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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2017-10-14, Collections de BAnQ.

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[" EMMANUEL CROMBEZ Les affamés de Robin Aubert met notamment en vedette Monia Chokri.Riopelle et Mitchell: l\u2019amour et l\u2019amour de l\u2019art Page E 3 La nostalgie des sons révolus d\u2019André Cluytens Page E 6 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L e crime paie.Beaucoup même.Plusieurs des émissions les plus payantes de l\u2019automne, en cotes d\u2019écoute comme en réception critique, proposent des histoires criminelles, de bonnes vieilles affaires de bandits et de police.Ça nous change des récits de famille.Merci, et pourvu que ça dure.Le lundi, c\u2019est carrément la fête avec trois propositions nationales hyperalléchantes : District 31, quotidienne campée dans un poste de police de Montréal, et deux séries à court volume L\u2019imposteur (TVA) et Faits divers (RC), qui seront toutes deux bouclées avant Noël, la première en étant à sa seconde saison.Ces deux-là partagent beaucoup d\u2019éléments forts, comme autant de pièces à conviction, qui donnent la certitude d\u2019être devant de l\u2019extrêmement bien fait.Scénario.Comme les feuilletons romanesques du XIXe siècle dont elles sont les héritières, les séries reposent d\u2019abord et avant tout sur des histoires captivantes bien racontées.L\u2019imposteur (par Annie Piérard, Bernard Danse- reau et leur fils Étienne Piérard-Dansereau) et Faits divers (Johanne Arseneau) donnent là des leçons.Les deux productions n\u2019appliquent pas, ou alors pas complètement, la technique classique du « whodunit » du roman policier classique.Dans ce modèle du jeu d\u2019énigme, l\u2019auteur s\u2019amuse à camoufler des indices dans le récit que le lecteur ou le spectateur doit décrypter pour trouver «qui l\u2019a fait ».Dans L\u2019imposteur, il y a bien des crimes, mais chaque fois on sait qui a fait quoi.L\u2019intérêt est ailleurs, dans le grand jeu de double face du personnage principal.Faits divers effleure le modèle du «whodunit», mais là encore sans appuyer sur ce seul aspect de la recherche du coupable.Il y a bien eu des crimes.Les criminels semblent assez clairement identifiés, bien que les révélations se multiplient sur les responsabilités de chacun.Bref, il s\u2019agit de thrillers hautement maîtrisés.Le suspense sert de fil conducteur, instaurant des tensions constantes qui maintiennent le téléspectateur dans une excitation captivante.L\u2019imposteur pousse ce procédé à son paroxysme, de scène en scène, alors que la magistrale balloune existentielle du petit dealer de dope devenu policier semble constamment sur le point d\u2019éclater.Jeu.Il faut évidemment des comédiens doués pour maintenir le rythme, et les deux séries sont très bien servies.Marc-André Grondin livre une interprétation exemplaire en Youri, menteur compulsif, nerveux, traqué mais résistant.Ce gars-là fait comprendre le bouillonnement de son monde intérieur avec ses yeux, son dos, sa démarche.Dans Faits divers, c\u2019est le travail d\u2019équipe du plateau qui se démarque Polices de caractère L\u2019imposteur, Faits divers et le nouveau thriller à la québécoise M A N O N D U M A I S L ancé au dernier Festival international du film de Toronto, le nouveau film de Robin Aubert (À l\u2019origine d\u2019un cri, Tuktuq) y a créé l\u2019émoi.Et pour cause! Campé en région rurale, Les affamés met en scène une poignée de survivants, parmi lesquels on retrouve Marc-André Grondin, Monia Chokri, Brigitte Poupart, Micheline Lanctôt et Marie-Ginette Guay, qui tentent d\u2019échapper à une horde de morts-vivants.Que l\u2019on adore ou abhorre le genre, chacun peut y trouver son compte puisque ce film de zombies bien sanglant est avant tout un film d\u2019auteur qui porte fièrement la signature du cinéaste.«Le film est à l\u2019image de Robin : il va t\u2019émouvoir, te faire rire, te surprendre.Comme dans chaque film qu\u2019il fait, il y a une pertinence, une profondeur, une poésie dans ses propos et dans ses images\u2026 mais on dirait qu\u2019il ne l\u2019assume jamais ! Pour moi, Robin, c\u2019est Bonin [le personnage incarné par Grondin] qui se cache derrière ses jokes poches.Même s\u2019il s\u2019est inspiré de quelqu\u2019un d\u2019autre, j\u2019ai voulu insuf fler des traits de Robin dans mon personnage.Si j\u2019avais réalisé Les affamés, c\u2019est Robin qui aurait joué Bonin», confie Marc-André Grondin.À propos de l\u2019humour qui teinte ce film, où la tension rivalise avec l\u2019émotion, Robin Aubert avance que « l\u2019humour représente la vie».«Si on veut tenter de copier la vie sans humour, on fait souvent fausse route.C\u2019est un aspect que l\u2019humain a de beau, l\u2019humour.C\u2019est ce qui nous différencie d\u2019un chat ou d\u2019un cheval », croit-il.Au-delà du genre S\u2019il respecte les codes du genre, ce n\u2019est pourtant pas vers le regretté Romero, grand maître, qu\u2019il est allé puiser principalement son inspiration.Avant le tournage des Affamés, Robin Aubert n\u2019a par ailleurs pas souhaité que les acteurs ni les ar tisans du film se gavent de films de zombies afin qu\u2019aucun élément n\u2019en soit contaminé.«Avec le directeur photo Steeve Desrosiers, on a beaucoup regardé Le miroir de Tarkovski et Lancelot du Lac de Bresson: Bresson pour l\u2019utilisation du sang et Tarkovski pour l\u2019utilisation du zoom.Le zoom crée une tension que les mouvements de rail n\u2019arrivent pas à faire.C\u2019est moins parfait, mais c\u2019est plus organique», explique le réalisateur.Genre oblige, Les affamés comporte sa part de tripes bien juteuses, de chair en lambeaux et de têtes qui éclatent.Robin Aubert n\u2019a toutefois pas négligé l\u2019imagination du spectateur dans certaines scènes : «Montrer, c\u2019est tenir la main du spectateur.Suggérer, c\u2019est lui laisser l\u2019occasion de construire ses propres images.Et très souvent, elles sont plus violentes.Un peu comme la scène de l\u2019aquarium dans À l\u2019origine d\u2019un cri.On ne voit rien, mais on entend tout.Y\u2019a rien de plus horrible que d\u2019assister à quelque chose qu\u2019on ne voit pas.» Chacun cherche son zombie Il n\u2019y a pas que l\u2019émotion du spectateur que Robin Aubert met à l\u2019épreuve avec Les affamés.Devant certains plans d\u2019une rare puissance, le spectateur n\u2019aura d\u2019autre choix que de mettre à contribution ses méninges, le cinéaste ne donnant pas toutes les clés de cette histoire de zombies en exode.«La figure du zombie est reliée à l\u2019époque dans laquelle on vit.Le film La nuit des morts-vivants (1968) ne signifiait pas la même chose que la série The Walking Dead aujourd\u2019hui.Dans Les affamés, il s\u2019agit de la peur de l\u2019autre.C\u2019est aussi une allégorie sur la consommation ; comme on n\u2019a pas assez de ressources pour se satisfaire, on finit par manger l\u2019autre», pense Monia Chokri.À propos des personnages qui ne dévoilent pas tous leurs mystères, l\u2019actrice poursuit : « Dans une plus longue version, chaque personnage avait son monologue.Robin a tout évacué ça, et avec raison, parce que rendu où on est dans l\u2019histoire de l\u2019humanité, ce n\u2019est pas vraiment important de savoir qui était l\u2019autre.En fait, on devient tous égaux face à l\u2019adversité.Si demain on était obligés de faire une grande migration, qu\u2019on soit cordonnier ou médecin, le danger est le même pour tout le monde.» Advenant une catastrophe naturelle, une pandémie ou une guerre, ce que Robin Auber t semble vouloir dire dans Les affamés, c\u2019est que YAN TURCOTTE Une scène de la deuxième saison de L\u2019imposteur mettant en vedette Marc-André Grondin L\u2019horreur VOIR PAGE E 8 : HORREUR VOIR PAGE E 6 : POLICES Robin Aubert signe le premier grand film de zombies québécois est dans le pré CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 E 2 psychédélique marilou DU 19 SEPTEMBRE AU 28 OCTOBRE AVEC JACQUES GIRARD BRUNO MARCIL ALICE MOREAULT ISABELLE VINCENT TEXTE PIERRE-MICHEL TREMBLAY MISE EN SCÈNE PHILIPPE LAMBERT THEATRELALICORNE.COM 514 523-2246 CONCEPTION MARIE-HÉLÈNE DUFORT LE FUTUR GENEVIÈVE LIZOTTE ELEN EWING ANDRÉ RIOUX CLAIRE RENAUD « Intelligent, drôle et extrêmement bien joué : voilà tous les ingrédients nécessaires pour une soirée parfaite.» \u2014 Sylvain Ménard, Métro « Psychédélique Marilou est l\u2019une de ces irrésistibles comédies dont l\u2019auteur a le secret, un portrait de société aussi sensible que satirique.» \u2014 Christian Saint-Pierre, Revue Jeu « Pas besoin de consommer du LSD pour savourer le ludisme et l\u2019humour de cette pièce incomparable de Pierre-Michel Tremblay ! » \u2014 Edith Malo, Les méconnus tnm.qc.ca « lambert wilson impose son originalité, voire son exubérance, soutenu par une excellente formation jazz » \u2014 télérama les visiteurs du soir et démons productions présentent avec Lambert Wilson 11 représentations exceptionnelles dès le 24 octobre D ans les agoras aux pas perdus de la Place des Arts, les affiches des spectacles à venir vous accrochent l\u2019œil ou pas.Celle de Sta- bat Mater, des Grands Ballets, frappe avec sa photo d\u2019une danseuse noire.Sur sa peau, des coulées sanglantes au bras, à la jambe comme sur sa tunique blanche, le pied transpercé d\u2019un long clou.Le sang s\u2019invite dans les tragédies ; Shakespeare en avait long à dire sur la question.Or, la Société de transport de Montréal a refusé de la placarder fin août dernier à travers son réseau de stations de métro.Elle y voit une évocation réaliste à la violence, voire une image minant la dignité humaine, là où le ballet musical à sa source évoque la douleur fulgurante d\u2019une mater dolorosa, Vierge Marie au fils crucifié.Dénonçant un cas de censure, les Grands Ballets n\u2019ont pas remplacé leur affiche.Depuis lors, on la salue, Place des Arts, surtout sa version en vitrine avec fragments d\u2019écriteau superposés évoquant tous les couperets.On vit une époque troublée, et le vent de rectitude politique entraîne parfois des décisions bien frileuses là où le gros bon sens dépar tage avec plus de discernement.Peur de choquer les usagers des transpor ts en commun, semble-t-il.Les gens en auront pourtant vu, du sang, sur photos, sur écrans et dans leur vie.À pleines églises, toutes ces sculptures d\u2019un supplicié\u2026 D\u2019où l\u2019envie accrue d\u2019accourir au Stabat Mater du Théâtre Maisonneuve.M\u2019y voici donc.Œuvre religieuse composée par Jean-Baptiste Pergolèse deux mois avant sa mor t en 1736 dans un monastère capucin ; le musicien tuberculeux s\u2019y était retiré à 26 ans, proche du terme et déjà sans âge.Cette fleur sombre du baroque italien allie les voix d\u2019une soprano et d\u2019une alto aux cordes et à la basse continue de divers instruments.La chorégraphie du Roumain Edward Clug greffe sur ce canevas des figures audacieuses: grossesse et accouchement, crucifixion symbolique, finale magnifique, danse et musique s\u2019offrant des échos passionnés.N\u2019empêche: en seconde partie, la 7e Symphonie de Beethoven, chorégraphiée par feu l\u2019Allemand Uwe Scholz, éclairait davantage la volonté du nouveau directeur artistique des Grands Ballets, Ivan Cavallari, de redonner à sa compagnie des couleurs plus classiques.Une harmonie de pas impressionnante, mais moins originale que pour le Stabat Mater, des figures élégantes et exigeantes, comme dans un exercice de nage synchronisée, sourires et maillots blancs inclus, loin des explorations contemporaines.Cer tains mouvements de la 7e Symphonie auraient réclamé, à mon avis, une chorégraphie moins esthétisante, mais l\u2019auditoire en redemandait.Il est si difficile d\u2019attirer de nouveaux publics à des spectacles de danse contemporaine, les figures plus convenues ser vent aussi d\u2019appâts.Quand même : l\u2019ancien directeur des Grands Ballets Gradi- mir Pankov prenait davantage de risques.On salue son héritage bien bas.Pas légers Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces.Tel était le titre magnifique, en 1992, du documentaire de Bernard Émond consacré à un quidam montréalais, dont la mort indifférait sa société.Il m\u2019est revenu en tête avec la disparition en juillet \u2014 passée inaperçue durant les vacances \u2014 de la documentariste Michka Saäl.Elle mérite pourtant cent fois son hommage, cette femme formidable, dotée d\u2019une sensibilité aux artistes de la marge, d\u2019une ouverture à toutes les altérités.Née en Tunisie, mais habitant Montréal et un peu ailleurs depuis les années 1970, elle a vu plusieurs de ses œuvres se promener dans le réseau des festivals davantage qu\u2019en salle.Méconnue, l\u2019artiste au pas léger.J\u2019avais trouvé admirable son Prisonniers de Beckett, en 2006, sur des détenus suédois d\u2019une prison à sécurité maximale retrouvant le goût de vivre en montant la pièce En attendant Godot, avant de réintégrer tristement leurs cellules.Aussi son Spoon (2015), dans le même esprit, dialogue lumineux entre la cinéaste et le prisonnier poète noir califor- nien Spoon Jackson (qui avait joué Pozzo dans la pièce de Beckett).Son crime initial, ses percées vers l\u2019ailleurs, elle nous les fait revivre à travers les paysages désertiques de sa jeunesse et ses mots puissants, dont le film m\u2019avait fait découvrir l\u2019incandescent recueil Longer Ago.La cinéaste n\u2019est pas complètement disparue, puisque le 19 octobre, la Cinémathèque présente Spoon, à 19h, suivi de la classe de maître de Michka Saäl filmée par Mark Foss et Michel Giroux.Puisse son œu- vre lui survivre, comme sa profonde démarche d\u2019honnêteté anxieuse.Pas de travers Perplexes nous laisse cette nomination de Marie Montpetit à la Culture, après remaniement du cabinet Couillard.Mis à part d\u2019anciennes leçons de musique, la nouvelle ministre n\u2019aura guère navigué dans ces eaux-là.On attendait plutôt Isabelle Melançon, qui suivit les dossiers en cours comme directrice des communications de Monique Simard à la SODEC, puis chef de cabinet d\u2019Hélène David à la Culture.Riche d\u2019une expertise en environnement, Marie Montpetit hérite de la Culture.Et vice versa pour Isabelle Melançon.Mais de qui rit-on?On veut bien laisser la chance à la coureuse, mais avec la meilleure volonté du monde, la nouvelle titulaire n\u2019aura guère le temps de se familiariser avec les sujets chauds.Ça révolte, de voir le fameux plan de politique culturelle, amorcé par Hélène David, perpétué sous Luc Fortin, atter rir dans un troisième champ.Il doit remplacer la politique de Liza Fr ulla, vieille de 25 ans, sous paysage transformé de fond en comble par les nouvelles technologies ; un exercice vital pour l\u2019avenir du Québec.Les ministres se tirent ce fruit fragile comme une rondelle de hockey, là où le leadership d\u2019un chef unique s\u2019imposait : Philippe Couillard aurait mieux fait de laisser les rênes du portefeuille à Hélène David, qui s\u2019y connaissait et lança ce projet de politique; au lieu de la recaser ailleurs.Quelle vision cohérente espère-t-on tirer de ces va-et-vient ?Ministère mineur, celui de la Culture?Seuls nos dirigeants le pensent, sem- ble-t-il.Pas nous! Sur trois pas de danse ODILE TREMBLAY THIERRY DELOR ONF La disparition de la formidable documentariste Michka Saäl, pendant les vacances en juillet, est malheureusement passée inaperçue.S E R G E T R U F F A U T À l\u2019évidence, le clarinettiste Louis Sclavis déteste l\u2019immobilité artistique.Déteste tout ce qui contrarie l\u2019évolution.Depuis qu\u2019on suit son parcours, autrement dit depuis des lunes, il a toujours été, pour dire les choses simplement, droit devant.Aujourd\u2019hui, voilà qu\u2019il nous propose un album qui partage beaucoup plus de saillies esthétiques avec la musique de chambre de Bartók ou Chostakovitch, Penderecki ou Poulenc qu\u2019avec maître Ellington.Mettons que, géographiquement causant, il est plus Lettonie ou Estonie que Chicago ou Kansas City.En compagnie du violoniste Dominique Pifarély et du violoncelliste Vincent Courtois, le Lyonnais d\u2019origine qu\u2019est Scla- vis propose depuis peu Asian Fields Variations sur l\u2019étiquette ECM, qui distille très souvent l\u2019ennui, les langueurs monotones, mais pas ici.On insiste : il n\u2019y a ni batterie, ni piano, ni claviers électroniques presque toujours présents dans les productions antérieures de notre homme.Par contre, la densité qui a toujours distingué celui qui a souvent côtoyé Michel Portal, Henri Texier, Aldo Romano et d\u2019autres cracks de la musique improvisée européenne est aussi présente aujourd\u2019hui qu\u2019elle l\u2019était hier.Il y a chez Sclavis un souci constant d\u2019aller à l\u2019essentiel et de s\u2019y tenir.Là, le souci en question se conjugue avec ce qui est vital.À l\u2019écoute, on est en ef fet frappé par l\u2019extrême méticulosité avec laquelle chacun des protagonistes jongle afin de mettre en relief la substantielle moelle, si l\u2019on peut dire les choses ainsi, inhérente à chacune des compositions.Il faut préciser, voire rappeler, que Sclavis, comme d\u2019ailleurs ses complices, est autant clarinettiste que compositeur.Dans la catégorie musique de chambre de la musique improvisée européenne, cet Asian Fields Variations se pose comme une étape incontournable.Cela étant, on veut profiter de l\u2019occasion pour\u2026 signaler, ou plutôt souligner, que tout amateur de cette esthétique musicale devrait être for t séduit par deux albums par us également sur l\u2019étiquette ECM, soit L\u2019imparfait des langues et le sublime Dans la nuit qui, lui, devrait ravir les amateurs de cinéma.À la demande de Bertrand Tavernier, Sclavis avait composé et interprété la musique qui accompagne désormais ce Dans la nuit qui est l\u2019un des derniers films muets français, que l\u2019acteur Charles Vanel avait réalisé en 1929.Dans la nuit est un chef-d\u2019œuvre.Point.?Dans la foulée du poignant documentaire What Happened, Miss Simone?, une flopée d\u2019albums ont fait leur apparition dans les bacs des disquaires.Bien.Ayant constaté que les margoulins du grand capital se sont engouffrés dans les sillons du succès rencontré par ce film pour proposer tout et n\u2019importe quoi, on a fait nos calculs pour savoir si la masse monétaire de la Réserve fédérale était toujours à M3\u2019.Puis ?Voici ce qu\u2019on vous conseille moyennant un débours de 23 $ sans les taxes: Nina Simone \u2013 Seven Classics Albums publié par la maison britannique Real Gone Jazz.L\u2019essentiel comme le meilleur de cette extraordinaire chanteuse-pianiste et grande militante des droits civiques, c\u2019est à retenir, s\u2019y trouve.?Le chanteur et batteur au long cours \u2014 plus de 60 ans de carrière \u2014 Grady Tate vient de s\u2019éteindre.Il avait 85 ans.Il avait accompagné aussi bien Aretha Franklin et Oscar Peterson que les sœurs McGarrigle \u2014 oui, oui, oui \u2014, Paul Simon ou Dizzy Gillespie.En d\u2019autres termes, Grady Tate était la personnification de la polyvalence à la batterie.Ave, et non amen ! Collaborateur Le Devoir JAZZ Louis Sclavis, l\u2019horreur de l\u2019immobilité AGENCE FRANCE-PRESSE Louis Sclavis J É R Ô M E D E L G A D O à Québec «O n a des pho tos de Jean- Paul Riopelle, des filles Riopelle, des chiens\u2026 Riopelle, pour nous, c\u2019est ça», lance Laura Morris, archiviste à la Fondation Joan Mitchell.À l\u2019instar de Mitchell, connue au Québec comme un des grands amours de Riopelle, Riopelle n\u2019est, aux États-Unis, que l\u2019homme dont a été amoureuse Mitchell.Des deux côtés de la frontière, on sait que le ou la partenaire était artiste, sans plus.L\u2019exposition Mitchell/Riopelle, un couple dans la démesure vise à rapprocher les deux artistes au-delà de leur relation amoureuse.En couple officiel ou officieux pendant un quart de siècle, Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle auront partagé leur vie, à distance ou ensemble, à Paris et ailleurs.« De Riopelle, je n\u2019avais vu que des images dans les livres », reconnaît Laura Morris, en marge de la visite de presse de l\u2019expo du Musée national des beaux-ar ts du Québec (MNBAQ).La fondation new-yorkaise pour laquelle elle travaille, admet-elle, a conservé les Riopelle de Joan Mitchell.Mais ces toiles et sculptures ont toujours été condamnées à la noirceur des réserves.« On craignait que l\u2019exposition centre l\u2019attention sur la relation intime.Mais non, c\u2019est concentré sur l\u2019art », dit, rassurée, celle qui s\u2019exprime en français.Avis aux intéressés : les documents photo sont projetés dans le hall précédant les salles d\u2019exposition.Grands formats Mitchell/Riopelle, un couple dans la démesure n\u2019est pas une affaire de mœurs, mais d\u2019art, tout aussi démesurée que les nombreuses toiles de très grand format.Saint-Anthon (1954) de Riopelle fait près de trois mètres sur quatre.Le triptyque Girolata (1964) de Mitchell dépasse même les quatre mètres de haut.L\u2019expo couvre près de 30 ans, de 1949 à 1978, et plus si on inclut l\u2019épilogue en deux œu- vres de 1992, année du décès de Mitchell et de la réalisation de l\u2019Hommage à Rosa Luxembourg, la fresque que lui dédie Riopelle.Excepté cette dernière, aucun tableau de l\u2019expo n\u2019appartient au MNBAQ.Cinquante-neuf œu- vres, 35 prêteurs : ça en dit long sur la complexité du programme.La prémisse de Michel Martin, l\u2019ex-conserva- teur du MNBAQ qui pilotait ce projet depuis longtemps, est simple : trouver le point commun à « deux personnalités fortes qui s\u2019unissent pendant 25 ans ».« Il est impensable qu\u2019ils n\u2019aient pas échangé sur la peinture », clame le commissaire invité.Or, voilà Mitchell et Riopelle sous le même toit public.C\u2019était du jamais vu jusqu\u2019à mercredi, jour du vernissage de l\u2019exposition.Leur rapprochement esthétique était resté en dehors de toute étude.«Tous les convoyeurs qui ont transporté des tableaux nous disaient ça : \u201ccomment est-ce possible que ce soit la première fois ?\u201d raconte Line Ouellet, directrice du MNBAQ.Michel Martin a fait une recherche épique.On se retrouve avec le plus important corpus de Joan Mitchell jamais réuni au Canada.» Côté Riopelle, le MNBAQ propose aussi des inédits.La moitié de ses œuvres exposées n\u2019a jamais été présentée au pays, dont celles qui sont la propriété de la Fondation Mitchell.Résonance et dissonance Michel Martin a voulu cerner les «effets » de résonance et de dissonance, de distance et de convergence entre les deux artistes.Son découpage dans les salles, qui suit la chronologie de leur relation, permet de comparer la simultanéité de leurs créations.Au contact de Joan Mitchell, Jean-Paul Riopelle aurait intégré le blanc, à la fin des années 1950, et donné un nouveau dynamisme à ses compositions.La peintre, associée à la deuxième génération de l\u2019expressionnisme américain, aurait, elle, rompu à cette époque avec les formes concentriques au profit d\u2019une écriture plus gestuelle.« Dans tout ce qui a été publié aux États- Unis, on parle des liens entre Mitchell et [Georges] Mathieu, mais jamais de Riopelle », dit le chercheur québécois, surpris par ce « fossé de silence ».Martin a décortiqué la correspondance entre les deux tourtereaux.Riopelle y avoue son sentiment de faire du Mitchell, alors que cette dernière se contente d\u2019évoquer l\u2019impact sur elle « d\u2019un artiste de Paris qui travaille avec la spatule ».Laura Morris espère que le public verra « deux grands ar tistes influencés l\u2019un par l\u2019autre», mais elle le met en garde.Aussi important soit-il, le corpus Mitchell n\u2019a pas le poids d\u2019une rétrospective complète.«On peut penser qu\u2019elle ne fait que du grand format.C\u2019est faux», soutient-elle.L\u2019équilibre obtenu par Michel Martin a néanmoins surpris l\u2019archiviste.Les deux corpus s\u2019équivalent, et oui, reconnaît-elle, gagnent à cohabiter.Parmi les beaux coups, Laura Morris retient le face-à-face entre le Girolata de Mitchell et Large Triptych (1964) de Riopelle, deux ensembles conservés au Hirshhorn Museum de la Smithsonian Institution de Washington.Cette période forte en triptyques est considérée par Martin comme celle de « la convergence la plus évidente ».Les deux peintres travaillent leurs panneaux latéraux par des tonalités qui font résonner la partie centrale.Les premières distances surviennent, croit le commissaire, au moment où chacun s\u2019achète une propriété, elle à Vétheuil, au nord de Paris, lui dans les Laurentides.La section « Canada et nordicité » exprime plastiquement ce qui les sépare.La série « Canada » de Mitchell est notoire pour ses tons froids, alors que les « Iceberg » de Riopelle célèbrent la beauté nordique.Elle reste la coloriste de toujours, lui avance vers le noir et blanc.Après Québec, Mitchell/Riopelle, un couple dans la démesure se pointera à Toronto, puis en Bretagne.L\u2019absence d\u2019un arrêt aux États-Unis est notable.Line Ouellet assure avoir tendu des perches, mais reconnaît qu\u2019il était trop tôt.Riopelle n\u2019a pas de for tune critique.L\u2019expo, rêve-t-elle, sera un premier pas pour éveiller nos voisins à son sujet.Le Devoir MITCHELL/RIOPELLE UN COUPLE DANS LA DÉMESURE Au Musée national des beaux-arts du Québec, jusqu\u2019au 7 janvier Jean-Paul Riopelle et Joan Mitchell, couple d\u2019amour, couple de peinture ?Jamais établie, cette conclusion est au cœur de l\u2019exposition Mitchell/Riopelle, un couple dans la démesure que vient d\u2019inaugurer le Musée national des beaux-arts du Québec.CULTURE> MUSÉE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 E 3 Une pièce de Arthur Miller Traduction et mise en scène Serge Denoncourt Avec Marc Messier, Mikhaïl Ahooja Marilyse Bourke, Éric Bruneau, Sarah Cloutier Labbé Charles-Alexandre Dubé, Aude Lachapelle Robert Lalonde, Jean-Moïse Martin, Mathieu Richard Manuel Tadros, Louise Turcot Du 3 octobre au 4 novembre 2017 © Julien Faugère | Design Marc Ouellette Lorsque le rêve américain tourne au cauchemar.rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel Le TRV remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec de son appui ?nancier.rideauvert.qc.ca | SUPPLÉMENTAIRES JUSQU\u2019AU 11 NOVEMBRE Riopelle et Mitchell : l\u2019abstraction comme trait d\u2019union PHOTOS HMSG SMITHSONIAN INSTITUTION Image du haut : Joan Mitchell, Girolata, 1964.Huile sur toile, 258,4 × 481,7cm (triptyque).Image du bas : Jean-Paul Riopelle, Large Triptych, 1964.Huile sur toile, 276,4 × 643,7cm.MUSÉE NATIONAL DES BEAUX-ARTS DU QUÉBEC Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle dans leur atelier-appartement de Paris en 1963 1923 Jean-Paul Riopelle naît le 7 octobre à Montréal.1925 Joan Mitchell naît le 12 février à Chicago.1954 En avril se tient à la Stable Gallery de New York la deuxième exposition individuelle de Mitchell.Selon les observateurs, elle fait preuve d\u2019une « maturité accrue ».En mai, l\u2019exposition Peintures récentes de Riopelle (galeries Pierre et Craven, à Paris) apporte une reconnaissance internationale à l\u2019artiste, qualifié d\u2019« important young painter».1955 Début de la relation entre Mitchell et Riopelle.1960 Le couple s\u2019installe dans l\u2019atelier-appartement de la rue Frémicourt, à Paris.1967 Mitchell achète une maison à Vétheuil, à environ 65 km de Paris, où elle vivra jusqu\u2019à sa mort.1977 Rupture du couple, officialisée par le départ de Riopelle en décembre de la maison de Vétheuil.Fin d\u2019une époque pour laquelle Mitchell peint La vie en rose, célèbre tableau du Metropolitan Museum de New York.L\u2019œuvre n\u2019a pas fait le voyage à Québec.1992 Joan Mitchell meurt le 30 octobre à Paris.Sous le choc, Riopelle peint en quelques jours l\u2019immense Hommage à Rosa Luxembourg.2002 Jean-Paul Riopelle meurt le 12 mars à L\u2019Isle-aux- Grues.Neuf moments marquants M A R I E L A B R E C Q U E F élix-Antoine Boutin et Odile Gamache forment un véritable duo créatif.L\u2019au- teur-metteur en scène et la scénographe, qui se sont rencontrés à l\u2019École nationale de théâtre, ont vite découver t qu\u2019ils partageaient un langage commun.Depuis Le sacre du printemps (tout ce que je con - tiens), en 2013, ils collaborent pour créer des spectacles très inspirés par l\u2019ar t visuel.« On aime l\u2019ar tisanat, ré- sume-t-elle.On par t souvent de bricolages pour tisser des images scéniques.» Il complète : « La scénographie influence le texte.Les deux sont souvent développés en parallèle.Odile n\u2019est pas juste une scéno- graphe, elle est capable d\u2019avoir un regard sur l\u2019écriture, sur le jeu, alors elle devient une partenaire.» Reprise à La Chapelle après une brève présentation à l\u2019Usine C lors de l\u2019événement Actoral, Petit guide pour disparaître doucement est leur œuvre la plus aboutie, selon le créateur.« On a oublié toute notion de personnage ou de récit chronologique.On a vraiment pu faire ce qu\u2019on veut toujours faire : créer une trame dramatique d\u2019images et une trame textuelle, que les deux s\u2019imbriquent et se répondent.» Le spectacle est le fr uit d\u2019une résidence de deux ans de Félix-Antoine Boutin à L\u2019L, à Bruxelles.Et résulte d\u2019une recherche autour d\u2019une question originale : comment disparaître sur scène ?En réaction à l \u2019 individualisme ambiant, la démarche du dramaturge passe par une tentative d\u2019ef facement du moi pour laisser place à une pensée plus collective.« On essaie tellement de s\u2019af firmer en ce moment, et ça crée beaucoup de conflits identitaires.Moi, je demande : est- ce si impor tant que ça ?Oui, c\u2019est important qui on est et d\u2019où on vient.Mais c\u2019est impor tant aussi de penser ensemble.Toutefois, ce n\u2019est pas politique, je passe par la poésie.Et les spectateurs peuvent créer leur propre sens.» Pour la première fois depuis sa formation en jeu, Boutin est lui-même, dans son propre rôle, sur scène.Lui qui avait pourtant décidé de ne plus jamais jouer.« Je pense que ce n\u2019était pas ma place.Ça me terrifie encore un peu, mais ça va bien.» Sa fragilité sur scène sert le propos du solo, croit Odile Gamache.Mais cet inconfort a dû être tempéré.« Je m\u2019ef façais trop, dit l\u2019acteur.Le dramaturge qui m\u2019accompagnait à Bruxelles disait : pour disparaître, il faut que tu existes un petit peu.On a travaillé à trouver un équilibre.» Tout ça peut sembler paradoxal dans un art qui s\u2019appuie notamment sur la présence des acteurs.Ici, cette présence relève plus de la performance, ou « d\u2019un artiste visuel qui présente [son œuvre] ».« Mon jeu n\u2019est qu\u2019un outil parmi d\u2019autres.La moitié du spectacle, c\u2019est juste des voix \u2014 on a travaillé beaucoup sur le son \u2014 dans l\u2019espace avec la scénographie.C\u2019est comme ça que je travaille avec mes comédiens aussi, même quand on œuvre sur des textes : en enlevant la notion de représentation de leurs épaules.» Un interprète origamiste Dans cette déconstruction identitaire où la présence fantomatique de l\u2019acteur finit par quitter la scène, le matériel sonore, visuel et installatif prend donc le relais.Au fil de la recherche formelle, les créateurs ont notamment exploré l\u2019origami.L\u2019espace est habité de fragiles petites maisons de papier.« Une maison, c\u2019est l\u2019endroit où l\u2019on se réfugie, notre identité, explique la scénographe.Il y a cette idée du réconfort, puis d\u2019apprendre à s\u2019en détacher pour devenir un corps volatil et ef façable.» Pour créer, le duo s\u2019est nourri de ce qu\u2019il a vu au Kuns- tenfestivaldesar ts de Br u - xelles.Un spectacle en particulier a beaucoup influencé Petit guide\u2026 : Infini 1-15, par un collectif dirigé par Jozef Wouters, qui a composé un objet exclusivement scénographique, « le show dont on avait rêvé depuis notre enfance ».Ils s\u2019en sont inspirés pour créer une œuvre où la mécanique théâtrale est vraiment impor tante, où les manipulations sont à vue.Et où le spectateur devient «complice» de l\u2019image fabriquée devant lui par l\u2019acteur.« Pour nous, c\u2019est vraiment important qu\u2019on sente la chaleur qu\u2019il y a dans cet artisanat, souligne Fé- lix-Antoine Boutin.Moi, je vois ça comme une main tendue vers le public.On lui dit : on est ensemble dans cette démarche et tu vas voir tout ce que je fais.Mais je vais te surprendre quand même.» Apparition d\u2019un auteur Odile Gamache compare leur création méditative à un poème visuel.« C\u2019est un show doux, qui berce.Il y a beaucoup d\u2019espace pour réfléchir, pour se perdre un peu dans la proposition visuelle, puis retourner au texte.Comme spectatrice, c\u2019est un état qui me fait du bien et que je retrouve peu au cinéma ou à la télé.Un espace de liber té qui nous met dans un état plus contemplatif.» Félix- Antoine Boutin a coutume d\u2019aver tir les néophytes que son écriture, « souvent très dense », nécessite de « lâcher prise ».De se laisser por ter par ses nombreuses images, sans forcément chercher à tout entendre, tout saisir.Des textes qui, malgré l\u2019im- por tance des éléments scéniques, tiennent tout seuls.Trois d\u2019entre eux (Koalas, Un animal (mort) et Petit guide pour disparaître doucement) sont d\u2019ailleurs publiés ces jours-ci dans la nouvelle collection « Matériaux » de Triptyque.Le dramaturge a jugé un peu dif ficile de repasser sur ses premières pièces.Car il a beau créer depuis seulement cinq ans, sa compagnie accumule déjà une dizaine de productions.«En même temps, je trouve bien que ces textes aient une seconde vie.Je ne me suis jamais cru auteur, mais ça s\u2019en vient\u2026» Collaboratrice Le Devoir PETIT GUIDE POUR DISPARAÎTRE DOUCEMENT Conception de Félix-Antoine Boutin et Odile Gamache Texte et mise en scène de Félix-Antoine Boutin Une production de Création dans la chambre Du 17 au 21 octobre, à La Chapelle scènes contemporaines CULTURE> THÉÂTRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 E 4 « Dans ce solo, Taoufiq Izeddiou ne fait pas que dire et danser son besoin de spiritualité.Il exprime celui d\u2019un Orient et d\u2019un Occident en crise.» LE POINT AFRIQUE © I r i s V e r h o e y e n En Alerte Taoufiq Izeddiou Anania Danses (Marrakech) 27 + 28 octobre En collaboration EN TOURNÉE MONDIALE BI L L E T T E R I E 514 982-3386 / M .A .I .Q C .C A NOUVELLE VAGUE JAPONAISE Mikiko Kawamura + Kaori Seki 1435, rue De Bleury, Montréal Place-des-Arts Billetterie 514 525-1500 agoradanse.com tangentedanse.ca © G O 18 > 21 oct.2017 Dansu ?se poursuit du 25 au 28 octobre avec le spectacle Namae Ga Nai de Zan Yamashita et des projections des ?lms de Saburo Teshigawara.Commissarié par Diane Boucher 1 billet 30 $ 3 billets 63 $ Programmation, billets et information 418 641-6797 | quebecentouteslettres.qc.ca Lire Québec Lecture musicale Des textes d\u2019une vingtaine d\u2019auteurs lus par des gens que vous aimez 24 octobre | Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone Manifeste scalène + Fuites \u2013 Les pipelines se couchent à l\u2019est Programme double Avec des poètes de Québec, de l\u2019Acadie et de Wendake 25 octobre | Maison de la littérature Nuit de la poésie Avec 26 poètes de Québec et d\u2019ailleurs 26 octobre | Maison de la littérature La femme qui fuit Spectacle-lecture Avec Anaïs Barbeau-Lavalette et Catherine de Léan 27 et 28 octobre Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone Cabinet de curiosités et autres friandises Soirée festive et musicale Rendez-vous halloweenesque avec 13 auteurs 28 octobre | Maison de la littérature Créer pour disparaître Une nouvelle pièce du duo Félix-Antoine Boutin et Odile Gamache PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le duo, dans sa nouvelle création, pose une question : comment disparaître sur scène ?Félix-Antoine Boutin a coutume d\u2019avertir les néophytes que son écriture, «souvent très dense», nécessite de «lâcher prise» C A T H E R I N E L A L O N D E C\u2019 est un petit éven tail de dan - ses contemporaines japonai - ses qu\u2019ouvrent Tangente et l\u2019Agora de la danse, afin de permettre aux spectateurs de goûter à l\u2019avant-garde nippone actuelle.Car si Montréal a pu suivre d\u2019assez près depuis les années 1980 l\u2019évolution du butô, à travers les venues de Kazuo et Yoshito Ohno, de Min Tanaka, de Muteki-Sha, et le travail et l\u2019enseignement ici des Lucie Grégoire, Mario Veillette et Jocelyne Montpetit, les voix des autres danses se sont faites assez rares.Conversation avec la commissaire Diane Boucher, sur ce qu\u2019on peut attendre de Dansu.Quelles références nous faudra-t-il, et comment faut-il regarder la danse contemporaine japonaise ?La cofonda- trice du défunt Festival international de nouvelle danse (FIND) Diane Boucher se fait rassurante : « Il faut l\u2019aborder comme on aborde toutes les sor tes de danses contemporaines, de la même façon, en s\u2019attardant aux mêmes critères : la structure, la personnalité de la chorégraphie et des interprètes, la qualité des spectacles.Ce n\u2019est pas parce que c\u2019est japonais que c\u2019est plus compliqué ! » La danse contemporaine japonaise s\u2019est beaucoup, beaucoup développée dans les sept ou huit dernières années, estime Mme Boucher, qui en est une obser vatrice privilégiée depuis la fin des années 1980.La création s\u2019est vue récemment propulsée par l\u2019instauration, entre autres, de subventions pour les chorégraphes.«En 2005-2006, se remémore la spécialiste, on m\u2019a demandé d\u2019être dans des jurys au Japon pour des concours \u2014 dont le prestigieux Toyota Choreographic Award \u2014, et j\u2019ai pu voir à ce moment-là la nouvelle génération de jeunes chorégraphes.J\u2019en ai vu beaucoup, beaucoup.Et j\u2019ai vu beaucoup, beaucoup de mauvais spectacles \u2014 ce qui aurait aussi été le cas n\u2019im- por te où ailleurs en pareilles circonstances.Ce qui m\u2019a frap - pé alors, c\u2019est de constater que les chorégraphes faisaient soit comme les Européens, genre Anne Teresa de Keersmaeker, soit ils refaisaient, encore, le butô.Pour moi le butô est la danse classique japonaise.» Cette danse des ténèbres, « danse du corps obscur », rappelons-le, naît dans les années 1960 en réaction au nô et au kabuki traditionnels, qui ne semblent plus aptes à parler alors des problématiques sociales.« Très peu de chorégraphes trouvaient leur propre personnalité chorégraphique et ar tistique », insiste Mme Boucher.Sentir la danse Ce sont donc des signatures encore fraîchement tracées qu\u2019elle propose, et qui se déploient en trois tendances fort dif férentes.« Mi- kiko Kawamura vient de la danse urbaine, très hip-hop.C\u2019est le nouveau prodige, capable de spectaculaire, qui touche au multidisciplinaire, car elle fait aussi de la vidéo, du costume.» Elle présente le solo Alphard, qu\u2019elle interprète aussi.Kaori Seki, elle, est déjà venue à Montréal en 2013 à Tangente, avec le duo Hetero .« Elle commence à faire des pièces de groupe, et elle utilise toujours des parfums, qu\u2019el le intègre à ses spectacles.Elle a une gestuelle très personnelle : c\u2019est très, très lent, très organique.Il faut, comme spectateur, vraiment vouloir y entrer.Ça demande beaucoup de patience, beaucoup de concentration au spectateur.» On pourra voir son quintette Amigrecta.Davantage du côté de la per formance, mixant mots, poésie et corps, Zan Yamas- hita, de Kyoto, propose un solo pour le danseur et chorégraphe Kim Itoh (dont on avait pu voir la compagnie en 2003 à Danse Danse, dans The Glorious Future, et dont le bandeau sur l\u2019œil, façon pirate, est un reconnaissable attribut).« Malheureusement, on aura une traduction si - multanée seulement en anglais, prévient la consultante en arts visuels et en danse.Il y a quelque chose d\u2019intimement l ié à la culture japonaise dans cette pièce, entre autres parce que Kim Itoh y parle de sa vie quotidienne ; du fait qu\u2019il a travaillé déjà dans une usine de tofu.C\u2019est plein de connotations », précise Diane Boucher.Cinq films et vidéos de Se- guro Teshigawara complètent ce menu, et assurent une continuité, puisqu\u2019avec sa compagnie Karas, le chorégraphe est passé à plusieurs reprises au Québec \u2014 il était en 2010 du Festival TransAmériques, avec son solo Miroku.« Il est un peu le père de la danse contemporaine au Japon.I l inspire beaucoup les jeunes chorégraphes, jusqu\u2019à l\u2019émulation.Ce sont des films qu\u2019il a réalisés \u2014 il était d\u2019abord sculpteur, et il s\u2019est mis à faire ensuite des films et vidéos.» « Il y a beaucoup de danseurs japonais qui sont très, très forts techniquement ; ils sont allés suivre des classes par tout, en Europe, aux États-Unis.Dans cer taines pièces contemporaines, on voit encore le lien avec le butô, mais pas dans les pièces que j\u2019ai choisi de présenter ; le buto y est le passé.C\u2019est complètement autre chose, maintenant », conclut Diane Boucher.À découvrir, donc.Le Devoir CULTURE> DANSE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 E 5 f e s t i v a l - c o n t e .q c .c a L u n d i 2 3 o c t o b r e , 2 0 h 3 0 L a G r a n d e F ê t e d u c o n t e \u2013 Planète rebelle, 20 ans au cœur du conte Paul Bradley, Mike Burns, Michel Faubert, Céline Jantet et Renée Robitaille.Maître de cérémonie : Marc Laberge.L E L I O N D \u2019 O R / 25 $ M a r d i 2 4 o c t o b r e , 2 0 h S a c r é c h œ u r d e G i l g a m es h Jean-Sébastien Bernard, Franck Sylvestre et Nadine Walsh T H É Â T R E A U X É C U R I E S / 15 $ M a r d i 2 4 o c t o b r e , 2 0 h J u l i e t t e e t s o n R o m é o Jeanne Ferron P E T I T O U T R E M O N T / 22 $ ; étudiants : 20 $ M e r c r e d i 2 5 o c t o b r e , 2 0 h L\u2019 h i s t o i r e d e M a c b e t h r o i d \u2019 É c o s s e Jeanne Ferron P E T I T O U T R E M O N T Frais d\u2019entrée : 22 $ | étudiants : 20 $ J e u d i 2 6 o c t o b r e , 2 0 h M o n t r é a l , l\u2019 î l e au x m u lt i p l es pa r o l es François Lavallée, Mike Burns, Nina Segalowitz et Nadine Walsh.Maître de cérémonie : Alain Lamontagne.P O I N T E - À - C A L L I È R E / 20 $ D i m a n c h e 2 2 o c t o b r e , 2 0 h D e p u i s l e G a n E d e n .C o n t es e t c h a n t s j u i f s s é fa r a d es Jean-Jacques Fdida, Oro Anahory Librowicz et l\u2019Ensemble séfarade et méditerranéen.A U D I T O R I U M L E P R É V O S T M A I S O N D E L A C U L T U R E V I L L E R A Y \u2013 S A I N T - M I C H E L \u2013 P A R C - E X T E N S I O N Laissez-passer disponibles 66 spectacles 43 l i e u x Joséphine Bacon (Nation innue), Chloé Sainte-Marie (Québec), Ladji Diallo (France-Mali), Chirine El Ansary (Égypte), Alberto Garcia Sanchez (Belgique-Espagne), Jeanne Ferron (France), Franck Sylvestre (Québec-Martinique) et Mike Burns (Québec-Irlande)T H É Â T R E O U T R E M O N T Frais d\u2019entrée : 30 $ - Étudiants : 25 $ www.theatreoutremont.ca V e n d r e d i 2 0 o c t o b r e , 2 0 h T e r r i t o i r e s Dansu : petit éventail de danses japonaises Un aperçu du travail de quatre chorégraphes contemporains La programmation de Dansu AMIGRECTA Chorégraphie de Kaori Seki pour cinq danseurs Du 18 au 21 octobre ALPHARD De et avec Mikiko Kawamura Du 18 au 21 octobre NAMAE GA NAI Une performance de Zan Yamashita, avec Kim Itoh Du 25 au 28 octobre RÉTROSPECTIVE DE CINQ FILMS ET VIDÉOS De Saburo Teshigawara Du 25 au 28 octobre Présentés par Tangente et l\u2019Agora de la danse À l\u2019Espace Danse de l\u2019édifice Wilder BOZZO Mikiko Kawamura, qui vient des danses de rue, présente le solo Alphard, qu\u2019elle interprète aussi. CULTURE> CLASSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 E 6 UN ÉVÈNEMENT UNIQUE EN PRÉSENCE DE NICOLAS PAGNOL Présentation de la pièce de théâtre, « Jules et Marcel », mettant en scène les conversations truculentes et des lettres inédites entre Marcel Pagnol et Raimu (Jules), le comédien fétiche et ami du cinéaste.L\u2019évènement se poursuit avec la projection du film culte « Marius ».22 octobre | GATINEAU | Salle Odyssée, 15h00 | 819 243-2525 24 octobre | BROSSARD | L\u2019Étoile Banque Nationale, 19h30 | 450 676-1030 28 octobre | QUÉBEC | Théâtre Petit Champlain, 19h30 | 418 692-2631 29 octobre | BELŒIL | Centre culturel de Belœil, 14h00 | 450 464-4772 1er novembre | LASALLE | Théâtre Desjardins, 19h30 | 514 367-6373 26 octobre | MONTRÉAL | Théâtre Outremont, 19h30 514 495-9944, poste 1 1248, av.Bernard, métro Outremont productionsmartinleclerc.com P R O D U C T I O N S ADAPTATION THÉÂTRALE DE JULES ET MARCEL : PIERRE TRÉ-HARDY MISE EN SCÈNE : NICOLAS PAGNOL COMÉDIENS : FRED ACHARD, CHRISTIAN GUÉRIN ET RAYMOND CLOUTIER PRODUCTION : PRODUCTIONS MARTIN LECLERC ANDRÉ CLUYTENS Intégrale des enregistrements symphoniques et concertants.Réédition avec rematriçages soignés et pochettes originales.Enregistrements 1943-1966 [35 CD mono, 30 CD stéréo].Solistes instrumentaux (entre autres) : Aldo Ciccolini, Solomon, Samson François, Gabriel Tacchino, Marguerite Long, Emil Gilels, David Oïs- trakh, Maurice Duruflé, Dmitri Chostakovitch.Erato 0190295886691 C H R I S T O P H E H U S S E rato publie l\u2019intégrale des enregistrements du chef André Cluytens.Au-delà de la monographie sonore, ces précieux documents préservent des couleurs orchestrales propres aux orchestres français, disparues, hélas, aujourd\u2019hui.André Cluytens, né Belge à Anvers en 1905, naturalisé Français en 1939, est mort il y a 50 ans, le 3 juin 1967.«André était un des chefs les plus élégants que j\u2019aie jamais rencontrés, souverain, doté d\u2019une grande autorité et d\u2019un charisme qu\u2019on pourrait presque qualifier d\u2019hypnotique », écrit dans la notice la légendaire soprano Anja Silja à propos de cet homme qui l\u2019«accompagne aujourd\u2019hui encore, au-delà de la mort ».Wieland Wagner, qui avait fait de Cluytens, en 1955, le premier Français invité à diriger à Bayreuth, le décrivait ainsi : «La sonorité de Cluytens est élégante, claire, nuancée, colorée et pleine de dignité, même dans les apothéoses orchestrales les plus exaltées.[\u2026] Chef plein d\u2019intuition et d\u2019une grande clarté de vision, rythmicien par excellence\u2026» La musique avant la mondialisation Captés aux trois quar ts à Paris entre 1950 et 1965, les enregistrements occupant 65 CD sous la baguette de ce prince de la musique ont ceci de particulier qu\u2019ils sont inimitables et irremplaçables parce que documentant une époque révolue.Je ne parle pas seulement du plus beau Ravel (et de très loin !) de tous les temps.Je parle surtout d\u2019une culture sonore qui n\u2019a plus cours : celle qui fascinait Wagner et les plus grands interprètes depuis la fin du XIXe siècle ; celle qui attirait à Paris Carl Schuricht, immense chef allemand, lorsqu\u2019il voulait enregistrer Beethoven et Wagner.C\u2019était avant la mondialisation.Et celle du son a frappé avant celle de l\u2019économie.On peut situer le début de l\u2019homogénéisation au tournant des années 1970.En France, le renoncement a même deux dates symboliques.D\u2019abord 1967, avec la création de l\u2019Orchestre de Paris, « Marcel Landowski et Charles Munch tombèrent d\u2019accord pour recruter des cornistes jouant sans vibrato », écrit Christian Merlin dans son excellent livre Au cœur de l\u2019orchestre paru chez Fayard en 2012.Ensuite 1970, avec le coup de grâce asséné par Herbert von Karajan, nommé successeur de Munch, désignation imbécile et sans lendemain, si typique de la courte vue snobinarde des élites de salon parisiennes.À peine en place, Karajan requit l\u2019abandon du basson français au profit du Fagott, son équivalent allemand.Dans les années 1950 et 1960, la signature sonore française était pour tant, avec la patte sonore russe, la plus distinctive du monde : des cordes transparentes, des bois très clairs et individualisés, des cors vibrants, des trompettes chantantes.Cette image sonore s\u2019opposait nettement au son allemand, qui visait la fusion en un « corps sonore » très charpenté (archétype de cette esthétique : Karajan, justement), au son viennois, plus soyeux, avec un hautbois nasillard, ou au son américain, avec des cuivres très brillants aux attaques tranchantes.Les hommes derrière les sons Il y avait derrière cette forêt sonore des facteurs d\u2019instruments et, à des postes clés, des instrumentistes, sur lesquels Christian Merlin, dans l\u2019ouvrage précité, a mis des noms et visages : « Il suf fit d\u2019écouter les enregistrements d\u2019il y a plus de 50 ans pour se rendre compte que le hautbois français d\u2019alors avait un son extrêmement clair et typé, d\u2019un charme fou.Hautbois solo de l\u2019Orchestre national de sa création en 1933 au début des années 1970, Jules Goetgheluck en fut l\u2019inimitable fer de lance.» Cette sonorité de hautbois allait parfaitement de pair avec celle du basson.Là, c\u2019est l\u2019instr ument, selon un système français, qui changeait la donne.Le basson français a un son centré, moins ample et plus nasal que le basson allemand aussi appelé Fagott.Au- jourd\u2019hui, le Fagott, plus adapté au volume des salles, s\u2019est imposé partout.Seul effet positif, la mondialisation instrumentale permet plus facilement aux musiciens français de se présenter à des auditions dans des orchestres à l\u2019étranger.Mais le plus beau dans le son des orchestres français des années Cluytens, c\u2019est le cor.Le cor vibré de la grande époque.« Lucien Thévet fut le plus éminent représentant de l\u2019école française de cor.Soliste de l\u2019Opéra de Paris de 1951 à [\u2026] 1973 et de la Société des concer ts du Conservatoire de 1938 à son remplacement en 1967», nous dit Christian Merlin, qui raconte que Thévet fut appelé à venir saluer sur la scène de l\u2019Opéra Garnier après la sonnerie de Siegfried ! Le son français tel que j\u2019en rêve la nuit, tel qu\u2019il resplendit pour l\u2019éternité à la plage 3 du CD 33 de ce coffret, a donc un nom : Lucien Thévet.On l\u2019entend aussi dans la Pavane de Ravel (CD 3, plage 10).Le père de l\u2019école française de trompette, lui, se nommait Eugène Foveau.Ce qui l\u2019intéressait, ce n\u2019était pas de plastronner mais d\u2019imiter la voca- lité des grands chanteurs, son modèle étant le ténor Georges Thill.Pilier de l\u2019Opéra de Paris pendant quatre décennies, Fo- veau forma les trompettistes au Conservatoire de Paris de 1925 à 1957.Cette « famille » de musiciens et leurs compatriotes représentaient la signature sonore d\u2019un pays.Elle est rassemblée et resplendit, synthétisée comme jamais auparavant, dans ce coffret mené par un chef qui sait comment faire briller les talents et comment en tirer parti.Il suffit d\u2019écouter la manière dont Cluytens attaque Tableaux d\u2019une exposition de Moussorgski dans l\u2019orchestration de Ravel (CD 34) pour comprendre que l\u2019un des enjeux de ses interprétations est justement de jouer de cette singularité.La savait-il en danger?Peut- être.Dirigeant alternativement dans ces disques l\u2019Orchestre de la société des concerts du Conservatoire, celui de la radio et celui de l\u2019opéra, il côtoyait cette génération de vieux maîtres et leur donne la parole, suscitant en nous des vagues de nostalgie.Le Devoir André Cluytens, alchimiste des sons disparus Son intégrale est le miroir fascinant d\u2019un temps révolu HORST Dirigeant alternativement dans ces disques l\u2019Orchestre de la société des concerts du Conservatoire, celui de la radio et celui de l\u2019opéra, André Cluytens (1905-1967) côtoyait la génération des vieux maîtres et leur donne la parole.avec plusieurs interprétations surélevées fournies par Isabelle Blais (en enquêteuse enquiquinée par son ex), Fabien Cloutier (le suspect qui s\u2019enfonce), Mylène MacKay et David Boutin (la sœur et le frère crapules), Marie-Eve Beaulieu (l\u2019avocate véreuse prête à tout) ou Jean-Pierre Bergeron (vraiment bon en pas bon).Réalisation.Les maîtres d\u2019œuvre Yan Lanouette Tur- geon (TVA) et Stéphane Lapointe (RC) amplifient chacun à leur manière le matériel mis à leur disposition.Leurs talents se révèlent notamment dans les choix de lieux pour camper l\u2019action.Les grandes qualités de la série du double se révèlent dès le générique.Des images de construction empruntant des voies parallèles (des ponts, des escaliers\u2026) défilent rapidement en noir et blanc au r ythme d\u2019une musique techno-industrielle de Ramachandra Bocar.Le reste se développe dans un Montréal étrange, loin des gratte- ciel, sans être miteux, dans une sorte de banlieue-en-ville avec plusieurs lieux (le loft de Youri, l\u2019église orthodoxe dans un parc, etc.) forçant le questionnement sur l\u2019identité de cette ville métonymique où se déguise un bien malin filou.Faits divers joue aussi l\u2019ambiguïté en s\u2019éloignant cette fois des images d\u2019Épinal de la campagne bucolique.On est dans la bébelle province ici, dans un petit monde magané, souvent sans âme, peuplé de magouilleurs vivant de trafics en tous genres.Morale.Au total, il faut bien se demander à quoi sert cette nouvelle représentation du crime.Les études savantes répètent que les crime dramas reflètent peut-être plus que tout autre genre narratif les dilemmes moraux d\u2019un temps.Un criminel agit.Des justiciers, en uniforme ou pas, le traquent pour le punir.Une série policière, c\u2019est finalement l\u2019exposition d\u2019un moyen de rétablir de l\u2019ordre dans le chaos.Ou un récit par lequel l\u2019extraordinaire s\u2019insère dans l\u2019ordinaire, où le mythique perce la vie quotidienne.De camper la séquence dans des lieux familiers, avec des personnages qui nous ressemblent, ne fait que décupler l\u2019intérêt du portrait de groupe.Justement, tout s\u2019embrouille, et ce qui fait désordre a bien changé.La force de ces fictions télévisuelles, c\u2019est aussi de rendre les criminels attachants.On angoisse devant les menaces qui planent sur la vie de Youri, même si c\u2019est un assassin avéré.La même sympathie ambiguë émane du personnage de Mike Pratt joué par Fabien Cloutier dans l\u2019autre série.Il empeste la magouille.Il s\u2019empêtre dans ses mensonges.En même temps, on le sent victime de forces encore plus noires et on finit par le prendre un peu en pitié.Le rôle des policiers aussi s\u2019entortille.On comprend vite que l\u2019imposteur remplace un ri- pou de première classe qui lui- même mentait à qui mieux mieux à ses collègues en plus de livrer «sa sœur cadette à de vilains messieurs pour des prix de famine », comme le dit le poème.Faits divers présente des policiers sympas, surtout des femmes, dont beaucoup enceintes, mais malmène l\u2019image de l\u2019avocat et des gens d\u2019affaires.Il ne manque qu\u2019un ou deux politiciens faisandés pour composer un portrait vraisemblable, ici, maintenant, là où le crime paie, beaucoup\u2026 Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 POLICES SOURCE RADIO-CANADA Faits divers s\u2019éloigne des images d\u2019Épinal de la campagne bucolique.On est dans la bébelle province ici. P H I L I P P E P A P I N E A U L e populaire groupe Vice Media a beau avoir comme pierre d\u2019assise son magazine fondé à Montréal en 1994, la présence de ce pionnier du journalisme frondeur et audacieux était restée plutôt discrète au Québec, jusqu\u2019à la création plus officielle de Vice Québec, qui a officiellement investi le marché il y a un an \u2014 malgré la présence du « Vice du jour » depuis plus longtemps.Bilan?L\u2019entreprise qui veut parler aux 18-34 ans prend de l\u2019expansion et plonge encore plus dans la production vidéo de toutes sortes.À l\u2019extérieur des bureaux de Vice Québec, dans le quartier montréalais de Griffintown, les camions fourmillent, les grues pivotent, les machineries pilonnent les fondations de futurs édifices qui émergent du sol un peu par tout.À l\u2019intérieur des bureaux de bois et de métal du média, c\u2019est un peu moins bruyant, mais tout aussi bouillonnant.C\u2019est que le travail est abondant, et les projets sont encore nombreux pour la trentaine d\u2019employés de Vice Québec, menés par la directrice générale Delphine Poux et le rédacteur en chef Philippe Gohier.« En 12 mois, on n\u2019a jamais autant travaillé de notre vie, on a donné beaucoup, lance Mme - Poux, une an cienne de chez Rogers, tout comme Gohier, qui a travaillé à Maclean\u2019s et à L\u2019actualité.Quand on parle à d\u2019anciens collègues des médias traditionnels, il y a des fois un malaise de leur dire qu\u2019on engage du monde, qu\u2019on est là pour construire et pas décons- truire.On savait que la marque était forte, mais il y a eu un engouement, qui a été encore plus gros que ce qu\u2019on espérait.» En ce moment, Vice Québec rejoint quelque 500 000 visiteurs uniques par mois sur son site et compte plus de 80 000 abonnés sur sa page Facebook.Mieux, en plus d\u2019une récente récompense aux prix Gémeaux pour le documentaire Le peuple de l\u2019herbe : la cannabusiness au Québec, plusieurs de leurs productions vidéo rejoignent jusqu\u2019à 700 000 personnes.C\u2019est d\u2019ailleurs là où le bateau amiral de Vice Media concentre aujourd\u2019hui son énergie, forçant par ailleurs des mises à pied et des refontes de ses structures, dont l\u2019abandon de certaines plate- formes, par exemple le site de musique électronique Thump.L\u2019entreprise, qui compte en son sein des dizaines de déclinaisons locales à travers le monde, est en train de pivoter sur elle-même, illustre Delphine Poux.« Il y a eu des licenciements, mais il n\u2019y a aucun rapport avec le fait que Vice n\u2019allait pas bien, dit-elle.On est en train de se concentrer sur une ligne de business qui est très claire avec la production vidéo, le numérique et la télé.» Vice Québec produit quotidiennement la capsule « Vice du jour », en plus de plonger dans la création de documentaires d\u2019une vingtaine de minutes \u2014 sur la cimenterie de Port-Daniel, par exemple.Au- jourd\u2019hui, estime Philippe Go- hier, le contenu vidéo a le même poids sur le site que le contenu écrit, colonne vertébrale de Vice.Mais qu\u2019est-ce qui fait que le format vidéo est si for t ?Go- hier hausse les épaules : «Il y a un appétit infini pour la vidéo sur les réseaux sociaux.» La directrice générale, Delphine Poux, rappelle un fait majeur : le standard de qualité de Vice Québec ne se définit pas par rapport à ce qui se fait ici, «mais par rapport à la maison mère ».« Forcément, ça nous tire vers le haut de façon importante.» La marque for te de Vice a aidé son volet québécois à se faire une place dans le marché, mais elle doit toutefois être à la hauteur de la réputation de l\u2019entreprise.«Quand je regarde [le documentaire-choc sur la ville américaine de] Charlottes- ville, je sais que la barre vient de monter.Tout le monde en parle.On le rappelle à l\u2019équipe aussi.Maintenant, il y a une autre marche à franchir.» Projets télé Vice Québec a comme mandat de parler aux jeunes de 18 à 34 ans, un public pas tout à fait naturel pour les grands médias d\u2019information, souvent destinés à un public adulte.Pour ce faire, Poux et Gohier ont justement recruté plusieurs jeunes plumes.«Un bon 85% des employés a en bas de 35 ans», estime la directrice générale.Cet état de fait était indispensable pour le rédacteur en chef, qui ne se retrouve plus dans la tranche d\u2019âge cible.« On est quelques \u201cadultes\u201d, rigole-t-il.Ça en prend, mais on n\u2019a pas nécessairement les instincts de nos employés.Je dois me fier à eux quand ils me disent que quelque chose est cool, intéressant.» Gohier estime que c\u2019est un des plus grands défis de la pla- teforme.Rejoindre son jeune public, lui parler pour qu\u2019il s\u2019intéresse à ce qu\u2019on lui dit, et aborder les enjeux qui le passionnent.«C\u2019est une vérité pour tous les journalistes, mais il ne faut jamais oublier qu\u2019on est au service de nos lecteurs.Mais nos lecteurs ne sont pas les lecteurs auxquels on est habitué de parler.» Concrètement, comment cela se reflète-t-il dans le travail de tous les jours?«Quand mes collaborateurs me demandent comment ils doivent écrire, je leur dis de le faire comme s\u2019ils racontaient l\u2019histoire à leur co- loc, à leur meilleur ami.Et de la raconter dans le même ordre aussi.Si tu vas dans une conférence de presse, et ce qui t\u2019a intéressé le plus, c\u2019est quelque chose qui s\u2019est passé complètement à côté du sujet, dans le fond de la salle, et que c\u2019est ce que tu racontes à tes collègues après coup, c\u2019est ça que je veux que tu me racontes.» Paradoxalement, le prochain pion qu\u2019avancera Vice Québec sera probablement celui d\u2019une présence à la télévision, lance Delphine Poux.« On est en train de développer des émissions pour d\u2019autres dif fuseurs télé.On n\u2019est pas parti en production en français pour la télé, mais on est prêts.» Le Devoir CULTURE> MÉDIAS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 E 7 Présenté par La Fondation Arte Musica présente SOLEDAD JEUDI 2 NOVEMBRE, 19 h 30 Manu Comté, accordéon et bandonéon Jean-Frédéric Molard, violon Alexander Gurning, piano Coup de cœur pour ce trio éclectique et inventif ! CANTATES DE BACH DIMANCHE 29 OCTOBRE, 14 h BANDE MONTRÉAL BAROQUE Eric Milnes, chef et clavecin Andréanne Brisson-Paquin, soprano Nicholas Burns, contreténor Philippe Gagné, ténor Clayton Kennedy, baryton Cantates pour le 500e anniversaire de la Réforme J.S.BACH Cantates BWV 80, 180 et 192 17.18 SALLEBOURGIE.CA 514-285-2000 ILYA POLETAEV JEUDI 19 OCTOBRE, 19 h 30 FRESCOBALDI Toccata I L.COUPERIN Tombeau de Mr.Blancrocher J.KUHNAU Sonate biblique La Tomba du Giacob LISZT Sonate en si mineur Ce concert unique mettra en valeur le clavecin ?amand, le clavicythérium et le fameux piano Érard de 1859 de la salle Bourgie et culminera avec la grande Sonate de Liszt.Billets et programmation complète Ô-CELLI FAIT SON CINÉMA MERCREDI 18 OCTOBRE, 19 h 30 Ô-CELLI, octuor de violoncelles Quand le 4e art rencontre le 7 e art ! Œuvres de Nino ROTA, Henry MANCINI, John WILLIAMS, VERDI et STRAVINSKI.LE POÈME HARMONIQUE MARDI 7 NOVEMBRE, 19 h 30 Isabelle Druet, mezzo-soprano Vincent Dumestre, théorbe, guitare et direction DANZA ! Œuvres de BERXES, de BRICEÑO, MARTÍN, LE BAILLY et MOULINIÉ Un magni?que programme présentant les musiques espagnoles jouées dans le Paris baroque.V e r d S t r a u s M a s s e n e P u C c i n i B e r n s t e i 25 OCT 2017 19 H 30 LES GRANDS CONCERTS MARIE-JOSÉE LORD POUR L\u2019AMOUR DE L\u2019OPÉRA ÉGLISE SAINTE-ROSE-DE-LIMA Alain Trudel Chef BILLETTERIE 450 978-3666 OSL.QC.CA Orchestre symphonique de Laval Les jeunes au cœur de la cible de Vice Québec Le volet québécois de la plateforme internationale continue sa progression grâce aux vidéos GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR « Il y a un appétit infini pour la vidéo sur les réseaux sociaux», estime le rédacteur en chef Philippe Gohier. l\u2019avenir repose entre les mains des femmes : « C\u2019est un film très féministe, souligne Brigitte Poupar t.Les femmes n\u2019y ont pas de discussions à propos des hommes dans l\u2019intimité.Elles sont dans la survie, dans la défense.Le film dépeint bien la société québécoise parce que si on était projeté dans quelque chose d\u2019aussi extrême, ça se passerait comme ça.» «Je trouve le film très matriarcal, très québécois.C\u2019est la mère qui lead ! C\u2019est comme si la nature allait survivre à tout ça et que l\u2019espoir est dans la femme.Ce que j\u2019ai vu dans le scénario, c\u2019est une trame environnementaliste où l\u2019être humain est un cancer pour la planète, où l\u2019être humain va s\u2019autodétruire et la planète va survivre.On la retrouve encore dans les prises de la nature, des animaux, des insectes.C\u2019est aussi l\u2019importance de la nature dans la vie de Robin; on tournait sur ses terres, dans son village, on était donc imprégné de son univers », se souvient Marc-André Grondin.Esprit de meute Alors que les personnages parcourent les champs au grand jour, ils découvrent d\u2019imposantes structures formées d\u2019objets de toutes sortes.Pour Brigitte Poupart, ces constructions autour desquelles se réunissent les morts-vivants ont une connotation religieuse, spirituelle.« Je vois plutôt ce film comme une fable à propos des rituels qu\u2019on veut absolument garder au-delà de ce qu\u2019on devient.Les zombies ont plus de rituels que les êtres humains ; j\u2019y vois une recherche de sens.Nos personnages n\u2019en ont plus parce qu\u2019ils voient les autres mourir et se transformer ; nous sommes donc en per te de sens, alors qu\u2019eux sont en quête de sens.Les survivants ont de la dif fi- culté avec la solidarité, l\u2019empathie ; les zombies se regroupent en clans autour d\u2019objets qui leur survivront », avance celle qui manie la machette avec grâce au grand écran.«L\u2019homme a toujours érigé des tours, des citadelles, des pyramides, des églises pour atteindre le ciel, communiquer avec l\u2019au- delà, tenter d\u2019y toucher.Je trouve ça très humain comme geste.C\u2019est un acte artistique vers la mort.J\u2019ai l\u2019impression de côtoyer des zombies tous les jours, de les voir figurer dans notre espace public toutes les semaines.Les zombies représentent la par t sombre de ce que nous sommes.De nos jours, les zombies préfèrent construire des murs, mais ça, c\u2019est une autre histoire », conclut Robin Aubert.Collaboratrice Le Devoir À l\u2019affiche à partir du 20 octobre.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 E 8 DE VISU C U L T U R E Cette exposition est organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal et le Denver Art Museum.L\u2019exposition et sa tournée internationale béné?cient du soutien de la Terra Foundation for American Art.Elle est présentée grâce à la collaboration de Marcel Elefant et George Lengvari ainsi que du CN.L\u2019exposition a aussi reçu le soutien du ministère du Patrimoine canadien par le biais du Programme d\u2019indemnisation des expositions itinérantes au Canada.Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications du Québec, le Conseil des arts de Montréal et le Conseil des arts du Canada pour leur soutien constant.| Thomas Moran, Le mirage (détail), 1879.Orange (Texas), Stark Museum of Art.Photo Tom DuBrock.| Frederic Remington, Le quatrième cavalier mène les chevaux démontés (détail), 1890.Williamstown (Massachusetts), Sterling and Francine Clark Art Institute.Photo Bridgeman Images.dès aujourd\u2019hui ! En collaboration avec Grand bienfaiteur QUÉBEC (418) 525-8393 www.galerielindaverge.ca V E R N I S S A G E MARIE-CLAUDE FERLAND 15 oct.au 5 nov.SUITE DE LA PAGE E 1 HORREUR ROOM(S) TO MOVE : JE, TU, ELLE De Sophie Jodoin Expression, Centre d\u2019exposition de Saint-Hyacinthe Jusqu\u2019au 29 octobre N I C O L A S M A V R I K A K I S V oilà un événement qui prend les allures d\u2019un bilan.Un bilan qui pourrait correspondre à ce qu\u2019on appelle la mi-carrière.Cette exposition de Sophie Jodoin présentée à Saint-Hyacinthe est le premier volet d\u2019une trilogie, qui se poursuivra au MacLaren Art Centre à Barrie, en Ontario (du 17 mars au 17 juin 2018), et au Musée d\u2019art contemporain des Laurentides (du 3 juin au 29 juillet 2018), trilogie qui a l\u2019envergure d\u2019une rétrospective d\u2019œuvres réalisées sur près de dix ans.Mais il s\u2019agit aussi pour l\u2019artiste d\u2019une forme de synthèse de sa démarche développée depuis plus de vingt-cinq ans, synthèse qui lui permet de réunir et d\u2019af finer bien des aspects de sa création multiforme.La première salle d\u2019exposition, sorte de cabinet de curiosités, regroupe d\u2019ailleurs, dans une installation spectaculaire, diverses œuvres récentes et anciennes de l\u2019artiste qui semblent dialoguer entre elles à travers le temps, et ainsi s\u2019enrichir dans leur signification.Une œuvre qui a gagné en intensité en ayant paradoxalement travaillé sur la disparition, l\u2019effacement\u2026 L\u2019exposition met aussi en relation bien des moyens d\u2019expression que Jodoin sait utiliser.Cela va du dessin (fait avec du pastel, du fusain, de l\u2019encre\u2026) à la peinture, de la sculpture par moulage en plâtre à la photo, en passant par la vidéo et l\u2019installation\u2026 On y retrouve bien sûr des échos multiples aux divers courants de l\u2019histoire de l\u2019art moderne que l\u2019artiste sait combiner et réinterpréter.Cela va de l\u2019art figuratif à l\u2019art abstrait, en passant de l\u2019art conceptuel à l\u2019art minimaliste.L\u2019artiste travaille aussi beaucoup l\u2019appropriation d\u2019images ou d\u2019objets préexistants, manière que les postmo- dernes ont par ticulièrement développée.Le propos de Jo- doin ne se limite donc pas à un moyen d\u2019expression ou à une forme de pratique artistique.Elle souhaite remettre en question les genres ar tis- tiques, mais aussi d\u2019une certaine manière les genres sexuels, la représentation de l\u2019identité des femmes\u2026 Une identité éclatée ou reconstruite?Anne-Marie St-Jean Aubre, la commissaire de l\u2019exposition qui est aussi conser va- trice de l\u2019art contemporain au Musée d\u2019ar t de Joliette, explique en ces mots cette exposition présentée dans les trois salles du Centre Expression : « Considérée dans son ensemble, Room(s) to move : je, tu, elle décline le por trait d\u2019une femme qui se construit à l\u2019intersection de trois positions qu\u2019elle occupe inévitablement de manière ubiquitaire.Toujours, elle est simultanément je, tu et elle : pourvue d\u2019une intériorité, édifiée à travers ses interactions et objet d\u2019un discours.» Cela est en particulier évident dans la deuxième salle de l\u2019exposition, sorte de salon de lecture, avec l\u2019installation de 144 livres achetés dans des librairies d\u2019occasion, installation intitulée Toi que jamais je ne termine.À travers les titres de ces livres, apposés les uns à côté des autres, se dessine un récit mettant en scène une « femme tranquille », « une femme raisonnable », « comblée », « sans histoire », mais qui peut être aussi par fois « ambitieuse », « excessive » , « insurgée »\u2026 Une façon de nous rappeler que nos identités sont principalement forgées par les récits sociaux.St-Jean Aubre poursuit en expliquant que « les trois lieux d\u2019exposition, tour à tour chambre, salon et cabinet, agissent comme des métaphores de ces trois états, auquel fait écho le titre, qui suggère aussi le mouvement qui les ébranle.En autant de pièces, ils donnent accès à différentes facettes de la réalité de cette femme: son identité de sujet, de complément et d\u2019objet ».La commissaire fait certainement référence aux divers lieux d\u2019exposition au Québec et en Ontario où Jodoin installera son œuvre en dialoguant avec leur architecture et qu\u2019elle s\u2019appropriera comme diverses pièces d\u2019une maison\u2026 Mais, dans une mise en abyme fascinante, cette description pourrait aussi s\u2019appliquer aux trois salles du Centre Expression.Dans la plus petite salle, Jodoin nous présente une vidéo intimiste en noir et blanc \u2014 intitulée Ni tout à fait la même ni tout à fait une autre \u2014 placée dans un tout petit écran et qui ne montre qu\u2019une partie de son bras, comme allongé, qu\u2019un poignet, vu en gros plan\u2026 On croirait une photo.Pourtant, en s\u2019approchant, on s\u2019aperçoit qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019une image animée, faiblement agitée par le rythme du pouls de l\u2019artiste, pulsation à peine perceptible à la sur face de sa peau.Une sorte de chambre où l\u2019artiste se serait repliée pour rassembler l\u2019énergie première et essentielle de son œuvre.Une exposition très aboutie.Collaborateur Le Devoir Prendre le pouls de l\u2019œuvre de Sophie Jodoin L\u2019artiste invite à parcourir toutes les dimensions de sa démarche créatrice PHOTOS ÉLIANE EXCOFFIER À gauche : Sophie Jodoin, Toi que jamais je ne termine (détail), 2017.À droite : vue d\u2019ensemble de la première salle de l\u2019exposition.GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR «C\u2019est un film très féministe», souligne Brigitte Poupart. MARK FELT : THE MAN WHO BROUGHT DOWN THE WHITE HOUSE (V.O.) ?Drame historique de Peter Lan- desman.Avec Liam Neeson, Diane Lane, Marton Csokas, Tony Goldwyn, Josh Lucas, Bruce Greenwood, Michael C.Hall.États-Unis, 2017, 103 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E «R ien ni personne ne peut stopper une enquête du FBI.Pas même le FBI.» Directeur associé du Bureau fédéral d\u2019investigation, Mark Felt aurait adressé ces paroles à ses troupes alors que la Maison- Blanche cherchait à couper cour t à leur enquête sur le scandale du Watergate.De tels propos, inspirés et héroïques, le film Mark Felt : The Man Who Brought Down the White House en regorge.Le principal intéressé, qui a affirmé être à l\u2019origine des fuites médiatiques qui, à terme, eurent raison du président Richard Nixon, y est mythifié.Au point où on en perd de vue un récit passionnant, relégué en toile de fond.Ancien journaliste d\u2019enquête, Peter Landesman a déjà tâté, comme réalisateur, d\u2019un autre moment charnière de l\u2019histoire américaine moderne: l\u2019assassinat de John F.Kennedy.Dans ce film choral intitulé Parkland (2013), Landesman revenait sur les répercussions immédiates des événements tels que perçus par un échantillonnage disparate de gens.Mark Felt : The Man Who Brought Down the White House, à l\u2019inverse, épouse le point de vue d\u2019un seul homme, Felt, qui fut l\u2019un des acteurs clés du scandale.Son rôle exact, il faut le préciser, reste dans les faits contesté.Les journalistes du Washington Post Bob Woodward et Carl Bernstein, dont l\u2019enquête est à la base du chef- d\u2019œuvre d\u2019Alan J.Pakula All the President\u2019s Men (Les hommes du président, 1976), estiment que tant le film de Landesman que le livre de John O\u2019Connor basé sur les notes de Felt exagèrent l\u2019impor tance du rôle joué par ce dernier.Comme un seul homme L\u2019action démarre peu avant qu\u2019un groupe d\u2019individus liés à la CIA et à la Maison-Blanche entrent par effraction dans les locaux des démocrates afin de mettre ceux-ci sous écoute électronique.Numéro deux du FBI sous un J.Edgar Hoover en fin de règne, Mark Felt est craint parce qu\u2019il sait tout sur tout le monde.Il a en outre un vilain défaut : il place l\u2019intérêt de la justice au-dessus de tout, y compris le pouvoir politique.Felt est dépeint comme un parangon de droiture doublé d\u2019un maître marionnettiste qui agit par abnégation.Deux événements viennent ébranler ses cer titudes : d\u2019a - bord, la nomination d\u2019un pion de Nixon à la tête du FBI au décès d\u2019Hoover; ensuite, les pressions exercées par le président et ses sbires pour tuer dans l\u2019œuf l\u2019enquête sur le Watergate.Apparemment seul à comprendre que la démocratie est en péril, Felt commet alors l\u2019impensable: il coule des informations classifiées aux journaux.Ce faisant, Felt échafaude un plan complexe pour se couvrir, qui exacerbe le climat de paranoïa qui prévaut déjà parmi les cercles du pouvoir.C\u2019est en tout cas la version du film de Landesman.Est-ce là exact ou mensonger ?Est-ce si important ?À chacun de décider de ce qu\u2019il attend d\u2019un film : du cinéma ou la vérité.Diane Lane brillante Ironiquement, là ou le bât blesse, c\u2019est justement qu\u2019on cherche en vain le cinéma dans ce film tourné avec à l\u2019esprit un écran plus petit que grand.Platement filmé, ce troisième long métrage de Landesman abuse tellement du gros plan que la technique perd tout impact ou signifiance.Le film a cela dit pour lui une succession d\u2019excellents numéros d\u2019acteurs, certaines têtes connues ne faisant que passer.Dans le rôle d\u2019Audrey Felt, l\u2019épouse dépressive de Mark Felt, Diane Lane est particulièrement brillante.Hélas, on a beaucoup coupé sa participation au profit d\u2019un surcroît de jeux de coulisses souvent redondants.Il en résulte un film curieusement soporifique, un comble lorsqu\u2019on prétend revenir sur un pan d\u2019histoire aussi explosif.C\u2019est dire que Mark Felt : The Man Who Brought Down the White House ne risque pas d\u2019influencer les perceptions des uns et des autres.Le Devoir CULTURE> CINÉMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 E 9 Présentée par Soutenue généreusement par Exposition conçue par le Musée national des beaux-arts du Québecet organisée en partenariat avec le Musée des beaux-arts de l\u2019Ontario, avec l\u2019appui de la Joan Mitchell Foundation et de la Succession Jean Paul Riopelle.Avec la collaboration de Partenaire des activités UN COUPLE DANS LA DÉMESURE DU 12 OCTOBRE 2017 AU 7 JANVIER 2018 MNBAQ.ORG Photo?: Heidi Meister, photographe, Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle dans le séjour de l\u2019atelier-appartement de la rue Frémicourt, Paris, 1963.© Heidi Meister Œuvre représentée : Jean-Paul Riopelle, Pleine Saison, 1954, huile sur toile, 129 x 160 cm.Collection particulière © Succession Jean Paul Riopelle / SODRAC (2017) Watergate confidentiel L\u2019adaptation des mémoires de Mark « Deep Throat » Felt donne un film étonnamment ennuyeux MÉTROPOLE FILMS C\u2019est Liam Neeson qui incarne Mark Felt, un homme craint parce qu\u2019il sait tout sur tout le monde.LA VITRINE DOCUMENTAIRE 78/52 (V.O.) ?1/2 Documentaire d\u2019Alexandre O.Philippe.Avec Peter Bogdanovich, Brett Easton Ellis, Jamie Lee Curtis, Guillermo del Toro, Marli Renfro, Karyn Kusama.États-Unis, 2017, 91 minutes.Peu de scènes au cinéma ont eu autant d\u2019impact que la célèbre «scène de la douche » dans Psycho (Psychose), d\u2019Alfred Hitchcock.Élaborée avec un soin maniaque, cette séquence compte 78 positions de caméra et 52 coupes, d\u2019où le titre du documentaire d\u2019Alexandre O.Philippe : 78/52.Fusionnant recréation de son cru et extraits du film original, le réalisateur explore ladite scène sous toutes ses coutures tout en faisant intervenir une kyrielle de participants.Chacun a beaucoup à dire sur le sens à donner au «meurtre de la douche » et au film, sur l\u2019avant-gardisme et le génie de la scène, et sur le legs considérable de celle-ci.Certain de plaire aux initiés, le documentaire de Philippe n\u2019en oublie pas pour autant le cinéphile moyen.Ainsi explique-t-on comment Hitchcock a conceptualisé la scène puis l\u2019a filmée sur une durée de sept jours alors qu\u2019il ne disposait au total que de 29 jours pour tourner l\u2019ensemble du film.On revient sur le contexte de production et la manière roublarde dont Hitchcock est parvenu à contourner le conservatisme ambiant tout en créant l\u2019illusion prégnante d\u2019une grande violence.Passionnant.François Lévesque COMÉDIE INNOCENT ?1/2 Comédie de Marc-André Lavoie.Avec Emmanuel Bilodeau, Réal Bossé, Sandrine Bisson, Pascale Bussières, Bobby Beshro, David La Haye, Dorothée Ber- ryman et Mahée Paiment.Canada (Québec), 2017, 88 minutes.Homme affable et serviable, Francis (Emmanuel Bilodeau) n\u2019a pas son pareil pour se retrouver dans des situations rocambolesques.Clamant son innocence, il relate à un inspecteur (Réal Bossé) ses multiples mésaventures où les apparences sont invariablement contre lui.Dédiée à la mémoire de Denis Héroux (Y a toujours moyen de moyenner !, Pousse mais pousse égal), cette offrande de Marc-André Lavoie (Y\u2019en aura pas de facile, Hot Dog) repose sur un scénario semblant avoir été écrit sur un coin de table.Suite brouillonne de péripéties poussives au cours de laquelle on attend vainement l\u2019hilarité promise dans le catalogue du Festival du nouveau cinéma, où le film a été lancé, Innocent a pour rare qualité le talent de ses acteurs, qui font tout leur possible pour rendre le tout digeste.Une chose est sûre, ce réalisateur a un sacré don de persuasion pour entraîner tout ce beau monde dans sa galère.Dans la veine des précédents films de Lavoie, Innocent ressemble à une mauvaise blague tournée entre amis à temps perdu.Manon Dumais CINÉMA DU PARC Les coulisses de la célèbre « scène de la douche» 120 BATTEMENTS PAR MINUTE ?Chronique de Robin Campillo.Avec Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz.France, 2017, 140 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L e film démarre dans les coulisses \u2014 littéralement \u2014 d\u2019une action militante sur le point de se produire.Pendant qu\u2019un orateur endort la salle à l\u2019arrière-plan, à l\u2019avant, des silhouettes indistinctes murmurent et se préparent.On ignore qui sont ces gens.Le film se termine comme il a commencé : avec une action militante.À la dif férence, cette fois, qu\u2019on voit les activistes s\u2019af fairer en pleine lumière.Et à la différence, surtout, qu\u2019on sait désormais qui sont ces gens.Dans l\u2019intervalle, la mor t frappe, car au début des années 1990, le sida se propage, pandémique.Or, il est des condamnés qui font de ce qu\u2019il leur reste de vie un ultime acte de résistance.Le film 120 battements par minute, c\u2019est entre autres leur histoire.Grand Prix à Cannes, cette chronique de Robin Campillo (Les revenants) est autant un hommage à l\u2019association de lutte contre le sida Act Up-Pa- ris et à ses membres qu\u2019un rappel qu\u2019il fut une époque pas si lointaine où on laissait les gais, les prostituées, les drogués et les prisonniers crever en détournant le regard.Pamphlétaire, le film l\u2019est cer tainement.Un pamphlet à fleur de peau, en l\u2019occur rence, et cinématographique de bout en bout.Au risque d\u2019user d\u2019un cliché, la mise en scène épouse les atours sans fard du documentaire, avec caméra furtive, à l\u2019affût, jamais aléatoire, le cinéaste sachant à l \u2019évidence ce qu\u2019il souhaite montrer, ce qu\u2019il souhaite qu\u2019on voie.On ne détecte cela dit aucun effort ; ça coule (Robin Campillo a lui-même monté son film).Le groupe, le couple Graduellement, la focalisation change, la vue d\u2019ensemble se muant en récit intime : nouveau venu à Act Up-Paris, Nathan, séronégatif au militantisme passif, n\u2019a d\u2019yeux que pour Sean, séropositif aux convictions radicales, et qui a par surcroît le courage de celles-ci.On les suit en réunion, en boîte, lors de manifestations, au lit\u2026 Alors que les cernes sous les yeux de Sean se creusent et que son corps se couvre de taches sombres, l\u2019amour des deux jeunes hommes prévaut.Du macro au micro, on se concentre sur un groupe, puis deux de ses membres, avec la tragédie ordinaire d\u2019un couple touché par la maladie sur fond de grande lutte pour que cesse l\u2019indifférence.Plus des étrangers Cer tes, on craint, vers le début, que Campillo s\u2019empêtre dans un didactisme de bonnes intentions alors que s\u2019enchaînent les scènes dépeignant les rencontres hebdomadaires d\u2019Act Up-Paris.Les personnages, dont on ne sait rien à ce stade, expliquent, puis s\u2019expliquent, parlent, débattent, parlent encore\u2026 On se dit que c\u2019est peut- être trop bavard comme approche, sans pour autant détacher les yeux de l\u2019écran ni échapper le moindre mot.On se dit cela tandis que l\u2019histoire progresse, et progresse\u2026 Lorsque Jérémie, personnage ter tiaire peu loquace à l\u2019air gamin attachant, meur t, on se surprend à essuyer des larmes.On s\u2019étonne, aussi, de se souvenir de son prénom avant même de voir les pancar tes que brandissent ses amis.On comprend, alors, ce qu\u2019a accompli Robin Campillo avec son approche.Les personnages expliquent et s\u2019expliquent, ils parlent et débattent, puis ils parlent encore.Ce faisant, ils ne font pas que sensibiliser, ce qui est déjà énorme : ils se dévoilent.Ce ne sont plus des étrangers.L\u2019indifférence, alors, devient impossible.Le Devoir CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 O C T O B R E 2 0 1 7 E 10 C U L T U R E theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ (GB) Le lundi 16 oct.| 16 h et 19 h 30 9,00 $ AVEC BRIAN COX, MIRANDA RICHARDSON, JOHN SLATTERY.de Jonathan Teplitzky CHURCHILL VOSTF Télérama « Le jeune Karl Marx est à voir.» Jean-François Nadeau, Le Devoir La plus complète transformation théorique et politique du monde depuis la Renaissance À L\u2019AFFICHE ! Les vies fauves 120 battements par minute revient sur l\u2019action d\u2019Act Up-Paris au pire de la pandémie du sida PROFESSOR MARSTON AND THE WONDER WOMEN ?Drame biographique d\u2019Angela Robinson.Avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote, Oliver Platt.États-Unis, 2017, 108 minutes.A N D R É L A V O I E D iana Prince, mieux con - nue sous le nom de Wonder Woman, ne fut pas une superhéroïne créée sur un coin de table ou dans la tête d\u2019un i l lustrateur sexuellement frustré.Elle puise autant ses origines à la prestigieuse Université Har vard que dans les antichambres des boutiques de Greenwich Village où se pratiquait le sadomasochisme et autres rituels avec costumes et matériel de domination.Jusqu\u2019au milieu du XXe siècle en Amérique du Nord, les braises d\u2019une sexualité débridée couvaient sous les cendres du conformisme.Cette genèse, Angela Robinson (The L Word, Herbie Fully Loaded) la raconte avec une fascination évidente dans Professor Marston and the Wonder Women, illustrant aussi un célèbre ménage à trois devenu une famille atypique, chose peu courante aux États-Unis dans les années 1930.Professeur de psychologie, William Moulton Marston (Luke Evans, plus sexy et athlétique que l\u2019original) s\u2019intéresse depuis longtemps aux zones d\u2019ombres du comportement humain, tout comme son épouse Elizabeth (Rebecca Hall, autoritaire, et vulgaire, à souhait), aussi brillante que lui, mais à qui Harvard a refusé de décerner un diplôme, une pratique ou- ver tement discriminatoire à cette époque.Aimer, enseigner La présence d\u2019une séduisante étudiante, Olive (Bella Heathcote, faussement angélique), va distraire l\u2019éminent professeur, ce qui n\u2019échappe pas à Elizabeth.Or, le couple n\u2019hésitera pas non plus à l\u2019associer à ses travaux, dont l\u2019invention du polygraphe, et Olive, que l\u2019on croyait sous le charme de son mentor, en pince surtout pour sa conjointe.Cette dynamique par ticulière ne sera pas sans lendemain ni sans surprises, même si elle leur coûtera leur emploi, et plus tard leur réputation.Le récit s\u2019articule en deux temps importants, dont celui entourant une vindicte autour de la populaire Wonder Woman après sa création en 1941, cette créature incarnant toutes les théories, et sur tout toutes les expériences intimes de ce trio pas comme les autres.L\u2019accumulation d\u2019allusions sexuelles, avec abondance de jeux de rôles et de pratiques sado- masos à peine voi lées, a aler té les gardiens des bonnes mœurs, plaçant Marston sur la sellette, et sur la défensive.Ce procès d\u2019intentions, peu de temps après la Deuxième Guer re mondiale, est entrecoupé des moments char nières entourant les joies, les peines et les fantasmes (souvent matérialisés) de ce trio d\u2019esprits li - bres, audacieux, un brin insouciants.Dans la foulée du retour triomphal de la superhéroïne sur grand écran, cette tranche d\u2019histoire sur sa mise au monde arrive à point nommé, même si l\u2019approche d\u2019Angela Robinson, académique à souhait, contredit le caractère salace de son sujet.Même les scènes à caractère sexuel apparaissent moins audacieuses que les illustrations glanées çà et là dans les premières aventures sur papier \u2014 qu\u2019on se plaira plus tard à brûler comme au temps de l\u2019Inquisition.Les esprits chagrins auront tout de même compris que derrière la flamboyance des comics et des superhéros se cache parfois d\u2019autres histoires, pour adultes consentants.Collaborateur Le Devoir Ménage à trois, façon intello La naissance et les dessous psychologiques de Wonder Woman SONY PICTURES Professor Marston and the Wonder Women présente un célèbre ménage à trois devenu une famille atypique, chose peu courante aux États-Unis dans les années 1930.Cette tranche d\u2019histoire sur la mise au monde de la superhéroïne arrive à point nommé CÉLINE NIESZAWER La mise en scène épouse les atours sans fard du documentaire, avec caméra furtive, à l\u2019af fût, jamais aléatoire.Gratui t dans Le Devoi r du sam edi L\u2019HORAIRE TÉLÉ LE GUIDE DE VOS SOIRÉES "]
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