Le devoir, 10 juillet 2017, Cahier A
[" V O L .C V I I I N o 1 5 2 L E D E V O I R , L E L U N D I 1 0 J U I L L E T 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Le Monde \u203a La vanité de l\u2019oncle Sam.Une chronique de François Brousseau.Page B 1 Société \u203a Série Geeks.Récolter les perles de la nostalgie des jeux vidéo.Page A 5 Culture \u203a Congrès international.Des chercheurs en humour se réunissent à Montréal.Page B 8 Avis légaux.B 2 Décès.B 6 Météo.B 4 Mots croisés.B 5 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 5 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Sur la route Repenser les rues du Québec pour mieux protéger les piétons Page B 5 Montréal élargit son réseau sans ?l gratuit au centre- ville et au Quartier des spectacles Page A 3 A L E X A N D R E S H I E L D S Des Innus de la Côte-Nord viennent d\u2019envoyer une mise en demeure au gouvernement fédéral, exigeant l\u2019annulation des autorisations accordées à Hydrocarbures Anticosti pour mener des forages avec fracturation sur l\u2019île, a appris Le Devoir.Ottawa vient en effet de donner le feu vert au prélèvement d\u2019eau dans des rivières d\u2019Anticosti, ce qui permet à Pétro- lia de poursuivre les travaux d\u2019exploration.Pendant ce temps, Québec tente toujours de parvenir à une entente avec l\u2019entreprise pour mettre un terme au projet pétrolier.C\u2019est le chef Jean-Charles Piétacho, de la communauté innue d\u2019Ekuanitshit, située en Minganie, qui a fait par venir la mise en demeure à Pêches et Océans Canada.Selon lui, le gouvernement canadien a fait fi de son Les Innus mettent en demeure Ottawa Pêches et Océans Canada autorise Hydrocarbures Anticosti à prélever de l\u2019eau pour faire des forages avec fracturation PIERRE LAHOUD La rivière Jupiter, sur l\u2019île d\u2019Anticosti, abrite des saumons de l\u2019Atlantique, une espèce en voie de disparition.J E A N N E C O R R I V E A U L e papillon monarque, dont la population a connu un déclin dramatique au cours des dernières années, est revenu de son périple qui l\u2019a mené jusqu\u2019au Mexique.Abondants il y a une vingtaine d\u2019années, les monarques se font beaucoup plus rares aujourd\u2019hui.Mais les initiatives se multiplient au Québec et ailleurs pour venir à la rescousse de ce papillon emblématique.Dans le jardin à monarques aménagé dans un recoin du Jardin botanique de Montréal, l \u2019entomologiste Maxim Larrivée examine chaque feuille d\u2019asclépiade afin de débusquer une chenille rayée de noir, de jaune et de blanc.Il est déçu.Il n\u2019en trouve aucune.Pourtant, la veille encore, l\u2019une d\u2019elles y avait été découverte.Elle n\u2019y est plus.Chef de la section Collections entomologiques et recherche à l\u2019Insectarium de Montréal, Maxim Larrivée dirige « Mission mo- CONSERVATION La traque du papillon monarque INSECTARIUM DE MONTRÉAL Le monarque est considéré comme une espèce en voie de disparition.A M É L I P I N E D A A lors que l\u2019Irak a déclaré dimanche la « victoire » à Mossoul contre le groupe armé État islamique (EI) à l\u2019issue d\u2019une bataille de près de neuf mois, les prochaines semaines seront les plus déterminantes puisqu\u2019elles montreront si le groupe a véritablement été détruit ou seulement fragilisé.Dimanche, le premier ministre irakien, Hai- der al-Abadi, a annoncé la reprise de Mossoul, qui était sous le contrôle du groupe EI depuis juin 2014.Il s\u2019agit du plus grand revers pour l\u2019organisation djihadiste depuis sa fulgurante offensive il y a trois ans, rappelle Sami Aoun, professeur spécialisé en questions liées au Moyen-Orient de l\u2019Université de Sherbrooke.«On voit la fin, du moins temporaire, de cette hydre cauchemardesque qu\u2019est le groupe EI, mais il faut être prudent, car le groupe a pris presque toutes ses forces dans la discorde qui existe entre sunnites et chiites.Pour que cette défaite soit durable, il faut aussi qu\u2019elle se traduise par une réconciliation interirakienne», explique M.Aoun.D\u2019ailleurs, les combats ne semblaient pas être terminés dans la grande cité du Nord irakien, et des coups de feu et des frappes aériennes étaient encore audibles à l\u2019heure où le bureau du premier ministre a publié son communiqué.Le premier ministre s\u2019est rendu à Mossoul pour féliciter les combattants et le peuple irakien «pour cette victoire majeure».Une photo publiée sur son compte Twitter l\u2019a montré vêtu d\u2019un uniforme militaire arrivant dans la deuxième ville du pays.La fin de l\u2019occupation de la ville de Mossoul est une «étape décisive» dans la lutte «pour l\u2019élimination du contrôle terroriste » de certaines zones en Irak, a estimé pour sa part la Commission européenne.« La reprise de Mossoul des mains de Daech [acronyme arabe du groupe La libération de Mossoul pourrait s\u2019avérer décisive Il s\u2019agit du plus important revers pour le groupe armé État islamique depuis sa fulgurante offensive il y a trois ans VOIR PAGE A 8 : ANTICOSTI VOIR PAGE A 8 : MONARQUE VOIR PAGE A 8 : MOSSOUL V I C K Y F R A G A S S O - M A R Q U I S Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances de l\u2019incendie suspect survenu dans la nuit de samedi dans une résidence pour personnes âgées de Ter- rebonne et qui a coûté la vie à une femme de 94 ans.Les policiers donnent pour l\u2019instant peu de détails sur le drame, mais il semble que la résidence venait tout juste d\u2019installer des gicleurs, qui n\u2019avaient pas encore été testés.L\u2019incendie spectaculaire a forcé l\u2019évacuation de 43 personnes âgées, dont 13 ont dû être hospitalisées.Une dame de 94 ans qui avait été gravement brûlée a succombé à ses blessures dimanche midi, alors que deux autres personnes demeuraient hospitalisées à Montréal.On ne craignait pas pour leur vie.Une préposée de la résidence privée était dans l\u2019établissement lorsque l\u2019incendie s\u2019est déclaré et a aidé à l\u2019évacuation, a indiqué en entrevue le président-directeur général adjoint du Centre intégré de santé et de ser vices sociaux (CISSS) de Lanaudière, Christian Gagné.« Peut-être qu\u2019il y avait quelqu\u2019un qui faisait la garde, mais ça, je ne peux pas vous l\u2019assurer», a-t-il ajouté.Les résidants ont rapidement été pris en charge par la cellule de crise du CISSS de Lanaudière, aux petites heures dimanche matin.Tous les patients ont été vus par un médecin avant 6 h, selon M.Gagné.Une équipe psychosociale a également été mise en place pour les proches des résidants.Les sinistrés, aidés par le CISSS, seront relogés dans d\u2019autres résidences privées, des résidences intermédiaires ou des Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD), selon leurs conditions de santé et leurs besoins, dans le secteur de Ter- rebonne.Tests prévus En entrevue, la ministre responsable des Aînés, Francine Charbonneau, a révélé que l\u2019établissement venait d\u2019installer des gicleurs et qu\u2019ils devaient faire l\u2019objet de tests dans les prochains jours.La ministre n\u2019a pas pu dire si les gicleurs ont été activés pendant l\u2019incendie.«On n\u2019a pas le résultat de cet événement-là.Ce qu\u2019on sait, c\u2019est que le processus était en place pour activer les gicleurs», a indiqué la ministre dimanche après-midi.Selon les informations du plus récent registre des résidences privées pour aînés du ministère de la Santé et des Services sociaux \u2014 qui remonte à avril 2016 \u2014, la résidence Oasis disposait d\u2019un détecteur de fumée et d\u2019un système d\u2019alarme incendie, mais elle ne possédait pas de gicleurs.L\u2019enjeu des gicleurs avait été soulevé dans la foulée de l\u2019incendie d\u2019une résidence de L\u2019Isle-Verte, en 2014, qui avait fait 32 morts.Le coroner Cyrille Delâge avait recommandé de rendre les gicleurs obligatoires, ce que Québec avait accepté de faire en 2015, mais en donnant cinq ans aux résidences pour se conformer à cette nouvelle exigence.L\u2019équipe qui s\u2019occupe du processus de certification des résidences privées se préparait d\u2019ailleurs à visiter la résidence prochainement, pour mener une nouvelle évaluation, selon Christian Gagné.L\u2019établissement hébergeait 32 résidants en 2016, selon le registre du ministère.Parmi ceux-ci, 13 étaient âgés de 85 ans et plus, tandis que 14 autres étaient âgés de 75 à 84 ans.Cinq d\u2019entre eux avaient de 65 à 74 ans.La Presse canadienne Incendie à Terrebonne : des gicleurs venaient d\u2019être installés, dit la ministre G E O R D O N O M A N D à Kamloops L es pompiers de la Colom- bie-Britannique tentaient dimanche de freiner l\u2019avancée des centaines d\u2019incendies de forêt exacerbés par le vent, de même que le temps chaud et sec.Le gouvernement de la Co- lombie-Britannique dégage 100 millions de dollars pour les communautés et les résidants touchés par les incendies de forêt afin de les aider dans la reconstruction à venir.La première ministre sortante, Christy Clark, en a fait l\u2019annonce, dimanche, lors d\u2019une visite à Kamloops, où elle a rencontré des responsables des services d\u2019urgence et des familles touchées par les incendies de forêt.Mme Clark a indiqué qu\u2019un montant de 600 $ sera octroyé immédiatement par transfert électronique par l\u2019entremise de la Croix-Rouge aux personnes déplacées s\u2019étant inscrites.Elle a affirmé que l\u2019équipe de transition pour le premier ministre désigné, John Horgan, avait été mise au fait de l\u2019établissement de ce fonds.Sinistrés M.Horgan devait également aller à la rencontre des évacués, à Kamloops, où il devait aussi visiter les centres d\u2019opérations d\u2019urgence cherchant à contenir cette crise qui, selon son équipe, ne cesse de s\u2019aggraver.Selon Kevin Skrepnek, du Ser vice d\u2019incendies de forêt de la Colombie-Britannique, 230 feux font toujours rage à travers la province et les pompiers ne parviennent pas à en contenir la plupart.La Presse canadienne COLOMBIE-BRITANNIQUE Plus de 200 incendies de forêt font rage C A R O L I N E M O N T P E T I T Dans leur appartement de l\u2019avenue Van Horne, à Montréal, Allan et Christian Na- binacaboo sont penchés sur l\u2019écran de leur ordinateur, et les haut-parleurs crachent le rap rythmé de Violent Ground, leur groupe de musique.C\u2019est là que les deux frères naskapis, originaires de la communauté de Kawawachika- mach, près de Schefferville, enregistrent la production de leur groupe de musique.« Violent Ground, c\u2019est le nom que nous avons choisi pour notre groupe, pour parler de notre terre, qui a une histoire de violence, dit Allan, l\u2019aîné des deux.L\u2019histoire d\u2019une terre prise de force.» Le rap de Violent Ground est en anglais, mais la langue maternelle des frères Nabinaca- boo est le naskapi.Une langue parlée et partagée par leurs parents et leurs cinq frères et sœurs, biologiques et adoptifs, de la réser ve de Ka- wawachikamach, à douze heures de train au nord de Sept-Îles.Si leur langue partage des ressemblances avec l\u2019innu et le cri, les Naskapis tiennent à leur identité distincte.L\u2019alphabet syllabique qu\u2019ils utilisent est différent de celui des Cris.Leur communauté, de quelque 600 habitants, a aussi une histoire qui lui est propre.Ces nomades, qui suivaient autrefois les hordes de caribous, ont été déplacés à plusieurs reprises par les autorités, et ont été installés successivement à Fort Chimo, Fort Nascopie et Fort Mackenzie.Au fil des ans, les Naskapis ont déjà tenté, vainement, de retourner à l\u2019autosuffisance.On dit qu\u2019ils ont fait à pied la longue marche de plus de 400 kilomètres menant de Fort Chimo (aujourd\u2019hui Kuuj- juaq) à Schefferville.Là, ils ont par tagé durant un cer tain temps la réserve de Matime- kush avec des Innus.Ce n\u2019est que bien plus tard, au terme de longues négociations tenues en marge de celles concernant l\u2019entente de la baie James, que les Naskapis ont pu bâtir leur propre communauté sur le site de Kawawachikamach.Une théorie veut d\u2019ailleurs que le mot Kawawachimach signifie «longue route».Aujourd\u2019hui, à Kawawachika- mach, tous les enfants fréquentent l\u2019école primaire et secondaire de la communauté, où il se donne des cours de naskapi jusqu\u2019en sixième année.« Je ne connais pas de Naska- pis qui ne parlent pas naskapi», dit Allan, 28 ans, dont la femme et les deux enfants font régulièrement des allers-retours entre la réserve et Montréal, où Allan étudie présentement la production musicale.« C\u2019est mon plus jeune qui parle le mieux le naskapi, parce qu\u2019il passe beaucoup de temps avec ses grands-parents», dit-il.Langue nomade Allan et Christian sont les deux plus jeunes de la famille.Leur père, un Québécois venu travailler dans les mines de Schef fer ville, s\u2019est installé dans la réserve après avoir rencontré leur mère, une Naskapie.Les deux jeunes portent le nom de leur mère.Le couple a eu quatre fils, et aussi adopté trois autres enfants de proches vivant aussi dans la réser ve.La communauté fait aussi beaucoup de musique, et plusieurs, jeunes et vieux, composent leurs propres textes en naskapi.Christian, le plus jeune, est le seul qui communique avec sa mère en anglais.« Je ne sais pas pourquoi.Ma mère parle à tout le monde en naskapi, sauf avec Christian», dit Allan.Les deux frères ont pour leur par t commencé à faire de la musique séparément alors qu\u2019Allan étudiait à Timmins, en Ontario.«Moi, j\u2019écris mes textes en anglais et je chante en anglais», dit Christian.Les textes de Violent Ground s\u2019adressent à tous, mais visent aussi, plus précisément, les membres de l\u2019ensemble des Premières Nations du Canada, qui partagent souvent les mêmes réalités, les mêmes problèmes.En naskapi, cer tains mots sont intraduisibles, disent Allan et Christian.«Un seul mot peut avoir plusieurs significations.Le mot \u201ccerveau\u201d, par exemple.En naskapi, c\u2019est un mot qui veut dire à la fois pensée, cerveau et mémoire», dit Christian.À l\u2019inverse, on n\u2019utilise pas, en nas- kapi, les mots «s\u2019il vous plaît» ou «je m\u2019excuse».«Lorsque les gens étaient nomades, ça n\u2019était peut- être pas nécessaire d\u2019être aussi poli.Les gens étaient toujours ensemble, dit Allan.Certaines expressions d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019existent pas en naskapi.Pour les utiliser, les jeunes échangent cer taines phrases en anglais, puis continuent en naskapi», dit Allan.La langue écrite, quant à elle, est enseignée au primaire, et peu utilisée à la maison.« J\u2019ai sur tout vu la langue écrite dans la bible.Ma grand- mère a une bible en naskapi, dit Christian.Et par fois, lorsqu\u2019on voit des documents of ficiels, ils sont en français, en anglais et en naskapi.» Pour l\u2019instant, Allan dit ne pas être inquiet de l\u2019avenir de sa langue, puisque tous ses amis de la réserve, qui ont son âge, dans la vingtaine, parlent naskapi entre eux.Pour son frère, tout n\u2019est pas gagné.«Cela repose sur la décision des parents de parler naskapi avec leurs enfants.Aussi, si les gens quittent la réserve pour poursuivre des études, ce sont eux qui décident s\u2019ils veulent revenir ou non, et s\u2019ils veulent continuer ou non de parler nas- kapi », dit Christian.Le Devoir L E D E V O I R , L E L U N D I 1 0 J U I L L E T 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 2 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 Le Québec est l\u2019hôte de onze nations autochtones reconnues par le gouvernement du Québec, chacune parlant sa propre langue.Certaines de ces langues sont encore parlées par des milliers de locuteurs.Plusieurs sont sur la voie rapide de l\u2019extinction.Cet été, Le Devoir rencontre chaque semaine un locuteur d\u2019une de ces langues.Voici les frères Allan et Christian Nabinacaboo, de la communauté naskapie de Kawawachika- mach, près de Schefferville.KWE KWE ! LES LANGUES AUTOCHTONES AUJOURD\u2019HUI Le naskapi, la langue qui a vu le caribou GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Allan (au premier plan) et Christian Nabinacaboo ont un groupe de rap, Violent Ground.Les paroles de leurs chansons sont en anglais.Quelques mots de naskapi Bonjour ! Wachiiya Comment vas-tu?Tshemiu- peinavah Ça va bien Miam Nemieupein Merci Tsheniskemeten Au revoir Wachiiya Pourquoi « Kwe ! Kwe ! » ?Le titre de notre série sur les langues autochtones tire son origine d\u2019une expression qui veut dire « bonjour » dans plusieurs langues autochtones du Québec \u2014 avec différentes variantes.On dit « kway » en abénakis, « kwei » en atikamekw, « kuei » en innu, et « kwe » en algonquin et en wen- dat.« Kwe kwe » est utilisé par exemple lorsqu\u2019on n\u2019a pas vu quelqu\u2019un depuis longtemps, tandis que « kwe » se dit dans le cadre d\u2019échanges fréquents.Les autres langues autochtones ont d\u2019autres façons de dire bonjour.Nous les aborderons aussi, évidemment.Voir aussi \u203a Allan et Christian Nabinacaboo prononcent quelques mots en naskapi.« Je ne connais pas de Naskapis qui ne parlent pas naskapi », dit Allan, 28 ans PETER MCCABE LA PRESSE CANADIENNE Des agents de la SQ et de la police de Terrebonne se sont rendus sur les lieux, dimanche. L E D E V O I R , L E L U N D I 1 0 J U I L L E T 2 0 1 7 ACTUALITES A 3 Q uébec \u2014 Près de six mois après l\u2019attentat à la grande mosquée de Québec, un premier cimetière musulman a été of ficiellement inauguré, dimanche, dans la région de la Capitale-Nationale.Une por tion du cimetière Les Jardins Québec appartenant à l\u2019entreprise funéraire Lé- pine Cloutier Athos, à Saint-Au- gustin-de-Desmaures, sera dorénavant réservée aux défunts de confession musulmane.En entrevue à La Presse canadienne, le président de Lé- pine Cloutier Athos, Yvan Rodrigue, a indiqué que 500 lots sont maintenant réservés aux citoyens de foi musulmane et qu\u2019il sera possible d\u2019augmenter ce nombre.« On a commencé avec une section de 500 lots, mais selon les besoins, nous pourrons agrandir», a-t-il indiqué.Une solution locale M.Rodrigue a expliqué que son entreprise a instauré le service afin de «répondre à un besoin de plus en plus criant » pour les gens de l\u2019est du Québec qui n\u2019avaient que deux options \u2014 soit être rapatriés dans leur pays d\u2019origine ou être enterrés dans un cimetière musulman à Montréal.« Il y a des gens qui sont ici depuis plusieurs générations et ce n\u2019est pas toutes les familles qui veulent que le corps soit rapatrié au pays d\u2019origine, donc c\u2019est important qu\u2019ils aient une solution locale », a justifié M.Rodrigue.L\u2019initiative a toutefois été prise sans la participation du Centre culturel islamique de Québec, qui mène un autre projet de cimetière à Saint- Apollinaire.Le secrétaire du Centre, Mohamed Kesri, a récemment expliqué au journal Le Soleil que cette nouvelle section de cimetière, à Saint-Augustin-de- Desmaures, ne comblait pas les besoins de la communauté.Selon lui, la majorité des gens préfèrent savoir que leurs proches sont enterrés à un endroit possédé par la communauté et où les rites et coutumes sont suivis.La Presse canadienne Un premier cimetière musulman dans la région de Québec M A R I E - L I S E R O U S S E A U I nauguré dans le Vieux- Montréal et autour du Palais des congrès il y a deux ans, le réseau Internet sans fil MTLWiFi s\u2019étendra désormais au centre-ville, au Quartier des spectacles, au Quartier de l\u2019innovation (dans Grif fin- town) ainsi qu\u2019au parc Jeanne- Mance, a appris Le Devoir.La Ville de Montréal annoncera lundi cette nouvelle phase d\u2019expansion de ce réseau gratuit, qui augmentera considérablement la zone de couverture sans fil offerte par la métropole.Cet important déploiement fera bondir le nombre de bornes d\u2019accès Wi-Fi de Montréal à près de 825.La Ville augmentera également la puissance et la stabilité des points d\u2019accès existants.Un soutien technique sera of fer t aux utilisateurs du réseau, qui y auront accès en composant le 514 MTL-WIFI.Ce service sera assuré par l\u2019organisme ZAP, qui chapeaute le réseau sans-fil gratuit Île sans fil et dont la mission est de fournir un accès Internet sans fil public et gratuit au plus grand nombre.Inégalités numériques Il a été impossible de connaître dimanche le débit des bandes passantes qui seront associées aux nouvelles bornes, un enjeu important selon Stéphane Roche, professeur de sciences géomatiques à l\u2019Université Laval.« Ce n\u2019est pas parce qu\u2019il y a une route qu\u2019on va pouvoir y circuler rapidement », illustre-t-il.L\u2019élargissement des voies d\u2019une route génère en effet souvent plus de trafic.« Dans le domaine des infrastructures numériques, c\u2019est un peu la même chose, indique le professeur.À mesure qu\u2019on peut en faire plus avec nos téléphones et nos tablettes, on consomme de plus en plus de bande passante.» M.Roche accueille favorablement cette annonce, mais il met en garde la Ville de ne pas accroître la fracture numérique, c\u2019est-à-dire les inégalités d\u2019accès aux technologies informatiques.Selon lui, il est impor tant d\u2019inclure tous les citoyens dans cette démarche.« C\u2019est bien d\u2019élargir le réseau dans le Quartier des spectacles, dans Griffintown \u2014 qui est en pleine gentrification \u2014, et dans les secteurs touristiques, mais ça ne va pas régler le problème de ceux qui sont du mauvais côté de la fracture numérique ; il ne faut pas oublier les zones où la situation socio-économique est plus préoccupante», dit-il.Des mesures éducatives devraient être mises en place afin de donner les outils à tous de pouvoir utiliser ces services numériques, poursuit M.Roche.« On pourrait couvrir 100 % du territoire de Montréal avec du Wi-Fi haut débit, ça ne réglera pas le problème de fracture.Ça prend des moyens financiers, des capacités », explique-t-il, en mentionnant le taux d\u2019analphabétisme fonctionnel élevé du Québec.« Il ne faudrait pas accroître les inégalités existantes ou en créer de nouvelles, prévient le professeur.Il faut être vigilant pour qu\u2019une ville intelligente soit une ville juste.» Ville intelligente Cette annonce s\u2019inscrit d\u2019ailleurs dans le Plan d\u2019action Montréal, ville intelligente et numérique 2015-2017, qui a été lancé en 2015.Quelque 70 projets devant se déployer durant ces trois années avaient alors été annoncés par l\u2019administration Coderre.Le Journal de Montréal rapportait en juin dernier que la moitié des projets de la ville intelligente attendus d\u2019ici la fin de l\u2019année sont en retard et que cer tains risquent d\u2019être carrément abandonnés.Malgré ce retard, M.Roche estime que «Montréal n\u2019a pas à rougir».Selon lui, il est tout à fait normal que des projets soient en retard ou ne voient pas le jour.«Ce n\u2019est pas fou après quelques années de se rendre compte, par exemple, que certains projets ne sont plus prioritaires ou trop complexes à mettre en œuvre.On est dans un domaine qui bouge beaucoup», explique le professeur, rappelant que la Ville s\u2019est classée au sommet du palmarès des villes intelligentes de l\u2019organisme Intelligent Community Forum en 2016.Le Devoir Montréal élargit son réseau sans fil gratuit La Ville étend son réseau MTLWiFi dans de nouveaux secteurs touristiques I S A B E L L E H A N N E à New York C limat, commerce international et même protocole : les États-Unis étaient plus que jamais isolés lors du sommet annuel des 20 plus grandes économies du monde, qui s\u2019est tenu vendredi et samedi dans la ville allemande.Comme on n\u2019est jamais mieux ser vi que par soi- même, Donald Trump a déroulé, dimanche matin sur Twitter, son bilan du G20 de Hambourg : « Un grand succès pour les États-Unis \u2014 [j\u2019ai] expliqué que les États-Unis devaient réparer les nombreux mauvais accords qui ont été passés.Ce sera fait ! » Pourtant, ce sommet annuel du groupe des 20 plus grandes économies de la planète (19 pays, de l\u2019Arabie saoudite à la Turquie en passant par la Chine et le Canada, plus l\u2019Union européenne), qui se tenait vendredi et samedi à Hambourg, a mis à nu le fossé qui sépare les États-Unis de Tr ump du reste du monde.Les divergences étaient visibles entre Washington et ses partenaires, sur des questions aussi vastes et prégnantes que le changement climatique ou le commerce international.Ce dimanche, la presse américaine insiste sur « l\u2019ampleur des désaccords » au G20, où « un gouf fre s\u2019est ouvert entre les États-Unis et le reste du monde» (Washington Post), où «Donald Trump s\u2019est illustré en [leader] nationaliste, unilaté- raliste et protectionniste », « s\u2019aliénant des alliés et faisant ressembler les États-Unis à une île privée» (New York Times).« Il y a eu peu d\u2019éléments rassurants dans ce G20 pour ceux qui auraient voulu une approche plus traditionnelle du gouvernement américain, notamment sur la question du climat ou du commerce international, note Ian Lesser, vice- président du German Marshall Fund.Une chose est claire : les États-Unis et leurs alliés ne sont pas sur la même longueur d\u2019onde.» Climat Ce dernier G20 souligne une érosion notable du leadership américain, longtemps maître de l\u2019ordre du jour de ces sommets depuis leur création en 2008.Les obser vateurs, ex- per ts et ONG parlent désormais sans détour de « G19 » pour décrire le pas de côté des États-Unis.Une appellation que tempère Ian Lesser : «Un G20 sans les États-Unis n\u2019aurait plus beaucoup de sens.» Un isolement que ne cache même pas le communiqué final du G20, normalement plus petit dénominateur commun des puissances participantes.«Nous prenons note de la décision des États-Unis d\u2019Amérique de se retirer de l\u2019Accord de Paris », affirme le texte, qui indique que les États-Unis vont « immédiatement cesser » la mise en œuvre des engagements pris par Barack Obama en matière de réduction d\u2019émissions de gaz à effet de ser re.Un paragraphe plus loin, le communiqué souligne le front commun formé par les autres puissances sur la question climatique, précisant que, pour leurs dirigeants, « l\u2019Accord de Paris est irréversible ».Ils s\u2019accordent même, grâce au « Climate and Energy Action Plan », sur une liste d\u2019étapes dans la transition vers une énergie propre.Le gouvernement Trump s\u2019est également distingué en insistant sur la défense du droit à l\u2019utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) les plus polluantes, et dont l\u2019extraction et la combustion contribuent au réchauffement mondial.Le texte du communiqué final indique en effet que les États-Unis vont aider d\u2019autres pays dans le monde à « avoir accès à des énergies fossiles et à les utiliser».De manière « plus propre », certes, mais totalement contradictoire à l\u2019objectif de l\u2019Accord de Paris \u2014 atteindre une économie moins dépendante au carbone.Cette question a suscité de vifs débats, l\u2019Accord de Paris reposant sur la bonne volonté des États à respecter leurs engagements en matière de réduction d\u2019émissions de gaz à effet de serre.L\u2019hôte du sommet, la chancelière allemande, Angela Merkel, ne s\u2019en est pas cachée, indiquant que les discussions avaient été par moments «difficiles », et qualifiant la position américaine sur ce sujet de «regrettable».Commerce international Sur le commerce mondial, notamment entre pays développés et puissances émer- gentes (la raison d\u2019être initiale du G20), Trump a là encore joué cavalier seul.Et rendu la discussion conflictuelle, après ses critiques contre l\u2019Organisation mondiale du commerce et les excédents commerciaux de certains pays.En toute cohérence avec son protectionnisme revendiqué, son fameux slogan «America First », et ses critiques réitérées du multila- téralisme tant diplomatique qu\u2019économique.Voir tous ces « bad deals » dénoncés par le président américain, ou les nombreuses réunions bilatérales menées par Trump.Et notamment sa toute première rencontre avec le président russe, Vladimir Poutine, qui a en partie éclipsé le sommet lui-même.Évoquant sur Twitter ce dimanche matin les accusations d\u2019ingérence russe dans l\u2019élection présidentielle américaine de 2016, Trump a semblé prêter plus de crédit à Poutine qu\u2019aux ser vices de renseignements américains : « J\u2019ai fermement interrogé le président Poutine à deux reprises sur son intervention dans notre élection, a af firmé Donald Trump.Il l\u2019a catégoriquement niée.» Le président américain assure même vouloir créer une entité de lutte contre le cyberes- pionnage\u2026 avec la Russie.Malgré son isolement au G20, Washington a réussi à infléchir notablement la rédaction du communiqué : « Nous conserverons des marchés ou- ver ts tout en notant l\u2019importance d\u2019un commerce réciproque et mutuellement avantageux et d\u2019un cadre d\u2019investissement et du principe de nondiscrimination.» Insistant, comme le veut la tradition, sur la lutte contre le protectionnisme, le G20 reconnaît pour la première fois le droit des pays victimes de pratiques de dumping à recourir à «des instruments légitimes de défense commerciale ».« Personne ne souhaite que ces sommets soient vus comme un désastre, il y a toujours des compromis qui sont faits, note Ian Lesser.Mais cela montre bien qu\u2019il y a des approches philosophiques profondément dif férentes.Le fossé n\u2019a jamais été aussi grand, notamment entre les États-Unis de Trump et l\u2019Europe.» Faux pas Dans cet esprit, Donald Trump a également remporté une victoire sur la question du commerce de l\u2019acier.Le texte du communiqué final du G20 évoque en effet la nécessité de réduire les surcapacités dans ce secteur, après les menaces brandies par Washington d\u2019imposer des mesures protectionnistes contre la Chine et l\u2019Union européenne.Le président américain s\u2019est, enfin, distingué par un faux pas protocolaire largement commenté.Lors d\u2019une session de travail des chefs d\u2019État et de gouvernement sur le partenariat avec l\u2019Afrique, sa conseillère et fille, Ivanka Trump, a remplacé son père, qui s\u2019éclipsait pour des réunions parallèles, et a pris place entre la première ministre Theresa May et le président chinois, Xi Jinping.Libération ANALYSE D\u2019un côté le G19, de l\u2019autre Donald Trump Le sommet du G20 qui vient de se clore à Hambourg montre la fracture entre le président américain et ses alliés Lire aussi \u203a Apprendre à «mourir ensemble» dans notre page Idées.Page A 7 Pont-Rouge : la police abat un homme armé d\u2019une machette Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) enquête sur la mort d\u2019un homme qui aurait été atteint par balle lors d\u2019une l\u2019intervention de la Sûreté du Québec à Pont-Rouge, dans la région de Québec, dimanche après-midi.Selon les informations préliminaires recueillies par le BEI, un homme s\u2019est rendu au poste de police de la MRC Portneuf en début d\u2019après- midi pour porter plainte contre un individu.L\u2019homme contre qui la plainte a été portée aurait été mis au courant et, vers 15 h, il se serait présenté dans le stationnement du poste de police et aurait donné des coups de machette sur des voitures.Des policiers auraient, sans succès, tenté de le maîtriser.L\u2019homme se serait alors dirigé vers eux avec sa machette et les policiers auraient ensuite ouvert le feu.La Presse canadienne PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le déploiement fera bondir le nombre de bornes d\u2019accès Wi-Fi de Montréal à plus de 800 dans la ville.AXEL HEIMKEN ASSOCIATED PRESS Des manifestations contre le sommet ont secoué Hambourg durant tout le week-end.« Nous prenons note de la décision des États-Unis d\u2019Amérique de se retirer de l\u2019Accord de Paris » A N T O I N E C H A R à Venise «F ausses nouvelles » par- ci, « fake news » par-là : Walter Quattrociocchi les traque tous les jours avec cinq autres chercheurs italiens.Une tâche répétitive et vaine, comme Sisyphe avec son rocher sur la montagne ?Il a beau être au pied d\u2019un Everest de « postvérités » (le mot de l\u2019année 2016, selon le dictionnaire Oxford), de « faits alternatifs », bref de « bons vieux mensonges », Quattro- ciocchi, 37 ans, ne baisse pas les bras.De janvier 2010 à décembre 2015, son équipe (un informaticien comme lui, deux physiciens, un statisticien et une mathématicienne) a passé au peigne fin de ses algorithmes les messages dans la langue de Shakespeare de 376 millions d\u2019utilisateurs de Facebook, le réseau social le plus puissant au monde.«Même si nous n\u2019avons pas fait le tri parmi les vraies et les fausses nouvelles, cela nous a quand même pris neuf mois pour débroussailler le tout», dit-il dans un anglais chantant.Qu\u2019a- t-il trouvé ?«Nous vivons dans une tour de Babel avec nos biais de confirmation, bien connus en psychologie sociale : nous privilégions les informations en harmonie avec nos opinions et nous nous détournons de celles les contredisant.» C\u2019est dans ce contexte que les fausses informations s\u2019infiltrent dans les réseaux sociaux, utilisés tous les jours par plus de 2,5 milliards d\u2019internautes.Ces « infos» font tellement partie de l\u2019écosystème médiatique qu\u2019en 2013, le Forum économique mondial de Davos les a ajoutées à sa liste des plus grands dangers menaçant l\u2019humanité au même titre que les changements climatiques et la montée des inégalités.Quattrociocchi ne le dira pas, mais c\u2019est en grande partie grâce à ses recherches que le WEF (World Economic Forum, fondé en 1971) a sonné l\u2019alarme.Chambres d\u2019écho «Pour mieux comprendre notre environnement communica- tionnel ségrégationniste, notre méthode de travail est basée sur les sciences sociales computation- nelles, un domaine pluridisciplinaire combinant notamment les mathématiques, les statistiques, la sociologie et l\u2019informatique», explique le chercheur italien.Les traces numériques dans les médias sociaux permettent de confirmer ceci : « Nous vivons dans des chambres d\u2019écho, qui sont non seulement des caisses de résonance renforçant nos propres croyances, mais de puissants relais à la mésinfor- mation.Je préfère d\u2019ailleurs ce mot à celui de fausse information », précise encore Quattro- ciocchi, en tirant goulûment sur sa cigarette.Peu impor te l\u2019appellation, mal informer est un procédé vieux comme le monde et aucun algorithme, ni même les journalistes les plus chevronnés ne pourront en venir à bout, croit le chercheur rompu à la méthodologie scientifique.Ainsi les initiatives de grands acteurs de la Toile pour débusquer les fausses informations en finançant notamment le « fact checking » sont un coup d\u2019épée dans la grande mare des « fake news », craint Quattrociocchi.Que faire, alors?«Vérifier les faits et informer l\u2019internaute sur la fiabilité de ce qu\u2019il lit, c\u2019est bien, mais ce n\u2019est pas assez.Il faut notamment l\u2019écouter, comprendre pourquoi il se tourne vers des médias alternatifs, pourquoi il se méfie des sites d\u2019information classiques qu\u2019il juge partisans et corrompus.Il cherche une explication simple à la complexité du monde.Donc, pas trop d\u2019effort cognitif.» Quattrociocchi ne peut alors s\u2019empêcher de citer l\u2019exemple tellement galvaudé de Donald Trump et de ses tweets relayant des informations erronées.Dans son édition du 23 juin, le New York Times en a répertorié 100 depuis le 21 janvier.Pour le chercheur italien, si le président américain ressemble à « un bébé quêtant l\u2019attention de ses parents avec des mensonges, il a aussi réussi à capter celle des laissés-pour- compte de l\u2019élite médiatique américaine pendant la campagne présidentielle ».De manière générale, les faits nous unissent de moins en moins.« Qu\u2019est-ce qu\u2019un fait ?» répétera Quattrocioc- chi tout au long de l\u2019entrevue en citant Friedrich Nietzsche (1844-1900) pour qui « il n\u2019y a pas de faits, il n\u2019y a que des interprétations ».Est-ce à dire que toutes les interprétations se valent ?Bien sûr que non, martèlera le chercheur passionné de philosophie.« Mais, encore une fois, nous ne sommes pas aussi rationnels que nous le croyons ! » Pour preuve, il rappelle l\u2019« affaire Cirenga », ce sénateur « fictif » qui lors des législatives italiennes de 2013 avait proposé une loi octroyant 134 milliards d\u2019euros (plus de 10 % du PIB de la péninsule) afin d\u2019aider les parlementaires à se trouver du travail en cas de défaite électorale.Citée dans la presse nationale, la proposition, approuvée par 257 voix et 165 abstentions, s\u2019est répandue comme une traînée de poudre : elle fut partagée plus de 35 000 fois en moins d\u2019un mois sur Facebook et est encore citée comme un exemple de corruption de la classe politique italienne.On le voit, plus c\u2019est gros mieux ça passe, surtout quand on veut croire dur comme fer à quelque chose\u2026 Pendant la campagne électorale, Quattro- ciocchi et son équipe ont d\u2019ailleurs analysé les messages de trois millions d\u2019utilisateurs italiens sur Facebook.Conclusion ?Ceux qui ont suivi les sources d\u2019information complo- tistes, comme l\u2019« af faire Ci- renga », étaient trois fois plus nombreux que ceux ayant suivi des sources d\u2019information scientifiques, par exemple.«Encore une fois, chaque groupe a tendance à exclure tout ce qui n\u2019est pas en cohérence avec sa vision du monde.» Bref, rien de nouveau sous le soleil, car il n\u2019y a jamais eu une « ère de la vérité » : « Notre cerveau tient sur tout à sauvegarder son propre régime de vérité pour minimiser nos peurs.» On écoute donc rarement les points de vue contraires aux nôtres et on argumente rarement sur l\u2019unique socle des faits, rappelle encore Quattrociocchi, qui a fait une par tie de ses études de doctorat à l\u2019Université Carleton d\u2019Ottawa sous la direction du professeur Nicola Santoro.« C\u2019était un étudiant brillant, dira celui-ci, enthousiaste et déjà passionné par la problématique des fausses nouvelles.» Sus à la crédulité ! « Il faut s\u2019attaquer à la crédulité des gens ! » lance Quattro- ciocchi qui n\u2019a jamais rencontré Tommasso Debenedetti, un des grands faussaires de la Toile.Ces dernières années, le quadragénaire italien a « tué », à travers ses tweets repris par certains médias, le pape François, le président syrien Ba- char al-Assad, Mikhaïl Gorbat- chev, qui dirigea l\u2019URSS entre 1985 et 1991, l\u2019écrivaine J.K.Rowling et tout récemment Svetlana Aleksiévitch, la prix Nobel biélorusse de littérature (2015).« Je voulais montrer la fragilité immense, incroyable du système médiatique mondial », devait-il expliquer dans un échange de courriels le 14 janvier 2013.Walter Quattrociocchi ne porte pas de jugement sur le travail des journalistes.Il se contente de regarder la vérité en face : l\u2019information tronquée serpente tous les jours un peu plus dans les champs médiatiques et le cercle des crédules ne cesse de grandir.Collaboration spéciale Le Devoir L E D E V O I R , L E L U N D I 1 0 J U I L L E T 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 4 K A R Y N N I S H I M U R A - P O U P E E à Tokyo L e procès de l\u2019ex-baron auto- proclamé des bitcoins, le Français Mark Karpelès, débutera mardi prochain à Tokyo.« Il attend son procès avec calme et va plaider non coupable », a déclaré cette semaine son avocat, Kiichi Iino, à l\u2019AFP.En liber té depuis un an, après avoir passé autant de temps en prison, Mark Karpe- lès, ex-patron de MtGox, est accusé d\u2019enrichissement personnel par la création artificielle d\u2019un million de dollars, et ce, au détriment des véritables détenteurs de bitcoins dont sa société, implantée au Japon, gérait les actifs.Cette dernière a déposé le bilan début 2014.Aujourd\u2019hui âgé de 32 ans, il avait déjà été condamné en France en 2010 à un an de prison pour « accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données» de l\u2019entreprise où il travaillait au moment des faits.Attaque Dans le cas de MtGox, il a toujours af firmé que la plate- forme avait été victime d\u2019une attaque informatique extérieure, mais mi-septembre 2015, il a été mis en examen et emprisonné, après déjà six semaines de garde à vue, pour falsification d\u2019informations et détournement d\u2019une somme de 321 millions de yens (3,6 millions de dollars canadiens).Selon la police citée par la presse, il a dépensé cette somme pour l\u2019achat de droits de logiciels, mais aussi pour s\u2019offrir un lit de luxe dans son appartement loué 1,4 million de yens (15 800 dollars) par mois ou pour se payer les services de prostituées.Sa libération sous caution, en juillet 2016, « était essentielle pour pouvoir préparer sa défense», selon M.Iino.Ce Français, qui n\u2019a pas souhaité parler à la presse depuis, est en revanche redevenu actif sur son compte Twitter, où il lui arrive même de poster des avis au sujet des bitcoins.« Il va peut-être se défendre en japonais, à moins qu\u2019il ne choisisse le français, ce qui ne serait pas un problème, car il y a un interprète au tribunal », a indiqué l\u2019avocat Iino.« Idéalement, j\u2019aimerais que le procès nous permette de comprendre ce qui s\u2019est réellement passé au sein de MtGox, mais je ne m\u2019attends pas à ce que nous obtenions les informations voulues », a indiqué à l\u2019AFP Kolin Burges, un des possesseurs de bitcoins lésés.« Je ne suis pas très content que le procès commence, car j\u2019aimerais qu\u2019il y ait davantage de chefs d\u2019accusation », ajoute cet homme qui possédait «311 bitcoins dans MtGox», la grande majorité de son argent, un pactole « qui aurait valu environ 750 000dollars aujourd\u2019hui».Il espère que, finalement, « tous les créanciers recevront un petit pourcentage de leur argent».Depuis cette af faire qui remonte à plus de trois ans, le bit- coin a fait grand débat au Japon et sa réputation a souffert, mais cette époque est désormais presque révolue.Une loi de mai 2015 lui a donné, ainsi qu\u2019à d\u2019autres moyens de paiement de ce type, un statut encadré de « monnaie vir tuelle », ce qu\u2019elle n\u2019était pas auparavant.Les plateformes d\u2019échange, comme BitPoint (du groupe coté nippon Remixpoint) ou bitFlyer, doivent, pour pouvoir officier, recevoir un agrément des autorités.Agence France-Presse JAPON L\u2019ex-baron du bitcoin devant la justice mardi Mark Karpeles A M É L I P I N E D A Mentor de milliers de Québécois et de Canadiens, le Grand Maître Chong Son Lee, qui a fait connaître le taekwondo au pays, s\u2019est éteint le 5 juillet dernier.L\u2019héritage de ce géant du taekwondo restera quant à lui bien vivant, puisque les premiers élèves qu\u2019il a formés dans les années 1970 promettent de perpétuer l\u2019enseignement de cet art martial coréen.Depuis un peu plus de deux ans, Chong Son Lee était atteint d\u2019un cancer du côlon, mais était resté discret sur son état de santé.Il y a trois semaines à peine, l\u2019homme de 79 ans visitait encore des écoles de taekwondo pour aider les jeunes à perfectionner leurs techniques.« Le taekwondo, c\u2019était un mode de vie pour lui.Son horaire était toujours plein et il voulait être avec les élèves jusqu\u2019à la fin.Il a d\u2019ailleurs donné des séminaires il y a quelques semaines », raconte le Maître Evangelos Ligerios, un de ses anciens élèves, devenu son associé.L\u2019homme de 46 ans n\u2019avait que 12 ans en 1982 lorsqu\u2019il a franchi la porte de l\u2019école de taekwondo du boulevard Saint-Laurent, à Montréal, fondée par le Grand Maître Chong Son Lee.Un déclic Lorsqu\u2019il a amené le taek- wondo au Québec, les films de combat de Bruce Lee faisaient fureur, se rappelle Hélène Caron, la conjointe du défunt.« Les Québécois étaient déjà affamés d\u2019arts martiaux et lui, son rêve, c\u2019était d\u2019enseigner.Lorsqu\u2019il a fait sa première prestation en 1964 à l\u2019ancien aréna Paul-Sauvé, ça a été le déclic.Après sa performance, il y avait 200 personnes qui voulaient s\u2019inscrire à un cours avec lui », mentionne Mme Caron.Sa philosophie a touché, 53 ans plus tard, au-delà de 400 000 Canadiens et a été reprise dans des centaines d\u2019écoles de taekwondo à travers la province.« C\u2019était un homme qu\u2019on pouvait regarder des heures.Il avait une prestance impressionnante.Il m\u2019a transmis sa passion.Avec lui, on comprenait rapidement que le taekwondo, c\u2019était une façon de transmettre des valeurs comme le respect, la capacité de vaincre ses peurs, d\u2019écar ter l\u2019ego », souligne le Maître Raymond Mourad, vice-président de Taekwondo Canada.Ce dernier a aussi eu la chance d\u2019être entraîné par le Grand Maître Chong Son Lee durant sa carrière.Un de ses plus beaux souvenirs remonte à 2001, lorsqu\u2019il a pris sa retraite comme athlète.« Je me rappelle ma dernière compétition.Le Grand Maître était stressé.J\u2019avais 37 ans, j\u2019ai été le dernier de ses premiers élèves à se retirer.Je lui avais promis de gagner et c\u2019est ce que j\u2019ai fait.On était contents, je me souviens de l\u2019avoir pris dans mes bras et embrassé.Je savais qu\u2019il était fier de ce qu\u2019on avait accompli ensemble », dit M.Mourad, qui a aujourd\u2019hui son école de taekwondo dans le quar tier Notre-Dame-de- Grâce, à Montréal.Persévérance L\u2019héritage de Chong Son Lee n\u2019a pas de frontière.Le légendaire Grand Maître avait l\u2019habitude de voyager à travers une quarantaine de pays.À Québec, Bobby Aubé se souviendra toujours de la fois où il lui a demandé une vingtaine de fois de reprendre un mouvement devant toute sa classe.« Il faisait une démonstration et m\u2019avait demandé de l\u2019assister.Je me rappelle, il me disait \u201cRecommence, tu vas l\u2019avoir\u201d.Il me l\u2019a répété au moins 20 fois et, soudainement, j\u2019ai vu ses yeux briller de fierté.J\u2019avais réussi.C\u2019était ça qui était frappant chez lui, il était strict, mais très humain », témoigne celui qui a eu la chance de recevoir sa ceinture noire des mains du Grand Maître Lee.Prendre la relève n\u2019est toutefois pas facile pour ceux qui ont grandi aux côtés du Grand Maître.Evangelos Ligerios avoue avoir hésité à poursuivre sans son mentor à ses côtés.« Je savais qu\u2019il était malade, mais je n\u2019avais jamais imaginé l\u2019école sans lui.Pendant un instant, je me suis dit que je ne pouvais pas continuer sans lui, mais après j\u2019y ai réfléchi et j\u2019ai réalisé que, justement, pour rendre hommage à tout l\u2019enseignement qu\u2019il s\u2019est ef forcé de transmettre, pour toutes les années qu\u2019il a consacrées au per fectionnement de cet art, je devais reprendre le flambeau », confie-t-il.Le Grand Maître Chong Son Lee a toujours été reconnu pour être une personne humble.Même s\u2019il n\u2019a jamais aimé les louanges, sa famille est convaincue qu\u2019il est parti fier du legs laissé.L\u2019homme originaire de la Corée du Sud avait quitté son pays natal en 1962.Il s\u2019était d\u2019abord établi à Washington avant de venir s\u2019installer au Québec, où son but était de fonder son école.En 2014, lors d\u2019une entrevue accordée au Devoir pour les 50 ans du taekwondo au Canada, il confiait vouloir servir jusqu\u2019à son dernier souffle.« En donnant, tu reçois.Tu le vois dans les yeux de tous ces enfants, de tous ces maîtres », disait-il.Le Devoir CHONG SON LEE 1938-2017 L\u2019héritage du Grand Maître du taekwondo ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les disciples du Grand Maître Chong Son Lee étaient émotifs, dimanche.Les informations infondées pullulent sur les réseaux sociaux.Les chercheurs en informatique sont de plus en plus nombreux à les étudier.Rencontre avec l\u2019un d\u2019entre eux à Venise.MÉDIAS À la chasse aux fausses informations Un chercheur italien a passé au peigne fin 376 millions de messages sur Facebook ANTOINE CHAR De manière générale, les faits nous unissent de moins en moins, avance le chercheur italien Walter Quattrociocchi.Nous vivons dans des chambres d\u2019écho, qui sont des caisses de résonance renforçant nos propres croyances Walter Quattrociocchi « » L E D E V O I R , L E L U N D I 1 0 J U I L L E T 2 0 1 7 SOCIETE A 5 LES GEEKS D\u2019AUJOURD\u2019HUI Récolter les perles de nostalgie La passion pour le jeu vidéo vintage ne connaît pas de limite pour Dominic Bourret PHOTOS GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Une collection de près de 700 cassettes de NES, classées en ordre alphabétique, couvre un mur du salon du passionné des jeux vidéo surnommé Papa cassette.M A R T I N B L A I S C\u2019 est dans un sous- sol de Saint-Jo- seph-de-Beauce, dans les années 1980, que tout a commencé pour Dominic Bour- ret.Sa grand-mère s\u2019est procuré des consoles de jeux vidéo pour distraire les enfants lors des veillées.« Ma grand-mère est la \u201cgameuse\u201d, dans la famille ! » soutient-il.La « cave » est devenue un antre du jeu pour Dominic.Il est d\u2019abord tombé sous le charme de son Atari 2600, ovni plaqué bois au look rudimentaire qui a connu son lot de classiques.Le véritable coup de foudre est sur venu plus tard, lorsqu\u2019elle a acheté le Nintendo Enter tainment System (NES).L\u2019expérience, marquante, s\u2019est ensuite transportée chez lui.« Mes parents m\u2019ont acheté un NES, un jour, après tout le monde, et je me disais : \u201cC\u2019est à moi, je joue à Mario chez moi, je peux jouer toute la nuit.\u201d Je capotais ! » Et la console l\u2019a toujours suivi, survivant au cycle des générations technologiques, jamais remplacée par les suivantes, plus performantes.«J\u2019ai passé beaucoup de temps sur cette console, elle m\u2019est restée.Je ne l\u2019ai jamais vendue, alors que mon SNES [Super Nintendo Entertainment System, successeur du NES], je l\u2019ai vendu.Mon NES m\u2019a suivi au cégep, à l\u2019université.[\u2026] J\u2019ai tout le temps aimé ça, moi, je suis très nostalgique de mon enfance», raconte le collectionneur de 37 ans.Le début d\u2019un projet Les jeux vidéo, particulièrement les «rétro», ceux des premières consoles, n\u2019ont jamais cessé d\u2019exercer leur attrait sur Dominic, qui a continué de les découvrir, «par pur plaisir», au fil du temps.Vers 2010, il a décidé d\u2019en faire un véritable projet.«Je me suis demandé: est-ce qu\u2019il y a d\u2019autres gens que ça intéresse?J\u2019ai découvert le forum de discussion du Club de collectionneurs de jeux vidéo du Québec.Ils font des réunions de passionnés, quatre fois par année.Je suis allé là, j\u2019ai fait des rencontres.Et j\u2019ai voulu exister [dans ce milieu].» Pour cela, il lui fallait un nom.« Quand je cherchais à avoir une présence sur Internet, je voulais me donner un nom quelconque.Au départ, je pensais faire un méga-inventaire en ligne de tous les magasins qui vendent des jeux rétro au Québec.Finalement, je suis allé du côté du blogue.» Ce qui est resté, c\u2019est le pseudonyme Papa cassette.Papa parce qu\u2019alors jeune père d\u2019un garçon, ayant le désir d\u2019instruire le public, d\u2019expliquer cet univers du «retrogaming».Cassette pour consacrer ce terme unique au Québec, alors que le reste de la francophonie utilise « cartouche » pour parler des boîtiers de plastique contenant les puces permettant de jouer.Dominic, designer graphique de profession, savait qu\u2019il venait de trouver un nom accrocheur et facile à mémoriser.«C\u2019est un bon nom!» Une collection complète Encore aujourd\u2019hui, son bon vieux NES a sa place dans le salon lumineux de sa maison du quartier Sainte-Marie, à Montréal, accompagné de plusieurs nouvelles machines parues au cours des quatre dernières décennies.Mais ce qui retient l\u2019attention, c\u2019est la collection de près de 700 cassettes de NES qui couvre le mur derrière sa télévision, classées en ordre alphabétique.On y retrouve de tout, des grands classiques aux plus obscures perles.« Oui, je joue [aux jeux que j\u2019achète], je suis un gamer avant tout.» De tous ceux qu\u2019il a essayés, Castleva- nia 3 (1989), qu\u2019il a reçu à Noël, enfant, demeure au sommet du palmarès.« C\u2019est mon jeu préféré, pour la nostalgie et parce qu\u2019il est l\u2019emblème de cette série que j\u2019aime tant.» « Je ne collectionne pas seulement pour avoir des bibelots, nuance-t-il.J\u2019utilise mes jeux.En fait, pour toutes mes autres consoles, je joue à ces jeux-là, mais pour le NES, je les veux tous et je ne jouerai pas à tout parce qu\u2019il y a plein de merde ! » C\u2019est que Dominic vient d\u2019accomplir son objectif de compléter le «full set NES», c\u2019est-à-dire l\u2019exploit de posséder tous les jeux de cette console vendue en Amérique du Nord pendant sa durée de vie (de son lancement sur le continent en 1985, deux ans après sa parution au Japon, jusqu\u2019à la fin de sa production en 1995).En fait, il lui en manque un seul , Stadium Events, extrêmement rare puisque rappelé des rayons rapidement après sa mise en vente.On l\u2019évalue aujourd\u2019hui entre\u2026 15 000 et 20 000 $.Le plus précieux de son ensemble ?Little Samson, un jeu de plateformes paru en 1992 qu\u2019il a payé 1300 $.Il s\u2019agit tout de même d\u2019une aubaine puisqu\u2019il se vend habituellement pour 1800$, selon Dominic.Sur tout, c\u2019est un des bons jeux de son « full set ».Car la console a connu des dizaines de classiques mémorables, certes, mais aussi quantité de navets et fiascos.Certains développeurs tiers (autres que Nintendo) ont acquis la réputation de pondre des titres en deux temps, trois mouvements, avec un minimum d\u2019ef for ts et de main-d\u2019œuvre, compte tenu de la facilité relative de créer des jeux pour cette console bien moins complexe que les machines très puissantes d\u2019au- jourd\u2019hui.Ces mauvais jeux se vendaient pourtant au même prix que les autres, à 40, 50 ou 60 $ et plus à l\u2019époque, sans possibilités de mises à jour ou correctifs, faute d\u2019Internet\u2026 Simples, tout simples Malgré ça, qu\u2019ils soient sur NES, Atari, Intellivision, Cole- covision ou autre, les jeux rétro ont sans conteste l\u2019avantage pour lui.«Ce que j\u2019aime là- dedans, c\u2019est la simplicité.Les jeux rétro, j\u2019aime ça, c\u2019est simple, le jeu part sans télécharge- ment, mise à jour ou autre \u201cgo- gosse\u201d comme ça.[\u2026] Et j\u2019aime l\u2019objet, je les trouve beaux.» Des centaines de boîtiers de présentation cartonnés ont leur place dans un meuble vitré (rétro lui aussi, vestige d\u2019un Zel- lers) de son salon.Au total, Dominic estime avoir entre 1500 et 2000 jeux, identifiés et répertoriés dans divers classeurs Excel.Il évalue sa collection à 30 000 $, bien qu\u2019il l\u2019ait payée beaucoup moins cher à force de chercher ou d\u2019acheter en gros.Si ses jeux sont pour l\u2019instant bien rangés à la maison, un jour viendra où il devra se retourner dans le sous-sol chez ses parents cette fois, pour y ranger de nouvelles boîtes ! Faire aller ses contacts Quels sont les jeux les plus rares du NES ?« Certains sont parus alors que le SNES existait déjà [dès 1990], ce qu\u2019on appelle des \u201clate releases\u201d [sorties tardives], et ils valent cher.» D\u2019autres sont parus sur les deux générations.Ces versions NES, moins avancées et moins vendues parce que le public commençait à se procurer des SNES, sont devenues précieuses.« Les versions poches valent plus cher ! » C\u2019est sur tout grâce aux contacts entre collectionneurs et amateurs que Papa cassette a pu bâtir sa collection.«Je fais de moins en moins la tournée des marchés aux puces ou des ventes de garage.Je le faisais avant, mais maintenant, il y a tellement de monde qui le fait que c\u2019est difficile [de faire des trouvailles].» Les chasseurs de jeux rétro sont certainement plus nombreux de nos jours que lorsqu\u2019il a amorcé sa collection, il y a quelques années, dit-il.Certaines boutiques spécialisées demeurent des lieux incontournables, de sorte que la route vers des événements entre joueurs ou vers la maison de ses parents sur la Rive- Sud est forcément précédée d\u2019un arrêt dans ces magasins.Acheter et vendre À force d\u2019acheter, il a décidé de vendre.«Il y a un mégamar- ché qui ne fait que fluctuer sans arrêt.Tout le monde se lance là- dedans, même les gens qui n\u2019aiment pas les jeux vidéo, parce qu\u2019il y a de l\u2019argent à faire.» Lui-même ne recherche pas le profit à tout prix, mais comme la collection peut rapidement devenir un «gouffre financier » (et emplir une maison entière), cette avenue s\u2019est imposée.Peu de temps après son lancement, son blogue lui a ouvert des por tes.Il a rencontré Bruno Georget, chroniqueur, avec qui il a lancé le balado Rétro Nouveau.Puis il a greffé à son site une boutique en ligne rapidement devenue populaire dans le milieu.Il a organisé des soirées pour collectionneurs, leur donnant l\u2019occasion de se rencontrer ou de transiger.De fil en aiguille, Dominic s\u2019est retrouvé copropriétaire d\u2019Arcade MTL, bar de la rue Saint-Denis à Montréal, ouvert au printemps 2016.La borne de jeux vidéo scintillante et tapageuse a finalement triomphé de ce local du Quartier latin qui a connu de nombreuses identités au cours des dernières années.Des dizaines de machines d\u2019époques et de styles dif fé- rents, toutes rétro, s\u2019alignent sur les murs, chacune accessible gratuitement moyennant un coût d\u2019entrée au bar.L\u2019équipe a trouvé tous les types de bornes au Québec et en assure seule l\u2019entretien, sur place.Les joies du passé Le nos ta lg ique ne s \u2019 en cache pas : « Ici, on vend de la nostalgie.» « Mais ce n\u2019est pas un endroit pour gamers, et c\u2019est ce qui fait notre succès.Les gens viennent essayer l\u2019expé- r ience .» Un an plus tard, « Papa » qualifie sans hésiter l\u2019endroit de succès.Car la nostalgie a la cote dans le domaine vidéo ludique, comme dans les autres sphères du divertissement.« Certains viennent ici et on les entend dire : \u201cWow, le NES, le Nintendo 64 !\u201d Pour moi, c\u2019est du quotidien, mais les gens reviennent vers ça.Tout le monde se demande si la mode du rétro va s\u2019essouffler ; à ce jour, ça ne fait que s\u2019amplifier», croit Dominic.Ça, Nintendo le sait.L\u2019entreprise vient d\u2019annoncer la sortie du SNES Classic, version miniaturisée de sa console à succès mise sur le marché avec 21 jeux bien aimés.Après le succès retentissant du NES Classic l\u2019an dernier (vendu à plus de deux millions d\u2019unités, avant qu\u2019on stoppe la production), l\u2019engouement est encore une fois au rendez-vous.Une affaire de famille Entre ses projets de collectionneur, de copropriétaire de bar et son emploi quotidien de designer graphique, Papa cassette ne s\u2019en fait pas pour sa petite famille.«Demain matin, si j\u2019ai des problèmes, je peux vendre ma collection et faire de l\u2019argent », af firme-t-il.« Ma blonde [avec qui il partage sa vie depuis 13 ans et mère de leurs deux garçons] m\u2019a toujours encouragé et je garde un équilibre dans mes af faires.» Elle travaille même un soir par semaine au bar.Dominic, lui, accomplit la plus grande partie de son travail à distance.La passion transmise par sa grand-mère deviendra peut- être une affaire de famille, es- père-t-il.« Mon plus vieux est zéro intéressé par tous les jeux que je possède.Lui, il aime les jeux de sport, et moi, je ne veux rien savoir de ça.Mais mon plus jeune a de l\u2019intérêt, il aime regarder les pochettes\u2026» «J\u2019ai peut-être de la relève ! » Le Devoir Le Devoir vous propose, cet été, le deuxième d\u2019une série d\u2019articles sur les geeks d\u2019aujourd\u2019hui, ces mordus dont la passion pour les pixels, les technologies du Web, la culture populaire ou les passe-temps en tout genre se déclinent de mille façons.Aujourd\u2019hui, rencontre avec le collectionneur et blogueur Dominic Bourret, alias Papa cassette, dont la passion pour les jeux vidéo rétro s\u2019est transformée en entreprise fructueuse.Dominic s\u2019est retrouvé copropriétaire d\u2019Arcade MTL, bar de la rue Saint-Denis à Montréal, ouvert au printemps 2016.Voir aussi \u203a Un portrait vidéo de Papa cassette sur les plateformes numériques du Devoir.Il y a un mégamarché qui ne fait que fluctuer sans arrêt.Tout le monde se lance là-dedans, même les gens qui n\u2019aiment pas les jeux vidéo, parce qu\u2019il y a de l\u2019argent à faire.« » Raif Badawi est enfermé depuis plus de cinq ans dans une prison saoudienne.Le Canada peut-il en faire plus pour aider ce martyr de la liberté d\u2019expression ?ambassadeur de l\u2019Arabie saoudite au Canada, Naif Bin Bandir al-Sudairy, a rompu cette semaine avec le langage feutré de la diplomatie internationale pour dire au Canada de cesser d\u2019importuner le régime saoudien avec le sort de Raif Badawi, puni pour ses écrits à connotation libérale et réformiste.«L\u2019Arabie saoudite respecte les décisions des tribunaux canadiens.Et nous croyons que nos amis canadiens devraient nous traiter de la même façon.C\u2019est tout», a-t-il dit mardi à Ottawa.Cette sortie étonnante, pour ne pas dire insultante à l\u2019égard de l\u2019allié canadien, est en droite lignée avec la position défendue par l\u2019Arabie saoudite dans le dossier Badawi.En mars 2015, l\u2019ambassadeur avait envoyé une lettre aux gouvernements du Québec et du Canada, pour leur demander de lâcher prise dans cette affaire.Il faut tout de même un certain culot.L\u2019ambassadeur Al-Su- dairy a sommé le Canada de ne plus s\u2019ingérer dans le dossier de Raif Badawi en marge d\u2019une conférence de presse au cours de laquelle il invitait le Canada à intercéder dans une dispute régionale qui met le Qatar en opposition à un quatuor formé de l\u2019Arabie saoudite, de l\u2019Égypte, des Émirats arabes unis et de Bahreïn.Le gouvernement Trudeau a vite réagi, en indiquant qu\u2019il continuerait à défendre la cause de Raif Badawi, à Riyad et à Ottawa.«La promotion et la protection des droits de la personne \u2014 y compris le droit à la liber té d\u2019expression, de conscience et de religion \u2014 font partie intégrante de la politique étrangère du Canada», a fait savoir aux médias, par courriel, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Canada.Une sortie en règle de la ministre titulaire, Chrystia Freeland, ou encore du premier ministre Trudeau aurait donné plus de poids et de crédibilité à l\u2019indignation canadienne, d\u2019autant plus que M.Badawi subit depuis maintenant cinq ans un traitement cruel et injusti?é.?Le cas de Raif Badawi est dif?cile à défendre d\u2019un strict point de vue diplomatique, une réalité reconnue autant par le gouvernement de Stephen Harper que celui de Justin Trudeau.M.Ba- dawi n\u2019est pas un citoyen canadien, ce qui enlève du mordant aux protestations d\u2019Ottawa pour le faire libérer.Toutefois, l\u2019épouse de M.Badawi, Ensaf Haidar, possède un statut de résidente permanente et elle vit à Sherbrooke avec les trois enfants du couple.La demande de clémence du Canada revêt donc un caractère humanitaire parfaitement justi?able.Les «valeurs canadiennes», un concept ?ou évoqué de temps à autre par le premier ministre Trudeau, sont bien secondaires dans cette histoire.Une intervention diplomatique du Canada est nécessaire pour des raisons beaucoup plus fondamentales.La condamnation de Raif Badawi à 1000 coups de fouet (il en a déjà reçu 50), dix ans de prison et 290 000$ d\u2019amende est profondément offensante, car il a été puni pour des crimes odieux qui forment le socle de la civilisation occidentale: liberté d\u2019expression, de conscience et de religion.C\u2019est une question de droits de la personne fondamentaux.Raif Badawi est un esprit libéral enfermé dans le carcan du wah- habisme.Les autorités saoudiennes veulent le broyer, en l\u2019accusant d\u2019insulte à l\u2019islam et d\u2019apostasie.Il a osé dénoncer le conservatisme de la société saoudienne dans ses écrits.Il n\u2019appelait ni à l\u2019insurrection ni à la violence, mais plutôt à des réformes sociales et politiques, visant entre autres à assurer une séparation entre l\u2019islam et l\u2019État saoudien, à respecter la diversité des croyances religieuses et à faire avancer les droits des femmes.Ces positions sont en apparence banales vues du Canada, mais elles sont révolutionnaires vues de l\u2019Arabie saoudite.Ce n\u2019est pas pour rien que le Parlement européen a remis à Raif Badawi le prix Sakharov pour la liberté de l\u2019esprit, en 2015, a?n de souligner sa « contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l\u2019homme dans le monde ».Cet idéal de liberté est une hérésie pour le régime saoudien.Pour le Canada, l\u2019Arabie saoudite est un allié dans une région du globe marquée par l\u2019instabilité, les con?its, les guerres civiles et l\u2019expansion du terrorisme.Le sort d\u2019un seul homme pèse bien peu dans les calculs géopolitiques.D\u2019ailleurs, le gouvernement Trudeau a autorisé la vente de blindés fabriqués par l\u2019ontarienne General Dynamics Land Systems (un contrat de 15 milliards), même si les violations des droits de la personne sont monnaie courante en Arabie saoudite.Le gouvernement Trudeau en a fait bien peu de cas avant d\u2019autoriser la vente.Raif Badawi n\u2019est peut-être pas un citoyen canadien, mais les valeurs qu\u2019il représente et qu\u2019il a défendues, au péril de sa vie, méritent un engagement ferme et sans relâche du Canada pour l\u2019aider à obtenir la clémence.L E D E V O I R , L E L U N D I 1 0 J U I L L E T 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Les cimetières du futur C\u2019est mon père qui le premier m\u2019a fait fréquenter les cimetières de partout où nous allions, enfant, parcourant l\u2019est du Canada et des États-Unis en camping.Il nous sensibilisait aux aspects historiques et culturels que pouvaient révéler ces lieux que nous parcourions tranquillement à voix basse.Mon grand-père maternel, lui, avait un atelier rue Saint-Vallier attenant au cimetière Saint- Charles à Québec.Il y taillait des pierres tombales pour garder trace des gens qui reposaient au cimetière d\u2019en face.Lui-même, ma grand-mère, mes parents, certains de ses enfants et petits-enfants y sont regroupés sous la stèle qu\u2019il a taillée lui-même juste avant sa mort.Je pensais les rejoindre.Mais si je demande l\u2019apostasie du catholicisme, serais-je refusée?En effet, avec la tuerie de la mosquée de Québec, je découvre que ces lieux que je pensais paisibles et au-dessus des enjeux des vivants peuvent créer la discorde: ils sont confessionnels, donc les musulmans, entre autres, ne peuvent y être enterrés\u2026 Conséquemment, un lieu de sépulture doit être créé par et pour les musulmans de la région de Québec, d\u2019où l\u2019achat d\u2019un terrain à Saint-Apollinaire.On croirait arriver à la fin de l\u2019histoire, mais malgré l\u2019ouverture de la communauté au projet, un référendum est demandé par des citoyens ayant récolté le nombre suffisant de signatures.Donc, le projet sera soumis aux voix des citoyens le 16 juillet prochain et, au pire, pourrait être rejeté.Même s\u2019il est accepté, quelle triste saga pour une communauté qui L I B R E O P I N I O N R O B E R T B E R R O U Ë T - O R I O L Linguiste-terminologue Q uelques jours après le décès de notre ami le poète Claude Pierre, la disparition à Montréal, le 30 juin 2017, de l\u2019un des plus grands poètes surréalistes haïtiens du XXe siècle, Serge Legagneur, plonge la poésie haïtienne et québécoise dans un grand deuil.Né le 10 janvier 1937 à Jérémie, Serge Lega- gneur est l\u2019un des membres fondateurs, au début des années 1960, du groupe Haïti littéraire aux côtés de Davertige, Roland Morisseau, Anthony Phelps, Auguste Thénor et René Philoc- tète.Pour se mettre à l\u2019abri du terrorisme d\u2019État institué par François Duvalier, il rejoint à Montréal, en 1965, ses amis poètes Émile Olli- vier et Anthony Phelps, qui ont dû eux aussi quitter l\u2019île-prison duvaliérienne, liberticide et mortifère.Avant son départ pour le Canada, Serge Le- gagneur a œuvré aux deux revues du groupe Haïti littéraire : d\u2019abord Prisme, revue sonore de Radio Cacique fondée par Anthony Phelps.Radio Cacique animait, tous les dimanches, une chronique culturelle : trente minutes de poésie, un jeu radiophonique et une pièce de théâtre de trente minutes.Ensuite Semences, qui a fait paraître quatre numéros comprenant principalement les œuvres du groupe Haïti littéraire.Au cours des années 1960, Serge Legagneur participe, aux côtés d\u2019Anthony Phelps et de Gérard V.Étienne, à de nombreuses rencontres avec l\u2019avant-garde littéraire québécoise : Paul Chamberland, Nicole Brossard, Raôul Dugay, Claude Péloquin, Denise Boucher, Gilbert Lan- gevin et Gaston Miron, qui baptise le groupe « Batèche batouque ».C\u2019était aux fameux « lundis du Perchoir d\u2019Haïti », à Montréal, des rencontres d\u2019une ample voilure au vent des idées d\u2019ouverture du Québec sur le monde et sur lui- même.Fort actif dans le champ littéraire québécois, Serge Legagneur publie Textes interdits en 1966.De haute maîtrise langagière, ce recueil est chaleureusement accueilli par les critiques et les poètes québécois.Selon son éditeur, le poète québécois Paul Bélanger, « l\u2019œuvre de Serge Legagneur est tout à fait significative de l\u2019effet des poètes haïtiens sur la poésie québécoise, voire même sur la poésie de langue française ».Dans Le Soleil (de Montréal) du 6 juillet 1967, Suzanne Paradis écrit : «Avec Serge Legagneur, la poésie canadienne-française a gravi plusieurs échelons à la fois sur la voie verticale de l\u2019intelligence et du langage poétique\u2026» Serge Legagneur, après des études en littérature et en psychopédagogie, a enseigné le français dans plusieurs écoles de la région métropolitaine de Montréal tout en poursuivant le tracé d\u2019une œuvre de haute couture poétique comprenant, entre autres, Textes interdits (Estérel, 1966), Textes en croix (Nouvelle optique, 1978), Textes muets (Noroît, 1987), Poèmes choisis, 1961-1997 (Noroît, 1997).L\u2019œuvre de Serge Legagneur comprend également un document majeur devenu quasiment introuvable : Que meure la chanson de la mort, poème écrit collectivement en 1963 pour Marie Chauvet par le groupe Haïti littéraire.Sur le plan des documents sonores, l\u2019œuvre de Serge Legagneur consigne des pièces dont la grande rigueur esthétique doit encore être saluée.Observateur attentif de la poésie québécoise venue d\u2019« Ailleurs », Jean-Marc Lafrenière analyse en ces termes son œuvre : « La poésie de Serge Legagneur envoûte, embrasse par son langage dénué de toute vision idéologique.Poésie innovatrice dégagée de toute substance imbriquée dans la pétulance des mots de l\u2019engagement [\u2026].Et de par son intelligence, il a su ressusciter le mouvement du poème (le rythme intérieur) et soulève la passion des mots (le ton du langage), deux caractéristiques que l\u2019on retrouve comme par hasard chez des auteurs québécois tels Michel Beaulieu (Charmes de la Fureur, 1970) et Paul-Marie Lapointe (Le réel absolu, 1971).» Comment conclure ?À l\u2019instar de l\u2019impayable dette que j\u2019ai envers Anthony Phelps, l\u2019œuvre de Serge Legagneur aura durablement et qualitativement marqué mes chantiers d\u2019écriture poétique à travers notamment nos conviviales rencontres-repas, chez moi, au cours des années 1990.Lui rendre hommage à hauteur d\u2019une exemplaire parole poétique, c\u2019est rompre les digues de l\u2019agraphie et du chagrin qui nous submergent.Rendre la poésie à la poésie : la sienne, assurément, porteuse de la lumière qui nous grandit, qui grandit le Québec et qui se lit comme suit dans son long poème intitulé Inaltérable : « vers cette mer intérieure que je t\u2019indiquerai hors du portulan/en toi retrouvé/le même dit de toute langue de feu/hybride excroissance entre muscle et calcaire diront-ils/mais nous simple genèse de l\u2019ombre/d\u2019une descente infinie vers ce chant qui fut toi/au plus-que-parfait du centre du foyer/sur l\u2019égal battement d\u2019ailes labiales/la même soif éprouvée des entonnoirs aux labyrinthes/l\u2019insurmontable vertige des couloirs de pierres intérieurs/où ceux-là s\u2019acharnaient enchaînés au sort des phrases/muettes ».SERGE LEGAGNEUR (1937-2017) Grand deuil pour la poésie haïtienne et québécoise FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET vient de perdre dans la violence plusieurs membres de sa communauté.Mais où donc sont mis en terre les apostasiés, les excommuniés, les athées, les pratiquants du bouddhisme, de l\u2019hindouisme, du judaïsme et de bien d\u2019autres religions dans la région de Québec et ailleurs?Pourquoi ne pas penser à créer partout au Québec des enclaves laïques dans les cimetières confessionnels existants?Ou créer des cimetières laïques où les citoyens ayant des liens d\u2019appartenance forts avec leur religion pourraient se regrouper, mais où aucune religion ou non- religion ne pourrait être refusée ?Il est temps de créer ces lieux neutres et inclusifs pour que nos morts reposent en paix en tant que citoyens et citoyennes et non en étant et séparés selon leurs croyances religieuses.Marthe Savoie, retraitée Vieux-Longueuil, le 8 juillet 2017 Société d\u2019État, club sélect Je n\u2019ai point de cartes de points.Pourquoi?Parce que ces cartes ne sont pas que des cartes de points.Ce sont d\u2019abord et avant tout des cartes de fidélisation.Pourquoi serais-je fidèle à une entreprise commerciale en particulier puisqu\u2019elles sont toutes pareilles, vendent toutes les mêmes produits et n\u2019accordent d\u2019importance à mes besoins que dans la mesure où je les partage avec suffisamment de personnes pour qu\u2019il soit rentable d\u2019y répondre?Je n\u2019ai pas non plus cette carte offerte par la SAQ, d\u2019autant moins que je considère qu\u2019il est tout à fait malhonnête et inacceptable d\u2019accorder des réductions et des privilèges à certains clients quand on a le monopole absolu de la vente de certains produits.Ne sommes-nous pas tous propriétaires de cette société d\u2019État?Ne devrions-nous pas tous avoir droit aux mêmes services, aux mêmes privilèges sans devoir faire partie d\u2019un club en particulier?Claude Guay Sherbrooke, le 7 juillet 2017 La faune du G20 J\u2019ai bien vu la photo de famille du sommet du G20 et en suis restée songeuse.Dans cette mer de pantalons-cravates, j\u2019ai pu reconnaître deux filles sur les quatre courageuses participantes.Et on se demande pourquoi il y a encore et toujours des guerres.Alors que tout ce beau monde se consulte à nos dépens, nos fils et nos filles vont guerroyer à leur commande.Et je te tue et tu me tues à trois ou quatre kilomètres, du haut du ciel ou dans les eaux, vas-y mon gars, soit un héros et on te décorera à titre posthume.Si on changeait la donne?Remplacer les pantalons-cravates et gros ego par talons hauts et cœurs chauds, peut-être sau- verait-on la planète puisqu\u2019aucune mère ne veut voir mourir ses enfants pour satisfaire son orgueil.Peut-être y aurait-il un peu d\u2019espoir pour l\u2019avenir de notre descendance?En attendant, si on mettait tout ce beau monde en quarantaine sur une île déserte tant qu\u2019il n\u2019aura pas trouvé le chemin de la paix?Sylvia Pelletier-Gravel Gatineau, le 8 juillet 2017 L\u2019 ARABIE SAOUDITE Clémence pour Badawi BRIAN MYLES L E D E V O I R , L E L U N D I 1 0 J U I L L E T 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).Y A N N I C K B O U C H E R Chargé de cours et doctorant au Département d\u2019anthropologie de l\u2019Université de Montréal et membre du groupe de recherche «Diversité urbaine» affilié au Centre d\u2019études ethniques des universités montréalaises a mort n\u2019est jamais la bienvenue dans nos vies.Nous nous y préparons malgré tout sans vraiment y penser, ne serait- ce qu\u2019en payant une assurance vie et en préparant un testament .Mais pour plusieurs personnes de confession musulmane immigrées au Québec, la réalité est tout autre.Elles ont le défi supplémentaire de se retrouver dans un nouvel environnement social et culturel.Les familles n\u2019ont bien souvent aucune idée de la manière de procéder et vers qui se tourner.La plupar t ne laissent aucun testament, arrangement préfunéraire ou assurance vie.Si dans leur pays d\u2019origine les décès sont, pour la plupart, pris en charge par l\u2019État et la famille (limitant de fait les frais funéraires), dans leur pays d\u2019accueil, la mort revêt un coût financier parfois considérable.Le décès devient en quelque sorte une responsabilité individuelle.Les moments qui suivent le décès sont donc marqués par de nombreuses ruptures qui influencent le processus de deuil.Si encore une majorité de personnes font le choix de se faire rapatrier au pays d\u2019origine, et ce, pour diverses raisons qui s\u2019articulent les unes avec les autres (à la fois sociales, culturelles, religieuses, économiques, etc.), de plus en plus de personnes font le choix de se faire inhumer dans leur terre d\u2019accueil.Et contrairement aux croyances populaires, on ne dispose pas du corps des défunts comme on le souhaite au Québec.La législation sur les activités funéraires y est déjà bien établie (L.R.Q., c.I-11).Ces lois peuvent toutefois entrer en contradiction avec des rites et croyances autres que ceux qui ont constitué le Québec au fil de son histoire (principalement judéo-chrétienne).S\u2019enraciner Par exemple, nous avons l\u2019obligation d\u2019enterrer nos morts dans un cercueil (pratique devenue hautement culturelle à mon sens, plutôt qu\u2019un enjeu de santé publique), et d\u2019embaumer le corps (thanatopraxie).Deux pratiques contraires aux traditions et rites musulmans, mais pourtant acceptées par la grande majorité des personnes de confession musulmane au Québec (la crémation n\u2019est pas une option dans la tradition musulmane).D\u2019ailleurs, que la personne soit enterrée dans un carré musulman, un cimetière confessionnel, ou même rapatriée au pays d\u2019origine, elle ne peut se soustraire à ces lois.En fait, le choix d\u2019être inhumé au Québec est assez déchirant pour les familles immigrantes.Dans bien des cas, ce choix est vécu comme une rupture du point de vue des liens familiaux avec le pays d\u2019origine, mais aussi réinvesti de sens, en pensant aux enfants qui seront de futurs citoyens du Québec.Choisir que son corps se désintègre dans la terre d\u2019accueil pour donner des racines aux enfants est une image forte qui suggère un désir d\u2019intégration à long terme.Même chose pour la volonté d\u2019obtenir un cimetière musulman.Certains y verront une tendance au commu- nautarisme plutôt que d\u2019y voir une intention de s\u2019enraciner.Pourtant, les cimetières sont des lieux de mémoire au même titre que les musées, les monuments ou les festivals.C\u2019est à travers de telles institutions que la mort (et la vie) de l\u2019immigrant gagne son sens et sa reconnaissance.Nous aimerions penser que le référendum du 16 juillet prochain à Saint-Apollinaire n\u2019est qu\u2019un enjeu local.Détrompez-vous ! À travers les médias, le Québec a les yeux braqués sur ce coin de pays.Quel message un « non » enver- rait-il aux personnes de confession musulmane qui nous ont rejoints pour construire le Québec ?Quel message enverrons-nous aux enfants ?Ces mêmes enfants qui vivront dans un monde de plus en plus complexe, de par la mobilité accrue des individus et la fluidité des frontières nationales.Allons-nous nous rigidifier face à ces phénomènes, ou prendrons-nous le chemin de l\u2019ouverture ?Nourrir le radicalisme Je reste malgré tout pessimiste.Un tel processus référendaire, aussi démocratique soit-il, ne peut que nourrir les radicalismes de part et d\u2019autre.Nous nous retrouvons donc devant un cul-de-sac ; en par tie à cause du désengagement de nos élites politiques sur cet enjeu.Elles ont pris la parole à la suite de la tragédie du 29 janvier dernier, mais malheureusement ces belles paroles ne se sont jamais traduites en actions.En fait, ces questions ne concernent pas que les immigrants dans leurs histoires personnelles, elle interroge fortement l\u2019organisation de la société dans son ensemble.Cet enjeu vient interpeller les discours of ficiels mis en place afin de gérer la pluralité dans un Québec traversé à la fois par l\u2019ouver ture et par l\u2019insécurité identitaire, et où l\u2019impact sur les relations entre minorité et majorité est prépondérant.Jamais la vie en immigration et la mort en terre d\u2019accueil n\u2019auront été aussi pertinentes pour réfléchir à la diversité qui traverse le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.En fait, la mort de l\u2019immigrant vient remettre en question les limites du « vivre ensemble » et, par ricochet, soulève l\u2019idée du « mourir ensemble », de notre rapport à l\u2019Autre et à la différence.Que l\u2019on soit athée, agnostique, croyant pratiquant ou non pratiquant, lorsque la mort surgit dans nos vies, nous cherchons tous à faire sens de ces événements.Nous tenons tous à redonner de la dignité à ceux qui ont partagé notre vie et que nous avons aimés (ou détestés).Au- delà des différences, c\u2019est sur une question de respect et de dignité que les 62 personnes de Saint-Apollinaire auront à réfléchir avant de se prononcer le 16 juillet prochain.CIMETIÈRE MUSULMAN Apprendre à « mourir ensemble » M A T H I E U P I G E O N Montréal étresse psychologique et épuisement profess ionnel, deux phénomènes dont on parle de plus en plus dans les méd ias ces der n iers temps, notamment en ce qui concerne les travailleurs du réseau de la santé et des services sociaux.D\u2019une part, le fait de leur accorder ainsi plus d\u2019attention peut contribuer à lever les tabous autour des questions de santé mentale dans l\u2019espace public, encourageant du même coup les gens qui souf frent à demander de l\u2019aide.D\u2019autre part, il s\u2019agit aussi d\u2019un indicateur impor tant qui devrait nous inciter collectivement à amorcer des changements en ce qui a trait à nos politiques publiques et à notre vision du travail.Depuis l\u2019avènement de la Loi modifiant l\u2019organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux, notamment par l\u2019abolition des agences régionales (loi 10), de nombreux constats ont été établis en matière d\u2019accroissement de la détresse psychologique chez les travailleurs.Mais cette loi ne constitue qu\u2019un facteur pouvant expliquer les phénomènes dont il est question.Il ne faut surtout pas oublier que les politiques d\u2019austérité y jouent un rôle impor tant, en imposant une norme centrale : « faire plus avec moins ».Pour répondre à cette norme, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a choisi d\u2019implanter des méthodes de gestion inspirées de l\u2019approche Lean (elle-même inspirée du toyo- tisme) au sein de plusieurs de ses unités de services.Ces méthodes impliquent des mesures d\u2019évaluation de la « performance » basées sur des indicateurs essentiellement quant itat ifs (ex .: durée moyenne à ne pas dépasser pour chaque type d\u2019intervention, nombre d\u2019interventions à réaliser par unité de temps, etc.).Bien que l\u2019objectif de cette méthode de gestion apparaisse légitime, sa logique risque toutefois d\u2019induire une pression significative chez les travailleurs, alors même qu\u2019ils doivent composer avec un contexte de ressources réduites.Mais il faut aussi souligner le risque de détérioration de la santé psychologique créé par l\u2019effet de la «double contrainte ».Double contrainte Théorisé par l\u2019anthropologue Gregory Bateson dans les années 1950 \u2014 et développé plus tard par les psychiatres de l\u2019école de Palo Alto, précurseurs des thérapies familiales et systémiques d\u2019au- jourd\u2019hui \u2014, le concept de double contrainte renvoie à un type d\u2019interaction ou de situation problématique qui place l\u2019individu devant un dilemme insoluble, où tous les choix possibles sont perdants.« Sois spontané ! » ou « Sois un grand, mon petit ! » en constituent des illustrations classiques.Dans le cas du réseau de la santé, la demande d\u2019accroissement de la productivité combinée à une réduction de ressources représente une for me par t icul ière de double contrainte, où le travailleur fait face à une situation paradoxale: soit il répond à l\u2019injonction de performance des gestionnaires, par exemple en se conformant aux normes fixées en matière de durée d\u2019intervention, au risque d\u2019escamoter son travail auprès des pa t ients ; so i t i l contrevient aux normes établies dans une visée de santé durable pour les patients, et se retrouve ainsi en situation de conflit avec ses supérieurs.Un tel dilemme génère bien sûr son lot de malaises psychiques, mais il porte aussi en lui le risque de la perte de sens au travail.À bien y penser, il est facile de comprendre que les travailleurs se retrouvent alors devant l\u2019obligation de résoudre ce dilemme en se conformant aux injonctions du système.L\u2019autre solution impliquerait une tension perpétuelle avec leurs supérieurs.Le travail des prestataires de soins de santé nécessite une adaptation continuelle aux besoins spécifiques de chaque personne.Par conséquent, le fait d\u2019imposer des critères de performance limitant leur marge de manœuvre \u2014 alors qu\u2019ils font déjà preuve de résilience en « faisant plus avec moins» \u2014 fait planer un risque important pour leur santé mentale.Après tout, ce stress supplémentaire et le risque de désabusement face aux injonctions paradoxales sont dif ficile- ment conciliables avec une vision du travail où l\u2019équilibre et la santé mentale des travailleurs priment, dans une optique de prévention.Santé globale Ne devrions-nous pas modifier les indicateurs de performance du système de santé pour inclure des critères aussi axés sur la santé globale de la population et les déterminants sociaux de la santé , comme suggéré par l\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socio- économiques dans sa brochure sur les indicateurs de santé ?Considérer les dépenses de santé simplement comme des coûts contribue à nous maintenir dans un paradigme curatif.En revanche, une approche plus préventive exige de penser la santé de façon globale et pluridisciplinaire, ce qui implique de consacrer le temps nécessaire aux interventions pour réduire les risques de persistance des problèmes de santé.Eh oui, une telle approche coûte plus cher, mais il s\u2019agit d\u2019un investissement sur le long terme qui dépend surtout de choix politiques et non d\u2019une certaine fatalité économique \u2014 comme nos dirigeants politiques nous le répètent ad nauseam.Pour tout dire, l\u2019objectif devrait consister à nous donner les ressources et les conditions pour une population en bonne santé physique et mentale, grâce entre autres à la présence de soignants qui ne sont pas en situation d\u2019épuisement ou de détresse psychologique.Toute la société y gagnerait, même sur le plan économique.PERFORMANCE EN SANTÉ ET SERVICES SOCIAUX Penser la santé de façon globale I l y a des lions au Maroc.On les entend même qui rugissent dans le dernier classement des entreprises africaines du magazine Jeune Afrique.J\u2019ai souvent fait allusion aux succès du Maroc, mais le moment est venu de vous montrer comment ce pays est devenu l\u2019un des principaux piliers du monde francophone.Parmi les 500 entreprises classées dans ce numéro hors série, 71 sont marocaines, soit 14 %.C\u2019est énorme pour un petit pays de 34 millions d\u2019habitants (presque aussi populeux que le Canada), qui représente 2,8 % de la population africaine et 4 % de son économie.Le Maroc, qui tournait pratiquement le dos à l\u2019Afrique il y a 15 ans, est devenu le premier investisseur francophone sur le continent et le deuxième grand investisseur africain après l\u2019Afrique du Sud.Ses compagnies d\u2019assurances, de télécommunications, de construction et de grande distribution sont partout.Les agences bancaires marocaines sont désormais deux fois plus nombreuses que les institutions françaises.Royal Air Maroc a multiplié par cinq le nombre de routes desservant le continent.Le gouvernement du Québec a donc d\u2019excellentes raisons d\u2019y ouvrir prochainement un nouveau Bureau du Québec.Ce succès en cache un autre : le Maroc, pauvre en pétrole, s\u2019est doté de l\u2019une des économies les plus diversifiées du continent.Le Maroc est le deuxième producteur automobile du continent, avec 346 000 voitures en 2016, après l\u2019Afrique du Sud (600 000).Il sera le premier pays du continent à implanter un TGV, cette année.En fait, quand on considère le classement de Jeune Afrique, six des cinquante premières sociétés africaines dans le secteur des boissons sont marocaines.Dans les télécommunications, quatre.Dans la construction, quinze ! Et encore dix dans les matériaux de construction.La carte francophone À la mort d\u2019Hassan II en 1999, son fils Mohammed VI est arrivé avec une vision nouvelle.Alors que la France commençait à se désintéresser du continent, le Commandeur des croyants a plutôt vu le par ti à en tirer \u2014 comme les Chinois.Il a donc lancé le pays à la redécouverte du continent, à commencer par l\u2019Afrique francophone.Depuis, Mohammed VI a personnellement dirigé plusieurs dizaines de visites officielles \u2014 toujours de grosses délégations de 300, 400 personnes, dont une bonne moitié de gens d\u2019affaires.Selon Jeune Afrique, la mayonnaise a pris en 2007-2008, lorsque les banques marocaines ont commencé à acquérir d\u2019autres banques africaines, dont plusieurs filiales africaines de banques françaises.Les grandes entreprises marocaines ont suivi, et maintenant les PME.Si le Maroc a mieux résisté que la plupart des pays d\u2019Afrique du Nord au Printemps arabe de 2011, c\u2019est en partie parce que son action économique est très antérieure.De 2000 à 2013, l \u2019économie marocaine a crû à une moyenne de 5 % par an, marquant un léger ralentissement de la cadence depuis 2013 (moyenne de 3,6 %), mais l\u2019inflation est demeurée à un niveau comparable à celui du Canada et le taux de chômage n\u2019a pas dépassé 10 %.Ces succès ne sont pas de trop pour surmonter les difficultés considérables du pays, certes beaucoup plus riche que la moyenne africaine, mais très nettement sous le niveau de vie occidental.Le système économique marocain ne vit pas que de bons coups.La SAMIR, numéro 1 du raffinage au Maroc et principale entreprise du pays, est en faillite.Le nord-est du pays, appelé le Rif, est en révolte depuis octobre 2016 après des décennies de négligence volontaire par le régime, qui l\u2019a ainsi puni pour s\u2019être révolté contre la Constitution imposée par Hassan II.Le gouvernement tente aussi de réparer un système d\u2019éducation en ruine qui hésite entre l\u2019arabisation et la francisation.Mais le Maroc tient le coup et continue d\u2019avancer.La pénétration des intérêts marocains sur le continent suscite des protestations au Sénégal et dans quelques pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, mais le Maroc se tire d\u2019affaire parce qu\u2019il joue très fort la carte de la diplomatie.Les missions très fréquentes du roi en Afrique visent à multiplier les contrats, mais surtout les accords commerciaux dans un cadre de coopération sud-sud qui demeure inusité dans le monde francophone.Cette diplomatie économique est sans doute la très grande force du Maroc.Depuis longtemps, ses nombreux accords de coopération avec l\u2019Union européenne, qui le placent en situation de quasi-libre-échange, en font l\u2019une des principales portes d\u2019entrée du continent.Le Maroc vient de réintégrer l\u2019Union africaine après s\u2019en être exclu lui-même il y a plus de 30 ans sur la question du Sahara occidental.Il tente actuellement de se faire accepter parmi la Communauté économique des États de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (CEDEAO).Avec la tenue de la COP22 sur le climat en décembre 2016 à Marrakech, il ajoute désormais la diplomatie environnementale à son carquois.On n\u2019a pas fini d\u2019entendre parler du Maroc.Le lion marocain JEAN-BENOÎT NADEAU KENZO TRIBOUILLARD AGENCE FRANCE-PRESSE Jamais la vie en immigration et la mort en terre d\u2019accueil n\u2019auront été aussi pertinentes pour réfléchir à la diversité qui traverse le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.L Ne devrions-nous pas modifier les indicateurs de performance du système de santé pour inclure des critères aussi axés sur la santé globale de la population et les déterminants sociaux de la santé?D L E D E V O I R , L E L U N D I 1 0 J U I L L E T 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S obligation de « consultation » des Premières Nations, avant d\u2019autoriser le prélèvement de plus de 30 millions de litres d\u2019eau dans les rivières d\u2019Anticosti.« Je suis très surpris, très frustré et très inquiet de la décision du gouvernement fédéral.Ils ont donc 30 jours pour annuler les autorisations, sinon nous pourrons les poursuivre.» M.Piétacho soutient que les Innus avaient obtenu à l\u2019automne dernier l\u2019assurance qu\u2019ils seraient consultés avant toute autorisation de forages avec fracturation sur la plus grande île du Québec.Mais depuis, souligne-t-il, sa communauté n\u2019a jamais été contactée.«Nous déplorons cette approche qui exclut les peuples autochtones dans une astuce peu louable qui vise à éviter un processus de consultation nécessaire », af- firme-t-il dans une lettre qu\u2019il vient de faire parvenir au ministre responsable de Pêches et Océans Canada, Dominic Leblanc.Le chef innu est en outre convaincu que le prélèvement d\u2019eau dans des rivières à saumon, dont la réputée rivière Jupiter, pose « un risque sérieux pour l\u2019habitat essentiel du saumon atlantique de l\u2019île d\u2019Anticosti, une espèce en voie de disparition ».Il dénonce d\u2019ailleurs la position de Pêches et Océans Canada (MPO), qui estime au contraire que ces prélèvements ne présentent pas de risque pour l\u2019habitat du poisson.Autorisations complètes Selon les précisions obtenues par Le Devoir auprès du MPO, le gouvernement a en ef fet jugé que le projet de forages avec fracturation ne nécessite aucune autorisation en vertu de la Loi sur les pêches.Celle-ci proscrit toute activité susceptible de causer des dommages à l\u2019habitat du poisson.Dans ce cas-ci, il était donc question d\u2019analyser les possibles impacts des prélèvements dans les rivières, mais aussi ceux des rejets des eaux dans le golfe, une fois celles-ci traitées sur place après les forages.Ce feu vert du gouvernement fédéral signifie que Pétrolia a « toutes les autorisations» en main pour réaliser les trois forages prévus sur Anti- costi, confirme le porte-parole de la pétrolière, Jean-François Belleau.Aucun forage n\u2019est toutefois prévu pour le moment cette année, même si des sites sont déjà prêts.Il faut dire que la décision d\u2019Ottawa est intervenue à la fin du mois de juin.Cela signifie que les équipements et le personnel nécessaires pour forer n\u2019ont pas pu être mobilisés.Selon ce que précise M.Belleau, Pé- trolia, qui agit à titre d\u2019opérateur pour Hydrocarbures Anticosti, souhaite d\u2019ailleurs «concentrer les ef forts sur la négociation avec le gouvernement» du Québec.Le premier ministre Philippe Couillard a fait savoir que les libéraux souhaitent mettre un terme au projet pétrolier, financé majoritairement par l\u2019État québécois.Pour cela, il devra parvenir à s\u2019entendre avec Pétrolia et Corridor Resources, qui réclameraient pas moins de 200 millions de dollars pour mettre fin au contrat d \u2019Hydrocarbures Anticosti.Québec doit également négocier avec son partenaire financier Saint-Aubin, mais aussi les entrepr ises Junex et Transamer ican Energy, qui détiennent des permis d\u2019exploration sur l\u2019île.Négociations en cours Au cabinet du ministre des Finances, Carlos Leitão, on se limite à un bref commentaire pour qualifier la teneur des discussions entre Québec et les pétrolières.« Les discussions sont en cours et se déroulent bien avec les détenteurs de permis d\u2019exploration sur Anticosti», répond l\u2019attachée de presse du ministre, Audrey Cloutier.Le gouvernement refuse de dire si son intention est d\u2019éviter toute reprise des travaux.Pé- trolia a fait valoir que « dans l\u2019éventualité d\u2019un échec de ces négociations», l\u2019entreprise «poursuivra la reprise des travaux prévus».Pour Martine Ouellet, qui était ministre des Ressources naturelles au sein du gouvernement péquiste qui a signé le contrat d\u2019Hydrocarbures Anticosti en 2014, offrir une compensation pour la fin du contrat reviendrait à «donner des cadeaux à des pétrolières ».«Comment se fait-il qu\u2019il y ait un acharnement à vouloir continuer ?Lorsqu\u2019on sait que ce n\u2019est pas rentable, dans une entente d\u2019affaires, on ferme les livres et c\u2019est fini», laisse-t-elle tomber.Mais est-ce que cela constituerait une rupture de contrat ?« Ce n\u2019est pas une rupture de contrat.Ce n\u2019est pas rentable, donc c\u2019est une fin de contrat, répond Mme Ouellet.Il n\u2019y a pas de compensation, parce qu\u2019on n\u2019empêche pas une des deux parties de faire des bénéfices.Il n\u2019y a pas de bénéfices à faire.» Il est toutefois impossible de savoir si l\u2019entente permet au gouvernement de mettre un terme au projet de recherche de pétrole et de gaz de schiste sans indemniser ses partenaires.Le contrat signé par le gouvernement de Pauline Marois n\u2019a jamais été rendu public.Pétrolia souhaite aujourd\u2019hui qu\u2019il le soit, tout comme Martine Ouellet.Mais le cabinet du ministre Leitão refuse, «afin de ne pas nuire aux discussions avec l\u2019ensemble des partenaires et des détenteurs de permis d\u2019exploration».Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 ANTICOSTI EI] marque une étape décisive dans la campagne pour l\u2019élimination du contrôle terroriste de certaines zones en Irak et pour la libération de son peuple », ont commenté la responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, et le commissaire chargé de l\u2019aide humanitaire, Christos Stylia- nides, dans un communiqué commun.Ils y rendent hommage au « courage du peuple d\u2019Irak, à son gouvernement et à ses forces armées, ainsi qu\u2019au sacrifice des vies militaires ou civiles fait pour parvenir à la victoire».La guerre continue La reconquête de Mossoul, dont le groupe EI avait fait son principal bastion en Irak, est la plus importante victoire du pays face aux djihadistes depuis que le groupe extrémiste sunnite s\u2019était emparé en 2014 de vastes portions de son territoire.Mais elle ne marque pas pour autant la fin de la guerre contre le groupe ultraradical, responsable d\u2019atrocités dans les zones qu\u2019il contrôle et d\u2019attentats meurtriers dans le monde.« Cette défaite est une phase importante dans la destruction de l\u2019utopie déclenchée par le groupe EI et il faudra continuer le combat dans les autres coins de l\u2019Irak et surtout en Syrie.L\u2019objectif est de déstructurer le groupe EI, non seulement de façon territoriale, mais aussi de lui enlever son pouvoir d\u2019attraction», indique M.Aoun.La reprise de la grande ville du nord inter vient au terme d\u2019une offensive lancée le 17 octobre par les forces irakiennes, soutenues par la coalition internationale dirigée par les États-Unis.Les forces irakiennes avaient capturé en janvier l\u2019est de la cité, puis attaqué l\u2019ouest en février.Les combats se sont ensuite intensifiés à mesure que l\u2019étau se resserrait sur les djihadistes dans la vieille ville, un espace étroit et densément peuplé.Ces derniers jours, les quelques djihadistes encore présents à Mossoul étaient assiégés dans un réduit de la vieille ville, le long du Tigre.Le commandement irakien des opérations conjointes a annoncé dimanche que les forces de sécurité avaient tué «30 terroristes » qui tentaient de s\u2019enfuir en traversant le fleuve, qui sépare la cité en deux.Pour les forces irakiennes, la victoire à Mossoul sonne comme une revanche.La chute de la cité, le 10 juin 2014, avait été le symbole de l\u2019effondrement de l\u2019État irakien et de la débâcle de ses forces de sécurité face aux djihadistes qui avaient déferlé sur l\u2019ouest et le nord du pays.L\u2019armée avait alors abandonné la ville et battu en retraite dans le désordre le plus total, laissant derrière elle armements et véhicules militaires, précieux butin pour les djihadistes.Crise humanitaire Ces neuf mois de campagne militaire ont entraîné une crise humanitaire majeure, marquée par la fuite de près d\u2019un million de civils, dont 700 000 sont toujours déplacés, selon l\u2019ONU.Les civils piégés dans la ville ont vécu dans des conditions « terribles», subissant pénuries en tout genre, bombardements et intenses combats, et servant de « boucliers humains », d\u2019après les Nations unies.Au nombre des centaines de civils qui fuyaient quotidiennement ces derniers jours, des journalistes de l\u2019AFP à Mos- soul ont vu une soixantaine de femmes et des enfants, inconsolables et traumatisés.Parmi eux, Fatima, qui venait de revoir le ciel après quatre mois passés dans un sous- sol, sans « presque aucune nourriture ni eau».Quand son groupe s\u2019est mis en marche, son frère a été touché par une balle de tireur d\u2019élite djiha- diste, a-t-elle raconté.Plus loin, une mère de famille, tunique noire et voile bleu ciel, suppliait un soldat de l\u2019écouter.Le visage défiguré par le chagrin, elle a dit qu\u2019elle venait juste de perdre son fils de 7 ans dans un bombardement au moment de leur fuite.« Je n\u2019ai rien pu faire», criait-elle.Mossoul avait une dimension très symbolique pour le groupe EI : son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, y avait fait en juillet 2014 son unique apparition publique après la proclamation d\u2019un « califat » sur les vastes territoires conquis par le groupe djihadiste en Irak et en Syrie.Le sor t d\u2019Al-Baghdadi demeure incertain : la Russie a af firmé en juin l\u2019avoir probablement tué dans une frappe en Syrie, mais personne n\u2019a confirmé sa mort.Le groupe EI contrôle cependant toujours quelques zones en Irak, notamment les villes de Tal Afar (50 km à l\u2019ouest de Mossoul) et Hawija (environ 300km au nord de Bagdad) et des zones déser tiques de la province d\u2019Al-Anbar (ouest), comme la région d\u2019Al-Qaïm, frontalière de la Syrie.Le groupe extrémiste tient également des territoires dans l\u2019est et le centre de la Syrie, dont la vallée de l\u2019Euphrate autour de Deir Ezzor, même s\u2019il a perdu du terrain depuis 2015 et que son fief de Raqqa (nord) est assiégé par des forces soutenues par Washington.Avec l\u2019Agence France Presse Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 MOSSOUL narque », un projet lancé en juin 2016 qui invite les Canadiens à recenser les plants d\u2019asclépiade qui croissent près de chez eux et à dénombrer les œufs et les chenilles de monarques dans le but d\u2019élaborer un plan de conservation.En 20 ans, la population des monarques a chuté de 90%.Elle ne compterait que 60 millions d\u2019individus alors que, pour assurer la résilience de l\u2019espèce, il en faudrait 250 millions.Malgré sa recherche infructueuse dans les plants d\u2019asclépiade, Maxim Larrivée soutient que les monarques sont plus nombreux cette année au Québec que l \u2019an dernier.«Cette année, on a eu de belles conditions de migration avec des vents du sud qui ont poussé les papillons vers le nord.De plus, les occasions de reproduction au Texas ont été adéquates.Ça explique la quantité de monarques qu\u2019on a », indique l\u2019entomologiste.En 2016, plus de 300 Canadiens ont participé à Mission monarque.Maxim Larrivée croit que, cette année, un millier de participants pourront être recrutés à l \u2019échelle du pays.Au début d\u2019août, les citoyens américains et mexi - cains seront mis à contribution afin de dresser un premier portrait de l\u2019aire de reproduction des monarques en Amérique du Nord.L\u2019indispensable asclépiade La clé du succès pour la protection du monarque, c\u2019est l\u2019asclépiade.Cette plante indigène aux fleurs roses odorantes aime les terrains ouverts et en friche.Décrite par le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation comme une « mauvaise herbe », cette plante est la seule nourriture de la chenille du monarque.Autrefois abondante, elle a été progressivement éliminée, entraînant dans sa chute le papillon monarque.C\u2019est d\u2019ailleurs sur la plantation d\u2019asclépiade que la Fon- dat ion Dav id Suzuk i mise pour inc iter les c itoyens à mettre la main à la pâte.Des asclépiades disséminées dans les plates-bandes avec d\u2019autres plantes nectarifères, sur les balcons ou dans les ruelles, sont autant d \u2019oasis propices aux monarques.« On aime mieux avoir de l\u2019asclépiade partout dans la ville plutôt qu\u2019un énorme massif à un seul endroit », explique Julie Roy, spécialiste en engagement du public à la Fondation David Suzuki.Dans le cadre de sa cam - pagne de sensibilisation « l\u2019Effet papillon» lancée en 2016, la Fondation David Suzuki a re- cr uté une « patrouille papillon » composée en partie de professeurs qui ont développé des projets liés à la protection des monarques dans leurs écoles.Julie Roy soutient que le projet a dépassé les attentes : « En plantant une graine auprès de la population, ç\u2019a pris des dimensions qu\u2019on n\u2019attendait pas du tout.C\u2019est un projet por teur et positif.Ce n\u2019est pas comme si on s\u2019opposait à un pipeline.» Montréal amie des monarques Montréal a récemment adopté une déclaration pour deven ir une v i l le amie des monarques.À ce jour, plus de 300 villes aux États-Unis, au Mexique et au Canada ont signé cet engagement.« C\u2019est cer tain que ça reste symbolique dans la mesure où il n\u2019y a pas d\u2019obligation légale, mais ces villes s\u2019engagent à prendre trois actions dans les 25 qu\u2019on leur propose », souligne Julie Roy.Parmi ces engagements, les villes peuvent organiser des distributions de graines ou de plantules d\u2019asclépiade, transformer des terrains à l\u2019abandon en zones d\u2019habitat pour le monarque ou planter des asclépiades dans les terre-pleins de voies de circulation.Les ar rondissements de Saint-Laurent et de Rosemont\u2013 La Petite-Patrie sont eux aussi devenus amis des monarques.En 2009, Saint-Laurent avait créé une station montréalaise certifiée Monarch Watch dans la friche du boisé du parc Mar- cel-Laurin.L\u2019arrondissement a aussi fait un aménagement propice aux papillons devant la bibliothèque du Boisé.« C\u2019est très naturel, avec des plantes indigènes et nectarifères.Souvent, les gens pensent qu\u2019on a laissé ce terrain à l\u2019abandon, mais ce n\u2019est pas le cas du tout », explique le maire Alan DeSousa.De son côté, Rosemont\u2013La Petite-Patrie prévoit aménager un jardin à papillons à l\u2019angle de l\u2019avenue Laurier et du boulevard Pie-IX et a planté des asclépiades au parc des Locomotives ainsi que dans la ruelle Basile-Patenaude, précise Judith Gratton Ger vais, chargée de communication.La Fondation David Suzuki incite aussi des par tenaires pr ivés et publ ics à penser aux monarques.L\u2019asclépiade est dé jà présente dans les emprises de lignes d\u2019Hydro Québec, note la porte-parole de la soc iété d \u2019État, Geneviève Chouinard.En collaboration avec l \u2019Institut de recherche en biologie végétale de l\u2019Université de Montréal, Hydro-Québec a entrepris de tester des mélanges de semences dans les empr ises pour voir lesquelles s\u2019y développent le mieux .L\u2019asclé - piade en fait partie.L\u2019objectif est double, so i t de ne pas avoir à faire d\u2019entretien et de favoriser la biodiversité, explique Mme Chouinard.« Il y a 20 ans, on ne se préoccupait pas d\u2019étudier le monarque parce qu\u2019i l était partout, rappelle Maxim Lar- rivée.On tenait pour acquis qu\u2019il ne disparaîtrait jamais de notre paysage, un peu comme la tourte au début des années 1900.C\u2019est la même chose pour les pollinisateurs.Ils déclinent tellement rapidement que pour que les solutions soient mises en place, il faut qu\u2019i l y ai t des changements à tous les niveaux.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 MONARQUE 90% Baisse de la population des monarques au cours des 20 dernières années.Ce papillon est maintenant considéré comme une espèce en voie de disparition par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.L\u2019essentielle asclépiade L\u2019asclépiade est la seule plante dont se nourrissent les chenilles de monarques.C\u2019est pourquoi il est important d\u2019en planter pour favoriser la reproduction de ce papillon emblématique.L\u2019asclépiade commune (Asclepias syriaca) est la plus répandue et pousse sur les terrains vagues, en bordure de route ou dans les champs abandonnés.Elle compte plusieurs espèces cousines, dont l\u2019asclépiade incarnate (Asclepias in- carnata), indigène aussi, mais qui préfère les milieux humides comme les marais et les fossés.Les monarques apprécient leur nectar, mais s\u2019alimentent aussi auprès d\u2019autres fleurs.Pour attirer les papillons, Espace pour la vie recommande de planter, outre l\u2019asclépiade, des plantes comme l\u2019eupatoire maculée, le lantana commun, le pentas lancéolé ou l\u2019Aster de Nouvelle-Angleterre.G U I L L A U M E L E V A S S E U R L E D E V O I R FADEL SENNA AGENCE FRANCE-PRESSE Une jeune rescapée de la ville en ruine de Mossoul en compagnie de policiers irakiens "]
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