Le devoir, 18 février 2017, Cahier H
[" RECHERCHE C A H I E R T H É M A T I Q U E H \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 Université de Montréal Les valeurs ancestrales au service d\u2019œuvres contemporaines Page H 4 Université Laval La transdisciplinarité comme voie d\u2019avenir de la recherche Page H 2 ISTOCK De jeunes femmes brandissent une banderole «Vous nous avez volé notre futur» devant le parlement britannique pour manifester contre la sortie du Royaume-Uni de l\u2019Union européenne.C L A U D E L A F L E U R Collaboration spéciale C haque parent se pose un jour la question : dans quel domaine pourrait travailler mon enfant plus tard ?obser ve Frédéric Bouchard, lui- même père et président de l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas).«Et j\u2019imagine que rares sont ceux qui diraient : \u201cJe veux un Québec moins instruit et qui se destine à des emplois moins bien rémunérés.\u201d Il nous faut donc décider collectivement sur quelles bases sera construit le Québec de demain.» M.Bouchard, qui est également professeur de philosophie et vice-recteur associé à la recherche, à la découverte, à la création et à l\u2019innovation de l\u2019Université de Montréal, suppose que nous désirons tous un développement social et économique.« Mais quels ef forts allons- nous faire pour parvenir à ce développement social et économique?», demande-t-il.Pour lui, chacun d\u2019entre nous a un rôle à jouer pour façonner le Québec de demain.Il s\u2019inquiète toutefois de la montée du populisme à laquelle on assiste un peu partout, en particulier au Royaume-Uni et aux États-Unis.Il cite ainsi l\u2019incroyable déclaration de Michael Gove, alors secrétaire d\u2019État à la Justice du Royaume-Uni.Au printemps dernier, en plein débat sur le Brexit, celui-ci a en ef fet lancé : «People in this country had had enought of experts ! » (On connaît les résultats\u2026) Le pari de la démocratie On constate d\u2019ailleurs que cer tains politiciens exploitent l\u2019idée qu\u2019on n\u2019aurait pas vraiment besoin de la recherche scientifique pour prendre de bonnes décisions, déplore Frédéric Bouchard.« Et ça, c\u2019est extrêmement préoccupant pour nous à l\u2019Acfas puisque là, c\u2019est toute la société qui ira de travers.» Pour lui, le « pari de la démocratie », c\u2019est qu\u2019une société a plus de chance de trouver les bonnes solutions à ses problèmes si ses citoyens s\u2019y mettent tous ensemble.« Mais pour que ça fonctionne, il faut que nous soyons tous bien informés», dit-il.Voilà justement la mission que s\u2019est donnée l\u2019Acfas : faire la promotion du savoir au bénéfice de toute la société.«On rassemble les chercheurs de toutes les disciplines \u2014 quelque 5000 au Québec et de plus en plus en provenance de l\u2019étranger \u2014, et nos activités visent à faire comprendre comment la recherche peut être utilisée », résume le président de l\u2019Acfas.«Nous sommes vraiment un organisme de promotion du savoir au bénéfice de la société, ex- plique-t-il.Nos activités s\u2019accompagnent bien sûr d\u2019actions et de réflexions visant à encourager la société à prendre en compte la recherche lors de la prise de décisions collectives pour son développement.Nous espérons ainsi convaincre tout le monde que le développement du Québec passe par davantage de savoir \u2014 et surtout pas par moins ! », lance-t-il.Un devoir pour tous Selon ce professeur de philosophie, l\u2019une des raisons qui expliqueraient la montée du populisme est un désengagement d\u2019un peu tout le monde envers la culture scientifique.Par exemple, si l\u2019on juge que la persévérance scolaire est quelque chose d\u2019important, cite-t-il, il nous faut savoir ce qu\u2019observent à ce sujet les recherches en psychologie, en psychoéduca- tion, en pédagogie\u2026 concernant les meilleures façons de favoriser la persévérance scolaire.« Si on ne se soucie pas de développer la culture scientifique chez chacun, des commentaires comme celui de Michael Gove, on va les entendre ici aussi, prévient Frédéric Bouchard.Et on va par la suite connaître des lendemains déplorables », telle la sortie inopinée du Royaume-Uni de l\u2019Europe.Le monde d\u2019aujourd\u2019hui est trop complexe pour que nous puissions nous fier uniquement à notre instinct et à notre bon sens, estime le philosophe.Il nous faut aussi prendre en compte ce qu\u2019observent les chercheurs au sujet d\u2019une situation donnée, que ce soit à propos de l\u2019évolution du climat, des inégalités socio- économiques ou de la persévérance scolaire.En conséquence, il nous faut développer notre propre culture scientifique tout au long de la vie \u2014 et non pas, comme on le fait généralement, auprès des enfants seulement.« Il faut que tout le monde se dise, comme projet collectif, qu\u2019on veut être une société du savoir et que notre progrès social et économique, comme celui de nos enfants, en dépend», préconise M.Bouchard.« Il ne s\u2019agit pas que tout le monde devienne un scientifique, mais on doit tous comprendre l\u2019utilité de la recherche scientifique et faire intervenir celle-ci dans nos décisions personnelles et collectives », précise-t-il.Se projette-t-on suffisamment dans l\u2019avenir et sur la façon dont on veut construire cet avenir ?se demande M.Bouchard.Ou veut-on subir l\u2019avenir\u2026 plutôt que de le construire ?Or, pour construire l\u2019avenir, il faut davantage de culture scientifique, davantage de recherche et les gouvernements ont assurément un rôle à jouer.«Mais pas uniquement les gouvernements, souligne le président de l\u2019Acfas, mais bien nous tous, en nous disant que le bien-être de nos enfants dépend d\u2019une société où le savoir occupe une grande place.Prenons conscience du fait que c\u2019est de cette façon que, par exemple, nous aurons de meilleurs traitements médicaux, des politiques plus justes envers tous et des stratégies économiques plus appropriées », expose M.Bouchard.Il faut que chacun d\u2019entre nous se dote des outils pour comprendre le monde et pour y contribuer.«Et cela, ça passe par plus d\u2019éducation, par plus d\u2019éducation scientifique et par plus de recherche», affirme M.Bouchard.Autrement, poursuit-il, si on ne fait pas chacun un ef for t suf fisant, des dérives comme celles auxquelles on assiste ailleurs pourraient très bien survenir ici même.« L\u2019histoire nous montre qu\u2019aucune société n\u2019est à l\u2019abri de ce genre d\u2019excès, rappelle le chercheur universitaire.Pour moi, ce qui se passe aux États-Unis, c\u2019est un réveil ! » « Oui, le monde est complexe , conclut-il, mais il n\u2019est pas incompréhensible.Les outils existent pour nous aider à le comprendre et il faut nous donner la peine de par faire notre culture scientifique.» La culture scientifique, antidote au populisme ambiant Il faut que tout le monde se dise qu\u2019on veut être une société du savoir et que notre progrès social et économique en dépend Frédéric Bouchard, professeur de philosophie et vice-recteur associé à la recherche, à la découverte, à la création et à l\u2019innovation de l\u2019Université de Montréal « » P E D R O R U I Z L E D E V O I R RECHERCHE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 H 2 \u2022 AÉROSPATIALE ET TRANSPORT TERRESTRE \u2022 ÉNERGIE \u2022 ENVIRONNEMENT ET CONSTRUCTION \u2022 TECHNOLOGIES DE LA SANTÉ \u2022 TECHNOLOGIES DE L\u2019INFORMATION ET DES COMMUNICATIONS Toute l\u2019information sur nos programmes de 2e et 3e cycles à www.etsmtl.ca ets mtl .ca NOTRE MOTEUR.LA RECHERCHE C A R O L I N E R O D G E R S Collaboration spéciale À l\u2019Université Laval, les grands projets transdisci- plinaires sont au cœur de la formation de la relève en recherche.De vastes projets sur la santé durable et sur le Nord durable permettent aux chercheurs de plusieurs disciplines de collaborer dans la résolution des grands enjeux de notre époque.«Ces grands projets donnent aux étudiants l\u2019occasion de collaborer avec nos par te- naires externes, et des expériences d\u2019apprentissages à l\u2019extérieur.C\u2019est une belle occasion pour nous d\u2019investir dans la diversité des activités d\u2019apprentissage, dans la diversité des milieux de formation, et nous souhaitons que cela leur offre une meilleure ouverture sur le monde», explique Angelo Tremblay, vice-recteur à la recherche et à la création par intérim.Dans le cadre du projet sur la santé durable, l\u2019initiative Alliance santé Québec regroupe des chercheurs de l\u2019Université Laval et de la région.« On parle de 85 centres, consor tiums et chaires de recherche, et d\u2019environ 2200 chercheurs et professionnels associés à la recherche universitaire qui font partie de cette alliance formée il y a quelques années.La mission de l\u2019alliance est de promouvoir l\u2019acquisition et le transfert de connaissances pour amener le concept de santé durable dans nos sociétés », indique Éric Bauce, vice-recteur exécutif et au développement.La santé durable est un concept qui met en relation la santé des individus avec la b o n n e s a n t é d e l e u r environnement.« Alliance Santé Québec va nous permettre de mieux comprendre, notamment en structurant des banques de données pour croiser des données.Par exemple, on pourrait analyser le lien entre la santé pulmonaire et le nombre de par ti- cules fines présentes dans l\u2019air.Nous n\u2019avons pas, présentement, de réponses à ce genre de questions.On a besoin de croiser des données obtenues auprès de la population, d\u2019une par t, et dans des centres de collecte où les participants seront associés à un centre plutôt qu\u2019un autre, par géolocalisation.Pour faire cela, il faut une grande entreprise de recherche qui a le potentiel d\u2019élargir la collecte et de croiser des données pour qu\u2019on comprenne mieux le lien entre la santé des individus et la qualité de leur environnement.Le mot \u201cdurable\u201d, dans ce contexte, est im- por tant.Il touche la santé et l\u2019espérance de vie des individus, ainsi que la préservation de notre environnement », explique M.Tremblay.Sentinelle Nord Un autre grand projet sur le Nord durable, Sentinelle Nord, qui est financé à hauteur de 98 millions, permet aux chercheurs de nombreuses disciplines de collaborer.Il réunit notamment les travaux de l\u2019Institut nordique du Québec, qui regroupe l\u2019Université Laval, l\u2019Université McGill et l\u2019INRS, ainsi que les travaux du réseau ArcticNet et du navire de recherche Amundsen.«Pour le premier appel à projets que nous avons fait à l\u2019intérieur de cette enveloppe, on a eu 130 chercheurs de 7 facultés qui sont financés sur 21 projets, et 30 départements, centres de recherche ou instituts sur une première phase de 15 millions.C\u2019est cer tain que, lorsqu\u2019on aborde des problématiques nordiques, cela touche des thématiques aussi variées que les changements climatiques, les technologies, le transpor t, la santé des Premières Nations, l\u2019impact des changements climatiques sur les populations nordiques, l\u2019alimentation et même les dimensions géopolitiques avec la question du Passage du Nord-Ouest.» Ces projets structurants facilitent la formation des nouveaux chercheurs en leur permettant de travailler vers un but commun.« C\u2019est très stimulant pour les étudiants, car cela les expose à dif férentes disciplines et à d\u2019autres façons de faire, tout en créant une masse critique et en rendant disponible une infrastructure colossale par la mise en commun des savoirs », note Éric Bauce.Cette transdisciplinarité s\u2019inscrit dans une tendance mondiale lourde facilitée par les télécommunications modernes et les outils de traitement de données massives.«Les chercheurs, aujourd\u2019hui, n\u2019ont pas le choix de suivre la tendance, constate Angelo Tremblay.On se rend compte que de multiples facteurs sont en jeu pour la santé, les écosystèmes, et ce faisant, on est obligés de tenir compte de l\u2019expertise des autres si on veut bien comprendre la réalité des problèmes auxquels on fait face.Si on parle du Nord, il y a des enjeux de toxicologie, de saines habitudes de vie, de changements environnementaux.Le Nord est un peu un banc d\u2019essai pour l\u2019humanité.Les changements arrivent plus vite là-bas qu\u2019au Sud.C\u2019est donc un laboratoire exceptionnel pour comprendre et expérimenter des solutions.» Ultimement, cette collaboration favorise les retombées posi t ives des recherches scientifiques.« Comme chercheurs, on n\u2019a pas seulement comme objectif de comprendre, mais aussi d\u2019intervenir pour contribuer au mieux-être des individus et pour faire un monde meilleur.Il se peut aussi que les résultats des recherches entraînent des débouchés économiques significatifs et favorisent l\u2019em- ployabilité de nos étudiants et diplômés, dans de nouveaux emplois pour régler les problèmes de manière dif férente de ce que l\u2019on pouvait faire dans le passé.» UNIVERSITÉ LAVAL La transdisciplinarité comme voie d\u2019avenir en recherche MARTIN FORTIER Un projet sur le Nord durable, Sentinelle Nord, permet aux chercheurs de nombreuses disciplines de collaborer.Il réunit les travaux de l\u2019Institut nordique du Québec, qui regroupe l\u2019Université Laval, l\u2019Université McGill et l\u2019INRS, ainsi que les travaux du réseau ArcticNet et du navire de recherche Amundsen.Éric Bauce RECHERCHE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 H 3 Ce cahier thématique a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute demande d\u2019information quant au contenu de ce cahier, vous pouvez contacter par courriel Loïc Hamon, directeur des publications spéciales, à lhamon@ledevoir.com.Pour vos projets de cahiers ou toute autre information au sujet de la publicité, vous pouvez contacter Mark Drouin, vice-président des ventes publicitaires, à l\u2019adresse courriel mark.drouin@ledevoir.com.N A D I A K O R O M Y S L O V A Collaboration spéciale D ans une étude récente sur les ef fets de l\u2019austérité en recherche, l\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socioéconomiques (IRIS) établit le lien entre les compressions budgétaires et la réorientation des fonds vers les intérêts de l\u2019économie.Soumis à un régime d\u2019austérité pendant dix ans, les Conseils de recherches du Canada et les Fonds de recherche du Québec ont subi d\u2019importantes réductions de leur financement entre 2007 et 2015.Au fédéral, le financement global des Conseils a baissé de 8,2 % entre 2007 et 2015.Le fonds le plus durement touché a été le CRSH, destiné aux sciences humaines, qui a perdu 14,3 % de son budget.Les Fonds de recherche québécois ne sont pas en reste : le FRQNT (nature et technologies) a par exemple subi une baisse de 26 % de son financement en 2015, ce qui l\u2019a obligé à geler plusieurs programmes de recherche.Résultat : le nombre de bourses d\u2019études et de subventions a considérablement baissé pendant la même période, autant au fédéral qu\u2019au provincial.Au CRSNG (sciences naturelles et génie), le nombre de bourses à la maîtrise a chuté de 68 %, de 19 % au doctorat et de 25 % au post-doctorat.La recherche fondamentale délaissée En plus de restreindre l\u2019accès aux études supérieures, cette période d\u2019austérité a été accompagnée de nouvelles politiques d\u2019attribution du financement.« Il y a d\u2019abord des politiques de restrictions budgétaires.Ensuite, on réinvestit dans la recherche, mais on attribue ce nouveau financement à des conditions, et la condition c\u2019est une participation au développement économique.» Les fonds alloués pour la recherche fondamentale chutent alors que ceux pour la recherche dite « appliquée » ne cessent d\u2019augmenter.Les chif fres sont éloquents : au CRSNG (fonds canadien sciences et génie), les fonds pour la recherche axée sur la découverte ont baissé de 19 % alors que les fonds pour la recherche appliquée ont crû de 33 % en dix ans.Des évolutions similaires sont obser vables pour tous les organismes subventionnaires.La préférence à la recherche appliquée est justifiée par les organismes subventionnaires par le fait que cette recherche aura des retombées «d\u2019utilité sociale ».Une utilité économique surtout, rectifie Philippe Hurteau : « On ne parle pas de retombée sociale au sens de ce qui est bon pour la société.C\u2019est un euphémisme pour parler de retombées économiques.[\u2026] Les besoins de la société sont rapidement assimilés aux besoins de l\u2019économie.» Concrètement, les chercheurs doivent désormais construire leurs demandes pour montrer aux organismes subventionnaires qu\u2019ils généreront des « innovations » ayant des retombées concrètes.«Ce n\u2019est plus un travail intellectuel de questionnement, d\u2019avancement des connaissances, mais un travail de participation à la stimulation économique.[\u2026] Des champs de recherche peuvent être abandonnés, et des recherches pour faire avancer nos savoirs sur la société, la géologie ou la physique ne verront pas le jour.» À long terme, c\u2019est tout le processus de recherche scientifique qui est touché.La recherche fondamentale est orientée par les besoins de la discipline elle-même, elle vise à faire avancer un savoir, qui pourra, dans un deuxième temps, ser vir à des applications concrètes.La recherche appliquée vient donc se nourrir à même la recherche fondamentale.Or « si on fait de moins en moins de recherche fondamentale, on va avoir de la dif ficulté à terme à faire de la recherche appliquée, car on va avoir de la difficulté à comprendre les phénomènes avec lesquels on travaille ».La société paye, les entreprises profitent Cette transformation du rôle de la recherche fait partie d\u2019un plan de réorganisation plus globale des sociétés, explique M.Hurteau.Les coupes claires en recherche, qui ont eu lieu sous le gouvernement conser vateur de Stephen Harper, étaient motivées par une vision néolibérale de la société : «dans la vision conservatrice, la société devrait s\u2019organiser en fonction des intérêts de l\u2019économie.» Et le gouvernement libéral du Québec va dans le même sens puisqu\u2019il partage avec les conservateurs une vision « favorable de la réorganisation de la société en fonction des intérêts du marché».Le virage vers l\u2019économie du savoir est assurément engagé avec ces réformes.Un savoir de plus en plus arrimé aux intérêts de l\u2019économie, valorisable et monnayable.Là où le bât blesse, c\u2019est que ce sont les fonds publics qui financent la recherche, alors que celle-ci ser t avant tout aux entreprises privées.Par exemple, les Fonds de recherche québécois consacrent une partie toujours plus grande de leurs bourses pour des stages au sein d\u2019entreprises privées.Parallèlement, de grandes entreprises ferment leurs laboratoires de recherche, préférant les partenariats avec les universités, moins coûteux.Le privé profite ainsi de ces partenariats pour développer son potentiel d\u2019innovation aux frais de l\u2019État.« On demande aux universités de produire de la recherche et du développement, payés par des fonds publics, au bénéfice des entreprises privées.[\u2026] Si ce sont les entreprises privées qui profitent des résultats de la recherche, elles devraient en assumer les coûts et les risques.» Au lieu de quoi l\u2019État québécois dépense des millions (87,9 millions de dollars entre 2012 et 2015) pour financer des compagnies privées chargées de promouvoir la commercialisation de la recherche universitaire.Un courant de fond qui ne changera pas avec un simple réinvestissement, croit M.Hurteau.Même si le dernier budget du gouvernement Trudeau a augmenté sensiblement les fonds pour la recherche, et que le gouvernement Couillard devrait en faire de même cette année, la priorité aux retombées économiques n\u2019est pas remise en cause.« Au final, il va y avoir peut-être autant ou même plus d\u2019argent public pour la recherche, mais la recherche fondamentale aura été mise de côté au profit de la recherche appliquée, en partenariat avec le secteur privé.» IRIS Le savoir soumis aux intérêts de l\u2019économie PEDRO RUIZ LE DEVOIR Les chercheurs doivent désormais construire leurs demandes pour montrer aux organismes subventionnaires qu\u2019ils généreront des « innovations» ayant des retombées concrètes.«Ce n\u2019est plus un travail intellectuel de questionnement, d\u2019avancement des connaissances, dénonce l\u2019IRIS, mais un travail de participation à la stimulation économique.» «Les besoins de la société sont rapidement assimilés aux besoins de l\u2019économie» C L A U D E L A F L E U R Collaboration spéciale D epuis le printemps dernier, le gouvernement du Québec mène des consultations publiques afin d\u2019élaborer une nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l\u2019innovation (SQRI).« D\u2019après ce qu\u2019on nous dit, rapporte Frédéric Bouchard, président de l\u2019Association francophone pour le savoir (Ac- fas), les travaux vont bon train, et les signaux que nous recevons nous indiquent que la Stratégie devrait être déposée avant les vacances estivales.» L\u2019idée d\u2019une telle stratégie, indique le ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l\u2019Innovation est de « donner au Québec une vision gouvernementale claire, cohérente et actuelle afin d\u2019évoluer vers une société du savoir plus prospère, avant-gardiste et rayonnante ».Le gouvernement a d\u2019ailleurs baptisé sa démarche, qui vise à «moderniser notre économie» : Oser innover.«Cette stratégie sera élaborée avec ouverture et transparence, nous dit-on, en collaboration avec les citoyens, les experts, les entreprises et les organismes, selon leurs préoccupations, leurs besoins et leurs idées.» À surveiller : le budget de mars Cependant, propose Frédéric Bouchard, qui est également vice-recteur associé à la recherche, à la découverte, à la création et à l\u2019innovation de l\u2019Université de Montréal, on pourra évaluer si le gouvernement Couillard est sérieux dans sa démarche dès le prochain énoncé budgétaire qui devrait survenir en mars.« Idéalement, les fonds de recherche associés à une stratégie du savoir devraient apparaître dans le prochain budget, avant même le dévoilement de la SQRI», indique le président de l\u2019Acfas.« Nous allons examiner ce budget avec grande attention puisque c\u2019est là qu\u2019on verra quel genre de mesures risque de comporter la stratégie, précise M.Bouchard.Le budget montrera l\u2019ampleur de l\u2019action !» Concrètement, il s\u2019agira de voir si le budget contient l\u2019augmentation du financement des trois Fonds de recherche du Québec \u2014 en Santé, en Nature et technologies et en Société et culture.Ceux-ci sont les organismes subventionnaires qui financent la recherche dans toutes les sphères et partout au Québec, explique Frédéric Bouchard, autant la recherche sur la persévérance scolaire que l\u2019érosion des berges ou la lutte contre le cancer.«Pour nous, ce sera là l\u2019indication la plus claire puisqu\u2019on ne croit pas qu\u2019on puisse rehausser l\u2019innovation sans augmenter le f inancement des Fonds de recherche, dit-il.C\u2019est donc ce qu\u2019on va regarder de très près dans le budget.» Et la culture scientifique?De même, puisque le gouvernement soutient également une kyrielle d\u2019organismes voués à la culture scientifique, l\u2019Acfas sera aussi attentive aux sommes accordés à ce volet des sciences «aussi important pour le développement de notre société», rappelle M.Bouchard.« Il y a une série de mesures que, comme société, on doit prendre pour se rapprocher de la société du savoir que préconise le gouvernement, souligne le président de l\u2019Acfas.Il s\u2019agit de faire en sorte que tous les citoyens comprennent mieux les enjeux de notre époque et quel genre de décisions \u2014 quel genre de lois et de politiques \u2014 seront favorables au développement de la société du savoir que nous souhaitons tous.» Société du savoir : le gouvernement fait-il bien les choses ?JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE L\u2019augmentation du financement des trois Fonds de recherche du Québec lors du prochain budget du ministre Leitão sera une bonne indication des intentions du gouvernement en ce qui a trait à la future Stratégie québécoise de la recherche et de l\u2019innovation, estime l\u2019Acfas. RECHERCHE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 H 4 PLACE À LA NOUVELLE GÉNÉRATION! CONCO RD I A .C A / D E J A D E M A I N LA SÉCURITÉ AUTOMOBILE, UNE HISTOIRE DE BAGUETTE?Une mousse métallique conçue à Concordia peut sauver des vies en absorbant l\u2019énergie produite dans un accident de voiture.Soumise à un choc, cette matière se redéploie comme un pain croûté au lieu de céder comme un craquelin.C A R O L I N E R O D G E R S Collaboration spéciale L e projet d\u2019ar t Tapiskwan permet aux communautés attikameks de Wemotaci et d\u2019Obedjiwan de collaborer avec l\u2019Université de Montréal dans le but d\u2019explorer des façons de valoriser le patrimoine ancestral à travers la création de produits contemporains.Le projet a commencé en 2011 et a véritablement pris son envol en 2013.«C\u2019est un partenariat avec le Conseil de la nation attikamek.Au fil des échanges, nous avons cerné les enjeux et développé des approches pour y répondre.Nous visitons les communautés avec le matériel nécessaire, mais nous allons bientôt lancer une campagne de sociofinance- ment pour pouvoir équiper des espaces, sur place.Cer taines activités se déroulent à Montréal, au Centre Design et Impression textile af filié de Montréal » , explique Anne Marchand, vice-doyenne à la recherche et professeure à la Faculté de l\u2019aménagement de l\u2019Université de Montréal.L\u2019un des enjeux ciblés dans le cadre du projet est la dif fi- culté croissante, pour les artisans, de se procurer les matières premières traditionnelles, comme l\u2019écorce de bouleau ou les peaux.«La transformation des territoires autour des communautés a rendu l\u2019accès dif ficile à ces matières utiles pour confectionner les produits traditionnels.Les Attikameks sont reconnus pour fabriquer des paniers d\u2019écorce.Cette matière est plus rare, les bouleaux sont plus petits à cause de l\u2019exploitation forestière.Un autre enjeu est celui de la transmission intergé- nérationnelle des savoirs.Ce sont les aînés qui ont toutes les connaissances, et la transmission se fait de façon orale.Il faut documenter ces savoirs et ce patrimoine.» L\u2019arrivée du textile C\u2019est ainsi que Tapiskwan a développé des ateliers de création en se basant sur de nouvelles matières premières, dont le textile.« Les jeunes revisitent le patrimoine graphique qui se retrouvait sur les produits traditionnels.Des aînés sont là pour expliquer la signification et l\u2019origine de ces symboles, pour éviter de tomber dans le piège de la folklorisation.On développe aussi un volet de documentation.Ces produits permettent aussi de faire du développement socioéconomique.» Les produits traditionnels tels que les paniers d\u2019écorce sont encore fabriqués, mais ce sont des produits haut de gamme.Le projet Tapiskwan vise à faire des produits plus abordables, mais authentiques.«En visitant les boutiques du Vieux-Québec, les artisans ont constaté que l\u2019on y trouvait des produits bas de gamme, des imitations stéréotypées, souvent fabriquées à l\u2019étranger, notamment en Chine.En même temps, il serait difficile d\u2019approvisionner ces boutiques uniquement avec des produits authentiques haut de gamme.Les artisans ont réalisé qu\u2019ils pourraient prendre leur place dans ce marché, en créant des produits authentiques, mais relativement abordables.Les produits à caractère identitaire et contemporain de Tapiskwan répondent à ce besoin tout en permettant aux artisans de représenter eux-mêmes leur culture.» La campagne de financement qui sera bientôt en cours permettra de développer une gamme de produits et d\u2019ouvrir une boutique en ligne.« L\u2019objectif est de faire en sorte que la culture soit un levier de développement socioéco- nomique.Ce développement vise un modèle d\u2019entrepreneu- riat qui correspond à la culture et au mode de vie attikameks.Par exemple, pour eux, il y a six saisons.La vie est organisée en fonction de ces saisons avec des activités traditionnelles qui rythment la vie.On peut donc dif ficilement imaginer que les artisans feraient du 9 à 5.Les activités de confection de produits seraient donc modulées en fonction de ces saisons.On pense aussi à produire à plus gros volume quelques produits qui seraient conçus par des artisans attikameks, mais fabriqués à Montréal, et dont la vente permettrait de financer d\u2019autres activités de formation.Les jeunes sont extrêmement talentueux, et ces projets les mettent en contact avec des métiers qu\u2019ils voudront peut-être faire plus tard, comme designer ou designer graphique.» Toutes ces activités sont évidemment documentées par les universitaires participants.« C\u2019est ce qu\u2019on appelle un projet de recherche-action.Faire des projets dans la collectivité permet aux étudiants d\u2019apprendre dans un cadre d\u2019intervention réelle, et cela enrichit leur formation.Ce qui est par ticulièrement intéressant, c\u2019est la coproduction des connaissances.Il y a des savoirs experts, dans les universités, mais quand on travaille sur le terrain avec des groupes, des organismes, on réalise qu\u2019il y a également des savoirs citoyens, des savoirs du terrain qui sont riches et précieux.Cela crée des dynamiques intéressantes de cocréation de nouvelles connaissances.» Pour les universitaires et les membres de la communauté, l\u2019enrichissement est mutuel.« Ce n\u2019est pas juste une relation unidirectionnelle où l\u2019université utiliserait la communauté pour étudier des phénomènes.C\u2019est une relation où l\u2019on définit les projets en fonction des besoins de la communauté.On contribue à l\u2019amélioration de la qualité des milieux de vie, mais d\u2019autre part, ces milieux nous permettent de recueillir des informations précieuses en matière de recherche.» Tapiskwan n\u2019est qu\u2019un exemple parmi d\u2019autres de partenariat entre l\u2019Université de Montréal et la communauté.«Il y a peut-être un mythe autour de l\u2019Université de Montréal, lié à sa situation géographique, qui donne l\u2019impression qu\u2019elle est isolée, mais il faut savoir que les professeurs et les étudiants sont très actifs en dehors de l\u2019Université et qu\u2019il existe de nombreux partenariats en tous genres avec la communauté, et pas seulement en sciences humaines et sociales.» UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Les valeurs ancestrales au service d\u2019œuvres contemporaines PHOTOS TAPISKWAN Tapiskwan a développé des ateliers de création en se basant sur de nouvelles matières premières, dont le textile, visant à faire des produits abordables, mais authentiques. RECHERCHE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 H 5 S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale Ê tre aux prises avec des troubles moteurs ou mus- culo-squelettiques dans notre société limite forcément la mobilité et les mouvements.Et être dans cette situation lorsqu\u2019on est jeune, c\u2019est encore pire, car les avancées technologiques pour faciliter la mobilité et la prise d\u2019objets avec les membres supérieurs se sont sur tout concentrées sur les adultes.Le personnel de la Chaire de recherche en génie de la réadaptation pédia- trique de l\u2019École polytechnique travaille à corriger cette lacune et obtient des résultats encourageants.Professeur adjoint au Dé- par tement de génie mécanique de l \u2019École polytech- n i q u e e t d i r e c t e u r d e l a Chaire, Maxime Raison mentionne qu\u2019il n\u2019existe presque rien pour les enfants aux prises avec des maladies neu- romusculaires ou handicapés à la suite d\u2019un traumatisme.« Les prothèses myoélectriques disponibles actuellement ne sont pas adaptées pour les enfants », déplore-t-il .Le fait qu\u2019ils sont en pleine croissance présente une dif ficulté supplémentaire.La Chaire, cofondée par Polytechnique et le Centre de réadaptation Ma- rie-Enfant (une unité qui relève du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine), s\u2019est donc donné pour mission de développer des dispositifs adaptés pour ces enfants.De la recherche d\u2019avant-garde La Chaire est la seule au Canada à travailler en robotique de réadaptation.« C\u2019est un domaine ultra-émergent, appelé à se développer rapidement », affirme M.Raison.Il croit que, dans moins de 10 ans, les er- gothérapeutes et les physio- thérapeutes en clinique travailleront régulièrement avec ses outils pour aider les jeunes, limités dans leurs mouvements, dans leur rééducation.M.Raison y voit de grands avantages.« La robotique permet aux enfants d\u2019exécuter des exercices de façon répétitive sans fatiguer les spécialistes qui prennent alors un rôle de supervision.» Cette technologie ne remplacerait donc pas le travail fait par ces spécialistes, mais leur faciliterait grandement la vie.«Nous travaillons principalement avec trois bras robotiques, le Jaco et le Mico, développés par la firme montréalaise Ki- nova, en pleine croissance, et le REAplan, développé par l\u2019entreprise belge Axinesis », explique le professeur Raison.Des étudiants en stage, au doctorat et au post-doctorat de la Chaire travaillent à adapter ces bras qui existent déjà sur le marché aux enfants qui ont des problèmes de mobilité avec leurs membres supérieurs.Les bras Jaco et Mico L e p r o f e s s e u r S o f i a n e Achiche du Laboratoire de conception de systèmes intelligents et mécatroniques (Co- Sim), en collaboration avec la Chaire, travaille à développer un bras robotique qui assisterait dans leurs tâches quotidiennes les personnes atteintes de troubles moteurs et musculo-squelettiques.Ce bras serait fixé à leur fauteuil roulant.Les bras actuels se commandent à l\u2019aide d\u2019une manette.Or, les personnes n\u2019ayant pas la dextérité nécessaire pour manipuler la manette ont de la dif ficulté à se ser vir du bras.L\u2019équipe de M.Achiche propose donc d \u2019u t i l i ser l e r egar d pour contrôler le bras.«Cela se fait grâce à une caméra de stéréovision [qui pourrait être installée sur le fauteuil roulant] qui reproduit la scène dans laquelle le bras intervient, aidé par un système de suivi oculaire [eye traker] et un logiciel qui analyse et traite les données fournies, en temps réel, par ces appareils, détaille Maxime Raison.Le dispositif peut alors savoir quel objet la personne regarde, et le bras Jaco peut aller le chercher.En plus de détecter l\u2019objet, il doit aussi détecter les obstacles qui pourraient se présenter sur son chemin de façon à les éviter.» Le bras robotique devient ainsi asservi au regard de l\u2019utilisateur.Le robot REAplan Le personnel de la Chaire travaille aussi avec le robot REAplan, de la firme Axinesis.Ce robot a pour objectif de permettre la récupération de la motricité des membres supérieurs.« C\u2019est le premier robot au monde capable d\u2019améliorer cette motricité, soutient le directeur de la Chaire.Axinesis a ouvert le code source pour nous, ce qui nous permet de travailler à personnaliser l\u2019appareil dans le but de donner la bonne dose de travail à l\u2019enfant.» Cet appareil, une fois bien adapté, sera très utile pour la rééducation motrice des enfants atteints de paralysie cérébrale et ceux atteints de maladies neuromusculaires, comme la dystrophie musculaire de Duchenne.« Des enfants qui souffrent de ces pathologies, il y en a des milliers qui sont suivis par le Centre de réadaptation Marie -En fant » , exp l ique M.Raison, motivé et passionné par l\u2019aspect utile des recherches qu\u2019il supervise.Cette rééducation que l\u2019on peut aussi appeler « entraînement robot-assisté » offre des avantages.Dans une étude datant de 2014 de l\u2019École polytechnique de Louvain (Belgique), on en relevait déjà plusieurs.L\u2019entraînement robotisé permet de développer une thérapie plus longue et plus intense ; elle ouvre la voie à de nouvelles nouvelles approches thérapeutiques ; elle permet d\u2019automatiser une partie de la thérapie ; elle offre un « entraînement » plus personnalisé et évolutif et fournit un outil plus précis et fiable pour la mesure des fonctions motrices.Un avenir prometteur La collaboration de la Chaire avec les deux entreprises technologiques Kinova et Axinesis por te déjà ses fr uits.« Une bonne partie de nos étudiants travaillent aujourd\u2019hui pour Ki- nova, une entreprise qui a connu une croissance extraordinaire au cours des dernières années, explique M.Raison.Bientôt, nous comptons aussi créer notre propre entreprise.» D e f a ç o n p l u s g l o b a l e , Montréal est en train de se positionner comme un leader dans la recherche en intelligence artificielle.On prévoit un avenir radieux dans ce domaine (bien que les spécialistes craignent que ces avancées entraînent la per te de milliers d\u2019emplois).La Chaire de recherche en génie de la réadaptation pédiatrique de l\u2019École polytechnique est donc en bonne position pour profiter du développement de ce secteur émergent.ÉCOLE POLYTECHNIQUE La robotique au secours des enfants handicapés Montréal est la meilleure ville étudiante sur la planète, selon le classement QS Best Student Cities 2017.C\u2019est avec une grande ?erté que l\u2019Université de Montréal célèbre une ville ouverte, accueillante et créative, où il fait bon vivre.Une ville dont elle porte le nom.umontreal.ca POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Le Pr Maxime Raison en compagnie de son collaborateur, le Pr Sofiane Achiche, derrière un bras robotique d\u2019adaptation La robotique permet aux enfants d\u2019exécuter des exercices de façon répétitive sans fatiguer les spécialistes, qui prennent alors un rôle de supervision Maxime Raison, professeur adjoint au Département de génie mécanique de l\u2019École polytechnique et directeur de la Chaire « » RECHERCHE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 H 6 C L A U D E L A F L E U R Collaboration spéciale L\u2019 équipe de Vladimir Tito- renko, de l \u2019Université Concordia, aurait découvert une substance naturelle qui détruirait les cellules cancéreuses sans pour autant s\u2019attaquer aux cellules saines.Il s\u2019agit de l\u2019acide lithocholique, produit par le foie, et qui empêcherait, entre autres, la croissance des tumeurs dans le sein et la prostate.Étonnamment, on a af faire ici à une découverte inopinée puisque le professeur Tito- renko, qui dirige une chaire en génomique, biologie cellulaire et vieillissement, se consacre plutôt à l\u2019étude des cellules de levure (voir article ci-contre).« Jamais je n\u2019aurais imaginé qu\u2019en travaillant sur le vieillissement des cellules de levure, on découvrirait un agent anticancéreux, s\u2019exclame-t-il.Mais, voyez-vous, c\u2019est ça, la beauté de la science !» Quand le stress tue\u2026 Plus spécifiquement, son équipe a découvert que de faibles doses d\u2019acide lithocho- lique détruisent en éprouvette des cultures de cellules cancéreuses humaines.Et, plus intéressant encore, cet acide ne s\u2019attaque pas aux cellules saines \u2014 contrairement aux chimiothérapies.« Nous avons aussi identifié le mécanisme en jeu », ajoute f i è r e m e n t l e c h e r c h e u r : l\u2019acide lithocholique s\u2019attaquerait aux cellules cancéreuses en les stressant\u2026 À un point tel que celles-ci finissent par s\u2019autodétruire ! « Nous avons trouvé, indique le biologiste, que l\u2019acide litho- cholique af faiblit de façon très importante le fonctionnement des mitochondries » \u2014 l\u2019organe qui, au cœur de chaque cellule, produit l\u2019énergie de celle-ci.Toxicité et effets secondaires Notons cependant qu\u2019on est encore loin de la mise au point d\u2019un traitement anticancéreux à l \u2019acide l ithocho- l i q u e , p u i s q u e l e s e x p é - riences réalisées par l\u2019équipe du professeur Titorenko se font en laboratoire, dans des boîtes de Pétri.« Nous devons d\u2019abord comprendre ce qui se passe précisément, indique le chercheur.En science, voyez-vous, il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019observer un phénomène, mais encore faut-il comprendre ce qui se passe au juste.» « Nous sommes encore loin d\u2019un traitement, poursuit-il, puisque nous devons déterminer quelle dose d\u2019acide lithocho- lique est nécessaire pour stopper le cancer chez des souris.» Et si l\u2019acide lithocholique donne de bons résultats chez la souris, ce pourrait devenir un composé intéressant à tester chez l\u2019humain.Mais il faudrait préalablement vérifier quels sont les ef fets secondaires du traitement et, surtout, déterminer les doses toxiques à ne pas administrer.Or, c\u2019est bien souvent là qu\u2019un traitement prometteur échoue.Si tout va bien, c\u2019est seulement par la suite qu\u2019on pourra enfin parvenir à développer un traitement anticancéreux.Hélas, c\u2019est dire qu\u2019il reste encore des années de labeur à l\u2019équipe du Pr Titorenko et aux suivantes.Mais qui sait à quoi pourraient aussi mener ces années de recherche ?Un formidable outil contre le cancer ?C L A U D E L A F L E U R Collaboration spéciale L e biologiste Vladimir Tito- renko mène sans doute les recherches les plus fascinantes qui soient : il tente de découvrir ce qui fait qu\u2019on vieillit et, surtout, comment on pourrait contrecarrer ce processus.Déjà, ces travaux lui ont permis de multiplier par cinq la durée de vie de cellules\u2026 de levure.En effet, la meilleure façon de percer les secrets du vieillissement est d\u2019étudier ce qui se passe au niveau cellulaire dans les levures qu\u2019on utilise couramment pour fabriquer du pain et de la bière.« Le vieillissement de tout être vivant est le résultat direct de celui des cellules, explique le professeur de biologie.En ef fet, le vieillissement af faiblit les capacités de chaque cellule à fonctionner et à communiquer avec ses semblables.Et la conséquence ultime de ce processus cellulaire mène bien entendu à la mort de l\u2019individu.» Or, insiste le Pr Titorenko, les cellules de levure sont dotées des mêmes gènes que nous, alors que leur vieillissement ne diffère en rien de ce qui se passe en nous.Qui plus est, la durée de vie des levures n\u2019étant que de quelques semaines, on peut aisément non seulement suivre comment se déroule leur vieillissement, mais également ce qui se passe d\u2019une génération à l\u2019autre.Pourquoi pas le vieillissement?Originaire de l\u2019ancienne Union soviétique, Vladimir Ti- torenko mène ses travaux à l\u2019Université Concordia depuis 15 ans.Tout jeune, son intérêt pour la science est né de la lecture des œuvres de science-fiction de Ray Bradbur y, de Jules Ver ne, d \u2019Arkady et Bor is Strougatski, ainsi que de Sta- nislaw Lem.Sa passion pour les sciences lui a été inculquée au secondaire par un professeur de biologie.Et l\u2019un de ses livres favoris a par la suite été La double hélice de James Watson, qui raconte comment un jeune chercheur, en découvrant la structure de l\u2019ADN, nous a livré les fondements de la vie.Au début des années 1990, alors que l\u2019URSS se disloquait, Vladimir Titorenko a entrepris des études postdoctorales aux Pays-Bas, pour finalement les poursuivre à Edmonton, à l\u2019Université d\u2019Alberta.« Dès le départ, j\u2019avais l\u2019intention de ne pas revenir en Union soviétique, confie-t-il, puisque je savais qu\u2019il ne me serait pas possible d\u2019y faire de la science.» Au terme de ses études postdoctorales, il est devenu chercheur associé à l\u2019Université d\u2019Alberta.« C\u2019est alors que l\u2019Université Concordia m\u2019a offert un poste de professeur chercheur », précise celui qui dirige à présent une Chaire en génomique, biologie cellulaire et vieillissement.Si, au dépar t, le Pr Tito- renko se consacrait à l\u2019étude de l\u2019oxydation des cellules de levure, ce n\u2019est qu\u2019un « bon matin», il y a une dizaine d\u2019années, qu\u2019il s\u2019est levé avec l\u2019idée d\u2019étudier le vieillissement.« Bien sûr, explique-t- i l , nous savons que le vieillissement est quelque chose d\u2019extrêmement complexe, qui dépend de plusieurs facteurs, mais je me suis dit que ce serait plus simple si on commençait par étudier les processus moléculaires de la cellule.» Une substance qui prolonge la vie Dans un premier temps, ses collègues et lui se sont mis à chercher une substance quelconque qui prolongerait la vie des cellules.Ils en ont testé des milliers pour finalement découvrir l\u2019acide litho- cholique, un composé produit naturellement par le foie.« Nous avons exposé des levures à de l\u2019acide lithocholique, relate Vladimir Titorenko, et nous sommes parvenus à créer des levures ayant une très longue durée de vie, des mutants que nous avons surnommés des \u201clevures centenaires\u201d.» Ensuite, dans une boîte de Pétri, les chercheurs ont exposé des cellules de levure à de l\u2019acide lithocholique pour finalement obtenir un très petit nombre de cellules \u2014 une sur dix millions \u2014 qui pouvaient vivre cinq ou six fois plus longtemps que les cellules normales.«C\u2019était fantastique!» dit-il.Cellules altruistes?L\u2019étape suivante a été de placer un certain nombre de ces levures centenaires dans des colonies de cellules normales pour voir ce qui allait se passer.« Nous nous attendions à ce que nos cellules mutantes vivent beaucoup plus longtemps que les cellules normales, raconte le biologiste, mais c\u2019est tout le contraire qu\u2019on a observé : les cellules normales survivaient à nos levures centenaires ! » Voilà donc que le professeur Titorenko a mis au jour un étonnant mécanisme qui semble limiter la durée de vie des cellules.« Vraisemblablement, il existe un mécanisme naturel \u2014 issu de l\u2019évolution \u2014 qui limite la durée de vie des cellules », constate-t-il.Il postule ainsi que, devant le fait que les ressources alimentaires et énergétiques assurant la sur vie de tout écosystème sont par définition limitées, il est impor tant que les jeunes générations d\u2019individus puissent en disposer afin de se développer et d\u2019assurer la survie de l\u2019espèce.Tout se passe comme si la « nature » faisait en sorte que, par venues à un cer tain âge, les cellules s\u2019éliminent d\u2019elles- mêmes.« En limitant leur espérance de vie, elles donnent une chance aux jeunes générations de se développer», résume le chercheur.« Nous avons donc fourni la première preuve expérimentale de l\u2019existence d\u2019un mécanisme qui limite la longévité des organismes », indique-t-il fièrement, en parlant même d\u2019un « processus altruiste » de la par t des vieilles cellules qui laisseraient leur place aux plus jeunes.Ce que met au jour Vladimir Titorenko, ce sont les processus fondamentaux du vieillissement qui s\u2019appliquent à tous les êtres vivants \u2014 y compris nous ! Il serait donc théoriquement possible de prolonger notre existence grâce à l\u2019apport de substances naturelles, telles que l\u2019acide lithocho- lique, mais tout en court-circuitant un processus naturel d\u2019altruisme.« Des chercheurs pensent qu\u2019en recourant à des agents naturels antivieillissement, on pourrait prolonger notre vie jusqu\u2019à 120 ans » , relate le Pr Titorenko.Mais nous n\u2019en sommes vraiment pas là, s\u2019empresse-t-il d\u2019ajouter, de sorte que le biologiste recommande plutôt, à ceux qui veulent vivre le plus longtemps possible, de bien s\u2019alimenter, de ne pas fumer et de faire de l\u2019exercice physique.UNIVERSITÉ CONCORDIA Un chercheur perce les secrets du vieillissement ISTOCK Un traitement n\u2019est pas encore mis au point, car les chercheurs doivent déterminer quelle dose d\u2019acide lithocholique est nécessaire pour stopper le cancer chez des souris.Nous avons fourni la première preuve expérimentale de l\u2019existence d\u2019un mécanisme qui limite la longévité des organismes Vladimir Titorenko, biologiste « » U N I V E R S I T É C O N C O R D I A ISTOCK En recourant à des agents naturels antivieillissement, la vie pourrait être allongée jusqu\u2019à 120 ans, mais en attendant cette possibilité, le biologiste Vladimir Titorenko assure que le meileur moyen de vivre le plus longtemps possible est d\u2019avoir de saines habitudes de vie.\u2022 Université du Québec à Montréal \u2022 Université du Québec à Trois-Rivières \u2022 Université du Québec à Chicoutimi \u2022 Université du Québec à Rimouski \u2022 Université du Québec en Outaouais \u2022 Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue \u2022 \u2022 \u2022 École de technologie supérieure \u2022 Télé-université www.uquebec.ca Une force en recherche PARTOUT AU QUÉBEC Les 10 établissements de l\u2019Université du Québec \u2022 près de 2 900 professeurs-chercheurs \u2022 plus de 470 groupes, laboratoires et chaires de recherche \u2022 plus de 200 M$ par année en octrois et contrats de recherche, dont 109,3 M$ provenant des organismes subvention- naires en 2015-2016 RECHERCHE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 H 7 M A R T I N E L E T A R T E Collaboration spéciale C ombien de pages environ un mémoire de maîtrise comporte-t-il au Québec ?Et une thèse de doctorat ?Voilà les questions que se posait Jean-Hugues Roy, professeur à l\u2019École des médias de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), alors que les dif fé- rents établissements universitaires ne donnent pas de directives précises à leurs étudiants sur la question.Il a décidé de fouiller ce qui a été fait pour établir des moyennes.Après avoir récolté un échantillon de plus de 55 000 documents depuis 1990 dans 13 établ issements uni - versitaires du Québec, Jean- Hugues Roy, ancien journaliste de Radio-Canada, a obtenu sa réponse.Un mémoire de maîtrise compte en moyenne 133 pages et la thèse de doctorat 251.L\u2019idée de cette étude est née d\u2019un questionnement bien personnel alors que Jean-Hugues Roy se lançait dans la rédaction de son propre mémoire de maîtrise.« Comme tout journaliste, je me demandais dès le début de ma démarche quelle longueur je devrais produire », raconte dans son bureau de professeur celui qui s\u2019est sevré de l\u2019atmosphère survoltée de la salle de nouvelles pour se consacrer à la formation de la relève.Il n\u2019a pas trouvé de réponse à sa question, mais certaines recommandations.L\u2019Université McGill invite ses étudiants du deuxième cycle à ne pas dépasser 100 pages.HEC Montréal recommande que le mémoire ne dépasse pas 150 pages.Quant à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), elle suggère à ses doctorants en administration de rédiger entre 200 et 400 pages.Ce n\u2019était pas suffisant pour satisfaire sa soif de curiosité.« J\u2019ai fouillé dans ce qui s\u2019était écrit sur le sujet dans le monde et j \u2019ai trouvé peu de choses, précise-t-il.Mais, je suis tombé sur une étude de Marcus Beck, de l\u2019Université du Minnesota.Il présentait le nombre de pages en moyenne des mémoires de maîtrise et des thèses de doctorat dans son université, ensuite par disciplines, avec de belles infographies.J\u2019ai décidé de faire la même chose, mais pour toutes les universités québécoises.» La quête On ne récolte pas des données sur l\u2019ensemble des mémoires de maîtrise et des thèses de doctorat publiés au Québec dans les 25 dernières années en criant ciseau.Si Jean-Hugues Roy s\u2019est donné ce défi, c\u2019est qu\u2019il est doué en programmation et un véritable passionné du journalisme de données, une discipline où le logiciel et la programmation sont uti l isés pour extraire des données per tinentes dans des mines d\u2019information.Il s\u2019est donc mis à son ordinateur et a rédigé des scripts dans le langage de programmation Python.Finalement, seulement 13 des 18 universités québécoises avaient des données suffisantes pour sa récolte.L\u2019actuel directeur du baccalauréat en communication, profil journalisme, en a vu de toutes les couleurs.Des mémoires très courts en finance aux plus longs en management et gestion.Le record parmi les thèses les plus longues revient à une étudiante en didactique de l\u2019Université de Montréal qui a déposé un document de 1578 pages en 2011.Par contre, c\u2019est à l\u2019UQAM que revient la palme des thèses les plus longues.Le professeur utilise maintenant les résultats de cette recherche comme matière première pour enseigner à ses étudiants du cours de journalisme de données.Découvrir le savoir du Québec Lors de sa collecte d\u2019information, Jean-Hugues Roy s\u2019est parfois laissé prendre au jeu et s\u2019est plongé dans la lecture de thèses et mémoires.« Je me souviens par exemple d\u2019avoir voulu vérifier le nombre de pages d\u2019une thèse particulièrement volumineuse parce qu\u2019elle comprenait en annexe la correspondance entre Gabrielle Roy et son mari qui était homosexuel.Je n\u2019ai pas pu m\u2019empêcher de lire.C\u2019était fascinant.» En se plongeant dans ce travail de moine réalisé par les étudiants des cycles supérieurs, il a découvert une portion du savoir québécois qui est souvent destiné à reposer sur une tablette une fois achevé.« O r, j \u2019 a i v u d e s thèses intéressantes, avec des illustrations et beaucoup de créativité, qui étaient très agréables à lire », indique-t-il.Un mouvement vers des thèses plus accessibles Il y a d\u2019ailleurs tout un mouvement dans le milieu des études universitaires de cycles supérieurs au Canada en faveur de thèses de doctorat nouveau genre.Plutôt que d\u2019 imposer la rédaction de longs documents arides et souvent peu consultés par la suite, l\u2019Association canadienne des études supérieures (ACES) souhaiterait que les étudiants puissent opter pour de nouveaux formats.Par exemple, un rapport d\u2019intervention sociale avec présentation de la démarche et analyse des enjeux.Ou même, un plan d\u2019affaires pour valoriser une découverte qui viendrait répondre à un besoin dans le milieu.«On veut que la thèse de doctorat ait davantage de retombées dans la société et qu\u2019elle repousse les savoirs d\u2019un milieu plutôt qu\u2019elle soit un long passage obligé dans lequel le chercheur souf fre et s\u2019isole pour rédiger une thèse qui ne sera lue par pratiquement personne par la suite », avait confié au Devoir en novembre dernier Marie Audette, présidente sortante de l\u2019ACES.Admettant ne pas avoir très envie de lancer lui-même dans la rédaction d\u2019une thèse de doctorat, un exercice qu\u2019il compare à une montée de l\u2019Everest, Jean-Hugues Roy croit qu\u2019on pourrait également réaliser des améliorations dans la diffusion des thèses et mémoires.L\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas) fait du travail dans le domaine.Elle organise d\u2019ailleurs chaque année sa version du concours mondial Ma thèse en 180 secondes.« Résumer une thèse en trois minutes est vraiment un exercice incroyable, affirme M.Roy qui fait par tie du jur y de la compétition de l\u2019UQAM.Je me rappelle encore celle qui avait gagné à l\u2019UQAM en 2012.L\u2019étudiante faisait des travaux sur l\u2019hydrodynamisme des ménés.Elle racontait son travail sur le terrain, avec les pêcheurs.C\u2019était toute une conteuse.Ce genre d\u2019initiatives permet de vulgariser les travaux des chercheurs pour qu\u2019ils se rendent dans l\u2019espace public et puissent susciter des débats.Il faudrait davantage d\u2019initiatives du genre pour que la société connaisse mieux le savoir du Québec.» UQAM Combien de pages pour la thèse et le mémoire ?ISTOCK En se plongeant dans ce travail de moine réalisé par les étudiants, Jean-Hugues Roy a découvert une portion du savoir québécois qui est souvent destiné à reposer sur une tablette.Jean-Hugues Roy RECHERCHE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 H 8 UNIVERSITÉ MCGILL Comment la culture et le contexte social modulent le cerveau Spécialiste de l\u2019histoire des femmes, de la politique du genre et des droits de la personne au Maroc, Mme Osire Glacier est professeure au Département d\u2019histoire et au Département des sciences politiques et des études internationales à l\u2019Université Bishop.Par ses travaux, la chercheuse tente non seulement d\u2019apporter sa contribution à la connaissance du Maghreb, mais également de collaborer à un meilleur vivre-ensemble.Quand la recherche permet de jeter des ponts Entretien avec la spécialiste du Maghreb Osire Glacier É M I L I E C O R R I V E A U Collaboration spéciale N ée à Agadir dans les années 1960, Osire Glacier a vécu au Maroc jusqu\u2019à l\u2019âge de 17 ans.Élevée au sein d\u2019une famille qui avait la défense des droits de la personne à cœur, elle confie avoir toujours été largement intéressée par les questions qui y étaient liées.« Quand j\u2019étais adolescente \u2014 même petite fille \u2014, je voyais le monde dan s l e que l nous vivions au Maroc et je notais les inégalités , relate-t-elle.Je c o n s t a t a i s q u e l e s femmes avaient moins de libertés, qu\u2019il y avait une cer taine domina t i on d e s hommes .C \u2019é ta i t que lque chose qui me préoccupait beaucoup.» Aussi, lorsque est venu le temps de choisir un champ d\u2019études, c\u2019est tout naturellement que Mme Glacier s\u2019est tournée vers celui des droits de la personne dans le monde arabe .Après avo ir passé quelques années en France et aux États-Unis, elle a mis le cap sur le Québec pour y réaliser une maîtrise à l\u2019Université Laval, puis un doctorat à l\u2019Université McGill.« Mon idée était claire : je voulais travailler sur la situation des femmes, l\u2019égalité des sexes et les droits humains au Maroc.Je voulais le faire du Québec, parce que j\u2019avais envie d\u2019y vivre et de contribuer à sa société.» Contribuer à la démocratie Depuis, Mme Glacier n\u2019a pas chômé.En plus de donner différents cours à l\u2019Université Bishop et d\u2019of frir ponctuellement des conférences, elle a rédigé un nombre substantiel de textes sur ses domaines de recherche privilégiés.Parmi ses écrits les plus importants figurent les ouvrages Les droits humains au Maroc : entre discours et réalité, ainsi que Femmes politiques au Maroc d\u2019hier à aujourd\u2019hui.Dans le premier, elle explique les positions d\u2019arrière- garde soutenues par les hauts fonctionnaires, les ambassadeurs et les ministres de Rabat, capitale du Maroc, et révèle l\u2019écart considérable qui subsiste entre les discours officiels et la réalité quotidienne.Dans le second, elle d r e s s e l e p o r t r a i t d\u2019une trentaine de femmes ayant vécu entre le Ve et le XXe siècles et ayant eu une certaine présence au sein des hautes sphères du pouvoir au Maroc.Par le fait même, elle déconstruit la thèse selon laquelle cette présence serait étrangère à l\u2019histoire, la culture et la religion de ce pays du Maghreb.« Par mes livres et mes recherches, j\u2019essaie, avec l\u2019accès aux ressources que j\u2019ai ici, de contribuer aux luttes démocratiques et à l \u2019égali té des sexes au Maroc » , indique Mme Glacier.C\u2019est d\u2019ailleurs dans cet esprit que la chercheuse a lancé un blogue intitulé Études marocaines.Regroupant de nombreux textes et de cour tes analyses rédigés par Mme Glacier, ce dernier sert principalement à faire de la mobilisation des connaissances sur des sujets qui ont trait aux femmes et aux droits de la personne au Maroc.« Je le fais beaucoup par sentiment de responsabilité, encore une fois pour contribuer à la démocratie au Maroc, soutient la chercheuse.J\u2019ai visité les R É G I N A L D H A R V E Y Collaboration spéciale D ans les grandes lignes, ce programme cherche à accentuer la compréhension du fonctionnement du cer veau autant dans des phases de santé que dans des épisodes de maladie.De telle sorte qu\u2019il soit possible d\u2019assurer de meilleurs traitements sur le plan des troubles neurolo- g i q u e s e t p s y c h i a - triques : « De cette manière, le programme n o u s g u i d e v e r s l a santé mentale et des politiques sociales, qui préviendront la maladie et susciteront la résilience et le bien-être », explique M.Kirmayer, professeur et directeur de la Division de psychiatrie transculturelle et sociale de McGill.Le cerveau humain est modelé en partie par le contexte culturel, historique et social : sa compréhension d\u2019un point de vue physique n\u2019est qu\u2019une pièce du casse-tête pour les chercheurs qui l\u2019étudient.C\u2019est pourquoi le programme fait appel à une recherche interdisciplinaire qui relève, entre autres, de la sociologie, de l\u2019anthropologie et de la science politique.Une matière grise multidimensionnelle Le médecin explique « que chaque humain doit apprendre un langage et acquérir une culture, qui incluent une large gamme de connaissances et de talents lui servant à fonctionner dans sa famille, dans sa communauté et dans la société».Le cer veau évolue constamment : « Il en est ainsi non seul ement en bas âge , m a i s d u r a n t t o u t e l\u2019existence parce que celui-ci répond à l\u2019environnement social et culturel ; il se branche dans une direction ou une autre en fonction des expériences vécues.» Par conséquent, « il y a un nouveau champ de connaissances dans le domaine de la neuroscience culturelle : i l cherche à comprendre comment la culture et le contexte social modulent notre cerveau et comment celui-ci répond aux différentes situations sociales et culturelles».Impact sur le terrain Cécile Rousseau, profes- seure titulaire au Dépar te- ment de psychiatrie de l\u2019Université McGill et collègue du Dr Kirmayer, poursuit des travaux de recherche en neurosciences, depuis une vingtaine d\u2019années.Après avoir côtoyé pendant dix ans des personnes victimes de tor ture, elle travail le actuellement beaucoup avec les enfants à t i t r e de pédopsych ia t r e : « J\u2019accompagne aussi leurs parents et, parmi eux, il y en a qui ont vécu la tor ture ou d\u2019autres sévices, comme le viol, en situation de guerre, ce qui est assez fréquent chez les réfugiés.» Dans de tels cas, « l\u2019enfant peut présenter un symptôme, mais c\u2019est à toute la famille qu\u2019il faut s\u2019adresser ; il faut se pencher sur celle-ci et sur les communautés de façon globale ».Elle fait part de de ces expériences récentes dans le cadre de ses interventions au Centre de ressources multiculturelles en santé mentale, qu\u2019elle dirige, et où sont à l\u2019œuvre des chercheurs de la Division de la psychiatrie transculturelle et sociale de McGill : elle a accompagné les réfugiés en provenance de Syrie, dont les besoins variaient.Elle cherche aussi à savoir comment les services de santé physique et mentale de proximité peuvent mieux répondre à la diversité de la population.Finalement, le Centre remplit un mandat suprarégional sur le plan de la radicalisation menant à la violence : «On se tourne par exemple sur ce qui s\u2019est passé récemment à Québec.» Elle résume : « Il s\u2019agit de tout un éventail de pratiques, qui vont de la clinique spécialisée à la première ligne.On s\u2019occupe de plus d\u2019enjeux sociétaux qui ont une dimension en santé publique et qui doivent être considérés du point de vue de la politique et des programmes.» Et qu\u2019en est-il de ces personnes venues d\u2019ailleurs et portant les stigmates des sévices qu\u2019ils ont vécus ?« Il y a la grande vague de réfugiés syriens qu\u2019on a accueillis et qui continuent d\u2019arriver.En sortant d\u2019un contexte de guerre, on a d\u2019abord un syndrome de stress aigu, c\u2019est-à-dire qu\u2019on émane d\u2019un contexte de danger pour la vie, et qu\u2019on a été témoin d\u2019événements très traumatisants ou dif ficiles, comme le fait de voir des cadavres ou des corps décapités.» Durant le premier mois, ces gens éprouvent peurs et symptômes physiques que les scientifiques considèrent comme de l\u2019ordre du normal dans les circonstances : « C\u2019est problématique si ces symptômes perdurent.» Si la personne demeure per turbée dans un contexte de retour à une vie normale, « on va parler de syndrome de stress post- traumatique ».Un syndrome qui se manifeste dif féremment chez les tout-petits du préscolaire, les enfants et les adolescents : « Celui-ci peut af fecter toute la famille.Ce qui est important pour ces jeunes-là, c\u2019est que leurs parents aillent bien ; s\u2019ils sont af fectés, les enfants le sont également.» Tout cela se combine avec une dif fé- rence culturel le avec la - quelle doivent composer les inter venants en santé mentale : « Et le premier fossé, qui est le plus important, c\u2019est celui d \u2019ordre l inguist ique.» Dans ce sens- là , les cl ini - c iens doivent être for més adéquatement pour inter venir de façon appropriée.Et pour revenir au Dr Kir- mayer\u2026 Qu\u2019en est-il des attentes et des avancées dans les recherches ?« On doit comprendre les impacts de la culture sur la santé et il importe de communiquer clairement avec les personnes en temps de crise ; c\u2019est essentiel aux bons soins prodigués.Mais il faut aussi construire un niveau supérieur de confiance dans nos institutions sociales et dans notre participation à la communauté.» Au Québec, notre expérience devrait nous convaincre qu\u2019on peut posséder à la fois la richesse et la créativité d\u2019une culture diversifiée et solidaire.Il en va de même dans une société civile pluraliste accueillant tous ceux qui sont engagés dans le principe du respect mutuel et de l\u2019inclusion.C\u2019est quelque chose dont le monde a besoin maintenant plus que jamais.L\u2019Université McGill se distingue à l\u2019échelle mondiale dans la recherche en neurosciences depuis des lustres.Cette université recevait en septembre dernier une subvention de 84 millions de dollars pour réaliser des avancées sur une période de sept ans dans le cadre du programme «Un cerveau sain pour une vie saine ».Le Dr Laurence Kirmayer jette un éclairage sur la nature des travaux en cours et la docteure Cécile Rousseau fait part de son expérience vécue sur le terrain.ANDREJ ISAKOVIC AGENCE FRANCE-PRESSE En sortant d\u2019un contexte de guerre, comme les réfugiés syriens, on présente d\u2019abord un syndrome de stress aigu dû au fait d\u2019avoir vu sa vie menacée et d\u2019avoir été témoin de scènes très traumatisantes, comme des cadavres ou des corps décapités.Laurence Kirmayer VOIR PAGE H 9 : PONTS Osire Glacier FADEL SENNA AGENCE FRANCE-PRESSE Des Marocaines manifestant pour l\u2019égalité des sexes RECHERCHE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 H 9 Nos remerciements chaleureux à Esther Gaudreault pour avoir consacré une décennie à la recherche en français et favorisé le dialogue science et société.Merci Esther! De tous les employés, membres du Conseil d\u2019administration, bénévoles et amis de l'Acfas universités et les bibliothèques là-bas.Ça fait mal au cœur, les étudiants n\u2019ont pas accès aux ressources.Par mon blogue, j\u2019essaie de leur donner autant d\u2019informations que possible sur l\u2019histoire des femmes, la politique de la sexualité, les droits humains, etc.» Déconstruire les stéréotypes Mais par ses travaux, Mme Glacier ne cherche pas seulement à contribuer à la démocratie marocaine ; elle espère également apporter un éclairage constructif au dialogue québécois.«C\u2019est important pour moi de déconstruire les stéréotypes, signale-t-elle.J\u2019espère que je contribue à ce qu\u2019on voie que tous les musulmans ne forment pas un bloc monolithique.Ce ne sont pas tous les musulmans qui sont irrationnels, contre les droits des femmes, rétrogrades, etc.Parmi eux, il y a plein de gens progressistes ! » «J\u2019essaie d\u2019apporter des connaissances qui peuvent permettre de lutter contre le populisme, ajoute la chercheuse.Malheureusement, que ce soit en France, aux États-Unis ou ici, même si c\u2019est moins fort au Canada qu\u2019ailleurs, il y a une forte remontée du populisme et des idées du style \u201ceux contre nous\u201d, nous étant la démocratie occidentale et eux l\u2019obscurantisme oriental.[\u2026] Je suis originaire de là-bas, j\u2019ai fait le choix de vivre ici ; je connais très bien la politique du Moyen-Orient et les enjeux politiques.Je peux éclairer, contribuer à l\u2019information pour qu\u2019il n\u2019y ait pas ce populisme.» Une nouvelle publication Déjà sous presse, le prochain livre de Mme Glacier paraîtra au printemps chez Macmillan.Intitulé Feminity, Masculinity, and Sexuality in Morocco and Hollywood, il traite de l\u2019impact des construits du féminin, du masculin et du sexuel sur les droits des femmes.Comme grille théorique, l\u2019auteure a adopté les travaux de Michel Foucault relatifs à la discipline du corps et ceux de Pierre Bourdieu portant sur la domination masculine.« J\u2019ai examiné les construits sociopolitiques du corps, de la féminité, de la masculinité et de la sexualité dans un corpus de soixante-cinq biographies et autofictions d\u2019écrivaines et écrivains marocains, précise-t-elle.Je me suis appuyée par ailleurs sur les enquêtes, études et recherches scientifiques sur ces sujets.» Audacieuse, sa proposition relève des survivances de l\u2019ordre androcentrique relatives au corps, à la féminité, à la masculinité et à la sexualité dans l\u2019imaginaire du cinéma d\u2019Hollywood.« Plus précisément, cette étude identifie au fil de l\u2019analyse des thèmes stratégiques dans le film Mr.and Mrs.Smith, où les deux protagonistes, joués par Brad Pitt et Angelina Jolie, sont présentés comme égaux, mais sont en fait de véritables symboles de la féminité et de la masculinité», explique la chercheuse.Si Mme Glacier s\u2019est ef forcée d\u2019inscrire la problématique des sexes au Maroc dans les luttes globales des femmes contre la suprématie masculine, c\u2019est notamment qu\u2019elle refusait d\u2019alimenter « les discours instrumentali- sant la problématique des femmes en islam pour livrer des agressions militaires, ou encore pour marginaliser les populations musulmanes vivant en Occident ».« En général, les requêtes d\u2019égalité entre les sexes au Maroc tendent à rencontrer une résistance vive auprès de certains groupes sociaux au nom des prétendues authenticité culturelle, identité religieuse et traditions nationales, conclut- elle.En exposant les mêmes dynamiques \u2014 quoique atténuées \u2014 de l\u2019ordre androcentrique dans l\u2019imaginaire hollywoodien, ce livre montre que la domination masculine est loin d\u2019être une spécificité nationale.» SUITE DE LA PAGE H 8 PONTS Avec la mise en œuvre du plan stratégique Réussir 2015-2017, l\u2019Université de Sherbrooke de concer t avec ses huit facultés a commencé par recenser des thèmes porteurs en recherche.Si l\u2019exercice a été dif ficile, il a permis d\u2019orienter la recherche et de mettre en avant le travail interfacultaire.Aujourd\u2019hui, le modèle a fait ses preuves, comme l\u2019explique le vice-recteur à la recherche, le professeur Jacques Beauvais.M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale «Q uand on a pensé le plan stratégique, il était intéressant de voir qu\u2019il émergeait véritablement de la communauté universitaire.Plus de 1000 personnes ont participé à la consultation», rappelle le vice-recteur Jacques Beauvais.Ce qui en est ressorti de cet exercice, c\u2019est l\u2019impor tance du travail inter facultaire.À la blague, dans le milieu universitaire, on dit souvent que « si la société a des problèmes, l\u2019université, elle, a des départements ! ».Jacques Beauvais trouve que cet énoncé illustre bien les défis actuels du décloisonnement de l\u2019université : «On l\u2019a pris à cœur.On veut soutenir les groupes et les centres de recherche parce que, même si on n\u2019est pas une énorme université, il est important en recherche d\u2019avoir des masses critiques pour être capable de bien encadrer les étudiants et d\u2019obtenir un impact.» Autre point majeur, il est au- jourd\u2019hui essentiel de bien s\u2019arrimer avec son milieu.« Depuis plus de cinquante ans, il existe un régime coopératif d\u2019alternance études-stages à l\u2019Université avec 4500 stages rémunérés chaque année.Pour trouver tous ces stages, on doit être à l\u2019écoute de ses partenaires », lance le vice-recteur.C\u2019est vrai au bac et à la maîtrise, mais au fil des ans, c\u2019est devenu primordial en recherche aussi.Sherbrooke, avec sa population d\u2019un peu plus de 150 000 personnes, ne peut être considérée comme une grande ville.Elle se hisse toutefois comme capitale régionale et l\u2019Université attire de nombreux jeunes.Les collaborations sont naturelles, et les gens se rencontrent et se parlent.Depuis quelques années, l\u2019Université a investi le créneau des recherches sur le vieillissement.«Les gens de la faculté de médecine, ceux des lettres et sciences humaines, ceux de génie et de l\u2019école de gestion et de nombreux autres travaillent à l\u2019unisson sur ce même sujet.Ce qu\u2019ils ne savent pas, c\u2019est qu\u2019ailleurs ils seraient cloisonnés à leur secteur.En ce sens, la taille de l\u2019Université favorise les communications et les nouvelles idées.Ça nous force à toujours changer nos façons de faire et à apporter de nouvelles idées.» Toutefois, si on constate qu\u2019il y a beaucoup de collaboration entre universités au Québec, il faut admettre que, pour obtenir des fonds de recherche, on se retrouve alors en compétition.«C\u2019est une concurrence saine et, en raison de notre taille, il faut travailler particulièrement fort », explique Jacques Beauvais.Les thèmes porteurs L\u2019idée de resserrer le nombre de thèmes porteurs a été une décision difficile, qui n\u2019a pas plu à tous d\u2019emblée.«Lors des rencontres de préparation au plan stratégique, on nous disait qu\u2019on avait du mal à saisir en quoi l\u2019Université se démarquait », rappelle le vice-recteur en ajoutant que « selon les facultés, les approches ont été différentes, mais recenser des thèmes porteurs, c\u2019est aussi mettre en avant les forces d\u2019une faculté ».L\u2019exercice aura duré un an et demi.«Depuis, les chercheurs se sont vraiment identifiés à ces thèmes, ce qui leur a permis de mieux se positionner dans leurs demandes de subventions et de mieux exprimer en quoi ils se démarquent.» Aujourd\u2019hui, on est à même de constater que l\u2019idée a fait ses preuves.Selon Research Info- source, un organisme canadien qui fournit des informations stratégiques en ce qui concerne la recherche, depuis 15 ans, l\u2019Université de Sherbrooke a connu une croissance supérieure aux autres universités qui possèdent elles aussi une faculté de médecine.«En fait, nos revenus de recherche ont triplé en 15 ans, on a donc aussi triplé l\u2019activité de recherche.C\u2019est facile d\u2019imaginer que les structures et les façons de faire de l\u2019époque n\u2019étaient pas nécessairement adaptées à un volume multiplié par trois.Il a fallu évoluer afin d\u2019être capables de soutenir cette croissance », affirme Jacques Beauvais.Aujourd\u2019hui, les projets de recherche sont considérables et demandent un financement supplémentaire, ce qui oblige l\u2019Université à soutenir les chercheurs dans la gestion d\u2019une activité de cette ampleur.Les publications scientifiques Si les revenus de recherche ont triplé à l\u2019Université, le vice-recteur Beauvais préfère quant à lui parler de l\u2019accroissement du volume d\u2019activité de recherche : «Ça se reflète dans le nombre de publications scientifiques, dans le nombre d\u2019étudiants aux cycles supérieurs et dans celui des maîtrises et doctorats en recherche.C\u2019est ce qui a permis à des dépar tements habituellement concentrés sur les activités d\u2019enseignement d\u2019aller chercher des professeurs à l\u2019activité de recherche intense.» Ce qui est important pour une université de taille moyenne en région, ce sont les recherches menées en collaboration.« Les collaborations avec les universités canadiennes, mais aussi celles avec l\u2019international sont vitales », précise Jacques Beauvais.À Sherbrooke, ces dernières représentent toujours plus ou moins 40 % du nombre total de collaborations.Ces travaux permettent à l\u2019Université de développer des liens avec des universités américaines et d\u2019autres ailleurs dans le monde, mais dans les dernières années, c\u2019est avec la France que les liens se sont solidifiés et plus particulièrement avec le Centre national de la recherche scientifique, le CNRS: «On a maintenant trois laboratoires internationaux associés, des unités reconnues par le CNRS qui viennent valider l\u2019intensité de collaboration.Depuis cinq ans, on a réussi à créer une unité mixte internationale à Sherbrooke ce qui signifie qu\u2019on a un laboratoire du CNRS ici au Québec ! » Avec cinq chercheurs français basés au Québec, ce laboratoire permet aux étudiants d\u2019entrevoir tout ce qui se passe en Europe.UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE La collaboration en recherche porte fruits EXPLORER LES MÉANDRES DU CERVEAU Les 1 800 chercheurs et étudiants en neurosciences qui participent au programme Un cerveau sain pour une vie saine de l\u2019Université McGill s\u2019emploient à transformer des a?ections incurables, voire mortelles, en maladies que l\u2019on peut traiter.Grâce au soutien du gouvernement du Québec, de partenaires privés et publics ainsi que du Fonds d\u2019excellence en recherche Apogée Canada, les découvertes issues de ce programme pourront conduire à la mise au point de traitements qui permettront d\u2019alléger la sou?rance des 3,6 millions de Canadiens aux prises avec de graves problèmes neurologiques allant de la douleur à la démence, en passant par les traumatismes crâniens, la maladie mentale et l\u2019AVC.MCGILL : PARCE QUE VOTRE CERVEAU MÉRITE CE QU\u2019IL Y A DE MIEUX.UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE Le nouveau plan stratégique de l\u2019UdeS a permis d\u2019orienter la recherche et de mettre en avant le travail interfacultaire.Jacques Beauvais RECHERCHE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 H 10 Presses de l\u2019Université du Québec PUQ.CA Plus de 1 500 livres à feuilleter On a tous besoin de savoir POUR AGIR De nature ré?exive, le présent ouvrage explore la complexité méthodologique de la recherche.LE CHERCHEUR FACE AUX DÉFIS MÉTHODOLOGIQUES DE LA RECHERCHE Freins et leviers Sous la direction de Pauline Beaupré, Rakia Laroui et Marie-Hélène Hébert 2017 | 978-2-7605-4391-1 3000$ PAPIER 2199$ PDF EPUB S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale L\u2019 attrait des écrans de tous genres (ex.: télévision, téléphone intelligent, ordinateur) a accru la sédentarité chez les jeunes.L\u2019un des effets les plus sérieux de cela est la hausse de l\u2019obésité juvénile.Des chercheuses dans le réseau de l\u2019Université du Québec étudient le phénomène et proposent des pistes de solution à ce grave problème de santé publique.« Ce qui se passe à la maison joue un rôle important, affirme Tracie Barnett, profes- seure à l\u2019Institut national de recherche scientifique-Insti- tut Armand-Frappier et chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Jus- tine.Si les parents sont eux- mêmes sédentaires, cela peut accroître le nombre d\u2019heures que leurs enfants passent devant les écrans, accroître ainsi la sédentarité et, par conséquent, jouer dehors devient moins attrayant.» Les aménagements urbains en cause Mm e Barnett a toutefois constaté que les aménagements urbains jouent aussi un rôle impor tant.« Lorsqu\u2019une ville est aménagée de façon à encourager les transports actifs, cela favorise l\u2019activité physique.À ce sujet, trois facteurs jouent un rôle déterminant : la mar- chabilité [c\u2019est-à-dire la présence d\u2019aménagements favorables aux déplacements à pied], les mesures d\u2019apaisement de la circulation [ex.: dos d\u2019âne, saillies au coin des rues] et le volume et la densité de la circulation automobile.Si le milieu de vie se trouve dans un endroit où la densité de trafic est élevée [par exemple, près d\u2019une autoroute], cela peut être perçu comme étant moins sécuritaire et donc les gens seront moins disposés à effectuer des déplacements actifs.» Cherchant à mieux comprendre l\u2019histoire naturelle du développement de l\u2019obésité chez les enfants et les adolescents, Mme Barnett suit plus de 600 jeunes provenant en grande partie de la région métropolitaine de Montréal.« Nous avons déjà amassé des données sur les habitudes de vie de ces jeunes et nous refer o n s d e s m e s u r e s d a n s quelques années.Nous verrons alors si les aménagements construits notamment dans les quar tiers centraux de Montréal [ex.: bandes cyclables, saillies, élargissements de trottoirs] ont contribué à modifier les habitudes de déplacement de nos jeunes.» Le nerf de la guerre, la nutrition et l\u2019activité physique Patricia Blackburn, profes- seure et responsable des programmes d\u2019études en kinésio- logie à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), s\u2019intéresse aussi à l\u2019obésité juvénile.En collaboration avec d\u2019autres chercheurs, elle a réalisé une étude auprès de 33 jeunes obèses (moitié filles et moitié garçons), dont les résultats sont bientôt publiés dans une revue scientifique.« Nous avons conçu un programme d\u2019activité physique comprenant des activités spor tives de groupe, des exercices cardiovas- culaires et des ateliers de nutrition.Les jeunes devaient participer à ces activités durant 16 semaines.Ils étaient suivis par une panoplie de spécialistes : psychologue, nutritionniste, travailleur social, médecin et kiné- siologue.Nous avons évalué le groupe quatre et huit mois plus tard.Après quatre mois, les jeunes avaient réduit de deux centimètres en moyenne leur circonférence de taille [qui étaient de 100 cm et plus] et de près d\u2019une unité leur indice de masse corporelle [IMC], passant de 33,6 à 32,7.» L\u2019IMC est le rapport entre le poids et la taille d\u2019une personne.Il permet d\u2019établir le poids santé d\u2019une personne qui devrait se situer entre 18,5 et 25.Après quatre mois, le niveau de bon cholestérol s\u2019était aussi accru, le risque associé à la maladie cardiovasculaire avait diminué, le bilan lipidique s\u2019était amélioré et, parmi les jeunes qui ont poursuivi le programme jusqu\u2019à la fin (quatre ont abandonné en cours de route), tous avaient amélioré leur condition physique.L\u2019évaluation après huit mois a toutefois été décevante.«Les jeunes avaient tous retrouvé leurs valeurs initiales puisqu\u2019ils n\u2019ont pas pu conserver les bonnes habitudes qu\u2019ils avaient acquises», dit Mme Blackburn qui croit qu\u2019un suivi beaucoup plus long (sur un an, par exemple) devrait être fait pour obtenir des résultats plus probants.Agir en prévention Mme Blackburn croit aussi beaucoup à la prévention.C\u2019est la raison pour laquelle elle a lancé une étude avec une quarantaine de jeunes de l\u2019école Le Tandem, à Jonquière, qui ne sont pas en surpoids, mais qui sont tous sédentaires.«Les jeunes ont un atelier culinaire une fois par semaine et doivent participer à une activité sportive à un autre moment dans la semaine.Pour les motiver, on leur fixe un défi de nutrition [ex : manger un nouveau légume] et un défi sportif.Les parents sont invités à s\u2019impliquer.Les résultats de la première cohorte qui s\u2019est déroulée d\u2019octobre à mai 2016 montrent qu\u2019il y a eu une hausse d\u2019intérêt pour l\u2019activité physique et la saine alimentation, bien qu\u2019il n\u2019y ait pas eu de changements au chapitre du poids et de la circonférence de taille.L\u2019étude se poursuit en ce moment avec la deuxième cohorte.» Des universités très présentes en santé Ces deux études ne sont qu\u2019un minime échantillon de l\u2019implication du réseau de l\u2019Université du Québec dans la recherche en santé.« Plus de 250 professeurs-chercheurs du réseau sont actifs en recherche sur tous les aspects reliés à la santé humaine et publient annuellement 7% de toutes les publications scientifiques québécoises dans le domaine », mentionne Line Sauvageau, vice- présidente à la recherche et à l\u2019enseignement à l\u2019Université du Québec.Elle ajoute que les établissements du réseau de l\u2019Université du Québec forment ensemble le quar t de tous les professionnels de la santé au Québec.Plus de 700 chercheurs mènent aussi des projets de recherche en lien avec la thématique de la santé dans 48 chaires de recherche, une trentaine d\u2019unités de recherche et 26 laboratoires.Certaines unités sont reconnues internatio- nalement, comme le laboratoire de contrôle du dopage, dirigé par la professeure Christiane Ayotte, de l\u2019INRS-Institut Armand-Frappier.Il est le seul laboratoire au Canada accrédité par le Comité international olympique.Traiter et prévenir l\u2019obésité chez les jeunes Le savoir est ici.\u2022 Notre mission : diffuser avec rigueur les résultats de la recherche universitaire.\u2022 Nos livres : un lien nécessaire entre chercheurs, professeurs et étudiants.\u2022 Notre catalogue : 650 titres actifs touchant à tous les domaines de la connaissance.www.pum.umontreal.ca JACQUES NADEAU LE DEVOIR «Ce qui se passe à la maison joue un rôle important, af firme Tracie Barnett, professeure à l\u2019Institut national de recherche scientifique- Institut Armand-Frappier et chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.Si les parents sont eux-mêmes sédentaires, cela peut accroître le nombre d\u2019heures que leurs enfants passent devant les écrans.» "]
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