Le devoir, 2 septembre 2017, Cahier B
[" Pourquoi la liberté d\u2019expression compte tant en démocratie Page B 3 Quand sikh rime avec engagement politique Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 Une rentrée tendue pour le président français Emmanuel Macron Page B 2 J É R Ô M E D E L G A D O «I l ne faut pas surévaluer les répercussions négatives d\u2019un FFM dans un état de décrépitude.Mais oui, il y en a», analyse Marcel Jean, directeur de la Cinémathèque québécoise.Lui-même a subi ces répercussions, lorsqu\u2019un sub- ventionnaire a refusé d\u2019assumer les frais de déplacement d\u2019un cinéaste invité par la Cinémathèque.« Des agences internationales font af faire avec le FFM depuis 40 ans et ne sont pas au courant de l\u2019état du festival.Elles continuent de suggérer à leurs cinéastes de soumettre leurs films au FFM.» Programmation mal dif fusée, projections victimes de problèmes techniques, salles déser tes, jurés méconnus, réalisateurs abandonnés : le festival quarantenaire semble davantage souffrir de son âge que bénéficier de son prestige d\u2019antan.Malgré nos appels répétés aux bureaux du Festival des films du monde de Montréal, il n\u2019a pas été possible d\u2019avoir une idée de la fréquentation de l\u2019édition en cours.Marcel Jean estime que la décrépitude du FFM est telle qu\u2019il n\u2019y a plus rien à faire.Quand des cinéastes étrangers se présentent et se retrouvent devant des salles vides (comme cette année), sans chambre d\u2019hôtel (comme en 2016), c\u2019est un signe que le fond a été atteint.« On est face à une agonie.Et ce n\u2019est pas un phénix qui va renaître de ses cendres », avance celui qui espère que la situation ne se prolongera plus.Le Festival du nouveau cinéma (FNC) s\u2019est déjà retrouvé devant une autre situation : trop associé au FFM, jusqu\u2019à être confondu avec lui.« C\u2019est une situation qui peut nuire à une réputation », commente Nicolas Girard, directeur du FNC, qui a su que des invités malmenés en 2016 ne veulent plus venir à Montréal.Rester positif Le 41e FFM a néanmoins attiré des cinéastes.Même des Québécois, présents avec des premières œuvres.L\u2019acteur Maxime Genois, par exemple, y fait ses débuts avec le court métrage Le clown, mettant en vedette Emmanuel Schwartz et Aliocha Schneider.« C\u2019est dif ficile d\u2019être sélectionné dans les compétitions les plus convoitées, surtout quand c\u2019est ton premier film et que tu t\u2019occupes toi-même de le distribuer, exprime par courriel le diplômé du Conservatoire d\u2019art dramatique.Je suis heureux que le film soit présenté et je profite d\u2019une belle plateforme puisque plusieurs journalistes [en] ont parlé positivement.Je l\u2019apprécie.» Danny Lennon n\u2019est pas cinéaste, mais grand défenseur des courts métrages.Le directeur de Prends ça court participe au FFM comme président du jur y de la catégorie.« Je suis inquiet pour Montréal, mais s\u2019il faut aider, il faut le faire.Je reste positif, dit-il.Et j\u2019ai vu du méchant bon stock.» Plateforme pour des courts, le FFM l\u2019est-il pour les longs ?Plus maintenant, hésite à répondre Patrick Roy, président des Films Séville.« Depuis l\u2019an dernier, nous n\u2019utilisons plus ce festival.» «Les festivals sont des rampes de lancement souhaitables et nécessaires, reconnaît-il.Ce sont des outils de mise en marché.» Les distributeurs qui procèdent sans le FFM passent par d\u2019autres festivals, organisent des tapis rouges.Il y a dix ans, estime Patrick Roy, Les rois mongols, de Luc Picard, et Et au pire on se mariera, de Léa Pool, auraient été lancés au FFM.Le FFM?Helen Faradji, critique à la radio de Radio-Ca- nada, ne le suit plus depuis des lunes, ne le voit plus comme un festival.«C\u2019est à un accident de char au ralenti qu\u2019on assiste, dit-elle, à la fois fascinée et attristée.Et d\u2019une année à l\u2019autre, [la situation] empire.» Helen Faradji croit que ni Montréal ni les cinéphiles ne perdent avec le lent effondrement du véhicule FFM.L\u2019idée que l\u2019on se fait de la ville, à l\u2019étranger, «ne se résume pas au FFM ».D\u2019autres festivals font davantage parler de Montréal.La baisse de fréquentation dit le reste.«Ce que les cinéphiles veulent, ce sont de bons films.On a l\u2019impression que ce n\u2019est que du remplissage d\u2019horaire.» Louis Dussault, p.-d.g.de K-Films Amérique, abonde.« Moi, j \u2019ai décroché l\u2019année [2015] où [Serge] Losique a présenté son espèce de péplum islamique [Muhammad, Messenger of God, de Majid Ma- jidi].Je me suis dit qu\u2019il était prêt à n\u2019impor te quoi pour faire parler de lui », confie-t-il.Le distributeur, longtemps présent dans les environs du FFM, ne cache pas sa rage devant l\u2019état actuel des choses, allant jusqu\u2019à qualifier le directeur Serge Losique de « dictateur dans son bunker».Montréal survivra Le début de la fin du FFM remonte au début des années 2000, lorsque l\u2019aide publique s\u2019est mise à se faire rare.En 2004, au lendemain du 28e FFM, la SODEC et Téléfilm Canada avaient décidé de pousser pour la création d\u2019un autre grand festival, ce qui avait abouti à l\u2019éphémère Festival international des films de Montréal.Le FFM a survécu à la concurrence, mais il ne cesse depuis de vaciller, sous le poids des dettes.La SODEC l\u2019avait à un moment soutenu à nouveau, mais depuis 2014, c\u2019est zéro financement.Déjà famélique, l \u2019édition 2016, la 40e, avait été perçue comme de trop.Pourtant, le FFM s\u2019est pointé à nouveau en 2017, sauvé in extremis notamment par le rachat par Québe- cor d\u2019une dette qui a permis au clan Losique de garder le cinéma Impérial.Le constat à Québec demeure néanmoins le même.«Le FFM a une riche histoire et nous souhaitons toujours que davantage de films, québécois et étrangers, soient accessibles au public montréalais.Toutefois, le gouvernement demande depuis plusieurs années au festival de lui fournir un plan de redressement que nous attendons toujours.Tant qu\u2019il n\u2019y aura pas de plan de redressement, il ne pourra y avoir de soutien gouvernemental», résume Karl Fi- lion, attaché de presse du ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin.Interrogé jeudi en marge d\u2019un point de presse sur la création d\u2019un comité consultatif en matière de cinéma et de production télévisuelle, le maire de Montréal, Denis Coderre, s\u2019est montré clair.«M.Losique a beaucoup fait pour le cinéma, mais à un moment donné, toute bonne chose a une fin, a-t-il dit, tout de même rassurant.Je ne pense pas que Montréal a un problème d\u2019image.Il y a plein de festivals.» Le nouveau comité consultatif vise à rassembler les forces vives du cinéma, mais il ne fera rien pour sauver le FFM.Pour Pierre Roy, nommé président de ce groupe d\u2019experts, le vrai enjeu concerne l\u2019accès aux salles.La fragilité d\u2019un festival, voire sa mort, c\u2019est triste, mais non dommageable.« Il faut regarder ce qu\u2019on perd et ce qu\u2019on a gagné.[Le festival] Fantasia fait 100 000 entrées, ce que le FFM n\u2019a jamais fait », observe-t-il.En d\u2019autres mots, la disparition du FFM ne sera que bénéfique, sans que ça nuise à Montréal, ville de cinéma.Pour Marcel Jean, on n\u2019a pas à pleurer le FFM.«On a un grand festival à Montréal, c\u2019est Fantasia, qui attire les visiteurs étrangers, qui attire le public, qui est singulier.» Vieux de 21 ans, soit moitié plus jeune que le FFM, Fantasia a affiché salles combles en 52 occasions, selon son site Web, lors de son édition de l\u2019été 2017.Un succès qui était autrefois celui du FFM.Si Helen Fa- radji croit que l\u2019avenir d\u2019un festival passe par une niche bien précise, comme Fantasia, Louis Dussault estime qu\u2019un festival «généraliste, rassembleur, fédérateur » est encore pertinent.«Pourvu qu\u2019il soit dirigé de façon collégiale.On ne veut pas un autre dictateur.» Le Devoir Le FFM n\u2019est plus ce qu\u2019il était.Et après ?Le milieu du cinéma ne croit plus en la pertinence du festival quarantenaire PHOTOS PEDRO RUIZ LE DEVOIR Déjà famélique, l\u2019édition 2016, la 40e, avait été perçue comme de trop.Pourtant, le FFM s\u2019est pointé à nouveau en 2017, sauvé in extremis notamment par le rachat par Québecor d\u2019une dette qui a permis au clan Losique de garder le cinéma Impérial.Le début de la fin du festival remonte toutefois au début des années 2000, lorsque l\u2019aide publique s\u2019est mise à se faire rare Quelque part entre la vie et la mort, le Festival des films du monde (FFM) mettra fin à sa 41e édition le lundi de la fête du Travail.Une tradition que d\u2019aucuns sont surpris, voire fâchés, de voir se perpétuer, année après année, malgré les fiascos récurrents entourant son organisation.Montréal et le milieu québécois du cinéma écopent-ils ?[Serge] Losique a beaucoup fait pour le cinéma, mais à un moment donné, toute bonne chose a une fin Le maire de Montréal, Denis Coderre « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É C\u2019 est au nom de la « saine administration de la justice» que le gouvernement Couillard dit avoir choisi de demander le renvoi à la Cour d\u2019appel du dossier qui divise la Cour supérieure et la Cour du Québec.Vraiment?Ce faisant, il a aussi perdu une occasion d\u2019en contester même le fondement, estiment plutôt certains.« Québec justifie avoir pris sa décision dans l\u2019intérêt supérieur de la justice, dit le professeur de droit constitutionnel Patrick Taillon.Il y avait certainement un problème dans le fait que des juges de la Cour supérieure tranchent un litige qui les concerne directement.Mais en renvoyant le tout devant la Cour du Québec, le gouvernement se prive aussi de certains arguments pour critiquer le recours.» La porte-parole du Parti québécois en matière de justice, Véronique Hivon, va plus loin.« La procureure générale [Stéphanie Vallée] se trouve à cautionner la légitimité de la démarche de la Cour supérieure en acceptant leur demande de confier le dossier à la Cour d\u2019appel, di- sait-elle en entretien vendredi.Elle aurait pu se battre pour amener des arguments [contre le recours] dès l\u2019étape de la Cour supérieure.» Selon Patrick Taillon, « Québec aurait pu [tenter d\u2019obtenir un rejet sur la base de] l\u2019irrecevabilité de la demande devant la Cour supérieure : c\u2019était tellement inapproprié comme forum pour discuter de cet enjeu qu\u2019il y aurait eu des arguments préliminaires à faire valoir là.Ç\u2019aurait été une façon de gagner du temps et de défendre les intérêts du Québec.Là, il me semble clair que les juges de la Cour supérieure qui ont lancé le recours doivent pousser un soupir de soulagement.Et probablement que les juges de la Cour du Québec ne comprennent pas\u2026» Une source du milieu juridique évoque ainsi des juges « incrédules » devant la volte-face de la ministre.«Elle avait toujours non à la Cour supérieure, en rappelant que le Code civil a été adopté à l\u2019unanimité.Et maintenant, elle renvoie devant la Cour d\u2019appel une loi présumée valide.Pourquoi change-t-elle son fusil d\u2019épaule tout à coup, si ce n\u2019est à la suite d\u2019un travail de lobbyisme et de pression politique?» Célérité Le gouvernement a annoncé jeudi en fin de journée par communiqué qu\u2019il déposait une demande de renvoi à la Cour d\u2019appel, un mois et demi après le dépôt d\u2019un recours de la Cour supérieure (CS) qui conteste l\u2019étendue des juridictions de la Cour du Québec (CQ).En se basant sur l\u2019esprit de la Loi constitutionnelle de 1867, les juges de la CS estiment démesurée l\u2019étendue de la juridiction actuelle de la Cour du Québec.Ils demandent de traiter tous les dossiers civils où l\u2019enjeu du litige est de plus de 10 000$ (le seuil de partage des juridictions est de 85 000 $).Ils contestent aussi le pouvoir de la CQ d\u2019entendre les appels de tribunaux administratifs \u2014 comme la Régie du logement.La ministre Vallée a indiqué que le renvoi permettra « de favoriser la célérité du processus judiciaire pour résoudre le litige, mais aussi d\u2019éviter les potentiels conflits [\u2026] pouvant être évoqués en laissant un juge de la Cour supérieure se prononcer dans un recours amorcé par des juges de la même cour.» La demande en jugement déclaratoire de la Cour supérieure ne pouvait être déposée que devant la Cour supérieure, ce qui aurait placé le juge assigné au dossier dans une situation particulière, reconnaît Patrick Taillon.Selon la porte-parole de la Cour supérieure (CS) dans ce dossier, Madeleine Lemieux, quatre juges de la CS avaient été écartés des débats sur la question.De même, ils n\u2019avaient pas contribué au financement de la cause \u2014 leurs collègues ont tous mis 1500 $ dans le chapeau.N\u2019empêche: «C\u2019était très délicat», dit M.Taillon.Juridiction Et maintenant, quoi ?Véronique Hivon aurait souhaité que Stéphanie Vallée profite de l\u2019annonce du renvoi pour défendre vigoureusement la compétence de la Cour du Québec.Car derrière une apparente guerre de pouvoirs entre deux tribunaux, il y a un enjeu politique : les juges de la Cour supérieure sont nommés par Ottawa, ceux de la Cour du Québec relèvent plutôt du provincial.Ce faisant, « la ministre reste muette quant à la position qu\u2019elle va défendre, remarque Mme Hivon.Le sujet paraît technique, mais il est grave : on parle ici de la compétence et de l\u2019autonomie du Québec en matière d\u2019administration de la justice.Déjà que les délais explosent à la Cour supérieure et qu\u2019on n\u2019a pas l\u2019autonomie de nommer des juges pour remédier à la situation\u2026» En fin de journée vendredi, l\u2019attachée de presse de Mme Vallée a répondu au Devoir que « les compétences de la Cour du Québec ont été établies par le législateur québécois, et c\u2019est à juste titre que la procureure générale en défendra la constitutionnalité dans le cadre des procédures qui font l\u2019objet du renvoi ».Elle ajoute que le gouvernement n\u2019a « jamais douté » de la validité de la législation québécoise.« J\u2019espère en tout cas que la position sera de se battre bec et ongles pour les dispositions du Code civil », dit Véronique Hivon.Le Devoir JUSTICE Un renvoi qui étonne Québec aurait-il dû contester devant la Cour supérieure le recours de cette dernière ?JULIEN DE ROSA AGENCE FRANCE-PRESSE La proposition du président Macron de créer un statut de «première dame» pour son épouse Brigitte a créé un tollé unanime et les pétitions se sont remplies dans le temps de le dire.Si la vie politique française s\u2019est américanisée, elle ne l\u2019est pas encore à ce point.C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris E n annonçant cette semaine la réforme du Code du travail qu\u2019il entend mener à fond de train, le nouveau président Emmanuel Macron avait certainement conscience de la gravité du moment.Les présidents français ont beau être élus pour cinq ans, une grande partie de leur bilan se joue dans les premiers mois de la première rentrée d\u2019automne.Du moins en fut- il ainsi pour Nicolas Sarkozy qui, en annonçant sa réforme fiscale à l\u2019automne 2007, plomba le reste de son mandat.En quelques semaines, le président sacrifia toutes ses marges de manœu- vre budgétaires.Ce qui lui manqua cruellement lorsque la crise financière montra le bout de son nez.C\u2019est aussi dans les tout premiers mois de son mandat que les demi-réformes que lança François Hollande imprimèrent une marque indélébile marquée au coin de l\u2019indécision.Le président ne réussit jamais à se dégager de cette image, même en rectifiant le tir sur le plan économique un an plus tard.Le pari est encore plus grand pour Emmanuel Macron, qui a fait presque toute sa campagne sur la libéralisation de l\u2019économie française, qualifiée de «révolution copernicienne».Récemment encore, le président n\u2019a pas ménagé ses mots : «La transformation que nous opérons est celle de faire entrer la France dans le XXIe siècle et de gagner la bataille du chômage de masse, a-t- il déclaré en Autriche.Non pas de baisser d\u2019un ou deux points le chômage, mais de profondément changer les structures économiques et sociales françaises.» Rien de moins ! Une réforme «ambitieuse» Avouons que, pour l\u2019heure, la partie n\u2019est pas gagnée.Jeudi, le premier ministre, Édouard Philippe, a présenté une réforme qualifiée d\u2019« ambitieuse, équilibrée et juste ».Ces ordonnances, qui permettent d\u2019éviter le débat point par point à l\u2019Assemblée nationale, visent d\u2019abord à faciliter les congédiements, qui sont en France d\u2019une complexité rare.Les 160 pages des textes rendus publics jeudi mettent l\u2019accent sur les petites et moyennes entreprises, à qui elles accordent le droit de négocier des accords spécifiques et donc de déroger aux accords de branche qui façonnent l\u2019économie française depuis des lustres.Les dommages versés aux employés en cas de licenciement seront aussi limités.Ces montants, parfois astronomiques, représentaient un véritable cauchemar pour les patrons de PME, qui devaient immobiliser des sommes importantes au cas où un employé les traînerait devant les prud\u2019hommes.Les tribunaux français du travail sont renommés pour avoir un net penchant en faveur des salariés.Plus de cent réunions ont été tenues durant l\u2019été pour préparer cette réforme avec les syndicats.Résultat : malgré certaines réserves, le patronat a spontanément applaudi à des mesures qu\u2019il attendait depuis longtemps.L\u2019écho s\u2019est aussitôt fait entendre à Bruxelles.Quant aux syndicats, ils réagissent pour l\u2019instant en rangs dispersés.Force ouvrière, qui s\u2019était radicalement opposée à la loi El Khomri durant le quinquennat de François Hollande, n\u2019a pas appelé à manifester, contrairement à la CGT.Ce qui faisait écrire à l\u2019éditorialiste du quotidien Le Monde que Macron avait gagné la première manche.Reste la seconde, qui se jouera dans la rue puisque la CGT, qui dénonce « la fin du contrat de travail», a appelé à manifester dès le 12 septembre.Un appel aussitôt relayé par le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui, voulant poser en seul chef de l\u2019opposition, ne dénonce rien de moins qu\u2019un «coup d\u2019État social».Mélenchon a appelé à descendre dans la rue le 23 septembre prochain.Selon un sondage Harris Interactive, 58 % des Français seraient opposés à cette réforme.Mais une lecture minutieuse des données montre aussi que peu de points de la réforme suscitent une opposition vraiment massive.Malgré une réelle irritation, l\u2019électorat demeure relativement divisé sur le sujet.Plusieurs mesures suscitent même l\u2019adhésion.Peut-être parce que les Français sont prêts à tout pour enfin faire reculer le chômage.Mais ne leur demandez pas de le faire dans l\u2019enthousiasme.Chute dans les sondages Plusieurs analystes estiment que, si le président a pris soin de ménager Force ouvrière, en renforçant notamment les accords de branches dans certains domaines, c\u2019est à cause de sa faiblesse dans les sondages.Le président a en effet perdu 14 points dans les enquêtes de popularité durant l\u2019été.Cette chute est inédite.Le nouveau président amorce donc l\u2019automne avec une popularité moindre que ses prédécesseurs au même moment du quinquennat.Même François Hollande n\u2019avait pas connu une chute aussi rapide.D\u2019où vient cette chute soudaine ?Probablement des erreurs commises par Emmanuel Macron durant l\u2019été.À commencer par la réduction d\u2019un milliard d\u2019euros des budgets de la sécurité, dont 850 millions dans ceux de l\u2019armée, pourtant déjà saignée à blanc et à bout de force à cause de l\u2019état d\u2019urgence.Le président avait pourtant promis de réinvestir dans l\u2019armée.Or, avec les attentats terroristes, les Français soutiennent massivement leur armée, qui demeure parmi les institutions les plus respectées à gauche comme à droite.Autre erreur d\u2019appréciation : la proposition de créer un statut de « première dame » pour l\u2019épouse du président, Brigitte Macron.Si la vie politique française s\u2019est américanisée, elle ne l\u2019est pas encore à ce point.Le tollé a été unanime et les pétitions se sont remplies dans le temps de le dire.D\u2019autres accusent la communication bancale du président, faite de silences et d\u2019images le montrant un jour en tenue militaire dans un sous-marin et le lendemain en tenue de football à Marseille.À quand les résultats?Cette chute rapide illustre peut-être surtout la faiblesse du socle dans la population d\u2019un président qui n\u2019a recueilli au premier tour l\u2019adhésion que de 24 % des électeurs.Les résultats du second tour n\u2018étant guère significatifs puisque n\u2019importe qui l\u2019aurait probablement emporté contre Marine Le Pen.Or ce socle est constitué d\u2019électeurs à la fois de droite et de gauche, ce qui fragilise encore plus Emmanuel Macron.Le danger consiste surtout à se couper des électeurs de gauche modérés qui avaient soutenu François Hollande.C\u2019est probablement pourquoi le président a senti le besoin de remettre les choses à plat en remplaçant ses responsables de la communication et en accordant au magazine Le Point une entrevue-fleuve d\u2019une vingtaine de pages qui demeurera dans les annales du quinquennat.Dans cette entrevue, renvoyant dos à dos Hollande, Sarkozy, Chirac et Mitterrand, il déclare avoir «tourné la page de trois décennies d\u2019inefficacité».On ne pourra pas reprocher à ce président, qui dit vouloir « renouer avec l\u2019héroïsme politique », de manquer de panache.Dans Le Figaro, le président de la firme de sondages Odoxa, Gaël Sliman, a eu ces mots plus terre à terre : « La bienveillance qui a accompagné son élection [d\u2019Emmanuel Macron] est finie, les Français veulent des résultats.» Le Devoir Une rentrée tendue pour Emmanuel Macron Le nouveau président français amorce la période la plus cruciale de son mandat avec un niveau record d\u2019impopularité 58 % C\u2019est le pourcentage de Français qui seraient opposés à la réforme du Code du travail, selon un sondage Harris Interactive.Emmanuel Macron a perdu 14 points dans les enquêtes de popularité durant l\u2019été, une chute inédite.Le président amorce donc l\u2019automne avec une popularité moindre que ses prédécesseurs au même moment du quinquennat. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa J ustin Trudeau aime se vanter qu\u2019il a plus de ministres sikhs dans son cabinet \u2014 quatre \u2014 que n\u2019en a son homologue indien.Jagmeet Singh, un sikh pratiquant, caracole en tête de peloton dans la course à la direction du NPD.Et il n\u2019est même pas le premier aspirant chef portant le turban dans ce par ti, Mar tin Singh l\u2019ayant devancé en 2012.C\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire : malgré le fait qu\u2019elle ne compte que pour 1,4 % de la population canadienne, la communauté sikhe est très engagée et représentée en politique canadienne.D\u2019entrée de jeu, Balpreet Singh Boparai, l\u2019avocat de la branche canadienne du World Sikh Organisation (WSO), of fre une explication religieuse à cet engagement.«Si notre spiritualité est une affaire personnelle, elle a aussi un aspect public.Pour nous, Dieu est en nous, mais aussi partout dans la Création.Alors rendre service à l\u2019humanité fait partie de notre foi.En tant que personne religieuse, on doit travailler sur soi, mais aussi tenter de rendre le monde meilleur.» Ce concept s\u2019appelle dans le sikhisme « le service altruiste».«C\u2019est un concept fort dans notre foi qui veut qu\u2019en venant en aide à ceux qui nous entourent, indépendamment de leur identité ou de leurs croyances, on rende service à Dieu.Et ce service altruiste peut notamment prendre la forme de l\u2019engagement politique.» Le World Sikh Organisation a vu le jour en 1984 dans la foulée de l\u2019attaque meurtrière par le gouvernement indien du Temple d\u2019or, considéré comme le lieu le plus sacré du sikhisme.Le gouvernement d\u2019Indira Gandhi avait lancé le raid au motif que des indépendantistes sikhs s\u2019y étaient retranchés.Quatre mois plus tard, Mme Gandhi était assassinée par ses gardes du corps sikhs.Le WSO a longtemps milité pour la création d\u2019un État sikh indépendant, mais n\u2019en fait plus mention.Le WSO s\u2019est donné au Canada pour mission de protéger les intérêts des sikhs, notamment en menant des combats judiciaires pour faire respecter leurs droits.Ce sont des membres de la WSO qui, ayant été refoulés à l\u2019Assemblée nationale en 2011 parce qu\u2019ils voulaient y pénétrer sans se départir de leur kirpan, se sont adressés \u2014 en vain \u2014 aux tribunaux.La même année, le WSO s\u2019était porté à la défense d\u2019une jeune arbitre musulmane congédiée parce qu\u2019elle avait porté son voile sur le terrain de soccer.Au téléphone, Chattar Singh Saini abonde.Il est secrétaire général du gurdwara (temple) Nanak Darbar, à LaSalle, le cœur de la petite communauté sikhe du Québec.« Nous cherchons à pacifier la politique », lance-t-il après avoir longuement expliqué la croyance sikhe en une source originelle unique de la vie qui pousse à voir en chacun un être égal méritant le respect.M.Saini est un cas en soi.Ce chercheur spécialisé dans les micro-ondes vit au Canada depuis plus de quatre décennies et son anglais reste dif ficile à comprendre.Néanmoins, il a été membre du Parti libéral, du NPD et même du Parti québécois parce qu\u2019un de ses amis était un farouche souverainiste ! Il dit que Thomas Mulcair était son «héros», qu\u2019il n\u2019a pas voté pour Justin Trudeau même si à l\u2019époque de son père, il a fait partie d\u2019une délégation de 13 personnes pour aller le rencontrer à Ottawa.De son aveu même, il intègre un parti politique «chaque fois » qu\u2019il en a l\u2019occasion.«Notre idée est de professer une philosophie et la meilleure tribune pour le faire, c\u2019est le Parlement.Nous n\u2019avons pas recours aux armes pour disséminer notre philosophie.On dit : \u201cSVP, mettez l\u2019humain au cœur du Parlement\u201d.» Balpreet Singh Boparai souligne que la religion sikhe est une religion égalitaire : hommes et femmes ont le droit de prêcher et s\u2019astreignent aux mêmes obligations vestimentaires lorsqu\u2019ils choisissent de devenir amritdhari (voir encadré).«La Charte des droits et libertés est similaire à nos propres croyances.Alors il y a une adéquation naturelle entre le Canada et les sikhs.» Selon les données du recensement de 2011 (les données religieuses de celui de 2016 ne seront dévoilées qu\u2019en octobre par Statistique Canada), il y a 455 000 sikhs au Canada, formant 1,4% de la population.La grande majorité d\u2019entre eux vivent en Colombie-Britannique (201 110), où ils représentent 4,7% de la population, et en Ontario (180 000).Un fort contingent (52 335) se trouve en Alberta.Le Québec n\u2019en compte que 9274.Il faut noter que s\u2019il y a près de 21 millions de sikhs en Inde, ils n\u2019en forment pas moins une très petite minorité, représentant à peine 1,72 % de la population totale selon le recensement indien de 2011.Raisons politiques Le journaliste Anirudh Bhattacharya, basé à Toronto, est un collaborateur régulier pour le quotidien indien Hindustan Times.Il voit surtout des racines politiques à cet engagement des sikhs au Canada.« Je pense que le mouvement séparatiste en Inde a amené la communauté ici à s\u2019unir.Cela l\u2019a amenée à vouloir s\u2019imposer dans la politique canadienne pour avoir un impact.» Il cite aussi l\u2019incident du Komagata Maru en 1914 comme un événement qui « a eu un impact politique et a amené la communauté à se dire qu\u2019elle devait faire sentir sa présence ».Le navire Komagata Maru avait à son bord 376 personnes, sikhes en très grande majorité, fuyant le Punjab dans l\u2019espoir de s\u2019installer au Canada.Le Canada a refusé l \u2019entrée à la quasi-totalité des gens et a retourné le navire en Inde.Enfin, il pense que la carrière politique d\u2019Uj- jal Dosanjh a pu en inspirer plusieurs.M.Do- sanjh, un sikh d\u2019origine qui ne pratique pas, a été, en 2000 et 2001, premier ministre néodé- mocrate de Colombie-Britannique.Il a été le premier dirigeant politique « racisé » du Canada.Il s\u2019est ensuite recyclé au fédéral en 2004 et est devenu ministre libéral sous Paul Martin.Il a été défait en 2011.M.Dosanjh n\u2019a pas voulu parler au Devoir pour cet article.Il est historiquement très critique des voix religieuses de la communauté.En février 1985, alors que les velléités indépendantistes sikhes sont à leur apogée (l\u2019explosion de l\u2019appareil d\u2019Air India sur viendra quatre mois plus tard), il est battu à coups de barre de fer après s\u2019être publiquement attaqué aux extrémistes qui ne condamnent pas le recours à la violence.Sur son compte Twitter, il a rédigé cette semaine deux entrées s\u2019attaquant à l\u2019aspirant chef néodémocrate Jagmeet Singh.Il laisse entendre que ce dernier appuie l\u2019indépendance d\u2019un Punjab sikh (le Khalis- tan) et y voit une contradiction avec son engagement dans la politique canadienne.« Comment quelqu\u2019un peut-il endosser au Canada un État laïque et en Inde un Khalistan religieux ?Demandez à Jagmeet Singh.» Le religiologue Frédéric Castel, membre du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le Montréal ethnoreligieux, tempère l\u2019importance du religieux dans l\u2019engagement sikh.«Oui, il y a un fondement religieux à cette participation, mais en deuxième lieu, il y a l\u2019histoire politique et troisièmement, il y a un besoin tout naturel et banal de pratiquer un métier de prestige, comme on le voit dans toutes les communautés ! » Il insiste pour dire que même en Inde, les sikhs sont minoritaires et «ont eu à se défendre».«Ce pli de défense est assez ancien.» Il croit aussi que le haut niveau d\u2019éducation de cette communauté et sa préférence pour les carrières libérales (droit, service social, etc.) la prédisposent à l\u2019action politique, contrairement à la communauté asiatique, par exemple, qui a tendance à privilégier les sciences «dures».Cela dit, si M.Castel admet d\u2019emblée que les sikhs sont particulièrement engagés en politique, il nuance quand même la situation.«Il est trompeur de dire que les sikhs ne forment que 1,4% de la population.Ils sont concentrés dans les centres urbains où ils sont élus», rappelle-t-il.Dans la région de Vancouver, qui compte une dizaine de circonscriptions, dont celle du ministre de la Défense Harjit Sajjan, les sikhs représentent en effet presque 7% de la population.Le Devoir Quand sikh rime avec politique L\u2019histoire et les croyances des sikhs les poussent en grand nombre vers le service public P R O P O S R E C U E I L L I S P A R S T É P H A N E B A I L L A R G E O N Quelle est fondamentalement l\u2019importance de la liberté d\u2019expression?La liberté d\u2019expression est un droit fondamental en démocratie et elle est aussi la condition d\u2019exercice de plusieurs autres droits, mais pas de tous.La liberté d\u2019expression est d\u2019abord le droit d\u2019exprimer des opinions, des idées et des croyances intimes.D\u2019un côté, elle est liée à la liberté de conscience qui a été au cœur de la Réforme en Europe dès le XVIe siècle; d\u2019un autre côté, elle est liée à la liberté de communiquer des opinions, d\u2019échanger des arguments, de débattre publiquement.Le lien avec la démocratie devient évident: elle est la condition essentielle de la participation politique et de la capacité pour les citoyens de défendre leurs droits et de protester contre ce qu\u2019ils considèrent, à tort ou à raison, comme injuste.Ce principe général de la liberté d\u2019expression s\u2019applique différemment d\u2019une société à l\u2019autre.Quelles sont les grandes traditions en cette matière?Y a-t-il par exemple une dif fé- rence entre les États-Unis et l\u2019Europe?Et le Québec se dis- tingue-t-il d\u2019une quelconque manière?Pris abstraitement, le principe de la liberté d\u2019expression est simple.Mais il peut entrer en conflit avec d\u2019autres droits fondamentaux, et il fait alors l\u2019objet d\u2019interprétations dif fé- rentes en fonction des cultures politiques et juridiques.Il y a au moins deux grandes préoccupations qui peuvent limiter la liberté d\u2019expression : la sécurité et le respect des personnes (ou la protection des conditions sociales de l\u2019estime de soi).Autrement dit, en démocratie nous reconnaissons que chaque personne a le droit d\u2019être protégée dans son intégrité physique et morale.Aux États-Unis, la liber té d\u2019expression est plus étendue que dans les pays d\u2019Europe continentale, notamment en France, en Allemagne et en Autriche.L\u2019histoire de la jurisprudence américaine est complexe, mais on peut dire que la liberté de participation politique est très valorisée, de même que la l iber té de conscience, qui est indissociable du droit d\u2019extérioriser ses croyances.La seule limite à l\u2019expression d\u2019opinions politiques, fussent-elles racistes, est si celle-ci entraîne un danger réel, manifeste et imminent.Les Européens donnent quant à eux une importance plus grande à la protection de l\u2019intégrité morale, au respect dû aux personnes, à leur droit de ne pas être intimidées ou insultées publiquement.L\u2019histoire du nazisme a un poids considérable dans cette différence de culture juridique.Sur cette question, le Québec est beaucoup plus proche de l\u2019Europe que des États-Unis.Y a-t-il une différence entre liberté de parole et liberté d\u2019expression ?Les formes d\u2019expressions visuelles, comme les caricatures, les statues ou les drapeaux, posent-elles un problème particulier?Les tensions que l\u2019on voit régulièrement resurgir en Europe sur les caricatures qui mettent en scène des musulmans proviennent de l\u2019application très imparfaite du droit à ne pas être stigmatisé en public.Une part importante des musulmans, en France par exemple, se sentent profondément insultés par des représentations dégradantes dans une société où ils sont déjà en situation d\u2019inégalité et de discrimination.Cela pose le problème du statut des représentations visuelles qui véhiculent de manière ambiguë des idées et contribuent à diffuser une image négative de certains groupes.Mais justement, cette ambiguïté est essentielle, car il est plus dif fi- cile d\u2019interpréter le sens d\u2019une caricature que le sens d\u2019un propos raciste.Les représentations visuelles (et d\u2019une manière générale les œuvres d\u2019art) ne sont pas réductibles à des opinions, encore moins à des arguments.Le cas des monuments publics, comme les statues qui sont au cœur de la bataille de Charlottesville, est dif férent.Les monuments sont des patrimoines historiques et ils témoignent de la manière dont une collectivité a conçu son histoire of ficielle.Or les collectivités changent et se fragmentent, et les débats sur l\u2019histoire sont constitutifs de leur identité.Il existe toujours plusieurs récits historiques qui sont souvent conflictuels et inconciliables.À Charlottes- ville, l\u2019histoire dominante de l\u2019esclavagisme se voit contestée par une partie de la population, qui veut écrire publiquement une autre histoire.On peut comprendre la résistance de l\u2019autre par tie de la population, qui est attachée à cette histoire contestée et qui ne renonce pas au débat sur le sens de leur histoire et sur leur identité.Mais il semble que le compromis sur l\u2019esclavagisme soit désormais caduc et, comme dans toute période de transition historique, on abat les statues d\u2019une société que l\u2019on ne reconnaît plus comme la sienne.Le Devoir Peut-on tout dire en contexte démocratique ?La liberté d\u2019expression à la lumière de la philosophie Le premier ministre Couillard commentait ainsi jeudi la montée de l\u2019extrême droite au Québec : «Bien sûr, avec la liberté d\u2019expression vient la possibilité de dire des conneries et parfois même des horreurs.C\u2019est à la société de réagir, non pas en brimant la liberté d\u2019expression, mais de condamner par la parole ces paroles inacceptables.» Retour sur cette notion essentielle avec Marc-Antoine Dilhac, professeur au Département de philosophie de l\u2019Université de Montréal, auteur de La tolérance, un risque pour la démocratie ?(Paris, Vrin, 2014).PEDRO RUIZ LE DEVOIR / SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE Le candidat à la chefferie du NPD Jagmeet Singh (à gauche) et l\u2019actuel ministre de la Défense dans le cabinet Trudeau, Harjit Sajjan SPENCER PLATT/GETTY IMAGES/AGENCE FRANCE-PRESSE Aux États-Unis, la seule limite à l\u2019expression d\u2019opinions politiques, fussent-elles racistes, est si celle- ci entraîne un danger réel, manifeste et imminent, rappelle Marc-Antoine Dilhac. La création de la Commission d\u2019enquête sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées a suscité des espoirs démesurés dès sa création l\u2019an dernier.Sa première année de travaux a toutefois été très dif ficile.Lente à trouver son élan, elle a été abreuvée de critiques auxquelles les commissaires ont seulement répondu en évoquant des problèmes de communication et de transparence.uand on écoute la commissaire Michèle Au- dette relater les hauts et les bas de la Commission, on comprend que cette explication n\u2019est ni une esquive ni un prétexte.Des problèmes, les commissaires en ont eu de tous genres.Leur silence sur le sujet a toutefois laissé le champ libre à l\u2019incompréhension et aux critiques, certaines politiquement intéressées, d\u2019autres inspirées par une réelle inquiétude de voir l\u2019enquête dérailler.Cet été, après son passage à la réunion annuelle de l\u2019Assemblée des Premières Nations, Mme Audette a promis davantage de transparence et d\u2019explications.En entrevue au Devoir vendredi, elle a tenu parole, une parole libérée d\u2019une réserve inutile qui a empêché de lever le voile sur ces freins bureaucratiques, les démissions et les dif?cultés internes.À cause des exigences administratives fédérales, il a fallu des mois pour avoir des locaux, des meubles, des ordinateurs et l\u2019accès à Internet.Le recrutement du personnel en a aussi été affecté.Chacun a dû travailler sur sa table de cuisine pendant des semaines, tout en poussant plus loin la ré?exion sur le processus d\u2019enquête, une cible de leurs détracteurs.Mme Audette reconnaît, comme l\u2019ont dit certains dans les rangs autochtones, que ce processus a un fond colonial puisque la Commission a été créée par le gouvernement, en vertu d\u2019une loi fédérale et avec un mandat entériné par Ottawa, les provinces et les territoires.Pour pallier ce problème, les commissaires ont cherché un moyen d\u2019y arrimer des pratiques autochtones dans leurs relations avec les familles et les survivantes.Mais cela ne fut jamais dit sur la place publique.Le mandat, qui ne prévoit pas la reprise des enquêtes policières, mais permet de le recommander, a été mal compris et la Commission doit en porter le blâme.Elle ne l\u2019a que peu ou pas expliqué.?La composition de la Commission a aussi ralenti le rythme.À part Mme Audette, aucun des commissaires, juristes de profession, n\u2019avait d\u2019expérience de terrain ou de communication avec le public et les familles.Il leur a fallu du temps pour s\u2019ajuster et comprendre qu\u2019il valait mieux faire preuve de transparence que de se taire, comme ils l\u2019ont fait, sur les problèmes administratifs ou les raisons des sept départs survenus depuis un an.En fait, l\u2019un d\u2019eux, celui d\u2019une mère de jeunes enfants, s\u2019est transformé en mutation vers un poste moins lourd.La démission qui a visiblement fait le plus mal demeure celle en juillet de la commissaire Marilyn Poitras, la seule Métis du groupe.Elle a ouvertement critiqué le processus, mais selon Mme Audette, son départ n\u2019a pas surpris et a même permis d\u2019accélérer le pas.Mme Poitras aurait été souvent absente au cours des deux derniers mois, ce qui avait un effet paralysant, la Commission ayant choisi au départ de prendre ses décisions par consensus.Cet été, plusieurs ont demandé qu\u2019on relance la Commission sur de nouvelles bases, et même de tout reprendre à zéro.Ce serait faire fausse route.Le pire semble derrière elle et, en plus, cette commission détient un mandat unique, tous les gouvernements \u2014 fédéral, provinciaux et territoriaux \u2014 lui ayant donné l\u2019autorisation de fouiller dans leurs af faires.Rien ne garantit qu\u2019ils soient prêts à reprendre l\u2019exercice.La Commission met actuellement les bouchées doubles et doit continuer son travail.Les commissaires doivent toutefois retenir la leçon.Ils doivent rendre des comptes sur une base continue.De son côté, le gouvernement doit ouvrir les yeux.Deux ans ne peuvent suf fire pour faire la lumière sur cette violence contre les femmes autochtones à l\u2019extérieur et à l\u2019intérieur des réserves, analyser les méthodes policières et le travail des institutions, y compris autochtones, et explorer les racines de cette tragédie.Il doit, lui qui est en grande partie responsable des embûches bureaucratiques, accorder la prolongation que la Commission demandera dans son rapport provisoire, au début de novembre.Ce drame est trop grave et ancien pour qu\u2019on escamote le travail.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Hydro-Québec et la responsabilité sociale Lettre écrite en réaction au texte «Un énorme gâchis à Saint-Adolphe-d\u2019Howard» publié le 31 août Au cours des derniers mois, beaucoup de choses ont été dites sur les projets de ligne de transport d\u2019électricité.Je comprends et je partage les préoccupations exprimées à l\u2019égard de la protection des paysages, elles sont légitimes.Il faut cependant reconnaître que la responsabilité sociale est une notion beaucoup plus large.L\u2019expression populaire dit qu\u2019il y a deux côtés à une médaille.Un projet d\u2019infrastructure a autant de faces que le nombre de personnes touchées : chacun a son opinion, ses préoccupations.Pour certains, les paysages sont prioritaires, tandis que pour d\u2019autres, les considérations financières devraient primer.C\u2019est un réel défi de trouver le point d\u2019équilibre qui permet de limiter au maximum les impacts de ces projets en tenant compte des aspects économiques, environnementaux et sociaux.Dans pareille situation, rappelons-nous que l\u2019acceptabilité sociale ne veut pas dire l\u2019unanimité sociale, mais plutôt de tendre vers le plus large consensus possible.Chose cer taine, il faut gérer de manière responsable les coûts des projets de lignes destinées aux clients québécois puisqu\u2019ils ont un impact sur les ta- L I B R E O P I N I O N FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET rifs d\u2019électricité.Enfouir quelques kilomètres dans une municipalité af fecte tous nos clients québécois, alors que le prix de l\u2019électricité est une préoccupation de première importance pour la majorité des Québécois.Il est important de rappeler que nous sommes prêts à enfouir des portions de lignes lorsque ce n\u2019est pas plus coûteux ou lorsque les citoyens qui bénéficient de l\u2019enfouissement en assument les coûts selon le principe de l\u2019utilisateur-payeur.Je tiens aussi à préciser que nous ne construisons pas de lignes aux États- Unis.Ce sont nos partenaires américains qui le font et qui payent les coûts d\u2019enfouissement.Hydro-Québec construit uniquement les lignes jusqu\u2019à la frontière.Par ailleurs, les coûts de construction des lignes dédiées à l\u2019exportation ne sont pas assumés par tous nos clients québécois, mais bien par les revenus des ventes à l\u2019exportation.Il y a 55 ans cette semaine, le 30 août 1962, le principe de la nationalisation de l\u2019électricité a été adopté et avec lui, l\u2019idée d\u2019un « pacte social » entre Hydro-Québec et la population qui fait allusion aux tarifs raisonnables.Aujourd\u2019hui, les tarifs d\u2019Hy- dro-Québec sont les plus bas en Amérique du Nord.Nous entendons les maintenir ainsi tout en réalisant nos projets selon les principes du développement durable, c\u2019est-à-dire avec une vision à long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique.Éric Martel, président-directeur général d\u2019Hydro-Québec «Welcome to Canada» Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que la dernière déclaration du chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, eu égard à l\u2019utilisation des « invités de Justin Trudeau » pour désigner les demandeurs d\u2019asile, monopolise les réactions de l\u2019ensemble des partis politiques de la scène provinciale, en particulier Québec solidaire (QS) et la Coalition avenir Québec (CAQ).Or, si on regarde froidement l\u2019argumentaire du chef péquiste, force est de constater que les mots qu\u2019il utilise n\u2019ont rien de mesquin et qu\u2019ils dépeignent la situation telle qu\u2019elle est, à savoir qu\u2019ils vont dans la continuité du « Welcome to Canada » de Justin Trudeau.En réalité, le « problème » de Jean-François Lisée réside dans le fait qu\u2019il n\u2019est pas le champion de la langue de bois et qu\u2019il dit souvent tout haut ce que plusieurs pensent tout bas.Quant à la facture à payer en ce qui concerne les frais reliés aux demandeurs d\u2019asile, il va de soi qu\u2019elle doit être assumée par l\u2019hôte, à savoir le gouvernement canadien.À ce sujet, on ne peut qu\u2019acquiescer à la demande de Jean-François Lisée\u2026 C\u2019est une simple question de «gros bon sens».Enfin, il m\u2019apparaît évident que la CAQ et QS usent de démagogie dans cette af faire qui, en réalité, a toutes les a l lur es d \u2019une tempête dans un verre d\u2019eau ! Henri Marineau Québec, le 31 août 2017 FEMMES AUTOCHTONES DISPARUES ET ASSASSINÉES Une mission à poursuivre Q MANON CORNELLIER J E A N G R O N D I N Professeur au Département de philosophie de l\u2019Université de Montréal et président élu de l\u2019Académie des arts, des lettres et des sciences humaines du Canada T ous les pays qui se respectent ont leur Académie des sciences, dont le nom varie selon les traditions.Au Canada, il s\u2019agit de la Société royale du Canada, fondée en 1882 et dont le nom faisait écho à la Royal Society of London for the Improvement of Natural Knowledge, créée en 1660 et qu\u2019Isaac Newton contribua à rendre célèbre.En France, Col- ber t fonda une Académie des sciences en 1666.Le but de ces académies est de réunir les plus grands savants, et d\u2019abord de les reconnaître, car le fait d\u2019être élu à une Académie des sciences, ou à la Société royale, signifie une consécration pour les chercheurs qui rejaillit sur leur discipline, leur institution et leur communauté, car par là c\u2019est la culture de l\u2019intelligence, de la science et des arts qui se trouve promue.La Société royale du Canada (SRC) reste assez mal connue et chichement appréciée dans le monde francophone, alors qu\u2019elle jouit d\u2019un prestige justifié auprès de nos concitoyens anglophones.Lorsque des collègues des universités anglophones sont élus à la SRC, leurs institutions publient aussitôt des notices dans les grands journaux pour souligner la nomination de leurs professeurs.On ne voit rien de tel dans l\u2019univers francophone.Nos médias n\u2019en parlent pas beaucoup non plus, eux qui gagneraient pourtant à profiter davantage de l\u2019expertise reconnue de ses membres.Il y a à ce déficit de notoriété au Québec et au Canada français plusieurs raisons culturelles et historiques bien connues.En raison de l\u2019ascendant qui y a exercé un cléricalisme coincé, l\u2019excellence et la culture du savoir y furent longtemps considérées avec suspicion.En dépit de l\u2019essor spectaculaire de nos institut ions de recherche au cours du der nier demi-siècle, c\u2019est un héritage qui n\u2019est peut- être pas entièrement disparu avec la Révolution dite tranquille.Un nom qui n\u2019aide pas Les chercheurs du monde francophone sont eux-mêmes sous-représentés à la SRC, car leur proportion reste nettement en deçà du poids démographique des francophones.Chaque année, beaucoup moins de candidatures francophones que de candidatures anglophones sont proposées aux comités de sélection des trois académies qui composent la SRC (l\u2019Académie des sciences, celle des sciences sociales et celle des arts, des lettres et des sciences humaines), sans oublier le rafraîchissant Collège des nouveaux chercheurs, fondé en 2014, qui reconnaît l\u2019excellence du travail des jeunes chercheurs.Le nom « monarchique » de la SRC n\u2019aide sans doute pas beaucoup au Québec.Qu\u2019on se rassure, la royauté n\u2019y joue absolument aucun rôle.Lorsqu\u2019on voit le nom de la Société royale, il vaut mieux penser à Newton, à Darwin ou à Einstein (membres de la Royal Society de Londres) qu\u2019à la Couronne britannique.Depuis de nombreuses décennies, il tombe sous le sens que, sur les plans des découvertes, des publications, du rayonnement et du nombre de subventions, la qualité des chercheurs francophones n\u2019est en rien inférieure à celle de leurs collègues anglophones (chose certaine, ils maîtrisent beaucoup mieux l\u2019autre langue officielle du Canada\u2026), mais qu\u2019ils sont seulement moins reconnus parce que la culture de la promotion de l\u2019excellence va moins de soi dans le monde francophone.C\u2019est la raison pour laquelle des candidatures francophones sont moins souvent proposées à la SRC.Il y a là une culture, une inculture, à changer.Le seul critère pour être élu à la Société royale est d\u2019avoir apporté une contribution exceptionnelle dans les ar ts, les lettres, la science ou la vie publique.C\u2019est à l\u2019automne que des candidatures à la SRC peuvent être présentées.J\u2019inciterais tous mes collègues à penser à soumettre des candidatures de qualité à la SRC et à ceux qui estiment qu\u2019ils pourraient et devraient en être membres (il est permis d\u2019avoir de l\u2019ambition en science) de talonner les autorités de leurs institutions et de mettre en valeur leurs réalisations.Leurs institutions s\u2019honoreraient certainement de leur sélection.L\u2019une des missions de tout chercheur est de promouvoir la science elle-même et la relève.Les chercheurs francophones et la Société royale du Canada La Société royale du Canada (SRC) reste assez mal connue et chichement appréciée dans le monde francophone, alors qu\u2019elle jouit d\u2019un prestige justifié auprès de nos concitoyens anglophones L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).N I C O L E L E F E B V R E Vice-présidente et responsable du regroupement cégep Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec \u2013 CSN e 50e anniversaire de la création des cé- geps suscite un large intérêt dans les médias.Nous ne pouvons que nous en réjouir.Toutefois, certains de ces articles soulignent l\u2019importance d\u2019accélérer les processus de révision des formations initiales collégiales pour accroître leur capacité de s\u2019adapter rapidement à l\u2019évolution de la société et des technologies.À la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), nous sommes conscients que les avancées du numérique pourraient générer des transformations du marché de l\u2019emploi et qu\u2019il faut s\u2019y préparer.Si nous par ta- geons le constat selon lequel les processus actuels de révision des programmes sont trop longs pour faciliter cette adaptation, il est impor tant d\u2019inter venir sur la question pour recentrer le débat autour de la cohérence des formations collégiales et du réseau des cégeps.D\u2019abord, il est primordial que le ministère de l\u2019Enseignement supérieur joue pleinement son rôle de coordonner les diplômes nationaux pour en assurer la valeur équivalente dans toutes les régions et les établissements collégiaux, et pour rendre les travailleurs moins vulnérables d\u2019une entreprise à l\u2019autre et d\u2019une région à l\u2019autre.Les travailleurs diplômés des cégeps seront pour une grande partie appelés à changer de fonction ou d\u2019emploi en cours de carrière dans un monde en transformation.Le taux de survie des petites et moyennes entreprises, qui représentent la vaste majorité des établissements commerciaux, est d\u2019à peine 50 %, ce qui indique clairement l\u2019impor tance de former des travailleurs qui disposent de compétences larges leur permettant de s\u2019adapter aux changements du marché du travail, plutôt qu\u2019en fonction de compétences étroites et dif ficilement transférables l iées à des contra intes im - médiates et ponctuelles des entreprises.Des acteurs incontournables Cer tains proposent, pour raccourcir les délais de révision des programmes, de décentraliser et de donner plus d\u2019autonomie aux collèges.Nous croyons que c\u2019est une fausse solution.Il faut rappeler que les collèges disposent déjà de flexibilité en matière de formation continue.Nous constatons que cette latitude a donné des résultats peu probants : en ef fet, à l\u2019heure actuelle, le même titre d\u2019attestation d\u2019études collégiales (AEC) est décerné à des programmes dont le nombre d\u2019heures varie de 135 à plus de 2000 heures d\u2019un établissement à l\u2019autre.Loin de favoriser l\u2019harmonie entre la formation et le marché du travail, la flexibilité a pour ef fet de rendre dif ficile l\u2019identification des fonctions de travail auxquelles correspondent ces formations, et les employeurs ne sont plus en mesure d\u2019évaluer la valeur de la formation.Les d iplômes collégiaux do ivent b ien sûr répondre aux besoins de main-d\u2019œuvre des entreprises, mais ils doivent être per tinents au-delà des transformations du marché de l\u2019emploi.Autrement dit, la formation doit être suffisamment large pour permettre aux finissants de s\u2019adapter aux changements, plutôt que d\u2019être conf inés à des fonctions de travail restreintes résultant d\u2019une formation calquée sur des changements immédiats sans projection à plus long terme.C \u2019est dans cette perspective, celle d\u2019assurer la préservation d\u2019un réseau collégial offrant des formations et un diplôme national qualifiants, qu\u2019il est nécessaire de trouver des solutions structurantes pour l \u2019ensemble du réseau aux problèmes que posent les délais des processus actuels de révision des programmes.Les enseignants des cégeps, for ts de leur exper t ise et d\u2019une connaissance de terrain des milieux de travail, sont des acteurs incontournables de cette réflexion.Pour un réseau collégial cohérent M A R T I N P Â Q U E T Université Laval epuis plusieurs années, j\u2019ai l\u2019immense privilège d\u2019enseigner à de jeunes adultes de tous horizons et de toutes convictions les rudiments de la discipline historique.Discipline historique plutôt que métier d\u2019historien : plusieurs ne pratiqueront pas ce métier par la suite, puisqu\u2019ils bifurqueront vers l\u2019enseignement, le journalisme, la fonction publique, les musées, les archives, l\u2019organisation syndicale ou communautaire, les entreprises culturelles, le droit, l\u2019armée ou d\u2019autres emplois.En songeant à leur avenir, ces jeunes adultes me posent régulièrement une question : «Pourquoi faire aujourd\u2019hui de l\u2019histoire ?» Ma réponse simplifiée est celle de Spinoza : ni rire, ni pleurer, ni haïr, mais comprendre.Comprendre, en histoire, ce n\u2019est pas donner simplement des dates et des faits.Il importe d\u2019abord de les mettre en relation, de se donner une perspective, de saisir le contexte.Comprendre \u2014 «prendre avec» \u2014 implique aussi la fidélité à des principes éthiques relevant de la responsabilité à l\u2019endroit d\u2019autrui.Notre objet d\u2019étude est le temps, et particulièrement le temps passé, dans ses continuités et ses ruptures avec le présent.Pour saisir cet objet évanescent, il nous faut procéder avec méthode: les historiens rassemblent des corpus documentaires avec les traces issues du passé, puis les étudient selon les ressources de l\u2019analyse critique, pour reconstituer enfin ce qui fut avec le plus de certitude possible pour les fins de la compréhension.L\u2019historien raconte, certes, mais son récit s\u2019adresse à la raison de son public plutôt que de susciter son émotion.Notre démarche repose donc sur une double exigence éthique: celle de l\u2019idéal de la vérité factuelle, celle du respect de la dignité humaine.Les deux exigences sont indissociables.Peu importe le motif, le mensonge et la falsification en histoire portent atteinte à la dignité humaine passée, présente et à venir, puisqu\u2019ils pervertissent l\u2019authenticité des témoignages des devanciers et leurrent ainsi les contemporains sur la compréhension des événements.Nous pouvons nous tromper de bonne foi, par omission, surin- terprétation ou ignorance, mais nous ne pouvons pas accepter de le faire délibérément.Postures Ensuite, trois postures en matière de compréhension orientent l\u2019exercice de la discipline historique : celles du prophète, du laborantin et du serviteur public.Comme autant de modèles idéaux, ces postures se sont développées avec le raffinement de la discipline ; elles se manifestent sous diverses formes aujourd\u2019hui, elles possèdent des attraits pour tout historien en relation avec ses concitoyens.La première se fait prophétique pour mieux interpréter la condition historique.L\u2019historien comme prophète conçoit le passé comme un arsenal d\u2019arguments, qu\u2019il use aux fins de sa cause, quelle qu\u2019elle soit, dont il souhaite la réalisation.Dans ses relations avec ses concitoyens, il choisit ainsi une posture de surplomb.Il assimile ces derniers à des individus dont il déplore l\u2019ignorance, dont il est possible de modeler les attitudes et les comportements pour mieux façonner leur mémoire collective.Selon cette posture, il s\u2019agit moins du passé qu\u2019il faut comprendre que du futur qu\u2019il faut réaliser et du présent qu\u2019il faut infléchir, toujours en fonction de ses propres desseins.Dès lors, dans sa narration du passé, l\u2019historien-prophète glisse du jugement de fait à celui de valeur, et son propos perd de sa pertinence par inadéquation avec les atteintes de ses concitoyens.La deuxième posture est celle du laborantin.Le passé se présente à notre regard sous des formes complexes, labiles et fragmentaires, et sa compréhension demeure incomplète et insatisfaisante.Il est donc tentant de se réfugier entre les murs du laboratoire, où il est possible de limiter les variables sujettes à observation et d\u2019opérer en vase clos sur des échantillons tirés du passé.Cette posture est celle du retrait du fracas du monde, une posture garantissant une certaine neutralité à l\u2019analyste, une posture n\u2019assumant pas la pertinence sociale de ses connaissances, puisque ce n\u2019est pas sa visée.S\u2019il répond parfois aux attentes citoyennes, c\u2019est grâce à la médiation d\u2019un tiers \u2014 souvent le vulgarisateur \u2014 ou par les aléas de la conjoncture.Ce faisant, la pratique de l\u2019histoire-laboratoire relève ultimement du hobby réservé à quelques aficionados: si elle peut éventuellement contribuer à la recherche fondamentale, elle se renferme généralement sur elle-même, énonçant des jugements de fait sur un objet mort devant un public absent.Service public La dernière posture est celle du service public.Faisant face à des défis complexes et fondamentaux, nos sociétés contemporaines sont sollicitées par de multiples demandes de sens de la part des citoyens.Ces demandes reposent souvent sur une quête de perspective : nous tous et toutes cherchons à saisir d\u2019où provient telle situation et quelles seront ses conséquences ultérieures.Les enjeux de la mémoire et du patrimoine participent de ces quêtes de perspective: comment voulons-nous être reconnus?pourquoi voulons- nous transmettre?Ces demandes de sens interpellent l\u2019historien comme serviteur public, ce dernier adoptant une posture de solidarité avec ses concitoyens, une posture comprenant néanmoins des risques d\u2019incompréhension réciproque.La pratique de l\u2019histoire comme service public peut être simple, l\u2019historien se contentant de valider des connaissances factuelles.Elle peut être plus exigeante grâce à l\u2019établissement d\u2019une double compréhension : comprendre les attentes de ses concitoyens, faire comprendre le passé dans toute sa complexité.Soumise à la double exigence éthique de la démarche historique, l\u2019histoire comme service public agit alors sur plusieurs échelles : des enjeux locaux comme la cathédrale de Rimouski, l\u2019arrondissement historique de Sillery ou le site de Sault-aux-Récollets sont aussi pertinents que ceux de l\u2019environnement, des migrations transnationales ou des rapports interconfessionnels.Elle relève du «scholarship with commitment ».Selon le sociologue Pierre Bourdieu, « il faut, pour être un vrai savant engagé, légitimement engagé, engager un savoir.Et ce savoir ne s\u2019acquiert que dans le travail savant, soumis aux règles de la communauté savante».Pourquoi faire aujourd\u2019hui de l\u2019histoire?Peu importe son titre et son emploi, faire de l\u2019histoire relève fondamentalement d\u2019une disposition à l\u2019endroit de soi et des autres.Cette disposition peut prendre la forme d\u2019une posture, avec les aléas que celle-ci comporte.Dans cette période de tweets et d\u2019opinions, de bruits et de fureurs, cette disposition reste celle de la compréhension, sans jugements moraux, mais avec une empathie constante à l\u2019égard de la condition humaine à travers le temps.D\u2019hier à demain, la finalité de l\u2019histoire repose dans cette commune condition qu\u2019il importe de comprendre.Pourquoi faire aujourd\u2019hui de l\u2019histoire ?S É B A S T I E N D E S P E L T E A U Président du Réseau des sciences humaines des collèges du Québec Enseignant en science politique au cégep Marie-Victorin our ne s\u2019en tenir qu\u2019à l\u2019actualité récente, on peut dire que l\u2019histoire, la sociologie et la poli - tique, par exemple, s\u2019avèrent indispensables pour mieux comprendre les affrontements récents se produisant tantôt ici (immigration et réfugiés), tantôt aux États-Unis (monuments confédérés).Et pourtant\u2026 dans la région de Montréal, moins d\u2019étudiants sont tentés par des études en sciences humaines au collégial.Les inscriptions cet automne sont en baisse de 3,6 % et, depuis 2012, on compte près de 2000 demandes d\u2019admission en moins.Le DEC préuniversitaire en sciences humaines demeure le programme regroupant le plus de cégépiens, mais moins d\u2019élèves du secondaire s\u2019y intéressent quand il s\u2019agit d\u2019entreprendre des études collégiales.La situation démographique est cer tes responsable de la baisse du nombre d\u2019étudiants dans les cégeps cet automne et ces dernières années également, les naissances ayant diminué à la fin des années 1990 et au début des années 2000.Mais la natalité au Québec ne peut expliquer à elle seule le sort des sciences humaines : d\u2019autres facteurs sont en jeu.Et s\u2019il était aussi question de la faible valorisation des sciences humaines et sociales auprès des élèves du secondaire ?Il est dans l\u2019ère du temps de faire des études «utiles», qui sauront conduire les futurs étudiants vers des professions ou des domaines d\u2019emploi où on peut déjà estimer les salaires.Il persiste encore le préjugé selon lequel les sciences humaines sont bien trop « molles » (par opposition aux sciences « dures ») pour mener à quelque chose de concret, vers un avenir prometteur.Ces dernières années, bien des magazines, journaux et travaux de recherche et d\u2019enquête ont pourtant souligné que les bonnes perspectives d\u2019emploi ne seraient pas offertes qu\u2019aux diplômés des sciences et technologies, mais également aux diplômés universitaires en sciences humaines (relation d\u2019aide, ressources humaines, administration, enseignement, etc.).Un prérequis?Et pour tant\u2026 combien de jeunes de 16 et 17 ans se laissent convaincre de ne pas étudier en sciences humaines au cégep et de préférer un programme préuniversitaire leur offrant tous les préalables nécessaires pour étudier là où ils le désireront à l\u2019université.Plusieurs vont pourtant opter pour le droit ou l\u2019administration, sinon l\u2019histoire ou la géographie, bref vers plusieurs programmes universitaires qui, sauf exception, ne requièrent aucun préalable du collégial.En vérité, rares sont les facultés exigeant un préalable pour accéder aux sciences humaines et sociales au premier cycle universitaire.Mais cette « souplesse » de la par t des universités ne valorise en rien le DEC en sciences humaines, bien au contraire ! Et si le DEC en sciences humaines, sinon une par tie de ses cours, était un prérequis pour étudier en sciences sociales à l\u2019université ?Nos collègues professeurs d\u2019université observent bien souvent, en première session, que, parmi leurs étudiants les mieux préparés, tant sur le plan méthodologique que sur celui des savoirs, un bon nombre sont diplômés en sciences humaines au collégial.Leur formation abonde de connaissances sur la société, la culture, l\u2019économie, l\u2019histoire, sinon en psychologie et en anthropologie, et elle se doit d\u2019être mise en valeur.Aucun niveau d\u2019enseignement n\u2019échappe ici à la cri - tique : les cégeps eux-mêmes sont en partie responsables du déclin des sciences humaines.La concurrence étant forte entre les collèges, des programmes plus spécialisés, aux contenus originaux (Histoire et civilisation, Sciences, lettres et arts, etc.) se sont développés et ont pu, en par tie, séduire des étudiants qui seraient naturellement allés vers les sciences humaines.Tel un marché de l\u2019éducation, la segmentation s\u2019est opérée.Dans cer tains cégeps, le programme de sciences humaines s\u2019est parfois lui-même redéfini sous forme de profils d\u2019études identifiant des professions de choix (droit, psychologie, éducation), ce qui est cer tes por teur de sens pour certains, indécis ou inquiets quant à leur avenir.Or l\u2019avenir des sciences humaines au collégial ne réside peut-être pas dans la spécialisation à outrance mais dans leur capacité à s\u2019unir pour éclairer, de tous leurs savoirs, un monde riche en complexités, où sont intimement reliés les questions et enjeux auxquels les jeunes seront confrontés.Le DEC en sciences humaines constitue, en soi, un « préalable » à part entière.Des parents aux enseignants, sinon des médias aux élus de tous les horizons, il nous appartient de valoriser une formation collégiale en sciences humaines.Valoriser le DEC en sciences humaines D L P MICHAËL MONNIER LE DEVOIR Il persiste encore le préjugé selon lequel les sciences humaines sont bien trop « molles » pour mener à quelque chose de concret, vers un avenir prometteur. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 B 6 MORDU DE JEUX MOTS FLÉCHÉS LE JUNIOR GRILLE BLANCHE SUDOKU MOTS CROISÉS DU SAMEDI MOTS CROISÉS Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 364 Horizontalement I.Déconcertant.II.Imagier.Aveu.III.Vociférateur.IV.Et.Vé.Ara.Fb.V.Ripe.Mnémo.VI.Gousset.Ilôt.VII.Ena.Egée.Air.VIII.Naze.Os.Na.IX.Cataire.Anti.X.Energéticien.Verticalement 1.Divergence.2.Emotion.An.3.Cac.Puante.4.Ogives.Aar.5.Nife.Sézig.6.Cee.Mégère.7.Errante.Et.8.Are.Eo.9.Tatami.Sac.10.Ave.Ola.Ni 11.Neuf.Ointe.12.Turbotrain.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 365 1.Attention où il met les pieds \u2026 mais surtout les mains.2.A manier avec précaution.Particule.3.Tendues pour surprendre.4.Donne la direction.Demoiselle de poids.5.Pas souvent rencontré.Ouvre les comptes.6.Ecume et déferle.Atteste l\u2019authenticité.7.Mauvais fond.Au cœur du foyer.8.En verve.Enleva le dessous.9.Vous, moi ou un autre.Reste discret.10.Grande page d\u2019histoire.Déplacement aérien.11.Plus pratiques avec deux bacs.Crie comme un porteur de bois.12.Ses fibres sont très résistantes.I.Font tomber les bobinettes une fois tirées.II.Sa diffusion donne à voir.Convient.III.Met au parfum.Met au propre avant la sortie.IV.Est rarement seul en tête.Personnel.Pars à l\u2019aventure.V.Pas divulgués.Solidement renforcé.VI.De bonnes places pour bien l\u2019écouter.En souvenir.VII.Facilitent les déplacements sous marins.VIII.Tombe rarement du ciel.Lettres d\u2019adieu.Cent mètres carrés.IX.A terminé son parcours sur un volcan.Point de départ.Se déplacer sur le câble.X.Eest dangereusement passée au rouge.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde Vous aimez cette page ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com.GRILLE BLANCHE MOTS FLÉCHÉS LE JUNIOR SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE "]
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