Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (8)

Références

Le devoir, 2017-01-28, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Guy Taillefer sur la visite de Theresa May à la Maison-Blanche Page B 4 Michel David sur le cas du ministre Pierre Paradis Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 Science L\u2019expansion de l\u2019Univers serait plus rapide que prévu Page B 6 JIM WATSON AGENCE FRANCE-PRESSE Lors de la Marche des femmes à Washington la semaine dernière, plusieurs manifestantes ont utilisé des slogans reprenant les mots vulgaires utilisés par Trump et qui posent des dif ficultés aux traducteurs.L I S A - M A R I E G E R V A I S «Ç a va mal finir.Je lui donne un an et demi.» Irvin Studin n\u2019y va pas de main morte pour prédire l\u2019issue du règne de Donald Trump qui s\u2019amorce à peine.«Je ne sais pas exactement comment ça va finir, mais ça va mal finir, voire avec des larmes », a-t-il ajouté, non sans humour, dans une analyse pour tant très sérieuse du monde à l\u2019ère Trump présentée mardi à l\u2019UQAM à l\u2019invitation de la Chaire Raoul-Dandurand, à laquelle il est affilié pour l\u2019année universitaire en cours.Perçu comme l\u2019un des meilleurs penseurs de sa génération en politique internationale, Irvin Studin, qui avait d\u2019ailleurs prédit l\u2019élection du controversé milliardaire, a tenté d\u2019esquisser les grands traits de ce que seront les relations des États-Unis avec le reste du monde, la première des dix thèses de son exposé étant, justement, que ça va mal finir.Pourquoi?«Parce que d\u2019ici un an, si ça se déroule comme en ce moment, Trump va rapidement perdre sa légitimité», a expliqué M.Studin, rédacteur en chef de Global Brief et président du think tank Institute for the 21st Century Questions.Évoquant la psyché du personnage, qu\u2019il juge «capricieux» et «narcissique», il ajoute qu\u2019il ne serait pas surpris de voir le nouveau président destitué, grâce à «un mélange de catastrophes administratives et stratégiques, de prises de décisions et de très mauvais jugements».Mais attention, le principal intéressé ne démissionnera pas si facilement.Un Donald Trump de plus en plus à l\u2019aise avec les leviers du pouvoir pourrait tenter par tous les moyens de ressusciter sa légitimité auprès de la population, quitte à lancer une guerre contre un ennemi commun, une cible faisant l\u2019unanimité et qui consoliderait ses appuis.Quelle pour rait être cette cible ?Les Arabo-musulmans.La troisième thèse d\u2019Ir vin Studin évoque justement le scénario catastrophe d\u2019un attentat terroriste de taille perpétré dans une grande ville américaine par des islamistes radicaux.«Ce serait le pire scénario pour la politique intérieure aux États-Unis et celui qui m\u2019effraie le plus », a-t-il confié.Car la réaction de Donald Trump serait « dispropor tionnée ».« Ce n\u2019est pas la minorité mexicaine ou latino, non plus les femmes et les communautés homosexuelles, mais la clientèle musulmane qui serait ciblée et qui serait menacée davantage en « Trump pourrait arracher le prix Nobel de la paix » Les dix thèses d\u2019Irvin Studin, expert des relations internationales JACQUES NADEAU LE DEVOIR Une des thèses d\u2019Irvin Studin est que le Canada a intérêt à profiter du règne de Donald Trump pour « penser par lui-même ».S T É P H A N E B A I L L A R G E O N Allons-y avec le fameux «Make America Great Again™».Tous les médias du monde ont eu à traduire le mot d\u2019ordre que le candidat Trump dit avoir inventé lui-même.Il a fait enregistrer le slogan, alors que le président Ronald Reagan l\u2019avait déjà utilisé dans ses propres publicités électorales.La formule de propagande est maintenant tellement populaire que les États-Uniens la réduisent à l\u2019acronyme MAGA, y compris sur des casquettes rouges.Deux jours avant sa prestation de serment, le président Trump a déposé une autre demande d\u2019enregistrement en tant que marque protégée du nouveau slogan : Keep America Great, visiblement en prévision de la campagne présidentielle de 2020.Alors comment rendre dans une autre langue ce MAGA plus ou moins original mais très efficace ?Les Hispanophones optent pour un tas de formules : Que América vuelva a ser grande ; Rehacer la grandeza de América ; et le plus souvent Haz América grande otra vez, ce qui pourrait aussi signifier quelque chose comme «Faire l\u2019Amérique grande à nouveau».Un petit malin a suggéré d\u2019y aller avec : ¡Ar- riba América !, tout simplement.Ce qui n\u2019élude pas le problème que pour tous les latinos (y compris les Brésiliens lusophones), l\u2019América comprend toutes les Amériques et ne se réduit donc pas aux États-Unis.Les médias francophones, jusqu\u2019ici, optent le plus souvent pour la transposition disant «Rendre à l\u2019Amérique sa grandeur».Une option valable, même si la pompeuse référence à la grandeur s\u2019éloigne des significations plus familières de great, qui pointe vers ce qui est magnifique, grand ou large, mais aussi génial, super, cool et intense.«Donald Trump est très intéressant du point de vue de la traductologie, le domaine de réflexion sur la traduction : au-delà des dif ficultés techniques du passage d\u2019une langue à une autre se posent toutes sortes d\u2019enjeux éthiques, politiques et idéologiques, explique Louis Jolicœur, qui dirige les programmes en traduction et en terminologie de l\u2019Université Laval.Traduire, c\u2019est faire œu- vre de sociologue.Quand on traduit quelqu\u2019un, on l\u2019amène ailleurs et cet ailleurs n\u2019est pas toujours aussi habilité qu\u2019on le pense à le recevoir.» Nos catégories mentales Le professeur Jolicœur parlait de ces difficultés dans un séminaire de maîtrise en se penchant sur le cas particulier et fascinant de Trump.«Il y a quatre coins au carré: il faut se poser des questions sur les contextes de production et de traduction, mais aussi de réception de l\u2019original et de la traduction.Ce ne sont pas nécessairement les mêmes.Parfois, les quatre pôles coïncident; parfois non.Parfois, le contexte d\u2019origine ne nous dit plus grand- chose, par exemple si on traduit un très vieux texte; parfois, le discours provient d\u2019un monde avec des codes culturels méconnus dans un autre.» Le film de science-fiction Arrival du Québécois Denis Villeneuve, maintenant en nomination pour huit Oscars, en fait la magnifique démonstration.L\u2019histoire d\u2019une linguiste chargée de décrypter le langage d\u2019extraterrestres illustre l\u2019hypothèse des anthropologues Sapir-Wolfe voulant que nos représentations mentales dépendent de nos catégories linguistiques.Une chatte dans la gorge Comment le manque d\u2019éloquence et les paroles vulgaires du président Donald Trump posent problème pour la traduction de ses propos ROBYN BECK AGENCE FRANCE-PRESSE Donald Trump et sa célèbre casquette VOIR PAGE B 2 : THÈSES VOIR PAGE B 3 : TRADUCTION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 U n mur.Continu.Un « énorme mur » à la frontière mexicano-américaine.C\u2019était une des promesses phares de sa campagne, énoncée dès l\u2019été 2015.Mercredi 25 janvier, POTUS a signé le décret qui prévoit sa construction.Or le mur scarifie déjà un tiers de la frontière et son prolongement es t un pr o je t pharaonique que le Mexique ne paiera pas.Par contre, pour les plus vulnérables, pour la classe moyenne qui peine encore à se remettre de la crise, pour les orphelins d\u2019Obamacare, le coût va être exorbitant, à plusieurs titres.Le coût financier De la Californie au Nouveau-Mexique, les murs ont été construits sur des terres fédérales, mais le prolongement de la barrière murée au Texas se fera sur les terres de 300 propriétaires privés.Ce qui implique au préalable un long processus d\u2019expropriation.Or en 2009, le Government Accountability Office a évalué le seul coût de construction du mur de 1 à 6,4 millions de dollars canadiens du kilomètre.Mais le mur ne suf fit pas : il est aisé d\u2019y appuyer une échelle, de livrer des colis par drone, de déployer des rampes par-dessus pour y faire passer une voiture (comme à Yuma, Arizona), de creuser des tunnels (comme dans le sous-sol de la ville de No- gales).Il est nécessaire, pour étanchéifier la frontière, d\u2019y déployer des détecteurs, des caméras thermiques, du personnel : la facture monte alors à 21 millions du kilomètre.Il faut y ajouter son entretien, soit 8,5 milliards sur les 20 prochaines années, tandis que le projet de prolongement du mur oscille entre 7,8 (selon Trump) et 52 milliards (selon le MIT).Le coût humain À la construction de barrières a répondu une hausse majeure des morts aux frontières : depuis 2000, 6000 cadavres ont été trouvés dans les zones désertiques frontalières.Les « coyotes », passeurs parfois acoquinés avec les cartels de la drogue ou les groupes criminels, sont nécessaires pour franchir les zones les plus patrouillées.Et dans ce contexte global, les femmes sont en tête des victimes : plus de 80 % d\u2019entre elles sont agressées sexuellement au cours de leur trajet migratoire.Dans ce contexte, le discours du mur alimente la perception d\u2019une zone en guerre à la frontière et légitime les opérations de groupes paramilitaires comme Three Percent Nation ou Patriotic Warriors.Mais cette violence est aussi celle des patrouilles frontalières, décrite par Todd Miller et Reece Jones.Depuis 2001, l\u2019augmentation des effectifs et le recrutement accéléré d\u2019anciens combattants d\u2019Afghanistan et d\u2019Irak a mené à un changement de mentalité, tandis que la vérification des antécédents est devenue moins rigoureuse.Le problème est devenu tel que l\u2019embauche de Mark Morgan à la tête du Border Patrol visait justement à changer la culture de l\u2019agence (ses problèmes de corruption et son manque d\u2019imputabilité) : il a démissionné jeudi dernier.Le coût politique Le coût de la rupture avec le Mexique sera élevé, d\u2019abord parce que c\u2019est le second acquéreur au monde de biens manufacturés américains, ensuite parce qu\u2019il est le premier partenaire commercial de plusieurs États frontaliers, et enfin parce qu\u2019il joue le rôle de filtre sur le chemin des migrations illégales.En ef fet, le Mexique joue depuis plusieurs décennies le rôle crucial de poste frontalier avancé des États-Unis.Or, dans un pays aussi divisé politiquement que le Mexique, Trump sera parvenu à établir un consensus\u2026 contre lui.Avec l\u2019annulation du voyage de Peña Nieto à Washington, l\u2019«art du deal» n\u2019aura pas tenu longtemps.Un coût à rebond pour le Canada Le décret présidentiel portant construction du mur est pour l\u2019instant un ef fet d\u2019annonce, passant le ballon au département concerné et la facture au Congrès.Le texte reprend le Secure Fence Act de 2006 et du IIRIRA de 1996, soulignant le besoin d\u2019acquérir un « contrôle opérationnel total » de la frontière.Un rapport du Congressional Research Service de novembre 2016 affirme qu\u2019ainsi le département de la Sécurité intérieure dispose de l\u2019autorisation de murer les frontières « si nécessaire».Or, à la demande de l\u2019équipe de transition d\u2019un état des frontières en décembre, le US Customs and Border Protection rapporte qu\u2019il faudra murer plus de 640 km de frontière, au sud\u2026 mais aussi au nord, entre le Canada et le Maine, le New Hampshire, le Vermont, New York, le Montana, l\u2019Idaho et Washington.Ainsi, la facture du mur et des mesures migratoires est évaluée à entre 380 et 620 milliards de dollars américains, avec à la clé le tassement du taux de croissance, l\u2019augmentation du prix des biens de consommation courante et du chômage.En première ligne : les pauvres et la classe moyenne.Mais dans le monde de Trump, fortifier les États-Unis ramènera prospérité et abondance.Dans ce monde de « faits alternatifs », 2+2 = 5.Jusqu\u2019à nouvel ordre.2+2 = 5 ÉLISABETH VALLET J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U L e voisin américain a beau être immense et omniprésent chez nous, son système politique a par le passé été peu étudié et enseigné au Québec, soutiennent plusieurs spécialistes.Pour le professeur émérite Yvan Lamonde, « qu\u2019on le veuille ou pas, l\u2019élection de Trump force pourtant les Québécois à développer une vigilance et un intérêt à l\u2019égard de ce qui se passe aux États-Unis.Il y a un nouvel éveil à l\u2019égard de la réalité de ce pays.Pour nous, cela risque de correspondre à un exercice d\u2019apprentissage politique qui va toucher un intérêt déjà là mais qui est désormais obligé.» Or, pour plusieurs historiens, l\u2019élection de Trump révèle paradoxalement une méconnaissance des États-Unis, malgré la proximité historique et géographique de ce géant avec le Québec.« Il y a une américanité évidente au Québec, mais il ne faut pas l\u2019exagérer », croit Damien- Claude Bélanger, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université d\u2019Ottawa, spécialiste de l\u2019histoire intellectuelle.Chacun possède des souvenirs de visites chez le voisin américain.« Mais jusqu\u2019à quel point connaissons-nous les États-Unis?» Il faut distinguer, explique Yvan Lamonde, entre l\u2019américanité des Québécois et leur américanisation.«Notre rapport avec les États-Unis a longtemps tenu à la culture matérielle et aux loisirs.» L\u2019économie, les biens de consommation et la culture populaire au Québec portent indéniablement depuis longtemps la trace d\u2019une forte influence américaine.«Cela ne veut pas dire pour autant qu\u2019il y a une grande connaissance du système des États-Unis.» En ef fet, la formation sur les États-Unis a longtemps fait défaut dans les études au Québec, observe Élisabeth Vallet, directrice scientifique à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et chercheuse en résidence à l\u2019Observatoire sur les États-Unis.À la fin des années 1990, rappelle-t-elle, l\u2019UQAM avait un programme d\u2019études américaines \u2014 « c\u2019était assez unique » \u2014 qui a été abandonné.La Chaire n\u2019a pour ainsi dire pas d\u2019équivalent désormais.«Au Canada Institute à Washington, il se disait que la Chaire était le seul vrai centre sur les États-Unis.» Autre temps Selon le professeur Damien-Claude Bélanger, on connaissait mieux les États-Unis au Québec il y a un siècle.«La communauté canadienne-fran- çaise aux États-Unis était alors importante.Il faut voir jusqu\u2019à quel point on parlait des États-Unis dans les journaux», au moins sous cet angle.«Le Devoir, notamment, en parlait beaucoup », du moins de ce point de vue plus intérieur.Un exemple éclatant de notre méconnaissance, selon le professeur Bélanger : «Combien savent aujourd\u2019hui que Paul LePage, le gouverneur du Maine, a été élevé en français?LePage est totalement inconnu au Québec et c\u2019est un voisin! Il y a cent ans, il est certain qu\u2019on en aurait parlé.» Au XIXe siècle, observe Yvan Lamonde, les Canadiens français possèdent une connaissance du système politique américain, à tout le moins parmi l\u2019élite.Le journaliste Étienne Parent en parle d\u2019abondance, à titre de rédacteur du journal Le Canadien.Ceux qui font la promotion du républicanisme font appel à l\u2019exemple américain, tout comme ceux qui s\u2019y opposent.À l\u2019époque, poursuit Damien-Claude Bélan- ger, « le système politique américain est encore assez nouveau.On se questionne encore sur sa valeur, comme on se questionne beaucoup sur la nature des systèmes politiques en général.Même Mgr Laflèche, dans Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille [1866] , analyse la valeur des systèmes politiques ! » Selon Marc Chevrier, professeur de sciences politiques à l\u2019UQAM, le mouvement des Patriotes, de 1837-1738, puis ces libéraux qu\u2019on nomme les Rouges considèrent l\u2019exemple américain comme une influence positive.« Ils tentent d\u2019introduire des éléments américains.» Mais nos élites se rallient au modèle britannique, à compter du Canada de 1867, explique Chevrier.«Les États-Unis sont vus alors peu à peu comme une influence négative, qui sert de repoussoir.On s\u2019en sert pour montrer comment ils sont mal gouvernés, combien le régime britannique est plus intéressant.Mais un fil demeure, notamment avec le mouvement indépendantiste québécois qui indique son intérêt, à compter des années 1960, pour des aspects du régime républicain américain.» L\u2019annexion À quelques moments dans l\u2019histoire jaillit l\u2019idée qu\u2019une annexion du Canada aux États- Unis serait profitable.À titre d\u2019illustration, l\u2019avocat beauceron Hans Mercier vient de relancer le Parti 51 dans cette perspective.Mais au XIXe siècle, beaucoup d\u2019hommes politiques et de journalistes considèrent vite qu\u2019il vaut mieux rester dans l\u2019Empire britannique plutôt que de lorgner du côté des États-Unis.Yvan Lamonde résume : « L\u2019impression est qu\u2019on serait vite envahis, que nos institutions, nos lois et notre langue disparaîtraient vraisemblablement tôt ou tard.» Le professeur Bélanger note au passage que notre rapport aux États-Unis a longtemps été conditionné par la perspective française.«Dans l\u2019entre-deux-guerres, alors qu\u2019on s\u2019inquiète beaucoup des risques de l\u2019assimilation, on lit surtout des auteurs français \u2014 Lucien Romier ou André Siegfried \u2014 pour comprendre les États-Unis ! Je me demande d\u2019ailleurs si cela a beaucoup changé aujourd\u2019hui.» Beaucoup de ce que nous lisons au sujet de nos voisins continue d\u2019être filtré et conditionné par un regard français, observe-t-il.Au temps de Kennedy «Il est certain que l\u2019influence des États-Unis se fait sentir dans les procédés de campagne électorale» au Canada et au Québec, estime le polito- logue Marc Chevrier.Est-ce qu\u2019à partir de la campagne télévisée de John F.Kennedy on ne s\u2019intéresse pas d\u2019ailleurs beaucoup plus aux États-Unis?«Il faut faire attention, dit Yvan La- monde.C\u2019est vrai que l\u2019intérêt est plus grand, mais cela tient aussi à un intérêt pour Cuba, pour le marxisme aussi.» En d\u2019autres termes, cela tient à un moment particulier de l\u2019histoire internationale où un affrontement idéologique fait rage, ce qui place les États-Unis en observation.Mais on ne s\u2019y intéresse pas pour autant profondément.Pour Lamonde, spécialiste de l\u2019histoire des idées, le développement d\u2019un vrai intérêt pour les États-Unis au Canada français tient plutôt au fait que plusieurs étudiants d\u2019ici ont commencé à étudier dans les universités américaines après la Seconde Guerre mondiale.Jean-Charles Falardeau, Maurice Tremblay, Guy Frégault et Guy Rocher, parmi d\u2019autres, reviennent avec une connaissance plus fine de nos voisins et développent dans leur œuvre cette question de l\u2019américanité.«Après la guerre, explique le sociologue Guy Rocher en entrevue au Devoir, l\u2019université française avait soudain mauvaise presse.On nous disait qu\u2019elle ne s\u2019était pas encore remise du choc de la guerre, que nous n\u2019aurions pas d\u2019encadrement en allant étudier là-bas.Le côté scientifique et culturel des États-Unis nous est soudain apparu.» Rocher s\u2019inscrit en 1950 à l\u2019Université Harvard.« L\u2019université américaine a développé un modèle qui donnait plus de place à des nouvelles disciplines », sociologie, ethnologie, sciences politiques, etc.Cette nouvelle connaissance héritée des États-Unis irrigue alors divers champs de savoir au Québec.Ce qui ne signifie pas pour autant que les États-Unis eux- mêmes sont dès lors mieux connus.L\u2019historien Damien-Claude Bélanger rappelle qu\u2019à ce jour encore, l\u2019enseignement au sujet des États-Unis demeure maigre au Québec.« On a beaucoup d\u2019études sur les rappor ts France-Québec.Je ne dis pas que ce n\u2019est pas important, mais combien en avons-nous sur les rapports avec les États-Unis ?Dans les universités canadiennes-anglaises, on en trouve.En français, pratiquement rien.Pourtant, c\u2019est majeur.» Les lacunes demeurent importantes dans nos connaissances des États-Unis, juge le professeur de l\u2019Université d\u2019Ottawa.« Je me demande aujourd\u2019hui jusqu\u2019à quel point nous comprenons le système américain.[\u2026] Puisqu\u2019on était dans une période politique où nos rapports avec les États-Unis suivaient leurs cours, il n\u2019en était guère question.Quand tout va bien, on n\u2019en parle pas.Et tout d\u2019un coup, il faut apprendre à gérer un rapport qu\u2019on avait négligé d\u2019étudier\u2026 On n\u2019a pas assez analysé notre rapport avec les États- Unis sur les plans de l\u2019histoire et de l\u2019avenir.» Il faut être mieux outillé intellectuellement pour agir à la suite de l\u2019élection de Trump, considère Bélanger.« On voit bien dans ce cas l\u2019importance des sciences humaines et sociales.Ce n\u2019est pas juste un problème économique qui est en cause ici.» Le Devoir Le voisin ignoré Quelle connaissance avons-nous vraiment des États-Unis ?Dans un pays aussi divisé politiquement que le Mexique, Trump sera parvenu à établir un consensus\u2026 contre lui MICHAEL HEIMAN / POOL / ASSOCIATED PRESS Selon plusieurs chercheurs, les Québécois connaissent peu ou mal le système politique américain.Combien savent aujourd\u2019hui que Paul LePage, le gouverneur du Maine, a été élevé en français ?LePage est totalement inconnu au Québec et c\u2019est un voisin ! Il y a cent ans, il est certain qu\u2019on en aurait parlé.Le professeur Damien-Claude Bélanger « » cas d\u2019attaque terroriste.» Et combiner ce scénario d\u2019attentat avec le besoin de légitimité de Donald Trump pourrait mener ce dernier très loin.Trump, prix Nobel «Trump peut arracher le prix Nobel de la paix.» Voilà une autre des thèses de M.Studin, qui a provoqué l\u2019hilarité de son auditoire.«Je suis sérieux, mais il peut aussi nous lancer en guerre nucléaire, tout cela la même journée», a-t-il ajouté, cette fois pour plaisanter.Plus sérieusement, cette thèse repose sur la possibilité qu\u2019un Donald Trump agissant «à la manière d\u2019un tsar classique» ait envie de réunir les présidents russe et chinois pour parvenir à une entente sur le nucléaire.Craignant qu\u2019une présidence d\u2019Hillary Clinton n\u2019eût lancé les États-Unis dans un affrontement nucléaire entre l\u2019Occident et d\u2019autres pays, notamment la Russie, Irvin Studin croit qu\u2019un Donald Trump pourrait arriver à calmer le jeu en cas d\u2019escalade, à tout le moins pour les prochaines années.« Il a cette capacité de sauver le monde.C\u2019est une capacité sérieuse dont ne jouissait pas Obama, qui était plutôt transactionnel et avait moins d\u2019imagination et de créativité.» En revanche, «s\u2019il entre en conflit avec la Chine, s\u2019il pousse trop et n\u2019est pas hyperconscient des [limites] et qu\u2019il n\u2019a pas un comportement raisonnable avec de grandes puissances, alors on se lance dans une dynamique nucléaire et ce serait rapide», estime M.Studin.Dans ses autres thèses, celui qui a obtenu les prestigieuses bourses Rhodes et de la Fondation Trudeau suggère qu\u2019il ne faut pas sous-estimer la Chine, non plus que la Russie qui, malgré un déficit de légitimité étant donné la chute du projet soviétique, est une grande puissance avec ses 14 frontières territoriales et ses quatre frontières maritimes, sa grande culture, son héritage intellectuel et\u2026 le nucléaire.Et un président, Vladimir Poutine, qui, en plus de posséder un sens de l\u2019humour redoutable, « connaît mieux le monde qu\u2019Obama et Trump ensemble».Cela dit, il ne faudrait pas exagérer l\u2019impact des Russes et leur intérêt à avoir un impact sur les élections américaines.« [Le piratage du comité national démocrate], ils l\u2019ont fait, comme les Chinois l\u2019ont sûrement fait aussi, mais ils n\u2019ont aucunement chorégraphié l\u2019avènement au pouvoir de Trump » , a soutenu M.Studin, qui enseigne en politique publique à l\u2019Académie nationale d\u2019administration publique à Moscou.« Il ne faut pas leur lancer trop de fleurs, en disant qu\u2019ils sont des génies et qu\u2019ils manipulent le monde.» Et le Canada?La huitième thèse de M.Studin est que le Canada a intérêt à profiter du règne de Donald Trump pour « penser par lui-même ».« On ne sait pas penser par nous-mêmes, car on n\u2019a jamais eu à le faire», dit-il.Entre une Europe déstabilisée \u2014 et dont il prédit l\u2019éclatement \u2014, des États-Unis en déclin sécuritaire, la fonte de la glace au nord et une Chine qui veut reprendre sa place, le Canada semble avoir joui, et jouit encore, d\u2019une situation exceptionnelle.Étant donné la durée de vie moyenne des États aujourd\u2019hui sur le plan politique, le Canada, qui est encore debout et n\u2019a pas connu de guerre en 150 ans, est exceptionnel, insiste M.Studin.«Mais qu\u2019arrive-t-il aux grandes puissances qui ne gèrent pas bien leur territoire et ne sont pas à la hauteur ?Elles sont écrasées, rap- pelle-t-il.Je ne peux pas vous promettre que le Canada sera là à la fin de ce siècle ou qu\u2019il sera là avec ses frontières actuelles.» En clair, les Canadiens devront apprendre des langues, s\u2019intéresser à la Chine, à la Russie et aux autres pays, réimaginer les frontières du pays et amener ce dernier à s\u2019insérer de façon dynamique et stratégique dans ses relations avec ses voisins.«Il faudra travailler sur notre destin.Et la présidence de Trump en est une belle occasion.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 THÈSES Paul LePage L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 O n a beau l\u2019invoquer, la présomption d\u2019innocence n\u2019existe pas en politique, sur tout pas en cas d\u2019inconduite sexuelle.Ni l\u2019adversaire ni l\u2019opinion publique ne s\u2019embarrassent de ce principe pourtant fondamental dans un État de droit et ils n\u2019attendent pas la décision des tribunaux pour rendre leur propre verdict, qui est généralement sans appel.Pierre Paradis a trop d\u2019expérience pour ignorer cette réalité.En cette matière, le niveau de tolérance a atteint le zéro absolu.À moins d\u2019une fabrication évidente, le tribunal populaire accorde spontanément foi à la version de la victime.Le député de Brome-Missisquoi aura beau clamer son innocence, il sait très bien que sa carrière risque de connaître une fin abr upte, comme celle de son collègue Gerry Sklavounos.Que ce soit dans son communiqué ou en mêlée de presse, le premier ministre Couillard s\u2019est bien gardé d\u2019évoquer une suspension temporaire.La lettre de l\u2019ancienne employée de M.Paradis, que le bureau de M.Couillard avait en main dès mardi, semble être passablement explicite sur ce qu\u2019elle lui reproche.Lui-même a dit en avoir été « attristé » et il n\u2019a pas semblé douter du bien- fondé de ces allégations.On a pour tant laissé croire qu\u2019il avait été relevé de ses fonctions à cause des suites du malheureux accident d\u2019équitation qu\u2019il avait subi en décembre dernier, comme l\u2019avait annoncé son bureau de circonscription.C\u2019est seulement jeudi soir, alors que la rumeur commençait à se répandre, qu\u2019on a donné la vraie raison.Soit, c\u2019est le bureau de M.Paradis qui avait parlé d\u2019une chute de cheval, mais personne ne sera dupe de ce faux-fuyant.Le premier ministre reconnaît maintenant que cet accident n\u2019avait rien à voir avec la mise à l\u2019écart de son ministre, mais son silence initial suggérait le contraire.Ce manque de transparence n\u2019est d\u2019ailleurs pas de nature à aider la cause de M.Paradis.Il n\u2019en fallait pas davantage pour que l\u2019opposition crie au camouflage.La gestion de crise n\u2019est assurément pas la spécialité de ce gouvernement, mais le fougueux porte-parole de la CAQ en matière de justice, Simon Jolin-Bar- rette, qui s\u2019est fait la réputation de tourner les coins rond, a tout de même reconnu que le gouvernement «a agi assez rapidement».?Jusque-là, M.Paradis était un véritable survivant.Ce chat de ruelle avait déjà épuisé plusieurs vies avant ce triste dénouement.Il est très rare qu\u2019un ancien ministre tombé en disgrâce réintègre le cabinet après un purgatoire aussi long que celui que lui avait imposé Jean Charest entre 2003 et 2012.Des r umeurs par fois abracadabrantes avaient déjà circulé à son sujet à l\u2019époque où il faisait partie du cabinet de Robert Bourassa, notamment lors de son passage à l\u2019Environnement.À l\u2019occasion d\u2019un procès tenu à Hull en 1992, un témoin avait déclaré sous serment avoir appris de la SQ que la multinationale Laid- law, qui exploitait le seul incinérateur de déchets dangereux organiques au Québec, avait fait construire pour M.Paradis une maison d\u2019une valeur d\u2019un million en Estrie.L\u2019escouade des crimes économiques avait bel et bien enquêté sur cette affaire pendant plusieurs mois, mais M.Paradis avait été totalement blanchi.C\u2019était un politicien de la vieille école, qui veillait au bien-être de ses amis, et le bureau de M.Bourassa surveillait du coin de l\u2019œil ses accointances avec des af fairistes libéraux.On l\u2019avait aver ti à plusieurs reprises de faire preuve de prudence dans ses relations avec ce qu\u2019on appelait sa « gang de Bedford ».Il n\u2019avait cependant jamais été impliqué dans un incident à caractère sexuel.?À quelque chose malheur est bon, dit-on.À quelques jours de la rentrée parlementaire, cette nouvelle tuile est évidemment embarrassante pour le gouvernement.À plus long terme, la sortie de scène de M.Paradis pourrait toutefois faciliter les choses pour M.Couil- lard, qui a exprimé le souhait de rajeunir son cabinet.Laurent Lessard ne pourra pas cumuler bien longtemps l\u2019Agriculture et les Transports, ce qui laisse entrevoir un remaniement plus tôt que tard.Depuis des mois, M.Paradis était à couteaux tirés avec l\u2019Union des producteurs (UPA), qui avait réclamé sa mutation et qui a accueilli son remplacement par M.Lessard avec un plaisir non dissimulé.Le règlement du différend sur les taxes foncières agricoles en sera peut-être facilité, mais le principal tort de M.Paradis aux yeux de l\u2019UPA était sans doute son désir d\u2019en briser le monopole.En d\u2019autres circonstances, il aurait été un candidat de choix à un remaniement, et lui- même aurait sans doute accepté volontiers de «relever un nouveau défi », mais M.Couillard ne voulait pas donner l\u2019impression de se faire forcer la main par l\u2019UPA.Ce ne sera plus le cas.mdavid@ledevoir.com Le cas Paradis MICHEL DAVID M A R C O F O R T I E R «M onsieur, soyons cool ! » Dans la salle M-415, située au pied de la grande tour de l\u2019Université de Montréal, un débat enflamme les esprits.L\u2019essence même de l\u2019université est en jeu : qui gère les fonds publics d\u2019un milliard et demi de dollars (en comptant l\u2019enseignement et la recherche) qui transitent chaque année sur le campus ?Jusqu\u2019à quel point les professeurs et chercheurs sont-ils libres de toute pression du monde des affaires?La scène se déroulait lundi dernier.L\u2019assemblée universitaire, qui regroupe 116 personnes issues de tous les secteurs de l\u2019Université de Montréal, était réunie pour débattre d\u2019un sujet qui provoque des bâillements dans la population, mais qui est d\u2019une importance cruciale : la gouvernance de l\u2019établissement.Un enjeu crucial, oui : la gouvernance détermine l\u2019équilibre des pouvoirs entre une série de groupes aux intérêts divers \u2014 professeurs, chargés de cours, étudiants, autres membres du personnel, et administrateurs issus de l\u2019extérieur du campus, notamment du milieu des affaires \u2014 qui siègent aux différentes instances de l\u2019université.Évidemment, chacun de ces groupes a sa propre vision du rôle de l\u2019enseignement et de la recherche.«Soyons cool », a prévenu la présidente de l\u2019assemblée universitaire.Ce qui a mis le feu aux poudres dans le campus, c\u2019est le désir du recteur de faire davantage de place aux membres dits « indépendants» (qui viennent de l\u2019extérieur du campus) dans les instances de l\u2019UdeM.Guy Breton ne s\u2019en cache pas : il estime que l\u2019université a besoin de sortir de sa tour d\u2019ivoire et de tisser de meilleurs liens avec la société, comme le font les universités du Canada et des États-Unis.De gros dollars sont en jeu.Le financement public se tarit (les subventions de fonctionnement de Québec couvrent les deux tiers du budget de l\u2019UdeM).L\u2019université dépend de plus en plus de fondations, de philanthropes et d\u2019entreprises pour financer la recherche et la construction de pavillons.Comme ailleurs en Amérique du Nord.Le recteur ne le dit pas comme ça, mais tout le monde a compris que l\u2019opération vise aussi à réduire l\u2019influence du syndicat des professeurs.Guy Breton s\u2019en défend.«Il n\u2019y a pas de machination, dit le recteur, rencontré à son bureau du pavillon Ro- ger-Gaudry.On a besoin d\u2019amis.On a besoin de personnes qui nous connaissent, qui nous comprennent, qui deviennent notre porte-voix.Si on n\u2019a pas d\u2019amis, on ne va nulle part! Sans l\u2019appui de personnes influentes, on n\u2019aurait pas été capables de faire le pavillon des sciences [qui est en construction sur le site de l\u2019ancienne gare de triage d\u2019Outremont].» Ce pavillon de 348 millions, qui prend racine sur le vaste terrain de l\u2019ancienne gare de triage d\u2019Outre- mont, est financé à hauteur de 60 millions par la fondation privée de l\u2019UdeM.L\u2019université a tout à gagner à se rapprocher de son milieu \u2014 de l\u2019ensemble de la société, et non seulement du monde des affaires \u2014, insiste Guy Breton.Les professeurs, eux, se méfient de cette ouverture.Ils craignent toute forme d\u2019intrusion des «amis», notamment des entreprises, dans les affaires de l\u2019université.Ils ont exprimé leurs craintes en long et en large durant toute une journée, dans la salle M-415, la semaine dernière.Pour en finir avec la crise Ce débat lancinant sur la liberté intellectuelle des universitaires déchire depuis toujours le monde de l\u2019enseignement supérieur.La communauté universitaire se plaint habituellement que les administrateurs externes « gèrent l\u2019université comme une business ».Les administrateurs issus de l\u2019externe, eux, ont tendance à considérer les professeurs comme des idéalistes «déconnectés » de la réalité.Lise Bissonnette et John Porter, deux intellectuels qui connaissent bien les universités, ont produit en 2013 un rapport susceptible de calmer les esprits.« Pour espérer une réconciliation, il est impossible de faire triompher une école de pensée sur l\u2019autre, la guerre serait interminable et par ailleurs factice », écrivent les auteurs dans leur étude commandée par le ministre de l\u2019Enseignement supérieur de l\u2019époque, Pierre Duchesne.Que les membres du conseil d\u2019une université proviennent de l\u2019interne ou de l\u2019externe, ce n\u2019est pas si important, ont conclu Lise Bissonnette et John Porter.L\u2019im- por tant, c\u2019est qu\u2019un des deux groupes n\u2019ait qu\u2019une légère majorité.Il faut aussi nommer des gens de tous les horizons de la société \u2014 et non seulement du monde des affaires \u2014, qu\u2019ils proviennent de l\u2019université ou d\u2019ailleurs.« Ce qui compte ici, nous a-t-on rappelés très souvent, c\u2019est la diversité des compétences réunies autour de la table du conseil », indiquent les auteurs.Argent privé, recherche publique John Porter connaît les enjeux de fond en comble: il a été professeur et chercheur durant près de trois décennies à l\u2019Université Laval.Il a présidé le conseil de l\u2019établissement entre les années 2010 et 2015.Il a aussi été directeur général du Musée des beaux-arts du Québec.Pour lui, les institutions comme les universités ou les musées ne doivent aucunement craindre le monde des affaires, bien au contraire.«L\u2019ouverture sur le milieu est un gage de sécurité et d\u2019avenir.Ça va permettre aux universités d\u2019aller plus loin sans compter sur le soutien exclusif de l\u2019État, qui n\u2019est plus là de toute façon.On peut rêver que l\u2019État s\u2019occupe de tout, mais ça ne fonctionne plus comme ça », dit John Porter en entrevue.La dernière année de sa présidence à l\u2019Université Laval, des entreprises ont financé en bonne partie la création de 80 chaires de recherche au coût de 250 millions de dollars.Des études sur les cellules souches, les changements démographiques, la sécurité alimentaire, la transformation du lait et la place des femmes au sein des organisations, notamment, ont été encouragées par des entreprises.« Il n\u2019y a rien de dangereux là-dedans.Citez- moi un cas où la recherche a été pervertie !» lance John Porter.«Plus de financement privé, pour une université, ça veut dire plus de programmes, plus de professeurs, plus de bourses aux étudiants de deuxième et troisième cycles.L\u2019université est une institution vivante qui doit se réinventer tout en restant fidèle à ses valeurs de base», ajoute-t-il.«Soyons cool !» Cet ancien universitaire reconnaît les préoccupations légitimes des professeurs pour leur liberté intellectuelle.L\u2019indépendance est le fondement même de l\u2019enseignement et de la recherche.Mais le financement privé de la recherche peut se fa ire avec des règles claires qui garantissent l\u2019indépendance des chercheurs, selon lui.De la même façon, John Porter estime que la présence d\u2019administrateurs externes au conseil d\u2019une université peut renforcer, et non affaiblir la gouvernance, sans mettre en péril l\u2019indépendance d\u2019enseignement et de recherche.«Les gens de l\u2019extérieur [qui siègent au conseil] ont souvent étudié à l\u2019Université Laval, ils restent impliqués dans la fondation ou dans l\u2019association des diplômés.Ces gens-là ont une compétence pour comprendre l\u2019université», dit-il.De façon étonnante, il af firme n\u2019avoir jamais vu de différence fondamentale dans les orientations des membres internes et externes au conseil de l\u2019Université Laval.« Par contre, j\u2019ai vu un niveau de déficience épouvantable dans la formation de cer tains membres du conseil.Ça a été ma plus grande surprise.Le b.a.-ba de la gouvernance échappait totalement à certains membres du conseil, qu\u2019ils soient de l\u2019interne ou de l\u2019externe.Il faut faire de la formation.» Une des façons de protéger la liberté intellectuelle sur le campus, c\u2019est un partage équitable des pouvoirs, explique-t-il : le conseil de l\u2019université administre l\u2019établissement et l\u2019assemblée universitaire gère les questions d\u2019enseignement et de recherche.On verra dans les prochains jours si la communauté de l\u2019Université de Montréal peut discuter de ces questions en restant «cool ».Le Devoir Fric, pouvoir et liberté intellectuelle Comment faire sortir l\u2019université de sa tour d\u2019ivoire sans compromettre l\u2019indépendance des chercheurs ?ISTOCK La gouvernance de l\u2019établissement enflamme les esprits à l\u2019UdeM, qui débat de cet enjeu depuis que le recteur a voulu en changer la charte.Donald Trump rajoute des os à profusion pour qui veut faire passer une représentation dans une autre catégorie, et encore plus pour les interprètes qui doivent travailler à chaud.La traductrice française Bérengère Viennot a raconté en décembre sur Slate.fr la dif ficulté à traduire «quelqu\u2019un qui parle si mal».Le président utilise un vocabulaire et une grammaire du niveau d\u2019un élève de 6e année, selon une analyse de la Carnegie Mellon University.L\u2019éloquence de Ronald Reagan et de Barack Obama oscillait autour de la 10e année d\u2019étude.«La pauvreté du vocabulaire est frappante, écrivait Mme Viennot.Il est évident que son vocabulaire limité traduit une pensée étriquée.Et le fait que le leader de la plus grande puissance occidentale tienne un discours politique simpliste, pauvre, sans aucune sophistication est plutôt alarmant.» Isabelle Collombat, professeure de traduction à la Sorbonne, connaît l\u2019article de Slate et s\u2019apprête à en parler avec ses étudiants.«Ma perception rejoint celle de Mme Viennot, dit-elle de Paris.Sur le plan stylistique, Trump représente un casse- tête pour la traduction justement parce qu\u2019il a une langue marquée par un vocabulaire assez limité, très répétitif, qui tranche avec ce qu\u2019on attend habituellement d\u2019un homme politique, surtout de cette envergure.En le traduisant, avec son élocution hésitante habituelle et ses tournures très familières ou pires, on risque de donner une image assez médiocre de lui.Mais en réalité, si cette traduction est fidèle, on s\u2019approche de ce qu\u2019on entend en anglais.» Appeler une chatte «pussy» La diffusion de la fameuse bande de l\u2019émission Acces Hollywood concentre le dilemme.On y entend l\u2019ancienne vedette de la téléréalité Donald Trump enregistrée à son insu en 2005 confier qu\u2019il agresse des femmes.Il dit qu\u2019il se permet de les toucher: «Grab them by the pussy.» Les médias anglophones ont présenté la bande et sa formule vulgaire.Les reporters et les traducteurs du reste du monde ont surchauffé.En mandarin par exemple, il n\u2019y aurait pas d\u2019équivalent pour le mot pussy.Les médias chinois auraient donc généralement opté pour une référence aux «parties intimes».Ce qui retire la grossièreté de l\u2019original tout en rendant inintelligibles les contre-attaques symboliques, comme celle des bonnets de minet utilisés massivement par les participantes à la Marche des femmes au lendemain de l\u2019assermentation du président.Le français «chatte » convient au plus près en franco-français, mais moins en franco-québé- cois, où un terme plus vulgaire (rimant avant « bouf fe » ou « pelote»\u2026) aurait pu faire l\u2019affaire.Faudrait-il donc québéciser Trump, un peu comme un personnage de la série des Simpson en québécois ?Les trois professeurs de traduction interrogés répondent tous qu\u2019en cas de doute, vaut mieux aller plus haut que plus bas dans le truchement.« Plus vous descendez dans un niveau de langue, plus le langage est familier, plus il est ancré culturellement, ajoute la professeure Col- lombat, qui a enseigné pendant 18 ans, à l\u2019Université Laval, jusqu\u2019à l\u2019automne dernier.C\u2019est le principe de ce qu\u2019on appelle la localisation.Traduire Obama en une sorte de français diplomatique ne posait pas de problème.Trump a des tournures très familières et il semblerait logique de l\u2019adapter en fonction des localisations.» Son ex-collègue Nicole Côté, de l\u2019Université Laval, pose des limites à cette option.Elle propose un parallèle avec les personnages des premiers films de Xavier Dolan qui s\u2019expriment en joual extrême.« Leur langue a beaucoup, beaucoup de richesse vernaculaire, dit la professeure Côté.Le principal problème de Trump, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas beaucoup de vocabulaire.On peut le traduire en bon québécois.Mais si on le marque trop de cette façon, il aura l\u2019air d\u2019être déraciné de son propre univers.C\u2019est pourquoi en général on opte pour un français assez neutre, dans une langue que personne ne parle vraiment ici.» Elle souligne à son tour le lien entre la langue et les valeurs.«Qu\u2019on le veuille ou non, il y a toutes sortes de façon de traduire et, chaque fois, le traducteur fait des choix idéologiques.Une traduction infiniment belle peut trahir un texte original.Beaucoup de gens pensent que la traduction, c\u2019est juste de la reproduction.Même mes collègues pensent ça.Mais non.Les traductions sont toujours idéologiques même si notre éthique à nous, traducteurs, demande de traduire au plus près de l\u2019original.» Le professeur Jolicœur cite le théoricien de la culture Walter Benjamin, pour qui la traduction est un prolongement de l\u2019original.Pas une simple transposition, mais bien un prolongement qui permet une manipulation positive ou négative, d\u2019autant plus quand on passe d\u2019une culture éloignée à une autre.« Les problèmes se chevauchent, termine le professeur Jolicœur, celui des niveaux de langue, de la transposition de l\u2019oral à l\u2019écrit, et puis la question du français régional ou standardisé.On voit bien l\u2019importance de la traduction qui peut faire passer M.Trump comme un parfait imbécile vulgaire ou comme un politicien qui parle cru au peuple.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 TRADUCTION Il n\u2019en fallait pas davantage pour que l\u2019opposition crie au camouflage.La gestion de crise n\u2019est clairement pas la spécialité de ce gouvernement. Elle, défenseure à son corps défendant du divorce avec l\u2019Union européenne ; lui, président ultraprotectionniste aux réactions épidermiques.La première ministre Theresa May fait le pari risqué de penser que la Grande-Bretagne pourra compter sur Donald Trump dans l\u2019ère post-Brexit.ans le grand mouvement de réordonnance- ment que le monde semble être en train de vivre, la rencontre de vendredi entre M.Trump et Mme May à la Maison-Blanche était symboliquement importante, à défaut d\u2019être substantielle.Leur conversation a été polie et leur conférence de presse, plutôt vide, sauf pour montrer à quel point l\u2019un et l\u2019autre étaient publiquement prêts à toutes les complaisances pour faire croire à la pérennité de la « relation spéciale » anglo-américaine.Il est manifeste qu\u2019ils voudront faire front commun contre l\u2019Union européenne (UE), avec laquelle Mme May se voit obligée de rompre d\u2019une manière ou d\u2019une autre et dont M.Trump souhaite l\u2019implosion dans l\u2019intérêt du rétablissement de la «grandeur» des États-Unis.Mais on peut dif?cilement parler d\u2019âmes sœurs sur le plan idéologique.Mme May n\u2019est pas, après tout, le démolisseur des institutions internationales (l\u2019OTAN, l\u2019ONU\u2026) que M.Trump se propose de devenir.Il serait du reste étonnant que se développe entre eux la complicité qui a existé à une autre époque entre Margaret Thatcher et Ronald Reagan.Autrement plus criantes sont en fait les af?nités populistes du président Trump avec Nigel Farage, l\u2019ancien chef du parti UKIP (europhobe et anti-immi- grant), dont M.Trump a ouvertement souhaité qu\u2019il devienne l\u2019ambassadeur britannique aux Nations unies.Les «vieux pays», nommément l\u2019Allemagne et la France, angoissent devant la manière dont M.Trump compte exercer le pouvoir américain \u2014 et se tiennent à distance.Par contraste, Londres s\u2019est démené pour entrer dans les bonnes grâces de M.Trump (sur la question israélo-palestienne, notamment) et Mme May a fait des pieds et des mains pour être le premier leader étranger à rencontrer le nouveau président.Ce qui n\u2019est pas des plus adroits.Entendu que le Royaume-Uni a besoin que son alliance avec les États-Unis reste solide, alors que vont commencer les négociations de divorce avec l\u2019UE.M.Trump, dont les propos décousus sous- évaluent en tout la complexité des enjeux, a acquiescé en souhaitant qu\u2019un accord de libre-échange anglo-américain soit conclu «très rapidement» \u2014 ce qui est objectivement impossible.Mais à avoir voulu dans la précipitation se coller à M.Trump, Mme May a invité la comparaison, politiquement nuisible, avec l\u2019ex-premier ministre Tony Blair, perçu comme le «caniche» de George W.Bush pendant la guerre d\u2019Irak.Aussi, elle aura intérêt à ne pas trop attendre de sa relation avec ce président imprévisible, pour qui l\u2019«Amérique d\u2019abord» tient lieu de principe de politique étrangère.?Dans un monde plus serein, le processus de mondialisation que traverse l\u2019humanité serait plus altermondialiste.Malheureusement, le procès qui mérite d\u2019être fait à la mondialisation, aux traités de libre-échange et à l\u2019Union européenne n\u2019est pas celui que lui font M.Trump et Mme May.Armé d\u2019un cabinet d\u2019idéologues dangereux et de bonzes de la haute ?nance, le matamore milliardaire s\u2019est fait mal élire en prétendant que le salut passait par l\u2019isolationnisme et la redyna- misation d\u2019une stratégie industrielle dépassée, fondée sur la négation des enjeux du réchauffement climatique.De son côté, Mme May a poussé l\u2019arnaque la semaine dernière jusqu\u2019à menacer, faute d\u2019obtenir une entente qui lui convienne avec l\u2019UE, de faire du Royaume-Uni un paradis ?scal \u2014 c\u2019est-à- dire un pays aux antipodes d\u2019une conception du développement humain attentive à la justice sociale plutôt qu\u2019à l\u2019accumulation capitaliste.Certes, le choix du Brexit a été empoisonné par des accents xénophobes, et le poison demeure, mais il reste que ce choix était plus fondamentalement un coup de gueule collectif contre une «démocratie» déconnectée où se creusent les inégalités sans que s\u2019en émeuvent les élites qui tiennent le pouvoir.Quel monde attendre de cette « relation spéciale » revisitée ?Une entreprise de déconstruction qui aura \u2014 peut-être \u2014 des conséquences accidentellement utiles, mais qui sera \u2014 sûrement \u2014 tirée à hue et à dia.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Déclaration de guerre économique Dans son discours inaugural, Donald Trump a déclaré une véritable guerre économique contre toutes les autres nations du monde dans le but avoué de redonner aux États-Unis sa gloire d\u2019antan.Sa stratégie est for t simple, c\u2019est celle du gros « bully » qui s\u2019en prend aux autres un par un et qui réussit par là à terroriser tout le monde.Donald est incapable de voir, ou plutôt refuse d\u2019admettre que la véritable cause du déclin des États-Unis tient beaucoup plus à la mauvaise répartition de la richesse qui prévaut dans ce pays, à son refus de rendre les principaux services citoyens accessibles à tous, au racisme et au militarisme, à la corruption et à son mauvais système de gouvernance.Faute de vouloir corriger les véritables problèmes, Donald Trump entend s\u2019attaquer aux autres.Une seule façon pour les pays du monde de mater ce président indécent : s\u2019unir et résister, pratiquer la non-violence active et montrer aux Américains qu\u2019un monde différent est possible.L\u2019heure n\u2019est plus à la complaisance ! Gilles Marleau Orléans, Ontario, le 26 janvier 2017 L I B R E O P I N I O N T E X T E C O L L E C T I F * L e Devoir faisait état du recul marqué de la population de langue maternelle française projeté par Statistique Canada au Québec et ailleurs au pays (« Le français reculera au Québec comme au Canada »).Bien que la perte de vitesse du français comme langue maternelle au Québec soit notable, elle est certainement plus préoccupante à l\u2019extérieur du Québec.Selon les estimations, la proportion d\u2019individus ayant le français comme langue maternelle à l\u2019extérieur du Québec passera de 3,8 % à 2,7 %.Ce phénomène serait en grande par tie dû à l\u2019immigration, mais aussi à l\u2019assimilation linguistique, à la faible fécondité et au vieillissement de la population.L\u2019un des facteurs qui contribuent le plus à cette tendance inquiétante est l\u2019absence d\u2019un réseau adéquat d\u2019écoles francophones à l\u2019extérieur du Québec.Un nombre très important d\u2019enfants admissibles à une éducation en langue française n\u2019a d\u2019autre choix que de fréquenter des écoles anglophones.Or, tous s\u2019entendent pour dire que, si les enfants francophones n\u2019ont pas accès à une éducation dans leur langue, il sera beaucoup plus difficile pour eux de la conserver, sans parler d\u2019essayer de la transmettre à la prochaine génération.Quelle propor tion d\u2019enfants admissibles n\u2019est pas inscrite dans des écoles francophones ?On entend souvent (et notamment cette semaine) qu\u2019environ la moitié des enfants admissibles n\u2019y vont pas.La vérité, c\u2019est qu\u2019il pourrait y en avoir deux fois plus.Combien, au juste ?Impossible de le savoir ! Pourquoi ?Parce que le recensement canadien n\u2019a jamais posé les questions nécessaires\u2026 Comment cela est-il possible ?Trois catégories de citoyens canadiens ont le droit de faire instruire leurs enfants en français à l\u2019extérieur du Québec en vertu de l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés (et bien d\u2019autres sont, dans les faits, admissibles) : 1) les parents dont la langue maternelle est le français ; 2) les parents qui ont fait une partie importante de leur scolarité au niveau primaire dans une école de langue française ; 3) les parents dont l\u2019un des enfants fréquente ou a fréquenté une école de langue française.La seule question du recensement permettant de déterminer si un parent a le droit d\u2019envoyer ses enfants dans une école de langue française est celle sur la langue maternelle.Aucune question n\u2019est posée sur la langue de scolarité des parents ou de leurs enfants.Ainsi, sur trois catégories de titulaires de droits, une seule est « comptée » par Statistique Canada dans le recensement.Encore là, la formulation de la question sur la langue maternelle décourage les réponses multiples, donc beaucoup d\u2019individus ayant appris plus d\u2019une langue en indiquent une seule.Le résultat ?De très nombreuses communautés francophones sont privées d\u2019accès à des écoles de langue française à l\u2019extérieur du Québec parce qu\u2019une proportion importante et toujours croissante de leurs membres n\u2019est pas identifiée par le recensement.Si rien n\u2019est fait, cette tendance est condamnée à s\u2019alourdir étant donné le nombre très élevé et grandissant de couples exogames (c\u2019est-à-dire des couples dont seulement un membre est francophone) et du nombre d\u2019enfants qui apprennent le français seulement à la maternelle.Dans ces deux cas, il s\u2019agit d\u2019individus ayant le droit d\u2019inscrire leurs enfants dans des écoles de langue française, mais qui ne sont pas recensés comme tels par Statistique Canada et qui ne peuvent donc pas être pris en compte lorsque vient le temps de prendre des décisions sur l\u2019ouverture de programmes scolaires ou de nouvelles écoles.Flou statistique Il s\u2019agit d\u2019un problème de taille pour les communautés d\u2019expression française à l\u2019extérieur du Québec, qui doivent constamment lutter pour préserver leur langue et leur culture.Idem pour les nombreux Québécois qui s\u2019installent à l\u2019ouest d\u2019Ottawa et qui souhaitent que leurs enfants soient instruits en français.Heureusement, la solution est simple, peu coûteuse et réalisable : Statistique Canada peut et doit modifier le prochain recensement, qui aura lieu en 2021, de manière à ce qu\u2019il pose deux questions additionnelles pour ainsi déterminer la totalité des enfants admissibles à recevoir une éducation en langue française.Il n\u2019est pas trop tard, mais Statistique Canada \u2014 qui relève de Navdeep Bains, ministre de l\u2019Innovation, des Sciences et du Développement économique \u2014 doit agir rapidement, car les préparations du recensement ont déjà commencé et les changements potentiels au questionnaire doivent faire l\u2019objet de tests dès 2018.Il est aussi important que Patrimoine canadien et sa ministre, Mélanie Joly, fassent preuve de leadership dans ce dossier important pour l\u2019épanouissement des communautés francophones, une question qui relève de cette dernière en vertu de la partie VII de la Loi sur les langues officielles.Imaginez s\u2019il n\u2019était pas possible pour le gouvernement québécois de déterminer le bassin d\u2019élèves habitant dans un arrondissement de Montréal.Il serait alors impossible de prévoir le nombre ou la taille des écoles.On crierait au meurtre, et avec raison ! Ce que les francophones hors Québec demandent, c\u2019est un accès à des données leur permettant de prendre des décisions basées sur des faits, comme l\u2019ensemble des décideurs publics.Il est absurde que nous n\u2019ayons pas eu accès à de telles données jusqu\u2019à ce jour, et il est grand temps de remédier à cette situation.* Ont signé ce texte: Mark C.Power, Marc-An- dré Roy, Justin Dubois, Jean-Pierre Hachey, Maxine Vincelette, Ania Kolodziej, Jennifer Klinck, Avocats, Juristes Power Je suis compté, donc je suis ! Comment un simple changement au recensement canadien améliorerait le sort de la francophonie hors Québec FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET L\u2019immobilisme du gouvernement Couillard Le 23 janvier, une lectrice écrivait à propos des faux inspecteurs en bâtiment et interpellait le gouvernement de Philippe Couillard pour qu\u2019il légifère dans ce domaine afin de protéger les consommateurs.Or, le gouvernement libéral se traîne les pieds dans un dossier où les enjeux financiers sont aussi importants pour les consommateurs, celui de la copropriété.Le droit actuel pour la copropriété remonte à 1994 et depuis lors, de nombreux dysfonctionnements et lacunes ont été soulignés par plusieurs intervenants du domaine qui ont recommandé une réforme législative 20 ans après son adoption.Depuis l\u2019amorce des travaux en 2009, cinq ministres de la Justice ont examiné cette réforme.Le rapport du Comité consultatif sur la copropriété a été déposé le 6 décembre 2012.Ce rapport contenait toutes les recommandations pour aller de l\u2019avant avec une réforme législative.Plusieurs provinces canadiennes ont procédé à une réforme législative en droit de la copropriété au cours des dernières années : le Manitoba en 2011, l\u2019Alberta en 2014 et l\u2019Ontario en 2015.Le domaine de la copropriété touche des millions de Québécois, la propriété est souvent le principal actif des citoyens.Il existe de nombreuses lois pour protéger le consommateur, mais dans le domaine de la copropriété, le statu quo du droit n\u2019est plus acceptable.Les citoyens sont mieux protégés pour l\u2019achat d\u2019un téléphone que pour l\u2019achat d\u2019une copropriété.Qu\u2019attend le gouvernement de Philippe Couillard pour agir ?Nicole Roy Québec, le 26 janvier 2017 Enfer et bonbons roses Quatre années devant nous à subir les polit iques, pour ne pas dire les frasques, du président américain.Espérons que comme ici, au Québec, elles se « limitent » à deux années éprouvantes, suivies de deux années de distribution de bonbons roses pour éblouir les futurs électeurs.Pierre Deschênes Montréal, le 26 janvier 2017 THERESA MAY À LA MAISON-BLANCHE Entrepreneurs en déconstruction D GUY TAILLEFER L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Guy Taillefer (éditorialiste, responsable de la page Idées), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Marie-Pier Frappier (pupitre), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans), Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Loïc Hamon (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).J O R G E L E Ó N Professeur visiteur en sciences politiques à l\u2019UQAM, spécialiste des régimes politiques en Amérique latine n a souvent af firmé que les leaders p o p u l i s t e s étaient propres aux cultures et traditions latines, mais voilà que le monde et les États-Unis en particulier découvrent qu\u2019ils sont surtout le résultat d\u2019un contexte et de certaines conditions sociales qui le favorisent.Le nouveau président américain a très tôt mis en évidence une approche populiste semblable à ce que nous connaissons en Amérique latine.Pour les populistes, la priorité est l\u2019établissement d\u2019un lien direct avec la population, sans la médiation des partis politiques, de leurs idéologies ou programmes.Seule compte la parole du chef.Les médias, porteurs d\u2019une diversité d\u2019opinions et d\u2019analyses basées sur les faits, peuvent rapidement devenir un obstacle à cette relation.La stratégie est alors de les contourner.D\u2019abord, en condamnant le journalisme critique, en cherchant à lui faire perdre sa légitimité, en l\u2019accusant de par tialité et de manque d\u2019objectivité.Ensuite, en renforçant tous les moyens de communication permettant un lien direct avec les «masses anonymes».Hyperactivité médiatique Pour le moment, Donald Trump privilégie l\u2019usage de Twitter, mais peut-être arrivera-t-il à multiplier les moyens de communication directe.Par exemple, une chaîne de nouvelles telle que Fox News pourrait relayer ses positions sans filtre critique.En Amérique latine, les présidents Chávez et Correa (Venezuela et Équateur) ont transformé des médias publics en médias «officiels».De cette manière, les positions officielles sont relayées, généralement de manière laconique.En ef fet, le message principal n\u2019est pas, en général, le contenu informationnel, mais plutôt l\u2019intention du dirigeant.Il s\u2019agit d\u2019indiquer ce que l\u2019on prétend faire plutôt que ce que l\u2019on fait réellement.Une autre caractéristique im- por tante du phénomène est son intensité.Les nouvelles se succèdent chaque jour, voire plusieurs fois par jour.Cela permet d\u2019être omniprésent dans l\u2019actualité et dans les conversations.Et cela transforme également les médias malgré eux.Ils multiplient les spéculations et les opinions pour tenter de dénicher la cohérence que l\u2019on est en droit d\u2019attendre des politiques publiques.Mais le rythme des nouvelles ne permet de conclure aucun cycle de discussion et d\u2019analyse.Ainsi, le leader et ses positions gagnent une présence unique en leur genre.Un autre effet de ce procédé est la distraction qui découle de l\u2019hyperactivité médiatique du leader « charismatique ».L\u2019attention de l\u2019opinion publique est sollicitée sans égard à l\u2019importance relative des faits, car tout ce qu\u2019il dit, du banal à l\u2019anecdotique en passant par l\u2019invraisemblable, est sujet à nouvelle.Pendant ce temps, le gouvernement agit ou aborde des sujets transcendants sur lesquels, par contre, l\u2019information sera parcellaire.Vérité et messianisme Pour le leader populiste, l\u2019objectivité n\u2019est pas de mise.Le but fixé est plus important que les moyens de l\u2019atteindre.Nos sociétés entretiennent un dialogue constant sur les moyens de l\u2019action politique.Mais dans le cadre mental du chef populiste, le mensonge devient un moyen comme un autre.Il conserve, de toute façon, sa crédibilité auprès de ses suiveurs.Sa version vaudra celle des médias critiques, voire la supplantera.L\u2019important est ce qui « devrait être », et non «ce qui est ».Ainsi, de fil en aiguille, la parole du leader devient vérité.«Vous êtes des dizaines de millions venus participer à ce mouvement sans précédent », disait Trump le jour de son intronisation.Le lendemain, le président condamnait les médias qui ne comprenaient pas le moment « transcendant », le « tournant historique» qu\u2019il venait d\u2019inaugurer.Après la condamnation, le boycottage ?La presse, laisse-t-il entendre, tourne le dos au peuple et à l\u2019histoire.C\u2019est une guerre annoncée.Le propre des populismes est la construction d\u2019un lien identi- taire entre un chef et un peuple.Dans le cas de Trump, le mépris des oligarchies, boucs émissaires du malheur des exclus, est un instrument de lien identitaire.Leader et population sont d\u2019accord sur «qui sont les méchants ».Le chef populiste est la personne forte, presque téméraire, qui va lutter contre ce pouvoir occulte.Rejet des élites Le fait qu\u2019il fasse lui-même partie de l\u2019oligarchie ne semble pas empêcher Trump d\u2019incarner le rejet des élites corrompues.Car l\u2019espoir que le président américain a fait naître conduit également à une forme de déni.Ses suiveurs ferment les yeux sur les contradictions, car ce sont les leurs.Trump a réussi sa campagne d\u2019identification avec le peuple.Il passe désormais à une autre étape : celle du « je suis vous».Comme il l\u2019a dit lui- même lors de son assermentation: «Ça va permettre au peuple de redevenir le dirigeant de la nation.» Cette identification avec le peuple est une source de pouvoir exceptionnelle.Dans ce cadre, la polarisation avec les médias d\u2019information trouve son utilité précisément dans le fait que cela permet au leader de démontrer, quotidiennement, qu\u2019il y a des opposants.Chaque jour, il faut les combattre, car ils ne comprennent pas qu\u2019ils font du mal au peuple! Un pouvoir personnel Le leader populiste se situe au-dessus de la mêlée.Il est d\u2019abord, comme Trump, un outsider de la politique ou des partis.Ses façons excentriques renforcent l\u2019idée qu\u2019il n\u2019est pas comme les autres : il est exceptionnel ! Tout se centre sur sa personne, aucune institution n\u2019est nécessaire pour valider son action ou sa parole, surtout pas un parti politique.Les populistes passent au- dessus des lois et des institutions, ce qui n\u2019annonce rien de bon dans le système très institutionnalisé des États-Unis.Le gendre de Trump ne devrait pas avoir le poste qu\u2019il occupe à la Maison-Blanche?Pas grave, on a interprété la loi en conséquence.On ne peut mettre fin à « Obamacare » que par une loi ?Pas grave, on commence tout de même par décret.Ce n\u2019est qu\u2019un début.Pour garder le pouvoir de sa parole, le leader doit remplir ses promesses dès le commencement, par décret s\u2019il le faut.Ces phénomènes populistes ne se produisent pas n\u2019importe quand.Il ne suffit pas non plus qu\u2019il y ait un illuminé quelconque pour que les gens le suivent.Il faut un contexte socio-économique et politique qui rende acceptables et légitimes les postures de rédemption.En Amérique latine, cela arrive plus fréquemment parce que, justement, il y a une forte inégalité sociale.Mais il y a également une condition particulière : des laissés-pour-compte qui ont conscience de leurs droits.En cela, le contexte états-unien est semblable.Les électeurs et les suiveurs de Trump sont des mécontents du système qui veulent régler leurs comptes par l\u2019intermédiaire d\u2019un sauveur.Est-ce un phénomène passager ?Qui sait, compte tenu des cycles rapprochés de changement des conditions de vie et de travail dus à l\u2019évolution des technologies, peut- être que le phénomène sera moins passager qu\u2019on ne le pense ?D\u2019ici peu, ce sera au tour de l\u2019intelligence ar tifi- cielle de mettre au chômage d\u2019autres travailleurs, des cols blancs cette fois-ci : ils iront grossir les rangs des mécontents.Alors que les gouvernements renforcent ce système d\u2019enrichissement par cycles technologiques, peut-être adhéreront-ils à de nouveaux sauveurs ?Les populismes, la presse et Trump L U C I A F E R R E T T I Historienne, Université du Québec à Trois-Rivières otre texte, Monsieur William Johnson, rev ient sur le l ivre blanc d\u2019avril 1977, qui prépara la voie à l\u2019adoption de la loi 101 par le gouvernement du Parti québécois (« Quand le ciel linguistique est menacé », Le Devoir, 25 janvier 2017).Vous dites que ce livre blanc a biaisé les conclusions du rapport Gendron, publié en 1973, en pleine mobilisation générale pour la défense du français.Vous dites aussi que les Québécois se font « un dogme » de ce qui ne serait que des peurs récurrentes et non fondées sur la situation fragile du français au Québec.Pour soutenir votre lecture, vous évoquez quelques chiffres tirés du tome I du rapport Gendron, qui traite de la langue de travail.Or, ce tome I conclut tout autre chose que ce que vous en avez retenu.Feriez-vous de la « désinformation délibérée » ?Le premier chapitre porte sur « La situation du français dans les activités de travail » et s\u2019intéresse à l\u2019utilisation des communications au travail ainsi qu\u2019à la prépondérance de l\u2019anglais sur le marché du travail.Il est bourré de statistiques, dont celles que vous citez.Et il conclut « que si le français n\u2019est pas en voie de disparition chez les francophones, ce n\u2019est pas non plus la langue prédominante sur le marché du travail québécois.Le français n\u2019apparaît utile qu\u2019aux francophones.Au Québec même, c\u2019est somme toute une langue marginale, puisque les non- francophones en ont fort peu besoin et que bon nombre de francophones, dans les tâches importantes, utilisent autant et parfois plus l\u2019anglais que leur langue maternelle.Et cela, bien que les francophones, au Québec, soient fortement majoritaires ».Situation critique Le rapport de la commission Gendron fut reconnu par tous, en son temps, pour son analyse fine et complète de la langue de travail, des droits linguistiques et de la langue utilisée par les groupes ethniques.Ce que lui ont reproché les défenseurs de la langue française, c\u2019est de ne pas joindre des recommandations courageuses à son diagnostic d\u2019une situation critique.Le Mouvement Québec français, par exemple, écrivait : «Le Rapport se révèle un tissu de contradictions entre la description critique de la situation et la volonté de justifier la politique d\u2019incitation : le français n\u2019est pas aussi mal portant qu\u2019on l\u2019affirme, mais l\u2019anglais le menace sérieusement ; le français doit avoir l\u2019appui vigoureux de l\u2019État, mais l\u2019État doit faire l\u2019économie des mesures coercitives ; le français pourrait être la seule langue officielle du Québec, mais tous les documents importants de l\u2019État seront bilingues ; le français est reconnu bien national par la commission Gendron, mais la même Commission maintient la loi 63, qui reconnaît la langue comme un bien des familles et des individus » (L\u2019Action nationale, avril 1973).L\u2019année suivante, Marcel Pépin, président général de la Centrale des syndicats nationaux (CSN), rappelait que « l\u2019anglais, dans les milieux de travail, constitue un moyen de domination et un instrument de subordination aux mains du patronat» ; et qu\u2019«à l\u2019intérieur des entreprises, il constitue, du moins à partir d\u2019un certain niveau, un instrument d\u2019abaissement psychologique de la majorité, quand il ne sert pas purement et simplement de moyen de discrimination \u201c raciale \u201d ».Il titrait cette analyse : « Le français au travail, une lutte ouvrière et nationale» (L\u2019Action nationale, avril-mai 1974).Pendant ce temps, les recensements du Canada photographiaient l\u2019érosion constante de la proportion du groupe de langue française dans la population du Québec, son déclin encore plus rapide à Montréal, voire le début de son assimilation dans cette région et, partiellement, en Outaouais.Le groupe de langue française n\u2019augmentait alors pratiquement que par les naissances.Or, celles-ci ne suffisaient plus pour compenser la puissance d\u2019attraction de l\u2019anglais.En effet, hormis les immigrants francophones, très peu nombreux, les autres choisissaient pour ainsi dire tous de s\u2019intégrer au groupe anglophone et d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école anglaise.Et ils le faisaient justement parce que le monde du travail fonctionnait largement en anglais et que cette langue était indispensable pour monter dans l\u2019échelle sociale.Loi 22 En réponse au rapport Gendron, le gouvernement libéral de Robert Bourassa fit adopter la loi 22, en 1974.L\u2019article 1 faisait du français la langue officielle du Québec, mais l\u2019anglais l\u2019était à peu près autant en vertu de l\u2019ensemble des autres articles.La loi 22 mécontenta tout le monde.Le groupe anglophone lui reprocha son ar t icle 1 .Les immigrants est imèrent qu\u2019elle faisait d\u2019eux des citoyens de seconde zone en imposant des tests linguistiques à leurs enfants, puis en forçant ceux qui ne les auraient pas réussis à fréquenter l\u2019école française.Quant au Mouvement Québec français, il dénonça toute la série de nouveaux droits conférés à l\u2019anglais par la loi, le quasi-maintien du libre choix de la langue d\u2019enseignement, et le peu de mesures prises pour redresser la situation du français au travail.Le MQF, rappelons-le, était alors for t de l\u2019appui des 750 000 Québécois qu\u2019il représentait à travers les grandes centrales syndicales (FTQ, CSN, CEQ, UPA), les sociétés nationales (Saint-Jean-Baptiste de Montréal et Mouvement national des Québécois) ainsi qu\u2019à travers des syndicats et diverses associations (Alliance des professeurs de Montréal et Association québécoise des professeurs de français).La lutte continua après l\u2019adoption de la loi 22 jusqu\u2019à la promulgation de la loi 101, en 1977, qui faisait du français la seule langue officielle et la seule langue commune du Québec tout en laissant à la communauté anglophone l\u2019ensemble de ses institutions, financées par l\u2019État.La suite, on la connaît : la contestation de la loi 101 devant les tribunaux, l\u2019invalidation de plusieurs de ses dispositions par la Cour suprême, l\u2019ar ticle 23 de la Charte canadienne des droits et liber tés conçu expressément contre elle, l\u2019à-plat-ventrisme des gouvernements québécois successifs qui ont refusé de continuer le combat pour le français, l\u2019anglici- sation croissante du marché du travail et celle de Montréal.Non, Monsieur Johnson, les Québécois ne se font pas des peurs : le français est bel et bien en recul au Québec.Oui, « le ciel linguistique est menacé » ! Le français est bel et bien en recul au Québec O V MARY SCHWALM AGENCE FRANCE-PRESSE Les électeurs et les suiveurs de Donald Trump sont des mécontents du système qui veulent régler leurs comptes par l\u2019intermédiaire d\u2019un sauveur.Pour le leader populiste, l\u2019objectivité n\u2019est pas de mise.Le but fixé est plus important que les moyens de l\u2019atteindre. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 SCIENCES B 6 L\u2019expansion de l\u2019Univers serait plus rapide que prévuNASA ESA Les astronomes utilisant le télescope spatial Hubble ont capturé l\u2019image (vue partielle) la plus complète jamais assemblée de l\u2019Univers en évolution et l\u2019une des plus colorées.P A U L I N E G R A V E L D epuis que le prêtre belge Georges Lemaître et l\u2019astronome américain Edwin Hubble ont découvert et observé à la fin des années 1920 que les galaxies s\u2019éloignent les unes des autres et que l\u2019Univers est donc en expansion, les scientifiques se sont évertués à mesurer la vitesse de cette expansion.Plus de 600 estimations ont été faites à ce jour à l\u2019aide de diverses méthodes et en observant différents objets célestes.L\u2019équipe internationale du HO- LiCOW a pour sa part fondé sa mesure sur les délais temporels entre l\u2019apparition des différentes images d\u2019un même quasar qui ont été captées par treize télescopes différents.Les quasars sont les objets les plus brillants de l\u2019univers.Il s\u2019agit en fait du rayonnement émis par la matière au moment où elle s\u2019effondre dans un trou noir super massif.Sous l\u2019effet de la friction, la matière se met alors à rayonner extrêmement for t, c\u2019est pourquoi nous voyons une énorme émission de lumière.Comme il y a un trou noir au centre de chaque galaxie, on trouve donc un quasar au centre de toutes les galaxies, explique Frédéric Cour- bin, astrophysicien à L\u2019École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse, et membre d\u2019HOLiCOW.Au cours de son voyage vers nous, la lumière de chacun des cinq quasars que les chercheurs ont étudiés a rencontré un obstacle, une galaxie en l\u2019occurrence, dont le puissant champ gravitationnel a dévié la trajectoire du faisceau lumineux.Grâce à ce phénomène de « lentille gravitationnelle », «si le quasar, la galaxie et l\u2019observateur, c\u2019est-à-dire nous, avaient été parfaitement alignés, nous aurions vu un anneau de lumière autour de la galaxie, appelé anneau d\u2019Einstein.Mais comme l\u2019alignement n\u2019était pas parfait, on observera entre deux, trois, quatre images du quasar», précise Vivien Bonvin, astro- physicien à l\u2019École polytechnique fédérale de Lausanne et membre d\u2019HOLiCOW.En d\u2019autres termes, l\u2019ef fet de lentille gravitationnelle exercé par la galaxie fragmente le faisceau lumineux issu du quasar en plusieurs rayons, qui empruntent ensuite des trajectoires dif fé- rentes.Parfois, cette trajectoire est très directe, d\u2019autres fois, elle est plus courbée, et donc plus longue.Étant donné que le chemin que doit parcourir chaque rayon est plus ou moins long, les images que nous recevons sur Terre de chacun d\u2019eux ne nous arrivent pas en même temps, mais avec un petit décalage temporel.Le plus gros décalage temporel que les chercheurs d\u2019HOLiCOW ont observé entre deux images d\u2019un même quasar s\u2019élevait à 15 jours, tandis que le plus petit atteignait 7 jours.«C\u2019est très peu compte tenu du fait qu\u2019il a fallu plusieurs dizaines de millions d\u2019années à la lumière du quasar pour nous atteindre», fait remarquer M.Bonvin.Délais temporels Ce sont justement ces délais temporels entre l\u2019apparition des dif férentes images d\u2019un même quasar qui ont permis aux chercheurs d\u2019HOLiCOW de déterminer avec une grande précision le taux d\u2019expansion de l\u2019univers.Ces délais temporels s\u2019expliquent d\u2019une part par la distance différente que chacun des rayons lumineux a franchie avant de nous atteindre, mais aussi par le fait que ces rayons lumineux ont « traversé l\u2019Univers qui est en expansion, c\u2019est-à-dire un espace qui s\u2019étend, qui grandit lui aussi », souligne Vivien Bonvin.De ce fait, «plus la distance franchie par le rayon lumineux est longue, plus l\u2019expansion de l\u2019univers aura eu le temps d\u2019agir sur ce rayon et, par conséquent, plus cette distance s\u2019étirera, allongeant du coup le temps qu\u2019il mettra à atteindre la Terre, et le délai temporel par rapport aux autres rayons ayant emprunté des chemins plus courts», explique l\u2019astronome Rober t Lamon- tagne, professeur au Département de physique de l\u2019Université de Montréal.Pour trouver la vitesse d\u2019expansion de l\u2019Univers à partir des délais temporels entre les images, il fallait connaître les distances parcourues par chacun des rayons.Les chercheurs ont d\u2019abord mesuré les distances auxquelles se situaient le quasar et la galaxie servant de lentille gravitationnelle.Ils ont ensuite déterminé la masse de la galaxie- lentille ainsi que sa distribution dans l\u2019espace afin de savoir comment cette galaxie déviait les rayons lumineux.Une fois ces informations en main, il était désormais possible de calculer la vitesse de l\u2019expansion de l\u2019univers.L\u2019équipe d\u2019HOLiCOW a ainsi obtenu un taux d\u2019expansion de 71.9 ± 2.7 kilomètres par seconde par mégaparsec (1 mé- gaparsec valant environ 3 millions d\u2019années-lumière), ce qui veut dire que l\u2019univers s\u2019étend à une vitesse de 72km/s, mais chaque fois qu\u2019on s\u2019éloigne de 3 millions d\u2019années-lumière, sa vitesse d\u2019expansion est deux fois plus grande.Divergences Cette valeur s\u2019avère toutefois 7 % plus grande que celle obtenue en 2015 par le satellite Planck, qui observe le fond diffus cosmologique, aussi appelé rayonnement micro-onde de fond cosmologique, que l\u2019on décrit souvent comme l\u2019écho du Big Bang puisqu\u2019il s\u2019agit de la première lumière apparue quelque 380 000 ans après le Big Bang, soit il y a environ 13,3 milliards d\u2019années-lumière.À l\u2019aide de modèles mathématiques, ce signal de l\u2019univers lointain a permis de déduire un taux d\u2019expansion de l\u2019univers de 66,93 km/s ± 0,62.« Jusqu\u2019à maintenant, la valeur proposée par le satellite Planck était la valeur communément admise comme étant la bonne, parce qu\u2019elle faisait partie d\u2019un modèle qui jusque-là fonctionne très bien, qui a permis d\u2019expliquer beaucoup de choses », précise M.Bonvin.Par contre, la valeur obtenue par la collaboration HOLiCOW s\u2019apparente à celle à laquelle est arrivée l\u2019équipe de l\u2019astronome américain et lauréat du prix Nobel Adam Riess, en regardant des supernovæ, c\u2019est-à-dire des étoiles qui explosent en émettant toujours la même quantité de lumière.«Plus la supernova est loin de nous, moins on la verra lumineuse.Ainsi, en mesurant la luminosité que l\u2019on perçoit de ces supernovæ, ainsi que son décalage vers le rouge par rapport à la lumière émise à la source, ces chercheurs obtiennent la vitesse d\u2019éloignement de ces su- pernovæ [en raison de l\u2019ef fet Doppler semblable à celui qu\u2019on observe lorsque la sirène d\u2019une ambulance s\u2019éloigne de nous].Ils peuvent ainsi déduire la vitesse à laquelle l\u2019univers grandit.Cette technique, qui avait été proposée à l\u2019origine par George Lemaître, puis par Edwin Hubble en 1929, a été af fi- née au cours du temps.Actuellement, cette technique donne une mesure de 73 ± 1,7km/s par mé- gaparsec pour des objets qui, à l\u2019échelle de l\u2019univers, sont assez proches de nous, soit à quelques millions d\u2019années-lumière», explique Vivien Bonvin.Jusqu\u2019à ce que l \u2019équipe d\u2019HOLiCOW publie ses nouveaux résultats dans l\u2019édition de jeudi des Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, la communauté scientifique « supposait que l\u2019une ou l\u2019autre de ces deux dernières estimations était sujette à des erreurs, à des problèmes instru- m e n t a u x o u à d e l a m a l - chance.D\u2019autres af firmaient qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une contradiction.Or, nos résultats permettent de lever cette interrogation.Ce désaccord entre les mesures dans l\u2019univers lointain et celles obtenues dans l\u2019univers proche ont peut-être un sens.Ce ne serait plus un problème technique ou d\u2019instrument.C\u2019est vraiment la physique que l\u2019on connaît qui est peut-être un peu dif férente de ce qu\u2019on suppose », avance M.Bonvin.« Il y a dix ans, les barres d\u2019erreur sur les mesures étaient tellement grandes que toutes les méthodes étaient en accord.Maintenant qu\u2019on apporte une précision de plus en plus grande, on commence à voir des dif férences entre les méthodes , e t on se pose la question de savoir si ce sont les barres d\u2019erreur qui sont fausses ou si réellement il y a un processus physique derrière qui, pour l\u2019instant, n\u2019est pas exp l iqué , a joute Frédér ic Courbin.Cette valeur qu\u2019on a trouvée voudrait dire que l \u2019univers accélère plus vite qu \u2019 on p en s e , e t d onc que l\u2019énergie sombre aurait peut- être une impor tance plus grande que prévu.» Rappelons que, pour expliquer l\u2019accélération de l\u2019expansion de l\u2019univers, les scientifiques ont invoqué l\u2019existence d\u2019une forme d\u2019énergie répulsive, appelée matière sombre ou matière noire, qui contrebalance la gravité émanant de la matière normale (ou visible) et de la matière sombre.«On avait supposé que l\u2019énergie sombre était par tout la même, que son comportement était constant dans le temps et dans l\u2019espace.Or, il faut peut- être considérer qu\u2019elle est plus compliquée que cela », affirme M.Bonvin.« Nous sommes arrivés au point où on se dit qu\u2019il faudra commencer à changer le modèle standard [qui est le plus représentatif de l\u2019évolution de l\u2019Univers jusqu\u2019à maintenant], car il commence à ne plus prédire les observations.Mais loin de moi l\u2019idée de dire que tout est faux», ajoute M.Courbin.Chose cer taine, ces derniers résultats devraient aider à mieux cerner la nature de cette énergie sombre, qui demeure un grand mystère.Le Devoir En utilisant une nouvelle méthode pour mesurer la vitesse à laquelle l\u2019Univers poursuit son expansion, un groupe d\u2019astrophysiciens montre que cette vitesse serait plus importante que celle déduite de l\u2019observation du rayonnement émis quelques instants après le Big Bang.Cette découverte pourrait les aider à percer le mystère de l\u2019énergie sombre, mais elle les obligera aussi à revoir le modèle standard qui représentait jusqu\u2019à présent la meilleure explication de l\u2019évolution de l\u2019Univers.La constante de Hubble Selon la théorie du Big Bang qui a été proposée par le chanoine George Lemaître, l\u2019Univers tel qu\u2019on le voit aujourd\u2019hui serait issu de l\u2019explosion extraordinaire d\u2019une masse très petite (plus petite qu\u2019un atome) mais excessivement dense, il y a 13,8 milliards d\u2019années.Lors de ce Big Bang, la matière s\u2019est alors dispersée dans toutes les directions, et elle poursuit toujours sa fuite en avant.C\u2019est ainsi que les diverses galaxies présentes dans l\u2019Univers s\u2019éloignent sans cesse les unes des autres.Mais Edwin Hubble a également remarqué que plus une galaxie est éloignée de nous, plus la vitesse à laquelle elle s\u2019éloigne de nous est grande.Il décrivit cette observation par une loi (la loi de Hubble) affirmant que la vitesse à laquelle les galaxies s\u2019éloignent de nous est proportionnelle à la distance qui nous sépare d\u2019elles.Et cette proportionnalité est définie par ce qu\u2019on appelle la constante de Hubble.Or, c\u2019est la valeur de cette constante que les astronomes cherchent à déterminer avec toujours plus de précision.«Pour expliquer ce phénomène, la seule chose qu\u2019on ait trouvée, c\u2019est de dire qu\u2019il y avait une forme d\u2019énergie dans l\u2019espace qu\u2019on ne voit pas et qui est répulsive, c\u2019est-à-dire qui fait grandir l\u2019univers, qu\u2019on a appelé énergie sombre ou énergie noire», précise Vivien Bonvin.ESA/HUBBLE, NASA, SUYU ET AL.Montage photo des cinq quasars observés par la collaboration HOLiCOW grâce à l\u2019ef fet de lentille gravitationnelle exercé par des galaxies situées entre la Terre et les quasars.Les points lumineux situés sur un cercle sont les multiples images du quasar qui ont été déviées par le champ gravitationnel de la galaxie apparaissant comme le point lumineux au centre.Les chercheurs de la collaboration HOLi- COW ont observé cinq quasars en continu (toutes les quatre nuits en moyenne) pendant treize ans, à l\u2019aide de treize télescopes différents situés dans les hémisphères austral et boréal.Ils ont pu relier entre elles les différentes images provenant d\u2019un même quasar grâce aux variations de la luminosité du quasar.En effet, la luminosité d\u2019un quasar ?uctue au cours du temps étant donné que la quantité de matière qui tombe dans le trou noir varie aussi au cours du temps.Ces variations intrinsèques de luminosité se voient aussi dans les différentes images d\u2019un même quasar qui nous arrivent avec un léger décalage temporel.«La preuve ultime qu\u2019on observe bien le même objet, c\u2019est le fait que la lumière arrive de la même manière», explique Vivien Bonvin.Plus d\u2019une décennie à observer les quasars «Cette valeur qu\u2019on a trouvée voudrait dire que l\u2019Univers accélère plus vite qu\u2019on pense, et donc que l\u2019énergie sombre aurait peut-être une importance plus grande que prévu» "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.