Le devoir, 3 février 2018, Le D Magazine
[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E Vivre La République dominicaine, la tête à l\u2019envers Lire Le grand retour d\u2019Arundhati Roy L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Musique La pop enjôleuse de Mélissa Laveaux L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Entrevue Le savoureux Radyo Siwèl de Mélissa Laveaux ravive le folklore haïtien.Odile Tremblay Musique Humour Scènes Cinéma Arts visuels Écrans C U L T U R E V I V R E L I R E 4 69 14 22 36 10 5 24 26 24 42 44 48 50 53 54 Fiction indienne Le ministère du Bonheur suprême, le labyrinthique roman d\u2019Arundhati Roy.Louis Hamelin Louis Cornellier Entrevue avec l\u2019auteur Philippe Delerm Les monopoles d\u2019Internet L\u2019étonnant Alan Turing Voyage Se la jouer cirque sous les tropiques en République dominicaine.Escapade Resto Alimentation Vin Jeux SOMMAIRE 28 32 34 Photo de la une du D : Romain Staropoli Photo de la une Lire : Money Sharma Agence France-Presse C U L T U R E | 3 M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR affranchir de son milieu, c\u2019est aussi constater à quel point il nous façonne, racontent les amoureux Hubert Lenoir et Noémie D.Leclerc dans un disque et un roman coif fé du même titre.Dans un vidéoclip de la chanson Recommencer récemment mis en ligne, Hubert Lenoir se trémousse lascivement en contemplant dans le miroir le rouge carmin lui couvrant les lèvres.En septembre dernier, sur la scène du festival Saint-Roch Expérience, le même éphèbe embrassait sur la bouche son ami Alexandre Martel (alias Anatole), provoquant l\u2019émoi de certains spectateurs qui y liraient un coming out homosexuel (ce n\u2019est pas le cas).Avec son sourire trompeusement timide et ses déclarations ne camouflant pas d\u2019immenses ambitions sous une fausse modestie de bon aloi, Hubert Lenoir est le genre de petit prince à qui David Bowie, en son temps, aurait lui aussi offert un gros french mouillé.Mais est-ce de la provocation, de- mande-t-on au chanteur de 23 ans, que de revêtir à la ville un look d\u2019une androgynéité récusant les identités de genre tel qu\u2019on les conçoit traditionnellement ?« Non, c\u2019est pas de la provocation », murmure-t-il, avant que sa blonde, Noémie D.Leclerc, ne s\u2019exclame, comme si ces deux-là étaient mariés depuis 40 ans : « Ben oui, voyons, c\u2019est de la provocation ! » Pas le choix pour Hubert de reformuler.Deuxième prise : «Ben disons que je me suis fait prendre pour une fille longtemps quand j\u2019étais plus jeune et que ça me déplaisait beaucoup.Au lieu de combattre ça, à un cer tain moment, j\u2019ai décidé d\u2019embrasser ça complètement.Ça fait que les amies de ma mère étaient mal à l\u2019aise en voyant le clip, par exemple, mais pour moi, c\u2019est pas de la provocation, ça.Attends que je commence à en faire, de la provocation\u2026 » Premier baiser pendant Let It Be Ils se sont rencontrés alors qu\u2019elle terminait son secondaire et qu\u2019elle assistait au Cercle de Québec à un concert de The Seasons, le groupe (devenu depuis très populaire) qu\u2019il forme avec son grand frère Julien (Chiasson).Elle lui a dit qu\u2019il était « malade ! » Ils se recroiseraient quelques semaines plus tard sur les plaines d\u2019Abraham pendant le spectacle de Paul McCartney et partageraient un baiser pendant Let It Be.Ils ne se sont pas lâchés depuis.Darlène, premier album en solo d\u2019Hubert Lenoir et premier roman de Noémie D.Leclerc, raconte l\u2019histoire d\u2019une jeune fille née dans la même banlieue qu\u2019eux (Beauport), là où la classe moyenne étouffe parfois la différence, préférant pour sa jeunesse l\u2019avenue balisée du conformisme à la Costco.« Je suis venu te dire que tu peux changer / J \u2019a i vu un avenir de femmes libérées», proclame en apôtre de l\u2019indocilité Hubert dans Fille de personne II, une de ces mélodies impérieuses capables de renouveler votre foi envers le pouvoir de la parfaite chanson pop.«Darlène, elle se libère de tout : de la pression sociale, de ses parents, des rêves que la société lui impose», explique-t-il à propos de cet «opéra postmoderne» (excusez pardon) croisant glam rock flamboyant, références pop surannées (le saxophone!) et jazz pour cabaret enfumé.Entre les pages de son roman que l\u2019on classerait dans la catégorie « young adult» si elle existait au Québec, Noémie D.Leclerc évoque pour sa par t ce double mouvement animant bien des jeunes à la fin de l\u2019adolescence, au moment de constater que ce milieu que l\u2019on rejette nous façonne aussi profondément.Sa coiffeuse de mère aimerait bien la voir devenir médecin, mais Darlène préfère traîner au restaurant Norman- din, déjeuner l\u2019après-midi et jaser avec de vieux endeuillés qui tètent leur café, plutôt que de s\u2019engager dans une voie déjà toute tracée.Malgré un portrait parfois cru de l\u2019incommunicabilité prévalant dans la famille de son héroïne, cette histoire en forme de main tendue à tous ceux dont les aspirations dépassent les frontières de leur banale ville natale se veut aussi, paradoxalement, un hommage à cette banlieue ne révélant pas forcément ses beautés au premier coup d\u2019œil.« Complètement ! acquiesce Noé- mie, 21 ans.Je ne cacherai pas que ces références culturelles ou que mon milieu m\u2019ont construite.Elles font la bonne personne que je suis au- jourd\u2019hui.Je regarde Denis Lévesque chaque soir, comme Darlène, tsé !» En français s.v.p.En reprenant Si on s\u2019y mettait de Jean-Pierre Ferland (Soleil) ou en confiant en entrevue son admiration pour le Claude Dubois de Fable d\u2019espace (1978, sa période prog), Hubert Lenoir se réclame d\u2019une époque où les stars de la musique québécoise ne confinaient pas leurs désirs aux cases étanches aménagées pour eux par la proverbiale industrie.« Ces albums-là me donnent le courage de remettre tout en question et d\u2019être radical dans mes idées.Quand t\u2019écoutes Dubois, il y a un côté universel qui n\u2019est pas ancré dans quelque chose de strictement québécois, mais qui est aussi éminemment québécois.Alors moi aussi, sans verser dans le politique, je veux faire de la musique qui a une identité qui est propre à moi en tant que Québécois, mais qui est universelle », plaide f iévreusement celui qui , jusqu\u2019à maintenant, écrivait et chantait en anglais avec The Seasons.« Je ne veux pas que les gens écoutent Darlène comme un album de musique québécoise, mais bien comme un album de musique, point.On juge beaucoup trop notre musique selon le contexte québécois, alors qu\u2019on devrait regarder ailleurs.C\u2019est ce qui fait que dans l\u2019industrie, t \u2019entends souvent des phrases comme : « Ah ouin, mais au Québec, tu ne peux pas faire ça, je ne sais pas comment ce sera reçu.» Moi, j\u2019ai pour plan de percer à l\u2019international en chantant en français.Et je sais qu\u2019on va me dire que c\u2019est impossible.Mais on pourrait aussi réfléchir à l\u2019impact que ça a sur le genre de rêves auxquels on s\u2019autorise, de constamment se faire répéter que le monde ne nous appartient pas.» Darlène, ou le courage d\u2019embrasser ses propres rêves Le musicien de The Seasons imagine avec sa blonde auteure un opéra postmoderne Noémie et Hubert se sont rencontrés alors qu\u2019elle terminait son secondaire et qu\u2019elle assistait au Cercle de Québec à un concert de The Seasons, le groupe qu\u2019il forme avec son grand frère Julien (Chiasson).ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR S\u2019 Moi, j\u2019ai pour plan de percer à l\u2019international en chantant en français.Et je sais qu\u2019on va me dire que c\u2019est impossible.Mais on pourrait aussi réfléchir à l\u2019impact que ça a sur le genre de rêves auquel on s\u2019autorise, de constamment se faire répéter que le monde ne nous appartient pas.HUBERT LENOIR » Darlène Hubert Lenoir, Simone Records Darlène Noémie D.Leclerc, Québec Amérique, Montréal, 2018, 232 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e D i s q u e 4 | ENTREVUE PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR J\u2019ai une amie habitant au Cap-Haïtien à qui je parle presque tous les jours sur Skype », nous raconte Mélissa Laveaux depuis son appartement du 20e arrondissement de Paris, où elle réside depuis quelques années.« J\u2019ai refusé de lui envoyer mon nouveau disque parce qu\u2019elle me disait : \u201cTu ne peux pas reprendre ces chansons, tu n\u2019es pas assez haït ienne !\u201d » Pourtant, c\u2019est justement ce qui fait le charme de ce savoureux Radyo Siwèl : son regard dif férent, pop, groovy, moderne et enjôleur porté sur le répertoire de la chanson classique et traditionnelle créole du siècle dernier \u2014 principalement les chansons de l\u2019occupation américaine d\u2019Haïti de 1915 à 1934.Une matière riche qui résonne drôlement bien avec le présent, s\u2019amuse Mélissa Laveaux.« Quand Trump a lâché ses commentaires sur les shithole countries, les Haïtiens de New York ont manifesté à Times Square, puis devant la Trump Tower.J\u2019ai vu les images à la télé : les gens dansaient, chantaient, jouaient des tambours.C\u2019était un carnaval, c\u2019était de la musique de manifestation ! » Née à Montréal, Mélissa Laveaux a grandi à Ottawa dans un milieu anglo-saxon plus influencé par la culture des Caraïbes que par celle des Antilles.Exilée à Paris, elle a chanté ses mots en anglais, occasionnellement en créole, sur une musique pétrie de folk et de blues.Ses deux premiers albums \u2014 le deuxième, Dying Is a Wild Night (2013), n \u2019est jamais par u chez nous, faute de distr ibuteur \u2014 étaient agréables, toutefois, leur principal mérite aura été de mettre en lumière l\u2019immense potentiel de cette interprète à la voix craquante et au jeu de guitare instinctif.Bijou de pop Durant notre longue conversation, La- veaux échappe le terme «world music» pour décrire son nouvel album.Corrigeons: cet album, c\u2019est de la pop, point barre, rappelant tantôt le sens du rythme de Manu Chao et la patine rétro de T-Bone Burnett, avec une touche de groove frais.Les refrains qui s\u2019incrustent à la première écoute, l\u2019orchestration brute, sans esbroufe, moderne dans sa simplicité.Mélissa La- veaux a beau y chanter en créole d\u2019un bout à l\u2019autre, ne nous y trompons pas, c\u2019est un petit bijou de pop.L\u2019occasionnelle meringue vient parfois bercer l\u2019écoute, sur Angeli-Ko et Panama Mwen Tombé, par exemple, deux de ces immortelles du répertoire créole que l\u2019amie lui défendait de reprendre.Une rare escapade rara propulse l\u2019incroyable Jo- libwa, « la chanson la plus carnavalesque du disque ».Le texte ancien Avec son troisième album, Radyo Siwèl, paru ce vendredi, la Montréalaise d\u2019origine Mélissa La- veaux tourne la page, livrant rien de moins qu\u2019un disque d\u2019exception.Le Devoir a discuté avec l\u2019au- teure-compositrice-interprète des origines de ce bijou pop, exotique par sa langue et occidental dans son approche.La pop enjôleuse de Mélissa Laveaux Groovy et moderne, son savoureux Radyo Siwèl ravive et transforme le folklore haïtien « J\u2019essaie de faire quelque chose de diffé- rent à chaque album, résume Mélissa Laveaux.J\u2019ai toujours écouté du hip-hop, j\u2019ai grandi avec ça.Le rap, la musique brésilienne, le trip hop et les musiques électroniques.» ROMAIN STAROPOLI « Ça fait partie de la transmission de ce répertoire : quelque chose de retrouvé, quelque chose de perdu, quelque chose d\u2019inventé MÉLISSA LAVEAUX » | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Havre pour artistes en exil Le bruit du débat autour du terme « islamophobe » dans la foulée des commémorations de l\u2019attentat à la mosquée de Québec \u2014 l\u2019être ou ne pas l\u2019être \u2014 m\u2019a semblé ces derniers temps presque irréel.Comme si la vraie vie était ailleurs\u2026 J\u2019avais cru, il est vrai, la toucher du doigt la semaine dernière à l\u2019Atelier des artistes en exil dans le vieux quartier populaire de la Goutte d\u2019Or près de Montmartre à Paris.Un ami m\u2019avait parlé de ce centre d\u2019appui et de formation aux artistes réfugiés.Et de m\u2019y engouffrer le soir, rue des Poissonniers.«Au premier étage en face de l\u2019ascenseur », avait précisé au téléphone Ariel Cypel, qui dirige le centre en tandem avec Judith Depaule.L\u2019immeuble, en sursis de démolition \u2014 il lui reste un an à vivre avant l\u2019arrivée des pics \u2014, arbore la petite mine.À l\u2019intérieur, les meubles et les ordis ont été offerts par les uns et les autres ou trouvés.Se bousculent des œuvres aux murs et des instruments au sol.La porte fut récupérée plus loin à l\u2019étage.Ariel connaît la précarité.«L\u2019itinérance est dans notre ADN, sourit-il.Partout et nulle part chez nous, saltimbanques rêvant d\u2019un lieu pérenne.» Le propriétaire de l\u2019édifice qui les héberge possède d\u2019autres planques.S\u2019il allait les reloger ailleurs plus tard\u2026 Qui sait?Missions multiples des lieux : offrir des ateliers, donc, aussi des espaces de création, donner accès à des réseaux d\u2019artistes, à des aires de diffusion dans la métropole française, sans compter tout le reste.Ici, l\u2019art aide aussi à vivre.Bienvenue aux artistes en exil de toutes origines, de tous statuts, de tous champs disciplinaires, professionnels et non professionnels.«On parle de situations d\u2019urgence pour des personnes parties de chez elles par nécessité et incapables d\u2019y retourner sans danger.» L\u2019utopie qui fait vivre Soutenu par divers organismes, la Ville de Paris et le ministère de la Culture, l\u2019organisme vient de lancer une campagne de refinancement participatif.Il vivote mais tient bon.Stagiaires et bénévoles donnent un coup de main, remplacés par d\u2019autres.On y cause le français et l\u2019anglais, l\u2019arabe et le persan.«Pour plusieurs Africains, nous trouvons des interprètes», précise mon vis-à-vis.L\u2019apprentissage du français passe par l\u2019art.Allez vous débrouiller à Paris sans maîtriser la langue.Certains l\u2019ânonnent encore.Le lieu vit, même le soir.Entre 150 et 200 artistes réfugiés, venus surtout de Syrie et du Soudan, mais aussi d\u2019Afghanistan, du Cameroun, de Gambie ou d\u2019ailleurs sont inscrits aux ateliers.Judith De- paule en offre chaque mardi de théâtre, d\u2019autres disciplines sont mises en avant : danse, musique, etc.À ces polytraumatisés, le centre offre par la bande une aide sociale et psychologique.Sans compter les accompagnements à travers le dédale de la quête de papiers.Ça peut sembler une goutte d\u2019eau, l\u2019aide aux artistes, dans une France qui recevait 100 000 demandes d\u2019asile en 2017.Mais toute goutte d\u2019eau est un abreuvoir.«Les conditions d\u2019accueil se durcissent, précise Ariel.95% des Syriens obtiennent le droit d\u2019asile, mais les Africains, les Soudanais surtout, ont pas mal plus de problèmes\u2026 Toutes les organisations sont débordées.» Avec Judith Depaule, il avait d\u2019abord dirigé entre 2008 et 2016 Confluences, théâtre doublé d\u2019un centre culturel, qui rendit l\u2019âme faute de fonds.Depuis 2015, leur duo orchestre le festival multidisciplinaire Péril(s)-Syrie.Ils ont hébergé quatre réfugiés dans le passé, croient à l\u2019art, à l\u2019entraide, voire à l\u2019utopie.Les couloirs de l\u2019attente Un photographe d\u2019origine égyptienne me montre ses magnifiques clichés au mur, dont ceux des terribles baraquements du quartier de la Chapelle, aujourd\u2019hui détruits : «Des Tziganes», précise-t-il.Captés de loin, tous les baraquements se ressemblent, pire, tous les gens du voyage aussi.Reste à s\u2019approcher.Je m\u2019assieds avec un groupe d\u2019artistes syriens de l\u2019audiovisuel.Des gars sympathiques et allumés qui tâtent d\u2019instruments de musique entre deux rigolades, quatre soupirs et trois cigarettes roulées.Ils vivent dans le coin, squattent des cousins, des amis, en attente de papiers, rêvent d\u2019autonomie: «Venir à l\u2019Atelier, c\u2019est laisser aussi un peu d\u2019intimité à ceux qui nous hébergent.Et puis, ça nous fait du bien de sentir qu\u2019on a ici un foyer.» «Tout est si lent », soupirent-ils en chœur.Certains vivent à Paris depuis des années, toujours sans statut, d\u2019autres arrivent à peine.Leur exode fut une aventure.Faut pas trop poser de questions.On n\u2019imagine même pas les parcours.Trop dur ! Pour eux, le statut d\u2019artiste est une porte sur cette France friande des créateurs, alors que l\u2019art aide à la découverte de soi.Clé universelle ouvrant vers l\u2019intérieur et l\u2019extérieur.Voix et voie de l\u2019exil.Depuis lundi dernier, les vitrines du Palais Royal au ministère de la Culture exposent pour deux mois des œuvres de 14 des artistes de cet Atelier-là.Autant de fenêtres de réflexion sur le thème de l\u2019attente.Quoi d\u2019autre?Odile Tremblay Chronique fut déniché par Mélissa sans musique, laquelle fut composée en studio : « Jolibwa était un journaliste fait prisonnier par les envahisseurs américains durant l\u2019occupation, explique la musicienne.Le texte raconte comment les gens manifestaient devant la prison pour le faire libérer\u2026 alors qu\u2019il était déjà décédé.» À la trappe, les influences blues et folk: «J\u2019essaie de faire quelque chose de différent à chaque album, résume-t- elle.J\u2019ai toujours écouté du hip-hop, j\u2019ai grandi avec ça.Le rap, la musique brésilienne, le trip hop et les musiques électroniques.» Radyo Siwèl est d\u2019abord un disque à guitares, la sienne et celle de son ami Drew Gonsalves, du groupe canadien Kobo Town : «J\u2019avais envie d\u2019un disque comme un dialogue entre nos guitares, mon style haïtien et le sien, de Trinidad.» Affaire de transmission Les deux tiers des chansons sont tirés du répertoire folklorique créole ; ailleurs, on découvre le plus important compositeur classique d\u2019Haïti, Ludovic Lamothe (dit le « Chopin noir »), signant Nibo, « la chanson que chantaient les Haïtiens lorsque les Américains ont finalement quitté le pays, en 1934 », après avoir étouffé les aspirations du peuple pendant presque deux décennies.S\u2019y trouve aussi l\u2019éminent guitariste classique Frantz Casseus (il a enseigné à l\u2019Américain Marc Ribot, étoile de la guitare contemporaine) à qui La- veaux rend hommage en reprenant Nan Fon Bwa \u2014 lorsque l\u2019orgue s\u2019invite au refrain, frissons garantis.Elle interprétait déjà quelques- unes de ces chansons classiques, telle Angeli-Ko, une composition du célèbre chansonnier Auguste de Pra- dines, premier d\u2019une lignée de musiciens influents, « comme sa fille, Émerante Morse, maman de Richard, le leader du groupe phare de la musique \u201cracine\u201d RAM, et tante du chanteur et ex-président Michel Mar- telly, décédée tout récemment.Il n\u2019y a pas de hasard, c\u2019est une affaire de transmission de la culture musicale du pays entre les générations\u2026» « J\u2019ai vraiment galéré pour trouver les mélodies, enchaîne Mélissa.Lorsque je retrouvais les enregistrements de ces vieilles chansons, parfois, je me disais : \u201cAh, je n\u2019arriverai pas à chanter ça, il faut que je la change.\u201d Ou encore, je trouvais un texte, sans mélodie.J\u2019ai tellement modifié les chansons que je n\u2019étais plus sûre d\u2019être autorisée à les chanter.Un jour, j\u2019ai chanté devant Amos Coulanges, grand guitariste classique de musique haïtienne.Après, il m\u2019a dit : \u201cBen, t\u2019as changé beaucoup d\u2019accords ?T\u2019as changé les mélodies ?\u201d Au final, il m\u2019a dit : \u201cOuais\u2026 c\u2019est bien.\u201d Ça fait partie de la transmission de ce répertoire : quelque chose de retrouvé, quelque chose de perdu, quelque chose d\u2019inventé.» «Lorsque mon label m\u2019a dit que ça faisait longtemps que je n\u2019avais pas lancé d\u2019album, j\u2019ai décidé d\u2019enregistrer ces chansons.» Question de feeling, comme chantait l\u2019autre : Mélissa était retournée à Haïti au printemps 2016, « quelques mois seulement avant les élections aux États-Unis.Déjà, tout le monde parlait de lui en disant que Trump à la présidence, ça ne pouvait pas arriver\u2026 » Elle a commencé à travailler sur Radyo Siwèl un mois avant son accession à la Maison-Blanche.« Je me suis dit : c\u2019est maintenant qu\u2019il faut lancer cet album, mon premier chanté tout en créole.C\u2019est au- jourd\u2019hui que ça raconte quelque chose.C\u2019est un épisode de l\u2019histoire d\u2019Haïti, c\u2019est de la chanson haïtienne, mais le thème de l\u2019envahisseur est universel », est-elle persuadée.Petite leçon de créole haïtien Autour du titre de l\u2019album, Radyo Siwèl : «Radyo», on l\u2019a déduit, signifie simplement « radio».«Siwèl, explique Mélissa Laveaux, vient du mot \u201ccirouelle\u201d, une variété de prune qu\u2019on trouve dans les marécages en Haïti \u2014 je n\u2019en ai jamais mangé, par contre.Ensuite, il y a ces orchestres en Haïti qui interprètent des chansons rurales, folkloriques, qu\u2019on appelle \u201cbanda siwèl\u201d parce que ces groupes jouaient dans des endroits reculés du pays, là où poussent ces prunes\u2026» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e M u s i q u e c l a s s i q u e 6 | CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR année 2018 sera riche de plusieurs anniversaires musicaux: le centenaire de la naissance de Leonard Bernstein, en août, le 350e anniversaire de la naissance de François Couperin, en novembre, et, en mars, le 100e anniversaire de la mor t de Claude Debussy et le 75e anniversaire de la mort de Sergueï Rachmaninov.L\u2019«année Rachmaninov» s\u2019est amorcée le plus rapidement.Quelles sont les clés pour redécouvrir ce compositeur au-delà de son fameux 2e Concerto pour piano?En 1976, le légendaire chef d\u2019orchestre Leopold Stokowski, 94 ans, signait avec Columbia un contrat d\u2019enregistrement de six années.Ce contrat nous vaudra six bijoux discographiques enregistrés en deux ans et réédités en 2012 par Sony.Après avoir gravé, en avril 1977, la 2e Symphonie de Brahms, Stokowski se concentre sur un projet majeur.Il va enfin immortaliser la 2e Symphonie de son ami Sergueï Rachmaninov, celle pour laquelle il a milité plus que tout autre.Alors que tous les chefs du continent américain (Nikolaï Sokoloff, Artur Rodzinski, Eugene Ormandy) avaient, dès 1928, fait avaliser par Rachmaninov diverses coupures dans cette partition d\u2019une heure, Stokowski, dès les années 1930 et 1940, faisait confiance au compositeur et assumait ses intentions originales en jouant l\u2019œuvre en entier.Il était alors le seul.Le 13 septembre 1977, les musiciens sont convoqués en studio à Londres pour immortaliser ce moment d\u2019histoire.Après tout, Stokowski avait été, en 1924 puis en 1929, le chef accompagnant Rachmaninov lors de ses deux enregistrements de son propre 2e Concer to.Mais Stokowski, qui s\u2019était tranquillement alité le 12 septembre au soir, ne se réveillera pas ce matin-là, laissant dans le deuil Mickey Mouse et, surtout, bien plus qu\u2019on ne le croit, la musique.Le snobisme qui fait regarder de haut l\u2019art de Leopold Stokowski, cet homme qui voulait faire sonner la musique comme aucun autre, a longtemps condamné Rachmaninov et l\u2019a catalogué parmi les compositeurs de seconde zone.Le contempteur le plus célèbre de Rachmaninov fut le légendaire pianiste Claudio Arrau, dont mon confrère Claude Gingras (cf.Notes, Éditions de La Presse) parvint un jour à tirer tout le fiel.« Rachmaninov ne vous intéresse donc pas?» « Pas du tout.Il y a des pianistes qui jouent cela pour obtenir un succès facile.C\u2019est de la musique de boîte de nuit.Rachmaninov était un pianiste phénoménal.Mais sa musique\u2026 C\u2019est tellement épais ! » Je le vois encore, laissant tomber ce « night club music » en faisant la grimace.Je pouffe de rire et rappelle que Rachmaninov a quand même composé des symphonies.«Symphonies?» Cette fois, le ton était encore plus dédaigneux, comme s\u2019il m\u2019avait répondu: «Vous appelez ça des symphonies?» Une telle attitude était alors monnaie courante.Le fameux dictionnaire Groves prédisait dans les années 1950 un rapide «déclin de la popularité» de l\u2019œuvre Rachmaninov après sa mort.C\u2019est tout le contraire qui se passe.Aujourd\u2019hui, le public s\u2019aventure au- delà des 2e et 3e concertos : la Rhapsodie sur un thème de Paganini est un incontournable, et si le 1er Concerto est en perte de vitesse par rapport aux années 1960 de Byron Janis, le 4e Concer to est joué davantage, y compris dans sa version originale, que défend Alain Lefèvre.Une œuvre vaste Surtout, Rachmaninov est vraiment reconnu comme un symphoniste.La 2e Symphonie est désormais toujours jouée en intégralité, pas forcément avec toutes les reprises, mais sans les coupures que l\u2019on pratiquait systématiquement avant les années 1970, avant qu\u2019André Previn en 1973 n\u2019impose la partition complète dans son enregistrement EMI.Les intégrales se succèdent et le génie de la 3e Symphonie s\u2019impose petit à petit.Les Danses symphoniques sont au programme de toutes les institutions symphoniques, et il faudra guetter en février la parution d\u2019une renversante nouvelle version signée Mariss Jansons sur étiquette BR Klassik, couplée à un autre chef-d\u2019œuvre morbide : Les cloches, d\u2019après Edgar Allan Poe, que Yannick Nézet-Séguin a présenté à Montréal la saison dernière.Le rocher et L\u2019île des mor ts, deux poèmes symphoniques importants, complètent le tableau.Peu avant cet anniversaire, Vladimir Ashkenazy a réalisé une intégrale de l\u2019œuvre pour piano, un coffret Decca de 11 CD.À ce niveau aussi, la présence de Rachmaninov dans les programmes de récitals ne cesse de se développer.Jadis réduit à quelques Préludes et à la 2e Sonate, le La classe sous le romantisme de Rachmaninov Le 75e anniversaire de la mort du compositeur annonce un heureux bouillonnement éditorial Cinq essentiels Symphonie no 2 Version historique: Kurt Sanderling, Orchestre de Leningrad (DG, 1956).Version moderne: Ivan Fischer, Orchestre du Festival de Budapest (Channel Classics) Concertos pour piano Zoltán Kocsis \u2013 Edo de Waart (Philips, momentanément indisponible).Earl Wild \u2013 Jascha Horenstein (Chandos).Les cloches Version historique: Kirill Kondra- chine (Melodiya, 1963, momentanément indisponible).Version moderne: Mariss Jansons, Orchestre de la radio Bavaroise (BR Klassik).Préludes pour piano Boris Berezovsky (Mirare).Les vêpres Chœur de chambre de Saint- Pétersbourg, Nikolai Koniev (Decca ou Pentatone).En concert cette semaine Jacques Lacombe.De retour de Monte-Carlo, Jacques Lacombe aborde le répertoire russe qu\u2019il affectionne tant.Il empoignera, avec l\u2019Orchestre symphonique de Montréal, la 5e Symphonie de Prokofiev dirigée par Ivan Fischer.Il sera aussi associé à la violoniste Alina Ibraghimova, dans le rare 2e Concerto pour violon de Chostakovitch.Attention: le concert est donné dans la formule «express», sans entracte.À la Maison symphonique, le 7 février à 19h et le 8 février à 10h30.Amandine Beyer.Arion Baroque invite une violoniste très intéressante : Amandine Beyer.Celle qui a créé son propre ensemble, Gli Incogniti, s\u2019est imposée dans la sphère baroque européenne au point de succéder à Chiara Banchini en tant que professeure de violon baroque à la fameuse Schola Cantorum de Bâle.Le programme Teatro alla moda présentera les œuvres de Vivaldi et sept de ses contemporains.À la salle Bourgie, le 8 février à 19h, le 9 février à 20h, le 10 février à 16h et le 11 février à 14h.L\u2019 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Une exposition organisée et mise en tournée par le Musée des beaux-arts de Montréal avec la participation du Château de Fontainebleau et le soutien exceptionnel du Mobilier national de France.Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications du Québec et le Conseil des arts de Montréal pour leur soutien constant.| François-Pascal-Simon Gérard, (détail), 1805.Château de Fontainebleau, Musée Napoléon 1er.© RMN-Grand Palais / Art Resource, NY / Gérard Blot DES AUJOURD\u2019HUI ! UNE PRÉSENTATION DE EN COLLABORATION AVEC répertoire s\u2019est étendu aux Études- tableaux (deux cycles, Opus 33 et 39) et aux Moments musicaux.Les Mélodies de Rachmaninov ont été incluses par Vladimir Ashkenazy dans la boîte hommage qui lui a été consacrée et tses trois opéras, Le chevalier avare, Francesca da Rimini et Aleko sont programmés de temps en temps.Il existe même plusieurs DVD recommandables, dont l\u2019un, majeur, de la «troïka» (les trois opéras) au complet, par Mikhaïl Tatarnikov au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles (Bel Air).Toutes les œuvres vocales sont dominées par les fabuleuses Vêpres, une fascinante œuvre chorale.Mais ce qui a surtout définitivement changé, c\u2019est l\u2019approche interprétative, qui balaie l\u2019idée d\u2019un Rachmani- nov sirupeux, apôtre des bons sentiments.Dans les concertos pour piano, nous devons à Zoltán Kocsis et à Edo de Waart au début des années 1980 d\u2019avoir changé notre perspective.Dans le registre symphonique, Rachmaninov a grandement bénéficié d\u2019avoir été récupéré par les plus grands interprètes russes, après que les instances soviétiques eurent levé l\u2019interdiction de jouer la musique de celui qui avait fui la Révolution d\u2019octobre : Kirill Kondrachine dans les Danses symphoniques et Les cloches, Evgueni Svetlanov dans les Symphonies sont des références éternelles.Récemment, les enregistrements Rachmaninov du chouchou des mélomanes montréalais Vasily Petrenko ont tous convaincu.Le bouillonnement éditorial autour de l\u2019anniversaire Rachmaninov ne fait que commencer.Il témoigne de la juste popularité de celui que l\u2019on reconnaît définitivement comme un grand compositeur.Sergueï Rachmaninov en mars 1934 AGENCE FRANCE- PRESSE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e D i s q u e 8 | R & B Love in a Time of Madness ?1/2 José James, Blue Note Pour un changement de ton, c\u2019en est un plutôt majeur : après un magnifique album-hommage à Billie Holiday en 2015 puis une prestation remarquée autour du répertoire de Chet Baker à Montréal en 2016, le chanteur américain José James \u2014 une des rares voix masculines du jazz d\u2019aujourd\u2019hui \u2014 fait une sorte de grand écart stylistique pour aboutir\u2026 directement dans le R & B, les rythmes trap, la pop électronique ou le funk.C\u2019est dans les subtilités que les fans de James le reconnaîtront : contrastes entre les beats et le phrasé, textures vocales soignées, ce genre de détails.Mais cet album (paru il y a quelques mois) se veut ailleurs.Il vise le plancher de danse, ou accroche en creux d\u2019oreille des ballades soutenues.La proposition ne bouleverse pas ce qui se fait de mieux dans le R & B contemporain \u2014 on sent aussi l\u2019influence manifeste du Prince des années 1980 \u2014, mais James démontre une fois de plus sa remarquable aisance à fréquenter des territoires composites.Guillaume Bourgault-Côté CLASSIQUE Les cloches Danses symphoniques ?Rachmaninov, Orchestre de la radio bavaroise.BR Klassik 900154 Le disque Rachmaninov publié par la Radio bavaroise cette semaine couple deux œuvres de Rachmaninov identiquement hantées par la mort, même si celle-ci émerge petit à petit, parfois à travers de subtils indices.Plusieurs interprètes confondent les Danses symphoniques avec un concerto pour orchestre.L\u2019œuvre est bien plus profonde que cela.Kon- drachine l\u2019avait montré au disque (1963), Gergiev en concert à Montréal (2013).Mariss Jansons ajoute cette dimension grinçante par rapport à ses deux enregistrements précédents, à Saint-Pétersbourg (EMI) et à Amsterdam (RCO Live).Dans Les cloches, il peut miser sur le meilleur chœur symphonique du monde, préparé par Peter Dijkstra.Les alliages de couleurs entre le chœur, l\u2019orchestre et la soprano Tatiana Pav- lovskaïa, dans le 2e mouvement, sont magiques.C\u2019est le plus grand disque dans ce répertoire depuis Kondra- chine il y a plus de 50 ans.Christophe Huss INDIE POP oh my ?1/2 NADINE, Father/Daughter Records Il peut y avoir, dans l\u2019étrangeté, un charme irrésistible.C\u2019est ce que réussit le trio NADINE, où sont réunis pour la première fois sous un même chapeau les musiciens américains Nadia Hulett (Phantom Posse), Carlos Hernandez et Julian Fader (tous deux d\u2019Ava Luna).Leur manière expérimentale \u2014 mélodies éléphants, sons inattendus, rythmes ronds et fantaisies de boudoir \u2014 fait un judicieux usage de synth-pop, de R & B, de lounge-jazz et d\u2019un soul-folk discret, surtout incarné par la très belle That Neon Sign.La voix de Nadia Hulett dirige ce mini-orchestre légèrement déviant avec puissance, tout en fluctuations, comme pour épouser chaque changement de cap.Sa poésie dramatique et théâtrale rappelle par moments Natalie Prass, en moins empesé.Sommes-nous dans la doublure d\u2019un manteau de fourrure glissé dans un mystérieux cabaret?L\u2019album oh my n\u2019est ni trop raide ni trop doux et parle intelligemment des aléas de la vie au XXIe siècle.Un premier élan, bref, qui appuie avec doigté sur les boutons «curiosité» et «sensibilité».Geneviève Tremblay CLASSIQUE Leopold Stokowski ?Complete Decca Recordings.Decca 23cd 483 2504.Entre critiques internationaux, on se parle sur le thème «as-tu entendu ça?».Dans une discussion avec mon collègue David Hurwitz de New York en fin de semaine, le premier sujet abordé fut : «As-tu eu la boîte Stokowski ?» Jamais je ne pourrai inventer meilleure formule que celle de mon collègue, si truculente que je vous la laisse en langue originale : « It is more fun than anybody has the right to have !» Stokowski (1882- 1977) était un chef obnubilé par le son et l\u2019impact sonore de la musique.Decca l\u2019attira entre 1961 et 1973 autour d\u2019un projet, Phase 4, qui visait l\u2019utilisation délibérée de la stéréophonie pour une « théâtralisation sonore ».Cette recherche était en droite ligne avec ce que Stokowski lui-même prônait, puisqu\u2019il travaillait les partitions, quitte à les retoucher, justement pour faire sonner la musique.Nous avons donc ici de l\u2019expérimentation, de l\u2019exagération, mais aussi beaucoup d\u2019idées et de générosité.Bref, du plaisir\u2026 à ne pas mettre entre toutes les mains.Christophe Huss FOLK INDIE Halfway Towards a Healing ?The Lost Brothers, Bird Dog Recordings Dix ans, cinq albums, trente secondes.C\u2019est ce qu\u2019il m\u2019a fallu pour découvrir ce duo d\u2019Irlandais.Si le collègue Christian Goulet n\u2019avait pas suggéré que je regarde le clip d\u2019Echoes in the Wind, Mark McCaus- land et Oisin Leech harmoniseraient certes divinement, mais sans moi.Drôle de monde, si compartimenté qu\u2019on peut passer à côté de ce qu\u2019on aimerait le plus.Merci l\u2019ami : cette chanson m\u2019était destinée, les autres de l\u2019album aussi.Dans la lignée d\u2019Everly Brothers et de Simon and Garfunkel, on parle ici de timbres parfaitement complémentaires, d\u2019accompagnement minimal (le plus souvent, une seule guitare acoustique, çà et là un piano, de petites touches d\u2019instruments divers).On parle de rendus si doux qu\u2019on a envie de se recroqueviller dedans.Cela s\u2019écoute un peu comme on se perd dans la contemplation, au point de ne plus savoir ce que l\u2019on regarde.Exquise caresse, mélancolie tranquille, calme jamais plat.La fonte des neiges peut commencer.Sylvain Cormier AVANT-GARDE Pissing Stars ?Efrim Manuel Menuck, Constellation Records Il y a une étrange histoire d\u2019amour entre une animatrice de variétés américaine et un Saoudien issu d\u2019une famille de vendeurs d\u2019armes au cœur du second album d\u2019Efrim Menuck (Godspeed You! Black Emperor, Thee Silver Mount Zion), mais les titres suggèrent plutôt un regard sur la lutte des classes sociales, parfois chanté, plus souvent évoqué à travers de longues notes de guitares trafiquées et des nappes de synthétiseur modulaire.Entre chanson rock expérimentale et paysages drone/ambient, le multi-instrumentiste mont- réalais propose un disque qui nous happe dans ses constructions sonores finement calibrées, bruyantes et menaçantes au début, puis harmonieuses et lumineuses sur la finale.Une œuvre vaste et d\u2019une gracieuse langueur, constituée de tableaux sonores s\u2019imbriquant l\u2019un dans l\u2019autre, qui accorde autant d\u2019importance aux mélodies envoûtantes qu\u2019aux vrombissements sourds.Lancement au bar La Source de la Martinière à Québec le 7 février, et le lendemain à Montréal au Ritz P.D.B.Philippe Renaud FOLK INDIE Rifles & Rosary Beads ?1/2 Mary Gauthier, Thirty Tigers / Sony En une dizaine d\u2019albums depuis les années 1990, Mary Gauthier a tout affronté, à commencer par ses propres démons : l\u2019abandon en bas âge, l\u2019alcool, les drogues dures.Dans son combat pour les droits des gais et lesbiennes, elle a multiplié chansons et articles.Voilà qu\u2019elle lance un disque d\u2019histoires de soldats, dans le cadre du projet Songwriting- With : Soldiers, qui a pour but de transposer en chansons des témoignages.L\u2019art chansonnier de Mary Gauthier, l\u2019absence d\u2019artifices mais non de beauté, permet d\u2019entendre l\u2019irrecevable : The War After the War parle de la difficulté d\u2019être en couple quand le (ou la) militaire revient au pays ; Still on the Ride évoque le sentiment de culpabilité chez les survivants ; Iraq raconte l\u2019histoire d\u2019une mécanicienne de l\u2019armée dont l\u2019ennemi « wasn\u2019t Iraq », mais ses compagnons d\u2019armes.Pensez The Ghost of Tom Joad à la rencontre d\u2019Universal Soldier, en plus cru, en plus nu, en plus tendre aussi.Un album essentiel.Sylvain Cormier NOISE ROCK Snares Like a Haircut ?No Age, Drag City Cinq ans après l\u2019opaque An Object, on ne les attendait plus, ces punk- rockeurs californiens.On les croyait appartenant à une autre époque, celle où naissaient les salles de concert petit budget et où le véga- nisme était encore une affaire de marginaux.Pas surprenant que ce nouveau disque s\u2019écoute comme une réflexion sur le temps qui passe et s\u2019enfuit.Pour souligner ce retour, Randy Randall et Dean Spunt évitent la sur-recherche sonore : ils reviennent, en majeure partie en tout cas (notamment sur Cruise Control, Drippy et Tidal), à la recette qui avait fait de Nouns (2008) et de Losing Feeling (2009) des exemples brillants de pureté lo-fi, réfléchis et criants.Certains moments tombent dans le plus banal, mais, somme toute, les deux nouveaux papas de No Age ont pondu un album puissant, qui arrive à marier harmonieusement les couches de noise à l\u2019anti- folk impressionniste.Faut le faire.En concert le 29 avril au Ritz P.D.B.Sophie Chartier | 9 C u l t u r e H u m o u r L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR il est de bon ton d\u2019affirmer que les livres ouvrent les portes de la connaissance, de la sérénité et du bonheur, des pans entiers de la littérature universelle laissent pourtant entendre le contraire.N\u2019est- ce pas à cause d\u2019un excès de livres de chevalerie qu\u2019un pauvre garçon de la Manche se prendra un jour pour le chevalier Don Quichotte ?N\u2019est-ce pas en respirant l\u2019eau de rose imbibant de chimériques romans d\u2019amour que Madame Bovary s\u2019engagera sur la voie de l\u2019adultère et du désespoir ?Ajoutez à cette liste de personnages floués par les fausses promesses que recèlent les livres Katherine Levac qui, à l\u2019instar de son héros Harry Potter, aurait bien aimé être orpheline.C\u2019est du moins ce qu\u2019elle af firme (à la blague !) dans Velours, son premier spectacle présenté en grande première médiatique mercredi à la Place des Arts (mais que Le Devoir a eu l\u2019occasion d\u2019attraper récemment lors d\u2019une date de rodage) avant de partir en tournée au Québec.« Quand j \u2019étais petite, je lisais beaucoup, je regardais plein de films et c\u2019était toujours des histoires extraordinaires et magiques », se souvient la femme de 28 ans, née dans une ferme de Saint-Bernardin, dans l\u2019Est ontarien.« Pendant ce temps, dans ma vie à moi, il n\u2019y avait rien qui se passait.Mesparents étaient présents ! Ils m\u2019encourageaient dans mes projets ! Je me sentais plate.» L\u2019horreur, quoi ! Pour en finir avec le sujet des femmes en humour Alors que bien de ses collègues puisent, pour une première présence sur scène, dans le dossier « malheurs, déceptions et autres cocasseries » de leurs archives mentales, l\u2019humoriste révélée entre autres par SNL Québec devait se rendre à l \u2019évidence : son existence avait été jusqu\u2019ici beaucoup trop douce pour qu\u2019elle adopte dans Velours pareil modus operandi.« On dirait que tout le monde dans le mil ieu a vécu tel lement d\u2019embûches avant d\u2019y arriver.Moi, je ne me suis pas fait intimider, et je ne veux sur tout pas minimiser ça, mais je me disais : \u201cPourquoi je ne le reconnaîtrais pas, qu\u2019il n\u2019y a pas eu de gros drames dans ma vie, plutôt que de m\u2019en inventer ?\u201d Il y avait de la matière là -dedans à mes yeux, parce qu\u2019on dirait que c\u2019est pas cool d\u2019admettre que sa vie a été plaisante et facile.» Un discours rare, contrastant avec celui de nombreuses vedettes invitées à s\u2019épancher sur les plateaux de télé et entre les pages de magazines en se remémorant de petites tragédies personnelles, flirtant souvent avec l\u2019insignifiance.L\u2019 interprète de Rebecca-Sophie dans Like-moi ! a-t-elle déjà essuyé les réactions déçues de scribes traquant la confidence tire-larmes ?« C\u2019est ar rivé souvent, sur tout quand il est question des filles en humour ! raconte-t-elle en roulant des yeux.Je ne veux pas banaliser ce qu\u2019ont vécu les autres généra- t ions de femmes qui ont ouver t cette voie sur laquelle je marche pieds nus, mais maintenant, on gratte un bobo qui n\u2019existe pas.Quand on me demande si ça m\u2019est déjà arrivé de me faire présenter sur scène par un homme qui dit : \u201cLa prochaine, c\u2019est une fille, mais c\u2019est pas grave, elle est drôle pareil\u201d, la réponse est toujours non.Mais j\u2019ai beau le répéter, il y a des gens qui veulent s \u2019accrocher à l\u2019idée que c\u2019est dif ficile d\u2019être une fille en humour.» Richesse du français, des silences Diplômée en lettres françaises de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Katherine Levac utilise une nouvelle écrite sur les bancs d\u2019école comme canevas de base lors de son audition à l\u2019École nationale de l\u2019humour.« On m\u2019avait dit : \u201cEnlève le super flu, garde juste les jokes.\u201d » Ce parcours singulier se fait d\u2019ailleurs toujours entendre sur scène, où le comique des textes de cette éternelle bonne élève demeure souvent lié à son choix de vocabulaire.Qu\u2019elle évoque dans Velours l\u2019avenir du français en Ontario en le comparant à l\u2019avenir lui aussi fragile, mais pas autant, du français au Québec tombe sous le sens, et réjouit aussi, dans la mesure où le sujet occupe peu de place au cœur de l\u2019insulaire vie médiatique de notre province.« J\u2019en ai connu plusieurs à l\u2019université, des filles francophones qui ont rencontré un gars, un Anglo, et qui peu à peu ont abandonné le français », explique-t-elle au sujet de ce numéro, un astucieux prétexte lui permettant d\u2019embrasser à nouveau le franglais hilarant d\u2019un personnage lui ayant valu beaucoup d\u2019attention.« Je trouve ça rough de revoir certaines personnes avec qui j\u2019ai étudié et qui maintenant cherchent leurs mots, ou dont les enfants ne parlent que l\u2019anglais.J\u2019accepte que, pour certains, ce ne soit pas aussi important, mais j\u2019ai de la dif ficulté à comprendre que ces filles-là ne voyaient pas dans le français une richesse.» Entre la légèreté d\u2019observations absurdes sur le franc-parler des femmes de 64 ans et des vannes au sous-texte plus grave sur les réfugiés, Katherine Levac décrit les nombreux silences dont elle ponctue Velours comme autant d\u2019invitations à goûter l\u2019instant présent que nous partageons en sa compagnie.« Il y a plusieurs humoristes qui disent : \u201cJe n\u2019aime pas ça, les silences, parce que j \u2019entends les gens boire ou tousser.\u201d Oui, mais c \u2019est le fun, non, d \u2019entendre le br uit d\u2019un pichet, la glace d\u2019une sangria ?Ces filles-là se sont payé une sangria et elles sont là devant moi, pour de vrai, pas devant leur télé.C\u2019est pas beau, ça ?Le bruit d\u2019une sangria, ça me rappelle à moi que l\u2019humour, c\u2019est un contact très impor tant, un moment où on se parle et où on se sent compris.Et il n\u2019y a pas grand-chose de plus important pour les humains que de se sentir compris.» La vie plate de Kat Levac L\u2019humoriste franco-ontarienne raconte une existence sans aventure dans Velours, son premier spectacle Katherine Levac, à l\u2019instar de son héros Harry Potter, aurait bien aimé être orpheline.C\u2019est du moins ce qu\u2019elle affirme (à la blague !) dans son premier spectacle présenté en première médiatique mercredi à la Place des Arts.GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR S\u2019 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e T h é ât r e 1 0 | MAINTENANT AU CINÉMA V.O.S.T.F.V.O.S.T.A.U N F I L M D E F A T I H A K I N VERSION SOUS-TITRÉE EN FRANÇAIS DE IN THE FADE H O R S D E N U L L E P A R T GAGNANT GOLDEN GLOBES® M E I L L E U R F I L M É T R A N G E R 4MEILLEUR FILM MEILLEURE CHANSON \u201cMYSTERY OF LOVE\u201d MEILLEUR ACTEUR TIMOTHÉE CHALAMET MEILLEUR SCÉNARIO ADAPTÉ JAMES IVORY NOMINATIONS AUX OSCARS® UN FILM DE LUCA GUADAGNINO EN VERSIONS SOUS-TITRÉES ET EN VERSION FRANÇAISE NOUVEAUX ÉCRANS TOUJOURS À L\u2019AFFICHE GRAND ANGLE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR ontrairement aux films, les spectacles théâtraux ne sont pas systématiquement classés par groupes d\u2019âge.Sur les scènes qui ne sont pas réservées au jeune public, il arrive pourtant que des pièces soient interdites ou déconseillées à certaines catégories de spectateurs.Cet hiver, dans les théâtres montréalais, au moins trois spectacles étaient ainsi annoncés pour un public «averti ».En presque dix ans à La Licorne, une salle qui affectionne pourtant les œuvres noires, c\u2019est la première fois que son directeur, Denis Bernard, sent le besoin d\u2019apposer une mise en garde sur une pièce.« Ce n\u2019est pas une question que je pose systématiquement.» Mais en lisant le texte percutant de Catherine-Anne Toupin, il y a vu un « potentiel explosif ».Dans la brochure de saison, La meute est donc accompagnée d\u2019un avis : destinée à un public de 16 ans et plus.Une façon, dit-il, de signaler au public : « attention, matériau à haute densité ».Un avertissement que Bernard \u2014 en accord avec l\u2019auteure \u2014 jugeait nécessaire, surtout à cause de la grande violence portée par les monologues de la pièce, une dénonciation du discours agressant.Tous les jeunes ne sont pas capables d\u2019entendre ça, croit- il.Sans compter que le directeur doit tenir compte des possibles réactions de parents mécontents.L\u2019autre aspect important pour lui relève de la « protection » des interprètes.Les soliloques manient une langue très crue et certains adolescents, mal à l\u2019aise devant les allusions sexuelles, tendent à rire devant les termes explicites.«Livrer des acteurs en pâture avec un discours mal compris, les exposer à être chahutés, voire à ce que la pièce devienne une comédie\u2026 Si je [programme] un discours comme celui de La meute, j\u2019ai la responsabilité qu\u2019il tombe dans les bonnes oreilles.C\u2019est une question de respect.Pas de frilosité.» Avis aux profs Ces limites d\u2019âge servent avant tout à cibler les groupes scolaires fréquentant les salles, à avertir les enseignants.Le directeur du Théâtre Denise-Pelletier, où le public est composé à 70 % d\u2019étudiants du secondaire et du cégep, et où les benjamins peuvent avoir 13 ans, voit «une immense ouverture » chez le public adolescent.Claude Poissant concède toutefois qu\u2019« il y a des pièces qu\u2019on ne pourrait peut-être pas leur présenter parce que les professeurs ne les achèteraient pas.Mais je pense que tous les sujets sont abordables, il s\u2019agit juste de savoir comment les Pour la protection des mineurs\u2026 et des créateurs Quand la violence, le sexe ou la nudité limitent l\u2019accès à certaines pièces transmettre.Si on arrive à transposer de façon inventive, plutôt que d\u2019une manière très frontale, en général on peut aller dans la violence, dans le sexe, dans tout ».Le directeur sait qu\u2019il y a des limites à ce qu\u2019il peut diffuser, surtout dans la grande salle, mais il n\u2019a connu aucun problème avec sa programmation depuis qu\u2019il est en poste.Sans doute aussi parce que lui-même, instinctivement, n\u2019a pas tendance à aller dans ces zones-là.« J\u2019ai toujours fait du théâtre devant ces publics [ados] et je ne me suis jamais empêché de faire quoi que ce soit.Mais je ne suis peut-être pas le plus trash\u2026» Une limite vague Ces décisions de limites d\u2019âge se prennent généralement tôt, avant que le spectacle n\u2019ait pris forme, et dans l\u2019ignorance de la façon dont la mise en scène gérera les éléments potentiellement problématiques.«La recherche de groupes scolaires commence souvent l\u2019année précédente », explique Édith Patenaude.Son Titus, créé à Québec et qu\u2019on verra au théâtre Prospero dès le 13 février, avait d\u2019abord été annoncé pour « public averti » âgé d\u2019au moins 16 ans.Une précaution entraînée par l\u2019extrême brutalité de la pièce de Shakespeare adaptée, Titus Andronicus, avec viol et mutilations.Mais l\u2019avertissement est tombé, la metteure en scène ayant finalement jugé plus intéressant d\u2019évoquer l\u2019horreur que de la représenter graphiquement.Reste qu\u2019elle se demande si un artiste devrait prendre en compte l\u2019imaginaire du spectateur.« Est-ce mal de présenter à un [mineur] une œuvre qui lui propose de développer dans son esprit une imagerie adulte ?Est-ce qu\u2019on est responsable aussi de son imaginaire ?» Toute cette question d\u2019âge, une « demande des diffuseurs », embête visiblement la créatrice.Sur tout lorsqu\u2019elle doit, subjectivement, évaluer la limite d\u2019interdiction : 16, C Ces décisions de limites d\u2019âge se prennent généralement tôt, avant que le spectacle n\u2019ait pris forme, et dans l\u2019ignorance de la façon dont la mise en scène gérera les éléments potentiellement problématiques | 1 1 C u l t u r e T h é ât r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Édith Patenaude, qui a joué en 2015 dans Disparaître ici (classée 16 ans), a l\u2019impression que pour plusieurs artistes, c\u2019est plutôt la nudité \u2014 « et il y a bien pire qu\u2019un corps nu », selon elle \u2014 qui entraîne les restrictions.CHARLES FLEURY Livrer des acteurs en pâture avec un discours mal compris, les exposer à être chahutés, voire à ce que la pièce devienne une comédie\u2026 Si je [programme] un discours comme celui de La meute, j\u2019ai la responsabilité qu\u2019il tombe dans les bonnes oreilles.C\u2019est une question de respect.Pas de frilosité.DENIS BERNARD » 18 ans?«C\u2019est très flou ! Elle n\u2019existe pas, cette charte des âges.C\u2019est très embêtant, avec une œuvre potentiellement violente, de savoir où tracer la ligne.» Édith Patenaude a l\u2019impression que pour plusieurs artistes, c\u2019est plutôt la nudité \u2014 « et il y a bien pire qu\u2019un corps nu » \u2014 qui entraîne les restrictions.Au printemps 2015, elle- même était associée à deux spectacles impliquant de la nudité totale : Disparaître ici, une cocréation à partir du sulfureux Bret Easton Ellis (classée 16 ans) et Selfie (18), de Sarah Berthiaume, où Patenaude et les autres acteurs devaient aller loin dans l\u2019exploration du dénuement.Là se posait aussi la question du confort des interprètes.« Il y a une dif fé- rence entre juste être nu sur scène, et être nu [en action]\u2026 » Et le réel ?C\u2019est pour des motifs d\u2019ordre légal que Christian Lapointe réservera aux adultes la première étape de son P.O.R.N.Portrait of Restless Narcissism au théâtre La Chapelle, en mars.Comme son titre l\u2019indique, le laboratoire cocréé avec la Canadienne Nadia Ross montrera du contenu à caractère pornographique.La restriction est mise en place pour protéger les créateurs : « Si un spectateur venait avec son ado et que celui-ci était exposé à ces images, ne serait-ce que durant 20 secondes, il pourrait décider de nous [poursuivre].» Leur réflexion scénique porte justement sur l\u2019omniprésence de la por- noculture.«La culture pop emprunte aux codes de la pornographie.Et le pourcentage du contenu Internet qui est de la pornographie est assez effarant.Donc, enfants ou adultes, toute la société n\u2019a jamais été autant exposée à la porno.» Lapointe qualifie donc de « faux débat » la tentative de restreindre l\u2019univers artistique : « Le réel dépasse de loin la violence qu\u2019on peut retrouver dans les œuvres, à mon avis.» Même si elle reconnaît que « dans un théâtre, on est un peu pris en otage », ce paradoxe n\u2019échappe pas non plus à Édith Patenaude.« Les jeunes ont accès à tout ce qu\u2019ils veulent sur Internet.Et j\u2019ai vu à heure de grande écoute, aux nouvelles, de vraies horreurs.Pourquoi dans les œuvres de fiction, où on raconte l\u2019horreur du monde, faut-il se poser des questions de restriction?Je comprends qu\u2019un parent veuille limiter l\u2019imagerie que son enfant voit.Mais il y a quelque chose de légèrement hypocrite dans ces [limitations] : je ne pense pas que c\u2019est au théâtre qu\u2019un jeune va voir les plus grandes atrocités de sa vie\u2026 » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e D a n s e 1 2 | ENTREVUE CATHERINE LALONDE LE DEVOIR arcos Mauro, chorégraphe catalan de l\u2019heure, n\u2019a pratiquement jamais dansé, sinon loin du regard des autres.Venu des beaux-arts, l\u2019homme a tout de même étudié la chorégraphie, s\u2019alliant en 2005 des danseurs et artistes de sa génération \u2014 « je suis vraiment un millénial » \u2014, développant avec eux un vocabulaire, une codification propre, inspirée de la cartographie.En quelques années, les spectacles de sa compagnie, La Véronal, se sont hissés sur plusieurs scènes contemporaines importantes d\u2019Occident.Danse Danse invite cette compagnie pour la première fois à Montréal, avec Siena (Sienne, comme la ville toscane), une œuvre qui questionne la vision du corps et de l\u2019art, entre la Renaissance et aujourd\u2019hui.Dix danseurs en uniforme étrange \u2014 équipe spor tive ?tenue d\u2019escrime ?\u2014 composent et décomposent gestes et groupes sous le regard alangui d\u2019une large, très large reproduction de La Vénus d\u2019Urbin, du Titien, une huile achevée en 1538.« Je me souviens que, pendant mes études en arts, j\u2019étais très curieux de la Renaissance, de toute cette période », explique Marcos Mauro en entrevue téléphonique, en anglais, alors que Le Devoir l\u2019attrape à la veille de son voyage vers le Canada.« À cause de l\u2019humanisme, ce mouvement, qui m\u2019est très important ; à cause des peintures de cette époque, où les corps deviennent vraiment un sujet de plus grande importance.» Ce qui est logique, poursuit- il, en cette ère où l\u2019on pose l\u2019humain au centre du monde, là où on voyait auparavant Dieu.« Où est l\u2019humain, maintenant, de nos jours ?s\u2019interroge Mauro.J\u2019ai voulu tenter un voyage, de la Renaissance à aujourd\u2019hui, en utilisant l\u2019art, l\u2019histoire de l\u2019art, le sport, le corps \u2014 le corps comme boîte, comme contenant, le corps à travers ces siècles- là\u2026 pour aboutir à Siena.» Un voyage dans le temps, mais toujours lié au présent.« Je pense que l\u2019art d\u2019aujourd\u2019hui doit parler des problèmes d\u2019aujourd\u2019hui, dans le langage d\u2019aujourd\u2019hui.La façon dont je me tiens face au monde est aussi la façon dont je me tiens devant mon art.J\u2019utilise la danse, l\u2019image, la musique, tout ; mais je suis un millénial, un gars du XXIe siècle.C\u2019est peut-être pourquoi mes formes, mes couleurs, mes relations avec les danseurs, les relations des danseurs entre eux sont très froides.On se retrouve devant une œuvre chaleureuse par sa plasticité, par une certaine beauté ; mais les formes, le cadre sont très froids, Marcos Mauro, danser, aujourd\u2019hui, sous Titien Le chorégraphe catalan jette son regard contemporain sur l\u2019art et le corps, des humanistes à nos jours Dix danseurs en uniforme étrange composent et décomposent gestes et groupes sous le regard alangui d\u2019une large, très large reproduction de La Vénus d\u2019Urbin, du Titien, une huile achevée en 1538.JESÚS ROBISCO M La façon dont je me tiens face au monde est aussi la façon dont je me tiens devant mon art MARCOS MAURO » C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 très modernes.On pourrait même dire très gris, en quelque sor te », estime le chorégraphe.Le code gestuel qu\u2019il applique en studio \u2014 il l\u2019a nommé Kova \u2014 y contribue, permettant de «créer une logique interne de mouvement, en mettant le coude et le poignet en relation pour le danseur, par exemple, tout en composant une impression de mouvement illogique à celui qui regarde.J\u2019aime ça.On continue à développer ce type de gestuelle».Siena a aussi été présenté en musée, les scènes étant alors présentées en diverses salles.Car le chorégraphe ne se gêne pas pour moduler sa pièce selon les contextes, les lieux de présentation.Compas, machine, pensée Celui qui a commencé à danser à 18 ans a, depuis ce moment, toujours préféré danser seul.« Je n\u2019aimais pas danser devant les autres, je n\u2019aimais pas les échauf fements, je n\u2019aimais pas être sur scène.J\u2019aimais seulement créer des mouvements ; comme outils, méthodes d\u2019expression.Je sentais que je pouvais beaucoup découvrir ; mais je me disais que je ne pouvais pas vivre de ça.Dix ans plus tard, voilà que j\u2019ai une compagnie, que je crée pour d\u2019autres, que je tourne mes pièces par tout dans le monde ! Ça me semble fou ! » s\u2019émeut-il.Une situation qui le porte à créer encore plus pour d\u2019autres, à rencontrer des corps divers, des ar tistes de multiples disciplines.Marcos Mauro se prépare ainsi à composer son premier ballet, sa propre version d\u2019un classique, au titre encore confidentiel, pour le Royal Danish Ballet de Copenhague, tout en travaillant sa prochaine pièce, Passionara, sur les passions humaines, pour l\u2019été prochain.Il a chorégraphié en 2015 un des trois tableaux du Triptyque, où Les 7 doigts de la main offraient leur cirque à des signatures autres, dont celles de Marie Chouinard et Victor Quijada (RUBBERBANDance Group).« Follement éclatée, la proposition [\u2026], écrite au quart de tour, rejoint l\u2019univers déjanté propre aux 7 doigts de la main et exploite à mer veille cette tension entre gravité et apesanteur, dans une série de tableaux aussi beaux qu\u2019insolites.Cirque et danse se fondent et se confondent, au point où, à certains moments, le public, trompé, ne peut plus distinguer qui, du danseur ou de l\u2019acrobate, mène le bal », en disait alors notre critique, Isabelle Paré.« J\u2019aime beaucoup, beaucoup me retrouver devant dif férents types d\u2019ar tistes, explique Mauro.J\u2019apprends alors constamment.Le danseur va me proposer autre chose que le circassien ; comme si c\u2019était des compas dif férents, des machines, des pensées différentes.» Siena Une chorégraphie pour dix danseurs de Marcos Mauro / La Véronal.À Ottawa, au Centre national des arts le 3 février ; à Montréal, présenté par Danse Danse à la Place des Arts du 8 au 10 février. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 14 | ENTREVUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR À PARIS La confession, avec Romain Duris et Marine Vacth, renvoie bien des cinéphiles à un classique de Jean-Pierre Melville, Léon Morin, prêtre, qui donnait en 1961 la vedette à Jean-Paul Belmondo et Em- manuelle Riva.Mais quand on lui parle de ce film comme inspirateur du sien, Nicolas Boukhrief secoue la tête: «Non, je n\u2019ai pas fait un remake, plutôt une nouvelle adaptation du roman de Béatrix Beck, qui reçut le prix Goncourt en 1952, un livre aujourd\u2019hui oublié.» Celui-ci évoque une tranche de vie de l\u2019auteure durant la dernière guerre mondiale, à travers la passion platonique d\u2019un jeune prêtre et d\u2019une militante communiste athée dans un petit village français.Rencontré à Paris, le cinéaste dit avoir été fasciné par le sujet depuis sa découverte du roman, tout jeune.Il chercha durant 20 ans à le mettre en scène, sans récolter d\u2019intérêt auprès des producteurs, puis une porte s\u2019est ouverte.Du coup, il a acheté les droits à la petite-fille de l\u2019écrivaine.« Je voulais parler de spiritualité, précise-t-il.Et puis, il y a dans ce récit tous les paramètres du grand mélodrame : ces deux êtres que tout sépare, un amour impossible\u2026 Vous prenez Titanic, La route de Madison, combien de films parlent de ça.Mais les plus grandes histoires d\u2019amour ne sont pas consommées et, ce faisant, elles ne s\u2019oublient jamais.Le fantasme dépassera toujours la réalité.» Son précédent long métrage, Made in France, sur des attentats terroristes à Paris, avait causé l\u2019émoi, privé de sortie sur les grands écrans après les attentats du 13 novembre 2015 pour cause de traumatisme national (quoique tourné en amont), mais visible en DVD puis dans les salles québécoises en avril 2016.Nicolas Boukhrief s\u2019est transporté ailleurs, mais rappelle que les personnages de tous ses films demeurent en quête de quelque chose qui les dépasse, pour le meilleur ou pour le pire.Le bruit des bottes De la plume à l\u2019écran, des aspects changent et se transposent.«Dans le roman, l\u2019héroïne Barney est veuve, dit Nicolas Boukhrief.J\u2019en ai fait une femme dont le mari est prisonnier en Allemagne, afin que leur duo soit sur un pied d\u2019égalité : lui entravé par ses vœux, elle, par sa loyauté envers son mari.» C\u2019est une forme de huis clos, ce village déserté par les hommes en guerre.Un nouveau prêtre séduisant Filmer des amours impossibles Nicolas Boukhrief raconte la spiritualité d\u2019hier sous le prisme d\u2019aujourd\u2019hui avec La confession Le cinéaste voulait à tout prix Romain Duris pour le rôle du jeune prêtre.Il a mis plus de temps à trouver son actrice, Marine Vacth.« Romain est à la fois viril et féminin.Marine possède un côté yang.Au départ, je la trouvais trop jeune pour le rôle, mais sa maturité m\u2019a impressionné et leur couple m\u2019est apparu crédible, moderne.» MK2 MILE END La spiritualité a changé.Elle est devenue souvent sans dogme, avec la méditation, dans une quête de transcendance.Cette aspiration à autre chose, cette énergie, en a poussé certains à partir combattre en Syrie à 20 ans.NICOLAS BOUKHRIEF » C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 AUSSI AU MAJ CET HIVER Lyn Carter Jean McEwen L\u2019art naïf des collections 145, rue du Père-Wilfrid-Corbeil, Joliette 450 756-0311 \u2022 museejoliette.org 3 février au 6 mai 2018 PAYSAGE : faire le jour de Jacynthe Carrier Commissaire : Anne-Marie St-Jean Aubre arrive, mais les femmes sont sexuellement moins pressantes dans leurs avances envers lui que dans le film de Melville et le roman de Béatrix Beck.Faire un film d\u2019époque à très petit budget lui a appris à sacrifier des rêves somme toute inutiles.Il avait imaginé un décor estival dans le sud de la France, mais les besoins de la production et le temps d\u2019action de la fin de la guerre l\u2019ont entraîné dans les Ardennes, plus au nord.«J\u2019ai interrogé des membres de ma famille qui vient de l\u2019Aveyron.Les anciens parlent peu de cette période, il faut les interroger.Ce qui leur faisait le plus peur, m\u2019ont-ils confié, c\u2019était le bruit des avions et celui des bottes allemandes.Je n\u2019avais pas besoin de montrer les avions.Le travail sur le son suffisait.Quant aux scènes de combat, elles auraient semblé clichés aussi.» Il a concentré l\u2019action pendant les deux derniers mois de la guerre plutôt que sur une période de six ans comme le veut l\u2019histoire originale, histoire de nourrir la tension, se débarrassant de la voix hors champ de l\u2019auteure au profit des flash-back.Le cinéaste voulait à tout prix Romain Duris pour le rôle, sans chercher à lui faire reproduire le jeu de Belmondo sous la direction de Melville.Il a mis plus de temps à trouver son actrice.«Romain est à la fois viril et féminin.Marine possède un côté yang.Au départ, je la trouvais trop jeune pour le rôle, mais sa maturité m\u2019a impressionné et leur couple m\u2019est apparu crédible, moderne.Souvent, dans une petite pièce, avec leurs longs dialogues, je les ai laissés libres de leurs déplacements avec l\u2019impression d\u2019assister à des chorégraphies, comme celles de Ginger Rogers et de Fred Astaire.» Nicolas Boukhrief se dit heureux d\u2019avoir abordé un thème parfois occulté, mais en renaissance.«La spiritualité a changé, estime-t-il.Elle est devenue souvent sans dogme, avec la méditation, dans une quête de transcendance.Cette aspiration à autre chose, cette énergie, en a poussé certains à partir combattre en Syrie à 20 ans.Il faut dire que la France avait abandonné les banlieues sous Mitterrand.Mon père est Algérien.Au cours des années 1980, personne ne parlait de l\u2019islam ici, puis la religion est devenue un outil de ralliement.On ne peut créer une jeunesse sans espoir\u2026» Odile Tremblay était l\u2019invitée des Rendez-vous d\u2019Unifrance. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e 1 6 | L E S F L Â N E U RS Des reporters boulimiques de culture partagent leur coup de cœur de la semaine Le Web est un espace qui fait parfois sortir le plus exécrable de l\u2019humain.La pièce La meute, présentée au théâtre La Licorne, rue Papineau à Montréal, nous plonge dans ces eaux troubles où la violence est verbale, virtuelle mais non moins virulente.Catherine-Anne Tou- pin, qui a écrit le texte, mène la troublante aventure en compagnie de Guillaume Cyr (vraiment épatant) et de Lise Roy.Si les décors minimalistes permettent de changer de lieu en deux pas, l\u2019éclairage montre ce qu\u2019il faut montrer et cache ce qu\u2019il faut cacher.Une deuxième série de supplémentaires est prévue du 21 août au 1er septembre.La violence de la meute Philippe Papineau La chambre 850 de l\u2019hôtel Texas, le 22 novembre 1963.Sous l\u2019influence de la morphine, «Jack» (fade Matthew Worth) est hanté par ses ennemis, par le souvenir de sa sœur internée, par la fatalité.Mélancolique, «Jackie» (fabuleuse Daniela Mack) ploie quant à elle sous la tristesse: son mariage n\u2019a pas tenu ses promesses, elle a perdu deux bébés\u2026 Entre drame intime et satire hurlante d\u2019une Amérique grotesque, l\u2019opéra JFK de David T.Little et Royce Vavrek manque de cohésion, mais jouit d\u2019une scénographie inspirée.Certains numéros captivent, telle la rencontre persona entre Jackie Kennedy et Jackie Onassis.Discussions garanties.Jusqu\u2019au 3 février.JFK lyrique François Lévesque C\u2019est davantage un rendez-vous sportif que culturel.N\u2019empêche.Le Taz, ce repaire de passionnés de la roue et de la roulette en tous genres \u2014 trottinettes, rouli-roulant, vélos BMX \u2014, a le génie d\u2019offrir un refuge pour jeunes hyperactifs même au plus froid de l\u2019hiver.Skate park intérieur, ou planchodrôme, le Taz a été fondé en 1996 par trois mordus de la roulette, Janet McNulty, Michel Comeau et Pierre Sauvé, qui cherchaient un lieu pour faire un spectacle.Ces sports alternatifs étaient alors associés à la délinquance et personne ne voulait les accueillir.Désormais installé rue Papineau à Montréal, Le Taz est le plus grand planchodrôme au Canada.Le bonheur à roulettes Caroline Montpetit Après presque dix ans de silence, voici que le poète Pierre Morency, auteur de l\u2019inoubliable Lumière des oiseaux, publie chez Boréal Grand fanal, un nouveau recueil de méditations et d\u2019observations, poèmes et proses.Retrouver ses envols, sa finesse et la beauté de sa plume procure un nouvel enchantement.Ainsi dit-il du mot : «Le mot où se retrouvent le fil du fleuve et le chant de la rivière, le mot qui est seul à fondre le cri et le soupir, la question et l\u2019aveu, le ventre et la tête.» L\u2019envol inspiré de Pierre Morency Odile Tremblay ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR argument du documentaire Certains de mes amis est tout simple.À tour de rôle, la cinéaste Catherine Mar tin pose son regard sur des proches ou des connaissances, tous des gens qu\u2019elle admire, et les fait découvrir au spectateur.Juste ça.Mais c\u2019est déjà beaucoup.Croqués dans leur pratique ou leur activité principale : le peintre François Vincent, la neuroscientifique Marie Du- mont, le photographe Gabor Szilasi, la marionnettiste Louise Lapointe, le musicien Matthew Jennejohn, la documentariste Ginette Lavigne et le preneur de son Hugo Brochu.Un à un, Catherine Martin les présente, chacun posant devant l\u2019objectif, immobile, comme pour annoncer le portrait, comme pour préparer le regard, maître mot de l\u2019exercice.« Le projet a démarré avec François, explique la cinéaste.C\u2019est lui qui a peint les toiles qu\u2019on voit dans mon film Trois temps après la mort d\u2019Anna.On est devenus amis à partir de là et j\u2019avais très envie de le filmer dans son atelier.Je n\u2019envisageais toutefois pas un documentaire très long, mais une quinzaine de minutes\u2026 » Puis, lui vint l\u2019idée d\u2019un groupe de portraits choisis, ceux-ci assemblés au Catherine Martin, la quête lumineuse La cinéaste revient au documentaire avec Certains de mes amis et ses sept portraits successifs L\u2019 | 17 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 17.18 ARTE MUSICA PRÉSENTE Présenté par SALLEBOURGIE.CA 514-285-2000 SHAKESPEARE ET COMPAGNIE MERCREDI 7 FÉVRIER, 19 h 30 Ensemble Of Sound, Mind and Body Chœur Voces Boreales A.PÄRT Which was the son of.P.KLATZOW Return of the Moon Créations de Stephanie MOORE et de Tim BRADY sur des textes de Shakespeare Quatre cent ans après sa mort, Shakespeare reste toujours une source d\u2019inspiration.IAN BOSTRIDGE ténor JULIUS DRAKE piano LUNDI 12 FÉVRIER, 19 h 30 SCHUBERT Winterreise Le ténor anglais Ian Bostridge est sans conteste l\u2019un des plus grands spécialistes du bouleversant Voyage d\u2019hiver.CANTATES DE BACH SAMEDI 24 FÉVRIER, 15 h DIMANCHE 25 FÉVRIER, 14 h Ensemble Stradivaria Daniel Cuiller, direction et violon J.S.BACH Cantates BWV 85, 163, 179, 202 L\u2019Ensemble français interprète le répertoire Baroque en respectant l\u2019exigence historique.GARCÍA ALARCÓN LES VIOLONS DU ROY VENDREDI 16 FÉVRIER, 19 h 30 Leonardo García Alarcón, chef J.S.BACH Concerto brandebourgeois no 2 HANDEL Concerto grosso BLOCH Concerto grosso STRAVINSKI Concerto en ré BARBER Adagio pour cordes L\u2019extraordinaire chef argentin est de retour avec les Violons du Roy dans un programme qui comblera tous les mélomanes ! Présenté dans le cadre de Montréal en Lumière 2018 moyen d\u2019une mise en scène dépouillée, attentive.« Filmer des gens qui étaient «à ma portée » m\u2019a permis de faire un grand pas, en cela que, pour la première fois en 30 ans de carrière, je me suis lancée dans un tournage seule, image et son.C\u2019est-à-dire que je me suis occupée de la caméra, de la captation sonore, du montage, en plus de produire le film grâce à une bourse du CALQ.» Rituels et engagement Hormis ce défi professionnel, Certains de mes amis fut l\u2019occasion pour Catherine Martin de creuser davantage un sillon entamé dans ses autres documentaires, tels Les dames du 9e et L\u2019esprit des lieux (déjà avec Gabor Szilasi).« Quand je fais du documentaire, j\u2019aime par-dessus tout filmer les gens au travail, leurs gestes.M\u2019approcher du travail de quelqu\u2019un, c\u2019est m\u2019approcher de ce qui l\u2019anime.C\u2019est en outre redonner au travail un caractère sacré, par le cinéma.Je pense qu\u2019au travail autant que dans la vie quotidienne, il y a des gestes qui tiennent du rituel.C\u2019est mon côté presque religieux même si je ne suis pas croyante.Je crois dans cette répétition.Elle donne un sens à la vie et révèle la présence au monde des gens, leur engagement.» Leur engagement, mais également Fait intéressant, Catherine Martin, qui confie être d\u2019un naturel précis et organisé, s\u2019est cette fois laissé guider par son instinct.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR leur passion, mot galvaudé auquel on ne manque pourtant pas de songer en observant ces « gens exceptionnels parce qu\u2019ils sont comme tout le monde », pour reprendre la formule de l\u2019auteure.«C\u2019est vrai qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mot galvaudé, \u201cpassion\u201d, mais c\u2019est aussi vrai que c\u2019est un mot qui a un sens.Je demeure convaincue que c\u2019est possible de rester passionné toute sa vie par ce qu\u2019on fait.C\u2019est le cas de mes amis.Même Hugo, qui réapprend à vivre après un accident vasculaire cérébral, a gardé sa passion intacte\u2026 Je voulais montrer ça, tout en insistant sur ce que c\u2019est que d\u2019être dans un processus, ce que ça représente de labeur et d\u2019investissement de soi.» Lumière et émotion Fait intéressant, Catherine Martin, qui confie être d\u2019un naturel précis et organisé, s\u2019est cette fois laissé guider par son instinct.Cette approche permit à un fil conducteur de se dessiner en cours de production.Ainsi le thème du regard, inhérent au projet, ouvre-t-il sur celui de la lumière, celle qui irradie des sept participants et de leurs passions conjuguées.La lumière que reproduit le peintre, celle qu\u2019étudie la neuroscienti- fique, celle qui « traverse les ténèbres » par la musique, dixit Matthew Jennejohn.« Lorsque Matthew a dit avoir été transformé par la musique de Bach, ça m\u2019a chavirée parce que ça rejoignait ma conviction que l\u2019art fait du bien au monde.» Il en fait certainement à Hugo Bro- chu qui, pour réapprendre à écrire, retranscrit les poèmes de son père André Brochu.De la lumière, cet homme en a plein les yeux.Des choses magiques Survenant à la fin, ce portrait-là remet d\u2019ailleurs tous les autres en perspective et confère au documentaire un supplément d\u2019émotion.«Ce qui est merveilleux en documentaire, c\u2019est que, même si on connaît les personnes qu\u2019on filme, même si on connaît les lieux, il arrive toujours des choses magiques.Avec Hugo, par exemple, l\u2019idée d\u2019aller le filmer pendant qu\u2019il faisait du kayak est venue spontanément.À la fin, le plan n\u2019est pas réussi, mais je ne pouvais pas placer ma caméra autrement.Sauf que ce qu\u2019il disait était tellement inattendu et beau que je l\u2019ai gardé.Je l\u2019ai gardé parce que j\u2019ai compris que c\u2019est Hugo qu\u2019on regarde, pas mon plan.» Redécouvrir sa pratique Compris, sur tout, que ce rappor t d\u2019intimité que lui procurait la formule « femme orchestre » lui plaisait pour certains projets.Renouer avec le montage, art dont la cinéaste tâta à ses débuts, fut un autre aspect heureux de l\u2019aventure.« J\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir redécouvert ma pratique », conclut Catherine Martin, rayonnante.Une preuve supplémentaire que, oui, c\u2019est possible de « rester passionné toute sa vie pour ce qu\u2019on fait ».Certains de mes amis prendra l\u2019affiche le 9 février.Je pense qu\u2019au travail autant que dans la vie quotidienne, il y a des gestes qui tiennent du rituel.C\u2019est mon côté presque religieux même si je ne suis pas croyante.Je crois dans cette répétition.Elle donne un sens à la vie et révèle la présence au monde des gens, leur engagement.CATHERINE MARTIN » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 8 | CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Céline Baril n\u2019est pas à proprement parler une cinéaste « onéfienne » \u2014 un statut depuis longtemps disparu sous les coupes \u2014, mais 24 Davids, un film produit dans le cadre d\u2019une résidence au sein de la vénérable institution, évoque l\u2019engagement social d\u2019un Gilles Groulx (Entre tu et vous, 24 heures ou plus) et la pensée sinueuse d\u2019un Jacques Leduc (On est loin du soleil, Albédo).Ces comparaisons ne diminuent en rien la singularité de sa démarche, son œuvre s\u2019inscrivant dans un désir constant d\u2019éclectisme et de refus des conventions (L\u2019absent, Du pic au cœur, La théorie du tout).On retrouve tout cela dans 24 Davids, magnifique travelogue, le plus séduisant de toute sa carrière, reposant sur une idée que plusieurs pourraient juger saugrenue : donner la parole à des gens portant le prénom de David.La cinéaste, enfin riche de moyens trop souvent hors de sa portée, a posé loin son regard, traversant les frontières et les océans pour les rencontrer au Togo, au Ghana, en Colombie, au Royaume-Uni, au Mexique, aux États-Unis et, pourquoi pas, à Waterloo, Ontario.Ont-ils autre chose en commun?Ce prénom, à la fois banal et évocateur (l\u2019un d\u2019entre eux n\u2019a-t-il pas terrassé un cer tain Goliath ?), constitue une amusante balise au milieu de cette constellation de réflexions sur l\u2019état du monde et la compréhension de l\u2019univers.24 Davids établit un dialogue, et non une tension, entre des thèmes en apparence opposés : la santé de nos démocraties et l\u2019avancée des recherches en astronomie ; l\u2019enjeu du recyclage du plastique et du matériel électronique en Afrique ; l\u2019accessibilité à l\u2019éducation dans une Colombie encore marquée par son passé sanglant.Cette dialectique se construit grâce à la présence de la cinéaste, mais pour élargir la portée de son propos (et inclure les femmes dans l\u2019aventure !), elle multiplie les échanges entre dif férents personnages: collègues, conjointes, voisines, membres d\u2019une même famille, etc.Cette cartographie des idées nouvelles qui pourraient remodeler le présent et l\u2019avenir (l\u2019économie de partage, la redistribution plus équitable des richesses, l\u2019importance de la philosophie à l\u2019heure des nouvelles technologies) se déploie dans un remarquable souci esthétique, faisant presque oublier que le documentaire repose sur une imposante succession d\u2019entretiens.Or, non seulement ils sont livrés par des gens passionnés, érudits, dévoués ou d\u2019une sincérité désarmante, mais la cinéaste s\u2019amuse à accumuler les scories propres à un tournage documentaire.Sons parasites, moments d\u2019hésitation, intrus dans le cadre de l\u2019image, autant d\u2019instants fugaces qui dévoilent le processus cinématographique et rehaussent d\u2019un cran l\u2019humanité de ces héros, eux qui ont changé le visage de Medellín en Colombie ou construit un écovillage à l\u2019ombre de l\u2019aéroport d\u2019Heathrow à Londres.L\u2019envoûtement visuel et intellectuel que procure 24 Davids serait incomplet sans l\u2019appor t de Marie- Hélène L.Delorme, offrant moins une musique qu\u2019un hypnotique habillage sonore se superposant à la beauté fulgurante des images signées Julien Fontaine, qui ne flirtent jamais avec les clichés touristiques.Les informations factuelles y sont minimalistes, laissant ainsi toute la place à la largeur de vues de ces rêveurs scrutant le ciel, ou l\u2019âme de leurs semblables.24 Davids ?Documentaire de Céline Baril.Québec, 2017, 133 minutes.Entre elle et eux Un parcours planétaire, non pour obtenir des réponses, mais pour poser les bonnes questions CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR À en juger par l\u2019incompréhension devant le destin d\u2019Omar Khadr, ce n\u2019est pas demain la veille que l\u2019opinion publique saisira tous les enjeux concernant les enfants soldats, car ils sont complexes.Cette réalité est abordée avec la même ambiguïté par le cinéaste colombien Jose Luis Rugeles dans Alias Maria, une plongée dans la jungle politique de son pays, et surtout celle des Forces armées révolutionnaires de la Colombie, les FARC, bien connus d\u2019Ingrid Betancourt\u2026 Il y a sans aucun doute chez Ru- geles une pointe d\u2019ironie dans le fait de nommer Maria une jeune fille de 13 ans, guérillera enceinte depuis quelques mois et forcée d\u2019assurer la survie d\u2019un bébé naissant qui n\u2019est pas le sien en l\u2019amenant loin des zones de combat, telle une fuite vers l\u2019Égypte.Car même si le commando auquel appartient Maria refuse aux femmes le droit d\u2019être enceintes, une exception est faite pour la progéniture des hauts dirigeants.Les moins chanceuses, liées à des subalternes, comme elle avec Mauricio (Carlos Clavijo), subissent un avortement, à moins bien sûr de cacher leur grossesse, et surtout d\u2019avoir un peu de chance.C\u2019est le cas pour cette héroïne au visage opaque, taciturne la plupart du temps, et dont il est dif ficile de comprendre les raisons de sa présence au sein de cette organisation jamais nommée de façon explicite, mais qui ne carbure pas au dialogue et à la démocratie.Recrutée par la force ou savamment embrigadée ?Le scénariste Diego V i- vanco, dont le récit est basé sur une foule de témoignages d\u2019ex-gué- rilleros, refuse d\u2019illustrer, et d\u2019évoquer, le passé de celle dont on devine qu\u2019elle n\u2019est pas au milieu de la jungle par le plus curieux des hasards.Par contre, son épopée dans cette nature oppressante est décrite dans les moindres détails, et avec des accents réalistes qui se passent de commentaires sur le caractère impitoyable de ces révolutionnaires devant la fragilité des plus démunis, qu\u2019ils soient femmes, filles ou garçons.Quand l\u2019ennemi (militaire ou paramilitaire, voire américain dans une scène de café en apparence anodine) n\u2019est pas tapi dans l\u2019ombre, c\u2019est la nature qui se charge de ralentir la course de ces infortunés voyageurs en mission commandée.Et malgré leurs habits de combat, Maria et son tout jeune compagnon d\u2019infortune Yuldor (Erik Ruiz) ressemblent davantage à des bêtes de somme, soumis qu\u2019ils sont à de longues heures de garde pendant la nuit ou vulnérables sous le feu nourri de l\u2019adversaire.Surtout quand les pleurs d\u2019un bébé peuvent être fatals pour lui et ses protecteurs.Alias Maria aborde une foule de sujets délicats (et la domination sexuelle comme arme de combat n\u2019est pas le moindre), mais Jose Luis Rugeles a choisi la subtile évocation plutôt que les effets racoleurs.Cette pudeur, dictée en partie par la présence de jeunes acteurs non professionnels ainsi que d\u2019un poupon en chair et en os soumis à cet incessant ballottage, fait rarement de cette course à obstacles un parcours haletant et frénétique.Maria demeure le plus souvent enfermée dans son mutisme, mais son épopée bénéficie de l\u2019éloquence d\u2019un cinéaste porté par une indignation jamais tapageuse.Alias Maria ?1/2 Drame de Jose Luis Rugeles.Avec Karen Torres, Carlos Clavijo, Erik Ruiz, Anderson Gomez.Colombie, 2015, 93 minutes.Maria, jeune mère courage L\u2019innocence perdue d\u2019une enfant soldate plongée au cœur d\u2019une mission impossible Il est difficile de comprendre les raisons de la présence de cette héroïne au visage opaque au sein de cette organisation jamais nommée de façon explicite.K-FILMS AMÉRIQUE La cinéaste Céline Baril a posé loin son regard, traversant les frontières et les océans pour rencontrer des David partout dans le monde.ONF | 19 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Katja a tout perdu.Son enfant, son mari : empor tés dans l\u2019explosion d\u2019une bombe artisanale.De cette tragédie naît une peine immense.Dans le cœur de Katja : une colère prête à sourdre, puis à exploser.Face à l\u2019injustice, elle entend se venger.Entre drame et suspense, Hors de nulle part offre son meilleur rôle en carrière à l\u2019actrice Diane Kruger, lauréate du Prix d\u2019interprétation féminine à Cannes pour sa composition à vif.Écrit et réalisé par Fatih Akin (De l\u2019autre côté), Hors de nulle part (présenté dans le circuit festivalier sous le titre In the Fade) est raconté du point de vue de Katja, qui connut autrefois Nuri en lui achetant de la drogue.Pendant l\u2019incarcération de ce dernier, ils se marièrent.De leur union naquit le petit Rocco.À présent rangé, le couple mène une existence heureuse à Hambourg, Nuri ayant troqué le trafic pour la vie de bureau.Un jour, Katja y dépose Rocco\u2026 Une bombe artisanale.Deux vies fauchées à dessein.Enjeux préoccupants D\u2019origine kurde, Nuri était de fait sciemment visé par l\u2019attaque ourdie par un jeune couple acoquiné à un réseau néonazi, comme on l\u2019apprendra ultérieurement.À cet égard, le film d\u2019Akin est construit en trois actes distincts.Le premier s\u2019attarde à la douleur de Katja, à son désarroi, mais aussi à l\u2019enquête pour trouver les responsables et connaître les motifs de l\u2019attaque \u2014 du terrorisme intérieur.Diane Kruger, seule, isolée surtout lorsqu\u2019elle est entourée, est poignante dans cette partie.Sans fard, les yeux perpétuellement rouges et secs d\u2019avoir trop pleuré, elle accuse le coup, hagarde.Le deuxième acte est consacré au procès.Dense sur le plan sociologique, ce volet pose d\u2019importantes questions.Par exemple, comment espérer rendre justice lorsque les coupables avérés savent exploiter à leur avantage les failles du système ?Plus préoccupant, le film suggère qu\u2019en amont, les groupes d\u2019extrême droite se savent couverts.Un enjeu qu\u2019A.O.Scott résume à la perfection dans le New York Times : «Comment les sociétés libérales devraient-elles traiter avec les extrémistes politiques locaux, qui cherchent la protection des mêmes normes démocratiques et institutions qu\u2019ils veulent détruire ?» s\u2019interroge-t-il dans sa critique.Frapper l\u2019imaginaire Survient un troisième acte lors duquel Hors de nulle part se meut en un récit de vengeance plutôt classique.On a alors un peu l\u2019impression de se trouver dans un autre film.Mis en scène avec la précision et l\u2019intelligence qu\u2019on attend du cinéaste (avec notamment une superbe utilisation de la profondeur de champ et de la focalisation), les moments qui mènent au dénouement apparaissent convenus.La séquence finale, toutefois, frappe l\u2019imaginaire.À l\u2019instar de l\u2019expression qu\u2019affiche alors Diane Kruger.À terme, la réponse proposée par Fatih Akin aux questionnements qu\u2019il soulève dans son film ne fera pas consensus.Elle est en revanche certaine de susciter la discussion, ce qui était peut-être le but.Hors de nulle part (V.O., s.-t.f.et s.-t.a.de In the Fade) ?1/2 Drame de Fatih Akin.Avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Johannes Krisch, Ulrich Tukur, Samia Chancrin.Allemagne-France, 2017, 106 minutes.Une femme seule Hors de nulle part aborde les thèmes du deuil et de la vengeance sur fond de néonazisme européen Hors de nulle part offre son meilleur rôle en carrière à l\u2019actrice Diane Kruger, lauréate du Prix d\u2019interprétation féminine à Cannes.MAGNOLIA PICTURES Mis en scène avec la précision et l\u2019intelligence qu\u2019on attend du cinéaste Fatih Akin, les moments qui mènent au dénouement apparaissent convenus.La séquence finale, toutefois, frappe l\u2019imaginaire.À l\u2019instar de l\u2019expression qu\u2019affiche alors Diane Kruger. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 2 0 | Présenté dans le cadre de Du 30 janvier au 3 mars 2018 Une pièce de Bernard Pomerance Traduction et mise en scène Jean Leclerc Avec Benoît McGinnis, Annick Bergeron, David Boutin, Sylvie Drapeau, Chantal Dumoulin, Germain Houde, Hubert Proulx, Roger La Rue Le TRV remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec de son appui ?nancier.rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel BILLETTERIE RIDEAUVERT.QC.CA Trois affiches tout près d\u2019Ebbing, Missouri (V.F.de Three Billboards Outside Ebbing, Missouri) ?1/2 L\u2019histoire que conte Trois affiches tout près d\u2019Ebbing, Missouri est épouvantable.On y rit pourtant beaucoup.Le Les nouveautés sont en rose Le sens de la fête ?Il n\u2019y a aucun mal à s\u2019inspirer des meilleurs, par exemple le tandem Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.C\u2019est un peu ce qu\u2019ont fait Olivier Na- kache et Éric Toledano (Intouchables, Samba) dans cette comédie réjouissante et éblouissante, où la caméra virevolte autour d\u2019une galerie inspirée d\u2019acteurs de tous les âges et de tous les horizons.Nous sommes conviés aux préparatifs d\u2019un grand mariage, dans les coulisses d\u2019une organisation chaotique que Bacri, merveilleux grincheux devant l\u2019Éternel, tente de maintenir à flot.Le naufrage apparaît inévitable, et le chemin pour s\u2019y rendre est parsemé de réflexions pas si anodines sur la France d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019acrobaties visuelles et de mille blagues qui font mouche.La comédie française à son meilleur, un pur régal pour l\u2019œil et l\u2019esprit, mais pas nécessairement dans les assiettes! André Lavoie film relate la quête d\u2019une femme qui, excédée par l\u2019absence de résultat dans l\u2019enquête sur le meurtre sordide de sa fille, loue trois panneaux publicitaires sur lesquels elle interpelle le shérif local.Action radicale \u2014 et prémisse brillante \u2014 qui a des répercussions inattendues dans la petite communauté peuplée de personnages pétris de contradictions.En verve, Martin McDonagh propose une méditation audacieuse sur la notion de justice, celle que l\u2019on peine davantage à rendre dès lors que la victime est de sexe féminin.Chacun voit ses convictions initiales bouleversées; une prise de conscience pas toujours confortable.Car dans cette tragicomédie remarquablement interprétée, ce n\u2019est pas parce qu\u2019on rit que c\u2019est drôle.François Lévesque Appelle-moi par ton nom (V.O., s.-t.f.de Call Me by Your Name) ?1/2 En ce mois de juin 1983, Elio, un jeune homme de 17 ans, coule des jours indolents dans la villa italienne de ses parents.Arrive Oliver, un doctorant américain de 24 ans venu assister son père pour l\u2019été.S\u2019engage une valse-séduction sous le regard tour à tour préoccupé et bienveillant des parents d\u2019Elio.Âgé de 21 ans au moment du tournage, Thimotée Chala- met est une révélation en Elio, rôle qui appelle à la fois maturité et naïveté.Quant à Armie Hammer, il incarne avec un charisme désinvolte l\u2019objet de son affection.Le film est à l\u2019image du climat italien: langoureux, ensoleillé, et follement romantique.Et comme le disait son réalisateur Luca Guadagnino en entrevue: «Les émois liés à un premier amour, la violence et la pureté des sentiments qu\u2019on vit alors, c\u2019est universel.» À défaut de pouvoir retomber amoureux pour la première fois, on se réjouit à la perspective de revoir son film.François Lévesque Le vénérable W.?Avec ce documentaire percutant, le cinéaste Barbet Schroeder clôt sa «trilogie du mal».Son sujet: le moine myan- marais Ashin Wirathu, chantre de la purification ethnique, accusé par le Time d\u2019avoir donné naissance à un «terrorisme bouddhiste».Ivre de pouvoir, Wirathu se livre avec une candeur qui donne froid dans le dos.Islamophobe convaincu, il voit dans la minorité musulmane de Myanmar, les Rohingyas, des violeurs et des terroristes-nés.Wi- rathu serait à l\u2019origine d\u2019un génocide perpétré contre eux entre 2012 et 2016.Sur le front géopolitique, Schroeder accomplit d\u2019ailleurs un travail pédagogique remarquable.Au monologue empoisonné du protagoniste, le cinéaste oppose le point de vue de journalistes et d\u2019activistes.Dans les rues et les campagnes myanmaraises, le cinéaste trouve matière à cinéma alors que sa mise en scène se déploie.Rares, ces moments d\u2019élévation esthétique exacerbent la laideur du propos du moine.François Lévesque Le fil caché (V.F.de Phantom Thread) ?1/2 Habitué de changer de compagne au gré de ses collections, Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis, d\u2019une belle et trop rare intériorité), un couturier célèbre, voit la rigidité de son existence perturbée par une nouvelle muse opiniâtre: Alma (Vicky Krieps, une révélation), aussi narratrice.S\u2019engage une passionnante joute psychologique à laquelle participe la sœur de l\u2019artiste.Porté par une mise en scène élégante et précise, ce huitième film de Paul Thomas Anderson (Magnolia) se prête à maintes interprétations, du drame sentimental à l\u2019étude de mœurs en passant par le thriller psychologique.François Lévesque Hostiles ?John Wayne n\u2019en finirait plus de s\u2019indigner devant les transformations sociales et politiques du western.Scott Cooper (Crazy Heart, Black Mass) s\u2019inscrit pourtant dans cette continuité avec Hostiles, montrant des soldats la larme à l\u2019œil, d\u2019autres pleins de remords devant le massacre des Premières Nations et des femmes courageuses capables de prendre les armes.Même si, une fois encore, les personnages amérindiens sont ici en retrait et s\u2019expriment dans un langage empreint d\u2019une sagesse convenue, cette chevauchée parfois frénétique, souvent mélancolique, décrit avec sensibilité les tourments d\u2019un groupe de soldats à la conscience tourmentée.Christian Bale domine sans effort cette expédition, flanqué de Rosa- mund Pike, émouvante en veuve et mère éplorée prête à combattre l\u2019ennemi et le désespoir.André Lavoie frasques de ce gourou aux identités multiples, aux femmes nombreuses, lui qui compte au moins 15 enfants, dont plusieurs ignorent l\u2019existence des autres.À partir de films de famille tournés dans les Antilles et de témoignages poignants de sa fratrie montréalaise, Kalina Bertin se livre à une véritable radiographie psychologique doublée d\u2019une fascinante enquête aux ramifications criminelles.André Lavoie 24 Davids ?Pas à proprement parler une cinéaste «onéfienne» \u2014 un concept à jamais disparu \u2014, Céline Baril a tout de même pu bénéficier du programme de résidence de l\u2019Office national du film pour signer ce magnifique travelogue, escapade sur trois continents et au grand pays des rêves, des idées et des théories.À partir d\u2019un prétexte que certains jugeront saugrenu \u2014 aller à la rencontre de gens prénommés David \u2014, la cinéaste déploie une brillante constellation de réflexions sur les mécanismes de l\u2019univers et ceux qui règlent, ou ravagent, notre humanité.Les informations factuelles sont réduites au minimum, mais sa démarche singulière occupe une place légitime, rendant séduisante cette succession d\u2019entretiens avec des esprits brillants, indignés, singuliers, le tout enrobé d\u2019images splendides et d\u2019un habillage musical au pouvoir hypnotique.André Lavoie Manic ?Son père fut longtemps pour elle un mystère, mais il a suffi d\u2019une banale découverte sur le passé de cet homme pour qu\u2019elle amorce sa propre quête de vérité.Ses recherches lui apparaissaient fondamentales pour comprendre la fragilité psychologique de son frère et de sa sœur, mais la cinéaste ignorait que cette aventure la conduirait aussi loin qu\u2019à Hawaï et en Thaïlande.Or ce n\u2019était rien en comparaison de toutes les Alias Maria ?1/2 Le prénom Maria possède une immense charge symbolique, surtout dans les pays marqués par le catholicisme.La très jeune héroïne du second long métrage du cinéaste co- lombien Jose Luis Rugeles est enceinte, et devra entreprendre une fuite dans la jungle avec l\u2019enfant d\u2019une camarade et d\u2019un haut dirigeant d\u2019un commando semblable L\u2019insulte (V.F.de Hakaret) ?1/2 À Beyrouth, une dispute entre un Libanais chrétien (Adel Karam) et un réfugié palestinien (Kamel El Basha, prix du meilleur acteur à la Mostra) divise bientôt le pays lorsque le premier intente un procès au second.Drame judiciaire prenant raconté à hauteur d\u2019homme, L\u2019insulte, de Ziad Doueiri (West Beyrouth), livre un portrait dénué de parti pris d\u2019un pays marqué à jamais par la guerre et les conflits sans issue où le dialogue est malgré tout possible.Artificiel mais captivant.Manon Dumais | 2 1 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 k?lmsamerique.com KFilmsAmerique « Un hommage à toutes les femmes qui luttent à travers le monde.» - Mediapart - À l\u2019af?che ! UN FILM DE JOSÉ LUIS RUGELES Les scènes fortuites ?1/2 Dans Les scènes fortuites, un premier film qu\u2019il a aussi écrit et réalisé, Guillaume Lambert interprète un aspirant cinéaste incapable de terminer\u2026 un premier film dont il tient la vedette.Entre métanarration et humour gigogne, un auteur à suivre affine sa signature.On retrouve en effet ici le ton et la manière (humour de situation axé sur le malaise et l\u2019embarras livré avec un sérieux désopilant) de la websérie L\u2019âge adulte, scénarisée par Lambert, qui ajoute toutefois à sa palette une touche de mélancolie.Le film tire d\u2019un budget quasi inexistant une esthétique fauchée qui fonctionne tout en se concentrant sur le travail des interprètes.Lesquels s\u2019approprient le texte avec un plaisir manifeste.Et contagieux.François Lévesque aux Forces armées révolutionnaires de Colombie \u2014 ici jamais clairement identifié.Cette mission, d\u2019une cruelle ironie pour une organisation qui impose aux femmes l\u2019avortement, comportera son lot de périls, faisant grandir davantage cette enfant soldate âgée de 13 ans, au visage souvent impassible.On perçoit tout de même son désarroi grâce à la ferveur de son interprète, Karen Torres, accompagnée par un cinéaste soucieux d\u2019authenticité, à l\u2019indignation jamais tapageuse.André Lavoie Le niveau de jeu n\u2019est certes pas toujours égal et certains développements apparaissent faciles, mais nombre d\u2019idées séduisent.À terme, beauté et pertinence prévalent.François Lévesque Hochelaga, terre des âmes ?1/2 Dans cette fresque ambitieuse, un jeune archéologue (Samian) croit avoir découvert l\u2019emplacement du mythique village iroquoien d\u2019Hoche- laga après un affaissement de terrain au stade Percival-Molson, sis au pied du mont Royal.À chaque artefact exhumé, une mémoire revisitée.Comme dans Le violon rouge, François Girard prend un point d\u2019ancrage narratif, ici un lieu plutôt qu\u2019un instrument, autour duquel il déploie plusieurs histoires.Cela, pour mieux n\u2019en raconter qu\u2019une.Film de la quête identitaire, thème fédérateur du cinéma québécois s\u2019il en est, c\u2019est aussi un film de la réconciliation, chaque sous-récit présentant une situation de métissage, de collaboration, d\u2019ouverture, etc.Dernier arrêt (V.F.de The Commuter) ?1/2 Quatrième collaboration entre l\u2019acteur Liam Neeson et le cinéaste Jaume Collet-Serra après Unknown, Non-Stop et Run All Night.Cette fois, le tandem a lui aussi compris qu\u2019on prend toujours un train, et le leur file à vive allure, l\u2019aspect science-fiction dans The Commuter pour qui connaît l\u2019état du réseau de transport collectif de New York.Peu importe, l\u2019heure est grave pour ce vendeur d\u2019assurances (Nee- son avec une partition routinière) réduit au chômage et sur le chemin du retour dans sa banlieue, forcé de jouer au limier, et au héros viril, pour le compte de malveillants représentés par Vera Farmiga, ici en intrigante hitchcockienne.Avant d\u2019arriver à destination, cet ancien policier aura fait dérailler quelques complots, mais respecté tous les signaux d\u2019une trajectoire narrative sans grandes surprises.André Lavoie L\u2019épreuve.Le remède mortel (V.F.de Maze Runner \u2013 The Death Cure) ?1/2 L\u2019affaire sent davantage le réchauffé que la catastrophe, et on ne compte plus le nombre de films qui nous reviennent en mémoire devant l\u2019ultime chapitre de la trilogie Maze Runner : entre Mad Max et Blade Runner, une poursuite autour d\u2019un train rappelle même celle dans The Expandables 3 \u2014 Wesley Snipes en moins! En lieu et place, nous avons droit à Dylan O\u2019Brien en grande forme après un accident lors de ce tournage, d\u2019où l\u2019hiatus et cette date de sortie peu stratégique.Parions que les millénariaux, à qui le film est destiné, auront déjà tout oublié des épisodes précédents, mais le récit est bourré d\u2019explications, et pas juste médicales, pour saisir les enjeux, une des raisons de sa durée excessive.Un travail technique sans anicroche ne nous éloigne jamais complètement de la lassitude devant cette autre fin du monde.André Lavoie La forme de l\u2019eau (V.F.de The Shape of Water) ?1/2 Magicien de l\u2019image, Guillermo Del Toro réaffirme sa prédilection pour les contes avec cette ode à la diversité.Sur fond de guerre froide dans un Baltimore évoquant Amélie Pou- lin, cette variation de La belle et la bête place au cœur de son action un couple de marginaux : une jeune femme muette et une créature mi- homme mi-poisson.Elle fait le ménage dans un laboratoire militaire, il y a abouti pour y être disséqué.Se met alors en branle un plan d\u2019évasion auquel seront mêlés une collègue noire, un voisin gai et un espion russe, étranger qui n\u2019est pour une fois pas le méchant.Ce rôle incombe plutôt à un colonel dogmatique.Il est l\u2019incarnation de la peur de l\u2019autre, véritable sujet du film.Certes, on tique devant certaines invraisemblances et l\u2019issue n\u2019est jamais remise en doute (contrairement à celle du Labyrinthe de Pan).Mais n\u2019est-ce pas là le lot des contes?François Lévesque 12 Strong ?1/2 Octobre 2001.L\u2019unité des Forces spéciales de l\u2019armée américaine, menée par le capitaine Mitch Nelson (Chris Hemsworth, solide), débarque en Afghanistan afin d\u2019aider les Afghans à lutter contre les tali- bans.Porté par un lourd élan de patriotisme, ce drame de guerre manichéen aux airs de déjà-vu a le mérite de raconter une histoire méconnue du grand public.Mais alors qu\u2019il rend hommage aux douze courageux soldats américains, Nicolai Fu- glsig (Exfil, inédit au Québec) néglige les personnages afghans.Manon Dumais Happy End ?Le cinéphile rompu à l\u2019univers clinique de Michael Haneke tiendra pour acquis que le titre Happy End est ironique.En effet, l\u2019auteur de Caché n\u2019est pas friand des dénouements heureux.C\u2019est pourtant ce qu\u2019il offre ici, en cela que les deux personnages principaux, une enfant homicide et son arrière-grand-père en mal d\u2019en finir, obtiennent ce qu\u2019ils désirent à la fin.L\u2019argument: l\u2019implosion d\u2019une riche famille industrielle dont les membres affichent divers niveaux de sociopathologie.Le lieu: un Calais où la crise migratoire est d\u2019autant plus criante qu\u2019elle n\u2019est jamais nommée.Haneke recourt à toutes ses techniques de prédilection, mais son scénario s\u2019avère plus explicite que de coutume; on sent la démonstration.Qui plus est, en tentant de faire naître de l\u2019empathie envers ceux qui n\u2019en éprouvent pas, Haneke ne parvient qu\u2019à susciter l\u2019indifférence.Là réside la véritable ironie de Happy End.François Lévesque Le Post (V.F.de The Post) ?En 1971, des documents ultrasecrets prouvant que les tenants successifs du pouvoir américain savaient que la guerre du Vietnam était perdue d\u2019avance sont transmis à certains journaux.En pleine crise, le Washington Post bataille pour publier l\u2019histoire après que le gouvernement a bâillonné le New York Times.Propriétaire du journal, Kay Graham essaie pendant ce temps d\u2019imposer son ascendant sur des employés majoritairement mâles et paternalistes.Ici, le passé commente le présent et la guerre que mène le président Trump contre les médias.Conclusion?Un contre-pouvoir journalistique est nécessaire face au pouvoir politique.Le film marque la rencontre au sommet entre Meryl Streep, Tom Hanks et Steven Spielberg.On s\u2019attendait à être transporté par une telle convergence de talents.On ne l\u2019est pas.Tout le monde est irréprochable, mais personne ne se surpasse.La machine ronronne sans jamais vrombir dans un film plus construit que senti.François Lévesque Manic, documentaire de Kalina Bertin EYESTEELFILM L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 2 2 | CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019occasion est belle pour ne pas la signaler.Et pour en profiter : Maryse Goudreau, tout juste honorée du premier prix Lynne-Cohen, expose pour la première fois dans un centre d\u2019artistes montréalais (Dazibao).Il est plutôt rare, en effet, qu\u2019on nous donne la chance de voir, dans l\u2019immédiat, les raisons d\u2019une telle célébration.Or, et c\u2019est là toute la valeur de la concordance des calendriers, l\u2019exposition Mise au monde n\u2019est pas dérivée du prix que Maryse Goudreau a reçu en décembre.Elle découle d\u2019une autre sorte de récompense, la résidence de production-dif fusion PRIM-Dazibao, accordée selon des critères évaluant le « caractère novateur [et la] pertinence du propos».La jeune artiste d\u2019Escuminac, en Gaspésie, dont la photographie est une composante « inhérente » à sa pratique \u2014 condition du prix Lynne- Cohen \u2014, est déjà une valeur sûre.L\u2019expo à Dazibao en donne une très bonne idée.Mise au monde n\u2019est pas tant une «exposition» que la projection d\u2019une seule œuvre dans la petite salle de cinéma de Dazibao.Certes, les termes et les conditions sont ceux du centre d\u2019artistes, mais ils correspondent bien au travail éclaté de Goudreau.Aux confins des disciplines et des genres, la diplômée de l\u2019Université Concordia touche à la photographie, à l\u2019installation, au documentaire, à l\u2019autofiction.Elle ne désigne pas Mise au monde de film, mais d\u2019« essai vidéogra- phique ».Celui-ci n\u2019est pas tant l\u2019aboutissement d\u2019une résidence de création qu\u2019une (autre) pièce d\u2019une « archive-œuvre » ou du « projet au long cours » qu\u2019elle consacre depuis 2012 aux bélugas, et plus précisément à « l\u2019histoire sociale du béluga».L\u2019essai, doté d\u2019un récit pas tout à fait linéaire, tourne, tout au long des 25 minutes, autour du marsouin blanc, sujet d\u2019une quête à la fois artistique et sociale.La «mise au monde» concerne autant la nécessité de favoriser la reproduction du béluga que la naissance d\u2019un projet artistique, matérialisé notamment par une dorsale de cet animal en marbre que l\u2019artiste veut faire circuler.La continuité, autrement Le béluga, être menacé.Le béluga, objet de convoitise.Le béluga, emblème de survie.Toutes ces images sont évoquées par l\u2019artiste, qui a parcouru, littéralement, des tonnes de kilomètres, comme si elle avait tenu à reconstituer la migration naturelle ou forcée du béluga.En Russie, où elle se rend aussi, on le capture encore afin de répondre à la demande des aquariums du monde.Le marché du béluga, c\u2019est un cirque.Pourtant, les Russes n\u2019ont pas encore résolu le problème de la reproduction en captivité.Cherchez l\u2019erreur.«Mon périple m\u2019a mené [sic] de la Côte-Nord du Québec jusqu\u2019en Russie, du Nouveau-Brunswick, à l\u2019Anse- aux-Fraises, de l\u2019île d\u2019Anticosti et à Niagara Falls », écrit Maryse Gou- dreau en guise d\u2019introduction.Le périple est aussi temporel, autant par le fait qu\u2019elle puise dans les archives (y compris celles de la télé russe) que par le clin d\u2019œil qu\u2019elle fait à Pour la suite du monde, le film phare de Michel Brault et Pierre Perrault.L\u2019historique documentaire porté par la pêche au « marsouin » autour de l\u2019île aux Coudres s\u2019ouvre aussi par une mise au point des cinéastes.Ceux-ci y révèlent leur propre astuce, celle de reconstituer une histoire (ou une tradition) pour les besoins de la caméra.Maryse Gou- dreau fabrique une sorte de suite, à sa manière, en tricotant avec ses prises de vue et celles des autres, en brouillant les pistes, en jouant avec la forme.Sa mise au monde ne cherche pas à ramener la pêche du béluga.Elle pose la question de la continuité, autrement.En accord avec son temps et avec les enjeux actuels environnementaux, Maryse Goudreau stipule que l\u2019avenir passe par la compréhension de cette histoire du béluga.Une histoire qui n\u2019est pas près de finir, si on considère que le projet de l\u2019artiste en est un de longue haleine.Un projet qui a déjà pris plusieurs formes, y compris celle de la dramaturgie.Pour L\u2019histoire sociale du béluga (Les éditions Escuminac, 2016), à la fois pièce de théâtre et livre d\u2019artiste, Goudreau a colligé les occurrences du mot béluga dans les débats à l\u2019Assemblée nationale tenus entre 1929 et 2015.Dans sa tête, et dans sa quête, l\u2019histoire et l\u2019avenir du Québec sont intrinsèquement liés à l\u2019histoire et l\u2019avenir du béluga.Mise au monde De Maryse Goudreau, à Dazibao (5455, avenue de Gaspé, espace 109) jusqu\u2019au 10 mars.Le béluga, emblème de survie Maryse Goudreau s\u2019inspire de Pour la suite du monde, chef-d\u2019œuvre du cinéma direct Maryse Goudreau, extrait de Mise au monde (2017) SOURCE DAZIBAO LI RE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Entrevue Philippe Delerm et les petites perfidies du quotidien Fiction L\u2019Inde au pluriel d\u2019Arundhati Roy L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e 2 4 | Exit le dinosaure Les pulsions sexuelles de l\u2019homme vieillissant font rarement de la bonne littérature.Sous l\u2019inspiration de sa passion crépusculaire pour une jeune comtesse italienne, Hemingway écrivit Au-delà du fleuve et sous les arbres, son plus mauvais roman, dans lequel un colonel quinquagénaire rabâchant ses tirades d\u2019ancien combattant se farcissait une aristocrate de dix-neuf ans dans une gondole vénitienne.Le livre fut ridiculisé par la critique.Mais Hemingway écrivit ensuite Le vieil homme et la mer\u2026 Jim Harrison, lui, n\u2019a pas écrit Le vieil homme et la mer.Les derniers livres de cet ogre rabelaisien des lettres américaines décédé en 2016 \u2014 Péchés capitaux (voir la critique du Devoir datée du 16 janvier 2016) et Dernières nouvelles (Flammarion, 2017, traduit de l\u2019américain par Brice Matthieus- sent), un triptyque d\u2019histoires que vient clore une ultime aventure de l\u2019inspecteur à la retraite Sunderson, L\u2019affaire des bouddhas hurleurs \u2014 célèbrent jusqu\u2019au bout les obsessions sexuelles de ce limier harrisonien que l\u2019éditeur français nous peint en «vieux sage » et que son amour immodéré de la chasse, de la pêche, de la bouffe et de l\u2019alcool pose en transparent alter ego de l\u2019écrivain.Triste adieu littéraire Un bien triste adieu littéraire, en vérité.À certains moments, on se sent, comme lecteur, moins respecté que traité en amateur du genre de porno bon marché où les passages habillés n\u2019ont d\u2019autre fonction que de faire le pont entre les scènes de gymnastique explicites.Une histoire de jeunes gens endoctrinés par un gourou qui communique en aboyant à la manière d\u2019un singe hurleur, vous avez dit?De toute évidence, Harrison lui-même se fout royalement de son semblant d\u2019intrigue, simple alibi narratif.«Elle roula sur le flanc.\u201cPrends- moi comme une chienne.J\u2019ai lu que les humains le faisaient aussi.\u201d » Petit détail : il a 66 ans, elle en a 50 de moins\u2026 Oui, parce que ça continue, la tentation est partout et la vie de notre sybarite de la cambrousse est loin de s\u2019arranger, la moindre gamine du voisinage passant à vélo devant le repaire de ce barbon lubrique montrant un empressement rien de moins qu\u2019extraordinaire à exhiber sa petite culotte.On n\u2019est donc pas vraiment surpris de retrouver la petite vite dans son lit, c\u2019était couru d\u2019avance, une sorte d\u2019automatisme qu\u2019il n\u2019appartient pas à cette enquête bâclée d\u2019élucider.Je sais bien que Lolita de Nabokov, c\u2019était du grand art, mais aussi une autre époque.L\u2019œuvre sans le contexte n\u2019est rien, les vieux classiques doivent affronter de nouvelles générations de lecteurs.La question, c\u2019est : Lolita serait-il publié aujourd\u2019hui?Ou même seulement concevable?Non, cette fois l\u2019Art ne volera pas au secours de la libido sénescente.Car ce thème du désir refusant d\u2019abdiquer, d\u2019autres, de Romain Gary au Exit le fantôme de Philip Roth, l\u2019ont traité avec tellement plus de sensibilité et de lucidité que les gros sabots de Harrison donnent l\u2019impression de piétiner en comparaison.L\u2019écriture n\u2019a pas changé d\u2019un poil Où est passée cette prose si riche, si pleine, avec ses étourdissantes parataxes (« Il [se réveilla] encore et encore en humant l\u2019odeur délicieuse de Barbara sur les draps.Il repensa maintes fois à son désir adolescent de devenir un guerrier maori en Nouvelle-Zélande, où il y avait aussi une grande abondance de truites brunes») ?En fait, l\u2019écriture n\u2019a pas changé d\u2019un poil.C\u2019est nous qui avons changé.Et la postérité de l\u2019œuvre risque de souffrir d\u2019un tel entêtement dans le mauvais goût.On est tenté de citer, ici, le bon vieux Scott du Mao II de Delillo \u2014 où, soit dit en passant, les émois de la chair avachie étaient traités avec humour et subtilité, loin des viriles rodomontades de flic sur le déclin : «C\u2019est un échec si profond qu\u2019il introduit un soupçon à l\u2019endroit des grandes œu- vres du début.Les gens vont regarder les grandes œuvres inaugurales d\u2019une nouvelle manière, en y cherchant des signes de faiblesse, de confusion.» (Ma traduction.) Bien sûr, la dépendance sexuelle existe, et les galipettes de Sunderson ne sont pas complètement exemptes de questions morales et de cas de conscience.Mais tant qu\u2019à persister ainsi dans l\u2019invraisemblance du fantasme, il aurait été mieux servi par un tout autre genre de fiction, une érotopie, disons, comme La belle échappée de son compatriote Nicholson Baker (2012), dont le titre en anglais est à la fois plus amusant et instructif : House of Holes.Suis-je en train de brûler une de mes idoles?Je ne renierai jamais ma première lecture de Wolf, mémoires fictifs, ni même celle de Julip et d\u2019Un bon jour pour mourir.Harrison, lui, a sans doute choisi la bonne époque pour mourir\u2026 Aux dernières lignes, l\u2019émotion nous empoigne enfin, on a l\u2019impression d\u2019assister à l\u2019immolation d\u2019une race entière de mâles lorsque son alter ego, redoutant de finir en prison, se fait sauter la voûte crânienne d\u2019un coup de carabine.À la Hemingway.Louis Hamelin Chronique CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Arundhati Roy ef fectue un retour très attendu à la fiction, des années après Le dieu des petits riens (Galli- mard, 1998), récit enchanté et sans fard inspiré de son enfance au Kérala et histoire d\u2019amour hors castes, livre pour lequel elle s\u2019était vu attribuer le prestigieux Booker Prize en 1997.Une absence toute relative, du reste, après des années bien remplies par le militantisme et la publication de nombreux essais engagés.Altermondialiste convaincue, l\u2019écri- vaine a depuis combattu les saccages écologiques et critiqué à répétition la politique nucléaire du gouvernement indien.Elle a aussi pris position en faveur de l\u2019indépendance du Cachemire et partagé le quotidien de rebelles maoïstes en pleine jungle, en plus de s\u2019être prononcée à de nombreuses reprises contre les dérives du nationalisme hindou.Malgré tous ses engagements, la Le roman labyrinthique d\u2019Arundhati Roy Le ministère du Bonheur suprême mêle étroitement intime et politique dans une Inde plurielle | 2 5 L i r e F i c t i o n i n d i e n n e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 fiction reste pour elle de la première importance.C\u2019est la meilleure façon, a-t-elle souvent expliqué, de saisir le réel dans toute sa complexité et d\u2019insuffler un semblant d\u2019ordre au chaos de l\u2019existence.Vingt ans plus tard, avec Le ministère du Bonheur suprême, son second roman, l\u2019Indienne de 56 ans donne une fois encore la pleine mesure de son talent de conteuse.Avec un mélange de fragilité et d\u2019assurance, elle nous offre un roman labyrinthique qui déborde de personnages bigarrés et attachants.L\u2019impossible bonheur Comme dans son premier roman, le politique et l\u2019intime y sont étroitement emmêlés.Des discriminations sociales aux soubresauts indépendantistes du Cachemire, en passant par les conséquences d\u2019une tumultueuse réforme agraire, l\u2019écrivaine convoque dans sa fiction certains des épisodes les plus sombres et les plus violents de l\u2019histoire indienne récente.Au cœur du roman, installée depuis des années dans un cimetière de Delhi, Anjum est une hijra, un être qui n\u2019est ni homme ni femme dans la culture traditionnelle indienne, où on le regarde avec un mélange de méfiance et de respect.Pourquoi Dieu a-t-il créé les hijras?demande-t-elle à la blague.« C\u2019était une expérience.Il avait décidé de « Arundhati Roy revient à la fiction après 20 années consacrées au militantisme et à la publication de plusieurs essais engagés.F.MANTOVANI GALLIMARD Le ministère du Bonheur suprême ?Arundhati Roy, traduit de l\u2019anglais par Irène Margit, Gallimard, Paris, 2018, 544 pages L\u2019écrivaine convoque dans ce récit à la langue forte certains des épisodes les plus sombres et les plus violents de l\u2019histoire indienne récente créer quelque chose, un être vivant incapable de bonheur.» Femme prisonnière d\u2019un corps d\u2019homme, Anjum \u2014 hermaphrodite née sous le nom d\u2019Aftab dans une bonne famille \u2014 a une allure ef frayante avec son seul chicot tout blanc planté au milieu de lèvres rougies par le bétel, « rageant contre ses glandes, ses organes, sa peau, la texture de ses cheveux, sa carrure, le timbre de sa voix».À lui seul, ce personnage de trans- genre à l\u2019indienne semble incarner toute l\u2019exubérance et la pluralité de son pays, où l\u2019ultramoderne côtoie les croyances millénaires.Plantée dans son cimetière comme un arbre au fond d\u2019un jardin, immuable, elle vibre au ryth me des morts et des naissan ces, subit tour à tour la sécheresse et l\u2019humidité luxuriante, éprouve l\u2019abondance ou le dénuement le plus extrême.Anjum sera surtout aux premières loges des tensions de plus en plus vives entre hindous et musulmans \u2014 qui composaient en 2011 respectivement 79,8% et 14,2% de la population de cette démocratie de 1,2 milliard d\u2019habitants.L\u2019Inde en concentré En plus d\u2019Anjum, on y suit le destin de Tilo, une étudiante en architecture devenue activiste dont trois hommes tomberont amoureux.D\u2019autres personnages encore viennent nourrir ce kaléidoscope romanesque : un petit agent de sécurité qui aspire à venger le meurtre de son père, un fonctionnaire, un rebelle maoïste, un journaliste au Cachemire.Sous le regard sensible et aiguisé de l\u2019écrivaine, qui n\u2019hésite pas à tordre le cou à la narration, à multiplier les voix et les points de vue, le Vieux Delhi devient une ruche immense animée d\u2019un va-et-vient incessant, un désordre organisé à la logique complexe.Le concentré d\u2019un pays immense et pluriel.Dans une langue forte \u2014 et superbement traduite \u2014 elle y déploie tout son imaginaire.«D\u2019anciens secrets se repliaient dans les sillons de la peau flasque et parcheminée de la ville.Chaque ride était une rue, chaque rue, un carnaval, chaque articulation grinçante, un amphithéâtre tombant en ruine où se jouaient depuis des siècles des histoires d\u2019amour et de folie, de bêtise et d\u2019inénarrable cruauté.» Portraitiste incisive, parfois même acerbe, Arundhati Roy n\u2019é pargne ici personne.Fanatiques religieux de tous les camps, gourous improvisés, petits fonctionnaires corrompus, disciples de Gandhi, incendiaires de tout poil, grévistes de la faim en série : chacun y exploite son petit filon.Et chacun en paie tribut à la romancière.L\u2019ensemble de ces histoires, au final, forme une sorte de fouillis qui fascine et qui inquiète à la fois.«L\u2019ordre, du côté de chez nous, c\u2019est un peu comme le blanc monotone de l\u2019œuf dur, qui cache en son sein un jaune d\u2019une violence extrême.» Et le bonheur, ici comme là-bas?Il est le fruit trop rare d\u2019une quête sans fin.De ministère à mystère, il n\u2019y a que l\u2019écart d\u2019une consonne.Un plaidoyer vif contre l\u2019intolérance et l\u2019ignorance. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e 2 6 | La vérité à l\u2019épreuve du roman La question est aussi vieille que le genre littéraire lui-même : le roman est-il un mode de dévoilement du réel, d\u2019une manière différente du journalisme ou de l\u2019histoire, certes, mais tout aussi forte, voire plus, dans certains cas?Pour connaître la vérité sur le goulag, y a-t-il mieux qu\u2019Une journée d\u2019Ivan Denissovitch, le roman de Soljenitsyne ?On connaît l\u2019astuce des écrivains et des cinéastes qui, pour donner de la valeur à leurs créations et attirer le public, disent leurs œuvres inspirées de «faits vécus».Cette mention a souvent attiré la réplique selon laquelle cette prétention est un peu quétaine, quand les connaisseurs savent qu\u2019une œuvre de pure fiction n\u2019a rien à envier à une autre se disant basée sur le réel quant à la vérité qu\u2019elle contient et révèle.Qu\u2019en est-il ?Dans Si beau, si fragile (J\u2019ai lu, 2017), le critique Daniel Mendelsohn résume bien le point de vue classique sur le sujet.«Le roman, pourrait-on dire, représente \u201cune vérité\u201d sur la vie, alors que l\u2019autobiographie et l\u2019histoire vraie exposent \u201cla vérité\u201d sur des événements spécifiques qui sont arrivés», écrit-il.La bonne fiction, en d\u2019autres termes, peut révéler des vérités sur la condition humaine, mais elle n\u2019est pas le lieu de la vérité factuelle.Or, plusieurs romans récents, considérés comme de franches réussites, se donnent pour projet de brouiller cette frontière entre la fiction et le réel, en prétendant parler vraiment du second par le détour de la première.Dans Des fictions sans fiction ou le partage du réel (PUM, 2018, 224 pages), un savant essai d\u2019études littéraires, Robert Dion, professeur à l\u2019UQAM, explore le fonctionnement de quelques-unes de ces œuvres et les enjeux éthiques que soulèvent ces «romans vrais», ces «docu- fictions» ou ces «fictions du réel».Présenté comme un roman «heuristique», c\u2019est-à-dire qui sert à la découverte, La constellation du lynx (Boréal, 2010), de Louis Hamelin, se veut le grand roman sur octobre 1970.Il est évident, cependant, que le romancier souhaite imposer son œu- vre comme la version la plus crédible des événements.Même si les noms des acteurs réels de cette histoire sont modifiés dans le roman, le lecteur comprend vite que ce dernier cherche à dévoiler les faits réels.Dans Fabrications (PUM, 2014), son essai sur ce roman, Hamelin affirme user de la fiction pour faire la lumière sur les zones d\u2019ombre de cet épisode et combattre ainsi «la fiction officielle» qui tient lieu d\u2019histoire.Il produit ainsi, propose Dion, «une fiction de rechange \u2014 une fiction plus réaliste de se savoir en partie fictive».Ce n\u2019est pas de l\u2019histoire, au sens scientifique du terme, mais ça ébranle sérieusement le socle des versions canoniques.Quand le romancier travaille aussi sérieusement, même en se permettant les libertés propres à la fiction, de telles œuvres me semblent salutaires.Certains, cependant, en sont choqués et craignent qu\u2019elles ne nourrissent le dérapage vers la tendance contemporaine à accorder de la valeur aux « faits alternatifs».Distinguer les discours Dion, dans son essai, revient sur le cas du Jan Karski (Gallimard, 2009) du Français Yannick Haenel.Dans ce roman, Haenel prête au résistant polonais des propos très durs sur l\u2019indifférence des Alliés au massacre des Juifs d\u2019Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale, des propos plus sévères que les paroles réelles de Karski.Pour l\u2019historienne Annette Wieviorka, un tel procédé est inacceptable en ce qu\u2019il fausse la réalité d\u2019un événement si fondamental qu\u2019il ne permet pas une telle licence interprétative.Dion analyse aussi lumineusement Claustria (Seuil, 2012), l\u2019étouffant roman de Régis Jauffret sur l\u2019affaire Josef Fritzl, du nom de cet Autrichien qui a enfermé sa fille dans la cave de sa maison pendant 24 ans et lui a fait sept enfants avant d\u2019être épinglé en 2008.Même s\u2019il reconnaît la virtuosité du roman, l\u2019essayiste exprime des doutes sur la validité de certaines des propositions du romancier.Ce dernier a-t-il le droit de suggérer un désir d\u2019inceste chez la victime et une complicité de la société autrichienne, mal dénazifiée, dans le drame?Ne contribue-t-il pas, ce faisant, à un sensationnalisme qu\u2019il prétend combattre?Dans son remarquable essai L\u2019histoire est une littérature contemporaine (Points, 2017), où il plaide pour un rapprochement entre les sciences sociales et la création littéraire, l\u2019historien Ivan Jablonka insiste sur la nécessité de distinguer les discours \u2014 l\u2019histoire n\u2019est pas fiction et vice versa \u2014 mais salue cette «littérature du réel» qui «magnifie une histoire vraie au moyen du savoir-faire romanesque», comme dans le De sang-froid (1965) de Truman Capote.Je partage cet enthousiasme.Dans le labyrinthe du réel, tous les recours sont bienvenus, si on sait ne pas les confondre.Louis Cornellier Chronique CRITIQUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR Dès le départ, c\u2019est clair : ce narrateur n\u2019est pas un estivant ordinaire.« Je commençais ce jour-là mes vacances et avais résolu de planter dans une clairière quelconque les quatre piquets de ma tente.De cette manière, je traversais mon mois de loisir : en campant n\u2019importe où, à l\u2019orée des forêts banales et grises qui bordent la route», écrit Laurent Lussier dans Un mal terrible se prépare, premier roman révélant son ironie avec la subtilité d\u2019un chasseur habile, progressant bien camouflé parmi les arbres.Les quelques semaines de camping improvisé que s\u2019of fre notre guide prennent rapidement un tour étrange au moment où il découvre près d\u2019un étang une chauve-souris clouée au sol, recouverte d\u2019une épaisse couche de sébum et de boutons blancs.Dégueulasse, vous dites?Apeuré par cette «vision d\u2019horreur», mais aussi étreint par la compassion, cet homme dont on ne saura presque rien passe un coup de fil au Réseau d\u2019urgence pour la faune, un organisme soignant les animaux malades ou blessés, avant de les relâcher dans la nature.Il devient dès lors un de leurs bénévoles et découvrira en compagnie de l\u2019Unité mobile d\u2019intervention faunique plusieurs autres animaux affligés par les mêmes maux.Il faut enquêter.Avertissement : il est préférable de s\u2019engager dans Un mal terrible se prépare en suivant les conseils fournis par son narrateur au moment où il s\u2019enfonce dans des sables mouvants, où «plus on se raidit, plus on coule».De la même manière, quiconque se raidira à la lecture de ce journal des aventures improbables de ce personnage débonnaire goûtera dif ficile- ment la sagacité de la pensée profondément digressive de Laurent Lus- sier et de son double.Exemple ?Un passage racontant la réhabilitation de petits balbuzards pêcheurs (!) qui « ne doivent strictement jamais remarquer qu\u2019ils ont quitté le nid et que des humains prennent soin d\u2019eux » devient le prétexte étonnant d\u2019une réflexion sur la construction identitaire et le libre arbitre.Ça ne s\u2019invente pas.Hommage à la tradition Avec ses chapitres se concluant tous par une leçon aphoristique comme «Si la randonnée devient une épreuve, faites-en une excursion» ou « Tolérez les ramollissements de votre autodiscipline », ce premier roman tient de l\u2019hommage à la tradition du conte philosophique, mais aussi beaucoup de la parodie, dans la mesure où Lussier a toujours l\u2019élégance de dédouaner par l\u2019humour le ton docte de ses observations.Ces subtils clins d\u2019œil complices rachètent d\u2019ailleurs en partie les directions beaucoup trop nombreuses dans lesquelles se lance l\u2019auteur, confinant au désordre cet exercice de style d\u2019une grande culture, bien que parfois en quête de son propos.Faux thriller environnemental, roman d\u2019apprentissage, por trait d\u2019un homme se laissant porter par les événements ; Un mal terrible se prépare se dérobe à toutes les descriptions et donne souvent à son lecteur l\u2019impression d\u2019avoir gobé une grosse poignée de champignons hallucinogènes.Un remède auquel notre littérature gagnerait à plus fréquemment s\u2019en remettre.Philosopher en forêt avec Laurent Lussier Un mal terrible se prépare rend un hommage parodique à la tradition du conte philosophique Dans ce premier roman, Laurent Lussier révèle une ironie subtile.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Un mal terrible se prépare ?Laurent Lussier, La Mèche, Montréal, 2018, 240 pages.En librairie le 6 février. | 2 7 L i r e F i c t i o n q u é b é c o i s e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 CRITIQUE FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Qui a dit que les gens ordinaires n\u2019avaient pas d\u2019histoires ?Nadine Pilon, publicitaire de Montréal, décide un jour de tout plaquer pour aller se reconstr uire ailleurs.Son chum, Jean-Pierre, l\u2019a trompée après trois ans et demi de vie commune.Elle saute dans un avion, s\u2019enferme dans des chambres d\u2019hôtel à Barcelone et à Istanbul, puis finit par s\u2019installer à Paris, dans un petit appartement de la rue de l\u2019Ourcq, dans le 19e arrondissement de Paris, tout près du canal de la Villette.Entre les images d\u2019Épinal d\u2019un Paris fantasmé par ceux qui ont aimé Le fabuleux destin d\u2019Amélie Poulain, le spectacle des passants déambulant sur le quai de la Marne et les visites au Monoprix, Nadine Pilon va faire sor tir Jean-Pierre de son esprit et faire entrer dans sa vie Malek El- fassi, un voisin, charmeur et érudit.Il a le sens de la répartie, une soif de vivre aussi réconfortante que communicative et des caresses d\u2019une douceur qui invitent à l\u2019abandon.Mais l\u2019homme est aussi un mystérieux aux activités professionnelles nébuleuses.«Si tu cherches quelque chose de tranquille, il ne faut pas rester, lui dit-il après quelques semaines d\u2019une relation qui s\u2019ancre un peu trop vite dans la dépendance pour Nadine.Si tu dors ici ce soir, c\u2019est que tu acceptes de monter dans ma fusée, et je te préviens, ce ne sera pas de tout repos.» Malek lui promet qu\u2019elle va vivre trois vies en une.Et c\u2019est bel et bien ce qui va se passer.Toute ressemblance avec la vie d\u2019une jeune Québécoise exilée à Paris ne peut pas être fortuite.Malek et moi a des racines plantées en partie dans l\u2019imaginaire de l\u2019auteur, mais surtout dans les rencontres qu\u2019il a réalisées avec une femme qui, un jour, sans prévenir, l\u2019a contacté pour l\u2019inviter à mettre l\u2019excentricité de son aventure avec son amant parisien en récit.Nadine Pilon est un nom fictif.L\u2019assemblage de ces fragments de vie et anecdotes, se jouant à toute vitesse dans une marge, façonne ce récit haletant dans lequel un réel est remodelé habilement par les forces romanesques.Entre biographie et autofiction Deux voix se croisent dans cette œuvre entre la biographie et l\u2019auto- f iction.Celle d\u2019Alain Beaulieu, l\u2019homme derrière Le postier Passila (Actes Sud) et L\u2019interrogatoire de Salim Belfakir (Dr uide), qui détaille ses rencontres avec Nadine, principalement dans un restaurant de la rue Jean-Talon, qui expose ses doutes, qui explique la démarche, et celle de l\u2019amoureuse conquise par l\u2019énigmatique Malek, qui remonte le fil d\u2019une existence marquée par de multiples points de rupture et qui revisite parfois son enfance pour expliquer un geste, une prise de décision.La finale a ce petit côté surréaliste qui pourrait bien éveiller des soupçons de mythomanie.Mais avec son rythme en deux temps, en deux drames, l\u2019ensemble tient son intrigue sous tension sur une trame narrative linéaire, et ce, jusqu\u2019au dénouement de ce bout de vie qui, en cherchant à dépasser le cadre des réalités ordinaires, ne pouvait que finir un jour par devenir une fiction.Biographie d\u2019une femme ordinaire Alain Beaulieu suit le destin d\u2019une femme détourné par un étrange amour Alain Beaulieu mêle sa voix à celle d\u2019une héroïne hors normes.RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Malek et moi ?1/2 Alain Beaulieu, Druide, Montréal, 2018, 216 pages CRITIQUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Après nous avoir émus avec Souffler dans la cassette \u2014 roman sur le thème du sentiment amoureux pour lequel il a d\u2019ailleurs remporté, l\u2019automne dernier, le prix Cécile-Gagnon \u2014, Jonathan Bécotte revient un an plus tard avec Maman veut partir, un roman poétique vibrant, à fleur de peau, écrit avec une sensibilité qui lui semble toute naturelle.Depuis, la cicatrice laissée sur le ventre de sa maman, ce « croissant de lune qu\u2019elle a sous le nombril », jusqu\u2019aux vacances sous la tente, en passant par les journées douces à regarder voler « les robes d\u2019automnes» sur la corde à linge, ces « fées fantômes sans tête ni cheveux », le narrateur raconte en quelques tableaux les moments privilégiés, souvenirs heureux et douloureux, vécus auprès d\u2019elle avant qu\u2019elle décide de partir.Partir une première fois, sous le coup du divorce, malgré la menace du garçon de « se lancer dans la gueule de la souf fleuse un jour de tempête ».Puis, une deuxième et ultime fois, ravagée par le cancer qui a raison d\u2019elle.Tout comme « les arbres qui tombent dans les forêts [et] font toujours un grand vacarme », dira le narrateur, cette nouvelle fera de lui un enfant perdu.Reprenant en exergue les paroles de Roland Barthes, il faudra qu\u2019il «s\u2019habitue à être naturellement dans cette solitude, y agir, y travailler, accompagné, collé par la présence de l\u2019absence ».C\u2019est dans une grande simplicité, une douce mélancolie et une finesse d\u2019esprit que le jeune auteur de trente ans nous plonge dans son passé familial.Entourée d\u2019une mère enveloppante, une mère qui « a du temps », et d\u2019un père mécanicien, présent, aimant, qui laisse des taches d\u2019huile sur ses chemises, Bécotte nous saisit par l\u2019authenticité de sa poésie.Si cette vie de famille à trois, et particulièrement cette ode à la mère, est émouvante, c\u2019est beaucoup grâce au pouvoir d\u2019évocation de l\u2019auteur, à sa capacité de recréer des instants du quotidien en s\u2019accrochant à des détails qui pourraient \u2014 s\u2019il n\u2019était si humblement et justement mis en scène \u2014 sembler anodins.Des croûtes de pain Il y a, par exemple, ces croûtes de pain de la semaine qu\u2019il collectionne, celles que « personne ne veut manger » et qu\u2019il entrepose sur « le petit rebord intérieur de la porte du congélateur / Dans un petit Ziploc ».Bouts de pain qui, une fois dégelés et « ratati nés », seront servis aux canards dans cette mensuelle et traditionnelle visite au parc des Canards.Et puis, que dire de la cor vée de la lessive, qui prend ici des airs de vacances : « Ma mère a besoin de moi / Quand elle fait du lavage.On suspend notre arc-en-ciel / Sur la corde à linge.» Regarder sécher les fringues comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un tableau vivant n\u2019aura jamais paru si apaisant : « Je m\u2019étends sur le gazon./ Et regarde la danse des vêtements / Sur leur fond de ciel.» Ce sens du détail est par ailleurs ponctué d\u2019analogies qui renforcent l\u2019univers du narrateur, capable de transformer un « driveway double sans Tempo » en Antarctique ou encore une épluchette de blé d\u2019Inde en fête aristocratique.Bécotte secoue par sa délicatesse et le don qu\u2019il a de voir et de partager la beauté partout, jusque dans l\u2019absence et la douleur.Ode à la mère perdue Jonathan Bécotte raconte une douce mélancolie À fleur de peau, l\u2019auteur Jonathan Bécotte livre un récit poétique et vibrant.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Maman veut partir ?1/2 Jonathan Bécotte, Leméac, Montréal, 2018, 216 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T L i r e No n - f i c t i o n f r a n ç a i s e 2 8 | ENTREVUE DANIELLE LAURIN COLLABORATRICE LE DEVOIR À PARIS l y a un hiatus à mon propos : Philippe Delerm, ça parle de choses simples, donc c\u2019est simple », raille l\u2019auteur de La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules.Malgré les piques d\u2019une certaine critique, il revendique les sujets minuscules.Vingt ans après la parution du recueil de courts textes impressionnistes qui l\u2019a rendu célèbre \u2014 un million et demi d\u2019exemplaires vendus \u2014, Philippe Delerm n\u2019en démord pas.« Je crois que l\u2019émotion passe par le minimal, le singulier, et c\u2019est vrai des sensations, des odeurs, des gestes, de tout ce qu\u2019on touche, qu\u2019on voit, qu\u2019on sent », avance l\u2019écrivain rencontré à Paris.Son por t d\u2019attache se situe en Normandie, où il par tage avec sa compagne de longue date, Martine Delerm, auteure et i l lustratrice d\u2019ouvrages jeunesse, une vaste maison remplie de livres.Mais ils ont aussi un pied-à-terre dans le Marais.Ce qui leur permet, se félicite l\u2019auteur de 67 ans, de suivre de près la carrière de leur fils unique, le chanteur Vincent Delerm.Et de voir régulièrement leurs petits-enfants.Ça permet aussi à cet observateur obstiné du quotidien qui se perçoit comme un archéologue du présent d\u2019élargir son terrain de jeu.« J\u2019ai un territoire d\u2019observation qui est double, un qui est très provincial et un autre dans un quar tier parisien bobo par excellence », se réjouit Philippe Delerm.Tâter le pouls de l\u2019air du temps à travers les petits riens du quotidien, chez le boulanger, dans la rue, dans le train, afin de tendre un miroir à ses lecteurs, c\u2019est son sport favori.« C\u2019est très réconfortant quand on prend de l\u2019âge, parce que forcément, j\u2019ai l\u2019angoisse du temps qui passe : des gens meurent et vieillissent autour de moi.Cette façon de regarder le réel, de prendre la petite étincelle qui part vers autre chose crée chez moi une véritable jubilation qui fait que je continue à être heureux d\u2019être au monde.» Un peu méchant Autre image qui lui colle à la peau, celle de l\u2019éternel optimiste, du gentil.Il est vrai qu\u2019il a beaucoup fait l\u2019éloge des petits plaisirs de la vie dans ses recueils.Mais avec son nouvel opus, Et vous avez eu beau temps?, sous-titré La perfidie ordinaire des petites phrases, il a résolument à cœur de montrer une facette différente de lui-même.Et du monde dans lequel il vit.«J\u2019ai eu envie d\u2019être un peu méchant», glisse-t-il.Les non-dits dans ce qui est dit, c\u2019est ce que tente de mettre au jour cet amoureux des mots qui a enseigné le français pendant 37 ans, entre autres par l\u2019intermédiaire de chansons à la Alain Souchon qu\u2019il gra- touillait à la guitare.Derrière de petites phrases anodines lancées par tout un chacun sans y penser, l\u2019écrivain décèle avec ironie des comportements blessants, de l\u2019hypocrisie, de la prétention.Par exemple : « et tu n\u2019as rien senti venir », lancé à un amoureux éconduit, comme un reproche de sa naïveté.Il y a aussi cette phrase qu\u2019on entend souvent, «pour être tout à fait honnête avec toi», qui laisse entendre sans le Les non-dits dans ce qui est dit, c\u2019est ce que tente de mettre au jour cet amoureux des mots qui a enseigné le français pendant 37 ans.JOEL SAGET AGENCE FRANCE- PRESSE Philippe Delerm, l\u2019archéologue du quotidien Dans son nouveau livre, l\u2019amateur de choses simples montre qu\u2019il peut aussi être méchant «I Je crois que l\u2019émotion passe par le minimal, le singulier, et c\u2019est vrai des sensations, des odeurs, des gestes, de tout ce qu\u2019on touche, qu\u2019on voit, qu\u2019on sent PHILIPPE DELERM » | 2 9 D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 vouloir que la personne qui parle est, le reste du temps, malhonnête.Philippe Delerm est formel.«Les gens qui mettent toujours en avant leur honnêteté, c\u2019est une chose qui m\u2019horripile.Ou qui mettent en avant leur délicatesse, qui disent d\u2019eux-mêmes: \u201cJe suis très sensible, je suis trop sensible pour ça.\u201d» Parmi les phrases qui l\u2019irritent le plus : « Moi, je sais pas faire ».Sous- entendu : moi, je n\u2019ai aucune duplicité, je suis parfaitement pur.«Avancer avec ça dans les mains, ça m\u2019agace prodigieusement.Je pense que les qualités d\u2019honnêteté, de tendresse, de chaleur humaine, ce n\u2019est pas des choses que l\u2019on doit dire avec des mots soi-même, on doit dans tout son être incarner ça, et les gens qui doivent vous rencontrer, vous aimer, ils vous voient, ils le sentent.» Si plusieurs phrases relevées dans le recueil ont une résonance franco- française, la plupar t dénotent des compor tements répandus un peu par tout.Prenez la question « vous êtes allés à la Pointe ?», lancée dans un contexte touristique.Elle dénoterait un sentiment de supériorité, selon l\u2019auteur.« Même quand on monte en haut d\u2019une montagne, qu\u2019on arrive à un point de vue magnifique, il y a toujours un petit escarpement en plus, où il y a des gens qui veulent le plus du plus du plus.Ça m\u2019a amusé de penser : \u201cEst-ce qu\u2019au bout du chemin on sera allé à la Pointe ?Est-ce que c\u2019est le but de la vie d\u2019aller à la Pointe ?\u201d Évidemment pas.» C\u2019est comme de se faire dire «comment, tu n\u2019as pas lu tel livre?» qui a la particularité de nous insuffler un sentiment d\u2019infériorité, de faire en sorte qu\u2019on se sente pris en défaut.Philippe Delerm, qui a été un lecteur boulimique toute sa vie, se montre quand même rassurant là-dessus.« Quand j\u2019étais jeune, je me trouvais inculte.J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019être cultivé, c\u2019était presque tout connaître.Et puis, on se rend compte en vieillissant qu\u2019il y a tellement de choses qu\u2019on ne connaît pas du tout.C\u2019est formidable de pouvoir quitter la vie sans être allé du tout à la Pointe.C\u2019est même ça, l\u2019amour de la vie : c\u2019est sentir que, comme le dit Souchon, \u201cla vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie\u201d.» Pas si méchant que ça, Philippe Delerm, finalement.Pas tout le temps, en tout cas.Il y a dans Et vous avez eu beau temps ?de la tendresse qui se niche par moments.C\u2019est le cas notamment dans « passez un texto en arrivant », qui s\u2019attarde à l\u2019attachement que l\u2019on ressent pour ses proches, à l\u2019inquiétude qui nous habite, même âgés, quand les grands enfants prennent la route pour repar tir chez eux après un bon repas.De même quand l\u2019auteur reprend cette phrase d\u2019une chanson de Léo Ferré : « ne rentre pas trop tard, ne prends pas froid » : « On partage la vie, écrit Philippe Delerm, et quand on se sépare le soir, c\u2019est un peu contre nature, on ne saurait le faire sans un conseil ou deux : des mots comme une écharpe ; la fin de la phrase a cette douceur de laine au bord des lèvres, je tiens à toi, surtout ne prends pas froid.» On ne se refait pas.La malice, d\u2019accord.Mais comment s\u2019empêcher de s\u2019épancher ?« Ça fait partie de mes contradictions », convient Philippe Delerm., CRITIQUE Décoder le pouvoir des mots Voilà un livre qui expose le lecteur à des sentiments partagés, avec sa plume jouissive, mais qui caresse surtout des contextes de socialisation et des expressions qui ont forcément une évidence moindre lorsque lu de ce côté de l\u2019Atlantique.Comme ce «c\u2019est grâce au collectif » puisé dans le discours du soccer professionnel européen ou ce «chez nous, c\u2019est trois» faisant référence à des régionalismes en matière d\u2019embrassade et de bise.Mais bon ! Ne soyons pas perfides, même si cette perfidie serait bel et bien partout, à en croire Philippe Delerm, particulièrement dans ces ensembles de petits mots, dans ces petites phrases \u2014 petites, au sens propre comme au figuré \u2014 que l\u2019on se sert pour cimenter nos rapports sociaux.Le « en même temps, je peux comprendre » en fait partie, en s\u2019arrogeant « en douceur le droit de vous dominer ».Le « et », placé devant un « Et ce n\u2019est pas trop salissant », « pas trop loin », « pas trop touristique », lui, vous méprise avec la même délicatesse sournoise.En soixante fragments, le maître de l\u2019instantané littéraire ausculte donc, en se délectant des mots qu\u2019il pose sur le papier, notre époque.Il la laisse surtout mettre elle-même en lumière toute l\u2019hypocrisie qu\u2019elle porte par le décodage minutieux des expressions qui se sont installées dans l\u2019univers social.Ces mots que l\u2019on manipule pour se défiler, pour faire illusion, pour ne pas assumer ses responsabilités ou pour masquer ses contradictions.On pourrait dire : c\u2019est juste trop bon ! Mais ce serait faire honneur à ce « juste », un «mot trois étoiles» convoqué dans la communication, selon lui, pour aller chercher une adhésion à un jugement qui va de soi.Et bien sûr, tout ça, ce serait « juste insupportable », comme il l\u2019écrit lui-même.Fabien Deglise Et vous avez eu beau temps ?1/2 Philippe Delerm, Seuil, Paris, 2018, 172 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n q u é b é c o i s e 3 0 | CRITIQUE GENEVIÈVE TREMBLAY LE DEVOIR Il faut peu de temps pour comprendre que La fêlure de Thomas est moins le roman d\u2019une histoire que celui d\u2019un enfant : Thomas.Ce petit garçon de 11 ans, jamais désiré par sa mère, a vu mourir devant lui, sous les roues d\u2019un camion, son frère Will.Ce traumatisme l\u2019habite encore, on le saura bien vite.Mais voilà qu\u2019un soir de tempête, le petit Thomas est témoin du meurtre de la fille qu\u2019il aime bien au dépanneur du coin, rue Ontario.Dans la confusion et la douleur, il met la main sur le revolver, tue les deux meurtriers et prend la fuite.La pointe de l\u2019iceberg Ce canevas de départ, troublant s\u2019il en est, n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg du cauchemar que subit Thomas \u2014 d\u2019abord à la maison, où sa « mère-monstre » reste enfoncée dans son divan et n\u2019a pour lui que des mots blessants, mais aussi dans sa tête, où règne un très grand désordre.La lente enquête de l\u2019«homme patient », nom donné au détective, et le voile levé peu à peu, laborieusement, sur la vie antérieure de Thomas finiront par éclairer l\u2019affaire.Ce que raconte La fêlure de Thomas, c\u2019est ce qu\u2019une enfance martyrisée peut laisser comme traces dans un imaginaire a priori inoffensif.Au fil du récit, les blessures se dévoilent une à une : les quolibets subis à l\u2019école, la violence verbale de la mère et du père désormais absent, la solitude laissée en héritage à Thomas après la mort de Will.Des traumatismes, bref, qui se nourrissent vicieusement les uns des autres.Si jamais on ne remet en question la validité de l\u2019intrigue, il en va autrement de l\u2019écriture.Hugues Corriveau, longtemps critique littéraire au Devoir, qui reprend ici le sujet d\u2019une nouvelle parue en 1996, construit ses chapitres avec un contrôle extrême du discours, usant de répétitions et de figures langagières au point où certains passages n\u2019ont étonnamment pas de sens.Ce qui apparaît comme un désir de marier poésie et prose crée au bout du compte des enchaînements confus.À cela s\u2019ajoute une narration à plusieurs degrés, dont les variations ne sont pas toujours justes.Enfance imaginaire Cette structure étouffante s\u2019adoucit par moments, notamment quand Thomas se rappelle l\u2019époque où son frère était vivant.«Viens plus loin que le coin de la rue, plus loin que les carrefours du monde, supplie Thomas dans un faux dialogue avec le mort.[\u2026] Viens encore me dire des mots pour la compréhension de la vie.» Will est ainsi la principale clef du roman, la lumière dans ce nœud familial dysfonctionnel.Par quels chemins complexes un petit garçon peut-il en venir à commettre deux meurtres?Dans sa succession de pistes enchevêtrées, La fêlure de Thomas réussit à exprimer la peur, les chocs et le désarroi qui peuvent mener, avec tant d\u2019autres ombres, aux tragédies irréversibles.Mais c\u2019est la puissance de l\u2019amour fraternel, ici fondé sur un imaginaire foisonnant, qui permet surtout d\u2019accéder à la vie intérieure de Thomas \u2014 inconnue de sa mère, de l\u2019homme-enquê- teur, de tous sauf de Will.Malgré sa confusion, Thomas devient peu à peu lisible.C\u2019est un petit garçon qui ne demande que de la tendresse et de l\u2019espace pour réapprendre à vivre.Au plus noir de l\u2019enfance La fêlure de Thomas raconte la détresse d\u2019un enfant habité par deux tragédies La fêlure de Thomas ?Hugues Corriveau, Druide, Montréal, 2018, 216 pages Le roman d\u2019Hugues Corriveau raconte ce qu\u2019une enfance martyrisée peut laisser comme traces dans un imaginaire a priori inoffensif.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR POÉSIE Ils sont encore là, ces hirondelles, rossignols et huards, présences rassurantes volant toujours au-dessus de l\u2019œuvre de Pier re Morency comme autant de symboles d\u2019une inaccessible liberté à laquelle il faudrait néanmoins aspirer.Ils sont là dès le deuxième texte de Grand fanal, son premier livre depuis Amou- raska (2008), d\u2019un ton évoquant souvent la musique doucement mélancolique des bilans à dresser.Est-ce bien le poète qui nous parle lorsqu\u2019il annonce : « Aujourd\u2019hui que mon oreille commence à s\u2019embrumer, je mesure à quel point le chant des oiseaux m\u2019a enchanté »?J\u2019aurai aimé, écrit-il ailleurs dans une longue liste de ses émois passés et présents, manière de testament du cœur, « les feuilles d\u2019octobre d\u2019or et volantes / les vins de bon cœur / le feu de penser / le hamac devant le catalpa / le bleu du ciel dans l\u2019eau / le travail du matin à saveur d\u2019encre et de tabac / les écritures lisibles [\u2026]» 51 ans après la publication de son premier recueil, le lauréat du prix Athanase-David (2000) demeure cet « oiseau-poète occupé à dire un monde à même sa vie » et à chanter ce qu\u2019il observe autour de lui : ses proches, son île, le vent cognant contre la fenêtre.Cette langue préférant la limpidité à l\u2019image inusitée, parmi les rares sur laquelle le formalisme ou l\u2019oralité n\u2019aura eu aucune emprise, ravigote la pensée de son lecteur comme une grande gorgée d\u2019eau claire.Malgré la sobre richesse de ses poèmes en vers davantage tournés vers l\u2019extérieur, c\u2019est dans ses proses d\u2019une sagesse doutant toujours d\u2019elle-même que Pierre Morency en dit le plus sur le rôle de la poésie.En nous entraînant dans son atelier, il nous rappelle qu\u2019elle est un accompagnement quotidien, l\u2019outil de choix de celui qui souhaite célébrer la beauté, sans l\u2019asservir.« Ce matin il neige.Une neige fine et lente, droite et fine.Et l\u2019on se dit : pourquoi je n\u2019écrirais pas un bon petit poème à propos de cette lumière calme et laiteuse ?» L\u2019homme nourrissant d\u2019aussi précieux projets est un homme ayant encore devant lui une longue vie.Dominic Tardif Émois et hirondelles FICTION QUÉBÉCOISE Devrait-on se sentir obligé d\u2019aimer sa mère ?C\u2019est la question \u2014 terrible, il va sans dire \u2014 que pose timidement François Gravel avec La petite fille en haut de l\u2019escalier, un récit dans lequel il jette un regard plutôt critique sur la vie de sa mère.Enseignant, prolifique auteur jeunesse et romancier (Ostende, Adieu, Betty Crocker), Gravel retrace le parcours de cette femme née en 1916, élevée par un oncle prêtre après la mort de sa mère, déménageant d\u2019un presbytère à l \u2019autre jusqu\u2019à un mariage sans joie qui se résume à peu de choses : six enfants et une peau de renard dans une boîte de carton.Dans un style simple, à travers une série de chapitres cour ts relatant dif férents épisodes de la longue ex is tence de sa mèr e , morte à 100 ans et des poussières, l\u2019auteur tente d\u2019exhumer les failles et de saisir les motivations de cette femme résignée, « spécialiste du déni » et incapable de compassion, avec qui toute vraie communication semblait impossible.Une vie coupée en deux entre ses rares souvenirs heureux ressassés à l\u2019infini et ses sempiternelles jérémiades domestiques, alimentées par son « monopole absolu du malheur ».Un récit un peu décousu nourri d\u2019amer tume, qui prend par moments des airs de règlement de comptes envers une femme demeurée jusqu\u2019à la fin une par faite énigme pour son fils.Si le livre suscite parfois un certain inconfort de lecture, l\u2019auteur aurait sans doute pu explorer avec plus de force cet héritage de rancœur et d\u2019incompréhension.Christian Desmeules L\u2019énigme de la mère Grand fanal ?1/2 Pierre Morency, Boréal, Montréal, 2018, 112 pages La petite fille en haut de l\u2019escalier ?François Gravel, Québec Amérique, Montréal, 2018, 128 pages L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Audrée Wilhelmy « , troisième roman d\u2019Audrée Wilhelmy, propose une trame narrative fascinante, complexe et portée par une écriture d\u2019une exactitude désarmante.C\u2019est à Sitjaq, au bord de la mer, que vivent les personnages de Noé, Osip et Mie.[\u2026] Faisant écho à ses deux autres romans par les thématiques abordées et reprenant Noé, personnage issu de son premier roman , Audrée Wilhelmy poursuit ici la construction d\u2019une Catherine Parent, « Audrée Wilhelmy compose à petites touches, dans , un univers unique gorgé de sève et de silence, luxuriant au possible, touffus, sans morale.Un petit tour de force d\u2019audace et de sensualité, porté sans explore à haute altitude un aspect trop souvent évacué de la condition Christian Desmeules, © J e a n - F r a n ç o i s P a g a / G r a s s e t AUTOFICTION QUÉBÉCOISE L\u2019émotion se transmet par le détail : l\u2019agitation d\u2019une sœur faisant se succéder, dans l\u2019excès, tous les plats qu\u2019elle a mitonnés pour pallier le malaise d\u2019un souper avec son frère schizophrène, le souvenir d\u2019un enfant perdu dans ses lectures et ses bonshommes à la télé, l\u2019évocation d\u2019un regard sombre ou d\u2019une voix dans une tête, un repas partagé dans un restaurant de bord de route en direction de la Côte-Nord\u2026 Après avoir remonté le fil de son existence pour évoquer la noyade d\u2019un premier frère et la mort d\u2019une mère, Sylvie Drapeau pose la troisième pièce de sa tétralogie familiale avec L\u2019enfer .Le cour t roman se concentre sur le destin tragique de Richard.C\u2019est le petit dernier de la famille.Il va être couvé par ses aînées de sœurs, jusqu\u2019au bout d\u2019une folie apparue à l\u2019enfance et qui va s\u2019amplifier au début de l\u2019âge adulte.L\u2019esprit, le ton, la voix rencontrés dans Le fleuve et Le ciel, les œuvres précédentes, sont toujours là, tout comme la plume calme et posée, tenant du journal, et qui laisse la douceur des mots baliser les contours d\u2019un environnement familial placé face à l\u2019adversité.Sylvie Drapeau s\u2019y souvient de ce passé, avec des « tu » et des « nous » qui racontent ses sœurs, qui interpellent Richard, ce frère malade.Elle laisse aussi ses mots l\u2019étreindre, comme pour faire de sa poésie une source de lumière posée sur une trajectoire condamnée à finir dans le noir.Bien sûr, cette incursion dans la dysfonction de sa « Meute » \u2014 c\u2019est comme ça qu\u2019elle appelle sa famille \u2014 ne pourrait qu\u2019être un récit intime.Du trop personnel, pour titiller le voyeurisme du lecteur, mais dont la comédienne romancière arrive à extraire une nouvelle fois l\u2019humanité qu\u2019il faut, sans grande prétention ni effet de style, pour en faire un tout tragique, oui, mais surtout universel.Fabien Deglise Malade à en mourir L\u2019enfer ?Sylvie Drapeau, Leméac, Montréal, 2018, 94 pages JEUNESSE « Il était une fois, dans un petit village, un garçon qui s\u2019appelait Mar- kus.Il avait les cheveux roux et la f igure constel lée de taches de son.» Markus déteste aussi l\u2019école, mais raf fole des jeux vidéo et des arbres, pour grimper dedans.Dans cette vie paisible, une seule ombre au tableau : les créatures immondes vivant dans le noir de sa chambre et qui lui rendent l\u2019heure du coucher insoutenable.Pour remédier à ses peurs, la maman du garçon lui achète alors un tout petit gecko, un « reptile à l\u2019œil vif, qui vit sur tout la nuit ».Commence alors une aventure rocambolesque, une lutte à finir entre les « tromblus », « garmeilles » et « flondomaires flamboyants », ces monstres de l \u2019obscurité, et l\u2019improbable duo.François Jobin \u2014 auteur d\u2019Une virée américaine (À l\u2019étage) qui signe ici son premier livre jeunesse \u2014 aborde sans surprise et sans audace le thème éculé de la peur du noir.L\u2019imagination débordante du garçon est là, tout comme la présence d\u2019un ami anthropomorphe doué de parole, adjuvant essentiel à la quête du héros, mais donne un tout qui manque d\u2019extravagance et se complaît dans quelques clichés.L\u2019écriture simple et franche et le rythme constant contribuent toutefois à l\u2019intérêt de ce roman graphique qui fait s\u2019alterner une narration omnisciente et des dialogues offerts dans des phylactères.Les personnages attachants gagnent à être connus.Le peu de couleurs utilisées, jouant surtout sur des tons de vert \u2014 reptile oblige \u2014, dirige d\u2019ailleurs l\u2019attention vers eux en les mettant en scène sur un fond blanc.Mais le dynamisme vient surtout des illustrations de Thom \u2014 Thomas Blais-Leblanc \u2014, qui fait ses premiers pas du côté de la jeunesse avec un trait rond, vif et épuré qui rend sympathique et attrayant cet univers où le fantastique rencontre l\u2019humour.Marie Fradette La petite bête et la peur Markus et le gecko ?François Jobin et Thom, La courte échelle, Montréal, 2018, 96 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e 32 | ENTREVUE GUILLAUME LEPAGE LE DEVOIR Facebook est devenu une importante source d\u2019information pour plus de deux milliards de personnes \u2014 le tiers de la planète.Mais les utilisateurs de ce réseau devront-ils revoir leur pratique prochainement?En début d\u2019année, l\u2019empire de Mark Zuckerberg a annoncé une refonte majeure : le contenu partagé par nos «amis» et nos proches occuperont le haut du pavé de notre fil d\u2019actualité, relayant le reste au second plan, voire aux oubliettes.«Nous voulons que le temps passé sur Facebook en soit un de qualité », résumait dans sa missive le grand patron de l\u2019entreprise californienne.Une décision qui fait sourciller le sociologue Philippe de Grosbois.« Quelques personnes \u2014 un segment très privilégié de la société américaine \u2014 prennent une décision, font quelques modifications opaques à leurs algorithmes, et ç\u2019a des ef fets sur des débats démocratiques, sur la participation sociale de deux milliards de personnes.» Facebook, mais aussi les autres géants américains de la Silicon Valley \u2014 regroupés sous l \u2019acronyme GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) \u2014 monopolisent de plus en plus l\u2019attention des inter- nautes, les influençant par la même occasion, estime celui qui signe au- jourd\u2019hui un essai intitulé Les batailles d\u2019Internet.Assaut et résistances à l\u2019ère du capitalisme numérique.Sur près de 260 pages, le sociologue y délimite le « champ de bataille » qu\u2019est devenu Internet.Et les fronts où il est impératif de donner l\u2019assaut sont nombreux à ses yeux.«Si nous laissons les géants qu\u2019on surnomme GAFAM et les États subordonner le réseau à leurs intérêts, nous risquons fort de perdre ces batailles et, avec elles, les bienfaits potentiels d\u2019Internet», écrit-il en introduction.Résister aux monopoles d\u2019Internet Le sociologue Philippe de Grosbois appelle à décloisonner nos territoires numériques CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR Jamais simple d\u2019aborder un livre de Trevanian : l\u2019homme est si mystérieux qu\u2019il se cache sous des pseudonymes dif férents pour aborder des genres comme l\u2019essai ou même le cinéma.Son personnage est en fait aussi complexe que l\u2019œuvre multiforme qu\u2019on lui connaît.En clair, cela veut dire que, à l\u2019instar d\u2019un R.J.Ellory aujourd\u2019hui, Tre- vanian avait l\u2019habitude de changer d\u2019écriture chaque fois qu\u2019il abordait un nouveau livre.L\u2019été de Katya, paru d\u2019abord en anglais en 1983, ne fait pas exception à la règle en racontant une fin d\u2019époque de façon tout aussi élégante que\u2026 sanglante.Soulignons d\u2019abord un premier « hasard », qui situe assez bien le genre de l\u2019auteur.Le livre est en quelque sorte le carnet d\u2019un médecin installé au Pays basque, le docteur Jean-Marc Montjean.Rédigé en 1938, à l\u2019aube de la Deuxième Guerre mondiale, ce carnet raconte une histoire survenue en 1914, tout juste avant le début de la Grande Guerre.Placé dès le dépar t devant ces deux parenthèses situées sur le bord du gouffre, le lecteur sent déjà plus ou moins confusément que tout menace d\u2019éclater à tout moment.Pourtant, ce n\u2019est pas ce que laisse d\u2019abord croire cette histoire d\u2019amour toute gentillette qui semble se déployer sous nos yeux.En fait, les 200 premières pages du récit ont quelque chose d\u2019un peu romantique et même de proustien.Tout semble n\u2019être qu\u2019une occasion d\u2019élégantes réflexions sur le temps, les sentiments, la préciosité de la noblesse et la beauté du paysage à la fois sauvage et idyllique du Pays basque.Mont- jean y fait la rencontre des Tréville \u2014 et surtout de Katya \u2014, une vieille famille parisienne exilée au bout du monde qu\u2019il se met à fréquenter assidûment.Le temps d\u2019un été, Montjean tombera éperdument amoureux de la jeune fille.Mais plus il se rapproche d\u2019elle et plus les choses se compliquent ; toute l\u2019histoire se conclura dans un bain de sang que l\u2019on pressentait tout au long sans vouloir l\u2019admettre\u2026 à cause peut-être du style un peu recherché de l\u2019auteur.L\u2019écriture fine de Trevanian parvient ici à tisser une histoire extrêmement complexe reposant d\u2019abord sur des personnages aussi solides que séduisants.Les Tréville, père, fils et fille, incarnent vraiment, par leurs valeurs, leur vocabulaire et tout leur être, une classe sociale en voie d\u2019extinction.Et Montjean \u2014 qui à la conclusion de cette triste histoire ira se jeter dans les tranchées de la guerre pour en ressortir vivant \u2014 sait raconter tout cela avec tout ce qu\u2019il faut de vérité et de petits détails concrets pour que l\u2019on y croie dès les premières lignes du récit.Un petit conseil d\u2019ami : ne vous laissez pas prendre par l\u2019illusion de la petite histoire d\u2019amour presque trop romantique\u2026 Un Trevanian au bord du gouffre L\u2019été de Katya tisse une histoire complexe de dédoublement de personnalité L\u2019intrigue s\u2019inscrit dans les jolis paysages du Pays basque où les élites s\u2019amusent au cœur de la première guerre.DOMAINE PUBLIC L\u2019été de Katya ?1/2 Trevanian, traduit de l\u2019anglais par Emmanuèle de Lesseps et Marc Boulet, Gallmeister / Noire, Paris, 2017, 262 pages « Ce qui nous attend, c\u2019est des batailles contre des monopoles », pense l\u2019essayiste.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR | 3 3 L i r e E s s a i L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 « Après avoir été congédié de la bibliothèque municipale en raison de ses problèmes de consommation, une bouillante rage s\u2019empare de [Thomas Saint-Jacques, un homme violent et alcoolique].Sa femme racontera cette descente aux enfers, tandis que sur le droit chemin.Une histoire familiale dure, violente et étouffante.Une écriture puissante, acérée et Blogue ICI ARTV « Autant le dire : la rédemption ne sera pas au rendez-vous dans ce roman dur, porté par une langue qui épouse monologue intérieur des désespérés, sang dans la bouche.Une langue hachurée d\u2019où saillent des moments de pure poésie qui éclairent la noirceur » Pascale Millot, Montréal Centre-Ville (SAINTE- FAMILLE) Mathieu Blais © M a g e n t a S t u d i o Ce n\u2019est un secret pour personne : la vaste majorité des revenus publicitaires générée sur le Web tombe dans les mains de Google et Facebook grâce à la masse de données qu\u2019ils collectent sur les internautes fréquentant leur plateforme.« Ces firmes ne détiennent pas seulement des ressources économiques qui équivalent à celles d\u2019États entiers, elles en ont également les aspirations politiques », avance dans son ouvrage Philippe de Grosbois.L\u2019auteur prend pour exemple le « Safety Check » (« vérification de sécurité ») de Facebook.Lors de l\u2019attentat qui a secoué la ville de Barcelone en août dernier, le réseau social a activé cette fonctionnalité qui permettait aux internautes d\u2019informer leurs proches et de chercher des renseignements sur l\u2019attaque.« C\u2019est quelque chose qui relève de la sécurité publique, s\u2019alarme-t-il.Il y a des choix éditoriaux qui sont faits pour choisir quel événement va déclencher cette fonctionnalité-là.Est-ce que ce sera fait pour une catastrophe naturelle, pour un attentat contre la mosquée de Québec?» L\u2019essayiste plaide pour que les clôtures ceinturant ces « jardins fermés » que représentent les plate- formes des GAFAM soient abolies et qu\u2019ils communiquent entre eux.Cela pourrait favoriser l\u2019arrivée de nouveaux joueurs et opposer aux géants du Web une saine concurrence.« Ce qui nous attend, c\u2019est des batailles contre des monopoles.Si on les fait bien et qu\u2019on réussit à forcer ces réseaux-là à faire tomber les murs de leur jardin, on peut imaginer un Internet plus intéressant que ce vers quoi on semble se diriger maintenant.» Les batailles d\u2019Internet Assauts et résistances à l\u2019ère du capitalisme numérique Philippe de Gros- bois, Écosociété, Montréal, 2018, 263 pages CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Imprimé à la fin de 2017, année du centenaire des révolutions russes de février et d\u2019octobre 1917, mais mis en librairie en janvier 2018, l\u2019ouvrage L\u2019ombre d\u2019Octobre, de Pierre Dardot et Christian Laval, revisite un changement qui bouleversa la politique mondiale et dont les effets, même très atténués, restent présents.Les chercheurs français y montrent que l\u2019ombre élitiste d\u2019Octobre a réduit en «spectre» la révolte populaire autogérée de Février.Ils s\u2019inspirent du mot du prince r usse Pier re Kropotkine (1842- 1921), théoricien du communisme libertaire et pourfendeur de Lénine et de son bolchevisme autoritaire dirigé par une élite : « Les bolcheviks ont montré comment la révolution ne doit pas être faite.» Dardot et Laval récusent l\u2019idée répandue selon laquelle Février fut une révolution bourgeoise.À l\u2019instar de leur compatriote l\u2019historien Marc Ferro, ils y voient « le monde renversé » par des conseils égalitaristes, spontanéistes, pacifistes d\u2019ouvriers et de soldats : les soviets.Révoltés par la tuerie et la famine subies par le peuple russe durant la Première Guerre mondiale qui n\u2019en finissait plus, les soviets provoquèrent l\u2019abdication du tsar Nicolas II et appor tèrent d\u2019importants changements, comme l\u2019instauration d\u2019une journée réduite de travail et la suppression de la peine de mort.Mais, à la suite de l\u2019insurrection d\u2019Octobre menée par les bolcheviks, Lénine rejeta le mot d\u2019ordre révolutionnaire « Tout le pouvoir aux soviets ! » pour ne réserver le pouvoir qu\u2019à un parti dogmatique et discipliné.Cette for mation unique sera jusqu\u2019en 1991 le Parti communiste de l\u2019Union dite soviétique.En l\u2019opposant aux vrais soviets et au communisme libertaire que ceux-ci symbolisaient, Dardot et Laval s\u2019inscrivent dans la lignée de Boris Pasternak (1890-1960), sans pourtant revendiquer la filiation avec l\u2019écrivain encore incompris par tant de sociologues.Aux yeux de Pasternak, le souffle populaire et révolutionnaire de 1917, ce « miracle de l\u2019histoire », s\u2019est vite transformé en « domination inhumaine de l\u2019imaginaire ».Dardot et Laval jugent, eux aussi, que le souffle progressiste a été détourné par la tendance dictatoriale de Lénine et même par celle de l\u2019adversaire Trotski, avant son exil forcé pour déviationnisme.Avec le recul, comment ne pas admettre que l\u2019évolution donne raison à l\u2019écrivain comme aux deux chercheurs?Darlot et Laval n\u2019insisteront jamais assez sur un fait de plus en plus criant de vérité au fil des décennies : la révolte en 1921 à la base navale russe de Kronstadt, où marins, soldats et ouvriers réclamèrent, en révolutionnaires conséquents, tout le pouvoir aux soviets en plus de la liberté d\u2019opinion.Bien que le soulèvement fût réprimé dans le sang par Trotski et Lénine, il préfigure, 70 ans plus tôt, la chute, en Europe de l\u2019Est, du communisme totalitaire.Le centenaire d\u2019une révolution détournée Un livre décortique la portée planétaire du changement sociopolitique russe de 1917 Petrograd, novembre 1917, les combattants bolcheviques, premier détachement de l\u2019Armée rouge, posent pour la postérité.AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019ombre d\u2019Octobre La Révolution russe et le spectre des soviets ?1/2 Pierre Dardot et Christian Laval, Lux éditeur, 2017, 296 pages Extrait de Les batailles d\u2019Internet «À moyen et à long terme, la véritable reprise de contrôle sera donc rendue possible par des solutions communautaires qui ouvrent la boîte noire de leurs algorithmes, qui donnent accès au code grâce auquel nos interactions sont filtrées, sélectionnées, promues ou ignorées.Si ces pla- teformes sont bâties par et pour la communauté et non à des fins lucratives, leurs algorithmes n\u2019auront pas pour objectif de cultiver la dépendance ou d\u2019adoucir notre humeur pour nous rendre disponibles aux annonceurs.Idéalement, les critères de sélection des publications devraient même être personnalisables.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 L i r e B a n d e d e s s i n é e 3 4 | CRITIQUE FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Le décodage des communications encr yptées des armées alleman - des pendant la Deuxième Guerre mondiale, c\u2019est en partie à lui qu\u2019on le doit.Ses recherches sont aussi aux fondements de l\u2019intelligence artificielle.Il a entre autres imaginé un test, décrit dans les pages de Computing Machinery and Intelligence en 1950, pour établir la capacité ou non d\u2019une machine à reproduire une conversation humaine.Le test de Turing.Anecdote : la chose a donné du jus aux romanciers Arthur C.Clarke et Philip K.Dick pour imaginer le pire dans ce qui au cinéma est devenu 2001 : l\u2019Odyssée de l\u2019espace et Blade Runner.Un sportif acharné Alan T uring, mathématic ien et cr yptologue au ser vice de Sa Majesté la reine, était un esprit génial, oui, mais à l\u2019intimité et à la naïveté qui auront été tout aussi remarquables.Au milieu du siècle dernier, l\u2019homme a vécu au grand jour son homosexualité dans une Angleterre qui faisait de la chose un crime.Il était un sportif acharné.Il calculait très bien les chif fres, mais mesurait très mal la portée de ses travaux, parlant de tout ça à qui voulait l\u2019entendre, au mépris de la culture du secret nécessaire dans un monde polarisé, sur tout lors - qu\u2019on bosse au Laboratoire national de physique de Teddington, dans la région de Londres.Un mystérieux scientifique À l\u2019image d\u2019androïdes rêvant sans doute de moutons électriques, Turing était tout sauf banal, et c\u2019est ce que met magnifiquement en lumière l\u2019illustrateur et bédéiste allemand Robert Deutsch dans un récit oscillant entre la biographie et l\u2019exercice de style graphique, qui plonge dans les dernières années de ce mystérieux scientifique qui n\u2019aura passé sur terre que 41 ans.L\u2019objet joue avec les formes, les couleurs, les niveaux de décor, les cadrages, pour exposer la complexité d\u2019un être pris entre la formalité d\u2019une fonction, le sérieux d\u2019une démarche et l\u2019excentricité de ses fantasmes habités autant par le corps des hommes et le personnage de Blanche-Neige por té à l\u2019écran par Walt Disney que par l\u2019envie de décrire la morphogenèse en équations chimiques, pour se changer les idées.Le tout s\u2019articule dans une proposition ar tistique for te dont le ludisme du trait accompagne harmonieusement, au final, toute l\u2019intelligence du propos.Dans l\u2019intimité d\u2019Alan Turing Robert Deutsch met en lumière le destin atypique de ce génie à la naïveté remarquable Entre biographie et exercice de style graphique, l\u2019œuvre plonge dans les dernières années du mystérieux scientifique.ILLUSTRATIONS SOURCE SARBACANE Turing ?1/2 Robert Deutsch, traduit de l\u2019allemand par Sophie Lamotte d\u2019Argy, Sarbacane, Paris, 2018, 192 pages.En librairie le 8 février.Turing calculait très bien les chiffres, mais il mesurait très mal la portée de ses travaux, parlant de tout ça à qui voulait l\u2019entendre C\u2019est la ligne claire de Matteo Ber- ton qui fait la dif férence, la façon qu\u2019il a de laisser ses couleurs raconter le noir, l\u2019exiguïté, puis le froid, le beau et le fantastique.Revisiter Voyage au centre de la terre de Jules Verne a tout d\u2019un exercice périlleux tant l\u2019aventure, depuis son apparition dans le monde de la littérature en 1864, a été remodelée par l\u2019illustration, le cinéma, la télévision\u2026 jusqu\u2019à plus soif.Or l\u2019illustrateur italien en extrait un récit fascinant dont les images magnifient cette œuvre qui explore, sous un volcan, les confins de la science et de l\u2019imaginaire.«En Islande, ce qui est intéressant n\u2019est pas à la surface», dit le professeur Otto Lidenbrock avant d\u2019en faire la démonstration, en compagnie du jeune Axel et de Hans Bjelke, un chasseur d\u2019eiders.Le bédéiste respecte la distribution des rôles et reste aussi collé sur la nature de cette descente dans les entrailles de la terre qui, sous couvert d\u2019aventure extraordinaire, est finalement une géniale leçon de science.Et pas que d\u2019une seule, puisqu\u2019il y est question autant de géologie et de spéléologie que de botanique, de paléontologie et même de géolocali- sation et d\u2019arpentage, le tout sous la lumière bleue des précieuses lampes de Ruhmkorff.Avec une intelligence du découpage, une élégance du trait et une finesse de l\u2019interprétation, cette relecture de Jules Vernes par le jeune illustrateur, dont l\u2019œuvre est ici traduite en français pour la première fois, n\u2019apporte pourtant rien de neuf à l\u2019objet, mais elle a le mérite d\u2019y apporter au final beaucoup de beauté.Fabien Deglise Jules Verne et la ligne claire Voyage au centre de la terre ?1/2 Matteo Berton, traduit de l\u2019italien par Véronique Dassas, La Pastèque, Montréal, 2018, 12 pages LA PASTÈQUE CRITIQUE | 3 5 A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C U L T U R E CRITIQUE NICOLAS MAVRIKAKIS COLLABORATEUR LE DEVOIR Tout dans notre époque semble être de l\u2019ordre de la reprise, de la citation et même de la copie.La mode semble imiter et même vampiriser le passé.Le cinéma aussi.Pensons entre autres au film Psycho (1998) de Gus Van Sant, reprise plan par plan du célèbre drame d\u2019horreur d\u2019Hitchcock.La musique ne donne pas non plus sa place en ce domaine.Je vous laisse trouver vos exemples de redites de chansons célèbres.La théoricienne Judith Butler nous a même appris que nos identités sexuelles seraient des codes sociaux que nous jouons et rejouons, incar nons comme des rôles dans une pièce de théâtre.Dans son exposition intitulée Vies per formatives, la commissaire Zoë Chan nous invite à explorer cette idée de la reprise des codes de représentation à travers un jeu intrigant entre « documentaire et divertissement, information et spectacle, fait et fiction».Mais avant de crier aux fake news, au brouillage des frontières entre journalisme sérieux et divertissement insignifiant ou aux pertes de valeurs dans un monde contemporain en crise, il faut se pencher sur les propositions des artistes réunis ici.Les œuvres que Chan a regroupées permettent paradoxalement de réfléchir à des questions de fond.Déconstruire l\u2019histoire L\u2019œuvre Pulpo d\u2019Yoshua Okón s\u2019apparente à ces pratiques de reenactment qui se sont développées depuis plus de 20 ans en art contemporain et qui elles-mêmes s\u2019inspiraient des reconstitutions historiques de célèbres batailles.Ici, l\u2019artiste mexicain ne fait pas comme Jeremy Deller avec The Battle of Orgreave (2001), où il avait procédé à une reconstitution des affrontements entre la police et des mineurs le 18 juin 1984 dans le sud du Yorkshire en Grande-Bretagne.Okón transpose dans le stationnement d\u2019un Home Depot à Los Angeles les gestes guerriers d\u2019hommes mayas ayant vécu la guerre civile au Guatemala à la fin du XXe siècle.Il n\u2019est pas ici question de faire rejouer des scènes de bataille pour leur redonner un côté héroïque, mais au contraire de les incarner comme un jeu d\u2019enfant en n\u2019ayant aucune arme, en utilisant ses mains comme fusils, afin de ruiner le côté courageux de ces guerres.Ces scènes ne sont pas non plus interprétées par des acteurs, mais plutôt par des hommes ayant participé à ces combats.Une manière de ridiculiser la guerre ?Une façon Jeux de rôles à Optica Zoë Chan montre comment, par le pastiche, on peut s\u2019approprier l\u2019histoire avec intelligence Image tirée de l\u2019installation vidéo The Outsiders (2016) de May Truong SOURCE OPTICA d\u2019utiliser l\u2019humour à des fins cathar- tiques afin de neutraliser l\u2019aspect dramatique de ces événements ?Peut- être\u2026 Mais en important cette scène dans un lieu familier des États-Unis, l\u2019ar tiste invoque aussi comment la violence peut en fait apparaître n\u2019importe où, même dans un espace bien ordinaire comme un stationnement au pays de l\u2019oncle Sam.Dans Outsiders, May Truong s\u2019approprie le livre The Outsiders, écrit par S.E.Hinton en 1967, livre qui donna l ieu à un f i lm de Francis Ford Coppola en 1983.Mais au lieu de faire tourner les scènes par de jeunes hommes blancs, futures vedettes hollywoodiennes \u2014 Tom Cruise, Patrick Swayze, Rob Lowe, Matt Dillon \u2014, Truong fait jouer de jeunes femmes asiatiques.La race et le sexe des acteurs qui jouent un rôle changent-ils notre rapport à ceux-ci ?Oui.Truong donne ainsi un certain pouvoir à ces femmes qui vivent une crise aussi profonde que ces jeunes hommes de la classe défavorisée décrite par Hinton.Mais à Hollywood, encore de nos jours, oserait-on faire jouer des rôles d\u2019outsiders à des actrices asiatiques en espérant qu\u2019elles deviennent célèbres un jour?On sera aussi très touché par la vidéo de Bertille Bak intitulée Transports à dos d\u2019hommes.Dans ce petit film, Bak met en scène des Roms qui, eux-mêmes, mettent en scène leur vie avec un regard humoristique.Cela débute par des images de Tsiganes prenant leur café comme bien des touristes dans des tasses portant l\u2019image de la Joconde.Cela se poursuit par une répétition de musiciens du métro qui semblent chronométrer leur temps pour que leurs interprétations musicales s\u2019inscrivent harmonieusement entre les diverses stations du transport public parisien.Peut-on aussi s\u2019approprier le malheur des enfants autochtones au Canada qui furent arrachés à leurs parents pour être placés dans des pensionnats ?Il semblerait que oui.Dans Savage, Lisa Jackson a réalisé une sorte de musical s\u2019inspirant entre autres de Thriller de Michael Jackson.Les jeunes Amérindiens y sont représentés avec une ironie effrayante comme des zombies\u2026 Et l\u2019expo se poursuit par une suite amusante et un peu ridicule à la série Twin Peaks par Helen Reed.Une expo qui fera réfléchir au fait que nos vies sont comme des rôles dans des films, parfois dramatiques, parfois de série B.Vies performatives Commissaire : Zoë Chan.Au centre d\u2019art contemporain Optica (5445, avenue de Gaspé, Montréal) jusqu\u2019au 17 mars.Peut-on aussi s\u2019approprier le malheur des enfants autochtones au Canada qui furent arrachés à leurs parents pour être placés dans des pensionnats ?Il semblerait que oui. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 6 | GRAND ANGLE MANON DUMAIS LE DEVOIR u cours des Jeux olympiques de Pyeongchang, en Corée du Sud, du 9 au 25 février, il y a fort à parier que les sportifs de salon ou d\u2019occasion d\u2019ici seront rivés à leur télé, à leur tablette ou à leur téléphone afin de suivre les exploits des patineurs de vitesse Marianne St- Gelais et Charles Hamelin, du skieur Alex Harvey ou de deux des sœurs Dufour-Lapointe, reines des bosses.Chacun pourra vivre ouvertement sa passion pour le bobsleigh ou pour le patinage artistique, percer les mystères du curling, découvrir le big air en sur f des neiges lors de cette grande célébration du sport amateur.Et après, l\u2019intérêt se dissipera peu à peu et chacun retournera à ses télé- romans ou à séries fétiches.Sauf quelques irréductibles fervents amateurs de sports amateurs qui voudront soutenir leurs héros, et pas que le samedi.Vers où se tourner alors?« À Radio-Canada, notre façon de faire rayonner le sport et notamment les sports amateurs a évolué avec les possibilités qu\u2019offrent le Web et les réseaux sociaux.Nous continuons de présenter les résultats sportifs et des profils d\u2019athlètes à la télévision où les prestations des athlètes canadiens trouvent de larges échos, notamment à RDI matin et dans les éditions de L\u2019info en direct à ICI RDI, mais les occasions de présenter des matchs et des compétitions sportives ont migré vers le numérique et se sont multipliées grâce à la flexibilité du Web», explique par écrit Catherine Dupont, première directrice Sports et production olympique à Radio-Canada.Qu\u2019en est-il de la place accordée aux sports amateurs à TVA, à TVA Sports et à LCN ?Malgré notre insistance, personne n\u2019a daigné nous répondre.Codiffuseur des Jeux olympiques avec Radio-Canada, RDS, en ondes 24 heures par jour, sept jours par semaine, a plus que tout autre réseau de l\u2019espace à accorder aux sports amateurs.Ainsi, depuis près de vingt ans, RDS diffuse les Jeux du Québec et les Jeux du Canada.«À la télévision, on présente deux émissions quotidiennes d\u2019une demi- heure durant les Jeux du Québec, qui font la captation de l\u2019ensemble des compétitions ; on donne alors une porte d\u2019entrée aux personnes qui voudraient regarder ces compétitions-là sur Internet.Pour les Jeux du Canada, c\u2019est au-delà de la couverture télévision qu\u2019on peut faire.On rend disponibles sur Internet des diffusions supplémentaires, des capsules ou des profils d\u2019athlètes, et des entrevues qu\u2019on ne retrouve pas dans nos différentes émissions », explique au téléphone Rober t Turcotte, vice-président, programmation, médias interactifs et développement des affaires à RDS.Ainsi donc, à l\u2019instar des Héros du Où sont passés les héros du samedi ?En dehors des Jeux olympiques, la télévision s\u2019efforce de donner autrement une place aux sports amateurs Alex Harvey en compétition à Davos, en décembre dernier GIAN EHRENZELLER LA PRESSE CANADIENNE A C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 4 février 2018, 15 h Salle de concert Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal prixOpus.qc.ca GALA OPUS 21ePRIX L\u2019excellence de la musique 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 22 au 28 janvier 2018 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG Palmarès Romans étrangers Lumière noire Lisa Gardner/Albin Michel 1/3 Abigaël, messagère des anges \u2022 Tome 3 Marie-Bernadette Dupuy/JCL 2/2 L\u2019amie prodigieuse \u2022 Tome 4 L\u2019enfant perdue Elena Ferrante/Gallimard 3/2 Couleurs de l\u2019incendie Pierre Lemaitre/Albin Michel 6/3 Origine Dan Brown/Lattès 4/16 Darker.Cinquante nuances plus sombres par Christian E.L.James/Lattès 5/7 Le Women murder club \u2022 Tome 15 La 15e affaire James Patterson | Maxine Paetro/Lattès 7/3 Une colonne de feu Ken Follett/Robert Laffont 10/19 4 3 2 1 Paul Auster/Actes Sud 9/2 Amélia, un cœur en exil Marie-Bernadette Dupuy/Calmann-Lévy \u2013/1 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/66 Le peuple rieur.Hommage à mes amis Innus Serge Bouchard | Marie-Christine Lévesque/Lux 3/10 Désordonnances Alain Vadeboncoeur/Lux 2/9 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 5/3 Lettres à une jeune entrepreneure Alexandre Taillefer | Pierre Cayouette/VLB \u2013/1 La langue affranchie Anne-Marie Beaudoin-Bégin/Somme toute 4/2 La fin des exils.Résister à l\u2019imposture des peurs Jean-Martin Aussant/Atelier 10 8/10 Le monde est à toi Martine Delvaux/Héliotrope 7/2 Dans mon livre à moi Olivier Niquet/Duchesne et du rêve \u2013/1 Le banc du temps qui passe.Méditations cosmiques Hubert Reeves/Seuil 10/2 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/101 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/20 Tueurs en série Charlotte Greig/Broquet 7/2 Le miracle Spinoza Frédéric Lenoir/Fayard 3/10 Dire non ne suffit plus.Contre la stratégie du choc de.Naomi Klein/Lux \u2013/1 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 5/44 La fin du sida est-elle possible?Gabriel Girard | François Berdougo/Textuel \u2013/1 Utopia XXI Aymeric Caron/Flammarion 8/2 Psychothérapie de Dieu Boris Cyrulnik/Odile Jacob 4/3 Les argonautes Maggie Nelson/Triptyque \u2013/1 Romans québécois Il y aura des morts Patrick Senécal/Alire 2/11 Affaires privées Marie Laberge/Québec Amérique 1/13 L\u2019héritage du clan Moreau \u2022 Tome 1 Hector Colette Major-McGraw/Guy Saint-Jean 5/2 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 3 Les rafales Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 3/10 Maudite Saint-Valentin Cynthia Maréchal/Les Éditeurs réunis 4/3 La veuve de Labelle Lucy-France Dutremble/Guy Saint-Jean \u2013/1 L\u2019heure mauve Michèle Ouimet/Boréal \u2013/1 Manikanetish Naomi Fontaine/Mémoire d\u2019encrier 6/3 L\u2019allumeuse Suzanne Myre/Marchand de feuilles \u2013/1 Avec un grand A Janette Bertrand/Libre Expression 8/12 samedi, émission consacrée aux sports amateurs télédiffusée à Radio- Canada de 1972 à 1993 ayant refait surface sous la forme d\u2019une websérie animée par Roseline Filion sur Tou.tv en novembre dernier, les amoureux de sports amateurs doivent migrer vers les plateformes numériques.« Depuis l\u2019hiver 2017, nous avons des ententes de webdiffusion en direct pour présenter plusieurs championnats mondiaux, ce qui donne une place encore plus impor tante aux sports amateurs dans l\u2019ensemble de l\u2019of fre de Radio-Canada.Le site Radio-Canada.ca/sports est une destination de choix pour suivre en direct en webdif fusion les per for- mances de nombreux athlètes canadiens, qui courent la chance d\u2019ailleurs de se distinguer prochainement en Corée du Sud.On peut aussi suivre ces compétitions sur l\u2019application mobile de Radio-Canada et sur les réseaux sociaux de Radio-Canada Sports», résume Catherine Dupont.Grâce aux plateformes numériques, plusieurs organismes, équipes ou ligues amateurs peuvent ainsi rejoindre un plus large public : «Par exemple, la Ligue de hockey junior AAA du À Radio-Canada, notre façon de faire rayonner le sport et notamment les sports amateurs a évolué avec les possibilités qu\u2019offrent le Web et les réseaux sociaux CATHERINE DUPONT » Québec n\u2019est pas en mesure de produire des matchs pour la télévision, mais elle fait quand même des productions pour Internet.À l\u2019instar des Jeux du Québec, on a un partenariat avec la Ligue de hockey junior AAA, un certain nombre de leurs matchs disponibles sur Internet sont donc offerts à travers les plateformes numériques de RDS», rappelle Robert Turcotte.Si Radio-Canada et RDS multiplient les efforts sur leurs sites Internet et leurs plateformes numériques pour favoriser une plus grande visibilité des sports amateurs, c\u2019est que ceux- ci ne sont pas synonymes de rentabilité pour la télé traditionnelle.Le public niché «Il faut garder en tête que RDS est une entreprise privée qui a des objectifs de profitabilité.En télévision, nos revenus publicitaires et nos revenus d\u2019abonnements sont basés sur l\u2019intérêt des gens pour les sports qu\u2019on présente.Produire des compétitions de sport amateur, ce n\u2019est pas le même prix qu\u2019une compétition professionnelle, mais c\u2019est tout de même dispendieux.Les commanditaires ou l\u2019intérêt du téléspectateur ne sont pas là», dit Robert Turcotte, qui souligne que chaque sport étant niché, le public l\u2019est tout autant, ce qui n\u2019arrange rien aux possibles cotes d\u2019écoute et revenus publicitaires.Robert Turcotte poursuit : «Commercialement parlant, avoir des annonceurs par rapport aux sports amateurs, c\u2019est très difficile pour l\u2019une des raisons qu\u2019au Québec, il existe une loi sur la publicité destinée aux enfants.Dans les écoles, on n\u2019a pas le droit de mettre des panneaux publicitaires, on peut mettre des af fiches, mais sans publicité ni commanditaires.Si ce n\u2019est pas le gouvernement qui finance, il faut que ce soit l\u2019entreprise privée, qui le fera à condition qu\u2019il y ait de la visibilité.» Malgré les risques de voir ses revenus publicitaires et son auditoire diminuer, la télévision traditionnelle n\u2019est pas près de tourner le dos aux sports amateurs: «En ce moment, notre offre numérique est bonifiée par une programmation de documentaires à ICI RDI, à ICI Explora et à ICI Radio-Ca- nada Télé, dont plusieurs sont offerts en rattrapage sur Tou.tv.Notre objectif est de continuer à rapprocher le public des athlètes, de les faire connaître à travers leur sport, et de voir leurs performances où qu\u2019ils se trouvent dans le monde, au moment où ça se passe», révèle Catherine Dupont. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI HIVER NOMADE (3) Suis.2012.Documentaire de Manuel von Stürler.- Un berger de la Suisse romande et sa jeune assistante parcourent plus de 600 kilomètres à pied pour la transhumance hivernale de leur troupeau de 800 moutons.TV5 8h30 DANGER PLEINE LUNE (4) Tch.1992.Conte de Bretislav Pojar avec Ludek Navratil, Katka Pokorna, Katerina Machackova.- Un enfant solitaire se voit offrir par son père un cocon qui se transforme en gentille petite nymphe ailée dotée de la parole.VRAK 10h I AM ANOTHER YOU (3) É.-U.2017.Documentaire de Nanfu Wang.- En Floride, une cinéaste d\u2019origine chinoise suit au jour le jour le parcours d\u2019un jeune sans-abri avec lequel elle s\u2019est liée d\u2019amitié.PBS (WETK) 12h UNE CHANSON POUR MARION (4) (Unfinished Song), G.-B.2012.Comédie dramatique de Paul Andrew Williams avec Terence Stamp, Gemma Arterton, Christopher Eccleston.- À la suite du décès de sa femme, un vieil homme acariâtre retrouve contact avec ses émotions grâce à la directrice d\u2019une chorale.ARTV 13h LA MORT DANS LA PEAU (4) (The Bourne Supremacy), É.-U.2004.Drame d\u2019espionnage de Paul Greengrass avec Matt Damon, Joan Allen, Brian Cox.- Un ex-assassin de la CIA devenu amnésique est faussement accusé par ses anciens patrons d\u2019avoir tué deux de leurs espions à Berlin.TVA 14h JULIE ET JULIA (5) (Julie & Julia), É.-U.2009.Drame biographique de Nora Ephron avec Amy Adams, Meryl Streep, Stanley Tucci.- Une New-Yorkaise démoralisée se met au défi de réaliser en 365 jours les 524 recettes contenues dans le best-seller de son idole Julia Child.V 14h AUGUST RUSH (5) É.-U.2007.Drame musical de Kirsten Sheridan avec Freddie Highmore, Keri Russell, Jonathan Rhys Meyers.- Un garçon élevé dans un orphelinat tente de retrouver ses parents naturels grâce à ses exceptionnels dons musicaux.MAX 15h30 LE DERNIER ESSAI (5) (The Longest Yard), É.-U.2005.Comédie sportive de Peter Segal avec Adam Sandler, Chris Rock, Burt Reynolds.- Un ex- footballeur envoyé derrière les barreaux recrute des bagnards pour affronter l\u2019équipe des gardiens de son pénitencier.TVA 16h ASTRO (5) (Astro Boy), É.-U.2009.Film d\u2019animation de David Bowers.- Dans une ville flottant entre ciel et terre, un garçon désintégré lors d\u2019une expérience militaire est réincarné dans un androïde à son image conçu par son père.TQ 18h LE KARATÉ KID (4) (The Karate Kid), É.-U.2010.Drame sportif d\u2019Harald Zwart avec Jaden Smith, Jackie Chan, Taraji P.Henson.- Souffre- douleur de la brute de son école, un jeune Américain nouvellement arrivé en Chine est initié aux arts martiaux par un vieux maître de kung fu.TVA 18h30 LE CAUCHEMAR D\u2019UNE MÈRE (5) (A Wife\u2019s Nightmare), Can.2014.Thriller de Vic Sarin avec Jennifer Beals, Lola Tash, Dylan Neal.- Se relevant à peine d\u2019une grave dépression nerveuse, une femme accueille chez elle une adolescente qui prétend être la fille de son époux, née d\u2019une relation antérieure.MAX 18h30 ESPIONNE (4) (Spy), É.-U.2015.Comédie d\u2019espionnage de Paul Feig avec Melissa McCarthy, Rose Byrne, Jason Statham.- Malgré sa taille forte et son manque d\u2019expérience, une agente de bureau de la CIA se porte volontaire pour traquer la marchande d\u2019armes qui a tué l\u2019espion dont elle était amoureuse.V 18h30 I AM ANOTHER YOU Voir samedi, 12h.PBS (WETK) 20h DEUX SŒURS POUR UN ROI (4) (The Other Boleyn Girl), G.-B.2008.Drame historique de Justin Chadwick avec Natalie Portman, Scarlett Johansson, Eric Bana.- À la cour du roi Henry VIII, les intrigues d\u2019Anne Boleyn afin de supplanter sa sœur Mary dans le cœur du souverain.MAX 20h30 INDOMPTABLE ANGÉLIQUE (5) Fr.1967.Mélodrame de Bernard Borderie avec Michèle Mercier, Robert Hossein, Roger Pigaut.- À la recherche de son mari disparu, une comtesse est enlevée par des pirates et vendue comme esclave.ARTV 21h ATTACHE-MOI! (5) Esp.1989.Comédie sentimentale de Pedro Almodóvar avec Victoria Abril, Antonio Banderas, Loles Leon.- Un déséquilibré séquestre une femme dont il s\u2019est épris dans l\u2019espoir qu\u2019elle développe des sentiments réciproques.TFO 21h LENDEMAIN DE VEILLE 2 (5) (The Hangover Part II), É.-U.2011.Comédie de Todd Phillips avec Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis.- Trois Américains, dont un est sur le point de se marier, se réveillent dans un hôtel malfamé de Bangkok sans aucun souvenir de leur soirée trop arrosée de la veille.V 21h UN JOUR SANS LENDEMAIN (4) (Edge of Tomorrow), É.-U.2014.Science-fiction de Doug Liman avec Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton.- Coincé dans une faille temporelle, un officier de l\u2019armée revit constamment la même journée, ce qui lui permet de raffiner ses attaques contre des envahisseurs extraterrestres.TVA 21h15 LE CHEMIN DE NOS FOYERS (4) (We Don\u2019t Live Here Anymore), É.-U.2004.Drame de mœurs de John Curran avec Mark Ruffalo, Laura Dern, Peter Krause.- Deux couples voient leur amitié et leur mariage mis en péril lorsque le mari de l\u2019une a une liaison avec la femme de l\u2019autre.TQ 22h NINTH FLOOR (3) Can.2015.Documentaire de Mina Shum.- En février 1969, à l\u2019université Concordia, une manifestation éclate après que six étudiants de race noire eurent accusé de racisme leur professeur de biologie.PBS (WETK) 22h30 STRANGER THAN PARADISE (3) É.-U.1984.Comédie de mœurs de Jim Jarmusch avec John Lurie, Esther Balint, Richard Edson.- Accompagné d\u2019un copain, un émigré hongrois invite sa cousine à se joindre à eux pour un périple en Floride.TFO 22h42 MORT ET ENTERRÉ (5) (Dead Man Down), É.-U.2013.Thriller de Niels Arden Oplev avec Colin Farrell, Noomi Rapace, Dominic Cooper.- Alors qu\u2019il fomente un projet de vengeance, un tueur mafieux subit le chantage d\u2019une voisine qui veut l\u2019obliger à éliminer le chauffard responsable de l\u2019accident qui l\u2019a défigurée.TVA 0h MA NUIT CHEZ MAUD (2) Fr.1969.Drame psychologique d\u2019Éric Rohmer avec Jean- Louis Trintignant, Françoise Fabian, Marie-Christine Barrault.- Un jeune ingénieur catholique résiste aux avances d\u2019une divorcée par respect pour sa future épouse.TFO 0h13 DIMANCHE LE JOUR DE LA MARMOTTE (3) (Groundhog Day), É.-U.1993.Comédie fantaisiste de Harold Ramis avec Bill Murray, Andie MacDowell, Chris Elliott.- Venu couvrir le Jour de la marmotte dans la petite ville de Punxsa- tawney, un météorologue désabusé revit sans cesse la même journée de mille et une façons différentes.TVA 10h LES AVENTURIERS DU TIMBRE PERDU (4) (Tommy Tricker and the Stamp Traveler), Can.1988.Comédie fantaisiste de Michael Rubbo avec Lucas Evans, Anthony Rogers, Jill Stanley.- Miniaturisés grâce à une formule magique, deux enfants se rendent en Australie à bord d\u2019un timbre, afin de retrouver une collection philatélique exceptionnelle.VRAK 10h LA ZIZANIE (5) Fr.1978.Comédie de Claude Zidi avec Louis de Funès, Annie Girardot, Julien Guiomar.- Un industriel, maire de son village, contrarie sa femme qui le quitte et devient son adversaire aux élections.ARTV 12h MON FRÈRE BIEN AIMÉ (5) Fr.2016.Drame policier de Denis Malleval avec Olivier Marchal, Michaël Youn, Natacha Lindinger.- Un entrepreneur, qui s\u2019est toujours sacrifié pour le bien-être de son frère cadet, se porte à sa défense lorsqu\u2019il est accusé de meurtre.TV5 13h EXTRÊME LIMITE (4) (Point Break), É.-U.1991.Drame policier de Kathryn Bigelow avec Keanu Reeves, Patrick Swayze, Gary Busey.- Un agent du FBI enquête sur une série de vols de banques commis par des adeptes du surf.Z 14h AU-DELÀ (4) (Hereafter), É.-U.2010.Thriller de Clint Eastwood avec Matt Damon, Cécile de France, Frankie McLaren.- Les trajectoires parallèles d\u2019un médium américain en crise, d\u2019une journaliste française revenue d\u2019entre les morts et d\u2019un enfant anglais en deuil de son frère jumeau.V 14h30 MENTEUR MENTEUR (4) (Liar Liar), É.-U.1997.Comédie de Tom Shadyac avec Jim Carrey, Maura Tierney, Justin Cooper.- Le fils délaissé d\u2019un avocat particulièrement menteur fait le vœu que son père ne puisse dire que la vérité durant vingt-quatre heures.MAX 15h30 LES DIVINS SECRETS DES PETITES YA-YA (5) (Divine Secrets of the Ya-Ya Sisterhood), É.-U.2002.Comédie dramatique de Callie Khouri avec Sandra Bullock, Ellen Burstyn, Fionnula Flanagan.- Trois copines d\u2019enfance tentent de réconcilier leur amie excentrique avec sa fille.V 17h15 DEUX SŒURS POUR UN ROI Voir samedi, 20h30.MAX 17h30 LE VRAI COURAGE (4) (True Grit), É.-U.2010.Western d\u2019Ethan Coen avec Hailee Steinfeld, Jeff Bridges, Matt Damon.- Une adolescente de l\u2019Arkansas part avec un policier fédéral et un ranger du Texas à la recherche du meurtrier de son père, qui s\u2019est réfugié en territoire indien.V 19h45 DES HOMMES ET DES DIEUX (2) Fr.2010.Drame historique de Xavier Beauvois avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin.- L\u2019histoire des sept moines français de Tibhirine, tués par le Groupe Islamiste Armé d\u2019Algérie en 1996.TQ 21h LA PEAU QUE J\u2019HABITE (3) Esp.2011.Thriller de Pedro Almodóvar avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes.- Créateur d\u2019une peau artificielle très résistante, un chirurgien plastique l\u2019expérimente sur une jeune femme séquestrée dans sa clinique privée.ARTV 21h DOWN BY LAW (4) É.-U.1986.Comédie de Jim Jarmusch avec Tom Waits, John Lurie, Roberto Benigni.- Enfermés dans la même cellule, trois détenus s\u2019engagent dans une évasion improvisée à travers les marécages de la Floride.TFO 21h LA MAUDITE GALETTE (4) Can.1972.Drame policier de Denys Arcand avec Marcel Sabourin, Luce Guilbeault, René Caron.- Un meurtre crapuleux est l\u2019occasion d\u2019une suite de règlements de comptes.TFO 22h48 UNE NUIT À NEW YORK (4) (Nick and Norah\u2019s Infinite Playlist), É.-U.2008.Comédie sentimentale de Peter Sollett avec Michael Cera, Kat Dennings, Alexis Dziena.- Un amoureux largué se lance avec une inconnue dans une folle virée nocturne, en quête d\u2019indices devant les conduire à l\u2019endroit où le groupe de l\u2019heure se produira avant l\u2019aube.MP 23h I AM ANOTHER YOU Voir samedi, 12h.PBS (WCFE) 23h LA THÉRAPIE (4) (The Sessions), É.-U.2012.Drame biographique de Ben Lewin avec John Hawkes, Helen Hunt, William H.Macy.- Paralysé du cou aux orteils, un poète quadragénaire encore vierge retient les services d\u2019une thérapeute sexuelle.TVA 23h30 EN TERRAINS CONNUS (3) Can.2010.Comédie dramatique de Stéphane Lafleur avec Fanny Mallette, Francis La Haye, Michel Daigle.- Les destins d\u2019une jeune femme mal mariée et de son frère immature sont bousculés par des événements plus ou moins insolites.RC 0h23 ATTACHE-MOI! Voir samedi, 21h.TFO 0h30 TOUT CE QUE TU POSSÈDES (4) Can.2012.Drame psychologique de Bernard Émond avec Patrick Drolet, Willia Ferland-Tanguay, Gilles Renaud.- Alors qu\u2019il s\u2019apprête à refuser la fortune mal acquise de son père mourant, un enseignant solitaire voit apparaître dans sa vie sa fille adolescente dont il avait rejeté la paternité.RC 1h53 LUNDI LES SMATTES (4) Can.1972.Drame social de Jean-Claude Labrecque avec Daniel Pilon, Donald Pilon, Louise Laparé.- Ayant blessé involontairement un fonctionnaire, deux jeunes qui ont refusé de quitter leur village gaspésien sont poursuivis par la police.TFO 21h DOWN BY LAW Voir dimanche, 21h.TFO 23h50 LE CYGNE NOIR (2) (Black Swan), É.-U.2010.Drame de Darren Aronofsky avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis.- Obsédée par la peur de ne pas être à la hauteur, une jeune ballerine perfectionniste ayant décroché le rôle principal dans Le Lac des Cygnes bascule dans un délire paranoïaque.TVA 0h35 ATTACHE-MOI! Voir samedi, 21h.TFO 1h53 MARDI LA DERNIÈRE CHANCE (4) (Heart and Souls), É.-U.1993.Comédie fantaisiste de Ron Underwood avec Robert Downey Jr., Charles Grodin, Alfre Woodard.- Quatre anges gardiens chamboulent la vie d\u2019un jeune homme dont ils utilisent le corps pour accomplir sur Terre un dernier souhait.TVA 13h BUFFET FROID (3) Fr.1979.Comédie satirique de Bertrand Blier avec Gérard Depardieu, Bernard Blier, Jean Carmet.- D\u2019étranges relations s\u2019établissent entre un chômeur, un policier et un étrangleur.TFO 21h LA ZIZANIE Voir dimanche, 12h.ARTV 23h LES SMATTES Voir lundi, 21h.TFO 0h MUSIQUE EN SOI (4) (Music Within), É.-U.2006.Drame biographique de Steven Sawalich avec Ron Livingston, Michael Sheen, Melissa George.- Revenu du Vietnam presque complètement sourd, Richard Pimentel met à profit ses dons d\u2019orateur pour défendre les droits des handicapés aux États-Unis.TVA 0h35 DOWN BY LAW Voir dimanche, 21h.TFO 1h30 MERCREDI CHEF (4) É.-U.2014.Comédie dramatique de Jon Favreau avec Jon Favreau, Sofia Vergara, Emjay Anthony.- Pour donner un second souffle à sa carrière d\u2019artiste culinaire, un célèbre chef ouvre un camion-restaurant avec son fils et son aide-cuisinier.TVA 13h CARANCHO (4) Arg.2010.Thriller de Pablo Trapero avec Ricardo Darin, Martina Gusman, Carlos Weber.- À Buenos Aires, un avocat aux pratiques malhonnêtes s\u2019attire des ennuis lorsqu\u2019il décide de se réformer après s\u2019être épris d\u2019une jeune médecin.TFO 21h LES FRÈRES GRIMM (4) (The Brothers Grimm), G.-B.2005.Conte de Terry Gilliam avec Matt Damon, Heath Ledger, Peter Stormare.- En 1796, deux soi-disant spécialistes en sorcellerie doivent percer le mystère d\u2019une forêt hantée où ont disparu plusieurs fillettes.Z 23h THROUGH A LENS DARKLY (4) (Through a Lens Darkly \u2013 Black Photographers and the Emergence of a People), É.-U.2014.Documentaire de Thomas Allen Harris.- À travers des photographies prises depuis les années 1840, regard sur l\u2019évolution de la population afro-américaine, de l\u2019époque de l\u2019esclavage à la lutte pour les droits civiques.PBS (WETK) 0h BUFFET FROID Voir mardi, 21h.TFO 0h13 JEUDI THROUGH A LENS DARKLY Voir mercredi, minuit.PBS (WETK) 8h COMMENT SÉDUIRE UNE AMIE (5) (Playing it Cool), É.-U.2015.Comédie sentimentale de Justin Reardon avec Chris Evans, Michelle Monaghan, Topher Grace.- Un scénariste, qui n\u2019a jamais cru à l\u2019amour, a le coup de foudre pour une jeune femme déjà fiancée, avec qui il noue des liens d\u2019amitié platoniques.TVA 13h THROUGH A LENS DARKLY Voir mercredi, minuit.PBS (WETK) 14h UN AMOUR DE JEUNESSE (4) Fr.2011.Drame sentimental de Mia Hansen-Love avec Lola Créton, Sebastian Urzendowsky, Magne-Havard Brekke.- Une étudiante en architecture menant une vie de couple heureuse est perturbée par le retour dans sa vie de son premier grand amour.TFO 21h LA PEAU QUE J\u2019HABITE Voir dimanche, 21h.ARTV 22h LES ENSAIGNANTS (4) (The Faculty), É.-U.1998.Drame fantastique de Robert Rodriguez avec Elijah Wood, Jordana Brewster, Josh Hartnett.- Six élèves d\u2019une école secondaire de l\u2019Ohio entreprennent de combattre une insidieuse invasion extraterrestre.Z 23h CONDUITE INFERNALE (5) (Drive Angry 3D), É.-U.2011.Thriller de Patrick Lussier avec Nicolas Cage, Amber Heard, William Fichtner.- Un escroc décédé s\u2019évade de l\u2019enfer pour retrouver le gourou d\u2019une secte satanique qui a tué sa fille et kidnappé sa petite-fille.TVA 23h35 CARANCHO Voir mercredi, 21h.TFO 00h20 LES ADOS CONTRE-ATTAQUENT (4) (Attack the Block), G.-B.2011.Comédie satirique de Joe Cornish avec John Boyega, Alex Esmail, Jodie Whittaker.- Dans la banlieue sud de Londres, un groupe d\u2019adolescents combat une horde d\u2019envahisseurs extraterrestres gros et hirsutes.TVA 01h35 VENDREDI LE DILEMME (4) (The Dilemma), É.-U.2011.Comédie dramatique de Ron Howard avec Vince Vaughn, Kevin James, Jennifer Connelly.- En voulant ménager les sentiments de son meilleur ami, trompé à son insu par son épouse, un homme d\u2019affaires s\u2019enlise dans une série de gaffes et de mensonges.TVA 13h LA TRAPPE DANS LE PLANCHER (4) (The Door in the Floor), É.-U.2004.Drame psychologique de Tod Williams avec Jeff Bridges, Jon Foster, Kim Basinger.- Un étudiant devenu l\u2019assistant d\u2019un auteur de livres pour enfants s\u2019éprend de l\u2019épouse de ce dernier et découvre alors une tragédie familiale.VIE 13h LA BÊTE HUMAINE (2) Fr.1938.Drame de mœurs de Jean Renoir avec Jean Gabin, Simone Simon, Fernand Ledoux.- Un mécanicien de locomotive songe à tuer le mari de celle qu\u2019il aime.TFO 21h S.W.A.T.(5) É.-U.2003.Drame policier de Clark Johnson avec Colin Farrell, Samuel L.Jackson, Olivier Martinez.- Une escouade tactique de la police de Los Angeles escorte un dangereux criminel qui a offert cent millions de dollars à celui qui le fera évader.V 21h CONGORAMA (3) Can.2006.Comédie dramatique de Philippe Falardeau avec Olivier Gourmet, Paul Ahmarani, Jean-Pierre Cassel.- À la recherche au Québec de ses parents naturels, un inventeur belge fraternise avec un jeune bohème cherchant à réhabiliter la mémoire de son père.TQ 23h30 CRINQUÉ (4) (Crank), É.-U.2006.Thriller de Mark Neveldine avec Jason Statham, Amy Smart, Jose Pablo Cantillo.- Un tueur à gages empoisonné doit faire battre son cœur à plein régime pendant qu\u2019il recherche son assassin, détenteur de l\u2019antidote.TVA 23h35 UN AMOUR DE JEUNESSE Voir jeudi, 21h.TFO 0h10 LA TRAPPE DANS LE PLANCHER (4) (The Door in the Floor), É.-U.2004.Drame psychologique de Tod Williams avec Jeff Bridges, Jon Foster, Kim Basinger.- Un étudiant devenu l\u2019assistant d\u2019un auteur de livres pour enfants s\u2019éprend de l\u2019épouse de ce dernier et découvre alors une tragédie familiale.VIE 1h LA ZIZANIE Voir dimanche, 12h.ARTV 1h30 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable | 3 9 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Spectacles, performances, installations, concerts et expériences participatives / Œuvres sonores, visuelles, robotiques, cinétiques et radiophoniques MANON DUMAIS LE DEVOIR À l\u2019heure des JO Afin de se préparer mentalement pour les Jeux olympiques de Pyeong- chang, qui se dérouleront du 9 au 25 février, la chaîne Explora présentera cinq documentaires où l\u2019on trace le portrait d\u2019athlètes hors du commun, explore la technologie sportive et les entraînements psycho- cognitifs, et mesure les limites de la machine humaine.À la poursuite de la perfection sportive (en deux épisodes) / Champions de tous les temps \u2013 Sports d\u2019hiver / À la recherche du sportif parfait / L\u2019or bionique / Champions de tous les temps Explora, de samedi à mercredi, 20h SU R VOS ÉC R A N S \u2013 E S P R I T S P O RT I F Le visionnement en continu de la semaine Afin de célébrer le Jour de la marmotte, CBC met en ligne Crawford, série des scénaristes de Trailor Park Boys : Don\u2019t Legalize It, Mike Clattenburg et Mike O\u2019Neil.De retour dans sa famille, Don (Kyle Mac), musicien raté, découvre que son père (John Carroll Lynch), policier ayant perdu la parole après avoir reçu une balle dans la tête, est perturbé par la présence d\u2019une famille de ratons laveurs cachée sous le plancher de la maison.Profitant de la distraction de leur mère (Jill Hennessy), trop occupée à créer des céréales, Don et son frère cadet Brian (Daniel Davis Yang), obsédé par sa calvitie naissante, mettent sur pied une prétendue compagnie d\u2019extermination de ratons laveurs.Une comédie déroutante mettant en scène une sympathique famille joyeusement dysfonctionnelle, qui se laisse regarder avec plaisir.Crawford cbc.ca/watch et sur l\u2019application CBC TV, dès maintenant Les déesses de la danse Décidément, la danse a la cote auprès des téléspectateurs.Alors que Danser pour gagner remporte la mise sur V, la fièvre de la danse se vit à Radio-Canada grâce au documentaire 5 jours, de Jean-Sébastien Ouellet.Invité par le Centre national de danse-thérapie des Grands Ballets canadiens de Montréal, le chorégraphe franco-algérien Abou Lagraa a relevé le défi de monter un spectacle de danse inspiré de Stabat Mater de Pergolèse avec 19 élèves de l\u2019école secondaire Calixa-Lavallée.Constitué de danse africaine et de hip-hop, le spectacle d\u2019une trentaine de minutes a été présenté en octobre dernier dans la Salle rouge des Grands Ballets au Wilder : Espace Danse.5 jours Radio-Canada, dimanche, 16h, RDI, jeudi, 20h Eagles ou Patriots ?Pizza ou ailes de poulet ?Pubs canadiennes ou américaines ?Cette année, Bell n\u2019ayant pu bloquer une décision du CRTC l\u2019empêchant de remplacer les pubs américaines par des pubs canadiennes, on pourra découvrir les pubs les plus spectaculaires de l\u2019année lors du 52e Super Bowl, où les Eagles de Philadelphie affronteront les vainqueurs de l\u2019an dernier, les Patriots de la Nouvelle- Angleterre.Succédant à Lady Gaga, Justin Timberlake assurera le spectacle de la mi-temps.Rappelons qu\u2019en 2004, l\u2019ex-chanteur de NSYNC avait dévoilé le sein de Janet Jackson lors de leur prestation.L\u2019incident, surnommé « Nipplegate », a valu à la chanteuse d\u2019être bannie du Super Bowl\u2026 Justin invitera-t-il Janet dimanche prochain sur la scène de l\u2019US Bank Stadium ?Super Bowl LII Dimanche, RDS, 17h ; CTV, 18h ERIC GAY ASSOCIATED PRESS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 02/04 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte ICI Laflaque Tout le monde en parle 22h20 Journal 22h55 Infoman 23h25 Danse TVA TVA nouvelles VLOG LOL :-) La Magie des Stars / Finale La vraie nature Changer de vie TVA nouvelles Carnaval de Québec TQ Curieux Bégin Deux hommes en or La cure / Reconstruire DES HOMMES ET DES DIEUX (2010) Lambert Wilson.23h15 Like! V 17h15 LES DIVINS SECRETS DES PETITES Y.19h45 LE VRAI COURAGE (2010) avec Matt Damon, Jeff Bridges.LES DOMMAGES DU PASSÉ (2014) ICI RDI Enquête Le National Les grands reportages Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Second Regard Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché Tendance 22h45 Échos-L.Journal/ L'invité CANAL D Comédie Club / Peter Macleod Docu-D Docu-D Déroute Transports Cauchemar sur l'autoroute L'ombre CANAL VIE Maigrir pour gagner Maux mystères La vie avec des quintuplées Encan et flip au Texas Nate et Jeremiah / Le 5 à 7 Décore ta vie RDS 17h00 Blitz LNF Football / Eagles de Philadelphie c.Patriots de Nouvelle Angleterre - Super Bowl LII (D) Sports 30 HISTORIA Récupérateurs Récupérateurs Confessions Hells Shotgun Ménard Braqueurs Braqueurs Légendes Légendes Fous bolides ICI ARTV C'est juste de la TV La soirée est (encore) jeune Virtuose / Frédéric Pouliot LA PEAU QUE J'HABITE (2011) Antonio Banderas.Juste du web EXPLORA S'aime chien Curiosités Le refuge de l'espoir Champions de tous les temps Alex+Tyler, éco Planète techno Découverte Sexplora Z Maripier! P.Lemieux Plus dur Prêt sur gage Les hors-la-loi du volant Star Trek: Discovery Garage Comédie Américars SAVOIR Monde Sociologie Planète Terre 10 découvertes FutureMag Électron/ Thèse uniVERT Voir autrement 22h20 Métiers Vues d'UQAM Cinéma québec TFO Subito texto Top!/ Top! Boum, canon Danse rêves Mosquée Citoyen monde DOWN BY LAW (1986) Tom Waits.22h50 LA MAUDITE GALETTE Planète Côtes d'Europe Dans l'univers de Christie's Séances Topoï: L'époque / Enfant roi Planète Dinos L'empire Ottoman CBC 17h00 DR.SEUSS' CAT IN T.Heartland / Past Imperfect The Nature of Things CBC Docs POV CBC News: The National CBCNews CTV LNF Football / Eagles de Philadelphie c.Patriots de Nouvelle Angleterre - Super Bowl LII (D) Super Bowl /22h15 This Is Us 23h15 News GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur Super Donuts Will & Grace Great News 9JKL Superstore Superstore Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Funniest Home Videos Shark Tank / Bethenny Frankel Shark Tank News at 11 CBS Ch.3 News Weekend News 60 Minutes NCIS / Burden of Proof NCIS: New Orleans NCIS: Los Angeles 3 News PBS (33) Great British Baking / Pastry A Place to Call Home Masterpiece Classic Masterpiece Classic Secret Agents Midwife UNIS Le p'tit cabaret À fond de train / Kingston Chair de poule Chair de poule Radio enfer Radio enfer Galaxie près Galaxie près Peaky Blinders HBO 17h20 WarDogs INTO THE FOREST (2016) Ellen Page.20h15 GOON: LAST OF THE ENFORCERS (2017) Divorce Crashing High Main TVA Sports Le TVA sports Le top LNH RAW Red Bull Signature Series - Crashed Ice Le TVA sports WTA Tennis - Tournoi de Saint-Pétersbourg 02/03 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie En direct de l'univers Deuxième chance Notre vie / La piscine Le Téléjournal Info, sexe Dre Grey TVA TVA nouvelles LE KARATE KID (2010) avec Jackie Chan, Taraji P.Henson, Jaden Smith.21h15 CHAIR DE POULE (2015) Jack Black.23h15 TVANou.TQ ASTRO LE PETIT ROBOT (2009) 19h50 Parents Les francs-tireurs Belle et Bum LE CHEMIN DE NOS FOYERS (2004) V Cinéma ESPIONNE (2015) avec Rose Byrne, Jude Law, Melissa McCarthy.LENDEMAIN DE VEILLE 2 (2011) avec Zach Galifianakis, Bradley Cooper.ICI RDI La Semaine verte Le National Le National Découverte Le Téléjournal La grande traversée La Facture Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche prochain La vie secrète des chansons / Eddy Mitchell, Julien Clerc, Françoise Hardy Voisins/ Voisins Journal/ L'invité CANAL D Remorqueurs Garage d'élite Mayday / Détail fatal Comédie Club / Peter Macleod Festival Grand Rire Fabien Cloutier: Scotstown Déroute CANAL VIE À la conquête d'une maison La réno Mini-maisons Petite ville, grandes rénos Marié ou éliminé Conscience morale Cinéma RDS Hors-jeu 2.0 24CH glace PGA Golf - Omnium Phoenix 3e ronde Curling - Tournoi des coeurs Éliminatoires (D) HISTORIA De l'acier et du feu / Khukuri De l'acier et du feu Les armuriers Les armuriers Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Légendes ICI ARTV Info, sexe PaparaGilles Pour l'amour du country / Folk La soirée est (encore) jeune INDOMPTABLE ANGÉLIQUE (1967) 22h45 Défier la magie EXPLORA Animo Pharmachien Afrique sauvage Perfection sportive Perfection sportive Détourner Sexplora Secouristes de Z Fous Science Comédie Le web obscur Seuls et tout nu Trop fou pour être vrai?Le trône de fer SAVOIR Révolte 18h50 L'ONU Reportage Géo 19h50 L'ONU Voir autrement 20h50 Métiers Monde Sociologie Face à Face uniVERT TFO Subito texto Top!/ Top! Flip Danse rêves Mosquée Citoyen monde ATTACHE-MOI (1990) Antonio Banderas.22h40 STRANGER THAN PA.Planète Tanks: Dans l'enfer J'ai vu changer la Terre Dopés Sublimes bars Panoramas Sous le radar CBC CBCNews Hockey Sat.LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Bruins de Boston (D) Hockey / Tampa Bay vs Vancouver (D) CTV CTV News Montreal W5 The Big Bang The Goldbergs Criminal Minds Cardinal / Northwind National News GBL Global News Global National Security BorderSecur THE PHILADELPHIA EXPERIMENT (2012) Nicholas Lea.Mary Kills People Global News ABC News News at 6:30 Extra Weekend NBA Countdwn NBA Basketball / Rockets de Houston c.Cavaliers de Cleveland (D) News at 11 CBS 16h00 PGA Golf (D) Ent.Tonight Ch.3 News Bull / Dressed to Kill 48 Hours 48 Hours Channel 3 N.PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances Fresh Fields Coupling Masterpiece Classic / Poldark Death in Paradise Austin City UNIS Trait d'humour Les filles de Caleb Mon meilleur ami Peaky Blinders Fortitude Kouchibougua HBO 16h55 TOTEM Newspaperman 2 Dope Queens Mosaic 21h50 Mosaic 22h45 Mosaic / Zebra - Itis TVA Sports Le TVA sports Top 25 insolite LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Bruins de Boston (D) Kevin Raphael Le TVA sports Red Bull Signature Series S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR L\u2019imminence de Jeux olympiques est toujours une bonne occasion pour les médias de radiographier la société qui les accueillera.Cette année ne fait pas exception avec les Jeux d\u2019hiver en Corée du Sud, surtout que ce petit pays, qui est devenu une puissance économique incontournable en quelques décennies, s\u2019avère plutôt intéressant en matière de phénomènes sociaux particuliers, parfois plutôt inquiétants\u2026 Ce documentaire produit pour la chaîne française M6 explore quelques-unes de ces particularités sociales de la Corée du Sud contemporaine, toutes liées à l\u2019obsession pour la réussite qui semble animer les habitants de ce pays.On met ainsi en lumière des phénomènes tels que la frénésie autour des compétitions des jeux vidéo, le clo- nage d\u2019animaux de compagnie (légal et légitime dans ce pays), le total dévouement des travailleurs pour leur employeur, les très, très longues journées des écoliers et étudiants, de qui on exige l\u2019excellence, l\u2019engouement pour la chirurgie esthétique, vue comme une panacée aux problèmes d\u2019employabilité\u2026 Tous ces sujets sont abordés à travers l\u2019exemple d\u2019un individu et de ses proches, que l\u2019on suit dans une journée «typique».Non dénué d\u2019intérêt, l\u2019ensemble aurait tout de même mérité d\u2019être un peu resserré pour mieux creuser quelques sujets précis.On aborde par la bande les conséquences et les dangers de cette volonté de réussir: l\u2019abandon des personnes âgées ou des moins performants, réduits à la pauvreté extrême et à la honte, l\u2019épidémie de suicides, la faible productivité et l\u2019épuisement des travailleurs.La matière ne manque pas pour d\u2019autres documentaires plus élaborés.On reste donc au stade du panorama intéressant, et alarmant.Corée du Sud, la réussite à tout prix TV5, mercredi, 20h55 Les dangers de la réussite Portrait d\u2019une société obsédée par la performance SU R VOS ÉC R A N S Les risques du suicide assisté Un an après son apparition sur les ondes du réseau canadien-anglais Global et une diffusion aux États-Unis, la série Mary Kills People, mettant en vedette Caroline Dhavernas, a droit à une diffusion en version française à Séries +.L\u2019actrice québécoise y incarne la Dre Mary du titre, une mère célibataire qui travaille à l\u2019urgence d\u2019un hôpital et aide clandestinement des patients très malades à mourir.Le premier épisode donne à croire que cette activité professionnelle illégale n\u2019est plus un secret bien gardé, puisque la police se rapproche dangereusement après un suicide assisté qui ne s\u2019est pas passé comme prévu\u2026 Dre Mary : mort sous ordonnance Séries +, jeudi, 22h 02/05 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 Lâcher prise Ruptures Les pays d'en haut Le Téléjournal Sports/ Marina TVA TVA nouvelles Le Tricheur Les Gags En tout cas L'échappée / Réveil brutal Fugueuse / Trouble in Paradise TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue Conseils Génial! Ça vaut le coût Point doc Formule Diaz Like-moi! Mc$ween Dans médias V Souper parfait Danser gagner Rire et délire Mets-y le Ça décolle Scorpion Danser gagner Atomes Guerre clans ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 QuestChamp Journal FR Mixeur Champions 20h05 Le sport à l'épreuve Caméraman de guerre 22h05 Susan Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Transports Enchères Structures abandonnées Phénomènes vus de l'espace R.I.S, police scientifique Comédie Club CANAL VIE La belle gang ByeMaison Quoi ton plan?Maigrir pour gagner / Le couple Marié ou éliminé À la conquête d'une maison La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Gymnastique / LSU vs Floride Panorama / 2017 L'antichambre (D) Sports 30 Destination ski HISTORIA Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Boardwalk ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Info, sexe PaparaGilles Les dieux de la danse Mika Sinfonia Pop Esprit critique EXPLORA Îles de beauté Alex+Tyler, éco Repères À la recherche du sportif parfait À l'épreuve d'une tribu Rivalité de génies Exploration Z Remorquage Dans l'net Les pires chauffards québécois Star Trek: Discovery Animal Kingdom The Leftovers (v.f.) Star Trek: Voy.SAVOIR Face à Face uniVERT Découvertes Santé! Autisme Un grand pas 21h50 De neuf uniVERT Monde Saint-Laurent TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Conseils Carte de visite LES SMATTES (1972) Daniel Pilon.Carte de visite 22h55 Citoyen Planète Fatale attirance Quand la bière monte Tété ou Dédé?/ Afrique du Sud Les toiles de l'Amérique Panoramas Patrimoine CBC CBCNews On the Money Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Frankie Drake Mysteries CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Lucifer / My Brother's Keeper Law & Order: S.V.U.The Good Doctor / She CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight Kevin Can Wait Man Plan Chicago Med The Best of the U.S Global News ABC News at 6 News Local 22 News Hidden History The Bachelor The Good Doctor / She News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Kevin Can Wait Man Plan Super Donuts 9JKL Scorpion / Nerd, Wind and Fire Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Antiques Roadshow Independent Lens / Winnie UNIS Pense vite! Cracks du lab Voyage Oiseaux Hors circuits À plein gaz Chars Peaky Blinders Canada, nature HBO 16h55 Baltimor Eagles of Death Metal: Nos Amis (Our Friends) Divorce Crashing Six Feet Under / Pilot 22h05 Six Feet Under Six Feet Under TVA Sports 17h30 #Lavoie LHJMQ LNH Hockey / Predators de Nashville c.Islanders de New York (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports LHJMQ TV5 | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 02/09 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre La liste noire / Dembe Zuma TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Passager Électrons Curieux Bégin Un chef à la cabane Deux hommes en or Like-moi! Belle et Bum V Souper parfait Détestables L'arbitre SQ 911 S.W.A.T.: UNITÉ D'ÉLITE (2003) avec Samuel L.Jackson, Colin Farrell.ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands report Le Téléjournal Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 QuestChamp Journal FR Les flots / Bali - Pemuteran Rendez-vous en Terre / Mélissa Theuriau chez les Maasaïs Champions Au service Journal/ C à dire CANAL D R.I.S, police scientifique En quête de vérité Opération Police Marche à l'ombre Détectives Frontières CANAL VIE La vie avec des quintuplées Quoi ton plan?Design V.I.P.Vendre ou rénover au Québec Maigrir pour gagner / Le couple ByeMaison Chic Shack Chalet RDS 17h00 Le 5 à 7 Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 / Cérémonie d'ouverture L'histoire L'antichambre (D) Sports 30 Hors-jeu 2.0 HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Les montagnards Les montagnards / Grand froid Les montagnards / Prédateur L'acier et feu ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Mission X / Pour eux, pour elles Ils étaient dix Info, sexe PaparaGilles C'est juste de la TV Fatale-Station EXPLORA Curiosités Recyclage Planète techno Pharmachien Exploration glaciale Géants de la construction Sexplora Gagner Épreuve tribu Z Remorquage Dans l'net Maripier! P.Lemieux Fous Week-end Garage Prêt sur gage SNCTM Banshee / Le jugement du clan SAVOIR Au coeur du cinéma québécois Apostrophes 20h15 Universc Secrets Électron/ Thèse Encore plus FutureMag 10 découvertes Un grand pas TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Danse tes rêves / La révélation LA BÊTE HUMAINE (1939) avec Fernand Ledoux, Jean Gabin.23h10 Citoyen Planète Fatale attirance Sous le radar Les porteurs d'espoir Dans l'univers de Christie's Les nouveaux explorateurs Faits divers CBC CBCNews On the Money PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Blindspot To Be Announced Blue Bloods CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Private Eyes / The Code Global News ABC News at 6 News Local 22 News Valentine's Day Charlie Brown C.B.Valentine Child Support 20/20 Local22 News CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Blue Bloods Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week #MeToo, Now The American Epic Sessions Business UNIS Pense vite! Bizarroscope Galaxie près Galaxie près Radio enfer Radio enfer Chair de poule Chair de poule Le p'tit cabaret Pluie/ Valentin HBO 18h10 Happening: A Clean Energy Revolution 19h25 LIKE.SHARE.FOLLOW (2016) Six Feet Under / Knock Knock Real Time With Bill Maher Strike Back TVA Sports 17h30 #Lavoie Avant-match LHJMQ Hockey / Sherbrooke vs Drummondville (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Aréna Esports 02/08 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 Infoman 1res fois / Julie Perreault Enquête Le Téléjournal Sports TVA TVA nouvelles Le Tricheur J.E.Face au mur / Julie et Jean-Philippe Survivant désigné TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue 100% Animal Génial! Mc$ween La cure / Face à la réalité Dans les médias SOS sages-femmes Honorable V Souper parfait Danser gagner APB: Alerte / Sous surveillance NCIS: Los Angeles L'amour est dans le pré Atomes Atomes Guerre clans ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 QuestChamp Journal FR Des chevaux et des femmes Îles.était une fois Savoie: les vallées de légende La vie / Royaume-Uni Journal/ C à dire CANAL D Festival Grand Rire Michelle ou la vie / 24h de folie Les dossiers de la NASA Le péché originel Docu-D / Mira, une histoire de coeur CANAL VIE La belle gang La vie avec des quintuplées À la conquête d'une maison Nate et Jeremiah: designers La réno Chic Shack La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Flyers de Philadelphie (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA Chasseurs Chasseurs Légendes Légendes Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Extraterrestres / Le déluge Extraterrestres ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Info, sexe PaparaGilles Esprit critique Fatale-Station LA PEAU QUE J'HABITE (2011) EXPLORA Îles de beauté / Les Malouines Animal Fight Club (v.f.) Nature en équilibre Aéroport aux rayons X Repères Un film, histoire / Jurassic Park Z Remorquage Dans l'net Seuls et tout nu Trop fou pour être vrai?Maripier! Comédie Les hors-la-loi du volant Cinéma SAVOIR Santé! Découvertes Un grand pas 19h50 De neuf 21e Siècle Cent regards Sociologie uniVERT Québec monde Planète Terre Révolte TFO Amélie Top!/ Top! Flip Motel Monstre Lightning Point / Rivalité UN AMOUR DE JEUNESSE (2011) Lola Créton.23h20 Citoyen Planète Un serpent sous la mer J'ai vu changer la Terre Lutèce, l'enfance de Paris Tanks: Dans l'enfer Les toiles de l'Amérique Panoramas CBC CBCNews On the Money PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) The National CTV CTV News Montreal Grey's Anatomy The Big Bang Young Sheldon Cardinal / El Brujo How to Get Away With Murder CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition The Wall / Chris and Paris NCIS: Los Angeles / Unleashed Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy Scandal / Army of One How to Get Away With Murder News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition The Big Bang Young Sheldon S.W.A.T.Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Forgotten Farms River of Milk Lilac Ridge Doctor Blake / A Difficult Lie Masterpiece Theatre / Prime Suspect: Tennison UNIS Pense vite! Jenny/ Jenny Chez nous Couleurs locales Voyage Les filles de Caleb Les encanteurs Vu intérieur Goût du pays HBO 18h10 TOTEM (2017) Kerris Dorsey.19h45 Becoming Mike Nichols Six Feet Under Six Feet Under / The Trip Six Feet Under TVA Sports 17h30 #Lavoie Avant-match LNH Hockey / Islanders de New York c.Sabres de Buffalo (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Match étoiles 02/07 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Cheval-Serpent Le Téléjournal Sports/ Marina TVA TVA nouvelles Le Tricheur Refuge animal Oeufs d'or Au secours de Béatrice Prémonitions / Enragés! TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue Conseils Génial! Format familial Point doc Les francs-tireurs La cure / Reconstruire Chef cabane V Souper parfait Rire et délire Danser gagner Danser pour gagner Chicago Justice Danser gagner Atomes Guerre clans ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 QuestChamp Journal FR Partir Autrement en famille In Situ / La guerre des fleurs Corée du Sud Les flots / Canada - Victoria Journal/ C à dire CANAL D Transports 24CH glace Remorqueurs Garage d'élite Australie: La ruée vers l'or Frontières / Frère d'armes Docu-D / Aller simple Haïti Michelle ou la CANAL VIE La belle gang Marié ou éliminé Grandes rénos / Amber The Launch (v.f.) Design V.I.P.Mini-maisons La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Hors-jeu 2.0 Le sommet Images/sec.25 ans d'émotions L'antichambre (D) Sports 30 Monde sport HISTORIA Restauration Restauration Restauration Restauration De l'acier et du feu / Le shotel De l'acier et du feu Les armuriers Les armuriers Braqueurs ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Lumière sur.Pour l'amour du country / Folk Outlander: Le chardon et le tartan Virtuose / Frédéric Pouliot EXPLORA Îles de beauté / Le Japon Animo S'aime chien Champions de tous les temps La vérité sur la viande Au coeur du cerveau Rivalité Z Remorquage Dans l'net Garage Ça passe Science Le web obscur Week-end Fous Silicon Valley Défi limo Cinéma SAVOIR Encore plus Électron/ Thèse Découverte DeNeuf/ Idées FutureMag 10 découvertes Planète Terre Reportage Géo 22h20 L'ONU Santé! Découvertes TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Danse tes rêves CARANCHO (2010) avec Martina Gusman, Ricardo Darín.23h15 Citoyen Planète Là-haut sur la montagne Sous le radar J'ai vu changer la Terre Les cicatrices de la Justice Côtes d'Europe La malédiction d'Edgar CBC CBCNews PyeongChang 2018 Winter Olympics (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The X-Files / Kitten The Launch / Codes Criminal Minds CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Mary Kills People / Fatal Flaw Chicago P.D.Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition INSIDE OUT (2015) avec Amy Poehler, Bill Hader, Kaitlyn Dias.Match Game / Sam Richardson News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition The Amazing Race Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Globe Trekker Nature / Animals With Cameras Nova / First Face of America Impossible Builds Business UNIS Pense vite! Top science Vu intérieur Goût du pays Bouffe en cavale / Loup marin Captive St-Nickel / Le cirque Martel À plein gaz HBO 18h15 Brillo Box (3 Cents Off) Crashing Divorce Real Time With Bill Maher Six Feet Under / Brotherhood Six Feet Under / Cross Roads Six Feet Under TVA Sports 17h30 #Lavoie Le top LNH Avant-match LNH Hockey / Predators de Nashville c.Maple Leafs de Toronto (D) D.Morissette 22h45 RAW 02/06 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal District 31 La Facture Unité 9 Hubert & Fanny Le Téléjournal Sports/ Marina TVA TVA nouvelles Le Tricheur World of Dance la compétition O' / La peur de l'oubli L'heure bleue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Cochon dingue Conseils Génial! Cuisine futée, National Geographic SOS sages-femmes La femme honorable Deux hommes V Souper parfait Danser gagner Taxi payant Taxi payant Éternel / Un monde à part Le dernier navire Danser gagner Atomes Guerre clans ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National Le National TV5 QuestChamp Journal FR La quête des vents Apocalypse La vie / Royaume-Uni Caïn / Révision Journal/ C à dire CANAL D Phénomènes vus de l'espace Pleine tempête Pleine tempête Cauchemar sur l'autoroute Mayday / Détour mortel Policier criminel Alaska: La ruée CANAL VIE La belle gang Mini-maisons La réno Encan et flip au Texas Vendre ou rénover au Québec Quoi ton plan?Idées-grandeur La belle gang RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Devils du New Jersey c.Sénateurs d'Ottawa (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Fièvre encans ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix La soirée est (encore) jeune Info, sexe PaparaGilles Les liens du sang Fatale-Station LA ZIZANIE EXPLORA Îles de beauté / Les Philippines Le refuge de l'espoir L'or bionique Quand Homo sapiens La science de l'étrange Construction Z Remorquage Dans l'net Les hors-la-loi du volant Les vampires originels Surnaturel / Lavage de cerveau Helix (v.f.) / Ascendance SNCTM SAVOIR 18h20 L'ONU Reportage Géo 19h20 L'ONU Québec monde CORIM Voir autrement 21h20 Métiers Au coeur du cinéma québécois Vues d'UQAM La bibliothèqye TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Lightning Point Carte de visite BUFFET FROID (1979) Gérard Dépardieu.22h35 Visite 23h05 Citoyen Planète Là-bas sur nos rivages Les nouveaux explorateurs Dragon de Komodo Namibie Big Bang Soleil, fête et séduction: La folie Ibiza CBC CBCNews On the Money Virtue-Moir Coronation St.Rick Mercer 22 Minutes Schitt's Creek Workin' Moms CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Ellen's Game of Games This Is Us / Across the Border Saves the World CTV National GBL 17h30 News Global National E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / Keep Your Friends Close Bull / Keep Your Friends Close NCIS: New Orleans Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition The Middle Fresh Off-Boat Black-ish Modern Family Saves the World / Fishtail News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight NCIS / Keep Your Friends Close Bull / Keep Your Friends Close NCIS: New Orleans Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Points North Outdoor We'll Meet Again American Experience / The Gilded Age Business UNIS Pense vite! À fond de train / Niagara Falls Miss Météo Les encanteurs Chez nous Retour aux sources Pluie/ Valentin Game/ Jade Oiseaux HBO 18h15 Clínica de Migrantes Real Time With Bill Maher Crashing Divorce Six Feet Under / Familia Six Feet Under / An Open Book Six Feet Under TVA Sports 17h30 #Lavoie Avant-match LNH Hockey / Golden Knights de Vegas c.Penguins de Pittsburgh (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Kevin Raphael J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I M A R D I PBS CRITIQUE JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR D\u2019un côté, quelques grandes fortunes symbolisées par des noms devenus des institutions : Carnegie, Rockefeller, Vanderbilt.L\u2019acier, le pétrole, les chemins de fer.De l\u2019autre, une foule anonyme, énorme, démesurée, qui est employée jour et nuit pour soutenir la croissance de ces fortunes extravagantes.Au XIXe siècle, le monde entier répète pourtant que l\u2019Amérique est une promesse de richesse offerte à tous.Comment réconcilier les deux ?Ces gens très riches, de nouveaux riches, n\u2019inventent rien.Ce sont des managers.Ils flairent le vent et demandent à leurs employés de souffler dans les voiles qu\u2019ils font dresser afin d\u2019avancer encore plus vite.Carnegie, par exemple, comprend que l\u2019acier sera à la base de ce nouveau pays : à Pittsburgh, ses fonderies réalisent des profits de 40% dès la première année.À 45 ans, Carnegie a du temps pour s\u2019intéresser à la philosophie, à la lecture, aux questions existentielles.Les ouvriers américains, eux, travaillent toute leur vie plus de 12 heures par jour, mais peinent à joindre les deux bouts.Ce rêve de la richesse pour tous se crève.On demande des syndicats.Rien n\u2019y fait.La pauvreté gagne du terrain.Pour l\u2019économiste Henry George, il n\u2019y a aucune raison pour que quiconque soit pauvre en Amérique.Et pourtant, les gens s\u2019appauvrissent.Est-ce bien la promesse de l\u2019Amérique qui en vient à réprimer ses ouvriers ?Henr y George précise : « Le développement économique n\u2019a jamais été une solution pour enrayer les injustices, les inégalités.» Cette brève histoire des origines de la richesse capitaliste est à voir.American Experience : The Guilded Age PBS, mardi, 21h Pauvreté à l\u2019âge doré American Experience revient sur les origines de la richesse capitaliste en Amérique L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 V I V R E REPORTAGE GARY LAWRENCE COLLABORATEUR LE DEVOIR À PUNTA CANA uh\u2026 ma chérie ?Tu veux bien redescendre de là ?\u2014 Ne vous en faites pas, elle a la situation bien en main.\u2014 Elle maîtrise sa technique haut- le-pied, vous voulez dire.J\u2019ai beau avoir souvent vu ma fille grimper bien haut pour s\u2019enrouler dans de longs tissus, l\u2019observer suspendue la tête en bas à 5 mètres du sol me rend l\u2019estomac aussi noué que l\u2019est sa cheville.Mais j\u2019ai confiance : le gros tapis déployé sous elle amortirait une éventuelle chute, et le personnel au sol en a vu bien d\u2019autres.Après tout, tous ces instructeurs sont de véritables artistes du cirque.Nous sommes à Creactive, l\u2019espace circassien du Club Med Punta Cana, vaste complexe de villégiature dominicain.Conçue en 2015 en collaboration avec le Cirque du Soleil, cette aire est la première du genre à avoir vu le jour dans le monde.L\u2019idée ?Permettre aux jeunes et moins jeunes de s\u2019initier à une vingtaine d\u2019ar ts du cirque, dans une sorte de chapiteau à ciel ouvert.Ce qu\u2019on propose ici va bien au-delà du diabolo, de la jonglerie et des bâtons fleurs : figurent notamment au programme du trampoline, du trapèze ballant, de l\u2019acro-bungee double, un mur de toile pour marcher à la verticale et du tissu aérien, cette longue étoffe pliée et accrochée dans les airs dans laquelle un acrobate \u2014 ma fille, par exemple \u2014 peut se contorsionner avec grâce et envolées scénogra- phiques lyriques.Chaque jour, plusieurs de ces activités circassiennes sont proposées à tous les Gentils Membres (les clients).Pour en profiter, nul besoin d\u2019être surdoué et expérimenté, bien au contraire: tout est conçu pour que les néophytes goûtent à un peu de tout\u2026 et améliorent leur technique, au fil de la semaine.«La plupart des jeunes arrivent sans rien connaître aux arts du cirque, mais certains repartent avec Se la jouer cirque sous les tropiques À Punta Cana, l\u2019espace Creactive du Club Med permet de s\u2019initier aux arts circassiens dans le cadre de vacances familiales (très) actives Creactive est un complexe de villégiature dominicain.Conçu en collaboration avec le Cirque du Soleil, il est le premier du genre à avoir vu le jour dans le monde.PHOTOS GARY LAWRENCE E | 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 des habiletés parfois étonnantes», explique Artem Ledovskikh, directeur de Creactive et ex-trapéziste russe, qu\u2019on a pu voir dans Zarkana.Même si, de par le monde, une trentaine de villages du Club Med disposent d\u2019un trapèze volant, les installations de Creactive \u2014 conçues et fabriquées à Montréal \u2014 sont bien plus étoffées.« Le trapèze volant est double et bien plus haut qu\u2019ailleurs, et plusieurs activités sont uniques à ce village », explique Xavier Mu- fraggi, directeur du Club Med pour l\u2019Amérique du Nord.Accro aux acrobaties «Non mais, on est-tu assez chanceux d\u2019avoir accès à ça ! » lâche spontanément Stéphanie, une médecin laval- loise qui fréquente depuis des années ce village, en attendant son tour pour se jucher à l\u2019intérieur d\u2019un cerceau suspendu.Au-delà des jeunes qui peuvent fréquenter Creactive dès l\u2019âge de quatre ans, bien des adultes entrent ici en piste chaque jour.Performer devant sa progéniture crée d\u2019ailleurs, immanquablement, une réelle admiration chez elle \u2014 comme j\u2019ai pu le constater en essayant le trapèze volant sous les hourras de ma fille.Avec un peu de pratique, j\u2019aurais même pu tenter de me faire attraper en plein vol par un acrobate, bien assuré grâce à des câbles.«C\u2019est souvent ce qui se produit ici : les parents laissent de côté leurs préjugés et leurs craintes en voyant leurs enfants essayer des choses qu\u2019ils n\u2019auraient pas pensé faire.Il y a un élément déclencheur, un moment magique, et puis hop, ils se jettent dans le vide», souligne Xavier Mufraggi.En plus de permettre d\u2019échanger avec de véritables artistes du cirque, sympathiques et dévoués pour l\u2019essentiel, l\u2019espace Creactive entraîne la formation de chouettes ambiances rassembleuses, au son de musiques foraines dignes du Cirque Éloise ou des 7 doigts.Pendant que certains sautent sur le trampoline ou virevoltent assis dans leur bungee, une grande ado lunatique jongle avec des balles, un jeune fait du monocycle et fiston manipule ses poïs (une forme de jonglerie) sous le regard ébaubi de vacanciers badauds.Le seul hic de Creactive, c\u2019est que les modules et infrastructures ne peuvent être utilisés en dehors des heures officielles et qu\u2019on n\u2019a droit qu\u2019à une heure par jour et par tranche d\u2019âge (4-5 ans, 6-7 ans, etc.), adultes compris.En haute saison, l\u2019attente peut donc être longue et le temps imparti à chacun, assez court, ce qui peut créer quelque frustration et une sous-jacente baboune chez de jeunes artistes (ai-je parlé de ma fille?).En outre, hormis le trapèze aérien et le trampoline, accessibles au quotidien, les autres activités varient au fil des jours.Si vous avez une fixation sur le tissu aérien et qu\u2019on ne l\u2019accroche que trois fois dans la semaine pour votre tranche d\u2019âge, il est donc possible que vous grommeliez (ai-je parlé de ma fille ?).Salmigondis d\u2019activités Outre Creactive, le Club Med Punta Cana propose un impressionnant éventail de choses à faire : planche à voile, cours de bateau laser, surf à pagaie, yoga, tir à l\u2019arc, tennis, plongée en apnée, danse\u2026 selon le bon vouloir de chacun.«Cette semaine, il y a 250 ados au village, et tous ne sont pas intéressés par le cirque, dit Flo, G.O.patenté.Plusieurs font leurs petites affaires, jouent au volley ou au soccer, traînent sur la plage\u2026 Après tout, ils sont en vacances\u2026 » L\u2019environnement fermé du village est par ailleurs assez sécurisé pour que ma fille (9 ans) se soit promenée seule à plusieurs reprises, pour explorer le site (42 hectares, rien que ça), faire un safari-photo sur la plage ou se commander ses propres «virgin moji- tos» (sans alcool).Un bon cadre pour laisser du mou dans le cordon ombilical des mères poules, en somme.Les doigts croisés pour le Québec Comme dans tous les Club Med familiaux, on peut aussi envoyer sa smala au miniclub, pour une heure ou toute la journée.Immense et bien pourvu en infrastructures (pas toujours de la première jeunesse), il est animé par toute une brigade de G.O.dévoués, enjoués et rigolos (pour la plupar t), af fectés aux jeunes par tranches d\u2019âge (de 4 mois à 17 ans).Au besoin, les G.O.s\u2019occupent même d\u2019emmener les enfants à l\u2019espace Creactive, lorsque vient leur tour.«De plus en plus de vacanciers choisissent d\u2019ailleurs ce village pour ces installations», indique Xavier Muffraggi.Preuve du succès de la formule, un second espace Creactive a été inauguré en Provence, l\u2019été dernier, et trois autres sont en gestation.Puisque le Club Med et le Cirque du Soleil ont un actionnaire commun (le géant chinois Fosun), et que Guy Laliberté a débuté à Baie-Saint-Paul, on est en droit d\u2019imaginer un espace semblable au futur Club Med de Charlevoix.«C\u2019est dans l\u2019idée de tout le monde, et ce serait merveilleux », lâche Xavier Mufraggi du bout des lèvres.Une histoire à suivre\u2026 L\u2019auteur était l\u2019invité du Club Med et d\u2019Air Transat.L\u2019aire Creactive permet de s\u2019initier à une vingtaine d\u2019arts du cirque.Après la pratique circassienne, place aux petites douceurs.Plusieurs jeunes font leurs petites affaires, après tout, ils sont en vacances\u2026 La plupart des jeunes arrivent sans rien connaître aux arts du cirque, mais certains repartent avec des habiletés parfois étonnantes ARTEM LEDOVSKIKH » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e E s c ap a d e 4 4 | REPORTAGE MAXIME BILODEAU COLLABORATEUR LE DEVOIR À ROBERVAL avid Lecointre est peut-être le plus atypique des Jeannois.Ce Belge d\u2019origine arrive au Québec en 2000 et s\u2019établit à Girardville, au nord du lac Saint-Jean, en pleine forêt boréale.Formation en tourisme en poche, il mise sur les promenades en traîneau à chiens plutôt que sur la motoneige comme gagne-pain.L\u2019audace paie : en 2007, on lui offre la direction générale de la Véloroute des Bleuets, un circuit cyclable en boucle de 256 kilomètres qui attire chaque été plus de 250 000 cyclistes autour du lac Saint-Jean.Ce poste, il l\u2019occupe toujours, malgré un bref intermède entre 2011 et 2015.C\u2019est justement pendant cette pause qu\u2019il a accouché de son idée la plus givrée: la Traversée du lac Saint- Jean à vélo \u2014 d\u2019hiver, il va sans dire.«Des nageurs traversent ses 32 kilomètres chaque année depuis 1955.Pourquoi pas des cyclistes?» fait-il valoir en entrevue au Devoir, dans une cabane chauffée du Village sur glace de Roberval.Du 15 au 17 février prochain, c\u2019est d\u2019ici que s\u2019élanceront vers Péribonka quelque 300 coureurs et aventuriers lors de la 5e édition de la Traversée, « the ultimate Canadian winter cycling adventure», dixit le magazine Canadian Cycling.Tout un contraste avec la première édition de l\u2019épreuve, à laquelle à peine 22 courageux ont participé en 2014.Au final, seule une poignée a Rouler l\u2019hiver comme un Bleuet Le tour du lac Saint-Jean à vélo, on connaît.Ce même tour en pleine saison froide, au guidon d\u2019un fat bike, un peu moins.D | 4 5 Vi v r e E s c ap a d e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Art et musique : le printemps des beaux détours ! \u2022 MONTRÉAL - 1er avril - à la Maison symphonique Conférence et concert pour le XXe Festival de l\u2019Association des orchestres de jeunes du Québec \u2022 QUÉBEC - 21 avril - exposition Alberto Giacometti \u2022 PHILADELPHIE - du 9 au 14 mai - six jours de découvertes ! Fondation Barnes, musée des beaux-arts, musée Rodin, opéra Tosca, concert symphonique Yannick et Hélène\u2026 Demandez la brochure 2018 ! HÉBERGEMENTS EN RÉGIONS Au club Tobo-Ski de Saint-Félicien, on trouve un réseau de 27 kilomètres réservés au vélo joufflu.MAXIME BILODEAU rallié la ligne d\u2019arrivée huit heures plus tard, le reste ayant abandonné pour cause de blizzard.« C\u2019est vraiment la météo qui fait l\u2019événement », explique David Lecointre, en référence à cette épopée d\u2019anthologie (heureusement) immortalisée dans un court métrage d\u2019une dizaine de minutes qu\u2019on peut visionner en ligne.« Tu ne sais jamais à quoi t\u2019attendre d\u2019une année à l\u2019autre », renchérit Clément Ferland, un vétéran de la première heure.Ce matin-là de janvier, en reconnaissance sur le parcours balisé et entretenu de la Traversée, je comprends de quoi ils parlent.Le thermomètre, qui affiche \u201325°C, commande de s\u2019habiller comme un pêcheur sur glace.Il fait encore plus froid au guidon de mon vélo à pneus surdimen- sionnés (VPS), sur lequel je ne ménage pas les efforts, question de générer une précieuse chaleur.L\u2019inconfort vaut la chandelle : autour de moi, un désert de glace s\u2019étend à perte de vue.Seul le bruit de la traction de mes pneus brise la quiétude.Tutoyer les anges Cette mise en bouche met la table pour la suite de «mon» tour hivernal du lac Saint-Jean.L\u2019objectif : visiter chacune des adresses qui entretiennent méticuleusement des sentiers de bécane dodue.En tout, ce sont environ 80 kilomètres déneigés, compressés et raclés dans quatre centres répar tis aux quatre coins de la région.Pour réaliser ce marathon sur deux roues, l\u2019automobile est incontournable \u2014 on ne peut malheureusement suivre le circuit de la Vélo- route des Bleuets, tantôt condamné par l\u2019emprise ferroviaire du Canadien National, tantôt emprunté par des motoneiges pétaradantes.Premier arrêt sur la route 169 : le club Tobo-Ski, à Saint-Félicien.Sur le territoire de ce domaine skiable, on trouve un réseau de 27 kilomètres réservé au vélo joufflu, « le plus complet au Lac», me jure la faune locale.Mon guide Nelson Leblanc, aussi responsable de l\u2019entretien des sentiers, achève de me convaincre : « Il y en a vraiment pour tous les goûts au Tobo, c\u2019est ce qui fait sa force.» Dès le dépar t dans le sentier du Sous- Bois, une boucle paisible de 4 kilomètres, le charme opère.Alors que nous filons en direction de la rivière de l\u2019Ours, de timides rayons de soleil percent au travers des épinettes noires et des pins gigantesques.Dans la descente ponctuée de longs virages, nos gros vélos atteignent des vitesses impressionnantes.Une fois le cours d\u2019eau enjambé, nous tutoyons les anges dans la montée du même nom.Grimper une côte au guidon d\u2019un vélo gras de plusieurs dizaines de kilogrammes n\u2019est pas une sinécure.Il faut en conquérir chaque mètre à la seule puissance de ses jarrets, tout en s\u2019assurant que ses pneus mous mordent suffisamment.Un moment d\u2019inattention et on vire dans le beurre.Plus tard, lorsque nous repasserons dans les parages sur le chemin du retour, la difficulté sera tout autre : demeurer sur nos montures ! Sous peine d\u2019effectuer un vol plané dans le décor \u2014 comme moi.Charmes multiples Le centre plein air Do-Mi-Ski, à Dol- beau-Mistassini, est d\u2019une tout autre facture.Ici, les fatteux côtoient de près les amateurs de ski de fond sur les 21 kilomètres que compte le réseau.Comme le centre est à un jet de pierre du centre-ville, l\u2019impression de s\u2019enfoncer loin dans la nature est moindre.«Nous prévoyons d\u2019aménager des singletracks dans les prochaines années, afin de corriger cela», indique cependant Dave Lamontagne, coordonnateur sportif.Reste que de pédaler sur les rives escarpées de la rivière aux Rats, propice à la pratique du rafting, a son charme.Tout comme celui de visiter une microbrasserie au beau milieu d\u2019une randonnée de fat bike.Depuis cet hiver, l\u2019entreprise Équinox Aventure, à Alma, propose un for fait hivernal vélo et bière inspiré de ce qu\u2019elle offre déjà durant la saison estivale.« L\u2019activité d\u2019une demi-journée emprunte un itinéraire de quelques kilomètres entre le centre de villégiature Dam-en-Terre et la microbrasserie de Riverbend, où une palette de dégustation attend les cyclistes », dit Hugue Ouellet, propriétaire d\u2019Équi- nox Aventure.Une carte est remise aux participants, au cas où la boisson houblonnée ferait des ravages\u2026 On boucle la boucle à la station de ski Mont Lac-Vert, à Hébertville.Là-bas, le responsable du développement de la montagne, Denis Dol- bec, affiche l\u2019air fatigué de celui qui est resté debout toute la nuit \u2014 ce qui est d\u2019ailleurs le cas.« Nous travaillons d\u2019arrache-pied depuis tôt ce matin afin que les 21 kilomètres de sentiers de VPS soient impeccables », nous confirme-t-il.Son standard de qualité ?« Qu\u2019on retrouve l\u2019apparence de velours cordé propre aux pistes de ski alpin partout dans le réseau », lance-t-il.La montée de plusieurs dizaines de minutes jusqu\u2019en haut de la montagne le confirme : c\u2019est mission accomplie.Ce voyage a été effectué grâce à l\u2019aide de Tourisme Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean.NELSON LEBLANC L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e E s c ap a d e 4 6 | NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR roblèmes de santé préoccupants, baisse d\u2019estime de soi, stress, décrochage scolaire : il n\u2019y a pas que la sédentarité qui fait des ravages chez les jeunes.La rupture de leurs liens avec la nature fait aussi, depuis des années, l\u2019objet d\u2019alertes incessantes.Le concept de «Nature-Deficit Disorder» (syndrome du déficit nature), selon l\u2019expression du journaliste et auteur américain Richard Louv, se fondait, il y a une quinzaine d\u2019années déjà, sur quantité d\u2019études scientifiques et d\u2019enquêtes sociologiques.Depuis, des initiatives démontrent une volonté des pouvoirs publics et privés de restaurer ce lien des jeunes avec la nature, notamment à travers le pivot que représente leur milieu scolaire.À l\u2019école ?« Cette année, ce sont 300 000 $ qui seront investis dans plusieurs projets pour aménager les cours d\u2019école et les parcs, faciliter l\u2019enseignement à l\u2019extérieur et faire bouger les pré- ados et les ados dans le milieu scolaire du Québec, explique Marie- Claude Blais, de Québec en forme.Le message est clair : accélérer le passage à l\u2019action en collaboration avec des acteurs en région.» Qu\u2019on se souvienne du program - me Wixx, créé l\u2019an dernier, une manière de faire bouger les jeunes tout en s\u2019amusant.Au menu de cette campagne menée par Québec en forme, le gouvernement provincial et la Fondation Lucie et André Chagnon : des jeux, de saines habitudes de vie et une approche non compétitive du sport à l\u2019extérieur.Bref : les choses sont en train de changer et les solutions existent.Mais comment donner concrètement l\u2019envie aux jeunes d\u2019entrer en contact avec la nature ?La réponse tient d\u2019abord aux éducateurs physiques.Ceux-ci ne sont pas tous aptes à encadrer des activités en milieu naturel, c\u2019est pourquoi le Conseil québécois du loisir, associé au Réseau fédéré du plein air, a réalisé en 2013 un programme intitulé « Enseigner le plein air, c\u2019est dans ma nature ! » à l\u2019appel du ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.«D\u2019une vaste réflexion collective est né un manuel d\u2019organisation de clubs de plein air pour aider les professeurs Le plein air, t\u2019es game ?Votre adolescent adore jouer dehors\u2026 mais il ne le sait peut-être pas encore Les parcs nationaux : bienvenue aux jeunes ! La Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) lorgne aussi du côté des enfants et des adolescents ; les encourager à fréquenter les espaces naturels est aussi dans sa mission.La preuve : la «Stratégie famille » mise en œuvre en 2015 donne l\u2019accès gratuit dans ses établissements aux 17 ans et moins.Résultat : «Cette clientèle a augmenté de 46 % depuis sa mise en place », affirme Simon Boivin, à la SEPAQ.Mieux encore, pour consolider son pouvoir d\u2019attraction : la SEPAQ leur donne accès gratuitement aux sentiers de ski de fond, équipement fourni, sans que les jeunes soient obligés d\u2019être accompagnés d\u2019un parent.Deux excellents coups.P | 47 Vi v r e E s c ap a d e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Les vacances scolaires sont souvent l\u2019occasion de renouer avec la nature et de restaurer les liens, soutient l\u2019Association des camps du Québec.Ici, la base Air-Eau-Bois.CHARLES-ANTOINE RIOUX d\u2019éducation physique à intégrer au mieux les activités de plein air dans le programme scolaire, » explique Sonia Vaillancourt, directrice générale du Conseil québécois du loisir.Une mesure qui semble inspirante si l\u2019on en juge par le congrès annuel sur le plein air organisé par les cé- geps depuis deux ans.Reste que l\u2019encadrement des jeunes par les enseignants durant les sorties de plein air relève, la plupart du temps, d\u2019une implication bénévole et d\u2019«un investissement personnel fondé sur la passion et le goût de la partager».On voit bien quelques initiatives prometteuses émerger çà et là, mais toujours grâce à un professeur plus passionné que la moyenne qui réussit à convaincre la direction de son école de l\u2019utilité d\u2019intégrer les jeux en pleine nature dans le cadre scolaire.Le plein air au programme of ficiel dans les commissions scolaires n\u2019est peut-être qu\u2019une simple question de temps\u2026 Activités variées Les vacances scolaires sont souvent l\u2019occasion de renouer avec la nature et de restaurer les liens, soutient l\u2019Association des camps du Québec (ACQ).Surtout pour les jeunes citadins.Canot-camping, équitation, sports d\u2019adrénaline comme la via fer- rata, l\u2019hébertisme ou la tyrolienne, observation des loups : toutes ces activités sont of fer tes dans de nombreux camps de vacances à travers la province.«Ce qui séduit les adolescents, c\u2019est la variété des activités pratiquées, mixée avec l\u2019expérience sociale : les deux se nourrissent l\u2019une l\u2019autre, croit Chloé Melançon-Beauséjour, de l\u2019ACQ.Après trois ou quatre jours dans la nature, un adolescent malhabile, hésitant, solitaire développe des liens sociaux, reprend confiance et se sent valorisé par des aptitudes qu\u2019il n\u2019a pas toujours l\u2019occasion de démontrer à l\u2019école.» L\u2019obsession de l\u2019écran et du téléphone cellulaire ?« Oubliée après deux jours ! af firme Chloé Melançon-Beauséjour.Même s\u2019ils reprennent leurs habitudes sitôt le retour à la maison, ils savent qu\u2019ils peuvent s\u2019en passer.» Vecteur de changement ?La pratique du plein air serait-elle vecteur de changement pour les ados ?Sans aucun doute, sur tout lorsque l\u2019expérience perdure dans le temps.« J\u2019ai en mémoire l\u2019image d\u2019ados crottés, dans de vieux chandails, veste de flottaison sur le dos, en sandales maganées, arrivant au dépanneur après 27 jours de canot camping sur la Gatineau », raconte en souriant Charles-Antoine Rioux, directeur des opérations à la base de plein air Air-Eau-Bois, en Outaouais.«Fini l\u2019obsession du look ! » Voilà qui démonte plus d\u2019un stéréotype de l\u2019adolescent soucieux de son apparence et fixé à son écran tactile.Mieux encore : la solidarité et l\u2019entraide font bien souvent partie de l\u2019aventure.«Dès qu\u2019on ouvre la porte du plein air aux ados, ceux-ci deviennent accros », résume Charles-Antoine Rioux.Les chif fres le prouvent : la moitié des 13-17 ans qui fréquentent la base de plein air Air-Eau-Bois reviennent les années suivantes.Certains s\u2019organisent même entre eux pour par tir en gang deux ou trois jours de randonnée en automne.Reste qu\u2019un mois de canot-cam- ping en camp de vacances coûte environ 1700 $, un budget que tous les ménages ne peuvent pas s\u2019offrir.Sachez qu\u2019un programme gouvernemental d\u2019assistance financière à l \u2019accessibil ité aux camps de vacances permet de tronquer ce montant des deux tiers.Cette subvention vient d\u2019ailleurs d\u2019être reconduite jusqu\u2019en 2020.Des jeunes font de la planche à rame au parc national d\u2019Oka.STÉPHANE AUDET Après trois ou quatre jours dans la nature, un adolescent malhabile, hésitant, solitaire développe des liens sociaux, reprend confiance et se sent valorisé par des aptitudes qu\u2019il n\u2019a pas toujours l\u2019occasion de démontrer à l\u2019école CHLOÉ MELANÇON-BEAUSÉJOUR » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e V OYA G E Z L \u2019 E S P R I T L I B R E L\u2019ACHAT-RACHAT CITROËN RÉSERVEZ AVANT LE 31 MARS ET ÉCONOMISEZ JUSQU\u2019À 150 $ ! 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j\u2019ai retenu pour vous « Salades asiatiques ser vies avec des pansements faits maison ».Savoureux.Après avoir mangé ici, vous prendrez ceci avec le sourire.L\u2019endroit n\u2019est ouver t que depuis quelques semaines, on suppose que ces choses seront rectifiées.La cuisine, elle, comporte peu d\u2019erreurs, ce qui est quand même le plus important pour un restaurant.Midi et soir Le midi était si délicieux \u2014 bouil lon parfaitement préparé, agrémenté de lamelles de viande de bœuf marinée et grillée, version maison de la ramen, puis quelques dumplings frits, garnis de bœuf haché, tofu et légumes, servis brûlants \u2014 que revenir en soirée n\u2019a demandé aucun effort.Monsieur Tremblay et l\u2019un de ses héritiers m\u2019accompagnent dans le coup de baguette nocturne ; deux solides appétits du Lac, amateurs de cuisine asiatique en général et coréenne en particulier.Défilent les classiques de la cuisine coréenne: bibimbap, do- shirak et autres kimchi mandoo.Dans le takoyaki, ce beignet que l\u2019on trouve dans les cuisines de ce coin de notre planète, la touche coréenne des boulettes de pieuvre frites vient avant tout de la sauce secrète concoctée par madame Sim.Ambiance bon enfant Aux tables voisines, les assiettées disparaissent à une vitesse phénoménale ; à droite, Haemuljeon, la galette traditionnelle coréenne aux fruits de mer avec oignons verts, carottes et patate sucrée et, à gauche, Yukhoe, version coréenne du tartare de bœuf.L\u2019enthousiasme de nos voisins de table n\u2019a d\u2019égal que celui de Louis- Philippe, jeune bleuet en pleine croissance qui finit avec une élégante voracité son grand bol de Gamjatang, que la maison décrit dans son français approximatif par « ragoût d\u2019os de porc épicé avec pommes de terre et légumes verts et un bol de riz cuit à la vapeur».Le jeune homme au service nous rassure, il y a de la viande autour des os.J\u2019aurais aimé vous en parler plus en détail, mais j\u2019avais oublié de mentionner au petit, avant le repas, de me laisser goûter.Son coup de fourchette enthousiaste m\u2019incite toutefois à vous recommander le plat.Même recommandation pour mon Jjeyuk, une généreuse assiette de porc épicé mariné, ravioli, vermicelle de patate douce et salade sur riz.Le riz ici est particulièrement soigné, enrichi de haricots en éclats qui lui confèrent une valeur nutritive plus intéressante que le riz blanc.L\u2019ambiance générale au Petit Séoul est plutôt bon enfant, et la clientèle semble s\u2019accommoder avec indulgence des quelques bémols dus sans doute à un succès peut-être un peu prématuré.Délais raisonnables La bonne volonté des patrons et des employés débouchera certainement sur diverses améliorations ramenant le temps de livraison des assiettes à des délais plus raisonnables et offrant des menus rédigés sans hilarantes approximations.Si vous avez le bonheur de tomber dans la section de Florent, vous constaterez que l\u2019on peut avec classe parler le français aussi bien que le coréen.À midi, les hordes ubisoftiennes envahissent l\u2019endroit, signe d\u2019additions minimalistes, entre autres choses.Ces mêmes hordes ne détestent pas non plus la bonne cuisine, ce qui explique les liens d\u2019amitié établis avec monsieur Jin Shik Lee et madame Jung Sim.Petit Séoul ?\u2014 $ 1/2 5245, boulevard Saint-Laurent, Montréal, 514 379-4929.Ouvert à midi du lundi au vendredi et en soirée du lundi au samedi.À midi, une vingtaine de propositions allant de 4$ à 12$; en soirée, entrées de 5$ à 15$, plats principaux de 12$ à 20$.Un jour prochain, il y aura des desserts. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e A l i m e n t at i o n 5 0 | ALLISON VAN RASSEL COLLABORATRICE LE DEVOIR ans une cuisine aménagée à même sa maison en banlieue de Québec, Nancy Grenier fabrique à la main, avec l\u2019aide de son mari, plus de 15 000 bûchettes de vromage par mois.Elle façonne, affine et fait vieillir ses produits à base de pâte de noix de cajou fermentée, comme on le ferait avec un bon vieux fromage au lait.La fermentation de la pâte de cajou donne un aspect blanc crème au mélange, alors qu\u2019au goût, une acidité s\u2019installe sur la pointe de la langue.Son produit imite presque à la perfection le goût et la texture d\u2019un fromage au lait de chèvre frais.« Qui achète du fromage pour ses bienfaits sur la santé ?lance Mme Grenier, attablée au nouveau café végé- talien de Limoilou, Véganeville.Le fromage, c\u2019est du gras et du sel et, plus il y a de gras, meilleur il est ! Un fromage allégé, c\u2019est dégueulasse.Les végétaliens aussi ont le droit au plaisir.» Fondatrice de VegNature et végé- talienne pour des raisons de santé et par conviction environnementale, Nancy Grenier se spécialise dans la fabrication de vromage frais, style chèvre.Elle décline son offre en six produits : nature, ail et poireaux, trois poivres et ciboulette, herbes de Provence et oignons, noix et canne- berges, ainsi que tomates et basilic.Lorsqu\u2019elle a lancé son entreprise en 2015, elle fabriquait 150 bûchettes par semaine.« Ma production triple tous les trois mois depuis deux ans, dit-elle en riant nerveusement.Je travaille tout le temps.Je suis installée dans ma maison, donc je ne lâche jamais prise, poursuit Mme Grenier.J\u2019ai vraiment besoin de me trouver un local commercial.» La valeur de l\u2019éthique La croissance de production de VegNature est comparable à celle de Gusta, une entreprise montréa- laise fondée en janvier 2016 par Sylvain Karpinski, végétalien par conviction depuis 2005.Les vromages de M.Karpinski sont fabriqués à base d\u2019huile de coco et aromatisés avec un mélange secret d\u2019épices.Ils contiennent tous du vinaigre (vinaigre de Les vromages constituent une bonne option pour remplacer un fromage de lait, selon la Dre en nutrition Karine Gravel.« Ils contiennent généralement moins de gras et pas de cholestérol, mais moins de protéines, moins de calcium et pas de vitamine A.» PHOTOS ALLISON VAN RASSEL Pour plusieurs, le fromage est un des plaisirs les plus gourmands.Qu\u2019il soit frais, à pâte persillée ou fondu, le fromage est inimitable.Ou presque.Le « vromage », avec un « v » pour végane et végétal, se vante d\u2019en faire autant.Fabriqué à base de protéines végétales, le vromage, aussi appelé «fauxmage», est une vraie mine d\u2019or au Québec.L\u2019incroyable essor du « vromage » québécois cidre, de riz ou de la poudre de vinaigre blanc), de la levure alimentaire, du tapioca et/ou de la protéine de pois.« Je suis par tie de mes goûts personnels, explique-t-il, puis je me suis inspiré des produits que j\u2019aime en Europe ou aux États-Unis.» Depuis ses locaux du Marché Jean-Talon à Montréal, Gusta distribue trois fromages végétaliens, dont un « cheaddar » (jeu de mots entre « cheat », qui signifie « tricher », et cheddar) de style américain et un style suisse.Le chiffre d\u2019affaires de l\u2019entreprise est passé de 400 000 $ à 2 millions au cours de deux dernières années.Sa clientèle est majoritairement composée, à 75 %, de jeunes femmes de 20 à 35 ans.« Les jeunes femmes sont de plus en plus conscientisées, explique M.Kar- pinski, notamment par l\u2019utilisation des médias sociaux.Puis, elles font des choix de consommation en fonction de leurs valeurs plutôt sensibles à l\u2019environnement », croit-il.Même constat pour Nancy Grenier, qui avance que le mouvement féministe à un impact important sur la consommation des produits à base de protéines végétales.« Dans l\u2019industrie animalière, on tue les jeunes mâles et on exploite les femelles, ex- plique-t-elle.Quand tu en as assez de te faire exploiter en tant que femme, il y a un cheminement naturel qui se fait vers l\u2019alimentation végane.» VegNature attire aussi des clients plus âgés qui se cachent pour consommer ses fromages, «comme si manger végane est une atteinte à leur virilité ».Il y a aussi les « petites D | 5 1 Vi v r e R e c e t t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Lorsque Nancy Grenier a lancé son entreprise VegNature en 2015, elle fabriquait 150 bûchettes par semaine.« Ma production triple tous les trois mois depuis deux ans », dit-elle en riant nerveusement.Betteraves de couleur et magret de canard fumé Pour 4 personnes Ingrédients 2 grosses betteraves rouges 2 grosses betteraves jaunes 100g de magret de canard fumé coupé en tranches fines (25g par portion) 100ml de yogourt grec nature 2% Raisins rouges ou verts (environ 5 par portion) Sumac 100ml d\u2019huile d\u2019olive 25ml de jus de citron 25ml de jus de canneberge blanche Gros sel Huile d\u2019olive pour la cuisson Fleur de sel Poivre du moulin Pousses (quelques feuilles, au goût) Préparation Bien laver les betteraves rouges et jaunes.Les déposer sur une feuille de papier d\u2019aluminium et assaisonner avec l\u2019huile d\u2019olive de cuisson et une pincée de gros sel.Emballer individuellement chacune des betteraves et les cuire au four à 350 °F pendant au moins 1 heure (le temps de cuisson dépendra de la grosseur de la betterave).La betterave est cuite lorsque la pointe d\u2019un couteau d\u2019office entre facilement dans la chair.Laisser refroidir dans l\u2019aluminium 30 minutes.Couper le magret de canard en fines tranches (compter 5 tranches par personne).Mélanger le yogourt grec avec le sumac et un peu de fleur de sel.Transvaser dans une petite pipette.Réserver.Mélanger le jus de citron, le jus de canneberge blanche et l\u2019huile d\u2019olive.Réserver.Éplucher les betteraves et les couper en quartiers ou en morceaux de la forme de votre choix.Les betteraves doivent être tièdes avant d\u2019être servies.Assaisonner les betteraves avec le mélange d\u2019huile, de jus de citron et de jus de canneberge, ajouter un peu de fleur de sel et du poivre du moulin.Couper les raisins en tranches ou en quartiers et ajouter au mélange de betteraves.Dresser dans une assiette.Décorer avec les tranches de magret, quelques pointes de yogourt et des pousses.L A R EC E T T E D\u2019O L I V I E R P E R R E T, C H E F D U R E STAU R A N T R E N O I R L\u2019industrie laitière a peur et, pourtant, on n\u2019est pas un ennemi.Il faut se diriger vers une alimentation végétale si on veut survivre en tant qu\u2019être humain.Même les gros joueurs de l\u2019industrie de la viande savent que l\u2019avenir est dans les protéines végétales.NANCY GRENIER » madames » qui achètent pour leur mari qui fait du cholestérol.« Elles viennent toujours me remercier en chuchotant quand je fais des kiosques de dégustation, raconte Mme Grenier.Elles ne veulent pas que leur mari sache qu\u2019il mange du vromage!» Une bonne option nutritive Les vromages constituent une bonne option pour remplacer un fromage de lait, selon la Dre en nutrition Karine Gravel.« Ils contiennent généralement moins de gras et pas de cholestérol, mais moins de protéines, moins de calcium et pas de vitamine A.» Il faut toutefois porter attention à la liste des ingrédients, souligne-t- elle, car elle est souvent plus longue, contenant à la fois beaucoup d\u2019agents de texture et de conservation.En jetant un coup d\u2019œil aux listes d\u2019ingrédients des vromage vendus en grande surface, on remarque rapidement la rareté de ce qu\u2019of fre VegNature.Les produits fabriqués par Nancy Grenier ne contiennent que trois ingrédients : pâte de cajou fermentée, huile de cacao et huile de coco, tous des ingrédients majoritairement biologiques.« Il y a de l\u2019injustice dans le végétalisme en ce moment, remarque Mme Grenier, en raison d\u2019une flambée des prix due de la for te demande.C\u2019est donc difficile pour un étudiant de s\u2019offrir des aliments sans sous-produits d\u2019animaux.» Sans préciser de chiffre, elle admet réduire sa marge de profit afin de faciliter la découverte de ses produits à tous types de consommateurs.«Si on s\u2019entraide et qu\u2019on travaille tous pour avoir des produits de meilleure qualité, c\u2019est positif pour l\u2019industrie en général.» À peine de retour d\u2019une étude de marché en Europe où elle a participé au festival gastronomique Bordeaux S.O Good, Mme Grenier se prépare pour une percée européenne.À sa grande surprise, des producteurs de fromages de lait de chèvre ont partagé des trucs et astuces afin qu\u2019elle puisse améliorer les techniques d\u2019affinage de ses vromages.« Ils voient les fromages véganes comme complémentaires à la consommation de fromages d\u2019animaux, pas comme un ennemi.» Et l\u2019industrie de la viande là-dedans ?De grands joueurs de l\u2019industrie de la viande investissent des sommes importantes dans l\u2019achat d\u2019entreprises et le développement de produits à base de protéines végétales.En 2017, le plus grand producteur de viande du Canada, Maple Leaf, a fait l\u2019acquisition de deux entreprises spécialisées dans la production de produits végéta- liens : Lightlife Foods (140millions$US, soit 173 millions $CAN) et Field Roast (120millions$US).RENOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 CIRCUITS ACCOMPAGNÉS EN EUROPE 3 magni?ques départs GARANT IS au printemps POUR LES DÉTAILS ET PRIX DE CES PROGRAMMES: www.louisedrouin.com 1 888 475-9992 GRAND TOUR DU PORTUGAL 12 au 27 avril 2018, acc.et guidé par Patrick Simard CROATIE & PAYS DES BALKANS 17 avril au 6 mai 2018, accompagné par Pascale Reid BEAUTÉS DE LA GRÈCE ET DE SES ÎLES EN FLEURS 6 au 21 mai 2018, accompagné par Martine Bélanger P e r m P e r m P e r P e r P P e r m P e e r m e r m e r e e r m r m m m m m i s d i s d i i s d i s d i s d s d s d d d d d d d d d d d d d d d d d d u Q u u Q Q u Q u Q u u u é b e c é b e c CROISIÈRES AVALON WATERWAYS Recevez 299 $ de billets d'avion et économisez 3 000$ par couple sur certaines croisières fluviales Europe 2018.SUPER PROMOTIONS www.lagrandehermine.ca | 1-855-619-1777 | 450-619-1777 Titulaire d\u2019un permis du Québec Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Pour des voyages pas comme les autres DÉJA 23 ANS ! 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Présentations Conférences Hôtel Plaza, 3031 boul.Laurier voir les horaires au www.voyagesbrouty.com LAVAL Nos promotions sont en cours jusqu\u2019au 28 février.DIMANCHE 4 FÉVRIER 2018 DIMANCHE 11 FÉVRIER 2018 2105, ch.Ste-Foy, Québec voyages-lambert.com À MONTRÉAL LIEU : AUBERGE UNIVERSEL - 5000, RUE SHERBROOKE EST ENTRÉE LIBRE PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS JAPON, SYMBIOSE DE LA BEAUTÉ ET DE LA MODERNITÉ Du 10 au 29 octobre 2018 ASIE CENTRALE CHINE, KIRGHIZISTAN, KAZAKHSTAN, OUZBÉKISTAN Du 7 au 30 octobre 2018 RUSSIE, CAPITALES IMPÉRIALES & CITÉS PRINCIÈRES Départs : 5 mai & 8 septembre 2018 AMÉRIQUE DU SUD & ANTARCTIQUE CROISIÈRE À BORD DU MS ZAANDAM DE HOLLAND AMERICA Du 6 janvier au 1 février 2019 POLOGNE Du 26 août au 16 septembre 2018 INDE DU NORD & BOMBAY Du 17 novembre au 9 décembre 2018 ROYAUMES HIMALAYENS Du 12 septembre au 5 octobre 2018 11h00 11h00 12h45 12h45 14h30 14h30 16h00 Si vs alez loin.WWW.ROUTESDUMONDE.COM \u2022 514-842-1888 CONSULTEZ NOTRE SITE POUR TOUTES LES DATES DE DÉPART Si vs alez loin.INDE, NÉPAL, BOUTHAN, VIETNAM, MYANMAR, JAPON, INDONÉSIE, PÉROU, ÉTHIOPIE, NAMIBIE, TANZANIE.SPÉCIALISTE CIRCUITS EN PETITS GROUPES ET VOYAGES SUR MESURE CULTURE - NATURE - AUTHENTICITÉ beltour.ca 514 336-0033 ou 1 866 235-8687 Prenez LE LARGE! vous amène ailleurs.AGENCE DE VOYAGES n s e o Fuyez l\u2019hiver à bord d\u2019un luxueux paquebot et faites une croisière de rêve aux Bahamas, dans les Caraïbes, en Europe, ou au Japon.POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT CONTACTER ÉVELYNE DE VARENNES AU 514 985-3454 / edevarennes@ledevoir.com BON VOYAGE | 5 3 Vi v r e Vi n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Moins de 16 $ Carrelot des Amants 2016, Côtes du Brulhois, France (12,25$ \u2013 508879) Les vignerons de la Cave de Donzac élaborent cette cuvée avec leurs tripes et, accessoirement, avec des cuves de vinification modernes et efficaces.Ce qui n\u2019empêche pas le trio tannat-cabernet-merlot d\u2019être inspirant, certes souple et léger, mais aussi franc et authentique.Le blanc est dans la même veine.(5) ?La surprise Barolo Riserva 2007, Batasiolo, Piémont, Italie (37,50$ \u2013 11599231) À ce prix et dans ce millésime, la maison se fait des amis.Surtout que ce diable de neb- biolo livre la marchandise avec une bonne dose d\u2019amplitude et de densité tout en demeurant civilisé et finement étoffé.Un rouge accompli qui n\u2019a pas pris un pli mais qui révèle au contraire une assurance et une harmonie d\u2019ensemble parfaites.(5 +) © ?1/2 Le blanc Chablis 2016, La Vigne de la Reine, Bourgogne, France (23,95$ \u2013 560763) La ligne est claire et nous sommes bien à Chablis.Seulement, le chardonnay s\u2019y étoffe avec plus d\u2019affirmation que dans le millésime précédent, avec plus de vigueur aussi, substituant à l\u2019approche minérale une matière fruitée plus ample, plus fournie.La finale nette clôt une bouche franche et généreuse.(5 +) © ?Le rouge Château Combel La-Serre 2015, Cahors, France (22,50$ \u2013 13090762) Un lieu, un cépage, un millésime, une équipe, mais surtout une compréhension de tous les paramètres pour un rouge plein de vie et drôlement authentique, bien loin de ces cahors rugueux et atramentaires d\u2019une autre époque.Le corps est moyen et la sève serrante, portant le relief fruité avec fraîcheur et dynamisme.À table ! (5 +) © ?Le bio Domaine Spiropoulos Mantinia 2016, Grèce (17,25$ \u2013 13190982) Fermez les yeux et respirez par le nez.Sur fond d\u2019azur si bleu que cela en devient intolérable se découpent des nuances de fleurs d\u2019oranger dont l\u2019orange des fruits scintille comme mille soleils au palais.Voilà pour l\u2019ambiance.Ce moschofilero bien sec, aromatique, léger, nerveux et un rien salin est une invitation au voyage ! (5) ?1/2 (5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E CRITIQUE JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019industrie agroalimentaire dont fait partie le monde du vin n\u2019échappe pas aux extrêmes.D\u2019une part, les gros joueurs abonnés aux produits phytosanitaires ; de l\u2019autre, les petits, commis à une agriculture biologique saine ; et, entre les deux, une « classe moyenne » abonnée à la culture dite « raisonnée ».Le por trait est sans doute dessiné à gros traits, mais il participe tout de même à une certaine réalité actuelle.Les artisans d\u2019une part et les commerciaux de l\u2019autre, donc.Les premiers ciblant un terroir spécifique pour en tirer la substantifique moelle et les seconds ciblant essentiellement un consommateur pour lui vendre le produit qu\u2019il veut bien qu\u2019on lui vende, un produit apatride sans dieux ni lieux.Une complémentarité nécessaire toutefois, qui interdit ici toute forme de jugement ou de discrimination, chacun de nous ayant le droit bien sûr de choisir et de boire ce qu\u2019il veut, en fonction du contexte.Cela étant, les différences de goût sont-elles à ce point évidentes entre un vin plus commercial et d\u2019un gros volume et un autre plus ciblé et moins ambitieux côté production ?Difficile de trancher parfois, même pour un expert.Exemple ?Il faut être rudement futé pour faire la dif fé- rence entre un vin dont on a réduit le volume en alcool par osmose inverse ou simple mouillage et un autre aromatisé aux copeaux de bois par rappor t à d\u2019autres vins qui n\u2019ont subi aucune manipulation.Ce qu\u2019il faut tout de même retenir, au-delà d\u2019un «gros» ou d\u2019un «petit », d\u2019une étiquette ou encore d\u2019une réputation, c\u2019est la question suivante : est- ce que le courant passe entre vous et le vin?Si un vin d\u2019épicerie à 15$ vous titille, épatant ! Si un Léoville Barton 2015 à 175 $ vous branche, tout le plaisir est pour moi ! Si, par contre, vous êtes carrément électrocuté par un Montrachet 2014 de Remoissenet à 985 $, débranchez le courant ou inventez-vous un paratonnerre ! Mais je demeure, pour ma par t, toujours dubitatif quand des palais qui se veulent éduqués (mais aussi prétentieux) crachent dans la soupe et regardent de haut, par exemple, les côtes-du-rhône régionaux, en blanc comme en rouge, de la maison familiale Guigal.Preuve s\u2019il en faut que des vins de négoces aux volumes certes confortables peuvent, à moins de 20$, pérenniser une qualité de bon niveau, et ce, depuis plusieurs décennies déjà.Sur ce, permettez quelques suggestions, histoire de voir si le courant passe entre le vin et vous.Château de Gourgazaud Réserve 2015, Minervois La Livinière, France (18,70 $ \u2013 972646).Le mour vèdre rend ces syrahs si heureuses qu\u2019il m\u2019arrive de penser que les bonnes manières existent au vignoble, alors qu\u2019elles font souvent défaut en ville, entre les hommes et les femmes ! Bref, c\u2019est coloré, net et bien mûr, avec de beaux tanins sphériques nacrés comme des perles.Pas facile de résister ! (5) ?Cs 2015, Wine of Substance, Washington State, États-Unis (19,80 $ \u2013 12670378).On a l\u2019impression que le char de Massala fonce sur l\u2019attelage de Ben-Hur tant la fougue des montures semble muscler le fruité au passage.Un « cab » bien en selle ! (5 +) © ?Anjou Mosaïk 2015, Pithon-Paillé, Loire, France (27,85 $ \u2013 11906457).Ça s\u2019étof fe et se construit en bouche avec une impression d\u2019ampleur et de solidité tout en versant rapidement vers une fraîcheur et une heureuse sapidité.Jolie soif ! (5 +) © ?Godello 2016, Dominio de Tares, Espagne (28,05 $ \u2013 11631852).Le cépage godello livre un blanc sec fort palpable sur le plan fruité, avec ce goût riche de poire pochée et d\u2019épices qui lui assure caractère, crédibilité et longueur en bouche.Un amoureux des plats à base de safran.(5) © ?1/2 guideaubry@gmail.com Vins artisans ou commerciaux : est-ce que le courant passe ?Artisans ou commerciaux, encore faut-il être porté par le bon vin ! Jean Aubry Les différences de goût sont- elles à ce point évidentes entre un vin plus commercial et d\u2019un gros volume et un autre plus ciblé et moins ambitieux côté production ? L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | GRILLE BLANCHE GRILLE DES FÉRUS SUDOKU MOTS FLÉCHÉS | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES MOTS CROISÉS DU SAMEDI Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 385 Horizontalement I.Malchanceuse.II.Amareyeur.Un.III.Lamer.Clamer.IV.Editeur.Riras.V.Nones.Oud.VI.Pues.Spa.MCI.VII.Ove.Bah.Jean.VIII.Ii.Surabonde.IX.Némée.Génère.X.Transpercées.Verticalement 1.Mal-en-point.2.Amadouvier.3.Laminée.Ma.4.Crêtes.Sen.5.Hères.Bues.6.Ay.Sar.7.Nécrophage.8.Cul.Ua.Ber.9.Erard.Jonc.10.Mi.Menée.11.Suer.Cadre.12.Enracinées.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 386 1.Répétitions venues d\u2019Allemagne.2.S\u2019accroche aux vieilles branches.Enfant de Jacques Martin.3.On le préfère généreux plutôt que mouchard.Cours du Nord.4.Trou dans le mur.Couleurs.5.Mettre des limites.6.Délicatement parfumée.7.Ce qui n\u2019a pas été consommé.Un peu de bruit.8.On l\u2019attend au virage.Fit le bon poids.9.Entraîne dans un autre monde.10.Fait l\u2019égalité.Planté avant de frapper.11.Abandonnée.Ne rumine plus aujourd\u2019hui.12.Devront prendre du repos avant de repartir.I.Doit garder son sérieux au milieu de ses jeux.II.Source fabuleuse.Mets sous pression.III.Réseaux qui facilitent la diffusion des messages.IV.Dans les comptes à la City.Bien engagé.Chassée par Zeus.V.S\u2019il n\u2019est pas politique il est sportif.Forme d\u2019avoir.VI.Femme de lettre dans un sens ou un autre.Accueillit dans la joie à contresens.VII.Petite gourmandise.VIII.Personnel.Fouille dans les fosses.Ancêtre.IX.Germanopratin touche-à-tout plein de talent.Cours d\u2019Espagne.Dieu.X.Vous ne les supporterez pas longtemps.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde CITATION MYSTÉRIEUSE L\u2019INTERVALLE Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre, trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.R O U L E B L E T MOTS IMAGES Associez deux mots pour former une expression imagée.FORTUNE DOS TIRER BATTRE PROPHÈTE SEIGNEUR LANCER CHIEN LOUP DOS POT SERVIETTE CUILLÈRE MALHEUR MESURE GUERRE 1.2.3.4.5.6.7.8.SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE GRILLE BLANCHE MOTS FLÉCHÉS SUDOKU : SOLUTION DU DERNIER NUMÉRO GRILLE DES FÉRUS CITATION MYSTÉRIEUSE Le secret du bonheur en amour, ce n'est pas d'être aveugle, mais de savoir fermer les yeux quand il le faut.(Simone Signoret) L\u2019INTERVALLE Crevé / grève / brève / rêve / revu LES ANAGRAMMES Patoche - Potache - Tapoche / Flore - Frôle - Lofer Café - Face / Éperons - Péronés / Éraflas - rafales MOT IMAGE Science-fiction / Compte-gouttes / Revers de fortune / Heure de gloire / Face à face / Années-lumière / Passe-partout / Langue au chat Conception de la grille blanche, de la grille des férus et des mots fléchés : Étienne Hannequart-Ferron.T C S I U R E E D C N AT U I E T S P D N OA E R C M AO N C R 1.3.2.1.2.1.2.1.2.1.2.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1 7 1 2 1 7 1 2 1 7 1 2 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 F É V R I E R / 2 0 1 8 O N N \u2019 E S T P A S C O U C H É LES DIMANCHES 19H Coups de cœur, coups de gueule, tout peut arriver sur le plateau de Ruquier."]
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