Le devoir, 19 avril 2018, Cahier A
[" V O L .C I X N o 8 5 L E D E V O I R , L E J E U D I 1 9 A V R I L 2 0 1 8 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S ?w w w .l e d e v o i r .c o m Cannes Au tour de Villeneuve d\u2019être juré au festival Page B 7 Migrants Le Québec n\u2019est qu\u2019une étape pour plusieurs Page A 3 ADALBERTO ROQUE AGENCE FRANCE-PRESSE Les frères Castro, Fidel et Raúl, ont dirigé Cuba depuis la révolution.AUJOURD\u2019HUI Culture \u203a La mélancolie des ?ns de parcours .L\u2019immense legs de Milos For- man.La chronique d\u2019Odile Tremblay.Page B 8 Avis légaux.B 2 Décès.B 4 Météo.B 6 M.croisés .B 6 Annonces.B 4 Sudoku.B 6 J E S S I C A N A D E A U Un nouveau modèle d\u2019école \u2014 gérée comme au privé mais financée par le public \u2014 proposé par la Société de développement Angus dans Ro- semont suscite la controverse.Et bien que l\u2019école ne soit encore qu\u2019au stade de projet \u2014 le gouvernement n\u2019a pas encore reçu le projet et encore moins donné son aval \u2014, les critiques débordent largement du quar tier pour devenir un enjeu national, puisque pour aller de l\u2019avant, ce projet nécessitera un changement à la Loi sur l\u2019instruction publique.Lorsque le projet de nouveau quar tier résidentiel et commercial au Technopôle Angus a vu le jour en 2015, la Commission scolaire de Montréal a demandé au promoteur d\u2019intégrer une école primaire dans ce secteur où les écoles débordent déjà.Le promoteur, Société de développement Angus (SDA), a acquiescé à la demande et s\u2019est investi dans le projet d\u2019école\u2026 un peu plus que ce à quoi les acteurs du milieu s\u2019attendaient.La SDA a «monté son propre projet», s\u2019étonne la présidente de la commission scolaire, Catherine Harel Bourdon, qui a TECHNOPÔLE ANGUS Un projet d\u2019école fait polémique Christian Yaccarini rêve d\u2019une école gérée à l\u2019extérieur du cadre actuel, mais publique et financée par l\u2019État S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L e castrisme sans les Castro commence à Cuba.Le nouveau président de l\u2019île communiste devrait être en toute logique Miguel Díaz-Canel : il est le seul candidat proposé aux députés pour le suffrage indirect de ce jeudi, comme une trentaine d\u2019autres candidats aux postes du bureau politique du Parti communiste cubain (PCC).Le dauphin de 57 ans succède à soixante ans de règne des frères Raúl (86 ans) et (feu) Fidel Castro.Il devient le premier dirigeant de l\u2019île socialiste qui n\u2019a pas participé à la guérilla révolutionnaire de la fin des années 1950.Plusieurs analystes le décrivent comme pragmatique, enfin, dans le contexte du régime à parti unique où il a été formé en passant par plusieurs échelons de pouvoir, dont la vice-présidence des Conseils d\u2019État.« Pour la première fois depuis un long moment, ce ne sera donc pas un membre de la famille Castro qui va gouverner le pays », reprend Violaine Jolivet, professeure de géographie sociale à l\u2019UdeM, spécialiste de Cuba, membre du comité de rédaction des Cahiers des Amériques latines.« Miguel Díaz-Canel est né après la révolution.Il marque donc l\u2019arrivée d\u2019une nouvelle génération, même s\u2019il n\u2019est pas tout jeune non plus.» Elle ajoute que le nouveau président pressenti n\u2019est pas lié aux armées et qu\u2019il ne présente pas non plus l\u2019image du révolutionnaire en kaki ni de l\u2019homme fort.Sa collègue Geneviève Dorais, du Dépar tement d\u2019histoire, poursuit dans cette veine symbolique et amplifie sa signification.« On dit Miguel Díaz-Canel très astucieux », dit la professeure spécialisée en histoire de l\u2019Amérique latine.« Il s\u2019est hissé à la direction du parti sans faire trop de vagues.Je ne saurais dire s\u2019il va continuer l\u2019ère Castro.Mais clairement, dans une perspective historique, je peux dire que c\u2019est un changement très important sur le plan symbolique.Pour la première fois, un dirigeant cubain ne sera pas issu de la génération révolutionnaire, ceux qu\u2019on appelle les barbus, los barbudos, qui ont Cuba après les frères Castro Une nouvelle génération s\u2019installe aux commandes de l\u2019île, le nouveau président n\u2019ayant pas connu la révolution C A T H E R I N E L A L O N D E S elon des acteurs du marché de l\u2019art, La tour Eif fel (1929) de Marc Chagall, que le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) aliène pour doubler son fonds d\u2019acquisition, aurait non seulement pu, mais dû, pour des raisons patrimoniales, trouver preneur au pays plutôt que d\u2019être envoyé aux enchères chez Christie\u2019s.« Le tableau serait resté au Canada ! C\u2019est un aspect impor tant ! Le potentiel qu\u2019il revienne, par don, dans un musée ou une collection publics, aurait été réel », a indiqué l\u2019une des importantes marchandes d\u2019art au Canada, Miriam Shiell.Parallèlement, plusieurs collectionneurs en seraient à remettre en question et même à stopper leurs dons à des musées, effrayés à l\u2019idée qu\u2019il soit plus tard revendu.« Ce que je gère depuis plus d\u2019une semaine, ce sont des collectionneurs, des clients à moi qui se demandent comment un musée national peut vendre un bien », confirme Alain Lacour- sière, évaluateur et courtier d\u2019œuvres d\u2019art.«Et je gère une famille qui était en processus pour faire deux dons, importants, qui vient de mettre les brakes, en disant que le désir de leur père et de leur grand-père à l\u2019époque, ben non, ce n\u2019était pas de donner des biens qui pourraient finir par être dilapidés.» L\u2019ex-enquêteur de l\u2019art compte ces jours-ci parmi ses clients sept donateurs potentiels qui remettent en question leur démarche, « et parmi ceux-là, deux sont immenses.Le but du don, c\u2019est de contribuer à la culture d\u2019un peuple, d\u2019une société, d\u2019une culture.C\u2019est avec cette pensée que je drive mes donateurs, et je gère plusieurs dons par année.Là, je dois leur dire quoi ?» Une autre source proche des grandes collections d\u2019ar t privées du pays a confirmé au Devoir, sous le couvert de l\u2019anonymat, une inquiétude soudaine envers les dons.Le philanthrope Bruce Bailey, très proche du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), rapporte être mécontent du processus d\u2019aliénation du MBAC, comme plusieurs de ses collègues collectionneurs.Pour quelles raisons ?« Le manque de transparence et de dévoile- Le Chagall aurait trouvé preneur au Canada, selon des acteurs du marché de l\u2019art VOIR PAGE A 8 : CUBA Miguel Díaz-Canel VOIR PAGE A 8 : ÉCOLE MBAC La tour Eiffel, de Chagall VOIR PAGE A 8 : CHAGALL L E D E V O I R , L E J E U D I 1 9 A V R I L 2 0 1 8 A C T U A L I T É S A 2 D E S R A C I N E S E T D E S A I L E S N O U V E A U X É P I S O D E S A R T I S A N S , B Â T I S S E U R S E T V I S I O N N A I R E S N O U S D O N N E N T CE SOIR 20H A M É L I E D A O U S T - B O I S V E R T P our freiner la propagation du VIH, les soignants du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) relanceront les patients qui manquent des rendez-vous ou disparaissent sans crier gare.Le Dr Jean-Pierre Routy, hématologue au CUSM et chercheur spécialisé en matière de VIH, appelle ce projet « lost and found», ou «perdu et retrouvé».« Ce sont ces personnes qui ne viennent plus nous voir qu\u2019on veut retrouver.Car ce sont elles qui nourrissent l\u2019épidémie et qui maintiennent la transmission», explique-t-il.Le virus se transmet le plus dans les mois suivant l\u2019infection, si aucun traitement n\u2019est amorcé.Les patients qui retardent le début du traitement sont aussi plus à risque de complications.Le Dr Routy vient de signer une étude, avec des collègues, dans laquelle on constate que les personnes les plus vulnérables d\u2019un point de vue socio- économique, soit celles qui dépendent de l\u2019aide sociale ou d\u2019autres programmes de sécurité du revenu, sont celles qui ont le moins accès au traitement précoce.C\u2019est-à-dire en moins de 180 jours après un diagnostic de VIH.L\u2019étude a été publiée dans le Journal of the International AIDS Society.Toujours des barrières Alors que les médicaments sont souvent gratuits ou couverts en grande partie par le régime public d\u2019assurance médicaments pour cette tranche de la population, les barrières demeurent.Le niveau d\u2019éducation joue un rôle dans la compréhension de l\u2019importance du traitement, obser ve le Dr Routy.Mais jouent aussi des problèmes d\u2019accès aux soins, de distance, de coût du trajet d\u2019autobus ou de taxi vers la clinique, ou la dif ficulté de s\u2019absenter d\u2019un travail précaire sans sécurité d\u2019emploi pour consulter.« On va téléphoner aux patients, pour savoir comment on peut les aider, explique le Dr Routy.Est-ce qu\u2019on peut leur payer un taxi, leur envoyer un infirmier, les accompagner à un rendez-vous ?» Appuyer sur le trois, sur le huit, le sept : le simple fait de devoir se démener avec un système de réponse téléphonique automatisé complexe au moment de prendre rendezvous peut constituer un frein au traitement, constate celui qui dit ne pas hésiter à laisser son numéro de cellulaire personnel quand il sent que cela peut changer les choses dans un suivi.«Ça demande un effort qu\u2019on ne faisait pas avant, constate le Dr Routy.Pour atteindre les objectifs d\u2019un Montréal sans sida, il faut insister là où ça ne marche pas.» Traitement inégal L\u2019étude montre aussi que le traitement précoce après le diagnostic a été inégal au fil des ans, suivant une courbe en «u» entre 1996 et 2015.Presque tous les patients de 1996 et environ 90 % des patients de 2015 ont eu accès au traitement précoce.Mais il y a un creux important dans l\u2019intervalle, avec aussi peu que 10 à 20 % d\u2019accès autour de 2008- 2011.La toxicité des anciens médicaments explique qu\u2019après une tendance à les prescrire rapidement, cette pratique a connu un déclin, selon le Dr Routy.Maintenant que des molécules combinées en un comprimé à prendre une fois par jour sont disponibles et que les ef fets secondaires sont moindres, il est plus facile d\u2019amorcer le traitement rapidement.Plaidoyer pour la gratuité Le Dr Réjean Thomas, qui a aussi participé à cette étude, plaide pour la gratuité complète des médicaments antiré- troviraux.Le coût de 87 $ par mois pour les assurés du régime public d\u2019assurance médicaments est un frein réel pour certains de ses patients.« Le traitement pour toutes les ITSS est gratuit.Le VIH est une ITSS.Pourquoi on ne considère pas que, pour l\u2019éradiquer, il faudra arriver à la gratuité ?» demande le fondateur de la clinique L\u2019Actuel.« C\u2019est dramatique de voir des gens être infectés parce que leur partenaire a cessé le traitement et que, souvent, ils ne le savaient même pas», déplore-t-il.Il a tenté pendant quelques mois un projet « perdu et retrouvé», comme celui que veut mettre en branle le Dr Routy au CUSM.Il s\u2019est heur té à de nombreuses difficultés.Seulement 12 % des patients ont pu être retrouvés.« Ce sont souvent des gens qui ont déménagé, qui ont changé de ville, qui sont dans la rue, n\u2019ont plus le téléphone ou même qui sont en prison », r elate le Dr Thomas.Le Devoir La pauvreté nuit au traitement précoce contre le VIH Pour contrer les barrières socio-économiques, le CUSM relancera les patients qui manquent des rendez-vous JUSTIN SULLIVAN GETTY IMAGES Une étude démontre que l\u2019accès au traitement demeure difficile même si les médicaments sont souvent gratuits ou couverts en grande partie par le régime public pour les patients les plus défavorisés.Pour atteindre les objectifs d\u2019un Montréal sans sida, il faut insister là où ça ne marche pas Le Dr Jean-Pierre Routy, hématologue au CUSM et chercheur spécialisé en matière de VIH « » L E D E V O I R , L E J E U D I 1 9 A V R I L 2 0 1 8 ACTUALITES A 3 L\u2019 été dernier, quand François Legault s\u2019inquiétait de « l\u2019afflux hors contrôle de centaines de migrants illégaux », le premier ministre Philippe Couillard avait accusé le chef de la CAQ de chercher à « alimenter la peur » et d\u2019imiter Donald Trump en voulant ériger un mur entre le Québec et les États-Unis.Des cris d\u2019indignation avaient fusé des rangs libéraux quand Jean-François Lisée avait déclaré que les migrants étaient les « invités de Justin Trudeau » et qu\u2019il était donc normal de lui demander de payer la facture.Le premier ministre canadien avait sans doute de nobles intentions, mais il est facile de se montrer vertueux quand on refile la facture aux autres.M.Couillard ne semblait toutefois y voir aucun problème.Au contraire, il rivalisait de générosité avec son vis-à-vis fédéral.« Le Québec est une société mature et disposant des ressources nécessaires pour faire face à cette situation dans l\u2019ordre et la dignité », disait-il.Il était pourtant clair aux yeux de tous que le Québec avait été identifié comme la meilleure porte d\u2019entrée au Canada et que le mouvement déclenché par l\u2019élection de Donald Trump ne s\u2019arrêterait pas de sitôt, qu\u2019il fallait même s\u2019attendre à voir arriver des gens de diverses provenances dont la détresse n\u2019avait rien à voir avec les politiques révoltantes du nouveau président américain.Dans sa hâte de noircir les partis d\u2019opposition afin de solidifier sa propre base électorale, le premier ministre avait manifestement manqué du minimum de perspective qu\u2019on est en droit de s\u2019attendre d\u2019un chef de gouvernement.?Pour être tardif, le réveil n\u2019en est pas moins brutal.Mercredi, M.Couillard a haussé le ton de façon inhabituelle, se disant « extrêmement insatisfait » de la réponse du gouvernement fédéral à l\u2019ultimatum lancé lundi par quatre de ses ministres, qui ont menacé de ne plus accueillir de migrants à compter de la semaine prochaine.À Ottawa, on ne semble pas convaincu de la nécessité d\u2019en faire davantage.La lettre que le ministre fédéral de l\u2019Immigration, Ahmed Hus- sen, a adressée mardi soir à son vis-à-vis québécois, David Heurtel, augure mal pour la suite des discussions.M.Hussen blâme même implicitement le Québec quand il déplore que seulement quatre lieux d\u2019hébergement temporaire sont actuellement ouverts, alors qu\u2019il y en avait treize l\u2019été dernier.« Ce qui risque de créer des retards à la frontière et d\u2019entraîner une situation humanitaire inacceptable », écrit-il.Quant aux 146 millions réclamés pour les dépenses engagées l\u2019an dernier, le gouvernement fédéral ne semble pas pressé de les rembourser.«Cette réponse n\u2019est pas acceptable.Ça montre une méconnaissance complète des réalités du terrain », a répliqué M.Couillard, dont les reproches rappellent étrangement ceux que les partis d\u2019opposition lui adressaient l\u2019an dernier.Il faut sans doute se réjouir que le premier ministre accepte maintenant de regarder la réalité en face, mais on ne peut que constater la coïncidence de cette lucidité de la onzième heure avec l\u2019approche de l\u2019élection.Au train où vont les choses, la nouvelle vague de migrants, qui s\u2019annonce nettement plus forte que la précédente, risque d\u2019atteindre un sommet au moment où la campagne électorale prendra son envol et s\u2019imposera comme un de ses principaux thèmes, que les partis d\u2019opposition ne manqueront pas d\u2019exploiter.?Les Québécois ont été touchés par les images de réfugiés traversant la frontière en plein hiver, dans le plus complet dénuement.Ils sont disposés à fournir leur part, mais pas à être les dindons de la farce en accueillant plus de la moitié de ceux qui entrent au Canada, comme cela fut le cas l\u2019an dernier, alors que le Québec compte pour moins du quart de sa population.À six mois d\u2019une élection, il n\u2019est pas facile de faire l\u2019unanimité à l\u2019Assemblée nationale, peu importe le sujet.Une répartition géographique des migrants en fonction du poids démographique des provinces, comme le propose la CAQ, est de prime abord séduisante, mais M.Couillard a sans doute raison de dire que leur capacité d\u2019accueil ne peut pas être évaluée à partir de ce seul critère.Peu importe la façon de la mesurer, il est cependant clair que le fardeau actuellement imposé au Québec est excessif et potentiellement dommageable pour la paix sociale.Si M.Couil- lard se montre soudainement aussi pressé de trouver une solution à un problème dont il niait précédemment l\u2019existence, c\u2019est qu\u2019il sait très bien qu\u2019il sera tenu pour responsable de tout dérapage.Qui plus est, dans le brouhaha de la campagne, certains électeurs pourraient confondre les migrants qui traversent la frontière de façon irrégulière avec les immigrants sélectionnés en bonne et due forme, que la CAQ reproche à son gouvernement d\u2019accueillir en trop grand nombre.Les campagnes électorales sont généralement peu propices aux nuances.mdavid@ledevoir.com La onzième heure MICHEL DAVID JACQUES NADEAU LE DEVOIR Des CPE en grève Sans contrat de travail depuis le 31 mars 2015, les syndiqués d\u2019une soixantaine de centres de la petite enfance (CPE) de Montréal et de Laval ont amorcé leur grève mercredi en faisant du piquetage devant les bureaux de l\u2019Association patronale nationale des CPE dans l\u2019est de Montréal.Le débrayage qui se poursuivra jeudi touche les parents de quelque 6000 enfants.M A R C O B É L A I R - C I R I N O Correspondant parlementaire à Québec Q uelque quatre demandeurs d\u2019asile sur dix qui franchissent ces jours-ci la frontière ca- nado-américaine au Québec aspirent à refaire leur vie en Ontario.Cette statistique en main, le gouvernement québécois demande à Ottawa d\u2019ef fectuer « la sélection et le tri des gens qui veulent se diriger vers d\u2019autres provinces » afin d\u2019atténuer la pression sur les services d\u2019accueil offerts à ces migrants au Québec.«Ce serait très facile pour le fédéral de poser cette question-là parce que, présentement, les gens du ministère de la Santé posent la question informellement aux gens qui arrivent et on a près de 40 % [des personnes qui] nous disent : \u201cOn veut aller vers l\u2019Ontario.\u201d Déployer l\u2019arsenal pour les héberger, leur trouver un logement, leur donner l\u2019aide sociale pour qu\u2019ils s\u2019en aillent vers l\u2019Ontario, on trouve que\u2026 ce n\u2019est pas la meilleure idée», a fait valoir le sous-ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité, et de l\u2019Inclusion, Bernard Matte, mercredi après-midi.Le profil des personnes qui franchissent la frontière de manière irrégulière par le chemin Roxham a changé depuis un an.En 2017, les migrants provenaient « majoritairement de la communauté haïtienne ».« [Ils] voulaient venir au Québec.On disait : \u201cBen oui, ça vaut la peine !\u201d », a rappelé le haut fonctionnaire devant la Commission de l\u2019administration publique (CAP).Ce n\u2019est plus le cas.M.Matte a aussi souligné qu'« il y a davantage de familles dans les nouvelles vagues » de migrants interceptés par la Gendarmerie royale du Canada, puis pris en charge par l\u2019État québécois, ce qui laisse entrevoir une augmentation des inscriptions dans des écoles qui sont « concentrées » dans des secteurs spécifiques de Montréal.« Le ministère de l\u2019Éducation nous dit : \u201cOn a besoin d\u2019aide.On a besoin de souffler.\u201d C\u2019est pour cela que le fait de mettre une limite \u2014 je ne dirais pas un quota \u2014, de donner un signal for t sur notre capacité, ce n\u2019est pas seulement l\u2019hébergement temporaire, c\u2019est sur l\u2019ensemble.Là, la pression est grande », a-t-il soutenu.Il faisait allusion à l\u2019ultimatum lancé lundi par son patron David Heur- tel : à compter du 24 avril prochain, le Québec refusera d\u2019accueillir de nouveaux demandeurs d\u2019asile lorsque 1575 des 1850 places (85 %) en centre d\u2019hébergement temporaire sis au Québec seront occupées.« Après ça, c\u2019est sa responsabilité [au gouvernement fédéral] », a insisté M.Matte.En plus d\u2019offrir un hébergement temporaire aux migrants, le gouvernement québécois offre de l\u2019aide à la recherche d\u2019un logement permanent sur le marché locatif privé, de l\u2019aide financière de dernier recours, une éducation préscolaire ainsi qu\u2019un enseignement primaire et secondaire, des cours de français à temps partiel, de l\u2019aide juridique pour la préparation de la demande d\u2019asile, un service d\u2019aide psychologique spécialisée s\u2019adressant aux réfugiés et aux immigrants, a énuméré M.Matte après avoir rappelé que le délai d\u2019attente à la Commission de l\u2019immigration et du statut de réfugié avant une première audition s\u2019élevait à pas moins de vingt mois.Le haut fonctionnaire était convoqué devant la CAP afin de détailler les modifications apportées aux programmes d\u2019intégration des personnes immigrantes depuis la publication d\u2019un rapport par la vérificatrice générale, l\u2019automne dernier.Les élus ont profité de sa présence sur la colline Parlementaire afin de faire un bilan provisoire des contrecoups de la crise des migrants au Québec.Changement de ton Plus tôt, le premier ministre Philippe Couil- lard sommait Ottawa d\u2019assumer ses responsabilités dans l\u2019accueil des demandeurs d\u2019asile.La réponse d\u2019Ottawa transmise mardi en soirée l\u2019avait irrité.Le ton s\u2019est toutefois adouci en soirée mercredi.Les ministres Ahmed Hussen, Marc Gar- neau et David Heurtel sont arrivés ensemble à la réunion du groupe de travail sur la migration irrégulière lancé en août pour faire face à la crise.« Déjà, on sent que le ton change et qu\u2019il y a une réelle volonté de travailler avec le Québec pour trouver des solutions concrètes, et c\u2019est le but de la rencontre aujourd\u2019hui », a déclaré le ministre québécois de l\u2019Immigration, David Heurtel.Ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019ont voulu indiquer si cette reconnaissance allait s\u2019accompagner d\u2019une enveloppe.Avec La Presse canadienne Le Devoir Quelque 40% des migrants entrent au Québec pour mieux aller en Ontario L E E B E R T H I A U M E à Londres D es environnementalistes opposés au projet d\u2019expansion de l\u2019oléoduc Trans Mountain attendaient le premier ministre Justin Trudeau de pied ferme mercredi, au Royaume-Uni.La manifestation coïncidait avec un nouveau rapport des Nations unies sur les gaz à effet de serre qui montre que les émissions du Canada commencent à fléchir, mais qu\u2019il reste encore beaucoup de chemin à faire pour respecter les engagements internationaux du pays.Néanmoins, le premier ministre n\u2019a pas semblé ébranlé par la manifestation, remerciant d\u2019abord les militants de leur présence en se dirigeant vers une première rencontre avant de réaffirmer l\u2019importance de vendre aujourd\u2019hui le pétrole canadien pour payer pour de l\u2019énergie plus propre à long terme.Il y a des gens qui « croient qu\u2019il y a encore un choix à faire entre ce qui est bon pour l\u2019économie et ce qui est bon pour l\u2019environnement », a dit M.Trudeau en entrevue après s\u2019être entretenu avec ses homologues du Royaume-Uni, de l\u2019Australie et de la Nouvelle-Zélande.« Nous continuerons de faire ces deux choses de front, car nous savons que faire croître l\u2019économie est la seule manière de payer pour la transition vers le futur propre dont nous avons tous besoin », a ajouté le premier ministre.M.Trudeau a amorcé sa première journée complète au Royaume-Uni, mercredi, avec un événement pour les droits des femmes à l\u2019hôtel de ville de Londres, avant de s\u2019entretenir avec la première ministre britannique, Theresa May, le président rwandais, Paul Kagame, et des dirigeants de divers pays insulaires.Le premier ministre a aussi eu une rencontre avec la reine, avant de discuter de cyberat- taques, particulièrement celles menées par la Russie, avec ses homologues du Royaume-Uni, de l\u2019Australie et de la Nouvelle-Zélande, qui forment, avec les États-Unis, le Groupe des cinq («Five Eyes» en anglais), un partenariat en matière de sécurité et de renseignement.Les militants de Greenpeace UK ont notamment installé un faux oléoduc autour du Haut- commissariat du Canada à Londres, près de la place Trafalgar, sur lequel on pouvait lire «Cru- deau Oil ».Des manifestants ont aussi gravi deux colonnes de style grec de la mission canadienne pour dérouler de gigantesques bannières portant la même inscription, pendant que la police britannique et des employés les observaient calmement.La trentaine de militants espéraient simplement exprimer leur opposition à M.Trudeau, mais ils l\u2019ont aperçu pendant quelques secondes quand il est sorti de la mission pour se rendre à un événement à la mairie.Les écologistes ont crié au premier ministre « Les leaders de la lutte contre les changements climatiques ne construisent pas d\u2019oléoducs ! » et «Laissez les sables bitumineux dans le sol ! ».Un porte-parole de Greenpeace UK a expliqué qu\u2019ils voulaient témoigner de leur solidarité avec tous ceux qui s\u2019opposent au projet, y compris les autochtones de la Colombie-Britannique.« Beaucoup de personnes s\u2019y opposent, incluant les Premières Nations, la province de la Colombie-Britannique, les résidents de Vancouver et de Burnaby », a affirmé le directeur de campagnes de Greenpeace UK, Pat Venditti.La Presse canadienne Trudeau hanté par Trans Mountain jusqu\u2019à Londres L E D E V O I R , L E J E U D I 1 9 A V R I L 2 0 1 8 A C T U A L I T É S A 4 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Des membres du Bloc québécois menés par la présidente du forum jeunesse, Camille Goyette- Gingras, ont présenté le projet de « refondation» de la formation politique.K A R L R E T T I N O - P A R A Z E L L I L es militants du Forum jeunesse du Bloc québécois ont retiré l\u2019idée d\u2019une course à la chefferie de leur projet de refondation du parti politique.Ils préfèrent laisser les membres du Bloc décider du sort de Martine Ouellet avant d\u2019aller de l\u2019avant avec leur proposition.Des membres du Bloc menés par la présidente du forum jeunesse du par ti, Camille Goyette-Gingras, ont présenté mercredi à Montréal le projet de « refondation » de la formation politique, dont Le Devoir avait révélé les grandes lignes au début du mois d\u2019avril.Ils déposeront leur proposition lors du conseil général à la fin d\u2019avril, en espérant que les délégués du par ti adopteront l\u2019idée de tenir un «conseil spécial de refondation» de la formation politique, qui pourrait avoir lieu dès la fin de juin.« On pourra décider, au moment du congrès spécial, de ce qu\u2019on fait de la question du leadership», a expliqué Mme Goyette-Gingras.Silence sur le leadership Même si l\u2019idée d\u2019une course à la chefferie a été retirée de la proposition initialement ébruitée dans les médias, la présidente du forum jeunesse du Bloc a refusé de dire mercredi si elle accorde sa confiance à Martine Ouellet ou si l\u2019actuelle chef pourrait faire partie du projet de refondation proposé.Elle a expliqué qu\u2019une « position d\u2019abstention» adoptée par le forum jeunesse au sujet du leadership de Mme Ouellet l\u2019empêche de se prononcer publiquement.« On amène un projet qui dépasse largement les enjeux de leadership, a-t-elle souligné.Il faut quand même dire que Martine Ouellet a beaucoup de courage de rester dans toute cette situation-là.J\u2019ai hâte de voir la suite.» Le projet de refondation du Bloc québécois adopté par l\u2019exécutif du forum jeunesse prévoit la tenue d\u2019un conseil spécial, de 12 assemblées régionales et d\u2019un grand rassemblement en décembre pour décider des orientations du parti.Les indépendantistes de toutes les couleurs seraient appelés à voter.Aucune ligne directrice ne sera imposée, mis à part le fait que le parti doit demeurer indépendantiste, a expliqué Mme Goyette-Gingras.L\u2019idée évoquée par la vice-présidente du Bloc, Kédina Fleury-Samson, d\u2019élargir la portée du parti aux francophones hors Québec devra par exemple être approuvée par les membres, comme toute autre proposition qui pourrait être faite.Campagne de promotion Selon Camille Goyette-Gingras, le projet de refondation a reçu un appui «massif et presque unanime» au sein des partis indépendantistes à l\u2019extérieur du Bloc québécois et suscite un « intérêt vif » à l\u2019intérieur de la formation politique.Les militants du forum jeunesse mèneront une campagne de promotion pour élargir ce soutien et tenter de faire adopter leur proposition en conseil général.Il y a deux semaines, Martine Ouellet a répliqué à l\u2019idée du forum jeunesse en proposant un projet de programme politique axé sur la promotion de l\u2019indépendance, qui mise notamment sur la refondation « intellectuelle » du parti.La crise qui secoue le Bloc québécois fait rage depuis que sept des dix députés du parti ont décidé de claquer la porte en montrant du doigt le leadership de Mme Ouellet.La chef du Bloc a depuis accepté de se soumettre à un vote de confiance.Si les délégués du conseil général approuvent la démarche le 29 avril prochain, les membres seront appelés à se prononcer les 1er et 2 juin.Le Devoir BLOC QUÉBÉCOIS Le Forum jeunesse accorde une chance à Ouellet J E A N N E C O R R I V E A U U n stationnement de surface adjacent à la station de métro Frontenac sera transformé en complexe immobilier de 298 logements, dont 60 logements sociaux et 109 condos abordables.Le comité exécutif a donné son aval au projet lors de sa réunion hebdomadaire mercredi matin.Le terrain, d\u2019une superficie de 54 200 pieds carrés, appartient à la Société de transport de Montréal (STM).En 2015, celle-ci avait mandaté la filiale Transgesco afin qu\u2019elle mette en valeur ce site asphalté.Elle s\u2019était associée à la Société d\u2019habitation et de développement de Montréal (SHDM) pour mener à bien son projet.L\u2019opération vient de franchir un pas important.La STM vendra le terrain au promoteur Cosoltec pour 5,3 millions.Elle a également réservé un montant de 1,5 million pour la décontamination du sol.Le projet réalisé par Cosoltec comprendra aussi des espaces de bureaux d\u2019une superficie de 25 700 pieds carrés qui demeureront la propriété de la STM.Celle-ci pourra occuper, en partie ou en totalité, ces espaces répartis sur deux étages.Le groupe de ressources techniques Coop du Havre se chargera du volet de logements sociaux dans le cadre du programme AccèsLogis.Une première pour la STM C\u2019est la première fois que la STM s\u2019implique dans un projet immobilier.Le Complexe immobilier Frontenac vise à revitaliser ce secteur du quartier Centre-Sud en s\u2019inspirant du concept Transit-Oriented Development (TOD) qui favorise la densification urbaine dans les secteurs situés à proximité des services de transport collectif.Les plans sont signés par la firme d\u2019architecture Lemay.« C\u2019est une opération positive à plusieurs égards que nous espérons répéter», a indiqué le président du conseil d\u2019administration de la STM, Philippe Schnobb, par voie de communiqué.Des 109 appartements abordables, 58 % comporteront 2 chambres à coucher ou plus.Le complexe qui comptera jusqu\u2019à 12 étages sera doté d\u2019un stationnement souterrain de 213 places et d\u2019un espace pour garer 175 vélos.La construction devrait commencer en 2019 pour se terminer en 2021.D\u2019autres projets?Si la formule s\u2019avère concluante, la STM pourrait se lancer dans d\u2019autres projets, a indiqué la porte-parole de la société de transport Amélie Régis.La STM détient les droits aériens de plus de la moitié de ses édicules de métro, a-t-elle précisé.La STM n\u2019est cependant pas propriétaire des terrains entourant l\u2019édicule de la station Saint- Laurent, un site appartenant à la Ville de Montréal.À la fin des années 2000, la Société de développement Angus avait projeté d\u2019acheter le terrain pour y construire un édifice à vocation culturelle.Mais la transaction ne s\u2019était pas concrétisée, Québec ayant décidé de déménager l\u2019École de danse contemporaine de Montréal dans l\u2019édifice Wilder.Le site de l\u2019édicule Saint-Laurent est toujours vacant.Le Devoir MONTRÉAL Un projet immobilier de la STM sera construit au métro Frontenac J O C E L Y N E R I C H E R à Québec L\u2019 implantation des cours obligatoires d\u2019éducation sexuelle, prévue en septembre dans toutes les écoles primaires et secondaires, paraît compromise.Les syndicats d\u2019enseignants estiment que le ministère de l\u2019Éducation n\u2019a toujours pas fait ses devoirs, ayant négligé de planifier l\u2019of fre de formation requise pour bien transmettre la matière.Dans ces circonstances, la Fédération des syndicats de l\u2019enseignement (FSE), appuyée par le groupe Profs en mouvement, juge que les enseignants ne seront tout simplement pas prêts à prendre une telle responsabilité additionnelle en septembre.Elle demande donc à Québec de reporter à plus tard l\u2019implantation de l\u2019éducation sexuelle à l\u2019école.La FSE va recommander à ses membres de ne pas accepter de fournir cet enseignement s\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019abord reçu la formation nécessaire.«Les enseignants nous disent : pour nous, ce n\u2019est pas arrivé, on n\u2019a pas commencé à vivre ces formations-là et on ne sait pas quel type de formation on recevra», a déploré la présidente de la FSE, Josée Scalabrini, en conférence de presse mercredi, disant ignorer totalement quelle est la stratégie et quel est le plan de match du ministre de l\u2019Éducation, Sébastien Proulx.« On dit aux enseignants : si vous ne vous sentez pas prêts, ne levez pas la main », ajoute Mme Scalabrini, rappelant qu\u2019en principe les enseignants auront le choix d\u2019inclure ou non l\u2019éducation sexuelle à l\u2019enseignement de leur matière.L\u2019éducation sexuelle sera obligatoire pour l\u2019élève, mais la tâche de l\u2019enseigner, elle, sera facultative et volontaire.Selon le plan de Québec, l\u2019éducation sexuelle ne fera pas partie de la grille-matières comme telle, étant plutôt intégrée à l\u2019enseignement des matières existantes.Par exemple, un enseignant de français pourrait insérer du contenu pédagogique de nature sexuelle à son cours pendant quelques heures.Il est prévu cinq heures par année au primaire et quinze heures au secondaire.Québec garde le cap Dans un communiqué de presse dif fusé en soirée, mercredi, le ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur a répondu à la sortie des enseignants.Québec dit poursuivre les démarches « d\u2019accompagnement du réseau scolaire » en vue d\u2019une implantation de l\u2019éducation à la sexualité « dès la rentrée 2018-2019, au primaire et au secondaire ».Selon le ministère, il « revient aux acteurs locaux, soit les commissions scolaires et les directions d\u2019établissements d\u2019enseignement, de déterminer, avec leurs équipes, qui assurera l\u2019enseignement des notions liées à l\u2019éducation à la sexualité ».La Presse canadienne Éducation sexuelle : Québec n\u2019a pas fait ses devoirs, jugent les professeurs Accord de Paris : le Canada devra accélérer la cadence Ottawa \u2014 Les émissions canadiennes de gaz à effet de serre (GES) commencent à fléchir, mais le pays devra grandement accélérer la cadence s\u2019il veut s\u2019acquitter de ses obligations en vertu de l\u2019Accord de Paris sur les changements climatiques, démontrent des données publiées mardi.Des chiffres que le Canada doit fournir chaque année aux Nations unies indiquent que le pays a produit 704 millions de tonnes de GES en 2016.Le Canada devra retrancher encore 187 millions de tonnes pour respecter ses engagements, à savoir des émissions qui seraient d\u2019au moins 30 % inférieures à celles de 2005 d\u2019ici 2030.Cela veut dire que le Canada ne pourra pas produire plus de 517 millions de tonnes d\u2019émissions polluantes en 2030.La Presse canadienne Le corps inanimé d\u2019un enfant est retrouvé à Québec Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a retrouvé, mercredi après-midi, le corps inanimé d\u2019un enfant en bas âge dans une résidence du secteur Charlesbourg, à Québec.Les policiers ont confirmé mercredi soir qu\u2019il s\u2019agit de la petite Rosalie Gagnon, deux ans, dont la disparition a été signalée plus tôt dans la journée.Le corps de l\u2019enfant a été transporté à l\u2019hôpital par ambulance.En début d\u2019après-midi, mercredi, le SPVQ avait demandé l\u2019aide de la population pour retrouver une jeune mère, Audrey Gagnon, et sa fillette de deux ans, qui pouvait être en danger.Quelques heures plus tard, les policiers ont localisé la jeune femme de 23 ans dans le secteur de l\u2019avenue Gaspard, mais sans sa fillette.Selon une porte-parole du SPVQ, Cyndi Paré, les enquêteurs ont interrogé la mère et un autre individu qui se trouvait en sa compagnie.Les deux personnes sont considérées comme des «témoins importants».La Presse canadienne Q uelque 6 % des Canadiens qui n\u2019ont jamais consommé de marijuana, ou qui n\u2019en ont pas consommé au cours des trois derniers mois, se sont dits susceptibles d\u2019essayer le cannabis ou d\u2019augmenter leur consommation après la légalisation de la marijuana récréative par le gouvernement fédéral, selon un sondage mené par Statistique Canada.Par contre, le quart des «consommateurs de cannabis actuels » ont déclaré qu\u2019ils seraient susceptibles d\u2019augmenter leur consommation après la légalisation, quelque part cet été.On entend par «consommateurs de cannabis actuels » ceux qui ont consommé toute forme de cannabis au cours des trois derniers mois, à des fins médicales ou non médicales.Afin de pouvoir comparer l\u2019avant et l\u2019après-lé- galisation, Statistique Canada a lancé cet hiver une nouvelle enquête nationale consacrée spécifiquement au cannabis.Les premiers résultats trimestriels de l\u2019enquête révèlent notamment que plus des trois quarts des consommateurs ne seraient pas plus susceptibles d\u2019essayer le cannabis ou d\u2019augmenter leur consommation après la légalisation.À l\u2019échelle nationale, 14 % des Canadiens âgés de 15 ans ou plus ont déclaré avoir consommé une certaine forme de cannabis au cours des trois derniers mois \u2014 toujours à des fins médicales ou non médicales.Par contre, cette prévalence varie d\u2019une province à l\u2019autre: elle passe d\u2019un plancher de 10% au Québec à 14% au Nouveau-Brunswick et en Ontario, et jusqu\u2019à 20% en Nouvelle-Écosse.Mais selon l\u2019agence fédérale, ces écarts n\u2019étaient pas statistiquement significatifs par rapport à la moyenne nationale de 14%.Entre connaissances L\u2019Enquête nationale sur le cannabis révèle par ailleurs que plus de la moitié (56%) des consommateurs de cannabis au Canada ont indiqué en avoir consommé « quotidiennement » ou « hebdomadairement», sous une forme ou une autre.Le gouvernement fédéral soutient qu\u2019il veut légaliser la marijuana pour retirer ce marché des mains du crime organisé.Or, l\u2019enquête de Statistique Canada nous apprend qu\u2019un répondant sur cinq a déclaré obtenir son cannabis auprès d\u2019un revendeur.En fait, les consommateurs ont tendance à obtenir leurs produits auprès de quelqu\u2019un qu\u2019ils connaissent : près du tiers des répondants l\u2019ont obtenu auprès d\u2019un membre de la famille ou d\u2019un ami, et 22% ont partagé du cannabis avec un groupe d\u2019amis.Enfin, 14 % des consommateurs de cannabis qui possédaient un permis de conduire valide ont déclaré qu\u2019ils avaient déjà conduit dans les deux heures suivant leur consommation.Le sondage a été mené du 19 février au 18 mars 2018.La Presse canadienne SANTÉ Cannabis : pas plus attirant, même rendu légal Il faut quand même dire que Martine Ouellet a beaucoup de courage de rester dans toute cette situation-là Camille Goyette-Gingras, présidente du forum jeunesse du Bloc québécois « » STM L E D E V O I R , L E J E U D I 1 9 A V R I L 2 0 1 8 A C T U A L I T É S A 5 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 I S A B E L L E P O R T E R à Québec A près cinq jours d\u2019observations sur la peine, Alexandre Bissonnette a fondu en larmes au tribunal mercredi matin quand le juge François Huot a souligné à quel point ses gestes avaient fait souffrir ses parents.« À mon sens, Raymond Bissonnette et son épouse sont des victimes collatérales dans cette affaire et je suis convaincu que ce sont des gens qui souffrent énormément», a déclaré le juge Huot durant l\u2019un des témoignages.« J\u2019en appelle à votre charité et, peut-être, à votre foi de ne pas les affliger davantage.» Dans le box des accusés, l\u2019auteur de la tuerie à la mosquée sanglotait sans arrêt.À tel point que le juge a demandé qu\u2019on fasse une pause pour lui permettre de se calmer.Le père d\u2019Alexandre Bis- sonnette est présent dans la salle à chaque étape des observations sur la peine.Le juge Huot réagissait au témoignage de l\u2019un des rescapés de la tragédie, Ibrahim Bekkari Sbai.Ce dernier avait laissé entendre que le père d\u2019Alexandre Bissonnette avait «contribué à l\u2019éducation» d\u2019un «monstre ».« C\u2019est très humain de chercher des explications pour des actes sordides et quelque part, c\u2019est peut-être un peu réconfortant de pointer du doigt rapidement l\u2019environnement familial », lui a rétorqué le juge, avant d\u2019ajouter qu\u2019Alexandre Bissonnette avait 27 ans au moment des événements.« Ce n\u2019était plus un petit enfant.Il a eu son propre parcours indépendamment des valeurs qu\u2019ont pu lui transmettre ses propres parents.» Une perte pour tout le Québec La Couronne a convoqué à la barre plus de 15 témoins dans le cadre des observations sur la peine qui se poursuivent jeudi.Mercredi matin, on a pu entendre la veuve de Khaled Bel- kacemi et deux de ses enfants.Âgée de 52 ans, Mme Ha- moudi travaillait dans la même équipe de recherche que son mari à l\u2019Université Laval, en génie agroalimentaire.« La perte de mon mari en est une pour toute la société québécoise, a-t-elle déclaré.Ses recherches étaient une quête perpétuelle de meilleurs moyens d\u2019améliorer la santé humaine et celle de l\u2019environnement.» Il avait notamment travaillé à la «production d\u2019huiles hydrogénées sans gras trans pour ne pas nuire à la santé cardiovas- culaire », a-t-elle donné entre autres exemples.Le couple, qui a eu trois enfants, a quitté l\u2019Algérie en 1994 pour fuir le terrorisme après l\u2019assassinat du recteur de l\u2019Université des sciences et de la technologie à Alger.«L\u2019ironie du sort a fait que notre vie calme et sereine soit bouleversée le 29 janvier 2017 », a lancé leur fille Megda dans son témoignage.«La violence que mes parents ont fuie nous a rattrapés.» Aînée des 17 orphelins de la tragédie, la jeune avocate de 29 ans a souligné que, sur papier, Alexandre Bissonnette et elle avaient pourtant plusieurs points communs : « Comment un homme qui a le même âge que moi, qui a grandi dans la même ville que moi, qui a un parcours si semblable au mien, quelqu\u2019un que j\u2019aurais pu connaître, qui fréquentait probablement les mêmes endroits que moi, comment cette personne a pu enlever la vie de mon père et de cinq autres pères de famille [\u2026] ?» Son frère Amir, 26 ans, qui travaille dans le milieu de la restauration, est également venu parler de leur père.« C\u2019était une personne pacifique, dévouée.[\u2026] S\u2019expatrier comme il l\u2019a fait pour nous donner une chance de vivre une vie plus simple, sereine\u2026 ça comporte énormément de sacrifices.» En terminant son témoignage, il a qualifié le meurtrier de « monstre » ayant « perdu toute son humanité».Puis il l\u2019a regardé fixement dans les yeux avant de retourner dans la salle.À la défense de leur religion On a ensuite pu entendre les témoignages de trois autres hommes qui se trouvaient sur le lieu de la tuerie.Rappelons qu\u2019au total, pas moins de 35 personnes se trouvaient au Centre culturel islamique ce soir-là, dont quatre enfants.L\u2019un après l\u2019autre, ils ont évoqué les symptômes du choc post-traumatique, la peur persistante que cela se reproduise, le difficile retour au travail.Cer tains ont parlé pendant plus d\u2019une heure en relatant au juge leur parcours d\u2019immigration, leur vision du Québec.Plus d\u2019un a souligné que l\u2019islam n\u2019était pas une religion violente, en citant des extraits du Coran.« Le mot \u201cislam\u201d aussi, pour nous, en arabe, c\u2019est la paix.[\u2026] Le même message de paix véhiculé par Jésus », a affirmé Ibrahim Bekkari Sbai, un employé de l\u2019Agence de revenu Québec de 44 ans.L\u2019un après l\u2019autre, ils sont venus dire qu\u2019ils étaient de bonnes personnes, des immigrants qui ne devraient inspirer aucune méfiance.« Moi, j\u2019aime toujours aider les gens », a raconté Ahmed Ech-Chahedy, un professeur d \u2019éducat ion phys ique de 44 ans qui forme de jeunes athlètes de taekwondo.« Quand je suis venu ici, à Québec, je n\u2019étais pas venu pour dire aux gens comment vivre, même si je suis musulman.Ma religion m\u2019a enseigné à respecter l\u2019autre.» Le Devoir ATTENTAT DE QUÉBEC Les parents de Bissonnette : «Des victimes collatérales», estime le juge J\u2019en appelle à votre charité et, peut-être, à votre foi de ne pas les affliger davantage François Huot, juge à la Cour supérieure du Québec « » FRANK GUNN LA PRESSE CANADIENNE Deuxième l\u2019an dernier dans la course à la chefferie du Parti conservateur, Maxime Bernier avait célébré la victoire de son adversaire Andrew Scheer devant les partisans.M A R I E V A S T E L Correspondante parlementaire à Ottawa L a controverse suscitée par un chapitre de son livre aura eu raison de sa carrière d\u2019autobiographe\u2026 pour l\u2019instant.Maxime Bernier reporte la publication d\u2019un livre sur ses idées politiques après que la sortie d\u2019extraits où il décochait quelques flèches à l\u2019endroit du chef Andrew Scheer eut fâché ses collègues.Les propos de Maxime Ber- nier avaient mal passé.L\u2019élu beauceron s\u2019opposait une fois de plus au système de gestion de l\u2019offre, dans un passage de son livre rendu public la semaine dernière.Mais il déplorait en outre que de «faux conservateurs» aient fait élire Andrew Scheer comme chef: des partisans de la gestion de l\u2019offre qui étaient devenus membres du parti simplement pour barrer la route à Maxime Bernier, qui est arrivé deuxième dans la course à la chefferie du Parti conservateur l\u2019an dernier.« Je me rends compte que tout ce que j\u2019écris sera toujours interprété comme une tentative de créer de la division et de contester notre chef », déplorait M.Bernier sur Twitter mercredi, arguant que seuls trois paragraphes sur les trente pages du chapitre portaient sur la course.« Ce livre et les idées qu\u2019il contient sont très importants pour moi.Mais ce n\u2019est pas le bon moment pour le publier.Après mûre réflexion, dans le but de maintenir l\u2019harmonie au sein de notre parti, j\u2019ai décidé de reporter sa publication indéfiniment », a-t-il annoncé, sans accorder d\u2019entrevue par la suite.Isolé au caucus Les collègues de Maxime Bernier avaient tour à tour dénoncé ses écrits la semaine dernière, sur Twitter ou en entrevues.Certains l\u2019avaient carrément accusé d\u2019être mauvais perdant.De retour à Ottawa, après deux semaines de relâche parlementaire, plusieurs lui ont fait comprendre en réunion du caucus qu\u2019il était allé trop loin, selon les informations du Devoir.M.Bernier est connu pour son franc-parler.Son opposition à la gestion de l\u2019of fre ne date pas d\u2019hier et il en avait fait un thème central de sa campagne à la chefferie.Mais sa sortie contre le nouveau chef avait fâché ses collègues.« C e q u \u2019 o n avait à dire à M.Bernier a été dit au moment opportun, c\u2019est- à-dire dans le caucus», a brièvement déclaré Gérard Deltell à sa sortie de la rencontre.« Je pense que c\u2019était la meilleure décision qu\u2019il fallait prendre, pour lui et pour tout le monde », a estimé Sylvie Boucher.L\u2019Ontarien Erin O\u2019Toole, qui est arrivé troisième dans la course au leadership, a reconnu que « tout le monde ronchonne après une course à la chefferie ».Mais il a noté que « des mémoires sont habituellement publiés à la fin d\u2019une carrière politique ».Tous avaient compris que Maxime Bernier annulait carrément la publication de son livre.L\u2019annonce officielle de sa décision \u2014 qui serait entièrement la sienne, selon les conservateurs \u2014 est venue expliquer en fin de journée que la publication était plutôt reportée à une date indéterminée.M.Bernier conser ve son poste de critique en matière d\u2019industrie au sein du caucus conservateur « pour l\u2019instant », a-t-on indiqué.Le livre Faire de la politique autrement : ma vision du Canada devait paraître le 1er novembre.Maxime Ber nier comptait notamment y revenir sur son passage au gouvernement de Stephen Harper.Dans le chapitre sur la gestion de l\u2019offre, le député écrivait qu\u2019Andrew Scheer avait récolté « l\u2019appui de ces faux conser vateurs, uniquement intéressés à bloquer ma candidature et à protéger leurs privilèges.Il est intéressant de noter qu\u2019un an plus tard, la plupart d\u2019entre eux n\u2019ont pas renouvelé leur carte et ne sont plus membres du parti ».Le Devoir PARTI CONSERVATEUR Bernier reporte la publication de son livre Quelques flèches décochées à l\u2019endroit d\u2019Andrew Scheer ont fâché ses collègues M A R I E - M I C H È L E S I O U I Correspondante parlementaire à Québec L es par tis d\u2019opposition se sont ligués mercredi matin pour dénoncer le « cover-up » du Par ti libéral du Québec (PLQ), qui aurait été avisé dès 2014 de plaintes d\u2019inconduite sexuelle visant le député d\u2019Ar- genteuil, Yves St-Denis.Les membres du gouvernement libéral ont répliqué en annonçant « des vérifications » sur cette af faire, qui a mené l\u2019élu des Laurentides à quitter le caucus libéral mardi.Les instances du PLQ ont répété que « des vérifications étaient en cours » et refusé de donner davantage de détails.Selon des informations publiées par La Presse mercredi, une première dénonciation visant Yves St-Denis a été étouffée par le PLQ en 2014.Non seulement le par ti aurait-il ignoré l\u2019appel à l\u2019aide de la victime, il l\u2019aurait de surcroît invitée, « sans détour », à se taire.Yves St-Denis aurait aussi envoyé des photos explicites à deux autres employées de la permanence du parti.Cette version des fa i ts contraste avec celle présentée mardi par les libéraux, qui ont alors dit avoir été avisés en décembre d\u2019une plainte visant le député St-Denis.Selon l\u2019opposition, il s\u2019agit ni plus ni moins d\u2019une tentative de cacher la vérité.« Il y a un scandale sexuel, une tentative de cover-up par le Parti libéral et ça a fini par sortir dans les médias.Et donc là, on simule une espèce de problème moral, du jour au lendemain », a ironisé la députée caquiste Geneviève Guilbault.« Ça a tout l\u2019air d\u2019un camouflage », a poursuivi le député solidaire Gabriel Nadeau-Du- bois.« [Le Parti libéral] a tenté d\u2019étouffer l\u2019affaire [\u2026] et c\u2019est inquiétant.» Le député péquiste Sylvain Pagé a ajouté qu\u2019il était « triste qu\u2019on soit obligé d\u2019attendre d\u2019être devant les médias pour qu\u2019une formation politique agisse ».Des «vérifications» L\u2019histoire a éclaté au grand jour mardi, après qu\u2019une employée du PLQ eut révélé au réseau Cogeco que le député St-Denis lui avait envoyé des photos sexuellement explicites en 2014.Le principal intéressé a reconnu les faits, mais plaidé que la femme était « consentante ».Il a ensuite quitté les rangs du caucus libéral.Dans la foulée, la whip libérale, Nicole Ménard, a déclaré avoir été avisée d\u2019une plainte visant le député St-De- nis en décembre dernier.Elle a dit estimer qu\u2019elle n\u2019avait pas à inter venir auprès de l\u2019élu, puisque la plainte était confidentielle.Le PLQ a néanmoins été informé du fait, si bien qu\u2019il a pris soin de reporter l\u2019investiture libérale dans Argenteuil.« Nous, ce qu\u2019on demande, c\u2019est qui, au Parti libéral, savait quoi, et depuis quand ?» a demandé Geneviève Guilbault.« Est-ce que M.Couillard savait ?» a ajouté Gabriel Na- deau-Dubois.Réponse de Couillard Les médias ont posé la question au premier ministre.« Dès que j\u2019ai lu ces déclarations, je me suis assuré que les vérifications en cours au parti couvrent également cet élément-là, et ça va être le cas.Je veux en avoir le cœur net.Ce n\u2019est pas vrai qu\u2019on va banaliser cette situation-là », a-t-il assuré.La ministre responsable de la Condition féminine, Hélène David, a fait référence à ces vérifications quand elle a été interpellée au Salon bleu.« Ce n\u2019est certainement pas moi, à titre de ministre de la Condition féminine, [qui vais] aller plus loin », a-t-elle ajouté.Le Devoir INCONDUITE SEXUELLE « Ça a tout l\u2019air d\u2019un camouflage » Affaire Yves St-Denis : l\u2019opposition accuse le PLQ de « cover-up » Nous, ce qu\u2019on demande, c\u2019est qui, au Parti libéral, savait quoi, et depuis quand Geneviève Guilbault, députée de la CAQ « » Dans le chapitre sur la gestion de l\u2019offre, le député écrivait qu\u2019Andrew Scheer avait récolté « l\u2019appui de ces faux conservateurs, uniquement intéressés à bloquer ma candidature et à protéger leurs privilèges» e dernier rapport annuel d\u2019Amnesty International sur la peine de mort, rendu public la semaine dernière, faisait état d\u2019une diminution du nombre d\u2019exécutions dans le monde, l\u2019ONG y voyant le signe encourageant d\u2019un recul, lent mais inéluctable, du recours à la peine capitale.L\u2019amélioration est notable en Afrique subsa- harienne, ainsi qu\u2019en Iran et au Pakistan, deux des pays qui comptent parmi ceux qui exécutent le plus.Reste qu\u2019en 2017, 993 exécutions ont été enregistrées dans le monde, Chine exceptée puisque Pékin garde son chiffre secret.L\u2019Irak contrevient à une tendance que l\u2019on voudrait inexorable.Or, l\u2019État irakien applique depuis la mise en déroute militaire du groupe État islamique (EI) une justice expéditive.Un récent reportage du New York Times signalait qu\u2019en l\u2019espace de deux petites heures de procès à Bagdad, 14 femmes avaient été condamnées à la potence.Lundi, le ministère de la Justice a annoncé que 11 personnes condamnées pour « crimes de terrorisme » avaient été pendues.C\u2019est une justice qui n\u2019a pas de scrupules à ratisser large, prête à mettre le grappin sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un sympathisant du groupe EI.On évalue entre 13 000 et 20 000 le nombre d\u2019individus détenus par les autorités irakiennes pour leurs liens présumés avec l\u2019organisation.Beaucoup ont été faits prisonniers sur le champ de bataille.D\u2019autres ont été arrêtés loin des combats, sur la foi de délateurs, notamment.Il va de soi, dit Human Rights Watch, que des condamnations sont prononcées sur la base d\u2019aveux obtenus sous la torture.Depuis l\u2019été dernier, plus de 10 000 cas ont été portés devant les deux tribunaux spéciaux mis sur pied pour juger les affaires de terrorisme, l\u2019un à Tel Keif, près de Mossoul, l\u2019autre à Bagdad, où sont jugées en particulier des étrangères qui, dans bien des cas, avaient été emmenées de gré ou de force par leur mari venu se joindre à la cause.D\u2019après le NYT, environ 1350 femmes, accompagnées de 580 enfants, originaires principalement de la Turquie, de la Russie et de pays de l\u2019Asie centrale, attendraient leur procès dans les geôles de Bagdad.On conçoit parfaitement bien que la violence et l\u2019insécurité que vivent les Irakiens font en sorte qu\u2019ils ne se laissent guère émouvoir par les enjeux que soulèvent cette justice sommaire et le recours généralisé à la pendaison.Mais ils y seraient peut-être plus sensibles si le premier ministre Haider Al-Abadi n\u2019avait pas décidé qu\u2019il lui était utile d\u2019entretenir ce climat de revanche dans le contexte des législatives qui se tiendront le 15 mai prochain.Ainsi vont l\u2019Irak et son système de justice dans le pays « libéré » par les États-Unis en 2003.La nouvelle politique de mobilité durable (PMD) du gouvernement Couillard pourrait changer la donne en matière d\u2019organisation des transports au Québec.Son succès dépendra de notre capacité collective à repenser l\u2019aménagement du territoire et la fiscalité municipale.n peut bien s\u2019arrêter aux détails de cette politique de mobilité durable, mais ce serait pour produire une fausse note inaudible dans un concert d\u2019éloges.Tour à tour, l\u2019Union des municipalités du Québec, la Fédération québécoise des municipalités, la Ville de Montréal, le Conseil du patronat du Québec, le CN, l\u2019Association du camionnage et d\u2019autres organismes, pour la plupart impliqués dans le comité consultatif qui a jeté les esquisses de la PMD, ont salué la cohérence d\u2019ensemble du gouvernement.Ce plan de 9,7 milliards de dollars, dont 2,9 milliards de nouveaux investissements, prend en considération l\u2019ensemble des modes de transport, le but étant de permettre à tous les citoyens, peu importe leur condition et leur localisation, de se déplacer rapidement, à coût raisonnable et en toute sécurité.Si elle est placée entre les mains d\u2019hommes et de femmes de bonne volonté, la PMD permettra de mettre un terme à cette habitude malsaine qui consiste à construire ou à élargir toujours plus de voies rapides a?n de régler les problèmes de congestion et de mobilité.À l\u2019heure où le parc automobile augmente plus vite que la population dans les grands centres urbains, cette stratégie de fuite par en avant mène à un cul-de-sac.La lutte contre les changements climatiques, l\u2019amélioration de la qualité de vie et de la mobilité nécessitent des solutions plus complexes que l\u2019addition des couches d\u2019asphalte.La PMD propose donc un changement de paradigme.Elle est assortie d\u2019objectifs ambitieux, entre autres pour réduire de 20% l\u2019usage de l\u2019automobile en solo, pour augmenter de 30 % la fréquentation des transports collectifs et pour réduire de 37,5% les émissions de gaz à effet de serre sous le niveau de 1990.Seule ombre au tableau, ces objectifs seront dif?ciles à atteindre faute de mesures contraignantes, notamment l\u2019instauration d\u2019un péage urbain dans la région métropolitaine.Mais il y a un problème plus large.A?n que cette «Baie-James de notre époque » ne devienne pas un nouveau Plan Nord tragi- comique, il faudra modi?er de manière substantielle l\u2019aménagement du territoire, et juguler l\u2019étalement urbain.Les choix faits jusqu\u2019ici conditionnent la dépendance à l\u2019automobile, estime Christian Savard, directeur général de Vivre en ville.La nouvelle politique reconnaît l\u2019importance de l\u2019aménagement du territoire pour atteindre les objectifs, puisqu\u2019il permet de réduire les distances à parcourir et les besoins en déplacements motorisés.Il s\u2019agit en somme de densi?er le territoire, alors que le ré?exe des promoteurs, des développeurs, des élus municipaux est de repousser toujours plus loin les frontières de la banlieue.Cette exigence de densi?cation est indissociable d\u2019une réforme de la ?scalité des municipalités.En dépit de toutes les études, commissions d\u2019enquête et livres blancs, celles-ci dépendent toujours des impôts fonciers pour boucler leurs budgets.L\u2019augmentation des taxes, la réduction des services et l\u2019expansion du territoire bâti pour accroître l\u2019assiette ?scale demeurent donc les trois ingrédients de base de la recette des maires.Québec a reconnu récemment les villes comme des gouvernements de proximité à part entière.Ce statut passe par un accès à de nouvelles sources de revenus.L\u2019atteinte des cibles du PMD dépend d\u2019un changement des politiques d\u2019aménagement du territoire et d\u2019une réforme de la ?sca- lité municipale.Pour ces raisons, la barre est haute.L E D E V O I R , L E J E U D I 1 9 A V R I L 2 0 1 8 A 6 EDITORIAL L E T T R E S L\u2019Ouest canadien en crise La saga que provoque l\u2019oléoduc Trans Mountain entre la Colombie-Britannique et l\u2019Alberta, deux gouvernements pourtant néodémocrates, démontre à quel point le gouvernement central du fédéralisme canadien vit une période cruciale de son histoire.En effet, il m\u2019apparaît clair que l\u2019argumentaire de l\u2019« intérêt national » clamé haut et fort depuis le début du conflit par le premier ministre Trudeau est loin de rallier tous les Canadiens, en particulier les Britanno-Colombiens qui semblent prêts à tout pour empêcher la réalisation de Trans Mountain.L\u2019escalade des moyens de pression de part et d\u2019autre des dif férents paliers de gouvernement est enclenchée, notamment un débat d\u2019urgence à la Chambre des communes à Ottawa, l\u2019adoption d\u2019une loi inédite en Alberta qui pourrait réduire les approvisionnements en pétrole de la Colombie-Britannique et la menace du procureur général de la Colombie-Britannique de poursuivre l\u2019Alberta, alléguant qu\u2019il est inconstitutionnel pour une province d\u2019utiliser sa politique énergétique comme arme de représailles commerciales.L I B R E O P I N I O N I A N D E V A L I C O U R T Professeur au collège Lionel-Groulx J U L I E C H A R R O N Professeure au collège Lionel-Groulx L e programme politique de la Coalition avenir Québec (CAQ) tangue parfois un peu à gauche, mais plus souvent à droite, en fonction des courants populaires qui guident son programme.À écouter son chef, on entend mal le rôle que l\u2019État devrait jouer dans la société.Par contre, les candidates et candidats qui porteront ses couleurs aux prochaines élections nous informent davantage sur la direction que prendrait le gouvernement qu\u2019elle aimerait piloter.Dans l\u2019état-major économique de la CAQ, on retrouve Youri Chassin, qui a été longtemps économiste à l\u2019Institut économique de Montréal.Ses analyses économiques ont toujours été campées très à droite, à un tel point qu\u2019on peut l\u2019associer aux idées de Margaret Thatcher qui, rappelons-le, a déjà af firmé que la société n\u2019existe pas.En ce sens, M.Chassin af firmait récemment qu\u2019un État se mettant au service du bien commun était un mythe : « Si je me montre si suspicieux envers les solutions étatiques, c\u2019est principalement parce que je ne crois pas au mythe d\u2019un État au service du bien commun.Déjà, l\u2019idée qu\u2019il puisse exister un \u201cbien commun\u201d sonne l\u2019alarme » (22 mars, blogue personnel de M.Chassin).On croirait entendre ici Ayn Rand, cette idéologue qui a inspiré les libertariens associés au Parti républicain des États-Unis.Mais qu\u2019en est-il de cette idée du bien commun ?Est-elle une illusion sans valeur comme monsieur Chassin le croit ?Intérêt collectif Jean-Jacques Rousseau est probablement le philosophe ayant le mieux défini cette notion, inspirant à sa suite la Révolution française et bon nombre de programmes politiques sociaux-démocrates.Pour ce philosophe, le bien commun concurrence les intérêts particuliers au sein d\u2019une société.Faire démocratie consiste à accepter de sacrifier une partie de ses intérêts personnels (par exemple à travers les taxes et les impôts) pour favoriser l\u2019intérêt collectif (à travers les services publics).L\u2019histoire du Québec nous démontre que l\u2019État a bel et bien été au service du plus grand nombre.Par exemple, la nationalisation de l\u2019hydroélectricité sous Jean Lesage a permis de donner à tous les Québécois une source d\u2019approvisionnement électrique plus fiable et moins coûteuse que lorsque les sociétés américaines avaient la main mise sur nos rivières.Cette nationalisation a de toute évidence bénéficié aux Québécoises et Québécois qui se payent l\u2019un des services électriques les moins chers en Amérique du Nord.Ne croyant pas en l\u2019intervention de l\u2019État au service du bien commun, on ne s\u2019étonnera pas que M.Chassin soit pour une privatisation partielle d\u2019Hydro-Québec.Notre système des centres de la petite enfance est un autre exemple de service qui favorise l\u2019intérêt collectif.La mise en place de ce système de garde à prix abordable en 1997 a permis une plus grande participation des femmes au marché du travail et a favorisé le développement de tous les enfants, qu\u2019ils soient de milieux favorisés ou de milieux défavorisés.Par le fait même, les enfants qui fréquentent les CPE arrivent mieux préparés à l\u2019école, ce qui accroît leur réussite et leur persévérance scolaires (Laurin et autres, Pediatrics, 2015).Si monsieur Chassin devait être élu, il y a fort à parier qu\u2019il fera pression sur le gouvernement pour un désinvestissement de l\u2019État dans le réseau des CPE, puisqu\u2019il est défavorable à l\u2019existence de ce service public.Nous pouvons conclure que monsieur Chassin nous propose une vision du bien (le commun n\u2019existe pas pour lui) qui repose sur la somme des intérêts particuliers plutôt que sur l\u2019intérêt du plus grand nombre.L\u2019entrée en politique de monsieur Chassin a pour mérite de nous faire réfléchir collectivement sur le bien commun, sur sa définition et sur le modèle de société que nous voulons.Souhaitons- nous un modèle social qui ressemble à celui des États-Unis ?C\u2019est ce que nous propose monsieur Chassin.Ou souhaitons- nous préserver le bien commun québécois, legs des générations passées qui ont permis de faire du Québec l\u2019une des sociétés les plus heureuses (et égalitaires) de la planète ?La CAQ et le bien commun FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, VÉRONIQUE CHAGNON, VALÉRIE DUHAIME, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET À mes yeux, nous vivons actuellement une crise constitutionnelle dont l\u2019issue, inconnue jusqu\u2019à maintenant, devra être réglée devant les tribunaux.Une démarche qui pourrait être très longue et qui risque de compromettre sérieusement l\u2019aboutissement de l\u2019oléoduc en plus de donner un dur coup à la crédibilité du pouvoir central à Ottawa\u2026 Henri Marineau, Québec, le 18 avril 2018 couronnement rapide ne sont plus capables de travailler avec elle, que même Mario Beaulieu, qui ne peut être considéré comme un indépendantiste mou, ne l\u2019appuierait plus ?Même s\u2019il y a matière, est-il absolument nécessaire d\u2019en ajouter ?Quels que soient les résultats de la prochaine élection provinciale, il est évident qu\u2019il faudra rassembler au Bloc québécois en 2019 tous les indépendantistes, tous ceux qui croient encore au Québec et à ses intérêts.Martine Ouellet a bien démontré qu\u2019elle est incapable de diriger avec conviction et intelligence ce ralliement si important.Il est désolant et sans doute unique dans l\u2019histoire des par tis politiques de voir un nouveau chef, en aussi peu de temps, amener son parti si près de sa désintégration.Je dis à ceux qui l\u2019appuieraient encore de penser que notre combat pour un Québec indépendant vaut plus que chacun d\u2019entre nous, y compris Martine Ouellet.Tournons la page, pensons ensemble aux beaux défis qui nous attendent et que nous relèverons.Louis Demers, avocat Le 18 avril 2018 Nous, indépendantistes Aux membres du Bloc québécois, Nous sommes tous indépendantistes et nous ne devrions pas permettre à Mar tine Ouellet de se couvrir du drapeau du Québec pour cacher son grave problème de leadership.Elle a certainement des qualités, mais elle n\u2019a pas inventé le discours souverainiste, n\u2019est pas la seule à pouvoir le por ter et, de toute évidence, le défend mal.Faut-il encore rappeler que, lors de ses deux courses à la chefferie du Parti québécois, aucun de ses collègues députés qui la connaissaient bien ne l\u2019ont appuyée, que plusieurs députés du Bloc québécois qui avaient insisté pour son POLITIQUE DE MOBILITÉ DURABLE La barre est haute IRAK Justice revancharde O L GUY TAILLEFER BRIAN MYLES L E D E V O I R , L E J E U D I 1 9 A V R I L 2 0 1 8 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter),Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants),Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatricespublicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).P lus les détails filtrent à propos d\u2019Alexandre Bissonnette, plus on constate qu\u2019il s\u2019agit de la réincarnation de Marc Lépine des décennies plus tard.Comme son infâme prédécesseur, de qui Bis- sonnette s\u2019est apparemment inspiré avant d\u2019exécuter son crime, l\u2019homme responsable de la tuerie à la mosquée de Québec répond lui aussi au portrait « type » du tueur de masse.Il est jeune, mâle, de race blanche et de classe moyenne, un loup solitaire nourrissant à la fois une fascination pour les armes et de profondes rancunes envers la société.Son geste ne tient pas à un coup de tête, à une folie passagère, mais a été au contraire méticuleusement planifié.« Ce n\u2019est pas vrai que je ne me souviens pas.Je me souviens de tout », dira-t-il plus tard.Comme d\u2019autres avant lui, Alexandre Bisson- nette a voulu abattre au grand jour le plus de gens possible.Les tueurs de masse font toujours leur besogne sur la place publique, souvent en plein jour, puisqu\u2019il s\u2019agit essentiellement du sacrifice humain des temps modernes.Bissonnette a même dit regretter ne pas avoir tué davantage de personnes, question d\u2019assouvir sa soif de reconnaissance, son besoin de célébrité morbide.« Comme un enfant qui renverse le damier quand le jeu le désavantage, dit le psychiatre américain James Knoll [le tueur de masse] cherche à détruire d\u2019autres personnes au nom de ses propres besoins ou désirs inassouvis.» À l\u2019instar de Marc Lépine, Alexandre Bissonnette s\u2019est également intéressé, avant de passer à l\u2019acte, à des groupes féministes.La confirmation qu\u2019il cherchait, lui aussi, une « cause » pour rehausser son geste meurtrier.Comme Lépine, il fait par t ie de ces tueurs de masse qui cherchent une mission pour mieux habiller leurs sombres desseins.Une façon d\u2019épingler leurs frustrations sur un aspect social qui mobilise beaucoup d\u2019attention \u2014 l\u2019attention que justement ils n\u2019ont pas \u2014 et aussi de s\u2019assurer d\u2019une célébrité encore plus grande.« Je cherchais la gloire », admettra l\u2019accusé.Comme le tueur de l\u2019École polytechnique, Bissonnette a donc opté pour le mobile qui risquait de choquer le plus : abattre des hommes musulmans en pleine prière, dans leur lieu sacré, un symbole tout aussi puissant en 2017 que celui, en 1989, d\u2019abattre de jeunes étudiantes en génie, longtemps une chasse gardée masculine.Il ne faut pas confondre les tueurs de masse avec les « tueurs en série », ce que fait Bisson- nette lui-même à en juger ses propos.D\u2019abord, les tueurs en série sont très souvent des psychopathes qui œuvrent tapis dans l\u2019ombre, mus par le plaisir sanguinaire de tuer.Ils ne cherchent ni à attirer l\u2019attention ni à perturber l\u2019ordre social, mais seulement à perpétuer en cachette leurs gestes barbares.Alors que les tueurs de masse cherchent à abattre le plus grand nombre d\u2019un coup \u2014 c\u2019est le spectacle qu\u2019ils recherchent et les feux de la rampe qui l\u2019accompagnent \u2014, les Jack l\u2019Éventreur de ce monde ne visent qu\u2019une victime à la fois sans faire de bruit.La quest ion de la mascul in ité se pose moins, également, chez ces derniers.Chez les tueurs de masse, des hommes à 96,5 %, le beso in de prouver qu\u2019 i ls sont de « vra is hommes » est souvent central.Comme l\u2019a démontré Marc Lépine et, dans une moindre mesure Alexandre Bissonnette, on assiste ici à une fabulation machiste poussée à son apothéose.Voici de jeunes hommes qui ont eu besoin de littéralement faire exploser leur masculinité au vu et au su de tous, comme pour mieux s\u2019en convaincre.Alors qu\u2019il y a moins de tueurs en série au- jourd\u2019hui qu\u2019il y a 40 ans, les tueurs de masse se multiplient, notamment aux États-Unis, où le culte des armes à feu, pour ne rien dire de la célébrité coûte que coûte, a propulsé le phénomène à l\u2019avant-scène.Un chercheur britannique qui s\u2019est intéressé à la question croit que la question des armes est en fait secondaire à celle de la culture ambiante d\u2019un pays.Les sociétés « tissées serrées » où les gens sont davantage encadrés et soutenus offrent la meilleure protection de ce type de crime, dit-il, citant la Norvège, la Finlande et Israël, des pays où la possession d\u2019armes est quand même élevée, en exemple.Et le Québec, lui ?Qu\u2019est-ce qui explique Marc Lépine et Alexandre Bissonnette, pour ne rien dire de Denis Lortie, Kimveer Gill et Richard Henry Bain?Des hommes qui partagent beaucoup de caractéristiques des tueurs de masse.Il faudra un jour tenter de répondre à la question.fpelletier@ledevoir.com Sur Twitter :@fpelletier1 Un tueur près de chez vous FRANCINE PELLETIER H O N O R A B L E S E R G E J O Y A L Fiduciaire émérite du CCA Membre du conseil d\u2019administration du MBAM P H Y L L I S L A M B E R T Centre canadien d\u2019architecture \u2014 président- fondateur Lettre ouverte à la ministre de la Culture et des Communications, Mme Marie Montpetit.a nouvelle que vous vous proposez de considérer sérieusement la demande de classement du tableau de Jacques-Louis David Saint Jérôme, déposée par le Musée des beaux-ar ts de Montréal et le Musée de la civilisation, est une bouf fée d\u2019air frais.L\u2019imbroglio toxique entourant la vente de ce tableau, appartenant à la basilique de Québec, et les questions importantes d\u2019intérêt public que cette transaction soulève exigent que vous interveniez et exerciez les pouvoirs que la Loi sur les biens culturels et la Loi sur le patrimoine culturel vous accordent pour garder au Québec une œuvre d\u2019ar t emblématique de son patrimoine religieux.À travers cette affaire qui contient toujours plusieurs zones d\u2019ombre troublantes, c\u2019est la capacité et la volonté politique du Québec de conserver ici les œuvres significatives de son histoire qui sont en cause.En 2018, avons-nous collectivement les moyens de garder ici les œuvres qui ont fait qui nous sommes ?C\u2019est à vous, et à votre gouvernement, qu\u2019il revient de déterminer à la fin comment nos intérêts comme société seront protégés et, en dernier ressort, de trancher et de tracer la ligne.Qu\u2019on en juge.Le gouvernement du Québec a toujours été sensible à l\u2019importance des édifices religieux et de leurs œuvres d\u2019art en procédant à plusieurs classements, et ce, depuis la fin des années 1920.En 1995, le gouvernement crée la Fondation du patrimoine religieux avec un budget de 35 millions, renouvelé depuis régulièrement.De ces budgets, provenant de l\u2019argent public, la basilique de Québec a bénéficié, au cours des ans, de contributions de plus de 2 750 000 $ pour divers travaux, et elle pourra continuer d\u2019y avoir accès compte tenu de son statut d\u2019édifice reconnu d\u2019intérêt patrimonial.Il n\u2019y a aucun risque actuel pour sa bonne conservation.La basilique a acquis, au fil des ans, un ensemble d\u2019œuvres d\u2019ar t pour son embellissement et les besoins du culte avec des fonds privés venant des fidèles, avec l\u2019engagement «moral » de les conserver au bénéfice des générations futures.Argument douteux Aujourd\u2019hui, les autorités de la basilique expliquent leur décision de vendre ce chef-d\u2019œu- vre unique du patrimoine, offert par les sœurs Cramail en 1922, par le fait de devoir assurer « l\u2019avenir de sa mission apostolique ».Or l\u2019argument invoqué pour expliquer la vente est douteux, et le précédent que celle-ci créerait nous dirigerait, à terme, vers une situation intenable.Qu\u2019arrivera-t-il de toutes les œuvres d\u2019art accumulées au fil des ans par les églises ?Sont-elles aussi toutes susceptibles d\u2019être vendues au plus offrant pour assister les églises dans leur mission apostolique ?Selon ce raisonnement, les œuvres d\u2019ar t conser vées au Musée du Vatican, et qui ne ser vent pas au culte, devraient-elles aussi être vendues pour les mêmes fins ?Pourquoi le pape ne l\u2019a-t-il ja- ma is fa it ?La réponse coule de source : l\u2019Église, tout comme la basilique de Québec, a une responsabilité culturelle, et c\u2019est pourquoi le gouvernement l\u2019a soutenue financièrement avec des fonds publics.La basilique de Québec a bénéficié dans le passé de l\u2019argent des contribuables pour son entretien ; elle ne peut aliéner l\u2019une des icônes du patrimoine religieux du Québec sans d\u2019abord honorer son engagement et s\u2019assurer que l\u2019œuvre demeure dans des établissements situés au Québec.Les autorités religieuses doivent dissiper toute perception qu\u2019elles spéculent en fait sur la valeur financière du patrimoine collectif.Pour prévenir la vente orchestrée en sous- main par le directeur du Musée des beaux-arts du Canada, une manigance à l\u2019insu du MBAM et du Musée de la civilisation, vous n\u2019avez d\u2019autre choix, Madame la Ministre, pour protéger les intérêts du Québec et éviter ce dangereux précédent, que de reconnaître ce tableau en tant que «bien patrimonial » au sens de la loi et d\u2019exercer tous les pouvoirs que les lois vous accordent pour que cette œuvre de David soit confiée à un musée au Québec qui en assurera la conservation et l\u2019accessibilité.En 2001, le gouvernement du Québec a décidé une contribution exceptionnelle de plus de 2,6 millions pour acquérir des œuvres de Jean-Paul Riopelle au bénéfice du MNBAQ et du MBAM, certaines prêtées par la suite à la Caisse de dépôt et placement.Le précédent d\u2019une inter vention exemplaire existe bel et bien.Il vous incombe, à titre de ministre, de donner le signal public qu\u2019on ne peut pas transiger les œuvres d\u2019art national comme on marchanderait un tapis dans un bazar.Il faut aussi rassurer tous ceux qui croient encore que faire don à un organisme public d\u2019une œuvre d\u2019art pour la postérité est un geste honorable qui mérite d\u2018être encouragé en leur montrant qu\u2019on peut faire confiance au gouvernement pour faire respecter leur volonté au bénéfice des générations futures.Peut-être pourriez-vous sensibiliser votre homologue fédérale, Mme Mélanie Joly, au fait qu\u2019elle a aussi un rôle à jouer dans la protection des collections nationales, dont on ne dispose pas comme d\u2019une voiture usagée en surplus\u2026 La vente du Saint Jérôme, un imbroglio toxique D A N I C K T R O T T I E R Professeur de musicologie au Département de musique de l\u2019UQAM a prestigieuse institution léguée par Joseph Pulitzer semble avoir pris tout le monde par surprise en annonçant lundi la remise de son prix musical au rappeur Kendrick Lamar.La catégorie associée à la composition musicale et qui a été créée en 1943, après avoir célébré le canon de la musique moderne avec des remises aux Charles Ives (1947), Walter Piston (1948), Elliott Carter (1960 et 1973) et plusieurs autres, fait de Lamar le premier musicien de la culture pop à recevoir ce prix.Bob Dylan l\u2019a bien reçu en 2008, mais dans la catégorie des mentions qui vient se juxtaposer à la catégorie officielle reconduite sur une base annuelle.Dès lors, le fait que Lamar remporte ce prix est célébré comme une ouverture vers les autres musiques, ici les musiques qui ne sont rattachées ni à la tradition classique ni à la tradition jazz.En cela, le choix de Lamar constitue une avancée hautement symbolique que tout un chacun célèbre comme une juste victoire en faveur des musiques populaires et, qui plus est, de la contribution des musiciens afro-américains au développement de celles-ci.Dès lors, comme le discours médiatique en fait la démonstration depuis l\u2019annonce du prix et comme les réseaux sociaux s\u2019en font l\u2019écho, la tentative est grande de voir dans cette attribution un geste politique, le propos contestataire des chansons de Lamar et cette reconnaissance entrant ainsi dans une relation symbiotique qui fait sens pour les uns et pour les autres.L\u2019attribution du prix s\u2019inscrirait alors dans les transformations sociales et politiques qui affectent les États-Unis des dernières années et que la musique de Lamar met en relief, par exemple le mouvement Black Lives Matter qui a émergé dans la foulée des tensions sociales et des assassinats de jeunes Noirs, et dont la chanson Alright de Lamar est devenue l\u2019hymne lors des rassemblements.Ainsi, en concomitance avec les autres gestes posés par des musiciens associés à la mouvance hip-hop, dont la per formance de Beyoncé dans les derniers jours à Coachella, le prix accordé à Lamar est interprété dans une perspective homologique: le mouvement de revendication qui a propulsé sa popularité trouve comme équivalent un geste politique en faveur d\u2019un musicien hautement célébré au sein des communautés afro-américaines.La politique a certes joué un rôle dans l\u2019attribution du Pulitzer à Lamar.Personne ne peut nier que le prix, sous la gouverne de l\u2019Université Colombia, s\u2019est ouvert aux musiciens afro- américains depuis les années 1990, entre autres avec deux prix dans un cour t laps de temps qui ont fait la preuve à l\u2019époque d\u2019une politique de rattrapage : George Walter en 1996, puis Wynton Marsalis en 1997.Et les mentions spéciales à titre posthume se sont succédé au cours des années 2000, notamment dans le contexte d\u2019une canonisation du jazz : Duke Ellington en 1999, Thelonious Monk en 2006, John Coltrane en 2007, et ainsi de suite.En réalité, l\u2019ouverture politique qu\u2019on relie en ce moment au phénomène Lamar est survenue il y a plusieurs années.Célébrer l\u2019excellence musicale Dans ce contexte, il convient de remettre les pendules à l\u2019heure quant aux raisons qui ont poussé le comité à choisir ce musicien.Le fait que Lamar reçoive ce prix en cette année 2018 est plutôt conforme aux valeurs musicales que défend l\u2019institution depuis 1943 : célébrer l\u2019excellence musicale et la capacité pour un musicien de se renouveler d\u2019un geste artistique à l\u2019autre.Si, du côté des industries associées aux musiques populaires, Lamar a reçu de nombreuses reconnaissances, notamment en lien avec les musiques hip-hop, lesdites reconnaissances, hormis dans des cercles critiques très restreints, n\u2019ont pas souligné la recherche d\u2019innovation musicale qui guide son travail d\u2019un album à l\u2019autre, et dont To Pimp a Butter fly en 2015 et DAMN.en 2017 por tent les traces : textes élaborés d\u2019une chanson à l\u2019autre, références à la culture romanesque (par ex.The Color Purple d\u2019Alice Walker), présence d\u2019éléments stylistiques propres à l\u2019album concept, intégration d\u2019idiomes propres au free jazz, au soul et au funk, rencontre des meilleurs musiciens des scènes associées à la côte ouest, etc.Le fait que Lamar soit l\u2019un des musiciens les plus célébrés à l\u2019heure actuelle, et que cette célébrité se traduise par des ventes importantes et une couverture médiatique favorable, tend à jeter dans l\u2019ombre le contexte d\u2019innovation musicale dans lequel sa musique s\u2019enracine, lui qui rejoint d\u2019une certaine façon le courant de la musique expérimentale, le jazz et l\u2019importance d\u2019un travail de studio placé sous la responsabilité d\u2019une équipe de qualité avec un produit pleinement abouti.En lui remettant ce prix, le Pulitzer vient donc reconnaître cette excellence musicale, par-delà la popularité de l\u2019artiste.Car Lamar, c\u2019est aussi d\u2019une certaine façon l\u2019aboutissement le plus réussi des musiques associées au hip- hop quant à leur capacité de renouvellement stylistique et de synthèse des musiques afro- américaines.Si les Ray Charles, Aretha Franklin et James Brown eurent été tout aussi méritoires à leur époque, la remise à Lamar vient de fait reconnaître l\u2019héritage à la fois du soul et des musiques afro-américaines.Nul doute que le musicien est pleinement à la hauteur de cette distinction, et qu\u2019il continuera de nous étonner dans les prochaines années ! PULITZER À KENDRICK LAMAR Un choix conforme aux valeurs de l\u2019institution Il ne faut pas confondre les tueurs de masse avec les « tueurs en série » L L AMY HARRIS/INVISION/ASSOCIATED PRESS Le fait que Kendrick Lamar reçoive ce prix en cette année 2018 est plutôt conforme aux valeurs musicales que défend l\u2019institution depuis 1943. L E D E V O I R , L E J E U D I 1 9 A V R I L 2 0 1 8 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30 Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S vécu la guerre de guérilla.La biologie humaine a de ces équations certaines que l\u2019âge avancé de la génération des révolutionnaires prédit une fin inéluctable de ce premier projet r é v o l u t i o n n a i r e d u g e n r e c o n ç u a u XXe siècle.» L\u2019historienne rappelle l\u2019importance du modèle de guérilla pour la gauche latino-américaine.Elle distingue trois legs : un héritage idéologico-théorique concernant la possibilité d\u2019utiliser la violence pour changer les sociétés de manière durable ; un héritage stratégique pour fournir des armes et des moyens matériels aux révolutionnaires du continent ; et un legs symbolique.« Selon moi, c\u2019est le plus fort, précise-t-elle.La révolution s\u2019est faite avec des barbus, les cigares à la bouche, des David qui l\u2019ont emporté contre le Goliath américain.C\u2019est le symbole d\u2019une utopie, d\u2019un désir de rêver plus grand, d\u2019un rêve fou, celui d\u2019un petit pays sous-développé qui a résisté à la superpuissance.Un mythe est né, a été cultivé, entretenu, et celui qui prend le pouvoir aujourd\u2019hui à Cuba n\u2019a pas participé à la naissance de ce mythe.» Peso et peso Pour les opposants au régime, la perspective devient tout autre.«Les groupes d\u2019opposition à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur soulignent que l\u2019arrivée du nouveau président ne change pas grand-chose, résume la professeure Jolivet.Dans le sens qu\u2019il incarne la garde directe ou rapprochée de Raúl Castro et que Diaz Canel east un pur produit du PCC dont il a gravi progressivement les échelons politiques.Les détracteurs du régime en place réclament des élections multi-partis et avec plusieurs candidats.Eux réclament des élections démocratiques.Vu de l\u2019extérieur, c\u2019est sûr, ça peut paraître un changement minimal.» Le changement au sommet se produit dans une situation délicate créée par le refroidissement des relations avec le puissant voisin américain dirigé par Donald Trump, après la courte détente durant le gouvernement Obama.Les relations avec le Canada aussi se sont détériorées récemment.Ottawa a commencé cette semaine à retirer les familles des employés de son ambassade à La Havane dans la foulée de la mystérieuse maladie qui a frappé de surdité et d\u2019étourdissements des diplomates américains et canadiens l\u2019an dernier.Les réformes économiques entreprises sous Raúl Castro posent un autre problème urgent et complexe.« Ça fait des années que le gouvernement travaille à l\u2019abolition de la double monnaie, du peso cubain et du peso conver tible, indexé au dollar, dit la professeure Jolivet .Cette situation monétaire génère d\u2019énormes inégalités dans la société.Que va faire le nouveau président ?Va-t-il continuer les ouvertures favorisant l\u2019accroissement d\u2019un secteur privé ou de la propriété privée des maisons ?Cer tainement.Mais après, comment va-t-il gérer le contexte social ?Selon la plupart des analystes, il y a peu de chances de voir une transformation radicale du paysage politique et des décisions économiques par rapport à ce qui était déjà en cours.» Le dirigeant change.La société aussi.La pro- fesseure Jolivet appuie sur deux réalités démographiques.D\u2019un côté, les jeunes générations souhaitent s\u2019ouvrir sur l\u2019extérieur, notamment par les nouveaux modes de communication encore contrôlés par l\u2019État.D\u2019un autre côté, la population vieillit et 20% des gens ont déjà plus de 60 ans.« La pyramide des âges va confronter le régime à la prise en charge de ces retraités.Ils reçoivent des pensions minimes et ne pourront pas subvenir correctement à leurs besoins sans être épaulés par leur famille ou autrement.» Enfer et paradis Mme Jolivet ajoute un autre clivage économique, cette fois entre une frange de la population plus mobile ou connectée qui peuvent recevoir les précieux dollars de leur famille à l'étranger ou au contact des touristes pour se payer des denrées diverses , des téléphones cellulaires ou encore des voitures et les autres restés dans \u201c l\u2019ancienne Cuba \u201d qui se vit en pesos et est davantage immobile face aux changements récents .«Selon ce que j\u2019entends, il semble y avoir une cer taine démoralisation, un manque de confiance dans les élites du pays et, au-delà des simples contestations, une certaine apathie », ajoute la professeure Dorais, qui demeure en contact avec des collègues cubains.Elle ajoute aussitôt qu\u2019elle souhaite que l\u2019on puisse parler de la révolution cubaine en dehors de la dichotomie réduisant l\u2019île soit à un paradis des Caraïbes soit à un enfer des Tropiques.«On commence à s\u2019en sortir, mais très souvent les historiens tombent dans cette opposition passionnelle.On doit être capable de comprendre les limites de la révolution cubaine, incluant les violations des droits de la personne ou la capacité de changer les structures psychologiques du racisme.Bref, on doit pouvoir critiquer la réalité de cette révolution.En même temps, on doit pouvoir reconnaître l\u2019importance de cette proposition historique de changement radical en le remettant dans le contexte de l\u2019époque.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 CUBA ment », indique celui qui a aussi fait trois dons majeurs au Musée d \u2019ar t contemporain de Montréal, « le délai trop court alors que la situation ne semble finalement pas réellement urgente ; le fait que la vente se fasse en dehors du pays, que les vendeurs d\u2019art canadiens n\u2019aient pas été approchés, que la commission ira à Christie\u2019s, qui n\u2019a ni bureaux ni employés au Canada, mais qui appartient à un Français».La loi et son esprit L\u2019aliénation du Chagall respecte à la lettre les lois et la politique d\u2019aliénation du MBAC.Cette dernière précise que pour vendre une œuvre, celle-ci doit d\u2019abord être proposée aux autres musées.«Si aucun établissement n\u2019achète l\u2019œu- vre, le musée peut alors proposer une vente de l\u2019œuvre de gré à gré ou à des enchères privées », lit-on.Pour Miriam Shiell, de la Miriam Shiell Fine Arts à Toronto, cette aliénation n\u2019en est pas moins un « grand fiasco ».La marchande spécialisée en art moderne et contemporain argumente : « Primo, le marché privé et les marchands d\u2019art n\u2019ont pas été consultés.» Le musée, rappelle celle qui gère sa galerie depuis 1978, a suivi les recommandations de cinq historiennes de l\u2019art.« Mais qu\u2019est-ce que les historiens de l\u2019art connaissent du marché actuel de l\u2019art ?Ce n\u2019est pas comme si le musée ne nous connaissait pas, nous faisons tous affaire avec lui ! » Mme Shiell poursuit : « Deuzio, au moins une demi-douzaine de marchands d\u2019ar t dans ce pays ont des clients susceptibles et capables d\u2019acheter des œuvres de ce niveau-là.Tertio, on aurait potentiellement trouvé un client qui aurait acheté le Chagall, qui l\u2019aurait ensuite prêté à l\u2019institution avec plaisir, et aurait peut- être même accepté de le céder à son décès, comme don.» C\u2019est sur ces deux derniers points, selon elle, que la procédure actuelle ne respecte pas l\u2019esprit de la loi.Mais n\u2019est-il pas vrai que les enchères, surtout celles de Sotheby\u2019s et Christie\u2019s, surtout celles de mai et de novembre, peuvent permettre d\u2019aller chercher davantage pour une œuvre, de 10 à 30 % de plus?«Bien sûr qu\u2019on peut avoir un peu plus d\u2019argent ! » Mais la question ici est double, précise la galeriste.Avoir un prix à la juste valeur marchande, certes ; mais aussi penser au patrimoine culturel.Garder le Chagall au pays vaut quelque chose.Car comme la grande part des œuvres du MBAC, rappelle Mme Shiell, La tour Eif fel a été acheté « avec des deniers publics, avec les sous des contribuables.Ces œuvres forment notre patrimoine, elles sont, en quelque sorte, à nous.Bien sûr que c\u2019est possible d\u2019obtenir plus en passant par les enchères internationales, mais il y a toujours un risque, et bonne chance au musée, parce que c\u2019est comme acheter un billet de loterie, et si on va là, pourquoi ne pas juste aller jouer le Chagall à Las Vegas ?Les enchères ne sont plus le système transparent qu\u2019elles ont déjà été ».Tout le dossier soulève plusieurs questions, mentionne M.Bailey, dont certaines touchent les structures d\u2019encadrement des musées.«Que peut-on faire dans un cas de mauvaise gouvernance?Il me semble que le rôle du ministère serait d\u2019agir comme garde-fou ?Je ne crois pas qu\u2019un directeur de musée national devrait avoir ce degré d\u2019autonomie.Il devrait être entouré d\u2019un conseil solide, fait de gens solides, capable de remettre en question son autorité.Nous sommes dans un système parlementaire, ici.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 CHAGALL assisté à la rencontre d\u2019information publique du promoteur la semaine dernière.« Le promoteur est arrivé avec un emplacement et un projet architectural, mais également avec un projet éducatif, les règles d\u2019admission et un modèle de gouvernance.» Ce sont là des compétences généralement réser vées aux commissions scolaires, précise-t-elle.Le promoteur a consulté des experts et des parents pour réfléchir à « l\u2019école de rêve ».Et le projet qu\u2019il a présenté est, de l\u2019avis général, tout à fait « inspirant ».Mais pour mettre en œuvre cette approche pédagogique qui se veut « inno- vante et communautaire », le promoteur veut avoir les coudées franches.Et c\u2019est là que le bât blesse.Hybride privé et public Le promoteur veut se détacher de la structure de la commission scolaire et avoir une autonomie totale.Il veut embaucher la direction et le personnel à sa convenance.Il veut que l\u2019école ait son propre compte de banque et que la gestion passe par un conseil d\u2019administration, comme dans une école privée.Dans une lettre ouverte, publiée dans Le Devoir samedi, le président de la SDA, Christian Yaccarini, comparait son modèle d\u2019école autonome à celui des centres de la petite enfance (CPE) et réaffirmait sa volonté d\u2019en faire une « école de quartier publique, gratuite et sans test d\u2019admission».Mais une école publique, au Québec, ça passe nécessairement par une commission scolaire.Qu\u2019à cela ne tienne, Christian Yacca- rini demande de rouvrir la Loi sur l\u2019instruction publique.«On pourrait avoir un changement \u2014 un peu comme on l\u2019a fait en santé pour les cliniques d\u2019infirmières praticiennes spécialisées \u2014 qui viendrait dire que le ministre peut aller de l\u2019avant avec un projet-pilote qui sort du cadre habituel, explique le promoteur.On ne demande pas de refaire tout le système d\u2019éducation\u2026» «Dangereux précédent» Or, c\u2019est justement ce que plusieurs craignent.« Ce modèle de gouvernance proposé, c\u2019est un dangereux précédent », soutient Pascale Grignon, du mouvement Je protège mon école publique.Les syndicats sont également furieux.« Ce n\u2019est pas vrai qu\u2019un promoteur privé va faire entrer des écoles à charte au Québec, dénonce la présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Louise Chabot.Ce genre de projet cache d\u2019autres intentions, notamment celles de privatiser l\u2019éducation.» À la Fédération des établissements d\u2019enseignement privés du Québec, on dit « suivre avec intérêt l \u2019évolution de ce dossier ».Et pour cause.«Si le gouvernement décide de modifier la Loi pour permettre à des écoles autonomes d\u2019être financées à 100 %, il pourrait y avoir certaines écoles privées qui seraient intéressées par ce nouveau modèle.» Québec Questionnée sur l\u2019ouverture du ministre de l\u2019Éducation, Sébastien Proulx, à une modification de la Loi sur l\u2019instruction publique pour permettre à ce projet inusité de voir le jour, son attachée de presse Marie Deschamps reste évasive : « Il n\u2019y a aucun projet déposé à l\u2019heure actuelle, donc\u2026 » Elle affirme que « nous sommes ouverts aux modèles alternatifs dans le respect des lois ».Elle invite donc les deux parties \u2014 la CSDM et la SDA \u2014 à poursuivre leurs négociations et à « déposer leur projet conjoint afin qu\u2019on puisse l\u2019analyser ».Car les ponts ne sont pas encore rompus et les deux parties espèrent toujours en venir à une entente, même si le projet ne peut se concrétiser dans sa forme actuelle sans une intervention de Québec.« Je sais bien qu\u2019à la fin, si on veut que notre projet voie le jour, il faut qu\u2019il y ait un deal qui se fasse quelque part, concède Christian Yacca- rini.Est-ce qu\u2019on peut avoir un modèle où il y aurait une entente de services avec la commission scolaire ou un projet-pilote sous la tutelle de la CSDM ?Il y a des formules qui peuvent s\u2019imaginer, mais là-dessus, il faut une ouverture de la CSDM.» Ce n\u2019est pas la CSDM qui manque de flexibilité, mais la Loi qui n\u2019est pas faite ainsi, rétorque Catherine Harel Bourdon.Les choses risquent de bouger un peu lorsque la commission scolaire saura de quels fonds elle dispose pour faire une offre au promoteur pour le terrain.Ici aussi, plusieurs possibilités sont sur la table, que ce soit l\u2019achat d\u2019un terrain ou un bail emphytéotique, par exemple.Enjeu électoral?À Québec solidaire, on fustige ce projet d\u2019école hybride.« Rosemont a besoin de nouvelles écoles, pas d\u2019un laboratoire scolaire semi- privé, écrit le candidat à l\u2019investiture dans Rose- mont, Vincent Marissal, dans une lettre envoyée au Devoir.Le Québec devrait protéger le secteur public, pas l\u2019affaiblir encore davantage.» QS estime que ce projet constitue «un enjeu de fond en cette période [pré]électorale» et demande à ce que tous les partis prennent position.L\u2019enjeu risque effectivement de revenir sur la table, à tout le moins dans la circonscription, où Vincent Marissal croisera le fer avec le chef du Parti québécois, Jean-François Li- sée.Rappelons que Camil Bouchard, qui a depuis repris du service pour le PQ, a été l\u2019un des instigateurs du projet d\u2019école Angus avec Christian Yaccarini.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 ÉCOLE Réactions politiques La ministre québécoise de la Culture, Marie Montpetit, a précisé mercredi en mêlée de presse à l\u2019Assemblée nationale avoir demandé une procédure accélérée pour le classement patrimonial du tableau Saint Jérôme, de Jacques-Louis David, qui fait présentement l\u2019objet d\u2019une course à l\u2019acheteur entre musées.C\u2019est pour financer ce tableau que le MBAC vend un Chagall.«Les recommandations à l\u2019heure actuelle semble indiquer [que le David] a, de façon assez évidente, une valeur patrimoniale.L\u2019objectif, s\u2019il a une valeur nationale, c\u2019est d\u2019empêcher que ce tableau quitte le Québec, de s\u2019assurer que ce tableau demeure au Québec, et accessible au Québec».Mélanie Joly, ministre de Patrimoine canadien, a de son côté estimé « regrettable » que La tour Eif fel de Chagall quitte le pays, mais entend « respecte[r] l\u2019indépendance du Musée des beaux-arts du Canada».«Donc, au musée de défendre sa décision», a-t-elle conclu.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le terrain sur lequel serait construite l\u2019école du Technopôle Angus à Rosemont."]
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