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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-01-03, Collections de BAnQ.

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[" V O L .C V I I N o 2 9 9 L E D E V O I R , L E M A R D I 3 J A N V I E R 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Culture \u203a Penser la neige en arts visuels.Premier texte d\u2019une série sur la neige comme matière culturelle, prompte à susciter la ré?exion.Page B 8 Les Sports \u203a Ski alpin.Décès de Jean Vuarnet, champion olympique et visionnaire.Page B 4 À la télé.B 7 Décès.B 6 Météo.B 5 Mots croisés.B 5 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m 2017, une année de transition pour Québec solidaire Page A 3 La déconnexion, un droit qui est désormais protégé pour les travailleurs français Page A 2 Vélo d\u2019hiver Les enfants de plus en plus nombreux à suivre l\u2019exemple de leurs parents Page B 5 L\u2019histoire de Montréal, c\u2019est aussi l\u2019histoire des sports qui s\u2019y sont pratiqués.À l\u2019occasion du 375e anniversaire de la métropole, cette grande série explore les enjeux politiques, culturels, sociaux et économiques autour de dif férents sports marquants dans l\u2019histoire de la ville.Troisième de dix articles.375E DE MONTRÉAL Petite histoire de la balle au mur L\u2019ancêtre du tennis comptait parmi les sports les plus pratiqués dans les collèges MUSÉE DE LA CIVILISATION La balle au mur est pratiquée passionnément par les élèves des collèges classiques du Canada français, comme le montre cette très rare image croquée au début du XXe siècle.OZAN KOSE AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019attentat au Reina marque un début 2017 sanglant pour la Turquie, déjà endeuillée en 2016 par les contrecoups d\u2019une tentative de coup d\u2019État et une vague d\u2019attentats meurtriers liée aux djihadistes ou à la rébellion kurde.S A R A H R .C H A M P A G N E L e groupe armé État islamique (EI) a revendiqué lundi l\u2019attentat meurtrier du Nouvel An dans une discothèque d\u2019Istanbul, revendication qui marque un changement de stratégie de sa part.Alors que la Turquie est de plus en plus engagée dans le conflit syrien, la spirale de violence s\u2019accélère sur son territoire.Le groupe djihadiste a affirmé par communiqué qu\u2019un des «soldats du califat» était à l\u2019origine de cette tuerie dans un club branché d\u2019Istanbul dans la nuit du 1er janvier.Des effectifs renforcés de milliers de policiers n\u2019ont pas empêché l\u2019assaillant d\u2019entrer dans le Reina, en bordure du Bosphore, et de tuer 39 personnes, dont au moins 25 étrangers, et d\u2019en blesser 60 autres.La Canadienne morte dans l\u2019attentat a été identifiée comme étant Alaa Al-Muhandis, une jeune mère La Turquie dans la mire du groupe EI L\u2019attentat du Nouvel An est revendiqué par le groupe djihadiste, une première qui fait craindre le pire J E A N D I O N L e 3 janvier 1947, il y a 70 ans jour pour jour en ce mardi, le premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King, participe à un événement bien spécial dans l\u2019édifice de la Cour suprême à Ottawa.À cette occasion, le juge en chef du plus haut tribunal du pays, Thi- baudeau Rinfret, lui remet un certificat numéroté 0001.King devient ainsi officiellement le tout premier citoyen canadien de l\u2019histoire.L\u2019idée d\u2019une citoyenneté authentiquement canadienne germait depuis un certain temps déjà, et elle était particulièrement chère aux yeux de Paul Martin, ministre dans le cabinet libéral de King et père du futur premier ministre du même nom.Alors que sévissait la Deuxième Guerre mondiale et que le Canada y allait d\u2019un effort important, Martin avait songé à proposer un projet en ce sens.Mais ce n\u2019est qu\u2019après le conflit, alors qu\u2019il visitait le cimetière de Dieppe, où reposaient tant de Canadiens fauchés au combat, qu\u2019il entreprit d\u2019agir.Jusque-là, les Canadiens étaient, juridiquement, considérés comme de simples sujets britanniques.Le statut exact de tout un chacun se perdait dans un fouillis de lois portant sur l\u2019immigration, la naturalisation, le concept de « ressortissant », etc., qui se contredisaient parfois.Un ménage s\u2019imposait donc et, à la faveur d\u2019une vague de fierté nationale qu\u2019avait provoquée la guerre, le moment était idéalement choisi.Le 22 octobre 1945, le ministre Martin dépose donc un projet de loi à la Chambre des Il y a 70 ans, Mackenzie King devenait le premier citoyen canadien J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U B ien avant que les champions de tennis ne fassent les manchettes, les étudiants des collèges classiques du Canada français se passionnaient pour son ancêtre, la balle au mur, appelée aussi jeu de pelote ou de paume.Ce jeu donne fort probablement son nom au tennis.Au jeu de paume, à l\u2019origine, on met en ef fet la balle en jeu en disant : « tenez monsieur ! » Et on prononce volontiers le « z ».L\u2019origine du mot tennis est là.La balle au mur fut longtemps pratiquée passionnément à Montréal.Le Collège de Montréal, fondé par les Sulpiciens en 1767, va faire place à plusieurs ter rains pour la pratiquer.Au cours de la décennie 1870, les reli - gieux dépensent de for tes sommes pour instal ler de hautes structures de bois afin que les élèves puissent pratiquer ce spor t.Ce qui laisse entendre que le jeu est déjà connu et d\u2019emblée populaire.« Nous, on appelait ça la balle au mur.Les terrains avaient trois murs d\u2019environ VOIR PAGE A 8 : JEU VOIR PAGE A 8 : TURQUIE VOIR PAGE A 8 : CITOYEN A M A N D I N E C A I L H O L C\u2019 est un courriel reçu d\u2019un client, à minuit, auquel on répond depuis son sofa, par peur de perdre un contrat.Un SMS envoyé à un collègue, le week-end, en pleine promenade en forêt, pour s\u2019assurer du bon suivi d\u2019un dossier.Ou encore un coup de fil d\u2019un dirigeant qu\u2019on n\u2019ose pas ignorer, alors qu\u2019on ouvre ses cadeaux de Noël.Armés de leur téléphone intelligent ou ordinateur, les salariés sont désormais 100% connectés.À toute heure, au bureau, comme en déplacement, mais aussi au resto ou à la maison, ils peuvent enfiler leur casquette professionnelle.« Cela remet en cause les formes traditionnelles d\u2019organisation du travail, pointe Patrick Thiébar t, du cabinet d\u2019avocats Jeantet, spécialisé en droit social.La transition numérique joue directement sur les éléments constitutifs du contrat de travail que sont le lieu et le temps de travail, ainsi que le lien de subordination.» Conséquences ?Côté pile : davantage de liberté et d\u2019autonomie pour les employés, notamment grâce au télétravail.Côté face : une possible augmentation de leur charge de travail et du sentiment d\u2019urgence, avec, en toile de fond, un effritement de la frontière entre sphères professionnelle et privée.Un r isque qui n \u2019a pas échappé à la ministre française du Travail, Myriam El Khomri, qui a fait entrer le « droit à la déconnexion » dans sa loi travail, promulguée cet été.En vigueur depuis le 1er janvier, cette mesure, selon le législateur, doit répondre au « nouveau défi » du développement des technologies d\u2019information et de communication qui, « s\u2019il est mal maîtrisé ou ré- gulé, peut avoir un impact sur la santé des salariés ».Une première Avec les nouvelles technologies et le développement de toutes ces facilités de connexion, partout et à toute heure, de nouveaux maux ont envahi le monde du travail.Comme celui de la dépendance virant à l\u2019obsession, que les An- glo-Saxons appellent « Fomo », pour Fear of missing out (la « peur de rater quelque chose »).Et jusqu\u2019à l\u2019épuisement professionnel, qui serait une menace sévère pour 12% de la population active, selon le cabinet d\u2019expertise des risques professionnels Technologia.D\u2019où l \u2019 idée de légiférer.Jusqu\u2019ici, « pas un seul pays n\u2019avait osé se lancer dans pareille aventure», souligne Patrick Thié- bart.Mais si ce nouveau «droit à la déconnexion» est une «première mondiale», selon le juriste, ces quelques lignes ajoutées au code du travail, afin d\u2019encadrer l\u2019usage des nouvelles technologies dans \u2014 et hors \u2014 les entreprises, reste un premier pas pragmatique et limité.«Hyperconnexion» D\u2019après un sondage TNS-So- fres présenté par l\u2019Agence nationale pour l\u2019amélioration des conditions de travail (ANACT) en 2014, un quart des salariés déclarent qu\u2019il est dif ficile, voire très difficile, de concilier vie professionnelle et vie privée.Ils sont 45 % à travailler par fois ou souvent sur leur temps personnel.Cette proportion grimpe à 63 % pour les cadres et les chefs d\u2019équipes.Mais à qui la faute ?« Les salariés qui se prétendent submergés par des tsunamis de cour- riels ne sont-ils pas d\u2019abord les salariés qui le veulent bien ?» interroge le cabinet Jeantet.Ces mêmes salariés qu\u2019il conviendrait de responsabiliser par un « devoir de déconnexion », tel que le proposait Bruno Mettling, l\u2019ex-directeur des ressources humaines du groupe Orange, dans son rapport rendu au gouvernement en septembre 2015.Prudence, répond le cabinet d\u2019avocats, qui note que les choses ne sont pas si simples, notamment quand « le choix de répondre ou non aux courriels du soir n\u2019en est pas un ».Peur du licenciement et du chômage, pression des primes ou de l\u2019augmentation salariale, sentiment d\u2019obligation professionnelle : plusieurs facteurs peuvent influer sur le comportement des salariés.Jean-Claude Delgenes, fondateur et directeur de Technologia est, lui, plus tranché.Cer tes, recon- naît-il, il existe en France «une culture très présente du surin- vestissement, l\u2019évaluation des uns et des autres étant basée sur leur capacité sacrificielle ».Mais pour lui, ce « surengage- ment est d\u2019abord lié à une mauvaise régulation de la charge de travail, la logique de cour t terme et la concurrence faisant que les employeurs en demandent toujours plus ».La problématique ne se limite donc pas à la seule question de la connectivité.Bien que moins concernés par les nouvelles technologies de communication, certains secteurs touchés de plein fouet par la «quantification des résultats et le travail par objectifs », comme le milieu hospitalier, n\u2019échappent donc pas, eux aussi, au phénomène.Changements La loi crée un droit pour les salariés, et un devoir pour les entreprises : celui de réguler l\u2019outil numérique pour assurer le respect des temps de repos et de congés.Pour ce faire, la négociation de terrain est privilégiée.Les entreprises de plus de 50 salariés devront donc négocier, chaque année, les «modalités du plein exercice par le salarié de son droit à la déconnexion», mais aussi «la mise en place par l\u2019entreprise de dispositifs de régulation de l\u2019utilisation des outils numériques».Cette négociation donnera lieu à un accord pouvant être valable plusieurs années, ou à défaut à une charte élaborée par le seul employeur.Autre nouveauté : la loi propose également de sécuriser le forfait jours des salariés (qui décompte leur temps de travail en nombre de jours sur l\u2019année, et non en heures).Pour cela, elle invite les employeurs à mesurer leur charge de travail et rappelle que le droit à la déconnexion s\u2019applique aussi à ces salariés.Mais de manière générale, le législateur ne donne guère plus de précisions sur les moyens à mettre en œuvre pour garantir l\u2019effectivité de ce droit.De quoi interroger certains quant à la por tée de ce nouvel ar ticle.D\u2019autant que ce dernier ne prévoit aucune sanction en cas de non-respect.Et qu\u2019ainsi rédigé, il reste très proche du droit existant, les employeurs ayant déjà une obligation de moyens s\u2019agissant de la protection de la santé et de la sécurité des salariés.D\u2019où la petite pique de Dé- borah David, du cabinet Jean- tet : «Avait-on besoin de rappeler qu\u2019un droit au repos existe en disant que les salariés n\u2019ont pas à travailler en dehors de leur temps de travail ?C\u2019est un peu une lapalissade.» Reste que ce droit, reconnaît le cabinet d\u2019avocats, est loin d\u2019être toujours respecté.Inscrit dans le code du travail, le principe de la «déconnexion» aura donc plus de force, espère Delgenes : «La loi va donner un cadre et clarifier les choses.» Mais pour la CGT cadres (Confédération générale du travail), « le contenu de ce droit aurait dû être défini plus clairement dans la loi ».Pour le syndicat, le texte aurait, par exemple, pu imposer aux entreprises de définir des « périodes de trêve de courriels, au moins équivalentes à la durée minimale de repos journalier et hebdomadaire », ou encore « des systèmes de repor t de la charge de travail durant les périodes de repos et de congé des salariés ».La CFDT, elle, évoque une « victoire », bien qu\u2019elle soit plus réservée sur la possibilité de se contenter d\u2019une charte et sur l\u2019absence de sanction.Couper les serveurs informatiques, interdire les communications le soir, imposer des journées sans courriel : en France, mais aussi en Allemagne, quelques grandes entreprises se sont déjà saisies du sujet et ont mis en place des initiatives plus ou moins contraignantes pour les directeurs et les salariés.Autant de « bonnes pratiques » qui pourront inspirer les employeurs et organisations syndicales.Autre béquille sur laquelle les acteurs pourront se baser : la loi travail prévoyait qu\u2019un rapport «sur l\u2019adaptation juridique des notions de lieu, de charge et de temps de travail liée à l\u2019utilisation des outils numériques » soit remis par le gouvernement au Parlement, au plus tard le 1er décembre 2016.En amont, une concertation entre partenaires sociaux sur le développement du télétravail et du travail à distance devait aussi être engagée avant le 1er octobre, afin, entre autres, de réfléchir à la prise en compte des pratiques liées aux outils numériques.Avec, à la clé, un guide des bonnes pratiques à destination des entreprises.Problème, la concertation n\u2019a débuté que le 20 décembre\u2026 Au ministère du Travail, on explique que la priorité a été portée sur la publication des différents décrets relatifs à la loi travail, d\u2019où un certain retard sur les autres chantiers.Tout en insistant sur l\u2019enjeu du dossier de la « déconnexion », qui, s\u2019il n\u2019est pas traité au cours du premier semestre, «risque ensuite de ne pas être la priorité du début du prochain quinquennat».Libération L E D E V O I R , L E M A R D I 3 J A N V I E R 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 2 L e trafic aérien de passagers a poursuivi sa progression en 2016, à un rythme toutefois moins soutenu, grâce au dynamisme des compagnies à bas coûts, a indiqué lundi l\u2019Organisation de l\u2019aviation civile internationale (OACI).Pour l\u2019ensemble de l\u2019année 2016, 3,7 milliards de passagers ont été transportés par les compagnies aériennes à travers le monde, une hausse de 6 % sur l\u2019année précédente dont le volume avait augmenté de 7%, selon les données de l\u2019agence des Nations unies spécialisée dans le transport aérien.La croissance a été plus marquée en Asie (+8 %), au Moyen-Orient (+11,2 %), en Amérique latine (+6,5 %) ou en Afrique (+5,7 %), tandis que le rythme a été plus lent en Europe (+4,3 %) ou en Amérique du Nord (+3,5 %), qui représente néanmoins 13 % du total du trafic mondial en volume.« Plus de la moitié des touristes dans le monde qui voyagent à l\u2019international chaque année ont été transportés par voie aérienne», a noté l\u2019OACI.Les transporteurs à rabais ont assuré 28% du trafic aérien de passagers en franchissant pour la première fois la barre du milliard de personnes transportées dans leurs avions.En Europe, les compagnies à bas coûts ont transporté près du tiers des passagers, soit une proportion un peu plus importante qu\u2019en Asie (31 %) ou en Amérique du Nord (25%).Pour le trafic intérieur, les États-Unis représentent 43 % du total des passagers trans- por tés avec une hausse de 4,3 % en un an.Pour le continent asiatique, le trafic de passagers intérieur a augmenté de 10 % sous l\u2019impact de la croissance en Inde et en Chine.Agence France-Presse Le trafic aérien a augmenté en 2016 P aris \u2014 Le bitcoin, monnaie virtuelle servant pour les transactions en ligne, s\u2019échangeait à plus de 1020 dollars lundi vers 17 h, temps universel, après avoir franchi la barre des 1000 dollars US dimanche, une première depuis trois ans.La monnaie numérique avait déjà culminé à plus de 1000 dollars à l\u2019automne 2013.La poussée du bitcoin, qui ne valait que quelques centimes lors de son lancement en 2009, s\u2019inscrit dans un contexte économique incertain, avec notamment la chute de la monnaie chinoise.Contrairement aux devises physiques telles que l\u2019euro ou le dollar, le bitcoin n\u2019est régi par aucune banque centrale ni aucun gouvernement, mais par une vaste communauté d\u2019internautes, et ne peut donc être soumis à la tentation de la « planche à billets », arguent ses partisans.Mais les critiques soulignent son extrême volatilité, dénonçant la création d\u2019une bulle spéculative.Le bitcoin s\u2019est par ailleurs bâti une réputation sulfureuse en raison de son manque de transparence, après la faillite en 2014 de la plateforme d\u2019échanges MtGox, et de son utilisation dans des af faires criminelles.Instrument selon ses détracteurs de tous les trafics illégaux du fait de l\u2019anonymat des paiements, le bitcoin est également, dans sa forme actuelle, vulnérable au vol ou à toute autre opération frauduleuse.Agence France-Presse Le bitcoin s\u2019échange à plus de 1000 $ Depuis le 1er janvier, un nouveau droit fait son apparition en France : la déconnexion.Une première mondiale, mais qui reste à négocier dans les entreprises.TRAVAIL La France se dote d\u2019un droit à la déconnexion ISTOCK La loi force les entreprises à réguler les outils numériques pour assurer le respect des temps de repos et de congés de leurs employés.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Encore plus de neige et de verglas à venir Neige et verglas sont encore au menu pour le Québec, mardi et mercredi.Si Montréal sera relativement épargné, avec 5 centimètres de neige et un peu de pluie verglaçante, Québec et l\u2019est de la province seront plus touchés.Ainsi, entre 10 et 15 centimètres de neige devraient s\u2019abattre sur ces régions mardi.La pluie ver- glaçante sera surtout concentrée en Outaouais et dans les Basses-Laurentides.Avec les nouvelles technologies et le développement de toutes ces facilités de connexion, partout et à toute heure, de nouveaux maux ont envahi le monde du travail L E D E V O I R , L E M A R D I 3 J A N V I E R 2 0 1 7 ACTUALITES A 3 C O L L I N B I N K L E Y P lusieurs étudiants universitaires découragés par l\u2019élection de Donald Trump se sentent appelés par le Canada.Du Québec à la Colombie-Britannique, des universités canadiennes disent constater un plus grand trafic sur leurs sites Internet de la part d\u2019internautes américains depuis le 8 novembre.Plusieurs ont également dit recevoir davantage de candidatures en provenance des États-Unis.Si de nombreux établissements canadiens ont accru leurs ef for ts de recrutement aux États-Unis, plusieurs font valoir que la victoire de Donald Trump a propulsé l\u2019intérêt des étudiants pour les universités canadiennes d\u2019une façon qui surpasse leurs attentes.Lara Godoff, une jeune femme de 17 ans originaire de Napa, en Californie, raconte avoir exclu toute possibilité de rester aux États-Unis au lendemain de la présidentielle.Cette démocrate craint notamment que les lois fédérales relatives aux agressions sexuelles soient assouplies par l\u2019administration de Donald Trump et que les campus universitaires deviennent ainsi moins sûrs pour les femmes.« Si nous vivons dans un pays où tant de personnes ont pu élire Donald Trump, ce n\u2019est pas un pays dans lequel je veux vivre», a-t-elle dit.Les demandes d\u2019admission en provenance des États-Unis reçues par l\u2019Université de Toronto ont augmenté de 70% depuis l\u2019an dernier.Plusieurs autres établissements canadiens ont quant à eux observé une hausse de 20% à ce chapitre.L\u2019Université McMaster, à Hamilton, en Ontario, a pour sa part enregistré une hausse de 34%.«Nous ne pouvons ignorer les résultats de l\u2019élection, mais je pense qu\u2019il y a d\u2019autres facteurs qui attirent les étudiants à notre université», a de son côté relevé une responsable du recrutement au sein des programmes de premier cycle de l\u2019Université McGill, à Montréal, Jennifer Peterman.Au sud de la frontière, certains responsables d\u2019établissements universitaires estiment que les étudiants étrangers évitent d\u2019aller aux États- Unis puisqu\u2019ils craignent d\u2019être expulsés ou que leur sécurité soit menacée.Ils opteraient ainsi pour le Canada ou l\u2019Australie, a-t-on indiqué.La Presse canadienne UNIVERSITÉS CANADIENNES Hausse des inscriptions américaines J O H N C O T T E R à Edmonton P arcs Canada s\u2019apprête à accueillir beaucoup plus de visiteurs en cette année du 150e anniversaire de la fédération, alors que l\u2019entrée sera gratuite dans les parcs nationaux, les aires marines nationales de conservation et les lieux historiques nationaux.Les agents de conservation de l\u2019environnement soutiennent qu\u2019il est important de se plonger dans la nature sauvage, mais certains s\u2019inquiètent des ef fets de cette « invasion soudaine » de visiteurs sur l\u2019intégrité écologique des emplacements les plus populaires.Ben Gadd, un guide de nature à la retraite, craint que les parcs en montagne soient envahis par les véhicules l\u2019été prochain, ce qui rendra la vie des animaux difficile.M.Gadd s\u2019inquiète aussi de la gestion des déchets et de la proximité soudaine d\u2019une multitude avec la vie sauvage.Il espère seulement que le personnel sera suffisant pour maintenir le bon ordre et enseigner les bonnes manières aux visiteurs \u2014 surtout les novices.Une carte d\u2019accès gratuite Parcs Canada indique qu\u2019en deux semaines seulement plus de 900 000 personnes ont commandé leur « Carte d\u2019entrée Découverte » afin d\u2019accéder gratuitement aux sites.Le 1er décembre, première journée d\u2019inscription, le système informatique du ministère a même ralenti sous la demande.La carte « Découverte » est valide pour tous les occupants d\u2019un véhicule ; elle couvre aussi les droits d\u2019éclusage sur les canaux et voies navigables historiques de Parcs Canada.Les activités telles que le camping, les visites guidées et le stationnement, qui occasionnent normalement des frais séparés du prix d\u2019entrée au site, ne sont pas couvertes par la carte.Éric Hébert-Daly, directeur général au bureau national de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), estime que l\u2019initiative de Parcs Canada est louable en soi, mais qu\u2019elle comporte certains risques.Des parcs comme ceux de Banff, de Jasper et de la Péninsule-Bruce sont déjà très fréquentés et un achalandage accru pourrait leur retirer de la grandeur, craint-il.La Presse canadienne PARCS CANADA La gratuité engendrera une grande affluence ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La co-porte-parole de Québec solidaire en mai dernier, à Montréal, alors que le parti se réunissait pour son congrès annuel.P H I L I P P E O R F A L I L\u2019 année qui s\u2019amorce pourrait bien être celle de la transition obligée chez Québec solidaire, l\u2019une des deux figures de proue de la formation de gauche confirmant qu\u2019elle fera le point sur ses intentions « très tôt » en 2017.Françoise David laisse en effet entendre que sa retraite politique n\u2019est peut-être pas loin\u2026 mais demande aux journalistes de faire preuve de patience.La députée et porte-parole de Québec solidaire se dit fière de ses accomplissements, mais, « à bientôt 69 ans, il faut réfléchir à son avenir », a-t-elle ajouté au cours d\u2019une entrevue à La Presse canadienne diffusée lundi, au lendemain du jour de l\u2019An.Toutefois, le texte «reprend une entrevue accordée il y a deux semaines, où Mme David a répété ce qu\u2019elle dit depuis un bon moment déjà: elle annoncera sa décision prochainement», a tenu à nuancer un porte-parole de la formation.La députée a décliné les demandes d\u2019entrevue de nombreux médias, lundi, dont celle du Devoir.Sur Twitter, l\u2019élue de gauche a précisé qu\u2019elle «clarifier[a] [s]es intentions pour 2018 sous peu».Avant les dernières élections, son collègue et tout premier député de Québec solidaire, Amir Khadir, avait lui aussi dû s\u2019expliquer publiquement quant à son éventuel départ de la politique active.La députée assure qu\u2019elle demeurera membre de Québec solidaire quoi qu\u2019il arrive.Elle en profite pour louanger la relève au sein du parti, notamment le travail de sa collègue députée Manon Massé, troisième élue de la formation, elle aussi dans la métropole.Mme David estime qu\u2019il y a «d\u2019autres façons d\u2019aider les gens», même si elle dit aimer son métier.« Je ne laisserai jamais tomber les gens mal pris jusqu\u2019à ma mort, c\u2019est l\u2019histoire de ma vie.[\u2026] Je ne me tairai jamais», conclut l\u2019ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, qui a fondé en 2004 Option citoyenne, qui a ensuite fusionné avec l\u2019Union des forces progressistes pour former Québec solidaire en 2006.Pas un secret Cela fait plusieurs mois déjà que Mme David évoque publiquement son départ de la scène politique, ce qui est somme toute assez rare en politique canadienne.«Cela s\u2019inscrit dans la personnalité de Mme David et dans la façon dont les gens la perçoivent.C\u2019est fidèle à l\u2019image que les gens se sont faite d\u2019elle après ses participations aux débats des chefs.Elle est authentique, dit ce qu\u2019elle pense», souligne le politologue Thierry Giasson de l\u2019Université Laval, expert de l\u2019image des politiciens.La transparence dont fait preuve la coporte-pa- role a l\u2019avantage de donner à ceux qui souhaiteraient lui succéder amplement de temps afin de se préparer, ajoute pour sa part Stéphanie Choui- nard, professeure adjointe de science politique au Collège militaire royal du Canada (CMRC).Le par ti peut-il sur vivre à la per te de Mme David, voire à celle de ses deux premiers co-porte-parole ?«Le départ des deux piliers que sont Françoise David et Amir Khadir serait difficile pour QS et son identité, ce qui s\u2019ajouterait à d\u2019autres défis, comme celui de se défaire de cette image de parti montréalo-centriste, mais ce n\u2019est pas impossible à surmonter», ajoute Mme Chouinard.Simultanément, ces deux départs permettraient d\u2019insuf fler une nouvelle énergie au parti, les circonscriptions de Gouin et de Mercier pouvant être considérées comme des «châteaux for ts » où d\u2019autres figures for tes de la gauche pourraient vouloir tenter leur chance.« Il y a là une très belle occasion pour Québec solidaire de faire intervenir, d\u2019amener une nouvelle génération de militants à l\u2019avant-plan », souligne M.Giasson, évoquant notamment la candidature potentielle de Gabriel Nadeau-Dubois.« Il y a énormément de jeunes qui militent à Québec solidaire, le parti a fait le plein d\u2019appuis pendant la crise étudiante.Actuellement, cela ne se reflète pas [au sein de la députation] et les élections de 2018 pourraient être l\u2019occasion de changer cela», observe-t-il.Avec La Presse canadienne Le Devoir QUÉBEC SOLIDAIRE La nouvelle année sera celle de la transition Françoise David fera connaître ses intentions concernant son avenir sous peu J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U L a légende courait librement depuis des années.L\u2019historien Georges Aubin vient de l\u2019arrêter : non, le bouillant Louis-Joseph Papineau, chef des patriotes de 1837- 1838, n\u2019était pas un franc-maçon.Spécialiste des archives des Papineau, auxquels il a consacré de nombreux travaux au cours des trente dernières années, l\u2019historien et chercheur estime avec une pointe d\u2019humour qu\u2019« un grand nombre de Québécois sont devenus francs-maçons après leur mort », mais sans preuve aucune.C\u2019est bien ce qui est arrivé, juge- t-il, au chef patriote, devenu ainsi utile à ceux qui tenaient à le tirer de ce côté.C\u2019est ce que montre Aubin dans le numéro courant de la revue de la Société historique de Montréal.Dans les 1800 lettres privées de Papineau recensées, on ne trouve la mention de franc-maçon qu\u2019une seule fois, commence par observer Aubin.Et encore cette mention estelle tout à fait anodine, puisqu\u2019elle concerne la description d\u2019un député conservateur d\u2019Ottawa.L\u2019historien Aubin reproche surtout à Léon Z.Patenaude (1926- 1989) d\u2019avoir répandu cette légende.Franc-maçon lui-même, collectionneur, polémiste, homme d\u2019af faire et de culture proche de Jean Drapeau, Léon Z.Patenaude avait notamment utilisé à cette fin les pages du Devoir.En 1988, Pa- tenaude avait en effet publié dans les pages du journal fondé par Henri Bourassa, le petit-fils de Papineau, un long texte où il assimilait le patriote à houppette à la franc-maçonnerie.«Le texte de Patenaude est un bel embrouillamini cousu de fil blanc», résume Aubin en démontant une à une ses propositions.La loge maçonnique à laquelle Papineau aurait appartenu, selon Pate- naude, est inventée de toutes pièces, montre Aubin, tout en relevant par ailleurs des erreurs factuelles.Aucune trace en France « Certains ont dit que Papineau était af filié au Grand Orient de France et qu\u2019il avait été initié pendant son séjour parisien», explique Aubin.Habitué des voyages de recherche dès lors qu\u2019il est question de vérifier un point d\u2019histoire, Georges Aubin s\u2019est rendu sans hésiter à Paris pour en avoir le cœur net.Il a fouillé les archives du Grand Orient de France.Or les seules traces de Papineau qu\u2019il y a relevées sont récentes.Elles proviennent du Québec, par l\u2019ef fet d\u2019agitation qu\u2019a connu ce mythe au cours des dernières années.Alors qu\u2019il se replonge dans ses travaux toujours nombreux, Georges Aubin se fait catégorique et sans appel.Il ne demande désormais qu\u2019une chose, dit-il : « Qu\u2019on me laisse tranquille désormais avec la franc-maçonnerie de Papineau.» En un mot, après avoir fait le tour de la question, il déclare que «rien ne le prouve».Dossier fermé.Pour lui, l\u2019affaire est à classer au rayon des mythes et des affabulations qui ont servi davantage quelques intéressés que la connaissance de l\u2019histoire.Le Devoir Louis-Joseph Papineau n\u2019était pas franc-maçon BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES DU CANADA Portrait du leader des Patriotes, Louis-Joseph Papineau, datant de 1872 Qu\u2019on me laisse tranquille désormais avec la franc-maçonnerie de Papineau Georges Aubin, historien et spécialiste des archives des Papineau « » D O M I N I Q U E R E N Y E lle avait toujours détesté la campagne.Elle englobait dans sa haine les paysages immenses et indolents comme les fermes laborieuses.Toutes ses énergies de jeune femme avaient été consacrées à s\u2019éloigner des espaces trop vastes, des silences trompeurs de la nature, des champs boueux à labourer, des animaux à soigner, du parfum de la terre.Et Francine y était arrivée.Entre la maison d\u2019Outre- mont et le bureau d\u2019ingénieurs où elle avait été secrétaire, où elle avait rencontré son mari Robert, où ils travaillaient toujours, les arbres se comptaient sur les doigts des deux mains.Dehors, ses talons claquaient sur le ciment du trottoir, elle était entourée d\u2019inconnus familiers, la nuit n\u2019était jamais vraiment noire.Petit à petit, la fumée de ses cigarettes avait ef facé jusqu\u2019au souvenir des odeurs de son enfance.Mais aujourd\u2019hui, elle était là, cernée par la forêt.Assise sur un arbre abattu, de la neige jusqu\u2019à mi-cuisses, glacée malgré ses vêtements chauds, un chien souf flant à ses pieds.Prise au piège.Que son mari ait passé son bras autour de ses épaules n\u2019y changerait rien, elle refusait de se détendre.Elle ne sourirait pas à la caméra, malgré les exhortations de son beau-frère qui s\u2019improvisait photographe.Un coin dans les bois Rober t avait acquis le terrain des Laurentides il y a des années déjà.Plus de 60 000 pieds carrés de superficie boisée pour une bouchée de pain, une aubaine, avait-il dit, qui ne pouvait que prendre de la valeur avec le temps.Il avait aussi vaguement parlé d\u2019y construire un chalet, mais elle avait fait la sourde oreille et le projet était resté lettre morte.À ses yeux, du moins.Au printemps dernier, Robert et son frère s\u2019étaient dé- couver t un intérêt pour la pêche et le coin de bois, traversé par quelques jolis cours d\u2019eau, leur était revenu à l\u2019esprit.Ils avaient arpenté la terre et repéré une clairière, orientée plein sud et abritée des vents, où ils avaient planifié d\u2019ériger une maisonnette.Sur l\u2019insistance de Rober t, ils avaient prévu deux chambres fermées en plus de la grande salle.Ils avaient aussi pris soin d\u2019ajouter une large galerie munie de moustiquaires : Francine pourrait y paresser à son aise sans craindre les piqûres.L\u2019été avait été consacré aux travaux manuels.Chaque dimanche, Robert rentrait fourbu à Outremont, le dos cassé, le front brûlé par le grand air.Il racontait avec enthousiasme l\u2019avancée du projet, savourant déjà leur retraite isolée, lui pê- chant, elle lisant au soleil.À la fin de l\u2019automne, il avait parlé à quelques reprises de l\u2019emmener visiter le chalet.Francine lui répondait que leurs amis Jacques et Lucie les attendaient pour un dîner.Qu\u2019elle devrait se procurer une nouvelle robe, des souliers, visiter sa coif feuse.Que la peinture du salon était défraîchie.Qu\u2019il ne fallait pas manquer la première de la pièce mise en scène par leur voisin.Il avait compris qu\u2019elle lui demandait de lui ménager une surprise, avait cessé ses invitations et tout planifié avec son frère.Une retraite surprise Un matin éblouissant de janvier, Rober t avait glissé quelques habits chauds dans la voiture \u2014 pantalons de neige, manteau de sport, chapeau de fourrure, gants, bottes \u2014 avant que Francine ne s\u2019installe pour qu\u2019il la conduise chez sa mère.Et, plutôt que de s\u2019engager sur la route menant à la maison de retraite où vivotait sa belle- mère, il avait résolument mis le cap vers les Laurentides.Elle avait d\u2019abord tenté de sourire.Mais alors que les champs glacés se succédaient sous ses yeux, puis les sapins enneigés, puis la masse ininterrompue de la forêt, elle avait senti ses mâchoires se crisper et le rouge lui monter aux joues.Quand la voiture s\u2019était immobilisée au bout d\u2019un chemin désert et qu\u2019elle avait découvert deux paires de raquettes fichées dans la congère, qu\u2019il avait fallu se changer, suivre Robert sur un sentier escarpé, elle avait cependant été trop stupéfaite pour protester.Les aboiements du chien de son beau-frère l\u2019avaient avertie qu\u2019ils étaient arrivés.À bout de souffle, en nage, elle s\u2019était immobilisée au centre de la petite clairière et avait observé le chalet dont son mari ouvrait la porte, la fumée montant de la cheminée, les bûches alignées le long du mur extérieur, les cruches servant à puiser l\u2019eau au ruisseau voisin.Elle avait noté l\u2019absence d\u2019électricité.Et refusé net, d\u2019une voix sourde, de mettre les pieds dans la cabane.Son beau-frère avait cru pouvoir l\u2019amadouer en noyant sa colère sous les pitreries, déblayant pour elle un siège à toute vitesse, lui retirant ses raquettes, un genou dans la neige, of frant du café, multipliant les photographies.Robert aussi avait tenté de la raisonner.Devant son maintien figé et son regard fixe, il s\u2019était toutefois rendu : elle ne participerait pas à son rêve.Ils n\u2019avaient prononcé aucun mot lors du retour vers Montréal.Elle ne retournera jamais dans la forêt des Laurentides.Dans quelques années, lassé de la pêche, Robert demandera à son frère de liquider la terre.La somme récoltée permettra de payer une copropriété en Floride.Le Devoir M A R I E - M I C H È L E S I O U I T u ne pensais jamais qu\u2019un poêle à bois allait finir par représenter le départ de C.C., c\u2019est le nom que tu avais donné à ton cancer.Tu l\u2019avais choisi pour éviter de nommer la maladie.Le nom était impersonnel.Désincarné comme ces cellules confuses, désordonnées dont tu avais hâte de te débarrasser.Nos deux grandes étaient parties à Montréal.Tu étais toi aussi à la retraite et la réalisation de notre beau rêve, de la rénovation de cette maison de campagne dans les Cantons-de- l\u2019Est, se conjuguait souvent avec des visites à la quincaillerie.Tu discutais du taux d\u2019émission de particules fines, de la norme EPA.De rien d\u2019aussi abasourdissant que les mots «biopsie» ou «cellules borderline»\u2026 Tu m\u2019as accompagné merveilleusement pour faire grandir nos deux filles.Tu m\u2019avais charmé avec tes yeux bruns, tes pommettes, ton petit nez retroussé.Tu m\u2019as ébloui quand je t\u2019ai vue dans le rôle de maman.Même dans la course des lunchs, des matchs de basket ou des réunions de parents, tu m\u2019as toujours impressionné par ta candeur.Tu m\u2019as suivi dans mon plan fou.Tu m\u2019as dit que j\u2019étais un «beau vieux motivé» ! Tu as accepté que je travaille doucement sur la maison, même si tu me trouvais bougonneux, le soir, quand mon dos douloureux me rappelait ma carrière dans la construction.?C\u2019est arrivé très délicatement, une douleur au ventre, comme un oxymore par rapport à la brutalité de la maladie.Le médecin t\u2019a regardée, t\u2019a dit qu\u2019il « n\u2019avait pas une bonne nouvelle ».Au mot cancer, tes oreilles se sont mises à bourdonner.Tu n\u2019as rien entendu, tout oublié.Après le choc, tu t\u2019es montrée soulagée que j\u2019aie pris des notes.« Hystérectomie.Extra- fasciale = totale.Salpingo-ova- riectomie ?Ovariectomie.Veut dire bilatérale : les deux ovaires et les trompes de Fallope.» Tu m\u2019as écouté.Après la chirurgie, tu allais avoir six traitements de chimiothérapie.Les subir, plutôt, et par intraveineuse.Tu as dit qu\u2019il fallait en parler aux filles.Tu leur as assuré que tout allait bien aller.Tu n\u2019arrivais pas à prononcer le mot en C.Tu as ri, les yeux pleins d\u2019eau, quand notre grande t\u2019a proposé de renommer la maladie.Ça n\u2019allait pas être Charlotte, ni Clémence ou Charles, des prénoms que tu trouvais trop beaux.C., ça irait très bien! Tu avais souri, raconté aux filles comment on avait choisi leurs prénoms.Tu m\u2019avais taquiné, m\u2019avais rappelé cette manie que j\u2019avais de rejeter tes propositions, de les associer à des noms de médicaments ou à des personnages de téléromans.?Tu es passée d\u2019un traitement de chimio à l\u2019autre, tu as compris la routine : l\u2019aiguille dans le bras, les pieds relevés dans le La-Z-Boy.Les filles t\u2019ont souvent accompagnée.Après ta deuxième fois, ton coiffeur t\u2019a coupé les cheveux.Tu t\u2019es fait faire une perruque qui s\u2019est finalement révélée ridicule.Tu lui as préféré ton bandeau.Tu as accepté le chaos ambiant, celui dans lequel j\u2019avais laissé notre maison.Notre projet avait été interrompu par C., désagréable interlude imposé.Tu t\u2019es acheté une brosse à dents à poils souples pour ta bouche endolorie par la chimiothérapie.Tu as évité le lait cru ou les sushis pour te protéger des infections.Tu as géré les ef fets de la ménopause accélérée.Ton dernier traitement a eu lieu à l\u2019automne.Ton dernier goût de métal dans la bouche.Tes dernières douleurs dans les veines du bras, où passait la chimiothérapie.Les filles t\u2019ont acheté une pile de romans.Du salon, tu as observé ton chum qui reprenait goût à bidouiller.?Quand la première neige est tombée, tes cheveux avaient recommencé à pousser.Ils avaient toujours été droits, mais ils revenaient forts et frisés.Notre poêle était resté là, dans la cour, à attendre d\u2019être installé.C\u2019était les Fêtes, et on avait recommencé à parler de conduits de fumée, de boucliers thermiques, de taux d\u2019émission de particules fines\u2026 Tu m\u2019as suggéré d\u2019allumer le feu juste là, dehors.Tu t\u2019es occupée du vin et du panier dans lequel tu as placé \u2014 évidemment! \u2014 du fromage de lait cru.Et moi j\u2019ai remarqué tes yeux, tes pommettes, ton nez retroussé et tes nouveaux cheveux.Ils étaient redevenus assez longs pour que je les voie dépasser de ta tuque.Le Devoir Le départ de C.L E D E V O I R , L E M A R D I 3 J A N V I E R 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 4 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 Cadeau de fin d\u2019année des journalistes du Devoir, la série Instantanés propose des textes de fiction inspirés par des photos d\u2019archives du temps des Fêtes envoyées par des lecteurs à la rédaction.Aujourd\u2019hui, un texte de Dominique Reny et un cliché de Denis Binet, et un texte signé par Marie-Michèle Sioui, accompagnant une photo de Guy Leroux.Une retraite rêvée INSTANTANÉS DENIS BINET GUY LEROUX Nos deux grandes étaient parties à Montréal.Tu étais toi aussi à la retraite et la réalisation de notre beau rêve, de la rénovation de cette maison de campagne dans les Cantons- de-l\u2019Est, se conjuguait souvent avec des visites à la quincaillerie.« » L E D E V O I R , L E M A R D I 3 J A N V I E R 2 0 1 7 SOCIETE A 5 ISTOCK «Assise sur une chaise standard, une femme de taille moyenne ne peut pas poser ses pieds au sol.Or c\u2019est un principe de base pour le confort et la bonne circulation du sang.Dans ce cas, la parade est de porter des talons hauts, ce qui pose d\u2019autres problèmes de santé», rappelle Vera Bustamante, ergonome à Lausanne.La plupart des meubles sont dimensionnés selon un étalon moyen qui est masculin.Part négligée de l\u2019ergonomie, la taille des femmes est prise en compte\u2026 dans la cuisine.C A R O L I N E S T E V A N B ienheureuse Boucle d\u2019or.Volupté de trouver la chaise, puis le lit, parfaitement adaptés à sa taille.Volupté que ne connaîtront jamais des milliards d\u2019êtres humains, laissés de côté par la standardisation du mobilier.La hauteur des sièges, des tables ou encore des lavabos est globalement toujours la même, pour une zone géographique donnée en tout cas.Mais comment estelle déterminée ?Historiquement, plusieurs designers ont posé des jalons, à commencer par Le Corbu- sier.En 1945, il conceptualise le Modulor, silhouette universalisée permettant de concevoir la structure et la dimension du mobilier tant que des unités d\u2019habitation.S\u2019appuyant sur une taille de 1,83 m et le nombre d\u2019or, le Chaux-de-Fon- nier établit que la hauteur idéale d\u2019une chaise doit être de 43 centimètres \u2014 la fourchette aujourd\u2019hui oscille de 42 à 46 centimètres \u2014 et celle d\u2019une table, de 70.Ce qui laisse de côté une part importante de la population ; les femmes notamment.L\u2019homme au bistrot, la femme au lavabo Et lorsque les théoriciens en tiennent compte, ce sont dans des situations qui hérissent aujourd\u2019hui.Ainsi, en 1936, l\u2019architecte allemand Ernst Neufer t publie Les éléments des projets de construction, dans lequel il établit toute une série de mesures, plaçant l\u2019homme assis à un bureau ou à une table de bistrot tandis que la femme \u2014 en tablier \u2014 est debout devant le lavabo ou le fil à linge.Henry Dreyfuss, lui, écrit Designing for people en 1955, mettant en scène Jo, Josephine et des enfants.« Contrairement au Corbu- sier, qui cherchait l \u2019homme moyen, Dreyfuss a essayé de ne pas laisser d\u2019individus sur le bord de la route.Il imagine par exemple des objets ambidextres, pour droitiers et gauchers, comme le fer à repasser.Il tient compte des dif férences hommes et femmes, mais d\u2019un point de vue de métiers et d\u2019activités sur tout » , souligne Alexandra Midal, historienne du design et professeur à la Haute d\u2019école d\u2019art et de design (HEAD) de Genève.« Il réfléchit ainsi à la hauteur idéale d\u2019une chaise pour une secrétaire ou à la taille d\u2019un aspirateur tenu par une femme \u2014 c\u2019est lui qui a dessiné le Hoover.» Problème : cette ségrégation sexiste perdure aujourd\u2019hui.« Après discussion avec les clients, j\u2019adapte généralement la hauteur du plan de travail et du lavabo à celle de la dame, parce que c\u2019est elle qui passera plus de temps en cuisine, admet Victor Dos Santos, vendeur- concepteur en cuisine chez Furst, à Versoix.Le standard est d\u2019environ 90 centimètres, mais on peut jouer avec la hauteur des pieds.» La normalisation de l\u2019électroménager, en outre, induit de facto celle du plan de travail.Taille globalisée Chez Ikea, on assure pourtant tenir compte de «données anthropométriques provenant de partout dans le monde, mélangeant les hommes et les femmes, auxquelles on retranche les 5% les plus hauts et les plus bas pour obtenir une taille optimale» ; la plupart des assises tournent autour de 45 centimètres de haut, ce qui correspond à un homme très grand selon les standards du Corbusier.Les variations de produits tiennent plus des goûts culturels ou de la résistance des matériaux au climat que de la taille moyenne d\u2019un Chinois par rappor t à celle d\u2019un Suédois, explique le géant du kit.Et cette globalisation est de mise bien au-delà de l\u2019entreprise jaune et bleu.Des chaises mythiques comme la Navy, designée durant la Seconde Guerre mondiale pour équiper les sous-marins américains, se trouvent désormais sur la terre entière, en version originale ou copiée.Idem de la fameuse Thonet, égérie des bistrots.« La vision moderniste basée sur un ratio universel est quand même discutable.On voit bien que la position d\u2019un homme indien pouvant tenir très longtemps accroupi sur ses talons est très inconfor table pour un Suisse, par exemple.Henry Dreyfuss, comme la plupart des designers industriels de l\u2019époque, était d\u2019ailleurs un eugéniste, rappelle Alexandra Midal.Les constantes sont liées à des choix économiques et politiques.Et les femmes sont les grandes oubliées de l\u2019ergonomie.» « Assise sur une chaise standard, une femme de taille moyenne ne peut pas poser ses pieds au sol.Or c\u2019est un principe de base pour le confort et la bonne circulation du sang, rappelle Vera Bustamante, ergonome à Lausanne.Dans ce cas, la parade est de porter des talons hauts, ce qui pose d\u2019autres problèmes de santé.» Michelle Rossier, directrice de Teo Jakob à Carouge, a constaté quelques adaptations, mais elles ne concernent pas spécifiquement les femmes : « Les assises et les plateaux des designers nordiques sont un peu plus hauts que ceux des Italiens, avec qui nous travaillons également beaucoup.Et la hauteur des meubles tend à augmenter avec la taille moyenne des populations.La 3107 de Eames existe désormais en dif férents calibres.» Au bureau et dans les écoles, où les individus restent assis des heures durant, des normes fixent très clairement les dimensions, inclinaisons, etc., à adopter.La norme ISO5970 concernant les «établissements d\u2019enseignement » établit par exemple que l\u2019assise d\u2019un siège doit être située à 38 cm du sol pour une personne de 1,50m et à 46 pour une personne de 1,80m.Elle a été approuvée en 1977 par l\u2019Afrique du Sud, le Mexique ou la Yougoslavie (sic).« Nous nous basons toujours sur les normes établies par ce genre d\u2019organismes dès lors que nous travaillons pour le domaine public.Les grandes entreprises font de même pour leurs employés, expliquent les designers de Big Game, à Lausanne.Mais récemment, nous avons travaillé pour un éditeur japonais.Là, nous nous sommes fondés sur les hauteurs de chaises des vieux bistrots environnants, ceux dans lesquels les gens restent longtemps parce qu\u2019ils se sentent bien.» Souplesse et adaptation L\u2019équation de Boucle d\u2019or paraît insoluble, car si l\u2019on fabriquait des chaises de toutes les tailles, la table se retrouverait inadaptée à une partie des convives.« Cette question est compliquée parce que l\u2019on sait bien que retrancher un centimètre à une table change radicalement le rapport.Il y a eu une période où l\u2019on mettait de l\u2019ergonomie partout.Les objets étaient surdessinés afin de correspondre à un maximum de personnes, mais c\u2019était finalement très inconfor table », estime Nicolas Le Moigne, designer et professeur à l\u2019École cantonale des ar ts de Lausanne (ECAL).« La dif férence est prise en charge par la souplesse du corps ou l\u2019ajout d\u2019un coussin ou d\u2019un escabeau.Cela confère une marge de manœu- vre qui correspond à 90 % des besoins de la population, renchérit Carlo Parmigiani, architecte d\u2019intérieur et professeur à la HEAD.De plus, l\u2019ergonomie est également une question de perception ; au-delà de la taille de votre fauteuil, la distance qui le sépare de votre voisin jouera aussi sur votre bien- être.» Pour l\u2019architecte gene- vois Christian Geissbuhler, le salut viendra peut-être des imprimantes 3D et, en attendant, « les petits devront toujours s\u2019adapter et les grands plier les jambes dans l\u2019avion».Le Temps Le design, une affaire d\u2019hommes ?Le design des objets colporte encore son lot de clichés et de préjugés misogynes GETTY IMAGES Dans les années 1930, l\u2019architecte allemand Ernst Neufert a établi toutes sortes de mesure pour les femmes et les hommes.Les femmes sont les grandes oubliées de l\u2019ergonomie Alexandra Midal, historienne du design et professeure à la HEAD « » L\u2019année 2017 sera-t-elle l\u2019année des transports collectifs ?Si le passé est garant de l\u2019avenir, il y a lieu d\u2019en douter.Et pourtant, les chantiers ne manquent pas afin de casser la dépendance à l\u2019automobile.epuis quelques semaines, Le Devoir publie une nouvelle série sur l\u2019équité et la mobilité dans la région de Montréal, sous la plume de Florence Sara G.Ferraris.Le constat n\u2019est guère reluisant.Les Montréalais ne sont pas tous égaux dans l\u2019accès aux transports collectifs.L\u2019enjeu ne fait guère les manchettes.Les commentateurs de tout acabit préfèrent pester contre les bouchons de circulation, la prolifération des cônes orange et l\u2019absence de stationnement (surtout sur le Plateau)! Les médias analysent rarement la plani?cation et l\u2019offre de transports collectifs sous l\u2019angle des inégalités socioéconomiques.Quand on s\u2019y arrête, le portait est désolant.Les Montréalais vivant dans les quartiers les plus défavorisés de l\u2019île dépendent davantage des transports collectifs en raison de leur précarité ?nancière.Et ce sont eux les moins bien servis.«Nous ne sommes pas tous égaux dans notre mobilité», résume Florence Paulhiac Scherrer, titulaire de la Chaire In.SITU à l\u2019École des sciences de la gestion de l\u2019UQAM.Les inégalités socioéconomiques sont très fortes à Montréal.Pour en venir à bout, les décideurs publics misent essentiellement sur l\u2019éducation, l\u2019accès au logement, la création d\u2019emplois, etc.Tous ces efforts sont louables, et ils méritent d\u2019être poursuivis.Il faudra cependant accorder une attention particulière à la démocratisation des services de transports collectifs.C\u2019est un préalable pour désenclaver des quartiers et améliorer la qualité de vie des ménages.Sans la mobilité, l\u2019accès à l\u2019éducation, à l\u2019emploi, aux établissements de santé et à une multitude de services publics ne veut tout simplement rien dire.Le réseau public montréalais fait pourtant l\u2019envie de bien des villes à travers le monde.Le métro, relativement ?able et totalement sécuritaire, se déploie dans les quartiers excentrés et pauvres de l\u2019île.Ce réseau converge vers le centre-ville, alors que de nombreux pôles d\u2019emploi excentrés et isolés ont émergé au ?l des ans.À titre indicatif, le parc industriel de Saint-Laurent est très mal desservi par le transport en commun, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un pôle fréquenté par des travailleurs.Alors que Québec songe à prolonger la ligne bleue vers l\u2019est, un rappel s\u2019impose.Les projets d\u2019expansion du réseau doivent être pensés en fonction des intérêts et des habitudes de vie des collectivités locales, et non en fonction de l\u2019appétit des promoteurs immobiliers.Au-delà de la question de l\u2019équité, la métropole accuse un retard ?agrant en matière de développement de transports collectifs.À preuve, en 2016, le plus vaste projet de développement du réseau a été amorcé par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), dont le réseau électrique métropolitain (REM) reliera le centre-ville, l\u2019ouest de l\u2019île, la Rive-Sud, la Rive-Nord et l\u2019aéroport Montréal-Trudeau (en?n!) Ce projet n\u2019a pas été imaginé en fonction de l\u2019équité, mais de la rentabilité.Il répond néanmoins à des besoins pressants pour désengorger le réseau routier.À Montréal, la croissance du parc automobile dépasse largement celle de la population.Quoi qu\u2019en disent les banlieusards, la solution au problème de la congestion ne passe pas par un accroissement des voies de circulation rapides, mais par un bouquet de projets et de politiques publiques visant à augmenter la part modale des transpor ts en commun et des transpor ts actifs.D\u2019ici 2020, Montréal vise à faire passer la part modale des transports collectifs à 37% (contre 32% en 2008) et celle des transports actifs à 18% (contre 15% en 2008).L\u2019administration Coderre n\u2019a pas fait la démonstration qu\u2019elle atteindra cet objectif.Le maire Denis Coderre n\u2019a jamais fait preuve d\u2019un grand leadership à ce sujet.À sa décharge, un seul homme ne pourra venir à bout de la popularité constante de l\u2019automobile en solo.Il s\u2019agit d\u2019un des grands paradoxes de notre époque.Alors que tout un chacun préconise le développement durable, les énergies vertes et la protection de l\u2019environnement, le parc automobile ne cesse d\u2019augmenter.Souhaitons- nous, pour 2017, des politiciens qui investiront moins dans l\u2019asphalte et le béton, et davantage dans les projets de mobilité durable.?Le Devoir pro?te par ailleurs de ce premier rendez-vous éditorial de 2017 pour souhaiter à ses ?dèles lecteurs et lectrices une année à la hauteur de leurs ambitions.Tout en les remerciant de leur soutien, nous leur promettons, dans la mesure de nos moyens, d\u2019animer le débat public et d\u2019enrichir leur vie intellectuelle encore cette année.Au nom de toute l\u2019équipe, nos meilleurs vœux de bonheur.L E D E V O I R , L E M A R D I 3 J A N V I E R 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Une marionnette russe, bientôt à la tête du plus puissant pays du monde Une question me vient à l\u2019esprit en ce 31 décembre 2016 de l\u2019année qui a vu Donald Trump devenir président des États-Unis avec près de trois millions de déficit dans le compte des votes, tandis qu\u2019il s\u2019éver tue à continuer de vouloir démontrer aux Américains et au monde entier que Vladimir Poutine est le plus intelligent de tous et que lui, Donald Trump, peut gouverner les États- Unis sans avoir besoin de s\u2019appuyer ni sur son intelligence politique, ni sur son intelligence scientifique, ni même sur son intelligence militaire, sans bien entendu mentionner son intelligence artistique.Au jeu d\u2019échecs, on ne peut ni gagner L I B R E O P I N I O N S Y L V I E M O R E L Économiste, Département des relations industrielles, Université Laval Le débat entourant les effets de la hausse du salaire minimum à 15 $ est généralement centré sur la quantité d\u2019emplois.Ce cadrage uniquement quantitatif masque les dynamiques qualitatives positives sur le travail et de l\u2019emploi liées à une hausse du salaire minimum.Il faut donc s\u2019intéresser à la qualité du travail et de l\u2019emploi, ou à la « sécurisation des trajectoires professionnelles et des parcours de vie », pour comprendre comment les pratiques de rémunération améliorant les statuts d\u2019emploi rehaussent la concurrence en misant sur la qualité de nos économies de services.L\u2019accroissement des inégalités de revenu freine la croissance économique, à travers son effet dépressif sur la consommation et l\u2019investissement.Un (re)partage des gains de productivité plus équitable en faveur du travail s\u2019impose donc.Comme la rémunération est au cœur de la qualité de l\u2019emploi, une politique de salaire minimum ambitieuse s\u2019inscrit, même modestement, dans une stratégie de développement économique.Augmenter le salaire minimum rehausse la structure des salaires par ses effets d\u2019entraînement sur les niveaux subséquents de l\u2019échelle salariale.Des salaires plus élevés motivent davantage les salariés, traités plus décemment, pacifient les relations de travail et améliorent la cohésion en entreprise, ce qui augmente la productivité et réduit ainsi le coût unitaire de production ; l\u2019augmentation salariale initiale s\u2019en trouve en bonne partie compensée.D\u2019autres économies viennent d\u2019un moindre taux de roulement du personnel, rendu plus coûteux par un salaire supérieur qui vient rentabiliser la stabilité d\u2019emploi.De meilleurs salaires forcent aussi les entreprises à innover en recourant à des technologies plus sophistiquées qui les rendent plus concurrentielles.Si du chômage peut s\u2019ensuivre à court terme, l\u2019inverse prévaut ensuite, car la vulnérabilité des entreprises à la concurrence provenant des pays à bas salaires s\u2019atténue.Opérer dans des créneaux de production de qualité incite à former la main-d\u2019œuvre, diminuant encore la précari- sation de l\u2019emploi : les investissements en formation ne sont rentabilisés que si le personnel est stable.La hausse du salaire minimum incite aussi les entreprises à utiliser des technologies plus polyvalentes, requérant du travail plus qualifié, ce qui augmente aussi leur compétitivité dans un monde où gérer la main- d\u2019œuvre est jugé « stratégique ».Opter pour la qualité de l\u2019emploi, à l\u2019instar des pays scandinaves, entraîne d\u2019importants investissements publics en éducation et dans la qualification de la main-d\u2019œuvre.Pourquoi, au Québec, ces avantages concurrentiels (innovation et modernisation des entreprises) sont-ils admis tant que la hausse des coûts de production ne touche pas le salaire ?Protection sociale et qualité du travail Niveler par le haut la hiérarchie salariale se répercute sur les prestations d\u2019assurance sociale, déterminées selon le salaire antérieur.Les transitions professionnelles « à risque » (chômage, parentalité, retraite, etc.) sont ainsi mieux sécurisées.Augmenter le salaire minimum aide aussi à relever l\u2019assistance sociale, en élargissant l\u2019écart entre les deux.Ce sont deux façons de prévenir la pauvreté et ses énormes coûts.L\u2019amélioration des bas salaires, dont profitent plus les femmes, surtout les plus vulnérables d\u2019entre elles, a un effet positif sur leurs conditions de travail dans l\u2019espace domestique, partie immergée de l\u2019économie.Elle accroît le pouvoir de négociation des travailleuses au sein du ménage et leur palette d\u2019opportunités.Une moindre dispersion des salaires féminins rend le travail de «prendre soin» (des enfants et des personnes malades ou âgées) plus coûteux.Cela stimule son externalisation vers l\u2019emploi et vers des services publics de qualité, élevant encore la qualité des statuts économiques des femmes, comme celle des économies de services.Analyser le salaire minimum plutôt que le «revenu disponible» est pertinent, car les transferts fiscalisés (primes au travail) qui accroissent le revenu total des ménages à bas et moyens salaires n\u2019équivalent pas à un revenu salarial.En fait, ils dégradent la qualité de l\u2019emploi.Un crédit d\u2019impôt ne participe pas du processus de qualification des statuts ressortant de la démocratie économique, n\u2019étant ancré ni dans le droit du travail (normes minimales, droits d\u2019association et de négociation) ni dans celui de la sécurité sociale (aucune cotisation sociale n\u2019en est prélevée).Un revenu fiscalisé est fixé arbitrairement par l\u2019État (plus que le salaire minimum).Pis encore, cet assistanat d\u2019entreprise, par lequel les employeurs refilent, en partie, à la société leurs coûts salariaux, crée une pression à la baisse sur les salaires.Rien n\u2019est automatique en matière de travail et d\u2019emploi, action collective, action individuelle et négociation étant les maîtres mots de l\u2019équation.Mais miser sur la qualité du travail et de l\u2019emploi permettra d\u2019autres dynamiques que les prédictions alarmistes d\u2019économistes dont les modèles incluent déjà ces dernières.Cela à un coût inférieur à celui que supporte maintenant la société en raison de l\u2019absence de prévention.L\u2019économie est une science sociale éthique, où sécurité économique rime avec citoyenneté et solidarité.La sécurisation des statuts du travail et de l\u2019emploi en est partie intégrante, comme les autres gains de qualité à développer pour un mieux-être dans un monde soutenable.Les nombreux bons effets d\u2019un salaire minimum à 15 $ FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET ni faire une par tie nulle si on ne comprend pas ou si on comprend trop tard le jeu de l\u2019adversaire.Encore moins si c\u2019est l\u2019adversaire qui nous guide dans le déplacement de nos pièces.J\u2019ai hâte de voir ce qui va se passer au- jourd\u2019hui et demain au Conseil de sécurité de l\u2019ONU avec la résolution russo-turque pour la paix \u2014 quelle paix?\u2014 en Syrie.Guy Demers Montréal, le 31 décembre 2016 La SQ, des protecteurs ou des prédateurs ?Une des choses qui m\u2019ont le plus choqué en 2016 s\u2019est passée autour du scandale des policiers qui auraient abusé de leur pouvoir sur des femmes autochtones.On ne pouvait que s\u2019attrister du fait qu\u2019aucune accusation n\u2019ait pu être déposée malgré des témoignages évidents de gestes criminels ; que, comme tel, notre système de justice n\u2019est pas conçu pour offrir une réparation à ce genre de situation.Mais ce qui m\u2019a le plus choqué, c\u2019est la poursuite en diffamation visant Radio-Ca- nada intentée par des policiers de Val-d\u2019Or.On comprend que des policiers honnêtes et professionnels aient pu souffrir des révélations d\u2019Enquête, que les bavures de leurs collègues les aient éclaboussés, et que ceux qui en auraient commis ne pouvaient pas ne pas s\u2019inscrire dans la poursuite sans faire porter les soupçons sur eux\u2026 Ce qui est hallucinant dans ce geste, toutefois, c\u2019est qu\u2019au fond le message qu\u2019on envoie est que « que ce soit vrai ou pas, les allégations de viol, d\u2019attouchements et autres, tu n\u2019aurais pas dû en parler».Les policiers, faut-il le rappeler, sont là pour protéger la population.La dénonciation des crimes est la première étape essentielle dans le processus de justice, pour lequel les policiers sont les premiers répondants.Si les policiers s\u2019insurgent contre ce principe dès que ça touche un des leurs, est-ce qu\u2019ils honorent un des principes fondamentaux de leur mandat ?N\u2019y a-t-il pas une police des polices pour les forcer à retirer leur plainte ?J\u2019ai déjà lu sur une auto de police une devise : protéger, servir.Il semble que la devise des policiers de Val-d\u2019Or soit plutôt : se servir, se protéger.Robert Laframboise Le 2 janvier 2017 Sondage libéral fédéral sans limite Dans l\u2019opposition, les libéraux fédéraux ont dénoncé avec force les conservateurs qui avaient éliminé l\u2019obligation de répondre aux recensements.Ceci, évidemment, rendait les recensements en partie inutilisables.Maintenant désireux de se déprendre de leur promesse de réforme du mode de scrutin, les libéraux ont conçu un sondage en ligne (www.mademocratie.ca) auquel il est possible de répondre à volonté, sans limite, ce que j\u2019ai testé avec succès.Ce qui, évidemment, rendra les réponses inutil isables ou permettra toutes les interprétations.Cela augure déjà de la suite qui sera donnée à cette promesse.Pierre Ducharme Laval, le 2 janvier 2017 TRANSPORT EN COMMUN Vastes promesses, faibles résultats D BRIAN MYLES L E D E V O I R , L E M A R D I 3 J A N V I E R 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.P A U L C L I C H E Membre fondateur du Mouvement pour une démocratie nouvelle ors de l\u2019entrevue qu\u2019il a accordée à Radio-Canada fin 2016, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré l\u2019engagement que son gouvernement ferait adopter une réforme du mode de scrutin à temps pour la tenue des élections de 2019 comme le Parti libéral l\u2019avait promis lors de la dernière campagne électorale.Le chef du gouvernement contredit ainsi des déclarations que lui-même, ainsi que la ministre de la réforme électorale, Mar yam Monsef, avaient faites il y a quelques semaines.On sait qu\u2019un comité parlementaire multipar- tite sur la réforme électorale a consulté la population à ce sujet depuis juin 2016.Une forte majorité des 1300 intervenants qui ont participé à cette consultation se sont alors prononcés en faveur d\u2019un scrutin proportionnel mixte avec compensation.Idem pour trois des cinq partis représentés aux Communes (le NPD, le Bloc québécois et le Parti vert).Mais faute de temps pour l\u2019implanter, un tel système ne pourra pas être en vigueur lors des élections en 2019.De plus, dans le rapport que le comité a déposé début décembre, les représentants des cinq partis qui y siègent se sont ralliés à la recommandation de tenir un référendum pour que les Canadiens puissent choisir entre le scrutin majoritaire uninominal à un tour actuel et un nouveau système.Toutefois, la dernière déclaration de M.Trudeau indique que son gouvernement refusera la tenue d\u2019un tel référendum.Il ne reste alors comme possibilité de réforme rapide que le vote préférentiel en faveur duquel les libéraux se sont déjà prononcés.Son adoption aurait aussi comme avantage pour les libéraux aussi bien que les conservateurs d\u2019expédier dans les limbes de la politique fédérale le projet de scrutin proportionnel auquel les deux partis s\u2019opposent.Le vote préférentiel appartient à la famille des scrutins majoritaires.Dans ce système, le député est élu sur une base uninominale dans chacune des circonscriptions.Il doit obtenir une majorité absolue des voix (50% +1).Pour y arriver, l\u2019électeur utilise un bulletin de vote sur lequel il indique en ordre ses préférences (1er choix, 2e choix, 3e choix, etc.).Si aucun candidat n\u2019obtient 50 % +1 lors du décompte, on comptera alors les 2e, 3e, 4e choix des électeurs, jusqu\u2019à ce que le candidat obtienne la majorité absolue.Le vote préférentiel ne permet pas de respecter la volonté populaire, car, selon de nombreux experts, il cause des distorsions encore plus grandes entre le choix des électeurs et la représentation parlementaire que le scrutin majoritaire uninominal à un tour qui est le nôtre.Ce mode de scrutin favorise aussi le parti appelé à former le gouvernement au détriment des partis d\u2019opposition.Cela est dû au fait que, comme le majoritaire à un tour, le candidat gagnant remporte toute la mise.La vigilance s\u2019impose donc pour que la majorité parlementaire libérale ne fasse adopter une réforme qui empirerait la situation actuelle tout en favorisant le parti gouvernemental lors des prochaines élections.Selon sa dernière déclaration, c\u2019est ce que le premier ministre semble en train de faire : paver subrepticement la voie au vote préférentiel.Trudeau pave-t-il la voie au vote préférentiel ?Ce mode de scrutin cause des distorsions plus grandes encore que celui qui est le nôtre présentement M O S T A F A H E N A W A Y Organisateur au Centre des travailleurs et travailleuses immigrants enjeu de la migration est devenu la question centrale de notre époque.La vague sans précédent de migration de masse en 2015, qui a battu des records avec le déplacement de 244 millions de personnes, l\u2019illustre bien.Au Nord, la réponse aux enjeux que cela suscite a été un déchaînement de xénophobie et de racisme, se traduisant par une extrême droite confiante presque partout.Bien que plusieurs voient dans cette nouvelle vague de racisme le résultat d\u2019une crise du capitalisme, le renouveau d\u2019un nationalisme comme outil pour « nous » protéger de « l\u2019étranger » n\u2019est pas nouveau.En réalité, il fait par tie de l\u2019ADN d\u2019une configuration socio- historique qui a permis la montée du capitalisme, la constitution de l\u2019État-nation et le projet colonial.Contre la pensée en silo Or, demeure aujourd\u2019hui une fausse opposition dans notre manière de concevoir la race et la classe comme des phénomènes séparés.Les deux doivent pourtant être prises en compte pour une compréhension plus profonde de l\u2019économie politique du Québec et du Canada notamment.La fondation du capitalisme au Canada repose en effet sur une logique racisée.La dépossession des terres autochtones et le vol de leurs ressources étaient fondamentaux pour l\u2019accumulation historique du capital et ces mécanismes sont toujours bien à l\u2019œuvre aujourd\u2019hui.Avec la Loi sur les Indiens, l\u2019élite du Canada s\u2019est assurée que les peuples autochtones soient marginalisés au sein d\u2019un système d\u2019apartheid.Un autre élément essentiel consistait à transformer les ressources volées en biens pouvant être vendus en Europe, ce qui supposait une importante main-d\u2019œuvre sous-payée.Par exemple, les travailleurs chinois qui ont bâti l\u2019infrastructure du capitalisme canadien étaient payés la moitié du salaire des travailleurs européens.En 1923, l\u2019entrée en vigueur de la loi de l\u2019immigration chinoise a permis de rendre cette main-d\u2019œuvre jetable grâce aux mesures d\u2019expulsion.La fondation de l\u2019État et du capital canadiens s\u2019est réalisée sur une forme d\u2019apartheid économique légalisé pour assurer l\u2019accès aux ressources et à la main- d\u2019œuvre bon marché, s\u2019appuyant sur la construction d\u2019une identité nationale « canadienne » qui excluait les communautés marginalisées et les peuples autochtones, scellant ainsi des rapports inégaux.Au Québec, les symptômes de racisme structurel restent présents tout autour de nous.Les audiences autour du projet de loi 62 sont terminées et son étude détaillée est en cours au moment d\u2019écrire ces lignes.Loin de promouvoir les idéaux universels de laïcité, ce projet de loi régressif vise clairement les musulmanes et musulmans du Québec.Tout cela est présenté sous le couvert de la laïcité et de la civilité, alors que l\u2019intention politique est manifestement de consolider certains segments de l\u2019électorat en mobilisant un discours sur les communautés immigrantes.Ce qui est escamoté dans un tel discours est le contexte par lequel les actions des gouvernements occidentaux, dont le Canada, ont été à l\u2019origine de déplacements de millions de personnes au Sud et en par ticulier dans le monde arabe et musulman.On n\u2019a qu\u2019à penser au rôle du Canada dans l\u2019occupation de l\u2019Afghanistan, à son soutien continu à l\u2019apartheid israélien ou au fait que, cette an- n é e , l e p a y s e s t d e v e n u l e deuxième plus important exportateur d\u2019armes au Moyen-Orient, avec un contrat d\u2019armement de 15 milliards avec l\u2019Arabie saoudite.Pendant ce temps, les Premières Nations vivent dans des conditions indignes.Selon l\u2019ONU, le Canada se place entre le 6e et le 8e rang pour son indice de développement humain, mais en limitant l\u2019échantillon de population aux seules Premières Nations, le pays se place quelque part entre les 63e et 78e rangs.Contester les fondements du racisme structurel Notre manière de nous mobiliser autour de la question du racisme est une question de premier ordre au Québec, alors que l\u2019élite utilise des sentiments identitaires rigides et rétrogrades pour maintenir une position de privilèges, s\u2019attaquer aux conditions de travail et maintenir les travailleuses et travailleurs racisés dans une situation de vulnérabilité et d\u2019exploitation.Si les appels des mouvements progressistes pour des ser vices publics égalitaires, une commission sur le racisme ou davantage de diversité culturelle dans toutes les sphères de la société (médias, arts, fonction publique, etc.) sont devenus les revendications les plus entendues lorsque vient le temps d\u2019aborder le problème du racisme structurel, celles-ci ne permettent pas de s\u2019attaquer à ses fondations.Elles ne feront que légitimer un système économique dont les racines sont plongées dans le racisme systémique et qui le perpétue.C\u2019est plutôt par une prise en compte de la question de la race sous le capitalisme et de la reproduction d\u2019une classe ouvrière ra- cisée mondiale que nous pourrons réellement nous attaquer aux questions liées au racisme.Le capital a besoin de créer un «Autre» afin de marginaliser certaines communautés pour ses propres intérêts.Cela signifie également que nous devons voir que les classes sont racisées et que le mouvement ouvrier doit prendre au sérieux les enjeux de migration.C\u2019est en soutenant les luttes pour la régularisation des statuts d\u2019immigration, pour l\u2019autodétermination des peuples autochtones, pour la fin des inter ventions armées et économiques à l\u2019étranger que nous pourrons bâtir un mouvement ouvrier à la fois fort et pertinent.?Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ?Écrivez à arobitaille@ledevoir.com et dnoel@ledevoir.com.Pas de capitalisme sans racisme Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d\u2019un périodique.Cette semaine, nous vous proposons un extrait du dernier numéro de la revue À Bâbord (no 67, ababord.org).DES IDÉES EN REVUE L\u2019 L a mise en service des appareils de radars photo a été saluée à juste titre comme une mesure destinée à renforcer la sécurité routière.Mais elle repose sur des preuves essentiellement captées par des outils technologiques.Dans un jugement rendu en novembre, le juge Serge Simon a conclu que la preuve recueillie à l\u2019aide de ces appareils était inadmissible devant un tribunal.Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé qu\u2019il ne fera pas appel de ce jugement.Mais le jugement révèle la légèreté avec laquelle le dispositif a été déployé, sans porter l\u2019attention requise aux exigences de la loi.Cela laisse songeur sur l\u2019attitude des services chargés de l\u2019application des lois sur la sécurité routière.Il a fallu qu\u2019une citoyenne fasse l\u2019effort de contester son constat d\u2019infraction pour que soient révélées les failles du processus par lequel les excès de vitesse sont punis.Processus d\u2019infraction Dans cette affaire, il était reproché à une citoyenne d\u2019avo ir c irculé à une v itesse de 141 km/h dans une zone de 70 km/h.Le poursuivant a déposé en preuve le constat d\u2019infraction, le rappor t d\u2019infraction général ainsi qu\u2019un certificat émanant de la Société de l\u2019assurance automobile du Québec.Lors du procès, la signataire du rapport d\u2019infraction a été contre-interrogée.Elle a expliqué comment s\u2019effectue le traitement d\u2019une infraction d\u2019excès de vitesse constatée par un appareil de radar photo.D\u2019abord, l\u2019appareil capte des vitesses et prend des photographies.Quelques jours plus tard, une agente traite le constat ; elle ouvre un dossier et sélectionne une photographie pour y lire l\u2019information figurant sur la bande noire se trouvant sur la par tie supérieure de la photographie.Celle-ci contient notamment le code du site, la voie de circulation, la limite de vitesse applicable ainsi que la vitesse du véhicule captée par le radar photo.Une fois cette information vérifiée, elle s\u2019assure de la concordance avec le véhicule apparaissant sur la photographie.Ensuite, l\u2019agente rédige un rapport d\u2019infraction dans lequel elle atteste que les informations se trouvant sur la photographie correspondent à celles contenues aux registres des policiers.Afin d\u2019assurer la précision de la mesure de vitesse et que les informations apparaissant sur l\u2019image obtenue par l\u2019appareil sont exactes, le règlement prescrit que l\u2019appareil doit avoir fait l\u2019objet d\u2019une validation par un agent de la paix ayant reçu une formation appropriée.De plus, il doit avoir fait l\u2019objet d\u2019une inspection et un agent de la paix ayant reçu une formation appropriée doit l\u2019avoir vérifié dans les sept jours précédant son utilisation.Conformité à revoir Pour démontrer le respect de ces exigences, l\u2019agente atteste, dans son rapport d\u2019infraction, avoir personnellement constaté que l\u2019appareil a été utilisé conformément au règlement.Or, cette attestation se révèle totalement fausse.L\u2019agente admet ne pas être une technicienne qualifiée et n\u2019avoir reçu aucune formation appropriée lui permettant d\u2019effectuer de telles vérifications.Elle ne fait qu\u2019une affirmation générale sans pouvoir indiquer les vérifications effectuées.Elle ajoute qu\u2019elle « sait que chaque semaine des policiers au bureau effectuent des tests sur les appareils pour s\u2019assurer que le système fonctionne bien», mais elle n\u2019est pas en mesure de spécifier de quels tests il s\u2019agit.L\u2019attestation apposée par l\u2019agente sur son rapport d\u2019infraction s\u2019appuie entièrement sur des informations recueillies et constatées par des tierces personnes.À l\u2019instar des tribunaux d\u2019appel, le juge a conclu que ce genre de preuve par ouï- dire n\u2019a aucune valeur probante selon la loi.Ce jugement a été rendu plusieurs mois après la mise en ser vice des radars photo.Entre- temps, plusieurs citoyens ont été condamnés par l\u2019intermédiaire de ce processus déficient.Le déploiement des radars photo n\u2019a manifestement pas été accompagné d\u2019une revue sérieuse des processus et des exigences découlant de la loi.Quelle analyse a été effectuée afin d\u2019assurer que le recours à ce type d\u2019outils respecte les règles de preuve?De plus, dans cette même affaire, le DPCP anticipant que le juge allait rejeter les preuves présentées a cherché à retirer le constat d\u2019infraction en vertu duquel la citoyenne avait été accusée.À lui seul, un tel procédé est inquiétant : dès qu\u2019un citoyen fait l\u2019effort de se défendre, on tente de retirer le constat afin d\u2019éviter qu\u2019un juge démonte le stratagème bancal ! Le souci de l\u2019état de droit aurait commandé que les autorités s\u2019assurent a priori de la conformité du dispositif avec les exigences de la loi.On a plutôt attendu qu\u2019un tribunal constate ce flagrant délit de nonchalance.Cela en dit long sur l\u2019état d\u2019esprit qui prévaut en certaines of ficines.Le déploiement d\u2019outils afin d\u2019améliorer la sécurité routière mérite plus que ce cynisme à l\u2019égard des exigences de la loi.Le flagrant délit des radars photo PIERRE TRUDEL L SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE La dernière déclaration de M.Trudeau indique que son gouvernement refusera la tenue d\u2019un référendum sur le choix d\u2019un nouveau mode de scrutin. L E D E V O I R , L E M A R D I 3 J A N V I E R 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Agenda culturel Par courriel agenda@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S vingt pieds, avec un toit.On disait qu\u2019on allait aux préaux », rappelle le comédien Julien Pou- lin, un ancien du Collège de Montréal, qui pratiqua ce sport tout comme son ami Pierre Falardeau.«Au collège de Montréal, rappelle la directrice actuelle, Patricia Steben, au moins cinq terrains sont construits en 1878.Ils vont servir jusqu\u2019au début des années 1970.On les appelait \u201cles préaux\u201d.Des anciens du collège m\u2019ont déjà dit qu\u2019on y jouait à main nue », avec une balle rebondissante.Ailleurs, on y jouera parfois avec une petite raquette.« Je suis entré au Collège de Montréal en 1959 », se rappelle Julien Poulin.« La balle au mur était très populaire.On avait l\u2019obligation de pratiquer un sport.Au début, c\u2019était des Français qui s\u2019occupaient du collège.Ils se faisaient appeler les messieurs de Saint-Sulpice.C\u2019était imposant, ces terrains jeux.C\u2019était significatif.Les Sulpiciens étaient très français.Peut-être que ça avait un lien avec ce sport.» Les toits de ces préaux centenaires menacent aujourd\u2019hui de tomber.On en a fait clôturer les abords afin d\u2019en interdire l\u2019accès.Trait d\u2019union pour garçons On joua aussi à la balle au mur chez les Jésuites, au Collège Jean-de-Brébeuf.Au Séminaire de Québec, un peu après 1820, on fait aussi construire des terrains pour le jeu de paume.Ils sont démolis en 1854, puis reconstruits.Les anciens en gardent longtemps le souvenir d\u2019une pratique très active.Si bien que ce jeu devient un trait d\u2019union pour ceux qui ont fréquenté le collège classique.Le célèbre ethnologue Marius Barbeau raconte qu\u2019au Collège de Lapocatière, où il entre comme élève en 1897, la pratique de la balle au mur est aussi très répandue.En 1896, au Séminaire de Joliette, on trouve au bout de la jolie allée bordée d\u2019arbres de la cour de récréation un imposant jeu de balle au mur construit en 1896 au coût de 1038 $, ce qui représente 6 % des dépenses de l\u2019année.Au Séminaire de Saint-Jean, devenu le cé- gep de Saint-Jean-sur-Richelieu, « il y avait des jeux de balle au mur, c\u2019était très populaire », souligne en 2008 André Archambault, un ancien de l\u2019institution.En Saskatchewan, au collège classique Mathieu, on construit encore un nouveau terrain de balle au mur en 1958.Les jeunes hommes des collèges du Canada français se livrent à ce sport avec passion.C\u2019est le cas de mon père, au temps de ses études au Séminaire Saint-Charles à Sherbrooke, capable de jouer avec ses amis jusqu\u2019à se faire éclater les veines des mains, disait-il.Si l\u2019Église catholique repousse les sports que valorise le monde anglo-saxon, la crosse et la balle au mur sont en revanche allègrement pratiquées et valorisées.Pourquoi ?Origines religieuses La pratique de la balle au mur est très ancienne.Ses origines se perdent dans les origines de la société occidentale.Elle est déjà pratiquée par les Romains.Surtout, elle fera la joie de communautés religieuses d\u2019hommes qui vivent reclus avant d\u2019être adoptée et valorisée par la royauté.Pas étonnant en somme qu\u2019on en trouve dans les lieux de formation de l\u2019élite.Les racines plongent plus profondément du côté de la religion que de la royauté.Ce sport est d\u2019abord honni par la monarchie.En 1369, Charles V interdit ce jeu et quelques autres pour encourager plutôt la population à pratiquer des activités en lien avec les armes.Mais Charles V se fait tout de même construire pour son plaisir un joli terrain de jeu de paume.« Il interdit à son peuple ce qu\u2019il se permet à lui», résume l\u2019historien Laurent Turcot, auteur de Sports et loisirs, une histoire des origines à nos jours (Gallimard).En Angleterre, où le jeu devient très populaire, Richard II l\u2019interdit lui aussi, mais réserve le droit à la noblesse de le pratiquer.Ce type d\u2019ordonnance sera renouvelé plusieurs fois.Mais la passion pour ce jeu ne s\u2019embarrasse pas des interdits\u2026 Les salles pour sa pratique se multiplient.Au XVIe siècle, au moment des voyages de Jacques Cartier en Amérique, elles se multiplient en Europe.Les grandes villes de France en comptent plusieurs.Les gens aisés s\u2019en font même construire chez eux.Ce jeu devient lié à l\u2019existence même d\u2019une certaine aristocratie.Le jeu de paume fait l\u2019objet de paris et de dépenses folles à l\u2019époque de la toute-puissance des rois.Des sommes considérables y sont englouties par la noblesse.Les salles de sport destinées à ce jeu sont appelées « tripudium », rappelle l\u2019historien Laurent Turcot.De là vient le mot qui décrira toutes les maisons de jeux : tripot.Un mot très utilisé dans le Montréal des bordels et des jeux interdits.On pourrait supposer que le souvenir de ce jeu ancien a été charrié en Amérique dans le bagage culturel que transportent avec elles les communautés religieuses forcées de fuir la France révolutionnaire.L\u2019hypothèse est intéressante, pense Laurent Turcot.Seulement le jeu de paume n\u2019est déjà plus si populaire dans la France de Louis XV.«À la Révolution, il ne reste plus que sept jeux de paume en France.On ne la pratique plus comme avant.» Il est donc possible que le clergé catholique au Canada réinvestisse dans une pratique ancienne, convaincu de trouver là un sport qui soit plus en accord avec la tradition de la religion à une époque de forte ébullition de l\u2019activité physique dans le monde anglo-saxon.Mort et résurrection À compter du milieu des années 1960, la popularité de ce vieux jeu fléchit.« Je me souviens d\u2019avoir vu les terrains servir désormais de stationnement », dit Julien Poulin en parlant du Collège de Montréal.Le tennis, qui a pris son élan dans le même univers social privilégié, a le vent dans les vo i les au sor t ir de la guer re, notamment grâce aux exploits médiatisés de Robert Bé- dard, qui accède alors au prestigieux tournoi de Wimbledon.Il reste peu de traces de la pratique de la balle au mur à Montréal, si ce n\u2019est dans les maigres archives des institutions qui la favorisaient et dans la mémoire des derniers joueurs qui ont fréquenté les collèges classiques.Pourtant, quelques clubs de balle au mur existent toujours à Montréal.On y joue notamment au complexe Claude-Robillard et dans quelques clubs sportifs privés.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 JEU communes.La Loi sur la citoyenneté canadienne est adoptée le 27 juin 1946 et elle entre en vigueur le 1er janvier 1947.Deux jours plus tard, Mackenzie King et 25 autres personnes, dont le célèbre photographe Yousuf Karsh, sont reçus à la Cour suprême.Le symbole est puissant, et il marque un nouveau jalon dans la longue (et lente) évolution du pays.En vertu de la nouvelle loi, toutes les personnes nées au Canada deviennent citoyens canadiens, et d\u2019autres peuvent revendiquer le statut à certaines conditions.Ce soir du 3 janvier 1947, King déclenche des applaudissements dès la première phrase de l\u2019allocution qu\u2019il prononce.« Je parle en tant que citoyen du Canada », déclare-t-il d\u2019entrée de jeu.« La citoyenneté représente l\u2019honneur le plus élevé qu\u2019une nation peut accorder à un individu qui n\u2019est pas né en son sein, poursuit-il.Sans la citoyenneté, tout est pas mal insignifiant.Il n\u2019y a aucun pays dans le monde duquel ses citoyens ont de meilleures raisons d\u2019être fiers que le Canada.Il existe des pays plus vieux, il existe des pays plus grands, mais aucun n\u2019occupe au- jourd\u2019hui une place plus élevée dans l\u2019estime des autres nations.Être un citoyen du Canada, c\u2019est détenir un passeport qui sera reconnu partout.» Un aboutissement Pour King, on peut parler de l\u2019aboutissement d\u2019un long parcours.Certes, le Canada est devenu un dominion avec la ratification de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique par Londres en 1867, mais la conquête de l\u2019indépendance a dû se faire par étapes.Encore en 1914, quand le roi George V de Grande-Bretagne déclare la guerre à l\u2019Allemagne, cela entraîne automatiquement la par ticipation du Canada ; le pays peut décider de l\u2019ampleur de son engagement, mais pas de l\u2019engagement lui-même.King a vu ce que la guerre pouvait provoquer de déchirements internes, notamment entre anglophones et francophones, qu i mèneront à la cr ise de la conscr ipt ion de 1917.Élu premier ministre en 1921, il sera soucieux d\u2019éviter que pareilles tensions ne se reproduisent.Une première occasion de mettre son poing sur la table survient en 1922, lorsque les Britanniques semblent au bord d\u2019un conflit armé avec la Turquie pour une question de territoires dans le secteur des Dardanelles (« l\u2019affaire de Cha- nak »).Le premier ministre David Lloyd George invite alors instamment King à promettre une contribution du Canada, mais celui-ci répond froidement qu\u2019il reviendra au Parlement de décider.L\u2019affrontement n \u2019aura finalement pas lieu, mais la volonté d\u2019autonomie diplomatique est bien assise.D\u2019incident en incident, on filera d\u2019ailleurs vers une modification du rôle du gouverneur général \u2014 qui ne représentera plus le gouvernement britannique, mais la Couronne \u2014 et vers le Statut de Westminster de 1931, qui consacre l\u2019autonomie complète des dominions du Commonwealth.King tiendra aussi à ce que le Canada émette sa propre déclaration de guerre, par l\u2019entremise du roi George VI, lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclatera en 1939.Une nouvelle crise liée à la conscription, encore une fois marquée par de profondes divisions entre francos et an- glos, surviendra certes, mais avec moins de conséquences que la première.Rapprochement Dans son discours du 3 janvier 1947, King tient à faire valoir que la nouvelle citoyenneté canadienne devrait rapprocher des communautés souvent opposées par le passé et en même temps of frir un exemple au monde.«La nouvelle conception de la citoyenneté vise à créer des ponts au-dessus des fossés créés par la géographie et l\u2019origine raciale.En tant que peuple, les Canadiens seront tissés plus serré du fait de cette reconnaissance.Notre unité et notre force seront accentuées par cette citoyenneté commune et sa profonde signification.» «Le Canada d\u2019aujourd\u2019hui a été décrit comme un acte de foi suprême.La vision et le courage d\u2019hommes et de femmes ont transformé notre pays, qui consistait en de petites régions vir tuellement inconnues, en une des plus grandes nations industrielles au monde.» « Mais cette vision et ce courage ont produit beaucoup plus que de la croissance matérielle.Nos gens ont aussi continuellement cherché à défendre et à repousser les frontières de la liber té.Plus d\u2019une fois au nom du pays, les fils et les filles du Canada ont servi vaillamment, et des milliers sont morts pour préserver la liberté du monde.» « Dans les af faires internationales, notre pays possède un dossier exceptionnel en matière de responsabilité et d\u2019intégrité.Notre appar tenance à la nation n\u2019est pas fondée sur la supériorité d\u2019une seule race ou d\u2019une seule langue.Le Canada a été fondé sur la foi que deux des races les plus fières au monde, malgré les barrières de la langue et de la religion, travailleraient ensemble avec tolérance et respect mutuels pour développer une nationalité commune.Dans notre par te- nariat d\u2019égal à égal de Canadiens de langue anglaise et de langue française, nous avons accueilli des milliers de personnes d\u2019autres origines raciales et qui parlent d\u2019autres langues.Tous et chacun ont recherché un pays où la nationalité ne signifie pas la domination et l\u2019esclavage, mais l\u2019égalité et la liberté.» Une cérémonie de commémoration des 70 ans de l\u2019avènement de la citoyenneté canadienne aura lieu ce mardi à la Cour suprême à Ottawa.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 CITOYEN BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA Le juge en chef Thibaudeau Rinfret remet à W.L.Mackenzie King le tout premier certificat de citoyenneté.PC/BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA Mackenzie King a été premier ministre du Canada à trois reprises entre 1921 et 1948.de Milton en Ontario.Le meurtrier court toujours.La Turquie est secouée presque chaque mois depuis juillet 2015 par des attentats meurtriers, attribués aux dji- hadistes ou à la rébellion kurde .Jusqu \u2019à présent, le groupe EI ne s\u2019était jamais déclaré responsable of ficielle- ment, même si les autorités lui ont attribué les attentats les plus sanglants de cette vague, dont celui du 28 juin 2016, qui a fait 44 mor ts dans le plus grand aéroport du pays.«C\u2019est un changement de tactique, on est en train de voir une phase de guerre ouverte contre le gouvernement turc », avance Tolga Bilener, enseignant-cher- cheur en géopolitique à l\u2019Université Galatasaray d\u2019Istanbul.Sans vouloir parler de «propagation» du conflit syrien, il croit que la soirée meurtrière marquera un tournant dans la lutte que mène l\u2019État turc contre les djihadistes.Politique étrangère La revendication de ce nouvel attentat par le groupe EI participe de cette logique de terrorisme de « représailles », dans un contexte où la Turquie a récemment renversé ses alliances.« Il s\u2019agit d\u2019une des conséquences indirectes de la déstabilisation en Syrie.Et la Turquie est en ligne de front», constate M.Bilener.La Turquie a été pendant plusieurs années un lieu de passage pour les hommes du groupe EI.Le gouvernement est accusé d\u2019avoir fermé les yeux sur leurs incursions et leurs trafics, à un moment où Ankara souhaitait que Bachar al-Assad soit renversé en Syrie coûte que coûte.Elle mène maintenant une offensive terrestre dans le nord de ce pays depuis août dernier, baptisée « Bouclier de l \u2019Eu- phrate».Ses soldats tentent notamment d\u2019arracher des mains du groupe EI la ville d\u2019Al-Bab, une localité stratégique située à un carrefour de routes qui relient Lattaquié, Alep, Raqqa en Syrie et Mossoul en Irak.L\u2019aviation russe en renfor t, l\u2019état-major turc a indiqué avoir bombardé des positions du groupe EI dans ce secteur dans la nuit de dimanche à lundi.Des mois de froideur diplomatique avaient suivi l\u2019écrasement d\u2019un bombardier russe abattu par l\u2019aviation turque en novembre 2015.Depuis l\u2019été dernier, Ankara et Moscou ont opéré un impressionnant rapprochement, au point de négocier conjointement un cessez- le-feu global entre le président Assad et les principales forces de l\u2019opposition.Il s\u2019agit du premier pays membre de l\u2019OTAN avec lequel la Russie établit des contacts aussi étroits sur le plan militaire.Cible symbolique Pris dans une escalade de violence, les Turcs ont l\u2019humeur de plus en plus sombre, note le professeur Bilener.C\u2019est aussi que, cette fois-ci, la cible n\u2019est ni militaire, ni policière, ni médiatique, ni publique.«Le mode de vie occidental est ciblé», le symbole d\u2019un club de la jeunesse branchée cosmopolite, avec un mode opératoire qui n\u2019est pas sans rappeler les attentats du Bataclan, survenus en novembre 2015 en France.Il remarque aussi que plusieurs touristes présents étaient originaires des pays du Golfe «venus justement en Turquie pour faire la fête qu\u2019ils ne pouvaient pas faire chez eux ».Noël n\u2019étant pas célébré dans ce pays à majorité musulmane, les traditions occidentales se transposent en quelque sorte au 31 décembre, explique-t-il, en admettant que plusieurs personnes avaient néanmoins choisi de ne pas sortir.« Oui, malheureusement, les Turcs sont habitués au terrorisme, mais attaquer des fêtards de cette façon, c\u2019est du jamais vu», note-t-il.Des images diffusées par le quotidien turc Hurriyet les montrent réunis dans le club, qui décomptent les dernières secondes avant 2017, un peu plus d\u2019une heure avant l\u2019attaque.«On ne s\u2019attendait pas à un attentat dans un lieu de divertissement, dit-il, le choc est ressenti plus durement cette fois-ci.Il y a beaucoup de résilience ici, mais on verra si on passe le test cette fois-ci.» L\u2019année ne semble plus tout à fait neuve non plus à Ferhat Korklu.Jeune Stanbouliote pharmacien, il habite le district de Besiktas, où ont eu lieu cet attentat et celui du 10 décembre dernier aux alentours d\u2019un important stade de soccer.La nuit d\u2019horreur, il se trouvait lui aussi dans une fête à proximité, avec sa femme, Sare : «Quand nous sommes sortis, nous avons réalisé que nous étions dans le périmètre de sécurité et nous avons voulu partir», relate-t-il, avouant se sentir «plus fragile que jamais».Il dit craindre que ce nouvel épisode de terreur ne polarise davantage ses concitoyens : «Nous sommes tellement désolés et confus à propos de cette haine croissante.[\u2026] Ce genre de problème semble toujours survenir pour obtenir une tension entre des styles de vie.» Une ville comme Istanbul, où plusieurs communautés et traditions cohabitent, lui paraît un terreau fertile pour ceux qui voudraient « faire en sorte que les gens s\u2019attaquent les uns les autres».D\u2019où l\u2019urgence de résister à une réaction haineuse précipitée : «Sinon, nous serons seulement l\u2019un d\u2019eux.» L\u2019état d \u2019urgence a été déclaré après une tentative de coup d\u2019État avortée le 15 juillet dernier.Il devait être levé à la mi-janvier, mais Tolga Bilener doute que ce soit le cas.« Chaque attentat est un argument supplémentaire.La situation sécuritaire n\u2019a pas évolué, les gens ne s\u2019y opposeront pas.» Suspect en cavale L\u2019assaillant de la discothèque n\u2019a toujours pas été appréhendé par les autorités.Le vice-premier ministre turc Nu- man Kurtulmus a révélé que les autorités disposaient de ses empreintes digitales et d\u2019une description de base, et que son identification était donc imminente.Des équipes de la police antiterroriste d\u2019Istanbul ont arrêté et placé en garde à vue lund i huit personnes dans le cadre de l\u2019enquête sur cette attaque.La chasse à l\u2019homme s\u2019est intensifiée tard dans la nuit et quatre autres personnes ont été arrêtées.Avec l\u2019Agence France-Presse Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 TURQUIE C\u2019est un changement de tactique, on est en train de voir une phase de guerre ouverte contre le gouvernement Tolga Bilener, enseignant-chercheur à l\u2019Université Galatasaray « » "]
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