Le devoir, 17 juin 2017, Cahier E
[" S Y L V A I N C O R M I E R C\u2019 est à Monterey, il y a très exactement 50 ans ce week-end, au tout premier festival pop, que l\u2019été 1967 devint le Summer of Love .Et que l\u2019Amérique découvrit en même temps Jimi Hendrix, Janis Joplin, Otis Redding, The Who, The Jef ferson Airplane, The Grateful Dead, Ravi Shankar\u2026 et le pouvoir des fleurs.«The people came and listened / Some of them came and played / Others gave flowers away, yes they did /Down in Monterey» Ainsi commence Monterey, la chanson qu\u2019Eric Burdon et ses « nouveaux » Animals créèrent à la fin de 1967 pour évoquer les trois extraordinaires journées que dura le Monterey International Pop Festival, tel que vécues du 16 au 18 juin de la même année pas ordinaire non plus.«Young Gods smiled upon the crowd / Their music being born of love / Children danced night and day /Religion was being born / Down in Monterey» S\u2019ils exagèrent, Burdon et ses bêtes?Oh! À peine un peu de lyrisme.Il est dif ficile au- jourd\u2019hui d\u2019imaginer l\u2019incroyable nouveauté que constituait un festival pop : jusque-là, les groupes et les chanteurs-chan- teuses se produisaient dans des clubs ou des gymnases, les plus connus dans des amphis sportifs utilisant l\u2019amplification des annonceurs de buts comptés\u2026 où la stridence du cri collectif de milliers d\u2019adolescentes enterrait tout.Dans les festivals qui existaient, en jazz ou en folk, les spectateurs écoutaient\u2026 religieusement.« Enfin, une sonorisation\u2026 » soupira de joie David Crosby des Byrds au moment des calibrages de son à Monterey.C\u2019était un jeune technicien hippie de San Francisco qui avait mis au point ce système pionnier, dont tout le «matos» portatif des mégatournées d\u2019au- jourd\u2019hui est tributaire.Le fait est qu\u2019en 1967, tout changeait.Non seulement la musique elle- même, mais la façon de la mettre en scène et de la recevoir.À San Francisco, dans des salles comme le Fillmore, l\u2019expérience d\u2019un spectacle se vivait désormais en une sorte de transe de tous les sens, une communion exacerbée par l\u2019ingestion de petits buvards imbibés d\u2019acide lysergique: oui, le LSD.La presse trouva bien vite un mot-clé pour qualifier l\u2019expérience : psychédélique.Couleurs, musique, drogues, posters, mode de vie, tout était psychédélique.Mythes en construction Et la musique évoluait.Exponentiellement.Début juin, les Beatles lançaient leur Sgt.Pepper\u2019s Lonely Hearts Club Band ; fin juin, ils offraient All You Need Is Love au monde entier, lors de la première émission de télévision transmise en direct par satellite : Our World.Paraissaient les premiers albums des Doors, de Pink Floyd, du Velvet Underground avec Nico, du Jimi Hendrix Experience (au Royaume- Uni d\u2019abord, en mai), disques aujourd\u2019hui mythiques mais passant alors sous le radar: un Tom Jones, une Barbra Streisand, un Andy Williams \u2014 artistes «pour adultes» \u2014 occupaient le plus souvent les premières places Contre-espionnage à la française au Bureau des légendes Page E 3 Les Francos replongent dans un temps où IAM faisait école Page E 5 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 L\u2019infini pouvoir des fleurs a 50 ans Retour sur les trois jours de communion musicale qui lancèrent l\u2019été de l\u2019amour SOURCE ASSOCIATED PRESS Pour le groupe rock Jef ferson Airplane, The Summer of Love aura été un tournant dans l\u2019histoire du rock and roll.18 juin 1967, Jimi He ndrix s e pro duit au f esti val pop d e M o n t e r e y .ASSOCIATED PRESS 1 8 j u i n 1 9 6 7 , P e t e T o w n s h e n d , d u g r o u p e T h e W h o , f r a c a s s e s a guitare au festival pop de Monterey.ASSOCIATED PRESS VOIR PAGE E 4 : FLEURS ASSOCIATE D PR ESS CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 E 2 Certaines époques possèdent un génie propre, sorti de la lampe pour mieux l\u2019enflammer.Les quatre dernières années de la décennie 60 collectionnèrent les perles artistiques, amorcèrent des combats sociaux en un foisonnement jamais vu.Bien des baby-boomers vous l\u2019assureront : on n\u2019a pas fait mieux depuis.D\u2019ailleurs, c\u2019est un peu vrai.Les générations du dessous célèbrent les anniversaires de Woodstock et s\u2019enfilent sa trame sonore en boucle, sans recréer la magie.La mode n\u2019en finit plus de réinterpréter ses franges, ses jupes indiennes et ses pastilles en orbite.Ne manque que l\u2019époque, en somme.Tant d\u2019artistes ont donné le meilleur d\u2019eux-mêmes durant les années phares de 1966 à 1970, sans se renouveler si fort par la suite.Comme si un vent plus puissant qu\u2019eux les avait propulsés en des zones supérieures de création, là où un créateur isolé n\u2019avance pas seul, avant de renvoyer chacun sur terre cuver ses illusions perdues.Ces temps rebelles et psychédéliques carburaient à un ingré- dient-choc qui manque à l\u2019appel de notre millénaire : l\u2019espoir.Pour cette masse de boomers issus de l\u2019après-guerre, l\u2019utopie semblait à portée de main.Brû- ler la vie, changer les règles.All you need is love.Sous les pavés, la plage.Oh yeah! Tout ça sous acide et cacophonie, aux cris des Black Panthers, sous assassinats de Robert Kennedy et de Martin Luther King, décibels des Rolling Stones et des Grateful Dead.La route défilait sous la semelle des souliers des routards en leur brûlant parfois les pieds.Otages d\u2019un rêve planant, certaines icônes de l\u2019heure furent des étoiles filantes, mortes d\u2019abus psychédéliques de tous poils, de Janis Joplin à Jimi Hendrix.D\u2019autres allaient garder la nostalgie de leur âge d\u2019or, auquel leur public les ramènera sans cesse à San Francisco, comme à Paris, à Londres autant qu\u2019ici.En 1966, rappelait Denys Ar- cand dans Jésus de Montréal, les églises du Québec se sont massivement vidées.Un an plus tard, tout le monde courait « faire la fête sur une île inventée » avec les visiteurs du vaste monde.Révolution tranquille, qu\u2019ils disaient.Pas si tranquille que ça, au fait\u2026 et collée à ce train-là.Changer le monde Revolution, c\u2019est le titre de l\u2019expo qui démarre au Musée des beaux-arts de Montréal, reprise du Victoria and Alber t Museum de Londres, avec ajouts nationaux, en place jusqu\u2019au 9 octobre.Un titre tiré de la chanson éponyme des Beatles.Vous y circulez, écouteurs aux oreilles pour la musique qui fait danser entre les affiches de Frank Zappa et de Che Guevara, les pochettes des albums de King Crimson et de Jethro Tull.Fredonnant à l\u2019unisson de David Bowie, des Who, des Jefferson Airplanes, des Stones, de Dylan et de Cohen.Et comment résister au swing de la chose?Dans la pièce capitonnée pour Woodstock, gazon synthétique sous les pieds et acoustique exceptionnelle, plus besoin d\u2019écouteurs.Jimi Hendrix officie comme le grand prêtre de la guitare électrique, sans la foule, endormie quelque part dans la boue à 8 h du matin.On croit y être.Ultraphotogénique, l\u2019époque, faut dire: côté mode colorée (on a droit entre autres aux costumes de Beatles pour l\u2019album Sgt.Pepper\u2019s), côté objets, affiches, guitares à motifs, accessoires en fleurs du Summer of Love de San Francisco, photos en tous genres, déliquescence du Swinging London (captée par l\u2019iconique film entre quêtes et mystères Blow-Up d\u2019Antonioni).La musique demeure le cœur palpitant d\u2019une rébellion qui y gagna sa pulsation d\u2019enfer, art vedette de cette expo.L\u2019œil devant elle s\u2019incline.Retour à la matrice Une impression de déjà-vu, quand même.En 2003, le MBAM avait présenté Les années 60, le village global, aux accents prophétiques de Marshall McLuhan.Le beau catalogue de cette expo trône encore sur un rayon de ma bibliothèque, avec sa couverture tout en couleurs joyeuses et en guitares.Près de 15 ans plus tard, Revolution lui ressemble, en plus sonore.Les incontournables Woodstock, Mai 68 à Paris, Bed in for Peace de John et Yoko à l\u2019hôtel Reine Elizabeth de Montréal, le génial Osstid- cho de Charlebois et consorts s\u2019y pointent, incontournables.Depuis lors, j\u2019aurai vu au même musée l\u2019expo Imagine, la ballade pour la paix de John et Yoko, celle sur Miles Davis, une autre sur Andy Warhol, tous papes du temps.Fonds de commerce mu- séal, que cette revue perpétuelle de l\u2019héritage des années 1960 ?Plutôt retour à la matrice.La contre-culture a, sinon changé le cours du monde, du moins fait germer des graines encore fertiles : féminisme, combat des Noirs et des homosexuels, spiritualité éclatée, refus de la société de consommation, manifestations anti-bellicistes, désir de s\u2019interconnecter qui allait déboucher sur le premier ordinateur Apple (présenté dans l\u2019expo).Révolution avortée Le rêve collectif des années 1960 s\u2019offre quand même des allures de révolution avortée.Nathalie Bondil, directrice de MBAM, voit dans pareil bouillon de culture moral, artistique, technologique, social, éducatif, la réussite d\u2019une révolution toujours en marche.N\u2019empêche\u2026 si la rébellion avait triomphé, elle ne hanterait pas à ce point les esprits cinquante ans plus tard.On serait passés à autre chose.Le ver était déjà dans la pomme d\u2019Apple, faut croire.La terre commençait à montrer des signes d\u2019essouf fle- ment, le cyberespace se préparait à cultiver ses propres virus, la quête perpétuelle de nouveauté à déboucher sur un gaspillage éhonté.Sans vouloir dégager de nostalgie, l\u2019expo Imagine montre ce qui se rêva lumineux mais allait s\u2019enfarger contre ses zones d\u2019ombre.À la sortie, dans le parcours à ciel ouvert sur Sherbrooke d\u2019une autre expo du MBAM, La balade pour la paix, des œu- vres iconiques des années roses et vertes vous sautent encore aux yeux : L\u2019homme d\u2019Alexander Calder aux pointes levées, symbole d\u2019Expo 67, le très pop Love de Rober t Indiana, aux lettres aimantes emboîtées.Les rêves qu\u2019elles dégagent font encore leur effet.Sans qu\u2019on ose y croire.Le temps d\u2019un sourire vite effacé.Le génie des années 1960 SOURCE MBAM Antoine Desilets (né en 1927), Terre des hommes (détail), 1967.Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BAnQ Vieux- Montréal, Fonds Antoine Desilets.ODILE TREMBLAY S T É P H A N E B A I L L A R G E O N A vec un titre pareil, on s\u2019attendrait à une série sur les frères Grimm ou à une adaptation des romans de Bryan Perro.Il s\u2019agit pour tant bel et bien d\u2019une série sur l\u2019espionnage.Le Bureau des légendes (BDL) en l\u2019occurrence désigne la branche de la Direction générale de la sécurité extérieure de l\u2019État français où les agents envoyés à l\u2019étranger reçoivent leurs nouvelles identités, leurs « légendes » donc, créées pour leur permettre d\u2019avancer masqués dans une nouvelle société qui subit un examen.L\u2019espion redevient un des emblèmes de notre époque « poquée ».Il rappelle la surveillance généralisée, mon- dialisée, permise par la numérisation des communications.Il évoque aussi les têtes chercheuses infi l trées de tous bords pour dérober des secrets, entrevoir les tactiques et même parfois semer la terreur.Faut-il vraiment citer Homeland, Burn notice, Covert Affair ou le plus léger Archer ?La vieille guerre froide ser t aussi de plus en plus à tendre un miroir à notre monde hy- perparanoïaque.Les trois ou quatre dernières années ont vu apparaître The Americans (sur FX), qui suit la vie d\u2019espions soviétiques infiltrés aux États-Unis pendant la guerre froide ; le film Bridge of Spies de Steven Spielberg racontant l\u2019échange d\u2019un infiltré russe contre un pilote d\u2019avion U2 ; la série allemande Deutschland 83 sur une espionne de la RDA en RFA.Le Bureau des légendes, créé par Canal + en 2015, s\u2019inscrit donc dans une vague symboliquement chargée.Cette série se distingue du lot par la profondeur et la complexité de sa trame narrative.La troisième saison vient de remporter les prix de la meilleure série et du meilleur scénario de l\u2019Association des critiques de séries (ACS), en France, qui a aussi créé un podcast sur la production.Oubliez Jason Bourne ou James Bond : ici, l\u2019espionnage est une activité méthodique et patiente, cartésienne, calme et persévérante qui demande beaucoup plus de nerf que de bras, bien davantage de finesse que de rudesse.L\u2019espion a la constance mais aussi la patience du jardinier pour pasticher un titre de John Le Carré.Prêcher par l\u2019exemple Ce qui donne quoi concrètement?Prenons le premier épisode de la production qui en compte maintenant 30 et bientôt 40, une quatrième saison étant en préparation pour 2018.La série atypique commence par le retour d\u2019une mission clandestine de plusieurs années d\u2019espionnage et de recrutements de sources en Syrie de Guillaume Debailly (Mathieu Kassovitz), dont le nom de code est Malotru.Les huit autres agents sur le terrain dans les points chauds ou brûlants du monde ont aussi reçu des surnoms empruntés aux jurons du capitaine Haddock.Le directeur du renseignement Marc Lauré (Gilles Cohen) a gardé le sien, Moule à Gaufre ou MAG, obtenu du temps où il opérait en zone ennemie.Malotru, qui se faisait passer pour un enseignant au lycée français a laissé une maîtresse à Damas, Nadia El Mansour (Zineb Triki), historienne et géographe, profes- seure d\u2019université.Sitôt rentré, il renoue maladroitement avec son ex et sa fille adolescente négligée depuis des années.Quand il apprend que Nadia est à Paris elle aussi, il bafoue le règlement et la rejoint en reprenant secrètement son ancienne légende.Malotru retrouve aussi ses collègues au bureau, maintenant dirigé par Henri Duflot (Jean-Pierre Darroussin, toujours excellent).Il doit maintenant préparer les recrues qui partiront à leur tour.La première séance met à l\u2019épreuve Marina Loiseau (Sara Giraudeau).Il la reçoit dans un bistro et lui donne quinze minutes pour revenir avec les coordonnées de deux inconnus installés au zinc.Elle réussit à moitié puisqu\u2019en faisant opérer ses charmes elle a trop attiré l\u2019attention d\u2019un des deux cobayes qui l\u2019attend plein d\u2019espoir.En même temps, le Bureau apprend l\u2019arrestation à Alger, pour conduite en état d\u2019ébriété, de son agent Cyclone.Musulman pratiquant, il ne buvait jamais.S\u2019est-il fait griller ?Tout le Bureau panique et se demande s\u2019il faut aler ter ses sources et les autres agents secrets.Éloge du portrait Ainsi va le quotidien au royaume du légendaire.Personne ne tire sur personne.Il n\u2019y a pas de poursuite en voiture.Il n\u2019y a pas non plus d\u2019hommes surdoués et de femmes fatales.Le feuilleton repose sur des rapports francs et égalitaires entre collègues, hommes ou femmes.Même le quartier général du renseignement installé dans les combles d\u2019un bâtiment parisien ne pêche par excès de geeks et de bébelles technologiques.C\u2019est la banalité faite salle.Un simple bureau à échelle humaine, une entreprise à l\u2019ancienne où le véritable actif prend l\u2019ascenseur.Les tensions proviennent des écarts entre l\u2019être et le paraître.Au fond, Debailly/Malotru reprend son rôle de Lefebvre pour être tel qu\u2019il n\u2019est pas auprès de Nadia, seule personne qui croit le connaître mais qui, elle-même, avance peut-être masquée.Ce jeu complexe des vraisemblances et des manigances est décortiqué finement lors des séances avec la Dre Balmes (Léa Drucker), psychiatre chargée de suivre la santé des légendes soumises à une énorme pression.Tout cela concourt à la crédibilité de la fiction qui s\u2019inspire des événements courants mais aussi du vrai de vrai espionnage tel qu\u2019il se pratique maintenant.D\u2019ailleurs, après la première saison, Canal + a dif fusé le documentaire Les guerriers de l\u2019ombre dans lequel 13 officiers de renseignements racontaient leur métier au quotidien, leur recr ute- ment, leur formation, les dangers et les frustrations propres à leur fascinante et inquiétante profession.Le réalisateur Éric Rochant tient les commandes du Bureau des légendes.On lui doit des films de genre, un thriller (Anna Oz), une comédie (Vive la République), un film de gangsters (Total Western) et un récent long-métrage d\u2019espionnage (Möbius).Sa production s\u2019inscrit dans le réveil (ou l\u2019adaptation) de la fiction française pour la télé stimulée par la concurrence étrangère.Les Français, comme de plus en plus d\u2019Européens ou de Québécois, regardent les séries américaines ou britanniques.La contre-offensive de qualité par Canal + a commencé avec Les revenants (refait aux États-Unis) d\u2019après un scénario de l\u2019écrivain Emmanuel Carrère.En même temps que BDL, le réseau a lancé des coproductions avec l\u2019Allemagne (Spotless), la Grande- Bretagne (Panthers) et le Canada (Versailles).« Il s\u2019agit de montrer que la France peut être un acteur international » , résumait au Monde en 2014 le directeur de la fiction de la chaîne, Fabrice de La Patellière.Pari tenu et merci avec BDL.D\u2019ailleurs un remake américain est en cours et Éric Rochant dirigera cette adaptation.Le Devoir CULTURE > ÉCRANS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 E 3 un texte de Emmanuel Reichenbach Mise en scène Charles Dauphinais AVEC ANNE-ELISABETH BOSSÉ, SIMON BEAULÉ-BULMAN, CHLOÉ BARSHEE, CARL BÉCHARD, ISABELLE DRAINVILLE, ROGER LA RUE, MATHIEU QUESNEL, PHILIPPE ROBERT, RENÉ ROUSSEAU.1 2 3 4 5 6 7 8 9 PHOTOS 1 © Julie Artacho 2 © Annie Éthier 3 © Jonathan Malenfant 4 © Julie Perreault 5 © Izabel Zimmer 6 © Monic Richard 7 © Francis-William Rhéaume 8 © Jérémie Battaglia 9 © Gaëtan Laporte DESIGN folio&garetti rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel MOLIÈRE SHAKESPEARE ET MOI DU 4 AU 22 JUILLET 2017 Le syndrome du clandestin Le Bureau des légendes raconte le contre-espionnage à la française Pour regarder Le Bureau des légendes Les trois premières saisons se retrouvent sur la plateforme Sundance Now.On peut s\u2019y brancher gratuitement pour les 30 premiers jours.Certains épisodes sont accessibles sans frais sur YouTube.Les deux premières saisons sont aussi disponibles sur iTunes.PHOTOS SERVICE CANAL+ Le Bureau des légendes, créé par Canal + en 2015, se distingue des productions sur le même thème par la profondeur et la complexité de sa trame narrative.Sara Giraudeau dans Le Bureau des légendes CULTURE > THÉÂTRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 E 4 des classements de 33 tours.Il fallut le festival pop de Monterey pour que les médias nationaux « découvrent », au- delà des Beatles, des Rolling Stones et de Bob Dylan, toute une nouvelle génération de musiciens aventureux.«The Byrds and The Airplane did fly / Oh, Ravi Shankar\u2019s music made me cry / The Who exploded into fire and light / Hugh Masakela\u2019s music was black as night / The Grateful Dead blew everybody\u2019s mind / Jimi Hendrix, baby believe me, he set the world on fire, yeah» Tout ça eut lieu à Monterey, tout ça et tellement plus.David Crosby, en passe de quitter les Byrds, chanta avec le Buffalo Springfield, rejoignant Neil Young et Stephen Stills pour la première fois, préfigurant l\u2019alliance Crosby, Stills, Nash and Young.Janis Joplin, qui était alors la chanteuse du groupe Big Brother and The Holding Company, chavira les 60 000 spectateurs avec son interprétation à la fois douloureuse et extatique de Ball and Chain : la performance est immortalisée dans le documentaire Monterey Pop de D.A.Pennebaker, ainsi que la réaction de Mama Cass (des Mamas and Papas): «Wow!» lit- on sur ses lèvres.Le soul puissant d\u2019Otis Redding souleva au moins autant les festivaliers.Simon et Garfunkel résumèrent l\u2019ambiance avec leur 59th Street Bridge Song (Feelin\u2019 Groovy).Et oui, Hendrix sacrifia sa guitare en la brûlant à l\u2019autel de l\u2019histoire du rock, mais il l\u2019avait déjà fait, en mars à Londres, alors qu\u2019il officiait au même programme que le crooner En- gelbert Humperdinck.Il n\u2019avait pas le choix de récidiver : les Who, garnements déchaînés, avaient tout cassé juste avant l\u2019entrée en scène du Jimi Hendrix Experience, présenté par Brian Jones des Rolling Stones.«His Majesty, Prince Jones, smiled as he moved among the crowd / Ten thousand electric guitars were grooving real loud, yeah / You want to find the truth in life / Don\u2019t pass music by / And you know I would not lie, / No, I would not lie / Down in Monterey» Pop sans frontières Ils ne se produisirent pas à Monte- rey, les Stones, alors en plein démêlés avec la justice britannique.Absent également, Dylan se remettait de son accident de moto, et les Beatles avaient abandonné les spectacles en 1966 pour se consacrer entièrement à la création en studio.Il manquait en quelque sorte les dieux de l\u2019Olympe, ce qui donna plus de place aux demi-dieux et aux divinités en devenir.Cela dit, tout le monde était certain que les Beatles étaient là, déguisés.En lieu et place, les quatre moustachus dans le vent avaient contribué au programme du festival, par un grand dessin créé à quatre sur l\u2019acide.Et c\u2019est Paul McCartney qui avait for tement suggéré aux organisateurs d\u2019inclure les Who et le Jimi Hendrix Experience à l\u2019affiche.Une af fiche qui ratissait bien plus large que le film de Pennebaker ne le montre : Monterey, c\u2019était des artistes en tous genres, dont Johnny Rivers, Lou Rawls, The Association, Laura Nyro, tant d\u2019autres.Et même un groupe fort obscur dont il subsiste seulement le nom : The Group With No Name.Preuve était faite que la musique pop était sans frontières, que la scène plus « commerciale » de Los An- geles, la communauté hippie de Haight-Ashbur y à San Francisco, le soul afro-améri- cain de chez Stax (maison de disques de Memphis, au Tennessee) pouvaient cohabiter, voire se nourrir.Et qu\u2019un festival parfois très bruyant pouvait avoir lieu sans incident, en symbiose avec les forces policières.Tel était le pouvoir des fleurs.Exception, utopie ?Deux ans plus tard, c\u2019était la démesure de Woodstock.Fin 1969, le festival d\u2019Alta- mont, qui mettait en vedette les Rolling Stones, s\u2019acheva par la mort d\u2019un spectateur, poignardé par l\u2019un des Hell\u2019s Angels responsables ir responsables de la sécurité (un autre moment immor talisé, dans le film Gimme Shelter).Cinquante ans plus tard, de Glastonbur y à Osheaga, les festivals font florès, mais on y passe désormais les festivaliers au détecteur de métal, à l\u2019entrée.«Three days of understanding, of moving with one another / Even the cops grooved with us / Do you believe me, yeah?/ Down in Monterey / I think that maybe I\u2019m dreaming» Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 FLEURS L\u2019été de l\u2019amour en trois temps La chanson: A Whiter Shade of Pale.C\u2019est dans la Rolls-Royce psychédélique de John Lennon que Derek Taylor, qui sera le relationniste de presse du festival pop de Monterey, entendit A Whiter Shade of Pale pour la première fois : il y avait un tourne-disque à l\u2019arrière, grand luxe.Mémorable écoute augmentée par une double dose de LSD (c\u2019est raconté dans son essentiel livre As Time Goes By).Comment ne pas être saisi au cœur par cette mélodie, le texte impressionniste de Keith Reid, la voix immense de Gary Brooker, l\u2019orgue si solennel de Matthew Fisher ?Cette chanson parue en mai 1967, premier succès pour le groupe britannique Procol Ha- rum, n\u2019atteignit que la cinquième position du palmarès Billboard : 10 millions d\u2019exemplaires vendus plus tard, la chanson est éternellement associée à l\u2019été de l\u2019amour.L\u2019album: Sgt.Pepper\u2019s Lonely Hearts Club Band.Les Beatles y avaient mis des mois, alors que la plupart des productions discographiques ne dépassaient jamais la semaine.On n\u2019attendait rien de moins qu\u2019un chef-d\u2019œuvre, et ce l\u2019était.La sortie fut dûment événementielle, le 1er juin en Angleterre, le lendemain dans le reste du monde.Rappelons l\u2019anecdote : une hôtesse d\u2019Air Canada apporta un exemplaire le 1er juin, et c\u2019est sur la pelouse entourant le pavillon de la Jeunesse d\u2019Expo 67 que l\u2019on écouta l\u2019album en primeur de notre côté de la grande mare.Le disque fut célébré par les musicologues patentés autant que par les fans du groupe.«Pop music is the classical music of now», affirma Paul McCartney dans un documentaire-télé présenté par le grand compositeur Leonard Bernstein.Face A, face B, face A, face B, l\u2019album joua en boucle tout l\u2019été de l\u2019amour.Et le récent remixage vient de relancer la roue pour 50 ans de plus.La performance: happening psychédélique devant la Place Ville-Marie.À une époque où l\u2019idée d\u2019un concert rock au cœur du centre-ville était impensable, à des années-lumière des Franco- Folies et du FIJM, les deux groupes phares du San Francisco psychédélique, The Grateful Dead et Jefferson Airplane, invités par les jeunes du pavillon de la Jeunesse à jouer sur le site d\u2019Expo 67, installèrent leurs amplis sur le terre-plein de la Place Ville-Marie, le temps d\u2019un spectacle- happening gratuit sous le soleil ardent du 6 août 1967.Un film amateur a récemment été découvert, et l\u2019on y voit non seulement Grace Slick, Jerry Garcia et compagnie, mais également, parmi les badauds, des membres de groupes québécois en pâmoison.L\u2019équivalent montréalais de la performance des Beatles sur le toit de la bâtisse qui abritait les bureaux de leur compagnie Apple à Londres : fallait être là.Sur la photo : Mickey Hart, Phil Lesh, Jerry Garcia, Brent Mydland, Bill Kreutzmann et Bob Weir du groupe The Grateful Dead.ASSOCIATED PRESS M A R I E L A B R E C Q U E L\u2019 histoire du Petit Théâtre du Nord a débuté par un acte d\u2019amour.Quoi de plus naturel pour une compagnie fondée par deux couples ?Pour consoler sa douce, Mélanie St-Laurent, chagrinée d\u2019avoir dû renoncer à un contrat chez Jean-Du- ceppe pour cause de grossesse, Sébastien Gauthier lui avait alors promis ceci : « On va s\u2019en faire un, théâtre ! » Deux amis « nouvellement ensemble », Luc Bourgeois et Louise Cardinal, se sont joints à l\u2019aventure.Tous formés à l\u2019option-théâtre du collège Lio- nel-Groulx, les comédiens avaient déjà constaté une lacune : l\u2019absence de compagnie théâtrale installée dans la région des Basses-Laurentides.La première année, ils ont réussi à financer leur production, Névrose à la carte, en la jouant aussi dans un resto- théâtre de Saint-Hyacinthe.Le Petit Théâtre du Nord était lancé.Mais le quatuor ignorait, en 1998, qu\u2019il s\u2019engageait pour aussi longtemps.« Il faut une passion du théâtre, et une cer taine naïveté aussi, pour fonder une compagnie, pense Louise Cardinal.Peut-être que, si on y avait trop réfléchi, ça se serait passé différemment.» Ils attribuent leur succès au choix de miser sur un théâtre d\u2019été différent.Dès la seconde saison, ces amoureux de la création se sont démarqués par un mandat auquel ils n\u2019ont jamais dérogé : la commande de nouveaux textes à des auteurs d\u2019ici.Et en ne se restreignant pas à un seul style, la compagnie a fidélisé un public en attisant sa curiosité.«On a créé un sentiment d\u2019appar te- nance chez les gens de la région, se félicite Sébastien Gauthier.Le Petit Théâtre est devenu une fierté pour eux.» Le triumvirat de directeurs ar tistiques \u2014 Louise Cardinal a quitté ses fonctions au sein de la compagnie après la naissance d\u2019un premier enfant \u2014 alterne délibérément choix audacieux, tels l\u2019imaginaire fantaisiste d\u2019un Jean- François Nadeau ou l\u2019humour noir, encore « déstabilisant » à l\u2019époque pré-Invincibles, d\u2019un François Létourneau, et valeurs plus sûres.« Il y a des étés où les spectacles car tonnent fort, note Luc Bourgeois.Ce serait facile de se dire : voilà la recette possible.Mais on ne calcule pas comme ça.Les 20 ans nous ont donné raison.» Ils ont toujours défendu le concept d\u2019une comédie, «mais avec tous les prismes possibles, et jamais au détriment de l\u2019intelligence du texte », résume Mélanie St-Laurent.Ils tirent aussi une grande fierté d\u2019avoir créé « un répertoire de comédies contemporaines ».En assistant récemment aux auditions générales du Quat\u2019Sous, Sébastien a eu la surprise de voir que plusieurs des textes à quatre interprètes joués là avaient vu le jour au Petit Théâtre du Nord.Il en cite une demi-douzaine, de Peau d\u2019ours de Rébecca Dé- raspe aux Orphelins de Madrid de Sarah Berthiaume.La compagnie, qui donne la chance à de jeunes concepteurs de connaître leur première expérience professionnelle, aura aussi permis à ses comédiens-fondateurs de se donner des rôles réguliers, «d\u2019avoir un certain pouvoir sur [leur] créativité » au lieu d\u2019attendre les appels, comme le décrit Mélanie.« Mon grand plaisir personnel réside beaucoup dans l\u2019accompagnement dramaturgique des auteurs, ajoute Luc.C\u2019est comme si, par procuration, j\u2019écrivais.Ce que je n\u2019ose jamais faire, là je le fais un peu par la bande.» Deux suspenses Pour cette édition anniversaire, la compagnie a fait appel à Mélanie Maynard et à Jonathan Racine, le duo qui avait écrit leur première création, Loft Sorry, ainsi que le succès de 2011, La grande sor tie.Pièce très dif férente, Docile nous transporte à New York dans les années 1960, au sein d\u2019une firme de produits de beauté où un photographe et sa femme feront face à une situation imprévue.Les quatre fondateurs-inter- prètes, qui par tageront la scène avec Danielle Proulx et Jean-François Casabonne, ne veulent pas trop en révéler sur cette pièce intrigante, difficile à catégoriser, qui traiterait notamment de l\u2019exploitation de la femme-objet.Ils parlent d\u2019une « comédie noire mystérieuse », d\u2019un suspense à l\u2019esthétique audacieuse, qui rend hommage aux films de genre de l\u2019époque\u2026 Le Petit Théâtre, qui renouera avec l\u2019auteur d\u2019Enfantillages , François Archam- bault, l\u2019été prochain, nourrit de grands projets.Et pour ses 20 ans, il pourrait bien obtenir un cadeau : une salle permanente.Rappelons que la compagnie, qui joue désormais au Centre communautaire de Blainville, a logé durant 10 ans dans une pittoresque vieille grange, à l\u2019ambiance estivale appréciée, mais où les acteurs partageaient la scène avec des invités imprévus : moufettes, fourmis charpen- tières grugeant les poutres, « chauves-souris qui ont frôlé la tête des journalistes lors d\u2019une première »\u2026 Selon Sébastien Gauthier, un lieu fixe permettrait de développer des activités ar tis- tiques dans leur région et d\u2019y attirer de petits spectacles montréalais.« C\u2019est rendu difficile de faire de la tournée au Québec pour une petite compagnie.Les dif fuseurs ont de si grosses salles que, pour la rentabiliser, ils prennent des productions avec des têtes d\u2019affiche.Aussi, faire des coproductions, des lectures\u2026 On a mille projets.» À suivre d\u2019ici la fin de l\u2019été.Collaboratrice Le Devoir DOCILE Texte de Mélanie Maynard et Jonathan Racine.Mise en scène de Jonathan Racine.Du 21 juin au 26 août, à la salle de spectacle 1000, chemin du Plan-Bou- chard à Blainville.Trouver le nord Au seuil de sa vingtième saison, le Petit Théâtre du Nord voit grand ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les fondateurs du Petit Théâtre du Nord : Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent Il y a des étés où les spectacles cartonnent fort.Ce serait facile de se dire : voilà la recette possible.Mais on ne calcule pas comme ça.Les 20 ans nous ont donné raison.Luc Bourgeois « » CULTURE > FRANCOFOLIES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 E 5 FESTIVALOPERAQUEBEC.COM LOUIS RIEL / HARRY SOMERS DON GIOVANNI / MOZART / STUDIO D\u2019OPÉRA GALA D\u2019OPÉRA SOUS LES ÉTOILES ANTHONY ROTH COSTANZO ET LES VIOLONS DU ROY SHAKESPEARE À L\u2019OPÉRA LA BRIGADE LYRIQUE MASCARADE À VENISE / OPÉRA JEUNESSE QUARTOM / ACTE III VIENNOISERIES MUSICALES DIANA SOVIERO / CLASSE DE MAÎTRE BILLETECH.COM 1 877 643-8131 Lancé il y a 20 ans, le disque L\u2019école du micro d\u2019argent, du groupe rap IAM, a laissé une marque indélébile en France, trouvant plus de 1,5 million de preneurs.Mais ce disque concept finement écrit a aussi fait école au Québec.Retour en arrière.P H I L I P P E P A P I N E A U D e temps en temps dans l\u2019histoire de la musique, il y a des albums qui forgent l\u2019esprit d\u2019une génération, qui défrichent, qui éblouissent et ouvrent de nouvelles zones de possibilités.Pour des milliers de Québécois qui étaient adolescents en 1997, la sortie de L\u2019école du micro d\u2019argent, du groupe marseillais IAM, a eu l\u2019effet d\u2019un électrochoc.Si on peut tenir pour acquis aujourd\u2019hui que rapper en français au Québec est possible, voire incontournable, la situation était fort différente il y a vingt ans.Faire claquer les mots dans la langue de Mo- lière restait un geste marginal que seuls quelques ar tistes comme KC LMNOP ou le groupe MRF (Mouvement rap francophone) posaient.Puis il y a eu L\u2019école du micro d\u2019argent, troisième disque de la bande, qui a donné un coup de pied dans la fourmilière avec ses 16 titres aux rythmes modernes, aux phrasés érudits et aux thèmes sociaux for ts.En plus, IAM y jonglait avec un concept accrocheur, quelque par t entre le monde des samouraïs et celui de Star Wars.On y retrouvait aussi la collaboration de Sunz of Man, af filié au mythique Wu-Tang Clan.Le rappeur Jam, du groupe Brown, se souvient qu\u2019à l\u2019époque, « les gens n\u2019écoutaient pas de rap français.Et quand IAM est arrivé, plein de gens autour de moi disaient qu\u2019ils n\u2019écoutaient pas de rap français\u2026 sauf IAM!» La brèche était donc ouverte.Et le terreau était fertile \u2014 arrivera Dubmatique peu après, par exemple.Mais l\u2019œuvre d\u2019IAM était massive, et à la hauteur devant le rap américain, se souvient Cédric Morgan, très impliqué dans le rap québécois à l\u2019époque et qui travaillait aussi pour Virgin, l\u2019étiquette du groupe français.« À l\u2019époque, on pouvait mettre une toune de NAS et après du IAM et pour une fois on n\u2019avait pas \u201chonte\u201d du rap francophone.Sur le plan sonore, cet album-là, il pétait le feu, et c\u2019est encore le cas aujourd\u2019hui.» Pas de honte Le disque a été enregistré à New York sur plusieurs mois.En est émergé des bombes comme Petit frère, Nés sous la même étoile, La saga, Demain c\u2019est loin, Un bon son brut pour les truands, Quand tu allais on revenait\u2026 Bref, il y a fort peu de « bois mort » sur L\u2019école du micro d\u2019argent.Au Québec, le disque s\u2019est écoulé à quelque 63 000 exemplaires, dont 12 000 en format cassette.Pour Benoît Beaudr y, de l\u2019émission Ghetto Érudit diffusée depuis 11 ans sur les ondes de CISM, c\u2019est beaucoup le fond des textes d\u2019IAM qui a permis au groupe de s\u2019ancrer ici.«Que ce soit le petit frère qui veut grandir trop vite, Elle donne son corps avant son nom qui aborde la prostitution, ou Nés sous la même étoile, qui parle des classes sociales, je pense que ça parlait aux jeunes du Québec.Et si cet album-là est encore un classique pour moi, c\u2019est que les thèmes abordés sont malheureusement toujours d\u2019actualité.» La manière et l\u2019accent Les inégalités, les injustices, voilà qui peut parler aux adolescents.Mais IAM l\u2019a fait avec une touche particulière et une approche « tranquille », précise le rappeur Maxime Gabriel, aussi connu sous son ancien pseudonyme, «Farfadet ».« C\u2019est du rap intelligent, et quand même grand public, c\u2019est le genre de truc que tu pouvais faire écouter à tes parents sans être gêné, raconte celui qui a découver t IAM grâce à son grand frère.Ç\u2019a fait du bien au rap, où il y avait beaucoup de racailles à l\u2019époque \u2014 ce qui n\u2019était pas mauvais en soi.Mais IAM était capable de présenter un sujet, de brasser des trucs, de bien amener des idées sans nécessairement être obligé de choquer et de prendre des positions extrêmes.» Et il y a l\u2019accent, souligne Cédric Morgan, qui à cette époque était en train de fonder l\u2019étiquette rap MontReal avec les gars de Sans Pression.Selon lui, le fait que les Marseillais d\u2019IAM se distinguaient malgré leur phrasé dif férent de celui de la grande Paris, cœur de l\u2019industrie musicale, a pu décomplexer les Québécois.« Il y avait un régionalisme dans l\u2019attitude, dans le langage.Tout à coup, au Québec, on pouvait se dire que c\u2019était possible de rapper avec notre accent, et pas comme les Parisiens.» Marketing et visuel Au-delà de la musique, L\u2019école du micro d\u2019argent était aussi une œuvre visuelle forte, avec une pochette rouge vif, une typographie unique, « et même un logo », de rappeler Benoît Beaudr y de Ghetto Érudit.Sur combien de sacs d\u2019école et d\u2019étuis à crayon pou- vait-on le retrouver dessiné ?Et il ne faut pas négliger l\u2019appor t des vidéoclips, que l\u2019on pouvait voir à Musique Plus et qui étaient visuellement épatants, comme de petits films qui peuvent faire penser à un mélange de La matrice (1999) et de films de kung-fu.« Je me souviens des effets spéciaux des créatures contre qui les gars d\u2019IAM se battaient » dans les clips de la pièce titre et de La saga, se souvient le rappeur Maxime Gabriel, la voix souriante.Et au-delà de tout ça, l\u2019étiquette Virgin avait aussi mis le paquet au Québec, se souvient Cédric Morgan.« IAM, c\u2019était une priorité pour eux.Je travaillais sur l\u2019aspect promo, et il y avait des moyens substantiels pour que ça marche.On avait distribué des vinyles, le premier single avait été La saga.La promo se faisait dans la rue, avant même que l\u2019album ait un buzz.» Maxime Gabriel réécoute régulièrement L\u2019école du micro d\u2019argent et assure que l\u2019album a bien vieilli, même qu\u2019il scrute encore les techniques du groupe, entre autres les méthodes d\u2019échantillonnage.« C\u2019était un disque pour entrer dans la légende.Pas dans le show-business, mais pour s\u2019établir comme des pionniers.» Clairement, comme on peut l\u2019entendre sur Un bon son brut pour les truands , c\u2019était « une musique pas faite pour cent personnes, mais pour des millions ».Le Devoir Quand IAM a fait école Le groupe rap français célèbre son mythique L\u2019école du micro d\u2019argent, enregistré il y a 20 ans Production Spectra Musique en collaboration avec le Théâtre du Nouveau Monde RICHARD CYR mise en scène et adaptation RENÉ Avec Héléne bourgeois leclerc, Laurent paquin marie-andrée lemieux, Kathleen Fortin Michelle Labonté, Benoît McGinnis 21 comédiens et musiciens ! Une présentation En collaboration avec quelques billets Encore disponibles aux FrancoFolies ! de retour au tnm Dès le 19 SEPTembre Déjà des SUPPLÉMENTAIRES à l\u2019automne ! dimanche 15 octobre à 14 h + mardi 17 octobre à 19 h 30 tnm.qc.ca + tournée au Québec au printemps 2018 demainmatin.ca BERTRAND GUAY AGENCE FRANCE-PRESSE La formation en concert en février 2015 à Paris.Le style des Marseillais a ouvert la voie au rap québécois, selon Cédric Morgan.À l\u2019époque, on pouvait mettre une toune de NAS et après du IAM, et pour une fois on n\u2019avait pas \u201chonte\u201d du rap francophone.Sur le plan sonore, cet album-là, il pétait le feu, et c\u2019est encore le cas aujourd\u2019hui.Cédric Morgan, qui était très impliqué dans le rap québécois à l\u2019époque « » C H R I S T O P H E H U S S L e monde musical fête en 2017 le 450e anniversaire de la naissance d\u2019un compositeur capital pour son histoire : l\u2019Italien Claudio Monteverdi (1567-1643).Le festival Montréal baroque lui rendra hommage lors de son concert d\u2019ou- ver ture, le 22 juin, lorsque Matthias Maute dirigera les fameuses Vêpres de la Vierge.Il y a peu de compositeurs de cet acabit : Haydn, Beethoven, Stravinski\u2026 Ouvrir la por te marquée Monteverdi, c\u2019est s\u2019ouvrir à un nouvel univers que ce compositeur a conceptualisé, réorienté ou reformulé, par fois à par tir de graines semées par d\u2019autres.Alors oui, Monteverdi, com - me on l\u2019apprend, c\u2019est « la naissance de l\u2019opéra ».Mais c\u2019est bien davantage.Les analogies ont souvent été faites avec la révolution picturale du Caravage (1571-1610).C\u2019est juste, car l\u2019adjectif qu\u2019il faut associer à Monteverdi, c\u2019est «expressivité ».Chez le Caravage, c\u2019est l\u2019expressivité par la lumière ; chez Monteverdi, c\u2019est l\u2019expressivité par le mot.L\u2019invention du théâtre musical, lorsque Monteverdi compose en 1607, à Mantoue, L\u2019Or feo, une fable en musique , n\u2019est qu\u2019un aboutissement de ce que cet auteur creuse depuis l\u2019âge de vingt ans dans ses livres de Madrigaux.Casser les règles Au moment de composer L\u2019Or feo, Monteverdi, né en 1567, a déjà à son actif cinq Livres de Madrigaux (1587, 1590, 1592, 1603, 1605).Deux ans avant L\u2019Or feo, le Livre V marque une ère nouvelle, puisque dans sa préface Monteverdi explique que sa méthode de composition constitue une « seconda prattica » (seconde pratique), qui visera désormais à remplacer les règles harmoniques coulées en 1558 dans le béton des « Istitutioni harmo- niche» (les institutions harmoniques) par Gioseffo Zarlino.Ces sacro-saintes règles, dont Palestrina fut le chantre le plus pur au regard de la postérité, constitueront désormais pour l\u2019histoire une prima prat- tica.Ce faisant, évidemment, Monteverdi se donne une palette expressive totalement nouvelle : à travers les dissonances, il peut développer l\u2019expression des affects.Monteverdi n\u2019est évidemment pas le seul.Un autre progressiste de l \u2019époque a pour nom Giulio Caccini.Le travail de ces créateurs va se faire non seulement sur les licences harmoniques, mais aussi sur l\u2019accompagnement instrumental de la voix et, enfin, sur l\u2019ornementation.En 1602, dans Le nuove mu- siche, Caccini décrit, à travers des exemples d\u2019ornements, la manière dont un passage spécifique peut être orné de plusieurs manières dif férentes, selon l\u2019émotion que le chanteur souhaite exprimer.Tous les ingrédients sont là pour mener à la révolution du théâtre musical, l\u2019opéra tel qu\u2019inventé par Monteverdi.Hélas, il ne nous reste que trois opéras de Monteverdi : L\u2019Or feo (1607), Le retour d\u2019Ulysse dans sa patrie (1640) et Le couronnement de Poppée (1643).Tous les autres ont été perdus : Ariane (1608), Andromeda (1620), Armida (1626), Proserpina rapita (1630), Le nozze d\u2019Enea in Lavinia (1641), sans compter les ouvrages inachevés\u2026 Viré, et c\u2019est tant mieux! Monteverdi, dès le début de sa carrière, fut engagé à la cour des Gonzague à Man- toue.Le génial Lamento d\u2019Ariane est la seule page restante de l\u2019Ariane composée en 1608 pour les noces du prince Francesco Gonzague.Ce Fran- cesco congédia Monteverdi quatre ans plus tard\u2026 Quelle bonne idée, car Monteverdi trouva un excellent accueil à Venise, ce qui nous vaut trente années magistrales, où son poste de maître de chapelle de la basilique Saint-Marc l\u2019incita à composer de la musique sacrée, un genre dans lequel il excella et auquel il apporta son sens de l\u2019éloquence.En fait, après le mariage de Francesco Gonzague, Monteverdi s\u2019était déjà fait à l\u2019idée d\u2019un changement de carrière et avait clairement ciblé Venise.C\u2019est pour cela que la date de 1610 est accolée à un recueil de psaumes nommé Vêpres de la Vierge Marie.Était-ce une sorte de « partition de candidature » pour le poste vénitien ?Nul ne le sait.Évidemment, le genre de ces Vêpres est lui aussi nouveau.Monteverdi fait exploser tous les codes, alternant l\u2019intime et le monumental, l\u2019instrumental et le vocal, le profane et le religieux.Il réinvente même parfois l\u2019expression vocale ! À Venise, Monteverdi se démarquera comme un maître de la composition de musiques sacrées.Il léguera à la postérité, en 1640, une Forêt morale et spirituelle (La selva morale e spirituale), recueil majeur de quarante œuvres sacrées, son testament artistique.Évidemment, sur le plan historique, si tout était préservé, notre attention serait accaparée par l\u2019évolution du langage et des moyens musicaux et expressifs de Monteverdi au fil des opéras.Ceux-ci étant perdus pour la plupart, il reste le cheminement fabuleux des Livres de Madrigaux puisque Monteverdi continua à en publier à Venise : le 6e en 1614, qui comprend une adaptation à cinq voix du Lamento d\u2019Ariane, le 7e (1619) et le fabuleux Livre VIII (1638), celui des Madrigaux guerriers et amoureux, avec une extraordinaire scène d\u2019opéra en miniature, Le combat de Tancrède et de Clorinde.De nombreux interprètes puisent transversalement dans les recueils pour composer des programmes thématiques.Parmi eux, notre disque de l\u2019année 2016 : Les sept péchés capitaux, un programme lumineusement concocté par Leonardo García Alarcón.Si ce n\u2019est déjà fait, c\u2019est le moment de succomber ! Le Devoir MONTRÉAL BAROQUE Du 22 au 25 juin 2017.Concert d\u2019ouverture le 22 juin à 19 h.Monteverdi : Les vêpres de la Vierge sous la direction de Matthias Maute.Monteverdi était déjà là 75 ans avant Montréal ! Dans quelques jours, Montréal baroque fêtera le 450e anniversaire du compositeur italien CULTURE > CLASSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 E 6 ÉTONNE Z- MOI! Philippe Halsman MNBAQ.ORG Une exposition produite par le Musée de l'Elysée, Lausanne, en collaboration avec les Archives Philippe Halsman, New York.Commissaires : Anne Lacoste et Sam Stourdzé Philippe Halsman, Marilyn Monroe, 1959 (détail).© 2017 Archives Philippe Halsman / Magnum Photos 15 JUIN \u2013 4 SEP TEMBRE 2017 GILLES BRISSETTE C\u2019est l\u2019Ensemble Caprice conduit par Matthias Maute qui ouvrira Montréal baroque avec les Vêpres de la Vierge de Monteverdi. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 E 7 DE VISU C U L T U R E www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Deux balades dans la géographie insulaire de MONTRÉAL tour de l\u2019île vers l\u2019est (6 août) vers l\u2019ouest (24 septembre) 9 septembre OTTAWA et GATINEAU musées, mosaïculture 22 octobre SHERBROOKE sculpture au musée - poésie en spectacle CIRCUITS D\u2019UN JOUR EXPOSITION LES DERNIERS CAPRICES À la galerie Graff, 372, rue Sainte- Catherine Ouest, espace 216, jusqu\u2019au 24 juin.Décédé en 2016, l\u2019artiste et historien de l\u2019art Alain Lafram- boise a droit à une exposition posthume à la galerie Graff.À un ultime solo en fait : Les derniers caprices.La présentation est teintée de chagrin, notamment par la présence d\u2019un portrait de l\u2019artiste et par l\u2019hommage vidéo signé du compagnon en deuil, Louis Cummins.Les derniers caprices, titre de la série la plus récente parmi les œuvres exposées, s\u2019impose comme une synthèse de son art (des constructions d\u2019image, souvent en photo) et de sa passion pour la peinture classique \u2014 son dada, quand il enseignait, c\u2019était la Renaissance.Un caprice dans l\u2019histoire picturale consiste en une composition empreinte de nostalgie et d\u2019ornementations architecturales.La version capricieuse de Laframboise est à la fois un clin d\u2019œil aux mosaïques de l\u2019Antiquité qu\u2019une citation d\u2019un baiser entre Vénus et Cupidon.À la manière d\u2019un Archimboldo, les trois œuvres-collages de petits papiers tournent autour de l\u2019identité, entre des visages découpés dans des revues d\u2019art et des étiquettes de fruit.Le résultat tire dans l\u2019excès et le kitsch, mais demeure un précieux résumé d\u2019une vie consacrée au regard.Jérôme Delgado En photo: Alain Laframboise, Les derniers caprices 3 (détail), 2016.Crédit: Louis Cummins NOUVEAUX DÉVELOPPEMENTS De Sébastien Cliche à la Maison de la culture Maisonneuve, 4200, rue Ontario Est, jusqu\u2019au 3 septembre.M A R I E - È V E C H A R R O N P armi tous les modèles mis en avant en matière d\u2019aménagement urbain, celui du cercle s\u2019est imposé plus d\u2019une fois dans l\u2019histoire.L\u2019artiste Sébastien Cliche en relate quelques occurrences dans son installation qui propose l\u2019inverse de la table rase fondant habituellement ce genre de plan aux aspirations utopiques.C\u2019est d\u2019ailleurs une longue table de travail circulaire qui agit comme présentoir pour un attirail d\u2019éléments évoquant de près ou de loin ces plans qui ont en commun d\u2019épouser la forme ronde.Des car tes, des maquettes, des lentilles et des instruments de mesure s\u2019accumulent sur la surface qui se structure en étages.S\u2019il fallait, pour ces projets urbains, partir de zéro, ici, c\u2019est tout le contraire.Les couches d\u2019histoire se superposent, des temporalités s\u2019inscrivent dans la matière, donnant cette impression de sédiments, voire de fossiles.Des documents épars attribuent des créations passées à l\u2019histoire : le projet de l\u2019architecte Claude Nicolas Ledoux avec ses maisons des gardes agricoles parfaitement sphériques, le modèle de village circulaire planifiée par Robert Pemberton pour des colonies en Nouvelle-Zélande ou Epcot, la ville future que Walt Disney avait imaginée.Comme idéal d\u2019ordre harmonieux et d\u2019unité, le concept ne cesse de revenir, même aujourd\u2019hui, avec l\u2019exemple du Black Rock City dans un désert du Nevada qui se recrée année après année durant le festival Burning Man.C\u2019est aussi le panoptique des frères Bentham, plus terrifiant, tel qu\u2019analysé par Michel Foucault en tant que dispositif de surveillance présent dans les sociétés avides de contrôle.Cliche pousse avec brio un cran plus loin la récursivité qui est au cœur de sa démarche.Tous ces modèles urbanistiques et architecturaux sphériques font écho à la circularité souvent traitée dans ses œuvres antérieures par les phénomènes de la boucle ou de la vidéo en circuit fermé.Cette technologie de surveillance est également exploitée dans l\u2019installation.Plusieurs caméras miniatures y sont nichées avec des moniteurs qui restituent en temps réel des images en noir et blanc de détails scrutés, et parfois même notre présence.Tout s\u2019emboîte par des mises en abyme.Or, la clarté recherchée par la figure du cercle se trouve contrecarrée.Le pouvoir accordé au regard grâce à un dispositif comme le panoptique, qui permet de balayer des yeux depuis l\u2019intérieur une structure, opère autrement.La position occupée au centre de l\u2019installation nous rend en effet plutôt vulnérables, dans l\u2019angle des caméras qui multiplient les pièges à regard et qui trompent par des jeux d\u2019échelle et de représentation.Croissances multiples L\u2019installation fait ressortir la dimension utopique des projets historiques évoqués, des fictions que l\u2019artiste cherche à nous faire explorer.L\u2019œuvre s\u2019incarne également par un travail de la matière qui se fait plus tangible et qui expose un certain plaisir pour le bricolage.Les composantes de maquette en plâtre, en car ton mousse et en contreplaqué, ainsi que les outils nous ramènent constamment au processus de travail de l\u2019ar tiste, un foisonnement d\u2019idées dans le chantier de son atelier.Les « nouveaux développements » invoqués dans le titre sont donc autant une allusion à la production récente de l\u2019artiste que les projets planifiés d\u2019expansions urbanistiques.Sur les deux plans, l\u2019installation active des mouvements de rétrospection et de prospection, entremêlant ce qui appartient au passé ou au futur.Il ne semble pas y avoir de point d\u2019origine ni de direction unique vers laquelle se tourner, laissant présager des voies de croissance multiples.La fiction développée par Cliche of fre plusieurs ouvertures, tout en rappelant le désir d\u2019autarcie et d\u2019autosuf fi- sance implicite à cer taines utopies urbanistiques fondées sur le cercle.Puisque l\u2019exposition s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019Un million d\u2019horizons (1 x 19 = 1000000) (voir encadré) soulignant le 375e de Montréal, elle se présente aussi comme une occasion de réfléchir sur la ville, son aménagement comme la particularité de son insularité.Les villes d\u2019aujourd\u2019hui, Montréal y compris, perpétuent des manières de contrôler les espaces publics et continuent de se développer selon des modèles planifiés.Ceux-ci sont peut-être différents du cercle, mais sont néanmoins motivés par une vision dont les intérêts et les valeurs socio-économiques sont révélateurs des façons de vivre ensemble et d\u2019occuper le territoire.Collaboratrice Le Devoir Sébastien Cliche visite les utopies urbanistiques De rétrospection en prospection, l\u2019œuvre de l\u2019artiste élit la figure du cercle C\u2019est le titre d\u2019une ambitieuse programmation d\u2019expositions du réseau Accès culture, qui a lieu pour le 375e de Montréal.La commissaire Nathalie Bachand est derrière ce vaste projet qui réunit dans le même événement pour la première fois toutes les maisons de la culture et les lieux de diffusion municipaux.Variées, les expositions abordent la question du territoire, dont parfois celui de la métropole, dans ses multiples dimensions et feront progressivement promener les visiteurs aux quatre coins de l\u2019île.C\u2019est par exemple l\u2019image vidéo renversée d\u2019une épave sur la côte du Sri Lanka (Pavi- tra Wickramasinghe, notre photo), une embarcation de fortune insistant sur un usage paradoxal des ressources (Éric Sauvé) ou le dessin animé d\u2019une île en mutation (Lysanne Picard et Joanna Chelkowska) dans une exposition de groupe à la Maison de la culture de Rosemont\u2013La Petite-Patrie.C\u2019est encore 30 autres expositions en cours ou en voie d\u2019ouvrir, dont certaines seront visibles jusqu\u2019au 9 septembre.Un million d\u2019horizons (1x19 = 1000000) .Une exposition organisée par le Victoria and Albert Museum, Londres, en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal.Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications, le Conseil des arts de Montréal et le Conseil des arts du Canada pour leur soutien constant.Exposition organisée par le Victoria and Albert Museum, Londres Expérience sonore par Une présentation de En collaboration avec Dès aujourd\u2019hui ! « L\u2019EXPOSITION DE L\u2019ÉTÉ ! » \u2014 ICI Radio-Canada, Téléjournal SÉBASTIEN CLICHE L\u2019installation fait ressortir la dimension utopique des projets historiques évoqués, des fictions que l\u2019artiste cherche à nous faire explorer. CULTURE > DE VISU L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 E 8 e x p o s i t i o n i m m e r s i v e m u l t i m é d i a d u 2 6 a v r i l a u 8 o c t o b r e 2 0 1 7 SEE YOU IN THE NEXT LOOP De Thomas Bégin.À la galerie B-312 (372, rue Sainte-Cathe- rine Ouest, espace 403), jusqu\u2019au 24 juin.J É R Ô M E D E L G A D O L a musique \u2014 et le son, de manière plus générale \u2014 se résume à une affaire de réseau, de circuit, de système fortement organique.Entre le point A qui le crée et le point B qui le perçoit, il y a toute une enfilade d\u2019étapes à travers lesquelles il chemine et se transforme.Chez des artistes de la trempe de Thomas Bégin \u2014 soit quelqu\u2019un capable de bricoler et de recycler le premier objet qui lui tombe sous la main \u2014, le réseau est un concept très concret.Sans doute, Thomas Bégin, dont on qualifie parfois les œu- vres de «compositions», est un enfant de la musique concrète.Dans le monde de l\u2019art contemporain encore trop associé à l\u2019appellation « ar ts visuels », Bégin ne fait pas de la musique, mais des installations, et ses prestations publiques ne sont pas des concer ts, mais des performances.Le résultat de ses dernières expérimentations\u2026 matérielles est à voir et à entendre à la galerie B-312, située au Belgo.L\u2019exposition See You in the Next Loop ne comporte pas une série d\u2019œuvres.Il s\u2019agit plutôt d\u2019un seul ensemble de sculptures cinétiques et sonores, chacune étant un assemblage de matériaux quelque peu tordu avec, en leur cœur, un tourne-disque.De cet orchestre de structures en lampes, miroirs, mobilier et, bien sûr, fils électriques et haut-parleurs, sortent des vibrations tenues.Il faut tendre l\u2019oreille pour en saisir chaque portée.C\u2019est un salon d\u2019écoute qu\u2019est devenue la grande salle de B-312, salon familial doté de ses vieux fauteuils douillets.Dans la petite salle, plongée dans la pénombre, c\u2019est une sculpture un peu dif fé- rente, plus au ras du sol, moins verticale, qui s\u2019active.Dans tous les cas, le principe est le même.Le tourne-disque tourne sans disque.L\u2019artiste puise plutôt ses sources sonores à même l\u2019objet, dans son mécanisme rotatif et ses motifs gravés sur les côtés.Il le fait par le biais d\u2019un système précis de projections lumineuses et de photodiodes \u2014 ceux-ci détectent un rayonnement optique et le transforment en signal électrique.Il procède ainsi non sans détourner le son une fois de plus à travers la réverbération d\u2019un miroir.Tout ceci semble bien complexe.Mais c\u2019est un trompe- l\u2019oeil, ou presque, tellement la simplicité mécanique et électrique est là, nue et évidente.Thomas Bégin n\u2019avait pas exposé en solo depuis trois ans et sa présence dans la vaste Fonderie Darling.Son moteur créatif, celui de magouiller un frottement de matières en musique, n\u2019a pas changé.Souvent, ce sont des instruments musicaux (guitares, cymbales) qui sont à la base de son orchestration, toujours complétée, ou influencée, par les inter ven- tions d\u2019un logiciel.Ce qui semble être la singularité de ce nouveau rendezvous sonore qui tourne dans une boucle sans fin (tant qu\u2019il y a source de lumière), c\u2019est l\u2019absence d\u2019instr ument.En fait, la platine tournante prend place d\u2019instrument.Ce détournement de sens est double : non seulement l\u2019objet manufacturé et industrialisé est pièce d\u2019art, mais il est passé du stade de support (pour le disque, pour la musique) à celui qui renferme l\u2019expression.Pas de manière métaphorique comme chez un Raymond Ger- vais, mais concrètement, par son propre fonctionnement rotatif.Collaborateur Le Devoir La musique tourne rondement chez Thomas Bégin L\u2019artiste crée un orchestre à partir d\u2019un tourne-disque sans disque Discussion autour de la censure au Québec Censurée par un diffuseur la- vallois ce printemps, l\u2019exposition de Christian Messier, La forêt s\u2019en vient II, est réapparue au centre-ville de Montréal.L\u2019ensemble de 15 peintures, y compris celles qui avaient été retirées des cimaises de Laval, est présenté à la galerie Laroche-Joncas, jusqu\u2019au 1er juillet.L\u2019artiste en profite pour lancer un débat sur l\u2019appréciation de l\u2019art contemporain.Ce samedi 17 juin, à 16 h30, la table ronde «Pourquoi censure-t-on des œuvres avec l\u2019argument de ménager le public et pourquoi les médias de masse s\u2019intéressent si peu à l\u2019art contemporain?» réunira des artistes et des historiens de l\u2019art.Au 372, rue Sainte-Catherine Ouest, local 410.Entrée libre.Le Devoir SOURCE CHRISTIAN MESSIER Détail de la toile Pleine lune de Christian Messier, 2017 SOURCE GALERIE B-312 Vue sur la grande salle de l\u2019exposition See You in the Next Loop de Thomas Bégin CULTURE > JAZZ ET CINÉMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 E 9 TRANS I T ION SYLVAIN COULOMBE D U 1 7 J U I N A U 4 J U I L L E T 218, rue St-Paul Ouest, Montréal g a l e r i e b l a n c h e .c o m S E R G E T R U F F A U T O n le sait trop peu, mais le contrebassiste, compositeur et chef de bande Normand Guilbeault est un grand musicien de jazz.Point.Il est ainsi parce que contrairement à beaucoup, beaucoup de ses homologues, il n\u2019a jamais oublié que le jazz est notamment une musique de combat.Qu\u2019il n\u2019est pas une musique d\u2019ambiance, gentille, proprette, toute lisse qui rassure le branché.Qu\u2019il est une musique qui doit prendre en compte le tragique qui n\u2019est rien de moins que l\u2019ADN de l\u2019Histoire.Cela souligné, on ne sera pas étonné d\u2019apprendre que son héros parmi les héros du jazz n\u2019est nul autre que Charles Mingus.Comme lui, Guilbeault est habité par l\u2019indignation, par la volonté d\u2019étouffer les injustices, par le refus prononcé du chacun pour soi.Depuis une trentaine d\u2019années maintenant, il a conjugué son art avec la révolte, la solidarité et la mise en relief de bien des fracas sociaux et politiques.Après avoir repris à son compte les œuvres de Mingus, mis en musique celles de Jack Kerouac, voilà que depuis plusieurs années il s\u2019applique avec constance, doigté et grande sensibilité à mettre en lumière les cultures amérindiennes, les légendes amérindiennes, les vies amérindiennes.Ce qu\u2019il entend faire le 22 juin à la Cinquième salle de la Place des Arts, où il va clôturer le Printemps autochtone d\u2019Art3 avec son spectacle intitulé Wampum-Kaionn\u2019i.En fait, ce spectacle est une coopération entre Guilbeault et Yves Sioui Durand.Ce dernier interprète les textes qu\u2019il a écrits et mis en scène, le premier ayant composé et arrangé les pièces qui seront jouées par le quartet Kawandak, qui signifie, a-t-on appris, « épinette blanche ».Dans le communiqué, il est précisé, heureusement, que les wampums «sont des ceintures tissées de perles qui servaient aux échanges, à la diplomatie entre nations autochtones, ainsi qu\u2019aux cérémonies de réparation et de condoléances».Il est également précisé que le spectacle va se décider en quatre wampums : « un chant des morts, un chant pour entendre à nouveau, une cage pour dénouer la gorge et un chant pour redresser l\u2019arbre tombé».Cela étant, Kawandak est formé, outre Guilbeault au chant et à la contrebasse, d\u2019Annie Poulain aux claviers et au chant, Sylvain Provost à la guitare et au chant, et Claude Lavergne à la batterie et au chant également.Enfin, on retiendra que Wampum-Kaionn\u2019i est une production d\u2019Ondinnok, qui s\u2019avère la première compagnie de théâtre amérindien francophone au Canada et qui a trente ans d\u2019existence.?Sonny Rollins vient de léguer ses archives dit-on extrêmement riches au Schomburg Center for Research in Black Culture de la New York Public Librar y.Outre des enregistrements inédits et une volumineuse correspondance, ses archives proposent une masse imposante de documents visuels, dont beaucoup de photos prises par Rollins.?Il y a quelques mois de cela, un documentaire passionnant avait été consacré à Nina Simone \u2014 What Happened Miss Simone?.Puis il y a eu des rééditions.Et voilà que samedi soir, au Upstairs, la chanteuse montréalaise Nadia Theobal va lancer son album Misunderstood \u2014 Tribute to Nina Simone accompagnée par un quartet.Premier spectacle à 20 h30.?La chanteuse Dianne Reeves, la pianiste Joanne Brackeen, le producteur Todd Barkan et le guitariste Pat Metheney ont été nommés membres du prestigieux National Endowment for the Arts.Collaborateur Le Devoir PRINTEMPS AUTOCHTONE D\u2019ART3 Guilbeault (toujours) au front du jazz Avec Wampum-Kaionn\u2019i, le musicien met en musique les mots d\u2019Yves Sioui Durand CHURCHILL ?1/2 Drame biographique de Jonathan Teplitzky.Avec Brian Cox, Miranda Richardson, John Slattery, Ella Purnell, James Purefoy.Grande-Bretagne, 2017, 98 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E D e l\u2019avis de plusieurs, Winston Churchill demeure le plus grand homme politique qu\u2019ait connu la Grande-Bretagne.Même son faciès de bulldog eut l\u2019heur de le rendre attachant aux yeux d\u2019une nation inquiète aux heures les plus angoissantes de la Deuxième Guerre mondiale, et nombre de films et de téléfilms sont depuis revenus sur sa vie.Churchill, de Jonathan Te- plitzky, est le plus récent en date.Une certaine controverse entoure le film eu égard à son approche historique controuvée.Si l\u2019on en croit le scénario de l\u2019historien Alex von Tunzelmann, Winston Churchill, encore traumatisé par la bataille de Galipolli, en était à bloquer le débarquement en Normandie (opération Overlord) prévu le 4 juin 1944, et ce, aussi tard qu\u2019en mai de cette année-là.Toute l\u2019intrigue se déroule dans cette courte, mais cruciale, période.Dans les faits, Churchill, et avec lui tout le haut commandement britannique, dissuada l\u2019armée américaine de tenter une telle attaque en 1942- 1943, la jugeant alors prématurée.Au printemps 1944, tous, Churchill y compris, travaillaient conjointement à la bataille de Normandie.Les férus de la Deuxième Guerre mondiale et de ses jeux de coulisse pourront dénombrer à loisir les erreurs factuelles contenues dans le film.Seulement voilà, la question se pose : est- ce bien important ?Vérité subjective Autrement dit, est-il avisé d\u2019attendre une leçon d\u2019histoire de la part d\u2019un film?Même précédé de la mention «inspiré d\u2019une histoire vraie», un film est toujours la résultante d\u2019une multitude de subjectivités croisées : celles du scénariste (et des journalistes, biographes et historiens consultés le cas échéant), du cinéaste, des acteurs aussi, sans oublier les producteurs\u2026 La bonne foi des uns et des autres n\u2019est pas en cause, mais il demeure que chacun possède sa perception, sa lecture, sa vérité.À la célèbre affirmation de Jean-Luc Godard selon laquelle « le cinéma, c\u2019est 24 fois la vérité par seconde », Brian De Palma répliqua un jour : « je crois justement que c\u2019est plutôt le mensonge 24 fois par seconde ».Le désaccord concerne bien sûr la nature fondamentale du cinéma, mais la vision de De Palma est tout aussi pertinente dans le présent contexte, à savoir le sempiternel débat autour de la rigueur factuelle que doit, ou non, afficher un film dès lors qu\u2019il s\u2019inspire d\u2019un événement historique ou d\u2019un fait divers.Triste ironie Churchill rate le test de l\u2019authenticité, mais il se trouve que c\u2019est là le moindre de ses problèmes.Avec sa trame minimaliste qui ne parvient jamais à générer la moindre tension dramatique, un comble compte tenu du contexte évoqué, le film de Jonathan Teplitzky (derrière le tout aussi beige Les voies du destin ou The Railway Man) a le souffle court.Faute de budget, les personnages aux contours caricaturaux restent confinés dans des intérieurs passe-par tout et foulent le moins de lieux extérieurs possible, et jamais accompagnés de figurants.Ne forçant guère son imagination, Teplitzky multiplie les plans serrés afin de masquer les limites de sa reconstitution, en vain.Il ne fait ainsi qu\u2019exacerber l\u2019impression de petitesse qui se dégage d\u2019un film qui, ironiquement, se voulait une célébration d\u2019un homme plus grand que nature.Le Devoir Un ennui plus grand que nature L\u2019inexactitude factuelle est le moindre des problèmes du film Churchill ALL EYEZ ON ME ?Drame biographique de Benny Boom.Avec Demetrius Shipp Jr., Danai Gurira, Kat Graham, Annie Ilonzeh.États-Unis, 2017, 140 minutes.A N D R É L A V O I E L e 7 septembre 1996, le monde s\u2019est écroulé pour les admirateurs de Tupac Shakur, l\u2019une des grandes figures du rap des années 1990, criblé de balles dans sa voiture à Las Vegas, poussant son dernier souffle le 13 septembre, à l\u2019âge de 25 ans.Au-delà de sa musique, de sa grande visibilité (il a joué dans plusieurs films et défrayé la chronique judiciaire), de l\u2019ambiguïté de sa poésie (mercantile pour certains, révolutionnaire pour d\u2019autres), le mystère entourant l\u2019identité de ses meurtriers demeure entier : on fabrique des mythes avec moins que ça.La complexité de Tupac (Demetrius Shipp Jr., un nouveau venu manquant d\u2019assurance) peut se mesurer au temps qu\u2019il a fallu pour illustrer sa vie sur grand écran, les embûches judiciaires ayant été nombreuses, certaines générées par sa mère, Afeni Shakur (Danai Gurira, une intensité à la Viola Davis), décrite dans All Eyez on Me, de Benny Boom, comme une tigresse.Celle-ci, proche des Black Panthers, fut longtemps traquée par le FBI, nourrissant une rage qu\u2019elle a transmise à son fils, né à New York en 1971 avant d\u2019être trimballé de Baltimore (où il a développé sa sensibilité à l\u2019égard de la poésie et du théâtre) à la Californie, lieu de ses débuts professionnels et de ses frasques les plus violentes.Benny Boom, un pro du vidéoclip, tente de remporter un pari que plusieurs jugeront impossible : satisfaire les disciples et les exégètes, car son œuvre fait même l\u2019objet d\u2019études universitaires, tout en ralliant à sa cause un large public pour qui le rap et le hip-hop apparaissent comme l\u2019écho d\u2019une lointaine galaxie.La mécanique narrative s\u2019avère simple, celle d\u2019une entrevue télévisée en forme de confession menée en 1995 alors qu\u2019il croupit en prison, déballant son passé marqué par la pauvreté, la violence policière, et ses débuts foudroyants.Car sa popularité ne plaira pas à tous les bonzes et à toutes les vedettes de la scène rap, suscitant des rivalités orageuses, dont celle qui l\u2019oppose à The Notorious B.I.G., qui va d\u2019ailleurs mourir dans des circonstances similaires, jamais élucidées.Cette musique, chargée d\u2019une légitime colère mais aussi d\u2019une violence souvent gratuite doublée d\u2019une effroyable misogynie, All Eyez on Me en déconstruit les racines profondes, ainsi que les multiples contradictions.Tupac Shakur apparaît souvent comme une anomalie, un enfant prodige capable d\u2019étaler sa culture littéraire pour mieux la camoufler lorsqu\u2019il s\u2019agit de faire sonner le tiroir-caisse, citant Shakespeare tout en légitimant des bains de sang qui impliqueraient la mort de policiers blancs.Au moment de la sortie de Me Against the World, l\u2019artiste est derrière les barreaux tandis que l\u2019album se hisse au sommet des palmarès, une première (ironique) dans l\u2019histoire de la musique\u2026 All Eyez on Me aurait sans doute bénéficié de l\u2019indignation plus inspirée d\u2019un Spike Lee, le film cédant aux facilités de l\u2019hommage musical ; les scènes de concert témoignent de l\u2019enthousiasme du cinéaste, donnant aux adulateurs ce qu\u2019ils connaissent déjà.Et ceux-ci répètent, tel un mantra, les paroles prophétiques de la chanson Me Against the World : « After death / after my last breath / when will I finally get to rest ?» À en juger par la ferveur de ses admirateurs, et la fureur de ses détracteurs, Tupac Shakur devra encore patienter.Collaborateur Le Devoir Vie, mort et résurrection de Tupac Shakur La carrière tumultueuse d\u2019un rappeur assassiné à l\u2019âge de 25 ans, fauché en pleine gloire MÉTROPOLE FILMS Brian Cox incarne l\u2019éminent Winston Churchill dans le long métrage de Jonathan Teplitzky, qui ne réussit jamais à générer la moindre tension dramatique.VVS FILMS Dans la peau de Tupac Shakur, le nouveau venu Demetrius Shipp Jr.manque d\u2019assurance.MARTINE DOYON Les artistes de Wampum-Kaionn\u2019i en répétition CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 J U I N 2 0 1 7 E 10 C U L T U R E 335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise ?Funeral Parade of Roses ?Les Nuits ?blanches du facteur ?Expo 67 Mission Impossible Sam.dim.15 h 30 de GUYLAINE MAROIST, MICHEL BARBEAU, ERIC RUEL Ven.-jeu.21 h (version restaurée 4K, VOSTA) de MATSUMOTO TOSHIO Ven.dim.-jeu.17 h, 19h sam.19h (VOSTF) d\u2019ANDREÏ KONCHALOVSKY theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ (ES) Le lundi 19 juin | 16 h et 19 h 30 9,00 $ AVEC EMMA SUÁREZ, ADRIANA UGARTE ET MICHELLE JENNER.de Pedro Almodóvar JULIETA VOSTF UN SAC DE BILLES ?Drame historique de Christian Du- guay.Avec Dorian Le Clech, Batyste Fleurial Palmieri, Patrick Bruel, Elsa Zylberstein.France-Canada, 2017, 113 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L e réalisateur québécois Christian Duguay aura mis le temps, mais c\u2019est finalement en France, à l \u2019aube de la soixantaine, qu\u2019il a trouvé sa voie et sa voix.Longtemps abonné aux coproductions d\u2019action et de science-fiction ca- nado-américaines de série B, il n\u2019a en ef fet jamais été aussi à l\u2019aise que dans l\u2019Hexagone, où il s\u2019est découvert des af finités avec le cinéma familial à saveur historique, son nouveau créneau.Après les succès consécutifs de Jappeloup et de la suite de Belle et Sébastien, au tour de son adaptation du roman Un sac de billes de confirmer ce second souffle.Tiré du roman autobiographique de Joseph Joffo, le film relate la fin de la petite enfance de ce dernier dans la France occupée.On y suit, de 1941 jusqu\u2019à la Libération, ses pérégrinations ainsi que celles de son frère Maurice, du 18e arrondissement de Paris jusqu\u2019au camp pour enfants de Golfe-Juan, en passant par Nice et son marché noir où le jeune mais débrouillard Joseph fera, pour un temps, des affaires d\u2019or.C\u2019est pour sauver leur progéniture que Roman et Anna Joffo poussent celle-ci hors du nid.Dès lors, les parents ne peuvent qu\u2019espérer que leurs petits, seuls pour la première fois, s\u2019en sor tent tandis qu\u2019eux gagnent du temps avant de fuir à leur tour les nazis.En toile de fond, donc : une famille dont les liens, même distendus à cause des circonstances, ne cessent de se solidifier.Pleinement assumé Il faut savoir qu\u2019en France, plusieurs générations d\u2019écoliers se sont familiarisées avec le cauchemar de la Deuxième Guerre mondiale à travers les souvenirs de Joseph Joffo, redevenu enfant narrateur dans son roman qui fit longtemps partie des lectures scolaires obligatoires.À cet égard, le scénario écrit à cinq mains (!) préserve le point de vue de Joseph, âgé de 10 ans au commencement, tout en faisant ponctuellement inter venir le personnage en voix hors champ, comme un vieil homme qui se remémore.Le procédé narratif, éprouvé, fonctionne bien dans le cadre du film et campe d\u2019emblée celui-ci dans un classicisme d\u2019efficacité.En contraste avec la vision des choses et des gens d\u2019abord confinée puis de plus en plus élargie de Joseph à mesure qu\u2019il af fronte le monde, la mise en scène à grand déploiement de Duguay exacerbe la vulnérabilité de cet enfant lâché dans des événements qui le dépassent.La résilience dont Joseph fait preuve n\u2019en est que plus inspirante.Famille crédible La direction photo, la direction artistique ainsi que les ef fets numériques, qui contribuent de manière invisible à recréer des paysages urbains et champêtres des années 1940, s\u2019avèrent tous de bonne tenue.La nature authentique de l\u2019histoire, pour romancée qu\u2019elle eût peut-être été a posteriori, touche quant à elle.La distribution excelle.Patrick Bruel (Le prénom) et la toujours merveilleuse Elsa Zylberstein (Il y a longtemps que je t\u2019aime) partagent une belle chimie en parents forcés de prendre la décision la plus difficile de leur vie, tandis que Batyste Fleurial Palmieri et Dorian Le Clech, alias Maurice et Joseph, em- por tent l\u2019adhésion en frérots contraints de vieillir d\u2019un coup.Comme les deux longs métrages précédents du réalisateur tournés en Europe, Un sac de billes s\u2019adresse d\u2019abord aux plus jeunes et se veut facile à comprendre et à apprécier ; lisse et prévisible, mais assumé comme tel.C\u2019est là le genre de productions envers lesquelles il est facile de se montrer cynique en désignant, ici, un manque de personnalité artistique, là, une absence d\u2019audace dans l\u2019approche.Or, le fait est que tout est soigné dans ce film à vocation populaire assumé comme tel.Le Devoir Échappée belle Un sac de billes de Christian Duguay se veut autant un devoir de mémoire qu\u2019un film familial LES NUITS BLANCHES DU FACTEUR ?1/2 Drame d\u2019Andreï Konchalovski.Avec Alexeï Triapitsyne, Irina Ermolova, Timur Bondarenko.Russie, 2014, 101 minutes.V.O.russe avec s.-t.français.O D I L E T R E M B L A Y L auréat du Lion d\u2019argent de la meilleure mise en scène à la Mostra de Venise en 2014, Les nuits blanches du facteur ne s\u2019est pas pressé pour gagner nos salles.Andreï Konchalovski, issu d\u2019une lignée de peintres et poètes, frère du cinéaste Nikita Mikhalkov, est un vieux routier du cinéma.Il avait co- signé les scénarios de films du grand Andreï Tarkovski, dont le chef-d\u2019œuvre Andreï Rou- blev au milieu des années 1960, adapta Tchekhov, osa en 1979 sous l\u2019Union soviétique une fresque sur la Sibérie (Si- bériade).D\u2019un film satirico-na- turaliste comme Riaba ma poule (1994) à une plongée dans l\u2019Holocauste (Paradise en 2016) \u2014 Lion d\u2019argent à Venise aussi), en passant par des productions hollywoodiennes réussies ou pas (Runaway Train, The Nutcracker in 3D), le cinéaste s\u2019égare parfois.Il n\u2019est jamais si à l\u2019aise qu\u2019à travers la farce poético- nostalgique, telle Les nuits blanches du facteur, ode au quotidien comme à la Russie éternelle tissée et nourrie au documentaire, sans scénario, ou presque, sur une histoire cousue surtout au montage.Tour à tour comique et mélancolique, avec une porte ouverte sur le merveilleux, dans la lignée de son Riaba ma poule, mais en plus épuré, sans la note grotesque, ce film réalisé avec trois sous, parfois improvisé, est joué (à une exception près : la comédienne Irina Ermolova) par des habitants de régions éloignées coupées de la route.Ils incarnent leur propre rôle dans une nature idyllique au lac clapotant sous le Requiem de Verdi, parmi les cour tes nuits nordiques de l\u2019été russe.Si la mise en situation peut paraître lente et tâtonnante, cette plongée dans une Russie quasi médiévale fascine rapidement.Seul le facteur (Alekseï Triapitsyn, vrai facteur) qui se déplace en canot à moteur relie les villageois au reste du pays.L\u2019alcool fait des ravages, entre deux pêches plus ou moins légales, et la livraison des pensions bientôt bues.L\u2019un d\u2019eux, Youri, semble incarner l\u2019âme russe dostoïevs- kienne, entre neurasthénie et désir de meurtre.Un autre se noie dans sa vodka.Les nuits blanches évoque la novella de Dostoïevski Les nuits blanches.Tout s\u2019inscrit sous l\u2019aile de l\u2019auteur de Crime et châtiment.Immobilisme social Alekseï a le béguin pour une amie d\u2019enfance, Alicia, qui ne le prend pas au sérieux mais lui refile son petit garçon à garder plus souvent qu\u2019à son tour.On lui a volé le moteur de son canot de facteur et Irina part vivre en ville.Il ne pourra plus raconter des histoires de sorcières à Liocha.Sa vie bascule.D\u2019autant plus qu\u2019un chat gris imaginaire le nargue devant sa couche\u2026 C\u2019est la mélancolie qui domine ici et l\u2019immobilisme social : maisons de bois, chants traditionnels, abîmes intérieurs, personnages touchants et authentiques en marge d\u2019une modernité qui les a oubliés.Tout cela sur des images magnifiques, un espoir perché sur une branche fragile et des vérités attrapées au vol, composant la note bleue du film.Les nuits blanches du facteur plaira aux esprits contemplatifs et aux amateurs de fiction chargée de documentaire.Les autres s\u2019y ennuieront sans doute.Dommage pour eux.Une poésie enveloppe ces croquis du quotidien d\u2019une grâce et d\u2019une lumière collées aux films de jeunesse de Konchalovski.Le film évoquera aussi aux cinéphiles québécois les meilleures œu- vres du direct, notre propre berceau cinématographique.Le Devoir La Russie éternelle de Konchalovski Les nuits blanches du facteur plaira aux amateurs de fiction chargée de documentaire DURE SOIRÉE (V.F.DE ROUGH NIGHT) ?1/2 Comédie de Lucia Anielo.Avec Scarlett Johansson, Jillian Bell, Zoë Kravitz, Ilana Glazer, Kate McKinnon et Paul W.Downs.Cinq copines se retrouvent pour un week-end à Miami afin de célébrer l\u2019enterrement de vie de fille de l\u2019une d\u2019entre elles, Jess (Scarlett Johansson), aspirante sénatrice.Après plusieurs cocktails et lignes de cocaïne, les cinq fêtardes reçoivent la visite d\u2019un homme qu\u2019elles prennent pour un danseur nu.S\u2019ensuit un incident qui coûte la vie au visiteur.Plutôt que d\u2019appeler la police, elles cherchent par tous les moyens à se débarrasser du cadavre encombrant.Moins de 20 ans après Mauvaise conduite de Peter Berg, la réalisatrice Lucia Anielo et son coscénariste Paul W.Downs, qui joue aussi le rôle du futur marié, proposent une version féminine d\u2019une fête prénuptiale tournant au cauchemar.Comme si cela ne suffisait pas, Dure soirée emprunte sans vergogne à Week-end chez Bernie, Lendemain de veille, Bridesmaids et Sexe à New York.Bref, rien de nouveau à l\u2019horizon dans cette comédie célébrant avec férocité l\u2019amitié entre femmes.Heureusement, il n\u2019y a pas de temps morts dans cette suite tonique de scènes aussi loufoques que scabreuses et de blagues puériles à caractère sexuel.En plus, Jillian Bell, en amie possessive, immature et obsédée sexuelle, et Kate McKinnon, en Australienne sur le décalage horaire, font mouche à chacune de leur intervention.Manon Dumais FILMS SÉVILLE Le film s\u2019adresse d\u2019abord aux plus jeunes et se veut facile à comprendre et à apprécier.ASC DISTRIBUTION Le film d\u2019Andreï Konchalovski est tour à tour comique et mélancolique, avec une porte ouverte sur le merveilleux.Le film évoquera aussi aux cinéphiles québécois les meilleures œuvres du direct "]
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