Le devoir, 7 novembre 2017, Cahier A
[" V O L .C V I I I N o 2 5 3 L E D E V O I R , L E M A R D I 7 N O V E M B R E 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Actualités \u203a Des noms qui voyagent mal.D\u2019honnêtes citoyens, parfois des enfants en très bas âge, ont de la dif?culté à prendre l\u2019avion parce qu\u2019ils partagent le nom d\u2019un présumé terroriste.Ottawa est prié d\u2019agir.Page A 4 Avis légaux.B 6 Décès.B 4 Météo.B 2 Mots croisés.B 3 Petites annonces .B 4 Sudoku.B 3 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Citant par exemple des enjeux d\u2019équité salariale, de violence faite aux femmes et les défis des transgenres, le quotidien américain The New York Times a créé un poste de « gender editor», ou éditeur des questions de genre.La célèbre publication a confié le poste à Jessica Bennett, journaliste et auteure du livre Feminist Fight Club.Le Devoir lui a posé quelques questions.SOCIÉTÉ L\u2019information à travers la lentille des genres Jessica Bennett est la première « gender editor », poste créé au New York Times SHARON ATTIA NEW YORK TIMES Jessica Bennett a l\u2019occasion de façonner la couverture journalistique du New York Times.P H I L I P P E P A P I N E A U T out juste une semaine après son entrée en poste officielle, le 30 octobre, la nouvelle éditrice des questions de genre au New York Times, Jessica Bennett, publiait dimanche un premier billet.Le sujet : l\u2019affaire Weinstein, et comment VOIR PAGE A 8 : GENRES Justin Trudeau dans la tourmente des Paradise Papers Page B 1 Le Goncourt et le Renaudot attirent les regards sur les drames de l\u2019histoire Page B 7 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Lundi matin, la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, était dans la rue pour remercier les électeurs.Le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, est allé à sa rencontre pour lui réitérer ses félicitations.L I S A - M A R I E G E R V A I S I l était déjà sérieusement craquelé, mais ce n\u2019est qu\u2019hier que le plafond de verre de Montréal a fini par céder : pour la première fois de son histoire, la métropole compte plus de femmes que d\u2019hommes parmi ses élus.En comptant l\u2019élection de la première mai- resse en 375 ans d\u2019histoire, 53 femmes sur 103 ont été élues à la ville de Montréal, alors qu\u2019elles étaient 45 tout juste avant le déclenchement des élections.Elles sont également plus nombreuses qu\u2019avant à être mairesses d\u2019arrondissement \u2014 8 arrondissements sur 19, incluant celui de Valérie Plante, qui est de facto mairesse de Ville-Marie, contre 5 auparavant.Même que la mairie de Lachine, dirigée par Maja Vodanovic de Projet Montréal, est presque exclusivement féminine car un seul homme y siègera.« C\u2019est fou, hein ?» s\u2019est exclamée Danie Deschênes, élue mairesse de Notre-Dame-de- l\u2019Île-Perrot par acclamation.« Je suis impressionnée par la décision des Montréalais.C\u2019est un changement très important pour la métropole et pour nous aussi.Ça va avoir un impact sur toutes les municipalités de la communauté métropolitaine.» Le Conseil du statut de la femme a pour sa par t parlé d\u2019un « vent de renouveau » et le Groupe Femmes, politique et démocratie s\u2019est aussi réjoui des résultats de cette élection 2017.« Valérie Plante l\u2019a bien dit, il a fallu attendre 375 ans avant d\u2019avoir une mairesse à Montréal.Ça n\u2019a pas de bon sens d\u2019avoir attendu aussi longtemps pour se rendre là.C\u2019est très parlant », a dit la directrice générale du groupe, Esther Lapointe.«C\u2019est aussi historique que l\u2019élection de Pauline Marois.» Bien que les chiffres finaux du ministère des Af faires municipales et de l\u2019Occupation du La majorité féminine Pour la première fois à Montréal, il y a plus d\u2019élues que d\u2019élus G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É O nze mois : voilà tout le temps dont disposait Projet Montréal pour «construire » Valérie Plante aux yeux du grand public.Une mission en apparence impossible, mais qui s\u2019est conclue dimanche sur un retentissant succès \u2014 soigneusement planifié.Il était 10h dimanche matin, et Valérie Plante attendait chez elle le signal de départ de son équipe pour aller voter.«Fébrile », mais pas nerveuse.Pas trop inquiète non plus : peu importe les résultats d\u2019une soirée qui sera historique, elle avait déjà gagné.« Je n\u2019ai préparé qu\u2019un seul discours, avec deux fins possibles », disait-elle au Devoir, qui l\u2019a accompagnée dans ses premiers déplacements de la journée.Autour d\u2019elle, au rez-de-chaussée du quintuplex de Rosemont\u2013La Petite-Patrie qu\u2019elle possède avec son mari, sa garde rapprochée enfilait les cafés en fixant des écrans de cellulaires pour voir si Denis Coderre avait fini de voter (et d\u2019accaparer l\u2019attention des médias).Elle reprend : « J\u2019ai un seul discours, avec deux façons de dire qu\u2019on a gagné.Parce que, quand La stratégie gagnante Onze mois ont suffi pour réunir les conditions de la victoire de Valérie Plante.Regard dans les coulisses de ce succès.ÉLECTIONS MUNICIPALES VOIR PAGE A 8 : STRATÉGIE VOIR PAGE A 8 : MAJORITÉ L E D E V O I R , L E M A R D I 7 N O V E M B R E 2 0 1 7 ELECTIONS A 2 INSCRIVEZ-VOUS \u2022 WWW.CORIM.QC.CA \u2022 514 340-9622 MERCREDI 15 NOVEMBRE 2017 CENTRE MONT-ROYAL 2200 RUE MANSFIELD Panélistes : Yoshua Bengio, Cofondateur, Element AI, Directeur, Institut des algorithmes d\u2019apprentissage de Montréal Louis-Philippe Maurice, Président et cofondateur, Busbud Isabelle Bettez, Cofondatrice, 8D Technologies Sylvain Carle, Directeur général, FounderFuel, Associé, Real Ventures Thèmes abordés : Comment se porte l\u2019avancement technologique au Québec et quelles sont les sources d\u2019inspiration à l\u2019étranger ?Quelles stratégies déployer pour renforcer notre écosystème d\u2019innovation ?Le secteur technologique québécois doit-il se mobiliser davantage ?Pourquoi faire rayonner internationalement le Québec comme bastion d\u2019innovation numérique ?Modérateur : Marc Perron, Associé directeur, Québec, Deloitte Avec l\u2019appui de : Technopolys : le momentum pour l\u2019industrie des technologies du Québec En association avec : et Déjeuner-causerie de la Série Aff aires Présentée par : A L E X A N D R E S H I E L D S A u lendemain de sa victoire, Valérie Plante a réitéré son assurance de voir la nouvelle ligne rose de métro se concrétiser au cours des prochaines années.Mais tant à Québec qu\u2019à Ottawa, on refusait lundi de se prononcer sur la faisabilité de ce projet, évalué pour le moment à plus de six milliards de dollars.«Je tiens à bouger rapidement.On sait qu\u2019au fédéral, la fenêtre d\u2019opportunité est telle qu\u2019il faut pouvoir proposer des projets maintenant», a affirmé la nouvelle mairesse de Montréal, devant l\u2019hôtel de ville.«Il ne faut pas attendre dans cinq, dans dix ans.L\u2019argent est là pour les dix prochaines années en infrastructures de transport collectif.» Mm e Plante promet d\u2019ail - leurs d\u2019utiliser son premier mandat pour parachever le « montage financier » de cette cinquième ligne de métro et mettre sur pied un « bureau de projet ».Mais, sur tout, elle s\u2019est engagée à lancer des « négociations » avec les gouvernements du Québec et du Canada, en entrevue au Télé- journal Grand Montréal.« Les Montréalais ont dit clairement : \u201cMme Plante, allez vous battre pour nous, allez faire les négociations pour trouver de l\u2019argent\u201d », a-t-elle soutenu.« Comme on voit que le Réseau électrique métropo- l i tain avance très rapidement, je suis confiante qu\u2019une fois tous les par tenaires ensemble, on va pouvoir aller rapidement », a-t-elle également fait valoir.« Il faut aller vers la mobilité durable.Et les gouvernements sont à l \u2019écoute » , a ajouté Mm e Plante.Le premier ministre Philippe Couil- lard a d \u2019a i l leurs dit lundi qu\u2019 i l avait eu l \u2019occasion d\u2019aborder le sujet avec la nouvelle mairesse de Montréal, dans le cadre d\u2019un entretien en matinée.Il a toutefois refusé de dire si le projet d\u2019une ligne de métro de 29 stations est selon lui réaliste.« Nous avons beaucoup de projets en cours actuellement.Je vais en discuter avec Mm e Plante » , a - t - i l s implement répondu, dans le cadre d\u2019un bref point de presse.Prudence à Ottawa Même retenue à Ottawa, où le gouvernement Trudeau a surtout rappelé que les investissements dans les trans- por ts sont une « priorité » .« Appuyer la prise de décisions au niveau local a toujours été, et continue d\u2019être, notre principe directeur.Nous avons hâte de pouvoir collaborer avec la mairesse Plante et la province pour faire progresser leurs priorités en matière de transport en commun et de développement communautaire », a indiqué le cabinet du ministre de l\u2019Infrastructure et des Collectivités, Amarjeet Sohi, dans une réponse écrite au Devoir.«Nous sommes fiers de soutenir l\u2019expansion du transport en commun à Montréal et dans la région grâce à notre investissement dans le projet du Réseau électrique métropolitain et à notre engagement envers le projet de la ligne bleue», a-t-on précisé.Le cabinet du ministre Sohi n\u2019a cependant pas voulu se prononcer sur la possibilité de financer le projet de ligne rose.La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, s\u2019est néanmoins montrée prête à « étudier tous les projets » de transport collectif qui seront soumis, y compris celui d\u2019ajouter une ligne rose au réseau du métro.La Banque de l\u2019infrastructure du Canada pourrait-elle participer au projet ?Il s\u2019agit d\u2019une entité « indépendante », a rappelé le bureau du ministre Sohi, mais « tout par te- naire potentiel » pourra « choisir d\u2019y soumettre ses projets pour analyse ».Bonne idée Professeur titulaire au Dé- par tement d\u2019économique de l\u2019École de gestion de l\u2019Université de Sherbrooke, Alain Webster juge pour sa part que ce projet est « une très bonne idée ».« C\u2019est un projet qui permettrait de faciliter l\u2019accès à l\u2019île de Montréal, mais aussi le développement de la région montréalaise.» Selon lui, il est également impératif de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports pour agir de façon «crédible» en matière de lutte contre les changements climatiques.M.Webster estime néanmoins que la question du financement sera un «défi», puisque les montants en jeu sont très importants.Pour mener à bien un tel développement du métro, Mme Plante devra également convaincre plusieurs acteurs de la région de Montréal de « por ter le projet » avec elle, selon Florence Paulhiac, pro- fesseure au Dépar tement d\u2019études urbaines et touristiques de l\u2019UQAM.Il s\u2019agit d\u2019une condition essentielle pour convaincre le gouvernement du Québec, mais aussi le fédéral, de par ticiper au financement.Le dernier grand projet lié au métro de Montréal, soit le prolongement vers Laval, a connu des dépassements de coûts majeurs.La facture pour l\u2019ajout de trois stations est ainsi passée de 179 millions de dollars à 745 millions de dollars.Le Devoir «LIGNE ROSE» Plante confiante sur la rapidité d\u2019exécution du projet Québec et Ottawa refusent de se prononcer sur la faisabilité pour le moment JACQUES NADEAU LE DEVOIR Philippe Couillard et Martin Coiteux, qui sont venus saluer et féliciter la nouvelle élue lundi matin, ont af firmé être ouverts à travailler avec Mme Plante sur les enjeux de mobilité, sans toutefois donner plus de détails.I S A B E L L E P O R T E R à Québec É quipe Labeaume réclame un second dépouillement dans le district de Sainte-Thé- rèse-de-Lisieux, un geste qui pourrait empêcher Jean-François Gosselin de faire son entrée au conseil municipal et de devenir chef de l\u2019opposition.Dans ce district, la candidate de Québec 21, Nancy Piuze, l\u2019a emporté par à peine 69 voix dimanche devant Marie-France Trudel d\u2019Équipe Labeaume.Mme Piuze étant la colistière de Jean-François Gosselin, sa victoire permet au chef de Québec 21 de faire son entrée au conseil municipal aux côtés de Stevens Melançon, qui a été élu pour son par ti dans Chute- Montmorency-Seigneurial.Questionné lundi sur l\u2019éventualité d\u2019un second dépouillement, le por te-parole d\u2019Équipe La- beaume a répondu qu\u2019avec un écart de moins de 100 votes, le parti jugeait la requête justifiée.Chose certaine, avec Jean- François Gosselin au conseil, le maire Régis Labeaume aurait moins les coudées franches pour défendre son projet de réseau structurant dans les prochains mois et se ferait talonner de beaucoup plus près sur le projet d\u2019un troisième lien cher à M.Gosselin.Un budget Anne Guérette, de son côté, n\u2019a pas encore indiqué si elle comptait prendre la place de son colistier et siéger au conseil municipal.Elle a convoqué les médias pour faire connaître sa décision mardi après-midi.Dans l\u2019éventualité où Québec 21 perdrait le district de Sainte-Thérèse-de-Li- sieux, les deux partis d\u2019opposition auraient chacun un siège.Or, même si la chef de Démocratie Québec siégeait au conseil municipal, elle ne pourrait avoir le statut de chef de l\u2019opposition parce que son parti n\u2019a pas récolté assez de votes.La question est importante parce que le statut d\u2019opposition of ficielle s\u2019accompagne d\u2019un budget de cabinet de plusieurs centaines de milliers de dollars par année.La Loi sur les cités et villes prévoit qu\u2019un parti doit avoir recueilli au minimum 20 % des votes valides pour avoir ce statut, ce qui est le cas de Québec 21.Il faudra toutefois que son chef, Jean-François Gosselin, ait son siège pour que le parti ait accès audit budget, qui correspond à 50 % du budget alloué au cabinet du maire.Le Devoir VILLE DE QUÉBEC Gosselin pourrait voir les portes du conseil se fermer K A R L R E T T I N O - P A R A Z E L L I L a nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, a promis que son premier geste à son arrivée au pouvoir serait de commander 300 nouveaux autobus hybrides qui s\u2019ajouteraient à la flotte de la Société de transport de Montréal (STM) d\u2019ici 2020.Vérification faite, elle pourrait cependant devoir accroître la capacité d\u2019entretien plus rapidement que prévu si elle veut tenir parole.Lors de la campagne électorale, Mme Plante s\u2019est engagée à commander « dès le lendemain de l\u2019élection » 300 autobus hybrides pour les ajouter au réseau de transpor t montréalais d\u2019ici 2020, afin d\u2019atteindre l\u2019objectif de 2089 autobus f ixé dans le Plan stratégique 2020 de la STM adopté en 2011.Elle a ainsi promis de revenir à une cible plus ambitieuse que celle établie dans le nouveau Plan stratégique 2025 de la STM, présenté en août dernier.Ce dernier vise l\u2019ajout de 347 nouveaux autobus hybrides, mais d\u2019ici 2025.Reste à savoir si les centres d\u2019entretien de la STM pourront permettre à la mairesse Plante d\u2019ajouter des autobus plus vite que prévu dans le nouveau plan de la société de transport.La STM indique que la construction du futur centre Bellechasse, qui devrait entrer en service au début de 2022, et l\u2019agrandissement du centre Mont-Royal, dont l\u2019échéance n\u2019est pas encore fixée, permettront d\u2019accueillir les 347 nouveaux autobus d\u2019ici 2025.Sa por te-parole Isabelle Tremblay n\u2019est toutefois pas en mesure d\u2019évaluer si la capacité d\u2019entretien sera suffisante en 2020 pour permettre à Mme Plante de respecter son engagement.« Je ne peux pas vous répondre sur 2020, c\u2019est 2025 mon plan», dit-elle.À moins d\u2019accélérer les travaux prévus dans le nouveau plan de la société de transport, la capacité d\u2019entretien pourrait s\u2019avérer insuffisante.Le président du Syndicat du transport de Montréal, Gleason Frenette, qui représente des employés d\u2019entretien de la STM, af firme pour sa par t qu\u2019en attendant les projets de construction des centres Bel- lechasse et Mont-Royal, les installations existantes peuvent accueillir environ 270 autobus de plus.Il estime donc que Valérie Plante a les coudées franches pour agir.Au besoin, la nouvelle mai- resse pourra atteindre son but en mettant de la pression sur la STM, juge-t-il.«Quand les politiciens veulent mettre les énergies à la bonne place, ça se fait pas mal plus vite », affirme-t-il en évoquant l\u2019exemple du Réseau électrique métropolitain.Le Devoir TRANSPORTS La STM peut-elle accueillir 300 autobus de plus ?La nouvelle mairesse pourrait devoir accroître la capacité d\u2019entretien pour respecter sa promesse On sait qu\u2019au fédéral, la fenêtre d\u2019opportunité est telle qu\u2019il faut pouvoir proposer des projets maintenant Valérie Plante « » J E A N N E C O R R I V E A U L\u2019 élection de Valérie Plante à la mairie de Montréal, dimanche, pave la voie à une nouvelle ère à l\u2019hôtel de ville.D\u2019ici l\u2019assermentation des élus le 16 novembre, Denis Coderre demeurera en principe maire de Montréal, mais des procédures de transition devront être mises en place.Au lendemain de sa victoire éclatante, Valérie Plante est allée à la rencontre de citoyens lundi, en serrant des mains à la sortie de la station de métro Square-Victoria.Elle s\u2019est ensuite dirigée à pied vers l\u2019hôtel de ville.La nouvelle mairesse, qui a infligé une défaite cuisante à Denis Coderre dimanche, entend mettre le cap sur sa priorité : la mobilité.« C\u2019est clair que mon premier geste sera de travailler en collaboration avec les partenaires au niveau provincial parce qu\u2019un des engagements que j\u2019ai beaucoup mis de l\u2019avant, c\u2019est la question de la mobilité, et ça commence dès maintenant avec des autobus», a-t-elle expliqué en rappelant sa promesse de procéder rapidement à l\u2019achat de 300 autobus pour Montréal.Devenir mairesse, cela change une vie, mais cela ne change pas tout pour cette mère de deux enfants de 11 et 14 ans : «Honnêtement, je me suis réveillée et je suis allée faire les toasts des enfants et faire le déjeuner comme d\u2019habitude parce que, pour eux, la vie continue.Je suis une mairesse, mais je suis aussi une mère.» Passation des pouvoirs L\u2019arrivée au pouvoir de Projet Montréal nécessitera de procéder au transfert des dossiers.Un comité de transition réunissant le personnel politique et la fonction publique sera mis en place pour cette transition, a indiqué le maire du Sud-Ouest, Benoit Dorais, que Valérie Plante a désigné comme son président de comité exécutif.« Comme l\u2019a déjà dit Valérie Plante, l\u2019idée n\u2019est pas de faire rouler des têtes », a indiqué M.Dorais au sujet des dirigeants des différents services de la Ville.Une rencontre est également prévue plus tard cette semaine avec Pierre Desrochers, qui présidait le comité exécutif dans l\u2019administration Coderre, pour assurer une transition harmonieuse.Valérie Plante et Benoit Dorais devront d\u2019ailleurs s\u2019affairer à composer ce comité exécutif.Comme promis, il sera paritaire et sa composition devra respecter la diversité des horizons et des expériences, rappelle M.Dorais qui assure que des membres des partis d\u2019opposition y seront également invités.« Il sera responsable et transparent.Le style va être dif férent de celui de l\u2019administration précédente.Valérie Plante n\u2019est pas Denis Coderre et je ne suis pas Pierre Desrochers.» Qui pourrait siéger à ce comité exécutif ?La nouvelle mairesse d\u2019Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier, semble assurée d\u2019obtenir un poste au sein de ce cercle restreint d\u2019élus.Plusieurs autres noms circulent, dont ceux du conseiller Sylvain Ouellet, réélu dans le district de Fran- çois-Perrault, de Luc Ferrandez, maire du Pla- teau-Mont-Royal, et de François Croteau, maire de Rosemont\u2013La Petite-Patrie.« Il y a beaucoup plus d\u2019élus qu\u2019on pensait », indique-t-on en coulisses.Rappelons que le conseil municipal sera composé de 34 élus de Projet Montréal contre 25 pour l\u2019Équipe Denis Coderre, en plus des 6 élus provenant de petits partis.Valérie Plante et Benoit Dorais devront donc jongler avec différentes options.Des postes devront aussi être pourvus au sein des différentes instances, qu\u2019il s\u2019agisse de la Communauté métropolitaine de Montréal, du conseil d\u2019agglomération ou des différentes commissions de la Ville.Budget La nouvelle administration devra également travailler à la confection du budget de la Ville qui a déjà été amorcée par l\u2019administration de Denis Coderre.Ce budget sera cependant celui de l\u2019administration Plante, fait remarquer Benoit Dorais.Il doit en principe être adopté d\u2019ici le 31 décembre, mais la loi permet d\u2019en repousser l\u2019adoption d\u2019un mois lors des années électorales.Ce budget sera équilibré et respectera le portefeuille des Montréalais, indique Benoit Dorais.Quant aux taxes, leur hausse sera limitée à l\u2019inflation, dit-il.Équipe Coderre Qu\u2019adviendra-t-il de l\u2019Équipe Denis Coderre désormais reléguée au rôle d\u2019opposition ?Dimanche, Denis Coderre a fait savoir qu\u2019il quittera la vie politique municipale.Le parti devra donc se trouver un chef et\u2026 changer de nom.Réélu à la mairie de Saint-Laurent pour un 5e mandat, Alan DeSousa soutient qu\u2019il est trop tôt pour présumer de la suite des choses.« L\u2019élection a eu lieu hier.Il faut d\u2019abord comprendre la décision de la population.M.Coderre fera une conférence de presse mercredi.Il donnera les premiers indices des éléments qu\u2019il proposera», avance-t-il.Le Devoir Changement de garde à l\u2019hôtel de ville Valérie Plante devra former son comité exécutif et préparer son premier budget MUNICIPALES L E D E V O I R , L E M A R D I 7 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 3 D ans une campagne déjà peu inspirante, la plus grosse erreur de Denis Co- derre aura peut-être été de répéter à qui voulait l\u2019entendre qu\u2019il en était à sa onzième élection.Après seulement quatre ans à l\u2019hôtel de ville, il s\u2019est lui-même accolé l\u2019étiquette de «vieux politicien».On pourrait très bien comprendre qu\u2019il soit habité par un sentiment d\u2019injustice.En 2009, Gérald Tremblay avait obtenu un troisième mandat de suite alors que son administration baignait dans le scandale.M.Coderre est mis à la porte après avoir fait le ménage, même s\u2019il a peut-être tourné quelques coins un peu ronds.Il doit cependant être le premier à savoir que sa victoire de 2013 était largement due à la division de l\u2019opposition.Il l\u2019avait emporté avec seulement 32% des suffrages exprimés (149 467 voix), par rapport à 46% (214 266 voix) dimanche.Plusieurs ont conclu de ses adieux à la vie politique «municipale» qu\u2019il envisageait déjà de se recycler à un autre niveau.On pense immédiatement à une autre bête politique, Jean Lapierre, qui avait repris du service après une période de ressourcement dans les médias.S\u2019il décide de replonger, il lui sera cependant très difficile de faire oublier qu\u2019il en sera à sa\u2026 douzième campagne.Surtout, il apparaît très douteux que le style « mononc\u2019 » redevienne à la mode un jour.On a dit un peu partout que Valérie Plante avait fait éclater le fameux « plafond de verre ».Son élection constitue certainement un formidable signal pour les femmes et pour les féministes de tout le Québec, mais c\u2019est aussi un rafraîchissant pied de nez à l\u2019establishment, aussi bien économique que médiatique, qui s\u2019était rangé en bloc derrière le maire sortant dans un réflexe qui avait aussi un fort relent de paternalisme.En ce sens, la victoire est encore plus spectaculaire que celle de Pauline Marois en 2012.L\u2019accession d\u2019une femme au poste de premier ministre était sans doute un grand pas en avant, mais Mme Marois faisait aussi partie d\u2019un certain establishment.?Montréal a tourné le dos à la « vieille classe politique».Prochaine étape : le Québec, a lancé Ami Khadir, ayant clairement à l\u2019esprit l\u2019élection générale d\u2019octobre 2018, mais dans quelle mesure l\u2019exemple de Mme Plante sera-t-il contagieux en dehors de Montréal ?Les résultats de dimanche interdisent toute généralisation.À Saguenay, l\u2019élection de Sylvie Né- ron marque indéniablement un changement d\u2019époque après l\u2019interminable règne du maire Tremblay, tout comme celle de Steve Lussier, cet autre nouveau venu en politique qui a renversé le président de l\u2019Union des municipalités, Bernard Sévigny, à Sherbrooke.En revanche, les électeurs de Québec et de Trois-Rivières ont démontré éloquemment leur préférence pour le statu quo.L\u2019exemple de la capitale devrait d\u2019ailleurs inciter à la prudence.La dynamique n\u2019est manifestement pas la même aux deux niveaux de gouvernement.Alors que Régis Labeaume vient d\u2019obtenir un quatrième mandat avec 55 % des voix, le dernier sondage Léger-Le Devoir laissait entrevoir un balayage de la CAQ, dont la récente élection partielle dans Louis-Hébert a donné un aperçu.?C\u2019est surtout le PQ que la victoire de Valérie Plante devrait faire réfléchir.Le même sondage indiquait clairement que la population ne voit pas en lui un agent de ce changement qu\u2019incarne si bien la nouvelle mairesse.Il ne peut que s\u2019inquiéter de la proximité entre Projet Montréal et Québec solidaire, qui pourra compter sur de solides complicités pour se lancer à l\u2019assaut des circonscriptions péquistes.La défaite-surprise de Réal Ménard dans l\u2019arrondissement Mercier\u2013Hochelaga-Maison- neuve constitue un signal d\u2019alarme pour la députée Carole Poirier, dont la circonscription d\u2019Hochelaga-Maisonneuve était déjà dans la mire de QS.La menace se précise également pour Jean-François Lisée, qui ne peut plus tenir Rosemont pour acquis.Les électeurs ont généralement peu d\u2019estime pour les transfuges qui cèdent aux sirènes du pouvoir.Dimanche, ils ont été sans pitié pour les Richard Bergeron, Elsie Lefebvre, Réal Mé- nard et autres Russell Copeman, qui ont tous mordu la poussière.Il ne faudrait pas en conclure que les Dominique Anglade, Sébastien Proulx et Gaétan Barrette subiront nécessairement le même sort.Si Projet Montréal peut aider QS à diviser encore davantage le vote d\u2019opposition dans Saint- Henri\u2013Sainte-Anne, Mme Anglade ne s\u2019en plaindra certainement pas.Le premier ministre Couillard ne semblait pas si mécontent de la tournure des événe- ments, même si son gouvernement n\u2019a a priori aucune affinité idéologique avec la nouvelle administration montréalaise.C\u2019est peut-être moins la perspective de la « mobilité durable » que la fin du tandem Coderre-Labeaume qui le réjouissait.Si la métropole et la capitale cessent de s\u2019entendre comme larrons en foire, son ministre des Affaires municipales aura la vie un peu plus facile.mdavid@ledevoir.com La prochaine étape MICHEL DAVID JACQUES NADEAU LE DEVOIR Valérie Plante a pris un premier bain de foule en tant que nouvelle élue lundi matin, à la sortie de la station de métro Square-Victoria\u2014OACI, avant de se rendre jusqu\u2019à l\u2019hôtel de ville en marchant, entourée de son équipe.La bonne humeur était palpable.M A R C O F O R T I E R I ls ont abandonné leur ancien parti pour se joindre à l\u2019Équipe Coderre, qui avait le vent dans les voiles.Et ils ont subi la défaite.Les électeurs montréalais ont sanctionné durement les transfuges, qui ont été empor tés par la vague Valérie Plante.Le maire sortant se targuait d\u2019avoir nommé une série de membres de l\u2019opposition à des postes-clés.Denis Coderre se voulait « rassembleur ».Vieux routier de la politique, il faisait taire les voix les plus critiques à son égard à coups de nominations assorties de primes qui gonflent la rémunération des élus.Le plus influent des membres de l\u2019opposition, Richard Bergeron, fondateur de Projet Montréal, s\u2019est rallié à Denis Coderre quand il a été nommé au puissant comité exécutif de la Ville de Montréal, en 2013.Les électeurs ont jugé sévèrement M.Berge- ron.Ils ont accordé une majorité de 488 voix (6%) à son adversaire de Projet Montréal, Robert Beau- dry, dans le district électoral de Saint-Jacques.Richard Bergeron n\u2019a pas été le seul transfuge à subir les foudres des électeurs : les maires d\u2019arrondissement Réal Ménard (Mer- cier\u2013Hochelaga\u2013Maisonneuve) et Russell Cope- man (Côte-des-Neiges\u2013Notre-Dame-de-Grâce), qui portaient les couleurs d\u2019Équipe Coderre après avoir été élus sous la bannière de Coalition Montréal, ont subi la défaite dimanche.Les conseillers Marc-André Gadoury, Érika Du- chesne, Lorraine Pagé et Elsie Lefebvre, candidats pour Équipe Coderre \u2014 et élus en 2013 avec d\u2019autres partis \u2014, ont aussi mordu la poussière.Un référendum sur Coderre « Je ne crois pas avoir été défait parce que j\u2019ai changé d\u2019équipe.J\u2019ai l\u2019impression que ça n\u2019a pas été déterminant pour les électeurs », estime Réal Ménard, vaincu par Pierre Lessard-Blais de Projet Montréal avec 4380 voix de majorité à la mairie de Mercier\u2013Hochelaga\u2013Maisonneuve.Anie Samson, autre membre bien en vue de l\u2019administration Coderre, a perdu la mairie de Villeray\u2013Saint-Michel\u2013Parc-Extension même si elle n\u2019a pas changé de parti, souligne Réal Mé- nard.Pour lui, Valérie Plante et son équipe ont été habiles en « transformant l\u2019élection en référendum sur M.Coderre».« Il est clair que la grande force du maire Co- derre \u2014 pour qui j\u2019ai beaucoup de respect \u2014, c\u2019est qu\u2019il travaille en mode exécutif.Il prend des décisions.Il peut avoir heurté certaines sensibilités avec son style », dit Réal Ménard.Sa collègue Elsie Lefebvre a subi le même sort en perdant son poste de conseillère municipale du district de Villeray après deux mandats.Elle était extrêmement populaire dans ce quartier adjacent au marché Jean-Talon, mais son association avec le maire Coderre lui a coûté son poste, estiment des résidants du quartier.Elsie Lefebvre avait été élue avec Coalition Montréal, le parti de Marcel Côté, ancien adversaire de Denis Coderre qui s\u2019était rallié au maire sortant après le scrutin de 2013.M.Côté est décédé dans les mois suivant l\u2019élection.Un seul élu de la la Coalition, l\u2019infatigable Marvin Rotrand, élu depuis 1982, est resté fidèle à son parti \u2014 et a remporté dimanche un autre mandat.Électeurs aux aguets Desmond Morton, professeur au Département d\u2019histoire et d\u2019études classiques de l\u2019Université McGill, n\u2019est pas surpris par le sort peu enviable réservé aux transfuges.Il a étudié 229 députés fédéraux ayant changé de par ti en cours de mandat, entre les années 1921 et 2005.La plupart ont subi la défaite.Les électeurs «déplorent généralement que les [élus] changent d\u2019avis, sauf si la volte-face va dans le sens de leurs propres préjugés», écrivait-il dans une étude publiée en 2006.Avec Dave Noël Le Devoir MONTRÉAL Dur lendemain de veille pour les transfuges Plusieurs anciens élus de l\u2019opposition ayant rejoint Coderre ont subi la défaite L E D E V O I R , L E M A R D I 7 N O V E M B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 4 K A R L R E T T I N O - P A R A Z E L L I D e nouvelles recherches consacrées à un type bien précis d\u2019ondes cérébrales pourraient permettre de personnaliser le traitement de l\u2019insomnie, un trouble du sommeil qui af fectera un jour ou l\u2019autre près d\u2019une personne sur trois.Le professeur de l\u2019Université Concordia Thanh Dang- Vu et ses collègues ont récemment mené une série d\u2019études s\u2019intéressant aux ondes cérébrales nommées « fuseaux », qui sont associées à la stabilité et à la profondeur du sommeil, mais aussi à l\u2019apparition de troubles du sommeil.« On a étudié la manière avec laquelle ces oscillations du sommeil peuvent permettre de prédire l\u2019apparition de problèmes d\u2019insomnie, afin d\u2019évaluer comment les patients peuvent répondre à un traitement de l\u2019insomnie », explique le neurologue, qui dirige le laboratoire de Concordia sur le sommeil.Les chercheurs ont d\u2019abord mené une étude auprès de 20 étudiants pour analyser leur sommeil au début et à la fin de la session universitaire.« On s\u2019est rendu compte que les étudiants qui avaient plus de fuseaux au début de la session avaient tendance à développer moins d\u2019insomnie en fin de session, lorsqu\u2019ils sont soumis à un stress important, qui est celui des examens », résume M.Dang-Vu.Dans une seconde étude, le professeur de Concordia et ses collègues se sont plutôt intéressés aux personnes insomniaques.Ils ont constaté que celles qui produisent davantage de fuseaux de sommeil répondent mieux au traitement de première ligne de l\u2019insomnie, qu\u2019on appelle la thérapie cognitivo-comportementale.« Ce qu \u2019on e s t en t ra in d\u2019identifier, potentiellement, c\u2019est que les fuseaux pourraient être un marqueur de vulnérabilité d\u2019insomnie », explique le chercheur.Adapter le traitement Cette découverte, qui doit être confirmée par d\u2019autres études à venir, pourrait marquer un tournant dans le traitement de l\u2019insomnie.Actuellement, la thérapie cognitivo-comportementale, un traitement psychologique, est difficile d\u2019accès dans le réseau public, coûteuse dans le réseau privé et ef ficace dans seulement 50 % des cas, affirme M.Dang-Vu.Pour ce qui est des médicaments, ils peuvent entraîner certains effets secondaires indésirables lorsqu\u2019ils sont utilisés sur une période prolongée.« [Nos travaux] font par tie d\u2019une approche de recherche plus large, dans le but de fournir un traitement de l\u2019insomnie plus personnalisé.Actuellement, c\u2019est one size fits all », souligne le professeur.« On sait que l\u2019insomnie est un phénomène hétérogène.Certaines personnes ont un profil qui est dif férent.Pour mieux traiter l\u2019insomnie, il faut donc arriver à mieux catégoriser cette insomnie en s\u2019appuyant sur les phénomènes neurobiolo- giques sous-jacents.» D e m a n i è r e c o n c r è t e , l\u2019étude des fuseaux pourrait permettre aux spécialistes de savoir à quels patients ils doivent prescrire le traitement psychologique de première ligne et lesquels doivent plutôt être orientés vers un traitement qui modifie la production de fuseaux, à l\u2019aide de médicaments ou non.Plusieurs questions Le sommeil fait par tie du quotidien de l\u2019être humain depuis toujours, mais il s\u2019agit d\u2019une discipline de recherche relativement jeune, qui se développe depuis environ 40 ans, fait remarquer Thanh Dang-Vu.Les études montrent qu\u2019environ le tiers de la population souffrira d\u2019insomnie à un moment ou à un autre de sa vie et que ce problème s\u2019accentue avec l\u2019âge, mais les scientifiques n\u2019en comprennent pas encore toutes les causes et les conséquences.« On ne sait pas encore de manière très claire quels sont les impacts de certains troubles du sommeil sur la santé, admet le chercheur.Plusieurs études montrent des associations, mais les mécanismes qui sous-tendent ces associations doivent encore être élucidés.» Il explique par exemple qu\u2019à long terme, une carence de sommeil peut causer des problèmes cardiovasculaires et réduire l\u2019espérance de vie.Le professeur de l\u2019Université Lava l Char les Morin est même arrivé à la conclusion que l\u2019insomnie coûte 6,6 milliards de dollars par an au Québec, en tenant notamment compte de la perte de productivité, des consultations médicales et de la consommation de médicaments.« Il faut garder à l\u2019esprit que le sommeil n\u2019est pas une période de temps perdu, rappelle M.Dang-Vu.C\u2019est un moment qui est crucial pour réorganiser nos connexions au niveau cérébral, pour optimiser notre fonctionnement cognitif et pour effectuer toute la récupération nécessaire après une journée.» Dans les prochaines années, il poursuivra ses recherches à l\u2019aide de techniques d\u2019imagerie cérébrale pour mieux comprendre les phénomènes liés au sommeil et il est toujours à la recherche de dormeurs, insomniaques ou non, prêts à s\u2019assoupir pour la science.Le Devoir Ce contenu est réalisé en collaboration avec l\u2019Université Concordia.À chaque insomniaque son traitement De nouvelles études sur les ondes cérébrales pourraient améliorer la prise en charge des troubles du sommeil PEDRO RUIZ LE DEVOIR «Le repos n\u2019est pas une période de temps perdu», rappelle le professeur Thanh Dang-Vu.H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa I ls ont trois, quatre ou six ans, l\u2019âge de l\u2019innocence.Et pour tant, ils sont systématiquement arrêtés à l\u2019aéroport, voient leur passepor t saisi, leurs parents interrogés longuement.Parce qu\u2019ils ont le malheur d\u2019avoir un nom en partage avec de présumés terroristes inscrits sur la liste d\u2019interdiction de vol du Canada.Ils demandent maintenant à Ottawa de débloquer les fonds nécessaires pour mettre sur pied un système qui leur permettrait de prouver facilement qu\u2019il y a erreur sur la personne.Plusieurs parents de mineurs se trouvant dans cette situation se sont déplacés à Ottawa pour présenter au gouvernement de Justin Trudeau une pétition signée par 178 députés fédéraux de tous les partis, dont 17 ministres libéraux.Sulemaan Ahmed était du lot.Lorsqu\u2019il voyage avec son fils de six ans, Adam Ahmed, tout se complique.« La première fois que c\u2019est arrivé, on se rendait à Boston pour aller voir jouer le Canadien de Montréal, car on est des fans », raconte au Devoir M.Ahmed père.La famille a été retardée, mais n\u2019a pas raté son vol.La même chose s\u2019est produite lorsque la famille s\u2019est rendue à Cancún, au Mexique.Les autorités ont saisi le passepor t du jeune pendant près d\u2019une heure.Jef f Matthews, un vétéran des Forces armées canadiennes, vit la même chose avec son fils David, aujourd\u2019hui âgé de six ans.« C\u2019est Air Canada qui nous a dit qu\u2019il est sur la liste », indique-t-il.Ils vivent des délais depuis que l\u2019enfant est né.« Air Canada nous a suggéré de créer pour notre fils un compte Aéroplan.Mais ça ne règle pas le problème.Ça rend juste les choses plus faciles pour cette compagnie aérienne.» M.Matthews se désole de cette situation, car, note-t-il, «il doit y avoir des centaines de David Matthews au pays».Toutes les familles soutiennent qu\u2019il leur est impossible d\u2019obtenir d\u2019Ottawa, comme cela existe aux États- Unis, un sésame qui leur permettrait de passer les contrôles malgré la concordance.Le gouvernement libéral de Justin Trudeau reconnaît le problème, mais plaide l\u2019impuissance à court terme.Le Programme de protection des passagers (PPP, le nom officiel de la liste d\u2019interdiction de vol) a été créé dans la foulée des attentats terroristes de 2001.Mais cette liste ne contient que des noms, confirme le ministère de la Sécurité publique.Il n\u2019y a aucune autre information, comme la date de naissance ou le nom de jeune fille de la mère, qui permettrait de départager le vrai danger public du petit amateur de hockey de six ans.« C\u2019est ce qui explique le grand nombre de faux positifs», admet Scott Bardsley, le porte- parole du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale.Le projet de loi C-59 réformant les dispositions antiterroristes, encore à l\u2019étude, prévoit une refonte du PPP.Il mettrait notamment en place un système par lequel une personne faussement recensée obtiendrait un numéro qui faciliterait ses futurs vols.Amber Cammish, mère d\u2019un enfant de quatre ans vivant le même problème, estime que le C-59 ne constitue pas une réponse satisfaisante, car il prendra «des années» à être adopté puis mis en œuvre.Le ministre Goodale l\u2019invite à prendre son mal en patience, car instaurer des mesures intérimaires ne lui paraît pas réaliste.Cela implique, a-t-il fait valoir, de mettre en place «un important système informatique».«Je ne peux pas of frir d\u2019échéancier, juste dire que je réalise à quel point c\u2019est impor tant.Je suis aussi frustré que tout le monde de ce problème persistant.» En janvier 2016, le gouvernement a demandé aux transporteurs aériens de cesser de vérifier, dans le cas de passagers mineurs, si leur nom figure sur la liste des passagers indésirables.Visiblement, la consigne n\u2019est pas respectée par tout.Néanmoins, Ottawa maintient que l\u2019inconvénient de ces « faux positifs » est mineur.«En général, le délai ne devrait pas être de plus de 10 ou 15 minutes », affirme-t-on au ministère.Mme Cammish estime que cela est « complètement faux ».« Il y a des fois où des gens sont capables de passer en 15 minutes, mais j\u2019ai moi-même attendu des heures avec ma fille de quatre ans.Air Canada a déjà retardé un vol pour nous pour s\u2019assurer que nous arrivions à temps.Ce n\u2019est pas un enjeu de quelques minutes.» Yusuf Ahmed, pour sa part, rappelle que le problème persiste quand, comme lui, on atteint l\u2019âge de la majorité.Le jeune homme de 19 ans s\u2019inquiète de l\u2019impact qu\u2019une identification er ronée pourrait avoir pour lui.Il a rappelé les cas de quatre Canadiens, dont Maher Arar, emprisonnés et torturés à l\u2019étranger sur la foi d\u2019informations fautives fournies par le Canada.« Le Canada s\u2019est excusé et a versé des dizaines de millions de dollars en compensation.Mais je vous demande : que faites-vous pour que cela ne m\u2019arrive pas?» Le Devoir INTERDITS DE VOL Des noms qui voyagent mal Ottawa demande aux honnêtes citoyens empêtrés dans les filets de la sécurité post-2001 de prendre leur mal en patience SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE Sebastian Khan, 3 ans, a le malheur d\u2019avoir un homonyme qui figure sur une liste de présumés terroristes interdits de vol.Conséquence: sa mère, Heather Harder, perd un temps fou lorsqu\u2019elle et son enfant veulent prendre l\u2019avion.La mère et l\u2019enfant, ainsi que plusieurs autres personnes dans la même situation, étaient à Ottawa lundi afin de demander au gouvernement de remédier au problème.A M É L I P I N E D A A près avoir reçu 463 appels en 19 jours, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a fermé lundi sa ligne téléphonique de dénonciations d\u2019agressions sexuelles.«Le nombre d\u2019appels a connu une importante baisse depuis la dernière semaine, mais on veut dire aux victimes que c\u2019est important de dénoncer et qu\u2019elles peuvent le faire en appelant au 911 ou en se rendant dans un poste de quar tier », explique Vincent Rozon, commandant à la section des crimes majeurs du SPVM Cette ligne spéciale a été lancée dans la foulée des allégations de nature sexuelle visant des personnalités publiques québécoises, dont l\u2019animateur Éric Salvail et le grand patron du Groupe Juste pour Rire, Gilbert Rozon.La vague qu\u2019a connue le Québec est sans précédent souligne le commandant.Dans les premiers jours de sa mise en place, 114 appels par jour ont été enregistrés.La semaine dernière, on en dénombrait en moyenne 5 par jour.« On avait vu des mouvements de dénonciation à la suite de la sor tie de Nathalie Simard en 2005 et lors de l\u2019affaire Jian Ghomeshi en 2014, mais rien de comparable à la situation que vit actuellement le Québec », indique le commandant Vincent Rozon.Ouvertures de dossiers Les enquêteurs affectés à la ligne téléphonique ont répondu à un total de 463 appels, du 19 octobre au 6 novembre 2017.De ce nombre, 98 appels ont abouti à des ouvertures de d o s s i e r s d \u2019 a g r e s s i o n s sexuelles.Les policiers se concentreront désormais sur chacune des enquêtes.L\u2019équipe de 33 enquêteurs de la division des agressions sexuelles continuera à être soutenue par 17 enquêteurs provenant d\u2019autres divisions dans les prochaines semaines.« Après la dénonciation, les enquêteurs doivent évaluer le dossier.Ensuite, ils rencontrent la victime dont la déclaration sera filmée.Les enquêteurs réévaluent le dossier puis le soumettent au procureur du Directeur des poursuites criminelles et pénales qui organise à son tour une rencontre avec la victime.Ensuite, le procureur de la Couronne analyse le dossier et une rencontre a lieu entre lui, l\u2019enquêteur et la victime pour indiquer si des accusations seront portées », explique le commandant Rozon.Il mentionne que la plupart des plaintes reçues dans les derniers jours concernent des événements survenus dans le passé.Impossible donc de dire quel est le délai moyen entre le traitement d\u2019une plainte et le dépôt d\u2019éventuelles accusations.« Lorsque l\u2019événement remonte à plusieurs années, il est plus complexe pour les enquêteurs, parce que si par exemple la personne à laquelle la victime s\u2019est confiée est une amie de son école secondaire qu\u2019elle a perdue de vue, les enquêteurs devront la retrouver», dit-il.Il af firme que les dossiers dont les preuves doivent être recueillies rapidement sont traités en priorité.Parmi les autres appels reçus, 34 ont été transmis à d\u2019autres ser vices policiers, 10 étaient liés à des agressions sexuelles non liées à des infractions criminelles et 295 concernaient des informations non criminelles.Le Devoir Le SPVM ferme sa ligne téléphonique de dénonciation des agressions sexuelles Recherche et innovation 178 députés fédéraux ont signé une pétition demandant à Ottawa de régler le problème INDIVIDU.E.S Arnold Aberman Gisèle Ampleman Emiliano Arpin-Simonetti Robert Ascah Michèle Asselin Viviane Aubé Angèle Aubin François Avard Jiad Awad Louis Azzaria Maryse Azzaria Denise Babin Jean Baillargeon Normand Beaudet Céline Beaulieu Georgette Beaulieu Chantale Bédard Louise Bégin Mariette Benoit Michèle Benoit Suzanne Benoit Simonne Bernier Clotilde Bertrand Marguerite Bilodeau Louise Boivin Marc Bonhomme Louis-Philippe Boucher Ginette Boudreau Monique Boudreau Joane Bourget John Bradley Louise Breton Andrée Brosseau Denise Brouillard Nancy Brown Michelle Brulé Denise Brunelle Ronald Cameron Madeleine Champagne Pascale Chanoux Lionel Chartier Bill Clennett André Cloutier Garnet Colly Louise Constantin David Cookson Stéphan Corriveau Aline Côté Denis Côté Christine Dandenault Louise Desmarais Jean-Marie Desroches Antoinette Dion Gérald Doré Martin Drapeau Martin Duckworth Gilles Dugal Marcel Duhaime Sylvie Dussault Martine Eloy Ariane Émond Ghislaine Fleury Anna Louise E.Fontaine Ormsby Ford Pierre Forest Francine Fournier André Francoeur Joanne Freeman Jeanne Gagnon Élisabeth Garant Diane Gariépy Bernard Gauvin Hélène Gobeil Wendy Goldsmith Marcel Gosselin Lorraine Guay Eddy Guery Bruno Hamel Monique Hamelin David Heap Margaret Heap Louise Édith Hébert Michel Huot Mouloud Idir Martin Jalbert Nicole Jetté Molly Kane Stephanie Kelly Roger Labbé Michel Laberge Éric Labonté Danièle Lacourse Marie-Hélène Laforest Odile Laforest Pascal Laforest Gabriel Lagacé Serge Lalonde Lorette Langlais Louise Le Blanc Nadeau Marie-Paule Lebel Raymond Legault Denis Lemelin Lucie Lippé Abby Lippman Suzanne Loiselle Louisette Lord Amir M.Maasoumi Geneviève Manceaux Firoze Manji Gilles Marsolais Céline Martin Paulina Maya Serge Mongeau Ed Napier Lou Nelson Amélie Nguyen Renée Ntagungira Catherine Paquin Blanche Paradis Hélène Parenteau Rolande Parrot Rachel Payment Lise Perras Claude Perron Dominique Peschard Daniel Picot Alexandra Pierre Gilles Poirier Lilyane Rachédi Geneviève Rail Paul-Etienne Rainville Jean-Claude Ravet Gilles Rivet Mercédez Roberge Philippe Robert de Massy Jean Robertson Nora Robichaud Martin Robillard Marianne Roy Michel Roy Pierre Roy Serge Roy Barbara Rufo François Saillant Christiane Sibillotte Jean-Francois Thibaud Diane Thibaudeau Jeannette Thiffault Jacques Tousignant Carmina Tremblay Jeanne-d'Arc Tremblay Gisèle Turcot Constance Vaudrin Felipe Vicencio-Heap André Vidricaire La publication de cette page a été rendue possible grâce aux contributions de 155 individu.e.s et de 34 organisations.VIGILE à la mémoire de toutes les victimes des guerres Samedi 11 novembre 2017, 10h30 Lieu de rassemblement à confirmer Pour vous procurer des coquelicots blancs et pour toute information : www.echecalaguerre.org / info@echecalaguerre.org / 514-919-7249 Le Collectif Échec à la guerre mène présentement sa 7e campagne annuelle du coquelicot blanc.Dans un contexte où les guerres font d\u2019innombrables victimes, notamment civiles, un grand nombre d\u2019individu-e-s et d\u2019organisations ont pris l\u2019engagement suivant : crédit : Dominique Lafond crédit : Crila À L A M É M I R E d e t o u t e s l e s v i c t i m e s d e s g u e r r e s Ariane Émond, porte-parole de la campagne du coquelicot blanc 2017 François Avard, porte-parole de la campagne du coquelicot blanc 2017 « Comme jamais, nous sommes conscients des effets de la guerre sur les victimes civiles : des millions de personnes tuées, déplacées, violées, handicapées, kidnappées, orphelines.Portons le coquelicot blanc pour préserver leur mémoire.» «\u2026C'est par le souvenir des victimes \u2014 et non la glorification de la guerre et l\u2019occultation de ses ravages \u2014 qu'on peut éviter de répéter les horreurs passées.» Nous, soussigné-e-s, portons le coquelicot blanc en signe d\u2019opposition aux politiques militaristes du Canada et à la mémoire de toutes les victimes des guerres.Parce que la nouvelle Politique de défense du Canada, dévoilée en juin \u2022 dernier, prévoit une hausse du budget militaire de 70 % en dix ans et privilégie la voie militaire pour « augmenter la paix et la sécurité dans le monde »; Parce que le gouvernement du Canada participe au commerce des \u2022 armes, notamment avec des pays qui sont connus pour en faire usage contre des populations civiles; Parce que les armes ainsi vendues circulent et participent de guerres \u2022 d'agression entraînant destructions, dépossessions et déplacements de populations migrantes laissées sans protection; Parce que l\u2019achat d\u2019armes sophistiquées et meurtrières n\u2019est pas une \u2022 garantie de sécurité, tel que l\u2019OTAN le prétend, mais plutôt le présage de guerres à venir, entraînant encore plus de destructions et de morts; Parce que le Canada a boycotté les pourparlers en vue de l\u2019adoption \u2022 d\u2019un traité pour une interdiction totale du développement, du stockage et de la menace d\u2019utilisation d\u2019armes nucléaires \u2013 traité qui a été adopté le 7 juillet dernier par 122 pays; Portons le coquelicot blanc ORGANISATIONS Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) Centre Avec des Elles Centre d\u2019Aide et de Lutte contre les Agressions à Caractère Sexuel (CALACS) de Rimouski Centre des femmes d'ici et d'ailleurs Centre international de solidarité ouvrière (CISO) Centre justice et foi Centre ressources pour femmes de Beauport (CRFB) Collectif de Québec pour la paix Comité de solidarité/Trois-Rivières (CS3R) Comité justice, Institut Notre-Dame du Bon-Conseil Montréal Comité Solidarité, Oblates franciscaines de Saint-Joseph (OFSJ) Fédération autonome de l'enseignement (FAE) Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) Groupe Solidarité Justice (CNDQ) L'autre Parole L'Entraide missionnaire (EMI) Ligue des droits et libertés (LDL) Mémés Déchainées Parti communiste du Québec Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ) Pastorale sociale Ahuntsic People for Peace (London, Ontario) Québec solidaire Religions pour la Paix - Québec Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) Sœurs Auxiliatrices Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie du Québec Sœurs Missionnaires de Notre-Dame des Apôtres Solidarité Laurentides Amérique centrale (SLAM) Solidarité populaire Estrie Syndicat de l'enseignement de la Pointe- de-l'Ile (SEPI) Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (SPECA) Les fonctionnaires indépendants du Parlement sont un rouage indispensable des mécanismes de sur veillance du gouvernement.Ils appuient le travail des parlementaires et sont, dans plusieurs cas, la voix des citoyens.La durée de leur mandat inscrite dans la loi rend leur départ prévisible.Malgré cela, le gouvernement Trudeau n\u2019a pas réussi en deux ans à en remplacer un seul.n mai 2017, le gouvernement pensait avoir franchi un premier pas en nommant, malgré l\u2019absence d\u2019appui des autres partis aux Communes, l\u2019ancienne ministre libérale ontarienne Madeleine Meilleur au poste de Commissaire aux langues of?cielles.Ce qui devait être le résultat d\u2019un processus indépendant et fondé sur le mérite est plutôt apparu comme un choix à forte saveur partisane.Le rejet qui s\u2019annonçait au Sénat a ?ni par convaincre Mme Meilleur de retirer sa candidature à la mi-juin.Le processus de sélection a été relancé, mais on n\u2019a toujours pas nommé de successeur au commissaire Graham Fraser, qui est parti en décembre 2016.Le poste est encore occupé de façon intérimaire par Ghislaine Saikaley.Quatre autres postes de fonctionnaires indépendants du Parlement sont dans la même situation.À moins de deux ans des prochaines élections, on attend toujours de connaître le successeur du directeur général des élections Marc Mayrand, qui est pourtant parti en décembre 2016.La Commissaire au lobbying et celle aux con?its d\u2019intérêts et à l\u2019éthique en sont à leur troisième mandat intérimaire de six mois.La Commissaire à l\u2019information a annoncé en avril dernier qu\u2019elle partirait à la ?n de son mandat qui se terminait en juin dernier.Elle a ?nalement accepté de garder le fort pour six mois de plus, soit jusqu\u2019à la ?n décembre.On ignore toujours qui la remplacera.Les libéraux ont modi?é le processus de nomination pour, disent- ils, le rendre plus «transparent, indépendant et fondé sur le mérite», mais il revient toujours au ministre responsable de choisir le candidat à recommander au premier ministre, qui doit ensuite consulter les chefs des autres partis reconnus aux Communes.Ce que M.Trudeau n\u2019a pas vraiment fait dans le cas de Mme Meilleur.Dans tous les cas cités plus haut, des appels de candidatures ont été lancés, certains tout récemment, et des comités de sélection ont été mis sur pied, mais cela traîne.Le souci de bien faire n\u2019explique pas pareille inef?cacité.L\u2019affaire Meilleur a démontré que le nouveau processus n\u2019était pas à l\u2019abri des considérations partisanes, et ces retards entretiennent l\u2019impression que le gouvernement attend des candidats à sa convenance.Des garde-fous supplémentaires sont visiblement nécessaires, mais le temps commence à manquer pour les nominations en attente, car il y a urgence.Les personnes qui les occupent de façon intérimaire font le travail, mais leur position précaire atténue leur autorité auprès du gouvernement et du public.Cela alimente l\u2019incertitude au sein des organisations.Or, les fonctionnaires du Parlement sont des chiens de garde qui offrent aux parlementaires des outils pour comprendre des enjeux souvent complexes et pour exiger des comptes au gouvernement.On n\u2019a qu\u2019à penser au travail du véri?cateur général ou du directeur parlementaire du budget pour s\u2019en convaincre.Certains de ces fonctionnaires, comme les commissaires aux langues of?- cielles, à l\u2019information ou à la protection de la vie privée, reçoivent des plaintes du public, les analysent et font des recommandations qui peuvent embêter le gouvernement.Leur indépendance est donc primordiale.Pour la protéger, un processus de sélection indépendant dont les choix sont approuvés par tous les partis doit être envisagé.Le strict minimum serait que le gouvernement s\u2019engage à obtenir l\u2019accord de tous les partis reconnus pour les nominations les plus urgentes.Il doit aller plus loin et, d\u2019ici la ?n de son mandat, con?er la sélection des fonctionnaires du Parlement à une commission indépendante des nominations qui pourrait s\u2019inspirer de celle en place au Royaume-Uni pour choisir les membres d\u2019organismes judiciaires ou quasi judiciaires.Les candidatures retenues seraient ensuite entérinées par un vote d\u2019au moins les deux tiers de la Chambre et, quand cela est nécessaire, du Sénat.Ces fonctionnaires ne sont pas à la solde du gouvernement, mais au service des citoyens et du Parlement.Respecter ce dernier, comme l\u2019avaient promis les libéraux, exige que ces nominations se fassent en temps opportun.L E D E V O I R , L E M A R D I 7 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S La fameuse participation citoyenne C\u2019est connu et ça ne devrait plus surprendre: un dimanche gris, pluvieux, du crachin aux cordes, froid et venteux décourage les citoyens d\u2019exercer leur droit de vote.Pourtant, le Directeur général des élections (DGEQ) a choisi une stratégie marketing et des slogans comme si inciter à l\u2019exercice d\u2019un droit relevait d\u2019un changement de comportement de consommateurs! «Pourquoi braver les intempéries ?Pour faire remonter les pourcentages de participation?», répondent ces citoyens que l\u2019on continue à blâmer tous les lendemains d\u2019élection.Leur résistance accuse le système lui- même, un système de délégation de pouvoirs à des représentants qui ne sont pas contraints de remplir leurs promesses (coucou à «Pour que chaque vote compte» et à Justin Trudeau).Leur silence illumine le vœu d\u2019une transition vers un véritable pouvoir citoyen, plus direct, avant qu\u2019il ne soit trop tard.Ces non-votants ne sont pas aveugles.Ils prennent acte depuis longtemps des trajectoires sur lesquelles leurs communautés sont entraînées malgré elles et en dépit de la réalité environnementale, L I B R E O P I N I O N P A U L S T - P I E R R E P L A M O N D O N Conseiller spécial du chef du Parti québécois, Jean-François Lisée D ans son discours prononcé récemment à Bruxelles, Carles Puigdemont demandait à l\u2019Europe d\u2019intervenir devant la répression de la Catalogne, affirmant que « tolérer la violence de l\u2019extrême droite, c\u2019est rompre avec l\u2019idée de l\u2019Europe, une erreur que tous les Européens paieront cher».Son discours, fondé sur le pacifisme et le service de la démocratie, soulève l\u2019hypothèse très sérieuse que les démocraties occidentales se sont affaiblies à un point tel qu\u2019elles s\u2019approchent graduellement de l\u2019extrême droite.Au cours des vingt dernières années, tant l\u2019Europe que l\u2019Amérique ont été le théâtre d\u2019un processus de mondialisation dans le cadre duquel la taille et l\u2019influence des grandes entreprises transnationales ont crû de manière exponentielle.Ces multinationales ont notamment augmenté leur influence en s\u2019infiltrant dans une classe politique perméable, finançant leurs activités tout en exploitant leur vulnérabilité devant les menaces de déménagement d\u2019entreprises et de représailles économiques.Elles ont également assuré leur influence en acquérant les médias de masse et en les consolidant, substituant au passage au journalisme du commentaire politique aligné avec leurs propres intérêts.Ainsi, lentement mais sûrement, le pouvoir des entreprises se confond avec les pouvoirs politiques et médiatiques qui ne forment plus qu\u2019un.Le fascisme est un régime politique qui a eu cours de 1936 à 1977 en Espagne et qui se caractérise justement, entre autres choses, par la concentration des pouvoirs politiques, médiatiques, judiciaires et policiers entre les mains d\u2019une poignée d\u2019individus.Reposant largement sur la propagande, ce type de régime politique s\u2019est caractérisé historiquement par la répression de sa propre population et par des niveaux de corruption très élevés.Bien que l\u2019Espagne ne soit vraisemblablement pas un régime fasciste à l\u2019heure actuelle, elle présente plusieurs symptômes d\u2019un régime antidémocratique : de multiples conflits d\u2019intérêts au sein d\u2019une classe politique corrompue, un des pires classements au monde quant à l\u2019indépendance de ses tribunaux, des médias à ce point partisans qu\u2019ils en sont risibles, un service policier entièrement contrôlé par le politique, et des gestes de répression de sa propre population.L\u2019Espagne en a ajouté une couche en limogeant le chef de la police catalane pour prendre le contrôle, en remplaçant les hauts fonctionnaires de la Catalogne par ses propres délégués et en portant des accusations criminelles contre plusieurs élus catalans sur la base de leurs idées politiques.Simultanément, les médias espagnols mènent une opération propagandiste d\u2019intimidation de la Catalogne et de démonisation du mouvement souverainiste, avec la collaboration de plusieurs médias de masse qui reprennent cette information sans se questionner et de cer taines grandes entreprises qui participent volontiers à la mise en scène du déménagement de leur entreprise.L\u2019État est à ce point proche de ces entreprises et des médias de masse qu\u2019il peut coordonner cette opération de peur avec en prime l\u2019appui des États voisins, dont la réaction ressemble étrangement à celle d\u2019un cartel.Impasse démocratique espagnole Cet épisode honteux sur vient dans un contexte historique pas si lointain d\u2019un régime franquiste qui a causé un tort inouï à la Catalogne, tant en matière d\u2019assimilation des Catalans qu\u2019en matière d\u2019emprisonnements et d\u2019assassinats.À ce titre, il est important de constater que, contrairement à la mouvance souverai- niste catalane qui se veut démocrate et pacifiste, la mouvance unioniste espagnole exhibe sans gêne des symboles, des chants ou des gestes issus du régime de Franco.À cette impasse démocratique espagnole s\u2019ajoute l\u2019imposition, par l\u2019Union européenne, d\u2019un régime d\u2019austérité qui s\u2019attaque notamment à l\u2019éducation de la population, lequel régime n\u2019a jamais été approuvé démocratiquement par la population catalane.Ces dysfonctions démocratiques entraînent une montée de l\u2019extrême gauche et du populisme, déstabilisant davantage la démocratie catalane.N\u2019ayant aucun espoir de convaincre le pouvoir espagnol corrompu ou l\u2019Union européenne de respecter la démocratie et de servir les intérêts de la population, de nombreux Catalans se sont donc tournés vers un projet de pays qui leur donnerait un petit État démocratique et pacifiste qui serait le leur, reprenant en quelque sorte l\u2019hypothèse de Jane Jacobs dans The Question of Separatism que les unités nationales plus petites génèrent moins de corruption et sont plus proches de la réalité de leurs citoyens.Le mouvement indépendantiste catalan se veut donc avant tout une réponse démocratique et pacifiste à cet affaiblissement des démocraties occidentales, et non un projet fondé sur un nationalisme intolérant, que l\u2019on retrouve plutôt du côté unioniste espagnol.L\u2019hypothèse que la mondialisation telle qu\u2019elle a été conduite au cours des dernières années nous amène tranquillement vers des régimes antidémocratiques doit être prise au sérieux.Dans la mesure où l\u2019usurpation des pouvoirs politiques, médiatiques et policiers par des sphères d\u2019intérêts privés fait aussi la manchette au Québec depuis plusieurs années, la démarche catalane devrait être suivie de près et encouragée par les Québécois.En effet, la Catalogne est en train de donner naissance à une version très démocrate du nationalisme, fondé davantage sur le droit des citoyens de décider pour eux-mêmes, convainquant plusieurs Européens nés à l\u2019extérieur de la Catalogne d\u2019appuyer leur mouvement.La Catalogne mérite notre soutien, non seulement parce qu\u2019il s\u2019agit de mettre fin à des décennies d\u2019injustice vécue par les Catalans et de reconnaître un peuple qui agit de manière exemplaire pour obtenir son indépendance, mais parce que leur démarche est intimement liée à la sauvegarde de la démocratie en Occident.La Catalogne, rempart de la démocratie contre l\u2019extrême droite FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET sociale et économique.Ils se sentent non interpellés comme citoyens, pas comme consommateurs d\u2019affaires politiques ni comme résidants avec goûts et préférences, mais comme êtres politiques ayant prise sur le réel.Quand le système sera fait pour que l\u2019ensemble des citoyens exercent réellement leur pouvoir, on ne parlera plus de participation citoyenne, mais de pouvoir citoyen.Line Bonneau Montréal, le 6 novembre 2017 FONCTIONNAIRES INDÉPENDANTS DU PARLEMENT Délais inexcusables E MANON CORNELLIER La politique et la barbarie Il y a environ 2450 ans, l\u2019autorité d\u2019Athènes condamnait Socrate à se suicider pour avoir corrompu la jeunesse.Par chance, nous avons évolué, et c\u2019est très probablement à cause de ce Socrate, lequel nous a montré à douter de l\u2019autorité.Nous voici maintenant à l\u2019orée d\u2019un nouveau mandat de quatre ans pour nos élus municipaux.Devons-nous penser que nous n\u2019avons plus rien à dire maintenant que cette période électorale est terminée ?« Grand Dieu, non », dirait So- crate ; tout commence ! La démocratie, ce n\u2019est plus la barbarie d\u2019antan, et nos élus seront polis et respectueux lors de notre par ticipation aux séances publiques des conseils municipaux.C\u2019est là que la démocratie, bien après la période électorale, doit se dire, se vivre et se faire.Ainsi se bâtissent nos cités, villes et villages.Il ne faut pas craindre d\u2019émettre ponctuellement notre opinion de citoyens critiques et engagés pour nous créer de saines cités, villes et villages; derrière le financement des municipalités et leurs infrastructures vitales, il y a des citoyens «utili- sateurs-payeurs » ! Osons voir régulièrement, occasionnellement, ce que nos élus mandatés font de nos deniers, car c\u2019est nous qui accordons le titre d\u2019«autorité responsable » à la bonne gestion de nos pécules durement gagnés.Rappelons-nous qu\u2019à Trois-Rivières, par exemple, ce sont les citoyens qui ont fait la laïcité des séances publiques du conseil municipal, qui ont gardé exempte de fluor l\u2019eau potable et qui ont dirigé le conseil municipal vers l\u2019adoption d\u2019une résolution contre l\u2019insensé projet Énergie Est.Après les élections, c\u2019est la démocratie qui se vit.Plus que jamais maintenant, la démocratie doit se faire au quotidien.Merci, So- crate, de nous avoir éveillés à notre responsabilité citoyenne, et félicitations aux élus.François Champoux Trois-Rivières, le 4 novembre 2017 L E D E V O I R , L E M A R D I 7 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).L a semaine dernière, au Forum sur l\u2019intelligence artificielle responsable, des chercheurs ont adopté des principes pour le développement éthique de l\u2019intelligence artificielle (IA).La démarche est salutaire.Montréal entend devenir une plaque tournante de la recherche sur l\u2019IA.Investir de façon responsable dans ces technologies transformatrices, c\u2019est nécessairement consacrer des ef for ts conséquents à comprendre leurs enjeux sociétaux.Mais une fois énoncés les valeurs et les principes devant guider le développement de l\u2019IA, les changements radicaux qu\u2019induisent ces technologies requièrent de repenser les cadres juridiques fondamentaux.Les valeurs s\u2019expriment dans les lois délimitant les droits et les responsabilités des personnes.Celles-ci de- vraient-elles demeurer inchangées alors que les technologies d\u2019IA changent radicalement les façons de faire ?Un exemple : les données que produisent tous ceux qui sont connectés sont l\u2019un des in- trants essentiels des procédés fondés sur l\u2019IA.Elles font désormais l\u2019objet de traitements très différents de ceux qui étaient envisagés par les lois sur la protection des renseignements personnels datant de la fin du siècle dernier.Les procédés analytiques utilisant les données massives (« Big Data ») changent radicalement les conditions de la collecte, de la circulation et de l\u2019utilisation des données.Or, les lois de protection des données personnelles ne procurent plus les cadres appropriés pour garantir que l\u2019utilisation des données générées par la collectivité se fera dans le respect des droits fondamentaux et des valeurs démocratiques.Même en Europe, là où la réflexion est parfois plus avancée sur ces questions, on continue d\u2019envisager la régulation des données associées aux personnes comme on le faisait dans le dernier quart du XXe siècle.Une pareille approche donne une régulation d\u2019autrefois pour encadrer les pratiques du futur.Faute d\u2019innover sur les mécanismes de régulation, on s\u2019épuise à tenter d\u2019appliquer des lois persistant à postuler que les données relatives à une personne ne peuvent être utilisées que moyennant son consentement et uniquement pour des finalités précises.Cette vision individualiste s\u2019accroche à la fiction d\u2019un « consentement » que les internautes et tous les usagers d\u2019ob jets connectés donneraient en pleine connaissance de cause.Cette approche produit un résultat déficient : pratiquement la plupart des utilisations des données par les géants du Web, même celles qui soulèvent beaucoup d\u2019inquiétudes, sont autorisées.Nous avons tous cliqué sur le rituel « J\u2019accepte » dès lors que nous avons décidé d\u2019utiliser une application, un site ou un objet de ce monde connecté ! Avec ce type de loi censée protéger la vie privée, on a beau énoncer de beaux principes « éthiques », la régulation qui compte vraiment est celle que nous imposent les Google et Facebook de ce monde ! Les lois actuelles sur les données personnelles ne font que gérer l\u2019abandon de nos libertés aux conditions définies par les géants du Web.Les données : ressources communes Les données massives sont essentielles à la création de valeur dans les environnements connectés fonctionnant à l\u2019IA.Pour l\u2019heure, les lois persistent à imposer que ces masses d\u2019information ne soient utilisées que pour des « finalités » définies.Mais les traitements de données massives procèdent de logiques qui font fi des finalités au nom desquelles elles ont été initialement collectées.Devenues « Big Data », ce ne sont plus des données «appartenant» aux individus.Massivement utilisées, les données sont une ressource commune à tous, comme l\u2019air et l\u2019eau que nous utilisons.Comme l\u2019eau, l\u2019air ou les fréquences radioélectriques, les données sont au cœur de la création de valeur fondée sur l\u2019IA.Leur utilisation doit se concevoir comme un privilège régi par des balises que les États doivent avoir le courage d\u2019imposer et de faire respecter.En tant que ressources communes, les données doivent être utilisées de manière compatible avec les exigences de respect de la dignité humaine.Au régime juridique actuel permettant aux entreprises de s\u2019approprier les données simplement en obtenant le consentement des individus, il faut substituer des règles obligeant à la transparence et à la responsabilisa- tion de ceux qui génèrent de la valeur avec les informations que tout un chacun produit.L\u2019IA a vocation à changer tous les milieux dans lesquels nous vivons.Son développement «éthique » suppose de revoir le statut juridique des données qui en sont l\u2019intrant essentiel.Les lois doivent être repensées avec autant d\u2019esprit d\u2019innovation qu\u2019il en faut pour développer les environnements informationnels qui modèlent nos conditions de vie.L\u2019intelligence artificielle « responsable » D A N I E L T U R P Président de l\u2019Institut de recherche sur l\u2019autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI) et professeur titulaire à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal onsacré par la Charte des Nations unies en 1945 et décrit par la Cour internationale de Justice comme un principe essentiel, voire une norme impérative de droit international, le principe de l\u2019égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d\u2019eux-mêmes, connu aussi comme le principe d\u2019autodétermination, n\u2019a jamais été aussi présent dans l\u2019actualité.Les deux référendums tenus au Kurdistan et en Catalogne les 25 septembre et 1er octobre 2017 suscitent des débats sur la portée du principe et la mise en œuvre du droit à l\u2019autodétermination qui y prend sa source.Et le débat reprendra en 2018 lorsque les référendums d\u2019autodétermination seront organisés en Nouvelle-Calédonie et dans la région autonome de Bougainville en Nouvelle-Guinée, et que le référendum constitutionnel prévu aux îles Féoré soulèvera l\u2019enjeu de l\u2019enchâssement dans une première constitution de cette communauté autonome du Danemark du droit à l\u2019autodétermination du peuple féroïen.Principe C\u2019est en application de ce principe et à la suite d\u2019un processus qui y prenait appui qu\u2019ont accédé à l\u2019indépendance plus d\u2019une centaine de peuples coloniaux durant la deuxième moitié du XXe siècle.Se fondant sur le même principe et s\u2019affirmant titulaires du même droit, plus d\u2019une vingtaine d\u2019autres peuples ont choisi d\u2019opter pour l\u2019indépendance et sont nés de la dissolution de l\u2019Union soviétique, de la Yougoslavie et de Tchécoslovaquie, mais aussi de leur détachement \u2014 en ce début de XXIe siècle \u2014 de l\u2019Éthiopie pour l\u2019Érythrée et du Soudan pour le Soudan du Sud.Ce principe trouve sa grandeur \u2014 et son expression juridique \u2014 dans les Pactes internationaux relatifs aux droits de l\u2019homme, adoptés en 1966 dont l\u2019article premier qui leur est commun affirme que « tous les peuples ont le droit de disposer d\u2019eux-mêmes.En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel ».Les modes de mise en œuvre de droit ont par ailleurs été explicités dans la Déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la coopération entre les États conformément à la Charte des Nations Unies qui a indiqué les trois modes de mise en œuvre du droit à l\u2019autodétermination, à savoir «[l]a création d\u2019un État souverain et indépendant, la libre association ou l\u2019intégration dans un État indépendant ou l\u2019acquisition de tout autre statut politique librement décidé par un peuple».Se fondant sur le caractère universel d\u2019un droit qui autorise la création d\u2019un État souverain et indépendant, des peuples comme ceux du Québec et d\u2019Écosse ont également tenu des référendums et ont d\u2019ailleurs vu le Canada et le Royaume-Uni prendre une part active à l\u2019exercice.Et de nombreux autres peuples du monde aujourd\u2019hui se réclament du droit à l\u2019autodétermination pour obtenir plus d\u2019autonomie au sein de l\u2019État dont ils font partie.Et les peuples autochtones peuvent aujourd\u2019hui se référer à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones pour revendiquer et exercer leur droit à l\u2019autodétermination et déterminer librement leur statut politique.Ils possèdent aussi, dans l\u2019exercice de leur droit à l\u2019autodétermination, le droit d\u2019être autonomes et de s\u2019administrer eux- mêmes pour tout ce qui touche à leurs affaires intérieures et locales, ainsi que de disposer des moyens de financer leurs activites?autonomes.Objections Comme on le constate au Kurdistan et en Catalogne, la portée universelle du principe d\u2019autodétermination et le droit à l\u2019indépendance sont récusés par des États qui opposent aux peuples qui les composent tantôt leur intégrité territoriale, tantôt leur caractère indissoluble.Alors que la première objection ne trouve plus de fondement en droit international depuis que la Cour internationale de Justice a rappelé, dans son Avis consultatif sur le Kosovo (2010), que le principe de l\u2019intégrité territoriale n\u2019était applicable que dans les relations interétatiques, l\u2019argument de l\u2019indissolubilité pose la question de la conformité d\u2019une telle norme constitutionnelle avec le principe d\u2019autodétermination et le droit qui en découle de déterminer librement son statut politique.Et si c\u2019est en toute liberté que les peuples peuvent déterminer un tel statut politique, le destin du principe d\u2019autodétermination est en vérité intimement lié à la démocratie et au principe démocratique.En 1917, l\u2019autodétermination a été décrite comme étant un mot d\u2019ordre de la politique internationale, comme en faisaient foi les vues exprimées par le président américain Woodrow Wilson : « Aucune paix ne peut durer, ni ne devrait durer, si elle ne reconnaît et n\u2019accepte le principe que les gouvernements dérivent tous leurs pouvoirs légitimes du consentement de ceux qui sont gouvernés et que nul n\u2019a le droit de transférer les peuples d\u2019un potentat à l\u2019autre, comme s\u2019ils étaient une propriété.» Cent ans plus tard, l\u2019autodétermination n\u2019a pas perdu de son intérêt.Son exercice pour les peuples qui aspirent à plus de liberté et s\u2019appuient sur le droit à l\u2019autodétermination demeure le plus grand des défis.L\u2019IRAI organisera un colloque sur le thème « L\u2019autodétermination des peuples au XXIe siècle : perspectives internationales et comparées» à l\u2019auditorium de la Grande Bibliothèque de Montréal le vendredi 10 novembre 2017.De la grandeur et du destin du principe d\u2019autodétermination des peuples G E N E V I È V E B R I S S O N , C A T H E R I N E M O R I N B O U L A I S , S A B R I N A D O Y O N E T E M M A N U E L L E B O U C H A R D - B A S T I E N e contexte dans lequel évolue et se déploie l\u2019industrie minière contemporaine est tributaire du système capitaliste, fortement marqué par l\u2019exploitation des matières premières, la dépendance à l\u2019exportation et aux marchés extérieurs et la surspécialisation.La régulation gouvernementale de la production permet d\u2019assurer le maintien dans le temps de ce système de production, aussi appelé régime de ressources (staples), tel que l\u2019ont décrit certains auteurs pour le cas canadien et mondial.Or, il est envisageable de considérer ce régime et l\u2019industrie minière comme étant désormais marqués par la logique et les principes du néoli- béralisme, un ensemble d\u2019idéologies, d\u2019engagements, de représentations et de pratiques organisées dans un système d\u2019alliances de classes situées à différentes échelles géographiques.Les tenants du néolibéralisme font la promotion de la théorie de l\u2019autorégulation des marchés, des politiques de dérégulation, de la privatisation et de «l\u2019adaptabilité» accrue des citoyens et de la force de travail sur quoi repose la responsabilité du succès du développement, de l\u2019économie et de leur bien-être.Ces principes sous-tendent une «mar- chandisation de tout» qui s\u2019appuie sur une homogénéisation des types de rapports sociaux et de relations entre les humains et l\u2019environnement.L\u2019exploitation d\u2019une mine d\u2019aussi grande envergure en milieu habité entraîne plusieurs changements pour la communauté malarticoise et les individus qui la composent.Sa mise en œuvre implique notamment la relocalisation de la plus grande partie du quartier sud de la ville, sise sur le gisement.Des préoccupations quant à la santé physiologique, psychologique et sociale sont aussi révélées.Devant cette situation, plusieurs questions se posent.Quelle est l\u2019étendue des changements subis par la population de Malartic depuis l\u2019arrivée d\u2019Osisko et quels sont leurs effets sociaux?Quelles sont les principales limites des mesures publiques pour prendre en compte ces impacts?En quoi cette situation s\u2019inscrit-elle dans une logique néolibérale?La vie des Malarticois est affectée dès l\u2019arrivée d\u2019Osisko à Malartic : lorsque la compagnie entreprend ses travaux d\u2019exploration, en 2005, elle installe des foreuses à diamant «aux abords et dans la ville de Malartic».Osisko présente officiellement son projet à la population en 2006, lors d\u2019une rencontre publique organisée à l\u2019église.Elle énonce alors son besoin de relocali- ser une partie du quartier sud pour pouvoir mettre en chantier sa mine à ciel ouvert.Vu l\u2019ampleur du projet, plusieurs citoyens doutent qu\u2019il se réalise, ou s\u2019inquiètent pour leur qualité de vie s\u2019il se concrétisait.Tout en craignant ses impacts environnementaux importants, des leaders sociaux, économiques et politiques de Ma- lartic voient avec optimisme les activités de développement minier d\u2019Osisko, qui permettraient, selon eux, de dynamiser l\u2019économie chancelante de la municipalité en créant des emplois qui lui manquent.Globalement, les participants s\u2019entendent sur le fait que la multitude de changements survenus à Malartic depuis l\u2019arrivée de la minière a laissé des traces indélébiles dans la communauté en raison des tensions qu\u2019elle a suscitées.Comme le dit un employé d\u2019Osisko à propos de l\u2019arrivée de la minière : «Ç\u2019a été comme un déchirement un peu.Il y a eu, il va y avoir eu avant pis après.» Au moment des derniers entretiens, près du quart des participants ont mentionné encore «sentir» à Malartic que des résidents sont «pour», et d\u2019autres «contre» la minière.Ainsi, en 2012 et 2013, une campagne de soutien à la minière s\u2019est manifestée avec force, par le blocage de la route 117 avec des véhicules lourds et la distribution d\u2019affiches et d\u2019un symbolique «carré or» en signe d\u2019appui.La cohabitation entre les deux «clans» représenterait toujours un défi.Néanmoins, un autre quart des participants notent une amélioration du climat social depuis 2013, la communauté étant à leur avis moins polarisée et en train de resserrer ses liens ; les blessures se font moins vives avec le temps et les personnes les plus critiques ont quitté la ville, ce qui contribue à homogénéiser les opinions dans la population.Bref, force est de constater que des changements importants ont accompagné l\u2019arrivée de la mine Canadian Malartic et qu\u2019ils ont eu des effets individuels et sociaux variés à différentes étapes du projet minier.Ces changements ont été balisés par la mise en vigueur de normes gouvernementales, à différentes échelles, qui, visiblement, n\u2019ont pas été suffisantes pour contrer les impacts sociaux négatifs subis à Malartic.Dans une perspective d\u2019écologie politique, il est pertinent d\u2019examiner davantage en quoi la logique de la gouvernance environnementale actuelle au Québec la rend ou non apte à prendre en compte la communauté et ses besoins lors de l\u2019implantation d\u2019une minière.Des commentaires ou des suggestions pour des Idées en revues?Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.L\u2019exploitation de la mine a entraîné des problèmes sociaux importants à Malartic PIERRE TRUDEL DES IDÉES EN REVUES Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d\u2019un périodique.Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d\u2019un texte paru dans la revue Recherches sociographiques, 2017, volume LVIII, no 2.C GÉRALD DALLAIRE LE DEVOIR La mine à ciel ouvert d\u2019Osisko à Malartic, en Abitibi-Témiscamingue, a été ouverte en 2011.L L E D E V O I R , L E M A R D I 7 N O V E M B R E 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans 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a fait remonter à la surface de multiples dossiers où palpitent des enjeux féministes ou d\u2019identité.Jessica Bennett connaît bien ces dossiers.Oui, son livre Feminist Fight Club \u2014 un manuel de survie contre le sexisme en milieu de travail \u2014 est devenu un best-seller.Mais la journaliste, qui a livré en 2015 un des rares por traits de Monica Lewinski, écrit sur les femmes depuis longtemps et pour beaucoup de publications, comme Newsweek, Time.com, Cosmopolitan, Vogue, The Washington Post et aussi le New York Times.Après l\u2019affaire Weinstein, écrit Bennett dans son papier de dimanche intitulé The « Click » Moment : How the Weinstein Scandal Unleashed a Tsunami, « la nouvelle conversation va bien plus loin que le milieu de travail pour inclure le harcèlement vécu dans la rue, la culture du viol et la \u201cmasculinité toxique\u201d, une terminologie longtemps confinée aux classes d\u2019études sur les genres, et rarement vue dans les grands journaux jusqu\u2019à il n\u2019y a pas si longtemps».Ce qui pourrait changer, si on se fie aux réponses fournies par courriel par Jessica Bennett.Le Devoir En quelques mots, en quoi consiste ce poste de gender editor, ou éditrice des questions de genre ?Jessica Bennett C\u2019est faire du bon journalisme, trouver de nouvelles façons de raconter ce travail et d\u2019entrer en interaction avec les lectrices de partout dans le monde.LD Quand on parle de genre, il est surtout question des femmes ou aussi des communautés LGBTQ ?JB Je vois l\u2019idée de genre comme une lentille à travers laquelle on regarde l\u2019ensemble de la narration d\u2019une histoire.Ce qui veut dire couvrir les enjeux sur les femmes et le féminisme, oui, mais ça inclut aussi la sexualité et l\u2019identité, les enjeux raciaux, tout comme la politique, le sport, les affaires, la science, l\u2019éducation ou la santé \u2014 et les observer à travers la lentille des genres.LD Dans la foulée de l\u2019affaire Weinstein, le Québec a récemment vu des victimes dénoncer les inconduites sexuelles de personnalités publiques.De votre point de vue, y a-t-il des mesures que les médias devraient prendre pour ces sujets, ou éviter de prendre?JB Ça va sonner comme une phrase toute faite, mais je crois honnêtement que la recherche énergique de la vérité est le meilleur modèle à avoir.Ce sont deux journalistes du New York Times \u2014 Jodi Kantor et Megan Two- hey \u2014 qui ont sorti l\u2019histoire des cas de harcèlement sexuel par Harvey Weinstein.Et avoir accès aux coulisses de cette histoire-là m\u2019a rappelé pourquoi je fais ce métier.Megan a sauté dans cette histoire à son premier jour de travail après son congé de maternité.Et les deux ont persévéré, malgré toutes sortes de déboires.En dévoilant cette affaire \u2014 et maintenant plusieurs autres \u2014, elles ont mis en lumière la façon dont on traite les femmes, l\u2019existence de structures de pouvoir.Et elles ont aussi [fait réfléchir] sur quelle version de l\u2019histoire l\u2019on croit et sur comment les patrons de presse (souvent des hommes) charpentent ces histoires.LD Concrètement, dans le travail journalistique, qu\u2019est-ce qui peut être repensé ?JB Tout.Les sujets, l\u2019écriture, des choses plus subtiles comme le ton, la représentativité des sources.Il faut aussi trouver de nouvelles façons de livrer le fruit du journalisme, que ce soit par une infolettre, une baladodiffusion ou quelque chose d\u2019autre, et y pousser la conversation, y créer une communauté.LD Interaction, communauté\u2026 il y a donc des enjeux de fond, mais aussi commerciaux liés à votre poste.JB Je veux que se fasse du bon journalisme, mais c\u2019est certain que je veux aussi attirer de nouveaux lecteurs.Bien franchement, je crois qu\u2019aucune compagnie ne peut prospérer de nos jours sans rejoindre un groupe démographique \u2014 les femmes \u2014 qui représente plus de la moitié de la population et qui détient des milliards de dollars en pouvoir d\u2019achat.LD D\u2019un point de vue personnel, quel est votre état d\u2019esprit à la barre de ce tout nouveau poste ?JB Je pense que ce qui m\u2019excite le plus est aussi ce qui me fait le plus peur : c\u2019est un rôle qui n\u2019a jamais existé.Ce qui veut dire que j\u2019ai une incroyable occasion de façonner notre couverture journalistique, d\u2019essayer des choses, de prendre des risques et de faire des expé - riences.Mais ça veut aussi dire qu\u2019il n\u2019y a aucun modèle, aucun plan existant ! LD Ultimement, le but de l\u2019éditeur des questions de genre serait\u2026 de ne plus être pertinent?JB Exactement ! Bon, en espérant quand même qu\u2019on me trouverait d\u2019autres tâches le cas échéant.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 GENRES on a commencé la campagne, personne ne donnait cher de ma capacité à nous amener ici.Et le premier surpris de ça, c\u2019est Denis Coderre.Il est comme quelqu\u2019un qui, dans son auto, ne voit pas que les objets du rétroviseur passager sont plus proches qu\u2019ils ne paraissent\u2026» Le grand rire caractéristique de Valérie Plante éclate alors dans ce qui a l\u2019air d\u2019une petite ruche électorale.L\u2019analogie avec un rétroviseur automobile n\u2019est pas mal choisie pour celle qui a fait de la mobilité la diagonale de sa campagne.Au départ, Valérie Plante était en effet bien loin derrière le meneur de la course, qu\u2019elle a surpris dans son angle mort (notamment avec le succès de sa campagne publicitaire disant qu\u2019elle était « l\u2019homme de la situation ») avant de le doubler nettement dans les derniers mètres.Le résultat, c\u2019est qu\u2019elle est aujourd\u2019hui, « 375 ans après Jeanne Mance », la première mairesse de Montréal, comme elle l\u2019a dit à la foule euphorique (et jeune) qui remplissait dimanche soir le théâtre Corona.Et ce résultat est lui-même le résultat d\u2019une série de décisions stratégiques qui ont permis à cette candidate inconnue du bataillon il y a moins d\u2019un an de vaincre un redoutable politicien, dont le taux de notoriété « approchait des chif fres nord-coréens », selon l \u2019expression d \u2019un proche de Mme Plante.Notoriété et proximité « Le premier défi après son élection comme chef du parti [en décembre 2016] a été de la faire connaître, raconte Youssef Amane, attaché de presse de Projet Montréal.On savait qu\u2019on partait de loin, mais on a fait le pari que plus les Montréalais sauraient qui elle est, plus elle serait appréciée.On n\u2019a refusé pratiquement aucune entrevue \u2014 même à des radios sportives \u2014, aucun événement.» E m b a u c h é p e u a p r è s l \u2019 é l e c t i o n d e Mme Plante, son conseiller et attaché de presse Marc-André Viau s\u2019est af fairé en parallèle à « comprendre qui était Valérie Plante, et ce qu\u2019elle voulait pour Montréal.Partant de là, on a créé un branding [une image de marque] pour elle, de manière à la définir et à la mettre en contraste avec Denis Coderre.» Ce qui n\u2019était pas si sorcier, note M.Viau, dans la mesure où les deux candidats à la mairie avaient «des styles et des tempéraments très dif férents ».On a ainsi beaucoup joué sur le « côté énergique de Valérie Plante et son authenticité », indique Marc-André Viau \u2014 qui a travaillé pour le Nouveau Par ti démocratique à Ottawa à l\u2019époque où Denis Coderre était chez les libéraux.Et si la nouvelle mairesse « est beaucoup plus qu\u2019un sourire», selon ce que disait Luc Fer- randez dimanche soir, ce sourire a aussi été mis en avant pour marquer la dif férence avec un maire que Projet Montréal souhaitait dépeindre comme étant renfrogné.« Il fallait que la trame narrative de notre campagne soit ancrée autour de ce qu\u2019on a identifié comme des forces chez elle, ajoute Marc-An- dré Viau.Il fallait aussi que ça ait un lien avec son expérience professionnelle dans le milieu communautaire.» Il explique : « Valérie Plante parle beaucoup du fait qu\u2019elle veut pour Montréal ce qu\u2019elle veut pour ses enfants.Ça se raccroche bien dans le quotidien des gens.Alors que Denis Coderre a beaucoup été le maire du \u201cMontréal sur la map\u201d et des grands projets qui ont leurs vertus, mais qui ne sont pas très tangibles dans la vie des gens.» Médias sociaux Ce travail de « configuration » et de visibilité de la candidate a été appuyé par une présence très active sur les réseaux sociaux.«La stratégie était de réussir à transposer dans les médias sociaux la personnalité de Valérie \u2014 quelqu\u2019un de vrai, de parlable, de branché », détaille Da- niella Johnson-Meneghini, responsable de ce dossier durant la campagne.La recette ?« On a utilisé le langage des médias sociaux, on a cherché à avoir des trucs avec un impact visuel simple et fort et qui se partageaient bien, dit-elle.On a fait des capsules vidéo pour interpeller les gens.Et puis je me suis glissée dans la peau de Valérie pour pouvoir répondre rapidement aux questions qu\u2019on nous posait ou pour réagir si quelque chose devenait viral.» Autre élément important de cette stratégie, Projet Montréal a fait affaire avec des influen- ceurs.« Ce sont des gens qui ont un gros bassin d\u2019abonnés sur les réseaux sociaux, et qui utilisent leur influence pour présenter les tendances qu\u2019ils dénichent », explique Mme Johnson-Meneghini.La relation se comprend bien en consommation, mais en politique ?« Moi je n\u2019avais vu ça, des influenceurs qui ont un intérêt pour un parti politique, soutient-elle.Mais on s\u2019est fait approcher et on a embarqué.Ça a aidé à créer un mouvement.» Quand on lui demande si les «machines électorales » du NPD ou de Québec solidaire ont aidé Projet Montréal à triompher dimanche, Marc-André Viau s\u2019esclaf fe.« Il n\u2019y a pas de \u201cmachine\u201d NPD au Québec, dit M.V iau.Ça n\u2019empêche pas qu\u2019il y a des af finités et des liens entre certains députés et des militants, surtout autour du Plateau-Mont-Royal et dans Rose- mont\u2013La Petite-Patrie.Mais Projet Montréal a ses bénévoles, ses équipes, sa propre machine, sa base de données, etc.» Assurer Mais au-delà de ces considérations, Valérie Plante doit surtout sa victoire à sa performance et à ses qualités personnelles, résumaient plusieurs élus dimanche au Corona.«Elle a été impeccable du début à la fin de la campagne», a dit le conseiller de ville François Limoges.La conseillère Marie Plourde abondait dans ce sens, alors que les résultats commençaient à peine à entrer.«Elle a vraiment réussi très rapidement à communiquer que Projet Montréal était plus que de l\u2019urbanisme.Elle a ouvert des horizons, et elle nous a tirés vers le haut.» Le mot de la fin à la prédiction faite par Luc Ferrandez dès l\u2019élection de Valérie Plante, il y a 11 mois : «À la grande surprise de tout le monde, elle va finir par battre Denis Coderre.» C\u2019est chose faite depuis dimanche.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 STRATÉGIE territoire (MAMOT) ne soient pas encore disponibles, la tendance semble vouloir se confirmer dans tout le Québec.Les femmes ont non seulement été plébiscitées en grand nombre, mais elles ont réalisé des percées historiques.À Percé, Cathy Poirier, a remporté la mairie haut la main avec 67 % des voix contre quatre hommes.Idem pour Josée Néron qui a triomphé de ses trois adversaires masculins à Sague- nay, l\u2019une des dix plus grandes villes du Québec.Seule candidate dans une lutte à cinq pour la mairie de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire est devenue la première femme à diriger cette ville abitibienne.«On peut se réjouir de ce qui est en train de se passer avec les femmes.En tout cas à Rouyn-Noranda, en 90 ans, il n\u2019y avait jamais eu de femme à la mairie ! » À Brossard, seule femme parmi les aspirants à la mairie, Doreen Assaad est devenue la deuxième mairesse de l\u2019histoire de cette municipalité où les femmes ont été largement sous-re- présentées au cours des 30 dernières années.«Non seulement j\u2019ai été élue mairesse, mais on a un conseil à parité, une première dans l\u2019histoire de notre ville», dit-elle.«Je n\u2019arrête pas de recevoir des messages de jeunes femmes qui se disent inspirées d\u2019en voir d\u2019autres, comme moi, en politique.» Inspirante Valérie Plante Pour la professeure à l\u2019École d\u2019études politiques de l\u2019Université d\u2019Ottawa Anne Mévellec, la victoire de Valérie Plante est un symbole particulièrement for t, dans un contexte où le monde municipal, et sa couverture médiatique, est dominé essentiellement par les deux grandes villes que sont Montréal et Québec.«Avoir une femme à la tête de l\u2019une de ces deux villes-là, c\u2019est majeur», a-t-elle souligné.Valérie Plante devient de surcroît l\u2019unique femme à diriger une grande ville au Canada, voire en Amérique du Nord, ajoute-t-elle.«En politique, on a besoin de modèles de femmes, tout comme pour d\u2019autres, notamment les minorités visibles.» Elle cite en exemple Colette Roy-Laroche, mairesse de Lac-Mégantic qui a incarné la force et la résilience en dirigeant une ville accablée par une tragédie, et Francine Ruest-Ju- tras, ex-mairesse de Drummondville qui avait présidé l\u2019Union des municipalités du Québec de 2002 à 2004.« Ça confirme que ce n\u2019est pas un monde d\u2019hommes », soutient celle qui a co- écrit Genre et professionnalisation de la politique municipale.L\u2019implication des femmes en politique municipale tend en effet à progresser.En 2005, 24 % des candidats à la mairie ou aux postes de conseillers étaient des femmes, contre 31 % aux élections cette année.Encore beaucoup à faire Mais pour la directrice de Femmes, politique et démocratie, c\u2019est une très « lente progression».En 2013, les candidatures féminines aux postes de mairesses et de conseillères avaient effectivement très légèrement augmenté par rapport à 2009, soit de 1,0 et de 2,3 points de pourcentage respectivement.L\u2019augmentation du nombre de femmes dans la course pour cette année 2017 a été presque aussi modeste, soit de 2,2 et de 2,6 points de pourcentage par rapport au scrutin de 2013.«En tout, c\u2019est environ 4000 femmes qui se sont présentées, mais si on veut atteindre la parité, ça va prendre pas mal plus de candidates », a insisté Esther Lapointe, qui plaide pour une loi obligeant les partis à présenter des femmes.Il y a encore beaucoup à faire, particulièrement en politique municipale, où les femmes sont moins nombreuses qu\u2019aux deux autres ordres de gouver nement, d \u2019après les recherches de Manon Tremblay, de l\u2019Université d\u2019Ottawa.« Il demeure toujours cette idée que la politique municipale, c\u2019est une question de gestion de voirie et de tuyaux et que ce n\u2019est pas un espace qui intéresse les femmes.Ça peut encore freiner l\u2019accès.» Le fait qu\u2019il y ait de plus en plus de partis municipaux inciterait toutefois davantage les femmes à se présenter, elles qui seraient plus à l\u2019aise au sein d\u2019une équipe.« Il y a aussi que, et ça ressort dans les études, la population semble trouver que les femmes sont des personnes plus humaines et qu\u2019elles comprennent mieux les problèmes du quotidien», dit la chercheuse.Quoi qu \u2019il en soit, la mairesse de Notre- Dame-de-l\u2019Île-Perrot dit espérer qu\u2019on aille au- delà des questions de genre.« C\u2019est sûr qu\u2019être une femme en politique, ça peut être emballant pour d\u2019autres femmes, dit Danie Deschênes.Mais je ne pense pas que ça doit être plus important que le rapport de changement qu\u2019apporte la personne.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 MAJORITÉ PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE Valérie Plante est allée saluer les Montréalais, lundi matin, devant une station de métro, avant de se rendre à l\u2019hôtel de ville.La représentation féminine Montréal compte 103 postes 2013 2017 Femmes 45 53 Hommes 58 50 Note: en 2013, il y a eu 43 élues, mais deux femmes ont remplacé deux hommes en cours de mandat."]
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