin dernier.Le gouvernement Trudeau est aussi appelé à imposer des tarifs et des quotas sur l\u2019acier et l\u2019aluminium provenant des autres pays du monde afin d\u2019éviter que les producteurs étrangers n\u2019inondent le marché canadien avec des produits qu\u2019ils ne peuvent plus vendre aux États-Unis.Quiconque a étudié l\u2019économie et l\u2019histoire sait que nous vivons un moment dangereux, où toute accélération de la guerre commerciale que semble vouloir lancer M.Trump pourrait faire basculer l\u2019économie mondiale en récession, sinon provoquer une crise encore plus grave.M.Trump n\u2019ayant semble-t-il étudié ni l\u2019économie ni l\u2019histoire, il ignore la pente glissante sur laquelle il s\u2019est embarqué.Il semble prêt à prendre toute mesure protectionniste qu\u2019il faudra pour plaire à sa base électorale, même si les problèmes fondamentaux qui minent l\u2019industrie manufacturière américaine ont peu à voir avec l\u2019ouverture des frontières américaines aux importations.Et même si l\u2019imposition de tarifs douaniers peut aider à court terme les producteurs américains de l\u2019acier et de l\u2019aluminium, ils pénaliseront les acheteurs de ces produits dans les industries de l\u2019automobile et de la construction en faisant monter les prix.Au bout du compte, c\u2019est le consommateur américain qui en paiera la facture et tout le monde s\u2019en sortira appauvri.Cela dit, l\u2019économie américaine est une bête massive qui peut encaisser plusieurs coups sans s\u2019effondrer.L\u2019économie canadienne n\u2019est pas aussi résiliente.Elle dépend beaucoup plus des échanges commerciaux avec les États-Unis que l\u2019inverse et, toutes proportions gardées, une guerre commerciale avec nos voisins du sud fera beaucoup plus de mal à notre économie qu\u2019à la leur.C\u2019est pourquoi le gouvernement Trudeau serait sans doute mieux de prendre son mal en patience au lieu de riposter avec des mesures de représailles équivalentes aux tarifs douaniers que les Américains nous imposent.Or, politiquement, M.Trudeau n\u2019a pas ce choix.Il doit se montrer résolu à faire la guerre contre les États-Unis, sinon les partis d\u2019opposition et les syndicats de l\u2019acier et d\u2019aluminium l\u2019accuseraient de faiblesse.Le gouvernement Trudeau espère évidemment que toute guerre commerciale avec les États-Unis sera de courte durée.Il multiplie ses interventions auprès des législateurs et des entreprises américains dont les États et les compagnies dépendent le plus des échanges avec le Canada, pour que ces derniers mettent de la pression sur la Maison-Blanche et demandent à M.Trump d\u2019abandonner sa lancée protectionniste contre le pays qui demeure le meilleur ami et partenaire commercial des États-Unis.Mais cette approche n\u2019a pas porté ses fruits jusqu\u2019ici.Et avec les élections de mi- mandat en novembre aux États-Unis, celui qui a gagné l\u2019élection présidentielle de 2016 avec les slogans « Make America Great Again » et « America First » n\u2019est pas à la veille de changer ses devises.D\u2019ailleurs, de passage en Caroline du Nord cette semaine pour un rassemblement, M.Trump s\u2019est de nouveau attaqué aux pratiques commerciales canadiennes dans le secteur laitier et a menacé d\u2019imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les automobiles canadiennes si le Canada n\u2019ouvre pas son marché aux producteurs de lait et de fromage américains.L\u2019industrie de l\u2019automobile canadienne a déjà baptisé un tel scénario « Carmageddon ».Tous ceux qui prévoyaient lors de l\u2019élection de M.Trump qu\u2019il ne mettrait jamais ses menaces dans le domaine commercial à exécution ont eu tort.Le gouvernement Trudeau se retrouve maintenant dans la fâcheuse situation d\u2019avoir à se préparer au pire des scénarios, soit la sortie des États- Unis de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain.L\u2019après- ALENA serait, au moins pendant plusieurs années, une période sombre pour l\u2019économie canadienne.Toute l\u2019énergie du gouvernement canadien doit être canalisée vers un plan B au cas où cela arriverait.Pour M.Trudeau, l\u2019affaire n\u2019est certainement pas ketchup.KONRAD YAKABUSKI Caroline Durand Professeure associée au Département d\u2019histoire de l\u2019Université Trent es membres de la Société historique du Canada \u2013 Canadian Historical Association (SHC-CHA) ont récemment décidé de changer le nom d\u2019un des prix les plus prestigieux remis par des pairs dans leur discipline.Le prix Sir-John-A.-Macdonald est devenu le Prix du meilleur livre savant en histoire canadienne.Ce choix, survenu alors que le Canada vient tout juste de célébrer les 150 ans de la Confédération, semble peut-être étrange.Certains historiens ont d\u2019ailleurs réagi très négativement à cette annonce.Christopher Dummitt, professeur en études canadiennes à l\u2019Université Trent, s\u2019est prononcé ouvertement contre cette décision dans des propos rapportés par le National Post, la qualifiant de geste anhistorique empreint de puritanisme moral.D\u2019autres affirment que l\u2019association cède à la mode et à la rectitude politique.Selon un commentaire reçu par la présidente de la SHC-CHA, Adele Perry, cette décision représente le prélude à la construction d\u2019un bû- cher pour toutes les œuvres traitant du grand homme.L\u2019opposition à la mesure fut somme toute marginale : le vote appuyant le changement l\u2019a emporté avec 121 voix contre 11.La virulence de certains arguments contre la modification appelle toutefois à quelques remarques.D\u2019abord, certains membres ont souligné que la motion constituait une réponse partielle et inadéquate aux conclusions du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.Il faudrait être naïf pour croire que le nouveau nom d\u2019un prix de la SHC-CHA représente un grand pas pour amender les relations entre les historiens du milieu universitaire et les Premières Nations.Ce n\u2019est qu\u2019un symbole.J\u2019ai voté pour le changement pour exprimer une conviction : je crois les gens qui parlent des effets pervers et destructeurs de la colonisation au Canada et qui disent que ce chapitre de notre histoire se poursuit.J\u2019espère que les choses vont s\u2019améliorer.Il me semble que le statu quo aurait lancé un message négatif bien difficile à défendre auprès de nos collègues Amérindiens, Métis et Inuits.J\u2019estime ensuite que les accusations voulant que la SHC-CHA cède à la mode et à la rectitude politique négligent de nombreux aspects du débat.Oui, le vote s\u2019est tenu dans un contexte où beaucoup de gens souhaitent répondre à la Commission de vérité et réconciliation du Canada et veulent accomplir des gestes de décolonisation dans leur discipline universitaire.On peut crier à l\u2019opportunisme ou à la rectitude, mais on peut aussi se demander ce qu\u2019il y a de répréhensible dans le désir d\u2019agir.D\u2019autre part, les historiens et les historiennes sont loin d\u2019avoir attendu le dépôt du rapport final pour poser un regard critique sur l\u2019héritage de sir John A.Macdonald.Au cours des dernières décennies, un grand nombre d\u2019ouvrages ont exploré différents aspects de ses politiques.[\u2026] D\u2019autres ont défendu le statu quo en affirmant que changer le nom du prix résultait d\u2019une critique « anhistorique et présomptueuse » d\u2019un homme qui n\u2019était que le produit de son époque.Je trouve cette justification un peu facile : qui n\u2019est pas le produit de son époque ?[\u2026] Les figures historiques sont complexes et souvent pétries de contradictions.Reste que la position qu\u2019il a occupée et les décisions qu\u2019il a prises pèsent particulièrement lourd dans la balance.Il a dirigé le Canada pendant 19 ans.Il disposait d\u2019un très grand pouvoir politique et il l\u2019a utilisé en sachant qu\u2019il mettait en péril la survie de gens qu\u2019il considérait comme inférieurs.Je vois mal quelles grandes réalisations peuvent compenser cela, et je conçois aisément que pour plusieurs, le nom sir John A.Macdonald rappelle les plus sombres aspects de l\u2019histoire canadienne.[\u2026] D\u2019autres craignent pour la mémoire collective et pensent que ce changement efface l\u2019histoire.Mais il n\u2019est ni surprenant ni négatif de se demander de temps en temps pourquoi on célèbre certaines personnes ou certains événements.[\u2026] L\u2019existence et le maintien des monuments et des plaques historiques dépendent de bien plus que du cumul des « bons » et « mauvais » coups des acteurs et actrices du passé.Il faut des gens pour qui ces héros et ces héroïnes comptent, pour qui ils symbolisent quelque chose d\u2019important et de positif.Les monuments sont là parce que certains groupes sociaux sont assez puissants, influents, aisés et motivés pour les mettre en place.Je ne crois pas que sir John A.soit en train de disparaître de l\u2019espace public canadien ; à tout le moins, il faudra bien plus que le changement de nom d\u2019un prix pour effacer le passé.Revisiter son panthéon Si aucune collectivité ne revisitait son panthéon de temps à autre, le Québec célébrerait encore Dollard des Ormeaux parce que des historiens nationalistes canadiens-français en ont fait un héros.Depuis 2003, on honore plutôt les patriotes.Évidemment, ce sym- bole-là aussi sert des intérêts politiques, tout comme celui de la reine ailleurs au Canada.Mais ce changement n\u2019a pas été uniquement motivé par des objectifs idéologiques : des Ormeaux est tombé en désuétude parce que les valeurs ont changé et parce que les connaissances à son sujet ont évolué.En même temps, de nombreux travaux ont montré de nouvelles facettes du mouvement des patriotes.Dollard des Ormeaux reste visible dans l\u2019espace public : son nom est répertorié à divers endroits dans la toponymie, et la sculpture qui commémore toujours son « exploit » est demeurée bien en place au parc La Fontaine, à Montréal.Nul doute qu\u2019une figure majeure comme Macdonald est à l\u2019abri de l\u2019oubli.Les grands hommes politiques ne sont pas en manque de commémoration : il y aura toujours un timbre, un billet de banque, une Minute du patrimoine, une autoroute ou un monument pour rappeler à tous leur importance actuelle ou passée et pour nous permettre d\u2019en débattre.Pourquoi il faut remettre en question le prix Sir-John-A.-Macdonald L Quiconque a étudié l\u2019économie et l\u2019histoire sait que nous vivons un moment dangereux, où toute accélération de la guerre commerciale que semble vouloir lancer M. Trump pourrait faire basculer l\u2019économie mondiale en récession, sinon provoquer une crise encore plus grave.Il n\u2019est ni surprenant ni négatif de se demander de temps en temps pourquoi on célèbre certaines personnes ou certains événements.[\u2026] L\u2019existence et le maintien des monuments et des plaques historiques dépendent de bien plus que du cumul des « bons » et « mauvais » coups des acteurs et actrices du passé. LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 JUIN ET DIMANCHE 1E R JUILLET 2018 B 10 PETITES ANNONCES DEMEURES , OCCAS IONS D \u2019AFFAIRES ET L IEUX PR IV ILÉG IÉS 514.985.3322 1 800 363.0305 petitesannonces@ledevoir.com PRESTIGE LUCIE R ICARD V O I R M E S P R O P R I É T É S L U C I E R I C A R D R E / M A X Q U É B E C C O U RT I E R A G R É É R E / M A X A L L I A N C E , A G E N C E I M M O B I L I È R E 514 386-9804 FACE AU PARC LAFONTAINE, PRÈS MÉTROS ET SERVICES Les Dauphins sur-le-Parc figurent parmi le nec plus ultra du patrimoine montréalais.Qualité de vie en plein cœur du Plateau, prestige, vue spectaculaire, piscine, gym, saunas.Condos à vendre 3 ½ au 9 ½, Penthouse.CONDO VEDETTE Condo 3 1/2 au 925 René-Lévesque à louer à l\u2019année, joliment meublé, à 1340$/mois chauffé, possibilité de louer un stationnement intérieur.L E P L U S B E L E M P L A C E M E N T D E M O N T R É A L O F F R A N T U N B E A U C H O I X D E C O N D O S ! ! ! 335-337 CÔTE-STE-CATHERINE CHARLOTTE MICHAUD cmichaud@sutton.com 514·894·0866 10 h à 22 h groupe sutton-immobilia inc.agence immobilière 514.272.1010 DUPLEX PRÈS DE TOUT, Grand duplex de qualité, intergénérationnel au besoin.2 grands 6 ½ et une garçonnière rénovée.2 garages intérieurs et 4 stationnements extérieurs en façade.Travaux majeurs exécutés en 2017.LIBRE À L\u2019ACHETEUR 1 989 000 $ CENTRIS 146 840 19 DEPUIS 30 ANS OUTREMONT NANSENHAUS 136 RUE BONDURAND - 1 795 000 $ Magnifique maison de ville de 5 CAC, imposante terrasse + spa avec vues panoramiques.# MLS 23243690 LA CONCEPTION 1433 ROUTE DES ORMES - 1 395 000 $ Ferme unique offrant une exceptionnelle plage privée au bord de la rivière Rouge avec grange, écurie et arène d?entraînement.# MLS 13475882 PROJET CHIC SHACK 2150 ROUTE PRINCIPALE - à partir de 249 000 $ Projet intégré de micro-maison dans les Laurentides.# MLS 11902891 LAC XAVIER ROUTE DES ÉRABLES 600 000 $ à 700 000 $ Terrains bord de l?eau des plus extraordinaires ! 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