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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-10-22, Collections de BAnQ.

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[" R A L P H E L A W A N I E ntre Montréal et Sherbrooke, le paysage revêt le manteau dont on drape les conversations automnales lorsqu\u2019elles atteignent leur degré zéro.« C\u2019est beau, les couleurs, non ?» Louis Hamelin apparaît dans la cour arrière de son bungalow.Après un café et une Camel \u2013 qu\u2019il accepte à titre d\u2019ancien fumeur \u2013 il explique qu\u2019il avait encore, après la publication en 2010 de La constellation du lynx, un roman abitibien dans la peau.Avec Autour d\u2019Éva, son nouveau roman à paraître le 25 octobre prochain, il tenait à raconter l\u2019histoire d\u2019un groupe d\u2019écologistes qui s\u2019oppose à un projet de développement immobilier.«Je suis allé chercher l\u2019idée près de mon bled natal, en Mauricie.Un promoteur \u201cflyé\u201d a ensuite inspiré le personnage de Lionel \u201cLe lion de l\u2019Abitibi\u201d Viger.» On accède au bureau de l\u2019écrivain par une porte derrière la maison.Une bibliothèque contenant des ouvrages consacrés aux événements d\u2019Octobre est installée près de sa table de travail.Une photo d\u2019Hemingway.Beaucoup de littérature américaine.«J\u2019étais déjà branché dans un rapport à la nordicité et à l\u2019Amérique.Le territoire et le Nord sont des aspects indéniables de mon imaginaire.» Établi en Estrie depuis cinq ans, l\u2019auteur est désormais contraint de fantasmer ce Nord à travers le prisme de la littérature.« Mon propre périple en Abitibi, où je suis allé pour vivre avec une femme, est sans contredit ce qui se rapproche le plus d\u2019une sorte d\u2019exil.Je m\u2019y suis retrouvé dans la situation de Samuel Nihilo [son alter ego dans La constellation du lynx], tout seul dans une maison en pleine forêt, obsédé par mon projet.» Quelques briques d\u2019Hunter S.Thompson («docteur ès gonzo», auteur de Las Vegas Parano) et de Gore Vidal (essayiste, dramaturge, romancier et scénariste dont la célèbre querelle qui l\u2019opposa au commentateur conservateur William F.Buckley Jr a récemment inspiré un documentaire) ressortent du lot de livres «encabanés» dans son sous-sol.Percevoir les ponts Quel effet peut donc avoir un territoire sur la manière dont on écrit ?, lui demande-t-on, en pointant du doigt Vidal, qui coula ses vieux jours en Italie, perchoir à partir duquel il pouvait observer l\u2019idiot du village élu président des États-Unis en 2000.« Le rapport à la territorialité me fascine.Les écrivains américains ont cette faculté de faire exister la moindre petite ville du Midwest.On n\u2019a pas beaucoup ça dans notre littérature, bien qu\u2019on voie poindre depuis quelques années des romans du Grand Nord, comme Nirliit [de Juliana Léveillé-Trudel] ou Panik [de Geneviève Drolet].» Un peu comme Gilles Carle et Pierre Harel avant lui, Louis Hame- lin perçoit un pont entre le Far West américain et l\u2019Abitibi.Inconscient de l\u2019effet de miroir, en début de projet, l\u2019auteur s\u2019est rendu compte que son roman reposait finalement sur l\u2019interaction entre quatre personnages, dont les caractères se rapprochent de ceux des protagonistes du classique de Sergio Leone, Il était une fois dans l\u2019Ouest.Aux figures imaginées par Dario Argento et Bernardo Bertolucci et incarnées par Claudia Cardinale, Charles Bronson, Henry Fonda et Jason Robards, il oppose par symétrie un autre quatuor formé par Dan Dubois, Lionel Viger, Éva Sauvé et Stanislas Sauvé, les personnages de sa nouvelle création.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le romancier l\u2019avoue: son imaginaire est habité par la nordicité et par cette envie de faire de la littérature un terrain d\u2019observation du politique.C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 \u2022 Tél.: 514-337-4083 \u2022 librairiemonet.com \u2022 Sortie 4 Est, autoroute 15 Vernissage > 22 octobre \u2022 14 h Auteurs Véronique Cyr \u2022 Philippe Drouin \u2022 Perrine Leblanc \u2022 Elsa Pépin Artistes Estela López Solís \u2022 Anne-Marie Proulx Livre imaginé : Six héroïnes littéraires Hommage à Anne Hébert Du 19 octobre au 20 novembre 2016 Principal partenaire public Partenaires publics et privés F A B I E N D E G L I S E Les attentes sont élevées, mais elles risquent encore une fois d\u2019être déçues.L\u2019offensive militaire lancée lundi contre le dernier grand fief du groupe armé État islamique installé à Mossoul en Irak, et à laquelle a pris part le Canada, va certainement permettre de reprendre la deuxième ville d\u2019Irak actuellement dans les mains de la puissante organisation terroriste.Mais les opérations militaires, si elles doivent libérer une ville, ne vont certainement pas entraîner la chute du groupe EI, un groupe nourri par trop de contradictions cultivées par l\u2019Occident, estime le politicologue et spécialiste en géopolitique des pays arabes, Jean- Pierre Estival.L\u2019homme appelle d\u2019ailleurs à une prise de conscience rapide et nécessaire des hypocrisies européennes, canadiennes et américaines qui se préparent à nouveau à marquer, par la bataille de Mossoul, non pas la fin d\u2019un problème, mais le commencement d\u2019un nouveau.«Laisser Mossoul entre les mains de Daech, c\u2019est la pire des solutions, lance à l\u2019autre bout du fil l\u2019essayiste, auteur de L\u2019Occident peut-il vaincre définitivement Daech?(L\u2019Harmattan).C\u2019est la capitale autoproclamée d\u2019un État maudit, c\u2019est à partir de là que le groupe EI s\u2019est créé une entité territoriale; sa chute, symboliquement, va être très forte.Mais il ne faut pas se tromper.Une fois tombée entre les mains de l\u2019armée irakienne et de la coalition, Mossoul ne va pas marquer la fin de la guerre contre Daech, mais plutôt nous forcer, Occidentaux, à faire face à nos propres contradictions.La bataille contre Daech n\u2019est pas que militaire.Elle est aussi idéologique et éducative» et passe aussi, poursuit-il, «par la clarification de la situation» de l\u2019Europe, du Canada, des États-Unis, «vis-à-vis de l\u2019Arabie Saoudite et le Qatar» qui assurent les bases financières et idéologiques du groupe EI, en très grande partie.«C\u2019est probablement l\u2019un des points les plus fondamentaux pour mettre fin à cette guerre, dit Jean- Pierre Estival : la rupture des ponts économiques et commerciaux avec l\u2019Arabie saoudite par l\u2019Occident.Mais pour cela, il faut du courage politique qu\u2019aucun de nos gouvernements n\u2019a pour le moment».Une frilosité particulièrement exacerbée en période de crise économique, où les milliards de dollars liés aux contrats de vente de produits, LA BATAILLE DE MOSSOUL Pas de victoire sans une guerre contre les contradictions Pour l\u2019auteur et politicologue Jean-Pierre Estival, l\u2019hypocrisie de l\u2019Occident empêche la chute réelle du groupe EI Les prédateurs ordinaires traqués par Chloé Savoie- Bernard Page F 3 États-écrits d\u2019Amérique (6) dans le Colorado de Kent Haruf Page F 4 AHMAD AL-RUBAYE AGENCE FRANCE-PRESSE Des Irakiens déplacés du village Bajwaniyah, à environ 30 km au sud de Mossoul, fuient les combats dans la région.Comment le territoire façonne-t-il une écriture, une identité ?À l\u2019aube de la sortie de son nouveau roman, Autour d\u2019Éva, le romancier Louis Hamelin arpente un début de réponse depuis la reine des Cantons-de-l\u2019Est, d\u2019où il continue de fantasmer l\u2019Abitibi par la littérature.Far West en territoires nord Louis Hamelin place les rois nègres et les marionnettistes des régions rurales sous son spectrographe VOIR PAGE F 4 : HAMELIN ENTREVUE VOIR PAGE F 2 : GUERRE «L\u2019un des aspects que je voulais aborder est la relation entre la politique et l\u2019argent» L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 L I V R E S F 2 par ticulièrement des produits militaires, à ce pays, forcent plusieurs pays « à se fermer les yeux » pour mieux participer à ce grand bal des faux-culs.Idéologie délétère Le Canada n\u2019échappe pas à l\u2019incohérence, comme en témoigne la vente, récemment autorisée par le gouver ne- ment de Justin Trudeau à la monarchie islamique d\u2019Al Saoud, de véhicules blindés légers pour 15 milliards de dollars, soit, à titre purement comparatif, de quoi combler 15 fois le déficit budgétaire annoncé par Ottawa au début du mois d\u2019octobre.« De l\u2019argent, dit M.Estival, que les pays de l\u2019Occident acceptent en niant « les conséquences néfastes de l\u2019idéologie religieuse, de l\u2019islam forcené et exacerbé » porté par l\u2019Arabie saoudite qui se répand partout à travers le monde, autant par les bonnes œuvres du royaume que par le groupe armé État islamique.« Le wahhabisme [c\u2019est le nom de cette idéologie] est por té en paroles par l\u2019Arabie saoudite, dit le spécialiste du Moyen-Orient, et il est por té par les armes par les djiha- distes », adeptes des doctrines radicales de l\u2019islam détournées à dessein par quelques organisations terroristes.«Wahhabisme et terrorisme : cela crée un binôme infernal que l\u2019Occident n\u2019arrive pas à dénoncer en raison des intérêts économiques qui le lient à l\u2019Arabie saoudite, poursuit-il.On favorise ce pays alors qu\u2019on devrait simplement lui dire non».La bataille de Mossoul ne devrait rien changer à cette mécanique, déplore M.Estival qui, depuis plusieurs années, conseil le un grand nombre d\u2019États européens sur les grands enjeux géos- tratégiques qui af fligent ce coin du globe.« On est passé maître dans l\u2019art de faire l\u2019inventaire des dégâts sans s\u2019intéresser aux causes », dit-il.Des causes qui vont à nouveau interpeller la coalition, une fois la ville soustraite par la force et le pilonnage de l\u2019aviation américaine aux mains de « Daech », selon lui.Un après hasardeux « Pour le moment, cette coalition marche cahin-caha parce qu\u2019el le a intérêt à le faire sans mettre en exergue ses dif férences et ses oppositions.Mais les forces en présence ont chacune des intérêts variés, des visées spécifiques, qui ne sont pas vraiment conciliables », ajoute-t-il en mentionnant la présence de peshmergas dans le nord \u2014 ces combattants kurdes sans grande af f inité avec les Arabes \u2014 aux côtés d\u2019une armée of ficielle irakienne remise sur pattes par les États- Unis \u2014 elle est composée de soldats d\u2019élite chiites \u2014 et de mouvements autonomes sunnites en opposition confessionnelle avec le chiisme.La reprise de Mossoul se joue également avec la présence de groupes pro- iraniens, mais également de l\u2019armée turque \u2014 un autre pays voisin \u2014 en conflit latent, lui, avec le pouvoir of f iciel de Bagdad.En résumé.« L\u2019attaque de Mossoul va être remportée par l\u2019Occident, dit Jean-Pierre Estival.Après combien de temps et combien de morts?Difficile à dire.Mais ce qui est facile à prévoir, c\u2019est la complexité de l\u2019après-Mossoul.Plus on va avancer dans cette attaque, plus les contradictions que l\u2019on essaye de ne pas voir vont s\u2019af firmer », convoquant par le fait même, selon lui, l\u2019urgence de les nommer, d\u2019en parler, pour un jour, qui sait, de donner enfin aux batailles présentées comme décisives le caractère convainquant et final qu\u2019elles n\u2019ont pour le moment pas.Le Devoir L\u2019OCCIDENT PEUT-IL VAINCRE DÉFINITIVEMENT DAECH ?DU CALIFAT DU MOYEN-ORIENT À LA NÉBULEUSE MONDIALISÉE Jean-Pierre Estival L\u2019Harmattan Paris, 2016, 136 pages SUITE DE LA PAGE F 1 GUERRE D A N I E L L E L A U R I N T rois êtres en détresse.Mal dans leur peau.Trois êtres qui évoluent chacun de leur côté.Et qui vont bien finir par se rencontrer.Se dit-on, intrigués.Ce pourrait être une façon de présenter Parhélie ou les corps terrestres.Mais il y en d\u2019autres.Celle-ci : une femme s\u2019apprête à se suicider du haut d\u2019un immeuble.Sautera, sautera pas?À proximité, mais séparément, une ado et un vieil homme s\u2019interrogent sur son sort.Et sur leur sort respectif, par un effet miroir.Ou encore : une fille de 13 ans victime de harcèlement après avoir montré ses seins à un inconnu sur la Toile n\u2019en finit plus de se trouver « conne » et « laide », de se sentir « rejet ».Quel lien avec cette femme qui délire et entend des voix sur un toit ?Et que vient faire dans cette histoire un vieux postier chargé de livrer un colis à un inconnu introuvable ?Chistiane Lahaie a le don d\u2019entremêler ce qui, à première vue, semble disparate, incon- gr u.Le don de nous faire avancer dans la brume, tout en titillant notre curiosité.Et de faire surgir du farfelu, de l\u2019humour, en pleine situation dramatique.Il y a aussi chez cette écrivaine découverte il y a 20 ans avec le recueil de nouvelles Insulaires un intérêt soutenu pour la faille, la fragilité humaine.Dans Vous avez choisi Limoges, l\u2019an dernier, elle faisait s\u2019entrecroiser dans la même ville des personnages entre deux eaux, solitaires, écorchés.Le thème central du recueil : la porcelaine.Comme miroir de la fragilité intérieure.Cette fois, il s\u2019agit bien d\u2019un roman.Même si au départ les liens entre les trois personnages principaux de Parhélie ou les corps terrestres ne sont pas apparents.Justement.C\u2019est derrière les apparences, au-delà du paraître, que nous conduit cette histoire.On finira par comprendre que la femme suicidaire l\u2019est devenue après une longue opération sous anesthésie.Une opération chirurgicale destinée à la rajeunir, à l\u2019embellir.Elle y a laissé sa mémoire, sa santé mentale.Elle ne sait plus qui elle est.Nue comme un vers au 30e étage d\u2019un édifice, elle est coupée d\u2019elle-même, de son corps : « La logique voudrait que je souffre, mais je ne sens rien.Le cordon qui me reliait à mon corps s\u2019est rompu.» Le noir de la pensée L\u2019ado qui se déteste, qui déteste son corps, avait cru quant à elle être désirée pour la première fois de sa vie quand elle s\u2019est exhibée naïvement devant un internaute.La voici maintenant confinée dans une chambre loin de chez elle, prise en charge par sa tante Camille.Sans son téléphone cellulaire, privée de sa tablette et de son ordinateur, elle se laisse envahir par de noires pensées.Et elle s\u2019interroge.Sur la féminité, le vieillissement : «Camille, elle, n\u2019a plus ses règles.Plus assez d\u2019hormones.Alors, sa peau a commencé à se flétrir.Ses ongles cassent plus facilement et sa tignasse a perdu du volume.Elle avait une toute petite taille.Maintenant, elle a un ventre rebondi, comme si elle attendait un bébé.Sauf qu\u2019il ne viendra jamais.» Et de conclure, amère : « Bref, c\u2019est vraiment chouette être une fille.Jeune, on a des crampes, des boutons et les cheveux gras.Dès que ça cesse, on se met à plisser comme un pruneau.» Dans le cas du vieux postier, c\u2019est un peu plus compliqué.On sait qu\u2019il n\u2019est pas des plus attirants physiquement, tandis qu\u2019il ne peut s\u2019empêcher de fantasmer sur les grosses poitrines.On apprendra à la toute fin seulement le secret qu\u2019il cache depuis toujours, qui l\u2019empêche d\u2019être bien dans son corps et le confine à la solitude.Ce qui est certain, c\u2019est que prenant des allures de fable, le roman donne à penser que la rencontre avec la mor t, même de loin, rapproche les êtres.Et peut même contribuer à changer leur vie.Le reste appartient à la magie de l\u2019écriture.Collaboratrice Le Devoir PARHÉLIE OU LES CORPS TERRESTRES Christiane Lahaie Lévesque Éditeur Montréal, 2016, 140 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE La violence des apparences Christiane Lahaie fait se rencontrer trois personnages coupés de leurs corps C H R I S T I A N D E S M E U L E S D ans «Déménagement», la dernière des nouvelles qui composaient Retraite (Boréal, 2014), son premier recueil, il explorait déjà toutes les ambiguïtés de la misanthropie.Le protagoniste y expérimentait une inquiétante perte de contrôle de son existence.Rénovation, le premier roman de Renaud Jean, est cette fois une fable sombre et terrifiante sur le monde moderne et les voies subtiles de la ser vitude volontaire \u2014 en droite ligne avec Beckett et Kafka.Et peut-être est-ce avec une certaine suite dans les idées que, lorsque s\u2019amorce le roman, le narrateur solitaire vient tout juste d\u2019emménager dans un vaste appartement à l\u2019intérieur capitonné, dépourvu de fenêtres.« Je repose là sur un canapé, dans le silence et l\u2019obscurité, attentif aux battements de mon cœur, m\u2019abandonnant au passage du temps.» Mais deux inconnus, Folke et Takashi, vont débarquer un jour chez lui pour s\u2019y installer et entreprendre des travaux de rénovation dont il n\u2019a jamais été informé.Un an plus tard, de crises d\u2019insomnie en conversations absurdes, l\u2019homme se retrouve à la rue après avoir été expulsé de son appartement.« Secrètement \u2014 mais tout relève du secret dans ma vie \u2014, je caresse un rêve de cabane dans les bois, loin de la grande ville, qui ne me convient pas.» Il traîne un temps dans les parcs et les bibliothèques publiques, avant d\u2019être pris en charge par des forces mystérieuses et emmené quelque part dans une communauté située au milieu des bois.Il retrouve là-bas le même duo qui va l\u2019inciter cette fois à participer « activement et de bonne foi» à un programme spécial qui va lui permettre d\u2019expier une faute qu\u2019il ne connaît pas.« Invité à parler, poussé à agir, obligé à des interactions infinies (depuis mon arrivée, on m\u2019a astreint à une série d\u2019activités de socialisation), je lutte contre un sentiment d\u2019éparpillement qui ne me quitte plus.» Soumis durant des semaines à une batterie de tests et de questionnaires en vue de «cerner sa personnalité », l\u2019homme consent à participer à un stage de redressement social.Dès lors, ballotté de stage en emplois aussi insensés que sous-payés, il s\u2019engage dans une spirale qui ne paraît pas avoir de fin.Une longue descente aux enfers qui alimente son désespoir de ne pouvoir trouver sa place dans un monde auquel il n\u2019avait jamais vraiment souhaité appartenir.«Comment se fait-il que je continue de n\u2019opposer aucune résistance au monde qui me malmène, qui me foule aux pieds?» C\u2019est le cauchemar à l\u2019état pur.Une escalade d\u2019incompréhension, de culpabilité sans objet et de sentences jamais nommées.Diktat invisible, socialisation permanente, surveillance de tous par chacun : il est facile de voir dans Rénovation une sor te d\u2019allégorie noire et grinçante, au choix, sur la pression des réseaux sociaux, le monde du travail, l\u2019impact de chaînes de décisions lointaines et totalitaires sur nos vies \u2014 nos vies de plus en plus conformes.Un univers de transparence et d\u2019aliénation poussé jusqu\u2019à l\u2019absurde.Collaborateur Le Devoir RÉNOVATION Renaud Jean Boréal Montréal, 2016, 144 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Redressement social en spirale Dans la veine de Beckett et Kafka, Renaud Jean livre une fable noire et grinçante sur le monde moderne PEDRO RUIZ LE DEVOIR Les failles et la fragilité humaine forgent l\u2019œuvre de cette auteure qui aime entremêler l\u2019incongru.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Renaud Jean, un jeune premier face à son premier roman où la misanthropie dévoile ses ambiguïtés.On est passé maître dans l\u2019art de faire l\u2019inventaire des dégâts sans s\u2019intéresser aux causes Jean-Pierre Estival « » À première vue, Ying Chen surprend avec son nouveau roman.Celle qui a tant fouillé d\u2019un œil froid, cruel, le territoire de l\u2019intime, du couple, de la famille, déploie ses ailes comme jamais avec Blessures.Ce qu\u2019elle nous donne à voir : la guerre sino-japonaise à la fin des années 1930.L\u2019évolution de la Chine depuis.L\u2019évolution des relations entre l\u2019Orient et l\u2019Occident aussi.Les guerres qui se perpétuent un peu partout sur la planète, avec les jeunes, le plus souvent, comme chair à canon.Constat pessimiste sur l\u2019état du monde aujourd\u2019hui, «alors qu\u2019il ne reste plus qu\u2019une seule idéologie sur toute la planète, que l\u2019égoïsme est la norme, que l\u2019égo devient Dieu, le moteur incontesté d\u2019une locomotive qui roule sans que personne en connaisse réellement la direction.» Tout cela, Ying Chen nous le fait voir par les yeux d\u2019un médecin canadien devenu légendaire, qu\u2019elle ne nomme jamais, mais qui est en tous p o i n t s r e c o n n a i s s a b l e : Nor man Bethune.El le ne se contente pas de camper cet homme d\u2019action sur les champs de bataille en Chine, alors qu\u2019il tente de sauver le plus de blessés possible.Elle le fait aussi revivre, plus de 75 ans après sa mort.Ou plutôt, elle promène le fantôme de son héros sur les l ieux qui ont compté pour lui.Elle lui fait mesurer les changements opérés par le « tsunami de la modernisation » depuis sa mort.Les fantômes, les spectres, les revenants : loin d\u2019être nouveau dans l \u2019œuvr e de cette écrivaine d\u2019origine chinoise qui a élu domicile à Vancouver après plusieurs années passées au Québec, où elle a commencé à écrire, dans les années 1990, directement en français.L\u2019auteure d\u2019Immobile, d\u2019Un enfant à ma porte et d\u2019Espèces a souvent repris le même personnage de femme dans ses romans, en lui faisant vivre plusieurs vies.En la plongeant dans une errance cosmique, comme si el le voguait au- dessus du monde des vivants.Si Ying Chen cultivait dans ces romans le mystère, en abolissant les frontières du temps, elle n\u2019en posait pas moins, par les yeux de son héroïne multiple, un regard sévère sur la société actuelle, ses valeurs individualistes, matérialistes, superficielles.Déjà en 1995 dans L\u2019Ingratitude, Prix Québec-Paris et Grand Prix des lectrices de Elle-Québec, elle faisait parler une mor te.Une mor te qui réglait ses comptes avec le monde des vivants, avec sa société, son village.Avec sa mère, en par ticulier, prisonnière des traditions, représentante de la Vieille Chine, alors que de son vivant la jeune fille désespérait, dans la Chine de l\u2019après-Mao, de conquérir sa liberté individuelle.Bref, quand Ying Chen ressuscite les morts ou leur permet d\u2019avoir plusieurs vies, elle ne se prive pas, à travers eux, de poser un regard critique sur le monde des vivants, celui où ils ont évolué et celui qui continue sans eux.C\u2019est exactement ce qu\u2019elle fait par le biais de Norman Bethune et de son fantôme.Mais de façon plus systématique, avec des vues plus largement politiques et sociales.Les ennemis de la démocratie On s\u2019attarde, entre autres, à la façon dont était perçu par certains, au Canada, le médecin de son vivant : un dissident, un traître, un fanatique, lui qui « s\u2019était exilé dans un pays de nains barbares et qui, de plus, avait voulu aider les ennemis de la démocratie».On s\u2019attarde aussi à l\u2019évolution de cette perception.Après la mort de Bethune.Alors qu\u2019il est devenu héros national en Chine, période d\u2019oubli dans son pays\u2026 «L\u2019oubli, écrit Ying Chen, dura jusqu\u2019au jour où l\u2019excédent de gaz et de pétrole que produit le pays du docteur eut besoin de ruisseler à tout prix sur un autre continent, quitte à traverser montagnes et océans, fleuves et champs, langues et croyances.» L\u2019auteure ajoute : «On se souvint tout à coup, comme si de rien n\u2019était, de ce personnage qu\u2019on pouvait présenter comme un ambassadeur, un pionnier, une marque de commerce.» Comme dans ses romans précédents, Ying Chen nous montre, non seulement son héros dans son milieu, elle nous donne aussi accès à ses pensées secrètes.Et à ses propres contradictions, tandis qu\u2019il lutte jour après jour pour sauver des vies dans des conditions inhumaines, avec des équipements de fortune, privé bien souvent de médicaments.Autr ement d i t , l \u2019 in t ime n\u2019est pas mis de côté.Bethune lui-même se pose des questions sur sa propre vie.Des remords, ce « dissident perpétuel » en a eu.Non pas qu\u2019il remette en question son choix de vie, ce besoin d\u2019agir dans l\u2019urgence qui l\u2019a toujours animé, cette nécessité de fuir la vie ordinaire pour se sentir utile, ce « dégoût pour toute stagnation ».Quitte à laisser derrière lui une femme aimée.Mais il ne se pardonne pas d\u2019avoir fait souf frir son ex- femme.De ne pas lui avoir offert la vie de couple et de famille qu\u2019elle recherchait, qu\u2019il lui avait en quelque sorte permis d\u2019espérer auprès de lui.Un roman d\u2019introspection Il ne regrette pas d\u2019avoir sauvé la vie d\u2019un soldat du camp ennemi.Pour le Bethune que fait revivre Ying Chen, « si les guerres se faisaient au nom des nations, son métier à lui ne connaissait pas de frontières.» Il s\u2019en veut, par contre, par ce geste, d\u2019avoir causé malgré lui la mor t de son petit protégé, un paysan orphelin devenu enfant-soldat, qui le considérait comme un père de remplacement.Roman d\u2019introspection tout autant que roman au cœur de l\u2019action, Blessures.Très riche.Mais attention : pas de chronologie.Présent et passé s\u2019entremêlent.Pas de réels repères géographiques, pour tout dire.Aucun lieu n\u2019est proprement identifié, ni la ville de l\u2019Ontario où est né le médecin en 1890, ni Montréal où il a longtemps œuvré, pas plus que la région des montagnes en Chine où il est mort d\u2019une septicémie à 39 ans après s\u2019être blessé à un doigt en opérant un soldat blessé.On voit passer la figure de Mao, mais sans qu\u2019 i l soi t nommé.On comprend bien sûr dans quelle guerre nous sommes plongés, même si l\u2019auteure ne dit pas son nom.Plutôt : une guer re « opposant un pays moderne à un pays médiéval ».L\u2019auteure multiplie les paraphrases, les métaphores.Elle laisse planer une zone de flou.Dans le temps, dans l\u2019espace.Concernant les faits historiques, le héros et les personnages qui l\u2019ont inspirée.Son roman peut dérouter.Avis aux intéressés : on n\u2019est vraiment pas dans un ouvrage biographique, ou d\u2019inspiration biographique, courant.On est dans l\u2019évocation.Longues phrases, habitées.Souf fle puissant.On est dans du Ying Chen, tout simplement.Du Ying Chen magnifié.BLESSURES Ying Chen Boréal Montréal, 2016, 168 pages D O M I N I C T A R D I F E lles sont savantes au sens au où elles savent beaucoup de choses, presque trop de choses, les jeunes femmes auxquelles Chloé Savoie-Ber- nard donne la parole.Elles savent l\u2019éternité d\u2019un matin sans maquillage, mesurent précisément ce qu\u2019elles risquent lorsqu\u2019elles baisent sans capote et connaissent par cœur les longs trajets d\u2019autobus pour se rendre en thérapie.Elles peuvent aussi, si vous le demandez, décrire la sensation d\u2019un pénis enfoncé de force dans leur gorge.Elles en ont vu d\u2019autres.Elles seraient dangereuses, si seulement elles se taisaient moins.Premier recueil de nouvelles de la poète révélée l\u2019an dernier par Royaume scotch tape (L\u2019Hexagone), Des femmes savantes est d\u2019abord et avant tout un livre sur le silence auquel se réduisent (et sont réduites) des filles obéissantes, dans le cœur desquelles gronde pourtant le volcan de la désobéissance.Elles voudraient rouspéter, répliquer, envoyer chier, mais préfèrent sourire, question de ne pas être assaillies par les mansplainers et autres prédateurs ordinaires.Dans Vois-tu, bébé requin, je veux te dévorer le cœur, une mannequin aux abois essuie les invectives d\u2019un photographe s\u2019impatientant de ne pas déceler d\u2019étincelle dans son œil alors qu\u2019elle pose nue devant lui pour une publicité de parfum bon marché.« Sulfureuse, je l\u2019avais déjà été bien suf fisamment pour JF », ex- plique-t-elle en évoquant son amant.« Accroupie, à quatre pattes, par-dessus lui, je lui avais donné tout mon quota de sex-appeal pour l\u2019année [\u2026] je n\u2019avais plus rien dans les mains, rien dans les poches d\u2019af friolant, pas même des miettes.J\u2019étais vidée.» Elle parviendra néanmoins à répondre à la commande, tout en se réfugiant à l\u2019intérieur d\u2019elle-même, dans cette «chambre à soi» inviolée par le monde extérieur dont ses sœurs et elle doivent chaque jour ardemment défendre l\u2019enceinte.Chloé Savoie-Bernad leur fournit ici une sorte de manifeste.La revendication est d\u2019ailleurs un ton que peu d\u2019auteurs savent aussi bien subver tir.« Quelle joie que de me cloîtrer dans la nomenclature des filles comme moi, des filles légères, parce que légère je le suis entre ses bras à lui, et je l\u2019ai été, dans d\u2019autres bras encore, tant de fois auparavant », raconte une noctambule fière de papillonner de lit en lit.De l\u2019espoir de rentrer dans le rang Une petite voix, lancinante et séditieuse, résonne dans la tête de ces femmes savantes.Elles aimeraient parfois la faire taire et rentrer dans le rang une fois pour toutes.« Bientôt, je lirai autre chose, je lirai des romans historiques, je lirai de la chick lit, à la fin de l\u2019histoire, la fille fourrera avec un gars imparfait mais qui l\u2019aime vraiment, il sera probablement technicien pour Vidéotron et j\u2019en soupirerai d\u2019aise », lance, à moitié sérieuse, une héritière de Sylvia Plath et de Nelly Arcan dans Tu baignes dans la lumière.Dans un contexte où les violences faites aux femmes, celles des magazines de mode comme celles des agressions sur les campus, sont enfin nommées comme telles sur la place publique, les nouvelles de Chloé Savoie-Bernard pourront avantageusement être lues à l\u2019aune de nombreuses questions d\u2019actualité.Il serait quand même triste de réduire au rang de commentaire éditorial cette auscultation élégamment âpre du désir et de son enivrante violence.Écriture féministe ?Oui, sans aucun doute, mais que dans la mesure où le féminisme est un appel à ce que le savoir des femmes fasse trembler le solage de nos certitudes.Collaborateur Le Devoir DES FEMMES SAVANTES Chloé Savoie-Bernard Triptyque Montréal, 2016, 124 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 LITTERATURE F 3 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois La maîtresse d\u2019école \u2022 Tome 2 La tentation du.Ismène Toussaint/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Chère Arlette Arlette Cousture/Libre Expression 1/2 Les empocheurs Yves Beauchemin/Québec Amérique 2/3 Danger! Femmes en SPM Catherine Bourgault/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Les fautifs Denis Monette/Logiques 3/8 Dans le regard de Luce \u2022 Tome 2 Pauline Gill/VLB 4/2 La nature de la bête Louise Penny/Flammarion Québec 6/8 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 9/3 Il était une fois à Québec \u2022 Tome 1 D\u2019un siècle.Michel Langlois/Hurtubise 7/5 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 1 La tentation.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 5/8 Romans étrangers Délires mortels Kathy Reichs/Robert Laffont \u2013/1 Si tu me voyais comme je te vois Nicholas Sparks/Michel Lafon 1/5 Demain les chats Bernard Werber/Albin Michel 2/3 Message sans réponse Patricia J.MacDonald/Albin Michel \u2013/1 L\u2019homme qui voyait à travers les visages Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 4/7 Un cœur sombre Roger Jon Ellory/Sonatine 3/5 La fille dans le brouillard Donato Carrisi/Calmann-Lévy \u2013/1 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 5/30 Les bottes suédoises Henning Mankell/Seuil 6/8 Une avalanche de conséquences Elizabeth George/Presses de la Cité \u2013/1 Essais québécois Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 1/3 Je ne sais pas pondre l\u2019œuf, mais je sais quand.Josée Blanchette/Flammarion Québec 2/3 Les superbes Collectif/VLB 3/2 Dans l\u2019œil du pigeon Luc-Alain Giraldeau/Boréal 4/2 Un barbare en Chine nouvelle Alexandre Trudeau/Boréal 5/5 Lettres à une jeune journaliste Josée Boileau/VLB 8/3 Abécédaire du féminisme Collectif/Somme toute 7/4 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 6/53 La révolution culturelle du capital Maxime Ouellet/Écosociété \u2013/1 La vérité sur le sucre André Marette | Geneviève Pilon/VLB 9/6 Essais étrangers Qui gouverne le monde?L\u2019état du monde 2017 Collectif/Découverte 1/3 Contre l\u2019allocation universelle Collectif/Lux \u2013/1 La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 7/39 Le terrorisme expliqué à nos enfants Tahar Ben Jelloun/Seuil 2/3 Clinton/Trump.L\u2019Amérique en colère Christine Ockrent/Robert Laffont 3/2 Idéaux politiques Bertrand Russell/Écosociété 5/5 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 6/35 Le miroir aux alouettes Michel Onfray/Plon 8/2 La plénitude du vide Xuan Thuan Trinh/Albin Michel 4/3 Ce qui est à toi est à moi.Contre Airbnb, Uber.Tom Slee/Lux \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 10 au 16 octobre 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Le fantôme de Norman Bethune Dans Blessures, Ying Chen ressuscite les morts pour mieux parler aux vivants NOUVELLES Le silence de celles qui veulent gueuler Chloé Savoie-Bernard pénètre ces territoires intérieurs où l\u2019on se cache des prédateurs ordinaires LA PRESSE CANADIENNE Par les yeux du légendaire médecin canadien, ici photographié en Chine dans les années 1930, Ying Chen tisse une errance cosmique qui vogue au-dessus des vivants.DANIELLE LAURIN PEDRO RUIZ LE DEVOIR Chloé Savoie-Bernard fait résonner une petite voix lancinante et séditieuse dans la tête de ses femmes savantes.POLAR POLICE Hugo Boris Grasset Paris, 2016, 189 pages Policière.Elle ne travaille pas dans la dentelle.Virginie enchaîne des missions urbaines.Intervention de prison.Expulsion.Suicide.Sadique.Incendié.Traite humaine.Elle gère les ordres.À côté, l\u2019urgence de l\u2019hôpital a l\u2019air d\u2019un salon.Le roman se balade avec l\u2019auto de patrouille.Les conversations fusent au ras du bitume, entre bordées d\u2019insultes, machisme, offenses et chienneries variées.Ça décape la politesse et les belles façons.Virginie n\u2019a guère de vie personnelle, mais elle pense souvent à ce qu\u2019elle fait.Désensibilisée, elle n\u2019est pas mithridatisée.Peu à peu, les équipes s\u2019individualisent, les forces de l\u2019ordre s\u2019humanisent pour ce qu\u2019elles sont, en France, pas au Tadjikistan.Lui, l\u2019expulsé tadjik, avec cette police française, il ne pige pas.Virginie a des journées dures, et ce roman, retournant l\u2019esprit du polar, éclaire une tranche de réalité quotidienne pas badigeonnée de blanc.Le titre est imprimé sur la couverture à l\u2019envers, esprit du temps, témoignage social marqué de durcissement.Guylaine Massoutre L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 L I T T É R A T U R E F 4 Le PQ en filigrane Le lauréat du Prix du gouverneur général pour La Rage (1989) juge les écrivains québécois trop mous lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler de figures politiques.«Nos romanciers, en général, ne sont pas de bons commentateurs de la vie politique, ce qui fait qu\u2019il faut se fier aux observateurs professionnels.» Exit, donc, les émules québécois de Joan Didion, Philip Roth ou Don DeLillo \u2014 lesquels ont tous fait de la politique le point central de leurs œuvres \u2014 si l\u2019on suit la logique d\u2019Hamelin.«L\u2019un des aspects que je voulais aborder est la relation entre la politique et l\u2019argent.Dans le roman, en filigrane, il y a la montée et l\u2019arrivée au pouvoir du Par ti québécois.» On suit donc la manière dont « le parti des idées», qui a porté les rêves de pratiquement deux générations, a fini par devenir un parti relativement « électoraliste » comme les autres.Dans Autour d\u2019Éva, où il pique d\u2019une verve gouailleuse autant les écolos se situant « entre le bolchevisme et la social-démocratie » que les « fleurons » du Québec inc., Louis Hamelin propose une réflexion au sujet des marionnettistes et autres rois nègres des régions rurales : « La vraie mainmise sur l \u2019 économie d \u2019une vi l le comme Baie-Comeau ou Rouyn- Noranda, c\u2019est la chambre de commerce et tous ses affiliés.» Considérant tout cela, le Québec ne se prêterait-il pas au genre de récit politique qui a fait la renommée d\u2019écrivains américains comme Philip Roth et Norman Mailer?«Le Québec est immense, territorialement parlant, mais, en même temps, comme société, nous sommes petits.Et, dans les petites sociétés, on est par fois frileux lorsqu\u2019il s\u2019agit de dépeindre la politique.» Pour illustrer son point de vue, Louis Hamelin pourra toujours compter sur ce fabuleux paltoquet qu\u2019est son Lionel Viger, dans Autour d\u2019Éva, sor te d\u2019Elvis Gratton intelligent au service du grand capital.« Je voulais que ce personnage de fiction soit une bébitte, un petit gars qui a fait fortune et qui revient dans son coin de pays en gros bonnet.Un parvenu qui se perçoit comme un rêveur, voire un poète.» Personnage de f i c t ion , vraiment ?Et dire que la poésie envahissait récemment l\u2019Assemblée nationale\u2026 Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE F 1 HAMELIN Les États-Unis par eux-mêmes.À l\u2019approche du scrutin américain, le 8 novembre, Le Devoir vous propose de traverser l\u2019Amérique, d\u2019est en ouest, à la rencontre, chaque semaine, d\u2019auteurs qui, par le roman, la nouvelle, l\u2019essai ou la bande dessinée, dressent le portrait social, politique et économique de leur pays dans toute sa diversité.Sixième escale : vieillesse, solitude et conformisme dans le Colorado de Kent Haruf.ÉTATS-ÉCRITS D\u2019AMÉRIQUE (6) L\u2019attraction des corps contre tous Depuis son Colorado, Kent Haruf laisse sa poésie pourfendre l\u2019isolement et les conformismes G U Y L A I N E M A S S O U T R E «D igressions, intuitions et chapardages» : Pierre Senges imagine ainsi chacun de ses livres, créant une histoire contrefaite pour se moquer des faits établis.Cendres des hommes et des bulletins en est un pur exemple.Voici un XVe siècle boiteux, avec ar rêt sur image dans une Flandre à la Bruegel, où se mêlent bugnes, danses, masques et hérésies.Le dessinateur Sergio Aquindo illustre cette Fête des Fous, tandis que l\u2019« Intelligence Recouvrée » des pauvres hères prend des accents de vérité.Tel un jeu de l \u2019o ie, l \u2019ouvrage progresse de case en case.Ici, c\u2019est une scène de rue, là, l\u2019élection d\u2019un antipape, on revient à la case dé- par t, on progresse comme par un lancer de dés.Inouïe, ludique et drôle, l\u2019épopée pataphysique du duo Senges et Aquindo théâtralise la vie ratée de personnages s\u2019acheminant en cor tège, bon an mal an, jusqu\u2019à Anvers.Le dessin noir et blanc touche au mystère des mœurs tordues, issues de faits non avérés, ici racontées.Cette caravane d\u2019égarés vous fera découvrir l\u2019antipape Sylvestre IV, la bâtarde royale Jacinta Lancastre d\u2019Angleterre, Alaeddin Ier l\u2019Ottoman, le banquier Hans Van der Dingen, le roi Philippe VII, et quantité de figures secondaires.Ombres chinoises, ces ratés de l\u2019Histoire narguent nos idées sérieuses, dont la plus chère, la certitude dans le progrès et la raison.Histoire détraquée D\u2019où proviennent ces si - lhouettes, pleines de sottise et de repentance ?En arpentant le Louvre, il y a six ans, Aquindo est attiré par un petit tableau de la Renaissance flamande, Les Mendiants, de Bruegel.En scrutant les détails, il se met à dessiner ces infirmes grotesques, avec béquilles et prothèses.La scène dist i l le son magnétisme.Aquindo invite alors Senges à pénétrer dans cette cour des miracles et à renouveler l\u2019expérience d\u2019un opuscule tendre, Zoophile contant fleurette, qu\u2019ils signaient ensemble en 2012.Senges enrichit alors son cabinet de curiosités.Amateur de variantes saugrenues, de gloses humoristiques et de miroirs où capter les jeux de conscience, cet esprit ferré en textes anciens pousse la parodie rabelaisienne vers des fantasmes jouissifs.Voyez ses «usurpés» conspuer leur roi, libres sous le masque de l\u2019ânerie, riant du « Principe d\u2019Usurpation Universel trouvant son incarnation dans des formes anecdotiques».Pagaille rieuse, farandole tragicomique, Cendres des h o m m e s e t d e s b u l l e t i n s dresse le plaidoyer d\u2019une reconquête littéraire : celle des parenthèses, où forer une mine de trésors enfouis, et celle d\u2019obscurs bulletins, où puiser ces narrations émaillées de sottises qui sédimentent nos savoirs.Entêtements Où Pierre Senges va-t-il chercher tout cela ?Avec Kafka, dans Études de silhouettes, ou Melville, dans Achab (séquelles), et d\u2019autres compositions aussi érudites que jubilatoires, il a donné des sommes excentriques et explosées.Entre les dessins ubuesques d\u2019Aquindo et la toile de Bruegel, humaniste au réalisme pimenté de critique morale et politique, l\u2019écrivain relance le projet des Mendiants en l\u2019actualisant.«Résurrection des Corps Boiteux», cet édifice livresque aux arabesques fait jouer la folie des gens de pouvoir par des exclus.Senges n\u2019écrit-il pas que la boussole de l\u2019antipape Sylvestre n\u2019est pas f iable : « Elle exige une vir tuosité d\u2019instrumentiste (patience et doigté) : avant de la voir exprimer la vérité la plus stricte, il faut en passer par des hésitations d\u2019abord déroutantes, désespérantes, des petits tremblements d\u2019aiguille \u2014 c\u2019est d\u2019ailleurs une règle devenue un proverbe : sous les doigts d\u2019un homme perdu, la boussole s\u2019af fole toujours »?Sous l\u2019effet de rêve, le donquichottisme de l\u2019humanité en ressor t.Voici exhumé le chapeau pointu de la Mor t.Voudrait-on qu\u2019elle se lasse, qu\u2019un catalogue d\u2019« ahuris », d\u2019« estropiés » \u2014 « Bourgmestre, Évêque des Fous, Abbé des Cornards, Prévost des Étourdis, Abbé de Maugouver t ou de Lecache Profit » \u2014 voie triompher le défi lé de ces marionnettes sous la plume impeccable d\u2019un dessinateur et d\u2019un troubadour.Collaboratrice Le Devoir CENDRES DES HOMMES ET DES BULLETINS Pierre Senges et Sergio Aquindo Le Tripode Paris, 2016, 320 pages ROMAN ÉTRANGER Mendiants et estropiés Pierre Senges et Sergio Aquindo laissent un tableau de Bruegel guider leurs variations F A B I E N D E G L I S E C\u2019 est une histoire toute simple, d\u2019une douceur et d\u2019une beauté remarquables, qui articule une terrible complexité : celle de se sortir des conformismes moraux, d\u2019aller au-delà des impératifs sociaux, des normes et des préjugés dans une Amérique engoncée dans ses dogmes et ses orthodoxies.Dans Nos âmes la nuit, le romancier Kent Haruf, auteur des Gents de Hol t County ( 2 0 0 6 ) e t d e Colorado Blues (2002), décédé en 2014 à l \u2019âge de 71 ans, laisse dans cet ultime roman l\u2019élégance de sa plume caresser le destin improbable d\u2019Addie Moore, septuagénaire, veuve, et de Louis Waters, son voisin du même âge, également esseulé et isolé par la mort de sa femme.Ils habitent à « un pâté de maisons » l\u2019un de l\u2019autre, dans Cedar Street, dans le plus vieux quartier de la ville, Holt, ville imaginaire du Colorado que l\u2019auteur revi- site ici pour placer cette fois une vieille femme face à l\u2019audace d\u2019une aventure : un jour, Addie propose à Louis de venir passer ses nuits chez elle, dans son lit, pour ne plus être seule, sans arrière-pensée, sans malaise, uniquement pour laisser deux âmes, abandonnées sur le chemin de la vie à deux, renouer avec la chaleur d\u2019une complicité, au contact nocturne l\u2019une de l\u2019autre.Tout est en délicatesse dans ce récit de deux solitudes ordinaires, posé sur papier par Kent Haruf comme une dentelle sur la patine d\u2019un meuble en bois.Les dialogues se fondent dans une narration dont la modestie des images et le calme du verbe dévoilent une pureté conséquente, en symbiose avec celle dont cherchent à s\u2019approcher les deux voisins dans leur rappor t à l\u2019autre.Pour leur sur vie.Et contre tous.L\u2019attraction des corps est totalement platonique.Au contact des résistances, des frictions extérieures, dans l\u2019entourage des deux veufs entrés en résistance face à leur isolement, e l l e v a a u s s i fa ire apparaître u n e critique subtile, nourrie avec sensibilité, de tous ces cadres sociaux dont la rigidité assure la cohésion d\u2019une communauté, mais peut devenir fatale aux destins sortant malgré eux des balises habituelles.C\u2019est le poids de la morale comme arme de destruction émotive, comme carburant d\u2019une normalisation nuisible à la nature humaine que dépeint ici Kent Har uf, avec cette poésie, cette précision, cette justesse qui laissent une fois de plus les mots, ses mots, entretenir l\u2019idée d\u2019une insoumission à l\u2019égard de ce genre de contradictions.Le Devoir NOS ÂMES LA NUIT Kent Haruf Robert Laffont Traduit de l\u2019anglais par Anouk Neuhoff Paris, 2016, 180 pages LE TRIPODE En puisant dans les tonalités des Mendiants, œuvre de Pieter Brueghel l\u2019Ancien, 1568, reproduite dans le livre, les auteurs s\u2019attaquent aux maux du pouvoir.ROBERT LAFFONT Sur les reliefs de son État natal, Kent Haruf pose, dans Nos âmes la nuit, le récit des solitudes socialement troublées dans leurs rapprochements (Photo extraite de la couverture).ROMAN QUÉBÉCOIS AUTOUR D\u2019ÉVA Louis Hamelin Boréal Montréal, 2016, 424 pages Campé dans l\u2019Abitibi qui portait La constellation du Lynx, le neuvième roman de Louis Hamelin s\u2019articule autour d\u2019une communauté où les uns vantent les retombées d\u2019investissements « dans une économie qui en arrache », tandis que les autres savent déjà que les porteurs d\u2019eau deviendront des porteurs de sacs de ciment « mais seront toujours des porteurs ».En filigrane se joue l\u2019avenir d\u2019un Québec perplexe face à son entrée dans l\u2019histoire.Éva Sauvé, Montréalaise d\u2019adoption, quitte la ville pour aller vivre au chalet de son père, rédacteur en chef du Colon, un hebdomadaire financé par des entrepreneurs favorables aux projets du promoteur immobilier Lionel Viger.Le désir de débrancher qui anime Éva s\u2019essouffle lorsqu\u2019elle adhère à un mouvement contestataire dirigé par l\u2019activiste et documentariste Dan Dubois.Le tour de force de Louis Hamelin réside en ce fait qu\u2019il rend compte, avec un humour caustique, du pire chez chacun, question de mieux rappeler, au final, que le roi est nu.Ralph Elawani JACQUES NADEAU LE DEVOIR Dans Autour d\u2019Éva, Louis Hamelin propose une réflexion au sujet des marionnettistes et autres rois nègres des régions rurales. C H R I S T I A N D E S M E U L E S L e passé est-il un gage de l\u2019avenir?Parfois oui, parfois non.Il l\u2019est sur tout lorsque, d\u2019un roman à l\u2019autre, le talent est au rendez-vous.Dans une autofiction déjantée et un voyage temporel où se mélangent associations d\u2019idées et souvenirs, un nar rateur presque identique à celui qu\u2019on rencontrait dans Au dépar t d\u2019Atocha (L\u2019Olivier, 2014, réédité en poche), le fascinant premier roman de Ben Lerner, essaie de nous dire sa vérité fuyante.L\u2019écrivain américain s\u2019impose encor e une fo i s sur fond de catastrophes personnelles et collectives.Après avoir abordé l\u2019expérimentation de drogues, l\u2019exil et l\u2019attentat de mars 2004 à Madrid, i l entrechoque cette fois dans 10:04 la maladie, la postérité \u2014 biologique ou littéraire \u2014 et l\u2019ouragan Sandy, qui a frappé les côtes de la Nouvelle-Angleterre en 2012.Trentenaire célibataire hétérosexuel installé à Brooklyn, poète névrosé et hypocondriaque, prof de création littéraire qui sur fe un peu sur le « succès critique inattendu» de son premier roman, Ben est à un tournant.Sa meilleure amie, Alex, qui voit filer les aiguilles de son horloge biologique, lui demande d\u2019être le père biologique de son enfant \u2014 par insémination ar tificielle, bien sûr, parce que coucher ensemble serait peut-être étrange.Lorsqu\u2019il apprend qu\u2019il est atteint d\u2019une rare maladie du cœur, son imagination dramatique s\u2019emballe en attendant un diagnostic plus précis.La possibilité prochaine de sa propre mort jointe à l\u2019idée de la pater nité va déclencher chez lui une intense réflexion où se mêlent le passé et le futur, le réel et la fiction.L\u2019heure du retour Tout comme s\u2019y mêlent bébés poulpes et brontosaures, un petit garçon de huit ans et un vieux couple de poètes, la quali té discutable de son sperme, la tragédie de la navette Columbia et Retour vers le futur.Dix heures et quatre minutes, c\u2019est l\u2019heure exacte à laquelle Marty McFly, le héros de ce fameux film de science- fiction des années 1980, doit revenir pour réussir son risqué voyage dans le temps\u2026 Des péripéties qui viennent nourrir le roman qu\u2019il s\u2019est engagé à écrire en échange d\u2019une avance substantielle.Un roman dans lequel un écrivain qui lui ressemble drôlement essaie de vendre ses archives personnelles, dont il a gonflé la valeur en falsifiant sa correspondance avec quelques écrivains célèbres.Un véri table maelström qui va se mettre à cristalliser au cours d \u2019une résidence d\u2019écriture de quelques semaines à Marfa, une colonie artistique branchée du Texas.Le reste du temps, il se promène dans New York \u2014 ce nombril du monde \u2014, angoisse ou désire, a des trous noirs et des fulgurances.Par la magie de l\u2019écriture de Ben Lerner, le faux roman sur la fraude littéraire et la fabrication du passé se change sous nos yeux en vrai roman sur un présent bien vivant, mais rempli de ses multiples futurs.Car, au final, l\u2019écrivain- narrateur s\u2019est décidé pour « une œuvre qui, à l \u2019instar d\u2019un poème, n\u2019est ni de la fiction ni de la non-fiction, mais un vacillement entre les deux ».En divisant son roman riche et dif ficile à résumer entre deux personnages, le Je et l\u2019Auteur d\u2019un «roman virtuel », Ben Lerner nous of fre aussi au passage une brillante démonstration de création littéraire in vivo où se mélangent paternité et transmission.Écrivain pour écrivains, comme on le dit par fois de Pynchon, Nabokov, Foster Wallace, Sebald ou Bolaño, Ben Lerner avance sans masque sur la mince ligne qui sépare la réalité de la fiction.Sans jamais être avare d\u2019intelligence et de sensibilité \u2014 et avec beaucoup d\u2019autodéri- sion, il faut le dire \u2014, Ben Lerner opère un peu à la manière d\u2019un boa constricteur.Sa drôle de fiction entoure son lecteur, le comprime, l\u2019avale.« Et si, à la fin du livre, tout est comme à présent, mais à peine modifié ?» C\u2019est un risque qui en vaut la peine.Même pour le lecteur.Collaborateur Le Devoir 10:04 Ben Lerner Traduit de l\u2019anglais par Jakuta Alikavazovic L\u2019Olivier Paris, 2016, 266 pages I S A B E L L E B O I S C L A I R Q uinze ans après sa publication au Canada anglais, la biographie d\u2019Elizabeth Smart, née à Ottawa à 1913, paraît en traduction.Ce délai est à l\u2019image de la vie de l\u2019écri- vaine, dont le premier roman, À la hauteur de Grand Central Station je me suis assise et j\u2019ai pleuré, n\u2019aura été traduit et publié en français qu\u2019en 1993, soit 48 ans après sa parution à Londres en 1945, elle-même pratiquement passée sous silence avant qu\u2019il ne soit réédité en 1966, et en 1975 aux États-Unis.Ce n\u2019est qu\u2019en 1982 qu\u2019elle sera publiée au Canada, qui la découvre alors qu\u2019elle a près de soixante-dix ans ; il est vrai que l\u2019auteure a préféré habiter l\u2019Angleterre.Sa vie reste marquée par cet immense décalage entre la production et la réception de son œuvre , net tement avant-gardiste : s\u2019éloignant d u r é a l i s m e , s e s r o m a n s sont empreints de poésie.Fi l le d\u2019une famil le de la haute bourgeoisie de la capitale, elle échappe à son destin de fille riche et mène sa vie à sa manière, dérogeant à toutes les conventions de sa classe sociale.Ses années de jeunesse la voient parcourir le monde, frayant avec peintres et artistes \u2014 elle rencontre Diego Rivera \u2014, se retrouvant dans un ménage à trois au Mexique, hippie avant la lettre.La légende veut qu\u2019elle soit tombée amoureuse de George Barker en découvran t un de ses recueils de poésie, dans une librairie londonienne, en 1937.Leur rencontre survient trois ans plus tard.Ils connaîtront un amour passionné et auront ensemble quatre enfants, même si Barker est marié et qu\u2019ils n\u2019habiteront pour ainsi dire jamais ensemble, sauf pour de courtes périodes.Elizabeth cache sa première grossesse à ses parents et va se réfugier dans un village perdu de la côte ouest pour accoucher.C\u2019est à ce moment, en 1941, qu\u2019elle termine son roman, qui ne sera publié qu\u2019en 1945.Sa mère trouve le roman indécent (« elle le voit comme le compte rendu de \u201cl\u2019érotomanie\u201d d\u2019une jeune femme indocile qui est disciple d\u2019Henry Miller ») ; elle brûle son propre exemplaire de By Grand Central Station I Sat Down and Wept ainsi que les six seuls autres diffusés au Canada, tout en faisant des pressions pour que le livre n\u2019y soit plus exporté.On aura remarqué que le titre détourne un verset biblique : réécriture profane qui compor tait sa charge provocatr ice pour l\u2019époque, surtout appliquée au récit d\u2019un amour adultère.Difficile reconnaissance Elizabeth Smart souhaitait consacrer sa vie à l\u2019écriture; son statut de mère monoparentale l\u2019en détourne.Vivant dans des conditions difficiles, elle écrit dans divers magazines pour subvenir à ses besoins.De son côté, George Barker aura quinze enfants avec plusieurs femmes, sans jamais cesser d\u2019écrire.Si elle expérimente directement cette inégalité, ce n\u2019est qu\u2019au milieu des années 1960 qu\u2019elle prend la parole pour la dénoncer, consacrant plusieurs articles à l\u2019invisibilité des femmes écrivaines.En 1970, elle écrit dans son journal: «[George] a consacré sa vie entière à l\u2019écriture, sans se laisser distraire par l\u2019amour ou les autres.Ou alors il s\u2019en est servi pour nourrir son art.» Plus tard: « Le ventre est un bagage encombrant.» Libérée du fardeau maternel, elle publie quatre recueils de poésie dans les années 1970 et 1980.Une tournée littéraire au Canada, en 1982, la laisse amère et insatisfaite; elle qui aime boire et parler de poésie toute la nuit trouve trop policés les milieux littéraires et universitaires qui l\u2019accueillent.Elle leur préfère L\u2019arrogance des vauriens, titre d\u2019un poème publié en 1951, qui sera intégré au roman éponyme paru en 1977.Elle meurt en 1986.«Chaque génération éprouve, semble-t-il, le besoin de revenir à cette femme dif ficile, ardente exemplaire et seule », écrivait Lori Saint-Martin en ces pages en 2002.Si cette biographie peut amener une nouvelle génération à la lire, il se pourrait bien que ses livres ne meurent pas, ce qui serait une belle revanche.Collaboratrice Le Devoir LE CŒUR JAMAIS ÉTEINT UNE VIE D\u2019ELIZABETH SMART Rosemary Sullivan Traduit de l\u2019anglais par Marie Frankland Leméac Montréal, 2016, 456 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 L I V R E S F 5 M ario Benedetti fut l\u2019un des plus grands écrivains latino- américains du vingtième siècle.Une icône littéraire de la gauche qui, à la fin de sa vie, croulait sous les décorations.Dans cette autre Amérique qui commence sur la rive sud du Rio Grande, les poètes ont t o u j o u r s é t é c o n s i d é r é s comme des f igures importantes, comme les vrais ambassadeurs de la langue, personnages publics respectés, au prestige intact, alors que par tout ailleurs triomphait sans partage le roman.L\u2019Uruguay, patrie de notre homme, est le plus intrigant pays d\u2019Amérique latine.Un maigre trois millions d\u2019habitants, mais plus de Coupes du monde de soccer à son actif (deux) que l\u2019Angleterre, la France et l\u2019Espagne.Et la terre d\u2019Uruguay semble avoir pour vocation de fabriquer des poètes.Une vague d\u2019immigration française, au XIXe siècle, y enfante successivement Isidore Ducasse, comte de Lautréa- mont, Jules Laforgue, considéré comme un co-inventeur du vers libre, et l\u2019autre Jules au drôle de nom, Supervielle, lequel, tout comme ses deux prédécesseurs, s\u2019arrachera vite aux lointains rivages de la rade de Montevideo pour voguer vers la cité de Baudelaire.Né là-bas en 1920, Benedetti traverse à dix-huit ans le Rio de la Plata.À Buenos Aires, où un obscur bibliothécaire appelé Borges pond une fiction intitulée Pierre Ménard, auteur du Quichotte, super Mario va déployer une activité littéraire et intellectuelle considérable.Au-delà de l\u2019aura poétique dans laquelle continue de baigner sa renommée posthume, Benedetti fut un véritable polygraphe, multipliant articles, essais, pièces, contes, éditoriaux politiques et autres textes en prose.En 1971, il s\u2019associe aux Tu- pamaros, groupe révolutionnaire d\u2019extrême gauche prônant la guérilla urbaine, pour fonder le « Mouvement des indépendants du 26 mars », lequel rejoint aussitôt le « Front large » (Frente Amplio), une coalition de gauche réunissant la Démocratie chrétienne, les communistes et à peu près tout ce qui grouille, grenouille et scribouille entre les deux.Les Tupamaros ont déjà leur réputation.L\u2019année précédente, ils ont enlevé et exécuté un agent du FBI agissant comme professeur de torture auprès des forces de police locale, Dan Mitrione.Leurs exploits inspirent même des petits gars de chez nous, avec le résultat que l\u2019on sait.En 1971, dans une petite nation du Cono Sur, on pouvait donc asseoir, autour d\u2019un même programme, des politiciens traditionnels, des représentants d\u2019une organisation radicale pouvant être qualifiée de terroriste et le plus éminent poète du pays.« Convergence », vous avez dit ?De quoi faire rêver un Jean-François Lisée\u2026 Quant au « Front large » de l\u2019Ur uguay, après avoir survécu à la parenthèse sanglante d\u2019une dictature militaire (1973-1985), il remportera haut la main, en 2004, la présidence du pays et une majorité absolue au Congrès.L\u2019exil (en Argentine, au Pérou, à Cuba, à Madrid) aura entre-temps permis à Mario Benedetti d\u2019éviter le sort ré- ser vé à son aîné transandin Neruda, probablement assassiné aux premiers jours de la dictature de Pinochet.Dans la Suisse des Amériques Au mitan du vingtième siècle, alors que l\u2019Uruguay connaît une période de prospérité et de stabilité politique qui lui vaut d\u2019être qualifiée de Suisse des Amériques, Benedetti fait paraître son premier roman, Quién de nosotros (1953), qui n\u2019avait encore jamais été traduit en français.C\u2019est maintenant chose faite aux Éditions Autrement.Qui de nous peut juger se présente comme un triptyque, le récit polyphonique d\u2019un triangle amoureux.Réduite à un schéma, l\u2019intrigue donne ceci : Miguel a toujours aimé Alicia, ou cru l\u2019aimer ; Alicia aime Lucas, ou plutôt : Miguel croit qu\u2019Alicia aime Lucas ; Alicia aime Miguel ; Lucas aime Alicia, est attiré par elle, en tout cas ; Alicia choisit Miguel ; Alicia choisit Lucas.Trois personnages, trois styles : le journal intime pour Miguel, la lettre pour Alicia, le roman à la troisième personne, auto-annoté, pour l\u2019écrivain Lucas.Réinterprétée au gré de chaque protagoniste, la réalité des sentiments, saisie avec une remarquable attention aux plus subtiles nuances des complexités psychologiques, bascule à plusieurs reprises, selon le point de vue.Cette traîtresse logique du triangle, aux obscures complémentarités : « Le plus curieux [\u2026] était que si deux d\u2019entre nous se trouvaient ensemble, ils parlaient inévitablement du troisième.» On pense au sous- titre de La femme d\u2019à côté, le chef-d\u2019œuvre de Truffaut : «Ni avec toi, ni sans toi.» Alicia et Miguel se sont mariés sur un simple quiproquo.C\u2019est assez amusant : « Et quand donc te maries-tu ?» demande Miguel à Alicia, en pensant à Alicia et Lucas.Et elle : « Quand tu voudras », en parlant d\u2019elle et de Miguel.Le problème de Miguel, c\u2019est qu\u2019il n\u2019arrive ni à détester Lucas ni même à être jaloux.La mollesse de sa virilité annonce peut-être des temps plus « ou- ver ts », sinon en tous points meilleurs.À notre ère post-ré- volution sexuelle de toutes les combinaisons et recombinai- sons amoureuses, « l\u2019éternel triangle» se vit-il encore d\u2019une manière aussi compliquée?Un auteur et sa flopée de prix Benedetti, lui, vécut 60 ans avec la même femme.I l a écrit 38 livres de poésie, 16 essais, 9 recueils de nouvelles, 7 romans, 4 pièces de théâtre et enregistré ses textes sur 18 disques.À partir des années 1980, il eut droit à une flopée de prix et distinctions : prix Khristo Botev de Bulgarie, prix Flamme d\u2019or d\u2019Amnesty International, médaille Haydée San- tamaria du Conseil d\u2019État de Cuba, prix Morosoli d\u2019or de la Fondation Lolita Rubial (deux fois), ordre du Mérite de l\u2019enseignement et de la culture Gabriela Mistral, trois doctorats honoris causa (Alicante, Valla- dolid, La Havane), prix León Felipe des valeurs civiques, prix Reina Sofia de poésie, prix José Martí, prix Etnosur, médaille d\u2019honneur et prix international Menéndez y Pelayo, décoration Francisco de Miranda reçue des mains d\u2019Hugo Chávez en personne, Ordre de Sauri, Première classe, pour services rendus à la littérature, prix Alba du Venezuela.Mais pas le Nobel.Un de ses derniers recueils de poèmes s\u2019intitulait Chansons de celui qui ne chante pas.QUI DE NOUS PEUT JUGER Mario Benedetti Traduit de l\u2019espagnol par Serge Mestre Éditions Autrement Paris, 2016, 135 pages Celui qui ne chante pas Dans le premier roman de Mario Benedetti, immense écrivain ibéro-américain jamais nobélisé LOUIS HAMELIN LITTÉRATURE AMÉRICAINE Le futur antérieur de Ben Lerner 10:04 donne l\u2019heure juste sur une autofiction new-yorkaise qui mêle transmission de la vie et littérature Biographie pour la résurrection d\u2019une profane Le cœur jamais éteint cherche à rallumer une flamme pour l\u2019œuvre d\u2019Elizabeth Smart L\u2019exil a permis à Mario Benedetti d\u2019éviter le sort réservé à son aîné transandin Neruda, probablement assassiné par la dictature de Pinochet DOMAINE PUBLIC En 1930, Elizabeth Smart en vacances au chalet familial de Kingsmere, au nord d\u2019Ottawa AMBLIN ENTERTAINMENT Dans le film Retour vers le futur, en frappant l\u2019horloge de l\u2019hôtel de ville à 22h04, la foudre permet à Marty McFly de revenir dans son présent. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 ESSAIS F 6 O n pense souvent que pour écrire de bons livres, il suffit d\u2019avoir un sens du récit ou des idées for tes.Or, des histoires et des pensées, c\u2019est d\u2019abord une langue.On a tor t de faire de cette dernière un simple support du reste, qui serait l\u2019essentiel.Un livre, ce n\u2019est qu\u2019une langue en acte, organisée par un artiste ou un penseur.Aussi, il n\u2019y a pas de bons livres sans souci maniaque de la langue.L\u2019écrivain américain Raymond Carver l\u2019avait compris.« C\u2019est à cela, confiait-il, que je voulais moi-même parvenir en écrivant des nouvelles : combiner le mot juste et l \u2019image idéale à une ponctuation rigoureuse et sans faille afin que le lecteur soit totalement absorbé par mon récit, que rien au monde ne puisse l\u2019arracher à sa lecture, sauf peut-être l\u2019incendie de sa maison.» Pour atteindre cet acmé, les écrivains \u2013 tous, sans exception \u2014 ont besoin d\u2019aide.Donner du rythme, de l\u2019élan, de la vie à la langue, lui imprimer une marque personnelle est bien sûr leur af faire, mais la langue, si complexe, exige plus encore : le respect de ses règles, qu\u2019il ne revient pas à chacun de réinventer.C\u2019est alors qu\u2019entre en jeu, dans le processus de fabrication du livre, le réviseur linguistique, ardent protecteur de la norme devant l\u2019Éternel.Sans lui, bien des grands livres que vous avez aimés vous seraient tombés des mains.Protéger la langue Jean-Pierre Leroux (1952- 2015) a été le réviseur de plusieurs écrivains québécois.Sans «son œil de lynx», pour reprendre la formule de sa préfa- cière Monique Proulx, certains des livres des Jacques Poulin, Marie-Claire Blais, Marie Laberge, Gaétan Soucy, Michel Tremblay, Robert Lalonde et Monique La Rue n\u2019auraient pas été exactement les mêmes.Dans les derniers mois de sa vie, Leroux avait entrepris de réfléchir sur son métier afin de le faire mieux connaître.Le gardien de la norme, son livre posthume, traite donc avec intelligence du rôle du réviseur linguistique, tout en évoquant avec délicatesse la personnalité de quelques écrivains avec qui Leroux a travaillé.«Ce livre hors norme, note à raison Monique Proulx, n\u2019est pas simplement un exercice littéraire, c\u2019est un journal intime, à l\u2019écriture frémissante et précise, qui nous dévoile les forces et les blessures d\u2019un homme habité par la passion de son métier.» Le réviseur, explique Le- roux, est là pour assurer la correction de la langue dans toutes ses composantes : vocabulaire, morphologie, syntaxe, ponctuation, niveaux de langue, clarté des phrases et du propos.I l véri f ie aussi l\u2019exactitude des noms propres, des faits et des dates.Il doit toutefois s\u2019en tenir à « l\u2019humilité du technicien», car « l\u2019application des normes ne doit jamais empiéter sur la personnalité du ton ».Réviser Michel Tremblay, qui tient à « réduire au minimum la distance entre le langage de sa narration et celui de ses personnages, afin de ne pas se placer au-dessus d\u2019eux », n\u2019est pas la même chose que réviser Gaétan Soucy ou Marie-Claire Blais.Leroux avait ses outils de prédilection : Le Petit Robert, qu\u2019il qualifie de «bible généraliste », Le Bon Usage, L\u2019Art de conjuguer de Bescherelle, le Multidictionnaire de la langue française (pour les emplois québécois, précise-t-il), le Colpron (pour les anglicismes) et le Ramat de la typographie.Il n\u2019en faisait pas des paroles d\u2019évangile pour autant.Il convient parfois d\u2019accepter, suggère-t-il, «des emplois que l\u2019usage a fini par imposer » et de plier la norme aux besoins, sans compter qu\u2019il arrive aux ouvrages de référence de se contredire.Il reste que le respect de la norme doit prédominer, pour éviter la ruine de la langue.« Garder, écrit Leroux, c\u2019est surveiller, non pour prendre en flagrant délit, mais pour mettre à l\u2019abri.C\u2019est protéger, non contre le changement, mais contre la disparition, l\u2019écroulement.» C\u2019est beau et juste.Portraits d\u2019auteurs Lecteur émer veillé depuis l\u2019enfance, grâce à Bob Mo- rane, Leroux a découvert, en travaillant dans le monde du livre, la susceptibilité de ces « écorchés vifs que sont les personnes qui s\u2019investissent dans l\u2019écriture ».Quand nous aimons leurs œuvres, note-t-il, les écrivains saluent notre jugement et quand nous ne les aimons pas, ils crient au mépris.Les rapports de Leroux avec son ami Gaétan Soucy, «un puits sans fond d\u2019anxiété », ont souvent été tendus pour cette raison.À la suite d\u2019une réserve émise sur l\u2019œuvre du romancier, écrit le réviseur, « je devais tâcher de le rassurer sur son talent, de réconforter le petit garçon tapi en lui ».Les modestes portraits d\u2019écrivains (Gaston Miron, Jacques Poulin, Michel Beaulieu, Denis Bélanger, Michel Tremblay) que trace Leroux dans ce livre sont émouvants.Alors qu\u2019on lui avait présenté Félix Leclerc comme revêche, il découvre un homme « d\u2019une courtoisie et d\u2019une gentillesse inouïes ».On retrouve aussi avec nostalgie le romancier Jean-Marie Poupart, mort en 2004, dont la joie de vivre et la bonhomie cachaient, en fin de parcours, une certaine amertume engendrée par la mauvaise réception critique de ses livres.Le paradoxal Victor- Lévy Beaulieu, combatif et querelleur, mais aussi « simple et doux », reçoit un bel hommage, même si l\u2019anecdote évoquée se passe à une époque où l\u2019ogre carburait au fort.J e a n - P i e r r e L e r o u x , l e modeste technicien, raconte ici avec élégance et pudeur sa « passion pour les mots », pour la langue française et pour la lecture, cette miraculeuse activité qui « [crée dans nos têtes] un espace ample et généreux », qui nous révèle la vie et le monde dans un silence habité par l\u2019essentiel.louisco@sympatico.ca LE GARDIEN DE LA NORME Jean-Pierre Leroux Préface de Monique Proulx Boréal Montréal, 2016, 256 pages Le talent caché derrière les écrivains Le gardien de la norme dévoile le journal intime d\u2019un réviseur amoureux de son art D.R.Modeste technicien de la langue, Jean-Pierre Leroux a partagé pendant des années sa passion pour la justesse des mots.PREMIER ROMAN UN MIXTAPE EN HÉRITAGE Marie-Lyse Paquin Québec Amérique Montréal, 2016, 136 pages Avouez qu\u2019il faut avoir du culot pour faire écouter du Dead Can Dance à un vivant en train de mourir ! C\u2019est pourtant ce qu\u2019a fait Marie-Lyse Paquin, quelques heures avant la mort de sa mère, partie danser ailleurs en laissant son cancer et les siens derrière elle.L\u2019instant est dévoilé avec élégance dans Un mixtape en héritage, bouquin qui aurait pu être un roman, mais qui forme surtout une série d\u2019introspections très sensibles, une exploration de l\u2019identité composite de l\u2019au- teure, au fil de 16 chansons et des émotions qu\u2019elles ont fait émerger en elle à des moments précis de sa vie.Marie-Pierre Arthur (Elle), The Cure (A Forest), Philip Glass (Mad Rush) ou encore Sigur Rós (Varúd) sont là pour témoigner du profond romantisme qui semble habiter l\u2019auteure et qui teinte ce délicat voyage en arrière, à la pudeur maîtrisée, voyage intérieur amorcé après la mort de ses deux parents, comme pour mieux chercher à voir plus clair en avant.Fabien Deglise RÉCIT LE SOURIRE DE LETICIA Manu Militari Stanké Montréal, 2016, 184 pages Une fois revenu de voyage, il est toujours ardu de raconter à nos proches les émotions qui nous ont porté au fil de nos pérégrinations.C\u2019est dans cet exercice périlleux que s\u2019est plongé le rappeur Manu Militari, qui signe avec Le sourire de Leticia un premier ouvrage sans atteindre complètement la cible.Militari, qui ici ne joue pas la carte du musicien, couche sur papier son périple dans la ville de Leticia, en Colombie.Le mot périple est peut-être mal choisi.La trame de l\u2019auteur est loin du tortueux fleuve Amazone, plus proche de la lenteur, de l\u2019anecdote, du quotidien du voyageur, des occasions à saisir, des terrasses, des cafés, des filles et des amis.C\u2019est peut-être à cause de la chaleur de la jungle, mais Militari peine à soulever réellement l\u2019intérêt malgré une plume polyglotte et pas trop propre.Des choses se passent, mais surtout dans les quelques flash-back de ses voyages passés.On aimerait sourire davantage, mais ce journal de bord, qui manque de fougue, ne le permet pas.Philippe Papineau JEUNESSE SATURNE, LE CHEVAL DE CIRQUE Jennifer Tremblay Soulières Montréal, 2016, 64 pages Amélie et son grand-père passent de beaux jours à s\u2019occuper des chevaux.Quand un cirque débarque au village, le sort réservé aux bêtes ne les laisse pas insensibles et Amélie, contre la volonté de son grand-père, va le faire savoir aux forains.Petit roman aux contours moralistes, Saturne, le cheval de cirque, avec son écriture simple et authentique, nous transporte dans l\u2019univers de cette fillette sensible.On reprochera peut-être à l\u2019héroïne cet excès de gentillesse, propension à la bonhomie chrétienne qui invite à tendre l\u2019autre joue et qui relève ici d\u2019une vision utopique des relations humaines.Mais l\u2019excès d\u2019empathie n\u2019empêche pas de traverser le roman d\u2019un coup, happé par le rythme cadencé et riche de la trame.Les quelques monographies signées Jean-Luc Tru- del qui sillonnent les pages apportent par ailleurs un heureux mélange de douceur et de dureté au fondement du récit.Marie Fradette M I C H E L L A P I E R R E Q ue le populiste Donald Trump, antithèse colorée du politicien conventionnel, as de l \u2019 i l lusion, ait du succès auprès du publ ic et soit à l\u2019avant-scène médiatique dans la campagne présidentielle aux États-Unis dénote le grave malaise socioéconomique que connaît le pays.Voilà ce que soutient l\u2019essayiste américain Chris Hedges dans L\u2019âge des démagogues.Pour lui, le faux progressisme des Clinton et d\u2019Obama permet cet émoi « fascisant».Le terme « fascisant » peut surprendre.Hedges, ancien correspondant de guerre au New York Times, collaborateur d e m a g a z i n e s i n f l u e n t s , comme Harper\u2019s, l\u2019applique au mouvement à « plusieurs visages » propre à un « segment de la population blanche dés- œuvrée » dans ses entretiens en 2015-2016 avec l\u2019essayiste québécois Pierre-Luc Brisson.Les travailleurs blancs assez peu scolarisés, explique-t- il, victimes de la mondialisation de l\u2019économie, de la dés- industrialisation et de la dés- yndicalisation des États-Unis, prêtent l\u2019oreille aux propos de Trump sur le retour à la prospérité de l\u2019Amérique d\u2019antan.Il précise : « La raison pour laquelle ils ont décidé de se retrancher dans ce système de pensée magique, mythique \u2014 et c\u2019est ce qu\u2019a toujours été le totalitarisme \u2014, c\u2019est qu\u2019ils ne pouvaient plus rien faire face aux assauts du monde réel.» Audacieuse et pessimiste, son analyse apparaît pour tant sans faille.Trump répond, aux yeux de Hedges, à « une colère légitime envers une élite libérale autoproclamée, incarnée par des figures comme les époux Clinton ou Barack Obama, qui ont adopté le discours empa- thique de la gauche, mais qui ont par la suite servi le pouvoir de la grande entreprise».Un rigoriste contre l\u2019hypocrisie On peut reprocher un rigorisme moral et un idéalisme religieux à l\u2019essayiste, pasteur presbytérien de gauche qui ne craint pas d\u2019ini- t ier aux idées radicales d\u2019Eduardo Galeano sur l\u2019asservissement yankee de l\u2019Amérique latine les détenus américains, souvent issus des minorités, parfois au péril de sa sécuri té .Aux idées aussi de Dee Brown sur la discrimination aux États-Unis des Amérindiens et de Howard Zinn sur celle des Noirs.Mais peut-on rester insensible à la manifestation de ce qu\u2019il appelle « l\u2019hypocrisie » de Bill et Hillary Clinton?Hedges reproche à Bill Clinton d\u2019avoir «détruit» la sécurité sociale dans les années 1990, surpeuplé les prisons en renforçant le système pénal, « trahi» les travailleurs des États-Unis par l\u2019Accord de libre-échange nord-américain qu\u2019aggraverait le Partenariat transpacifique voulu par Obama.Il accuse Hillary Clinton de servir indéfectiblement Wall Street, de défendre un féminisme de façade puis les minorités sans rien leur offrir de concret.Les Américains blancs déclassés, déçus par l\u2019élite libérale et séduits par Trump, risquent de se retourner contre les valeurs libérales en soi.Héritier de Calvin, Hedges le prédit au nom d\u2019un déterminisme à la fois sombre et logique.Collaborateur Le Devoir L\u2019ÂGE DES DÉMAGOGUES ENTRETIENS AVEC CHRIS HEDGES Pierre-Luc Brisson Lux Montréal, 2016, 128 pages L\u2019Amérique dans l\u2019obscurité Face au duel électoral Clinton-Trump, Chris Hedges n\u2019épargne ni les démocrates ni les républicains LOUIS CORNELLIER PAUL J.RICHARDS AGENCE FRANCE-PRESSE Mercredi soir à l\u2019Université de Las Vegas, au Nevada, les deux candidats à la présidence américaine ont une dernière fois croisé le fer lors d\u2019un ultime débat télévisé."]
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