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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2017-09-23, Collections de BAnQ.

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[" Robert Dutrisac sur le salaire des médecins omnipraticiens Page B 4 Michel David sur le projet de loi sur la neutralité religieuse de l\u2019État Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 Le Devoir d\u2019histoire Impossibilité du passé, impossibilité de l\u2019avenir Page B 6 S T É P H A N E B A I L L A R G E O N E n voulant troquer son autonomie pour l\u2019indépendance, la Catalogne ne récolte finalement que l\u2019isolement.Les spécialistes interviewés s\u2019entendent sur cette conclusion d\u2019un réalisme politique imparable : l\u2019Union européenne (UE), tout comme chacun de ses membres, ne reconnaîtra pas le résultat du référendum du dimanche 1er octobre puisque la consultation est jugée inconstitutionnelle par l\u2019Espagne.Les politologues pensent même que l\u2019Union, et surtout ses parties, ne condamnera pas \u2014 ou alors à peine, et du bout des lèvres \u2014 les blocages plus ou moins violents du processus référendaire.Bref, la Catalogne se replie sur elle-même et elle se retrouve déjà seule, et bien seule, face à la fédération continentale qu\u2019elle chercherait à rejoindre advenant une victoire du oui.«Voilà le paradoxe: si Madrid avait fait preuve de tolérance à l\u2019endroit du référendum, il n\u2019y aurait probablement pas de problèmes, explique le professeur de science politique Frédéric Mérand, directeur du Centre d\u2019études et de recherches internationales de l\u2019UdeM (CERIUM).Le fait que Madrid soit aussi fermé rend la quête d\u2019indépendance catalane extrêmement compliquée.La seule option pour la Catalogne consiste à se présenter en victime d\u2019une répression \u2014 et Madrid donne des raisons de le faire.Mais même là, avant que les autres membres de l\u2019Union dénoncent fermement la situation, il faudra plus qu\u2019une saisie des bulletins de vote et l\u2019arrestation de quelques personnes.Pour arriver à une véritable condamnation, il faudrait imaginer un bain de sang, ou en tout cas quelque chose qui sorte complètement de l\u2019État de droit.» Une question légale Bruxelles reprend « la doctrine Prodi », du nom de Romano Prodi, ancien président de l\u2019exécutif de l\u2019Union.En 2004, il avait décidé qu\u2019un État formé à la suite d\u2019une sécession au sein de l\u2019Union ne serait pas nécessairement membre de l\u2019Union.Jean-Claude Juncker, l\u2019actuel président, a bien dit qu\u2019il reconnaîtrait une Catalogne indépendante, mais il a aussi prévenu la semaine dernière qu\u2019il tiendrait compte des «arrêts de la Cour constitutionnelle espagnole et du Parlement espagnol».L\u2019exécutif de l\u2019Union a aussi précisé qu\u2019il fallait d\u2019abord un référendum respectueux de la loi fondamentale.De même, Paris réclame le «respect du cadre institutionnel espagnol», tandis que Bratislava exige que la Catalogne agisse La Catalogne laissée à elle-même Comment réagit Bruxelles devant le bras de fer entre Madrid et Barcelone ?ODD ANDERSEN AGENCE FRANCE-PRESSE La chancelière allemande, Angela Merkel, lors d\u2019un bain de foule dans la ville de Kappeln, dans le nord du pays, le 20 septembre dernier C H R I S T I A N R I O U X à Berlin L es 2000 partisans réunis en ce vendredi soir sur la place historique de Berlin Gendarmenmarkt veulent encore y croire.Devant la statue du poète Schiller, ils ont ovationné modérément le leader social-démocrate (SPD), Martin Schulz, dans ce qui pourrait être la dernière grande assemblée politique de sa carrière.Pendant qu\u2019Angela Merkel achevait sa campagne à Munich avec son allié de la CSU, Schulz, en cette fin de campagne, veut se poser en rempart contre l\u2019extrême droite même s\u2019il dit comprendre ses compatriotes qui s\u2019inquiètent, notamment dans l\u2019Est.«Si vous venez chez nous, il faut accepter les règles de ce pays», dit-il.En attendant, il faut « faire sortir le vote » et ne pas céder au désenchantement que suscitent les sondages catastrophiques.Mais Barbel, elle, n\u2019y croit plus vraiment.Venue des banlieues est, cette jeune mère de famille ira voter SPD dimanche.Mais elle sait bien qu\u2019à moins d\u2019un imprévu, son candidat n\u2019a pratiquement aucune chance de devenir chancelier et de former un gouvernement.Dans un pays avec 3 % de chômage, où l\u2019extrême droite est de retour et où les questions d\u2019immigration sont au cœur des grands débats, le message social que l\u2019ancien président du Parlement européen a véhiculé pendant toute la campagne n\u2019a jamais levé.La brève éclaircie de l\u2019annonce de sa candidature n\u2019aura été qu\u2019un feu de paille.Le SPD pourrait même obtenir dimanche un des pires résultats de son histoire, autour de 22 %, très loin derrière la CDU/CSU (38 %).L\u2019homme ne manque pourtant pas de panache.Sauf que cet ancien décrocheur devenu libraire puis entrepreneur a évité jusqu\u2019à ces tout derniers jours les sujets qui fâchent, préférant miser sur la « justice sociale».Un thème peu porteur dans un pays agité aujourd\u2019hui par d\u2019autres questions.Siphonner le SPD Il faut savoir qu\u2019«Angela Merkel a tout fait depuis 12 ans pour vider le SPD de sa substance, dit le polito- logue Gero Neugebauer.Le parti est devenu le petit poulain de Merkel, son animal de compagnie».Dès son accession au pouvoir, il y a 12 ans, la chancelière a pillé le programme des sociaux-démocrates en proposant la création de garderies.À la dernière élection, elle l\u2019a siphonné à nouveau en créant des salaires minimums par branche industrielle.Après Fukushima, elle a décrété la sortie du nucléaire.Dans le seul débat télévisé de cette campagne, Martin Schulz n\u2019avait pas grand- chose à reprocher à Merkel sur l\u2019accueil des réfugiés, sinon de ne pas avoir prévu le coup.Et la chancelière a encore cassé la baraque en annonçant qu\u2019il fallait rompre les négociations d\u2019adhésion de la Turquie à l\u2019Union européenne.Négociations dont elle avait elle-même provoqué la reprise par son accord avec le président turc Recep Tayyip Erdogan sur les réfugiés.Neugebauer compare Merkel à un serpent.«Devant l\u2019obstacle, elle ne dit rien et attend jusqu\u2019à la dernière minute.Puis, soudain, elle avale sa proie ! Pour les sociaux-démocrates, participer à une nouvelle grande coalition avec la chancelière reviendrait à un suicide.» Le polito- logue n\u2019est pas le seul à le penser.S\u2019il ne veut pas connaître le sort des socialistes français, le SPD pourrait avoir besoin d\u2019une cure dans l\u2019opposition.Martin Schulz a d\u2019ailleurs promis de ne pas reconduire la coalition actuelle sans d\u2019abord consulter les militants.Selon un sondage, à peine un Allemand sur dix souhaite sa reconduction.Une coalition « jamaïcaine»?Reste ce qu\u2019on appelle en Allemagne la coalition « à la jamaï- caine», aux couleurs du drapeau de cette île des Caraïbes : noir (CDU- CSU), jaune (FDP) et vert (écologistes).Après avoir été chassés du Bundestag en 2013, les libéraux (FDP) font en effet un retour remarqué dans cette élection.À côté du ton terne de Merkel et de Schulz, leur leader de 38 ans, Christian Lindner, fait figure de jeune premier.Cet homme qui s\u2019est acheté une Porsche à 19 ans commence ses assemblées en enlevant sa veste, «pour que vous puissiez me reconnaître », dit-il.On sent que les stratégies publicitaires de Barack Obama et de Justin Trudeau sont passées par là.L\u2019image tranche dans ce pays de rentiers auquel est souvent identifiée l\u2019Allemagne.Depuis que Lindner en a pris la direction, le parti est entré dans le gouvernement de trois länder.ÉLECTIONS ALLEMANDES L\u2019indéboulonnable Merkel Dimanche, l\u2019Allemagne devrait réélire Angela Merkel.Mais de quelle couleur sera son gouvernement ?Pour les sociaux-démocrates, participer à une nouvelle grande coalition avec la chancelière reviendrait à un suicide Le politologue Gero Neugebauer « » VOIR PAGE B 3 : CATALOGNE LLUIS GENE AGENCE FRANCE-PRESSE Des étudiants vêtus aux couleurs du drapeau des indépendantistes de la Catalogne, en marge d\u2019une manifestation à Barcelone, vendredi.L\u2019Union européenne affiche des positions timides quant au référendum sur l\u2019indépendance catalane Des élections générales ont lieu dimanche en Allemagne, où les sondages prédisent un quatrième mandat à la chancelière Angela Merkel, au pouvoir depuis 2005.Dans le troisième texte d\u2019une série, notre correspondant Christian Rioux se penche sur la forme que pourrait prendre le prochain gouvernement de la favorite dans la course.JOHN MACDOUGALL AFP Le leader du SPD, Martin Schulz VOIR PAGE B 2 : MERKEL Lire aussi \u203a Angela Merkel ou la force tranquille.Entrevue avec Marion Van Renterghem.Page B 2 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 D onald Trump n\u2019apprécie pas l\u2019accord de juillet 2015 entre le groupe des P5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l\u2019ONU plus l\u2019Allemagne) et l\u2019Iran.Lors de son discours mardi devant l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU, il a ainsi réaf firmé que cet accord « faisait honte aux États-Unis » tout en laissant entendre qu\u2019il permettait à Téhéran de poursuivre le développement de son programme nucléaire.Qu\u2019ils soient aux États-Unis, en Israël ou en Arabie saoudite, les opposants à l\u2019accord sur le nucléaire iranien avancent deux arguments principaux.Premièrement, ils estiment que Téhéran n\u2019est pas digne de confiance.Les Ayatollahs n\u2019auraient aucune intention de renoncer à la capacité de se doter de la technologie nucléaire, et ce, à des fins militaires.Un accord fonctionnel Outre des allégations mensongères selon lesquelles Téhéran ne répondrait pas à l\u2019exigeant mécanisme de vérification et de contrôle mis en place par l\u2019accord de 2015, les opposants dénoncent également la poursuite \u2014 et même l\u2019accélération \u2014 du programme balistique iranien.Celui-ci n\u2019est pourtant pas l\u2019objet de l\u2019accord de 2015 et est sous le coup de sanctions imposées par la communauté internationale.Deuxièmement, ils insistent sur l\u2019influence grandissante et déstabilisatrice que joue Téhéran au Moyen-Orient.L\u2019Iran dispose en effet, avec l\u2019Hezbollah libanais, d\u2019un allié qui représente une menace crédible pour Israël (il dispose de milliers de roquettes capables de frapper la totalité du territoire de l\u2019État hébreu) et qui joue un rôle clé auprès de Bachar al-Assad dans la guerre qui fait rage en Syrie.En Irak, les milices chiites soutenues par Téhéran font de celle-ci un acteur incontournable dans le jeu politique.Plus globalement, l\u2019Iran et ses alliés apparaissent comme des adversaires redoutables dans la lutte d\u2019influence opposant les sunnites emmenés par l\u2019Arabie saoudite aux chiites, dont l\u2019Iran est le chef de file.Ancienne, cette rivalité embrase de nouveau le Moyen- Orient, comme l\u2019illustre, par exemple, la guerre au Yémen.L\u2019Iran est indéniablement un acteur redoutable aspirant à s\u2019affirmer sur la scène régionale moyen-orientale.Il n\u2019est cependant pas la Corée du Nord.Cette dernière n\u2019a pas respecté l\u2019accord-cadre de 1994, qui prévoyait la suspension de son programme nucléaire.Elle est au- jourd\u2019hui une puissance nucléaire menaçant la Corée du Sud, le Japon et les intérêts américains en Asie de l\u2019Est.À l\u2019heure actuelle, rien n\u2019indique que l\u2019Iran suive la même voie, c\u2019est-à-dire qu\u2019il abuse de l\u2019accord de 2015 pour développer en secret son programme nucléaire.L\u2019Agence internationale de l\u2019énergie atomique (l\u2019AIEA), chargée de veiller à l\u2019application de celui-ci, n\u2019a relevé aucun manquement significatif à ses engagements de la part de Téhéran.Pas plus d\u2019ailleurs que le gouvernement Trump, qui, par deux fois depuis janvier 2017, a cer tifié au Congrès que l\u2019Iran respectait les termes de l\u2019entente.L\u2019inévitable option militaire Rejeter l\u2019accord de 2015 en prétextant que Téhéran ne remplit pas ses obligations serait aussi mensonger que lorsque George W.Bush soutenait en 2002-2003 que Saddam Hussein poursuivait son programme d\u2019armes de destruction massive.Les conséquences pourraient en être tout aussi catastrophiques.En dépit de ses talents autoproclamés de négociateur, le président Trump n\u2019obtiendra pas de meilleure entente avec l\u2019Iran.La dénonciation de l\u2019accord de 2015 par les États-Unis porterait en fait un rude coup aux efforts diplomatiques multilatéraux destinés à lutter contre la prolifération nucléaire.Même si les autres signataires de l\u2019accord faisaient tout pour compenser le retrait américain, les dirigeants iraniens pourraient légitimement se sentir lésés et vulnérables.Alors que le régime nord-coréen est au- jourd\u2019hui sanctuarisé et à l\u2019abri d\u2019une opération militaire, l\u2019iranien ne l\u2019est pas.Les dirigeants à Téhéran en sont certainement conscients, et les plus radicaux ne manqueraient pas de plaider pour une reprise du programme nucléaire afin de se doter le plus rapidement possible de la meilleure garantie à leur survie.Un Iran doté de l\u2019arme nucléaire étant inacceptable aux yeux des États-Unis et de leurs principaux alliés au Moyen-Orient (Israël et l\u2019Arabie saoudite), un tel développement ouvrirait la voie à une inévitable guerre préventive.Ce scénario catastrophique peut néanmoins être évité, pas tant à cause de la pression internationale sur le gouvernement Trump, mais grâce au Congrès des États-Unis.La production, tous les 90 jours, par l\u2019exécutif américain d\u2019un rappor t cer tifiant l\u2019application de l\u2019accord de 2015 fut imposée au gouvernement Obama par le Congrès.Si le gouvernement Trump prétend que l\u2019Iran ne respecte pas ses obligations, c\u2019est en fait au Congrès que reviendrait la responsabilité de dénoncer l\u2019accord et donc d\u2019ouvrir la porte à une nouvelle guerre américaine au Moyen-Orient.Or, rien n\u2019indique qu\u2019il y a actuellement au Capitole un fort appétit pour une telle aventure.Le dangereux parallèle JULIEN TOURREILLE TOBIAS SCHWARZ AGENCE FRANCE-PRESSE Depuis des mois, les sondages donnent gagnante Angela Merkel avec une confortable avance devant son adversaire social-démocrate, Martin Schulz.Après tout, le FDP n\u2019a-t-il pas été le partenaire naturel de la CDU et participé à 18 des 23 coalitions qui ont dirigé l\u2019Allemagne moderne ?Pour plusieurs, une coalition avec le FDP permettrait à Merkel de recentrer son parti, qui s\u2019est déporté vers la gauche depuis plusieurs années.Le programme du FDP propose notamment d\u2019imposer une limite au nombre de réfugiés admis chaque année en Allemagne.Le psychologue Stephan Grüne- wal, de Cologne, n\u2019hésite pas à prédire une coalition jamaïcaine.Dans les entrevues qu\u2019il a menées auprès de groupes cibles, personne ne souhaitait une coalition Merkel- Schulz, dit-il.Au contraire, « le candidat du FDP est perçu comme une vedette de la télévision, une sorte de James Bond, a-t-il déclaré au Spie- gel.Le résultat serait une véritable équipe de rêve : la chevronnée Mer- kel avec un petit Macron allemand qui lui prête main-forte.» Le problème, c\u2019est que ni Mer- kel ni Lindner (à qui l\u2019on prédit 9 % des voix) n\u2019auront probablement de majorité suffisante pour former une coalition sans les ver ts.Or, ces derniers ont peu de choses en commun avec les libéraux, même si leurs dirigeants, exclus du pouvoir depuis 2005, seraient certainement tentés par l\u2019aventure.La tête de liste des verts, Katrin Gö- ring-Eckardt, a d\u2019ailleurs indiqué qu\u2019une coalition serait hors de question si les libéraux ne soutenaient pas la sor tie du moteur à combustion d\u2019ici 2030.«Merkel a toute l\u2019expérience qu\u2019il faut pour mettre au pas les verts et les libéraux, estime néanmoins Gero Neugebauer.Elle pourrait utiliser les verts pour moderniser la CDU.Après tout, ne s\u2019est-elle pas engagée à sortir du nucléaire?Quant au FDP, il a besoin de mettre un peu de beurre sur son pain.Il ne peut pas demeurer éternellement dans l\u2019opposition.C\u2019est probablement le moment de faire le saut.» Mauvaise nouvelle pour Macron On a beau comparer Christian Lindner à Emmanuel Macron, sa participation au gouvernement serait une gifle pour le président français.À l\u2019exception de l\u2019extrême droite, il n\u2019y a pas moins fédéraliste que le FDP en ce qui concerne l\u2019Europe.On ne voit pas comment ces libéraux, favorables au «Grexit», pourraient accepter la nomination d\u2019un ministre des Finances à Bruxelles et la création d\u2019un budget européen comme le propose Macron.« La chancelière tient à ménager le nouveau président français, dit Neugebauer.Elle sait de toute façon que les Allemands ne veulent pas des propositions de Macron.Il n\u2019y avait qu\u2019à voir les têtes d\u2019enterrement que faisaient les responsables politiques lors du dernier discours à Bruxelles de Jean-Claude Juncker proposant de relancer l\u2019Union européenne.» Au début du mois, le président de l\u2019influent Conseil des experts économiques, Christoph Schmidt, a clairement dit non aux propositions françaises et pris position en faveur de la préservation de la souveraineté fiscale et budgétaire de chaque pays européen.Et si le secret de la chancelière était d\u2019abord là?«Merkel est une habile tacticienne dont personne ne sait vraiment où elle va, dit l\u2019historien Étienne François.Mais le socle de sa politique, c\u2019est la défense de l\u2019Allemagne.Là-dessus, les Allemands lui font totalement confiance et elle ne bougera pas!» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 MERKEL D A N I E L L E L A U R I N à Paris E lle sera for t probablement réélue ce dimanche 24 septembre à la tête de l\u2019Allemagne.Après 12 ans au pouvoir, Angela Merkel incarne la stabilité.«Les Allemands n\u2019ont pas envie de changement, dans la mesure où le pays se porte bien », commente la journaliste Marion Van Renter- ghem, qui signe un livre-portrait sur la chancelière de 63 ans.« Pour une Allemagne où il fait bon vivre» : c\u2019est le slogan de campagne de l\u2019Union chrétienne-démo- crate (CDU) que préside Angela Merkel.Depuis des mois, dans le pays le plus riche d\u2019Europe, les sondages la donnent gagnante avec une confor table avance devant son adversaire social-démocrate, Martin Schulz.Face au vote des Britanniques pour le Brexit, autrement dit face à une Europe fragilisée par la sortie annoncée du Royaume-Uni, mais aussi face à l\u2019élection de l\u2019imprévisible Donald Trump aux États- Unis, celle que les Allemands surnomment «Mutti » (maman) et qui s\u2019avère l\u2019une des femmes les plus puissantes du monde représente un gage de sécurité, plaide l\u2019au- teure Marion Van Renterghem.Dans Angela Merkel.Un destin, elle présente la chancelière comme « ce capitaine tranquille, moral, ef ficace, rassurant et modeste, dont le temps a besoin».En entrevue à Paris, la journaliste qui a enquêté sur les traces de son sujet un peu partout en Allemagne rapporte une blague entendue là-bas : « Merkel, c\u2019est comme un plat de lentilles.Ce n\u2019est pas très beau, ce n\u2019est pas génial, pas très excitant, mais au moins ça nourrit bien et on sait ce qu\u2019on a.» Si elle trouve ces propos quelque peu vulgaires, cette lauréate du prix de journalisme Alber t-Lon- dres, qui a travaillé 30 ans pour le quotidien Le Monde et of ficie depuis un an comme grand reporter pour le magazine Vanity Fair, convient que la chancelière n\u2019est pas très exaltante et qu\u2019elle manque de charisme.«Elle fait des discours d\u2019une platitude extrême, elle n\u2019est pas réformatrice, elle n\u2019a pas d\u2019envergure, elle n\u2019a pas de grande vision du monde, pas même de vision de l\u2019Europe.» Ovni politique Ça n\u2019empêche pas cette journaliste française d\u2019admirer Angela Merkel.Ce qui la fascine ?Sa différence.Dif férence par rappor t aux autres grands dirigeants de ce monde, pour commencer.« C\u2019est la seule, du fait qu\u2019elle a grandi en Allemagne de l\u2019Est, qui a connu deux systèmes : la dictature et la démocratie.Ça lui donne, parmi ses homologues du G20 par exemple, une force de caractère et une intelligence supérieures, parce qu\u2019eux, ils ont des grands mots pour parler de liberté et de démocratie alors qu\u2019elle, c\u2019est dans sa chair.» Marion Van Renterghem dit aussi avoir de l\u2019admiration pour la capacité de la chancelière à résister aux travers du pouvoir, à l\u2019attrait de l\u2019argent, du luxe, à la tentation de la condescendance.«Elle est imperméable à tous ces attributs auxquels les gens de pouvoir en général ne savent pas résister.Elle reste elle-même, en se fichant totalement de la manière dont elle s\u2019habille.» De plus, avance l\u2019auteure, Angela Merkel impose une forme de progressisme social par son identité : elle est femme dans un monde d\u2019hommes, divorcée sans enfant, protestante dans un monde catholique.La différence d\u2019Angela Merkel, c\u2019est aussi la façon dont elle est arrivée au pouvoir en 2005.« Elle était mal habillée, maladroite, invisible, elle n\u2019avait l\u2019air de rien.Elle est arrivée quasiment à égalité avec son rival social-démocrate, son prédécesseur Gerhard Schröder, qui a fait preuve d\u2019une arrogance et d\u2019une suf fisance très déplaisantes.Misogyne aussi.Il était convaincu que ce serait lui qui gagnerait, que ce ne serait pas cette mauviette qui allait l\u2019emporter.» La journaliste dit avoir éprouvé une certaine jubilation en voyant Angela Merkel devenir la première chancelière d\u2019Allemagne.«J\u2019ai vécu cela comme une victoire, étant donné d\u2019où elle venait, de cette Allemagne meurtrie qui avait été coupée de l\u2019Europe, et parce qu\u2019elle était une femme en aucun cas arrogante.» Un ovni politique.Mais aussi une tacticienne redoutable, machiavélique.C\u2019est ainsi que Marion Van Renterghem décrit cette fille de pasteur qui était promise à une carrière de physicienne.« Elle a fait tomber tous ses adversaires politiques les uns après les autres.Elle a une série de cadavres à son actif tout en ayant l\u2019air de rien avec son petit air gentil et sa voix douce.» La journaliste rappelle entre autres comment la politicienne a pris tout le monde par surprise en se dissociant d\u2019Helmut Kohl à la tête du CDU en 2000, ce qui a eu un effet d\u2019entraînement dans le par ti.« Dans une lettre publiée dans les médias, elle a écrit noir sur blanc que la période Kohl était terminée.Il était déjà en difficulté, en train de vaciller, mais elle l\u2019a achevé en écrivant que cette page était tournée, et tout le monde a compris que la page qui s\u2019ouvrait c\u2019était elle.» La montée de l\u2019extrême droite Pas étonnant que, dans la course électorale actuelle, le principal adversaire politique d\u2019Angela Merkel se trouve démuni, avance Marion Van Renterghem.« Comme le système allemand fonctionne par coalition, elle a fait de ses adversaires du Parti social-démocrate des par te- naires.Elle les anéantit par le fait même.Dès qu\u2019ils ont une réforme qui est populaire, elle peut la prendre à son compte.Ç\u2019a été le cas pour le salaire minimum, qui a été voté sous son règne, et pour le mariage homosexuel.Sa force, c\u2019est qu\u2019elle cannibalise ses adversaires.» Angela Merkel a tout de même été fortement critiquée dans son pays après avoir permis l\u2019arrivée en Allemagne depuis 2015 de près d\u2019un million de réfugiés, venus notamment de Syrie et d\u2019Afghanistan.Contestée à l \u2019 intérieur même de son parti, cette décision a aussi favorisé l\u2019essor du par ti d\u2019extrême droite AfD, fait remarquer la reporter.La chancelière a tout de même réussi à éviter le désastre politique, note-t-elle.« Ça aurait pu très mal tourner, mais elle a été habile et les Allemands ont été habiles : c\u2019est étonnant la manière dont ils ont intégré si vite quasiment un million de personnes.» Même s\u2019il reste encore à faire, Marion Van Renterghem considère qu\u2019Angela Merkel a eu beaucoup de chance d\u2019avoir un pays « aussi organisé et généreux».Pour le reste, l\u2019AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l\u2019Allemagne), eurosceptique et is- lamophobe, est maintenant quasi assurée d\u2019envoyer des députés au Parlement fédéral et pour rait même devenir le troisième parti d\u2019Allemagne.« Mais il ne menace pas d\u2019aller vraiment au-delà des 8 %, tempère Marion Van Renter- ghem.Malgré la montée des populismes qui nous menace tous, qui est très présente en Europe, l\u2019Allemagne demeure quand même un pays assez calme.» Collaboratrice Le Devoir ANGELA MERKEL UN DESTIN Marion Van Renterghem Édito, Montréal (en coédition avec le journal Le Monde) Paris, 2017, 192 pages Angela Merkel ou la force tranquille La journaliste Marion Van Renterghem publie une biographie sur la chancelière de la stabilité allemande À l\u2019heure actuelle, rien n\u2019indique que l\u2019Iran suive la même voie que la Corée du Nord L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 U n des moments de télévision particulièrement savoureux dont je conserve le souvenir est cette rencontre entre Pauline Marois et le Français Claude Vorilhon, alias Raël, sur le plateau de Tout le monde en parle, en septembre 2004.Cette pauvre Mme Marois, qui ne s\u2019attendait pas à se retrouver en compagnie de cet énergumène, était abasourdie par ses élucubrations sur le clonage humain, sa rencontre avec Jésus ou encore par son apologie d\u2019une «géniocratie», où seuls les gens supérieurement intelligents auraient le droit de vote.« Il est fou à lier », avait-elle lancé le lendemain.Mal lui en prit.Indignés, des disciples de Raël ne l\u2019avaient plus lâchée d\u2019une semelle.Une plainte avait été déposée à la Commission des droits de la personne.« Ça me colle à la peau, j\u2019en ai ras le bol, ils me pompent l\u2019air », avait-elle déploré.Un an plus tard, pour acheter la paix durant la course à la succession de Bernard Landry, elle avait finalement consenti à rencontrer deux membres de la secte.« On s\u2019est sentis écoutés.Mme Marois a manifesté une ouverture à notre égard et nous a assuré qu\u2019il y avait de la place pour toutes les minorités au Québec, y compris la nôtre», s\u2019étaient-ils réjouis.La politique est parfois terriblement exigeante.?Le spectre de Raël est réapparu cette semaine dans le débat sur la neutralité de l\u2019État à l\u2019Assemblée nationale, où un amendement au projet de loi no 62 présenté par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a fait bondir les partis d\u2019opposition.De l\u2019aveu même de Mme Vallée, cet amendement, qui assujettirait les députés aux dispositions du projet de loi, leur ferait obligation de rencontrer les représentants de n\u2019impor te quelle organisation religieuse, le mouvement raëlien ou l\u2019Église de scientologie y compris.Simplement les critiquer pourrait même les exposer à des poursuites devant le Tribunal des droits de la personne.Une belle illustration de la dif férence entre la laïcité de l\u2019État et une simple neutralité.À la députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais, qui s\u2019indignait de cette atteinte à la liberté des élus, la ministre a répliqué qu\u2019il lui apparaissait tout à fait normal de leur imposer le même devoir de neutralité qui sera exigé de l\u2019ensemble des organismes relevant de l\u2019État.Prendre le thé avec Raël laisserait sans aucun doute un souvenir impérissable à Mme Maltais.D\u2019un mois à l\u2019autre, la ministre de la Justice s\u2019embourbe un peu plus profondément dans un projet de loi que le premier ministre Couil- lard s\u2019est engagé à faire adopter d\u2019ici la fin de son mandat.Il était clair dès le départ qu\u2019elle ne pourrait pas compter sur l\u2019appui de l\u2019opposition, mais on voit mal comment elle pourrait imposer par bâillon des dispositions qui pourraient af fecter aussi ouvertement les droits des députés.?Comme si cela ne suffisait pas, voilà maintenant qu\u2019Ottawa s\u2019invite dans le débat.Déjà, à l\u2019automne 2016, la Commission des droits de la personne avait jugé que le principe de la livraison et de la réception des services publics «à visage découver t », qui est au cœur du projet, constituait une «discrimination indirecte », qui aurait des « ef fets disproportionnés » pour des femmes portant le niqab en raison de croyances religieuses sincères.Cette semaine, le ministre fédéral de l\u2019Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, un Sikh pratiquant qui porte turban et kirpan, s\u2019est dit du même avis.S\u2019il est vrai que les responsabilités de M.Bains n\u2019incluent pas les questions de laïcité, ce serait faire injure à ce parlementaire d\u2019expérience que de penser qu\u2019il a confondu le projet de loi no 62 avec la défunte charte de la laïcité, comme l\u2019a mentionné Mme Vallée.Le PLQ a eu beau combattre la charte avec la dernière énergie, le gouvernement Couil- lard se retrouve au banc des accusés aux côtés du PQ dans le nouveau procès pour sectarisme (« bigotry ») que le Globe and Mail a intenté à la société québécoise dans son éditorial de vendredi.Son projet de loi est simplement un peu moins odieux que celui de Bernard Drainville.Le nouveau mouton noir est cependant le député néodémocrate de Longueuil\u2013Saint-Hubert, Pierre Nantel, qui a osé dire tout haut ce que n\u2019importe quel organisateur politique de n\u2019importe quel parti pourrait confirmer : les signes religieux qu\u2019arbore le favori dans la course à la direction du NPD, Jagmeet Singh, opposé lui aussi au principe du «visage découvert», sont de nature à indisposer de nombreux électeurs québécois, qui y voient plutôt une règle élémentaire du vivre-ensemble et qui estiment que les élus devraient refléter la laïcité de l\u2019État.Là où le Globe a raison, c\u2019est quand il dénonce l\u2019hypocrisie d\u2019une laïcité qui, sous couvert de respect du patrimoine, s\u2019accommode aussi facilement de la présence du crucifix à l\u2019Assemblée nationale.mdavid@ledevoir.com Un thé avec Raël MICHEL DAVID G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É C\u2019 est une illustration parmi d\u2019autres d\u2019une confusion répandue.Jeudi, pendant qu\u2019une fiscaliste spécialiste de l\u2019économie numérique expliquait à la télévision qu\u2019une taxe Netflix ne fait référence qu\u2019à l\u2019application de la TPS et de la TVQ, le bandeau qui défilait au bas de l\u2019écran affirmait plutôt que le terme concerne le financement de la programmation canadienne\u2026 «Oui, il y a beaucoup de confusion, et elle est même parfois entretenue par le gouvernement fédéral », dit en entretien Marwah Rizqy, la fiscaliste en question, qui est professeure à l\u2019Université de Sherbrooke (et qui fut candidate libérale aux élections de 2015).Alors donc ?Démêlons le tout avec elle, à quelques jours de la présentation des orientations de la politique culturelle canadienne, dont les premiers échos ont soulevé de vives discussions.Que veut dire une taxe Netflix?« On parle tout simplement des taxes à la consommation», dit Mme Rizqy.Taxer Netflix \u2014 et, par extension, toutes les entreprises qui offrent le même genre de service intangible, que ce soit de la musique ou de la vidéo \u2014 voudrait donc dire qu\u2019un Québécois qui s\u2019abonnerait à la plateforme de vidéo en ligne devrait payer la TVQ et la TPS sur cet achat.Ce n\u2019est pas le cas actuellement.Ce ne serait donc pas une nouvelle taxe?À l\u2019instar de ce que disait vendredi au Devoir le ministre de la Culture du Québec, Marwah Rizqy trouve fallacieux ceux qui font valoir qu\u2019une taxe Netflix serait une nouvelle taxe qui ajouterait au fardeau fiscal des Canadiens \u2014 c\u2019est notamment le message du gouvernement Trudeau.« C\u2019est la trame narrative que les multinationales imposent, dit-elle.Mais la loi s\u2019applique à tous, et il faut viser l\u2019équité fiscale dans un pays.C\u2019est inexplicable que nos entreprises canadiennes [comme Tou.tv, qui offre un service similaire à Netflix] paient ces taxes, mais que des compagnies américaines qui ne paient aucun impôt au Canada puissent les éviter à leurs clients.» Certains abonnés de Netflix paient déjà les taxes, non?En effet : ceux qui sont abonnés à Netflix par l\u2019intermédiaire de l\u2019iTunes Store d\u2019Apple paient les taxes sur cet abonnement, contrairement à ceux qui se sont abonnés directement par le site de Netflix.Pourquoi ?«Apple est enregistré ici au Canada pour percevoir les taxes de vente, contrairement à Netflix », explique Mar wah Rizqy.Les activités du géant fondé par Steve Jobs comportent la vente d\u2019objets tangibles et la présence de magasins au Canada, rappelle-t- elle, ce qui en fait un joueur particulier parmi les géants du Web.Est-ce que des pays appliquent une forme de taxe Netflix?Et comment ! « Plus de 100 juridictions dans le monde le font, relève Mme Rizqy.L\u2019Union européenne a cette mesure de taxation depuis 2003, et elle a été renforcée en 2015.» Dans une entrevue accordée à Radio-Canada cet été, Pascal Saint-Amans, directeur du Centre de politique et d\u2019administration fiscales de l\u2019OCDE, soutenait qu\u2019il n\u2019est pas compliqué pour les pays de collecter les taxes applicables.« Il faut mettre en place des règles qui disent clairement que la [taxe] doit être acquittée là où se trouve le consommateur.C\u2019est le principe de destination.Ce n\u2019est pas très long : il faut passer la législation et, ensuite, mettre en place un mécanisme pour qu\u2019une entreprise qui n\u2019est pas présente au Canada, mais qui vend au Canada, ait un représentant fiscal.» « L\u2019Europe le fait très bien, poursuivait-il en nommant aussi l\u2019Australie.Ça se fait à peu près par tout, et ça devrait aussi naturellement se faire au Canada», ajoutait-il.À quoi une taxe YouTube fait-elle référence?Le terme est généralement employé pour décrire une mesure adoptée en décembre 2016 en France.Elle vise les plateformes qui proposent des vidéos gratuites, et à qui Paris va prélever une taxe de 2% sur les revenus publicitaires réalisés en France.Les sommes amassées iront garnir les fonds de soutien à la création audiovisuelle.«C\u2019est un 2% qui servira à nourrir la culture, comme la redevance de 5% qu\u2019on impose ici aux câblodistributeurs » et qui va au Fonds des médias du Canada, note Marwah Rizqy.La mesure est intéressante, dit-elle, mais elle risque de se buter à une difficulté majeure : comment évaluer, pour un territoire donné, les revenus publicitaires de compagnies championnes de l\u2019optimisation fiscale ?Quelle différence avec une taxe Google?L\u2019Angleterre a adopté une telle loi, qui a mené à une entente avec le géant de la recherche en ligne pour qu\u2019il verse quelque 170 millions d\u2019Euros au fisc anglais.La France a tenté de reprendre ce modèle, mais le Conseil constitutionnel a annulé la taxe pour des raisons législatives.«On vise ici l\u2019impôt sur les sociétés, précise Mar- wah Rizqy.Il est question d\u2019aller chercher les recettes fiscales générales sur un territoire.» Mais comme pour la taxe YouTube française, celle-ci se bute à la même difficulté de bien évaluer les sommes en jeu.La « Google Tax » anglaise est particulière : elle impose un impôt de 25 % sur les bénéfices détournés des multinationales.Or, l\u2019impôt sur les sociétés s\u2019élève à 20 % au Royaume-Uni.La stratégie recherchée par Londres ?Inciter les entreprises à abandonner leurs mauvaises pratiques et à payer l\u2019impôt dès le départ.Et une dernière: une taxe «GAFA», c\u2019est quoi?Les GAFA, ce sont of ficiellement Google, Apple, Facebook et Amazon, mais l\u2019acronyme vise plus largement tous les géants du Web.En ce qui concerne une taxe GAFA \u2014 l\u2019expression revient souvent dans les discussions en cours dans l\u2019Union européenne \u2014, c\u2019est essentiellement la même chose que la taxe Google, relève Mme Rizqy.« On vise là aussi l\u2019impôt sur les sociétés.» Pourquoi la question des taxes et des impôts des GAFA dérange-t-elle tant?La mutation profonde et rapide des habitudes de consommation culturelle bouleverse complètement l\u2019écosystème économique du très large milieu de la culture.Dans un manifeste publié la semaine dernière, une coalition pancanadienne soulignait que la situation actuelle fait en sorte que ce ne sont plus les «créateurs, producteurs, éditeurs et diffuseurs qui récoltent les gains reliés aux productions dans lesquelles ils ont investi, mais de nouveaux intermédiaires de l\u2019ère numérique qui n\u2019ont aucune obligation par rapport au financement du contenu et à sa diffusion».La situation d\u2019iniquité dénoncée par Québec et par le milieu culturel canadien repose sur deux problèmes: l\u2019avantage concurrentiel dont bénéficient les multinationales américaines en faisant économiser à leurs clients les taxes à la consommation; et le fait que ces mêmes compagnies ne participent pas au système de financement de la culture canadienne.C\u2019est notamment ce que dénonce ce samedi Pierre Karl Péladeau dans Le Devoir (voir la page B 5).Le Devoir Lexique fiscal de la culture numérique De quoi parle-t-on quand on dit taxe Netflix, YouTube ou Google ?Explicatif.«conformément à la Constitution espagnole».Les chancelleries se conforment presque mot pour mot à la ligne suivie par Madrid.«La situation est claire d\u2019un point de vue juridique et, pour une bonne partie de la classe politique espagnole, le référendum n\u2019est pas légal», résume la professeure Laurie Beaudonnet, directrice du centre Jean Monnet de Montréal sur l\u2019Union européenne, elle aussi du Département de science politique de l\u2019UdeM.«La Cour constitutionnelle espagnole a tranché que la légalité du référendum ne relève pas de la Catalogne et l\u2019Union européenne est très légaliste.Si des États membres se prononçaient en faveur de la région catalane, on aurait peut-être une situation dif fé- rente, et encore, ce n\u2019est pas certain que la Commission de Bruxelles changerait de position.» Comme son collègue M.Mérand, Mme Beau- donnet souligne alors que les rapprochements avec le référendum sur l\u2019indépendance de l\u2019Écosse en 2014 ne tiennent pas vraiment la route analytique.La consultation écossaise avait reçu l\u2019aval de Londres et le Royaume-Uni (RU) s\u2019engageait à en reconnaître le résultat.Seulement, là encore, afin de rester neutre, l\u2019UE répétait que l\u2019Écosse indépendante ne serait pas automatiquement acceptée comme nouveau membre.Et puis, le Royaume-Uni s\u2019engageait déjà vers sa propre sor tie de l\u2019Union \u2014 le Brexit s\u2019est produit depuis \u2014, ce qui changeait aussi la donne.Le chercheur français Cyril Trépier, auteur de Géopolitique de l\u2019indépendantisme en Catalogne (Harmattan), nuance la lecture.« Malgré le discours of ficiel disant que c\u2019est une affaire interne dont il ne faut pas se mêler, il y a un intérêt et une inquiétude forts depuis plusieurs années au sein des institutions européennes par rapport à ce qui se passe en Catalogne, dit-il en entrevue téléphonique.[\u2026] Mais s\u2019intéresser à un phénomène n\u2019implique pas de l\u2019approuver.Ce serait impor tant de le rappeler de temps en temps aux dirigeants catalans.» Une question morale La répression du vote pose un autre problème de relations internationales.«Dans les faits, il y a une forte réticence à s\u2019engager dans les affaires intérieures d\u2019un État membre souverain», dit le professeur Mérand.Il en veut pour preuve la timidité, voire l\u2019absence de condamnations de la Pologne ou de la Hongrie, membres de l\u2019Union réputés en violation des valeurs fondamentales.L\u2019ancienne vice-présidente de la Commission européenne Viviane Reding publiait un papier la semaine dernière dans Le Monde où elle résumait les reproches adressés aux deux pays de la Mitteleu- ropa : juges congédiés, journalistes muselés, réfugiés rejetés, ONG discréditées, universités mises sous tutelle et Bruxelles diabolisée.« La grosse patate chaude, c\u2019est la souveraineté des États, dit encore la professeure Beau- donnet.Oui, l\u2019Union européenne a beaucoup de liens avec certaines régions, dont la Catalogne.Reste que ce sont les États membres qui jouissent de la souveraineté.» Joan Culla i Clara, historien et intellectuel catalan ouvertement pro-indépendance, renverse la perspective en se demandant si ce n\u2019est pas plutôt le pouvoir central espagnol qui ne se soucie pas du jugement d\u2019autrui.« L\u2019Espagne a montré qu\u2019elle était disposée et résolue à passer outre toutes les prudences démocratiques et toutes les précautions, affirme-t-il au Devoir.C\u2019est-à-dire que le gouvernement Rajoy ne semble pas du tout préoccupé de ce que l\u2019opinion publique internationale peut dire devant sa conduite.Le gouvernement espagnol méprise [.] la réaction des gouvernements, des médias et des opinions publiques internationales.Je pense qu\u2019il a une confiance excessive dans les gouvernements étrangers, dans le sens de dire : aucun gouvernement, européen ou américain, ne va demander des explications à Madrid sur sa conduite en Catalogne, parce que le gouvernement, en fin de compte, aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019Espagne.C\u2019est comme dire : je ferme les yeux devant ce que tu fais, et demander : tu vas fermer les yeux sur ce que je vais faire.» Cette lecture ne convainc pas la professeure Beaudonnet.Elle fait remarquer que peu de pays européens font face à un mouvement indépendantiste aussi fort que le catalan, même si la question régionaliste pèse quand même en Italie.« La collaboration au sein de l\u2019Union fait qu\u2019en cas de problème dans un État, les autres utilisent l\u2019arène centrale pour faire changer les positions, dit-elle.Si des membres trouvent que ce que fait l\u2019Espagne n\u2019est pas correct, les discussions vont beaucoup plus se passer au Conseil que sur la place publique.On lave son linge sale en famille.» Avec Lisa-Marie Gervais Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 CATALOGNE GETTY IMAGES Ceux qui sont abonnés à Netflix par l\u2019intermédiaire de l\u2019iTunes Store d\u2019Apple paient les taxes sur cet abonnement, rappelle la fiscaliste Marwah Rizqy.D\u2019un mois à l\u2019autre, la ministre de la Justice s\u2019embourbe un peu plus profondément idée se défend que la proximité du Canada avec les États-Unis impose au premier ministre Justin Trudeau, dans l\u2019expression de ses désaccords avec Washington, des balises qui ne sont pas celles de la France ou de l\u2019Allemagne.Entendu qu\u2019Ottawa marche sur des œufs avec la renégociation de l\u2019ALENA.N\u2019empêche qu\u2019il y a des limites à se la boucler.M.Trudeau a abusé du principe de précaution cette semaine dans son allocution devant l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU en s\u2019effaçant complètement devant le débat fondamental soulevé par les positions belliqueuses et isolationnistes défendues par le président Donald Trump.Le premier ministre a raté une belle occasion d\u2019utiliser cette importante tribune pour faire entendre une voix internationaliste for te \u2014 et faire savoir au monde que le Canada est plus qu\u2019un satellite économique de la puissance américaine.La question autochtone est indéniablement primordiale\u2026 Mais de là à ne rien dire sur les grands enjeux de l\u2019heure ?Silence complet sur les vertus du multilatéralisme, sur la nécessité de calmer le jeu face à la Corée du Nord, sur la valeur de l\u2019accord international sur le nucléaire iranien.Pas même une allusion \u2014 sauf, au passage, aux changements climatiques.Silence d\u2019autant plus gênant que la surenchère verbale se poursuivait vendredi entre Donald Trump et Kim Jong-un, le premier avertissant le dictateur qu\u2019il allait le «mettre à l\u2019épreuve comme jamais», le second traitant le président américain de «gâteux mentalement dérangé» pendant que le chef de la diplomatie nord-coréenne menaçait de procéder à un essai de bombe H, «peut-être au-dessus du Pacifique».M.Trudeau aurait intérêt à étudier la méthode diplomatique appliquée cette semaine à l\u2019ONU par le président français Emmanuel Macron, lequel a poliment défendu mardi, sans jamais nommer M.Trump, une conception du monde diamétralement opposée à celle que venait d\u2019étayer son homologue américain à la même tribune.« Partout où le multilatéra- lisme se dote des armes de son ef ficacité, il est utile », a déclaré M.Macron, déplorant qu\u2019on laisse « s\u2019installer l\u2019idée [\u2026] que nous sommes plus crédibles et plus forts en agissant de manière unilatérale ».Il a été on ne peut plus explicite au sujet de l\u2019accord « utile » sur le nucléaire iranien, estimant que le dénoncer « serait une lourde erreur ».On attendait M.Trudeau sur ce terrain.Il est resté en marge.Il va pourtant devenir impératif que des capitales se coalisent pour s\u2019ériger en rempart contre le piège que représente la présidence de M.Trump.Quel rôle le Canada de M.Trudeau compte-t-il y jouer ?La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) est par venue à une entente de principe avec le Conseil du trésor, entente qui est présentement soumise au vote de ses membres.Après des années de rattrapage qui leur ont permis de gonfler leur rémunération, les 9350 médecins généralistes qui facturent à la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec (RAMQ) se partageront plus de 620 millions pour l\u2019année en cours et les deux prochaines années.C\u2019est substantiel.Or l\u2019essentiel de cette somme ne contribuera pas à l\u2019amélioration des soins de santé.C\u2019est déplorable.près avoir pelleté par en avant, une opération que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, avait désignée sous le vocable d\u2019étalement, il vient un temps où il faut régler la note.C\u2019est en partie ce que le gouvernement fait avec l\u2019entente de principe signée avec la FMOQ.Pour combler l\u2019étalement négocié en 2014, les médecins omnipraticiens encaisseront en trois ans un montant for faitaire de 620 millions, soit en moyenne 66 000 $ par médecin.D\u2019autres sommes liées à l\u2019étalement, de l\u2019ordre de 463 millions, sont prévues de 2020-2021 à 2023-2024.En outre, la FMOQ soutient qu\u2019il subsiste toujours un écart de rémunération entre les omnipraticiens du Québec et ceux de l\u2019Ontario.Comme, selon toute vraisemblance, les médecins spécialistes ont rattrapé leurs pendants ontariens et seraient même mieux payés, les médecins généralistes au Québec déplorent l\u2019écart qui s\u2019est accru avec leurs confrères spécialistes.Or, les parties se sont entendues pour mandater l\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé (ICIS) a?n qu\u2019il mène une étude sur ces écarts.La FMOQ se réjouit que le gouvernement ait accepté de participer à un processus pouvant mener à l\u2019arbitrage sur la base de cette étude.Le syndicat table donc sur une autre vague de rattrapage.C\u2019est inquiétant.Si le gouvernement Couillard a dû négocier l\u2019étalement des hausses consenties aux médecins depuis le début de la décennie, des augmentations de plus de 50 %, c\u2019est que l\u2019État n\u2019en avait manifestement pas les moyens.Maintenant que les médecins spécialistes ont doublé leurs confrères ontariens, faudrait-il que les omnipraticiens touchent leur part du gâteau ?Évidemment, l\u2019autre option pour abolir l\u2019écart serait de réduire la rémunération des spécialistes.Gageons que cette possibilité n\u2019est pas dans le car ton du ministre.Après tout, cet imposant rattrapage représente le plus important accomplissement de Gaétan Barrette du temps où il était à la tête de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).Six cents millions, c\u2019est tout de même 2% du budget de la santé au Québec.Et même si la somme est non récurrente et proviendra des surplus amassés par le ministre des Finances, Carlos Leitão, elle aurait pu servir à améliorer le système de santé.Si on peut s\u2019offusquer des hausses inconsidérées que le gouvernement libéral a consenties aux médecins \u2014 aux médecins spécialistes surtout, pouvons-nous convenir \u2014, il y a sans doute lieu de considérer une organisation des soins où les autres professionnels de la santé auraient un plus grand rôle à jouer, de s\u2019éloigner d\u2019un système hautement centralisé et bureaucratisé pourtant centré sur des travailleurs autonomes, les médecins.Mais il ne faut pas trop compter sur le ministre pour sortir du médicalo-centrisme.Gaétan Barrette tient trop aux médecins et à leur façon de faire.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S La gauche religieuse Martine Ouellet n\u2019aide vraiment pas les progressistes, auxquelles elle s\u2019identifie, avec sa prétendue « gauche religieuse ».Les fausses équivalences de ce genre sont plutôt le lot des populistes de droite et réactionnaires.Il ne serait pas surprenant qu\u2019ils s\u2019empressent de récupérer celle-là, peu importe l\u2019avenir politique de Jagmeet Singh.Un Marti- neau ou un Duhaime pourrait la ressortir à la moindre occasion quand il est moindrement question de religion et de la gauche.Jagmeet Singh ne fait pas de prosélytisme, il ne fait pas la promotion du si- khisme.Il est ce qu\u2019on appelle un sikh baptisé.Son apparence est liée à la rigueur religieuse qu\u2019il se jure d\u2019observer.Cette rigueur coïncide avec le fait qu\u2019il se positionne comme social-démocrate.Est-ce que ses idées religieuses influencent ses idées politiques ?Peut- être que oui, peut-être que non.Au milieu du XXe siècle, une certaine gauche au Québec était influencée par le cou- L I B R E O P I N I O N J A C Q U E S L É T O U R N E A U Président de la CSN L e fond de l\u2019air est lourd.Depuis plusieurs mois, l\u2019incompréhension, l\u2019insécurité et la peur de l\u2019autre se sont exprimées ouvertement de bien des façons.Nous avons été témoins de gestes racistes parfois subtils, souvent flagrants, sinon violents.De toutes les manières, nous les rejetons ! Bien sûr, nous croyons que nous devons écouter et chercher à comprendre celles et ceux qui ont peur.C\u2019est possible en répudiant et en dénonçant celles et ceux qui attisent cette peur de l\u2019autre.Nous devons lutter contre la montée de ce racisme identitaire fait de rejets, de repli sur soi et d\u2019hostilité.Le mouvement syndical a la responsabilité de contrer vigoureusement la croissance marquée de la haine et de l\u2019intolérance.Parce que c\u2019est dans sa nature de le faire.Parce qu\u2019il promeut des valeurs contraires.À travers son histoire, la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui célébrera son centenaire bientôt, a toujours lutté contre le racisme.La CSN s\u2019est toujours fait un devoir d\u2019offrir des espaces ouverts de discussion, d\u2019éducation populaire et de conscientisation.À la fermeture aux autres, nous opposons la solidarité, la fraternité, l\u2019ouverture.Le cas des migrants Devant la multiplication des commentaires hostiles envers les demandeurs d\u2019asile, le Barreau du Québec a récemment rappelé à la population québécoise que ces migrants ne sont pas des immigrants « illégaux », car le geste de traverser la frontière en dehors d\u2019un poste- frontière officiel n\u2019est pas illégal en soi, mais plutôt irrégulier.Certains se disent préoccupés par les coûts pouvant résulter de l\u2019arrivée des demandeurs d\u2019asile, sur tout dans la conjoncture morose que nous connaissons depuis l\u2019élection du gouvernement libéral en 2014.Le véritable problème est ailleurs, et nous devrions manifester notre colère envers les politiques d\u2019austérité de Philippe Couillard plutôt qu\u2019envers celles et ceux qui fuient la misère ou l\u2019exclusion avec l\u2019espoir d\u2019améliorer leur sort.Que dire de certains politiciens qui ne font que jeter de l\u2019huile sur le feu ?Difficile de croire qu\u2019il s\u2019agit du même Québec qui, en 1980, sous le leadership de René Lévesque, a forcé la main au gouvernement fédéral de Trudeau père à amnistier quelque 5000 Haïtiennes et Haïtiens après l\u2019expiration de leurs visas de courte durée.Moi qui avais dix-sept ans à l\u2019époque, je peux dire que j\u2019étais fier de l\u2019ouverture et de la générosité du Québec et de son peuple.Aujourd\u2019hui, j\u2019ai plutôt mal pour notre pays, et les dérapages identitaires de nos représentants politiques m\u2019accablent.La droite décomplexée La montée en force des groupes racistes d\u2019extrême droite, tant chez nos voisins états-uniens que chez nous, est très troublante.Nous devons éviter la tentation de banaliser l\u2019essor des mouvements néonazis et de suprématie blanche enhardis par l\u2019ascension d\u2019un populiste de droite à la présidence de la Maison-Blanche.D\u2019ailleurs, des ef fets collatéraux de cette radicalisation se font déjà sentir au Québec.Comment comprendre que des groupes islamo- phobes manifestent dans les rues de notre capitale à quelques mois seulement de la tuerie à la grande mosquée de Québec ?Comment expliquer la vague de commentaires xénophobes lus et entendus quotidiennement depuis le début de la crise migratoire des demandeurs d\u2019asile haïtiens ?Nous devons dénoncer haut et fort ce discours haineux, qu\u2019il s\u2019affiche ouvertement ou plus subtilement.Nous devons aussi répondre aux questionnements de la population, de nos membres, aux prises avec un débat public polarisé, par lequel plus personne n\u2019écoute l\u2019autre, plus personne ne répond, plus personne n\u2019entend.Les craintes exprimées ne sont pas toutes une démonstration de racisme, elles sont plutôt l\u2019expression d\u2019un besoin de discuter des enjeux actuels.Il faut savoir le faire dans le calme et dans le respect de nos valeurs.Le mouvement syndical a un rôle majeur à jouer pour mettre en avant les valeurs de tolérance, de solidarité, d\u2019ouverture et d\u2019entraide, elles sont non seulement propres à notre organisation, mais aussi caractéristiques du Québec.Nous devons continuer de bâtir des ponts avec les mouvements antiracistes et les leaders racisés afin de les soutenir dans la lutte contre le racisme.Il est de notre responsabilité d\u2019agir ainsi.La peur de l\u2019autre FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET rant personnaliste, un courant de pensée bien catholique.Jack Layton a appris à s\u2019engager dans sa communauté grâce à l\u2019Église unie.Est-ce que la relation entre les idées politiques et religieuses d\u2019une personne est suf fisante pour l\u2019identifier à une gauche ou une droite religieuse ?Non.Martine Ouellet sous-entend qu\u2019appartenir à la droite religieuse signifie être religieux et de droite.Antoine Desgagnés Le 19 septembre 2017 recteurs, directrices pour l\u2019étude et la recherche en éducation au Québec (ADE- REQ) propose de limiter le processus de sélection à quatre tentatives, de telle sorte que le candidat ne puisse tenter sa chance indéfiniment\u2026 Une mesure draconienne, vous ne trouvez pas?Gageons que si on permettait aux élèves de cinquième secondaire de reprendre leur examen du ministère en français quatre fois, le taux de diplo- mation grimperait en flèche, ce qui serait tout à fait normal, mais probablement qualifié par les enseignants de mesure laxiste.En bref, tant et aussi longtemps que les efforts de redressement liés à la connaissance de notre langue ne seront pas concentrés en amont, à savoir dès la première secondaire, nous assisterons à ces aberrations antipédagogiques qui placent devant les élèves de nouveaux professeurs inaptes à communiquer des connaissances qu\u2019ils ne maîtrisent tout simplement pas.Henri Marineau Québec, le 20 septembre 2017 L\u2019 HAUSSE DE LA RÉMUNÉRATION DES MÉDECINS L\u2019étalement rattrape Barrette JUSTIN TRUDEAU À L\u2019ONU Silence gênant A GUY TAILLEFER ROBERT DUTRISAC Quatrième essai\u2026 En 2016, seulement 53 % des candidats à l\u2019enseignement ont réussi l\u2019examen de français obligatoire pour accéder à la profession lors du premier essai.Toutefois, étant donné qu\u2019ils peuvent reprendre cette épreuve aussi souvent qu\u2019ils le veulent tant qu\u2019ils ne l\u2019ont pas réussie, 96 % des candidats y parviennent\u2026 après quatre essais ! Or, comme mesure de « redressement », l\u2019Association des doyens, doyennes et di- L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).A L A I N - G .G A G N O N Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes à l\u2019Université du Québec à Montréal et codirecteur de l\u2019ouvrage La politique québécoise et canadienne (PUQ, 2017) d e u x s e - maines du référendum du 1e r octobre confirmant le droit des Catalans d \u2019 a s s u m e r ple inement leur avenir politique, le g o u v e r n e - ment de Mariano Ra joy a choisi d\u2019imposer de façon brutale ses seules règles.Cela s\u2019est fait entre autres en jetant en prison près d\u2019une vingtaine de politiques et de fonctionnaires catalans, en prenant le contrôle des dépenses du gouvernement catalan \u2014 ce qui équivaut à une quasi mise en tutelle, en demandant aux forces de l\u2019ordre (Guardia Civil) de confisquer des millions de bulletins de vote, de saisir affiches et documents d\u2019information liés au référendum et de fermer les sites Internet dif fusant les informations essentielles à la tenue de la consultation populaire.Les compagnies Vodafone et Movi- star ont aussi été avisées qu\u2019elles devaient couper sur- le-champ tous les accès au site du gouvernement catalan diffusant des informations sur le référendum.Ces compagnies ont obtempéré.D\u2019autres mesures ont été prises en vue d\u2019empêcher la tenue de la consultation.Ainsi, le courrier peut être ouver t par les autorités de la poste en Espagne s\u2019il y a une raison de croire qu\u2019il s\u2019agit de matériel référendaire.Les rassemblements dans les édifices publics sont interdits.Plus de 700 élus municipaux sont menacés de poursuites et d\u2019ar restation pour avoir coopéré à l\u2019organisation d\u2019un référendum considéré illégal par Madrid.Tout cela rappelle les années peu glorieuses de l\u2019Espagne du général Franco.L\u2019Espagne s\u2019était pourtant bien relevée des années passées sous la houlette de Franco.Mais nous savons tous que la démocratie est un bien fragile qu\u2019il nous faut protéger.Les Catalans se sont attelés à la tâche vaillamment et, depuis l\u2019obtention du statut d\u2019autonomie en 1979, ils étaient parvenus à faire de la Catalogne une nation vers laquelle les démocraties occidentales se tournaient pour trouver des solutions à leurs propres maux.Sa seule autorité Aujourd\u2019hui, au nom de la Constitution, le gouvernement espagnol cherche à imposer sa seule autorité sur le peuple catalan.Or, on le sait, le principe démocratique s\u2019exerce à différentes échelles (municipale, régionale, nationale, étatique, su- praétatique, etc.).Chercher à s\u2019arroger tous les pouvoirs constitue non seulement un déni de démocratie, mais un geste politique condamnable.En agissant comme il le fait, le gouvernement espagnol se déshonore.Le gouvernement espagnol a manqué à ses devoirs en refusant tout dialogue avec le gouvernement catalan après la décision du Tribunal constitutionnel d\u2019invalider en 2010 des pans parmi les plus significatifs de l\u2019accord politique conclu en 2006, résultat de longues négociations, entre le gouvernement de Madrid et celui de la Catalogne, accord qui avait reçu l\u2019assentiment du peuple catalan par voie de référendum.Chaque geste posé par le gouver nement de la Catalogne en vue d\u2019une négociation a été tourné en dérision par le gouvernement de Mariano Rajoy, qui a cherché par calcul politique à élargir sa base électorale.Toutes les missives envoyées et toutes les tentatives de dialogue du gouver nement de la Catalogne ont été ignorées par Madr id .Que ce soient les marches annuelles organisées par la société civile (Diada) rassemblant au-delà d\u2019un million de personnes dans les r ues de Barcelone et dans l\u2019ensemble de la Catalogne ou les nombreuses représentations faites par les gouvernements d\u2019Ar tur Mas ou de Carles Puigdemont auprès de Madr id, toutes ces act ions sont demeurées vaines.En juillet 2013, le président Mas exhortait le premier ministre espagnol Rajoy à établir un dialogue et à engager des négociations (comme cela s\u2019était fait au Royaume-Uni) en vue de la tenue d\u2019une consultation.Mas, appuyé par le Conseil consultatif pour la transition nationale, avait déterminé cinq voies légales permettant la tenue d\u2019une consultat ion en Catalogne.1.L\u2019article 92 de la Constitution espagnole prévoit l\u2019organisation de réf é r e n d u m s « par décisions politiques à portée particulière ».On ne précise toutefois pas si cet article s\u2019applique à une décision pouvant mener au retrait de l\u2019État espagnol englobant.2.L\u2019article 150.2 prévoit un transfert de compétences relevant de l\u2019État englobant \u2014 à l\u2019image de ce qui s\u2019est produit en 2014 dans le cas écossais.3.La loi sur la consultation populaire adoptée par la Catalogne établit que le gouvernement catalan peut en faire usage en toute légalité, bien que cela exige le consentement de l\u2019État englobant.4.Le nouveau statut d\u2019autonomie de la Catalogne adopté en 2006 \u2014 dont plusieurs clauses ont été invalidées en 2010 par le Tribunal constitutionnel \u2014 prévoyait à l\u2019article 122 la tenue de consultat ions non contraignantes.5.Enfin, une réforme constitutionnelle majeure qui exigerait l\u2019appui des deux tiers de chacune des chambres au Parlement espagnol \u2014 suivie d\u2019élections et d\u2019un référendum dans toute l\u2019Espagne \u2014 pourrait ouvrir la voie à une consultation sous l\u2019égide des communautés autonomes.Ces cinq options ont été rejetées par Madrid, qui a ainsi fermé la porte à toute solution négociée avec le gouvernement de la Catalogne.Bien qu\u2019ayant respecté toutes les règles démocratiques, la Catalogne se trouve aujourd\u2019hui dans une impasse politique et constitutionnelle, puisque toutes les voies légales lui sont interdites.Pour ajouter à la gravité de la situation, le Tribunal constitutionnel espagnol prend fait et cause pour l\u2019État englobant.Ce tribunal se montre incapable de présenter de façon impartiale une position prenant en compte les revendications légitimes des par ties en litige.Aussi, plutôt que de pouvoir se tourner vers un arbitre juste et équitable, les Catalans sont laissés à eux-mêmes sans recours juridique et sans recours constitutionnel.La Constitution espagnole est donc devenue une camisole de force pour les Catalans, qui ne peuvent compter que sur eux- mêmes et espérer que les organisations internationales et les États où la démocratie a encore une signification dénoncent les abus de pouvoir du gouvernement espagnol.La raison du plus fort Nous assistons à des reculs majeurs de la démocratie en Espagne À JOSEP LAGO AGENCE FRANCE-PRESSE À Barcelone, une manifestante brandit une pancarte af firmant que «voter, c\u2019est décider».EMILIO MORENATTI AGENCE FRANCE-PRESSE Lire aussi \u203a Les médias: une tribune essentielle pour l\u2019utilisation quotidienne d\u2019un langage non sexiste.Le débat sur la féminisation de la langue se poursuit avec un texte d\u2019Audrey Si- mard, qui écrit que « les résistances entourant la féminisation des propos et des écrits démontrent clairement qu\u2019elle soulève des enjeux d\u2019ordre politique».Sur nos plateformes numériques.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pierre Karl Péladeau Chercher à s\u2019arroger tous les pouvoirs constitue non seulement un déni de démocratie, mais un geste politique condamnable.En agissant comme il le fait, le gouvernement espagnol se déshonore.P I E R R E K A R L P É L A D E A U Président et chef de la direction de Québecor a ministre du Patri- mo ine canad ien , Mélanie Joly, dévoilera la nouvelle politique culturelle canadienne le 28 septembre prochain.Avant même la présentation publique de cette politique, il a été plutôt surprenant de la voir fermer la porte à double tour sur la possibilité d\u2019imposer aux géants étrangers du Web, comme Netflix, le prélèvement de la taxe de vente sur leurs produits consommés au Canada, comme c\u2019est le cas pour l\u2019ensemble des produits et services.Non seulement la porte apparaît-elle fermée à double tour, mais la clé semble avoir été jetée, puisqu\u2019on parle maintenant de la possibilité pour Ottawa de négocier des ententes bilatérales avec chacun d\u2019eux, un menu à la pièce, à la tête du client ! Samedi dernier, lors de sa sortie envers son homologue fédérale, le min istre de la Culture et des Communications du Québec, Luc Fortin, dénonçait l\u2019absence de courage et la démission d\u2019Ottawa à l\u2019endroit de sa mission de défense des intervenants culturels.J\u2019allais lui suggérer d\u2019occuper le champ de la taxation laissé vacant par l\u2019abdication du fédéral.À la lecture de son inter vention publiée dans Le Devoir d\u2019hier [jeudi], je ne peux que me réjouir de sa démarche énergique et responsable.Le laisser-faire actuel, curieusement identique à celui qui a eu cours sous le gouvernement de Stephen Harper, cons iste à encourager et à faire la promotion des plate- formes étrangères de dif fusion de contenu dont les invest issements locaux sont anecdotiques, alors que les intervenants québécois et canadiens investissent massivement, et depu is tou jours, dans la réalisation de product ions locales .Je dénonce d\u2019a i l leurs depu is de nom - breuses années ce régime de faveur octroyé aux entreprises étrangères.La ministre ne peut plus se cacher Seulement pour le Groupe TVA et ses quelque 1500 employés, c\u2019est plus de 600 millions qui sont investis chaque année dans l\u2019économie québécoise et canadienne.TVA est un véritable tremplin pour la croissance des industries culturelles et récréatives de chez nous .Le Groupe est une source de revenus soutenus pour les artistes, les artisans et les producteurs indépendants, il stimule les investissements dans le secteur, accroît la compétitivité sur les marchés internationaux et favorise directement et indirectement la croissance des exportations.Cet écosystème est menacé alors que nous voulons continuer à investir dans notre culture : 93 % de la pro- grammat ion de TVA est en contenu or iginal (Réseau TVA, automne 2017).En anticipant les ef fets néfastes générés par ces services étrangers par contournement (OTT), Québecor a implanté, en 2013, un service de même nature : le Club Illico.Le Club réalise des séries originales en français, comme Blue Moon ou Victor Lessard, et met en valeur tout le talent de nos ar tistes, de nos créateurs et de nos ar ti- sans.Alors que le gouvernement fédéral s\u2019alimente en taxation de tous les montants que nous investissons, il offre entre-temps un cadeau à Netfl ix et aux autres véh i - cules de dif fusion.Il prend aux Canadiennes et aux Canadiens et donne aux entreprises étrangères, politique qui ne peut que susciter opprobre et rejet.Netflix et tous les autres fournisseurs étrangers de biens numériques vendus au Canada doivent être tenus de prélever les taxes de vente auprès de leurs clients canadiens.À lui seul, avec ses plus de 5 millions d\u2019abonnés au Canada, Netflix représente au moins 30 millions en TPS auxquels Ottawa dit non.La ministre ne peut continuer à se cacher derrière la prétendue incapacité technique de taxer les produits étrangers vendus au Canada.Elle ne peut ignorer ou feindre d\u2019ignorer la mécanique de la perception de la taxe.Plus ieurs pays ont d\u2019a i l - leurs déjà adopté des mesures spéc i f iques et e f f i - caces pour obliger les four- n isseurs de b iens numé - riques étrangers à prélever les taxes de vente : l\u2019Union européenne, l \u2019Australie, la Nouvelle?Zé lande, la Norvège, Israël, le Japon, la Corée du Sud, la Russ ie, etc .L\u2019OCDE s\u2019est aussi penchée sur la question et s\u2019est prononcée en faveur d\u2019une telle mesure législative.La miss ion des pouvo irs publics est d\u2019assurer la pérennité de l\u2019activité de celles et de ceux qui ont choisi de privilégier la culture et de s\u2019y investir en alimentant sa richesse et sa singularité.Il en va, Madame la Ministre, de comprendre cette mission, de la protéger et de la faire croître comme le font les autres nations.Politique culturelle canadienne : abdication ou équité ?L L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 S E P T E M B R E 2 0 1 7 B 6 LE DEVOIR D \u2019HISTOIRE Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés d\u2019histoire le défi de décrypter un thème d\u2019actualité à partir d\u2019une comparaison avec un événement ou un personnage historique.É R I C B É D A R D Historien, professeur à l\u2019Université TELUQ, l\u2019auteur vient de faire paraître Survivance (Boréal), un recueil d\u2019études sur le XIXe siècle.D es écoles et des noms de rue rebaptisés, des militants qui font table rase du passé, des politiciens qui se soumettent aux diktats de la rectitude politique : pas une semaine sans que le passé vienne hanter le présent, sans que surgisse une controverse.Quels liens entretenir avec le passé ?Faut-il se contenter de l\u2019étudier comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une matière morte ?Se soumettre à ses « leçons », lui tourner le dos, y chercher des repères ?Est-ce nécessaire de situer notre présent dans une continuité historique plus longue ?Avons-nous le droit de juger nos devanciers à partir des valeurs du moment ?François-René de Chateaubriand, penseur politique à ses heures, immense écrivain, a été hanté par ces questions tout au long de sa vie.Tout le rapport au passé de ce styliste de génie tient dans cette phrase qui conclut ses Mémoires d\u2019outre-tombe : «Je me suis rencontré entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves ; j\u2019ai plongé dans leurs eaux troublées, m\u2019éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue.» Penseur libre Né en 1768, ce fils cadet d\u2019une famille de la noblesse bretonne meurt en juillet 1848, quelques mois après l\u2019instauration de la Seconde République.Tour à tour pamphlétaire, ambassadeur, ministre des Affaires étrangères, ce grand voyageur sera le témoin capital d\u2019une époque extrêmement mouvementée, marquée par la fin de la monarchie «absolue», le règne de Napoléon, la Restauration, la révolution de juillet 1830.«Politiquement engagé et intellectuellement libre », Chateaubriand rompt plusieurs fois avec les régimes qui cherchent à l\u2019embrigader : après avoir dédié son Génie du christianisme à Napoléon, il tourne le dos au tyran dans les jours qui suivent l\u2019assassinat du jeune duc d\u2019En- ghien (1804), espoir des monarchistes ; après avoir célébré le retour des Bourbons sur le trône (1814), il dénonce leur politique de censure et rejoint l\u2019opposition libérale ; célébré par la jeunesse de 1830, courtisé par Louis-Philippe d\u2019Orléans, nouveau «roi des Français », il refuse de prêter serment au régime et démissionne avec fracas du Sénat, un geste plein de panache qui le condamne presque à l\u2019indigence\u2026 Mais si Chateaubriand rompt souvent avec le pouvoir, il rejette les ruptures politiques brutales.Toute sa vie, il a souhaité rapprocher les deux rives d\u2019une France écartelée entre son histoire longue et des aspirations nouvelles, plus en phase avec l\u2019époque.Comme tous ses contemporains, le jeune Chateaubriand constate les failles d\u2019un ancien régime exsangue.Toutefois, les passions destructrices qui agitent la France pendant les premières années de la Révolution le scandalisent.Il est présent à Paris le 14 juillet 1789 et voit de ses yeux les têtes coupées, plantées au bout des piques, portées par une foule déchaînée.Quelques années plus tard, son frère aîné est guillotiné.Ne pas faire le jeu des tyrans Son indignation est morale.L\u2019ingratitude des révolutionnaires le choque : « Ce sont vos pères que vous avez vaincus, leur lance-t-il plus tard, dans ses Mémoires ; ne les reniez pas, vous êtes sortis de leur sang.S\u2019ils n\u2019eussent été généreusement fidèles aux antiques mœurs, vous n\u2019auriez pas puisé dans cette fidélité native l\u2019énergie qui a fait votre gloire dans les mœurs nouvelles.» Il comprend l\u2019ivresse des révolutionnaires mais croit que ce désordre fait presque toujours le lit des tyrans.«Dans une société qui se dissout et se recompose, écrit-il dans ses Mémoires, la lutte des deux génies, le choc du passé et de l\u2019avenir, le mélange des mœurs anciennes et des mœurs nouvelles, forment une combinaison transitoire qui ne laisse pas un moment d\u2019ennui.Les passions et les caractères en liberté, se montrent avec une énergie qu\u2019ils n\u2019ont point dans la vie bien réglée.» « L\u2019infraction des lois, l\u2019af franchissement des devoirs, des usages et des bienséances, les périls même ajoutent à l\u2019intérêt de ce désordre.Le genre humain en vacances se promène dans la rue, débarrassé de ses pédagogues, rentré pour un moment dans l\u2019état de nature, et ne recommençant à sentir la nécessité du frein social, que lorsqu\u2019il porte le joug des nouveaux tyrans enfantés par la licence.» Sa critique de la Révolution est donc surtout politique.S\u2019il admet que la vieille France devait être rénovée, Chateaubriand croit qu\u2019un régime fondé sur la négation du passé est condamné à l\u2019échec.« Pourquoi la République française n\u2019a-t-elle pu vivre que quelques moments?se demande-t-il dans ses Réflexions politiques de 1814.C\u2019est [\u2026] qu\u2019elle avait voulu séparer le présent du passé, bâtir un édifice sans base [\u2026] Ce monument flottant en l\u2019air, qui n\u2019avait d\u2019appui ni dans le ciel ni sur la terre s\u2019est évanoui au souffle de la première tempête.» Sa conception du temps et de l\u2019histoire va évoluer.Jeune, il croit que l\u2019histoire n\u2019est que répétition du même, une suite de grandeurs et de déclins.Peu à peu, il en vient à croire que l\u2019histoire suit un cours particulier, que les temps changent, que les sociétés sont appelées à se transformer.Dans ses écrits de 1814, il critique ces « survivanciers » qui veulent recréer la France de l\u2019Ancien Régime: «En vain voudriez- vous revenir aux anciens : les nations, comme les fleuves, ne remontent point vers leurs sources.[\u2026 ] Le temps change tout, et l\u2019on ne peut pas plus se soustraire à ses lois qu\u2019à ses ravages.» À ses alliés légitimistes qui restreignaient la liberté de la presse, Chateaubriand rétorquait qu\u2019il fallait «se résoudre à vivre avec elle [la presse libre], comme vous vivez avec la machine à vapeur».Foi dans la liberté Chateaubriand se distingue donc des réactionnaires par sa foi dans la liberté et sa défense des institutions représentatives.La Révolution avait bel et bien eu lieu, il fallait en prendre acte en même temps que recoudre ce qu\u2019elle avait déchiré.À ses yeux, la seule façon d\u2019y arriver, c\u2019était de fonder une monarchie constitutionnelle.Le retour des Bourbons allait assurer l\u2019ordre et la stabilité, en plus d\u2019offrir une légitimité nouvelle aux idéaux de liberté en train d\u2019émerger.Un monarque régnerait sans gouverner et l\u2019opinion publique désignerait ses représentants.La liberté, cette valeur qui « enflamme le génie, élève le cœur, nécessaire à l\u2019ami des muses comme l\u2019air qu\u2019il respire », les révolutionnaires avaient eu tort de l\u2019imposer par la force et la violence.C\u2019est qu\u2019elle n\u2019avait pas été découverte par les Lumières du XVIIIe siècle mais par le Nouveau Testament.«L\u2019histoire de la société moderne commence au pied et de ce côté-ci de la croix », écrit-il dans ses Mémoires.Inutile de tout saccager, de tout recommencer, il suffisait de puiser dans une tradition de pensée qui avait rendu à l\u2019homme sa dignité.Cette perspective sera également celle des réformistes ca- nadiens-français du XIXe siècle.Construire sur des fondations solides, faire confiance au temps, ne rien brusquer, aménager des ponts entre le passé et l\u2019avenir, voilà ce que souhaitait Chateaubriand pour son pays.Les convulsions révolutionnaires menaient à l\u2019anarchie, et l\u2019anarchie à la tyrannie.Cette ambition débouchait cependant sur un paradoxe : «homme d\u2019avenir, note son biographe Jean-Paul Clément, Chateaubriand veut sincèrement fonder la liberté ; homme de traditions, il veut la confier à des hommes du passé ».Ces hommes du passé, minés par l\u2019esprit de revanche, ne cesseront de le décevoir\u2026 Au soir de sa vie, Chateaubriand oscille entre l\u2019espoir et la mélancolie.«Le monde actuel, le monde sans autorité consacrée, semble placé entre deux impossibilités: l\u2019impossibilité du passé, l\u2019impossibilité de l\u2019avenir.» Ce monde clos sur lui-même, satisfait, sans panache ni grandeur, prisonnier d\u2019un présent éphémère, le rend mélancolique.Elle traverse, cette mélancolie, les Mémoires d\u2019outre-tombe, véritable chef-d\u2019œuvre de la littérature française, que j\u2019ai mis trop de temps à découvrir.« Chaque homme por te en lui un monde composé de tout ce qu\u2019il a vu et aimé, et où il veut rentrer sans cesse, alors même qu\u2019il parcourt et semble habiter un monde étranger», écrit-il un jour à son ami Joseph Joubert.À défaut d\u2019avoir imprimé sa marque aux institutions de son pays, il fera de sa vie la matière d\u2019une œuvre irremplaçable.?Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël : dnoel@ledevoir.com.MÉMOIRES D\u2019OUTRE-TOMBE DE CHATEAUBRIAND Impossibilité du passé, impossibilité de l\u2019avenir WIKIPÉDIA DOMAINE PUBLIC Construire sur des fondations solides, faire confiance au temps, ne rien brusquer, aménager des ponts entre le passé et l\u2019avenir, voilà ce que souhaitait François-René de Chateaubriand pour son pays, la France.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019historien, professeur et auteur Éric Bédard Dans une société qui se dissout et se recompose, la lutte des deux génies, le choc du passé et de l\u2019avenir, le mélange des mœurs anciennes et des mœurs nouvelles, forment une combinaison transitoire qui ne laisse pas un moment d\u2019ennui.Les passions et les caractères en liberté, se montrent avec une énergie qu\u2019ils n\u2019ont point dans la vie bien réglée.François-René de Chateaubriand dans ses Mémoires d\u2019outre-tombe « » "]
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