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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-04-15, Collections de BAnQ.

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[" C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 A V R I L 2 0 1 7 Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 \u2022 Tél.: 514-337-4083 \u2022 librairiemonet.com \u2022 Sortie 4 Est, autoroute 15 JEUDI 20 AVRIL \u2022 19 H DIMANCHE 23 AVRIL \u2022 14 H Causerie Dominique DEMERS Autour de son roman Mon fol amour Éditions Québec-Amérique Dans le cadre du Festival Métropolis Bleu Rencontre interactive pour lecteurs de 13 ans et plus André MAROIS Autour de son roman La Cavale Éditions Bayard Canada Entrée libre Réservez vos places : 514-337-4083 ou evenements@librairiemonet.com © J u l i a M a r o i s La folie entre les lignes de Katherine Raymond et Marie-Eve Cotton Page F 3 Maya Ombasic et la décadence vue par les oubliés Page F 5 ILLUSTRATION TIFFET C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris L\u2019 écrivain anglais Chesterton a souvent ironisé sur ces intellectuels avides d\u2019exotisme qui parcouraient le monde pour ne rencontrer dans chaque nouveau lieu que des êtres qui leur étaient semblables, lisaient les mêmes livres et pensaient les mêmes choses.Marcheur et escaladeur de montagnes autant que de cathédrales, Sylvain Tesson a longtemps cherché le grand air.Jusqu\u2019au jour où une chute terrible à Chamonix en août 2014 le laissa presque mort.«J\u2019avais pris cinquante ans en huit mètres», écrit- il.Au «centre de rééducation», ce miraculé préfère reprendre sa marche.Mais voilà que l\u2019homme trouve soudainement « désinvolte d\u2019avoir couru le monde en négligeant le trésor des proximités».Il traversera donc la France à pied, de la frontière italienne au Cotentin.Combien sommes-nous à avoir ainsi couru le monde pour découvrir sur le tard que nous disposions « là, sous nos yeux, d\u2019un pays proche » dont nous ignorions « les replis, d\u2019un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides» ?Ce n\u2019est pas un hasard si, depuis quelques années et encore plus à l\u2019aube de cette élection présidentielle pour le moins atypique, tant d\u2019écrivains et de journalistes éprouvent le besoin de faire leur tour de France.C\u2019est pour les uns, comme Sylvain Tesson (Sur les chemins noirs, Gallimard), l\u2019occasion de redécouvrir les derniers paysages laissés intacts par l\u2019urbanisation.C\u2019est pour certains, comme Florence Aubenas (En France, éditions de l\u2019Olivier), la chance de dessiner le portrait d\u2019un peuple rebelle et au- jourd\u2019hui désorienté.C\u2019est pour d\u2019autres encore, comme Anne Nivat (Dans quelle France on vit, Fayard), le moment d\u2019explorer ses cicatrices.Pour ne rien dire de ceux qui, comme Jean-Paul Kauffmann, avaient entrepris de Remonter la Marne (Fayard) pour combattre l\u2019esprit de « maussaderie ».Ou encore Jean-Christophe Bailly (Le dépaysement, Seuil), qui avait sillonné la France dès 2011 dans l\u2019espoir de «comprendre ce que ce mot désigne aujourd\u2019hui et s\u2019il est juste qu\u2019il désigne quelque chose qui, par définition, n\u2019existerait pas ailleurs».Parmi ces marcheurs, on trouve même un député des Pyrénées, au- jourd\u2019hui candidat à la présidence, comme Jean Lassalle (À la rencontre des Français, Le Cherche-Midi).Ce fils d\u2019une famille de bergers béarnais avait soudainement senti le besoin de parcourir à pied pendant huit mois plus de 5000 kilomètres à la recherche des «repères perdus» et du «peuple souverain».Dormir à la belle étoile Contrairement à ces derniers, Sylvain Tesson n\u2019empruntera tout au long de son périple que les « chemins noirs », ces layons, ces chemins de labour ou de halage qui sur les cartes relient hameaux et villages évitant le plus possible les grandes agglomérations.Géographe et baroudeur, Sylvain Tesson dort à la belle étoile, dans les prés, sous les arbres et, les jours fastes seulement, dans une grange chez l\u2019habitant.Partout, il ressent les déchirures du paysage jusque dans sa chair.Comme sa jeunesse à lui, il n\u2019y a pas si longtemps la France avait été bénie des dieux.Comme dans sa vie d\u2019avant, tout ressemblait à un tableau de Bonnard, écrit-il.Puis ce fut la chute.Celle de l\u2019écrivain «pris de boisson» accompagnant celle du pays qui se réveille aujourd\u2019hui avec la gueule de bois.« Les nations ne sont pas des reptiles : elles ignorent de quoi sera faite leur mue», écrit-il.Ce que découvre Tesson, c\u2019est une ruralité pour laquelle le progrès a été un désastre, des paysages qui sont menacés, un corps social qui est en état de choc.« La force aveugle de l\u2019époque était cette rapidité avec laquelle elle se débarrassait des vieilleries », écrit-il.Le marcheur est convaincu de lire dans ce terroir une des révolutions les plus radicales de l\u2019histoire de l\u2019humanité.La presque disparition de l\u2019agriculture bien sûr.Tout cela en moins de 40 ans ! Mais aussi la lente dissolution du ciment qui tenait ce pays impossible décrit par Fernand Braudel.Pour le dire vite : ce qui unissait le calcaire et le granit, l\u2019agriculture et la culture, Maurras et Jaurès, le sacre de Reims et la fête de la Fédération, pour reprendre la célèbre formule de Marc Bloch.C\u2019est l\u2019effacement rapide de cette fragilité qui a fait la France et ses paysages qui inquiète tant le géographe.Vers la fin de son voyage, voilà celui qui craignait surtout de passer pour ringard, et qui tenait la nostalgie pour une maladie honteuse, atteint d\u2019un étrange mal.« Je n\u2019aurai plus honte désormais de m\u2019avouer nostalgique de ce que je n\u2019ai pas connu », écrit-il.Tout plutôt que ces «alignements de maisons mortes ».Au cœur de la Malfrance Reporter de guerre confirmée, Anne Nivat est aussi une habituée des chemins noirs.Mais pas en France.Cette fois, elle a troqué la Tchét- chénie et l\u2019Irak pour la Malfrance.Dans les six villes où elle a résidé chez l\u2019habitant trois semaines chaque fois, la grande reporter dit avoir rencontré « la même défiance vis-à-vis du politique, insidieuse, profonde, sans retour».Comme Jean-Christophe Bailly, Anne Nivat décrit un «dépaysement».Le mot peut décrire un changement de décor, mais aussi un pays qui se défait.La journaliste dit avoir découvert des «no man\u2019s land » identitaires dans des quartiers où certains jeunes issus de l\u2019immigration ne se sentent pas français.Mais elle a aussi découvert partout un fabuleux «plaisir de la conversation».Une conversation qui tranche avec ces trois cafés que décrit Florence Aubenas à Saint-Gilles, dans le Gard, où le candidat proche du Front national, Gilbert Collard, venait d\u2019être élu.Le premier affichait un drapeau algérien.Dans le second, on ne cachait pas voter FN.Quant au troisième, il avait pour devise «ne m\u2019emmerdez pas!».On pourrait y voir une métaphore de la campagne présidentielle en cours.À Montbéliard comme à la Cité des Pâquerettes de Nanterre, Florence Au- benas raconte à son tour une jeunesse abandonnée en mal de balises, mais aussi de passions.Peut-être même de pays.L\u2019un de ses plus beaux À L\u2019AUBE DE LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE Ces écrivains partis à la rencontre de la France Sylvain Tesson a « marché » l\u2019Hexagone.D\u2019autres ont parcouru le pays de long en large en quête d\u2019un paysage, d\u2019une musique, d\u2019une lumière\u2026 Je n\u2019aurai plus honte désormais de m\u2019avouer nostalgique de ce que je n\u2019ai pas connu Sylvain Tesson « » VOIR PAGE F 2 : ÉCRIVAINS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 A V R I L 2 0 1 7 LIVRES > ENTREVUES F 2 s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Mario Mimeault Le plaisir de la musique avec.JEAN MARCHAND et CHARLES RICHARD-HAMELIN Jean Marchand jeudi 20 avril 19 h 30 Photo: D.Malaterre Photo: E.Delage Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Entretiens animés par Mario F.Paquet, Charles Richard-Hamelin dimanche 30 avril 19 h 30 Contribution suggérée: 5 $ animateur de Soirées classiques sur Ici Musique Un polar pour la nuit?C A R O L I N E J A R R Y C\u2019est d\u2019abord le mot «zouave» qui a séduit l\u2019auteur Pierre Breton et qui l\u2019a mis sur la piste de son deuxième roman, au sujet étonnant : le bataillon canadien des zouaves pontificaux, mis sur pied par l\u2019ancien évêque de Montréal Ignace Bourget dans les années 1860.À partir du moment où il s\u2019est intéressé au mot, il n\u2019a «plus eu le choix», dit-il: «Il fallait que je me penche sur l\u2019histoire de Montréal au XIXe siècle et de l\u2019Italie.» Tout le monde connaît le mot, poursuit Pierre Breton, joint par Le Devoir chez lui à Sainte-Ma- rie de Beauce, mais très peu de gens en comprennent le sens.Les militaires aux pantalons bouffants, dont le nom et l\u2019uniforme ont été empruntés à des unités de l\u2019armée coloniale française en Algérie (tout un héritage), n\u2019ont apparemment pas laissé un bon souvenir.«Faire le zouave» signifie «faire l\u2019idiot».Riche sujet\u2026 dont le romancier dresse une histoire jouissive, avec un petit et un grand h.Nous sommes en 1868.Les États du souverain pontife sont assiégés par les forces de Giuseppe Garibaldi qui tentent d\u2019unifier l\u2019Italie.L\u2019Église catholique du Québec décide d\u2019appuyer le pape Pie IX en lui envoyant ce bataillon de plus de 300 combattants au nom exotique.Commence alors un roman d\u2019aventures à l\u2019image de ceux qui étaient populaires au XIXe siècle, avec un héros affrontant mille péripéties.Ici, Séverin Lachapelle, un jeune Montréalais vif d\u2019esprit mais sans le sou, vit de larcins petits et grands.Il a la police à ses trousses après avoir cambriolé le sélect club privé St- James.Pour échapper à la police, il propose à un jeune homme forcé par sa famille de s\u2019enrôler dans le bataillon pontifical de partir à sa place, en prenant son identité.Et voilà le jeune bandit qui part pour Rome affublé du costume de zouave.Il accumulera les honneurs militaires, tout en continuant de séduire les belles et de faire les 400 coups.L\u2019histoire est fictive, bien sûr, mais «tous les noms des combattants zouaves évoqués dans le roman sont réels», souligne Pierre Breton, «ils sont allés en Italie».Anticléricalisme et faux héros Les romans d\u2019aventures du XIXe siècle aimaient les belles fins moralistes, mais l\u2019auteur s\u2019éloigne sur ce point du genre.Son héros, si sympathique soit-il, est un menteur, souligne-t-il : « Je voulais m\u2019attaquer au mythe du héros, un mot envers lequel je nourris beaucoup de méfiance ; le personnage principal est celui qui est décoré du plus grand nombre de médailles à Rome, mais c\u2019est un escroc.Je voulais dénoncer l\u2019hypocrisie qui entoure les faux héros.» Ce qui plaît dans ce roman, outre son sujet original qui nous fait découvrir une partie méconnue de notre histoire, c\u2019est la vive ironie distillée par l\u2019auteur envers les grands de ce monde, particulièrement le clergé de l\u2019époque, dont les discours moralisateurs sont ici joyeusement raillés.Pierre Breton admet que son roman est « teinté d\u2019une touche anticléricale », car « c\u2019est [sa] conviction, dit-il, que la caste des prêtres, quelle que soit la religion, a fait plus de mal que de bien dans le monde».Dans le Montréal du XIXe siècle Pour documenter son récit, Pierre Breton a fouillé dans les journaux d\u2019époque, les travaux universitaires et le Centre d\u2019archives du Musée McCord.Le roman regorge de détails fascinants sur le Montréal de 1868, la taverne Joe Beef, l\u2019ouverture du magasin Dupuis et Frères, le journaliste québécois Arthur Buies, qui s\u2019est joint aux forces de Garibaldi en Italie, ou les gens ordinaires, souvent très pauvres, qui gelaient l\u2019hiver à Montréal, car la corde de bois coûtait 7 $ ! « L\u2019histoire des petites gens est la plus dif ficile à trouver, admet Pierre Breton.Les livres ne parlent que des riches et des puissants.» Son roman, lui, s\u2019attache au contraire à donner une voix à ces oubliés de l\u2019histoire écrite et à se moquer des riches et de leurs pompes, ce qui fait pour beaucoup son charme.L\u2019auteur reconnaît à son roman une sensibilité idéologique, en « prenant le parti des faibles».Quant aux fameux vélocipèdes évoqués dans le titre, i ls font référence à la première course de vélo au monde, à Paris en 1868, que cer tains zouaves canadiens auraient pu voir sur leur chemin vers Rome.Ici encore, on pense aux romans d\u2019aventures à la Jules Verne, où le progrès scientifique imprègne l\u2019époque.Séverin Lachapelle s\u2019enthousiasme pour ces « vélocipèdes qui vont remplacer le cheval ».Pierre Breton note toutefois que c\u2019est la maison d\u2019édition qui a suggéré que le titre du livre fasse allusion aux vélocipèdes.Lui avait d\u2019abord intitulé le roman « Le zouave », mais il s\u2019est rangé à l\u2019idée de ses éditeurs.Le premier roman de Pierre Breton, Sous le radar, se penchait sur la guerre froide vue depuis Saint-Sylvestre de Lotbi- nière, paroisse natale de cet ancien journaliste et directeur de l\u2019information d\u2019un hebdomadaire de la Beauce.Contrairement aux romans historiques souvent sérieux et romancés, il qualifie ses romans de « légers, ironiques et sans prétention», et destinés à un public qui veut sur tout se diver tir.Comme c\u2019était le cas des romans d\u2019aventures au XIXe siècle.Collaboratrice Le Devoir LE ZOUAVE QUI AIMAIT LES VÉLOCIPÈDES Pierre Breton Boréal Montréal, 2017, 284 pages L\u2019écrivain qui aimait l\u2019histoire des gens ordinaires Pierre Breton romance le destin de ces Québécois partis combattre Garibaldi dans l\u2019Italie de Pie IX M A R I E F R A D E T T E T out juste débarqués à Québec dans la grisaille, à temps pour participer au Salon du livre, Sonia Sarfati et Lou Victor Karnas me rejoignent autour d\u2019un café.D\u2019emblée, Sonia s\u2019inquiète du bien-être de Lou, lui demande, attendrie, s\u2019il veut quelque chose à manger, à boire.Souriant devant cette attention, le jeune homme de 24 ans lui répond poliment que ça va aller.La douceur de la relation mère-fils est palpable et donne le ton à l\u2019entretien qui va suivre.Le duo offre un troisième titre, différent de ce qu\u2019il a réalisé auparavant.Quatre contre les loups (Éditions de l\u2019Homme) est un ouvrage hybride qui mêle texte et planches de bandes dessinées, le tout sur fond de super- héros.L\u2019action se passe dans la ville ordinaire d\u2019Eastwood et met en scène un quatuor qui veut sauver une maison hantée.Cette idée, Sonia Sarfati la mijotait déjà depuis quatre ans.Elle voulait écrire les origines d\u2019un groupe de superhéros.«Je trouvais que c\u2019était une bonne façon de revenir sur un thème qui est à peu près dans toute mon œuvre : l\u2019amitié.Je voulais aussi parler des apparences trompeuses et des différences qui peuvent devenir un atout si on apprend à s\u2019en servir.Présenter ça avec quatre personnages qui travaillent en complémentarité.» Or, en se mettant à écrire, Sonia Sar fati s\u2019est rendu compte qu\u2019elle touchait à quelque chose de différent, notamment à cause des scènes de combat qui commençaient à apparaître.«Ça ne me ressemblait pas ! Alors, j\u2019ai envoyé le problème à mon fils», qui a tout de suite dit oui.« L\u2019histoire me faisait penser aux Goonies [film de Steven Spielberg], aux films des années 1980, dit Lou Victor.J\u2019ai travaillé en animation, en jeu vidéo, mais je n\u2019avais jamais fait de bédé.Je me suis lancé et ç\u2019a fini par donner quelque chose de très varié.» Travailler en famille Sonia Sar fati a l\u2019habitude de travailler avec son clan, avec Lou Victor, mais aussi avec son autre fils, Jared Kar- nas, illustrateur avec qui elle collabore d\u2019ailleurs en ce moment, sur un autre projet.C\u2019est la première fois par contre que le duo Sonia-Lou Victor planche sur un livre d\u2019une telle ampleur.Si le rap- por t mère-fils a été un atout dans cette aventure \u2014 la proximité, la facilité de communication, le respect inconditionnel et réciproque \u2014, Sonia souligne à grands traits le professionnalisme des échanges et le talent de son fils.« Je ne voulais sur tout pas que ce soit perçu comme \u201cmaman a donné un contrat à fiston\u201d.Si je lui ai parlé de ce pro- jet-là, c\u2019est que je savais qu\u2019il était capable de le faire.Je ne savais pas, par contre, que ce serait aussi réussi.Les pages qu\u2019il a faites sont remarquables et ça m\u2019a forcée à mettre le texte à leur hauteur.» Pour elle, Lou Victor est le coauteur de cette histoire et i l lui a beaucoup appris.« C\u2019est le retour du balancier.Petit, c\u2019est moi qui l\u2019ai initié à bien des choses.Désormais, c\u2019est lui qui m\u2019alimente, qui m\u2019initie à l\u2019univers du comic book qui lui est familier.Cette aventure en est une d\u2019expérience et de complémentarité pour tous les deux.» Après un an et demi de travail, Quatre contre les loups, fièrement porté, est enfin terminé.Enfin ! dit Lou Victor avec soulagement, parce que, «pendant les soupers de famille, on ne savait plus vraiment quoi se dire, lance-t-il.De vivre la relation famille et collègue, ça change un peu les choses\u2026 Ça prenait de la place ».Puis, en regardant af fectueusement Lou Victor, Sonia ajoute : « On avait hâte de se retrouver entre mère et fils.» Collaboratrice Le Devoir QUATRE CONTRE LES LOUPS Sonia Sarfati et Lou Victor Karnas Éditions de l\u2019Homme Montréal, 2017, 272 pages La force d\u2019un clan au service d\u2019un quatuor de justiciers Sonia Sarfati et son fils Lou Victor Karnas dans un récit hybride et singulier portraits, tout en finesse, est celui de ces très jeunes mères de la région de la Thiérache, à la frontière belge.«Un enfant, c\u2019est déjà ça, toujours quelque chose qu\u2019on a», dit l\u2019une d\u2019elles.Plus Jean-Paul Kauf fmann s\u2019approche des sources de la Marne, plus il découvre comme Sylvain Tesson «un pays en difficulté que l\u2019on a mis peu à peu à l\u2019écar t au nom de la dépense inutile».Mais il surprend aussi une population qui ne s\u2019avoue jamais vaincue.Un peuple dans lequel il discerne «la continuité de la vie, un plaisir de vivre qui n\u2019est pas éteint, la solidarité».Le souffle d\u2019«une vraie générosité agissante».Une France qui stagne?Jean-Christophe Bailly reste pourtant convaincu qu\u2019aucune de ces strates accumulées qui font la France n\u2019est véritablement morte.Le poète évoque d\u2019ailleurs cette capacité de «dor- mance» qui désigne le pouvoir qu\u2019ont les graines de conserver longtemps leur possibilité de germination.Dans tous ces livres, au détour d\u2019une page, à la fin d\u2019un chapitre, on sent résonner cette terrible interrogation de Jean Cocteau: «Il est possible que le Progrès soit le développement d\u2019une erreur.» Une phrase que Sylvain Tesson reprend à sa manière en affirmant qu\u2019«il ne fallait pas s\u2019échiner à déraciner les choses si on n\u2019avait rien à replanter à la place».Au terme de son périple, Sylvain Tesson avoue avoir dé- couver t « un pays qui ne paraissait pas très disposé aux changements ».Une af firma- tion qui résonnerait comme un coup de tonnerre dans le paysage de cette campagne présidentielle, si on osait l\u2019entendre.Et pour cause, écrit-il : «Comment la France pouvait- elle s\u2019avancer vaillante dans l\u2019époque mondialisée alors qu\u2019elle se croyait encore un destin antique?» Pas facile de devenir épicier quand on s\u2019est rêvé tragédien ou philosophe.Le Devoir SUITE DE LA PAGE F 1 ÉCRIVAINS RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR En raison des scènes de combat qui «ne lui ressemblaient pas», Sonia Sarfati a rapidement fait appel à son fils Lou Victor Karnas.RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Le roman de Pierre Breton s\u2019attache à donner une voix à ces oubliés de l\u2019histoire écrite. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 A V R I L 2 0 1 7 F 3 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 3 Amours.Jean-Pierre Charland/Hurtubise \u2013/1 Mon fol amour Dominique Demers/Québec Amérique 4/2 La mort d\u2019une princesse India Desjardins/Homme 2/9 Plus folles que ça, tu meurs Denise Bombardier/Édito 1/9 Les portes du couvent \u2022 Tome 1 Tête brûlée Marjolaine Bouchard/Les Éditeurs réunis 3/3 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 6/28 Rue des Remparts Micheline Lachance/Québec Amérique \u2013/1 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 5 Salamandres Anne Robillard/Wellan 5/8 Des fleurs pour ta première fois Guillaume Morrissette/Guy Saint-Jean 10/2 Taqawan Éric Plamondon/Quartanier \u2013/1 Romans étrangers Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 1/3 La veuve Fiona Barton/Fleuve éditions 2/5 Le saut de l\u2019ange Lisa Gardner/Albin Michel 3/13 Fin de ronde Stephen King/Albin Michel 4/5 Danser au bord de l\u2019abîme Grégoire Delacourt/Lattès 7/5 Trilogie des ombres \u2022 Tome 1 Dans l\u2019ombre Arnaldur Indridason/Métailié 5/5 Le châtiment de Bourne Eric Lustbader/Grasset 10/6 Sous le même toit Jojo Moyes/Milady 8/7 Pénitence Philip Kerr/Masque 6/2 Tue-moi si tu peux James Patterson | Marshall Karp/Archipel 9/8 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/25 À nous la ville! Traité de municipalisme Jonathan Durand Folco/Écosociété 6/2 De quoi Total est-elle la somme?Multinationales.Alain Deneault/Écosociété 2/4 Ne renonçons à rien Collectif/Lux 3/8 La fin de l\u2019homosexualité et le dernier gay Eric Duhaime/Homme 4/3 Camarade, ferme ton poste Bernard Émond/Lux 5/13 La langue affranchie Anne-Marie Beaudoin-Bégin/Somme toute \u2013/1 Agir ensemble.Penser la démocratie syndicale Christian Nadeau/Somme toute \u2013/1 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 7/23 Nous étions le nouveau monde \u2022 Tome 3 Jean-Claude Germain/Hurtubise \u2013/1 Essais étrangers La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 1/3 La mémoire n\u2019en fait qu\u2019à sa tête Bernard Pivot/Albin Michel 3/5 Brève encyclopédie du monde \u2022 Tome 2.Michel Onfray/Flammarion 4/9 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 5/60 Un racisme imaginaire Pascal Bruckner/Grasset 2/2 Mes indépendances Kamel Daoud/Actes Sud 6/3 Révoltons-nous! 1 + 1 + 1 Alexandre Jardin/Robert Laffont 7/3 Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une.Chimamanda Ngozi Adichie/Gallimard \u2013/1 Tout est prêt pour que tout empire Hervé Kempf/Seuil 10/2 Petit traité de résilience locale Collectif/Écosociété \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 3 au 9 avril 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.C H R I S T I A N D E S M E U L E S «Q ui vit sans folie n\u2019est pas si sage qu\u2019on croit », écrivait La Rochefoucauld il y a longtemps.Marie-Eve Cotton, médecin psychiatre née en 1974, en commet peut-être une \u2014 et c\u2019est tant mieux \u2014 en publiant Pivot, un premier roman à demi sérieux en forme de comédie psychiatrique.Surnommé «Pivot », en référence à l\u2019ancien animateur de l\u2019émission Apostrophes et à sa maîtrise en littérature, Ha- drien Jalbert, 44 ans, en est à son 12e séjour en psychiatrie.Il semble plus que jamais convaincu d\u2019être victime du Système, «une organisation secrète qui disséminait l\u2019amnésie dans le monde entier».Lui qui rêvait d\u2019un destin de grand écrivain, la vie l\u2019a plutôt réduit à un statut de « visionnaire, activiste, artiste non pratiquant et psychiatrisé de carrière ».Après avoir été cette fois accusé de voies de fait sur un humoriste de Radio-Ca- nada, puis aussitôt déclaré irresponsable (« délire paranoïaque chronique »), Pivot doit faire son temps.Au quatrième étage de l\u2019hôpital Sainte-Marie, fin seul à être sain d\u2019esprit dans l\u2019unité psychiatrique, Pivot est habité par un persistant sentiment d\u2019injustice \u2014 le Système a le bras long \u2014, ses journées comme celles des quelques patients qu\u2019il côtoie s\u2019écoulent dans «une oisiveté sans repos qui rendrait cinglé n\u2019importe qui».Il y a de tout : une infirmière hilare surnommée Passe-Partout, un colosse haïtien qui se prend pour Jésus, de vieilles catatoniques, un mégalomane hyperactif qui fait bouger les nuages.Sans oublier un sans- abri surnommé le Chat de ruelle par Pivot, suivi en permanence par un groupe de Lilliputiens invisibles, qui s\u2019exprime en charades aussi hilarantes qu\u2019insensées.C\u2019est dans ce contexte que Pivot va tomber amoureux fou (bien sûr) d\u2019une jeune patiente inuite qui entend des voix, descendue d\u2019un village de la baie d\u2019Ungava.Lui sourit-elle en croisant son regard ?Il raconte à la ronde qu\u2019ils sont fiancés ou que l\u2019enfant qu\u2019elle porte est le sien.Il y a toujours plus fou que soi.Après que le lecteur a fait connaissance avec la plupart des personnages, malgré le rythme enlevé, la seconde moitié du roman s\u2019enlise un peu.Mais de fou furieux à fêlé attendrissant, Pivot se dévoile à travers une histoire familiale singulière, à la source de la « réalité alternative» dans laquelle il baigne.En fine observatrice, capable de compassion, Marie-Eve Cotton enrobe les drames et la détresse psychologique de ses personnages d\u2019une forte dose d\u2019humour.Ses dialogues résonnent aussi d\u2019une grande justesse.Ce qui n\u2019empêche pas qu\u2019on y trouve une critique légère de la psychiatrie moderne, où cer tains médecins semblent se contenter de gaver de pilules leurs patients, avec la complicité intéressée de l\u2019industrie pharmaceutique.Une fenêtre ouverte sur la triste condition de ces êtres pris au piège d\u2019un esprit malade, malgré les éclairs de lucidité.Collaborateur Le Devoir PIVOT ?Marie-Eve Cotton Vlb éditeur Montréal, 2017, 248 pages La comédie psychiatrique de Marie-Eve Cotton Pivot se promène entre esprits malades et injustice ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Katherine Raymond, qui fait des études postdoctorales en psychiatrie, livre une critique foudroyante du système de santé.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Marie-Eve Cotton, médecin psychiatre, enrobe les drames et la détresse psychologique de ses personnages d\u2019une forte dose d\u2019humour.LA FOLIE DANS LES LIGNES D O M I N I C T A R D I F Résilience.Le mot, tout aussi ubiquitaire que vidé de sa substance, champignonne trop souvent le discours aux ambitions inspirantes de ceux qui ont dû traverser une proverbiale épreuve.Après le suicide de sa mère, Katherine se drape dans l\u2019espoir de transformer son deuil en récit tire-larmes et réchauffe-cœur, presque ravie de goûter à une tragédie cousue main pouvant être racontée dans un magazine papier glacé.«Quand tu es morte, j\u2019ai enfin trouvé quelque chose à écrire, sans avoir à me soucier de l\u2019écriture.J\u2019ai écrit notre histoire pour la galerie.Une histoire que j\u2019ai faite sensible et touchante.Une fin pour tous.Une histoire de battante, d\u2019amalgames faciles, un mensonge», raconte Katherine Raymond dans Matricide, son premier roman, qui n\u2019a rien d\u2019une complaisante « histoire de battante».Au contraire.Réflexion impétueuse sur la folie dans laquelle la beauté a emprisonné sa mère, cette confession autofictionnelle mesure ce qu\u2019il reste lorsque s\u2019évapore le pouvoir d\u2019attraction d\u2019une femme jadis capable d\u2019obtenir tout ce qu\u2019elle voulait à l\u2019aide de ses yeux bleus.Réponse : « Il ne restait que le ridicule de cette femme domestique, inapte malgré toute sa grâce aux choses de l\u2019amour », condamnée à mener « seulement la vie d\u2019une image».Sentence à perpétuité Transportée en psychiatrie par l\u2019insomnie et les apparitions insistantes de sa mère morte qui l\u2019assaillent en rêve, Katherine goûtera à la dure médecine de soignants complètement obnubilés par leur DSM et par les cocktails de pilules à assembler, poussés au cynisme par des administrations aussi empa- thiques que des presse-citrons.En n\u2019aidant que ceux qui flirtent avec des recours irréversibles comme le suicide, le système de santé contraint-il des personnes fragilisées à se lancer dans le précipice afin d\u2019être prises au sérieux?La critique, certes pas nouvelle, foudroie par sa virulence, d\u2019autant plus que Katherine Raymond fait dans la vraie vie des études postdoctorales en psychiatrie.Hantée par les mêmes obsessions que Nelly Arcan, Matricide expose l\u2019hypocrisie d\u2019un monde où l\u2019obéissance et le sexe demeurent les seules monnaies d\u2019échange auxquelles doivent s\u2019en remettre celles qui, au cœur du milieu du travail, inspirent la méfiance à des hommes ne sachant les voir qu\u2019en « femmes-vulves » (pour reprendre l\u2019expression de l\u2019auteure de Putain et Folle).La grande beauté est ici une sentence à perpétuité, à purger dans une monster house ou dans un hôpital.Katherine Raymond n\u2019est certainement pas la première à contempler sous la lumière de la maladie mentale à laquelle elle peut aboutir l\u2019emprise de la beauté sur l\u2019imaginaire des femmes.C\u2019est dans la douleur de l\u2019épiphanie qui frappe sa narratrice que réside la puissance de sa rébellion contre le legs maternel.Il n\u2019y avait rien à jalouser chez sa mère, com- prend-elle durement.La lettre qu\u2019elle lui envoie est aussi adressée à toutes celles qui ne pourront échapper à l\u2019image dans laquelle l\u2019époque les a enfermées.Collaborateur Le Devoir MATRICIDE ?Katherine Raymond XYZ Montréal, 2017, 236 pages Beauté désespérée Katherine Raymond raconte ce monde où le poids de l\u2019image devient une sentence à perpétuité R A L P H E L A W A N I À l\u2019annonce de la mor t de l\u2019écrivain Glenn O\u2019Brien, la semaine dernière, une boutade footballistique du légendaire attaquant français Éric Cantona aurait pu résumer l\u2019attitude de ce raf finé passeur du milieu des arts : «Mon plus beau but?C\u2019était une passe.» À l\u2019instar d\u2019O\u2019Brien, Byron Coley fait partie de ces personnages plus grands que nature, dont le rôle consiste avant tout à braquer les projecteurs sur le talent des autres.Le chroniqueur à la revue The Wire verra la semaine prochaine son premier recueil de poésie «officiel», Defense Against Squares / Contre les caves, être publié en édition bilingue chez L\u2019Oie de Cravan.Avec une couverture signée par le bédéiste Charles Burns (Black Hole) et une préface de la musicienne Kim Gordon (de feu Sonic Youth), Defense Against Squares / Contre les caves donne immédiatement le ton.Les poèmes de Byron Coley sont le distillat d\u2019une vie passée à observer la bête \u2014 et parfois la bêtise \u2014 de l\u2019univers des courants marginaux.Le résultat est saisissant, tout comme la traduction cosignée par Chaput et Marie Frankland.Leur habile travail sur l\u2019argot américain se résume à travers le malicieux choix du mot « cave » comme équivalence à l\u2019expression anglaise «square»: une référence à la fois à l\u2019argot français d\u2019une autre époque et à un québécisme répandu.En entrevue téléphonique, l\u2019ancien chercheur de trésors du magazine Spin se fait prolixe, discutant autant de l\u2019influence qu\u2019a eu sur lui l\u2019écrivain Tom Wolfe que du talent de jeunes journalistes, comme le Canadien Jesse Locke, dont il vante la plume.«Un square, c\u2019est quelqu\u2019un qui se contente de se croire heureux avec ce qu\u2019on lui donne ; quelqu\u2019un qui ne remet rien en question», explique-t-il.Et il écrit: «Les héros les plus faciles sont cohérents / mais ceux qui nous marquent le plus / sont les maniaques inégaux / qu\u2019on découvre à une époque de notre vie / où on a besoin d\u2019être mal guidés.» Il y a quelques jours, dans les pages de ce cahier, le déluré Alexandre Fontaine-Rousseau affirmait que la critique musicale était plus excitante quand des gars comme Lester Bangs écrivaient à partir de l\u2019impulsion que la musique leur procurait.Tout n\u2019est peut-être pas perdu, aura-t-on envie de lui répondre.Pour reprendre les mots du surréaliste Louis Scu- tenaire, à qui L\u2019Oie de Cravan, qui célèbre ses 25 ans la semaine prochaine, doit son nom: «Souvent, au lieu de penser, on se fait [peut-être] des idées.» Byron Coley sera de passage dans la métropole, du 20 au 22 avril prochains, pour souligner l\u2019anniversaire de l\u2019éditeur qui a eu le flair, en 2011, de faire paraître un premier volume de ses chroniques: C\u2019est la guerre.Early Writings, 1978-1983.Collaborateur Le Devoir DEFENSE AGAINST SQUARES / CONTRE LES CAVES ?Byron Coley Traduction de Benoît Chaput et Marie Frankland L\u2019Oie de Cravan Montréal, 2017, 166 pages Survivre aux caves avec le journaliste Byron Coley LIVRES > FICTION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 A V R I L 2 0 1 7 LIVRES > FICTION F 4 D A N I E L L E L A U R I N D eux recueils de nouvelles au féminin : Si c\u2019est ça l\u2019amour, de Bronwen Wallace, et Nouvelles définitions de l\u2019amour, de Brina Svit.Deux livres d\u2019une exceptionnelle finesse.Qui vont à l\u2019essentiel.Le premier a été écrit il y a plus de 25 ans.Il y a bien quelques références datées.Peu importe.Ça permet de mesurer le passage du temps, ça comporte un certain charme aussi.Mais sur tout, sur le fond, ce qui se joue là transcende les années.Si c\u2019est ça l\u2019amour est l\u2019unique ouvrage en prose de la poète ontarienne Bronwen Wallace, morte d\u2019un cancer en 1989, à l\u2019âge de 44 ans.Publié l\u2019année suivante, son recueil vient d\u2019être traduit en français par René-Daniel Dubois, dont il faut souligner le travail d\u2019orfèvre.Une série de portraits de femmes.C\u2019est ce que nous offre Bronwen Wallace.Avec toujours, sous la surface, la glace qui se craquelle, mais sans en avoir l\u2019air, sans le crier sur les toits.Tout se passe à l\u2019intérieur.Comme dans monologue intérieur.Ce qu\u2019on ne dit pas, qu\u2019on garde pour soi.Mais qui nous hante.Jusqu\u2019à prendre toute la place.Ça pourrait vaciller.C\u2019est souvent sur le point de le faire.Les émotions qui bardassent, les larmes qui affluent.Puis on se ressaisit.On fait avec.On relève la tête et on continue.On est secrétaire dans une école, conseillère pédagogique ou infirmière.On est mariée la plupart du temps, souvent divorcée, mère très souvent.On est dans des sentiments contradictoires, entremêlés, par rapport à l\u2019amour.Par rapport à son conjoint ou à son ex, par rapport à ses enfants, ses parents.On est toujours sur le bord d\u2019éclater.Entre colère et tendresse.Oui, c\u2019est ça.Entre colère et tendresse, comme l\u2019indique si bien la citation en exergue de la poète et essayiste américaine Adrienne Rich qui donne son ton au recueil : « Colère et tendresse : parts de moi-même / Et je crois désormais que leur souf fle m\u2019accompagne / Comme celui de deux anges réconciliés.» On a connu la violence familiale, conjugale.Ou pas.On peut avoir subi des attouchements horribles à 14 ans de la part d\u2019un dentiste, sans avoir jamais osé en parler à personne, surtout pas à ses parents, même pas à sa sœur.On vient de perdre son amoureux.Cancer foudroyant.Et on lui en veut.On lui en veut de nous avoir laissées tomber comme ça.Alors qu\u2019avec lui, enfin, la vie était possible.Qu\u2019il nous avait ouvert les yeux.Amenée à faire enfin ce qui nous passionnait dans la vie.On a mis au monde des enfants, on les a élevés, on leur a tout donné.On voudrait préserver notre progéniture du danger, de la violence.Et on n\u2019y arrive pas.On s\u2019inquiète.On a la maternité inquiète.On sait quand quelque chose cloche chez nos enfants, mais on ne sait pas nécessairement quoi.On voudrait trouver les mots pour les aider.Mais quand ils sont devenus adolescents, le fossé s\u2019agrandit.Incompréhension.Incommunicabilité.Comment les aider quand ils nous tournent le dos, remplis d\u2019agressivité?Le moindre frôlement physique les horripile alors que, petits, ils avaient tant besoin de nous, de nos caresses.Un joint et Talking Heads Si c\u2019est ça l\u2019amour parle de tout ça.Mais sans s\u2019appesantir.En nous ancrant dans le quotidien ordinaire.Dans le grand ménage à faire, tiens.Qu\u2019on peut très bien entreprendre un jour de grand soleil printanier après avoir fumé un joint, en écoutant les Talking Heads.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on a trois grands ados à la maison qu\u2019on est coincée\u2026 Parmi les nouvelles les plus réjouissantes: Ces êtres à qui l\u2019on confierait sa vie.Sur les amitiés féminines, la solidarité indéfectible, malgré les différences.Elles sont quatre amies de longue date, qui se retrouvent une fois par mois, sans les maris, sans les enfants.Et elles passent en revue leur vie, partagent leurs angoisses, jusqu\u2019à plus soif.De l\u2019extérieur, ça pourrait ressembler à ceci : «Quatre femmes entre deux âges, installées autour d\u2019une table couverte de vaisselle sale dans une cuisine qui a l\u2019air d\u2019un champ de bataille le lendemain matin, en train de se saouler la gueule comme des bûcherons.» La nouvelle la plus émouvante arrive vers la fin : Lillian derrière la porte.Une femme qui s\u2019enferme dans un cabinet de toilettes, à l\u2019université.Pour écrire des lettres.À ses grands enfants, à son mari.Des lettres d\u2019amour.Des lettres d\u2019adieu.Que va-t-elle faire ensuite?Tout peut arriver.Ce pourrait être le leitmotiv du recueil de Brina Svit, écrivaine slovène établie à Paris.Son livre, en lice pour le Goncourt de la nouvelle, s\u2019ouvre sur cette citation de Susan Sontag: «Rien n\u2019est mystérieux, aucune relation humaine.Sauf l\u2019amour.» Un veuf découvre que sa femme, à qui il ne portait plus attention, avait un jardin secret.Une retraitée divorcée attend son amour de jeunesse à l\u2019aéroport.Une femme dont le mari se meurt du cancer cède au désir brûlant qu\u2019elle éprouve pour un jeune homme, tout en sachant que le pire l\u2019attend.Multipliez les situations tant que vous voulez, c\u2019est à ne rien comprendre, finalement, de l\u2019amour.Il arrive, comme ça, sans s\u2019annoncer.Il repart, s\u2019essouffle, meurt, parfois, de la même façon.Le mieux, c\u2019est quand il fait irruption, une veille de Noël, alors qu\u2019on est désœuvrée.On entre dans un magasin de meubles.Parce qu\u2019on est seule.Parce qu\u2019on retarde le moment de rentrer chez soi.Parce qu\u2019il faudrait bien s\u2019acheter une table, cesser de manger debout dans son appartement à moitié vide, penser à s\u2019installer, quoi.Alors voilà, on est là, la veille de Noël, dans un magasin de meubles contemporains, et le vendeur, attendu par sa femme pour le réveillon familial, nous of fre néanmoins champagne et foie gras.C\u2019est un début.C\u2019est un recommencement possible, peut-être.Les moments charnières dans une vie.Dans la vie d\u2019êtres décalés, en déroute.C\u2019est ce qu\u2019exploite avec un remarquable sens du détail et un brin d\u2019ironie Brina Svit dans Nouvelles définitions de l\u2019amour\u2026 pas si nouvelles que ça, d\u2019ailleurs, ces définitions, tant il y a de recoupements avec Si c\u2019est ça l\u2019amour.Collaboratrice Le Devoir SI C\u2019EST ÇA L\u2019AMOUR ET AUTRES NOUVELLES ?Bronwen Wallace Traduit de l\u2019anglais par René-Daniel Dubois Les Allusifs Montréal, 2017, 264 pages NOUVELLES DÉFINITIONS DE L\u2019AMOUR ?Brina Svit Gallimard Paris, 2017, 244 pages L\u2019amour entre détresse et enchantement Bronwen Wallace et Brina Svit touchent avec finesse toute la complexité d\u2019un sentiment LINDE ZINGARO La poète ontarienne Bronwen Wallace est morte d\u2019un cancer en 1989, à l\u2019âge de 44 ans.Y A N N I C K M A R C O U X Cité parmi les écrivains importants de son époque dès la parution de son premier roman, Au pays des hommes, Hisham Matar a connu de nombreux exils.Fils de diplomate libyen, il a habité successivement New York, Tripoli, Le Caire et Londres.C\u2019est depuis la capitale anglaise, devenue depuis sa terre d\u2019accueil, qu\u2019il apprendra, impuissant, l\u2019enlèvement de son père par le régime de Kadhafi, auquel il était ouvertement opposé.Son troisième ouvrage, La terre qui les sépare, porte sur sa quête, échelonnée sur près de vingt-cinq ans, pour le retrouver.Le récit s\u2019ouvre sur le départ imminent de Hi- sham Matar pour la Libye, après un exil de trente- trois ans.Son retour, rendu possible par la chute du régime en 2011, le mène auprès de sa famille restée au pays.Les retrouvailles, émouvantes, le mettent devant le drame de ceux qui ont «assisté à l\u2019interdiction des livres, de la musique, des films, à la fermeture des théâtres et des cinémas, à la mise hors la loi du football, et à toutes les autres manifestations sans nombre par lesquelles la dictature libyenne, comme un amant rendu fou par la jalousie, avait infiltrée les moindres aspects de la vie publique autant que privée.» Le vécu de ces gens dresse un portrait poignant, quoiqu\u2019un peu sommaire, d\u2019une Libye tour à tour soumise à la dictature, portée par l\u2019espoir de la révolution arabe, puis déçue par la courte portée des changements.La trame principale repose sur les efforts de l\u2019écrivain et de sa famille pour retrouver un père qui, aux premiers mois de sa captivité, parvenait à envoyer quelques lettres à sa famille, avant que sa correspondance ne cesse brusquement.Ce silence ne connaîtra aucune trêve.Le fils multiplie les appels aux plus hautes instances politiques, à nombre d\u2019ONG et d\u2019ambassades.Ses cris du cœur sont publiés dans plusieurs journaux internationaux, recevant l\u2019appui de Desmond Tutu.Et puis ses doléances seront entendues par nul autre que le fils de Kadhafi, donnant au deuxième tiers du récit la forme d\u2019un suspense politique, avec en trame de fond le mystère d\u2019une disparition sur le point d\u2019être révélé.La recherche d\u2019un père par son fils nous happe, attisant ces questions qui font mal: est-il mort?A-t-il été tué dans le massacre de la prison d\u2019Abou Salim aussi tôt qu\u2019en 1996?Vit-il encore, amnésique et meurtri par vingt-cinq ans de détention, de torture et d\u2019isolement?«Quand votre père a disparu depuis si longtemps, votre désir de le retrouver est égal à la peur que vous avez que cela arrive», écrit Matar.L\u2019écriture hypnotique de Hisham Matar surprend, par cette façon singulière de mettre le caractère cyclique des événements au diapason de phrases amples, laissant les mots tracer le seul chemin pour sortir du labyrinthe du désespoir.La terre qui les sépare écrit ce drame incommensurable des victimes des guerres civiles, mais reste aussi un hymne à la résilience qui seule permet la réconciliation, lorsque le « passé comme un membre sectionné, tente de s\u2019attacher au corps du présent».Collaborateur Le Devoir LA TERRE QUI LES SÉPARE ?Hisham Matar Traduction de l\u2019anglais par Agnès Desarthe Gallimard Paris, 2017, 336 pages S\u2019ébrouer contre le silence Hisham Matar signe un récit obsédant en quête de son père L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 A V R I L 2 0 1 7 LIVRES F 5 prixlitterairedescollegiens.ca CHRISTIAN GUAY-POLIQUIN remporte le prix littéraire des collégiens 2017, pour son roman LE POIDS DE LA NEIGE publié aux éditions La Peuplade.GRAND GAGNANT 2017 C\u2019 est le printemps des poètes à Lyon.Cette année, le festival porte le titre « Magnifique Printemps ! » comme pour narguer la décadence politique entourant les élections présidentielles en France.Le rendez-vous des poètes et écrivains invités se termine au fameux Look Bar, le mythique endroit du Vieux Lyon où, grâce à un archaïque disque en vinyle de Gainsbourg et les indolentes chansons live interprétées par un saltimbanque, il est possible de rencontrer des personnes de tout âge, de toutes les cultures et qui traitent de tous les sujets ! Ainsi, Luis, français d\u2019origine espagnole dont les parents ont fui l\u2019Espagne de Franco, devenu banquier probablement par réaction à un père autoritaire, parle du dernier livre de Michel Onfray, Décadence : de Jésus à Ben Laden.Vie et mort de l\u2019Occident (Flammarion) avec une telle aversion qu\u2019on se demande avec inquiétude si la France va réussir à échapper à la vague europhobe rien que pour préserver cette libre circulation des idées où un banquier déteste viscéralement un philosophe\u2026 Mourir un jour Même si sa lecture d\u2019Onfray relève d\u2019une manière de lire à la Wall Street, à savoir euphorique, en diagonale et cherchant des points à marquer, Luis n\u2019a pas tout à fait tort.Dans son dernier essai sur la décadence, Onfray tente d\u2019expliquer les raisons de la fin de la civilisation judéo-chrétienne qui, comme toute grande civilisation, doit mourir un jour.Nous assistons à la fin imminente de cette secte qui a réussi, il y a deux millénaires, à devenir une religion puis une civilisation grâce non pas à sa vérité, mais plutôt à sa force.C\u2019est pourquoi le christianisme et l\u2019islam sont des civilisations impériales avides de conquêtes et d\u2019expansion territoriales.Mais on saisit mal le lien qui les unit : l\u2019islam, c\u2019est la suite du récit judéo-chrétien ?C\u2019est aussi la fin de La Trinité monothéiste ?Ou est-il radicalement autre ?Onfray semble dire que la théocratie islamique qui tente de s\u2019imposer sur la ruine judéo- chrétienne est une solution momentanée au nihilisme occidental, car «elle entre dans cette catégorie des politiques optimistes qui escomptent un avenir radieux si on applique son plan».Or, dans cette brique monumentale de six cents pages consacrée à l\u2019origine de la décadence occidentale, il est impossible de trouver un endroit réellement consacré à l\u2019autre et à sa façon de vivre la déchéance ou la naissance, selon l\u2019emplacement de l\u2019observateur.À part deux chapitres où il est question du paradis à l\u2019ombre de l\u2019épée et de la fin de l\u2019Occident belliqueux au profit d\u2019une foi planétaire qui n\u2019a pas peur de la mort, il est à se demander si le philosophe n\u2019avait pas manqué le rendez-vous avec cette civilisation qu\u2019on étiquette de « Proche-Orient » précisément parce que, en raison de sa proximité, elle représente le miroir privilégié de notre altérité.Solitaire en dissonance Heureusement, il y a des livres moins bruyants, mais plus intimistes qui parlent de la véritable décadence qui nous guette, celle d\u2019un monde à la recherche du sens.Dans le dernier livre de Karim Akouche, La religion de ma mère (Éditions Michel Brulé), la plume qu\u2019on qualifie de « mitraillette » puisqu\u2019elle enfante les mots justes et les phrases courtes, mais coups de poing, laisse entendre les cris du cœur de l\u2019individu solitaire en dissonance absolue avec son peuple dépossédé et totalement égaré.L\u2019écrivain et dramaturge montréalais met habilement en scène un narrateur kabyle qui retourne en Algérie pour l\u2019enterrement de sa mère.Grâce à un ton juste qui traite de la décadence individuelle et collective, le livre raconte les conséquences des pensées systématiques sur les êtres qui se refusent à tous les systèmes.La langue et la culture kabyles de cette mère à laquelle le fils rend hommage par-delà la mort, démontrent avec justesse l\u2019égarement et le désespoir de tout un peuple aux pratiques païennes dans un coin du monde où il est dangereux d\u2019être multiple.« Pour nous dompter, l\u2019État a gravé la charia au fronton de nos temples.Des versets ornent nos sépultures.On a arabisé nos têtes.On a islamisé nos cœurs.Clandestins rejetés par les vagues de l\u2019histoire, nous nous sommes agrippés à des épaves de nous flottons», écrit Karim Akouche.Luis, le banquier lyonnais, a peut-être raison : de quelle décadence parle Onfray au juste s\u2019il ne se donne pas la peine de nous la raconter à partir du point de vue de l\u2019autre, comme le fait Malouf dans Les croisades vues par les Arabes et comme le fait Akouche dans La religion de ma mère.Mais pour cela, faut-il encore que l\u2019autre soit considéré comme soi-même.À LA PAGE La décadence vue par les oubliés Michel Onfray et Karim Akouche racontent le déclin d\u2019une époque par deux fenêtres très différentes F A B I E N D E G L I S E C\u2019 est peut-être de là que tout est par ti, dans les bureaux du Courrier de la presse où Jacques Prévert et son pote Yves Tanguy, copain des premiers jours de service militaire à Lunéville, se sont retrouvés au début des années 1920 pour y faire des revues de presse.Ils devaient découper à la main les articles des quotidiens parlant des clients prestigieux de l\u2019agence pour ensuite leur envoyer ces coupures par la poste.Ça n\u2019a pas duré plus que six mois.Le découpage finissant de plus en plus, sous les collages des copains espiègles, en manchettes improbables et surréalistes : « Le député Charles Brogniard / échappé du zoo de Vincennes / On est toujours à sa recherche».L\u2019anecdote est délicieusement mise en dessin dans Jacques Préver t n\u2019est pas un poète (Dupuis/Aire libre), récit d\u2019une vie signé Hervé Bou- rhis et Christian Cailleaux, et cristallise en une page l\u2019esprit de l\u2019homme qui, incidemment, a passé les dernières années de sa vie à faire des collages.Un esprit taquin, mais également frondeur, subversif et engagé qui n\u2019a eu de cesse de déjouer les dogmes et de défier les riches et les puissants pour mieux cultiver sa liberté.Jacques Préver t était tout sauf ce poète sage pour enfants scolarisés.Il a été un «braconnier révolutionnaire » dont l\u2019existence singulière, loin de l\u2019image réductrice qui lui colle à la peau, se dévoile ici dans ses fragments les plus signifiants \u2014 son contact avec les surréalistes, son incursion dans le théâtre de l\u2019agitation avec le groupe Octobre, son entrée dans le monde du cinéma\u2026 La trame narrative repose sur une succession de collages, à l\u2019image de la complexité et du caractère polymorphe de ce grand homme qui a quitté le monde des vivants il y a 40 ans, jour pour jour, mardi dernier.Hommage par collectif Les hommages viennent de par tout, y compris de Pour faire le por trait d\u2019un poète (Québec Amérique), ouvrage collectif apparu cette semaine et dans lequel Éric Cornellier, Paul Lefebvre, Yann Perreau, Stéphane Venne, pour ne citer qu\u2019eux, ainsi que Normand Baillargeon, qui a dirigé toute l\u2019opération, évoquent l\u2019œuvre de l\u2019artiste et les souvenirs personnels qui les rattachent à lui.« Je ne l\u2019ai jamais pris au sérieux, et j \u2019ai bien fait : c\u2019est exactement comme ça qu\u2019il fallait le lire», écrit François Gravel.La poésie de Préver t, ajoute Claude Vaillancourt, à la turpitude multiface, avec, «au premier rang de ses cibles : le pouvoir religieux, ridiculisé pour sa grandiloquence et ses prétentions.[\u2026] C\u2019est ce Pré- vert insoumis et rebelle, qu\u2019on retrouve aussi bien dans ses scénarios que dans ses poèmes [\u2026 ] et qui en fait un créateur encore tellement actuel ».« On dirait que le regard si sensible qu\u2019il pose sur le monde nous en dévoile l\u2019essence même », écrit Chantal Santerre, prof au collégial, dans ce petit livre sans prétention, accompagné de dessins et de collages provenant d\u2019une petite brochette d\u2019illustrateurs.Un regard sensible avec lequel on renoue autant dans le plaisir de la (re)découverte que dans l\u2019angoisse du retour, le présent trouble dans lequel l\u2019artiste a émergé ayant un peu trop de similitudes avec le présent qui cherche aujourd\u2019hui à se souvenir de lui.Le Devoir JACQUES PRÉVERT N\u2019EST PAS UN POÈTE ?Hervé Bourhis et Christian Cailleaux Dupuis/Aire libre Bruxelles, 2017, 232 pages POUR FAIRE LE PORTRAIT D\u2019UN POÈTE ?1/2 Collectif Québec Amérique Montréal, 2017, 172 pages HOMMAGE Collages en mémoire d\u2019un étonnant collagiste Des mots et des dessins rappellent Jacques Prévert au bon souvenir du présent PUQ.CA Plus de 1 500 livres à feuilleter On a tous besoin de savoir POUR AGIR La diversité qui caractérise Montréal s\u2019est transposée dans la morphologie des quartiers.Cette spéci?cité identitaire des quartiers constitue une des richesses de Montréal.Presses de l\u2019Université du Québec MONTRÉAL : LA CITÉ DES CITÉS Sous la direction de Juan-Luis Klein et Richard Shearmur 300 pages | ISBN 978-2-7605-4720-9 3200$ PAPIER 2399$ PDF EPUB DUPUIS/AIRE LIBRE Planche tirée de Jacques Prévert n\u2019est pas un poète MAYA OMBASIC L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 A V R I L 2 0 1 7 ESSAIS F 6 L I V R E S Q uand le mur de Ber- l in est tombé en 1989, j\u2019étais étudiant à l\u2019université et je cohabitais, rue Édouard-Montpetit, avec deux communistes.L\u2019un était trotskiste et l\u2019autre, maoïste.Cela donnait lieu à des débats épiques, que j \u2019arbitrais en tant que social-démocrate.Les échanges étaient corsés et souvent très intenses, mais l\u2019amitié nous réunissait.Dix ans plus tôt, une telle situation aurait été impossible.Les groupes d\u2019extrême gauche pullulaient au Québec et se détestaient les uns les autres.L\u2019 idée de discuter d\u2019égal à égal, dans la camaraderie, avec un non-commu- niste était impensable.À l\u2019époque, les jeunes militants en quête de justice sociale faisaient dans le dogmatisme rouge et prônaient carrément la révolution socialiste.Des figures comme Gilles Du- ceppe, Marc Laviolette, Françoise David et même Pierre Karl Péladeau ont donné dans cette ferveur, que l\u2019on a peine à imaginer aujourd\u2019hui.Comment, en effet, être communiste après le goulag ?Il existe pourtant très peu de témoignages directs de cette expérience.En 2007, dans Ils voulaient changer le monde (VLB), le sociologue Jean-Philippe Warren a enquêté de belle façon sur « les intentions primordiales » de ces « esprits courageux, sincères, assoif fés de dignité humaine » dont l\u2019engagement discutable a abouti dans un cul-de-sac, mais les bilans issus des acteurs eux-mêmes restent rares.Nostalgie critique C\u2019est ce qui fait le grand intérêt de L\u2019époque était rouge , un récit tout en sobriété de Gilles Morand, ex- membre de la Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada, devenue le Par t i communiste ouvrier (PCO) en 1979.Morand, dont la fidélité aux idées de gauche ne s\u2019est pas éteinte avec la dissolution du parti en 1983, narre habilement son engagement, non sans nostalgie, mais avec un constant regard critique.Un jour, le jeune militant de Valleyfield convainc son père d\u2019assister à une assemblée du groupe.« Il riait pendant les discours, s\u2019attirant des regards méprisants de certains camarades, qui se demandaient bien ce qui le faisait rigoler.Tout bien pensé, c\u2019est peut-être lui qui avait raison de trouver loufoques les idées avancées sur la scène\u2026 » écrit l\u2019ancien gauchiste aujourd\u2019hui psychothérapeute et revenu de son extrémisme.Issu d\u2019un milieu ouvrier, Morand s \u2019est faci lement laissé séduire, en 1976, par le discours de la lutte des classes et par l \u2019objectif de « la juste répar tition des richesses au sein du peuple ».Il rappelle d\u2019ailleurs que l\u2019éloquence des dirigeants des groupes d\u2019extrême gauche était remarquable.I l devient donc avec enthousiasme un militant de la Ligue communiste et lit les classiques du marxisme-léninisme, rédigés par les « cinq grands » : Marx, Engels, Lé- nine, Stal ine et Mao.La tâche n\u2019est pas de tout repos.Il faut par ticiper à de nombreuses réunions et manifestations, entretenir les locaux, tenter de recruter des membres, suivre à la lettre les mots d\u2019ordre des dirigeants, faire des contributions financières et dif fuser un journal communiste, malgré l\u2019hosti- l i té du publ ic c ible.Les rouges ne chôment pas.Contestations et convictions Morand rappelle le caractère sectaire de ces groupes, qui géraient même la vie de couple de leurs adhérents, et leur mépris des principes démocratiques.Au référendum de 1980, le PCO, comme son rival En Lutte, prône l\u2019annulation du vote.« Ça me déchirait le cœur de défendre cette ligne politique du Parti, et j\u2019avais la nette impression qu\u2019elle arrivait tout droit des camarades du Canada anglais, qui se fichaient bien de nos aspirations nationalistes », écrit Morand.Défendre les sanguinaires Staline, Mao et Pol Pot crée aussi un malaise chez lui, mais i l se sacrifie pour la cause.Il y croit.Quand ses camarades communistes l\u2019abandonnent au moment d\u2019un conflit syndical menant à son congédiement, Morand déchante.L\u2019année suivante, contesté de l\u2019intérieur par ses membres féministes, nationalistes et démocrates, et en panne de modèle sur la scène internationale, le Parti s\u2019ef fondre.Plusieurs de ces ex-rouges, dont Roger Rashi, grand dirigeant du PCO à son apogée, demeurent engagés à gauche aujourd\u2019hui (action syndicale et communautaire, Québec solidaire), ce qui témoigne de la profondeur de leurs convictions.Il y a de l\u2019amer tume et un soupçon de raillerie dans ce beau récit d\u2019une désillusion.Morand sait qu\u2019il raconte un égarement de bonne foi, raison pour laquelle il choisit la lucidité critique plutôt que la condamnation.Je le comprends : si j\u2019avais eu 20 ans à l\u2019époque, j\u2019aurais peut-être été avec lui.L\u2019ÉPOQUE ÉTAIT ROUGE MILITER AU QUÉBEC POUR UN AVENIR RADIEUX DANS UN PARTI MARXISTE-LÉNINISTE ?Gilles Morand M éditeur Saint-Joseph-du-Lac, 2017, 152 pages La vie en rouge Journée mondiale du livre et du droit d\u2019auteur Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Contribution volontaire Poésie avec les tout-petits en compagnie de Nathalie Ferraris 22 avril 10 h 30 Un poème pour ta voix Performance-hommage par des étudiants du collège Jean-Eudes 23 avril 14 h LOUIS CORNELLIER F A B I E N D E G L I S E C ar il faut bien finir par en revenir\u2026 dans les romans du moins.Le combat du Québec pour son indépendance, tel qu\u2019incarné dans sa littérature des années 1960 et 1970, a toujours fasciné le professeur de lettres Peter Klaus, de la Freie Universität Berlin, qui était de passage cette semaine au pays pour recevoir l\u2019Ordre national du Québec des mains de Philippe Couillard.C\u2019était mercredi dernier.Avec passion et détermination, l\u2019homme fait rayonner en effet la littérature québécoise en Allemagne depuis le début des années 1980.Il a fréquenté Gaston Miron, Dany Lafer rière, Jacques Lanctôt, Marie Laberge, et tant d\u2019autres.« Cette instrumentalisation de la littérature pour un but idéologique a donné un corpus singulier dans ces années-là, a indiqué l\u2019homme dans une entrevue accordée au Devoir plus tôt cette semaine.Mais heureusement, cette époque est révolue et l \u2019on s\u2019en réjouit, parce que l\u2019embrigadement des ar tistes, des auteurs en politique, ce n\u2019est pas toujours salutaire pour la création.» Dans l\u2019univers romanesque, les temps \u2014 et sur tout les mono-obsessions \u2014 ont bien changé.Et c\u2019est ce que confirme d\u2019ailleurs le collectif d\u2019auteurs dans Que devient la littérature québécoise ?Formes et enjeux des pratiques narratives depuis 1990 (Nota Bene).Le bouquin assemble des textes de David Bélanger, d\u2019Élisabeth Nardout-Lafarge, de Lise Gauvin et de Myriam Suchet, entre autres, sur le déplacement du cadre de la mémoire porté par le roman, ses éclatements, sa féminisation, son américanité\u2026 Diversité et pluralité Loin de la cohésion du propos assurée par « les projets moderne et néonationaliste » portés par la littérature de la Révolution tranquille, l\u2019univers romanesque témoigne depuis plus de deux décennies d\u2019une plus grande diversité d\u2019intérêts et d\u2019une pluralité des voix, exposent en guise d\u2019introduction Rober t Dion et Andrée Mercier, les deux universitaires qui ont piloté cet exercice de réflexion en groupe.La production littéraire laisse couler la multiplicité des cultures, des sous-cul- tures, des niches, même, entre ses lignes.Les ramifications de la pensée qu\u2019elle expose sont multiformes, au diapason d\u2019ailleurs de celles qui permettent d\u2019appréhender les réalités du présent.Nouvelle appropriation du fait social, y compris celui qui vient du passé, sor te de trivialité qui s\u2019impose comme « un véritable horizon de référence », une « filiation choisie parmi un legs mondial éclectique, mémoire empruntée, affirmation ironique de l\u2019autorité narrative, croyance for te dans le pouvoir des fables, réflexe communautaire opposé à l\u2019individualisme de la modernité et de la postmodernité », les contours de la chose littéraire québécoise contemporaine sont complexes, loin désormais « de la question nationale » et même de l\u2019obsession de l \u2019 intimisme qui a suivi, peut-on lire dans une série d\u2019analyses universi - taires de très bonne tenue portant sur les œuvres de Catherine Mavrikakis, d\u2019Éric Plamondon, de Nicolas Dick- ner, de Dany Laferrière, de Simon Boudreault et de plusieurs dizaines d\u2019autres.Le roman québécois d\u2019au- jourd\u2019hui, écrit René Audet, un des nombreux contribu- teurs, se fait le « terreau d\u2019une riche et complexe problématisa- tion du rapport entre le soi et le contexte social et culturel ».Dans ce contexte, le personnage devient « un être instable et poreux à son milieu et une icône des apories ontologiques contemporaines ».Les protagonistes des fictions du moment « ne s\u2019imposent plus par leur étof fe, ni même par leur ethos.Désengagés, passi fs , anonymes, ils sont souvent simplement ser tis au cœur de circonstances et de discours qui les balisent, les saisissent et les propulsent ».Et ce, comme autant de témoins fictifs, en fait, d\u2019une littérature bien réelle, foisonnante et riche qui, de toute évidence, est bien de son temps, et ne s\u2019écrit certainement pas sous cloche.Le Devoir QUE DEVIENT LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE ?Sous la direction de Robert Dion et Andrée Mercier Nota Bene Montréal, 2017, 424 pages ANALYSE DISCURSIVE Voyage dans la singularité d\u2019un univers romanesque atypique La complexité, la diversité et l\u2019ouverture coulent depuis plus de 20 ans entre les lignes de la littérature québécoise ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les contours de la chose littéraire québécoise contemporaine sont complexes, loin désormais «de la question nationale».M I C H E L L A P I E R R E Le terme « acceptabilité sociale» se rapporte à l\u2019appui populaire accordé ou non à un projet matériel dans un milieu donné.Depuis une dizaine d\u2019années au Québec, il inspire les débats sur nombre de projets, comme celui de l\u2019oléoduc Énergie Est ou celui d\u2019éoliennes en zone habitée.Au lieu du cri égoïste « Pas dans ma cour ! », Pierre Battelier et Marie-Ève Maillé préconisent un discernement nourri de l\u2019expérience acquise par les Premières Nations.Lui est doctorant en sciences de l\u2019environnement.Elle enseigne à l\u2019UQAM comme spécialiste des impacts sociaux des grands projets.Ils ont écrit l\u2019ouvrage Acceptabilité sociale : sans oui, c\u2019est non pour démystifier, soutiennent-ils, un « jargon [de] technocrates », un « fourre-tout» susceptible de duper la population en la divisant davantage.En Amérique du Nord, la participation autochtone aux luttes écologistes confère à celles-ci une dimension universelle orientée vers le progrès, se réjouissent-ils.Par l\u2019anthropologie la plus profonde s\u2019enracinent ainsi dans l\u2019histoire du continent des débats qui autrement risquent de dégénérer en palabres pour profiter en fin de compte à l\u2019ordre établi, cher aux tenants d\u2019un prétendu progrès.Les auteurs en sont très conscients, même s\u2019ils ne s\u2019emploient guère à montrer que les contestataires amérindiens imposent leur voix emblématique ailleurs que dans les seuls médias.Ils associent avec raison le militantisme québécois contre le Plan Nord et l\u2019exploitation du gaz de schiste à la récente lutte des Sioux de Standing Rock, aux États-Unis, contre l\u2019oléoduc Dakota Access.Mais on aurait aimé qu\u2019ils se réfèrent à Tristes Tropiques (1955), de Claude Lévi-Strauss.L\u2019intérêt pour les cultures autochtones ne s\u2019y confond pas avec une idéalisation béate de l\u2019« homme naturel ».Il permet de mieux comprendre, comme l\u2019avait fait Jean-Jacques Rousseau, la fragilité de la culture occidentale.Pourtant, Battelier et Maillé doutent qu\u2019après le référendum positif sur le retrait du Royaume-Uni de l\u2019Union européenne et l\u2019élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, deux victoires populistes qui les désolent, les bonnes intentions et l\u2019éloquence suffisent.Les progressistes doivent inciter les gens à dépasser le quotidien de la vie privée pour atteindre une vision planétaire des problèmes.Battelier et Maillé signalent que c\u2019est possible en parodiant la pensée de l\u2019adversaire : «Si vous êtes contre le gaz de schiste, vous êtes en faveur d\u2019une augmentation des tarifs de garderies.» Ou encore : «C\u2019est par solidarité avec des pays en développement qu\u2019il nous faut exploiter les ressources naturelles du Québec, puisqu\u2019on ne peut pas piller celles du Sud tout en gardant les nôtres en réserve pour plus tard.» De la novlangue imaginée par George Orwell, ils ont retenu la puissance destructrice de la satire.Collaborateur Le Devoir ACCEPTABILITÉ SOCIALE : SANS OUI, C\u2019EST NON ?Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé Écosociété Montréal, 2017, 304 pages TENSIONS SOCIALES Dans une gauche au charme orwellien Deux universitaires livrent une satire de la notion d\u2019acceptabilité sociale dans les débats écolos québécois ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Les auteurs s\u2019inspirent notamment des débats soulevés par l\u2019installation d\u2019éoliennes dans des milieux habités.Communiste ayant défroqué, Gilles Morand revient dans un témoignage acidulé sur ses années de militance "]
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