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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-02-25, Collections de BAnQ.

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[" C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 F É V R I E R 2 0 1 7 Micheline Lachance dans l\u2019antichambre d\u2019un pays d\u2019Amérique Page F 3 Les coquins à cravatte démasqués par Serge Truffaut Page F 6 Une douce subversion À 60 ans, Gaston Lagaffe reste un révolutionnaire tranquille à l\u2019esprit toujours aussi inspirant PATRIMOINE LITTÉRAIRE âge qui prend de l\u2019 Voilà tout ce qu\u2019il mérite : pour souligner les 60 ans de naissance du célèbre personnage d\u2019André Franquin, Le Devoir a demandé à quatre bédéistes, Luc Bossé, Jean-Paul Eid, Philippe Girard et Michel Rabagliati, d\u2019imaginer un Gaston La- gaf fe dont les traits auraient été altérés par l\u2019inéluctable fuite du temps.Un hommage fantaisiste à la hauteur de ce héros évidemment sans âge devenu tout aussi singulier qu\u2019éternel.F A B I E N D E G L I S E A quelques jours de son soixantième anniversaire de naissance, le 28 février prochain, la question a une dimension loufoque, décalée et improbable qui lui va finalement comme un gant : si Gaston La- gaffe, célèbre personnage de bande dessinée mis au monde par André Franquin en 1957, était réellement devenu sexagénaire, plutôt que de rester figé dans sa jeunesse éternelle, que ferait-il aujourd\u2019hui ?« Il ressemblerait à André Franquin à cet âge-là», lance à l\u2019autre bout du fil le metteur en scène français Numa Sou- dal, intime du bédéiste jusqu\u2019à sa mort en 1997 et auteur de l\u2019essai Et Franquin créa La- gaffe (DistriBD/Schlirf Book) en 1985.Le Devoir l \u2019a joint dans les derniers jours dans le sud de la France, où il vit.« Il serait un vieil anarchiste libertaire, farceur et plein d\u2019amour pour tout le monde.» «Moi, je le vois plutôt chargé de répondre aux courriels reçus dans une entreprise œuvrant dans l\u2019industrie du jeu vidéo, résume le bédéiste Philippe Girard qui, comme des millions de bédéphiles à travers la francophonie, a laissé les frasques de ce héros sans emploi bercer ses lectures de jeunesse.Son bureau serait moins encombré que celui qu\u2019il avait aux éditions Dupuis, mais il aurait un vieil ordinateur amélioré par ses soins pour fonctionner avec des épluchures de carottes.» «Il travaillerait chez Walmart, où il multiplierait les gaffes et les bévues, contribuant à faire s\u2019écrouler le système capitaliste, renchérit Michel Rabagliati, père de la série Paul.Et comme c\u2019était le cas chez Spirou, personne ne saurait vraiment pourquoi il est là, ni qui l\u2019a embauché.» Pourquoi pas ?Il pourrait aussi travailler pour «un ministère, une ambassade, voire un bureau politique», croit le dessinateur Jean-Paul Eid.«Bref, un endroit où les règles sont très rigides et la rectitude politique de rigueur.Il empêcherait sans le savoir les signatures d\u2019ententes collatérales, de déréglementation, de construction de pipelines ou l\u2019extraction des gaz de schiste», ajoute l\u2019homme derrière les aventures de Jérôme Bigras, un autre facétieux sympathique qui a laissé sa marque dans l\u2019univers du 9e art.Au commencement\u2026 Héros ordinaire mais marquant et toujours aussi inspirant depuis désormais six décennies, voilà le destin qu\u2019une simple case a scellé dans le numéro 985 du Journal de Spirou en février 1957 en faisant apparaître à la page 5, comme sorti de nulle part, ce dadais un tantinet flandrin, homme sans emploi, sans but, sans attaches, sans objectif, être banal devenu figure singulière de la bande dessinée franco-belge.« Tiens, si on foutait dans le journal un personnage de bande dessinée mais qui n\u2019est pas dans une bande dessinée tellement il est con ! » avait proposé alors André Franquin à l\u2019époque au rédacteur en chef Yvan Del- porte.«Et on a un peu conçu le gaf feur ensemble à par tir de là», relate-t-il dans ce souvenir reproduit dans Gaston au-delà de Lagaf fe (Bibliothèque Centre Pompidou/Dupuis), catalogue exhaustif d\u2019une exposition consacrée au personnage VOIR PAGE F 2 : GASTON FRANQUIN S.A.Première apparition de Gaston dans le Journal de Spirou, no 985 du 28 février 1957.Original.FRANQUIN S.A.JEAN-PAUL EID «Il pourrait aussi travailler pour un ministère, une ambassade, voire un bureau polique», raconte Jean-Paul Eid en imaginant Gaston Lagaffe sexagénaire.«Le rire est tellement précieux, vous savez.» L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 F É V R I E R 2 0 1 7 LIVRES > BANDE DESSINÉE F 2 Lancement-causerie avec Louise Vandelac et Gill es McMillan Jeudi, 9 mars, 19h Librairie Le port de tête 262, av.du Mont-Royal e st D O S S I E R Avancez en arrière ! Quand le progrès tourne à la catastrophe à Paris en ce moment.La suite fait partie de la petite histoire de la bande dessinée.Au fil des semaines, le cheveu-sur-la-soupe multiplie les apparitions dans le Journal, en noir et blanc, stoïque derrière la porte de la rédaction qu\u2019il vient de franchir, page 6 du no 986, puis en couleur fin mars, s\u2019allumant une clope alors que Fantasio aler te les lecteurs : « Attention ! Depuis quelques semaines, un personnage bizarre erre dans les pages du journal.Nous ignorons tout de lui.Nous savons simplement qu\u2019il s\u2019appelle Gaston.Tenez-le à l\u2019œil ! Il m\u2019a l\u2019air d\u2019un drôle de type », peut-on lire.Drôle de type, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, qui le 9 mai va empêcher la publication d\u2019un texte du journal en mettant sa tête devant l\u2019objectif à l\u2019imprimerie au moment de la photographie de la page 24.En lieu et place, le lecteur y trouvera alors le gros plan d\u2019un visage entré depuis dans l\u2019imaginaire de deux générations.Gaston, une nécessité Cette introduction d\u2019un personnage, à une époque où la bande dessinée est figée dans la poussière de ses codes fondateurs, relève du génie.« Gaston tranchait avec le reste de la production de la bande dessinée franco-belge, dit Numa Soudal.C\u2019est le premier héros sans emploi, et surtout le point de dépar t d\u2019une bande dessinée moins rigide » por teuse de revendications sociales, environnementales, politiques fortes posées dans un espace ludique pour en atténuer la violence.« Gaston a libéré les dessinateurs et les lecteurs de leur carcan.Au- jourd\u2019hui, il est un héros plus reconnu chez les jeunes que Spirou, Boule et Bill ou même Tintin.Sans doute parce qu\u2019il incarne ce besoin de jeunesse et de liber té que nous avons encore tous.» « On devrait ê tre comme Gaston au moins une fois par semaine, lance Michel Raba- gliati, qui souligne l\u2019humanisme du personnage héritier de l\u2019anticonformisme et du sens critique de son géniteur, ne jamais s\u2019en faire avec rien, se contenter de ce que l\u2019on a, profiter des petits rien de la vie », un appel au mimétisme partagé à en croire les célébrat ions entourant le soixantième anniversaire de la naissance de Gaston La- gaffe et qui, en chœur, insistent toutes sur l\u2019importance de se réconforter au contact de ce personnage.« Le présent est tellement calamiteux qu\u2019un peu de rêve, de fantaisie, de résistance, ça ne peut pas faire de mal, expose Numa Soudal.Gaston n\u2019est pas juste un gaf feur, c\u2019est sur tout un rebelle, un révolutionnaire, tendre et doux.C\u2019est une petite bombe qui désamorce les gens sérieux qui ne pensent qu\u2019à eux, qu\u2019à l\u2019argent, qu\u2019au pouvoir et qui est en guerre constante contre la bêtise.C\u2019est ce grain de sable dans le système, mais ce grain de sable plein de poésie » condamné à rester éternellement jeune, peu importe les règles temporelles que l\u2019on peut chercher à lui imposer.Car même de ce système, Gaston Lagaf fe a réussi à s\u2019extraire.Le Devoir Quatre dessinateurs et leur Gaston La première fois est toujours la plus mémorable.Comment Luc Bossé, Jean-Paul Eid, Philippe Girard et Michel Rabagliati ont- ils fait la connaissance du personnage mis au monde en 1957 par André Franquin?« Mon cousin avait quelques gros volumes compilation du Journal Spirou.Je devais avoir six ou sept ans lorsque j\u2019ai lu mes premiers gags dans un de ces gros livres.Ensuite, j\u2019ai rapidement lu tous les albums de la série parus jusque-là.J\u2019ai reçu le 14e album, La saga des gaf fes, en cadeau, à mes huit ans.Je me souviens que cet album était partout (en tout cas, dans mon souvenir d\u2019enfant).J\u2019étais vraiment fasciné par le design des inventions de Gaston.» \u2014 Luc Bossé « C\u2019est flou, mais je crois que c\u2019est dans la bibliothèque d\u2019une connaissance de mes parents qui collectionnait les bédés.Elles étaient toutes bien classées.On ne pouvait pas prendre les albums qu\u2019on voulait, il n\u2019y avait que quelques titres que les enfants avaient le droit de feuilleter.Et au milieu de ces mètres de tablettes bien cordées où rien ne dépassait, j\u2019ai découvert l\u2019incarnation même du chaos : Gaston ! » \u2014 Jean-Paul Eid « Un jour, j\u2019ai reçu un gros album Spirou comme cadeau de Noël.On pouvait suivre en feuilleton diverses séries comme Yoko Tsuno, les Tuniques Bleues, Docteur Poche et Gaston.C\u2019est comme ça que je l\u2019ai découvert.J\u2019avais très peur que mon petit frère brise cet album, donc je le rangeais sous mon lit.Un jour, ma mère l\u2019a trouvé en faisant le ménage et elle a cru que je le cachais parce qu\u2019il y avait quelque chose de subversif ou de vulgaire dans ce livre.Je me souviens aussi que Franquin s\u2019amusait avec sa signature au bas des planches en y ajoutant un dessin ou même des phylactères pour compléter le gag.Tout ça me passionnait.» \u2014 Philippe Girard « J\u2019ai connu Gaston en 1972, j\u2019avais 11 ans.C\u2019est dans le Journal de Spirou que je l\u2019ai vu pour la première fois.Et même si je n\u2019étais qu\u2019un enfant, mon œil a été totalement conquis par le trait généreux, précis et virevoltant de Franquin.J\u2019ai essayé d\u2019imiter Franquin tout de suite, mais c\u2019était excessivement difficile ; on ne s\u2019en rend pas tellement compte avant d\u2019avoir essayé.Gaston et son univers, c\u2019est le résultat de décennies d\u2019observation.Le style de Franquin est très complexe, on ne peut dessiner comme ça que si on connaît parfaitement le squelette et la musculature des êtres.Le chat de Gaston en est le plus bel exemple, quand on le voit manger, marcher, courir, freiner, on ne peut s\u2019empêcher de penser à tout le travail d\u2019observation qu\u2019il y a derrière ça.Tout est juste, jusqu\u2019au bout du poil.» \u2014 Michel Rabagliati F A B I E N D E G L I S E «C\u2019 est très nice ! » Très «nice» ?Pourquoi pas ! En refermant le tome I des aventures de Jimmy Tornado (Presses Aventure) \u2014 Atlas ne répond plus, c\u2019est son titre \u2014, un petit gars de neuf ans a été visiblement conquis par cette nouvelle série qui vient de faire son apparition dans la cosmogonie bédéesque du Québec.Frédéric Antoine est au scénario.Jean-François Vachon est à l \u2019 i l lustration pour donner corps à ce récit d\u2019aventures qui a pour héros et pour narrateur un\u2026 gorille de 120 kilos, aux yeux marron et à « l\u2019attitude typique d\u2019un ado humain » : « fonceur et nonchalant à la fois, têtu et parfois maladroit ».Toute ressemblance avec un personnage ayant déjà existé ne peut être que fortuite, car Jimmy Tornado est loin d\u2019être un oisif paresseux.Avec sa demi-sœur Guadalupé, il forme en effet un duo d\u2019enquêteurs internationaux traquant partout, y compris au pied de la tour de Radio-Canada, des phénomènes étranges.Humour potache, situations décalées et doigt dans le nez, tous les ingrédients sont là pour divertir tout en interpellant l\u2019intelligence et l\u2019esprit critique du jeune lecteur.Facétieux, Jimmy Tornado l\u2019est, en débarquant au pôle Nord avec une planche de surf.Mais il l\u2019est toujours moins que les robots détraqués, les araignées géantes lancées sur la ville ou les extraterrestres loufoques qu\u2019il traque.Dans le genre, voilà un autre petit comique qui revient décrisper les zygomatiques de la frange ascendante du lectorat : le Petit Barbare de Midam, Adam et Patelin qui, dans Very bad trip, livre sa 15e aventure de la série très populaire chez les 6-15 ans intitulée Game Over (Mad Fabrik).On y retrouve cette interminable, mais toujours aussi brillante, relecture du mythe de Sisyphe, avec ce personnage qui cherche à libérer la princesse, contre toute logique et loi de la nature ou de la physique.Un peu à l\u2019image d\u2019un Monsieur De Mesmaeker qui n\u2019arrive jamais à signer ce foutu contrat.Nelson (Dupuis), lui, est d\u2019une autre trempe.Celle des petits rigolos qui se foutent du monde en laissant leur regard faussement naïf se poser sur les paradoxes et incohérences de leurs contemporains.Il continue de le faire dans Cancre interga- lactique, le 17e épisode de ces aventures dans le monde des grands que ce personnage, comme un certain Gaston, aime bien railler, pour mieux retarder ou éviter de tomber dedans.Le Devoir JIMMY TORNADO TOME I : ATLAS NE RÉPOND PLUS ?1/2 Frédéric Antoine et Jean-François Vachon Presses Aventure Montréal, 2017, 64 pages GAME OVER TOME XV : VERY BAD TRIP ?Midam, Adam, Patelin Mad Fabrik Bruxelles, 2017, 46 pages NELSON TOME XVII: CANCRE INTERGALACTIQUE ?1/2 Bertschy Dupuis Bruxelles, 2017, 48 pages JEUNESSE Les nouveaux facétieux Jimmy Tornado, le Petit Barbare, Nelson\u2026 les espiègles du 9e art sont nombreux à marcher sur les traces de Gaston Lagaffe s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC LA CENSURE DES JOU RNAUX JAUNES AU QUÉBEC, 1 955-1975 N Vi i aste m ane a v SUITE DE LA PAGE F 1 GASTON LUC BOSSÉ PRESSES AVENTURE Planche extraite de Atlas ne répond plus J\u2019étais vraiment fasciné par le design des inventions de Gaston Luc Bossé « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 F É V R I E R 2 0 1 7 FICTION F 3 M I C H E L L A P I E R R E «N ul doute dans mon esprit, la France de Louis XV, désinvolte et ingrate, a cédé la Nouvelle-France à l\u2019Angleterre sans se soucier du sort des Canadiens qui l\u2019avaient défendue au prix de leur sang», écrit Micheline Lachance au terme de son roman Rue des Remparts, consacré à la Conquête britannique de 1759-1760 vécue par deux femmes de l\u2019époque.Son livre tranche sur la médiocrité de tant de nos romans historiques par la passion de la vérité.Comme elle l\u2019avait fait dans Le roman de Julie Papineau (1995-1998), sur la perception de la révolte de 1837-1838 et de ses suites par la femme du maître à penser des patriotes, c\u2019est à travers le regard féminin qu\u2019elle décape l\u2019histoire de l\u2019autre événement-clé de notre évolution collective.Les hommes, si sûrs d\u2019eux-mêmes dans l\u2019art de la politique, de la guerre et aussi dans celui d\u2019analyser le monde, s\u2019y retrouvent comme de petits garçons prétentieux en butte à leurs chimères.Voilà l\u2019impression, nourrie de sympathie et exempte de malice, que nous communique Micheline Lachance.Par un souci constant d\u2019authenticité, la romancière expérimentée construit les dialogues des principaux personnages à l\u2019aide de leurs journaux intimes et de leurs lettres laissés à la postérité.La Canadienne Geneviève de Boishébert, mariée au militaire Charles-François de Lanaudière, Canadien lui aussi, entretient une liaison adultère avec le Français Louis-Joseph de Montcalm, le général sur qui repose le sor t du Canada.Une amitié la lie à une autre Canadienne, Catherine de Verchères, femme de Pierre de Beaubas- sin, qui, né au bord du lac Saint-Pierre, ser t d\u2019intermédiaire avec les Amérindiens.Les deux dames se disputent le cœur de Montcalm.Documentée, Micheline La- chance excelle à décrire le relâchement des mœurs qui affecte la classe la plus aisée de la Nouvelle- France dans les années 1750 : l iaisons adultères et autres aventures galantes, beuveries, joyeuses bombances, jeux de hasard, corruption financière.Pendant ces années folles, le peuple, lui, ne profite guère d\u2019une fugace prospérité.Le conflit profond entre le Français Montcalm et le Canadien Pierre de Vaudreuil, gouverneur de la Nouvelle- France, envenime la situation.La marquise de Vaudreuil se fait l\u2019écho de son mari en soulignant que Montcalm traite « durement » les miliciens.Elle précise : « Pourquoi ?Parce qu\u2019ils sont Canadiens.» Montcalm dit : « Les Canadiens sont tout aussi indisciplinés que les sauvages.» Son jugement mesquin est loin de la réflexion si moderne de sa maîtresse Geneviève de Boishébert : « Un jour viendra où une femme pourra aimer deux hommes à la fois, sans que la société s\u2019en of fusque.» Elle se joint à une autre idée novatrice que suggère Micheline Lachance : la colonie aura à se libérer de deux jougs, le nouveau, celui de la Grande-Bre- tagne, et l\u2019ancien, encore réel par la culture, celui de la France, pour devenir un pays d\u2019Amérique.Collaborateur Le Devoir RUE DES REMPARTS ?1/2 Micheline Lachance Québec Amérique Montréal, 2017, 512 pages FICTION HISTORIQUE Dans l\u2019antichambre d\u2019un pays d\u2019Amérique Avec sa passion pour la vérité, Micheline Lachance jette un regard neuf sur la Conquête anglaise du Canada C A R O L I N E J A R R Y U ne belle surprise que ce nouveau roman de Suzanne Aubry, qui joue agréablement sur deux tableaux, un côté pile amusant et léger et un côté face plus sérieux, sur la question du statut d\u2019auteur.Je est une autre est l\u2019histoire d\u2019une scénariste montréalaise au chômage, Anaïs Vaillancourt, qui accepte à contrecœur de travailler comme écrivain fantôme pour une importante productrice d\u2019émissions de télévision.Ladite productrice demande ensuite à Anaïs d\u2019aller la représenter à un festival de télévision à Cannes en se faisant passer pour elle (d\u2019où le titre).Après diverses péripéties plutôt comiques qui nous montrent les dessous du festival, Anaïs abandonnera son rôle de scénariste anonyme et décidera d\u2019écrire un roman (celui qu\u2019on a sous les yeux, un roman dans le roman), « seule façon de laisser une trace durable de notre passage sur cette terre».Je est une autre s\u2019appuie sur une intrigue rondement menée pour aborder le thème de la création littéraire à partir de dif férents angles.La narratrice, Anaïs, se rend compte que sa productrice pige sans vergogne ses idées de scénario dans les séries à succès comme Breaking Bad et Lost, soulevant la question de la paternité de l\u2019œuvre : appartient- elle à tous, une fois qu\u2019elle est sur la place publique?Elle rencontre ensuite un professeur de littérature qui s\u2019intéresse au cas d\u2019Auguste Maquet, écrivain fantôme pour Alexandre Dumas, dont le travail d\u2019auteur n\u2019aurait jamais été reconnu à sa juste valeur.Le titre même du roman, Je est une autre, paraphrase Rimbaud, dont la fameuse expression « je est un autre » évoque un dédoublement de l\u2019auteur, le conscient et l\u2019inconscient.Une trame gémellaire Le thème du double revient d\u2019ailleurs souvent dans le roman.Anaïs a un frère jumeau qui est mort peu de temps après sa naissance.Elle-même accouchera de jumelles.Elle tombe enceinte à la suite d\u2019une relation sans lendemain et se demande si elle va garder l\u2019enfant, jouant de nouveau avec le thème de la paternité anonyme.Interrogée par son éditrice sur les raisons qui l\u2019ont amenée à écrire un roman, elle répond: «Pour avoir l\u2019impression d\u2019exister », après avoir écrit dans l\u2019anonymat.Le statut de l\u2019auteur revêt ici d\u2019autant plus d\u2019importance quand on sait que dans la vraie vie, Suzanne Aubr y a défendu les droits des auteurs, à titre de présidente de la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma.Le roman est bien ficelé, souvent drôle et plein de clins d\u2019œil au métier de scénariste, que l\u2019au- teure a longtemps exercé.Elle s\u2019amuse visiblement en montrant au lecteur les codes du scénario (on imagine aisément le roman adapté au cinéma).Le personnage d\u2019Anaïs est sympathique et attachant, et la plupart des autres personnages sont bien campés, sauf l\u2019amoureux de passage, au début, qui semble un peu égaré dans le roman.Pour Suzanne Aubry, qui est surtout connue pour sa série de romans historiques Fanette, Je est une autre marque un changement de cap vers un univers ludique qu\u2019on a plaisir à lire.Collaboratrice Le Devoir JE EST UNE AUTRE ?1/2 Suzanne Aubry Libre Expression Montréal, 2017, 280 pages FICTION QUÉBÉCOISE Moi et l\u2019autre Je est un autre, roman ludique de Suzanne Aubry, est un être à deux visages PEDRO RUIZ LE DEVOIR C\u2019est à travers le regard féminin que Micheline Lachance décape l\u2019histoire de la Conquête britannique de 1759-1760.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le roman de Suzanne Aubry est bien ficelé, souvent drôle et plein de clins d\u2019œil au métier de scénariste.C H R I S T I A N D E S M E U L E S Au cours de l\u2019Exposition universelle de Montréal de 1967, un jeune couple de Québécois fait la rencontre de quelques membres enthousiastes de la délégation cubaine.Deux mois plus tard, tous les deux débarquent à La Havane, la tête remplie d\u2019idéaux, de craintes et de fantasmes.Louise, la narratrice du premier roman de Claudine Potvin, Le sexe de Fidel, avait tout juste vingt ans, alors que son copain Marc, qui se disait «poète radical», avait quelques années de plus.Ils y passeront toute une année.Une année à s\u2019éloigner, à se retrouver, à se perdre.Quarante ans plus tard, à l\u2019heure de raconter son expérience, Louise tente de mettre de l\u2019ordre dans ses souvenirs et dans ses sens à travers le bilan de ces années gorgées de passion et de mythes, de littérature latino-américaine et de musique.Cuba, il est vrai, n\u2019était pas le paradis qu\u2019on lui avait fait miroiter et une certaine misogynie y régnait.Elle va le découvrir assez vite, malgré l\u2019épais vernis d\u2019un discours révolutionnaire qui prônait l\u2019égalité entre les classes, les sexes et les couleurs de la peau.Mais au cœur de cette ambiance chaude, le désir reprend ses droits.« Au- jourd\u2019hui, je refuse de m\u2019émerveiller de votre chaleur, de votre fausse joie de vivre, de votre énergie, de votre résistance, de votre métissage.Rongées par l\u2019histoire, les luttes inutiles, le cordon autour du cou, les chaînes au pied, les Antilles pleurent encore.» Dans cette «île fondamentale» ramollie sous le soleil de son dictateur omniprésent, la jeune Québécoise va connaître deux fortes histoires d\u2019amour tropicales \u2014 avec un peintre plus âgé, puis avec un poète, Pablo.Elle reviendra dans l\u2019île deux ans après ce premier séjour, retrouver son Pablo avant de le quitter une autre fois, abandonnée à la confusion des sens et des sentiments.Originaire de Saint-Félicien au Lac-Saint-Jean, née en 1947, Claudine Potvin a longtemps enseigné la littérature à l\u2019Université de l\u2019Alberta.Côté fiction, elle est déjà l\u2019auteure de trois recueils de nouvelles, Détails, Pornographies (L\u2019instant même, 1993 et 2002) et Tatouages (Lé- vesque éditeur, 2014).L\u2019écriture est sensuelle, les phrases souvent fortes, Le sexe de Fidel contient de belles pages sur le désir au féminin.Mais Claudine Potvin n\u2019a pas su éviter certains des écueils qui guettent tout auteur d\u2019un premier roman.Ainsi, la présence de nombreuses notes de bas de page, offrant des précisions historiques ou culturelles, apparaît comme une erreur.Si elles sont parfois intéressantes, elles brisent le rythme et le ton de la narration \u2014 en plus de laisser un arrière-goût didactique.La structure un peu confuse du roman a aussi pour effet d\u2019affaiblir son récit.En glissant, de façon assez inexplicable, vers une narration à la troisième personne, le dernier tiers du livre rompt avec ce qui faisait une grande part de l\u2019intérêt du roman: une narratrice, installée au cœur de sa sensibilité, qui nous raconte une expérience fondamentale pour elle.«Fidel est décédé.Qu\u2019advien- dra-t-il de mon île ?» se de- mande-t-elle.Les mythes meu- rent-ils jamais?Et puis il restera toujours le peuple cubain, «extrême, excessif, unique, farfelu, plaisant, idyllique, malléable et entêté, volubile, provoquant, tropicalisant, baroque, désarmant, coulant, liquide, mouvant, hybride, fou à la folie\u2026» Collaborateur Le Devoir LE SEXE DE FIDEL ?Claudine Potvin Lévesque éditeur Montréal, 2017, 180 pages FICTION QUÉBÉCOISE Aux fondements de soi sur une île fondamentale Avec Le sexe de Fidel, Claudine Potvin explore la confusion des sens et des sentiments sous les tropiques P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois La mort d\u2019une princesse India Desjardins/Homme 1/2 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 5 Salamandres Anne Robillard/Wellan \u2013/1 Plus folles que ça, tu meurs Denise Bombardier/Édito 2/2 La cabane à sucre des Rivard \u2022 Tome 1 Premières.Mario Hade/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Rue des Remparts Micheline Lachance/Québec Amérique 4/3 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 3/21 L\u2019Autre Reflet Patrick Senécal/Alire 5/16 La fois où.j\u2019ai suivi les flèches jaunes Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie Sévryna Lupien/Stanké \u2013/1 Conversations avec un enfant curieux Michel Tremblay/Leméac \u2013/1 Romans étrangers Le saut de l\u2019ange Lisa Gardner/Albin Michel 1/6 L\u2019amie prodigieuse \u2022 Tome 3 Celle qui fuit et.Elena Ferrante/Gallimard 2/2 Le cas Malaussène \u2022 Tome 1 Ils m\u2019ont menti Daniel Pennac/Gallimard 3/5 Haute tension Richard Castle/City 5/3 Tue-moi si tu peux James Patterson | Marshall Karp/Archipel \u2013/1 Jeux de miroirs Eugen-Ovidiu Chirovici/Les escales 4/4 La chimiste Stephenie Meyer/Lattès 6/3 Le Women\u2019s murder club \u2022 Tome 14 14e péché.James Patterson|Maxine Paetro/Lattès 8/6 Tu verras, les âmes se retrouvent toujours.Sabrina Philippe/Édito 9/3 Les chroniques de Nicci \u2022 Tome 1 La maîtresse.Terry Goodkind/Bragelonne 7/2 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/18 Ne renonçons à rien Collectif/Lux \u2013/1 Camarade, ferme ton poste Bernard Émond/Lux 2/6 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 3/16 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 6/21 Le nouveau régime.Essais sur les enjeux.Mathieu Bock-Côté/Boréal 4/5 Un présent infini Rafaële Germain/Atelier 10 8/13 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 7/18 L\u2019œil du hibou André Major/Boréal 9/2 La solitude de l\u2019écrivain de fond Daniel Grenier/Quartanier \u2013/1 Essais étrangers Brève encyclopédie du monde \u2022 Tome 2.Michel Onfray/Flammarion 1/2 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/53 Une colère noire.Lettre à mon fils Ta-Nehisi Coates/J\u2019ai lu 4/2 Pourquoi Trump.Comprendre les fractures de.Collectif/Philippe Rey \u2013/1 Tout est prêt pour que tout empire Hervé Kempf/Seuil \u2013/1 Après le capitalisme.Essai d\u2019écologie politique Pierre Madelin/Écosociété 3/5 Guide des égarés Jean d\u2019Ormesson/Gallimard 6/15 Terreur Yann Moix/Grasset \u2013/1 La pensée féministe noire Patricia Hill Collins/Remue-ménage 5/3 Les dessous de la politique de l\u2019Oncle Sam Noam Chomsky/Écosociété \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 13 au 19 février 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Moi, j\u2019ai bien senti dès le départ toute la démesure de ces insulaires, de leur sexe déchaîné, fouetté par le vent et les pluies torentielles d\u2019un ouragan semblable à un encensoir brillant dans la nuit de mon enfance Extrait de Le sexe de Fidel « » COLLECTION PERSONNELLE Claudine Potvin n\u2019a pas su éviter certains des écueils qui guettent tout auteur d\u2019un premier roman.L I V R E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 F É V R I E R 2 0 1 7 LIVRES > FICTION AMÉRICAINE F 4 M archer dans nos vieilles traces, en littérature, constitue un plaisant raffinement.L\u2019obsessive soif de nouveauté est étrangère à l\u2019esprit d\u2019approfondissement du lecteur sérieux.Cela dit, personnellement, j\u2019aime bien quand l\u2019éditeur m\u2019avertit qu\u2019il me refile la tambouille de la veille déguisée en saveur du jour.J\u2019ai d\u2019abord voulu intituler cette chronique sur Le long silence de Thomas McGuane «Le cas de l\u2019oncle Tom», mais le jeu de mots, trop facile, paraphrase du titre d\u2019un célèbre roman anti-esclavagiste du XIXe siècle, m\u2019a alerté : je l\u2019avais déjà utilisé, en 2006, pour coiffer une critique d\u2019un recueil de nouvelles du même McGuane.Devant son dernier-né en français, je me suis dit: tiens, encore des histoires de pêche du légendaire cow-boy-champion-de-rodéo-pêcheur-à-la- mouche-nature-writer-écrivain-fétiche-du-New-Yor- ker-acteur-scénariste-hollywoodien-ex-mari-de-la- blonde-de-Superman-vivant-monument-de-l\u2019Ouest- littéraire-et-de-l\u2019École-de-Missoula\u2026 Je n\u2019avais rien contre.La fiction fatigue, des fois.On n\u2019a pas toujours envie de se laisser mener en bateau, il peut nous arriver de préférer, aux procédés de l\u2019invention romanesque, un récit nerveux, à l\u2019image de ce «canot portageur» (sic) qui fend les rapides de la Cascapédia, juste pour prendre un exemple.Tom McGuane, on s\u2019entend, écrit sur la pêche afin de célébrer, à cette frontière floue où l\u2019instinct de prédation se mue en art, sa passion de «mou- cheur», mais seulement dans la mesure où cette dernière lui procure aussi, à force de silence et de détachement, un poste d\u2019observation privilégié sur le monde menacé où nous vivons, et comme un accès à une sensibilité plus vaste.Si Tourgue- niev s\u2019était contenté de nous montrer des lièvres et des gélinottes culbutés dans la bruyère et d\u2019indiquer la grosseur du plomb utilisé pour les faucher, ses Mémoires d\u2019un chasseur ne seraient pas devenus le classique que l\u2019on sait.En même temps, dans les nombreux voyages et expéditions de pêche qui ont fourni la matière de ce livre et dont plusieurs (en Islande, en Russie, à la Grande Baleine, en Terre de Feu\u2026) ont sans doute d\u2019abord paru sous la forme de grands reportages dans des magazines spécialisés, McGuane se montre volontiers technique dans ses descriptions.Au bout d\u2019un certain nombre de grosses truites arc-en-ciel leurrées par une Royal Wulf f (ou quelque autre bébelle de plumes et de poils imitant la vie et montée sur un hameçon débarrassé de son ardillon), puis ramenées au bord pour le pur plaisir de la chose et scrupuleusement remises en liberté, il se pourrait que commence à s\u2019installer, chez le lecteur qui adore la nature, mais sans faire de la pêche une maladie, une vague impression d\u2019avoir fait le tour du jardin, ou pas loin.Accents de vérité J\u2019ai suivi le vieux Tom jusqu\u2019à la page 82, où je suis tombé sur un paragraphe dont la musique et les accents de vérité résonnaient familièrement à mes oreilles, pour la bonne raison que j\u2019avais cité ces mêmes lignes, mot pour mot, dans un article paru en 2003.Donc, non seulement j\u2019avais déjà lu ce livre, mais je l\u2019avais même, preuve accablante, recensé dans le journal?«C\u2019est même plus un cerveau, c\u2019est comme de la sauce blanche» *, avais-je envie de me mettre à chanter.Vérification faite, une bonne partie des textes qui composent ce recueil de chroniques de pêche ont déjà paru aux Éditions du Cherche- Midi sous un titre différent, Intempéries.Or, le bouquin serait maintenant épuisé, et Gallmeister arrive avec une nouvelle traduction qui se prétend plus fidèle au projet et à la langue de l\u2019œu- vre originale.Le traducteur pousse d\u2019ailleurs ce respect de la langue de départ jusqu\u2019à conserver à la plupart des poissons leurs noms vernaculaires en anglais (exemple: brookies pour truites mouchetées ou de ruisseau), ce qui ressemble un peu à une démission.Dans ses meilleurs moments, la prose de McGuane décolle soudain du fleuve tranquille et poissonneux de son écriture de doux maniaque et de vieux routier pour atteindre une intensité, insuffler au monde sauvage cette qualité spirituelle propre aux héritiers de Thoreau: «Seule l\u2019observation de la nature nous permet de recouvrer cette vision d\u2019éternité qui apaisait nos ancêtres.L\u2019écho de la dépouille du jeune cerf mort à la source résonne au milieu des falaises surplombant notre maison dans les cris des jeunes coyotes qui sondent l\u2019avenir de leurs voix nouvelles sous les étoiles lointaines.» Pêcheurs mondialisés Sur la Cascapédia, un monsieur Harrison qui ne se prénomme pas Jim, qui travaille comme guide sur la rivière depuis 53 ans \u2014 ce qui fait que, de la banquette arrière d\u2019une Ford bourrée de Hamelin filant sur la route du parc dans cette fabuleuse vallée enserrée par les monts Chic-Chocs, je l\u2019ai sans doute moi-même déjà aperçu en train de manœu- vrer son grand canot, installé à la poupe derrière quelque Américain fortuné déroulant ses arabesques de soie \u2014, Harrison, donc, parle à McGuane d\u2019un «vieux type là-bas, qui est tellement pauvre qu\u2019il doit descendre son chien au portail en brouette pour que l\u2019animal aboie sur les inconnus».Rien contre les Anglos de la Gaspésie, mais cette histoire, mon ami Boisvert, feu le poète, plus versé dans la capture du brochet au harpon artisanal que dans les délicats sparages des saumo- niers, la racontait beaucoup mieux.Des fois, la fiction fatigue, écrivais-je plus haut.Mais bien sûr, les pêcheurs, même mondialisés, ne donnent pas leur place, et les truites ne sont pas les seules à gober.Comme ici : «Son compagnon était un petit chien indien d\u2019une race qui me fascinait, en ce qu\u2019on ne la trouvait presque que chez les Montagnais [sic], qui les élevaient avec le plus grand soin et ne s\u2019en séparaient pour rien au monde, malgré les sommes considérables qu\u2019on leur proposait parfois.[\u2026] l\u2019Indien, même démuni, ne vendra jamais le chien à personne.» Ah oui, cette fameuse race canine si recherchée dans les réserves innues de la Côte-Nord\u2026 Même pas besoin d\u2019aller les porter au chemin pour qu\u2019ils se mettent à japper.Les sceptiques seront confondus, aurait pu ajouter Thomas.* La java des bombes atomiques, Boris Vian LE LONG SILENCE ?1/2 Thomas McGuane Traduit de l\u2019américain par Anatole Pons Paris Gallmeister, 2006, 370 pages Le cas de l\u2019oncle Tom, prise 2 LOUIS HAMELIN C H R I S T I A N D E S M E U L E S C onnaissez-vous le « réalisme hystérique » ?C\u2019est le critique anglais James Wood, un peu exaspéré, qui avait forgé le terme en 2000 dans The New Republic en parlant du premier roman de Za- die Smith, Sourires de loup.De gros romans ambitieux à la prose minutieusement surchargée dans lesquels le narrateur semble savoir « un millier de choses mais ne connaît pas un seul être vivant».Ce mouvement sans forme ni direction (bien sûr), marqué par une intelligence littéraire hyperconsciente de soi, un nom semble l \u2019 incar ner plus que tout autre : David Foster Wallace (1962-2008).Une sorte de Balzac sous amphétamines, obsédé de linguistique, de théorie des médias et de philosophie, de santé mentale et de tennis, qui aurait assimilé Pynchon, DeLillo et Bret Easton Ellis.Dans L\u2019infinie comédie (L\u2019Olivier, 2015), par exemple, feu d\u2019artifice et livre culte de près de 1500 pages, des notes de fin de chapitre renvoient parfois elles-mêmes à des notes de bas de page, alors que dans un futur incertain un groupuscule de ter roristes séparatistes québécois en fauteuils roulants sème la terreur dans une sor te de confédération nord-américaine.La littérature, pour cet écrivain surdoué, c\u2019était la possibilité de vivre mille vies et autant de tentatives répétées de s\u2019évader de la prison de la réalité (telle que la définit surtout la télévision).Témoin extra- sensible de l\u2019époque, commentateur excessif d\u2019une culture occidentale qui surchauf fe, l\u2019écrivain recouvre le marketing, les médias de masse, la Société du spectacle d\u2019une vague d\u2019ironie postmoderne qui charrie plus de désespoir que de cynisme.C\u2019est en tout cas le portrait qui se dégage de la biographie intéressante, mais un peu paresseuse, que consacre DT.Max, journaliste au New Yorker, à cette étoile filante de la littérature américaine.Fils de parents universitaires, écrivain ambitieux, brillant, indéniablement virtuose \u2014 peut- être aussi trop conscient de sa propre vir tuosité \u2014, personnage compétitif et égocentrique, Wallace était d\u2019abord un grand névrosé, enchaînant jusqu\u2019à son suicide les dépressions à répétition, les surdoses de sédat i fs , les électrochocs.Recueil de nouvelles Par u en anglais en 2004, L\u2019oubli présente huit nouvelles où l\u2019on retrouve, sous forme condensée, tout l\u2019univers de David Foster Wallace.Pendant que se réunit un « focus group » de consommateurs pour une nouvelle barre de chocolat, un homme escalade la façade de ver re d\u2019un immeuble à l\u2019aide de ventouses (Mister Squishy).Ailleurs, pendant qu\u2019une classe de 4e année tourne à la prise d\u2019otage après la crise psychotique d\u2019un enseignant suppléant, un garçon regarde par la fenêtre, absorbé dans un rêve éveillé.Plus loin, il nous fait entendre le monologue d\u2019un publicitaire désabusé qui se suicide au volant de sa voiture.Dans La philosophie et le miroir de la nature, le narrateur raconte l\u2019histoire de la chirurgie plastique ratée de sa mère \u2014 l\u2019air de terreur permanente imprimé sur son visage.Fraudes, tromperies, manipulations, échecs, solitude profonde, infinie: sous l\u2019abondance et le trop- plein, un enfant terrifié qui ne sait plus où se cacher.Et partout, des exemples de minutie maniaque : « La moquette de la salle de réunion avait des poils magenta dans lesquels les roues laissaient des empreintes symétriquement déformées quand un ou plusieurs hommes présents déplaçaient légèrement leur profond fauteuil pivotant pour modifier le rapport entre la table et leurs jambes ou leur corps.» Inscrire jusque dans la chair du lecteur l\u2019aliénation du monde moderne, voilà peut- être une partie du programme de David Foster Wallace, lui qui qualifiait déjà l\u2019Internet de «Bruit total ».« Écrire, écrivait-il un jour de 2006 à son ami romancier Jonathan Franzen, c\u2019est toujours comme chier des cailloux pointus.» Collaborateur Le Devoir L\u2019OUBLI ?1/2 David Foster Wallace Traduit de l\u2019anglais par Charles Recoursé L\u2019Olivier Paris, 2016, 400 pages TOUTE HISTOIRE D\u2019AMOUR EST UNE HISTOIRE DE FANTÔMES ?D.T.Max Traduit de l\u2019anglais par Jakuta Alikavazovic L\u2019Olivier Paris, 2016, 448 pages David Foster Wallace, étoile filante de la littérature américaine Une biographie et des nouvelles inédites rappellent l\u2019œuvre sensible de ce Balzac sous amphétamine C H R I S T I A N D E S M E U L E S «L e mariage est une seule et longue conversation entrecoupée de disputes », a écrit quelque part Robert Louis Stevenson.L\u2019idée pourrait être romantique si l\u2019un des personnages de l\u2019Américaine Lorrie Moore n\u2019ajoutait pas tout de suite que l\u2019auteur de L\u2019étrange cas du docteur Jekyll et de M.Hyde était mor t à 42 ans sans savoir à quel point, peut- être, la «conversation» pouvait durer, s\u2019enliser, se tarir.Avec cette espèce de don de seconde vue propre aux écorchés, l\u2019écrivaine née en 1957 pose une fois encore un œil doux-amer sur l\u2019amour, le couple et la misère af fective de ses contemporains.Après Des histoires pour rien, Déroutes ou Vies cruelles, Merci pour l\u2019invitation renferme cette fois huit histoires à la limite de la satire et du drame, mille manières de prendre le pouls d\u2019une société où les relations humaines obéissent à des rites étranges.Visitée par le fantôme d\u2019une amie récemment décédée d\u2019un cancer, une narratrice s\u2019interroge sur le destin des célibataires hétérosexuelles dans une petite ville universitaire : la solitude et l\u2019alcool.«En refusant la vie de nos mères, nous nous retrouvions dans l\u2019obligation de chercher des éclairs d\u2019amour là où, justement, il n\u2019y en avait pas : dans le gin, les hommes, la fac, nos propres mères, en l\u2019une l\u2019autre.» Dans ce qui ressemble à un long dialogue de sourds, un homme récemment divorcé fait des pieds et des mains pour rester dans les bonnes grâces de la femme qu\u2019il fréquente et de son fils adolescent.Plus loin, après 20 ans d\u2019un «crépuscule conjugal angoissant », un couple au bord de l\u2019implosion se donne une dernière chance : «Tel un cadavre, même paré d\u2019un magnifique costume, après sa mort un mariage devient méconnaissable.» Ailleurs, deux musiciens à la quarantaine un peu misérable sur vivent d\u2019une combine à l\u2019autre.Si pour lui tout est pour le mieux, elle ne semble pas comprendre par quels tours et détours de la vie ils ont pu «échouer» ensemble, soudés l\u2019un à l\u2019autre par une drôle de colle visqueuse nommée «attachement».Dans une autre nouvelle, au cours d\u2019une soirée-bénéfice organisée à Georgetown pour une petite revue d\u2019histoire, l\u2019auteur d\u2019une biographie de George Washington se retrouve, marchant sur un fil, assis à côté d\u2019une ravissante mais bornée lobbyiste à l\u2019allégeance républicaine.Et quand une jeune mère célibataire se penche sur le gâchis désertique de sa propre vie sentimentale, essayez de ne pas cligner des yeux : « Même quand on l\u2019oubliait, la solitude, ça revenait vite.C\u2019était comme le vélo.On vous enseignait ça avec un fusil sur la tempe.Mais là, le fusil, c\u2019était vous qui le pointiez.La solitude, c\u2019était l\u2019air dans vos pneus, le vent dans vos cheveux.Inutile d\u2019écarter les bras pour la saisir.D\u2019ailleurs, si on écartait les bras, on tombait de vélo.» Sans jamais faire d\u2019étincelles, carburant doucement à l\u2019éternel malentendu entre hommes et femmes, ses personnages semblent tous hantés par la même insoutenable terreur de vieillir seuls, entre la mélancolie et l\u2019humour.Des phrases acérées, un regard impitoyable, nulle trace de consolation, autant de raisons qui font aujourd\u2019hui de Lorrie Moore, et avec raison, l\u2019une des meilleures nouvellistes américaines.Collaborateur Le Devoir MERCI POUR L\u2019INVITATION ?Lorrie Moore Traduit de l\u2019anglais par Lætitia Devaux L\u2019Olivier Paris, 2017, 240 pages Les amours décomposées de Lorrie Moore Entre humour et mélancolie, la nouvelliste pose son regard doux-amer sur le couple ASSOCIATED PRESS Partie de pêche à la truite dans la rivière Boise, en Idaho STEVE RHODES / CC David Foster Wallace en 2006 ASSOCIATED PRESS / KNOPF Merci pour l\u2019invitation, de Lorrie Moore, renferme huit histoires à la limite de la satire et du drame. F A B I E N D E G L I S E D e l\u2019eau et une noyade pour une étrange coïncidence.Dans cet hiver littéraire qui poursuit le dévoilement de quelques pépites, le nouveau roman de Didier De- coin, Le bureau des jardins et des étangs (Stock), et le deuxième roman de son fils, Julien Decoin, Soudain le large (Seuil), puisent à la même source : un corps sorti de l\u2019eau, point de dépar t de leurs récits respectifs.Tel père, tel fils ?Le rapport à l\u2019eau et à la mort, tout comme la concordance de l\u2019amorce est frappante, mais les similitudes s\u2019arrêtent finalement là dans ces deux œuvres à la trame narrative qui témoignent non pas d\u2019une cer taine f i l iat ion, mais surtout de profondes dif férences, sans doute généra- tionnelles, dans l\u2019art de sais ir le sens d\u2019un récit.Ensemble, sur des chemins dif férents.Decoin père, 70 ans passés, plonge le classicisme de sa plume dans le Japon du Moyen Âge, vers la f in de l\u2019époque de Heian, en suivant le destin de Miyuki, veuve d\u2019un éleveur de poisson qui pour sauver son village va devoir prendre la relève de son défunt mari et transpor ter sur des centaines de kilomètres des carpes ornementales jusqu\u2019aux bassins du temple de la ville impériale.Decoin fils, 32 ans, après une première apparition réussie en 2014 sur la scène romanesque avec Un truc sauvage, la isse la jeunesse de son style tracer les contours d\u2019une romance intrigante entre deux âmes perdues, sur la mer.Le huis clos maritime se joue entre Charles et Catherine, femme mystérieuse qu\u2019il a sauvée de la noyade en pleine nuit dans le port de Cherbourg.L\u2019écriture pragmatique du fils a le dynamisme de son temps.Elle relate cette rencontre par le journal de bord tenue par Charles entre le por t français et les îles anglo-normandes d\u2019Alderney où les deux amants vont se rapprocher et confronter leur part d\u2019ombre.Les corps à corps ont la poésie de l\u2019évocation dans la retenue.Les repas se font aux baked beans à l \u2019anglaise ar rosées de meursault.Entre amour et aventure, Julien Decoin assemble une introspection dé- l icate qui la isse la complexité des sentiments et des identités confronter les solitudes.Avec des phrases plus longues, un style plus soutenu, Decoin père expose, lui, une nouvelle fois, son obsession du détail et de la précision dans cette marche à obstacles d\u2019une femme vers son destin.Minutieux, l\u2019auteur du Dictionnaire amoureux des faits divers (Plon) arpente la campagne japonaise du XIIe siècle comme s\u2019il l\u2019avait vécue, en évoquant ses odeurs tout comme la cruauté de ses rituels dans une rigueur maladive qu\u2019on lui reconnaît bien.L\u2019humanité s\u2019y dévoile dans l\u2019aigreur d\u2019une tonalité olfactive sur le cou d\u2019une femme, dans la senteur d\u2019urine incrustée dans la fibre d\u2019un õguchi, ce large pantalon, ou la douceur de la menthe poivrée qui croise celle de la racine d\u2019iris sur le chemin du Heiankyõ.À destination, Miyuki se heurtera à l\u2019implacable de l\u2019administration et le lecteur découvrira une critique fine de la fonction publique, ses possibles corruptions et l\u2019art de la subversion.Les deux romans sont aux antipodes, mais se rejoignent sur un point : la passion.Celle de Didier Decoin pour un Japon qui n\u2019existe plus, mais que le romancier fait revivre ici par la beauté de ces mythes, comme celle des kiyûbi no kitsune, ces renards capables « de prendre apparence humaine», de préférence « celle d\u2019une femme jeune et séduisante », et par l\u2019étrangeté quelques rites sociaux.Le mariage par intrusion dans la demeure de la femme convoitée en fait partie.Par sa forme, ses phrases, ses descriptions, l\u2019ensemble du roman de Decoin père a cette tonali té qui par moments semble chercher à rendre hommage à ces dames de cour de ce Japon lointain qui ont posé sur le washi \u2014 papier japonais \u2014 les bases du roman en s\u2019inventant des récits d\u2019aventures et des histoires d\u2019amour pour rompre avec l\u2019ennui.Alors que Julien De- coin, en laissant les vagues d\u2019étrave, en hissant le génois, en af frontant la menace des grains pour atteindre ces raz honorés « d\u2019une collerette écumeuse » , la isse sa passion pour la mer et le monde de la voile définir le décor de son récit, récit qu\u2019il dédie d\u2019ailleurs à son père, « sa mer et ses mots », comme un bon fils.Le Devoir SOUDAIN LE LARGE ?Julien Decoin Seuil Paris, 2017, 256 pages LE BUREAU DES JARDINS ET DES ÉTANGS ?Didier Decoin Stock Paris, 2017, 388 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 F É V R I E R 2 0 1 7 LIVRES > FICTION F 5 Plus de 1 500 livres à feuilleter Soutenir le développement de l\u2019autodétermination chez les adolescents dysphasiques 3000$ N P O I T N E V R E T N I \u2019 L R L A E P L A I C O S O H C Y S E R U T A A N 6 7 - 2 - 8 7 N 9 B S 7 | I 1 0 2 é e S n d o i t c e r i a d s l u o S s e c o pr , s t n ondeme F RE U T N VE \u2019A L T E R E I P PA 9 - 1 8 4 4 - 5 0 e e B v è i v e n e t G o e j o n R e i t s ba ion t c a \u2019 d s e t s i p t e s u s n o r e g r Presses de l\u2019Université du Québec R I G R A U O P e s b u o n a t O r i o v e sa d n i o s A .C Q U P CHRONIQUE LE DIABLE EST DANS LES DÉTAILS ?1/2 Leïla Slimani Éditions de l\u2019Aube Paris, 2017, 64 pages Leïla Slimani, auteure «goncourisée» l\u2019an dernier pour son Chanson douce (Gallimard), l\u2019a écrit en janvier 2015 dans les pages de l\u2019hebdomadaire littéraire Le 1: «Aux essayistes, comme aux écrivains, va bientôt revenir la tâche de prendre de la distance», dans un monde où tout s\u2019emballe désormais trop vite.«De faire quelques pas en arrière pour apprécier ce qui se passe.» Éloge de la littérature qui «ramène de la complexité et de l\u2019ambiguïté dans un monde qui les rejette», voilà en substance ce qui résume cette mise en recueil de six textes publiés par la romancière dans cette revue entre octobre 2014 et l\u2019été dernier.L\u2019élégance et la finesse de sa plume y traversent le débat identitaire ou celui de la laïcité qui font rage en France, mais aussi les attentats de Paris, en novembre 2015, auxquels elle a opposé dès le lendemain, un fulgurant «Intégristes, je vous hais» pour dresser les Lettres, l\u2019humanisme et le buveur de bière comme rempart à l\u2019obscurantisme et à la bêtise humaine qu\u2019il fait naître.Opportuniste \u2014 pour le moins \u2014 dans la foulée d\u2019un prix Goncourt, ce rappel de chroniques passées, forcément figées dans leur temps, ouvre toutefois cette fenêtre sur une soif de liberté et un rejet des dogmes qui forgent l\u2019univers romanesque de la jeune romancière.Fabien Deglise FICTION SUÉDOISE LE CHRONOMÉTREUR ?Pär Thörn Traduit du suédois par Julien Lapeyre de Cabanes Quidam éditeur Meudon, 2017, 124 pages Considéré comme l\u2019un des auteurs les plus importants de sa génération en Suède, Pär Thörn est pour la première fois traduit en français.Le chronométreur est le carnet de vie d\u2019un antihéros, obsédé des chiffres et contremaître dans une usine de production à la chaîne.Son existence se révèle dans toute sa vacuité, au fil du temps, au cœur de ses préoccupations, qui déferle vertigineusement: «À ma naissance, j\u2019ai une espérance de vie de soixante-treize ans.» La proposition rappelle celle de Charles Dionne et sa Main invisible, par sa critique virulente de cette vie consumériste qui, tout «en luttant contre l\u2019oubli et la course du temps», est réduite à son obsolescence programmée.L\u2019espoir y passe un mauvais quart d\u2019heure, mais l\u2019humour satirique de l\u2019auteur nous épargne du pire.Dans un style épuré et hachuré, Thörn pose le plus simplement du monde une question autrement plus complexe: pas- sons-nous notre vie à la gagner ou à la perdre?Yannick Marcoux FICTION FRANÇAISE Un père, un fils et le sens propre du récit Dans cet hiver littéraire, Didier et Julien Decoin marchent côte à côte sur des chemins très différents MYCHÈLE DANIAU AGENCE FRANCE-PRESSE Decoin père, 70 ans passés, plonge le classicisme de sa plume dans le Japon du Moyen Âge.G U Y L A I N E M A S S O U T R E Plasticienne, cinéaste, perfor- meuse et écrivaine, née en 1969, Valérie Mréjen signe Troisième personne, récit concis et précis qui témoigne de l\u2019arrivée d\u2019un enfant dans un couple mature.L\u2019originalité de ces moments autobiographiques tient à la distance, voire à la froideur alerte de l\u2019auteure.Ses personnages ne sont ni individualisés ni caractérisés.Elle est pourtant l\u2019un d\u2019eux.À la troisième personne, mère, enfant ou père bougent sous le microscope de la remémoration.Égaux, sans être interchangeables, ils sont marqués par la présence, comme lorsqu\u2019à l\u2019adolescence, les perceptions, les sensations, la musique même, tout avait l\u2019intensité des premières fois.Avec une mémoire très physique de son sujet, Valérie Mréjen livre sa sensibilité.À son insu et sans volonté, chacun fait irruption sur la scène commune, sans effet, simplement, par fragments : dans la « simulation du passé», l\u2019étrangeté des actes posés n\u2019a pas perdu son naturel.Dans la distance Écrire la vie ne va pas de soi: «Elle aura l\u2019occasion de mettre à l\u2019épreuve ses motivations et de puiser dans une réserve insoupçonnée de cran face à l\u2019insoumission de la nature », écrit-elle.C\u2019était déjà ce ton dans Forêt noire (2012), une histoire de revenants.La vie écrite fait sentir, chez Valérie Mréjen, les vertiges d\u2019un vaste psychisme, où la peur, l\u2019abandon et les frissons s\u2019agrippent à la joie.Dans le scénario de sa «sidé- ration», l\u2019enfant «agit comme un révélateur» : «Ce mode d\u2019emploi schématisé est fait pour être compris du premier coup d\u2019œil par l\u2019utilisateur, quels que soient son intelligence ou son niveau de sens pratique », dit-elle d\u2019emblée, communiquant des mots qui feront rempart à son trouble.Être mère ouvre une béance, un sentiment d\u2019imposture.À la maternité et dans le taxi à la sortie, puis plus tard, par flashs, elle revoit son embarras, son regard neuf sur Paris, l\u2019appartement, les relations amicales et la famille.L\u2019expérience archaïque d\u2019être mère s\u2019avère éprouvante.Quand sa propre enfance resurgit et que, sa fillette grandissant, les contes résonnent avec l\u2019actualité, elle est loin des stéréotypes de la famille qu\u2019elle dénonçait dans ses livres et ses vidéos.La part de l\u2019enfant «Les objets changent de place.» Cette phrase simple est emblématique.Sans complaisance ni truisme, l\u2019autofiction de Mréjen vise l\u2019expérience singulière.Quelle est donc cette intensité qui nimbe l\u2019ordinaire d\u2019irréalité?L\u2019écrivaine ne mâche pas les mots.Dans « le mélange de crainte et le lâcher-prise obligé» de sa maternité, dans son duo parental et son quotidien, elle dit l\u2019angoisse.Est-ce la mort de sa propre mère qui dissout le modèle structurant?Est-ce notre époque?Est-ce universel?Écrire n\u2019aide pas à être mère mais témoigne de ce que l\u2019enfant transforme.C\u2019est brut, viscéral, imputé à la fillette.La relation à trois passe ainsi du naturel au registre plus profond de l\u2019expérience solitaire.Le passé, le présent et l\u2019avenir y changent de dimension: comme dans les contes, Mréjen fait de l\u2019enfant, gardienne et magicienne, celle qui en détient la clé.Collaboratrice Le Devoir TROISIÈME PERSONNE ?Valérie Mréjen P.O.L.Paris, 2017, 141 pages FICTION FRANÇAISE Échographie d\u2019un bouleversement FRED DUFOUR AFP Valérie Mréjen Les deux romans sont aux antipodes, mais se rejoignent sur un point : la passion L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 F É V R I E R 2 0 1 7 ESSAI F 6 L I V R E S S i le Québec compte beaucoup d\u2019écrivains de valeur, i l est toutefois moins riche en philosophes véritables.Michel Morin est un de ceux-là.Auteur, depuis 1977, d\u2019une quinzaine d\u2019ouvrages exigeants, le philosophe demeure pourtant méconnu.Cela s\u2019explique.Rédigée dans un style très singulier, au confluent de la philosophie et de la littérature, son œuvre traite de sujets costauds (individualisme et modernité), sans esprit de système et sans souci de vulgarisation.Aussi, elle s\u2019adresse à des lecteurs motivés, qui ne craignent pas une certaine brume théorique.Convaincu, à raison, de la richesse de cette œuvre, l\u2019essayiste Simon Nadeau en offre une présentation enthousiaste dans Le philosophe contrebandier.Chez Michel Morin, Simon Na- deau est en pays ami.En 2013, dans L\u2019autre modernité (Boréal), l\u2019essayiste défendait une thèse semblable à celles du philosophe, en plaidant élégamment pour une modernité individualiste, menacée, selon lui, par le nationalisme, le scientisme, le productivisme et la culture de masse.Le cœur de la pensée de Morin, son « pôle gravitationnel », va dans le même sens, selon Simon Nadeau.«Favoriser l\u2019essor d\u2019un individualisme de fond et créateur, de même que la poussée à l\u2019expression de cette singularité, tel serait le but, le désir de fond irriguant l\u2019œuvre de Morin», explique l\u2019essayiste, qui qualifie cette dernière de « roman idéel », pour insister sur le fort investissement subjectif qui la caractérise.Le malaise individualiste Michel Morin essaie de penser l\u2019homme après la mort de Dieu.Notre époque serait le résultat du procès moderne, qui a fait s\u2019effondrer les communautés traditionnelles et la morale commune, permettant ainsi l\u2019émancipation des individus.Pour le philosophe et son dévoué commentateur, cela est une chance.Toutefois, ils constatent, précise Nadeau, que « cette dissolution des repères iden- titaires, moraux et religieux génère de l\u2019angoisse ».Pour conjurer ce malaise, les modernes sont tentés de se réfugier dans « les idéologies salvatrices » (socialisme, nationalisme) ou dans la logique de la production/consommation ayant « la recherche du bien-être comme seul horizon ».Ainsi, les individus émancipés du poids de la tradition se privent des bienfaits de la rupture moderne et se retrouvent « de plus belle dans un imaginaire stéréotypé nettoyé de toute intériorité, donc de toute véritable liberté intérieure », explique Simon Nadeau.Toute l\u2019entreprise de Michel Morin consiste à mettre en avant, selon le titre d\u2019un de ses essais, la « souveraineté de l\u2019individu» et, pour ce faire, à combattre tout ce qui essentialise ce dernier, le réifie, le détermine, lui impose des contenus et des formes à par tir du dehors.Dans un style parfois obscur, le philosophe en appelle à l\u2019individu, « orphelin » des modèles donnés d\u2019avance, qui descend en lui-même pour se réapproprier, par une pensée créative qui relève d\u2019une pratique de la raison conçue comme « acte de comprendre » sans méthode prédéfinie, « sa propre loi ».Il y a là, à mon avis, un romantisme de la raison immanente qui pèche par déni des condit ions sociologiques et anthropologiques de l \u2019homme.Ce der nier, en ef fet, n\u2019est jamais une île.Il reste que l\u2019aventure philosophique proposée par Michel Morin, rendue plus accessible grâce aux lumières de Simon Nadeau, n\u2019en demeure pas moins stimulante.L\u2019imaginaire et le réel En 1979, dans Le territoire imaginaire de la culture, un de ses premiers essais coécrit avec Claude Bertrand et réédité l\u2019an dernier aux Herbes rouges, Michel Morin, alors âgé de trente ans, s\u2019opposait au projet d\u2019indépendance du Québec au nom d\u2019une conception individualiste de la culture, menacée, selon lui, par l\u2019idée de culture nationale.Deux ans plus tard, dans la revue Liberté, Jean-Marcel Paquette et François Ricard pulvérisaient son argumentaire, qu\u2019ils assimilaient à du tru- deauisme (père) en habits philosophiques et au vieux messianisme spirituel canadien-fran- çais, forcé de transformer sa faiblesse politique en vertu.À Michel Morin, qui voudrait que son individualisme d\u2019élite soit irrécupérable par quelque pouvoir que ce soit, les deux essayistes de Liber té rappelaient que la souveraineté de l\u2019homme sur le territoire imaginaire de l\u2019intériorité ne peut être qu\u2019étriquée quand la dépendance impose sa loi sur le territoire de la réalité politique.LE PHILOSOPHE CONTREBANDIER INTRODUCTION À L\u2019ŒUVRE DE MICHEL MORIN ?1/2 Simon Nadeau Les Herbes rouges Montréal, 2017, 270 pages Le philosophe singulier LOUIS CORNELLIER U L Y S S E B E R G E R O N Le 9 novembre 2016 au matin.Les démocrates se réveillent avec une gueule de bois à la suite de l\u2019élection de Donald Trump.Les investisseurs, eux, attendent impatiemment l\u2019ouverture des marchés.Comment les principaux indices boursiers réagiront-ils à l\u2019élection du magnat de l\u2019immobilier, ex-vedette de téléréalité?Quelques heures suffiront avant qu\u2019ils soient aspirés vers le haut.Trois mois plus tard, le Dow Jones, le Nasdaq et le S&P 500 continuent, jour après jour, à atteindre des sommets historiques.Surprenant?Non.Le 45e président américain envisage de déréglementer les secteurs financier et bancaire.Et justement, ce sont ces fils invisibles qui relient pouvoir politique et puissances financières qui intéressent le journaliste Serge Truffaut, ex-éditorialiste au Devoir, dans son essai Anatomie d\u2019un désastre.La crise financière de Reagan à Trump.Le constat du journaliste est tranchant: nous évoluons dans un «capitalisme stalinien», soit un système financier déshumanisant, violent pour les laissés-pour-compte.Un système où règne le «deux poids, deux mesures»: «Le trafiquant de drogue?Je l\u2019envoie derrière les barreaux.Le trafiquant de malversations financières?Je le récompense en lui accordant toujours plus d\u2019avantages fiscaux.» Avec l\u2019élection de Trump, Truffaut estime que le pire reste à venir.Rapide coup d\u2019œil à l\u2019entourage du nouveau président: «[Stephen] Bannon, l\u2019ex de Goldman Sachs, est conseiller principal et stratège en chef de Trump.De cette banque qui a été avec d\u2019autres au cœur du désastre financier de 2008, Trump a aussi choisi Steven Mnuchin pour être secrétaire au Trésor ainsi que Gary Cohn, numéro deux de Goldman Sachs jusqu\u2019à tout récemment, au poste de patron du très influent National Economic Council.» La critique de Serge Truffaut est sévère.Elle est surtout documentée et éclairante.L\u2019élection de Donald Trump y est présentée comme l\u2019aboutissement d\u2019une démolition d\u2019un système réglementaire hérité du New Deal de Roosevelt.Pour faire le récit de ce démantèlement, le journaliste remonte aux origines de la pensée néolibérale et libertarienne : Friedrich Hayek, Ayn Rand, Milton Friedman.Il poursuit en décortiquant les initiatives qu\u2019elle a inspirées à des gouvernements au cours des années 1970 et 1980, s\u2019attardant particulièrement aux initiatives du «triumvirat» Margaret Thatcher, Ronald Reagan et\u2026 Brian Mulroney.Au Canada, rappelle-t-il avec justesse, Brian Mulroney a jeté les bases en 1986 du décloisonnement (terme que déteste Truffaut !) des quatre piliers de la finance canadienne : assurance, banques, fiducies, valeurs mobilières.« En moins de dix ans, les banques canadiennes ont fait main basse sur l\u2019ensemble, ou presque, des activités financières.En moins d\u2019une décennie, on a assisté à une concentration du capital jamais vue en Amérique du Nord jusque-là.» La particularité de l\u2019ouvrage \u2014 et son intérêt \u2014 réside dans le fait qu\u2019il démontre clairement, dans un langage accessible aux néophytes de la finance, l\u2019emballement d\u2019un système financier mondial lorsqu\u2019on le déréglemente.Comment des acteurs financiers ont-ils profité du laxisme réglementaire?Comment ont-ils complexifié les produits financiers au point de les rendre à ce point toxiques et incompréhensibles que même les banquiers centraux ne pouvaient les comprendre?Mais surtout, qui sont les cerveaux derrière ces mutations qui aboutirent à la crise financière de 2008?La nouvelle jungle financière Le lecteur passe ainsi des coulisses des grandes banques d\u2019investissement que sont Goldman Sachs et JP Morgan à l\u2019univers trop peu médiatisé de la finance de l\u2019ombre (shadow banking).Ce phénomène légal, non réglementé, gravite à l\u2019extérieur du système bancaire traditionnel et «représente 30% du système financier mondial ».Bienvenue également au royaume des quants, ces analystes quantitatifs qui créent des algorithmes permettant d\u2019optimiser la spéculation boursière.Ces surdoués de l\u2019informatique et des mathématiques forment « une secte qui se distingue des autres sphères d\u2019activités économiques par le culte du très court terme».Truffaut fait bien de nous rappeler ses effets dévastateurs: le détenteur moyen ne conserverait une action que l\u2019instant de 10 secondes, comparativement à quatre ans au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.Et la crise financière de 2008?Outre la douche froide sur l\u2019économie réelle, il s\u2019agit surtout d\u2019une occasion ratée par les autorités, qui n\u2019ont pas su baliser adéquatement les activités financières, estime avec raison le journaliste.Certes, le gouvernement américain accoucha en 2010 de la loi Dodd-Frank, dont le but est de protéger davantage les consommateurs et dassurer plus de transparence de la par t des banques.Mais déjà, quelques semaines seulement après son entrée en fonction, Donald Trump a commencé à en écrire l\u2019épitaphe.Retour à la case départ! Collaborateur Le Devoir ANATOMIE D\u2019UN DÉSASTRE LA CRISE FINANCIÈRE DE REAGAN À TRUMP ?Serge Truffaut Éditions Somme toute Montréal, 2017, 288 pages Le jour où les États-Unis ont accouché d\u2019une ploutocratie Serge Truffaut autopsie un « capitalisme stalinien » et ses conséquences délétères Découvertes d\u2019un monde caché Peter Wohlleben « On ne pourrait imaginer meilleur plaidoyer pour le respect de nos frères végétaux.» Martine Desjardins, L\u2019Actualité.Également disponible en version numérique www.multim.com Les marchés financiers sont intimement imbriqués dans le politique et le social.Or l\u2019incertitude politique et sociale induite par l\u2019élection de Donald Trump ne s\u2019est pas manifestée sur ces marchés, qui, au contraire, depuis l\u2019arrivée de ce dernier à la Maison-Blanche, indiquent un grand optimisme.Comment expliquer cela?L\u2019optimisme des marchés financiers que vous évoquez s\u2019explique très simplement.Depuis la victoire de Tr ump, ce dernier a nommé des cadres supérieurs présents ou passés de Goldman Sachs à des postes clés, notamment au Trésor et au très puissant National Economic Council, ainsi que des patrons de fonds spéculatifs qui n\u2019ont que le mot «privatisation» à la bouche.Lorsqu\u2019il ne s\u2019agit pas de personnes issues de ce milieu, il a fait appel à des croisés de la réduction de l\u2019État à une peau de chagrin.On pense notamment à Betsy DeVos, ministre de l\u2019Éducation, qui entend « faire la peau», il n\u2019y a pas d\u2019autre terme, au réseau public, car elle souhaite, à long terme, que les fous de Dieu et leurs théories à ranger au rayon du négationnisme, on pense notamment au créationnisme, occupent le devant de la scène pédagogique.L\u2019autre moteur de cet optimisme est le suivant : comme les marchés s\u2019y attendaient, la victoire de Trump s\u2019est traduite, il y a une dizaine de jours, par l\u2019abolition de la réforme Dodd- Frank du secteur financier, pourtant bien timide.Le nouveau gouvernement est allé jusqu\u2019à supprimer une règle éthique élémentaire, et qui devait avoir force de loi prochainement : soit obliger le courtier à voir à l\u2019intérêt de son client d\u2019abord et avant tout.Aussi inimaginable que cela puisse paraître, l\u2019absence d\u2019une telle règle explique que les malfrats de Wall Street n\u2019ont pas été poursuivis.Vous écrivez que la déréglementation est la mère de tous les emballements sur les marchés boursiers.Est-ce dire que nous sommes dans l\u2019antichambre d\u2019une prochaine crise financière mondiale?En fait de déréglementation, je crois qu\u2019il faut plutôt parler de destruction.Car depuis le milieu des années 1980, les gouvernements se sont appliqués avec méticulosité à abolir les balises érigées par le gouvernement Roosevelt dans les années 1930 afin d\u2019éviter une autre crise comme celle de 1929.Toujours est-il que, faute d\u2019avoir discipliné les acteurs financiers, faute d\u2019avoir mis un terme à cette contradiction (sic) du capitalisme que sont l\u2019existence et le maintien de banques jugées «too big to fail» \u2014 trop grosses pour qu\u2019on les laisse tomber \u2014, autrement dit des banques assurées du soutien de l\u2019État en toutes circonstances, oui, il faut s\u2019attendre à une autre crise.Viendra-t-elle de l\u2019endettement étudiant, des ménages, de l\u2019immobilier?Allez savoir! À titre indicatif, je tiens à souligner que le prix moyen d\u2019un appartement situé à New York a dépassé, en décembre 2015, le cap du\u2026 million! Vous parlez dans votre bouquin des «plombiers», ces «manipulateurs géniaux de la clé à molette informatisée» qui œuvrent dans les coulisses de la finance opaque.En quoi ces plombiers pour- raient-ils venir précipiter cette crise?Ah, ces chers plombiers ! Ils me font penser à ce commentaire de G.K.Chesterton : « Le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison.» Car ces plombiers qui accaparent désormais plus de 40 % des transactions boursières par l\u2019entremise de leurs plateformes se moquent totalement de l\u2019exercice que commande la rationalité.La qualité de tel produit, la pertinence de telle stratégie d\u2019Apple ou de General Electric, l\u2019essor de Toyota ou de Heinz ne font pas partie de leur logiciel intellectuel.Ils sont préoccupés d\u2019abord et avant tout par la déstabilisation de telle compagnie.Une fois cela réalisé, ils agissent de manière à empocher.Propos recueillis par Fabien Deglise Crise financière: trois questions à l\u2019auteur ILLUSTRATION TIFFET Michel Morin essaie de penser l\u2019homme après la mort de Dieu "]
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