Le devoir, 23 septembre 2017, Cahier F
[" Fiction québécoise Naomi Fontaine contre l\u2019indifférence Page F 3 Véronique Côté De justice et d\u2019eau potable Page F 4 C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 F A B I E N D E G L I S E I l y a des rencontres qui n\u2019ont pas besoin d\u2019être très longues pour marquer durablement une vie, une trajectoire, une inclinaison de la pensée\u2026 Et celle du dramaturge Olivier Kemeid avec le navigateur nor végien Peter Tangvald en fait certainement partie.C\u2019était en avril 1986, « dans les eaux troubles de la vie de Boqueron à Porto Rico », écrit-il dans son tout premier roman, Tangvald (Gaïa Éditions).L\u2019homme de lettres était alors préadolescent, parti au large pendant une année avec ses parents.Le loup de mer, lui, était là avec sa septième femme, Florence, et son fils, Thomas, double possible du romancier malgré une existence pour le moins singulière : un quotidien sans attaches depuis une naissance en pleine mer 12 ans plus tôt et la perte d\u2019une mère, Lydia, tuée par des pirates alors qu\u2019il n\u2019était même pas en âge de comprendre la violence des hommes.«Ce jour-là, résume Olivier Kemeid, assis dans son bureau du théâtre de Quat\u2019Sous, qu\u2019il dirige, j\u2019ai rencontré Ulysse et Télémaque, j\u2019étais en présence de deux figures de pure mythologie.» Phénomène étrange : dans le carnet de bord que le jeune Olivier, en sabbatique sur le dos du grand bleu avec sa famille, tenait chaque jour, sans manquement à cette tâche introspective et narrative, les quatre ou cinq jours de cette rencontre n\u2019ont laissé que des pages vides.Pages manquantes que le roman, dit-il aujourd\u2019hui, vient combler.Les phrases s\u2019y déploient comme un long souffle, comme une houle soutenue sur l\u2019entièreté de cette vie méconnue, celle de Peter Tangwald, circumnavigateur qui aura trouvé le goût de l\u2019évasion dans les décombres de la Deuxième Guerre mondiale, et la mort à 77 ans dans un des terribles ouragans qui, à l\u2019été 1991, ont dévasté les Caraïbes.Entre ces deux points, sur la carte de son existence se sont succédé sept points cardinaux, sept femmes par lesquelles passe Olivier Kemeid pour remonter le fil de cette quête sans relâche d\u2019un ailleurs au- delà de la ligne d\u2019horizon.Façonné par les femmes «Les femmes de Peter, ce sont elles qui l\u2019ont façonné et qui l\u2019ont changé, résume le dramaturge RENCONTRE Peter Tangvald raconté par ses femmes Le navigateur norvégien est au cœur du premier roman d\u2019Olivier Kemeid ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019écriture d\u2019André Hamel est posée, riche, en spirale, alors que le récit est tissé de boucles et de répétitions, d\u2019errance contrôlée.STÉPHANIE CAPISTRAN-LALONDE Le dramaturge Olivier Kemeid a puisé dans une rencontre faite lors d\u2019un voyage en mer avec sa famille, à l\u2019aube de l\u2019adolescence.C H R I S T I A N D E S M E U L E S À 72 ans bien sonnés, auteur d\u2019un premier roman, André Hamel n\u2019hésite pas à se décrire comme un «éternel pousseux de crayon».Il écrit depuis toujours, ses tiroirs sont pleins, mais il a donné, raconte-t-il, un grand coup au cours des dix dernières années à Mourir d\u2019oubli, son tout premier livre.« Je suis un écrivain du dimanche, mais j\u2019écris toute la semaine », explique-t-il avec le sourire dans la voix à l\u2019autre bout du fil, depuis Grand-Mère, en Mauricie, ville dont il est originaire et qu\u2019il habite toujours.Après des études de sociologie, André Hamel a enseigné cette discipline durant une dizaine d\u2019années à Shawinigan, avant de travailler en formation dans des entreprises comme Pratt & Whitney et Bombardier.Livre de souvenance qui s\u2019organise autour de Grand-Mère, « petite ville triste et décrépite », Mourir d\u2019oubli, sous-titré Chroniques de la grand\u2019rue et des alentours, est un peu l\u2019histoire d\u2019une déchéance.Il tente d\u2019y cerner la présence des uns et des autres, d\u2019embrasser les vies d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui d\u2019un même souffle.Au début de l\u2019été 2010, Albert Allibert, le narrateur vieillissant du roman, qui a une « tendance à la fabulation grotesque », toujours affecté par la mort de sa mère sur venue il y a une dizaine d\u2019années, se souvient de sa vie comme de celle des autres.Le moulin à papier où son père travaillait comme dessinateur industriel, la rue marchande que la famille habitait, quelque par t entre la pharmacie Des- prés et le Ritz, « cuisine canadienne et repas légers ».Mais aussi ses années de collège classique, le sifflement des turbines de la Shawinigan Water and Power, la r umeur de la Belgo, l\u2019écho de la gloire industrielle d\u2019antan, le grondement de la rivière.Et le silence qui enveloppe aujourd\u2019hui tous ces fragments du passé.« Je suis Albert Allibert, vous le savez, et mêmement je suis George, et tous les autres, tous les en-péchés, tous les guerriers sans armes, les poètes sans rime ni déraison que cache la belle photo d\u2019une belle grande salle, comme dans un bel hôtel de villégiature, sur laquelle, venus d\u2019outre-tombe, s\u2019af fairent des asticots comme sur les ulcères torpides de l\u2019oubli et se repaissent des scatophages comme sur les bouses fumantes des choses tues pour faire disparaître et à jamais de toutes les images et de tous les récits toutes les traces de toutes les souffrances pour qu\u2019elles ne ternissent pas, nos misères, l\u2019éclat de nos chimères.» Pays de géants qui croient au- jourd\u2019hui être devenus des nains, ce territoire de bâtisseurs semble à des siècles de ses années « glorieuses ».À bien des égards, c\u2019est aussi l\u2019histoire d\u2019une déchéance, servie par une écriture aussi polie qu\u2019une roche de rivière.À l\u2019enseigne des « renifleux de l\u2019errance », contre le temps qui passe et qui efface tout, son roman tout en zigzags revendique la remembrance.Sous la plume d\u2019André Hamel, tous les personnages, tous les espaces et toutes les époques arrivent à se confondre, le monde mythique côtoie le monde réel, Grand-Mère y fait écho à la civilisation disparue de Cahokia dans le Midwest américain \u2014 le plus grand foyer de peuplement précolombien au nord du Mexique.« C\u2019est une civilisation disparue vers le XIIIe siècle pour des raisons semblables à celles qui nous menacent aujourd\u2019hui, c\u2019est-à-dire une exploitation de la nature de ce coin de pays par une éli te au détriment d\u2019un peuple qui souf fre.Ça nous ressemble étrangement », estime André Hamel.« Mais dans le roman, reconnaît l\u2019auteur, Grand-Mère est à la fois la ville réelle, la ville souvenue, mais c\u2019est aussi la ville imaginée, les années 1950 imaginées.Grand-Mère, c\u2019est Cahokia et c \u2019est aussi toute l\u2019Amérique.» Et dans cette cosmogonie mauricienne, le « peuple de la Grande Tor tue » \u2014 autochtones, Têtes-de-Boule, Attika- meks \u2014 occupe une place particulière.Une présence discrète et constante en Mauricie, mais également dans le roman lui-même.« C\u2019est une présence et une absence à la fois », reconnaît André Hamel.« C\u2019est une présence qui a toujours été occultée derrière un voile de brume.Il y a toujours un écran de fumée qui masque cette présence.À moins de 100 kilomètres d\u2019ici, à La Tuque, poursuit- il, je me souviens, il y avait de ces pensionnats dont on parle beaucoup aujourd\u2019hui, et on en parlait peu, on les voyait peu.On avait peine même à les localiser géographiquement.» Une volonté avouée de mettre ainsi au jour une présence qui a été à peine nommée.«En occultant la présence de l\u2019Amérindien, c\u2019est une part de nous qu\u2019on refusait, qu\u2019on cachait, et ça, j\u2019ai essayé tranquillement de la faire émerger dans le roman.» Jusqu\u2019à oser à la fin poser la question: est-ce que nous sommes tous des Magouas, des Chaouins, des sangs mêlés?«Je ne réduis pas la différence entre le Québécois blanc d\u2019origine française et l\u2019Amérindien, bien sûr, mais il y a eu des rencontres très importantes.Des rencontres qu\u2019on oublie, qu\u2019on ne voit plus.J\u2019espérais les faire réapparaître un peu à travers ce roman.» L\u2019écriture est posée, riche, en spirale, alors que le récit est tissé de boucles et de répétitions, d\u2019errance contrôlée.L\u2019auteur de Mourir d\u2019oubli s\u2019y livre aussi à une exploration à la fois sérieuse et ludique du langage, à coups de graphies anciennes, de recours au langage populaire et de « tentatives de retourner la langue contre elle-même».C\u2019est un peu comme «du gos- sage de mots », reconnaît l\u2019auteur, qui revendique l\u2019influence d\u2019un Dos Passos, qui lui a appris il y a longtemps, dit-il, à écrire autrement.À lire, au nom de tous les Albert Allibert et « autres glaneurs de silence et d\u2019oubli des temps à venir ».Collaborateur Le Devoir MOURIR D\u2019OUBLI CHRONIQUES DE LA GRAND\u2019RUE ET DES ALENTOURS André Hamel Leméac Montréal, 2017, 304 pages VOIR PAGE F 4 : KEMEID «Comme beaucoup de navigateurs, il était misanthrope, mais ce n\u2019était pas un ermite.Il était en rupture avec la civilisation, mais pas avec l\u2019amour.» glaneur de silence et d\u2019oubli Un premier roman à l\u2019écriture aussi polie qu\u2019une roche de rivière F I P T R .C O M 10 JOURS .75 POÈTES .30 PAYS .5 CONTINENTS 350 ACTIVITÉS .DANS LES BARS, RESTAURANTS, CAFÉS ET GALERIES DU CENTRE-VILLE QUELQUES INCONTOURNABLES POÈTES INVITÉS TROIS-RIVIÈRES DU 29 SEPTEMBRE AU 8 OCTOBRE 2017 GRANDE SOIRÉE QUÉBECOR DE LA POÉSIE Samedi 7 octobre 20 h 20 poètes sur scène à la Maison de la culture avec la musique du Duo Contra-Danza ENTRÉE GRATUITE Laisser-passer obligatoire Disponibles au 819 380-9797 / 1 866 416-9797 (sans frais) ou enspectacle.ca FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA POÉSIE P R É S E N T É PA R 33e 1 1 1 1 1 ET PLUS DE 160 MOMENTS DE DÉCOUVERTES CULINAIRES & POÉSIE Chez nos restaurateurs : Au Four à bois, Il Circo Pâtes et Passion, Le Lupin, Le Manoir du Spaghetti, Le Rouge Vin, Le Sacristain, Café Bar Zénob, L\u2019Embuscade Café Galerie, La p\u2019tite Brûlerie, Marché Notre-Dame, Nys Pâtissier, Pompon Laine Café, Hôtel Oui GO! POÈTES EN PRISON 30 septembre, 1er, 7 et 8 octobre à 16 h Vieille prison de Trois-Rivières RÉCITAL DU PRIX DES AÎNÉS 2 octobre à 17 h Foyer de la salle J.-A.-Thompson CONCERTS : POÉSIE ET MUSIQUE 29 septembre et 5 octobre à 19 h Conservatoire de musique de Trois-Rivières DES MÉLODIES ET DES MOTS Avec Odette Beaupré, mezzo-soprano 4 octobre à 15 h Conservatoire de musique de Trois-Rivières Au moment où ce programme est entré sous presse, ce poète était en attente de visa ou d\u2019AVE.Il est possible qu\u2019il ne l\u2019ait pas obtenu.Veuillez consulter le site ?ptr.com pour obtenir l\u2019information à jour ainsi que l\u2019horaire détaillé du festival.PRIX DE POÉSIE POÈTES QUÉBÉCOIS POÈTES INTERNATIONAUX POÈTES RÉSIDANT OU AYANT ÉTÉ PUBLIÉS HORS-QUÉBEC BOUCHER, Denise Grand Prix Québecor du Festival international de la poésie 2017 BEAUMEL, Laetitia Prix Piché de poésie de l\u2019UQTR 2017 + Bourse STDG LANDRY, Sophie-Anne Finaliste - Prix Piché de poésie de l\u2019UQTR 2017 SALMERON, Odelin Prix Jean-Lafrenière/Zénob 2017 VEILLEUX, Laurence Lola Prix Félix-Leclerc de poésie 2017 LAMBERT, Roseline Prix Félix-Antoine-Savard de poésie 2017 LOJO, María Rosa (Argentine) Prix international de poésie Antonio Viccaro 2017 MALPICA, Luis Armenta (Mexique) Prix de poésie Jaime-Sabines/ Gatien-Lapointe 2017 LESSARD, Rosalie Prix de poésie Alain-Grandbois 2016 DE BELLEFEUILLE, Normand Prix de poésie du Gouverneur général 2016 SAGALANE, Charles Prix de poésie Radio-Canada 2016 BOULERICE, Simon Prix ANEL-AQPF 2016 LAMY, Jonathan Prix Emile-Nelligan 2017 PHELPS, Anthony (Haïti/Québec) Prix de l\u2019Académie française 2017 LEBLANC, Georgette (Nouvelle-Écosse) Prix Champlain 2016 FILLION, Geneviève Prix Innovation en enseignement de la poésie 2017 AITKEN, Adam (Australie) BA, Amadou Lamine (Sénégal) BASSRY, Aïcha (Maroc) CABRERA PONS, Juan Carlos (Mexique) CHERAMIE, David (Louisiane) COCKBURN, Ken (Écosse) DIALLO, Bios (Mauritanie) POÈTES INTERNATIONAUX DUNAEVSKAYA, Elena (Russie) ELIAS, Olivia (Palestine/France) ETTORI, Jean-Claude (France) FRANÇOIS, Rose-Marie (Belgique-Wallonie) GAGGERO, Aldana (Argentine) GIGLIO, Paula (Argentine) I?IGUEZ, Gustavo (Mexique) LENKOWSKA, Krystyna (Pologne) MENDOZA, Clyo (Mexique) MONTAGUT, Cinta (Espagne) OUMHANI, Cécile (Belgique/France) POZZANI, Claudio (Italie) SI, Zhao (Chine) TIMOL, Umar (Îles Maurice) VANDEBRIL, Michaël (Belgique/Flandres) VILAR MADRUGA, Elaine (Cuba) VILLANUEVA Tino (États-Unis) AUDET, Martine BEAUCHAMP, Marjolaine BEAULIEU, Germaine BOUCHER, France BOUDREAU, Geneviève CARDUCCI, Lisa (Québec/Chine) CHEVARIER, Corinne CORRIVEAU, Hugues COTNOIR, Louise DESPATIE, Stéphane DÉSY, Jean DORION, Hélène DUPRÉ, Louise ELICEIRY, Rose FERRIER, Ian FOREST, Violaine FORTIN, Catherine GAGNON, Renée GAY, Michel GILL, Marie Andrée LABRIE, Pierre LAUZON, Nicolas LÉTOURNEAU, Michel MESTOKOSHO, Rita MOLIN VASSEUR, Annie PLEAU, Michel POIRIER, Hélène POISSON, Sylvie QUERO, Alberto (Venezuela/Trois-Rivières) SALDAÑA PARIS, Daniel (Mexique/Québec) BOLDUC, Monica (Nouveau-Brunswick) HARRISON, Brigitte (Nouveau-Brunswick) KONYVES, Tom (Colombie-Britannique) LEBLANC, Raymond-Guy (Nouveau-Brunswick) REQUIER, Pierrette (Alberta) SHIKATANI, Gerry (Japon/Ontario) 1 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 FICTION F 3 L I V R E S F A B I E N D E G L I S E I l y a quelque chose qui tient du murmure dans l\u2019écriture de Naomi Fontaine, comme le souf fle d\u2019un akua-nutin, un vent du sud caressant les courbes d\u2019une terre rocheuse, faisant luire la sur face de la neige en hiver ou frémir les jeunes pousses d\u2019un sapin baumier au printemps.Avec Kuessipan, en 2011, son premier roman, la jeune au- teure a commencé à chuchoter à l\u2019oreille de l\u2019humanité la tragédie silencieuse d\u2019une communauté, avec cette écriture fine et serrée, posée sur le destin, le quotidien de ces hommes et de ces femmes vivant dans une réserve innue, comme un baume sur l\u2019indif férence.La tonalité était lumineuse, le verbe clair, comme dans son nouveau roman, Manikanetish (Mémoire d\u2019encrier), qui renoue magnifiquement avec cette poésie qui crie l\u2019espoir là où les environnements ne lui sont pas toujours favorables.Mythologie du retour La Côte-Nord.Une école construite au centre de la ré- ser ve et baptisée Manikane- tish \u2014 Petite Marguerite \u2014 à la mémoire d\u2019une femme sans enfant qui avait élevé ceux des autres, décédée quelques semaines avant le début des travaux.C\u2019est là que Yammie atterrit, au début d\u2019une année scolaire, pour y enseigner le français.Elle vient de là, revient sur les traces de sa jeunesse, laissant derrière elle Québec, des angoisses existentielles et un chum dont l\u2019attachement devient relatif.« Ils disent que le retour est le chemin des exilés.Je n\u2019ai pas choisi de partir.Quinze ans plus tard, je reviens et constate que les choses ont changé.» Dans sa solitude, face à l\u2019adaptation que la vie à huit heures de route à peine a rendue nécessaire, Yammie devient une inconnue pour ses élèves qui appellent cette sœur à la peau brune «Madame».Elle va devoir aussi composer avec la violence, les frustrations, les absences justifiées par des destins marqués par la mort, par l\u2019alcool, par l\u2019abandon.Une souffrance systématisée que le projet d\u2019une pièce de théâtre, Le Cid de Corneille, montée en groupe, va un peu réussir à apaiser.Il y a une colère sourde, une injustice palpable, dans ce milieu où l\u2019éducation trouve sa voie en passant par des chemins autrement balisés: «l\u2019autodérision, la rigueur, l\u2019absence de pitié [\u2026], armes à employer pour œuvrer chez des gens qui ont eu leur part de préjugés raciaux et de raccourcis faciles sur leur manière de vivre», écrit Naomi Fontaine dans un texte habité dont le calme des mots et la délicatesse des images s\u2019assemblent dans des chapitres courts comme une succession de petites touches de peinture sur une toile.Les lieux sont bercés par l\u2019élégance.Ils sont troublés aussi par le désespoir des jeunes, par la récurrence des suicides, par la fragilité des interactions, qui font ressortir sur ce territoire imaginaire qui ne l\u2019est pas tant que ça \u2014 Naomi Fontaine dédie ce livre à des élèves qu\u2019elle a fréquentés comme enseignante \u2014 ces paradoxes et ces contradictions comme des promontoires sur lesquels l\u2019odieux confronte subtilement, sous la plume de Naomi Fontaine, tous nos aveuglements.Le Devoir MANIKANETISH ?Naomi Fontaine Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2017, 140 pages La voix de Naomi Fontaine contre l\u2019indifférence Manikanetish fait murmurer l\u2019espoir des mots sur une tragédie silencieuse RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Naomi Fontaine dédie ce livre à des élèves qu\u2019elle a fréquentés comme enseignante.D O M I N I C T A R D I F Le livre s\u2019appelle Noms fictifs, pour des raisons tenant autant de l\u2019éthique que d\u2019un désir ne pas se cheviller à l\u2019anecdote.La fiction, c\u2019est connu, sait parfois mieux nommer le réel que le strict repor tage.Reste que les poqués éternels déposant périodiquement leur croix dans le vestiaire de Répit- Toxico, Olivier Sylvestre les connaît pour vrai.«Ceux qu\u2019on appelle les récurrents, je suis toujours content de les revoir, même si je sais que s\u2019ils arrivent chez nous, c\u2019est qu\u2019ils ne sont pas bien», explique celui qui travaille dans un centre de répit pour toxicomanes depuis onze ans.«Accueillir Fantasio, Spok ou Esmeralda, c\u2019est chaque fois comme retrouver de vieilles connaissances.Et ce qui est le plus fascinant, c\u2019est de constater qu\u2019après tant d\u2019années de consommation et d\u2019itinérance, ils cherchent encore une issue.Ça, c\u2019est vraiment beau.» La beauté de ce monde où tout est toujours à recommencer ne se donne évidemment pas à voir au premier coup d\u2019œil.C\u2019est par-delà les odeurs indicibles, les visages mangés par le crack et la violence toujours sous le point d\u2019éclater que le cofondateur de la compagnie de théâtre Le Dôme s\u2019acharne à la trouver, en sublimant le quotidien d\u2019hommes et de femmes passés maîtres dans l\u2019art de surnager.Il y a donc beaucoup de tendresse dans ces brefs portraits en vers d\u2019existences sisy- phéennes.Il y a aussi, forcément, beaucoup de colère dans ce procès à charge qu\u2019échafaude Sylvestre contre le discours du si-tu-le-veux-tu- le-peux, et autres ubiquitaires phrases toutes faites, qu\u2019affectionne notre époque.On l\u2019entend, étouffé, dans la voix de son narrateur, ainsi que dans celles des usagers, douloureusement lucides, dont ils tentent d\u2019apaiser la souffrance.« Plusieurs de nos habitués sont pris dans un engrenage.Ils vont aller en thérapie, retourner dans la rue, se remettre à consommer, commettre des délits, être arrêtés, aller en prison, revenir chez nous, puis on va les envoyer en thérapie, et ça recommence.C\u2019est sûr que ça prend de la motivation pour s\u2019en sor tir, mais un coup que t\u2019as la motivation, il y a tellement d\u2019obstacles sur ta route.Il ne faut pas oublier qu\u2019on vit dans un système capitaliste qui favorise les gens productifs ayant déjà des moyens financiers et humains», rappelle l\u2019intervenant, visiblement agacé par ceux qui en appellent bêtement à la volonté de changer des toxicomanes.La volonté, ce n\u2019est, comme de raison, pas tout.Sortir de la rue et de la drogue suppose souvent des détours par un univers digne de Kafka, constate-t- on dans Noms fictifs, en contemplant ce téléphone rouge que fait parfois sonner, dans le bureau des intervenants, «la mystérieuse responsable des admissions en désintoxication que personne n\u2019a jamais vue».Olivier Sylvestre évoque aussi en entrevue les procédures pénibles auxquelles doit se soumettre celui qui a depuis trop longtemps élu domicile dans la marge, afin d\u2019obtenir une carte d\u2019assurance- maladie.« Malgré tout ça, notre job, pour 24 ou 48 heures, c\u2019est d\u2019y croire avec eux, insiste celui qui refuse avec autant de vigueur les lunettes roses que le désespoir.Notre job, c\u2019est d\u2019essayer de trouver une solution.Et dans l\u2019immédiat, quand quelqu\u2019un se présente chez Répit-Toxico, cette solution- là, c\u2019est souvent juste une lasagne et un lit.» Société curative Georges-Émile, fin soûl, torse nu, hurle sur Saint-Denis pendant le Festival Juste pour rire sous les regards de passants qui peinent à camoufler leur dégoût.Georges-Émile sera bientôt maîtrisé par une horde d\u2019agents de sécurité, avant d\u2019être transporté à l\u2019hôpital.C\u2019est ce que raconte Ogre, un des textes les plus implacables de Noms fictifs, écrit par Olivier Sylvestre comme s\u2019il nous agrippait au collet.«Derrière ses hurlements de fauve / ses gestes désordonnés / vous y avez lu quelque chose / quelque chose de beau / comme un plaidoyer», suppose-t-il, en s\u2019adressant au témoin de cette scène.«Un plaidoyer en bonne et due forme / pour une société plus juste / pour plus de logements sociaux et moins de tours / à condos / pour des ressources en santé mentale et en / dépendance mieux financées / [\u2026] et pour un regard un peu plus humain porté sur / les gens comme lui / par les gens comme vous et moi [\u2026]» Par où commencer, afin qu\u2019advienne ce nouveau monde?«La solution, elle se trouve principalement en éducation et en culture, martèle l\u2019auteur.Je ne donne pas dans la généralisation quand je dis que les gens qui viennent nous voir proviennent majoritairement de quartiers défavorisés, de poches de pauvreté où l\u2019école n\u2019est pas valorisée.» « Le problème, poursuit-il, c\u2019est qu\u2019on est dans une société curative, plutôt que dans une société éducative.Nos politiciens nous répètent qu\u2019on est pauvres, mais on est riches.Plus on croit à cette rhétorique-là, plus on perpétue des façons cruelles et inhumaines de traiter les gens.Dans le centre où je travaille, si t\u2019as moins de 25 ans, t\u2019es prioritaire.Si t\u2019es enceinte ou si t\u2019as des enfants à charge, t\u2019es prioritaire.La clé, pour moi, globalement, elle est là.On investit dans la santé parce que les boomers veulent avoir des soins jusqu\u2019à 112 ans, mais l\u2019espoir, il se trouve chez les jeunes.» Collaborateur Le Devoir NOMS FICTIFS Olivier Sylvestre Hamac Québec, 2017, 314 pages ENTREVUE Un peu de repos pour les poqués Dans Noms fictifs, Olivier Sylvestre sublime le quotidien sisyphéen des usagers d\u2019un centre de répit pour toxicomanes M I C H E L B É L A I R M ême si la presse québécoise a peu l\u2019occasion de parler de tueurs en série, on en retrouve plusieurs dans la littérature « noire » d\u2019ici.En fait, un peu tout le monde \u2014 de Patrick Sénécal à Louise Penny et de Benoît Bouthil- lette à Martin Michaud \u2014 a mis en scène un « monstre » prenant plaisir ou se sentant le devoir d\u2019éliminer certains de ses semblables.Et c\u2019est le défi d\u2019avoir à donner corps à un personnage hors du commun qui a séduit Julie Kurtness.On remarquera tout de suite que ce tout premier roman est écrit au « je », ce qui donne dès le départ un caractère intime au récit.Le lecteur sera frappé par cette écriture souvent lumineuse tout autant que par la vision du monde mise en relief.Tout tourne ici autour d\u2019une jeune femme dont on ne saura jamais le nom.Discrète, anonyme malgré son aspect presque angélique, on la voit prendre tous les moyens du monde pour ne pas se faire remarquer.Et puis voilà qu\u2019au détour d\u2019une remarque caustique sur la bêtise du monde, on apprend qu\u2019elle est traductrice à la chaîne Réalité : la liste des émissions sur lesquelles elle travaille est d\u2019une drôlerie sans nom.Mais, aussi drôle soit-elle, Mademoiselle X est une tueuse en série.Tout a commencé presque accidentellement alors qu\u2019elle avait 12 ans, mais, soyez rassuré, ce petit livre déroutant se terminera sur un bilan beaucoup plus lourd.C\u2019est justement que notre « amie » si discrète ne peut pas supporter la présence de ceux qui dénaturent le monde d\u2019une façon ou d\u2019une autre.Avant que ce qu\u2019elle perçoit comme une sorte de Système de plus en plus anonyme et de plus en plus bête ne vienne broyer dé- f ini t ivement la beauté du monde, elle « fait le ménage » autour d\u2019elle en éliminant les plus coupables.Les violents, les violeurs, les pollueurs, les profiteurs et les hypocrites n\u2019ont qu\u2019à bien se tenir ; surtout que le catalogue des choses qui l\u2019irrite est infini.Tout cela fait de Mademoiselle X un personnage étrange et particulièrement réussi; on se surprendra même à la trouver sympathique et à par tager par fois sa lecture du monde.Jusqu\u2019à un certain point, bien sûr\u2026 et beaucoup moins quand les choses dérapent à la toute fin, lorsque l\u2019auteure se sent obligée de passer à une vitesse supérieure qui ne colle pas vraiment à la finesse de son personnage et que les cadavres s\u2019amoncellent.Il est rare qu\u2019un premier roman soit aussi réussi.Tout n\u2019y est pas parfait, évidemment, mais cette écriture ciselée, ce personnage hors norme et cet humour si particulier risquent de séduire le lecteur le plus dif ficile.Surtout si on oublie les dix dernières pages, qui semblent n\u2019avoir été écrites que pour mettre fin au récit.Retenons du moins que Mademoiselle X respire toujours le même air que nous, qu\u2019on ne soupçonne même pas son existence\u2026 et que l\u2019on risque de la voir apparaître au détour d\u2019un prochain livre.Collaborateur Le Devoir DE VENGEANCE ?J.D.Kurtness L\u2019instant même Longueuil, 2017, 136 pages POLAR La vengeance anonyme d\u2019une jeune fille ordinaire J.D.Kurtness trace le portrait d\u2019une tueuse en série discrète P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 2 La déroute Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 1/6 Au chant des marées \u2022 Tome 1 De Québec à l\u2019Île.France Lorrain/Guy Saint-Jean \u2013/1 L\u2019espoir des Bergeron \u2022 Tome 3 L\u2019héritage Michèle B.Tremblay/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Les saisons de l\u2019espérance \u2022 Tome 1 L\u2019innocence Richard Gougeon/JCL \u2013/1 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 7 Vent de.Anne Robillard/Wellan 2/5 Eva Braun \u2022 Tome 1 Un jour mon prince viendra Jean-Pierre Charland/Hurtubise 3/3 La famille du lac \u2022 Tome 3 Héléna Gilles Côtes/Guy Saint-Jean 10/2 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 1 L\u2019incendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 4/20 À qui la faute?Chrystine Brouillet/Druide 6/14 Une promesse pour Alice Éliane Saint-Pierre/Les Éditeurs réunis 9/4 Romans étrangers Une colonne de feu Ken Follett/Robert Laffont \u2013/1 Millénium \u2022 Tome 5 La fille qui rendait coup.David Lagercrantz/Actes Sud 1/2 La vengeance du pardon Eric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 2/3 Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 6/26 Frappe-toi le cœur Amélie Nothomb/Albin Michel 5/4 Tous les deux Nicholas Sparks/Michel Lafon \u2013/1 Cross, coeur de cible James Patterson/Lattès 3/6 La dernière des Stanfield Marc Levy/Robert Laffont 10/21 Underground railroad Colson Whitehead/Albin Michel 7/3 C\u2019est le cœur qui lâche en dernier Margaret Atwood/Robert Laffont 8/3 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/48 Dictionnaire critique du sexisme linguistique Collectif/Somme toute 4/3 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 2/18 Grammaire non sexiste de la langue française Michaël Lessard | Suzanne Zaccour/M éditeur 10/2 Georges Leroux.Entretiens Christian Nadeau | Georges Leroux/Boréal 3/3 Infiltrer Hugo Meunier Hugo Meunier/Lux 7/2 L\u2019inéducation.L\u2019industrialisation du système.Joëlle Tremblay/Somme toute \u2013/1 Écrits et entretiens sur l\u2019art Pierre Théberge/Varia \u2013/1 Survivance.Histoire et mémoire du XIXe siècle.Éric Bédard/Boréal \u2013/1 Un coin dans la mémoire Yvan Lamonde/Leméac 8/2 Essais étrangers Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/2 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/83 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 3/26 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les.Frédéric Lenoir/Fayard 4/13 Brève encyclopédie du monde \u2022 Tome 2.Michel Onfray/Flammarion 7/3 La mémoire n\u2019en fait qu\u2019à sa tête Bernard Pivot/Albin Michel \u2013/1 La machine à tuer.La guerre des drones Jeremy Scahill/Lux \u2013/1 La face cachée d\u2019Internet Rayna Stamboliyska/Larousse \u2013/1 Une très légère oscillation Sylvain Tesson/Équateurs 8/2 L\u2019empire de l\u2019or rouge Jean-Baptiste Malet/Fayard 5/6 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 11 au 17 septembre 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.DAVID AFRIAT LE DEVOIR Olivier Sylvestre livre des textes qui nous aggrippent au collet. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 LIVRES> FICTION F 4 J\u2019 en ai fait des cauchemars : dans ces rêves de forêt mouvante qui se refermait sur mes mouvements affolés, je fuyais à la belle épouvante des assaillants dont je ne voyais jamais le visage, leur présence se faisant sentir par des craquements furieux retentissant à ma suite, et sur tout par une peur qui paralysait lentement mon cœur, comme si un goudron prenait la place du sang pour figer l\u2019organe depuis l\u2019intérieur.Il faut dire que Taqa- wan, d\u2019Éric Plamondon, cultive une angoisse qui se révèle peu à peu suffocante, au fil d\u2019une intrigue captivante à souhait mais surtout chargée d\u2019une violence à la mesure des faits historiques qui ont inspiré cette fiction maîtrisée et puissante.Avant de lire, je ne savais rien de ce qui s\u2019était passé en juin 1981 chez les Micmacs de Listuguj, et n\u2019avais jamais non plus visionné le documentaire Les événements de Restigouche de la grande Alanis Obomsa- win (production saluée par Plamondon à la fin de son livre, et toujours disponible sur le site de l\u2019ONF).Si ce n\u2019est que pour cette mise à jour, voilà un roman qui fait œuvre utile, avant toute chose.Par les mots et la manière (ces fragments hyperdocumen- tés, reconnaissables entre tous) qui fabriquent la trame dense et inconfortable offerte par Taqa- wan, toute la dureté de cet épisode méconnu est exposée.Et par le pouvoir du récit, c\u2019est comme si nous y étions.Pla- mondon nous plonge dans la chair palpitante de la crise par celle de ses personnages: nous sommes tour à tour révoltés avec Yves Leclerc, le garde- chasse objecteur de conscience, silencieux avec William, l\u2019ermite au regard juste, et terrorisés avec Océane, cette jeune fille inventée qui court sous le pont avec les vrais garçons vus dans le film d\u2019Obomsawin.Surtout, nous apprenons peu à peu ce qui s\u2019est passé là.Et que ça n\u2019a rien de glorieux.Répression Je ne me risquerai pas ici au résumé complet de l\u2019affaire, puisque l\u2019exercice est périlleux et surtout ne rendrait pas justice au délicat entrelacs tissé par l\u2019auteur entre les événe- ments de 1981 et la vie sur la péninsule avant l\u2019arrivée des Européens, entre son histoire aussi rude que celles qu\u2019on entendrait dans une commission d\u2019enquête et les détails biologiques de l\u2019existence des saumons, entre une tradition chatoyante de légendes et un récit (passé au filtre de la littérature, mais néanmoins très fidèle) de ce qui fut fait et dit là-bas, en ces jours-là.Disons seulement, pour tirer le fil qui nous intéresse : le 9 juin 1981, un ordre fut donné par le gouvernement de René Lévesque, qui exigeait que les Micmacs retirent tous leurs filets de la rivière Risti- gouche, en pleine saison de pêche, à 24 heures d\u2019avis.Dès le lendemain de la date butoir, une descente a eu lieu dans la réserve.550 policiers venus faire une démonstration de force sur 150 pêcheurs et leurs familles.Confisquation des filets au nom de la sauvegarde de l\u2019espèce, alors que la quantité de poissons pêchés par les Micmacs de Resti - gouche représentait une fraction du fruit des pêches sportives et commerciales d\u2019alors.Répression.Arrestations arbitraires à cinq policiers pour un prévenu.Brutalité.Humiliation collective.Bref, vaste punition préventive, donnée comme en exemple, contre toute forme de contestation populaire.Même justifiée.Même légitime.Je fais d\u2019autres cauchemars par les temps qui courent, éveillés ceux-là, même s\u2019ils se déploient presque dans le même décor (à vingt kilomètres près).Cette fois, ce ne sont pas les Micmacs qui sont au cœur d\u2019un bras de fer où la force déployée pour faire taire la dissidence n\u2019a aucune commune mesure avec les moyens de l\u2019adversaire (ici, une poignée de citoyens et leur maire).Ainsi, la petite municipalité de Ristigouche-Par tie-Sud-Est fait face à une poursuite- bâillon menée par Gastem, une pétrolière qui prétend que l\u2019adoption d\u2019un règlement sur la protection de l\u2019eau potable par le conseil municipal en 2013 lui a causé un préjudice irréparable.La compagnie demande donc 1,5 million de dollars de compensation, soit plus de 5,5 fois le budget annuel de la ville de 157 habitants.Le procès s\u2019est clos la semaine dernière.La municipalité, pour assurer sa défense, a dû faire appel à la solidarité du public et lancer une campagne de so- ciofinancement pour payer les frais de cette longue saga judiciaire, puisque le gouvernement du Québec s\u2019en est lavé les mains.Le jugement tombera d\u2019ici un an, et il sera capital pour la suite des choses puisqu\u2019il fera jurisprudence au Québec pour toutes les causes semblables à venir, et on peut présumer qu\u2019elles seront nombreuses.Cette histoire a été très peu couverte médiatiquement, il me semble, compte tenu de la profondeur des enjeux soulevés.Quand la grande entreprise décide de protéger ses intérêts et d\u2019empêcher le débat par la menace de mettre une municipalité en faillite, et quand le gouvernement échoue à défendre les intérêts de ses propres citoyens, faut qu\u2019on se parle, comme dirait l\u2019autre.Ces deux batailles éloignées de presque quarante ans s\u2019entremêlent dans mon esprit, parce qu\u2019elles ont bien plus à voir entre elles que la simple géographie.Elles mettent en scène des puissants qui abusent de leur pouvoir face à des gens qui refusent de s\u2019agenouiller, et la colère des uns devant le courage des autres est une réponse complètement déréglée.J\u2019admire de tout mon être l\u2019insoumission des petits devant la fatalité des inégalités.Elle est un geste de v ie qui répond à toutes mes soifs inextinguibles, celle d\u2019eau potable comme celle de justice.À LA PAGE De justice et d\u2019eau potable devenu pr imo-romancier.Comme beaucoup de navigateurs, il était misanthrope, mais ce n\u2019était pas un ermite.Il était en rupture avec la civilisation, mais pas avec l\u2019amour, pas avec la famille et surtout avec cette idée de construire une arche de Noé » pour se préserver de la violence d\u2019un monde qui, même en pleine mer, est venu à plusieurs reprises le rattraper.Avec la mort de la mère de Thomas, au matin du 20 février 1979 au large de l\u2019atoll de Ban- coran dans l\u2019archipel des Philippines.Et puis avec celle d\u2019Ann, son avant-dernière femme, au large de la Grenade, le 26 janvier 1984, percutée par la violence de la bôme de L\u2019Artemis, un voilier qu\u2019il avait construit lui-même, bôme mise en mouvement par un capteur de vent bloqué par du linge mis à sécher au grand vent.Tangvald entrait ainsi dans la légende des « marins sous le titre du plus triste vagabond de la voile », écrit Olivier Kemeid, qui se souvient de cette vie hors du commun que le navigateur lui a racontée dans sa jeunesse lors d\u2019un moment fort qu\u2019il romance dans son bouquin.« On descend la grand-voile dans l\u2019écoutille centrale pour faire un écran, relate-t-il en entrevue.Un autre bateau nous passe une génératrice et avec une machine à diapos, il nous montre sa vie, la naissance de Thomas, les photos de la reconstitution avec la police des Philippines de la scène de crime, lorsque Lydia est abattue sous ses yeux, lorsque Thomas s\u2019accroche à sa jambe.J\u2019ai les yeux écarquillés.Peter Tangvald est un conteur.Il repasse sa vie en photos sans doute comme un processus de guérison.Et moi, je n\u2019arrive pas à croire que quelqu\u2019un a pu avoir une telle existence.» Olivier Kemeid avoue avoir songé à ce réci t pendant 15 ans, avant de passer les cinq dernières années à l\u2019écrire.«Pour moi, cela ne pouvait pas être autre chose qu\u2019un roman.Il n\u2019y a pas de dimension théâtrale dans la vie de Peter Tangvald, qui relève surtout de l\u2019odyssée.» Odyssée dont les grandes lignes, même si elles tracent les contours d\u2019une figure maritime éloignée de la réalité des citadins, des sédentaires, des habitants de la terre ferme, finissent toujours par interpeller.Déraison aquatique En guise d\u2019introduction, Olivier Kemeid cite le philosophe Michel Foucault sur la raison qui, dans l\u2019imaginaire occidental, a toujours été associé à la terre ferme, alors que « la déraison, elle, a été aquatique depuis le fond des temps », écri- vait-il dans L\u2019eau et la folie en 1963.Déraison, misanthropie, fatigue de ce combat perpétuel face à la vie quotidienne et au vivre-ensemble : les thèmes remontent à la surface, comme l\u2019écume des vagues, lorsqu\u2019on suit ces mers tangibles et symboliques sur lesquelles Tang- vald a fait avancer son voilier.Ils font aussi réfléchir les lecteurs sur cette fuite en avant, cette lâcheté qu\u2019un navigateur comme lui peut partager avec un citoyen cherchant sans cesse à être en contradiction avec son présent, admet le dramaturge-romancier.« On peut aussi y voir la métaphore de l\u2019artiste, dit Olivier Kemeid, celle de sa quête absolue pour décrire une société avec laquelle il est profondément en rupture.Peter Tang- vald était aussi ça », tout en ayant été aussi cette source d\u2019inspiration inconsciente chez l\u2019auteur qui, en dévoilant ce texte, constate tous les points de convergence avec son œuvre théâtrale.« Les trois quarts de mes pièces parlent de la relation père-fils, de l\u2019errance, du voyage, dit-il.L\u2019énéide, une de mes premières pièces , prend racine dans l\u2019Odyssée d\u2019Ulysse », alors que son Tangvald s\u2019adresse au final à Thomas, fils de Peter, que le romancier aime voir comme Télémaque, et dont la disparition en mer, en 2014, est venue accélérer l\u2019écriture de ce bouquin.« Je voulais transmettre cette mémoire », dit-il, comme pour rappeler le destin de ces gens fuyant le groupe de peur des violences, des injustices, des abominations que le vivre- ensemble peut faire émerger, sans pour autant trouver dans l\u2019ailleurs cette paix qui, nous rappelle Peter Tangvald malgré lui, a tout d\u2019un concept illusoire.Le Devoir TANGV ALD Olivier Kemeid Gaïa Éditions Paris, 2017, 224 pages SUITE DE LA PAGE F 1 KEMEID Un roman édité en France La question lui est posée, et il a la réponse: c\u2019est par une maison d\u2019édition française qu\u2019Olivier Kemeid voulait être édité, non pas par snobisme, mais «pour avoir une nouvelle virginité», pour passer de dramaturge à romancier, sans complaisance, sans étiquette.«Je voulais que le livre soit édité pour ce qu\u2019il est et non pas pour celui qui l\u2019a écrit, explique-t-il.Je ne voulais pas que l\u2019objet, qui est si fragile, si sensible, devienne le roman de l\u2019homme de théâtre.» Envoyé comme une bouteille à la mer à plusieurs éditeurs, c\u2019est Gaïa Éditions, maison dans le giron d\u2019Actes Sud, que Tangvald a trouvé son port d\u2019attache.Sorti fin août en Europe, il est depuis porté par une voile gonflée par ce vent arrière qui se prépare désormais à souffler ici.D O M I N I C T A R D I F Q ui au Québec sait écrire des phrases comme celle- ci ?«Tous les modèles ne s\u2019abandonnaient pas avec autant d\u2019aise ; certains ne s\u2019abandonnaient même pas du tout ; et Simone s\u2019ef forçait d\u2019apprendre à reconnaître cette honte pudique, souvent bien cachée sous des dehors braves car chacun ne demandait qu\u2019à plaire à Simone, à lui donner le matériau dont elle faisait son art, cet art sur lequel elle semblait posséder une si juste souveraineté que toute récalcitrance du modèle eût semblé un exercice d\u2019insoumission, une preuve d\u2019illégitimité.» Réponse : personne, sauf David Turgeon.Fidèle à ses retorses habitudes, le finaliste du Prix littéraire des collégiens en 2016 (pour Le continent de plastique) emploie dans Simone au travail le subter fuge du roman pour inventer une langue aux habits faussement surannés, mais au rythme toujours primesautier, dans une perspective que l\u2019on qualifierait de ludique, si cet adjectif n\u2019avait pas été confisqué par toutes sortes de gens détestables.Que raconte donc ce quatrième roman de l\u2019auteur aussi connu pour son travail de bé- déiste?C\u2019est compliqué.L\u2019écrivain se moque d\u2019ailleurs lui- même de son intrigue intentionnellement alambiquée et de ses «histoires tarabiscotées », ainsi qualifiées par un narrateur lucide.Contentons-nous de ceci : Simone, dessinatrice réputée pour ses œuvres érotiques créées avec modèle(s), doit bientôt épouser Fabrice Man- saré, fils de l\u2019autocrate à la tête de Port-Merveille, sur le point d\u2019être dégommé.Ce futur mari, aussi appelé Charles Rose, doit ramener au pays un précieux diamant, le Suprême Orchestre.Vous suivez?Nous non plus.Imaginez plutôt \u2014 ce sera plus simple \u2014 la parodie savante et espiègle d\u2019un polar géopolitique d\u2019abord écrit en langue étrangère, qui aurait été portée au français par un tra- ducteur-orfèvre, nourrissant une passion ne pouvant être réprimée pour l\u2019adverbe peu usité et pour la périphrase joueuse.De digression en digression David Turgeon demeure à travers Simone au travail le maître de la digression jubila- toire, au point où cette histoire de diamant ressemble souvent à une excuse lui permettant de gloser autour de questions graves comme l\u2019art d\u2019enchaîner parfaitement les titres obscurs pour le DJ d\u2019un bar, ou celui, encore plus sibyllin, du magasinage en compagnie d\u2019une princesse.L\u2019inventivité jaillit jusque dans les moindres détails et la description de la chanson Coupez coupez, interprétée par la nouvelle présidente de Port- Mer veille, révèle à nouveau l\u2019auteur en grisant critique musical (bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un morceau complètement fictif).Écrivain plus politique que le premier coup d\u2019œil ne le suggère, Turgeon laisse saillir au passage son exaspération envers les patrons misogynes ou à un monde du travail étouffant.Difficile de ne pas entrevoir l\u2019esquisse de la société dont il rêve quand une femme prend la tête d\u2019un pays, que les mines de diamants y sont nationalisés et que le cabinet ministériel est composé de «députés de la coalition sociale-démocrate ainsi que des musulmans modérés».L\u2019engagement a rarement le chic de se manifester avec autant de subtilité.Référentiel mais pas mas- turbatoire, amusant mais pas trop volontairement comique, digressif mais pas confus, Simone au travail est un voyage au pays d\u2019un imaginaire plaçant son érudition, sa verve et sa folie au ser vice du plus suave des plaisirs : celui qui élève l\u2019intelligence.Collaborateur Le Devoir SIMONE AU TRAVAIL ?1/2 David Turgeon Le Quartanier Montréal, 2017, 288 pages L\u2019orfèvrerie langagière de David Turgeon Ou le roman comme vaste prétexte à une série de jubilatoires digressions PEDRO RUIZ LE DEVOIR Écrivain aux inclinaisons politiques, David Turgeon laisse saillir au passage son exaspération envers les patrons misogynes.SOURCE ONF Une image tirée du documentaire Les évènements de Restigouche de la réalisatrice Alanis Obosawin, tourné au mois de juin 1981.VÉRONIQUE CÔTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 LIVRES> FICTION F 5 J E A N - P H I L I P P E P R O U L X Ê tre si saoul qu\u2019on en hallucine des éléphants roses.On retrouve cette métaphore chez Jack London comme dans Dumbo de Walt Disney.Chez Martin Suter toutefois, l\u2019éléphant n\u2019est pas que rose, il est rose fluorescent.Et il n\u2019est pas forcément le fruit d\u2019un délire.Avec la bioluminescence, cette production de lumière par un organisme vivant, ce prodige est \u2014 presque \u2014 devenu possible.À preuve, ces lapins et ces chatons fluorescents apparus sur le Web ces dernières années, gracieuseté de manipulations génétiques (et non, ce ne sont pas des fake news).Chez l\u2019auteur suisse, donc, l\u2019éléphant rose est par surcroît mini.Il a même un nom : Sa- bou, et c\u2019est son parcours que retrace Éléphant, le dernier-né de Martin Suter (Je n\u2019ai rien oublié, Small World).Ce roman choral s\u2019ouvre alors que Schoch, un sans-abri de Zurich, avise le petit animal trans- génique caché au fond d\u2019une grotte.Schoch, qui n\u2019a jamais eu à se soucier de personne, est déterminé à sauver son nouveau compagnon.Doté d\u2019une mission, il amorce ainsi une transformation de vie.Vol ou sauvetage?Créature du « mé- chant» généticien Roux, Sabou était destiné à devenir une célébrité aux quatre coins du globe.Mais on a volé son animal précieux au scientifique.Derrière ce sauvetage organisé, un Birman qui murmure à l\u2019oreille des éléphants.Ce dernier a vu naître la bête qu\u2019il considère comme sacrée.Se mêle au récit un directeur de cirque cynique louant les utérus de ses élé- phantes pour continuer à faire tourner son chapiteau et une vétérinaire humaniste prête à tout pour lutter contre ces mains avides d\u2019argent.Ensemble, ils ont contribué à la naissance de l\u2019animal aujourd\u2019hui menacé par des intérêts financiers qui aspirent à le cloner dans des usines chinoises.Suter \u2014 ancien journaliste chez Géo \u2014 soulève avec réalisme, précision et aplomb de multiples questions éthiques.«Quelqu\u2019un, dans cette affaire, avait pratiqué une intervention sur la nature dans une intention qui n\u2019était pas liée à un projet scientifique destiné à guérir des maladies ni à sauver des vies.Il l\u2019avait fait pour produire un objet sensationnel et, si possible, en tirer une fortune.Avait-il voulu fabriquer un jouet vivant?» À l\u2019heure où l\u2019art biotechno- logique s\u2019intensifie, Éléphant débarque comme un plaidoyer nécessaire contre les dangers des modifications génétiques.Qu\u2019est-ce qui sépare l\u2019évolution de la création ?S\u2019agit-il d\u2019un miracle ou d\u2019une manipulation de laboratoire ?Le roman \u2014 qui se lit comme un thriller rocambolesque \u2014 offre plusieurs pistes intéressantes.Le tout avec une cer taine légèreté en collant à tous les codes d\u2019un conte : une fin heureuse, des bons, des méchants et une impossible histoire d\u2019amour.À trop vouloir piger dans plusieurs styles littéraires, Suter aurait pu y perdre au change, un peu comme la science quand elle s\u2019égare dans la manipulation génétique.Mais non.Ni moraliste ni bêtement politique, nous sommes ici face à une intéressante réflexion sur nos sociétés et les multiples dérives de notre siècle.Le Devoir ÉLÉPHANT ?Martin Suter Traduit de l\u2019allemand (Suisse) par Olivier Mannoni Éditions Christian Bourgois Paris, 2017, 360 pages De l\u2019esthétique de l\u2019éléphant rose Éléphant, le conte moderne de Martin Suter, déboulonne les transformations génétiques ROLAND-PIERRE PARINGAUX ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE Des soldats nord-vietnamiens sur un char d\u2019assaut à Da Nang, au mois d\u2019avril 1975, alors que la ville est assiégée par le Vietcong.C H R I S T I A N D E S M E U L E S D epuis l\u2019évacuation de Saigon en 1975 et les derniers jours de la république du Vietnam jusqu\u2019au tournage du film Apocalypse Now à la fin de la même décennie, Viet Thanh Nguyen emprunte une perspective américaine plutôt rare sur la guerre du Vietnam, en nous la donnant en quelque sorte à voir de l\u2019intérieur.Réfugié ar rivé aux États- Unis à l\u2019âge de quatre ans, détenteur d\u2019un doctorat de Berkeley, aujourd\u2019hui professeur de littérature à l\u2019Université de Californie du Sud, V iet Thanh Nguyen a conçu son premier roman comme une sorte d\u2019anti-Apoca- lypse Now.Un roman nourri des théories marxistes impor tantes à ses yeux et dans lequel les Vietnamiens ne font pas que de la figuration.Le sympathisant lui a valu le prestigieux prix Pulitzer de la fiction en 2016.«Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double », commence le narrateur de cette longue confession.Enfant illégitime et métis, né du croisement d\u2019un prêtre catholique français et d\u2019une adolescente vietnamienne, devenu aide de camp et officier de renseignement au sein de la police secrète du Vietnam du Sud après avoir été formé aux États-Unis, le narrateur est aussi, depuis un pacte fait avec un ami d\u2019enfance, un agent infiltré des forces communistes vietnamiennes.Il avait passé six années idylliques dans une université de la Californie du Sud des années soixante, heureux dans «ce monde délicieux et abruti de soleil ».Mais où tout n\u2019était pas par fait.« J\u2019avais beau être à moitié asiatique, dès qu\u2019il s\u2019agissait de la race, en Amérique, c\u2019était tout ou rien.Soit vous étiez blanc, soit vous ne l\u2019étiez pas.» Réfugié aux États- Unis, installé en Californie dans l\u2019entourage de son ancien patron, le général qui dirigeait la police secrète, recyclé quant à lui dans le commerce d\u2019alcool au détail et dans la restauration, il continue à ser vir ses deux maîtres et sera chargé d\u2019éliminer sans faire de vagues d\u2019anciens compagnons de route qui n\u2019avaient plus la confiance du général.« Dans notre pays, tuer un homme \u2014 ou une femme, ou un enfant \u2014 était aussi simple que tourner la page de son journal le matin.Il suffisait d\u2019avoir une excuse et une arme, deux choses que trop de gens, dans les deux camps, possédaient.» À titre d\u2019agent double, il va rédiger méthodiquement, à l\u2019encre invisible (on parle aussi parfois d\u2019encre « sympathique »), pour les forces communistes, de longues lettres à l\u2019apparence banale destinées à la tante d\u2019un ami installée à Paris.Mais rapidement, il va aussi devenir conseiller technique pour un film hollywoodien qui plonge dans la guerre du Vietnam \u2014 ouver tement inspiré de celui de Francis Ford Coppola .Et c \u2019est au cours d\u2019un long séjour aux Philippines pour le tournage du « Film » que va s\u2019amorcer pour lui une véritable descente aux enfers.Plus tard, au cours d\u2019une «mission de la dernière chance», un retour au Vietnam via la Thaïlande, les communistes vont lui demander des comptes.«Les révolutionnaires sont des insomniaques, trop effrayés par le cauchemar de l\u2019Histoire pour pouvoir dormir, trop troublés par les maux du monde pour ne pas rester éveillés\u2026» Viet Thanh Nguyen, 46 ans, est solidement installé aux commandes d\u2019un monologue puissant.Accroché aux lèvres de ce personnage clair- obscur, à la fois acteur, témoin, récitant, double, le lecteur baigne en permanence dans l\u2019ambiguïté, l\u2019inconfort.Aux prises avec sa conscience, cet antihéros, trop conscient de la méfiance qu\u2019il suscite par sa dualité, nous fait le récit de sa propre dérive.Roman sur le Vietnam, certes, mais roman qui aborde aussi de front, avec une franchise rare, la réalité de l\u2019immigration aux États-Unis.L\u2019Américain de 46 ans, qui a lui - même quitté ce pays du Sud- Est asiatique en 1975 avec sa famille parmi d\u2019autres boat people , sait visiblement de quoi il parle.Roman de guerre, thriller d\u2019espionnage à la Graham Greene, procès de l\u2019American dream livré du point de vue des immigrants d\u2019origine asiatique, trajectoire d\u2019une conscience coincée entre le napalm des uns et l\u2019autocritique des autres, Le sympathisant laisse des traces.Et le roman, on le sait déjà, aura une suite.Une exploration habile d\u2019un entre-deux mondes.Collaborateur Le Devoir LE SYMPATHISANT ?Viet Thanh Nguyen Traduit de l\u2019anglais (États- Unis) par Clément Baude Belfond Paris, 2017, 504 pages Les étranges étrangers de Viet Thanh Nguyen L\u2019auteur plonge dans un Vietnam écartelé entre le napalm américain et l\u2019autocritique des communistes R A L P H E L A W A N I A vec Nos richesses, la romancière algérienne Kaouther Adimi, en lice cet automne pour les prix Goncour t, Re- naudot et Médicis, signe une exofiction d\u2019une rare maîtrise et raconte, à travers les cahiers fabulés d\u2019Edmond Char- lot, libraire et premier éditeur d\u2019Albert Camus, l\u2019histoire des profondes transformations vécues par l\u2019Algérie et le monde de l\u2019écrit au XXe siècle.Troisième roman de Kaou- ther Adimi, après Des ballerines de papicha (publié en 2010 chez Barzakh, puis chez Actes Sud, sous le titre L\u2019envers des autres) et le remarqué Des p i e r r e s dans ma poche (Seuil, 2016), Nos richesses est à la fois un livre de chœurs et de cœur.Un récit à trois voix où le passé colle aux semelles du présent, entre les murs d\u2019un local de sept mètres sur quatre, logé au 2 bis, rue Hamani (ex-rue Charras, comme on le répétera souvent) ; un chétif trait d\u2019union entre des époques qui se confondent dans l\u2019incommunicabilité et les violences déchirant le pays.Au-delà d\u2019une maîtrise éclatante du rythme et de la narra- tivité, le ton est sans conteste ce qui se dégage de cette œu- vre.C\u2019est ce « nous » qui s\u2019adresse à un « vous » ; cette sensation que la voix pourrait aussi bien s\u2019avérer celle du vent que celle de la poussière d\u2019Alger la blanche.Mais qui donc peut bien inviter le lecteur à « [oublier] que les chemins sont imbibés de rouge, que ce rouge n\u2019a pas été lavé et que chaque jour, nos pas s\u2019y enfoncent un peu plus » ?L\u2019espace de 216 pages, on comprendra l\u2019origine de l\u2019imparable souffle de ce poumon littéraire que la romancière de 31 ans a su faire sien.Roman polyphonique, Nos richesses raconte trois histoires parallèles : l\u2019une ancrée dans le réel, celle d\u2019Alger ; l\u2019une inspirée d\u2019une histoire vraie, celle d\u2019Edmond Charlot (1915-2004), libraire et éditeur d\u2019Albert Camus, de Jules Roy et d\u2019André Gide, à travers ses carnets fictifs ; et l\u2019une ancrée dans la fiction, celle de Ryad, un jeune homme chargé de liquider ce qui reste de la librairie Les Vraies Richesses, fondée par Charlot en 1936, qui sera bientôt transformée en échoppe de beignets.À l\u2019image du petit local de l\u2019éditeur qui ambitionnait de « faire venir des écrivains et des lecteurs de tous les pays de la Méditerranée sans distinction de langue ou de religion», le livre d\u2019Adimi est un lieu où se rencontrent le fantasme et le traitement-choc.C\u2019est la douleur du désargenté Abdallah, dernier gardien de l\u2019endroit, la stupeur d\u2019un Charlot qui découvre la prose d\u2019un Mouloud Feraoun, l\u2019incompatibilité des mœurs intergénérationnelles dans cette ville où Dieu est « le premier et le dernier vers qui on se tourne », et l\u2019énergie du désespoir qui met sur un pied d\u2019égalité l\u2019ambition de l\u2019éditeur infatigable et celui des footballeurs Rachid Mekhloufi, Ab- delhamid Kermali et Mokhtar Arribi, inspirés à fonder l\u2019équipe nationale algérienne, dans un élan nationaliste, sous le nez de leurs clubs français respectifs, qu\u2019ils quitteront du jour au lendemain en 1958.Pour voler le mot de Mer- leau-Ponty, on pourrait parler de cet endroit, dont le slogan était « Un homme qui lit en vaut deux», comme d\u2019un corps hanté par un autre.Ou plus près de chez nous, comme l\u2019écrivait Arthur Buies, d\u2019une chambre pleine de fantômes, où dans un coin le diable rit à se tordre.Ce « nous », dont l\u2019auteur parle, est peut-être en définitive la littérature elle-même qui s\u2019exprime, à travers les interstices divisant les générations.Et c\u2019est, espérons-le, cette force vive qui se dégagera du lot lorsque Pivot, Des- pentes, Ben Jelloun et compagnie désigneront le livre gagnant parmi les 15 finalistes du Goncourt cette année.Collaborateur Le Devoir NOS RICHESSES ?1/2 Kaouther Adimi Seuil Paris, 2017, 216 pages Un homme qui lit vaut bien deux beignets L\u2019Algérienne Kaouther Adimi signe un troisième roman à voix multiples, entre passé et présent ÉDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS L\u2019écrivain Martin Suter FAROUK BATICHE AGENCE FRANCE-PRESSE Un homme passe devant une boutique qui fut autrefois la librairie Les Vraies Richesses, fondée par Edmond Charlot, éditeur d\u2019Albert Camus. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 ESSAI F 6 L I V R E S P ourquoi lit-on des livres d\u2019histoire ?« Le vaste public des lecteurs et des passionnés du passé, répond l\u2019historien Éric Bédard, n\u2019attend pas seulement des historiens professionnels qu\u2019ils ouvrent de nouveaux \u201cchantiers de recherche\u201d.Il veut se reconnaître dans l\u2019humanité de ses devanciers, qu\u2019ils soient d\u2019ici ou d\u2019ailleurs.Ces lecteurs veulent sentir que les grands troubles de leur existence, personnelle et collective, furent le lot des générations antérieures.» On lit donc de l\u2019histoire pour mieux connaître le passé, évidemment, pour en tirer quelques leçons, peut-être, mais il y a plus encore, qui tient à la dimension existentielle de la discipline : on lit de l\u2019histoire pour approfondir notre humanité, en solidarité avec les ancêtres qui nous ont faits.« Grâce à un personnage, à un groupe, à une époque, à un pays, on découvre des gens qui se posaient des questions, qui doutaient d\u2019eux- mêmes, qui cherchaient à tâtons des pistes d\u2019avenir et qui ont su rebondir, pour le meilleur ou pour le pire\u2026» écrit Bédard dans une belle envolée sur l\u2019utilité de l\u2019histoire.Surmonter le désarroi À l\u2019heure où les Québécois semblent désemparés quant à leur avenir collectif, où la question nationale baigne dans un flou politique qui nourrit la déprime, voire la tentation de la déser tion, Éric Bédard, déjà auteur de la remarquable monographie Les réformistes (Boréal, 2009), se penche encore sur cette génération canadienne-fran- çaise qui a dû, au lendemain de l\u2019écrasement des rébellions patriotes de 1837- 1838, chercher des sorties de secours.Les patriotes, note l\u2019historien, « avaient rêvé d\u2019instaurer une République du Nouveau Monde ; or voilà qu\u2019ils étaient désormais confinés dans la réserve provinciale d\u2019un dominion britannique ».Bien des Québécois, depuis la défaite référendaire de 1995, ont l\u2019impression d\u2019expérimenter un semblable désarroi.Bédard est de ceux-là, ainsi qu\u2019il en témoignait dans Années de ferveur, 1987-1995 (Boréal, 2015), et l \u2019histoire lui ser t ici, pour reprendre la formule du grand historien Mar- rou, de « leçon d\u2019humanité ».Les onze textes réunis dans Survivance : histoire et mémoire du XIXe siècle canadien-fran- çais (Boréal) ne sont pas tant des études historiques que des essais sur les interprétations de l\u2019histoire du Québec.Il s\u2019agit moins, cette fois, d\u2019enquêter sur l\u2019époque en question que d\u2019en proposer une lecture empathique.Avec le beau style classique qui le caractérise, avec sa conception de l\u2019histoire comme discipline ayant une portée existentielle, Bédard livre ici une œuvre majeure, élégante dans sa forme et puissante dans son propos.Sauver les meubles Si les patriotes, de nos jours, ont souvent bonne presse, il n\u2019en va pas de même des réformistes, souvent d\u2019anciens patriotes, comme Louis-Hippolyte La Fontaine, George-Étienne Cartier et plusieurs autres, qui ont dû gérer les suites de la débâcle.Les premiers, dit-on au- jourd\u2019hui, incarnent le libéralisme politique et le nationalisme civique, la modernité, quoi, alors que les seconds apparaissent comme les pères de l\u2019idéologie régressive de la sur vi- vance, comme les tenants d\u2019un clérico-nationa- lisme culturellement frileux, voire comme des traîtres ou des opportunistes parce qu\u2019ils ont accepté de collaborer avec les Anglais après l\u2019Acte d\u2019Union de 1840.Gérard Bouchard, par exemple, parle d\u2019une élite passéiste et pusillanime.Fernand Dumont admet lui aussi que les années postrébellions marquent une certaine «régression historique», mais il reconnaît toutefois, note Bédard, que cette «génération faisait face à une impasse» et qu\u2019un certain conservatisme lui fut une nécessité pour sauver la nation.Bédard, qui consacre de riches et vibrants essais à quelques grandes figures politiques du temps de même qu\u2019à des écrivains comme Philippe Aubert de Gaspé et Octave Crémazie, s\u2019inscrit dans l\u2019esprit dumontien.«Par rapport aux choix concrets qui s\u2019offraient au peuple canadien- français en 1840, conclut-il, les réformistes, soutenus par une majorité de Canadiens français, me semblent avoir suivi la voie de la prudence et de la modération.» Ils ont, dans le brouillard et la tempête, sauvé les meubles, en tentant de recomposer l\u2019union nationale.Dans son très bel essai Denis-Benjamin Viger : un patriote face au Canada-Uni (VLB, 2017), l\u2019historien Martin Lavallée, avec une perspective semblable, réhabilite, non sans souligner ses erreurs, ce réformiste dissident souvent dénigré.Dans l\u2019impasse, explique Éric Bédard, ces hommes ont agi, par nécessité, avec pr u- dence, pour sauver « du gouffre l\u2019essentiel de ce qu\u2019avaient légué les générations antérieures » et pour ainsi préserver l\u2019avenir.Grâce à l\u2019historien empathique, ces survivants, qui peuvent nous inspirer en ces temps incertains, nous parlent à l\u2019oreille.Portrait du survivant LOUIS CORNELLIER L\u2019historien Éric Bédard propose un regard empathique sur l\u2019idéologie de la survivance M I C H E L L A P I E R R E « U n microcosme de Montréal », c\u2019est ainsi que Justin Bur, Yves Desjardins, Jean- Claude Robert, Bernard Vallée et Joshua Wolfe présentent l\u2019arrondissement qu\u2019ils décrivent dans leur gros Dictionnaire historique du Plateau Mont-Royal.Rien n\u2019illustre mieux leur perspective, dans la riche iconographie de l\u2019ouvrage, qu\u2019une belle photo réunissant Mordecai Richler et Michel Tremblay, issus de cultures dif fé- rentes mais du même lieu qui imprègne leurs œuvres.Les cinq auteurs, passionnés d\u2019histoire et de mise en valeur du patrimoine, sont conscients que les frontières du Plateau ont varié selon les époques.Ils s\u2019en tiennent à l\u2019actuel arrondissement, délimité au sud par la rue Sherbrooke, au nord- est par la voie ferrée du Canadien Pacifique, à l\u2019ouest par Outremont, le parc du Mont-Royal et le campus de McGill.L\u2019est de l\u2019arrondissement, par essence de langue française, évoque les pièces et les romans de Tremblay, l\u2019ouest, plus multiculturel et plus anglophone, rappelle les romans de Richler.Rural à l\u2019origine, le secteur s\u2019urbanise entre 1880 et 1930.À part l\u2019agriculture, l\u2019exploitation, dès le XVIIIe siècle, de la pierre calcaire pour la construction, la fameuse « pierre grise » montréalaise, le caractérisait.Le dictionnaire range avec justesse, parmi les « mythes fondateurs » du Plateau, celui des Pieds-Noirs, ces rudes propriétaires ou ouvriers des carrières du coteau Saint- Louis.S\u2019y trouvent des libéraux radicaux qui n\u2019hésitent pas à se bagarrer avec les Nombrils-Jaunes, par tisans d\u2019une famille conservatrice de promoteurs immobiliers, les Beaubien, qui visent à transformer car rières et terres agricoles en zones destinées aux habitations urbaines.D\u2019autres spéculateurs fonciers s\u2019illustrent, comme un Américain d\u2019origine, Stanley Bagg (1788-1853), candidat battu en 1832 à une élection tumultueuse où des soldats britanniques tirent sur les partisans de son adversaire patriote.Son fils et son petit-fils suivront ses traces en contribuant à l\u2019urbanisation du Plateau.Qui dit urbanisation, dit modernisation.Le manifeste Refus global (1948), son auteur, le peintre Paul-Émile Borduas, et son plus célèbre signataire, Jean-Paul Riopelle, apparaissent parmi les 603 entrées de l\u2019ouvrage avec ce qui les unit au Plateau.Dans le même esprit, des articles portent sur les féministes et progressistes Éva Circé-Côté et Léa Roback, sur les poètes Gaston Miron et Leonard Cohen.Comme le souligne le lumineux dictionnaire, en rebaptisant, en 2015, la bibliothèque du Mile-End bibliothèque Mordecai-Richler, quartier Mile-End, la Ville et le Plateau réconcilient tout.« Nommer du nom d\u2019un écrivain juif agnostique une ancienne église anglicane anglophone devenue bibliothèque francophone » défie les préjugés et invite à l\u2019osmose.Le Plateau serait- il, enfin, l\u2019avenir de Montréal ?Collaborateur Le Devoir DICTIONNAIRE HISTORIQUE DU PLATEAU MONT-ROYAL ?1/2 Justin Bur, Yves Desjardins, Jean-Claude Robert, Bernard Vallée et Joshua Wolfe Écosociété Montréal, 2017, 476 pages Le Plateau, clé de Montréal Cinq auteurs passionnés proposent un dictionnaire historique du mythique arrondissement ARCHIVES DE LA VILLE DE MONTRÉAL L\u2019avenue du Mont-Royal en 1928, à l\u2019angle de l\u2019avenue des Érables.On y aperçoit l\u2019édifice abritant le Club Delorimier, un tramway et plusieurs commerces.LA VITRINE FICTION VÉNÉZUÉLIENNE PORTRAIT D\u2019UN CANNIBALE ?1/2 Sinar Alvarado Traduit de l\u2019espagnol par Cyril Gay Éditions Marchialy Paris, 2017, 220 pages Reportage-fleuve sur un fait divers sordide qui a meublé les entrefilets de la presse vé- nézuélienne à la fin des années 1990, Portrait d\u2019un cannibale dépeint le tableau sanguinolent des meurtres commis par Doran- cel Vargas, baptisé «El Comegente», ou «Le mangeur d\u2019hommes».Schizophrène et paranoïaque, le type a assassiné, démembré puis mangé une dizaine d\u2019hommes entre 1995 et 1999, à proximité de sa cahute sise sous le pont Libertador dans l\u2019État de Táchira.D\u2019abord publié en 2005, ce sont les éditions Marchialy qui, cet automne, nous dévoilent en français ce roman de «non-fiction».La petite boite française créée l\u2019an dernier se spécialise dans la « littérature du réel », dans les «grands reportages aux frontières du roman d\u2019aventures».Portrait d\u2019un cannibale, toutefois, c\u2019est le reportage amputé de sa dimension d\u2019aventure.Car il manque au récit du journaliste vénézuélien ce petit trépignement à l\u2019idée de tourner une nouvelle page.Alvarado, de sa plume claire et précise, se borne à rapporter les faits.Il se fait tantôt le témoin du meurtrier, tantôt celui des victimes et de leurs proches, accumulant les personnages et les retours en arrière dans des histoires qui, inévitablement, se recoupent, causant des redondances alourdissant un récit déjà fort complexe.Guillaume Lepage 34e Salon du livre Ancien de Montréal Mettant à l\u2019affiche la Contre-culture et la Révolution Armand Vaillancourt, invite d\u2019honneur, en fera l\u2019ouverture Grand choix de livres anciens et rares, illustrés, premières éditions et belles reliures 23 et 24 septembre 2017 Samedi : 12-18h \u2013 Dimanche : 11-17h Université Concordia 1400 boulevard de Maisonneuve Ouest Admission 6,00$ pour les 2 jours "]
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