Le devoir, 6 janvier 2018, Cahier B
[" Robert Dutrisac sur la Politique d\u2019af?rmation du Québec Page B 8 Le Devoir de philo S\u2019affranchir de la beauté préfabriquée Page B 7 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 Les 20 ans de la crise du verglas Autopsie d\u2019un cauchemar de glace Pages B 4 et B 5 Au Québec, une personne sur cinq souffre de douleur chronique, un mal invisible qui se vit souvent dans la solitude et face auquel le système de santé est désarmé à bien des égards.I S A B E L L E P O R T E R à Québec C hantale Verreault, 46 ans, a «mal tout le temps ».Les douleurs dans son cou ont commencé à contaminer son quotidien il y a dix ans.Elle travaillait alors pour un distributeur de légumes à peler des patates sur une chaîne de montage.Toujours le même mouvement, la tête inclinée vers le bas.«Je finissais ma journée en braillant.Il n\u2019y avait rien qui me soulageait.» Son médecin de famille lui a prescrit des anti- inflammatoires, puis recommandé de faire certains exercices\u2026 « Au début, j\u2019avais mal après une heure de travail.Mais à la fin, après 10 minutes, j\u2019en avais pour le reste de la journée à avoir mal.» Elle aurait bien voulu un emploi où l\u2019on n\u2019a pas à rester debout, mais sans diplôme de 5e secondaire, les choix étaient limités.Des problèmes dans sa vie personnelle ont empiré les choses.Au point où elle a commencé à se procurer de la morphine et du Dilaudid sur le marché noir.Et à voir sa vie complètement déraper.Il y a deux ans, une intervenante l\u2019a convaincue de participer à un programme de désintoxication.Après deux ans et demi d\u2019efforts, Chan- tale s\u2019en tient maintenant aux capsules de morphine à effet prolongé.Elle ne travaille plus depuis longtemps, mais la douleur l\u2019accapare toujours.« Je fais ma vaisselle en trois coups.Je ne suis plus capable de faire mon ménage », résume-t-elle des sanglots dans la voix.Une personne sur cinq Chantale est la représentation extrême d\u2019un problème touchant des milliers de personnes au Québec.« C\u2019est un gros problème », explique le Dr Jean-Pierre Dropinski, médecin au Centre interdisciplinaire de gestion de la douleur à l\u2019Hôtel-Dieu de Lévis.« Il y a une partie considérable de la population qui n\u2019a pas accès à un minimum d\u2019écoute et de services.» Au Québec, on estime que 20 % des gens souffrent d\u2019une douleur chronique aiguë.Il n\u2019y a pas de statistiques précises sur le sujet, mais si on se fie aux listes d\u2019attente des centres anti- douleur, on peut facilement parler de milliers de malades touchés.« Les médecins de famille vont soulager une grosse partie de ces problèmes-là.Mais dans bien des cas, ils sont à court de solutions », poursuit M.Dropinski.On estime que la douleur devient chronique quand elle persiste plus de trois mois.Après cela, les risques de dépression et de détresse psychologique augmentent.La fréquence des pensées suicidaires chez les personnes en douleur chronique est d\u2019ailleurs trois fois plus élevée que dans le reste de la population.Certains composent avec des maux de dos sévères et constants, d\u2019autres avec de l\u2019arthrite avancée.Plusieurs subissent les conséquences d\u2019un accident de travail ou encore souffrent de fibromyalgie.Les centres antidouleur débordés La meilleure façon de traiter ces personnes doit vraiment être «multidisciplinaire », affirme Manon Choinière, chercheuse spécialisée dans le traitement de la douleur à l\u2019Université de Montréal.« Ça prend un médecin, un psychologue, un physiothérapeute et un pharmacien qui sont impliqués dans la gestion de ce type de problème », dit-elle.Une approche mise en pratique dans la trentaine de centres antidouleur qui ont poussé au Québec depuis quelques années.Mais n\u2019y entre pas qui veut.« Un patient va s\u2019estimer chanceux d\u2019avoir rendez-vous après un an », résume Céline Charbonneau, de l\u2019Association québécoise de la douleur chronique.Chan- tale, par exemple, est sur la liste d\u2019attente depuis plus de deux ans.Ce qui donne lieu à des parcours particulièrement chaotiques dans le système de santé .Des pat ients ont consulté jusqu\u2019à 23 professionnels de la santé quand ils frappent à la porte de la Clinique de la douleur, selon une étude publiée dans la revue Pain Research and Management.« Les gens qui entrent à la clinique arrivent de très loin », note à cet égard le Dr Dro- pinski.À défaut de traiter ces personnes plus tôt, ils congestionnent tout simplement le système ailleurs, dit-il.Une médecine à deux vitesses À défaut d\u2019accéder aux cliniques de la douleur, les médecins de famille peuvent théoriquement tenter des choses et diriger eux- mêmes leurs patients vers des psychologues ou des physiothérapeutes.Encore faut-il que les patients puissent se les payer.En physiothérapie, par exemple, plus de 18 000 personnes sont en attente d\u2019un rendezvous dans le réseau public, selon une étude récente.Les médecins de famille ont peu de marge de manœuvre, déplore Sylvain Dion, un omnipraticien qui pratique sur la Rive-Sud de Québec.« Quand on a un patient que l\u2019on veut diriger vers la physiothérapie, la première question qu\u2019on lui pose, c\u2019est : avez-vous des assurances ?» Pour les accidentés de la route ou du travail, l\u2019accès est plus facile.Même chose pour les personnes en suivi postopératoire.Mais dès qu\u2019on échappe à ces deux catégories, c\u2019est la croix et la bannière.« On a vraiment une médecine à deux vitesses », déplore le Dr Dion.Le Devoir Les grands oubliés de la douleur Des patients doivent attendre des années avant de recevoir le traitement approprié pour la douleur chronique RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Chantale Verreault est la représentation extrême d\u2019un problème touchant des milliers de personnes.« Je fais ma vaisselle en trois coups.Je ne suis plus capable de faire mon ménage», dit-elle.Dossier \u203a Vivre avec une douleur chronique.La passagère dans le bus de Muriel : Les groupes d\u2019entraide se multiplient au Québec.Constats et solutions: Les médecins ont des ressources pour parfaire leurs connaissances, mais certaines demeurent méconnues.Pages B 2 et B 3 KATARZYNA BIALASIEWICZ GETTY On estime que la douleur devient chronique quand elle persiste plus de trois mois.Au début, j\u2019avais mal après une heure de travail.Mais à la fin, après 10 minutes, j\u2019en avais pour le reste de la journée à avoir mal.Chantale Verreault, qui souffre de douleur chronique « » Céline Charbonneau L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 VIVRE AVEC UNE B 2 T E X T E S : I S A B E L L E P O R T E R à Québec Le nombre de groupes d\u2019entraide sur la douleur a doublé au Québec en deux ans.Le Devoir a assisté à l\u2019une de leurs rencontres.H abituée à of frir son aide aux malades, Muriel Marois a vu sa vie bouleversée en 2007 quand la douleur chronique a fait irruption dans sa vie.Après s\u2019en être sortie, elle redonne aujourd\u2019hui de nouveau en animant un groupe d\u2019entraide pour ceux qui souffrent.La rencontre du groupe a lieu dans un petit auditorium de l\u2019En- fant-Jésus à Québec.Une vingtaine de personnes se sont déplacées.« C\u2019est peu, dit Muriel à notre arrivée.C\u2019est à cause du mauvais temps.» On compte 17 groupes d\u2019entraide de ce genre au Québec.En l\u2019espace de deux ans, leur nombre a doublé.Âgée de 71 ans, Muriel en fait dix de moins.Assise à l\u2019avant du groupe, elle écoute les inter ven- tions aux côtés d\u2019une jeune femme qui souffre de fibromyalgie.« N\u2019oubliez pas la ligne de soutien.Vous pouvez appeler en tout temps si vous êtes en détresse.» Dans une rangée à l\u2019arrière, un homme dans la soixantaine exprime toute sa frustration.« On ne sait même pas où est rendu notre dossier pour entrer à la Clinique de la douleur.Ça fait quatre ans que j\u2019attends.» La plupart ne s\u2019épandent pas sur la nature de leur maladie, mais plutôt sur l\u2019état dans lequel elle les plonge.Ils parlent de leurs «deuils», de leur «colère ».On a un peu l\u2019impression d\u2019être dans une réunion des alcooliques anonymes.Dieu en moins.« Les gens viennent nous voir quand ils ont un problème insoluble.Ils n\u2019ont pas de médecin ou ils ne savent pas encore trop quel est leur diagnostic\u2026 Ils aimeraient entrer à la Clinique de la douleur, mais ne savent pas comment, explique Muriel.Mais ils viennent aussi pour avoir une place où parler.Personne ne veut entendre parler de la douleur.Ce n\u2019est pas un sujet qui est l\u2019fun.» Un homme évoque ses pr o - blèmes de couple.Une femme raconte en avalant ses sanglots à quel point elle se sent jugée par sa famille.« Avec eux, je suis excessivement rabaissée.Pour eux, je suis la grosse BS.Ça ne paraît pas, la douleur.» Muriel renchérit.« J\u2019ai des amis qui ne comprenaient pas que j\u2019avais mal.Je n\u2019étais pas capable de partager avec eux ce que je partage ici.C\u2019était mal vu que je prenne des opiacés.» La douleur comme passagère Pour elle, la douleur aiguë est apparue tout d\u2019un coup en mars 2007.Elle avait 61 ans à l\u2019époque.« Je me suis réveillée en pleine nuit en douleur terrible.J\u2019avais une hernie cer vicale qui comprimait la racine nerveuse.C\u2019est une douleur que j\u2019ai déjà placée à 9 sur 10 pour ne pas avoir à dire 10 sur 10\u2026 » Le choc a été d\u2019autant plus brutal qu\u2019elle avait plutôt l\u2019habitude d\u2019être du côté des aidants plutôt que des aidés.Formée en physiothérapie et en psychologie, elle travaillait comme inter venante sociale en CHSLD.Elle a dû prendre sa retraite de manière anticipée.« Nor malement, une her nie, après trois mois, ça se résorbe.Mais moi, au bout d\u2019un an, j\u2019avais encore très mal.C\u2019était une sensation d\u2019arrachement du bras.C\u2019était vraiment dif ficile et ça a été très long.» C o n t r a i r e m e n t à d\u2019autres, Muriel a pu être vue à la Clinique de la douleur assez rapidement (six mois après son inscription en 2010).Mais les m é d e c i n s o n t v i t e c o n s t a t é q u \u2019 i l s n e pouvaient pas l\u2019aider et que les infiltrations de cor tisone nuisaient plus qu\u2019autre chose.Ils l\u2019ont donc dirigée vers le dépar tement de psychologie.Elle y rencontre le psychologue Frédéric Dionne, auteur du livre Libérez-vous de la douleur.« Il nous disait de nous imaginer qu\u2019on était le conducteur d\u2019un autobus.Et un jour est entré dans l\u2019autobus un passager vraiment désagréable.Lui, c\u2019est la douleur, mais vous n\u2019avez pas le choix de le laisser entrer parce qu\u2019un autobus, ça laisse entrer tout le monde.» Petit à petit Bref, il fallait faire avec le passager.«Ça, moi, je trouvais ça très difficile à accepter.Je ne l\u2019acceptais pas.» Alors, elle s\u2019est battue pour trouver un traitement, une solution.«À un moment donné, il nous a présenté la méditation et j\u2019ai découvert que ça avait un impact sur ma douleur.Que moi, je pouvais faire quelque chose pour moi.C\u2019est ce que j\u2019essaie de transmettre aux gens dans les groupes.Qu\u2019ils peuvent faire quelque chose pour eux.Pas toujours attendre après le docteur, la psychologue\u2026 On est capables d\u2019aller puiser en dedans de nous des forces qu\u2019on ne pensait pas avoir.» Or, la méditation à elle seule n\u2019a pas tout réglé.Graduellement, Muriel s\u2019est remise à bouger, à aller à la piscine.« Après trois ans, j\u2019étais déconditionnée physiquement.» Au départ, elle ne pouvait pas nager et devait se contenter d\u2019agiter les pieds, appuyée sur une frite en sty- romousse, les deux bras ballants.« Au moins, je faisais quelque chose, je faisais mon sac, j\u2019allais là- bas.C\u2019était quelque chose que je faisais pour moi.» Après, elle mettait de la glace, un peu plus de morphine.« Petit à petit, je me suis rendu compte que la douleur était moins for te.Non seulement je me faisais plaisir, mais ça m\u2019aidait aussi.» Des années plus tard, elle a pu faire du crawl.Depuis, elle a troqué la nage pour un entraînement en salle trois fois par semaine.Elle ne touche plus à la morphine depuis six ans, mais garde quand même contact avec le groupe d\u2019entraide.Parce qu\u2019elle n\u2019est pas près d\u2019oublier tout ce qui s\u2019est passé.« Ça fait du bien d\u2019arriver dans un milieu où tu n\u2019es pas la seule à vivre ça.On s\u2019aperçoit qu\u2019on a vécu une expérience similaire.C\u2019est facile de se comprendre.» Le Devoir La passagère dans le bus de Muriel Les groupes d\u2019entraide en douleur chronique se multiplient dans la province 17 C\u2019est le nombre de groupes d\u2019entraide pour ceux qui souffrent de douleur chronique qui existent actuellement au Québec.En l\u2019espace de deux ans, leur nombre a presque doublé.20 % C\u2019est la proportion de Québécois qui souffriraient d\u2019une douleur chronique aiguië.3 La fréquence des pensées suicidaires chez les personnes en douleur chronique est trois fois plus élevée que dans le reste de la population.On ne sait même pas où est rendu notre dossier pour entrer à la Clinique de la douleur.Ça fait quatre ans que j\u2019attends.Un homme souffrant de douleur chronique, lors d\u2019une rencontre d\u2019un groupe d\u2019entraide à Québec « » Ils viennent aussi pour avoir une place où parler.Personne ne veut entendre parler de la douleur.Ce n\u2019est pas un sujet qui est l\u2019fun.Muriel Marois, animatrice d\u2019un groupe d\u2019entraide pour les personnes qui souffrent de douleur chronique « » RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Après s\u2019en être sortie, Muriel Marois redonne aujourd\u2019hui en animant un groupe d\u2019entraide pour les personnes qui souffrent de douleur chronique à Québec.La plupart ne s\u2019épandent pas sur la nature de leur maladie, mais plutôt sur l\u2019état dans lequel elle les plonge.Ils parlent de leurs «deuils», de leur «colère».1 million C\u2019est le nombre de personnes qui souffrent de fibromyalgie au Canada.Ce trouble chronique du système nerveux touche surtout les femmes.On ignore toujours la cause de la maladie. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 DOULEUR CHRONIQUE B 3 E n 2012, une étude américaine a estimé que les coûts directs et indirects de la douleur chronique aux États-Unis oscillaient entre 560 et 630 milliards $US par an.Une facture collective qui dépasse nettement celle associée aux maladies du cœur (309 milliards $US), au cancer (243) ou au diabète (188).Publiée dans la revue Journal of Pain, l\u2019analyse additionnait les coûts de santé engendrés par la douleur et la baisse de productivité de l\u2019économie.Un facteur aggravant dans l\u2019épidémie des opioïdes D\u2019autres recherches démontrent qu\u2019un accès hâtif à la physiothérapie peut aussi réduire de façon radicale le recours aux opioïdes à moyen et long terme.Au congrès de l\u2019Association américaine de physiothérapie tenu en février 2017 au Texas, le professeur Chad Cook de l\u2019Université Duke a révélé que les patients traités d\u2019abord en physiothérapie avant de consommer ces médicaments antidouleur en prenaient par la suite environ deux fois moins que ceux ayant emprunté le chemin inverse (53,1 jours de consommation d\u2019opioïdes contre 134 pour les autres).La fibromyalgie, qu\u2019est-ce que c\u2019est?La fibromyalgie est un trouble chronique du système nerveux central qui touche surtout les femmes.Les personnes qui en souf frent ressentent une douleur généralisée depuis plus de trois mois, souvent accompagnée de problèmes de sommeil et de dépression.Au Canada, environ un million de personnes souffrent de cette maladie, reconnue of ficiellement seulement depuis la fin des années 1980, mais dont on ignore toujours la cause.Le Devoir Souffrir, un fardeau social qui coûte une fortune A ide aux médecins, projets de recherche, obligations pour les CIUSSS : des initiatives font surface un peu partout au Québec pour améliorer les soins en douleur chronique, mais il reste beaucoup à faire.Tour d\u2019horizon.Des conseils pour les médecins: Le Centre en douleur chronique du CHUM, une référence dans le domaine au Québec, of fre toutes les semaines des formations à distance aux médecins de famille, infirmières et autres intervenants de première ligne.« On présente le cas anonyme d\u2019un des participants et je rédige les recommandations», explique Aline Boulanger, anesthésiste et directrice du Centre d\u2019expertise de la douleur chronique du CHUM.« L\u2019avantage, c\u2019est que tout le monde peut apprendre de tout le monde.» Des séances pratiques sont aussi prévues.Le Centre offre aussi le service «Avis d\u2019experts» pour répondre aux questions des professionnels.« C\u2019est une ligne téléphonique que le médecin peut utiliser pour obtenir des informations.Un dossier médical est ouvert et nos recommandations sont envoyées au médecin.C\u2019est ni plus ni moins une consultation téléphonique.» Le hic, c\u2019est que beaucoup de médecins ignorent même son existence, concède-t-elle.«On pourrait en prendre plus.» Obligation d\u2019agir: Au Québec, les CIUSSS sont responsables des centres de traitement de la douleur chronique.Le ministère a obligé chacun d\u2019entre eux à se doter d\u2019ici 2018 de services dans le traitement de la douleur.Or, à l\u2019approche de l\u2019échéance, plusieurs CISSS et CIUSSS n\u2019en offrent toujours pas, fait remarquer Aline Boulanger.«Il y a des centres qui ont créé des cliniques régionales.[\u2026] D\u2019autres sont à l\u2019étape du développement, mais il y en a où il ne s\u2019est presque rien passé.» Même si les progrès sont lents, Mme Boulanger fait remarquer qu\u2019il y a trois ans, Trois- Rivières était la seule région à offrir un service à l\u2019extérieur de Montréal.On en compte un peu partout désormais.Formation des médecins : Beaucoup d\u2019experts déplorent le peu de temps accordé au traitement de la douleur dans la formation générale des omnipraticiens.« Dans le cursus des études de médecine, il y a peu ou pas de cours spécifiquement consacré à la douleur », note le Dr Dro- pinski, qui s\u2019est lui-même spécialisé dans ce domaine en Europe.Dans la foulée de la crise des opioïdes, la Fédération des facultés de médecine a annoncé en novembre qu\u2019elle comptait proposer un nouveau curriculum laissant plus de place au traitement de la douleur et permettant de « prescrire des opioïdes de manière plus sécuritaire».La recherche: La recherche sur le traitement de la douleur est en pleine ébullition au Québec.Ma- non Choinière, par exemple, cherche à déterminer quels facteurs sont à l\u2019origine des lomba lg ies chroniques.« Les patients qui ont tendance à être plus anxieux sont plus à risque, donc on peut inter venir sur le plan de l\u2019anxiété.On peut utiliser de la psychothérapie et des techniques d\u2019autogestion.» Très mobilisé, le milieu québécois de la recherche a tenu son premier congrès sur la douleur chronique en novembre dernier et, pour la troisième fois, la ville de Montebello sera l\u2019hôte, l\u2019été prochain, de l\u2019École nord- américaine de la douleur, où seront présentées les avancées dans le traitement des maux chroniques.L\u2019exemple australien : L\u2019Australie s\u2019est dotée, en 2011, d\u2019une Stratégie nationale de lutte contre la douleur chronique.Grâce à l\u2019ajout de cliniques de la douleur en région, le temps d\u2019attente moyen est passé, de un à deux ans, à environ deux mois.Ces changements ont permis une réduction importante de la consommation d\u2019opioïdes.Soutien psychologique: De l\u2019avis de la plupart des intervenants, il reste beaucoup à faire notamment pour obtenir un suivi en psychologie.Selon Muriel Ma- rois, il faut s\u2019occuper en priorité des patients sur les listes d\u2019attente dont la douleur perdure.Leurs médecins devraient les diriger vers des groupes d\u2019entraide, dit-elle, pour qu\u2019ils puissent acquérir des techniques de gestion de douleur.L\u2019offre en psychologie dans le système public devrait être bonif iée, croit -el le.La Dre Aline Boulanger estime aussi que les services en réadaptation et en psychologie demeurent «peu accessibles aux patients».Le Devoir Constats et pistes de solution Les médecins ont des ressources pour parfaire leurs connaissances en traitement de la douleur, mais certaines demeurent méconnues ISTOCK Certains patients composent avec des maux de dos sévères et constants, d\u2019autres avec de l\u2019arthrite avancée.JEFF PACHOUD AGENCE FRANCE-PRESSE Des patients ont consulté jusqu\u2019à 23 professionnels de la santé quand ils frappent à la porte de la Clinique de la douleur, selon une étude publiée dans la revue Pain Research and Management.Très mobilisé, le milieu québécois de la recherche a tenu son premier congrès sur la douleur chronique en novembre dernier SPENCER PLATT/GETTY Les services en réadaptation et en psychologie demeurent «peu accessibles aux patients». L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 B 5 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 B 4 L e président-directeur général d\u2019Hy- dro-Québec au moment de la tempête de verglas de 1998, André Caillé, est devenu l\u2019un des visages de cette crise sans précédent.Entretien avec un dirigeant qui a craint le pire.Dans quel état d\u2019esprit étiez- vous lors du tout début de la tempête?Nous étions inquiets.Avant que la tempête débute, nous avions des rapports météo qui nous indiquaient qu\u2019il y aurait du verglas et que ce ne serait pas quelque chose d\u2019habituel.J\u2019étais à Paris, je suis rentré précipitamment à Montréal et je suis arrivé le 5 janvier.On voyait bien que les précipitations allaient dépasser les limites physiques du réseau et que ça allait être une vraie crise.Nous sommes tout de suite passés à l\u2019action.L\u2019état d\u2019esprit c\u2019était : il faut agir, il faut faire tout ce que l\u2019on pouvait pour assurer la sécurité des personnes et protéger les biens.Je me souviens d\u2019avoir dit : ce sera la mobilisation générale.Étiez-vous prêts à répondre à ce genre de crise?Nous avions une base à partir de laquelle travailler, parce qu\u2019on agit de la même façon lorsqu\u2019il y a n\u2019impor te quel épisode de verglas, mais c\u2019est l\u2019ampleur des moyens qui n\u2019était pas la même.Ce qu\u2019on ne savait pas dans les premiers jours, c\u2019est que la tempête allait porter atteinte à l\u2019intégrité du réseau de transport à haute tension.Normalement, le verglas affecte le réseau de distribution, c\u2019est-à- dire les fils qu\u2019on voit dans les rues et qui acheminent l\u2019électricité aux maisons.Mais quand il y a assez de verglas pour que le réseau de transmission s\u2019écroule, ce n\u2019est pas la même affaire.Les gros pylônes ne se reconstruisent pas en une journée.On redirigeait l\u2019électricité qui nous restait vers Montréal, c\u2019était une préoccupation majeure.Normalement, la ville reçoit 20 000 mégawatts, et ça a diminué jusqu\u2019à 600 MW.Quand nous étions rendus à ce niveau-là, il était temps que ça arrête, parce qu\u2019en bas de 600 MW, ça aurait été beaucoup plus grave.Il ne fallait pas que la dernière ligne qui venait du nord-est de la ville s\u2019écroule, et elle a résisté.La pluie verglaçante a arrêté juste avant qu\u2019elle ne tombe.Et à l\u2019extérieur de Montréal?En Montérégie, c\u2019était vraiment catastrophique.On a fait venir des génératrices et on les a rendues disponibles selon les priorités, en ayant notamment l\u2019objectif de protéger le bétail.Les agriculteurs pouvaient continuer à alimenter leurs animaux, à traire les vaches, la base.Il y a eu des pertes, mais il n\u2019y en a pas eu autant que si on n\u2019avait pas fait tout ça.Pendant la crise, vous participiez à une conférence de presse quotidienne avec le premier ministre de l\u2019époque, Lucien Bou- chard.Comment vous y preniez- vous pour assurer une présence médiatique tout en gérant les opérations à l\u2019interne?Je rencontrais les hauts dirigeants d\u2019Hydro-Québec deux fois par jour.Une fois le matin et une autre fois en milieu d\u2019après-midi, 30 minutes avant la conférence de presse.On faisait le point et on établissait des priorités pour les prochaines heures.Vers 16 h , j e r e jo igna is M.Bouchard, on faisait l\u2019état des lieux avec les responsables de la sécurité civile et on faisait la conférence de presse.En tout, ça durait environ une heure, donc le reste du temps, j\u2019étais à mon bureau.Je n\u2019avais pas de mal à concilier les deux, parce qu\u2019en plus, M.Bouchard était dans le même immeuble que moi, dans les bureaux d\u2019Hydro- Québec.Vous est-il arrivé d\u2019être découragé à un moment ou à un autre ?Complètement découragé, non.Mais il est arrivé un moment, le vendredi 9 janvier, où j\u2019ai fait une prière.Je me suis dit : on a fait tout ce qu\u2019on a pu, mais là, il faut que ça arrête.Et quelques heures plus tard, la pluie verglaçante a arrêté.Quand on est dans l\u2019action, on ne pense pas au découragement.Tout se passe tellement vite.Ce n\u2019était ni le moment de se décourager ni le temps de faire autre chose.Je ne retournais pas à la maison, je restais toujours au bureau.C\u2019était l\u2019adrénaline à 100%.Qu\u2019avez-vous appris de la crise du verglas?J\u2019ai appris que les Québécois sont très résilients.La raison pour laquelle on a pu passer au travers de la crise, c\u2019est que le contexte était généralement positif parce que les gens s\u2019entraidaient entre famille, amis et voisins.J \u2019ai aussi appris que la transparence est primordiale.Les conférences de presse n\u2019étaient pas une distraction de mon travail, c\u2019était absolument nécessaire.Parce que si les gens s\u2019étaient mis à critiquer Hydro-Québec, ça ne nous aurait pas aidés.Nos employés donnaient le maximum parce qu\u2019ils étaient encouragés.Quand un monteur de ligne se fait applaudir pendant qu\u2019il prend son café au restaurant, il est pas mal motivé lorsqu\u2019il retourne sur le terrain.Pensez-vous que les infrastructures d\u2019Hydro-Québec ont été adaptées pour éviter une crise semblable?Je pense que oui.On a reconstruit le réseau en le rendant plus solide et en ayant l\u2019objectif de réduire l\u2019impact par dix.Donc si une interruption durait dix jours, elle durerait maintenant un jour.Nous sommes bien mieux préparés.Il va y avoir d\u2019autres incidents, mais il y en aura beaucoup moins et ils vont être moins dommageables.Le Devoir Retour sur une calamité évitée L\u2019ancien p.-d.g.d\u2019Hydro-Québec André Caillé se remémore la tempête qui a mis la société d\u2019État à rude épreuve 4 janvier en soirée et 5 janvier 1998 Début de la pluie vergla- çante dans le sud du Québec.6 janvier Près de 650 000 habitants du Québec et de l\u2019Ontario n\u2019ont plus d\u2019électricité, la pluie verglaçante continue.7 janvier Toute la Montérégie est dans le noir, la pluie vergla- çante continue.8 janvier Le Québec et l\u2019Ontario déclarent l\u2019état d\u2019urgence, l\u2019armée est appelée en renfort, la pluie verglaçante continue.9 janvier Le sommet de la crise.Quelque 1 400 000 abonnés n\u2019ont plus d\u2019électricité, soit 3,5 milions de personnes, la moitié du Québec.Montréal est complètement paralysée, tous les ponts pour sortir vers la Rive-Sud sont fermés, les usines d\u2019épuration n\u2019ont presque plus d\u2019eau.7 février L\u2019électricité est rétablie presque partout.7 avril 1999 Remise du rapport de la commission gouvernementale sur la crise, présidée par Roger Nicolet.Les dates clés de la crise du verglas Il y a 20 ans, le Québec faisait face à l\u2019une des plus grandes catastrophes naturelles de son histoire.Entre le 4 et le 10 janvier 1998, la tempête de verglas a laissé jusqu\u2019à 100 millimètres de pluie verglaçante sur son passage, plongeant dans le noir plus d\u2019un million d\u2019abonnés d\u2019Hydro-Québec au pire de la crise.Derniers textes d\u2019une série sur cet épisode marquant.L oin des projecteurs, de nombreux acteurs ont joué un rôle primordial pour venir en aide aux sinistrés lors de la crise du verglas.Trois d\u2019entre eux ont accepté de livrer leur témoignage au Devoir.Marcèle Lamarche, ancienne directrice générale de Moisson Montréal Lorsque la tempête de verglas a frappé en janvier 1998, l \u2019organisme Moisson Montréal venait d\u2019emménager depuis à peine trois mois dans les locaux qu\u2019il occupe encore aujourd\u2019hui en bordure de l\u2019autoroute 520.L\u2019espace excédentaire de l\u2019entrepôt, qui devait être utilisé au fil des ans, a été utile beaucoup plus tôt que prévu.« À un certain moment, il s\u2019est créé ce qu\u2019on a appelé le triangle noir [formé par les villes de Saint-Hyacinthe, de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Granby].La sécurité civile nous a dit que nous allions prendre en charge la distribution de nourriture pour les municipalités touchées », se rappelle Marcèle Lamarche, aujourd\u2019hui directrice générale du Chaînon.En temps normal, Moisson Montréal livrait environ 40 tonnes de nourriture par jour à quelque 250 organismes communautaires montréalais.En l\u2019espace d\u2019un mois, ce nombre a été multiplié par sept.« Ça arrivait de toutes parts », se souvient Mme Lamarche.En plus des dons provenant du Québec ou de l\u2019Ontario, l\u2019organisme a reçu une cargaison par avion de Vancouver ainsi que des produits laitiers du Vermont.« On a reçu des chargements du Nouveau- Brunswick, on ne savait pas de qui ça venait.Ça arrivait, le camion se vidait et repartait.Il n\u2019y avait pas d\u2019inventaire.C\u2019était simplement des gens qui avaient décidé de remplir un camion et de nous l\u2019envoyer.» Au plus fort de la crise, une quarantaine d\u2019employés et de bénévoles s\u2019activaient chez Moisson Montréal, sans compter le soutien de militaires venus opérer des chariots élévateurs ou d\u2019inspecteurs du ministère de l\u2019Agriculture qui ont offert des conseils pour la gestion des aliments périssables.Le terrain extérieur faisait office de congélateur et un entrepôt non chauffé a été transformé en réfrigérateur géant.« J\u2019étais témoin de tout ce qui entrait.J\u2019ai vu en première ligne le mouvement de solidarité et de soutien des entreprises et des municipalités environnantes, souligne Mme Lamarche.Je me souviens d\u2019un camion qu\u2019on a envoyé sur la route.Il restait un peu de place et on venait de recevoir une cargaison de tar tes fumantes d\u2019une pâtisserie.On s\u2019est dit : avant de fermer le camion, on va les mettre dedans.Quand ils vont l\u2019ouvrir, ça va leur donner une dose de bonheur.» Vingt ans plus tard, l\u2019ex-direc- trice est toujours aussi reconnaissante envers ceux et celles qui ont tout donné pendant ces semaines chargées en émotions.« Évidemment, je saluais le travail des gars d\u2019Hydro-Québec qui réparaient les lignes, mais mes héros à moi, c\u2019étaient ceux qui nourrissaient ces villages-là, tout en continuant de livrer de la nourriture dans le Grand Montréal.» Myroslaw Smereka, ancien maire de Saint-Jean- sur-Richelieu « Nous avons eu à nous adapter à une situation que personne n\u2019a été capable d\u2019envisager », lance Myroslaw Smereka, qui était maire de Saint-Jean-sur-Richelieu lors de la crise du verglas.Cette municipalité du « triangle noir » a été l\u2019une des plus touchées au Québec.« Je peux dire que j\u2019ai vu le plus beau et le plus laid de l\u2019humain.Pendant un mois, j\u2019ai été responsable de la vie de 37 000 habitants.Il y a eu des exemples assez incroyables de solidarité, mais il y avait également des actes d\u2019égoïsme», raconte-t-il, en évoquant cer tains habitants sans scrupule qui volaient la génératrice de leur voisin.Lors des premiers jours de la crise, M.Smereka a élu domicile dans le complexe sportif Claude-Raymond, juste à côté de la polyvalente où se trouvaient une bonne partie des sinistrés de la ville.« C\u2019était paradoxal parce que, dans la section de la piscine, il n\u2019y avait qu\u2019une seule lumière dans le petit cubi- cule où je dormais.Il fallait que je me cache le visage pour dormir, alors que toute ma ville était dans le noir.» À la suite des premières précipitations de verglas, l\u2019école secondaire a accueilli une cinquantaine de personnes.Mais après quelques jours, près de 2000 sinistrés s\u2019entassaient dans les classes de la polyvalente.« Depuis le premier jour, on avait fait appel à la Croix-Rouge pour avoir des lits, des draps, des oreillers, mais rien ne nous arrivait, raconte l\u2019ex-maire.On a pris la décision d\u2019acheter le nécessaire au Zellers avec l\u2019argent de la Ville.» « Les gens n\u2019avaient presque rien appor té avec eux.Parce que, dans leur esprit, ça n\u2019allait durer que deux ou trois jours.Personne ne pensait que ça durerait un mois.» Myroslaw Smereka garde visiblement un souvenir amer de la relation entre sa municipalité et le pouvoir politique de l\u2019époque.Il se rappelle que les effectifs de la base militaire de Saint-Jean-sur- Richelieu n\u2019ont pas pu intervenir pendant plusieurs jours en raison des négociations entre les premiers ministres Lucien Bouchard et Jean Chrétien.«On avait une garnison pleine dans notre ville, quelques milliers de militaires, mais ils n\u2019avaient pas l\u2019ordre de nous aider», déplore-t-il.Sans compter les chèques de 70$ par sinistré offerts par M.Bouchard.« Il n\u2019a pas envoyé un seul fonctionnaire pour gérer la distribution des chèques.C\u2019était à nous, qui étions déjà débordés par le verglas, de nous organiser, dit-il.On s\u2019est démenés comme des fous, mais on l\u2019a fait !» Le stress accumulé pendant ce mois de travail intense n\u2019a pas été sans conséquence : en juillet, M.Smereka a été terrassé par une crise cardiaque.« J\u2019ai un stent comme souvenir de cette année-là.» Gilles Dufault, ex-directeur général de l\u2019hôpital Pierre-Boucher et radioamateur Vêtu de son habituel sarrau blanc, Gilles Du- fault a passé l\u2019essentiel de la crise du verglas à gérer l\u2019achalandage exceptionnel de l\u2019hôpital Pierre-Boucher, mais il a également contribué à l\u2019effort collectif d\u2019une manière insoupçonnée.En 1971, il a découvert le monde des radioamateurs \u2014 ces opérateurs bénévoles qui communiquent entre eux par les ondes radio \u2014 en les voyant à l\u2019œuvre en soutien aux services d\u2019urgence lors du glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney.Et en 1994, la Conférence régionale des hôpitaux de la Montérégie lui a confié le mandat d\u2019installer les infrastructures nécessaires pour permettre à des radioamateurs d\u2019assurer les communications d\u2019urgence entre les hôpitaux publics de la Montérégie.La vision de M.Dufault aura en quelque sorte été prémonitoire puisqu\u2019en 1998, ces infrastructures ont grandement facilité les communications au début de la crise.Alors que la tempête faisait rage, des radioamateurs ont pu transmettre des informations d\u2019un hôpital à un autre, mais également à la police, aux ambulanciers ou à l\u2019armée.«Chaque jour, je recevais des rapports qui résumaient l\u2019état de la situation à l\u2019hôpital ou dans les autres hôpitaux, comme l\u2019occupation des lits ou les patients à l\u2019urgence en attente d\u2019hospitalisation, explique M.Dufault.Avec les moyens de communication traditionnels, on ne pouvait pas avoir accès à ces informations-là.Il n\u2019y avait pas de téléphone!» « Il y avait un radioamateur dans les autobus qui transféraient les sinistrés dans les centres d\u2019hébergement temporaires.On lui disait de prendre telle route parce que telle autre n\u2019était pas praticable.Il y avait de la glace partout, des arbres, c\u2019était quelque chose ! » «Je me souviens d\u2019un soir, raconte M.Dufault.Il était 19h30.Un agent de sécurité vient me voir et me dit, la larme à l\u2019œil, que ses parents demeurent à Gatineau, qu\u2019ils ont quitté leur maison pour aller dans un centre d\u2019hébergement temporaire et qu\u2019il ne sait pas comment les joindre.Nous sommes montés au centre des mesures d\u2019urgence, on a rapidement joint Gatineau sur une fréquence particulière, on a été mis en contact avec le centre d\u2019hébergement et, en l\u2019espace de cinq minutes, on a pu trouver les parents.» Pour le reste, Gilles Dufault salue le travail des employés de son hôpital, qui ont travaillé jour et nuit pour accueillir et soigner un nombre record de visiteurs.Il parle d\u2019une « réussite de groupe incontestable, dans l\u2019intérêt des patients et des sinistrés».Le Devoir Des héros de l\u2019ombre racontent leur expérience T E X T E S : K A R L R E T T I N O - P A R A Z E L L I 598 C\u2019est le nombre de municipalités qui ont été touchées au Québec par la tempête de verglas.80 C\u2019est le nombre d\u2019heures totales pendant lesquelles la pluie verglaçante est tombée du 5 au 9 janvier 1998 Il est arrivé un moment, le vendredi 9 janvier, où j\u2019ai fait une prière.Je me suis dit : on a fait tout ce qu\u2019on a pu, mais là, il faut que ça arrête.« » Myroslaw Smereka Marcèle Lamarche Gilles Dufault 454 C\u2019est le nombre de refuges ouverts pendant la crise.Environ 140 000 personnes y ont dormi au moins une fois.3110 C\u2019est le nombre de structures du réseau de transport d\u2019Hydro-Québec effondrées, dont un millier de pylônes en acier.PHOTOS RYAN REMIORZ / ROBERT GALBRAITH ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE Dans plusieurs villes du sud du Québec, les dégâts à la suite des précipitations de pluie verglaçante ont été colossaux.En 2008, Hydro-Québec a évalué à deux milliards les coûts pour renforcer son réseau.Au centre, les travailleurs Harold Boudreault, du Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean, et Roch Bresson, de Sacré-Cœur, assemblent un nouveau pylône au-dessus d\u2019un champ d\u2019Otterburn Park, en Montérégie.CRISE DU VERGLAS LES 20 ANS DE LA JACQUES BOISSINOT ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE Des automobilistes observent des pylônes endommagés près de Saint-Bruno-de-Montarville.GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Le tristement célèbre « triangle noir », la région la plus fortement touchée par la pluie verglaçante L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 P E R S P E C T I V E S B 6 U tiliser plus parcimonieusement Twitter ne figure manifestement pas au menu des bonnes résolutions du président Trump pour la nouvelle année.Si ses épanchements sur le réseau social au sujet de la taille de son bouton nucléaire ont relancé la saga de son affrontement avec le leader nord-coréen, Kim Jong-un, son premier tweet de 2018 fut consacré à un autre pays avec lequel Washington a maille à partir : le Pakistan.En substance, Donald Trump dénonçait les «mensonges et duperie» d\u2019Islamabad et accusait le régime pakistanais de ne pas suffisamment combattre les groupes terroristes qui utilisent son territoire pour organiser des attaques en Afghanistan.Ce courroux présidentiel à l\u2019encontre du Pakistan n\u2019est ni soudain ni une lubie spécifique à Donald Trump.Alors que ce dernier a engagé les forces armées américaines dans un nouveau sursaut en Afghanistan, l\u2019attaque en règle lancée cette semaine risque néanmoins de s\u2019avérer inefficace et contre-productive.Une frustration constante Fin août dernier, alors que son gouvernement dévoilait sa stratégie pour l\u2019Asie du Sud, le président Trump se montrait déjà particulièrement virulent en affirmant que les États-Unis ne pouvaient plus rester silencieux face à la passivité pakistanaise vis-à-vis des groupes terroristes.Environ 250 millions de dollars d\u2019aide militaire que Washington avait prévu de fournir à Islamabad au titre de l\u2019année budgétaire 2016 avaient alors été gelés.Le versement était conditionnel aux progrès que les autorités pakistanaises devaient réaliser dans la lutte contre le réseau Haq- qani.Clarifiant le tweet présidentiel du 1er janvier, un porte-parole de la Maison-Blanche a précisé que ce sont ces mêmes fonds que le gouvernement Trump ne versera pas, pour le moment, au Pakistan.Rien n\u2019a donc foncièrement changé depuis août dernier.Plus largement, la frustration américaine à l\u2019encontre de l\u2019allié pakistanais apparaît comme une constante depuis le 11 septembre 2001.Si George W.Bush avait cru voir dans le président Pervez Musharraf un partenaire solide pour combattre al-Qaïda, ses successeurs n\u2019ont pas caché leur mécontentement vis-à-vis de cet autre allié compliqué.Alors candidat à l\u2019élection présidentielle, Barack Obama avait menacé de mener des opérations militaires unilatérales contre des groupes terroristes trouvant refuge au Pakistan.Il a nettement tenu cette promesse au cours de ses deux mandats en autorisant un nombre conséquent de frappes de drones dans les régions tribales du nord du pays.Plus spectaculaire, il a ordonné début mai 2011 le raid contre le camp où était retranché Oussama Ben Laden, non loin de l\u2019académie militaire pakistanaise, sans en avertir ses interlocuteurs à Islamabad.Deux ans plus tôt, lors de la présentation de la stratégie pour l\u2019Afghanistan et le Pakistan, le gouvernement Obama avait déjà qualifié le dernier de sanctuaire pour les groupes terroristes.Tout comme Donald Trump, le président Obama a également décidé à de nombreuses reprises de suspendre des versements de fonds.Un allié compliqué Depuis 2002, les États-Unis ont accordé environ 34 milliards de dollars d\u2019aide, essentiellement de nature militaire, au Pakistan.Les tensions actuelles laissent penser que la tendance déjà observée d\u2019une diminution de ce soutien financier important (il est de 345 millions de dollars pour l\u2019année fiscale 2018, contre 526 millions en 2017) devrait se poursuivre au cours des prochaines années.Malgré une insatisfaction et une impatience manifestes du côté américain, Washington ne peut pour tant pas se permettre de couper tout simplement les vivres à Islamabad pour deux raisons essentielles.Premièrement, le programme nucléaire pakistanais est actuellement dans le monde celui qui connaît les développements les plus rapides, notamment en matière d\u2019armes dites « tactiques».Or, les failles de ce programme ainsi que sa propension à s\u2019exporter alimentent les pires cauchemars chez les Américains et leurs alliés.Toute instabilité du pays qui pourrait résulter d\u2019un arrêt brutal de l\u2019aide américaine est donc considérée comme une menace inacceptable qui pourrait faire en sorte que du matériel nucléaire tombe entre de mauvaises mains.Deuxièmement, l\u2019approvisionnement des 14 000 soldats américains actuellement présents en Afghanistan transite par les ports et les routes pakistanaises.Même si Islamabad et Washington ne sont pas sur la même longueur d\u2019onde dans la lutte contre le terrorisme, ce dernier ne peut absolument pas se permettre de couper les ponts avec le premier.La sécurité et les maigres chances de succès de ses troupes dans la plus longue guerre de son histoire en dépendent.Trump aime à proclamer vouloir corriger les erreurs de ses prédécesseurs, particulièrement celles d\u2019Obama.Concernant le Pakistan, il s\u2019inscrit pourtant dans une continuité infructueuse.À ne pas comprendre leurs alliés ni connaître leurs ennemis, les États-Unis sont condamnés à répéter les mêmes erreurs.Un tweet qui rate sa cible JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le ministre de l\u2019Éducation, Sébastien Proulx, lors de sa visite de l\u2019école primaire Sainte-Louise-de-Marillac, à Montréal, en août dernier JULIEN TOURREILLE M A R C O F O R T I E R L es attentes sont immenses.Le ministre Sébastien Proulx a promis de réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué : augmenter la réussite des élèves, du préscolaire jusqu\u2019à la fin du secondaire.À moins d\u2019un an des élections provinciales, le milieu de l\u2019éducation compte talonner le ministre pour qu\u2019il remplisse ses engagements.Il a créé beaucoup d\u2019espoir, le ministre de l\u2019Éducation, avec sa politique de « réussite éducative » annoncée en grande pompe en juin dernier.Ce projet ambitieux vise notamment à faire grimper le taux de diplomation à 85 % d\u2019ici 2030 \u2014 ce taux est à 74 % à l\u2019heure actuelle \u2014, à améliorer la qualité du français, à aplanir les inégalités criantes entre les écoles (publiques et privées) qui sélectionnent les meilleurs élèves et les écoles publiques dites ordinaires\u2026 Tout un défi : ce n\u2019est pas pour rien que sept ministres se sont succédé à l\u2019Éducation au cours des dix dernières années.En poste depuis près de deux ans, Sébastien Proulx, lui, a survécu aux critiques des syndicats du réseau scolaire, réputés impitoyables.« J\u2019entends ce que vous me dites », répète-t- il inlassablement à tous les acteurs du milieu de l\u2019éducation.Sa capacité d\u2019écoute \u2014 et de rarement dire non \u2014 désarçonne les critiques, mais fait augmenter les attentes.Tout le monde se demande si la lune de miel entre le ministre et le milieu de l\u2019éducation se poursuivra en 2018.« On s\u2019en va vers des élections le 1er octobre 2018.Est-ce que la priorité du ministre sera la réussite des élèves ou la réussite de la campagne électorale ?» demande sans détour Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l\u2019enseignement (FSE-CSQ), qui représente plus de 65 000 enseignants.En tout cas, après deux années de « rigueur budgétaire », le gouvernement Couillard a retrouvé de l\u2019argent pour les écoles.Le ministre Proulx a financé l\u2019embauche de 1500 enseignants ou autres professionnels dans les écoles primaires et secondaires.Il a ouvert une série de classes de maternelle 4 ans en milieu défavorisé.Il a créé 100 nouvelles classes d\u2019accueil et de francisation, ajouté 60 minutes de sport par jour dans 480 écoles et investi en alphabétisation.Personne ne peut s\u2019opposer à ces « réinvestissements», mais la liste des engagements du ministre est longue.Il lui reste beaucoup à faire pour remplir les promesses de sa politique de réussite éducative.Un système à trois vitesses Les syndicats de l\u2019enseignement estiment qu\u2019un des grands défis du ministre Proulx consiste à renverser la tendance vers un système scolaire à trois vitesses.Le phénomène est bien documenté : les écoles privées et les écoles publiques ayant des projets par ticu- liers sélectionnent les élèves les plus performants.Les écoles publiques ordinaires se retrouvent avec les élèves ayant les plus grandes difficultés.Le Conseil supérieur de l\u2019éducation (CSE) a sonné l\u2019alarme dans un avis percutant à l\u2019automne 2016.« Il en résulte une forme de ségrégation qui conduit à un système d\u2019écoles à plusieurs vitesses.L\u2019écar t se creuse entre les milieux : certains établissements ou certaines classes sont considérés comme moins propices à l\u2019apprentissage (les familles qui le peuvent les fuient) et les conditions de travail y sont plus dif ficiles (les enseignants qui le peuvent les fuient également) », indique le document.Ce déséquilibre provoque une « crise de confiance » qui ébranle les écoles publiques, souligne le CSE.Des signes ne mentent pas.Ainsi, le pourcentage d\u2019élèves des écoles secondaires publiques inscrits dans des programmes enrichis (comme le spor t-études ou le programme international) est passé de 14,4 % en 2002-2003 à 17,2 % en 2012-2013.Le système québécois d\u2019éducation est un des plus inégalitaires au Canada, entre autres à cause de la place importante de l\u2019école privée \u2014 21,5 % des élèves québécois vont au privé, comparativement à 7,8 % pour l\u2019ensemble du Canada.Au secondaire, quatre élèves sur dix fréquentent l\u2019école privée à Montréal (39 %) et à Québec (42 %).« Le résultat de ce système, c\u2019est que les classes ordinaires n\u2019ont plus rien d\u2019ordinaire », rappelle Catherine Renaud, présidente de l\u2019Alliance des professeures et professeurs de Montréal.« On est favorables à l\u2019intégration d\u2019élèves en difficulté dans les classes ordinaires, mais pas à ce point-là : dans certaines classes d\u2019écoles publiques, plus de la moitié des élèves ont un handicap ou des troubles d\u2019apprentissage ou d\u2019adaptation.» Le privé interpellé La solution est simple : cesser d\u2019investir des fonds publics dans l\u2019école privée, obliger les écoles privées à accueillir davantage d\u2019élèves en difficulté et augmenter le financement des services aux élèves dans le réseau public, soutiennent les syndicats et d\u2019autres groupes, comme le Mouvement l\u2019école ensemble, qui a vu le jour en 2017.Le ministre Sébastien Proulx reconnaît les inégalités entre les écoles publiques ordinaires et celles, publiques ou privées, qui sélectionnent leurs élèves.Mais il préfère la technique de la carotte plutôt que celle du bâton pour rétablir l\u2019équité dans le système.« Il y a du travail à faire, a dit le ministre Proulx en entrevue au Devoir lors de la rentrée scolaire de l\u2019automne dernier.Il y a chez la classe régulière, classe que d\u2019autres ont appelée ordinaire, une classe de moins en moins régulière, en ce sens qu\u2019elle regroupe des gens de profils similaires, ou avec des difficultés, parce que les autres sont ailleurs.Et ça, c\u2019est certain que c\u2019est préoccupant.Mais il faut s\u2019assurer de donner accès au plus [grand nombre] de programmes possible au plus de gens possible.Il faut trouver des moyens de les attacher, pas à leur chaise, mais de faire en sorte qu\u2019ils soient motivés pour y rester.» L\u2019école privée « n\u2019en fait pas autant qu\u2019elle le pourrait », estime le ministre Proulx.« La contrepartie de ça, c\u2019est qu\u2019il faut aussi lui offrir des moyens pour le faire.J\u2019ai mis en place un projet-pilote dans les règles budgétaires de l\u2019an passé.Des sommes étaient of fertes aux établissements privés pour des projets d\u2019aide aux élèves avec des besoins particuliers.[\u2026] J\u2019ai toujours appelé à une plus grande complémentarité entre les deux réseaux en me disant chaque fois que nous allons continuer de respecter la liberté de choix des parents.C\u2019est la raison pour laquelle on fait le choix de poursuivre un financement de l\u2019école privée tel que nous le faisons.» Autres questions lancinantes On peut s\u2019attendre à ce que ce débat se poursuive d\u2019ici au scrutin de l\u2019automne.Le ministre Proulx devra répondre à une autre question déchirante : faut-il tenir comme prévu les élections scolaires le 4 novembre 2018, un mois après les élections provinciales ?La participation anémique aux élections scolaires (4,85 % en 2014) risque de souffrir de ce deuxième rendez-vous aux urnes en un mois.Autre grande décision en vue : faut-il rendre l\u2019école obligatoire jusqu\u2019à 18 ans?Le ministre y réfléchit.La Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault, en avance dans les sondages, soutient que ce coup de barre s\u2019impose pour freiner le décrochage scolaire.Fausse bonne idée, rétorquent certains : le système peine déjà à retenir les élèves jusqu\u2019à l\u2019âge de 16 ans.Tous ces « défis » en éducation se font plus pressants dans l\u2019île de Montréal.La Commission scolaire de Montréal rappelle qu\u2019elle n\u2019est pas comme les autres : plus des deux tiers des élèves viennent de milieux défavorisés, plus de 50 % d\u2019entre eux n\u2019ont pas le français comme langue maternelle et un élève sur quatre a des besoins par ticuliers.C\u2019est ici aussi que les écoles ont le plus grand déficit d\u2019entretien.« J\u2019entends ce que vous me dites», a répondu le ministre Proulx, questionné à ce sujet par Le Devoir à l\u2019hiver 2017.Avec Jessica Nadeau Le Devoir ÉDUCATION Les devoirs du ministre Proulx Les inégalités dans les services aux élèves et la lutte contre le décrochage sont au menu en 2018 Rétrospective et boule de cristal Les réalisations Encadrement de l\u2019école à la maison Éducation pour les enfants sans papiers Embauche de 1500 enseignants et autres professionnels Poursuite du déploiement de la maternelle 4 ans Accélération du financement des services aux élèves en difficulté Hausse de l\u2019activité physique Révision de la taxe scolaire Les défis Valoriser la profession d\u2019enseignant Clarifier les frais scolaires imposés aux parents L\u2019école obligatoire jusqu\u2019à 18 ans?Élections scolaires en novembre ?Plan pour l\u2019enseignement du numérique Ménage dans l\u2019évaluation des élèves Combattre l\u2019analphabétisme Rénover les écoles vieillissantes Ce courroux présidentiel à l\u2019encontre du Pakistan n\u2019est ni soudain, ni une lubie spécifique à Donald Trump FRANCIS VACHON LE DEVOIR L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 LE DEVOIR DE PHILO B 7 Dans la rubrique Le Devoir de philo, nous publions annuellement une version abrégée du texte gagnant du concours Philosopher qui se tient dans le réseau collégial.Le concours de 2017 portait sur ce thème : La beauté sauvera-t-elle le monde ?P A S C A L - O L I V I E R D U M A S - D U B R E U I L L\u2019auteur est étudiant en philosophie à l\u2019Université de Montréal.L e monde est menacé : qui pour le nier ?Il suffit d\u2019être exposé ne serait-ce que de façon négligeable aux médias et aux produits de consommation de masse pour constater qu\u2019il y a, dans la culture populaire, une fascination et un appétit certain pour les catastrophes.Les films à saveur apocalyptique excellent au box-office et la couverture médiatique opte, la plupart du temps, pour une approche sensationnaliste.Il paraît évident que le monde est touché d\u2019une affection et baigné d\u2019un nihilisme parasitaire improductif qui le pousse justement à chercher sa propre autodestruction.Ce nihilisme, comme l\u2019affirment Friedrich Nietzsche et Michel On- fray, «suppose la fin d\u2019un univers et la difficulté à l\u2019avènement d\u2019un autre » (La puissance d\u2019exister, 2006).Tous ne s\u2019entendent toutefois pas sur la nature de cette menace : détérioration de l\u2019environnement, terrorisme, modèle capitaliste et boursier, etc.Globalement, ces écueils ont généralement pour racine un manque de jugement.Devant de telles menaces, il est difficile d\u2019entrevoir une solution qui ne soit, de par sa vocation anecdotique, insignifiante.La hausse fulgurante des ordonnances d\u2019antidépresseurs et d\u2019anxiolytiques ne semble pas avoir épargné la population de la souffrance que lui impose sa condition, la consommation non plus, pas plus que le divertissement.La solution se trouverait donc en dehors de celles proposées par la société capitaliste industrielle post-chrétienne.Comment donc assurer un bonheur aux humains ?Marcel Proust écrivait dans son œuvre maîtresse que « la beauté est une promesse de bonheur » (À la recherche du temps perdu : La prisonnière, 1923).Dans sa quête inlassable du temps perdu, aurait-il mis le doigt sur un élément de la réponse ?La beauté aurait-elle la capacité de sauver le monde ?En d\u2019autres mots, la beauté, en tant que jugement libre et subjectif d\u2019une expérience du réel, a-t-elle la capacité de sauvegarder la société humaine, dans sa globalité, de la perte de repères et de jugement qui l\u2019assaille ?Il semblerait que la beauté possède justement l\u2019aptitude permettant à chacun de « [retrouver] le pouvoir de juger » (Pépin, Quand la beauté nous sauve, 2013).Dans La crise de la culture (1972), Hannah Arendt pose un regard critique sur l\u2019état du monde en évoquant les crises qu\u2019a engendrées l\u2019usure de la tradition induite par la révolution industrielle et, plus largement, l\u2019entrée dans l\u2019ère moderne.Cette mutation dans la dynamique so- ciétale est posée comme responsable de l\u2019émergence d\u2019une société de masse en ce sens que les couches, auparavant exclues de la société par un travail harassant, se voient intégrées en elle puisque disposant tout à coup «non seulement de richesse, mais de loisirs ».La société de masse apparaît donc comme colporteuse d\u2019une culture de masse servant à divertir, bien que de façon aliénante, ses nouveaux membres.Par définition, cette société de masse donne lieu à une psychologie collective qui exacerbe chez l\u2019individu à la fois son sentiment d\u2019«abandon» face à la masse, «son excitabilité et son manque de critères », « son aptitude à la consommation » et, plus grièvement, son « incapacité de juger».Dépossédé de cette faculté, l\u2019individu se voit privé, avec le réel, de toute libre expérience de son environnement et de lui-même.Puisque notre modèle économique n\u2019encourage la production que dans l\u2019optique d\u2019une consommation ultérieure, il est évident que l\u2019essentiel des entités à vocation esthétique ait une valeur marchande.Conçues sciemment pour plaire, les publicités, au sens large, constituent probablement les créations mécanisées que nous côtoyons le plus fréquemment.Dans l\u2019explosion de ses variantes, la publicité a phagocyté toute expérience désintéressée de notre rapport sensible avec le réel.Il est bien fâcheux de réaliser que l\u2019esthétisme artificiel récupéré par la société de masse annihile notre capacité de poser un jugement libre.L\u2019individu qui y est confronté devient ainsi aveugle à toute beauté puisque « la satisfaction se change en intérêt lorsque nous la lions à la représentation de l\u2019existence d\u2019un objet [alors même que le beau n\u2019existe que lorsqu\u2019un jugement est porté] sans aucun intérêt » (Kant, Critique de la faculté de juger, 1968).Lorsque la satisfaction vis-à-vis d\u2019un objet est intéressée, «elle se rapporte toujours à la faculté de désirer » qui, le nom l\u2019indique, s\u2019extrait de la faculté de juger, la seule qui s\u2019exerce vraiment « sans intérêt », « sans concept » et «sans représentation d\u2019une fin» en tant que «satisfaction nécessaire ».En suivant la logique inverse, par de tels énoncés, Emmanuel Kant, dans Critique de la faculté de juger, montre la voie, par l\u2019obligation critique qu\u2019impose le beau, vers la reconquête de notre faculté de juger.Globalement, il juge que l\u2019unique satisfaction souveraine que nous puissions expérimenter ne peut être provoquée qu\u2019au contact de la beauté.En effet, au moment de «savoir si une chose est belle », le sujet perçoit cette chose grâce à ses sens qui le limitent à des indications partielles et relatives sur celle- ci.Les perceptions sensorielles ainsi acquises suggèrent un jugement « en relation à la libre légalité de l\u2019imagination.» Si l\u2019imagination dans le jugement s\u2019exerce sans a priori, elle sera «productive et spontanée [\u2026] en tant que créatrice de formes arbitraires d\u2019intuitions possibles ».Kant distingue les jugements « déterminants» et « réfléchissants».Chez le premier, seul type que connaît le dogmatisme, « l\u2019universel et le particulier sont, l\u2019un et l\u2019autre, objets de connaissance, si bien que [l\u2019universel] y est déterminé, par les lois de l\u2019association, comme un cas d\u2019une loi ou règle universelle » (Bréhier, Histoire de la philosophie, 2004).En contrepartie, le second, seul qui tienne de l\u2019expérience esthétique pure, jaillit quand le particulier est dénué d\u2019une règle universelle préexistante.L\u2019analyse du particulier prescrit alors que « la faculté du jugement s\u2019exerce [pour nous donner une] règle nécessaire pour penser le donné » (Bréhier, Histoire de la philosophie).Ultimement, cette préhension de notre relation sensible au monde a pour conséquence de redonner, à ceux qui font l\u2019expérience de la beauté, une confiance en leurs facultés et une inclination à la pratique du jugement.Au sens large, la beauté est donc encline à encourager l\u2019exercice du libre arbitre, et ce, même quand il n\u2019existe pas de concept préexistant ou d\u2019a priori.La théorie kantienne accorde à la beauté la fonction de rempart contre la dépossession critique induite par la société de masse et sa culture de masse.En ce sens, elle semble pouvoir sauver le monde.Pour Kant, le jugement esthétique était une sentence libérée de critères préexistants.Sous cet angle, le jugement induit par le beau aurait une valeur supérieure conformément à sa capacité à catalyser la faculté de juger et de par son indépendance par rapport aux traditions, aux normes, aux valeurs et aux dogmes.Malheureusement, il semblerait que Kant ait été aveugle à la possible existence, dans les sociétés de masse, d\u2019une culture esthétique elle-même induite par les traditions, les normes, les valeurs et les dogmes portés par l\u2019idéologie dominante.Dans La dialectique de la raison (1974), Max Horkheimer et Theodor W.Adorno corroborent l\u2019existence d\u2019une culture esthétique dominante au service des intérêts de ceux qui, justement, « dominent économiquement ».Ils observent une uniformisation dans les productions culturelles qui est le fruit d\u2019un «système» constitué grosso modo de la télévision et du cinéma, de la radio et des magazines.Ils déclarent : «Sous le poids des monopoles, toute civilisation de masse est identique et l\u2019ossature de son squelette conceptuel fabriqué par ce modèle commence à paraître.» Cette normalisation supprime peu à peu toutes altérités.Un tel système aseptisé de toute marginalité a pour effet de réduire le contact des individus avec des objets pour lesquels ils ne possèdent pas de concept ou d\u2019a priori.Horkheimer et Adorno remarquent que tout besoin « qui par exemple pourrait échapper au contrôle central est déjà réprimé par le contrôle de la conscience individuelle».Même constat pour les secteurs culturels : «chaque secteur est uniformisé et tous le sont les uns par rapport aux autres» dans un jeu d\u2019interdépendance.En fait, l\u2019idéologie dominante incite la majorité à associer, de façon simpliste, des concepts de beauté artificiels et préfabriqués à la plupart des objets auxquels elle donne son aval parce qu\u2019ils se fondent dans la logique systémique et perpétuent le modèle en place.En contrepartie, les individus sont conditionnés à éprouver une aversion pour tout ce qui ne leur est pas familier.Dans ce système, les seuls exotismes qui soient sont édulcorés et vidés de leur substance pour ne devenir, en fait, qu\u2019un produit comme un autre.Horkheimer et Adorno ajoutent : « Pour ses loisirs [l\u2019humain] qui travaille doit s\u2019orienter suivant cette production unifiée.» Il serait donc laborieux de se soustraire à cette foire extravagante, ostentatoire et absurde.La théorie kantienne présumait que l\u2019individu, en voie de poser un jugement, aurait le champ libre pour organiser et embrasser les concepts selon sa propre volonté.En revanche, l\u2019industrie a plutôt l\u2019habitude de «tout schématiser» à sa place.Dans une telle situation, l\u2019expérience de la beauté n\u2019a plus rien à voir avec le libre arbitre, mais devient, à l\u2019inverse, une mécanique prédéterminée qui a pour simple effet de déposséder encore davantage l\u2019individu de sa créativité et de sa faculté de poser un jugement «réfléchissant».Pour conclure, les menaces qui pèsent sur le monde sont principalement dues à la perte de jugement engendrée par l\u2019avènement d\u2019une société de masse colporteuse d\u2019une culture de masse.Kant accorde à l\u2019expérience esthétique de la beauté la capacité d\u2019induire un jugement réfléchissant chez le sujet qui l\u2019observe.Cependant, Hor- kheimer et Adorno montrent que ce jugement n\u2019est en fait, dans notre société marchande, qu\u2019un ersatz de liberté, en ce sens qu\u2019il est déterminé par les produits culturels qui confortent l\u2019idéologie dominante dans un statu quo vicié.Nul baume ne semble pouvoir nous préserver du désespoir.Néanmoins, lumière au bout du tunnel il y a.Dans Survivance de lucioles, Georges Didi- Huberman emprunte l\u2019image des lucioles à Pier Paolo Pasolini.Les lucioles sont ces gens empreints de poésie que le système n\u2019arrive pas à engloutir.Des lucioles subsistent et leur amour de la beauté affranchie est contagieux.Les lucioles opposent les scintillements des contre-pou- voirs aux lumières éblouissantes du pouvoir.En outre, pour reprendre les mots de Milan Kun- dera, chacun, « à son insu, compose sa vie d\u2019après les lois de la beauté jusque dans les instants du plus profond désespoir» (L\u2019insoutenable légèreté de l\u2019être, 1984).Notre abattement face au monde n\u2019est pas sans issue.?Des commentaires ?Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@ledevoir.com.Pour lire ou relire les a n c i e n s t e x t e s d u D e v o i r d e p h i l o : www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo S\u2019affranchir de la beauté préfabriquée Il y a de ces gens empreints de poésie que le système n\u2019arrive pas à engloutir GUILLAUME SOUVANT AGENCE FRANCE-PRESSE Pour Emmanuel Kant, le jugement esthétique était une sentence libérée de critères préexistants.Malheureusement, il semblerait qu\u2019il ait été aveugle à la possible existence, dans les sociétés de masse, d\u2019une culture esthétique elle-même induite par les traditions, les normes, les valeurs et les dogmes portés par l\u2019idéologie dominante.PASCAL-OLIVIER DUMAS-DUBREUIL Pascal-Olivier Dumas-Dubreuil est étudiant en philosophie à l\u2019Université de Montréal.Sous le poids des monopoles, toute civilisation de masse est identique et l\u2019ossature de son squelette conceptuel fabriqué par ce modèle commence à paraître Max Horkheimer et Theodor W.Adorno « » Au Canada anglais, l\u2019appel au « dialogue » lancé en juin dernier par Philippe Couillard avec la Politique d\u2019af firmation du Québec a fait l\u2019objet d\u2019une couverture médiatique marginale tandis que les réactions politiques à l\u2019idée même de reconnaître la nation québécoise dans la Constitution peuvent se résumer à une fin de non-recevoir exprimée dans le meilleur des cas avec une délicatesse toute canadienne.omme le révélait Le Devoir jeudi, le ministère du Conseil exécutif (MCE) a fait un inventaire exhaustif des réactions politiques et médiatiques au Québec et dans le reste du Canada qu\u2019a suscitées la Politique d\u2019af?rmation intitulée Québécois, notre façon d\u2019être canadiens et dévoilée par le premier ministre Philippe Couillard.Selon des documents rendus publics en vertu de la loi d\u2019accès à l\u2019information, cette politique a été reçue dans la quasi-indiffé- rence par les médias du ROC.En fait, c\u2019est au Québec que les médias s\u2019y sont le plus intéressés.Quant aux réactions politiques, on se souviendra que le premier ministre Justin Trudeau a rejeté d\u2019emblée toute idée d\u2019ouvrir la Constitution avant même d\u2019avoir lu le document de près de 200 pages préparé par le Secrétariat des affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC).Les premiers ministres des provinces, du moins ceux qui ont daigné s\u2019exprimer sur la question, se sont montrés moins cavaliers, même si leur réaction était sensiblement la même.Quatre des dix provinces, dont la Colombie-Britannique, n\u2019ont fait aucun commentaire sur le sujet.Dans une lettre que Le Devoir publie ce samedi, le ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc-Fournier, revient sur cette « reprise d\u2019un dialogue oublié » qui aurait obtenu un certain succès auprès de la gent universitaire.Même s\u2019il n\u2019y a pas « d\u2019appétit constitutionnel », la démarche de son gouvernement est « essentielle et de longue haleine ».Ne pas se ?xer d\u2019échéancier est certes une façon commode d\u2019éviter d\u2019échouer.Tout en soulignant que les Québécois vivent « un exil intérieur», le document à l\u2019appui de la politique reprend les principes élaborés par les tenants du fédéralisme renouvelé et réaf?rme la nécessité de reconnaître formellement la nation québécoise.Or comme le rappelle le politologue Jean-Herman Guay, dans un texte recensé par le MCE, Philippe Couillard a déjà déclaré que si l\u2019option souverainiste est à rejeter, c\u2019est parce que les Québécois ne sont ni humiliés ni opprimés ; ils forment un peuple libre, un peuple heureux, un peuple prospère.Cela tient d\u2019une «pensée équivoque », selon l\u2019universitaire, car s\u2019il s\u2019agit d\u2019un « exil heureux », comment convaincre le reste du Canada de s\u2019engager dans ce débat long, chargé et risqué pour y mettre ?n?Dans un autre texte recensé par le MCE, c\u2019est au tour du sénateur André Pratte de douter de la démarche du gouvernement Couillard.Selon lui, c\u2019est bien mal connaître le Canada anglais que de penser le convertir à une vision plurinationale du pays, de croire que « le Québec et le Canada semblent prêts pour un changement de paradigme».Quant au «dialogue» dont on se gargarise, c\u2019est plutôt à «un monologue, un prêche» que le gouvernement Couillard convie le reste du Canada, relève le sénateur.Rappelons que c\u2019est au moment de la course à la direction du Parti libéral du Québec en 2013 que Philippe Couillard a exprimé le souhait que le Québec « réintègre la famille canadienne » en signant la Constitution, évoquant l\u2019échéance du 150e anniversaire de la fédération.Maintenant que l\u2019échéance est passée, force est de constater que rien ne nous a rapproché de l\u2019objectif, malgré les efforts qu\u2019inspire à Jean-Marc Fournier sa foi du charbonnier.C\u2019est qu\u2019il manque un élément sans lequel rien n\u2019est possible : une volonté de la part du gouvernement fédéral et de son premier ministre.Entre-temps, ce sont plutôt les prérogatives du gouvernement du Québec qui risquent d\u2019écoper.Ottawa s\u2019est associé à Keith Henderson pour invalider des pans de la loi 99, qui édicte le droit du peuple québécois de choisir librement son régime politique : une décision est attendue prochainement.Devant la Cour supérieure, une association musulmane ontarienne, plaidant en anglais, a obtenu la suspension de l\u2019article de la loi 62 sur le visage découvert, cette disposition décriée comme «uncanadian» au Canada anglais.C\u2019est l\u2019exil intérieur qui se poursuit, le caractère distinct du Québec qui est battu en brèche et les droits des Québécois qui sont contestés.Ce n\u2019est pas un monologue, fût-il écouté, qui y changera quelque chose.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 B 8 EDITORIAL L E T T R E S Nos doubleurs donnent enfin l\u2019heure juste J\u2019ai lu ce passage étonnant sur le tout nouveau site Web de l\u2019Association nationale des doubleurs professionnels (ANDP), qui regroupe 12 maisons de doublage au Québec : « Nos membres créent des versions en langue française internationale pour les grands réseaux de diffusion traditionnels, les nouveaux canaux de dif fusion par abonnement sur l\u2019Internet ou toute autre plateforme.Ces versions sont présentées sur toute la planète francophone.Ils peuvent aussi, dans le cas de projets qui doivent rejoindre un marché spécifique ou avoir une saveur locale, préparer un doublage en utilisant les expressions et les références historiques ou humoristiques qui rejoignent les spectateurs ciblés.» L\u2019ANDP dit enfin la vérité, car son discours, comme celui de l\u2019Union des artistes (UDA) d\u2019ailleurs, était tout autre L I B R E O P I N I O N S I M O N L A P I E R R E Professeur à l\u2019École de service social de l\u2019Université d\u2019Ottawa E n 2018, le Gouvernement du Québec mettra en œuvre deux nouvelles initiatives pour améliorer les interventions en matière de violences faites aux femmes.En effet, il a récemment annoncé la création d\u2019un comité d\u2019examen des décès liés à la violence conjugale et d\u2019un projet pilote visant la révision des dossiers d\u2019agression sexuelle.Ces annonces ont été faites dans la foulée des nombreuses situations de violence sexuelle et d\u2019homicide conjugal rapportées dans les médias au cours des derniers mois, mais sont aussi le résultat des efforts déployés par des groupes féministes, tels que la Fédération des maisons d\u2019hébergement pour femmes, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et le Regroupement québécois des centres d\u2019aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.Inspirées de structures en place dans d\u2019autres provinces et d\u2019un modèle développé à Phi- ladelphie, ces initiatives prévoient notamment une collaboration entre les différents acteurs du système de justice et les organismes spécialisés en violences faites aux femmes.Si ces initiatives sont prometteuses, c\u2019est lors de leur mise en œuvre que nous verrons si les instances gouvernementales et les acteurs du système de justice ont une volonté réelle d\u2019investir dans ces initiatives pour amener des changements significatifs et durables dans la façon dont ils interviennent auprès des femmes victimes de violence.Expertise Le succès de ces initiatives repose d\u2019abord sur une reconnaissance de l\u2019expertise développée par les groupes féministes au cours des quatre dernières décennies, en offrant des services directs aux survivantes de violence et en luttant pour la défense de leurs droits individuels et collectifs.La reconnaissance de cette expertise devrait donc se refléter concrètement dans la composition et dans les modalités de fonctionnement des comités chargés de l\u2019examen des décès liés à la violence conjugale et de la révision des plaintes d\u2019agression sexuelle.Ainsi, les représentantes des groupes féministes devraient être en nombre suffisant et devraient avoir un statut leur permettant de jouer un rôle de leadership au sein de ces comités.Pour amener des changements significatifs et durables, les membres des comités doivent d\u2019abord avoir accès à toutes les informations qu\u2019ils jugent nécessaires pour réaliser un examen complet et approfondi des dossiers, sans se limiter aux documents soumis volontairement par les différents acteurs du système de justice concernés par ces dossiers.De plus, même si le travail de ces comités vise généralement à amener des changements tout en évitant de mettre en cause des individus pour les erreurs commises ou pour les problèmes existants, des mécanismes devraient être en place pour sanctionner les individus qui ont eu des comportements inadéquats.Par ailleurs, des mécanismes devraient être en place pour permettre aux comités de faire un suivi de leurs recommandations et de s\u2019assurer qu\u2019elles sont mises en œuvre par les différentes instances gouvernementales et par les acteurs du système de justice.Liberté d\u2019expression Bien que la contribution des groupes féministes soit essentielle pour assurer le succès de ces initiatives, leur participation à ces comités ne doit absolument pas compromettre leur indépendance par rapport aux instances gouvernementales et à leur liberté de s\u2019exprimer publiquement sur des enjeux liés au travail réalisé par ces comités.Ainsi, même si des mesures doivent être prises pour assurer la confidentialité de certaines informations soumises aux membres des comités, les règles relatives à la confidentialité devraient être circonscrites et se limiter aux informations personnelles contenues dans les dossiers étudiés.La participation des groupes féministes à ces initiatives ne devrait donc pas les empêcher de dénoncer les lacunes présentes dans le système de justice ou de critiquer publiquement certaines décisions ou mesures gouvernementales.De plus, ces groupes devraient avoir la possibilité, en cas de désaccord, de se dissocier publiquement de certaines recommandations émises par les comités.En somme, ces initiatives prometteuses ne doivent pas être utilisées, volontairement ou involontairement, pour museler les groupes féministes qui militent depuis plusieurs décennies pour la défense des droits des femmes victimes de violence, puisque la poursuite des progrès et des luttes contre les violences faites aux femmes dépendent de la vitalité de ces groupes.Violences faites aux femmes : des initiatives prometteuses FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, VALÉRIE DUHAIME, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur de la production CHRISTIAN GOULET avant : « Les Québécois désirent avoir accès à des films et des séries télévisées doublés ici, qui leur ressemblent et qui tiennent compte des par ticularités linguistiques et culturelles d\u2019ici.» Nous savons pourtant depuis longtemps que la langue utilisée dans la grande majorité des doublages québécois a toujours été incontestablement le français international, et ce, dès la télésérie Star Trek, en 1969.Mais il fallait titiller la fibre nationaliste des Québécois pour pousser les gouvernements successifs à Québec à toujours plus subventionner leur industrie, mise en difficulté.Alors, maintenant que l\u2019ANDP reconnaît les faits, je lui demande pourquoi les Québécois devraient grassement subventionner des doublages « en langue française internationale pour les grands réseaux de diffusion traditionnels, les nouveaux canaux de dif fusion par abonnement sur l\u2019Internet ou toute autre plate- forme », quand nous sommes très bien servis à ce chapitre par les doublages européens, qui eux présentent l\u2019avantage de ne rien nous coûter ?En conclusion, je soumets le compromis suivant à l\u2019ANDP et à l\u2019UDA : les seuls doublages qui bénéficieraient dorénavant de subventions étatiques seraient ceux ayant « une saveur locale » et utilisant « les expressions et les références historiques ou humoristiques qui rejoignent les spectateurs ciblés ».Tous les autres ne le seraient pas.Sylvio Le Blanc Montréal, le 2 janvier 2018 Remettre l\u2019indépendance du Québec sur la carte Depuis la défaite crève-cœur du référendum de 1995, soit depuis plus de 20 ans, le Parti québécois (PQ), qui se proclame comme le seul parti véritablement indépendantiste de par le règlement numéro 1 de ses statuts, ne cesse de tergiverser sur le « moment opportun » de ressortir du placard l\u2019accession du Québec à sa souveraineté, le chef actuel, Jean-François Lisée, ayant jeté son dévolu sur 2022\u2026 Par ailleurs, personne ne peut nier que la souveraineté du Québec n\u2019obtient pas la cote de popularité auprès d\u2019une for te majorité de Québécoises et de Québécois évaluée à quelque 60 %.À mes yeux, un tel désaveu émerge du laxisme de celles et ceux qui doivent porter l\u2019étendard de la souveraineté, à commencer par la députation péquiste qui allègue que l\u2019heure n\u2019est pas encore arrivée.À supposer que cette asser tion soit fondée, peut-être serait-il opportun de se demander pourquoi il en est ainsi, 22 ans après le dernier appel au peuple.À mon avis, la réponse va de soi : l\u2019indépendance brille par son absence dans les débats politiques qui font la une des médias.Elle a été remplacée par le mythe du « bon gouvernement », un sparadrap qui ne fa i t que voi ler toute tentative d\u2019émergence de velléités indépendantistes.Selon moi, une seule voie reconnectera les Québécoises et les Québécois de tous les âges sur le cap de la souveraineté : les stratèges péquistes se doivent, d\u2019un côté, de mettre en exergue les avantages de l\u2019indépendance du Québec, et de l\u2019autre côté, les désavantages du fédéralisme canadien.Une démarche qui devrait contribuer grandement à remettre l\u2019indépendance du Québec sur la carte ! Henri Marineau Québec, le 2 janvier 2018 POLITIQUE D\u2019AFFIRMATION DU QUÉBEC L\u2019exil intérieur, encore et toujours C ROBERT DUTRISAC L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 B 9 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).Écrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l\u2019abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 5500 caractères (y compris les espaces), ou environ 850 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi : si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@ledevoir.com), mais dans tous les cas, n\u2019oubliez pas d\u2019indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.J E A N - M A R C F O U R N I E R Ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne n réaction à l\u2019article «Constitution : le ROC reste sourd aux appels de Couil- lard», publié dans Le Devoir du 4 janvier 2018, je crois d\u2019abord utile de rappeler que notre politique d\u2019affirmation et de relations canadiennes déborde largement le seul cadre constitutionnel.Ensuite, et surtout, j\u2019estime essentiel de souligner certaines dimensions de la démarche amorcée par cette politique.À l\u2019occasion du 150e anniversaire de la fédération canadienne, nous avons af firmé ce que nous sommes comme Québécois et avons proposé la reprise d\u2019un dialogue oublié, sur la place du Québec au sein du Canada.Nous avons partagé, avec tous les Canadiens, une proposition pour le Canada de demain.Notre mission est d\u2019abord de redonner aux penseurs canadiens le désir de réfléchir à l\u2019avenir de notre fédération, en y incluant la perspective québécoise.La réponse à nos approches en ce domaine est, à ce jour, positive et enthousiasmante.Nous avons pris part à des activités à l\u2019Université McGill, à l\u2019Université Concordia et à l\u2019Université de Montréal, aux universités Memorial, York et Queen\u2019s ainsi qu\u2019à celles de l\u2019Alberta, de Calgary, de Regina.La Politique est une lecture obligatoire dans un cours de politique canadienne à l\u2019Université Queen\u2019s et dans un cours de droit constitutionnel à l\u2019Université McGill.Le réputé Institut de relations intergouvernementales de l\u2019Université Queen\u2019s a, en novembre, organisé toute une journée de discussions sur les moyens de mise en œuvre de la Politique.La question de l\u2019asymétrie comme façon de viser des objectifs communs dans le respect de nos dif férences, soulignée, en septembre, par la première ministre de l\u2019Ontario devant l\u2019Assemblée nationale du Québec, a été abordée à plusieurs reprises, indiquant un changement dans la pensée fédérale canadienne.Tout récemment, le premier ministre du Québec et la première ministre de l\u2019Ontario ont été réunis au Mowat Centre pour discuter de notre politique lors de la Confederation of Tomorrow Conference 2.0, une discussion chaudement applaudie par l\u2019auditoire.Un rapprochement avantageux La relation Québec-Canada ne se résume pas qu\u2019à celle de deux solitudes.De nombreuses solidarités nous unissent, montrant qu\u2019un rapprochement est non seulement possible, mais avantageux pour tous.Nos relations commer- c iales à travers le Canada en témo ignent chaque jour ; par exemple, je vous rappelle que nous échangeons plus de biens avec le Nou- veau-Brunswick qu\u2019avec toute la France.La Politique d\u2019affirmation du Québec et de relations canadiennes est une démarche essentielle et de longue haleine.Elle nous rappelle qu\u2019un dialogue respectueux, franc et empreint de confiance mutuelle, qui met en évidence les solidarités économiques, environnementales, sociales et culturelles que nous avons ensemble, a toutes les chances de nous permettre d\u2019en créer d\u2019autres.Il n\u2019y a pas d\u2019appétit constitutionnel, mais il y en a un pour une meilleure compréhension mutuelle et pour un rapprochement au sein du Canada : plus de place pour les autochtones, une compréhens ion accr ue du sent iment d\u2019aliénation de l\u2019Ouest, une meilleure reconnaissance de la nation québécoise.C\u2019est avec une nouvelle compréhension que pourra s\u2019ou- vr ir, sans cr ise, une fenêtre constitut ion- nelle.Nous avons tous une histoire à raconter.Nous avons tous une histoire commune à écrire ensemble.Nous devons reprendre le dialogue sur nos relations.Une chose me paraît claire, c\u2019est qu\u2019il faut d\u2019abord mieux se connaître pour mieux se reconnaître.Nous y travaillons patiemment.L\u2019écho à la Politique d\u2019affirmation du Québec La relation Québec-Canada ne se résume pas qu\u2019à celle de deux solitudes Y V A N A L L A I R E E T M I C H E L N A D E A U Respectivement président et directeur général de l\u2019Institut de la gouvernance ans son projet de loi visant principalement à améliorer l\u2019encadrement du secteur financier, le ministre des Finances du Québec a mis la barre haute en proposant quelque 2000 modifications législatives touchant l\u2019ensemble des institutions d\u2019assurance, de dépôts et de fiducie relevant de l\u2019État québécois.Le texte de 488 pages soulèvera de nombreuses questions, notamment chez les intermédiaires financiers lors de la commission parlementaire des 16 et 17 janvier prochains.En tant qu\u2019experts en gouvernance, nous sommes très préoccupés par certains articles du projet de loi qui enlèvent aux conseils d\u2019administration des institutions des pouvoirs qui leur sont reconnus par la loi québécoise et canadienne sur les sociétés par actions.De plus, certaines propositions du projet de loi risquent de semer la confusion quant au devoir de loyauté des membres du conseil envers l\u2019organisation.La gouvernance des sociétés repose sur une pierre angulaire : le conseil d\u2019administration, qui tire sa légitimité et sa crédibilité de son élection par les membres, les actionnaires ou les sociétaires de l\u2019organisation.Il est l\u2019ultime organe décisionnel, l\u2019instance responsable de l\u2019imputabilité et de la reddition de comptes.Tous les comités du conseil créés à des fins spécifiques sont consultatifs pour le conseil.Arrangements insoutenables De façon sans précédent, le projet de loi 141 impose aux conseils d\u2019administration l\u2019obligation de «confier à certains administrateurs qu\u2019il désigne ou à un comité de ceux-ci les responsabilités de veiller au respect des saines pratiques commerciales et des pratiques de gestion saine et prudente et à la détection des situations qui leur sont contraires».À quelles informations ce « comité » aurait-il accès, lesquelles ne seraient pas connues d\u2019un comité d\u2019audit normal ?En quoi cette responsabilité dévolue à un nouveau comité est-elle différente de la responsabilité qui devrait incomber au comité d\u2019audit ?Le projet de loi stipule que dès que le comité prévu prend connaissance d\u2019une situation qui entraîne une détérioration de la situation financière (un fait qui aurait échappé au comité d\u2019audit ?), qui est contraire aux pratiques de gestion saine et prudente ou qui est contraire aux saines pratiques commerciales, il doit en aviser le conseil d\u2019administration par écrit.Le conseil d\u2019administration doit alors voir à remédier promptement à la situation.Si la situation mentionnée à cet avis n\u2019a pas été corrigée selon le jugement de l\u2019administrateur ou du comité, celui-ci doit transmettre à l\u2019Autorité une copie de cet avis.Le conseil d\u2019administration pourrait, soudainement et sans avoir été prévenu, apprendre que l\u2019AMF frappe à la por te de l\u2019institution parce que cer tains de leurs membres sont d\u2019avis que le conseil dans son ensemble n\u2019a pas corrigé à leur satisfaction certaines situations jugées inquiétantes.Ces nouveaux arrangements de gouvernance sont insoutenables.Ils créent une classe d\u2019administrateurs devant agir comme chiens de garde du conseil et comme délateurs des autres membres du conseil.Une telle gouvernance rendrait impossibles la nécessaire collégialité et l\u2019égalité entre les membres d\u2019un même conseil.Cette forme de gouvernance, inédite et sans précédent, soulève la question fondamentale de la confiance dont doit jouir un conseil quant à sa capacité et à sa volonté de corriger d\u2019éventuelles situations préoccupantes.Comité d\u2019éthique Le projet de loi 141 semble présumer qu\u2019un comportement éthique requiert la création d\u2019un comité d\u2019éthique.Ce comité devra veiller à l\u2019adoption de règles de comportement et de déontologie, lesquelles seront transmises à l\u2019AMF.Le comité avise, par écrit et sans délai, le conseil d\u2019administration de tout manquement à celles-ci.Le pro jet de loi 141 obligera le comité d\u2019éthique à transmettre annuellement à l\u2019Autorité des marchés un rapport de ses activités, incluant la liste des situations de conflit d\u2019intérêts, les mesures prises pour veiller à l\u2019application des règles et les manquements observés.Le texte de ce projet de loi devrait plutôt se lire ainsi : « Le Comité d\u2019éthique soumet son rapport annuel au conseil d\u2019administration, qui en fait parvenir copie à l\u2019AMF dans les deux mois suivant la clôture de l\u2019exercice.» Encore une fois, c\u2019est vraiment mal comprendre le travail des comités que d\u2019imputer à ceux-ci des responsabilités « décisionnelles » qui ne devraient relever que du conseil dans son ensemble.L\u2019ensemble des textes législatifs sur la gouvernance des organisations ne laisse place à aucune ambiguïté : la loyauté d\u2019un membre du conseil est d\u2019abord envers son organisme.Or, le projet de loi instaure un mécanisme de dénonciation auprès de l\u2019AMF.Insatisfait d\u2019une décision de ses collègues ou de leur réaction à une situation donnée, un administrateur devrait ainsi renoncer à son devoir de loyauté et de confidentialité pour choisir la route de la dénonciation en solo.L\u2019administrateur ne devrait pas se prévaloir de ce régime de dénonciation, mais livrer bataille dans le cadre prévu à cette fin : le conseil.Agir autrement est ouvrir la porte à des ma- nœuvres douteuses qui mineront la cohésion et la solidarité nécessaire au sein de l\u2019équipe du CA.Si la majorité des administrateurs ne partagent pas l\u2019avis de ce valeureux membre, celui-ci pourra démissionner du conseil en informant l\u2019Autorité des motifs de sa démission, comme l\u2019exige le projet de loi 141.Le projet de loi 141 doit être amendé pour conserver aux conseils d\u2019administration l\u2019entière responsabilité du fonctionnement de la bonne gouvernance des organismes visés par le projet de loi.PROJET DE LOI 141 Les conseils d\u2019administration doivent demeurer responsables S T E P H E N C O R N I S H Chef de la direction, Fondation David Suzuki la fin de 2017, alors que l\u2019attention du monde entier était dirigée vers Bonn où se déroulait la conférence internationale sur le climat, 15 000 scientifiques semaient l\u2019émoi à travers le monde en tirant l\u2019alar - me : l\u2019ef fondrement de la biosphère a atteint un point critique et menace la survie mê - me de notre espèce.Regardant le fond du précipice, l\u2019humanité a entendu cette énième mise en garde, puis est revenue à l\u2019indifférence, se préparant à faire le dernier pas qui la plongera dans l\u2019abîme.Après quarante années de signaux ignorés, 2018 doit être l\u2019année des décisions.Nous sommes entrés dans une ère de conséquences.Au cours des vingt années que j\u2019ai passées à Médecins sans frontières, j\u2019ai été témoin des impacts dévastateurs des changements climatiques à travers le monde.Les catastrophes naturelles, les sécheresses et les famines, les vagues de réfugiés climatiques frappent les plus pauvres et déstabilisent des pays entiers, contribuant par fois au déclenchement de con - flits armés.Pensons à la Syrie, où j \u2019ai travaillé et où une sécheresse historique a poussé un million de paysans dans les villes, quelques mois à peine avant qu\u2019éclate une sanglante guerre civile qui a jeté sur les chemins et les mers des centaines de milliers de réfugiés.Nouvelle ère Si j\u2019ai choisi de me joindre à la Fondation David Suzuki, c\u2019est que, bien qu\u2019il soit essentiel de prêter assistance médicale et humanitaire aux populations qui font face à des situations de crise aggravées par les changements climatiques, j\u2019ai la conviction qu\u2019il nous faut aussi, et de toute urgence, agir pour prévenir son aggravation, pour prévenir la souf france humaine aussi injuste qu\u2019intolérable qui découle de la somme de nos actions ou de notre inaction.Le combat humanitaire et la lutte environnementale sont désormais réunis par la crise climatique, et nous avons le devoir, devant les plus démunis de cette planète et devant les générations à venir, de fournir une réponse à la hauteur de ce qu\u2019exige l\u2019Histoire.Nous sommes entrés dans une ère de responsabilité, une ère où chacune de nos décisions va imprégner une marque indélébile sur la suite du monde tel que nous le connaissons.Il n\u2019est plus acceptable d\u2019af firmer que la transition prendra du temps.Nous n\u2019en avons plus.Il n\u2019est plus justifiable de soutenir le développement des hydrocarbures et des sables bitumineux comme les gouvernements du Québec et du Canada le font tout en prétendant lutter contre les changements climatiques.La duplicité a trop longtemps servi de refuge à l\u2019inaction.Chocs climatiques Il faut également cesser de prétendre que les transformations à venir se feront dans le confort et que la technologie à elle seule nous fournira une panacée.Nous ferons bientôt face à des chocs climatiques et à des contraintes écologiques qui non seulement limiteront notre développement économique futur, mais qui impacteront sévèrement notre qualité de vie.Dans ce contexte, notre modèle économique, érigé sur le gaspillage et la surconsommation, tire à sa fin, que nous le voulions ou non.Aussi bien l\u2019accepter dès maintenant et transformer nos façons de faire plutôt que de subir impuissants des changements qui nous seront imposés par la réalité.Devant cet état de fait, nous devons sortir de nos ornières et remettre en cause certains fondements de notre modèle de développement économique qui nous condamnent à l\u2019inertie et à l\u2019effondrement.Notre niveau de vie actuel repose sur l\u2019endettement des générations futures.Le véritable courage consiste à mettre fin à cette injustice.Mais il y a plus qu\u2019une lueur d\u2019espoir devant nous : il y a cette extraordinaire solidarité humaine que j\u2019ai pu voir à travers le monde, dans des circonstances qui semblaient parfois sans espoir.Comme devant la crise d\u2019Ebola en Afrique de l\u2019Ouest, où après une période de panique et d\u2019inaction collective meurtrière, la communauté internationale a finalement répondu « présente » en rejoignant les organisations humanitaires et le personnel soignant local pour mettre fin en quelques mois à une épidémie aux propor tions bibliques que l\u2019on croyait jusque-là impossible à vaincre.C\u2019est sur cette capacité que nous avons de nous réunir et de nous entraider que réside notre salut.En ce début de 2018, j\u2019invite tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté à faire tomber l\u2019indifférence et le cynisme, et à se joindre à nous pour que cette année soit celle des décisions, au Québec, au Canada et à travers le monde.ENVIRONNEMENT 2018, l\u2019année des décisions E D KYLE GRILLOT AGENCE FRANCE-PRESSE Des résidants de Los Angeles observant l\u2019incendie dit de «Creek» qui a ravagé le quartier de Shadow Hills, en décembre dernier.À L\u2019effondrement de la biosphère menace la survie de notre espèce B 10 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 J A N V I E R 2 0 1 8 L E S P E T I T E S A N N O N C E S ST-CALIXTE - MAISON EN BOIS ROND 915, RUE LANGLOIS À qui la chance ! 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LUCIE R ICARD V O I R M E S P R O P R I É T É S L U C I E R I C A R D R E / M A X Q U É B E C C O U RT I E R A G R É É R E / M A X A L L I A N C E , A G E N C E I M M O B I L I È R E 514 386-9804 FACE AU PARC LAFONTAINE, PRÈS MÉTROS ET SERVICES Les Dauphins sur-le-Parc figurent parmi le nec plus ultra du patrimoine montréalais.Qualité de vie en plein cœur du Plateau, prestige, vue spectaculaire, piscine, gym, saunas.Choix de condos 3 ½ au 9 ½, Penthouse.CONDO VEDETTE \u2013 212 000 $ Ce condo joliment rénové, balcon, grande chambre, plancher de bois, situé au 15e étage avec vue exceptionnelle sur le fleuve et le stade Olympique.Dans immeuble prestigieux et sécuritaire.CENTRIS # 10487960 ST-CALIXTE - MAISON EN BOIS ROND 915, RUE LANGLOIS À qui la chance ! 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