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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2016-10-08, Collections de BAnQ.

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[" IRIS JANKE Dans Hunter, la chorégraphe Meg Stuart explore la question du corps dans l\u2019exercice du temps.De Larochellière, équilibrer le «PH de l\u2019humanité» Page E 3 Crime et châtiment(s), l\u2019intimidation au cinéma Page E 12 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 M É L A N I E C A R P E N T I E R «T ant d\u2019histoires sont inscrites dans mon corps», remarque Meg Stuart qui, à 51 ans, renoue avec la forme du solo après plus de vingt ans.Lauréate en 2014 des Prix de la Danse de Montréal, elle amorce un retour fort attendu sur la scène de l\u2019Usine C.Depuis le début des années 1990, la chorégraphe, avec sa compagnie Damaged Goods, se démarque par son travail innovateur et ses scénographies entremêlant les disciplines artistiques.Dans Hunter (2014), la danseuse continue d\u2019instiller dans le coeur de son travail une subtile théâtralité.En vidéoconférence depuis le Japon, la sérénité de l\u2019artiste chevronnée perce l\u2019écran.Alors qu\u2019elle détaille sa manière d\u2019aborder le thème de la mémoire sur scène, elle interrompt le fil de sa réflexion pour mieux évoquer le souvenir d\u2019un solo de Robert Lepage l\u2019ayant marquée plus jeune.Impressionnée par le réalisateur et metteur en scène incarnant les multiples facettes de son identité personnelle et artistique sur scène, elle s\u2019est alors posée un défi : «Je l\u2019ai trouvé brillant ! Je me suis dit que s\u2019il pouvait porter et transposer ainsi l\u2019ensemble de son travail dans son corps, alors moi aussi, je devrais essayer ça.» Prenant part dans les années 1980 à l\u2019effervescente scène new-yorkaise, berceau des méthodes modernes et contemporaines de la danse, la richesse du bagage de l\u2019Américaine, au- jourd\u2019hui expatriée en Belgique, est incontestable.Dans Hunter, cette histoire d\u2019une vie consacrée à la danse se fond avec son histoire familiale et ses fantômes du passé.Le tout s\u2019agrémentant d\u2019une part de fiction.Une œuvre où la question du corps dans l\u2019exercice du temps est sous-jacente.«J\u2019ai ressenti une urgence d\u2019effectuer ce travail, affirme-t-elle.Je n\u2019ai jamais arrêté de danser.Cette constante recherche du mouvement prend une place centrale dans ma vie.Au- jourd\u2019hui, mon ego s\u2019inscrit plus subtilement dans une approche devenue très intime.Avec le temps, en représentation, je deviens de plus en plus la Meg que je suis hors scène.J\u2019aborde la manière dont ce travail physique influence mon développement, ma façon de voir le monde et de me mouvoir à travers celui-ci.» Mémoire, songe et mensonge Choisissant d\u2019inter ver tir sensations physiques et émotives, l\u2019artiste a recours à de multiples outils pour illustrer les mécanismes de la mémoire.« Quand on plonge dans les souvenirs, on ne peut jamais obtenir une image complète, explique l\u2019artiste.On expérimente des flashs d\u2019images, des sensations physiques, on se souvient de certains discours, c\u2019est en fait une pluralité de choses qui nous arrivent simultanément.C\u2019est pourquoi il était très important pour cette pièce de travailler avec la vidéo, l\u2019art visuel, la sculpture sonore.Les sons amènent une profondeur, parfois circulent autour de moi, on joue sur leurs fréquences et leurs effets.» Meg Stuart aime imaginer son corps comme un récepteur radio, un instrument de mesure où résonnent des voix et des sons, dont celles d\u2019héroïnes telles que Louise Bourgeois, Laurie Anderson ou Patti Smith, qui continuent de l\u2019influencer.Sur scène, elle se plaît à flouter la réalité en juxtaposant des films super 8 de sa famille et des saynètes tournées avec ses danseurs, entrelaçant des expériences passées réelles et fictives.Ne racontant pas une unique histoire, l\u2019atypique autobiographie se compose de multiples couches qui, progressivement, se défont et illustrent le flot de la conscience, cette mémoire qui glisse constamment, ne cessant d\u2019échapper à notre prise, instable et en perpétuelle transformation.Porter le poids des ancêtres « J\u2019ai souvent la sensation de danser des souvenirs de personnes que je ne connais pas, » affirme l\u2019ar tiste.À travers sa démarche, elle avoue avoir cherché à mesurer à quel point les expériences des générations passées ont pu l\u2019affecter.Pour elle, il s\u2019agit de fouiller et d\u2019extraire des questions à même le corps pour tenter de reconnecter avec son histoire ancestrale, persuadée que chaque partie du corps comporte Meg Stuart, la mémoire dans la peau Mêlant souvenirs, archives et fiction, Hunter trace l\u2019archéologie d\u2019une vie de danse J É R Ô M E D E L G A D O L undi, le musée est fermé, mais Yan Giguère ne chôme pas.Depuis onze jours, il travaille sans relâche, dimanche compris.Il ne se plaint pas : dans moins d\u2019une semaine, sa toute première exposition dans un musée en plus de vingt ans de pratique photographique sera inaugurée.Le montage avance bien et c\u2019est avec calme que le Montréalais, né à Disraeli, accepte de s\u2019interrompre une petite heure.«C\u2019est long, 650 images, qu\u2019il faut accrocher une à la fois », dit-il en s\u2019asseyant, outils et photos tout autour.Six cent cinquante images: vous avez bien lu.L\u2019exposition Croisements, qui prend place au Musée d\u2019art de Joliette (MAJ), célèbre sans retenue l\u2019art de Yan Giguère.Engagée sur la voie de l\u2019abondance, sa photographie s\u2019expose depuis 2007 sous d\u2019étonnants assemblages d\u2019images de toute nature.Étonnants, parce que ces apparents chaos ne sont dénués ni de cohérence ni de splendeur.La vie amoureuse, l\u2019individu, la collectivité\u2026 À chacun sa thématique.Six centaines d\u2019images donc composent l\u2019expo, sa plus grande à ce jour.Il ne s\u2019agit pourtant que de cinq œuvres, cinq corpus.Aux trois qui ont assis sa signature éclatée \u2014 Choisir (2003-2007), Attractions (2007-2009) et Visites libres (2009-2013) \u2014, s\u2019ajoutent deux inédits réalisés depuis 2015, La forêt du chevreuil à lunettes et Les herbes.Conçue avec la complicité de Marie-Claude Landry, conservatrice au MAJ, l\u2019exposition offre une sor te de point final.«Pour mes prochaines œuvres, j\u2019expérimenterai quelque chose de différent», dit Yan Giguère.Les deux projets récents, déjà plus condensés, sont axés sur le présent et le « temps court».L\u2019appel à des images de différentes époques, si révélateur dans Choisir et Attractions, a fait place à plus d\u2019homogénéité.« Dans Les herbes, la prise de vue dure peut-être une minute, une journée», confie-t-il.Ce qui ne change pas chez lui, c\u2019est le plaisir d\u2019explorer les techniques, dès la capture d\u2019images.Celui qui possède une centaine d\u2019appareils photo, tous fonctionnels, a toujours manipulé l\u2019outil à sa guise, quitte à corrompre les modes d\u2019instruction.Son Lomokino, caméscope du XXIe siècle, il ne s\u2019en est pas servi pour faire du cinéma, comme dicté, mais pour tirer les images fixes.Le mouvement, suggéré, n\u2019a pas pour autant été évacué.Du bois et du papier L\u2019ébéniste en chef du centre d\u2019ar tistes Clark n\u2019est pas né photographe.Mais c\u2019est tout comme, lui qui, ado, a appris à développer des bobines chez Yan Giguère, capteur d\u2019images Marqués au sceau du temps, ses albums entrent enfin au musée PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019artiste Yan Giguère, croqué cette semaine dans ses quartiers montréalais, où il a son propre laboratoire photo.VOIR PAGE E 6 : MÉMOIRE VOIR PAGE E 10 : IMAGES « J\u2019ai souvent la sensation de danser des souvenirs de personnes que je ne connais pas » CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 2 du 25 octobre au 19 novembre 2016 avec Evelyne de la Chenelière Sophie Desmarais Louise Laprade Frédéric Lavallée Évelyne Rompré une coproduction ESPACE GO + SIBYLLINES + THÉÂTRE FRANÇAIS DU CNA texte Marta Hillers traduction Françoise Wuilmart adaptation Jean Marc Dalpé mise en scène Brigitte Haentjens PARTENAIRE DE SAISON THÉÂTRE ESPACE GO | BILLETTERIE : 514 845-4890 | ESPACEGO.COM O n est tellement crispés entre les murailles de nos villes, sans bien connaître ce qui se passe en région.À tor t, trop souvent\u2026 Déambulant en ?n de semaine du côté de la Beauce, à Saint-Séverin, à l\u2019invitation de son festival de ?lms, j\u2019ai bifurqué ailleurs à un moment donné.Entre jeudi et dimanche, la couleur des érables changeait, passant du vert tacheté de rouge à l\u2019arc- en-ciel d\u2019automne, et la route serpentait entre vallées et montagnes de mon petit village préservé du temps jusqu\u2019aux villes beauceronnes.La conseillère culturelle municipale de Saint-Georges, Solange Thibodeau m\u2019avait suggéré : « Vous devriez venir voir notre jardin de sculptures ! » Or voilà que, le lendemain, Luc Thibaudeau, un financier amoureux des arts et ami des ar tistes, m\u2019entraîna visiter les lieux dare-dare.Il siège au CA du groupe Beauce Art, qui super vise le symposium des sculptures en question.À ses côtés, au cœur urbain, dans l\u2019île Pozer et ses environs, le long de la Chaudière, je suis tombée sur le dos devant l\u2019ampleur d\u2019une initiative qui m\u2019était jusqu\u2019à ce jour inconnue.Trente- deux grandes sculptures d\u2019ici et d\u2019ailleurs dominaient des sentiers ombragés, parmi les lilas plantés : 200 cultivars, bientôt 800, de cinq couleurs dif férentes, embaumant au printemps.L\u2019île Pozer était un méchant îlot rabougri et désert avant que des gens d\u2019affaires n\u2019aient entrepris, Marcel Dutil, p.-d.g.de Canam Manac en grand argentier principal, de l\u2019aménager pour le bien commun.Ils ont fait construire des passerelles entre l\u2019île et les rives, dont une sur coussin gon?a- ble pour contrôler les crues de la rivière.Puis, depuis 2014, lors du symposium estival de sculptures, dix artistes de la francophonie viennent créer durant trois semaines devant public une œuvre.Le projet roule sur dix ans et se clôturera en 2024 avec cent sculptures.Si la ville est propriétaire des lieux depuis 2012, une armée de bénévoles s\u2019occupe d\u2019horticulture, des plans d\u2019eau et d\u2019entretien des sentiers.On parle d\u2019initiative citoyenne avant tout.Oasis Partout dans le monde, les jardins de sculptures sont des oasis qui attirent les visiteurs comme des mouches.Les gens, nez au vent entre bancs et aménagements ?oraux, s\u2019y montrent moins intimidés par l\u2019art qu\u2019entre les murs des musées.Au Québec, on peut arpenter celui du Domaine Forget à Saint-Irénée, ceux de La- chine et de Bécancour.Les ruelles autour du Musée des beaux-arts de Montréal en offrent une version macadam.Je conserve un souvenir impérissable de celui de La Nouvelle- Orléans, offert à la ville par un couple de mécènes collectionneurs.Au bord du bayou St.John, les œuvres des plus grands maîtres, Rodin, Botero, Louise Bourgeois, etc., s\u2019y prélassent au milieu des magnolias et des canards.En ce bel après-midi d\u2019automne, circulant entre celles de Saint -Georges, j \u2019avais conscience de parcourir un jardin de sculptures modèle au Québec.Et attendez huit ans, qu\u2019il ait atteint sa pleine ampleur\u2026 Les sculptures sont nées de divers matériaux : pierre, aluminium, alliages, bronze, etc., et représentent tout ce qu\u2019on voudra : des chevaux, des dieux, des hommes, l\u2019onde et même une chaudière qui déverse son eau métallique près de la rivière du même nom.Celle du Québécois Yann Normand, aux deux grandes plumes élégantes, semble au bord de l \u2019envol.Il a soudé une à une les barbes de ses plumes au tuyau central.« Ça lui a pris tellement de temps ! » évoquait Luc Thibau- deau, qui revoyait l\u2019ampleur du travail derrière l\u2019œuvre dont j\u2019admirais la grâce.Venu du Burkina Faso, Siriki Ky a créé une sorte de totem métallique.Chaque année, le symposium a son thème propre et son site.Tout s\u2019embellit là-bas et reverdit sous corvée collective.Pourquoi pas chez nous?L\u2019architecte Paul Baillar- geon est l\u2019initiateur du projet.Et de m\u2019évoquer qu\u2019à l\u2019étranger il voyait des gens à bicyclette sur les bords d\u2019une rivière, se demandant : « Pourquoi pas chez nous ?» Les abords de la Chaudière n\u2019attiraient guère la ?ânerie là-bas.Rien pour encourager les jeunes familles à demeurer sur place.Claude Lemieux, l\u2019ancien maire de Lac-Poulin, demeurait à Saint-Georges et voulut créer un comité pour faire bouger les choses.De fil en aiguille, d\u2019appuis privés en appuis privés, île, sentiers et passerel les ont surgi en 2002, 2003.Le projet, évalué à 3 millions, en aura coûté 12,5.« On a fait un plan d\u2019eau de deux kilomètres le long du centre-ville », évoque Paul Baillargeon avec une légitime fierté.En 2010, surplombant le panorama devant l\u2019équipe, il avait lancé : «Tout ce qui manque, ce sont des sculptures ! » Après grondements initiaux de Marcel Dutil, qui devait remettre plus tard la main au gousset, c\u2019était reparti ! Chaque année, une onzième sculpture est acquise par des entrepreneurs du coin, comme une de Michel Goulet, le fameux créateur des chaises-poèmes, puis redonnée à la ville.Jean-Louis Roy, l\u2019ancien directeur du Devoir qui fut secrétaire général de l\u2019Agence intergouvernementale de la francophonie, familier de Saint-Georges, est intervenu pour impliquer la francophonie dans le projet.« Des œuvres comme ça coûtent trop cher à la pièce », explique Paul Baillargeon.Restait à créer un symposium.Beauce Art ?t le reste.Les artistes reçoivent un cachet.Ils sont logés, dorlotés, véhiculés, sur matériaux of ferts, sculptant puis laissant ensuite l\u2019œu- vre dans leur sillage ! D\u2019autres terrains riverains seront mis à contribution pour les symposiums futurs.Le chantier paraît sans ?n.Moi, je me grattais la tête : la Beauce serait-elle une vraie société distincte ?Accotée au nord du Maine, elle doit avoir hérité des Américains cette mentalité de grande débrouillardise sans aide d\u2019État.Tout ça pour préciser que, si la ville donne un coup de main financier (après hésitations préalables) à Beauce Art, ni le provincial , ni le fédéral n\u2019injectent un sou dans cette extraordinaire revitalisation d\u2019un centre-ville, qui éblouit nos yeux.Cherchez l\u2019erreur ! otremblay@ledevoir.com Semer les sculptures sous le ciel beauceron ODILE TREMBLAY LYNDA MORIN Karim Alaoui, Pyramide des athlètes-acrobates.L\u2019artiste marocain était de l\u2019édition 2015 de l\u2019International de la sculpture de Saint-Georges.CLAUDE GAGNÉ 2014.Installation de Persistance intemporelle de Yann Normand. S Y L V A I N C O R M I E R M a collection Luc De Larochel- lière tient dans la main, en l\u2019ouvrant large.Quand je prépare une entrevue, c\u2019est le réflexe : je ressors mes disques de l\u2019artiste.Dans le cas du grand Luc, ça veut dire : tous ses disques.Le premier, Amère America (1988), en cassette 4 pistes.Avec le livret dépliable à l\u2019infini.Remarquable progression, quand on étale les albums.Il y a le jeune gars for t en thème et en rimes riches, qui aime jouer avec l\u2019ironie, plus q u \u2019 u n b r i n c y n i q u e .L a tendresse entre les brûlots.Et puis d\u2019album en album, ça va plus loin, toisant l\u2019absurde, et puis il y a un passage à vide, un grand trou existentiel.Je r é s u m e .O n arrive à 2009 et Un toi dans m a t ê t e , o ù l\u2019homme que Luc est devenu s\u2019ouvre plus que jamais : regard jusqu\u2019au fin fond de sa vérité.Rimes riches encore et toujours, mais finie, l\u2019ironie.Et tout redevient possible.Autrement.Pas tout seul.Il y a l\u2019album heureux du couple, avec Andrea Lindsay : C\u2019est d\u2019l\u2019amour ou c\u2019est comme.Et puis l\u2019expérience grégaire de Sept jours en mai, collaborations et permutations «avec de beaux artistes et de beaux humains », comme dit Luc.La tournée de la belle équipe se poursuit d\u2019ailleurs ces jours-ci, et jusqu\u2019aux Fêtes.Et voilà Autre monde.Dixième album.Où le « rêve américain » d\u2019Amère America est devenu Suicide américain.À 50 ans tout juste, Luc De Larochellière regarde à nouveau le monde qui l\u2019entoure, le monde où nous vivons, et les chansons qui en parlent, habilement écrites forcément, se veulent « utiles ».C\u2019est son mot.À prendre au premier degré.Utiles vraiment.« Il y a une urgence.Un laisser-aller dans le monde qui rend légitime d\u2019en espérer un meilleur\u2026» Il rit un peu au bout du fil, trouve qu\u2019il donne dans l\u2019évidence, pour ne pas dire dans l\u2019euphémisme.« Me positionner en cynique, quand le cynisme prend tellement de place?Je ne pourrais plus.J\u2019essaie au contraire d\u2019équilibrer le PH de l\u2019humanité par rapport à ce discours-là.» Les constats sont durs, les mélodies ré- confor tantes, sur des arrangements pas pesants où les pickings acoustiques et un quatuor à cordes vivent ensemble leur tristesse.C\u2019est mieux à plusieurs, le monde.Des chansons ciblées, mais pas plombées Il n\u2019évite rien, le Luc d\u2019au- jourd\u2019hui, ni dans le propos, ni dans la manière.Chaque chanson compte, il y en avait une quarantaine au départ, le tri a désigné tout naturellement les plus ciblées.Naître personne «est née de la crise des migrants», Suicide américain additionne des tas de doigts sur des tas de gâchettes : « Aux armes les instituteurs, les écoliers, les écolières/Les profs de gym et les bonnes sœurs, les concierges et les cuisinières/Aux armes les adolescents qui voient tout en noir ou bien tout blanc/Tous arme en main pour le suicide américain».La liste est longue, il y a beaucoup de couplets.« C\u2019est le détournement d\u2019un rêve , commente Luc.Au départ, la Constitution américaine est un extraordinaire rêve, une grande convention commune.Mais le second amendement a pris la valeur d\u2019un des Dix commandements de la Bible, poussant l\u2019aberration jusqu\u2019à laisser des enfants mourir.C\u2019est un procédé suicidaire, pour une civilisation.» Où va le monde, sinon à sa perte ?« Je pense que c\u2019est mon rôle d\u2019artiste, constater, témoigner, dénoncer.Mais aussi donner de l\u2019espoir.Le titre de l\u2019album, c\u2019est Autre monde.Dans tous les sens de l\u2019expression «autre monde».» C\u2019est à la fois le monde merveilleux dont on lui parlait, enfant, et c\u2019est le monde adulte « comme un jardin de décombres/sous des regards indif fé- rents », ce sont les mondes parallèles où l\u2019on s\u2019enfuit « loin des vérités qui plombent/bien trop cruelles, pas virtuelles ».Et c\u2019est L\u2019avenir du monde : « L\u2019avenir du monde est dans ton ventre/Est dans le ventre d\u2019une femme/Comme celles-là qu\u2019on délaisse/Qui aux yeux de certains/Ne valent jamais un homme/L\u2019avenir du monde est dans ton ventre ».L\u2019album est dédié aux deux enfants de Luc, celle de 21 ans et le bébé tout récent, « de même qu\u2019à toutes ces femmes qui travaillent en ce moment à nous fabriquer un autre monde».Conversation intime Il a fallu beaucoup, beaucoup de délicatesse dans la forme, pour que ces chansons sans filtre fassent leur effet sans qu\u2019on se défasse en les écoutant.«La musique a cette magie, heureusement\u2026» Magie et bonne décision : confier la réalisation et les arrangements à Philippe Brault.Luc s\u2019empresse de préciser : «Ce n\u2019est pas un désaveu de Marc Pérusse [fidèle complice depuis le début]: j\u2019étais rendu là.J\u2019avais besoin d\u2019un autre monde de musique, aussi.» Avec Brault, tout s\u2019est bâti autour de Luc.Un monde créé à partir de ses pistes guitare- voix.« J\u2019ai tout enregistré en une journée et demie, et Philippe est parti avec ça.Il m\u2019envoyait ce qu\u2019il faisait, et j\u2019ai tout aimé.Je pense qu\u2019on avait le même disque dans la tête.» La voix très en avant, sans effets.Et une fine dentelle d\u2019instrumentation en soutien.«C\u2019est très orchestré au bout du compte, mais je voulais une proximité: le chanteur qui te parle à l\u2019oreille.» Une conversation intime pour se parler du monde tel qu\u2019il est et tel qu\u2019on le voudrait.« Je pense que j\u2019ai vraiment voulu toucher les gens.J\u2019espère que ce sera le cas.Si je ne croyais pas avoir un peu réussi ça, je n\u2019aurais pas sorti l\u2019album.» L\u2019espoir du monde, c\u2019est aussi l\u2019espoir de ne pas chanter tout seul.Le Devoir AUTRE MONDE Luc de Larochellière Victoire M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 3 D E M A R T I N C R I M P LA CAMPA GNE P H O T O : J E A N - F R A N Ç O I S B R I È R E 4 - 2 2 O C T O B R E 2 0 1 6 514 526-6582 theatreprospero.com Traduction Guillaume Corbeil Mise en scène Jérémie Niel Avec Delphine Bienvenu Victoria Diamond Justin Laramée ENTREVUE De Larochellière au fin fond de sa vérité Pas de place pour le cynisme quand on veut « équilibrer le PH de l\u2019humanité » ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR À 50 ans tout juste, Luc De Larochellière regarde à nouveau le monde qui l\u2019entoure, et les chansons qui en parlent, habilement écrites forcément, se veulent «utiles».Je pense que c\u2019est mon rôle d\u2019artiste, constater, témoigner, dénoncer.Mais aussi donner de l\u2019espoir.Le titre de l\u2019album, c\u2019est Autre monde.Dans tous les sens de l\u2019expression \u201cautre monde\u201d.Luc De Larochellière « » T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 4 D E T I R S O D E M O L I N A M I S E E N S C È N E A L E X A N D R E F E C T E A U Avec Sophie Cadieux, Kim Despatis, Sébastien Dodge, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Roger La Rue, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin, Éric Paulhus et Simon Rousseau C O P R O D U C T I O N D U T H É Â T R E D E L A B A N Q U E T T E A R R I È R E B I L L E T T E R I E 5 1 4 2 5 3 - 8 9 7 4 A B O N N E Z-V O U S U n e h i s t o i r e d \u2019 a m o u r .u n p e u c o m p l i q u é e Théâtre Denise-Pelletier 17 16 D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E C L A U D E P O I S S A N T J U S Q U \u2019 A U 2 2 O C T O B R E 2 0 1 6 Charme exquis - Huf?ngton Post Pleine d\u2019esprit - Bible urbaine Beau party ! - La Presse De toute beauté [\u2026] On en redemande ! - Le Devoir Électrochoc jouissif - Nightlife Chic irrévérence - revuejeu.org « Un tour de force d\u2019acteurs (\u2026) Mani Soleymanlou, Martine Francke et Alice Pascual sont tous les trois magni?ques.» \u2013 Marc Cassivi, Esprit critique ARTV « Sa plume (Mark O\u2019Rowe), trempée dans l\u2019humour noir, carbure à l\u2019intensité.» \u2013 Luc Boulanger, La Presse « La performance des comédiens vaut à elle seule le déplacement.(\u2026) Leur truculence suscite une fascination jubilatoire.» \u2013 Sophie Pouliot, Revue Jeu « Olivier Choinière se frotte à une langue dont il parvient à évoquer la rythmique parfois rimée, où il réussit à marier crudité et lyrisme.» \u2013 Marie Labrecque, Le Devoir « (\u2026) la mise en scène de Michel Monty joue sur l\u2019esthétique de la noirceur, sublimant la densité tragique et comique de cette formidable descente aux enfers.» \u2013 Léa Arthémise, Atuvu.ca M A R I E L A B R E C Q U E I roniquement, la dernière pièce qu\u2019elle avait dirigée, voilà déjà plus de six ans, avait pour t i tre La Liste .Même si elle se considère d\u2019abord c o m m e u n e « f e m m e d e s p lanche s » , l a v e d e t t e d e Mémoires vives est sur tout accaparée par le petit écran ces dernières années.Pour s o n r e t o u r à l a m i s e e n scène, la voici donc à la barre de la transposition scénique d\u2019un best-seller du Français Grégo i r e De lacour t , une pièce produite au Théâtre du Rideau Ver t par Juste pour rire Spectacles.Pas nécessairement là où on aurait attendu l\u2019ancienne directrice du Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui.Véritable touche-à-tout (elle a aussi récemment chanté Piaf et Barbara), Marie-Thérèse Fortin aime varier les plaisirs, naviguer au gré des offres et des rencontres artistiques.« Je me verrais mal faire un seul type de choses tout le temps.Pour moi, c\u2019est comme visiter des pays.Chaque projet m\u2019apporte quelque chose.Et après, je passe à autre chose.Je ne suis pas une spécialiste.» Approchée notamment par Mar yse Warda, qui s igne l\u2019adaptation québécisée du roman publié en 2012, Marie- Thérèse For tin s\u2019est prise d\u2019af fection pour la protagoniste de ce « récit qui touche à des choses à la fois très simples et très profondes », Jocelyne.Sous ses dehors de femme ordinaire, cette propriétaire d\u2019une boutique de tissus porte tout un monde intérieur.«C\u2019est comme si elle avait une double vie : pour son entourage, elle est la mère, l\u2019épouse qui répond à la demande.Mais quand elle se retrouve seule, af fleurent une sensibilité, une humanité.» Un univers, qu\u2019entre les scènes d\u2019interaction avec les autres personnages, elle partage directement avec le public.« Je trouvais intéressant d\u2019aller dans un réalisme un peu détourné : l\u2019histoire est ancrée dans des choses archi-quoti- diennes, mais en même temps, on essaie de donner à voir sa vie intérieure.» Ça change le monde Un événement inattendu vient bousculer l\u2019existence de Jocelyne \u2014 cette vie banale, hantée par quelques per tes douloureuses, mais qui la satisfait : elle remporte un gros lot de 18 millions de dollars.Contre toute attente, la mercière tait la nouvelle, cache l\u2019énorme chèque et hésite.« Elle se pose les vraies questions : de quoi ai-je besoin ?De quoi ai-je envie ?Et qu\u2019est-ce que ça va venir changer?Dans sa quasi-paralysie, elle nous oblige à nous demander ce qu\u2019on ferait réellement dans cette situation.En fait, elle confronte le réel et le rêve.Et elle se demande où est la vraie valeur des choses, des êtres.» Cette manne, en effet, peut s\u2019avérer un cadeau empoisonné.La metteure en scène cite ces histoires d\u2019horreur «de gens qui ont gagné des fortunes et qui ont tout claqué, ou qui ont dû couper toutes relations » avec des proches.Elle-même connaît une femme qui a gagné un montant substantiel et choisi de ne rien révéler, à cause de « l\u2019enfer » que ça créerait dans ses liens avec son entourage.Jocelyne craint que sa soudaine richesse ne détruise le petit bonheur imparfait qu\u2019elle vit avec son mari (Steve La- plante).Contrairement à elle, qui peine à nommer ce qu\u2019elle désire, lui nourrit des envies matérielles très claires.Cette fable soulève donc la question de l\u2019argent dans le couple, «un des derniers tabous».Plus généralement, la pièce interroge notre rapport aux bi- dous, et son impact sur les relations personnelles.« Je pense qu\u2019on est tous un peu hypocrites sur la question de l\u2019argent.À se dire : ce n\u2019est pas si important, il n\u2019y a pas juste ça qui compte dans la vie, alors que ça détermine beaucoup plus de choses que ce que l\u2019on veut bien admettre.Il est très dif ficile de parler de ces choses-là.La pièce a soulevé beaucoup de questions dans l\u2019équipe de création.» Même dans cet ar t pauvre qu\u2019est la scène (la créatrice cite André Brassard en riant : « il n\u2019y a pas de crosseurs au théâtre parce qu\u2019il n\u2019y a pas assez d\u2019argent »), cette question interfère constamment, estime Marie-Thérèse Fortin.« Je fais un métier où se côtoient des gens qui font vraiment beaucoup d\u2019argent, et d\u2019autres qui en font vraiment peu.C\u2019est toujours présent dans l\u2019évaluation de la valeur des êtres.» L\u2019étoffe de l\u2019amour Le spectacle, qui partira ensuite dans une longue tournée en région, est d\u2019abord né sur le plateau de l\u2019émission Tout le monde en parle, là où Marie-Chantal Perron a rencontré l\u2019auteur Grégoire De- lacour t et lui a exprimé son désir de jouer Jocelyne.C\u2019est la comédienne/créatrice de vêtements qui porte ce projet depuis le début.Originaire d\u2019un milieu rural «assez modeste», Marie-Thérèse Fortin a elle-même été élevée par une mère qui cousait \u2014 « magnifiquement bien » \u2014 tous les vêtements de ses dix enfants ( !) Elle connaît le prix de ces gestes simples du quotidien qui sont en fait des marques d\u2019amour.« Tout ce rapport aux tissus, cette description de femmes qui peuvent passer un temps infini à chercher le bon bouton, ça m\u2019a beaucoup touchée quand j\u2019ai lu le roman, parce que ça référait à un souvenir d\u2019enfance très fort, presque sensoriel.Et on essaie de ramener ça dans la mise en scène du spectacle, ce contact sensuel très concret.Une chose qu\u2019on perd de plus en plus dans nos vies.» Collaborateur Le Devoir LA LISTE DE MES ENVIES Texte : Grégoire Delacourt.Adaptation : Maryse Warda.Mise en scène : Marie-Thérèse Fortin.Au Théâtre du Rideau Vert, du 11 octobre au 12 novembre.Marie-Thérèse Fortin, femme des planches La voici de retour au théâtre pour adapter le roman à succès La Liste de mes envies PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le roman, son rapport aux tissus, spécialement, a touché Marie-Thérèse Fortin : «Ça référait à un souvenir d\u2019enfance très fort, presque sensoriel.» FRANÇOIS LAPLANTE DELAGRAVE C\u2019est Marie-Chantal Perron qui prendra les traits de Jocelyne. C H R I S T O P H E H U S S L e célèbre Philharmonique de Berlin publie désormais ses propres enregistrements.Deux de ses récentes parutions rendent hommage à des chefs disparus: Nikolaus Har noncour t et Claudio Abbado.L\u2019Orchestre philharmonique de Berlin a pris en mains son destin phonographique.Cette émancipation est tout sauf un coup de tête.L\u2019orchestre, organisé en coopérative, cherche à établir un contact direct avec une clientèle potentielle pour son Digital Concert Hall, qui diffuse ses concerts.Il faut rappeler à ce sujet que les programmes sont enregistrés en vidéo dans la fameuse Philharmonie, qui ouvre ainsi ses portes vers le monde.Un abonnement gratuit de 7 jours, qui permet aussi de visionner des archives impressionnantes, est offert à tout acheteur des disques.Un bel objet pour vendre la dématérialisation?En vingt ans, l\u2019édition de documents sonores a lentement glissé d\u2019une industrie du disque, donc de l\u2019objet, à une industrie de la musique, sous toutes ses formes consommables.En ayant la mainmise sur son sort éditorial, le Philharmonique de Berlin évite d\u2019entrer dans le tordeur du fameux streaming qui n\u2019enrichit que les géants des technologies.Il montre aussi à l\u2019industrie du disque que pour maintenir une industrie de l\u2019objet, il faut que l\u2019objet soit beau et valorisant pour l\u2019acheteur.Les luxueux albums, disponibles sur le site de l\u2019orchestre, ou en distribution ici par Naxos, contiennent les CD, le son en Blu-ray audio, ainsi que les vidéos des concerts et du matériel documentaire, sur Blu-ray également.Autre moyen de ferrer la clientèle et de pouvoir la toucher ensuite en marketing direct : tout acheteur dispose d\u2019un code pour té- lécharger gratuitement le son en qualité «Master» (haute définition).On rappellera à ce titre que plus que jamais, les mélomanes adeptes de qualité sonore ont intérêt à penser à l \u2019 intégration d\u2019une lecture performante de fichiers numériques dans l\u2019univers de leur chaîne haute-fidélité.Nous vous avons déjà parlé ici des intégrales symphoniques Schumann de Simon Rattle.Les trois autres coffrets de la collection ont une chose en commun : ce sont des albums aux étranges dimensions: un peu plus de 6 pouces de haut pour 10 pouces de long.Ikea n\u2019a pas encore inventé «l\u2019étagère Smureglumpf» pour ranger ces machins\u2026 Presque trop beau pour être vrai L\u2019album rouge vif, magnifiquement texturé, intitulé Berliner Philharmoniker \u2013 Claudio Abbado \u2013 The Last Concert reprend le programme de l\u2019ultime concert du chef à Berlin, les 18, 19 et 21 mai 2013.Huit mois avant sa mort, Abbado dirigeait des extraits du Songe d\u2019une nuit d\u2019été de Mendelssohn et la Symphonie fantastique de Berlioz.L\u2019objet est très émouvant pour les admirateurs du chef, qui trouveront ici un Mendelssohn renversant de finesse et de transparence dans une sor te d\u2019apesanteur avec des textures par fois inouïes.La Fantastique procède du même raf finement : la rêverie l\u2019em- por te sur la passion, mais cette rêverie est douce-amère, menaçante.Et une Fantastique avec le plus grand cor anglais du monde, Dominik Wollen- weber, cela ne se refuse pas\u2026 Ce n\u2019est pas la Fantastique sanguine de Paul Paray et Charles Munch et c\u2019est presque trop beau pour être vrai , mais cela n\u2019en est pas moins fascinant, comme en témoignent les couleurs du dernier mouvement, notamment d\u2019incroyables cloches.Lors de ses dix dernières années de vie, l\u2019immense Ni- kolaus Harconcour t a dû se dépêtrer avec l\u2019incurie et l\u2019abêtissement des acteurs de l\u2019édition phonographique.Il était trop vieux pour prendre les choses en main, mais assurément nous n\u2019avons pas au- jourd\u2019hui les témoignages de son ar t que nous aurions dû avoir.Lorsque fut enfin décidé par Sony d\u2019enregistrer une intégrale Beethoven avec son Concentus Musicus, Harnon- court mourut après le premier disque.La perte est irréparable.L\u2019arrivée d\u2019une intégrale des Symphonies de Schubert, augmentée de la Messe en mi bémol, de la Messe en la et de l\u2019opéra Alfonso und Estrella est donc une bénédiction.Le coffret est constitué à partir des enregistrements \u2014 réalisés par l\u2019équipe technique qui travaillait avec Harnoncourt chez Teldec \u2014 d\u2019un vaste cycle Schubert donné entre 2003 et 2006.Le travail sur l\u2019ar ticulation des phrases est un chef-d\u2019œuvre.C\u2019est une intégrale majeure, qui va plus loin que l\u2019intégrale d\u2019Amsterdam, plus rhétorique et crispée.Harnoncourt n\u2019avait plus rien à prouver et se laisse aller davantage ici au plaisir musical.Les enregistrements de ce coffret datant de 10 ans et plus, le DVD joint documente donc les réflexions d\u2019Harnon- court mais les concerts n\u2019ont pas été filmés.Le troisième album est une nouvelle intégrale des Symphonies de Sibelius par Simon Rattle.Là on a tout : son et images, captés entre décembre 2014 et février 2015.Inutile de dire que cette intégrale pulvérise la précédente de Rattle.Les mauvaises langues diront : « Pas étonnant, il a fini par apprendre et assimiler les par titions ! » Le parcours est orchestralement spectaculaire, avec des contrastes extrêmes et une mise en scène quasi théâtrale, mais je ne pense pas que Sibelius coule dans le sang de ces musiciens.Il manque l\u2019air, le mystère et les atmosphères de la grande intégrale Vänskä-Lahti (BIS) et Beethoven reste de loin la meilleure intégrale Rattle-Ber- lin dans cette collection.Le Devoir M U S I Q U E C L A S S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 5 4 au 22 octobre 2016 Salle Fred-Barry 4353 rue Ste-Catherine E.Billets 514 253-8974 joejacketjohn.com denise-pelletier.qc.ca Harnoncourt et Abbado magnifiés par le Philharmonique de Berlin Son sort éditorial bien en mains, l\u2019orchestre poursuit sa publication de précieux albums CORDULA GROTH Le chef Claudio Abbado conduit le Philharmonique de Berlin.Abbado, Le dernier concert à Berlin.2CD BPHR 160081 Harnoncourt dirige Schubert.8CD BPHR 150 061 Rattle dirige Sibelius.4CD BPHR 150 071 P H I L I P P E R E N A U D C inq ans après le dé- coif fant In a Fung Day T !, le groupe culte \u2014 au propre et au figuré, nous y reviendrons \u2014 montréalais Duchess Says brise enfin le silence avec Sciences nouvelles.Un disque qui marque une nette évolution du groupe sur le plan de l\u2019écriture, en plus de surprendre par son aménité, chose à laquelle groupe ne nous avait pas habitués, les deux précédents albums étant plus « drastiques », admet la chanteuse, guitariste et meneuse de claque Annie-Claude Deschênes, qui nous cause des dangers du spectacle et de l\u2019oiseau dans sa tête.«On dirait que [les anciens albums] n\u2019étaient même pas faits pour être écoutés», précise An- nie-Claude en toute franchise.Constat exagéré que nous nous permettrons de reformuler ainsi: pas faits pour être écoutés en une seule session.Anthologie des 3 perchoirs (2008) et In a Fung Day T ! (2011) sont de corrosives salves de punk à synthétiseurs plombées par une atmosphère souvent anxiogène.Ça crie, les guitares labourent les tympans, les claviers dégagent une fumée toxique.N\u2019en doutez pas, ce sont de bons albums, mais après quatre ou cinq chansons, on a bien besoin de faire une pause pour souf fler un peu avant de reprendre l\u2019écoute.En comparaison, Sciences nouvelles (qui paraît chez Bon- sound) est un disque dans lequel on s\u2019insère plus confortablement, pour ainsi dire.« Ce n\u2019était pas voulu ainsi », assure la musicienne.« Le risque de toujours faire la même chose, c\u2019est de finir par ne plus provoquer », d\u2019où cette volonté, quoiqu\u2019instinctive plus que calculée, d\u2019aller voir ailleurs si on ne trouverait pas un filon.«On a seulement voulu expérimenter.Ça part du studio, notre laboratoire, qu\u2019on s\u2019est construit et grâce auquel on a pu prendre notre temps.» Punk dans le son comme dans l\u2019esprit Il y a des refrains comme des hameçons sur ce disque de rock troublant, des coussins de synthétiseurs qui rehaussent le groove, et la voix claire et directe d\u2019Annie- Claude nous ramène les bons souvenirs d\u2019une Siouxie Sioux (& The Banshees), ça saute dès l\u2019urgente Iner tia (et sa suite instrumentale), qui font décoller l\u2019album en troisième vitesse en ouverture.En clair, Sciences nouvelles s\u2019avère être la parfaite introduction au monde étrange de Duchess Says, groupe qui s\u2019est distingué autant par son énergie dangereuse que par son esthétique unique : punk dans le son et encore plus dans l\u2019esprit.Tout est minutieusement supervisé par les quatre membres, de la composition au design de la pochette, jusqu\u2019aux décors et mises en scène des tournées.«On a une vision assez claire de notre projet , dit la musicienne.Une manière de faire propre à nous, autant dans la composition que dans notre approche » artistique.Une façon de construire son univers singulier, à l\u2019image du groupe électro-dadaïste américain Devo, dont Annie-Claude et ses collègues Simon (batterie), Phil (basse) et Ismaël (guitares, claviers) sont fans.Depuis le premier album, les admirateurs du groupe se sont constitués en une sorte de secte ar tistique baptisée The Church of Budgerigars (L\u2019Église des perr uches).« Lors de nos concer ts en Europe, on pouvait voir des fans arriver en concer t avec des écussons de l \u2019Église qu\u2019 i l s s\u2019étaient faits eux-mêmes, et ils se dessinaient les symboles de nos pochettes d\u2019albums sur le corps», relate la musicienne.Une expérience quasi mystique Et Annie-Claude, une fille brillante et très saine d\u2019esprit, insistons-nous, de nous expliquer le phénomène le plus limpidement possible : « Notre groupe, notre gang, nous sommes inspirés par la perruche.On l \u2019appelle la Duchesse.» Elle est la mascotte, en quelque sorte, depuis la sortie du premier minialbum en 2005, justement intitulé Noviciat Mère-Perruche.«Elle est dans le studio, mais aussi chaque jour dans notre tête.C\u2019est notre motivation.Ce n\u2019est même pas une joke, depuis douze ans, pas un jour ne passe sans que je pense à la perruche.» Duchess Says n\u2019est pas un groupe engagé.Il n\u2019y a pas de colère dans leur œuvre, toute brutale puisse-t-elle paraître.Il y a, par contre, cette nécessité de faire de la musique un exutoire, mais surtout de le communiquer au public.« L\u2019Église est un prétexte au regroupement et à la création, clarifie Annie- Claude.On fait un show, on joue nos tounes, mais là n\u2019est pas le but.Le but est de partager, d\u2019interagir avec les gens.» Ce qu\u2019elle fait sans ménagement, d\u2019ailleurs : il est de notoriété publique que les concer ts de Duchess Says sont une expérience quasi mystique \u2014 en 2008, le Festival d\u2019été de Québec avait même décerné un prix Miroir \u2013 Artiste d\u2019ici sur la seule puissance de leur concer t.L\u2019exercice est par fois même risqué : tu ne t \u2019es pas déjà cassé quelque chose en concert, Annie-Claude ?« Les côtes.Avec une commotion cérébrale.Des af faires de même.À chaque spectacle, je me donne à 100 %\u2026 Des fois, ça magane.J\u2019ai de la misère à me modérer.Ça vient trop me chercher.Et ce n\u2019est pas une question de se défoncer : je crois que je suis en mission.Faut que le message passe.» Collaborateur Le Devoir SCIENCES NOUVELLES Duchess Says Bonsound M U S I Q U E D A N S E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 6 La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 Présenté par PHILIPPE SLY, baryton-basse JOHN CHARLES BRITTON, guitare Dimanche 6 novembre \u2014 14 h Lieder de SCHUBERT (arr.pour guitare de J.C.Britton) Le charismatique Philippe Sly jette un regard neuf sur les lieder de Schubert.QUATUORS ROMANTIQUES Vendredi 4 novembre \u2014 18 h 30 MUSICIENS DE L\u2019OSM BRAHMS Quatuor avec piano no 3 DVO?ÁK Quatuor avec piano no 2 Le piano et les cordes font merveille dans ce concert aux allures romantiques ! ISABELLE FAUST, violon ALEXANDER MELNIKOV, piano Jeudi 10 novembre \u2014 19 h 30 BEETHOVEN Sonates nos 1, 2 et 3, op.12 Sonate no 9, « À Kreutzer » Un récital à ne pas manquer avec deux musiciens extraordinaires.GUITARE ESPAGNOLE Samedi 15 octobre \u2013 19 h 30 Germán López, guitare (timple) Antonio Toledo, guitare Musique espagnole mélangeant le jazz et le ?amenco.LES CAPRICES DE LA NUIT Vendredi 14 octobre \u2013 19 h 30 LES VIOLONS DU ROY Anthony Marwood, chef et violon R.STRAUSS Sextuor à cordes, op.85 MOZART Quintette à cordes, K.516 SCHOENBERG La nuit trans?gurée Les Violons du Roy poursuivent l\u2019exploration des plus grandes œuvres pour cordes.SATIE VARIATIONS Jeudi 27 octobre \u2014 18 h ENSEMBLE CORDÂME Un spectacle jazzy unique en son genre pour célébrer le 150e anniversaire d\u2019Erik Satie.AQUA KHORIA PETER TROSZTMER & ZACK SETTEL | Traces-Interprètes Du 11 au 21 octobre 2016 \u2013 19 H À la Société des Arts Technologiques [SAT] 1201, boul.St-Laurent, MTL Billetterie : 514.844.2033 [sat.qc.ca/aqua] danse-cite.org TARIF UNIQUE 25 $ 18 ans et + « Une expérience de l\u2019alchimie numérique entre mouvements, image et son.» sa propre mémoire.« J\u2019ai eu une enfance relativement heureuse, je n\u2019ai pas vécu d\u2019épreuves de vie qui m\u2019ont complètement chamboulée, mais j\u2019ai le sentiment que je traîne tout de même un poids.Je me suis questionnée à savoir d\u2019où venaient ces mouvements de distorsion et de dissociation caractérisant mon esthétique au fil de ma carrière.J\u2019ai alors commencé à chercher à travers l\u2019histoire de ma famille, des générations passées et j\u2019y ai découver t de sombres histoires.Je me demande si je ne suis pas, d\u2019une certaine manière, en dialogue avec celles-ci », continue-t-elle.Processus développé sur plusieurs années, la chorégraphe pense que son travail, au départ obscur, a pris un pli léger et ludique au f i l du temps.Inspirée par le chamanisme, en résulte l\u2019idée que le temps n\u2019est pas une ligne constante, et qu\u2019on peut guérir et réarranger le passé, réparer des événements même s i ceux-ci sont pourtant révolus.Voyage initiatique ou exercice d\u2019excavation physique, Hunter confère à la danse le pouvoir de se recréer, de se réinventer.Une œuvre qui cherche avant tout à véhiculer une expérience intime et sensorielle, dans laquelle on pourra reconnaître nos propres mécanismes et où la mémoire qui nous construit et, parfois, nous déconstruit s \u2019 i l lustre sous des formes multiples.Collaboratrice Le Devoir HUNTER De et avec Meg Stuart.Présenté par l\u2019Agora de la danse et l\u2019Usine Cdu 13 au 15 octobre à l\u2019Usine C.SUITE DE LA PAGE E 1 MÉMOIRE Des vertus thérapeutiques Profitant de la venue de Meg Stuart à Montréal, le Goethe Institut présentera Before We Go (notre photo) au Monument National.Le film de Jorge Leon sera suivi d\u2019une conversation avec la créatrice ayant pris part à cette expérience, se penchant sur la rencontre de trois chorégraphes (Stuart elle-même, Benoît Lachambre et Simone Aughterlony) avec des personnes en fin de vie.«C\u2019est un film sur la danse qui dépasse les frontières du documentaire.En alliant réalité et fiction, il joue sur les zones grises et ne se cantonne pas à relater l\u2019histoire de ces personnes, » ex- plique-t-elle, mise en contact pendant le tournage avec Lidia, une patiente maintenant décédée.«C\u2019était une rencontre très profonde.Nous étions amenées à danser ensemble.Pendant ces séances, j\u2019ai essayé de lui apporter soin en me montrant réceptive et ouverte.C\u2019est un échange à travers lequel, moi aussi, j\u2019ai beaucoup reçu.Un très beau, mais court moment.» En matière de sensation du corps et de trauma, les danseurs ont des clés en main, ajoute-t-elle.«La danse soigne.Je ne sais pas si c\u2019est l\u2019aspect le plus important de la danse contemporaine ; on choisit de s\u2019y consacrer ou non, mais c\u2019est un aspect qui en fait partie et qu\u2019on ne peut lui renier.» Le trip aviaire de Duchess Says Quand faire du rock devient une vocation dangereuse L\u2019Église est un prétexte au regroupement et à la création.On fait un show, on joue nos tounes, mais là n\u2019est pas le but.Le but est de partager, d\u2019interagir avec les gens.La chanteuse et guitariste Annie-Claude Deschênes « » PHILIPPE BEAUSÉJOUR Annie-Claude et ses collègues Simon (batterie), Phil (basse) et Ismaël (guitares, claviers) S E R G E T R U F F A U T I l y a de quoi être très surpris, subjugué, par la vitalité de ce qui est bel et bien le super-groupe du jazz.Son nom ?The Cookers.Voi là maintenant dix ans que les poids lourds du genre régalent la galerie.Le seul fait d\u2019avoir tenu la distance une décennie durant mérite un chapelet de bravos, car le fait en question s\u2019avère unique.La dernière manifestation de leur ar t s\u2019intitule The Call of the Wild and Peaceful Heart, parue sur l\u2019excellente étiquette new-yorkaise Smoke.Avant tout, il faut mettre en relief les réalités qui dist inguent The Cookers.Ce groupe est d\u2019abord la réunion de vétérans organisée par un plus jeune qu\u2019eux, soit le trompettiste David Weiss.Ils s\u2019appellent Billy Harper, saxophoniste ténor, Donald Harrison, saxophoniste alto, Eddie Henderson, trompettiste, George Cables, pianiste, Cecil McBee, contrebassiste extraordinaire, et Billy Hart, batteur.Lorsqu\u2019on additionne les enregistrements auxquels ils ont participé, on obtient le mille et plus.Mieux, lorsqu\u2019on s\u2019attarde aux identités des artistes avec lesquels ils ont joué, on tombe sur les noms de Miles Davis, John Coltrane, Sonny Rollins, Charles Mingus, Stan Getz, Max Roach, Dexter Gordon, Art Pepper, Art Blakey, Dinah Washington, Otis Red- ding, Shir ley Hor n, Keith Jarrett, Jackie McLean, Her- bie Hancock\u2026 En d\u2019autres termes, ils ont été des acteurs de premier plan du «bop-hard- bop-free-jazz ».Ce qu\u2019ils ont accompli est énorme.Leur nouvelle production, leur cinquième, est évidemment le reflet de leur longue et profonde expérience.C\u2019est dynamique de bout en bout.Parfois, c\u2019est grave; parfois, méditatif.Chose remarquable, jamais ils ne se relâchent.En fait, l\u2019intensité singularise ce disque fait uniquement, c\u2019est à retenir, de compositions originales.?Il est écrit dans le ciel que le tambour major de l\u2019univers des sons a été culbuté par une syncope le 25 août dernier.Car ce jour-là, il a appris que Rudy Van Gelder, le plus adulé des ingénieurs des musiques du « monde-mondial », venait de rejoindre, comme il se dit en langue jazz, le big-band que Duke Ellington dirige dans l\u2019au-delà.Van Gelder avait 91 ans.Signe par ticulier, jusqu\u2019à la dernière minute de son temps ici-bas, cet optomé- triste de formation aura manipulé les volumes de sa console sise à Englewood Cliffs, dans le New Jersey.Des années 1950 à au- jourd\u2019hui, Van Gelder aura enregistré au-delà de 1200 albums.Un record.On insiste : aucun ingénieur n\u2019a autant travaillé que l\u2019homme qui avait un nom d\u2019aristocrate hollandais et un prénom de tenancier d\u2019une gargote dans un film noir.Qu\u2019on y songe : A Love Supreme de John Coltrane, c\u2019est lui ; Walkin\u2019 de Miles Davis c\u2019est encore lui ; Sax Colossus de Sonny Rollins, c\u2019est également lui ; The Sidewinder de Lee Morgan, c\u2019est toujours lui.Tout Dexter Gordon sur Blue Note et bien de ses disques sur Prestige, les grandes heures de Red Garland et de Thelonious Monk, c\u2019est Van Gelder.En fait, pour faire court, le seul génie du jazz auquel le féru de discipline qu\u2019était Van Gelder ne fut pas associé est Charles Mingus, qui trouvait que son souci de la perfection dénaturait la\u2026 nature musicale de l\u2019artiste.Bon.Il est vrai que l\u2019homme était si maniaque qu\u2019il avait établi une série d\u2019interdits.Lesquels ?De fumer et de boire dans le studio, de toucher aux micros et à la console.Son souci de vérité sonore était si méticuleux qu\u2019il mettait des gants.Bref, l\u2019ingénieur fut en réalité le chirurgien de la note bleue.?Ce samedi soir, dans le cadre de la 17e édition du Of f Festival de Jazz, le grand guitariste new-yorkais Peter Ber nstein se produira au Dièse Onze en compagnie de Andres Vial au piano, Martin Heslop à la basse et Dave Laing à la batterie.À noter que Bernstein a publié tout récemment un compact sur étiquette Smoke intitulé Let Loose avec Gerald Clayton au piano, Doug Weiss à la batterie et Bill Stewart à la batterie.Prix du billet : 18 $.À compter de 22 h 30.Dimanche à partir de 13 h, le même Bernstein va dispenser une classe de maître à l\u2019Université Concordia \u2014 salle 8.101 du John Molson Building.L\u2019entrée : 1450 rue Guy.C\u2019est gratuit.Après quoi, on propose notamment, voire surtout, le Nick Fraser Quartet à la Salle Rossa à 21 h 30.Le batteur sera accompagné par le maître en improvisations qu\u2019est le saxophoniste américain Tony Malaby, Andrew Downing au violoncelle et Rob Clutton à la contrebasse.Prix du billet : 15$.Le Devoir M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 7 UNE PRODUCTION DE lo?jazz.com présente « UNE EXPÉRIENCE INOUBLIABLE GARANTIE.» \u2014 ELLE « LES ACROBATES CONJUGUENT PROUESSES, BEAUTÉ ET ÉLÉGANCE\u2026 » \u2014 LE PARISIEN UN SPECTACLE À COUPER LE SOUFFLE, DANS LA GRANDE TRADITION DES CIRQUES D\u2019EUROPE CENTRALE.par RECIRQUEL COMPANY BUDAPEST 12 AU 22 OCTOBRE Billets en vente TOHU.CA D\u2019IBERVILLE JARRY Les «cuisiniers » du jazz récidivent Le groupe The Cookers régale la galerie avec un nouvel opus, The Call of the Wild and Peaceful Heart SMOKE SESSIONS RECORDS The Cookers est la réunion de vétérans par un plus jeune, soit le trompettiste David Weiss.PIROUET RECORDS L\u2019OFF Festival de jazz reçoit ce soir Peter Bernstein à Montréal. S T É P H A N E B A I L L A R G E O N I l suffit de passer d\u2019un ra- dioroman à une série télévisée pour comprendre comment se renverse l\u2019esprit d\u2019un temps.Radio-Canada a diffusé une adaptation radiophonique quotidienne du roman Un homme et son péché pendant 23 ans, de 1939 à 1962.Le feuilleton a connu un succès continu, sauf au début des années 1950, quand la chaîne privée concurrente CKAC a commencé à dif fuser à la même heure le Chapelet en famille, récité par le cardinal Léger.Le relais de la prière du début de soirée ne devait durer qu\u2019un mois.Elle a tenu l\u2019antenne 17 ans.Et le diffuseur public a finalement changé l\u2019heure de présentation de sa courte capsule radio- romanesque pour éviter l\u2019hémorragie de son public fidèle à la l i tanie des Je vous salue Marie.En ce temps-là, le Québec avait des allures de Tibet catholique.En 1965, huit Québécois francophones sur dix étaient des « talas », comme on disait dans la France laïque et républicaine, en ce sens qu\u2019ils allaient «tala» messe.Autre temps, autres mœurs.La deuxième saison de la version télévisée du même roman, devenu Les pays d\u2019en haut, sera diffusée l\u2019an prochain sur ICI RC Télé.La première a connu un franc succès l\u2019hiver dernier et raflé quelques beaux prix Gémeaux le mois dernier.Le pieux curé Labelle présent dans les versions précédentes pour la radio, la télé et le cinéma est devenu un colosse aux colères mémorables, à la limite un impénitent pécheur en soutane.CKAC a disparu.La prière quotidienne médiatisée, elle, existe toujours, sur les ondes de la chaîne religieuse et spirituelle Radio Ville-Marie, qui diffuse son Chapelet médité le soir entre 18 h 35 et 19 h.Il ne viendra pas à l\u2019idée de quelque concurrent médiatique que ce soit de refaire sa grille de programmation pour ne pas subir cette bien anachronique et ex- tramarginale concurrence.Feu le feu sacré La religion n\u2019a donc pas complètement disparu des petits écrans québécois.«Le religieux qui se montre dans les dernières années apparaît de manière très ciblée et très polarisée : il s\u2019incarne dans un des personnages qui ont un trait très particulier, mais pas dans un élément de la vie commune, dans une petite famille qui va à la messe par exemple », résume Jean-Philippe Perreault, titulaire de la chaire Jeunes et religions de l\u2019université Laval.Il cite l\u2019exemple du pasteur dans Feux.Dans cette nouvelle série de Serge Boucher, en développement sur Ia première chaîne ra- diocanadienne, Denis Bernard incarne un pédopsychiatre (Jacques Lemaire) à la retraite reconverti en curé évangéliste.Il consacre maintenant sa vie à son église.Et tout chez lui suinte le besoin de rédemption.Le professeur ajoute qu\u2019une demi-saison de la défunte quotidienne 30 vies mettait en action un professeur d\u2019éthique et de culture religieuse.« On a eu droit à un drame autour d\u2019un fils homosexuel provenant d\u2019une famille musulmane un peu radicale.Là, la religion devient vraiment un problème.Ce qui traduit notre polarisation sociale.Le Québec a connu une baisse de la pratique religieuse dans les années 1960-1970, puis s\u2019est tourné vers une sorte de catholicisme culturel.Les gens n\u2019allaient plus à la messe, mais faisaient quand même baptiser leurs enfants.Cette position s\u2019effrite pour faire place à deux pôles : soit les religieux sont de plus en plus religieux en revendication identitaire forte, soit les sans-religion en progression affirment leur position.Il me semble que cette dichotomie se traduit un peu dans nos fictions.» En plus, les premiers peuvent s\u2019incarner dans des «fous d\u2019Allah» et tous ceux qui partagent leurs origines s\u2019en trouvent maculés par amalgame.Pas besoin d\u2019un bac en cinéma pour comprendre la caricature de l\u2019image du musulman sur les écrans.« Le rejet de la religion devient constituant du Québec moderne, dit le professeur Per- reault.Du coup, pour certains, l\u2019Islam devient la bête noire qui menace de nouveau.La religion devient le bouc émissaire de dif férents maux individuels ou collectifs.» Trop peu, très tard Il faut tout de même fouiller et farfouiller pour trouver ici une petite référence, et là un personnage évoquant clairement le religieux.Le sujet semble brûlé.Pourquoi ?« La religion n\u2019a plus la même place, mais en fait, si on pense l\u2019avoir sortie, elle revient par la porte d\u2019en arrière, corrige Jacques Pierre, spécialiste des religions de l\u2019UQAM.Elle revient, mais sous des formes désinstitutionnalisées.» Il dit regarder la télé une quinzaine d\u2019heures par semaine, souvent en se gavant de séries.« J\u2019essaie d\u2019être bon public, de mordre à tous les hameçons qu\u2019on me présente.Après, je me demande comment ça marche.Dans le film Da Vinci Code par exemple, l\u2019érudition est présentée sous le mode du secret, avec une conspiration à décrypter.Ce rapport à la vérité devient très intéressant quand on le transpose dans les mouvements religieux ou dans la société.Plus de 50 % des Américains pensent que le gouvernement américain leur cache ce qui s\u2019est passé à Roswell.Les émissions comme Nos ancêtres les extraterrestres [sur le réseau Historia] fonctionnent à la conspiration.» Le professeur Pierre note alors que les plus jeunes Québécois francophones ont un rapport beaucoup moins tendu avec la religion.« Ils ne sont pas passés par le confessionnal.Ils sont décomplexés.» Ce que confirme son homologue de l\u2019université Laval en citant lui aussi l\u2019exemple de ses étudiants.Plutôt que décomplexés, lui-même préfère «dédouanés» par rapport à une mémoire blessée.Il cite le court-métrage La divine stratégie (2015) de Martin Forget et Éliot Laprise avec Rober t Lepage dans le rôle d\u2019un curé qui fait appel aux relations publiques dans l\u2019espoir de remplir son église.Un pacte avec le diable\u2026 « Les nouvelles générations vont bien finir par écrire des séries, dit le professeur Per- reault.Va-t-on revoir des séries, historiques surtout, où l\u2019Église catholique était au banc des accusés ?Je me souviens d\u2019Au nom du Père et du fils [TVA, 1993-1995], où tout le religieux était nécessairement limitant, obsédé.Va-t-on avoir un nouveau rapport au religieux dans nos fictions ?Ce serait intéressant.Il faudrait aussi voir de quel religieux on parle.Quand on est dans ma position, on postule que le religieux change de forme.Le catholicisme va peut- être disparaître au Québec sous la forme qu\u2019on lui connaît.Les questionnements existentiels demeurent et donnent de la très riche matière à fiction.» Le Devoir T É L É V I S I O N CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 8 Livres et autres mots d\u2019artistes François Côté \u2013 Editions/Diffusion Éditions du Rognon Éditions Le Pantalitaire (Julie Doucet) Éditions Roselin Galerie Éric Devlin Denise Lapointe \u2013 La Papeterie Saint-Armand Joyce Ryckman Ewa Monika Zebrowski.Et un hommage particulier à Pierre Guillaume Et sur les murs des œuvres de Claude Chaussard, Marie-Claude Robillard, Robert Roussil, Francine Simonin et Lisa Tognon 550 avenue Beaumont (au coin de Querbes) Montréal (métro L\u2019Acadie) 514-885-4238 /// artcontemporain@galeriericdevlin.com Trois jours seulement Vendredi 7 octobre de 13h à 21h Samedi 8 octobre de 11h à 18h Dimanche 9 octobre de 11h à 17h Les dieux de la télé Quand la fiction parle religions, renversant du coup l\u2019esprit d\u2019un temps L\u2019historienne France Bourassa a recensé 35 émissions religieuses (d\u2019information, de culture religieuse ou pour la jeunesse) diffusées à Radio-Canada entre 1954 et 2004.Dans les premières décennies, le modèle du magistère s\u2019impose, par exemple avec plusieurs émissions pour les jeunes où il est question de la vie des saints ou du Nouveau Testament.L\u2019Évangile en papier, ça vous dit quelque chose ?«En gros, mon mémoire tentait de démontrer que, malgré la prépondérance de l\u2019Église catholique au Québec à une certaine époque, les émissions religieuses occupaient une portion très faible de la grille horaire de Radio-Canada, écrit au Devoir Mme Bourassa, maintenant directrice générale du Musée du Haut-Riche- lieu.Une situation qui ne s\u2019est pas améliorée avec le temps, considérant tous les bouleversements qui ont eu lieu au Québec et dans l\u2019ensemble du monde catholique à partir des années 1960.» Les réformes s\u2019imposent lentement après l\u2019aggiornamento de Vatican II.Les émissions diminuent en nombre.La grille comprend plus de 2 % d\u2019émissions religieuses jusqu\u2019en 1994 et moins de 1 % en dehors du dimanche dès 1966.Il n\u2019y a plus maintenant que deux émissions dominicales sur ICI Radio- Canada Télé, soit Le jour du Seigneur (la messe de 10 h, quoi) et Second regard (13 h30).«Il est vraisemblable que la faible proportion du temps d\u2019antenne accordée aux émissions religieuses traduit une demande limitée du public pour le genre télévisuel, écrit Mme Bourassa dans sa recherche intitulée Les émissions religieuses à la télévision française de RC, 1954-2004.Si la demande était plus forte, on peut supposer que Radio-Canada en diffuserait davantage.» Télévangélisme La télé américaine ose beaucoup plus en matière de sujet religieux, probablement parce que la société et la population américaines n\u2019entretiennent pas de rapports globalement négatifs avec la religion.Le Pew Research Center a des données montrant que 77 % des Américains décrivent encore la religion comme assez ou très importante dans leur vie.La foi, feinte ou réelle, semble une condition sine qua non de l\u2019accession à une haute fonction publique.God Bless America\u2026 «La télé américaine traite de la religion parce que la religion est encore au centre de la société et même des mythes fondateurs de la société américaine, dit le professeur Jacques Pierre.Il y a deux sources à l\u2019imaginaire américain: les Pilgrim Fathers qui émigrent pour fonder un nouveau monde, une nouvelle Jérusalem; et la révolution des Lumières avec l\u2019idéal de la République romaine, dont témoigne toute l\u2019architecture du pouvoir.» Ça se fait, donc.Mais pourquoi est-ce important de représenter la religion et les manifestations religieuses dans les séries?se demandaient récemment deux collègues critiques de la télé du New York Times.«Parce que l\u2019importance de la diversité religieuse ne diminue pas dans la vie publique, répondait James Po- niewozik.Parce que les bonnes histoires sont spécifiques et que la foi personnelle (ou l\u2019absence consciente de foi) est on ne peut plus spécifique.Et parce que la religion tente de répondre à certaines des mêmes questions que l\u2019art sur les faiblesses humaines, les émotions et l\u2019inéluctabilité de la mort.» Plusieurs productions illustrent la richesse du filon, sous- exploité ici.Six Feet Under, chef-d\u2019œuvre de la fiction télévisuelle contemporaine, autour d\u2019une famille de croque-morts, n\u2019a fait que ça, exposer « les faiblesses humaines, les émotions et l\u2019inéluctabi- lité de la mort », pendant 63 épisodes (2001-2005).Rectify, dont la quatrième et dernière saison entrera en ondes ce mois-ci (on peut la suivre en retard sur ARTV), s\u2019avère une des productions les plus radicalement métaphysiques de l\u2019histoire de la télé.La production confronte un ex- détenu exonéré d\u2019un meurtre après vingt ans d\u2019incarcération à sa famille et sa société.L\u2019action lente, d\u2019une très subtile patience, s\u2019organise autour de réflexions profondes dans un Sud orphelin de Dieu et en même temps surchargé de son héritage, un monde gothique contemporain où s\u2019entremêlent le besoin de compassion et la volonté de pénitence, le sentiment du remords et l\u2019inéluctabilité du châtiment.The Leftovers montre la vie des «oubliés» après le ravissement de 2 % de la population mondiale.Des sectes se forment, les remords s\u2019accumulent et la vie pénible sombre dans le néant après la petite Apocalypse.The Exorcist transpose et gonfle le film culte de 1973, comme la série Fargo s\u2019inspire du classique des frères Cohen de 1996.La production du réseau Fox vient de commencer.Greenleaf, qu\u2019a diffusé cet été OWN (notre photo), chaîne privée d\u2019Oprah Winfrey, trace le portrait d\u2019une famille à la tête d\u2019une «megachurch», ces temples mastodontes au centre des communautés du Sud.Cette série ne fait pas qu\u2019effleurer le sujet du religieux, ni même s\u2019en servir comme véhicule à des complots surnaturels en tous genres.Greenleaf parle de la religion comme d\u2019une manière de vivre, d\u2019un business même, sans omettre les bons et les mauvais effets de cette existence.In God We Trust ICI RADIO-CANADA TÉLÉ Dans Feux, nouvelle série de Serge Boucher, Denis Bernard incarne un pédopsychiatre à la retraite reconverti en curé évangéliste.«La religion n\u2019a plus la même place, mais en fait, si on pense l\u2019avoir sortie, elle revient par la porte d\u2019en arrière » ASSOCIATED PRESS Une scène tirée de Rectify TRANSMUTATIONS De Jessica Eaton.À la Galerie Antoine Ertaskiran, 1892, rue Payette.Jusqu\u2019au 29 octobre.M A R I E - È V E C H A R R O N La tradition formaliste, dont l\u2019abstraction constitue l\u2019expression la plus aboutie, ne cesse encore aujourd\u2019hui d\u2019être un terreau fer tile pour la recherche artistique.En fait la preuve l\u2019époustouflante production de Jessica Eaton, dans sa première exposition personnelle au Québec, présentée à la galerie Antoine Ertaskiran.Le travail de l\u2019artiste née à Régina a été révélé à Montréal lors de la dernière édition de la Triennale québécoise, en 2011, après avoir fait une plus discrète apparition à la défunte galerie Push.Eaton s\u2019est d\u2019abord fait remarquer ailleurs au Canada, puis également en Europe et aux États-Unis, où ses œuvres ont été récemment saluées par la critique.Son œuvre se présente telle de la peinture abstraite géométrique, mais il s\u2019agit plutôt de photographie qui exploite la lumière selon le principe de synthèse additive, reposant sur la combinaison des couleurs rouge, ver te et bleue (RVB).D\u2019une imparable séduction, le résultat a la particularité de ne pas laisser deviner les prouesses techniques et les laborieuses opérations dont il découle.La méthode derrière la confection de ces images est à la fois artisanale et scientifique, et ne doit rien aux logiciels de manipulations numériques.Jessica Eaton fait donc partie de ces artistes pour qui la photographie analogique a encore des ver tus et un potentiel inouï à explorer.Singulier et parfaitement maîtrisé, son travail nous en convainc avec éloquence.Brillance exceptionnelle L\u2019exposition Transmutations réunit trois corpus récents qui introduisent des variantes majeures en regard de la production antérieure de la Montréa- laise d\u2019adoption.Elle a délaissé le carré pour le cercle et, avec lui, le mouvement circulaire, qu\u2019elle décline toujours sous le mode sériel, insistant de ce fait sur les différences engendrées au moyen de la répétition.Il en va ainsi de la série Révolutions qui montre le motif centré sur fond noir d\u2019une spirale vertigineuse dont les couleurs changent d\u2019une image à l\u2019autre, incluant le motif initial en noir et blanc, une épreuve à la gélatine argentique.Cette photo agit comme un indice pouvant instruire sur le processus de travail qui, suivant le principe de synthèse additive, nécessite l\u2019emploie de filtres colorés au moment des prises pour provoquer les transmutations d\u2019un objet au départ réalisé dans les teintes de gris.Contrairement à la matière picturale, dont le mélange de couleurs conduit à l\u2019obscurcissement, l\u2019addition de lumière colorée provoque plutôt un éclaircissement et une brillance exceptionnelle.C\u2019est ce qui frappe dans les œuvres d\u2019Eaton, qui explore à fond cette méthode et avec toujours plus de complexité, comme dans la série Transition, occupant avec splendeur la grande salle de la galerie et dont les compositions combinent des cercles de dimensions dif fé- rentes à des rayures.Alors que les séries passées revisitaient explicitement les œuvres des artistes Josef Al- bers et Sol LeWitt pour leur travail abstrait, modulaire et minimaliste, le troisième corpus rend un hommage senti à des femmes artistes.Pictures For Women se présente sous la forme d\u2019une grille composée de plusieurs petites images marquées par le mouvement qui, discrètement par leur titre, désignent les figures exemplaires retenues par Eaton.Issues de générations dif fé- rentes, ce sont toutes des peintres, surtout de l\u2019abstraction, souvent de grandes coloristes.La grille, comme le motif circulaire encore exploité ici sont d\u2019ailleurs eux-mêmes évocateurs du travail de certaines, telles Sonia Delaunay, Sophie Taeuber-Arp et Agnes Martin.Sous forme de citation formelle et de portrait pour ainsi dire collectif, cette œuvre puise également ses stratégies dans les pratiques féministes des années 1970 pour qui il fallait extraire de l\u2019ombre la contribution à l\u2019histoire des femmes artistes.Il leur était tout aussi important de remettre en question la pureté de la peinture et l\u2019autonomie de l\u2019art, ce à quoi participe également Jessica Eaton.En plus de l\u2019étonnante gamme de couleurs produite et la profondeur veloutée des flous cinétiques par moments diaphanes, cette œuvre confond brillamment les limites catégorisant la photo et la peinture avec une imagerie interrogeant autant le phénomène de vision que la dimension culturelle du regard.Ces œuvres ont l\u2019autre particularité de ne pas se laisser réduire à leur reproduction; leur expérience en personne est absolument cruciale.Collaboratrice Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 9 DE VISU C U L T U R E Une présentation de Mécène de l'exposition Avec le soutien de À VOIR DÈS MAINTENANT ! FOCUS : P E R F ECTION R O B E R T M A P P L E T H O R P E « L\u2019évènement de la rentrée.» JUSQU\u2019AU 15 JANVIER 2017 LA COULEUR RADIEUSE BONNARD Une exposition organisée et coproduite par le Musée national des beaux-arts du Québec et Arthemisia Group./ Le Musée national des beaux-arts du Québec est une société d\u2019État subventionnée par le gouvernement du Québec./ Pierre Bonnard, Paysage du Midi et deux enfants (détail), 1916-1918.Huile sur toile.Coll.Art Gallery of Ontario, don de Sam et Ayala Zacks MNBAQ.ORG La profondeur veloutée de Jessica Eaton Son imagerie interroge autant le phénomène de vision que la dimension culturelle du regard SOURCE GALERIE ANTOINE ERTASKIRAN Jessica Eaton, Transition H50, 2016, impression au jet d'encre, encre pigmentée, édition de 5 + 2APs, 127 x 101.5 cm (50 x 40\") PAUL LITHERLAND Jessica Eaton, Transmutations, 2016, vue d\u2019exposition C I N É M A D E V I S U CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 10 © P L 2 S t u d i o 1395, boul.de la Concorde Ouest www.maisondesarts.laval.ca MAISON DES ARTS DE LAVAL Maison des arts de Laval Métro Montmorency RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX 450 662-4440 BILLETTERIE 450 667-2040 15 OCT à 20 h TRIBUS LAB87 en codiffusion avec La Manufacturense TEXTES Nina Raine INTERPRÈTES Catherine Chabot, Benoît Drouin-Germain, David Laurin, Jacques L\u2019Heureux, Monique Spaziani, Klervi Thienpont MISE EN SCÈNE Frédéric Blanchette De gauche à droite : Michel Saulnier, Rue de banlieue, 1982, Legs René Payant / Collection du Musée d\u2019art contemporain de Montréal.Stéphanie Beaulieu, Vert Voisin IV, 2015.Labspace Studio (John Loerchner et Laura Mendes), Vider le nid, 2015.Laurent Lévesque, Daylight 2014 : instants 1-25, 2015.Crédit photo : Guy L\u2019Heureux 1395, boul.de la Concorde Ouest www.maisondesarts.laval.ca MAISON DES ARTS DE LAVAL Maison des arts de Laval Métro Montmorency FÉLICITATIONS À LA SALLE ALFRED-PELLAN Pour le prix Excellence de la Société des musées du Québec pour le projet Banlieue! Ordre et désordre Projet d\u2019exposition et de publication présenté en 2015, lors des célébrations du 50e anniversaire de la Ville de Laval.Ce prix décerné par les pairs vise à reconnaître l\u2019apport exceptionnel d\u2019une institution muséale à l\u2019avancement de la pratique et de la recherche muséologiques au Québec.u n a m i .L\u2019 a c c u m u l a t i o n d\u2019images transpire sa passion pour magnifier, sur un bout de papier, l\u2019écriture de la lumière.Vous l\u2019aurez deviné : dans Croisements, il n\u2019y a rien de l\u2019artifice numérique, tout de la chimie argentique.C\u2019est « par amour », dit-il, qu\u2019il photographie avec des appareils analogiques.Qu\u2019il d é v e l o p p e l u i - m ê m e s e s films.Et qu\u2019il imprime ses épreuves.Dans sa chambre noire, chez lui.« J\u2019éprouve beaucoup de plaisir à vivre ces étapes.Je suis en relation avec la matière.Il y a toutes sor tes de papiers, comme il y a toutes sortes d\u2019appareils et toutes sortes de films.J\u2019aime cette poutine », admet celui qui a toujours installé un laboratoire photo dans ses ap- par tements depuis son arrivée à Montréal, au milieu des années 1980.Dans les salles d\u2019exposition, le plaisir pour la matière s\u2019exprime par un contact direct avec le papier.Pas de vitre.Pas de cadre non plus et quand il y en a un, en bois, c\u2019est pour donner du volume à l \u2019 i m a g e .L a p r é s e n c e constante des petits formats oblige sinon le visiteur à se frotter à la photo.C \u2019 e s t l e c i n é m a q u i a d\u2019abord happé Giguère, celui de Tarkovski comme celui de Brault et de Perrault.C\u2019est d\u2019ailleurs en cinéma qu\u2019il a obtenu son diplôme du cé- gep Saint-Laurent.Le premier.Parce qu\u2019il en a eu un deuxième, un DEC en photographie cette fois, au cégep du Vieux-Montréal.« J\u2019avais réalisé que pour faire du cinéma ça prenait beaucoup de gens, de moyens, d\u2019argent.Avec la photo, j\u2019avais le sentiment que je pouvais être plus autonome», dit-il.«Dans ma façon d\u2019accrocher, note-t-il cependant, il y a l\u2019idée du montage propre au cinéma, de l\u2019assemblage de séquences.J\u2019associe des images entre elles, comme on construit un film.» Spontanéité et patience Une fois doublement diplômé, Yan Giguère a fait du bas de gamme sa spécialité.Les posemètres et autres tests techniques freinaient la pure spontanéité qu\u2019il recherchait.« J\u2019ai découvert les appareils jetables Konica, que je démontais pour y mettre un film noir et blanc.Je n\u2019avais aucun contrôle et ça a eu un effet libérateur.Je partais en vélo et faisais toutes sortes de niaiseries.Je n\u2019avais pas besoin de calculer, je ne regardais même pas dans le viseur.» On pourrait croire que Gi- guère est un rescapé d\u2019une autre époque, lui dont la première exposition a pris place au café Méliès du cinéma Parallèle.C\u2019était en 1992, bien avant la naissance et la mort du complexe Excentris.En n\u2019excluant pas de ses ensembles des photos floues et im- par faites, Giguère a gardé toute son actualité, offrant un pendant poétique à la profusion d\u2019images de qualité douteuse que nous diffusons tous.Similaires à des albums personnels, les expositions de Yan Giguère sont marquées par le sceau du temps.Il faut dire aussi qu\u2019à la spontanéité de sa prise d\u2019images, l\u2019artiste répond par un travail d\u2019atelier qui implique patience et engagement dans un long processus créatif.Il aura fallu aussi être patient avant de voir un musée honorer ce travail d\u2019envergure.Fait à noter, le travail réuni dans Croisements tire ses origines de Ici et là, mosaïque de photos que l\u2019ar tiste exposait en 1998 aux côtés d\u2019œu- vres de Jérôme For tin, de Jean-Pierre Gauthier et de Sylvie Laliberté.Ces trois-là ont depuis eu droit à leurs solos dans un musée.Le tour à Yan Giguère, enfin.Collaborateur Le Devoir YAN GIGUÈRE.CROISEMENTS Au Musée d\u2019art de Joliette, 145, rue du Père-Wilfrid-Corbeil, jusqu\u2019au 8 janvier SUITE DE LA PAGE E 1 IMAGES DENIAL ?Drame biographique de Mick Jackson.États-Unis, 2016, 110 minutes.M A N O N D U M A I S Le sujet était-il si délicat que Mick Jackson (En direct de Bagdad) ait préféré signer une mise en scène anonyme afin de laisser toute la place au solide scénario de David Hare (Les heures)?De même qu\u2019à sa prestigieuse distribution, où brillent Tom Wilkinson et Andrew Scott en hommes de loi?Poser la question, c\u2019est y répondre\u2026 Bavard, conventionnel, téléfil- mesque, mais captivant, Denial met en scène l\u2019excellente Rachel Weisz dans le rôle de l\u2019historienne américaine spécialiste de la Shoah Deborah Lipstadt, qui dut subir en avril 2000 un procès pour diffamation contre l\u2019écrivain anglais négationniste de l\u2019Holocauste David Irving (impérial Timothy Spall).Défendue par Richard Ramp- ton (Wilkinson) et Anthony Julius (Scott), celui-là même qui conseilla la princesse Diana dans ses procédures de divorce, Lipstadt ne put prononcer un seul mot lors de son propre procès.La raison ?Ses livres parlaient pour elle et ses avocats souhaitaient qu\u2019Irving, qui plaidait pour lui-même, creuse sa propre tombe en y allant de ses théories historiques non fondées.Porte-parole muette, à son corps défendant, de la communauté juive, Lipstadt n\u2019a toutefois pas la langue dans sa poche hors cour.Ses échanges fougueux, par fois teintés d\u2019humour, avec ses avocats sont d\u2019ailleurs parmi les moments les plus fascinants de cette incursion privilégiée dans le système juridique britannique, où l\u2019on est tenu coupable jusqu\u2019à preuve du contraire.En dehors de cela, Denial a trop peu à offrir.Certes, le passage obligatoire à Auschwitz, où Rampton a tenu à aller afin de mieux saisir l\u2019ampleur du drame, s\u2019avère d\u2019une émotion sobre et d\u2019un respect solennel.Toutefois, l\u2019ensemble se résume en grande partie en une bataille d\u2019ego où les enjeux sociohistoriques deviennent secondaires, en une suite de plaidoyers qu\u2019on aurait souhaité plus flamboyants, bien qu\u2019ils soient livrés avec panache.Alors qu\u2019on se prend d\u2019admiration pour cette impétueuse historienne, on regrette que la figure de cet écrivain cultivé voulant réhabiliter Hitler n\u2019ait pas été plus fouillée.Ainsi, alors que tombe le verdict, on ne saisit toujours pas ce qui pousse certains à nier les pires horreurs de XXe siècle malgré tous les témoignages et toutes les preuves irréfutables.Collaboratrice Le Devoir Mauvaise foi Avec Denial, Mick Jackson signe un drame judiciaire bavard mais captivant YAN GIGUÈRE Trois photos de Yan Giguère tirées de l\u2019exposition au Musée d\u2019art de Joliette.Petite grive, extrait d\u2019Attractions, (2007-2009), Belette, extrait de Choisir (2003-2007) et Bienvenue (2002).REMSTAR Rachel Weisz incarne Deborah Lipstadt, spécialiste de la Shoah. THE BIRTH OF A NATION ?1/2 Réalisation et scénario : Nate Parker.Avec Nate Parker, Aja Naomi King, Gabrielle Union, Armie Hammer, Colman Domingo.États-Unis, 2016, 120 minutes.O D I L E T R E M B L A Y L a controverse entourant The Bir th of a Nation de Nate Parker, rattrapé (mais acquitté) à la suite d\u2019une histoire de viol collectif, ne devrait pas modifier le regard du public sur l\u2019impor tant contenu du film et ses réelles qualités.En l\u2019acclamant à Sundance et à Toronto, la critique, qui refusait de mêler les antécédents du cinéaste aux considérations artistiques et historiques, ne s\u2019y est pas trompée.Tout ce raf fut nuira quand même au film dans la course aux Oscars.L\u2019ombre de Twelve Years a Slave, grand lauréat 2013, parent dans son thème, une coche plus haut côté traitement, achèvera, pour sûr, de le déclasser.Il mérite toutefois vraiment le détour.Sans vouloir excuser quoi que ce soit, n\u2019oublions pas que toutes ces allégations de viol sont sorties au cours du Festival de Sundance où le film était lancé et que des supréma- cistes blancs ont intérêt à le plomber pour empêcher sa récupération par une population noire, excédée par la violence policière à son endroit.Le film du même nom de D.W.Griffith, chef-d\u2019œuvre cinématographique, était doublé cent ans plus tôt d\u2019un film à message scandaleusement raciste, sur apologie du Ku Klux Klan.Les Noirs (joués presque tous par des Blancs) étaient les vilains de l\u2019histoire au cours de la guerre de Sécession ainsi qu\u2019au lendemain de l\u2019abolition de l\u2019esclavage.Ce nouveau The Bir th of a Nation est une sorte « d\u2019anté- pisode » à celui de Grif fith, puisqu\u2019il se déroule avant la guerre de Sécession, dans la Virginie esclavagiste, où il ne faisait pas bon se trouver du mauvais côté de la race.Ce plaidoyer pour la tolérance et l\u2019humanité, tourné à Savannah, relate l\u2019histoire véridique, poignante et horrifiante, de Nat Turner, esclave éduqué et mystique.À force de voir les siens brutalisés comme des bêtes, après que son épouse ait été violée et torturée et que lui- même ait été fouetté sauvagement, ce Spartacus noir organisa, en 1831, une révolte d\u2019esclaves, préférant avec ses troupes mourir debout plutôt que vivre à genoux.Sans posséder le charisme des héros de Twelve Years a Slave, le duo d\u2019acteurs Nate Parker et Aja Naomi King est très solide.Comme cinéaste, Nate Parker fait ici ses débuts et impressionne par la maîtrise de sa fresque en alternance de tons comme par la force des images d\u2019Elliot Davis (particulièrement lors des affrontements des Noirs avec les maîtres et l\u2019armée).Il a scénarisé cette histoire à partir d\u2019une documentation abondante et s\u2019offre le rôle principal, endossé avec aplomb.The Birth of a Nation montre dès son enfance un esclave bientôt éduqué devenu prédicateur baptiste.À travers ses tournées auprès de son maître (Ar- mie Hammer, au double visage fascinant, bientôt maléfique) dans différentes plantations se profilent divers cas de figure : des maîtres qui se livrent à des tor tures infâmes sur les esclaves, puis des relat ions plus humaines, mais toujours injustes ; la religion étant utilisée pour faire taire toute velléité de révolte dans les cases des Noirs.Jackie Earle Haley incarne un suprémaciste blanc bestial, figure du pire.En peignant le quotidien de l\u2019esclavage, sous toutes les teintes, des champs de coton aux chambres des maîtres, des moments amoureux entre Nat et son épouse (Aja Naomi King) aux épisodes sanglants, Nate Parker conserve sa tension et ménage ses charges, conférant un impact supplémentaire au crescendo de son film.The Birth of a Nation jette son hurlement de souffrance à la face de sa société toujours raciste et brutale, et mérite d\u2019ouvrir sur tous les débats possibles.Le Devoir C I N É M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 E 11 FESTIVAL du NOUVEAU CINÉMA 45e présenté par 5 / 1 6 o c t o b r e 2 0 1 6 M o n t r é a l nouveaucinema.ca LE PARC DAMIEN MANIVEL VOFSTA | 71 MIN SAMEDI 8 OCTOBRE | 19 h 15 Cineplex Odeon Quartier Latin WOLF AND SHEEP SHAHRBANOO SADAT VOSTA | 86 MIN DIMANCHE 9 OCTOBRE | 16 h Cineplex Odeon Quartier Latin WEREWOLF ASHLEY MCKENZIE VOA | 78 MIN DIMANCHE 9 OCTOBRE | 21 h Cinéma du Parc LA TORTUE ROUGE MICHAEL DUDOK DE WIT SANS PAROLES | 80 MIN DIMANCHE 9 OCTOBRE | 13 h Cineplex Odeon Quartier Latin Le Spartacus noir The Birth of a Nation jette sa souffrance à la face d\u2019une société encore raciste FOX SEARCHLIGHT The Birth of a Nation montre dès son enfance un esclave bientôt éduqué devenu prédicateur baptiste.Sans posséder le charisme des héros de Twelve Years a Slave, le duo d\u2019acteurs Nate Parker et Aja Naomi King est très solide L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 CINEMA E 12 C U L T U R E « Un des drames judiciaires les plus puissants et fascinants jamais vus.» - New York Observer « Rachel Weisz est excellente.Timothy Spall livre une performance remarquable.» - EVENING STANDARD L E M O N D E E N T I E R S A I T Q U E L \u2019 H O L O C A U S T E E S T A R R I V É .E L L E D E V R A L E P R O U V E R .G A G N A N T E A U X O S C A R S ® R A C H E L W E I S Z N O M M É A U X O S C A R S ® T O M W I L K I N S O N T I M O T H Y S P A L L EN VERSION ORIGINALE ANGLAISE MAINTENANT AU CINÉMA F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L e p r e m i e r l o n g métrage de Yan England, 1:54, prend l\u2019affiche jeudi.On en a déjà parlé et on en parlera encore, car ce film campé dans une école secondaire et relaté du point de vue d\u2019un adolescent tourmenté traite d\u2019un sujet impor tant : l\u2019intimidation.Belle occasion de revisiter des longs métrages issus d\u2019autres pays et époques, et qui abordent eux aussi ce thème.Dresse-t-on le même constat dans chacun ?Le même message y prévaut- il ?Autant de questions posées dans cet échantillonnage non exhaustif mais, on ose l\u2019espérer, représentati f .Avis de « divulgâcheur » : plusieurs dénouements sont révélés.1976: Carrie, de Brian De Palma, d\u2019après le r oman de Stephen King.C i b l e d e s m o q u e r i e s d\u2019une clique d\u2019étudiantes à l\u2019école et des sévices corporels de sa mère fanatique religieuse à la maison, Carrie peine à y croire lorsque le capitaine de l\u2019équipe de football l\u2019invite au bal de fin d\u2019année.Elle ignore ce qui l\u2019attend.Après une ultime humiliation, Carrie déchaîne ses pouvoirs de télékinésie sur l\u2019assemblée et brûle son école avant de crucifier sa mère.Conte de fées cruel, Carrie pourrait être la version « honnête » de Cendrillon, celle où l\u2019exclue, une fois au bal, n\u2019en devient pas arbitrairement la belle, mais y est une fois encore tournée en ridicule.Car n\u2019est-ce pas ainsi que les humains, à l\u2019instar des animaux, se comportent envers les plus faibles?Avec cruauté ?La force de ce film sorti il y a quarante ans, son acuité impressionnent.La hiérarchie sociale, avec les sportifs et les jolies filles en haut de l\u2019échelle et le canard boiteux tout en bas, existe toujours.Ce qui reste toutefois, c\u2019est la colère «biblique » de la martyre envers ses bourreaux.1980: Veux-tu être mon garde du corps?(My Bodyguard), de Tony Bill.Clifford vient de déménager à C h i c a g o .Comme c\u2019est souvent le cas pour les «nouveaux», il est pris en grippe par un autre élève, Moody, la terreur de l\u2019école.Mais voilà qu\u2019un jour de raclée, Ricky, un colosse qui d\u2019habitude reste dans son coin, vient au secours de Clifford.Après plusieurs affrontements, Ricky encourage Clifford à affronter Moody lu i -même.Ce que Clif ford fait, terrassant son intimidateur qui se révèle n\u2019être qu\u2019un pleutre.Méconnu, mais très aimé de ceux qui l\u2019ont vu, ce petit film sympathique oscille entre humour et drame.À la fin, la violence en réponse à la violence semble être la seule voie à suivre.Sor ti quelques années plus tard, le plus populaire Karaté Kid adopte une philosophie similaire, bien que plaçant celle- ci dans un contexte de compétition sportive.Sur le fond, cependant, les deux films ne sont guère dif férents, avec cette idée de justice selon laquelle l\u2019intimidateur doit être puni par l\u2019intimidé.À noter que cette vision rime ici avec « fin heureuse », tandis qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une issue tragique dans Carrie.1985: Breakfast Club, de John Hughes.En p le in sa - m e d i , c i n q é l è v e s s o n t forcés de passer la journée en retenue à l\u2019école.Le groupe ne saurait être plus disparate, avec la « princesse », le « sportif », le « délinquant », le « premier de c lasse » e t l a « r e je t » .Chacun représente un ar - chétype qui sera ultérieurement déconstruit.Au premier abord, le thème de l\u2019intimidation pourra sembler secondaire pour ceux auxquels ce film culte est familier.Pour tant, en examinant les rapports au sein du groupe, on s\u2019aperçoit que l\u2019intimidation se trouve au cœur de ceux-ci.La « princesse » méprise tout le monde sauf le « sportif ».Ce dernier rabaisse le « délinquant », qui, lui, s\u2019en prend volontiers au « premier de c lasse » .En retra i t , la « rejet » est ignorée par tout le monde, ce qui est assez violent quand on y pense.Forcés de passer du temps ensemble, sans témoin, donc sans pression des pairs, ces adolescents dépareillés se découvrent des points communs, notamment des r e la t ions conflictuelles avec leurs parents.En s\u2019ouvrant les uns aux autres, ils dissipent leurs idées préconçues et se voient tous sous un jour inédit.Le dialogue comme meilleure arme contre l\u2019intimidation?2001: Bully, de Larry Clark.Voilà peut-être l \u2019 a n t i t h è s e du f i lm pré - cédent, alors qu\u2019ici le d i a - l o g u e e x a - cerbe chez les victimes un désir de vengeance.C\u2019est la bande des quatre : Ali, Lisa, Mar ty et Bobby.Bobby qui tabasse régulièrement Mar ty, agresse sexuellement Ali, et ce, à l\u2019insu de Lisa.Mise au courant, cette dernière propose une solution radicale : tuer Bobby.Ce qui survient finalement, non sans difficultés, et non sans laideur.En bout de course, les meurtriers ne par viendront pas à vivre avec leur geste, transformant leur vie dif ficile en gâchis intégral.Nihiliste, le film du controversé Larry Clark ?Impitoyable et franc, plutôt.En effet, le portrait qu\u2019il brosse d\u2019une certaine frange de la jeunesse américaine, « frange » étant le mot-clé, sonne juste.Douloureusement juste.Plus que les sévices infligés par la brute qu\u2019est Bobby, c\u2019est l\u2019absence d \u2019encadr ement e t de r es - sources, bref, un désœuvre- ment crasse, qui compromet d\u2019emblée le devenir de ces adolescents-là.Comme dans Carrie, le spectacle de la violence engendrée par l\u2019intimidation ne provoque pas l\u2019exultation, mais bien la tristesse.2007: Ben X, de Nic Balthazar.Ben est un adolescent f l a m a n d a t - t e i n t du syndrome d\u2019Asperger, ce qui le place d\u2019off ice dans la catégorie des êtres « dif férents ».Harcelé par deux autres élèves, Ben s\u2019évade dans les jeux vidéo, domaine où i l excelle.Un jour, on le dénude en public et on le filme.Incapable de se confier et à bout, Ben feint son propre suicide, puis projette la vidéo incriminante lors de son enter rement , exhibant à la vue de tous les agissements de ses tour - menteurs impénitents.Enrageant , dans le bon sens, Ben X pose un regard sans complaisance sur la méchanceté pure qui, parfois, se trouve à la base de l\u2019intimidation.Ce qui distingue en outre le film, c\u2019est la manière habile avec laquelle le protagoniste retour ne les armes de ses bourreaux contre eux.L\u2019élément de vengeance est évidemment là, mais dénué de violence, à laquelle le scénario préfère la résilience.2008: Morse (Lat den rätte komma in), de Tomas Alfred- s on .O s k a r, 12 ans, vit dans u n H L M d e S t o c k h o l m avec sa mère divorcée.Solitaire, il est fréquemment malmené par une bande d\u2019élèves à l\u2019école.Emménage alors dans l\u2019appartement d\u2019à côté la mystérieuse, et très pâle, Eli.Eli qui a tôt fait de lui révéler son secret : elle est une vampire.Entre eux naît une amitié basée sur leur statut commun de marginaux.Quant aux intimidateurs, un sor t funeste \u2014 et sanguinolent \u2014 les attend.Si, dans ce magnifique film s u é d o i s , i n t i m i d a t i o n e t dénouement violent sont à nouveau intimement liés, on n \u2019a pas tant a f fa i r e à une vengeance qu\u2019à un véritable sauvetage.De fait, lors de l\u2019af frontement final, c\u2019est la frêle mais puissante Eli qui vole (mais littéralement) au secours d\u2019Oskar.Désormais des fugitifs, Eli et Oskar par tent ensemble, condamnés par choix à vivre leur marginal i té à l \u2019écar t du monde.2010: The Way He Looks (Hoje Eu Quero Vol- tar Sozinho), de Daniel Ri- beiro.Leo, un a d o l e s c e n t aveugle, subit les insultes quotidiennes de Fabio et ses acolytes.Leo est ami avec Gio- vana.Giovana aime Gabriel, le nouvel élève.Gabriel aime Leo, qui l\u2019aime aussi sans que l\u2019un ou l\u2019autre arrive à déclarer sa flamme.Lorsqu\u2019ils y parviennent enfin, non sans querelles puis réconciliations avec Giovana, Leo et Gabriel doivent composer avec Fabio et son homophobie.Heureux de s\u2019être trouvés, ils choisissent de l\u2019ignorer.Dans ce film brésilien, un premier amour mais aussi une amitié indéfectible aident au processus de résilience.2016: 1:54, de Yan England.O n s e g a r - dera de vendre la mèche quant au dénouement de ce film-ci, où l\u2019on suit Tim, 17 ans, ancien champion de course qui, après un hiatus, décide de s\u2019y remettre au grand dam de Jeff, le nouveau champion en titre.Déjà tendus, les rap- por ts entre les deux adolescents s\u2019enveniment à mesure que les techniques d\u2019intimidation de Jef f deviennent de plus en plus vicieuses.Sans trop en dire, on relèvera que, ici aussi, la diff i cu l té à dénoncer \u2014 par honte , par peur de repré - s a i l l e s p i r e s e n c o r e \u2014 constitue le principal problème du protagoniste, qui reste avec sa peine et sa colère, un mélange délétère s\u2019il en est.Vengeance par procuration En fin d\u2019analyse, le modèle dominant au cinéma veut que l \u2019 int imidation entraîne un châtiment.Toutes considérations morales ou légales mises à par t, ce n\u2019est guère surprenant.À la base, en effet, les films ont toujours été là pour faire rêver.Or, pour les opprimés, vivre une vengeance par procuration par le biais d\u2019un film ne constitue-t-il pas une manière bénigne de garder sous contrôles des pulsions potentiellement dangereuses ?Car tout le monde a un point de rupture.Cela aussi, le cinéma nous le rappelle.Le Devoir ANALYSE Crime et châtiment(s) Les films traitant d\u2019intimidation optent davantage pour la vengeance que pour la résilience FILMS SÉVILLE La dif ficulté à dénoncer constitue le principal problème du protagoniste de 1 : 54.ÉQUINOXE FILMS Les intimidateurs auront af faire a une vampire protectrice dans Morse.EFTS Les intimidateurs de Ben X sont animés par une méchanceté pure.UN OURS ET DEUX AMANTS (V.F.DE TWO LOVERS AND A BEAR) ?1/2 Drame de Kim Nguyen.Avec Dane DeHaan, Tatiana Maslany, John Ralston.Canada, 2016, 96 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E C\u2019est un lieu froid et inhospitalier.Beau, mais sans pitié.Pour y vivre, il faut y être né.Ou avoir voulu y fu ir quelqu\u2019un, quelque chose\u2026 Tous deux venus du Sud, Roman et Lucy se sont trouvés dans ce Grand Nord n\u2019ayant rien à voir avec les images romantiques d\u2019Esquimaux dans leurs igloos.Cela n\u2019a pas empêché leur amour de fleurir sur la banquise.Combustible, leur liaison ; volatile, aussi.Chacun aux prises avec ses démons, les amants ont soif d\u2019apaisement autant que d\u2019absolu.Lancés en motoneige sur la vaste étendue blanche, Roman et Lucy foncent vers un avenir incertain\u2026 C i n é a s t e d o u é p o u r l a forme, Kim Nguyen a toujours ancré ses récits dans des endroits dotés d\u2019un riche potent ie l d \u2019évocat ion.On pense au décor paysan de conte de fées dans Le marais et à la métropole rétrofutu- riste de Truffe, premiers films extravagants aux mille trouvailles visuelles, mais aussi au village creusé à même la montagne de La cité.Et c \u2019est sans parler des paysages de l\u2019Afrique subsa- harienne de Rebelle.Avec ce film, le cinéaste a délaissé ses mondes plus ouvertement mythiques ou fantastiques, mais il a renforcé ses penchants pour le surnaturel et le réalisme magique, parti pris qui colore d\u2019une manière ou d\u2019une autre toutes ses histoires.Celle d\u2019Un ours et deux amants ne fait pas exception.Guérison psychique Or, étonnamment, le premier constat qui se dégage du fi lm n\u2019a rien à voir avec la forme et tout à voir avec le fond.À savoir que le romantisme désespéré sied à ravir à Kim Nguyen.Déjà exploré dans Rebelle par le biais de l\u2019idylle entre la protagoniste enfant-soldat et le garçon albinos, « l\u2019amour sorcier », pour demeurer dans l\u2019esprit du cinéma de l\u2019auteur, est de nouveau envisagé comme vecteur de guérison psychique.À la dif férence qu\u2019avec Un ours et deux amants, le cinéaste trouve sa poésie narrative dans l\u2019inéluctabilité du dénouement.Lequel tarde à venir et s\u2019étire un brin une fois arrivé, malheureusement, mais a pour lui une logique mystique prégnante.Cruel paradoxe Autre atout : l\u2019interprétation à fleur de peau de Dane De- Haan (Metallica : Through the Never), l\u2019homme qui, non seulement a vu l\u2019ours, mais parle à l\u2019ours, et Tatiana Maslany (Orphan Black), qui est pour sa part hantée \u2014 littéralement \u2014 par le fantôme de son père.Ensemble, ils composent un couple d\u2019écorchés mémorable.À la direction photo, Nicolas Bolduc par vient à capter la splendeur de l\u2019Arctique, en surface, autant que sa cruauté, sous-jacente.C\u2019est d\u2019ailleurs là la nature paradoxale de l \u2019amour qui embrase les deux amants.Un amour qui réchauf fe, puis consume.Le Devoir L\u2019amour sorcier Un ours et deux amants allie romance et hantises sur fond blanc FILMS SÉVILLE Les personnages principaux se sont retrouvés dans le Grand Nord, beau mais sans pitié."]
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