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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-10-07, Collections de BAnQ.

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[" La boussole musicale des Barr Brothers Page E 3 The Deuce (La 42e) met en scène une ville et ses péchés Page E 5 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Sophie Cadieux, auteure avec Dany Boudreault de La femme la plus dangereuse du Québec, ici en compagnie du metteur en scène Maxime Carbonneau Survenant environ au tiers du film Psycho d\u2019Alfred Hitchcock, le «meurtre de la douche» est passé à la postérité.La séquence, qui fit école, est étudiée sous toutes ses coutures \u2014 et plus \u2014 dans le documentaire 78/52, à l\u2019affiche le 13 octobre.Retour sur une scène clé qui bouleversa en profondeur la manière de concevoir le cinéma.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E est l\u2019histoire d\u2019une jeune femme qui s\u2019enfuit avec une for te somme dérobée à son patron.Il est antipathique, elle est malheureuse, et on est de son côté à elle.Puis, voilà que la pluie et la fatigue obligent la voleuse à passer la nuit dans un motel isolé.Après avoir discuté avec le timide propriétaire, elle gagne sa chambre, puis passe sous la douche, quand soudain\u2026 En réalité, c\u2019est plutôt l\u2019histoire du timide propriétaire de motel et de sa vieille mère homicide.Vraiment ?D\u2019of fice, Hitchcock savait que le meurtre de la douche était la séquence la plus importante de son film.On n\u2019a, pour s\u2019en convaincre, qu\u2019à examiner de quelle manière il s\u2019y prit pour la filmer.Conscient que le sujet scabreux au cœur de Psycho (Psychose) constituait un risque aux yeux des studios, le réalisateur finança le film de manière indépendante, pour 800 000 $ (contre 4,3 millions pour son récent succès North by Nor thwest [La mor t aux trousses]), et en retenant les services de l\u2019équipe de sa populaire émission de télé Hitchcock présente plutôt que ceux de techniciens de cinéma.Des 27 jours de tournage, 7 furent consacrés à cette seule scène.Outre ses motivations économiques, la décision de tourner en noir et blanc découlait de cette certitude que la vision de sang rouge carmin sur le carrelage de la salle de bain choquerait les censeurs.Parce qu\u2019il a été, on pardonnera l\u2019expression, découpé dans ses moindres détails visuels (avec le concours inestimable de l\u2019artiste Saul Bass), le meurtre de la douche suggère beaucoup plus qu\u2019il montre.Et n\u2019en frappe que davantage.Force primale Les deux nombres apparaissant dans le titre du documentaire d\u2019Alexandre O.Philippe font en l\u2019occurrence référence aux 78 positions de caméra utilisées et aux 52 coupes ef fec- tuées pour en arriver à ladite scène qui, lors de la sortie de Psycho en 1960, terrifia le public, ébranla les valeurs du temps et surtout, transforma le cinéma.La préproduction et le tournage se déroulèrent en 1959.Côté mœurs, on était encore loin de la libération qui fleurirait vers la fin des années 1960, de rappeler le critique Owen Gleiberman dans Enter tain- ment Weekly à l\u2019occasion du cinquantenaire de Psycho.«Le film est sorti dans l\u2019atmosphère de conformité sombre et étouffante des années 1950.[\u2026] Le couteau de Norman Bates était la force primale venue déchirer la tiédeur répressive des années 1950, aussi sûrement qu\u2019Elvis.» Tuer la vedette Quant au septième art, Psycho continue d\u2019y avoir une influence considérable.De fait, le film bouscula deux cer ti- tudes jusque-là absolues au cinéma, à savoir que, primo, la vedette est là jusqu\u2019à la fin, et que, deuzio, le personnage du méchant est antipathique.Dans Psycho, la seule vraie star du générique était alors Janet Leigh.Elle incarne Marion Crane, cette voleuse improvisée qui périt sous la lame de Norman Bates, lequel, dérangé, adopte par fois la personnalité (et les vêtements) de sa mère morte et empaillée.Faire mourir sa vedette au bout de 40 minutes, après avoir tout mis en place pour qu\u2019on la tînt pour héroïne, s\u2019avéra l\u2019une des gageures les plus géniales d\u2019Hitchcock.Dès lors, ce tour de passe-passe, tuer un gros nom sans crier gare, devint un procédé narratif à part entière, un élément acquis du langage cinématographique (de Drew Barrymore dans Scream à Luc Picard dans Marécages, entre autres extrêmes).Dans le recueil d\u2019entretiens Hitchcock/Truf faut, ouvrage de référence dont les bandes C A T H E R I N E L A L O N D E Q ue reste-t-il d\u2019une kamikaze qui n\u2019a pas explosé?Que reste-t-il, plus de vingt ans après sa mor t, des textes coups-de-poing de la poète Josée Yvon, porte-parole radicale et avant l\u2019heure des prostituées, des trans, des maganées et de toutes les minorités?Pour tenter une réponse, Maxime Car- bonneau et Dany Boudreault, de La Messe basse, s\u2019attaquent avec Sophie Cadieux à la théâ- tralisation de l\u2019univers extrême d\u2019Yvon, dont ils sont fans, dans La femme la plus dangereuse du Québec.Même décédée, la poète se laissera-t-elle faire?«On a décidé de traiter Josée Yvon comme elle-même traitait ses sujets et écrivait, expliquent en entrevue le metteur en scène Maxime Carbonneau (Siri) et le codramaturge Dany Boudreault (Le déclin de l\u2019empire américain, version théâtrale), l\u2019un finissant dans une complicité amoureuse évidente les phrases et la pensée de l\u2019autre.Elle faisait un genre de scrapbooking, une réutilisation infinie des collages de ses propres textes, des insertions de citations d\u2019autres auteurs, des extraits de journaux jaunes », dont Photo Police ou des magazines pornographiques.«C\u2019était une grande pilleuse, une pirate.Alors, on a décidé de piller son fonds d\u2019archives», ces 24 boîtes de notes et carnets qu\u2019elle a livrés contre 2700$ aux archives nationales, peu de temps avant son décès, à 44 ans, en 1994.«C\u2019est dur, en 2017, de parler de Josée Yvon sans parler de sa vie », indique Boudreault, et «sans parler de l\u2019époque», poursuit Carbonneau, rattrapant le témoin d\u2019une conversation à relais, faite à deux voix et d\u2019une même tête.«Et c\u2019est difficile de parler de la vie de Josée Yvon sans parler de Denis Va- nier», complète le dramaturge.«Ce qu\u2019elle a mis dans le fonds d\u2019archives témoigne aussi des années vécues avec Vanier », renchérit le metteur en scène.Car Josée Yvon reste encore dans l\u2019ombre poétique de l\u2019auteur de Je.Aussi parce qu\u2019elle est venue à la littérature par lui, comme personnage littéraire, par la photo de son sexe figurant dans le recueil Le clitoris de la fée des étoiles.Les noirs amoureux écriront ensuite et penseront ensemble ; mais les Filles-commandos bandées, Chienne de l\u2019hôtel Tropicana et autres Laides otages d\u2019Yvon Josée Yvon, terroriste théâtrale d\u2019outre-tombe Comment mettre en scène l\u2019œuvre et la vie de l\u2019auteure de Filles-commandos bandées?GÉNÉALOGIE D\u2019UN CRIME Le célèbre meurtre de la douche de Psycho est disséqué dans le documentaire 78/52 C\u2019 Plus réussi est le méchant, plus réussi est le film Alfred Hitchcock « » VOIR PAGE E 8 : PSYCHO VOIR PAGE E 4 : YVON Ces photos sont tirées du livre Hitchcock/Truffaut, Édition définitive, Gallimard. O n s\u2019est d\u2019abord pincé pour y croire.La culture, issue du numérique à tout le moins, possède encore une force de frappe.Si, si.Capable de passionner les fiscalistes, économistes et observateurs d\u2019horizons divers, de se poser de travers sur l\u2019échiquier politique Québec/Ottawa, de réveiller les ferveurs nationalistes.On n\u2019y croyait plus.Excusez les trémolos.Ça faisait longtemps\u2026 Presque dix ans qu\u2019aucun dossier de politique culturelle n\u2019avait à ce point secoué les médias, l\u2019espace politique et les citoyens.La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, aura fait au Québec l\u2019unanimité contre elle en ployant les genoux devant les mégaplate- formes américaines.Et l\u2019intérêt pour ce sujet reste chaud.Cancre ou pas, on va finir par démêler l\u2019écheveau complet du système de taxation à Netflix et consorts.Promis ! Pour mémoire, il faut remonter en 2008 sous Stephen Harper et son massacre à la tronçonneuse des programmes PromAR T, Routes commerciales et autres rampes de diffusion, de formation et de soutien aux arts, pour que pareille grogne ne trouve sa source dans le champ culturel.« Les gens ordinaires ne se préoccupent pas du financement des arts », clamait alors le premier ministre conser va- teur, après avoir coupé de 45 millions dans la cagnotte des ar ts.Et d\u2019ajouter que le Canadien moyen n\u2019éprouvait aucune sympathie pour ces riches artistes venus dans les galas se plaindre des montants de leurs subventions.Tout un discours ! Comme si l\u2019ar tiste moyen ne vivait pas pauvre, comme si la culture n\u2019était pas la chlorophylle qui fait croître les peuples\u2026 On revoit d\u2019ici le milieu québécois des arts monter au créneau : manifestations, hauts cris, spectacles pour la cause, pétitions, vidéos, débats télévisés.L\u2019art se frayait un chemin jusqu\u2019aux débats des chefs, en campagne électorale.Houle et tangage ! La sensibilité culturelle de l\u2019ancien premier ministre conservateur possédait la minceur d\u2019une feuille de papier, soit, mais il flairait au pif le désintérêt citoyen pour les arts, sous un vent populiste en montée.Car par la suite, tomba le silence sur le royaume des arts, désormais cantonné dans sa petite sphère sans rayons.Les voix inquiètes du milieu se sont senties du coup bien seules à lancer, dans le sillage de Léo Ferré : « La poésie fout le camp, Villon !» Stephen Harper avait un peu raison, finalement, a-t-on songé, dépité : le Canadien moyen s\u2019en fout des ar ts, le Québécois, à peine moins.Éprouvé sous le règne tory, le milieu culturel eut tendance à laisser un temps la chance au coureur libéral.Hélas ! Que de mots creux sous les bonnes intentions de l\u2019équipe Trudeau.Et la société qui changeait de concert\u2026 Le tout-au-numérique Or donc, voici un nouveau combat collectif né dans notre cour.Mais c\u2019est bien pour dire, après l\u2019euphorie des levers de boucliers, se faufile un doute\u2026 Et si les arts et ses enjeux fondamentaux de la langue et du contenu occupaient peu de place dans le combat culturel de l\u2019heure ?Tant mieux, remarquez, si la ministre du Patrimoine l\u2019a reçue entre les dents, sa langue de bois, en tentant de nous vendre sa salade.D\u2019autant plus que les francophones ne gagneront guère aux investissements dans la production canadienne de Netflix, qui dicte les règles du jeu.Ce sera le Speak White avant tout.À preuve, les anglophones du ROC protestent moins fort qu\u2019ici\u2026 Bravo donc au Québec pour ses poings sur la table ! Oui, mais, un instant ! Par-delà ces questions fiscales en avant-plan, où sont les enjeux culturels de fond dans cette politique du tout- au-numérique ?Évacués, les contenus, les invitations à plonger dans les livres, à dé- cr ypter des por tées musicales, à poser ses yeux sur des tableaux, à déchif frer un patrimoine en dérive.Tous ces écrans au miroir.Et si\u2026 \u2014 on s\u2019en effraie \u2014 la culture n\u2019intéressait au- jourd\u2019hui analystes et citoyens qu\u2019à travers le prisme des séries télé et des évasions fiscales possibles ou impossibles\u2026 Netflix et ses avatars auraient alors gagné la partie, davantage qu\u2019en taxes non prélevées : en colonisant tout le champ d\u2019intérêt culturel ici comme ailleurs.À force de s\u2019exciter avec ces histoires de supports numériques, s\u2019ef face à nos yeux le but essentiel des politiques culturelles : susciter un amour pour la culture en ces temps de perte de sens\u2026 Tout ce qui brille Retour aux cafouillages de Mélanie Joly dans le dossier Netflix et autres plateformes américaines, mal mises au pas.Grande aubaine pour son vis-à-vis québécois à la Culture ! Luc Fortin se sera positionné du « bon bord », juste avant les prises de position fédérales.Avec son intention (louable) d\u2019imposer la TVQ à Netflix et autres redevances des géants du Web à réinjecter dans l\u2019industrie, il s\u2019est transformé du coup en champion patriote.Lui-même au point d\u2019accoucher d\u2019une politique culturelle 25 ans après celle de Liza Fr ulla, après des mois de consultations à travers le Québec ; le milieu culturel attendait sans grand enthousiasme les modalités de sa livraison.Son capital de sympathie vient de monter en flèche, même chez les Québécois qui n\u2019auraient su auparavant dire son nom.Un peu comme Mélanie Joly, il connaissait peu au départ, semble-t-il, avant son entrée en fonction, les résonances profondes des dossiers en jeu, les urgences à renouer avec des contenus culturels et linguistiques en perdition.Faut dire que \u2014 tous ordres de gouvernements confondus \u2014 nos dirigeants se soucient rarement de choisir un ministre doté d\u2019une culture générale en lui en confiant son portefeuille.Ce qui en dit long sur l\u2019intérêt pour la chose en haut lieu et qui menace les titulaires du titre d\u2019égarer l\u2019essentiel au profit de ce qui brille au firmament virtuel.Quel que soit le contenu de cette future politique culturelle québécoise, reste aux analystes qui se pencheront dessus à émerger tôt ou tard du traitement réservé aux pla- teformes numériques pour voir l\u2019état des enjeux de fond, appelés à définir leur société pour la suite du monde.CULTURE> POLITIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 E 2 DENISE-PELLETIER.QC.CA BILLETTERIE 514 253-8974 17-18 THÉÂTRE DENISE-PELLETIER les bâtisseurs d\u2019empire ou le sChmürz Un Vian à l\u2019humour qui pince, délire et inquiète.À chacun son Schmürz ! DE BORIS VIAN MISE EN SCÈNE MICHEL-MAXIME LEGAULT AVEC OLIVIER AUBIN, JOSÉE DESCHÊNES, MARIE-PIER LABRECQUE, GABRIEL SABOURIN, SASHA SAMAR ET MARIE-ÈVE TRUDEL 2017 27 21 SEPTEMBRE OCTOBRE USINE-C.COM 514-521-4493 ANGELA KONRAD ÉRIC BERNIER Éric Bernier / Photo: LePigeon 10 21 OCTOBRE L A S T N I G H T I D R E A M T T H A T S O M E B O D Y L O V E D M E PARTENAIRE PRINCIPAL AVEC MARILYN DAOUST LUC BOUCHARD BOISSONNEAULT SÉBASTIEN PROVENCHER NICOLAS PATRY EMMANUEL PROULX L\u2019arbre Netflix qui cache la forêt ODILE TREMBLAY PEDRO RUIZ LE DEVOIR La colère du milieu culturel, manifestée bruyamment ce printemps, n\u2019a été que décuplée par la récente politique culturelle de Mme Joly. CULTURE> MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 E 3 P H I L I P P E R E N A U D Q ueen of the Breakers, troisième album des Barr Brothers, n\u2019est pas un disque nostalgique, insiste Brad Barr avec cette manière douce et réfléchie qu\u2019il a d\u2019insister \u2014 il argumente comme il chante, Brad.Avec délicatesse.« Les souvenirs des albums qui ont marqué notre adolescence, à Andrew et moi, m\u2019ont servi d\u2019outils pour écrire les chansons.Je me sentais un peu coincé dans ma situation de nouveau papa : comment retrouver l\u2019intérêt de composer à nouveau » avec un bébé dans les bras ?La solution : en se replongeant dans les chansons qui ont fait ce qu\u2019ils sont, Brad, Andrew, Sarah Pagé, les Barr Brothers.Queens of the Breakers, c\u2019est la boussole musicale du trio, qui pointe dans la direction à prendre.« Une des meilleures manières de me réconcilier avec mon métier fut de revenir en arrière pour apprécier à nouveau la musique de ma jeunesse, poursuit Brad.C\u2019était comme reprendre un chemin pour m\u2019intéresser à nouveau à ce que j\u2019avais à dire en chanson.[\u2026] Reconnaître ce qui nous a formés, musicalement, comprendre, chanter à propos de nos influences.Et en même temps reconnaître comment les collègues musiciens t\u2019influencent aussi.» Les albums marquants des frères Barr, tous deux pères de jeunes enfants ?Chose certaine, Sticky Fingers des Rolling Stones, ça s\u2019entend dans les moments plus rock de Queens of the Breakers.« J\u2019aime bien la référence avec Sticky Fingers, reconnaît Brad.Ça, puis le troisième album de Led Zeppelin.Et Wish You Were Here de Pink Floyd.Ce sont des influences pour moi, pour tout le groupe aussi, même de manière subconsciente.Parce que ce sont des albums qui vont dans toutes sor tes de directions musicales », à l\u2019image de ce troisième album.«L\u2019autre jour, enchaîne Andrew, j\u2019écoutais On the Beach [1974] de Neil Young, et ça m\u2019a titillé : peut-être qu\u2019on s\u2019en va justement trop dans toutes sortes de directions?Un disque comme ça, tu l\u2019écoutes et on croirait entendre une seule chanson, quelque chose qui coule, une unité dans le ton.Or, la vérité, c\u2019est que pas mal de disques avec lesquels on a grandi, comme le Led Zeppelin III, modulent beaucoup \u2014 ça passe de la ballade la plus douce au rock qui martèle.Et pour moi, ça a toujours eu du sens.» Direction rock Sur le précédent album, Sleeping Operator (2014), avec lequel les Barr Brothers ont tourné pendant plus de deux ans sans arrêt, « on prenait des virages stylistiques assez serrés, estime Brad.Ici, on y est allé plus impulsivement dans la direction du rock avec lequel on a grandi.Ça sonne parfois plus fort, plus incarné, peut-être même que ça tranche avec le côté calme auquel on nous associe généralement?» Queens of the Breakers s\u2019ouvre sur Defibrillation et Look Before it Changes, deux chansons folk aux motifs rythmiques sophistiqués que n\u2019aurait pas renié Sufjan Stevens, tiens.Puis arrive la superbe Song That I Heard, qui s\u2019écoute comme un hommage à Simon & Garfunkel.Une chanson que le groupe joue en concert depuis quelques années déjà.«Je suis fier de celle-là, abonde Brad.Les harmonies vocales, le texte, elle paraîtrait bien à côté des chansons de Paul Simon.» Ça saute aux oreilles, il y a du Tom Petty aussi sur ce disque, dans la chanson titre, notamment.L\u2019évocation du regretté rockeur américain fait soupirer les frères.Andrew: « Je te jure, son influence est partout dans notre musique.Sur la chanson Hideous Glorius, on fait référence à lui.» Brad enchaîne : « Si t\u2019avais vu nos démos, on avait nommé les fichiers : \u201cPetty\u201d, \u201cPetty 2\u201d, \u201cPetty 2 avec le couplet\u201d\u2026 C\u2019est sa manière si naturelle de trouver quelque chose qui fait du bien à jouer, comme plaquer un accord à la guitare, tout simplement.Ce serait un euphémisme de dire que nous sommes tristes.J\u2019espérais encore avoir la chance un jour de lui serrer la main.» La surprise de l\u2019album survient en plein cœur et porte le titre Kompromat.Une chanson pla- nante à laquelle collabore le Burkinabé Mama- dou Koita, qui joue du n\u2019goni, cette sorte de luth typique des musiques d\u2019Afrique de l\u2019Ouest.Ça lui donne un petit côté blues malien, et nous aurions pu nous attendre à reconnaître davantage de cette influence sur l\u2019album puisque le groupe a invité des musiciens africains à monter un concert avec eux l\u2019été dernier.« Le spectacle au Festival d\u2019été de Québec en juillet dernier est le meilleur que les Barr Brothers ont donné à ce jour » grâce à la collaboration avec Koita et avec le joueur de kora sénégalais Sadio Sissoko.«Des musiciens de ce calibre, pas besoin de répéter longtemps\u2026 Tu leur donnes la tonalité de la chanson, et ça décolle tout seul.Au moment de monter ce concert, notre album était déjà terminé ; c\u2019est sûr qu\u2019on va explorer ces musiques d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, et aussi du Maroc, sur notre prochain album.» L\u2019Afrique dénominateur commun Comme Tom Petty et le troisième de Led Zep, la musique de ces régions africaines fait partie du code génétique du groupe.Le premier professeur de musique d\u2019Andrew était Malien, abonde le batteur : «Quand nous étions jeunes au Rhode Island, un groupe de Maliens était venu s\u2019installer à Providence.Notre père est dentiste, et il avait échangé des soins contre des leçons de batterie.Puis, à 19 ans, j\u2019ai accompagné mon prof au Mali pour suivre encore plus de leçons.Cette musique nous accompagne depuis longtemps.» Soit dit en passant, c\u2019est aussi l\u2019amour de cette musique qui a soudé le trio, complété par la harpiste Sarah Pagé.«Les musiques d\u2019Afrique sont en quelque sorte notre dénominateur commun, elles nous permettent de créer en improvisant, explique Brad.Sarah aussi aime ça \u2014 elle prend même des leçons de kora !» « Sur ce nouvel album, Sarah a développé un son plus expansif, insiste Brad.Lorsqu\u2019on est arrivés au studio, quelque part dans la forêt, avec un lac devant, Sarah a d\u2019abord branché sa harpe dans un ampli Leslie, avec plein de pédales d\u2019ef fet, et elle a joué avec le son pendant une heure.Auparavant, on n\u2019entendait que de petites notes de sa harpe dans nos chansons ; aujourd\u2019hui, le son est énorme, enveloppant, comme un bourdon qui fait : wwooonnn\u2026 Les gens ne reconnaîtront même plus que c\u2019est de la harpe sur certaines chansons.Sarah a changé le son du groupe, donné une forme à l\u2019album.Musicalement, ça nous a ouverts à de nouvelles possibilités.» D\u2019ici au concert que le trio donnera au Mte- lus le 24 novembre prochain, The Barr Brothers assurera la première partie des concerts européens du groupe The War on Drugs cet automne.Collaborateur Le Devoir QUEENS OF THE BREAKERS The Barr Brothers Secret City Records Sortie le 13 octobre La boussole musicale des Barr Brothers Avec Queens of the Breakers, le trio plonge dans ses racines S E R G E T R U F F A U T Ça y est, c\u2019est fait.L\u2019Off Festival de jazz vient d\u2019avoir 18 ans, l\u2019âge de la majorité, qui est aussi le moment des engagements divers.Pour l\u2019heure, une chose est certaine: l\u2019engagement arrêté par les animateurs de cet événement se conjugue avec ténacité, constance.Faire ce qu\u2019ils font avec un budget à ranger au rayon du trois fois rien revient à jongler avec la baisse tendancielle du taux de profit.De-que-cé?Passons.Bien, pour la 18e édition de l\u2019Off, les principaux acteurs de ce dernier, dont Jean-Jules Pilote, cheville ouvrière de cette fête musicale depuis ses débuts, ont fait la part belle, même très belle, aux musiciens d\u2019ici comme des environs.Ces derniers vont se répandre dans neuf salles dif férentes d\u2019ici le 14 octobre prochain.Oui, on sait, géographiquement, leur infrastructure est si complexe qu\u2019elle présente tous les signes de la géologie, celle des plaques tectoniques.Mais bon\u2026 Les lieux principaux ?Le Gesù, le Upstairs, le Dièse onze, le Lion d\u2019Or et le Café Résonance.Cela tant et non cela dit, de la programmation confectionnée, on a retenu tout d\u2019abord la présence du formidable, il n\u2019y a pas d\u2019autre mot, quartet que dirige le pianiste François Bourassa.Le 11 octobre, ce dernier ainsi que le saxophoniste et flûtiste André Leroux, le contrebassiste Guy Boisvert et le batteur Greg Ritchie occuperont la scène du Lion d\u2019Or.Mieux, à cette occasion, Bourassa lancera un nouvel album.Le 7 octobre, donc ce soir, le saxophoniste, flûtiste et compositeur aussi convaincant qu\u2019original Pierre Labbé déclinera les morceaux de son album Tromper Eustache à la tête du sextet qu\u2019il a formé.Soit Frank Lozano au ténor et à la clarinette basse, Bourassa au piano, Bernard Falaise à la guitare, Normand Guilbeault à la contrebasse et Pierre Tanguay à la batterie.Où?Au Dièse onze.Le 8 octobre, au Café Résonance, le trio de l\u2019humour baptisé les Malcommodes se produira à trois reprises dans la soirée.Les Malcommodes en question s\u2019appellent Félix Stüssi au piano, Daniel Lessard à la contrebasse et l\u2019impérial Pierre Tanguay à la batterie.L\u2019entrée est gratuite, mais n\u2019empêche évidemment pas les contributions volontaires histoire de retourner comme une crêpe les conséquences inhérentes à la baisse tendancielle du « machin-chose ».Le 12 octobre à la Salla Rossa, le très étonnant Quartetski va détailler, déconstruire et reconstruire les œuvres du génial Béla Bartók, ce que ses membres ont déjà réalisé au bénéfice de l\u2019étiquette Ambiances magnétiques, sous le titre Quartetski Does Bartok.Les musiciens ?Pierre-Yves Martel à la basse et au synthétiseur, Isaiah Ceccarelli à la batterie, Bernard Falaise à la guitare, Philippe Lauzier à la clarinette basse et au saxophone soprano, Martin Tétreault aux platines et Guido Del Fabbro au violon.Enfin, le 13 octobre, à ne pas rater la prestation d\u2019un groupe qui, sur papier, est à ranger dans la catégorie des cadors, car il réunit les saxophonistes André Leroux et Al McLean, le contrebassiste Normand Guilbeault et le batteur Jim Doxas.C\u2019est bien simple, ce quartet est le plus jazz, comme dans Dexter Gordon, de tout le festival.Pour avoir une idée plus précise du reste de la programmation, on vous invite à aller sur le site de l\u2019Off.Collaborateur Le Devoir L\u2019Off Festival de jazz atteint la majorité La 18e édition de l\u2019événement fait la part belle aux musiciens d\u2019ici comme des environs PEDRO RUIZ LE DEVOIR C\u2019est notamment l\u2019amour des musiques d\u2019Afrique qui a soudé les frères Barr (notre photo) et la harpiste Sarah Pagé.MATHIEU RIVARD Le 11 octobre, le quartet mené par François Bourassa (à l\u2019avant-plan) occupera la scène du Lion d\u2019Or. connaissent, à cause de leur forme hybride, du côté alter- mondialiste, du communautaire et du pas politiquement correct qui les traversent, un sursaut d\u2019intérêt actuellement.« Le show ne sera pas fidèle, mentionne Dany Boudreault.Ce n\u2019est pas un biopic, ni un récital.On n\u2019est pas dans l\u2019incarnation du personnage de Josée Yvon, même si parfois on en esquisse une, à peine.» Trois personnages hantent ce récit fragmenté, trois sortes de lecteurs de Josée Yvon.Celle qui l\u2019a trop bien lue, jusqu\u2019à la connaître presque par cœur (Ève Pressault), qui pose un regard contemporain sur les textes.Celle qui a vécu à la même époque, qui a entendu les rumeurs, qui connaît le mythe de cette fée mal tournée gavée de médicaments et d\u2019héroïne, décédée des suites du sida, peut-être elle-même prostituée.Et celui qui envers et contre tous préfère et préférera Denis Vanier (Philippe Cousineau).« On change souvent de niveau, un peu comme l\u2019écriture d\u2019Yvon le fait, poursuivent les deux créateurs.Il y a des dialogues suivis d\u2019un chunk poétique, après un monologue qui fait un peu Michel Tremblay.On valse entre le narratif, le lyrique, le poétique.C\u2019est un voyage dans son écriture, pas chronologique, vers un certain aveuglement, qui aboutit à Ma- non la nuit », dernier texte, écrit alors qu\u2019Yvon perdait graduellement la vue.Jouer aux poètes trash Les deux hommes de théâtre ont été frappés par l\u2019importance de la représentation dans le couple Yvon-Vanier.Par exemple ?Dans le film Vanier présente son show de monstres, le réalisateur Charles Binamé capte une bataille dans une ruelle.«Ils ont engagé un cascadeur ! Et c\u2019est \u201cfucké\u201d quand même qu\u2019elle soit allée porter ses archives juste avant de mourir, indique Boudreault.Elle a décidé d\u2019y laisser tel rapport médical, telle liste qu\u2019on réutilise.Elle s\u2019est mise en scène dans ces boîtes-là.» Un peu comme si elle leur avait prémâché le boulot.Et de rappeler le rapport au théâtre de celle qu\u2019on surnommait la « fée des étoiles » parce qu\u2019elle avait été éclairagiste au Grand Cirque ordinaire ; elle avait amorcé une thèse sur Bertolt Brecht, jamais terminée ; gagné un prix avec la pièce L\u2019invention ; présenté Ailleurs d\u2019ailleurs à la Nouvelle Compagnie théâtrale, que le comité avait refusé.Dans ses archives, se trouvent des listes et des listes et des listes.« Dans toutes ses \u201ccriss\u201d de listes, on trouve toujours \u201cPour la femme la plus dangereuse du Québec\u201d.C\u2019est qui?Et ce serait qui, en 2017, la femme la plus dangereuse du Québec ?Ça s\u2019peut-tu ?» s\u2019enflamme Dany Boudreault.« Il faut déjà voir c\u2019est quoi le danger aujourd\u2019hui, et c\u2019est quoi le terrorisme en 2017 \u2014 un mot qui revient beaucoup dans l\u2019œuvre de Yvon, mais auquel l\u2019actualité internationale a insufflé une autre dimension qu\u2019en 1980.» Structuralistes ou putains?Aux textes d\u2019Yvon et aux quelques vers de Vanier qui font la partition, Boudreault a ajouté un « Josée Yvon nous haït » de son cru.« Elle nous haïrait de faire un show sur elle.Ou elle nous trouverait smattes.Ou peut-être qu\u2019elle aurait insisté pour qu\u2019on fasse un show trans à partir de Traves- ties-kamikazes, ou un show black autour de Laides otages ou d\u2019androgynes noires.Comment, comme créateurs, on se positionne avec notre sentiment d\u2019imposture?On le dit.On s\u2019inspire, et on profane.Elle disait : \u201cJe n\u2019écris pas pour les universitaires, les détectives structuralistes, j\u2019écris pour les putains de la Main\u201d, et c\u2019est paradoxal, car aujourd\u2019hui on va parler d\u2019elle dans Le Devoir, et ce sont les milieux universitaires qui s\u2019intéressent à elle, les gender studies.Je pense que de les faire au théâtre, ses mots vont se rendre au monde.» Même si les putains de la Main et les maganées ne sont habituellement pas les premiers à emplir les gradins ?«Elle ne venait pas de ce milieu- là elle non plus.Elle y a plongé, mais l\u2019a vampirisé, aussi.» Et ils concluent, encore d\u2019un souf fle à deux modulations.Carbonneau : « Il y a un cuir épais à fendre pour accéder au sensible de Josée Yvon.Ce qui me touche vraiment dans son écriture, et dans la femme, c\u2019est cette capacité d\u2019amour infini, ce désir qu\u2019elle injecte partout.Elle se cherche des jumeaux lesbiens, des frères, des sœurs.» Bou- dreault : «Elle veut la communauté, mais sans jamais y appartenir.» Carbonneau : « Elle cherche la fusion en même temps que la destruction.C\u2019est comme si elle avait une grenade dans une main et te tendait l\u2019autre pour t\u2019embrasser.» Boudreault : «C\u2019est un maudit piège de tendresse.» Carbonneau : « Je la trouve super inspirante pour le travail avec les acteurs, cette tension entre destruction et désir et amour.» Boudreault : «C\u2019est un bras de fer amoureux.Un maudit piège de tendresse», répète-t- il en concluant.Le Devoir LA FEMME LA PLUS DANGEREUSE DU QUÉBEC Inspiré de l\u2019œuvre et de la vie de Josée Yvon, dramaturgie de Dany Boudreault et Sophie Cadieux, mise en scène de Maxime Carbonneau, avec Nathalie Claude, Philippe Cousineau et Ève Pressault.À la salle Fred- Barry du théâtre Denise-Pelle- tier, du 10 au 28 octobre CULTURE> SCÈNES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 E 4 GRANDE PREMIÈRE À L\u2019AGORA DE LA DANSE ! SUITE DE LA PAGE E 1 YVON C A T H E R I N E L A L O N D E P eter James ?Peut- être que vous ne connaissez ni le nom ni la gueule caractéristique et caractérielle restée underground pendant ses 40 ans de carrière.Spécialiste « du vide, du rien et du néant » sur scène, faiseur de performances post- modernes, il est aussi, ces derniers temps, dramaturge, collaborateur ou « œil extérieur » pour les chorégraphes les plus intrigants de la relève \u2014 Dana Michel, Manuel Roque, Nicolas Cantin, et Daina Ashbee viendra s\u2019ajouter bientôt.Il reprend la scène en solo la semaine prochaine, dans le cadre du festival Phenomena.À ses risques et périls.Et aux nôtres.« Ce ne sera pas un show.J\u2019ai fait zéro répétition.Ça va être de l\u2019impro totale, 30 ou 40 minutes.J\u2019ai des tonnes de notes à la maison, d\u2019accessoires, je suis chargé à fond, au bord de devenir fou.Je ne me suis jamais fait vivre une peur comme ça ; c\u2019est extrême ; j\u2019ai vraiment hâte.» Car pour fêter ses 60 ans, qui ont sonné le 25 septembre dernier, ce vieux primate qui a déjà fait les pires grimaces se paie ce saut dans le vide.Issu de l\u2019école de mime Omnibus, rattrapé presque tout de suite par le milieu de la danse (Brouhaha), nourri de théâtre (« en danse et en théâtre, c\u2019est la gang des plus expérimenteux qui me prennent.Les plus rebelles.Ceux qui cherchent à faire des trucs qui ne sont pas dans la norme », précise-t-il), conseiller à l\u2019École nationale de cirque, Peter James est une figure à part, unique, en arts vivants au Québec.Le vide, le rien, le néant Il s\u2019intéresse à la présence et à l\u2019état de corps et d\u2019émotion \u2014 la gestuelle peut complètement disparaître \u2014, à toutes les relations, même sombres ou pleines de malaises, avec le public, les partenaires de jeu, les accessoires.« Je pense que la présence est une matière ; les états sont de la matière.Pour moi, ça peut devenir des sculptures, sauf que c\u2019est invisible.Je fais le pari de le rendre palpable, transmissible.» Et ce sont beaucoup les artistes visuels qui l\u2019inspirent : Bruce Nauman, Paul McCarthy, Louise Bourgeois.«Le vide, le rien et le néant, ce sont toujours mes trois principaux axes», nomme-t-il, tentant d\u2019expliquer l\u2019inexplicable qui est devenu son métier, « mais aussi le trop ; l\u2019hyperexpressio- nisme, que j\u2019appelle, quand j\u2019explose en hurlant, avec toute cette colère et cette violence qui me vient de mon backgroung, cette rage colère d\u2019Irlandais.Quand tu fais ça sur scène, ça génère de l\u2019énergie, ça revole sur les spectateurs.Et ensuite tu peux redescendre et faire des trucs micro, minimalistes ou plus délirants.» Il nomme aussi « l\u2019étrange » parmi ses données de travail.«Je suis comme un poisson dans l\u2019eau avec l\u2019étrangeté d\u2019être.L\u2019enfance aussi n\u2019est jamais loin; la mort, tout le temps ; et quelque chose à propos de l\u2019amour, du manque d\u2019amour, se retrouve là tout le temps.» Ze Psychotik Happening Project (2009), Parade d\u2019états (2012), The Red Mark ou Comme dans un zoo (2010) sont de ses créations antérieures.Il parle aussi de son admiration pour Artaud, Grotowsky, les performeurs extrémistes qui jouaient à la roulette russe ou se lançait la tête contre les murs jusqu\u2019à saigner, sans estimer avoir besoin d\u2019aller jusque-là.« Eux l\u2019ont déjà fait.Et je ne veux pas virer fou non plus.» Il nomme Lynch, Tar- kovsky, Cronenberg, leurs approches de la psyché.Ici, il est porté par les traces qu\u2019ont laissées Claude Gauvreau, Robert Gravel et Jean-Pierre Ronfard.L\u2019art sauvage C\u2019est toute une vision que ce punk qui n\u2019en est pas revenu prône et por te, contaminant chaque année des étudiants.Trois de ses émules termineront la soirée, offrant une performance d\u2019une quinzaine de minutes chacun.«L\u2019art a cette responsabilité de ne pas avoir peur, de proposer des choses qui vont vraiment déranger, qui vont être pas belles, brutes.Si j\u2019étais en arts visuels, je serais en art brut.L\u2019art n\u2019essaie pas de plaire, il vit pour lui-même ; c\u2019est un diamant brut, pas raffiné.Alors que la culture doit plaire ; il faut y faire des concessions.C\u2019est correct, mais moi, c\u2019est le sauvage qui m\u2019intéresse.Oui, tiens, de « l\u2019art sauvage », j\u2019aime ça.C\u2019est un beau mot.Je fais de l\u2019art sauvage.» Alors, à quoi s\u2019attendre, comme spectateur, devant ce Chant du singe ?Même ses collaborateurs à la musique (Francis Rossignol) et aux éclairages (Karine Gauthier) ne le savent pas, et devront improviser.« À Montréal, je trouve qu\u2019il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019ar tistes qui prennent beaucoup de risques.Les ar tistes montréalais sont très gentils, propres, ils emballent beaucoup leurs affaires \u2014 beaucoup trop, selon moi.Prendre un risque artistique, c\u2019est arriver avec un produit pas nécessairement fini.Laisser la proposition encore à moitié brute, pour que le public puisse voir les manques, les carences, les vides, et participer à la construction.Arrêter de gommer, avec beaucoup de belles lumières, de beaux décors, de beaux costumes, et laisser de la place au spectateur pour imaginer\u2026» Un saut dans le vide, donc, pour les spectateurs aussi, dans l\u2019inconnu, dans la folie, les cauchemars et les beaux délires de Peter James\u2026 Le Devoir LE CHANT DU SINGE \u2013 HAPPENING POSTPOSTPOST De et avec Peter James, incluant des performances d\u2019Émile Pineault, de Lara Oundjian et de Thomas Saulgrain.Dans le cadre de Phenomena, à la Chapelle scènes contemporaines, du 10 au 13 octobre.PHENOMENA Quatre jours d\u2019impro totale pour Peter James Le chant du cygne du vieux singe à qui on n\u2019apprend pas à faire des grimaces ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «Je ne me suis jamais fait vivre une peur comme ça ; c\u2019est extrême ; j\u2019ai vraiment hâte», af firme Peter James. CULTURE> ÉCRANS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 E 5 psychédélique marilou JACQUES GIRARD BRUNO MARCIL ALICE MOREAULT ISABELLE VINCENT PIERRE-MICHEL TREMBLAY PHILIPPE LAMBERT THEATRELALICORNE.COM 514 523-2246 MARIE-HÉLÈNE DUFORT LE FUTUR GENEVIÈVE LIZOTTE ELEN EWING ANDRÉ RIOUX CLAIRE RENAUD « Psychédélique Marilou l\u2019auteur a le secret, un portrait de société aussi sensible que satirique.» \u2014 Christian Saint-Pierre, Revue Jeu Intelligent, drôle et extrêmement bien joué « ingrédients nécessaires pour une soirée parfaite.\u2014 Sylvain Ménard, Métro Une jolie satire sur fond de LSD de la société capitaliste actuelle « et des baby-boomers.est l\u2019une de ces irrésistibles comédies dont : voilà tous les » oir » \u2014 Marie Pâris, V ON VOUS GARDE UNE PLACE ! MATHIEU LIPPÉ LES AMANTS DE L\u2019AUBE 11 octobre DANS L\u2019UNIVERS DE MARCEL PAGNOL DU THÉÂTRE AU CINÉMA 26 octobre LAETITIA ISAMBERT L\u2019ANAMOUR: LAETITIA CHANTE HARDY 13 et 14 octobre ENSEMBLE ROMULO LARREA TANGO: LA PASSION D\u2019UNE VIE 27 octobre LES VIOLONS DU ROY ET MARIE-THÉRÈSE FORTIN HOMMAGE À BARBARA 19 octobre PAULE-ANDRÉE CASSIDY LIBRES ÉCHANGES, NOUVEAUX ACCORDS 28 octobre SAISON 2017-2018 BILLETS ET INFOS theatreoutremont.ca 514 495-9944, poste 1 ET PLUS ENCORE ! S T É P H A N E B A I L L A R G E O N U ne des premières scènes de la nouvelle série télé américaine The Deuce (La 42e) qui commence à Super Écran ce week-end, est située dans un bar malfamé de Manhattan au milieu des années 1970.Le barman Vince Mar tino (un des deux jumeaux joués par James Franco) ser t Abigail (« Abby ») Parker, jeune étudiante en littérature.Elle prend un verre avec le policier qui l\u2019a arrêtée un peu avant alors qu\u2019elle cherchait à acheter de la drogue.Ce soir-là, Martino relance son bar avec de l\u2019argent sale de la mafia.Ses nouvelles serveuses portent un justaucorps sexy.« Vous êtes vous déjà demandé ce que ça fait de subir de l\u2019objectification ?» lui demande la jeune intello qui n\u2019abuse pas de son droit à la laideur.Vincent réplique : «Ob- jectificaquoi » ?Et elle d\u2019expliquer que cette pratique consiste à « traiter une personne comme une chose».Et lui de préciser qu\u2019il ne voudrait surtout pas la faire se sentir comme «une chose».À l\u2019épisode suivant, l\u2019aventureuse jeune femme abandonne ses études, laisse tomber une «jobine», se fait dérober par un amant d\u2019un soir le petit magot donné par sa mère et embaucher par Vincent.Elle enfile le léotard.Les clients passent des commentaires sexistes.Après la fermeture du bar, Abby dit à Vincent, qui flirte avec elle, que c\u2019est elle qui «contrôle la situation» et ils baisent sur la table de billard.Le blogue culturel Refinery29 se demandait cette semaine si elle n\u2019avait pas ainsi succombé à l\u2019objectification.C\u2019est bien possible.En même temps, cette série en est à la moitié de sa première saison en version originale sur HBO et cer tains personnages de femmes, y compris celui d\u2019Abigail Parker, incarnent aussi la capacité de cer taines personnes à assumer des choix, même en se laissant « traiter comme une chose».Chose cer taine, le cour t échange sur la réification concentre au pur sucre l\u2019esprit de cette forte, très forte création.Les questions fondamentales sur l\u2019existence se bousculent et c\u2019est déjà tout un mérite de les poser en fiction télé.Où commence l\u2019oppression sociale ?Où s\u2019arrête la liberté individuelle ?Et pourquoi les femmes finissent-elles toujours par payer pour les vices, la cupidité et la méchanceté des hommes?Un chef-d\u2019œuvre Il faut dire que La 42e arrive avec un pedigree digne de l\u2019aristocratie de cette industrie du diver tissement.La série télé est conçue et écrite par David Simon et George Pele- canos, duo derrière la monumentale production The Wire (2002-2008, HBO), souvent décrite comme une des meilleures des deux dernières décennies avec Breaking Bad, The Sopranos ou Six Feet Under.Mettons qu\u2019on est loin de Mémoire vive\u2026 Cette première collaboration proposait un portrait social global à partir de la ville de Baltimore.La mise sur écoute des trafiquants de drogue servait à observer la crise de la société américaine contemporaine dont les grandes institutions (la politique, l\u2019éducation, la police, les médias\u2026) vacillent et perdent pied, une à une.David Simon expliquait récemment dans une entrevue que dans The Wire, le sujet principal du portrait de Baltimore traitait en filigrane des relations in- terraciales dans l\u2019Amérique contemporaine.De même, cette fois, The Deuce propose un panorama de New York avec en sujet connexe les rapports hommes- femmes.Le titre de la série vient du surnom de la 42e Rue, tout près de Time Square, entre la 7e et la 8e Avenue.Il faut un âge assez avancé pour se rappeler le temps où ce coin de Manhattan croulait sous le crime, les poubelles et la prostitution.Il faut d\u2019ailleurs saluer la qualité de la reconstruction historique : la série ne respecte pas seulement les moindres détails de cette époque esthétiquement délirante (les voitures, les costumes de pimps, les coiffures), au total, comme le souhaitaient ses créateurs, elle semble elle-même avoir été filmée dans ces années, un peu comme si quelqu\u2019un l\u2019avait retrouvée enfouie quelque part, avec son af fiche, à côté des films Taxi Driver et The French Connection.Trump, y es-tu?Le microcosme interlope de la Grosse Pomme, cette humanité maganée, fournissent tous les personnages ou presque.Les scénaristes ont expliqué avoir choisi ce monde marginal pour camper leur nouveau récit captivant après avoir rencontré un ancien proxénète qui leur a transmis mille et une anecdotes.La série se concentre en fait sur la naissance et le développement de l\u2019industrie de la pornographie alors que la métropole s\u2019englue dans la crise et la déchéance.Le récit oscille autour des deux frères Mar tino, mais aussi autour d\u2019Eileen Merrell, interprétée avec un aplomb déconcertant par Maggie Gyllenhaal.Surnommée « Candy », elle est une des seules prostituées à ne pas travailler pour un proxénète.Elle s\u2019intéresse aux tour nages de films cochons et on comprend qu\u2019elle va se lancer dans ce nouveau « marché ».C\u2019est le mot juste.Avec cette création de divertissement critique, David Simon poursuit sa grande autopsie de la société contemporaine de son point de vue radical (et non pas simplement libéral à l\u2019américaine) assumé.Il a expliqué au Guardian que pour lui, la 42e Rue concentre « comme un ready- made» une critique du capitalisme «et de ce qui arrive quand la force ouvrière ne s\u2019organise pas collectivement».Un peu de Marx avec ça?Le choix de la porno comme «objet social total» s\u2019avère tout aussi réfléchi.Dans ce cas, le créateur a expliqué qu\u2019il voulait non seulement rappeler les balbutiements d\u2019une industrie maintenant multimilliardaire qui accapare une part gigantesque du Web, mais aussi « la manière dont les hommes et les femmes se regardent mutuellement, se répondent culturelle- ment et sexuellement».La démonstration débouche finalement sur une critique assumée du sexisme et de la guerre faite aux femmes encore et toujours.« Je ne crois pas que vous puissiez regarder la misogynie évidente dans le récent cycle électoral, ce qu\u2019endure n\u2019impor te quelle femme commentatrice ou essayiste qui prend la parole publiquement sur Internet ou dans une réunion, sans réaliser que la pornographie a changé le comportement des hommes, a encore expliqué M.David.Je crois que la réaction agressive aux prises de position intellectuelles des femmes s\u2019explique par cinquante ans d\u2019acculturation pornographique.» L\u2019ombre orange du nouveau président américain, fier attra- peur avoué de chatte, plane sur cette série qui pourrait finir par concentrer quelque chose de l\u2019esprit de son temps.Répétons- le donc en terminant : voilà peut-être une des premières œuvres de l\u2019ère Trump et on ne saurait trop la recommander, même en traduction\u2026 Le Devoir Une ville et ses péchés The Deuce (La 42e) est-elle une série féministe ?Des milliers de critiques valent mieux qu\u2019une.L\u2019agrégateur de points de vue Rotten Tomatoes accorde une note moyenne très élevée de 92 % à The Deuce, en combinant les évaluations des médias et des internautes.Ce résultat très enviable sur le « tomatomètre » place la production en sixième position des nouveaux meilleurs shows de la rentrée télé américaine.The Deuce arrive derrière la deuxième saison de la fantaisie The Good Place (100 %), le documentaire The Vietnam War (97 %), le dessin animé BoJack Horseman, le documentaire humoristique American Vandal (96 %) et la série policière The Sinner (94 %).Le site de collection des critiques a été accusé par les studios d\u2019être en partie responsable du mauvais été 2017 en salle de cinéma, alors qu\u2019un navet, c\u2019est un navet.Le nouveau film de Denis Villeneuve est jugé tout autre.Les 118 critiques recensées de Blade Runner 2049 lui accordent une note moyenne de 94 %.Pour ce que ça vaut\u2026 HBO CANADA Des créateurs de The Wire, The Deuce propose un panorama de New York avec, comme sujet connexe, les rapports hommes-femmes. C H R I S T O P H E H U S S L\u2019 Orchestre sym - pho nique de Mon tréal est en quête d\u2019un nouveau direc teur musical pour 2020.Le comité de sélection, constitué cet été, s\u2019est réuni pour la première fois le 21 septembre.Le Devoir s\u2019est entretenu du processus de sélection et de ses enjeux avec Madeleine Careau, chef de la direction de l\u2019OSM et porte-parole du comité, qui convient d\u2019emblée que le calendrier est très serré.Dans le monde de la musique classique, les agendas se remplissent trois, voire quatre, saisons à l\u2019avance.Les six à neuf prochains mois seront donc cruciaux.Verrons-nous un nouveau chef à la tête de l\u2019OSM le 1er septembre 2020 ?« Idéalement oui ! » répond Madeleine Careau, interrogée par Le Devoir.Mais pas coûte que coûte.«Faut-il absolument présenter une nouvelle tête ?Non.Nous allons prendre le temps de choisir le bon candidat.Il vaut mieux passer un temps d\u2019incertitude que cinq ans avec un mauvais candidat », renchérit la porte-parole du comité.Déjà une première liste ! Placé sous la présidence de Suzanne For tier, principale et vice-chancelière de l \u2019Université McGill , le comité est animé, à t i tre de conseiller principal, par Za- rin Mehta, ancien directeur général de l\u2019OSM et du Philharmonique de New York.Il comprend trois membres du CA de l\u2019OSM (Madeleine Ca- reau, Pierre Goulet et Nancy Rosenfeld), trois musiciens (Andrew Wan, Ali Yazdanfar et Todd Cope), a insi que Laurent Bayle, directeur général de la Cité de la musique à Paris ; Alexander Neef, directeur général de la Canadian Opera Company à Toronto ; Ara Guzelimian, ancien numéro 2 de Carnegie Hall et doyen de l\u2019École Juil- liard ; Richard Lupien, président de Pro Musica ; et Isabelle Panneton, doyenne de la Faculté de musique de l\u2019Université de Montréal.« Ce processus a abouti au choix de Kent Nagano.La formule s\u2019est avérée ef ficace en 2002, donc nous l\u2019avons reconduite », résume Madeleine Ca- reau.Grâce à Skype, même les membres non présents à Montréal ont pu participer à la réunion liminaire qui a duré trois heures.« Zarin Mehta a établi une description de poste et dressé une liste de chefs correspondant à ce profil.Il a ensuite demandé à chaque membre du comité de donner des noms supplémentaires qui pourraient être des candidats intéressants », nous confie Madeleine Careau.De cette liste de départ de candidats qui correspondent à la description de poste, « nous avons discuté de chaque nom et avons convenu d\u2019aboutir à une liste plus courte assez rapidement ».L\u2019enjeu, pour être prêt en 2020, est d\u2019arriver à une « liste restreinte » consensuelle le plus vite possible.Car c\u2019est alors que Zarin Mehta vérifiera auprès de ces prospects « l\u2019intérêt et la possibilité de ces candidats à venir à Montréal et à remplir le mandat ».Après cette phase de vérification, le comité soumettra au comité exécutif de l\u2019OSM un choix de deux ou trois noms.Il est encore trop tôt pour parler de programmation.« Après deux ou trois réunions, nous y verrons plus clair sur un possible calendrier.Pour l\u2019instant, les membres doivent avoir à l\u2019esprit une chose : nous ne voulons pas rester longtemps sans directeur musical.» Le français, critère de choix Interrogée sur les critères établis par le comité, Madeleine Careau cite en premier le fait que Montréal cherche un « excellent musicien », en second que cet excellent musicien ait un « leadership affirmé, c\u2019est-à-dire qu\u2019il soit capable d\u2019être en lien avec la communauté locale, nationale et internationale dans laquelle l\u2019orchestre évolue et qu\u2019il exprime son leadership face à plusieurs groupes de parties prenantes ».L\u2019orchestre « appartenant au public et à sa communauté, le troisième critère est que s\u2019il ne parle pas français, il l\u2019apprenne dans les plus brefs délais ».À ce titre, le critère de francophonie reste une condition sine qua non au même titre qu\u2019en 2002 pour une raison simple : « Il y a une loi, la loi 101, qui dit que la langue de travail, c\u2019est le français.» Par ailleurs, souligne Mme Careau, « parler français à Montréal, c\u2019est essentiel pour s\u2019adresser au public, aux médias, à la communauté politique et des affaires.Et parler français à Montréal, c\u2019est obligatoire pour un leader».Interrogée sur le très faible éventail de successeurs potentiels vus sur le podium en dix ans à Montréal, Madeleine Ca- reau souligne que « l\u2019éventail n\u2019était pas plus large en 2002», mais ne fait «aucun reproche à Charles Dutoit ou à Kent Na- gano ».Elle laisse entendre que pour leurs semaines de chefs invités, les candidats que vise l\u2019OSM «préfèrent aller à Berlin, Vienne, Amsterdam ou New York ».C\u2019est, selon elle, « quand un poste s\u2019ouvre que cela change le niveau d\u2019intérêt des chefs convoités et que, d\u2019un coup, ils souhaitent regarder le dossier de Montréal ».Mais alors, si l\u2019OSM vise si haut, peut-on imaginer voir nommer un chef qui n\u2019a jamais dirigé l\u2019orchestre ?« Si c\u2019était le cas, le comité décidera.J\u2019imagine qu\u2019il va prévoir un processus pour qu\u2019il soit vu et entendu.Ce n\u2019est pas un comité super ficiel : quand le choix sera fait, il sera appuyé selon des critères précis », dit Madame Careau.Précisons que la chose est for t rare, mais techniquement possible.Bernard Labadie a été ainsi nommé à New York à l \u2019Orchestra of St.Luke\u2019s sans jamais y avoir donné de concert auparavant.Lors d\u2019une semaine avec le Philharmonique de New York, il avait dégagé quelques heures pour venir travailler avec l\u2019orchestre qui souhaitait l\u2019engager afin de jauger si le courant passait.Ce sera probablement le cas si l\u2019OSM réussissait à attirer un très gros nom.Homme ou femme, le poste sera ouver t « à tous et à toutes », l\u2019OSM cherchant celui ou celle « qui correspond le mieux à la description de poste, qui est le plus enthousiaste et aura la meilleure alchimie avec l\u2019orchestre et la ville dans le cadre des défis nationaux et internationaux».Il va falloir se battre même au pays, car le Toronto Symphony cherche aussi son directeur musical.Pourquoi un chef choisirait-il Montréal ?« Montréal est une ville attrayante pour un Européen.C\u2019est une ville de savoir, une ville jeune, universitaire, de chercheurs, avec un public intéressant et sophistiqué.Et nous avons de bonnes conditions à offrir », résume la porte-parole du comité.Quant à Yannick Nézet-Séguin et à l\u2019Orchestre Métropolitain, leur essor depuis 2002 ne rentre pas dans l\u2019équation : « Nous ne pensons pas en fonction des autres, mais en fonction de nous et de notre plan stratégique.Où vou- lons-nous être dans quelques années et qui peut nous y mener?Voilà l\u2019enjeu.» Le Devoir CULTURE> CLASSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 E 6 Grandiose Mahler Marc Hervie ux, ténor Mardi 10 octobre 2 017 à 20 h 00 Salle Bourgie 1339, rue S herbrooke O uest, Montr éal 514.285.20 00 #4 Jean-Philipp e Tremblay, chef d\u2019 orchestre Symphonie n o 5 en do # mineur, Gustav Mahler Chants d\u2019un compagnon errant, Gustav Mahler Rideau et fanfares, Simon Bertrand www.appassionata.ca 17.18 La Fondation Arte Musica présente Présenté par Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 OPÉRACCORDÉON DIMANCHE 15 OCTOBRE, 14 h Jean-Marc Salzmann, baryton Pierre Cussac, accordéon Airs d\u2019opéras de BIZET, MASSENET, MOZART, VERDI et WAGNER Un spectacle hors du commun où découverte et convivialité sont au rendez-vous.SOLEDAD JEUDI 2 NOVEMBRE, 19 h 30 Manu Comté, accordéon et bandonéon Jean-Frédéric Molard, violon Alexander Gurning, piano Vous vivrez assurément un coup de cœur pour ce trio éclectique et inventif ! LES VIOLONS DU ROY & PIAZZOLLA VENDREDI 13 OCTOBRE, 19 h 30 Anthony Marwood, chef et violon James Crabb, accordéon Œuvres de S.BEAMISH, DVO?ÁK et PIAZZOLLA Le virtuose James Crabb souligne le 25e anniversaire de la mort de l\u2019illustre compositeur argentin.PLACE À L\u2019ACCORDÉON ! « Schiff ne joue pas du piano, il CHRISTOPHE HUSS chamberfest.com 613.234.6306 Photo: Sir András Schiff par Yutaka Suzuki SIR ANDRÁS SCHIFF 39$ À partir de 23 OCTOBRE 19H30 ÉGLISE UNIE DOMINION-CHALMERS, OTTAWA 2017\u201318 LES PLUS BELLES CHANSON S FRANÇAISES LE SPECTACLE LE SUCCÈS MONDIAL POUR LA PREMIÈRE FOIS AU QUEBEC ! Avec le participation exceptionnelle de ANNE CARRERE de LE SPECTACLE + de 10 Artistes sur scène BILLETTERIE : 514 495 - 9944 www.theatreoutremont.ca Un chef en 2020 pour l\u2019OSM, mais pas à n\u2019importe quel prix Discussion autour des enjeux et stratégies du comité de sélection du successeur de Kent Nagano PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019enjeu est d\u2019arriver à une « liste restreinte » consensuelle le plus vite possible.Parler français à Montréal c\u2019est essentiel pour s\u2019adresser au public, aux médias, à la communauté politique et des affaires.Et parler français à Montréal, c\u2019est obligatoire pour un leader.Madeleine Careau, chef de la direction de l\u2019OSM « » CULTURE> DE VISU L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 E 7 5-14 OCTOBRE 2017 MONTRÉAL 18e UNE PRODUCTION DE l o f f j a z z .c o m MNSF: Mark Nelson\u2019s Sympathetic Frequencies Rémi-Jean LeBlanc, Rafael Zaldivar, Greg Ritchie avec invité spécial : Ben Wendel Sam Kirmayer Quartet Le Joe Sullivan Big Band Jason Stillman Quartet Gentiane MG Trio The Artie Roth Quartet Pierre Labbé Sextet Les Malcommodes Mario Allard Quintet Benjamin Deschamps Quintet Manta, Maggie Nicols et Les Jazz Mess Daniel Arthur Trio Ethan Ardelli Quar tet Franço is Bourassa Quartet Trio Luce Bélanger Joshua Rager Nonet Burton Greene trio d'octobre / avec Ér i c Nor mand e t I sa iah Ceccarelli Quartetski does Bar tók Ki te Tr io Sy lva in Lafonta ine Tr io Er ik Hove Chamber Ensemble Guilbeault / Doxas / McLean / Leroux Quartet Kyle Hutchins Trio Il était une fois dans l\u2019OFF 18e édition, sous la direction de Marianne Trudel L\u2019OFFRE Artistes divers.À DHC/ART Fondation pour l\u2019art contemporain, au 451, rue Saint-Jean, à Montréal, jusqu\u2019au 11 mars.J É R Ô M E D E L G A D O U n cadeau, un don, est-ce toujours bien vu de l\u2019accepter ?La nouvelle exposition de la fondation DHC/AR T pose une question à laquelle il n\u2019est pas facile de répondre.L\u2019expo L\u2019of fre, qui regroupe le travail de neuf artistes, permet au public d\u2019en sortir, littéralement, les mains pleines.Le visiteur qui accepte le jeu peut en effet repartir avec un bonbon, une affiche et un décalque d\u2019un dessin à imprimer sur un t-shirt.Et même plus, aux limites du raisonnable : sur une table reposent de multiples exemplaires d\u2019un bouquin intitulé Volez ce livre .Oserez-vous ?C\u2019est par cette expo autour du concept du don que la DHC célèbre son dixième anniversaire.La fondation enracinée dans le Vieux-Montréal aime s\u2019afficher comme un cadeau à la collectivité, et c\u2019est ainsi qu\u2019est pensée sa programmation, autant L\u2019of fre que toutes les manifestations précédentes.Les expositions anniversaires tombent souvent dans la rétrospective complaisante.Celle qui annonce vouloir souligner la grande générosité de l\u2019organisme semblait destinée à suivre cette lignée.Et pourtant non, le résultat auquel aboutit la commissaire de la DHC, Cheryl Sim, ne fait pas que dans la fête bébête.Place au doute, au malaise, à l\u2019ironie.Don et contre-don La proposition derrière L\u2019offre n\u2019est pas un cadeau empoisonné, du tout.Mais avec des œuvres qui rappellent les effets tordus que provoque parfois la pratique du don, l\u2019expo exprime ce qu\u2019on n\u2019ose pas toujours avouer.Donner et recevoir n\u2019est pas si simple dans une société où tout se négocie.Chaque geste, même gratuit, est soupçon d\u2019intérêts.L\u2019installation en une soixantaine de tambours de Sonny Assu, Silenced : The Burning (2011), évoque la longue interdiction par le gouvernement canadien du potlatch, cette traditionnelle cérémonie amérindienne basée sur le don et le contre-don.Il aurait fallu 67 ans (1889-1954) avant que l\u2019État n\u2019y voie pas une entrave à la logique marchande des Blancs.Au tournant des années 1990, le travail du regretté Felix Gonzalez-Torres (1957- 1996) est devenu une métaphore de la propagation du sida, maladie qui se « donne » par amour.La DHC présente deux exemples de ses piles d\u2019af fiches ou de ses tas de bonbons.On est libre de prendre un élément de chaque sculpture, contribuant ainsi à sa lente destruction et à sa sournoise mise en circulation dans l\u2019espace public.Comme représentant d\u2019une pratique ancrée dans le don, la DHC ne pouvait trouver mieux que Gonzalez-Torres.Le New- Yorkais d\u2019origine cubaine fait aussi figure emblématique de l\u2019art international que la fondation s\u2019est donné comme mission de diffuser.L\u2019actuelle exposition ne déroge pas à cette règle, excepté la présence d\u2019Assu, un des rares Canadiens à avoir percé en dix ans les murs de l\u2019édifice de la rue Saint-Jean.Engagement Dans son obstination à croire que l\u2019ar t local n\u2019a pas besoin de son soutien, la DHC ne fait cependant cadeau à personne.Sur le thème du don, il aurait été pour tant per tinent d\u2019inclure le travail de nombre d\u2019entre eux, tel le duo Ibghy & Lemmens, Ève Cadieux ou Josée Pedneault.L\u2019échange du genre « confie- moi un de tes objets et je m\u2019en sers pour une œuvre », ces artistes en ont fait déjà cas dans le passé, mais la DHC préfère se tourner vers l\u2019étranger, à l\u2019instar de Pearls (1999-), de Simr yn Gill.Ce projet de longue haleine n\u2019est cependant pas sans intérêt.La pratique du recyclage et de la réappropriation se fait aussi à l \u2019 insu de l \u2019ar t iste, comme en témoigne l\u2019œuvre Love, Theft, Gifting and More Love (2009) de Mike Kelley.L\u2019homme de Detroit, décédé en 2012, a usé de ruse pour refaire sien un dessin offert à un ami qu\u2019 i l a retrouvé comme logo sur un t-shir t.L\u2019installation exposée montre à quel point il faut accepter qu\u2019un don puisse se retourner contre soi.Chez le Taïwanais Lee Mingwei, tout repose sur une confiance mutuelle.La série photographique Money for Art #1-5 (1994) est née dans un échange avec des inconnus, un billet de 10 $US en forme d\u2019origami contre leur numéro de téléphone.Chacun était libre de faire ce qu\u2019il voulait avec l\u2019argent.L\u2019un d\u2019eux, un sans-abri, l\u2019avait conservé tel quel douze mois plus tard.Toujours de Lee, l\u2019installation musicale Sonic Blossom (2013-) \u2014 un air de Schubert chanté live \u2014 pousse le visiteur à réagir illico à la question d\u2019une personne en chair et en os « Est-ce que je peux vous of frir une chanson?» Présentée de multiples fois en Asie, l \u2019œuvre a abouti une seule fois en une réponse négative.En Amérique du Nord, chaque jour, la moitié des visiteurs l\u2019a refusée.L\u2019engagement, même devant un cadeau, fait plus peur dans certains coins du monde.Sachez que le bouquin Steal this Book (2009), de Dora Garcia, est aussi en vente à la DHC.Collaborateur Le Devoir Acceptez-vous les cadeaux?L\u2019exposition L\u2019offre scrute les manières de donner et de recevoir NEIL GREENTREE Simryn Gill, Pearls : K.M.Pannikar, Asia and Western Dominance (London : Allen & Unwin, 3rd impression, 1953), 2005.MusUdeM musique.umontreal.ca L\u2019Orchestre de l\u2019Université de Montréal sous la direction de JEAN-FRANÇOIS RIVEST présente L\u2019ANGE ET LE DESTIN Sergueï Rachmaninov Concerto pour piano no 4 en sol mineur Soliste : Guillaume Levy 2e prix du Concours de concerto 2017 de l\u2019OUM Alban Berg Concerto pour violon « À la mémoire d\u2019un ange » Soliste : Mary-Elizabeth Brown 3e prix du Concours de concerto 2016 de l\u2019OUM Ludwig Van Beethoven Symphonie no 5 en do mineur Samedi 14 octobre 2017, 19 h 30 SALLE CLAUDE-CHAMPAGNE 220, avenue Vincent-d\u2019Indy, Montréal (Métro Édouard-Montpetit) 12 $, gratuit (étudiants) En vente à la porte ou à admission.com Jean-François Rivest CULTURE> DE VISU L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 E 8 audio originales sont utilisées dans 78/52, Hitchcock explique : « Il était nécessaire que tout le début soit volontairement un peu long, tout ce qui concerne le vol de l\u2019argent et la fuite de Janet Leigh, afin d\u2019aiguiller le public sur la question : est-ce que la fille se fera prendre ou non ?[\u2026] On tourne et on retourne le public, on le maintient aussi loin que possible de ce qui va réellement se dérouler.Je vous parie tout ce que vous voudrez que dans une production ordinaire, on aurait donné à Janet Leigh l\u2019autre rôle, celui de la sœur qui enquête, car il n\u2019est pas d\u2019usage de tuer la vedette au premier tiers du film.Moi, j\u2019ai fait exprès de tuer la star, car ainsi le meurtre était encore plus inattendu.» Méchants très chers Cette volonté de « tourner et retourner le public » se traduit également par un changement d\u2019allégeance jusque-là inédit pour les spectateurs.En ef fet, dès après ce meurtre, Norman Bates fait irruption dans la chambre et, découvrant le crime infâme perpétré par sa mère (on croit alors, à l\u2019instar de Norman, que cette dernière « existe »), entreprend de tout nettoyer et de se débarrasser du corps.Lorsque la voiture de Marion, avec le cadavre de cette dernière dans le cof fre, refuse durant de longues secondes de s\u2019enfoncer dans un étang, on se surprend à espérer qu\u2019el le coule af in que Norman n\u2019ait pas d\u2019ennuis.Cela pourra sembler banal puis qu\u2019une pléthore de films ont depuis présenté des « méchants » tour à tour ambigus ou attachants.Prenez par exemple Silence of the Lambs (Le silence des agneaux) de Jonathan Demme : bien qu\u2019il eût commis plusieurs meur tres horribles lors de son évasion, on est «satisfait» de voir le docteur Hannibal Lecter prendre en filature l\u2019imbuvable docteur Chilton à la toute fin.Psycho fut, en cela, un précurseur.Sa carrière durant, Hitchcock se plut à dire que « plus réussi est le méchant, plus réussi est le film ».Direction de spectateurs La durée moyenne d\u2019un plan n\u2019ayant fait que diminuer depuis l\u2019avènement du vidéoclip, puis les avancées dans le jeu vidéo, sans doute le montage de la fameuse séquence du meurtre de la douche paraîtra- t-il, a posteriori, bien lent.À l\u2019époque toutefois, il était d\u2019une rapidité révolutionnaire.En 2010, dans le Time, Nate Jones remarquait à raison : «En 45 secondes, Hitchcock est capable de suggérer l\u2019illusion d\u2019une violence graphique.Chaque fois qu\u2019un acteur vieillissant de film d\u2019action botte des derrières comme par magie en une série de plans courts, il devrait remercier Hitch.» Le mot « illusion » est ici primordial, puisque le couteau n\u2019entre pas en contact avec la peau, et que celle-ci ne révèle aucune «partie taboue», dixit Hitchcock, qui, il impor te de le préciser, doit beaucoup à l\u2019efficacité redoutable de cordes stridentes du compositeur Bernard Herrmann.Dans Hitchcock/ Truffaut, Alfred Hitchcock conclut : «La construction de ce film est très intéressante, et c\u2019est mon expérience la plus passionnante de jeu avec le public.Avec Psycho, je faisais de la direction de spectateurs\u2026» C\u2019est sans doute là pourquoi ces derniers, à jamais fascinés par le pouvoir hypnotique des images assemblées par Hitchcock, en parlent encore à ce jour.Par le tr uchement de l\u2019écran, le « Maître du suspense » les tient encore, tous, sous son joug.Le Devoir .Une exposition organisée par le Victoria and Albert Museum, Londres, en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal.Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications, le Conseil des arts de Montréal et le Conseil des arts du Canada pour leur soutien constant.Exposition organisée par le Victoria and Albert Museum, Londres Expérience sonore par Une présentation de En collaboration avec Déjà plus de 140 000 visiteurs DERNIÈRE FIN DE SEMAINE ! Ouvert à l\u2019Action de grâce SUITE DE LA PAGE E 1 PSYCHO STICKY PICTURES De Janet Werner.À la Parisian Laundry, 3550, rue Saint-An- toine Ouest, jusqu\u2019au 7 octobre.ANTHONY BURNHAM À la galerie René Blouin, 10, rue King, jusqu\u2019au 4 novembre.M A R I E - È V E C H A R R O N P our qui se demande si la peinture a toujours sa raison d\u2019être, les expositions de Janet Werner et d\u2019Anthony Burnham, dans leur galerie respective, font l\u2019admirable preuve que oui.Leur concomitance, bien accidentelle, permet d\u2019observer la vitalité de la pratique picturale dans ses manifestations les plus stimulantes.Aussi, bien que nettement dif férentes, les œuvres de la première \u2014 pour qui l\u2019exposition se termine aujourd\u2019hui \u2014 et du second se rejoignent par leur volonté de tourner l\u2019attention sur leur processus de travail, lequel se nourrit de passages entre des modèles et leurs représentations.L\u2019atelier, cet espace de travail, est alors évoqué, même si ce n\u2019est que par de bien fines allusions.Puis, la genèse des œuvres elles-mêmes semble inséparable de leur résultat.Il s\u2019ensuit une réflexion sur la peinture, une autocritique qui trouve cependant ses courroies de transmission dans des composantes périphériques au tableau en soi.Janet Werner Avec Sticky Pictures, Janet Werner opère un impor tant tournant dans sa pratique.Si sa nouvelle production présentée à la Parisian Laundr y garde de ses por traits antérieurs les personnages féminins, elle en déroge ici pour introduire des indices sur les sources qui en constituaient les modèles.Le cadrage de la scène s\u2019élargit donc au-delà de la figure humaine pour laisser voir la table de travail, le mur, le support.Sur ces sur faces, d\u2019autres sur faces apparaissent avec celles des images trouvées par l\u2019ar tiste dans les revues de masse et les livres qui jouaient le rôle de modèles.Elles jonchent le sol, éparses, ou tiennent ensemble par des collages incongrus.Tablant sur l\u2019idée que cette imagerie encourage des représentations stéréotypées et normalisantes des femmes, est-il possible de penser, Janet Werner, pour les tableaux qu\u2019on lui connaissait, s\u2019attachait en effet à les décons- truire par des opérations physiques abîmant leur sur face trop lisse obtenue souvent par les outils de manipulations numériques, avant de les transposer en peinture.Une peinture à la facture expressive et gestuelle, engageant un autre ordre de dégradation visuelle, mais bonifiant l\u2019aspect tactile et viscéral.Le regard, en somme, n\u2019y est plus maître.Les ruptures d\u2019échelles, les figures en fragments déphasés et les disproportions se faisaient les indices des interventions pratiquées sur les sources du modèle, sans même qu\u2019il soit nécessaire d\u2019imaginer en quoi les portraits en étaient les fidèles traductions, au contraire.Il en découlait des toiles de grands formats saisissantes, voire séduisantes.En nous permettant, dans les nouvelles œuvres, de prendre avec elle un pas de recul dans l\u2019espace de l\u2019atelier, Janet Wer- ner suspend ce phénomène d\u2019attraction tout en en conservant des effets.Dans certaines œuvres, l\u2019artiste ose se départir complètement de la figure humaine.Il n\u2019y a parfois qu\u2019un rideau ouvert sur un fond dégarni.Contre cette métaphore appuyée de la peinture comme mise en scène, ou construction, se démarquent davantage les surfaces de travail où la spatialité ambiguë d\u2019un coin de table dépouillé réaffirme avec à- propos l\u2019image comme surface de projections.Anthony Burnham Dans son travail antérieur mené depuis environ 10 ans, Anthony Burnham thématise les rapports entre la représentation et son modèle pour en défaire la prééminence de l\u2019un sur l\u2019autre, pour abolir la hiérarchie entre la copie et l\u2019original.Son exploration prend forme à partir d\u2019un modèle qu\u2019il a fabriqué, une sculpture abstraite dont il fait varier les simples composantes en les assemblant différemment.Il en exploite les volumes, les plans et les ombres dans l\u2019atelier, cet espace d\u2019expérimentation continuelle.Déjà rendu familier lors du dernier solo de l\u2019ar tiste en 2014 chez son galeriste René Blouin, le motif réapparaît avec insistance dans la présente série de toiles que Burnham a disposées dans l\u2019espace en recherchant un ef fet scénogra- phique englobant l\u2019expérience.Le parcours ainsi conçu procure de grands plaisirs en faisant découvrir les déclinaisons de la sculpture dont la présence se rend quasi tangible grâce précisément aux ar ti- fices de la peinture.Quand, sur les pourtours de certains tableaux, des bandes noires, mates et opaques, apparaissent, tels des fonds de scène ou des écrans, c\u2019est à se demander si d\u2019autres intermédiaires n\u2019ont pas été impliqués dans le processus.Des mises en abyme, des images de l\u2019image de la sculpture, évidentes, peut-être seulement en apparence, s\u2019of frent d\u2019ailleurs au regard, qui est ainsi propulsé dans une énigme.Un paravent obstruant le passage constitue le point nodal de cette exposition qui ne manque décidément pas de punch.Il concrétise l\u2019image comme objet dans l\u2019espace et remet de l\u2019avant un vieux modèle de l\u2019artiste, un étrange chevalet dont les airs anthropomorphiques confèrent une singulière vie autonome à l\u2019œuvre.Collaboratrice Le Devoir Secrets d\u2019atelier avec Janet Werner et Anthony Burnham Entre gestualité et illusion, leurs peintures font mine de révéler leur genèse SOURCE PARISIAN LAUNDRY Janet Werner, Hover (the distance between here and there), 2017 Ce qu\u2019ils en disent Aussi passionnant pour les cinéphiles pointus (les propositions de « lecture » qu\u2019on peut faire de Psycho ne manquent pas) que pour les néophytes curieux d\u2019en apprendre davantage sur l\u2019un des films majeurs de l\u2019histoire du cinéma, le documentaire 78/52 s\u2019avère riche d\u2019impressions prégnantes au sujet du meurtre de la douche.Karyn Kusama, réalisatrice de Jennifer\u2019s Body (Le corps de Jennifer).«C\u2019est, je crois, la première expression moderne du corps féminin agressé.Et à certains égards c\u2019en est l\u2019expression la plus pure, parce que c\u2019est dévastateur.» Bret Easton Ellis, auteur d\u2019American Psycho.« Hitchcock s\u2019est battu pour tourner ce meurtre séparément du reste du film, ce qui veut dire d\u2019une certaine manière que dorénavant, le meurtre allait devenir un élément acceptable au sein d\u2019un divertissement.Il y avait déjà de la violence dans le cinéma américain, mais rien ressemblant à Psycho ; rien d\u2019aussi intime, rien d\u2019aussi soigneusement conçu, rien d\u2019aussi sans remords.» Peter Bogdanovitch, historien du cinéma et réalisateur de The Last Picture Show (La dernière séance).« Les femmes occupaient le haut de l\u2019af fiche au cours des années 1920 et 1930.Cela s\u2019est évaporé au cours des années 1940, ce qui nous a menés aux années 1950 où les femmes étaient reléguées au second plan.Et c\u2019est ce que le cinéma fait, au fond : il tue les femmes.» Sans doute le montage de la fameuse séquence du meurtre de la douche paraîtra-t-il, a posteriori, bien lent CULTURE> CINÉMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 E 9 Présentée par Soutenue généreusement par Exposition conçue par le Musée national des beaux-arts du Québecet organisée en partenariat avec le Musée des beaux-arts de l\u2019Ontario, avec l\u2019appui de la Joan Mitchell Foundation et de la Succession Jean Paul Riopelle.Avec la collaboration de Partenaire des activités UN COUPLE DANS LA DÉMESURE DU 12 OCTOBRE 2017 AU 7 JANVIER 2018 MNBAQ.ORG Photo?: Heidi Meister, photographe, Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle dans le séjour de l\u2019atelier-appartement de la rue Frémicourt, Paris, 1963.© Heidi Meister Œuvre représentée : Jean-Paul Riopelle, Pleine Saison, 1954, huile sur toile, 129 x 160 cm.Collection particulière © Succession Jean Paul Riopelle / SODRAC (2017) O D I L E T R E M B L A Y S on film 120 battements par minute, tout en pulsion vitale, a été une grande sensation de Cannes, surtout pour l\u2019audience française.La critique nationale était si emballée qu\u2019elle prédisait à Robin Campillo la Palme d\u2019or.Le film a plutôt reçu (en plus des lauriers de la critique) le Grand Prix du jury, au grand dam du président, Pedro Almodóvar, qui lui aurait bien octroyé la récompense suprême.« Mais le jeu démocratique des négociations de jury, voyez-vous\u2026 », nous avouait-il après le palmarès.120 battements par minute sera finalement le choix de la France dans la course à l\u2019Oscar du meilleur film en langue étrangère.Pas tellement le genre des Américains, moins militants que les Français, mais qui vivra verra.On a retrouvé Robin Cam- pillo à Toronto dans les coulisses du TIFF.Ce grand timide se disait content de ne pas l \u2019avoir obtenue, cette Palme.Il aurait fallu parler en public, livrer un discours poignant.Ça lui donnait le trac.« Je n\u2019ai pas un gros ego », confesse-t-il.120 battements par minute est tiré de sa propre expérience de militant au cours des années 1990 au sein du collectif Act Up-Paris, assoc iat ion de lut te contre le sida.L\u2019épidémie faisait rage et la société montrai t du doigt la communauté gaie comme « groupe à risque », la issant aux premiers concernés peu d\u2019occasions de s\u2019exprimer.Entre intimité d\u2019un couple homosexuel \u2014 l\u2019un des deux se meurt \u2014, les réunions agitées des militants et leurs actions frontales \u2014 ils allaient jeter du faux sang dans les laboratoires qui ne leur transmettaient pas leurs résultats d\u2019analyse \u2014, Act Up-Paris existait depuis dix ans avant que Robin Campillo n\u2019entre dans cette bataille.Casser les moules À Toronto, le cinéaste était tout sourire.Le film en France avait enregistré une remontée aux guichets pour sa troisième semaine à l\u2019af fiche au lieu de perdre des spectateurs comme il est de mise.Il était déjà un scénariste reconnu, notamment aux côtés de Laurent Cantet (L\u2019emploi du temps, Entre les murs [palmé à Cannes], Vers le Sud).Également un monteur aguerri : à peu près tous les films de Cantet, également pour Gilles Marchand, Rebecca Zlotowski, et d\u2019autres.Arrivé tard dans la famille des cinéastes, tournant plusieurs années autour du pot, Robin Campillo aura réalisé seulement deux longs métrages avant 120 battements : Les revenants en 2004 et l\u2019excellent Eastern Boys en 2013, primé à Venise.Il avoue que son passé d\u2019activiste l\u2019a gardé loin des plateaux.Longtemps, il a hésité avant de faire ce film, craignant de ne pas le prendre par le bon bout et sachant que les membres du mouvement Act Up en feraient leur propre lecture.Eastern Boys, qui jouait à travers les genres, lui a donné confiance pour réaliser une œuvre qui casse les moules.« Je ne voulais pas faire un film aux accents documentaire sur Act Up, mais livrer cette expérience à par tir de mes propres souvenirs, dit-il.Finalement, c\u2019était facile de reconstruire ce qui s\u2019était passé, tout en essayant de comprendre les écueils rencontrés.Cette expérience collective n\u2019aidait plus le malade qui devait approcher sa mort de façon solitaire.Chacun faisait corps, jusqu\u2019à ce que la maladie rattrape les uns et les autres, laissés seuls sur leur rive.» La responsabilité politique Ce film, il le voit comme un questionnement sur les enjeux contemporains plus qu\u2019une évocation d\u2019un combat passé.« Je n\u2019essaie pas de donner des leçons de morale, précise-t-il, mais la responsabilité politique existe.En France, la gauche est désillusionnée.Prenez la façon dont François Hollande a présenté le mariage pour tous, du bout des lèvres.L\u2019espace de la parole fut occupé par les opposants dans les manifestations.On ne voyait qu\u2019eux.La France s\u2019appuie encore sur son mythe de pays des droits de l\u2019Homme, beaucoup de gens radicaux s\u2019expriment sur Internet, mais ça ne se traduit pas dans la rue.Au cours des affrontements chez Act Up, il fallait se rencontrer, débattre.Il y a bien eu le mouvement Nuit debout en 2016, qui a permis aux jeunes de retrouver le sentiment de la collectivité, sans combler ce grand besoin de fraternité qui les habite.D\u2019où en partie le succès de 120 battements par minute.» Crevant l\u2019écran dans cette œuvre chorale : l\u2019acteur argentin Nahuel Pérez Biscayar t.« J\u2019aime aussi l\u2019actrice qui joue sa mère, Saadia Ben Taieb.Et puis il y a Adèle Haenel\u2026» La star montante du cinéma français a accepté de se fondre dans le groupe sans tenir la vedette.« Elle adore participer à des œuvres collectives, explique le cinéaste.Parfois, elle ne faisait que de la figuration, demeurant sur place pendant les scènes que je tourne toujours d\u2019un seul tenant afin que les acteurs oublient la caméra.Je fais plusieurs prises, mais sans coupures.» Robin Campillo rappelle qu\u2019Act Up-Paris était né à l\u2019époque du modèle Act Up- New York.« Mais la France possède une autre culture que celle des États-Unis : celle de la révolte.Les Américains essaient de régler les choses de façon juridique.Ils n\u2019arrêtent pas d\u2019ailleurs de faire des films sur des procès.Nous, c\u2019est plus organique.On est des râleurs.Trump n\u2019aurait pas duré un mois en France.La rue se serait levée.» Pour sa prochaine réalisation, le cinéaste entend mettre en scène des personnages féminins : «Ce sera un film d\u2019anticipation, La maison Alpha, au scénario duquel je travaille.Les plus riches protègent le pays en étant financés par les plus pauvres.C\u2019est aussi une œuvre sur ma mère, à travers ses rapports à la vie et à la liberté qui passent par le personnage de la grand-mère.Tout le monde voit que la France fonce dans le mur.Ce projet est une façon de l\u2019exprimer.» Le Devoir Robin Campillo dans le train houleux de la solidarité Le cinéaste dissèque le militantisme français, ses forces et ses failles ALBERTO PIZZOLI AGENCE FRANCE-PRESSE À Cannes, l\u2019accueil réservé à Robin Campillo fut plus que chaleureux ce printemps.4 15 oct.2017 Montréal nouveaucinema.ca Présenté par LOVELESS ANDREY ZVYAGINTSEV Russie | VOSTF Samedi 7 octobre | 14 h 30 Lundi 9 octobre | 16 h 15 Cineplex Odeon Quartier Latin Prix du jury du Festival de Cannes 2017 LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES HÉLÈNE CATTET AND BRUNO FORZANI | France | VOSTA Dimanche 8 octobre | 13 h 15 Cineplex Odeon Quartier Latin En présence des réalisateurs AVA SADAF FOROUGHI | Iran | VOSTA Dimanche 8 octobre | 18 h 45 Cineplex Odeon Quartier Latin En présence de la réalisatrice TA PEAU SI LISSE DENIS CÔTÉ | Canada | VOSTA Samedi 7 octobre | 19 h Cinéma Impérial En présence de l\u2019équipe du film La France possède une autre culture que celle des États-Unis : celle de la révolte.Les Américains essaient de régler les choses de façon juridique.[.].Nous, c\u2019est plus organique.On est des râleurs.Trump n\u2019aurait pas duré un mois en France.La rue se serait levée.Robin Campillo « » VICTORIA ET ABUDL (V.F.DE VICTORIA AND ABDUL) ?1/2 Drame biographique de Stephen Frears.Avec Judi Dench, Ali Fa- zal, Adeel Akhtar, Tim Pigott- Smith, Eddie Izzard.Royaume- Uni, 2017, 112 minutes.M A N O N D U M A I S Angleterre, 1887.Deux Indiens de confession musulmane, Abdul (Ali Fazal) et Mohammed (Adeel Akhtar), sont envoyés auprès de la reine Victoria (Judi Dench) afin de lui présenter une médaille soulignant son jubilé d\u2019or.Bien qu\u2019il ait reçu l\u2019interdiction formelle de le faire, Abdul ne peut s\u2019empêcher de regarder la reine dans les yeux.Ayant trouvé Abdul « terriblement beau », Victoria exige que le jeune homme et son camarade deviennent ses valets.Fascinée par sa personnalité et par sa culture, qu\u2019elle ne connaît guère bien qu\u2019elle soit impératrice des Indes, la souveraine fait bientôt d\u2019Abdul son confident, au grand dam de son fils Bertie (Eddie Izzard), prince de Galles et futur roi Édouard VII, ainsi que d\u2019autres membres de la cour, dont lady Churchill (Olivia Williams), maman d\u2019un certain Winston.Après lui avoir donné le titre de munshi (« enseignant » en ourdou), Victoria et Abdul deviennent inséparables.S\u2019il y en a deux qui connaissent bien la monarchie britannique, c\u2019est bien dame Judi Dench, qui a incarné Éliza- beth Ire dans Shakespeare in Love et la reine Victoria dans Dame Brown, tous deux de John Madden, et Stephen Frears, à qui l\u2019on doit l\u2019excellent Sa Majesté la reine, où Helen Mirren brillait dans le rôle d\u2019Élizabeth II.D\u2019où une certaine déception devant ce drame biographique «inspiré de faits réels\u2026 la plupart du temps», d\u2019après le livre de Shrabani Basu, sur cette page longtemps oubliée de l\u2019histoire de l\u2019Empire britannique.Démarrant à la manière d\u2019une comédie légère et pleine d\u2019esprit, Victoria et Abdul se moque allègrement du protocole dans lequel était engoncée cette veuve inconsolable qui détestait les mondanités et de l\u2019hypocrisie des gens de la cour, tant à travers le comportement parfois insolent de Victoria qu\u2019à travers les commentaires de Mohammed, réduit au rôle de bouf fon.Joliment filmée et élégamment mise en scène, cette production faisant pâle figure à côté de la somptueuse série The Crown s\u2019enfonce dans le mélo et les bonnes intentions alors qu\u2019elle dénonce sans subtilité le racisme des guignols guindés peuplant le film et les ravages de l\u2019impérialisme britannique.À trop vouloir cerner l\u2019amitié improbable entre la reine et son munshi, le scénariste Lee Hall (Billy Elliott, Cheval de guerre) a négligé bien des détails historiques, de même que le rôle politique qu\u2019a joué le véritable Abdul Karim.Tout au plus pourra- t-on saluer sa volonté d\u2019illustrer la force de caractère de cette souveraine.Au cœur de cet univers dont l\u2019artifice évoque par endroits la série de films sur l\u2019impératrice Sissi, demeure la formidable complicité entre l\u2019impériale actrice et son charmant partenaire.Collaboratrice Le Devoir CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 7 E T D I M A N C H E 8 O C T O B R E 2 0 1 7 E 10 C U L T U R E theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ Le lundi 9 oct.| 16 h et 19 h 30 9,00 $ AVEC GABRIEL SABOURIN, DENISE FILIATRAULT, SOPHIE LORAIN.C\u2019EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER de Alexis Durand-Brault « Audacieux, transgressif même, et plus que prometteur » - Le Nouvel Observateur « Un premier long- métrage parfaitement maîtrisé » - Le ?garo En salle maintenant Scandale à la cour Vingt ans après Dame Brown, dame Judi Dench renoue avec la reine Victoria LA MONTAGNE ENTRE NOUS (V.F.DE THE MOUNTAIN BETWEEN US) ?1/2 Drame de Hany Abu-Assad.Avec Idris Elba, Kate Winslet, Dermot Mulroney, Beau Bridges.États-Unis, 2017, 103 minutes.A N D R É L A V O I E T he Mountain Between Us pourrait facilement donner l\u2019illusion d\u2019une comédie romantique : deux purs inconnus que tout sépare, incarnés par des acteurs charismatiques et séduisants pris dans une situation rocambolesque faisant obstacle à une attirance qu\u2019ils refusent d\u2019admettre.À cela s\u2019ajouteraient un peu plus d\u2019humour et quelques personnages secondaires pour commenter l\u2019absurdité de leur aveuglement volontaire.Le réalisateur palestinien Hany Abu-Assad (Paradise Now, Omar) n\u2019a pas tout à fait le profil pour ce type de cinéma, même s\u2019il est auréolé de deux nominations pour l\u2019Oscar du meilleur film étranger.Avec The Mountain Between Us, il illustre surtout le récit d\u2019une survie sur fond de romance à la conclusion inévitable, avec des embûches dignes de Cast Away ou The Revenant .Et en nettement moins spectaculaires.Tout cela démarre, ou s\u2019embrouille, parce qu\u2019une photo- journaliste téméraire, Alex (Kate Winslet), refuse d\u2019être coincée par le mauvais temps à l\u2019aéroport de Salt Lake City, et ainsi rater son mariage.À ses côtés, Ben (Idris Elba), un neurochirurgien de Baltimore que le devoir appelle, apparaît tout aussi fr ustré, mais son flegme britannique l\u2019empêche de provoquer un esclandre.Elle lui propose de louer un avion privé, et les voilà qu\u2019ils survolent les montagnes de l\u2019Utah (celles de Colombie-Britannique ont fait l\u2019affaire) avant que leur pilote (Beau Bridges en passant), victime d\u2019un malaise cardiaque, les précipite dans le vide, et surtout dans un cauchemar blanc, isolés de tout et de tous.Le scénario signé Chris Weitz, inspiré du roman de Martin Smith, affiche un calibrage méthodique entre les périls de la nature et les dangers de l\u2019amour extraconjugal (le statut de Ben, malgré la bague au doigt, sera longtemps entouré de mystères, tout comme l\u2019identité du futur époux d\u2019Alex).D\u2019où cette persistante et agaçante impression de compromis : les catastrophes y sont rarement spectaculaires, par ailleurs toujours suivies d\u2019une commode solution miracle qui en atténue le caractère implacable, et la passion s\u2019y fait aussi brûlante que les modestes feux de camp que le tandem allume tout au long du parcours.Cette cavalcade hivernale affichait au départ un défi de tai l le : passer un long moment avec deux acteurs dont il faut croire à la fois à la fragilité et au charisme.À ce chapitre, Kate Winslet et Idris Elba remplissent parfaitement la commande, duo magnétique où, oh bonheur, la question raciale ne se pose jamais \u2014 ils ont bien d\u2019autres soucis pendant plus d\u2019une heure\u2026 Leur charme et leur aura de star devraient sans doute faire le reste, mais Hany Abu-Assad apparaît aussi consciencieux à ne jamais trahir leur image de marque qu\u2019à saisir dans toute sa beauté carte postale un environnement qui devrait être impitoyable à chaque instant.Un peu plus et on pourrait les croire inscrits malgré eux à une classe de neige.Collaborateur Le Devoir Doux serments sur la montagne M A N O N D U M A I S «P ourquoi on continue de tourner?» En lançant cette boutade à la productrice Colette Loumède, qui lui avait demandé un documentaire éclaté pour l\u2019Office national du film (ONF), Luc Bourdon, intéressé par l\u2019histoire et la notion archivistique, ignorait que ceci l\u2019amènerait à « faire des nouvelles histoires avec de vieilles histoires».Fort de son documentaire Hommage (1993), collage réalisé à partir d\u2019extraits de films et de textes du critique et codirecteur des Cahiers du cinéma Serge Daney, le cinéaste s\u2019est alors plongé dans les films des années 1950 et 1960 de la collection de l\u2019ONF.A ainsi été créée une magnifique mosaïque : La mémoire des anges (2008).À la suite d\u2019une projection, une dame ne connaissant pas le Québec lui a demandé spontanément : « Quelle est la suite de l\u2019histoire?» Encore une fois, une simple question allait propulser Luc Bourdon dans un voyage à travers les films et les chutes de l\u2019ONF.Et ce, bien qu\u2019il eût juré de ne pas faire de suite à La mémoire des anges, où il explorait intuitivement le Montréal de son père.En s\u2019attelant à La part du diable, le réalisateur avait en tête un film léger, une grande comédie composée à partir de films de fiction.La plupart ne figurant plus dans le catalogue de l\u2019ONF, Bourdon s\u2019est tourné vers le documentaire.«Je savais que je m\u2019attaquais à une cinématographie beaucoup plus ingrate, beaucoup moins élégante, à cause de l\u2019époque, du mode de vie, mais aussi parce qu\u2019il y avait un vent de liberté qui souf flait.Le formalisme du candid eye et de l\u2019école anglaise de tournage de l\u2019ONF commençait à s\u2019étioler.Comme pour la Nouvelle Vague, on sautait dans des vrais lieux avec une caméra de 16 mm, beaucoup de zooms, de cris, de montages cassés.Dans La mémoire des anges, il y avait une réalité qu\u2019on tentait de percer ; là, on l\u2019a dans la face », explique le cinéaste, rencontré à quelques jours de la première de La part du diable au Festival du nouveau cinéma (FNC).Travail monacal et devoir de mémoire Afin de raconter les années 1970, Luc Bourdon a regardé quelque 2000 films, en anglais et en français.De cet imposant corpus, il a retenu 500 films, d\u2019où il a retiré une image, un son, une chanson, une scène.Par la suite, il a fait numériser 320 films.En a résulté une première version de cinq heures et vingt minutes qu\u2019il a réduite à 102 minutes.« Quand tu découpes les films pour en faire un nouveau chutier, il faut que tu désacralises tout ça.Tu ne travailles pas avec un Perrault, tu travailles avec un bœuf en rut dans un champ.Si tu regardes strictement les références, tu n\u2019oses plus bouger.» Alors que la religion occupait une place importante dans La mémoire des anges, c\u2019est la politique qui domine dans La part du diable.«Les années 1970, c\u2019est aussi la maudite histoire du nationalisme qu\u2019on connaît de long en large, que je ne voulais pas aborder mais que je ne pouvais éviter.Je me suis donc attelé à raconter cette histoire d\u2019une manière différente.C\u2019était quoi, à la base, l\u2019idée des nationalistes de faire un pays?De quoi on parlait?Quelles étaient nos valeurs, nos revendications?Qu\u2019est-ce qui se passait?J\u2019ai découvert plein de choses qui sont toujours d\u2019actualité.C\u2019est sûr qu\u2019il y a un écho au présent parce que mon regard est au temps présent et non au temps passé.Ce que j\u2019ai voulu éviter, autant pour La mémoire des anges que pour La part du diable, c\u2019est d\u2019être mélancolique, nostalgique.» Outre les grands événements de l\u2019époque, tels la crise d\u2019Octobre ou les Jeux olympiques, La part du diable fait revivre les crises syndicalistes, le féminisme, les balbutiements de l\u2019environnementalisme, la question autochtone, la prépondérance anglophone.Bien qu\u2019il n\u2019y ait pas de traces de la loi 101 dans le documentaire, on comprend dans quel contexte celle- ci est apparue.Décennie de toutes les révolutions, les années 1970 telles qu\u2019illustrées dans La part du diable est aussi celle de la jeunesse.«Là où était la part du diable, c\u2019est qu\u2019il s\u2019est passé tellement de choses que je ne pouvais qu\u2019évoquer partiellement l\u2019époque.J\u2019espère qu\u2019on regarde ces jeunes pour ce qu\u2019ils sont et non pas pour le \u201ctrademark\u201d baby-boo- mer.Cette génération est très proche de ceux qui sont descendus dans la rue en 2012.Dans les deux cas, il y a eu une révolution, un changement de garde.Il y a vraiment des ponts à faire entre le passé et le présent.En ce moment, il y a un compresseur qui peut passer sur tous nos acquis.Il faut se souvenir des batailles qu\u2019on a gagnées parce qu\u2019on aura peut-être à les reconduire », conclut Luc Bourdon.Et si on se donnait rendez-vous dans dix ans pour un survol des années 1980?Collaboratrice Le Devoir LA PART DU DIABLE Au FNC le mardi 10 octobre, à 19h ; le jeudi 12 octobre, à 13h.En salle à l\u2019hiver 2018.La décennie de toutes les révolutions Après les années 1950 et 1960, Luc Bourdon revisite les années 1970 UNIVERSAL Judy Dench et Ali Fazal dans Confident royal PEDRO RUIZ LE DEVOIR Afin de raconter les années 1970, Luc Bourdon a regardé quelque 2000 films.20TH CENTURY FOX Kate Winslet incarne Alex, une photojournaliste téméraire."]
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