Le devoir, 11 novembre 2017, Cahier J
[" 1.Flamboyante galaxie (Marie-Lou Gendron- Marsolais, Julie Hlavacek- Larrondo et Maxime Pivin Lapointe, Université de Montréal).La galaxie NGC 1275 cache un trou noir supermassif responsable de puissants jets de particules (en rose) qui entretiendraient la température élevée (60 millions ºC) des gaz qui s\u2019étendent entre les galaxies (en bleu).2.Intestin dépolluant (Jean-Baptiste Burnet, Polytechnique Montréal).Daphnia pulex, un minuscule crustacé d\u2019eau douce, vient d\u2019ingérer une population de la bactérie Escherichia coli marquée avec un fluorochrome bleu.Les chercheurs évaluent si cette puce peut devenir une alliée dans la dépollution des cours d\u2019eau.3.Migration des minéraux (Nelly Manéglia, Université Laval).L\u2019observation de la couleur et l\u2019analyse de la composition chimique d\u2019un grain de sable permettent de localiser un gisement enfoui sous d\u2019épaisses couches de sédiments.En effet, chaque dépôt est associé à des minéraux « indicateurs », tel ce grain d\u2019épidote, provenant d\u2019un sédiment glaciaire.4.Des réserves en or (Guillaume Grosbois, Université du Québec à Chicoutimi).Les copépodes survivent sous la glace des lacs gelés en accumulant des réserves de lipides sous forme de gouttelettes (orange).La disponibilité de ces acides gras dans la chaîne alimen - taire est tributaire de l\u2019acti - vité hivernale des petits crustacés qui s\u2019en nourrissent.Le 73e gala de l\u2019Association francophone pour le savoir, l\u2019Acfas, s\u2019est tenu le 8 novembre dernier à Montréal.Une occasion annuelle de souligner la contribution exceptionnelle à la recherche scientifique de chercheuses et de chercheurs de toutes disciplines.Le Devoir vous présente ici les lauréats des neuf prix de l\u2019édition 2017.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 NOVEMBRE 2017 CAHIER SPÉCIAL J L\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas) vient de célébrer son 73e gala annuel.L\u2019occasion de mettre une nouvelle fois en valeur le potentiel de la recherche et de rappeler le rôle que jouent les chercheurs et les chercheuses d\u2019ici dans nos vies.H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale M athématiques et sciences sociales, santé et sciences humaines, physiques et sciences de l\u2019environnement, etc.Mercredi soir au parquet de l\u2019édifice Jacques-Parizeau de la Caisse de dépôt et placement du Québec, c\u2019est toute la recherche francophone faite ici au Québec qui était à l\u2019honneur.«Avec ces neuf prix que nous remettons chaque année, il s\u2019agit de reconnaître l\u2019engagement de gens passionnés, a rappelé Frédéric Bouchard, le président de l\u2019Acfas.Des gens qui ont sacrifié beaucoup de leur temps à mieux comprendre une facette de l\u2019expérience humaine ou de la nature.Ce sont des exemples choisis, mais ils représentent tous les chercheurs du Québec qui consacrent leur talent et leurs efforts à faire en sorte d\u2019améliorer nos vies.» M.Bouchard a souligné que, derrière un lauréat, c\u2019est tout un laboratoire, toute une équipe, toute une université, qui sont récompensés.Ce sont des centaines d\u2019employés et d\u2019étudiants dont les travaux gagnent en reconnaissance.«C\u2019est un geste très significatif que d\u2019obtenir un tel prix, estime-t-il, parce qu\u2019il incarne une réussite collective.» Engagement social Le président de l\u2019Acfas rappelle par ailleurs l\u2019importance qu\u2019il y a à honorer la recherche non seulement d\u2019ici, mais aussi francophone.« Si on croit que la recherche est garante de l\u2019essor de nos sociétés, elle doit avoir un lien organique avec elles, et le vecteur de ce lien est la langue, note-t-il.Notre société à nous est surtout francophone.Nous devons nous assurer d\u2019avoir une communauté de chercheurs qui soit capable de partager les fruits de ses travaux, en français.» L\u2019Acfas s\u2019est toujours attachée à tisser des liens entre la recherche et la société qui rend son action possible, insiste-t-il.Raison pour laquelle, notamment, l\u2019un des prix est remis depuis quelques années à un chercheur faisant preuve d\u2019un engagement social particulier.«Nous remarquions dans plusieurs candidatures qu\u2019il y avait des engagements plus délibérés de chercheurs, explique Frédéric Bouchard.Cela ne signifie pas que les autres ne s\u2019ancrent pas dans la communauté.Mais ce prix-là va à un chercheur ou à une chercheuse qui y a consacré une action beaucoup plus volontaire tout au long de sa carrière.» Célébrer le rôle de la recherche dans nos vies 1.2.4.3.Retrouvez l\u2019intégralité des images des lauréats à acfas.ca Prix Acfas Sciences S C I E N C E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 J 2 NOUS SOMMES PORTEURS D\u2019INNOVATIONS ulaval.ca/cerveaux | #FiertéUL Félicitations à nos chercheurs qui se démarquent par leurs travaux novateurs.Chacun, dans son champ d\u2019expertise et de recherche, fait avancer la société.ANGELO TREMBLAY Faculté de médecine JACQUES SIMARD Faculté de médecine PHILIPPE THERRIEN Faculté des lettres et des sciences humaines RACHEL HUSSHERR Faculté des sciences et de génie Prix du Concours de vulgarisation de la recherche Prix ACFAS Léo-Pariseau Prix ACFAS Jacques-Rousseau S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale L e prix Acfas Thérèse Gouin-Décarie en sciences sociales est remis cette année à Michel Janosz, professeur à l\u2019École de psychoé- ducation de l\u2019Université de Montréal.M.Janosz a fait de la persévérance scolaire son champ d\u2019études et a développé des outils pratiques pour dépister les élèves à risque et aider les écoles.Parce que le décrochage scolaire est encore aujourd\u2019hui un enjeu de société.« On n\u2019a jamais scolarisé autant d\u2019enfants dans l\u2019histoire et, pourtant, le décrochage persiste, souligne-t-il.Et cela, alors même que l\u2019on a un des meilleurs systèmes scolaires au monde.» Comment prévenir le décrochage et garder les élèves dans le système ?M.Janosz a commencé à s\u2019intéresser au phénomène du décrochage il y a plusieurs années, alors qu\u2019il était psychoéducateur dans une école secondaire.«Côtoyer des jeunes mésadaptés alors qu\u2019ils avaient pourtant de bonnes habiletés sociales m\u2019a interpellé, relate-t-il.J\u2019ai voulu connaître les causes de ce désintérêt pour l\u2019école.Elles sont multiples.Ces élèves ne sont pas tous pareils.Lutter contre le décrochage demande des interventions à différents niveaux.» Au fil des années, il est donc devenu un expert en intégration et en adaptation scolaire chez les jeunes.Et depuis 2014, il est directeur de l\u2019École de psychoéducation de l\u2019Université de Montréal.Le professeur a également développé des outils, aujourd\u2019hui très utilisés au Québec et ailleurs dans le monde.Parmi ceux-ci, mentionnons le Questionnaire sur l\u2019environnement socio-éducatif.Ce dernier évalue la qualité de l\u2019environnement scolaire en examinant le climat, les pratiques et les problèmes.M.Janosz a par ailleurs été le premier chercheur au Québec à proposer un outil valide destiné à soutenir les écoles dans l\u2019évaluation de leur potentiel éducatif et à recenser les différents types d\u2019élèves à risque d\u2019abandonner.On l\u2019appelle la Trousse d\u2019évaluation des décrocheurs potentiels.PRIX THÉRÈSE GOUIN-DÉCARIE \u2014 SCIENCES SOCIALES Le militant en lutte contre le décrochage scolaire S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale L e prix Acfas Pierre-Danse- reau pour l\u2019engagement social est décerné cette année à Louise Potvin, professeure titulaire à l\u2019École de santé publique de l\u2019Université de Montréal.Depuis le milieu des années 1980, cette dernière est une pionnière de la recherche en promotion de la santé au Québec.Constatant la grande différence entre l\u2019espérance de vie dans les quartiers pauvres et riches à Montréal \u2014 74 et 85 ans respectivement \u2014, elle a consacré une partie de sa carrière à chercher à l\u2019amoindrir.La solution selon elle, améliorer la qualité de vie des citoyens dans les milieux défavorisés.Et cela passe par des petites choses du quotidien, croit- elle.Des logements sains et de qualité, un accès à des fruits et à des légumes abordables par l\u2019entremise de marchés publics, un aménagement sécuritaire des rues grâce à des mesures d\u2019apaisement de la circulation, etc.Autant de choses qui, en améliorant la qualité de vie, accroissent par la même occasion l\u2019espérance de vie.La promotion de la santé, qualifiée de troisième révolution en santé publique, est par ailleurs le cheval de bataille de Louise Potvin depuis plus de 30 ans.« Pour arriver à une meilleure santé, il faut atténuer les inégalités sociales», dit celle qui dirige la Chaire Approches communautaires et inégalités de santé (CACIS).Cela a été démontré.Par exemple, en Norvège, où les inégalités sont moins grandes, l\u2019espérance de vie est plus élevée.Autre constat : la mise en œuvre de mesures d\u2019austérité, comme en Grèce, se traduit toujours par une hausse de la prévalence de malad ies dans tou tes l es couches de la population.Pour la professeure Potvin, les 30 Tables de quartier, financées par la Ville de Montréal en collaboration avec Centraide et d\u2019autres organismes, constituent une des bonnes solutions pour hausser la qualité de vie et diminuer les disparités sociales.Dans ces organismes, les différents intervenants \u2014 policiers, citoyens, etc.\u2014 travaillent ensemble à améliorer leur milieu de vie.PRIX PIERRE-DANSEREAU \u2014 ENGAGEMENT SOCIAL En quête d\u2019une meilleure santé pour tous J E A N - F R A N Ç O I S V E N N E Collaboration spéciale C ette année, deux chercheurs se par tagent les honneurs du prix Acfas Michel- Jurdant pour leur contribution aux sciences de l\u2019environnement.Tous deux ont un même objectif : avoir un impact concret sur la santé de la planète et de ceux qui la peuplent.Michèle Prévost, profes- seure au Département des génies civil, géologique et des mines de Polytechnique, est à l\u2019origine de la création de la Chaire industrielle CRSNG en eau potable, dont elle est la titulaire depuis 1992.Le renouvellement ininterrompu de cette chaire depuis un quart de siècle, un fait rarissime dans le milieu universitaire, témoigne de son succès.« J\u2019ai toujours souhaité avoir un impact concret sur l\u2019environnement et les milieux de vie, et c\u2019est le rôle de cette chaire industrielle, laquelle collabore avec des entreprises privées et des municipalités pour régler des problèmes de traitement des eaux potables ou élaborer de nouvelles approches dans ce domaine », explique Michèle Prévost.L\u2019une des recherches récentes de l\u2019équipe de Michèle Prévost concerne la contamination au plomb dans l\u2019eau potable à Montréal.Les entrées de service des vieux bâtiments y sont faites en plomb et les dispositifs de plomberie datant de plus de cinq ans en contiennent aussi.Or, une concentration trop élevée en plomb peut nuire à la santé des enfants et des fœtus.Les chercheurs ont notamment trouvé les sources de plomb et déterminé la partie provenant de l\u2019eau, mesuré la contamination des enfants et l\u2019impact sur leur santé, en plus d\u2019élaborer et de tester des méthodes de remplacement efficaces et peu coûteuses des entrées de service.L\u2019un des effets a été une réduction de moitié de la quantité de plomb dans l\u2019eau jugée normale par Santé Canada, dont la recommandation est passée de dix à cinq microgrammes par litre en avril dernier.«Nous travaillons de la détection des problèmes jusqu\u2019à l\u2019instauration des solutions, en collaboration avec des entreprises privées et les pouvoirs publics, ce qui permet de transférer des technologies de l\u2019université à l\u2019industrie en plus d\u2019améliorer le traitement de l\u2019eau potable au Québec.Les entreprises comme les citoyens en bénéficient grandement», conclut la chercheuse.Un mercure voyageur De son côté, Marc Amyot, professeur en sciences biologiques à l\u2019Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Éco- toxicologie et changements globaux, traque le mercure et d\u2019autres contaminants, et étudie leurs processus chimiques et leurs déplacements.Il évalue aussi les risques qu\u2019ils présentent pour les écosystèmes et les humains.L\u2019exemple du mercure est intéressant.Pourquoi en re- trouve-t-on autant dans le Grand Nord alors qu\u2019il est produit sur tout au sud, notamment là ou des centrales thermiques au charbon sont exploitées, comme aux États- Unis, en Asie ou dans l\u2019ex- URSS ?C\u2019est que le mercure est un grand voyageur.Un processus de photochimie (l\u2019effet de la lumière sur la chimie) le libère du sol et l\u2019envoie dans l\u2019atmosphère.Il peut alors parcourir de grandes distances avant de retomber ailleurs.À ce stade, cela ne pose pas trop de problèmes.Ce n\u2019est que lorsque des bactéries dans le sol le transforment en méthyl- mercure qu\u2019il devient neuro- toxique.Comme il se retrouve ensuite dans la chaîne alimentaire, notamment dans des poissons, il peut présenter des dangers pour la santé humaine.Le mercure est un sujet d\u2019actualité, notamment parce que l\u2019utilisation de centrales au charbon semble en voie d\u2019être relancée aux États-Unis, mais aussi en raison de certains aspects de la production d\u2019hydro- électricité.Marc Amyot travaille présentement avec Hy- dro-Québec pour évaluer l\u2019impact de la construction de barrages sur la contamination au méthylmercure.« Submerger des zones riches en matière organique crée les conditions favorables pour que les bactéries travaillent plus for t et transforment plus de mercure en méthylmercure, explique le chercheur.Typiquement, après la construction d\u2019un grand barrage, la contamination des poissons au mé- thylmercure augmente pendant une trentaine d\u2019années.» Des recherches menées dans la région des lacs expérimentaux ont permis de mesurer le temps qu\u2019un écosystème met à réagir à une baisse des émissions dans l\u2019atmosphère.Les résultats ont notamment contribué à l\u2019adoption, en octobre 2013, de la Convention de Minamata visant à protéger la santé humaine et l\u2019environnement contre les effets néfastes du mercure.Marc Amyot s\u2019intéresse aussi à l\u2019exploitation des mines de terres rares.Plus de 200 projets de mines sont à l\u2019étude au Canada.Or, si les terres rares elles-mêmes ne sont pas très toxiques, l\u2019exploitation de ces mines peut relâcher dans l\u2019atmosphère d\u2019autres éléments toxiques.Marc Amyot entend bien étudier de près les conséquences de cette activité minière, afin de cerner rapidement d\u2019éventuels problèmes.PRIX MICHEL-JURDANT \u2014 SCIENCES DE L\u2019ENVIRONNEMENT Contribuer à la santé humaine et environnementale SOURCE MICHEL JANOSZ Michel Janosz KARINE RIOUX Louise Potvin Marc Amyot et Michèle Prévost U D E M S O U R C E M I C H È L E P R É V O S T S C I E N C E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 J 3 Ce cahier spécial a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir, grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute information sur le contenu, vous pouvez contacter Aude Marie Marcoux, directrice des publications spéciales, à amarcoux@ledevoir.com.Pour vos projets de cahier ou toute autre information au sujet de la publicité, contacter iDmedia@ledevoir.com.BRAVO À ISABELLE DAUNAIS McGill est ?ère de souligner le travail d\u2019ISABELLE DAUNAIS, professeure au Département de langue et littérature françaises depuis 2004 et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l\u2019esthétique et l\u2019art du roman.La Pre Daunais a reçu le prestigieux PRIX ANDRÉLAURENDEAU pour avoir déclenché, selon l\u2019Acfas, une « véritable révolution dans la façon d\u2019étudier et de lire le roman ».FÉLICITATIONS À LA PRE DAUNAIS POUR SA CONTRIBUTION EXEMPLAIRE À L\u2019AVANCEMENT DE LA RECHERCHE EN FRANÇAIS.P I E R R E V A L L É E Collaboration spéciale G inette Michaud, profes- seure titulaire au Départe- m e n t d e s l i t t é r a t u r e s d e langue française à l\u2019Université de Montréal, est devenue au fil de sa carrière une spécialiste de l\u2019œuvre du philosophe français Jacques Derrida.Mais pour- quo i donc une littéraire s\u2019intéresserait- elle à un philosophe ?« J\u2019ai toujours été fascinée par le rapport entre la littérature et la philosophie, répond- elle, et j\u2019ai découver t dans l\u2019œuvre de Jacques Derrida exactement ce point de jonction.» Sa profonde connaissance de l\u2019œuvre de Jacques Derrida n\u2019est pas seulement intellectuelle, car Ginette Mi- chaud a eu l\u2019occasion de rencontrer l\u2019homme et de demeurer en contact avec lui jusqu\u2019à son décès, en 2004.Cette connaissance plus intime de l\u2019œuvre du philosophe l\u2019amène aujourd\u2019hui à coéditer, aux éditions Galilée, l e s s é - m i n a i r e s d e Jacques Derrida.«En plus d\u2019avoir écrit une œuvre abondante, Jacques Derrida a enseigné pendant quarante ans, et ce sont ces séminaires que nous publions au- jourd\u2019hui, précise-t-elle.Il est fascinant de voir comment ses idées se mettent en place.» Mais se pencher ainsi sur l\u2019œuvre d\u2019un philosophe de cette envergure oblige à collaborer avec des chercheurs venus d\u2019autres cieux, notamment de France, avec lesquels Ginette Michaud a établi de nombreuses et fructueuses collaborations.«Il est important pour moi de me frotter à d\u2019autres chercheurs, dont l\u2019approche et la façon de traiter les questions sont différentes des miennes, explique-t-elle.Évidemment, cela peut amener des tensions, mais cela suscite aussi d\u2019intéressantes discussions.Et le succès de telles collaborations repose toujours sur un travail exigeant et rigoureux.» C\u2019est pour ce rayonnement à l\u2019international, en particulier sa collaboration avec la France, que l\u2019Acfas lui remet cette année le prix Adrien-Pouliot.« Je suis particulièrement fière de recevoir ce prix, avoue-t-elle, car je crois être la première en littérature à recevoir cet honneur.Et c\u2019est aussi à mes yeux une marque d\u2019appréciation de l\u2019impor tance des humanités dans le champ du savoir.» PRIX ADRIEN-POULIOT \u2014 COOPÉRATION SCIENTIFIQUE AVEC LA FRANCE De l\u2019intérêt de se frotter à d\u2019autres façons de penser J E A N - F R A N Ç O I S V E N N E Collaboration spéciale L\u2019 analyse du génome des femmes aide à détecter les mutat ions génét iques constituant des facteurs de risque pour le cancer du sein.Ces découvertes mèneront à des approches de dépistage plus ciblées et amélioreront le taux de détection précoce de cette maladie.«Un cancer du sein sur six est diagnostiqué chez les femmes de moins de 50 ans.Or présentement, le premier critère au Québec pour qu\u2019une femme accède à un dépistage est d\u2019avoir plus de 50 ans, rappelle Jacques Simard, professeur à la Faculté de médecine de l\u2019Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en oncogénétique.Mieux connaître les facteurs de risque permet de cibler les femmes qui bénéficieraient d\u2019un accès à un dépistage dès l\u2019âge de 35 ou 40 ans.» Avec d\u2019autres chercheurs, Jacques Simard, qui reçoit cette année le prix Acfas Léo-Pari- seau en sciences biologiques et sciences de la santé, a déjà trouvé des mutations aux gènes BRCA1 et BRCA2.Affectant environ une femme sur 400, ces mutations rares entraînent une augmentation de 1000 % des risques de cancer du sein.M.Simard a aussi contribué à une autre étude, laquelle a récemment permis d\u2019isoler 72 variations génétiques, assez fréquentes dans la population, qui augmentent ces risques à divers degrés.Elles s\u2019ajoutent à 108 autres découver tes précédentes.Non seulement ces 180 variations sont plus communes, mais elles peuvent en plus se combiner.Une même femme peut être porteuse de plusieurs de ces mutations.« Chacune de ces variations augmente le risque légèrement, mais elles agissent de façon multiplicative, explique Jacques Simard.Donc si une femme est por teuse de cinq marqueurs génétiques, dont chacun augmente le risque de 20%, son risque devient alors 2,5 fois plus élevé.C\u2019est majeur.» Les chercheurs travaillent maintenant à détecter un autre groupe de gènes, plus rares, qui augmenteraient le risque de 2 à 4 fois.Dans un contexte où une majorité de cancers du sein se développent en fait dans un petit groupe de femmes plus à risque, recenser ces femmes et établir des protocoles de dépistage plus fréquents à partir d\u2019un plus jeune âge aiderait à détecter davantage de cancers plus tôt.Il s\u2019agit d\u2019un aspect crucial pour augmenter les chances de guérison et diminuer les ef fets plus négatifs des traitements.PRIX LÉO-PARISEAU \u2014 SCIENCES BIOLOGIQUES ET SCIENCES DE LA SANTÉ Détecter le cancer du sein de manière précoce S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale L e prix Acfas Urgel-Archam- baul t en sc iences physiques est décerné cette année à René Doyon, professeur au Département de sciences phys iques de l \u2019Univers i té de Montréal.M.Doyon est par ailleurs le directeur de l\u2019Observatoire du Mont-Mégantic et de l\u2019Institut de recherche sur les exo- planètes, et il se passionne depuis des années pour la recherche de formes de vie sur d\u2019autres planètes.Alors, la vie existe- t-elle ailleurs que sur Ter re ?Selon M.Doyon, ce qui s \u2019est passé sur la Terre n\u2019est pas un miracle, n\u2019en déplaise aux création- nistes.C\u2019est le fruit d\u2019un long processus d\u2019évolution dont les ingrédients peuvent tout à fait se retrouver ailleurs.Cette quête de la vie ailleurs, l\u2019astro- physicien en a donc fait son domaine de recherche.Cette passion débute en 1995, lors de la première dé- couver te d\u2019exoplanètes, ces planètes situées à l\u2019extérieur du système solaire.Cet événement inspire René Doyon, détenteur d\u2019un doctorat en physique depuis 1991.Il devient son principal champ d\u2019intérêt.Cela commence d\u2019abord par le développement d\u2019instruments permettant de photographier les exoplanètes.Après dix années de labeur, le travail de René Doyon et de ses collègues por te ses fr uits.En 2008, ils obtiennent la première photographie d\u2019un système solaire autre que le nôtre grâce à une technique d\u2019imagerie directe à haut contraste.Cet exploit est récompensé par le Prix du scientifique de l\u2019année 2008, décerné par la Société Radio-Canada.Depuis quelques années, M.Doyon pousse la recherche un peu plus loin et s\u2019intéresse notamment au développement d \u2019une caméra in fra - rouge qui permettra de détec- t e r l e s m o l é c u l e s e t l e s atomes composant l \u2019atmosphère d \u2019une exoplanète .Cette caméra se retrouvera sur le plus grand télescope spatial jamais constr uit, le James Webb.«Notre quête vise à déceler une activité biologique très modeste, comme des bactéries, sur d\u2019autres planètes», indique M.Doyon, qui ajoute que les probabilités de trouver cette forme de vie s\u2019avèrent plus grandes que celles de trouver «des petits bonshommes verts ».PRIX URGEL-ARCHAMBAULT \u2014 SCIENCES PHYSIQUES, MATHÉMATIQUES, INFORMATIQUE ET GÉNIE À la recherche d\u2019exoplanètes René Doyon Ginette Michaud Jacques Simard S C I E N C E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 N O V E M B R E 2 0 1 7 J 4 L\u2019Université de Montréal et de ses chercheurs remarquables.Encore une fois cette année, des chercheurs de l\u2019Université de Montréal ont été reconnus par l\u2019ACFAS pour leurs contributions exceptionnelles en recherche.Ginette Michaud, littératures de langue française \u2014 Prix Adrien-Pouliot Marc Amyot, sciences biologiques \u2014 Prix Michel-Jurdant Louise Potvin, médecine sociale et préventive \u2014 Prix Pierre-Dansereau Michel Janosz, psychoéducation \u2014 Prix Thérèse-Gouin-Décarie René Doyon, physique \u2014 Prix Urgel-Archambault.Nous leur disons bravo et merci ! P I E R R E V A L L É E Collaboration spéciale Professeure titulaire au Département de langue et littérature françaises à l\u2019Université McGill, Isabelle Daunais s\u2019intéresse au roman.Rien d\u2019unique en cela, mais ce qui la distingue, c\u2019est sa conception du roman.Selon elle, celui-ci n\u2019est pas un genre littéraire, comme le théâtre ou la poésie, mais plutôt une forme d\u2019art en soi.«Historiquement, le roman a toujours occupé une place à part, explique la lauréate du prix Ac- fas André -Laurendeau en sciences humaines.Il s\u2019est développé en marge des codes et des genres littéraires de façon libre et autonome.En fait, il n\u2019a jamais été vraiment codifié.Un roman est ce que l\u2019on veut qu\u2019un roman soit.» De son imposant corpus de tex tes e t d \u2019essa is cr i - tiques, trois titres sortent du lot et illustrent sa démarche.Le premier s\u2019intitule Frontière du roman, le personnage réaliste et ses fictions.Ici, Isabelle Daunais avance l\u2019idée que le personnage d\u2019un roman, créé de façon réaliste par l\u2019auteur afin qu\u2019il soit crédible aux yeux du lecteur, entretient, dans la narration qui est la sienne, ses propres fictions.Par exemple, Don Quichotte, imaginé par Cervantès, poursuit sa propre chimère et prend les moulins à vent pour ses ennemis.Deuxième ouvrage, Les grandes disparitions.Essai sur la mémoire du roman .« J\u2019y avance l\u2019idée que le roman se situe souvent à cheval entre deux mondes, soit celui des valeurs disparues et celui des valeurs présentes, note-t-elle.Proust écrit à propos d\u2019une aristocratie qui n\u2019existe plus au moment où il écrit et Mme Bovary rêve d\u2019un dénouement impossible dans le temps présent.» Le roman sans aventure, son 3e ouvrage important, porte sur la littérature québécoise et sur l\u2019une de ses spécificités.«Dans le roman québécois, souligne-t- elle, le personnage ne vit pas d\u2019aventure.Par aventure, j\u2019entends une transformation profonde du personnage et de son monde.Peu importe les péripéties vécues, à la fin du roman, il demeure relativement stable.» PRIX ANDRÉ- LAURENDEAU \u2014 SCIENCES HUMAINES L\u2019art du roman M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale E n recherche, souvent, ce sont les dif fé- rents points de vue qui permettent des découvertes passionnantes.Angelo Tremblay en sait quelque chose, lui qui coordonne des groupes de recherche parmi les plus performants au monde dans l\u2019étude des facteurs qui prédisposent à l\u2019obésité.« Le prix de l\u2019Acfas va m\u2019inciter à poursuivre des travaux en dehors des sentiers battus.Et cela semble justifié puisque, chaque fois qu\u2019on a la curiosité de tester l\u2019ef fet d\u2019un élément insoupçonné, on voit un effet sur la stabilité pondérale.Cela a été le cas pour la prise d\u2019alcool, le manque de sommeil, la pollution chimique, l\u2019apport insuffisant en vitamines et minéraux, les comportements alimentaires sous-optimaux et le travail mental exigeant.Je crois que nous aurons d\u2019autres surprises », lance le professeur, à qui l\u2019on doit des percées scientifiques importantes.Les facteurs qui influent sur l\u2019obésité sont multiples et varient d\u2019une personne à l\u2019autre.En tant que directeur de la Chaire de recherche du Canada en activité physique, nutrition et bilan énergétique, le professeur Tremblay cherche à mettre au jour ces facteurs et à élaborer des outils pouvant mesurer les éléments du bilan énergétique au jour le jour.Dans un avenir rapproché, le professeur et son équipe se pencheront sur le profil physiologique des enfants hyperactifs.Lors de son arrivée à l\u2019Université Laval en 1976, alors jeune physiologiste, Angelo Tremblay a dirigé en compagnie de Claude Bouchard une vaste étude portant sur 400 familles, et ce, sur plus de 20 ans, afin de déterminer le rôle de l\u2019hérédité et de l\u2019environnement dans la prise de poids.Les chercheurs font alors des découvertes étonnantes puisqu\u2019ils révèlent que les principaux facteurs déterminants dans la prise de poids sont le manque de sommeil et une faible consommation de calcium.Aujourd\u2019hui, le professeur Tremblay s\u2019intéresse aussi à l\u2019équilibre énergétique lors de travaux intellectuels.Il a publié plus de 550 articles scientifiques et a reçu de nombreux prix.PRIX JACQUES-ROUSSEAU \u2014 MULTIDISCIPLINARITÉ Contrer l\u2019obésité, une personne à la fois M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale « D ans l \u2019 indus t r i e de s grandes algues marines, il y a en ce moment de nouveaux acteurs très dynamiques qui se positionnent au Québec, et une véritable filière industrielle est en train de se structurer », af firme Éric Ta- migneaux, lauréat du prix Ac- fas Denise-Barbeau honorant un chercheur du collégial.On ne le sait pas toujours, mais les algues entrent dans la fabrication de peintures, d\u2019électrodes ou encore de fer tili- sants, et on les trouve bien sûr dans l\u2019alimentation.« Plusieurs produits inno- vants sont d\u2019ailleurs en cours de développement dans les centres de recherche avec lesquels le cégep collabore.En même temps, nous devons continuer à développer notre exper tise technique et nos connaissances fondamentales sur les ma- croalgues nordiques, car c\u2019est un secteur de recherche qui a été longtemps délaissé au Québec, et, dans ce domaine, nous avons du retard par rapport à d\u2019autres pays de l\u2019Atlantique Nord », ajoute-t-il.La bonne nouvelle c\u2019est que de nombreuses entreprises cherchent à augmenter leur accès à cette matière première pour répondre à la demande croissante pour leurs produits à base d\u2019algues.Un dilemme fait cependant son apparition : «L\u2019accès à certains marchés, financements ou infrastructures est conditionnel à l\u2019atteinte d\u2019un certain volume de production, tandis que la croissance des volumes de production est conditionnelle à l\u2019accès aux marchés, aux financements et aux infrastructures.» Selon le professeur Tami- gneaux, qui œuvre au sein du cégep de la Gaspésie et des Îles et qui est titulaire de la Chaire de recherche industrielle en valorisation des macroalgues marines, la solution se cache dans «l\u2019intégration de ce nouveau secteur industriel et de ses enjeux [accès aux investissements, aux champs d\u2019algues en milieu naturel, aux sites de culture en mer, aux infrastructures de transformation et de transport, etc.] dans les stratégies de développement régional et national.» Pour Éric Tamigneaux, le prix de l\u2019Acfas est important.« Il est très valorisant de voir que mon parcours d\u2019enseignant- chercheur est reconnu par la communauté, avoue-t-il.C\u2019est une très belle reconnaissance pour le travail de toute l\u2019équipe de collaborateurs qui m\u2019entoure, et le prestige du prix rejaillira certainement sur le cé- gep et sur son Centre collégial de transfert de technologie des pêches.Cela va sans doute encourager aussi de jeunes enseignants du cégep à s\u2019impliquer dans la recherche.» PRIX DENISE-BARBEAU \u2014 RECHERCHE AU COLLÉGIAL Valoriser l\u2019algue de mille et une façons JÉRÔME BOURGOUIN Angelo Tremblay ÉCOLE DES PÊCHES ET DE L\u2019AQUACULTURE DU QUÉBEC Éric Tamigneaux Isabelle Daunais "]
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