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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-09-10, Collections de BAnQ.

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[" Michel David Éloigner l\u2019idée du référendum pour chasser les libéraux Page B 3 France Emmanuel Macron, le Justin Trudeau français?Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 S E P T E M B R E 2 0 1 6 Idées Sauvons la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie, un lieu exceptionnel Page B 5 J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U Q ui eût dit qu\u2019un jour on trouverait au nombre des préoccupations des voyageurs la question de savoir si leur bagage à main contient plus de 100 ml de liquide ?Le détournement de quatre avions, le 11 septembre 2001, les images innombrables de ce drame, puis le récit des survivants ont donné le coup d\u2019envoi à un nouveau moment de l\u2019histoire dont nous ne sommes pas encore sortis.Quel bilan faire de ces quinze années ?À l\u2019insécurité qu\u2019inscrit dans le quotidien occidental le drame du 11 septembre 2001, on trouve cinq héritiers.1.Le contrôle de l\u2019immigration Selon Élisabeth Vallet, directrice scientifique de la chaire Raoul-Dandurand, « le 11-Septembre va agir comme révélateur et comme accélérateur» de sentiments en latence avant ce drame.Il révèle notamment une opposition à la mondialisation agitée au nom d\u2019inquiétudes à l\u2019égard de la préservation de l\u2019identité nationale, dont la construction de plus en plus de murs pour repousser les immigrants lui apparaît une illustration parfaite.«Depuis le 11-Septembre, on a une démultiplication des murs frontaliers dans le monde.Il y en avait 11 à l\u2019issue de la guerre froide [1991].On en compte aujourd\u2019hui 74, dont près de la moitié sont voués au contrôle des indésirables.» Ces craintes déjà présentes avant le 11-Sep- tembre obtiennent alors un passeport pour circuler librement en société.La volonté de contrôler les flux de populations soumises aux valses mortelles de l\u2019actualité ne date tout de même pas de l\u2019après-11-Sep- tembre.À la fin des années 1990 déjà, la crise économique mondiale avait déjà entraîné un durcissement des contrôles frontaliers en Asie.À Singapour, les milliers de travailleurs au chô- QUINZE ANS APRÈS LES ATTAQUES DU 11-SEPTEMBRE Les cinq héritiers de l\u2019insécurité BETH A.KAISER ASSOCIATED PRESS Les théories du complot reviennent aussi en force après le 11-Septembre, en Occident comme dans le monde arabe.Même l\u2019impact des avions contre les tours jumelles de New York est remis en question.Des théories fabulistes, échafaudées selon les vents du moment, permettent à des individus et des populations autant qu\u2019à des gouvernants d\u2019éluder leurs propres rapports aux événements.B O R I S P R O U L X L\u2019 avenir de la télévision spécialisée canadienne est compromis par l\u2019obligation pour les fournisseurs d\u2019offrir les chaînes à la car te dès le 1er décembre.Dans un mémoire de 2014, le ministère de la Culture et des Communications (MCC) du Québec prévient même que cette mesure pourrait « ultimement mener à la disparition de services spécialisés et payants de langue française et se traduire par une per te de diversité dans le système télévisuel canadien», surtout depuis l\u2019abandon de règles limitant la concurrence entre chaînes de même genre.C\u2019est pourtant cette avenue qu\u2019a empruntée le Conseil de la radiodif fusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) lors de l\u2019élaboration de nouvelles règles, progressivement implantées depuis 2015.L\u2019organisme réglementaire fédéral a mené cette semaine une audience publique se limitant à vérifier si les fournisseurs s\u2019adaptent dans les délais au nouveau régime.Le petit forfait de base laisse miroiter un rabais aux consommateurs, à un prix de 25 $ par mois auquel il sera possible d\u2019ajouter n\u2019impor te quelle chaîne individuellement dès décembre.Depuis mars, les fournisseurs pouvaient n\u2019offrir que des forfaits de 10 chaînes ou moins à leurs abonnés.L\u2019envers de la médaille : le petit forfait pourrait coûter cher aux chaînes spécialisées privées, pourtant rentables au Québec.Les coûts indirects du forfait de base Les nouvelles règles de télévision font suite à la promesse de l\u2019ancien premier ministre Stephen Harper, sensible aux plaintes des consommateurs canadiens insatisfaits du prix et de la flexibilité de leur forfait de télévision.« Notre gouvernement croit que les familles canadiennes devraient pouvoir choisir les for faits de chaînes sur mesure qu\u2019elles souhaitent obtenir.Il exigera que les chaînes soient dissociées dans les forfaits tout en protégeant les emplois », a-t-il déclaré lors de son discours du trône en 2013.Selon Ian Morrison, porte- parole des Amis de la radiodiffusion canadienne, ces deux aspects sont pourtant irréconciliables.«On ne peut que conjecturer sur ce qui va arriver aux chaînes spécialisées après le 1er décembre», s\u2019alarme-t-il.En ce moment, les chaînes spécialisées sont typiquement incluses dans des forfaits où il est possible de combiner plusieurs chaînes.Les forfaits resteront, mais impossible de savoir si les clients continueront de les choisir ou s\u2019ils laisseront plutôt tomber les chaînes les plus nichées.Selon M.Morrison, « le CRTC n\u2019a pas fait ses propres recherches pour comprendre les conséquences économiques de ses politiques ».Son organisme a commandé une étude auprès de la firme Nordicity, en décembre, dont les conclusions appuient la thèse de l\u2019effondrement des chaînes spécialisées.« Les décisions du CRTC fe- NOUVELLES RÈGLES DU CRTC Le pire scénario pour le Québec se réalise L\u2019abonnement à la carte pourrait faire mal aux petites chaînes spécialisées ISTOCK La multiplication des chaînes spécialisées s\u2019est faite dans un contexte très réglementé : jusqu\u2019à 2015, une clause d\u2019«exclusivité du genre» empêchait l\u2019of fre de deux chaînes spécialisées sur le même thème, limitant ainsi la compétition.400 millions Somme perdue dans les investissements en programmation canadienne par année d\u2019ici 2020, selon le résumé de l\u2019étude La télévision canadienne en 2020 : Les impacts technologiques et réglementaires VOIR PAGE B 3 : CR TC VOIR PAGE B 2 : INSÉCURITÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 S E P T E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 L A U R E N C E D E F R A N O U X D epuis dix ans, la Corée du Nord est la cible de sanctions internationales, destinées à empêcher le développement de son programme nucléaire militaire.Qu\u2019entend-on par sanctions?Il en existe deux sortes.Les multilatérales, décrétées par l\u2019ONU, et les bilatérales, plus sévères, mises en place par le Japon, la Corée du Sud ou les États-Unis.Dès 2006, après le premier essai nucléaire nord-coréen, le Conseil de sécurité de l\u2019ONU (membres permanents: Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) a interdit à tous les États membres de fournir à la Corée du Nord du matériel et des services liés à l\u2019armement.Des Nord-Coréens impliqués dans le nucléaire et la balistique sont interdits de voyager, et leurs avoirs gelés.Mais en mars, l\u2019ONU est passé à la vitesse supérieure avec la résolution 2270.Le but est désormais de mettre l\u2019ensemble du commerce nord-coréen sous surveillance pour empêcher le régime de financer sa recherche militaire.Un embargo a été décrété sur les exportations nord- coréennes de charbon, de fer, d\u2019or et de terres rares.Les pays membres des Nations unies ont l\u2019ordre d\u2019inspecter toutes les cargaisons transitant par leurs ports, aéroports, routes.Il leur est interdit de vendre à Pyongyang du carburant d\u2019avion, mais aussi des montres de luxe et des équipements de loisir pour ne pas laisser la classe dirigeante gaspiller les revenus du pays.Toutes ces interdictions ne s\u2019appliquent pas «en cas de besoins humanitaires essentiels», la Corée du Nord devant prouver que le fruit de ces échanges est destiné à la population.Quelle en est la portée?Faute de données sur les statistiques douanières chinoises et sur les interceptions de marchandises, il est dif fi- cile de juger des conséquences de ces décisions prises il y a seulement six mois.Ce qui est sûr, c\u2019est que, si le but était de stopper le développement du programme nucléaire nord-coréen, l\u2019essai de vendredi démontre leur inef ficacité.Selon Mathieu Duchâtel, directeur adjoint du programme Asie et Chine de l\u2019European Council on Foreign Relations, « même si la Chine soutient le régime de sanctions multilatérales, elle n\u2019a pas, pour des raisons politiques et humanitaires, fermé sa frontière, coupé l\u2019approvisionnement en pétrole ou décidé d\u2019arrêter le petit commerce trans- frontalier.Or ce dernier, qu\u2019il soit légal ou illégal, est un peu la ligne de vie de la Corée du Nord sous sanctions».Malgré des contrôles très renforcés, la frontière sino-co- réenne reste poreuse, et les réseaux mafieux et familiaux facilitent les échanges.«Le maillon faible des sanctions reste le contrôle des marchandises.Les conteneurs en provenance ou à destination de la Corée du Nord sont loin d\u2019être tous scannés, précise le chercheur.Et certains pays, notamment en Afrique, n\u2019ont pas les moyens ou l\u2019intention de surveiller.» La notion d\u2019exemption humanitaire laisse aussi un espace assez large, tant il est difficile de savoir où va l\u2019argent dans un régime opaque.Et les nombreux travailleurs nord-coréens émigrés à l\u2019étranger restent une importante source de devises.Quelle est la marge de manœu- vre de l\u2019ONU?«La résolution 2270 inclut des outils qu\u2019on pensait encore inacceptables par la Chine il y a quelques années.Ce sera difficile d\u2019aller beaucoup plus loin dans les sanctions ciblées », avance Mathieu Duchâtel.Un embargo total aurait des conséquences catastrophiques pour la population, comme dans l\u2019Irak de Saddam Hussein.«Il y a un débat de fond pour savoir si les sanctions sont trop faibles ou si elles sont inadaptées, si elles sont dirigées contre le nucléaire ou contre le régime, poursuit le chercheur.Les Chinois pensent que, même avec un embargo total, le nucléaire serait sanctuarisé.Et de plus en plus de gens sont persuadés que, tant que le régime reste ce qu\u2019il est, il n\u2019y a aucune chance de résoudre le problème par la voie pacifique.» L\u2019objectif des sanctions pourrait alors être de contenir le développement nucléaire nord-coréen, à défaut de le stopper.Libération DÉCRYPTAGE Des sanctions trop faibles ou inadaptées ?L\u2019accélération des embargos et les résolutions de l\u2019ONU restent inefficaces face à la politique du régime nord-coréen Le spécialiste John Delury estime que la communauté internationale doit relancer le dialogue avec Pyongyang, seule possibilité de contenir le développement nucléaire du pays.John Delury est professeur à l\u2019Université Yonsei, à Séoul, spécialiste de la Chine et de la Corée du Nord.P R O P O S R E C U E I L L I S P A R E V A J O H N Vous estimez qu\u2019il est temps pour Washington de changer de politique vis-à-vis de Pyongyang.Pourquoi?Avec les trois autres « États voyous », la Birmanie, Cuba et l\u2019Iran, Obama a privilégié le dialogue.Mais avec la Corée du Nord, il a préféré mettre en œ u v r e l a « pa t i ence s t ra - t é gique ».Deux raisons à ce choix : d\u2019une part, Washington a longtemps pensé que l\u2019effondrement du régime était imminent car celui-ci ne survivrait pas à la mort de Kim Jong-il.Alors, cela ne semblait pas valoir le coup d\u2019entamer un dialogue avec un régime dont on attendait la chute.D\u2019autre part, certains pensent qu\u2019il ne ser t à rien de discuter avec Pyongyang.Vous êtes d\u2019accord avec cette idée?Non.Par le passé, les États- Unis ont signé des accords avec la Corée du Nord qui ont permis de ralentir le développement de son programme nucléaire et d\u2019en abandonner certains volets.Ce fut le cas de l\u2019accord-cadre signé en 1994 entre Bill Clinton et Kim Jong- il.Cer tes, Pyongyang ne l\u2019a pas respecté entièrement et a poursuivi l \u2019enrichissement d\u2019uranium.Mais grâce à ce traité, le nucléaire nord-coréen a pendant un temps été plus ou moins sous contrôle.Est-il possible de négocier avec Kim Jong-un comme avec son père, Kim Jong-il?Oui, et ces négociations peuvent même être plus fructueuses ! Kim Jong-un a toujours fait de l\u2019économie sa priorité.Contrairement à son père, il a promis au peuple que celui-ci n\u2019aurait plus à se serrer la ceinture.Si la communauté internationale s\u2019allie p o u r n é g o c i e r s e l o n s e s termes, je pense qu\u2019il se montrera plus coopératif que son père.L\u2019idée serait de lui proposer une aide au développement économique auquel il aspire en échange de sa promesse de mettre fin à son programme nucléaire.Quel rôle peut jouer la Corée du Sud?Entre 1998 et 2008, le gouvernement sud-coréen a pratiqué ce qu\u2019on a appelé la « sunshine policy », ou « politique de la main tendue ».Il s\u2019agissait d\u2019apaiser les relations Nord- Sud, de multiplier les contacts.Cette approche aurait pu s\u2019avérer concluante si elle avait été menée sur plusieurs dizaines d\u2019années, mais le gouvernement conser vateur de Lee Myung-bak y a mis fin.Or la question nord-coréenne ne peut se régler sur le cour t terme.Bien loin de cette politique d\u2019apaisement, le gouvernement sud-coréen actuel a décidé de déployer un système de défense antimissile américain\u2026 Et ce n\u2019est vraiment pas ce qui va arranger les choses.Il me semble que la Corée du Sud n\u2019en a pas vraiment besoin.Chaque année, elle dépense pour son budget de défense l\u2019équivalent de la totalité de l\u2019économie nord-coréenne.Et tout porte à croire que les Nord-Coréens vont trouver un moyen de contourner ce système.Quel rôle la Chine a-t-elle à jouer vis-à-vis de Pyongyang?Pendant les premières années du règne de Kim Jong- un, les relations entre les deux alliés ont été très tendues.Le jeune leader voulait probablement prouver qu\u2019il était for t et indépendant de son voisin.Depuis l\u2019an dernier, les choses se sont améliorées.La Chine a toujours été claire : elle n\u2019est pas d\u2019accord avec les sanctions.Je ne pense pas qu\u2019elle changera de discours après ce cinquième essai nucléaire.On a longtemps estimé que les provocations de Pyongyang étaient un outil de négociation qui permettait au régime d\u2019assurer sa survie.Cette hypothèse semble compromise quand le régime poursuit ses provocations alors qu\u2019il croule sous les sanctions\u2026 C\u2019était une analyse er ronée.Il faut se mettre à la place des Nord- Coréens pour comprendre pourquoi ils se sentent menacés.Le pays est de loin le plus faible de la région.Et, toujours de leur point de vue, ils sont entourés de nations qui leur sont hostiles.Leur programme nucléaire a donc bel et bien pour objectif premier d\u2019assurer leur sécurité.Hillary Clinton changera-t-elle de stratégie si elle est élue?Elle risque de durcir le ton envers Pyongyang.Si elle tire les leçons de ces huit dernières années, elle pourrait en même temps adopter une approche pragmatique et diplomatique.Et en cas de victoire de Donald Trump?Je n\u2019ose même pas l\u2019imaginer.Je pense que les Américains auront bien d\u2019autres soucis que la Corée du Nord\u2026 Pourrait-on envisager un accord similaire à celui passé avec l\u2019Iran?Oui, et c\u2019est dans l\u2019intérêt de tous.Il ne pourra pas être aussi ambit ieux, puisque Pyongyang es t b ien p lus avancé que Téhéran en matière nucléaire.Il n\u2019y a désormais plus de doute : la Corée du Nord est une puissance nucléaire.Libération CORÉE DU NORD «Des négociations avec Kim Jong-un peuvent être fructueuses » mage qui tentaient de trouver un ciel plus clément pour vivre étaient repoussés.Mais depuis le 11-Septembre, de telles politiques se donnent plus facilement à voir au nom de la sécurité, quitte à conduire à la stigmatisation certaines communautés.Les dif férences de niveau économique continuent de constituer les principales barrières aux mouvements transfrontaliers.Selon Élisabeth Vallet, les pays riches sous- traitent même ces contrôles plus au sud.«Pour l\u2019immigration africaine en Europe, les contrôles commencent désormais au Maroc.» 2.Un nouveau régime de lois «Le régime législatif a changé.Après 2001, on a commencé par ajouter des lois antiterroristes.À cet égard, on n\u2019est pas très dif férents d\u2019autres pays », observe Karine Côté-Boucher, profes- seure à l\u2019École de criminologie de l\u2019Université de Montréal.Mais, ajoute Mme Côté-Boucher, on a changé ce faisant la nature du Service canadien de renseignement de sécurité, le SCRS.«À la suite de l\u2019action de la Gendarmerie royale [GRC] et de la police relativement au Front de libération du Québec [FLQ], on avait jugé nécessaire de séparer le renseignement de la police.Or cette séparation s\u2019est trouvée perturbée après le 11-Septem- bre.Le SRCS a obtenu au Canada des pouvoirs qui permettent même d\u2019anticiper un crime éventuel.On a créé en quelque sorte une nouvelle police en parallèle.Exactement ce qu\u2019on voulait éviter en créant le SCRS.» Au Canada, on peut désormais détenir quelqu\u2019un à titre préventif, et la pensée plutôt que l\u2019acte peut être visée dès qu\u2019il est question de menace terroriste.En mai dernier, rappelle Karine Côté-Boucher, le SCRS a annoncé publiquement s\u2019être servi « deux douzaines de fois » de ses pouvoirs d\u2019exception.Plus de pouvoirs ont été consentis aux services policiers et de surveillance, mais sans contrepartie quant à la surveillance de leurs actions.« En 2006 pour tant, le juge Dennis O\u2019Connor avait recommandé, dans la foulée de l\u2019af faire Maher Arar, qu\u2019on encadre mieux le travail des policiers.Ça n\u2019a jamais été fait, malgré la sor tie d\u2019anciens premiers ministres comme Joe Clark et Jean Chrétien en faveur d\u2019un tel encadrement.» La peur suscitée par les suites du 11-Septem- bre a encouragé en outre les discours de politiciens qui jouent les durs contre la criminalité et le terrorisme.«On remet très peu en question les moyens qu\u2019ils prennent, commente Mme Côté- Boucher.Il y a peu de discours sur les limites que tout cela doit avoir et sur l\u2019éclairage qu\u2019on doit donner aux informations qui sont recueillies désormais par toute cette activité.» 3.Un ressac antiféministe L\u2019après-11-Septembre conduit aussi à une crispation antiféministe, comme l\u2019a montré notamment la journaliste d\u2019enquête Susan Fa- ludi.Les récits valorisés dans ce chapitre guerrier qui s\u2019ouvre alors mettent en lumière le rôle des hommes dans des schémas où règne l\u2019hyper-masculinisation.Le cliché du pompier-policier-soldat musculeux et puissant est omniprésent.Le scénario qui se joue ainsi est toujours celui de l\u2019homme-chevalier qui doit sauver la femme menacée.L\u2019exemple parfait de ce théâtre magnifié est le récit sublimé que fit l\u2019armée américaine de la soldate Jessica Lynch, supposément capturée en Irak en mars 2003 et libérée le 1er avril par un commando.Comme l\u2019ont montré par la suite les travaux de plusieurs journalistes et le témoignage de la soldate elle-même, l\u2019armée américaine avait plutôt tissé à son sujet un récit héroïque où sa libération chorégraphiée correspond précisément à ce récit valorisé de la femme sauvée des affres du mal.L\u2019après-11- Septembre réactive le mythe de l\u2019homme alpha, celui du cow-boy américain.Faludi observe que l\u2019action des femmes est même écartée des récits consécutifs à des actes que l\u2019on présente comme héroïques.Le refoulement de la femme à un élément du décor devient ainsi un prétexte à établir une fable au nom de la résurgence de leur défense confiée aux mains d\u2019hommes surpuissants.En 2004, en vue d\u2019assurer sa réélection, une campagne publicitaire mettait en scène le président George W.Bush réconfortant dans ses bras une adolescente, Ashley Faulkner, dont la mère avait péri dans l\u2019attentat du World Trade Center.L\u2019adolescente disait du président : « Il est l \u2019homme le plus puissant du monde et tout ce qu\u2019il veut, c\u2019est s\u2019assurer que je suis en sécurité.» «Notre réflexion en réaction au 11-Septembre \u2014 fantastique, étrangement déconnectée de la très réelle urgence à laquelle nous faisons face \u2014 expose un système de croyances fausses », estime Susan Faludi devant le torrent de propos antifé- ministes qu\u2019elle a observé dans le contexte de l\u2019après-11-Septembre.L\u2019essayiste Catharine MacKinnon a pour sa part comparé la violence faite aux femmes et le nombre de morts dans les attentats, pour montrer que, s\u2019il y a une guerre qui est passée sous silence depuis le 11-Septembre, c\u2019est bien celle qui est faite aux femmes.Professeure à l\u2019UQAM, Mar tine Delvaux observe pour sa part pour Le Devoir « que le sort des femmes arabo-musulmanes est utilisé au profit de guerres qui, au fond, n\u2019ont pas grand-chose à voir avec le désir de les protéger, elles, vraiment ».4.Le contrôle de l\u2019information La criminologue Karine Côté-Boucher considère qu\u2019on a beaucoup développé les contrôles de Facebook, de Twitter et des dif férents réseaux sociaux, sans trop se poser de questions.«La GRC fait ça de plus en plus.On procède à des analyses par algorithme.On a un imaginaire sécuritaire de plus en plus vaste.Et encore une fois, les discours sur la place publique qui mettent en question les limites de cela ne sont pas courants.» « À partir de quels critères amasse-t-on ainsi autant d\u2019informations ?Il n\u2019y a pas vraiment de contrôle.» Pour avoir révélé l\u2019étendue des programmes de sur veillance des ser vices de renseignement américains dans l\u2019après-11-Septembre, Edward Snowden est devenu une des figures emblématiques de cette période de l\u2019histoire.Invité par l\u2019Université McGill, Snowden donnera en novembre une vidéoconférence au sujet de la surveillance au Canada.5.Les théories fabulistes Les théories du complot reviennent aussi en force après le 11-Septembre, en Occident comme dans le monde arabe.Même l\u2019impact des avions contre les tours jumelles de New York est remis en question.Des théories fabulistes, échafaudées selon les vents du moment, permettent à des individus et des populations autant qu\u2019à des gouvernants d\u2019éluder leurs propres rapports aux événements.On se demande ainsi à qui pourrait profiter le crime, en insistant sans cesse sur des détails magnifiés au point de masquer l\u2019ensemble du portrait.C\u2019est ce que fait par exemple continuellement un Dieudonné ou un Alain Soral en France, ou encore l\u2019association Engineers for 9/11 Truth ou Lyndon LaRouche.Ceux qui militent ainsi pour un refus du réel le maquillent volontiers sous les traits d\u2019un doute permanent, au nom d\u2019une parodie de science ou de raisons dont ils tirent d\u2019ordinaire une extrême satisfaction d\u2019eux-mêmes.En principe, la toute-puissance des faits au matin du 11 septembre 2001 réduit la part possible de l\u2019imagination.Pourtant, les vidéos, les textes et les commentaires divers qui s\u2019emploient depuis quinze ans à les nier fleurissent, comme si les tensions que provoquent ces événements et leurs suites étaient telles que des gens éprouvent le besoin de s\u2019en soulager complètement.C\u2019est aussi un trait de l\u2019après-11-Septembre.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 INSÉCURITÉ JUNG YEON-JE AGENCE FRANCE-PRESSE Des Nord-Coréens regardent les actualités montrant le leader coréen, Kim Jong-un, dans une gare de Séoul, à la suite de son nouvel essai nucléaire, le 9 septembre. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 S E P T E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 J ean-François Lisée avait l \u2019air d\u2019un homme qui venait de gagner à la loterie quand il s\u2019est présenté devant la presse entouré des quatre députés péquistes qui ont décidé de lui donner leur appui.Ce sont cependant les nouvelles bourdes du gouvernement Couillard qui ont apporté le plus d\u2019eau à son moulin.À l\u2019issue d\u2019une autre semaine marquée par une rare indif férence à toute considération d\u2019ordre éthique, bien des péquistes doivent commencer à penser qu\u2019il devient en effet plus urgent de chasser les libéraux que de tenir un référendum.Depuis l\u2019annonce de la vente de Rona à des intérêts américains, qu\u2019elle avait présentée comme une bonne nouvelle, on sait que le jugement politique n\u2019est pas la qualité première de la ministre de l\u2019Économie, Dominique Anglade.Entendre le premier ministre Couillard cautionner lui aussi l\u2019embauche d\u2019un recherchiste de la CAQ surpris à voler des documents confidentiels, qu\u2019il destinait vraisemblablement à son nouvel employeur, dépassait cependant l\u2019entendement.Sa volte-face tardive a simplement démontré que ses réflexes sont aussi lents que sa morale est déficiente.Apparemment, il est devenu tout à fait normal que l\u2019entreprise dont l\u2019employé d\u2019un ministre est devenu président sollicite \u2014 et obtienne éventuellement \u2014 une subvention de 3 millions de ce même ministère, même si cet employé a été promu entre-temps conseiller spécial du ministre.La caution du commissaire à l\u2019éthique serait plus rassurante si son indulgence n\u2019était pas aussi légendaire.Mettez-vous à la place des libéraux : après des années de magouille qui les ont forcés à former une commission d\u2019enquête sur la corruption, ils n\u2019ont été sanctionnés que par un bref séjour dans l\u2019opposition avant de retrouver une confortable majorité à l\u2019Assemblée nationale.Rien pour renforcer la vertu.?Jean-François Lisée n\u2019est pas le seul à être arrivé à la conclusion que la seule façon de leur imposer la cure éthique qu\u2019ils méritent est de les priver de l\u2019épouvantail référendaire qui devient leur argument ultime à chaque campagne électorale et qui les dispense de rendre des comptes.Le dernier arrivé dans la course, Paul St- Pierre Plamondon, est aussi de cet avis, et il est bien poss i b l e , v o i r e p r o b a b l e , qu\u2019Alexandre Cloutier finisse par s\u2019y ranger d\u2019ici les élections d\u2019octobre 2018, même s\u2019il ne dévoilera officiellement ses intentions que six mois avant.Seule Martine Ouellet exclut toute possibilité d\u2019un report du référendum.Mme Ouellet a raison sur un point : même une promesse formelle de ne pas tenir de référendum n\u2019empêchera pas les libéraux d\u2019évoquer le spectre de l\u2019indépendance, sur tout si le PQ s\u2019engage à la promouvoir de façon active.Les militants péquistes sont-ils prêts à tout mettre entre parenthèses pour battre les libéraux?M.Lisée est très clair sur ce point : non seulement il n\u2019y aura pas de référendum avant 2022, mais il n\u2019y aura aucune démarche souverainiste durant un premier mandat et les fonds publics ne seront pas utilisés pour faire la promotion de l\u2019indépendance.?De passage au Devoir vendredi, M.Cloutier a laissé entrevoir un premier mandat qui, à défaut de référendum, réserverait des relations fédérales-provinciales passablement houleuses.D\u2019entrée de jeu, le Québec se retirerait du Conseil de la fédération, dont le gouvernement Charest avait été l\u2019instigateur, et n\u2019entretiendrait que des relations bilatérales avec Ottawa.Le moins qu\u2019on puisse dire est que cela créerait un certain froid.On peut également penser que les « actions fondatrices de l\u2019État du Québec » qu\u2019il projette ne soulèveront pas l\u2019enthousiasme au Canada anglais.Les avis d\u2019un éventuel Conseil constitutionnel québécois risquent fort d\u2019entrer en contradiction avec ceux de la Cour suprême.M.Cloutier semble croire que le Québec pourrait imposer unilatéralement la loi 101 aux entreprises qui sont sous la juridiction fédérale, mais cela reste à voir.Et Ottawa accepterait au surplus de négocier une déclaration de revenus unique administrée par Québec ?Revenons sur terre.Chose certaine, tout cela ne facilitera pas le dialogue entre les « deux solitudes ».On entend déjà le premier ministre Couillard, indigné, mettre la population en garde contre ces semeurs de zizanie qui n\u2019hésiteront pas à utiliser les fonds publics pour dresser les Canadiens \u2014 et les Québécois \u2014 les uns contre les autres.Pour éviter de lui donner des munitions, M.Lisée propose que les militants péquistes assument seuls, avec les moyens du bord, la responsabilité de la promotion de l\u2019indépendance d\u2019ici 2022, pendant que le gouvernement qu\u2019ils auraient fait élire s\u2019emploierait à réparer les dégâts causés par les libéraux, en espérant que la population soit impressionnée.C\u2019est beaucoup leur demander.Peut-être trop.mdavid@ledevoir.com Le premier mandat MICHEL DAVID C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris I ls tournent tous deux autour de la jeune quarantaine.Leurs déclarations respirent une sorte de libéralisme bon teint.Ces deux fils de bonne famille attirent les magazines people comme le miel attire les mouches.Certes, l\u2019ex-ministre de l\u2019Économie et des Finances Emmanuel Macron ne s\u2019est pas encore fait photographier torse nu, mais ajoutez-y quelques diplômes prestigieux et une véritable aisance en français et la comparaison avec Justin Trudeau ne serait pas exagérée.Ce n\u2019est pas moi qui le dis, mais le sulfureux et néanmoins perspicace commentateur français Éric Zemmour, qui a qualifié Emmanuel Macron sur les ondes de RTL de « frère jumeau du Canadien Justin Trudeau ».À l\u2019heure où le président François Hollande laisse de plus en plus entendre qu\u2019il se représentera, la démission la semaine dernière de la coqueluche de la politique française est peut- être sur le point de bousculer la campagne présidentielle française.Cette sortie programmée semble déjà avoir eu un effet sur les sondages, tant à gauche qu\u2019à droite.Celui qui déclare qu\u2019il n\u2019est «pas là pour beurrer les tartines» arrive second au tableau des personnalités politiques préférées des Français, juste derrière le candidat à la primaire de la droite, l\u2019ancien premier ministre Alain Juppé.Son entrée en scène vient marginaliser les éventuels candidats d\u2019une primaire à gauche (Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Manuel Valls) et isole encore plus un président qui peine à sortir de la cage de verre dans laquelle il est enfermé depuis cinq ans.Dans tous les cas de figure, selon un sondage TNS Sofres-One Point, François Hollande se retrouverait derrière son ex-ministre avec seulement de 11 à 15 % des voix au premier tour de la présidentielle.«Je ne suis pas socialiste» Pourtant, c\u2019est à droite que la candidature d\u2019Emmanuel Macron, qui a pris soin de déclarer qu\u2019il n\u2019était «pas socialiste », rebrasse le plus les cartes.En effet, selon Le Figaro, sa candidature ferait perdre huit points à Alain Juppé, cinq à Nicolas Sarkozy et quatre au centriste François Bayrou.C\u2019est le favori de la primaire à droite, Alain Juppé, qui aurait le plus à perdre d\u2019une telle candidature puisque, comme le déclarait au magazine Challenge le p.-d.g.de l\u2019institut Elabe, Bernard Sananès, les deux hommes se disputent la même clientèle : «retraités aisés, diplômés, urbains».Bref, « les Français qui souffrent le moins».Mais Nicolas Sarkozy n\u2019est pas moins menacé.S\u2019il devait être le candidat de la droite, une grande par tie des suppor teurs d\u2019Alain Juppé se tourneraient alors vers Emmanuel Macron.Pourtant, ces détails ne devraient pas cacher l\u2019essentiel : pour l\u2019instant, aucun des scénarios envisagés par les sondeurs n\u2019aboutit à qualifier un candidat de la gauche, quel qu\u2019il soit, au second tour.Ni d\u2019ailleurs à en disqualifier Marine Le Pen.Il y a donc loin de la coupe aux lèvres.Pur produit des grandes écoles et de l\u2019élite française, l\u2019ancien banquier de chez Rothschild cherche pourtant à apparaître comme un candidat de rupture.Selon lui, aujourd\u2019hui, le clivage essentiel n\u2019est plus entre la droite et la gauche, mais entre conservateurs et progressistes.Difficile néanmoins de cacher qu\u2019il est depuis près de cinq ans, avec les résultats que l\u2019on sait, un des principaux architectes des politiques économiques françaises, d\u2019abord comme principal conseiller économique de François Hollande à l\u2019Élysée, puis comme ministre de l\u2019Économie et des Finances.D\u2019ailleurs, cette semaine, la fermeture de l\u2019usine d\u2019Alstom à Belfort est venue rattraper le ministre démissionnaire.Son prédécesseur, Arnaud Montebourg, et l\u2019ancien président Nicolas Sarkozy ont dénoncé d\u2019un même élan le laisser-faire du gouvernement auquel appartenait Emmanuel Macron.«Macron avait promis qu\u2019il les sauverait », a tranché Nicolas Sarkozy en parlant des ouvriers de Belfort.Un nouveau Giscard?Les analystes ne cessent de comparer Emmanuel Macron à l\u2019ancien président Valéry Gis- card d\u2019Estaing.Le jeune banquier possède en effet, non seulement le pedigree économique de l\u2019ancien président, mais aussi son côté « vieille France » puisqu\u2019il a grandi à Amiens et tient mordicus à se réclamer de Jeanne d\u2019Arc.Les mieux informés rappellent cependant qu\u2019au moment de se présenter à la présidentielle, Gis- card d\u2019Estaing avait déjà toute une carrière politique derrière lui.Ce qui n\u2019est pas le cas d\u2019Emmanuel Macron.Mais ce dernier veut croire que les temps ont changé.Dans le magazine Marianne, Marc Endeweld rapporte qu\u2019après avoir soutenu Emmanuel Macron, les grands manitous du libéralisme français que sont Alain Minc et Jacques Attali s\u2019en sont distancés en fustigeant sa trop grande précipitation.Ce dernier aurait même déclaré qu\u2019il « n\u2019incarne que le vide ».À l\u2019exact opposé du spectre politique, l\u2019éditorialiste de Marianne Jacques Julliard dit sensiblement la même chose : «Que nous dit donc Emmanuel Macron?Rien ! Absolument rien ! Mais, ce rien, il le répète à la fois dans tant de journaux dont il fait la une qu\u2019il finira bien par signifier quelque chose.» Pour l\u2019ancien ministre de l\u2019Économie, le socialiste Pierre Moscovici, « son modèle, c\u2019est Gis- card, son risque, c\u2019est Michel Jobert ».Comme Macron, l\u2019ancien ministre des Affaires étrangères de Georges Pompidou s\u2019était positionné « ailleurs », hors des clivages gauche-droite.Mal lui en prit puisqu\u2019il n\u2019a jamais obtenu les parrainages nécessaires pour se présenter aux présidentielles.Le problème du jeune premier, c\u2019est peut-être qu\u2019il fustige les 35 heures, défend le travail le dimanche et les entrepreneurs au moment où une majorité de socialistes fait la même chose.Le patron des socialistes, Jean- Christophe Cambadélis, ironise d\u2019ailleurs en traitant Emmanuel Macron de « candidat de la deuxième droite ».Une allusion à la célèbre «deuxième gauche» du défunt Michel Rocard.Pari risqué Selon le politologue Gérard Grunberg qui anime le site Telos, Emmanuel Macron fait le pari que François Hollande ne se représentera pas.Ce qui est loin d\u2019être acquis pour l\u2019instant.Les semaines qui viennent seront d\u2019autant plus déterminantes pour Emmanuel Macron que, si on a une petite idée des réformes libérales qu\u2019il souhaite administrer à la France, on n\u2019en a encore aucune de ses opinions sur les sujets dits régaliens qui préoccupent le plus les Français, comme l\u2019identité, la sécurité, le terrorisme, la défense et l\u2019Europe.Le pari d\u2019Emmanuel Macron est risqué.C\u2019est celui de se projeter au- delà des par tis, un système qui paralyse la France depuis 30 ans, affirme le jeune prétendant.Emmanuel Macron n\u2019aura que quelques mois pour prouver qu\u2019il n\u2019est pas qu\u2019une étoile filante de la politique.C\u2019est aussi ce que certains pensaient de Justin Trudeau\u2026 Le Devoir PHILIPPE LOPEZ AGENCE FRANCE-PRESSE Pur produit des grandes écoles et de l\u2019élite française, l\u2019ancien banquier de chez Rothschild cherche pourtant à apparaître comme un candidat de rupture.PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE Le Justin Trudeau français?Emmanuel Macron bouscule la campagne présidentielle française ront baisser les investissements en programmation canadienne de 400 millions de dollars par année d\u2019ici l\u2019année 2020 et elles auront pour effet d\u2019accélérer l\u2019impact des changements technologiques tout en affaiblissant les radiodiffuseurs canadiens», peut- on lire dans le résumé de l\u2019étude de 104 pages nommée La télévision canadienne en 2020: les impacts technologiques et réglementaires.15 000 emplois liés à la production canadienne de contenu sont ainsi à risque, selon l\u2019étude.Qui plus est, il n\u2019est pas garanti que les nouvelles règles allégeront durablement la facture télévisuelle, surtout pour les grands consommateurs de télévision.« Si on baisse le nombre d\u2019abonnés pour les petites chaînes, le prix devrait augmenter pour financer la production», calcule Sylvain Lafrance, directeur du Pôle Médias à HEC.Advenant que les auditeurs délaissent ces chaînes, l\u2019économie réalisée se répercutera aussi dans la contribution au Fonds des médias du Canada, destiné à financer la production.« Le contenu canadien est coûteux, et il faut le payer.C\u2019est l\u2019éléphant dans la pièce.» Les nouvelles règles peu adaptées au Québec Le gouvernement du Québec dit maintenant « suivre de près la situation pour voir comment l\u2019industrie s\u2019ajustera à ces nouvelles règles », tout en vantant le modèle québécois en télévision, déjà plus flexible qu\u2019ailleurs.« Il faut comprendre qu\u2019il y a une grande différence dans ce qui était of fert au Québec et dans le reste du Canada », reconnaît le professeur Sylvain Lafrance.En anglais, l\u2019offre des fournisseurs était chère et inflexible, suscitant l\u2019insatisfaction des téléspectateurs.Au Québec, au contraire, le problème était moins criant.« Vi- déotron a instauré des for faits beaucoup plus flexibles, forçant ses concurrents à faire de même», note-t-il.Le mémoire de Québec lors des consultations « Parlons télé » note que 93 % des Québécois francophones écoutent la télévision dans leur langue, et encore principalement sur un écran traditionnel (33,2 heures par semaine en 2013), sur lequel les chaînes spécialisées connaissent beaucoup de succès.« L\u2019industrie de la télévision privée au Québec est profitable, mais la majorité des bénéfices sont enregistrés par les chaînes spécialisées et payantes, celles-ci étant trois fois plus rentables que les stations traditionnelles », note le MCC.Les chaînes spécialisées ont connu une forte progression au Québec depuis 1999.De seulement 12 chaînes thématiques en français à l\u2019époque, le téléspectateur a aujourd\u2019hui un choix de 35 chaînes spécialisées.Leur multiplication s\u2019est faite dans un contexte très réglementé : jusqu\u2019à 2015, une clause d\u2019«exclusivité du genre» empêchait l\u2019offre de deux chaînes spécialisées sur le même thème, limitant ainsi la concurrence.Malgré la recommandation du gouvernement du Québec de maintenir la politique d\u2019exclusivité du genre, le CRTC a conclu que cette politique «n\u2019est plus nécessaire en vue d\u2019assurer la diversité de la programmation entre les services».Couper le câble?Depuis l\u2019entrée en vigueur progressive des nouvelles règles, l\u2019exploitant de chaînes spécialisées Corus (Historia, Séries +, Télétoon et Disney) note peu de changements.« Il y a eu un impact négligeable sur les abonnés, les revenus, et aucun sur notre soutien à la production canadienne», note Dervla Kelly, vice-présidente aux communications de Corus, seul groupe ayant répondu aux questions du Devoir.L\u2019objectif des consultations était d\u2019abord de contenir l\u2019exode des abonnés du câble vers les nouveaux services en ligne, comme Netflix, qui ne facture pas les taxes de vente à ses clients et ne contribue pas au Fonds des médias du Canada, explique le bureau de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.La « taxe Netflix» est toujours écartée par la ministre.«Est-ce que ça va empêcher les gens d\u2019aller sur Netflix ?Ce n\u2019est pas sûr ! » avance Sylvain La- france.Que le scénario catastrophe pour les chaînes spécialisées se réalise ou non, les nouvelles règles n\u2019abordent pas de front les enjeux de notre «écosystème médiatique fragile », selon lui.« Imposer un forfait à 25$ par mois est une bonne idée pour l\u2019accès démocratique, mais ça ne règle pas le problème fondamental du financement du contenu !» Un problème qui, à mesure qu\u2019il se transpose sur le Web, échappe de plus en plus au mandat du CRTC.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 CRTC Les militants péquistes sont-ils prêts à tout mettre entre parenthèses pour battre les libéraux? Commémoration ce week-end des attentats du 11 septembre 2001.Des attentats qui représentent dans l\u2019histoire du monde un point de rupture dont nous vivons tous les jours les retombées depuis quinze ans.uinze ans après le 11-Septembre, la guerre aérienne lancée par les États-Unis sous le président George W.Bush en Afghanistan, puis en Irak, se poursuit de manière pratiquement ininterrompue, embrasant aujourd\u2019hui une grande partie du Proche-Orient.Sans horizon de paci?cation.Plutôt le contraire: l\u2019échec de la stratégie militaire anglo-américaine appliquée en Irak a eu ceci de pervers que, dans l\u2019ordre actuel des choses, elle se trouve objectivement à avoir contribué à nourrir le développement des organisations terroristes et à favoriser la montée du groupe État islamique (EI), mariage épouvantablement létal et ef?cace d\u2019anciens du régime déchu de Saddam Hussein et de fanatiques religieux, dissidents d\u2019al-Qaïda.Dans les premiers jours de l\u2019of fensive sur Bagdad, déclenchée dans la nuit du 19 au 20 mars 2003, au moins 8000 bombes et missiles dits intelligents sont lancés en moins de deux semaines sur la capitale, dans l\u2019espoir, cela dit sans mauvais jeu de mots, de décapiter le leadership irakien.Pas un seul leader ne sera tué ; mais des civils, oui, «par douzaines», selon Human Rights Watch.«Dommages collatéraux» devient l\u2019expression à la mode pour javelliser dans les opinions occidentales l\u2019horreur semée par les guerres vues de loin et vues de haut.Un peu plus de deux mois plus tard, le 1er mars 2003, le président George W.Bush est sur le pont du porte-avions USS Abraham Lincoln.Debout devant une grande banderole proclamant «Mission Accomplished», il annonce que « les opérations de combat majeures en Irak sont terminées» et que les États-Unis et ses alliés ont «prévalu».L\u2019histoire ne ?nira jamais de ridiculiser cet empressement, alors qu\u2019en fait, sa «guerre contre le terrorisme» est un bourbier qu\u2019il laissera en héritage.De ceci à cela, les bombes ont continué à tomber.Pendant les 18 mois qui ont suivi le début, en août 2014, des raids aériens contre le groupe EI, des bombes et des missiles ont été lancés en nombre record par les bombardiers B-1 américains en Irak et en Syrie.À tel point qu\u2019à la ?n de 2015, les stocks étaient pratiquement épuisés.Coûts à ce jour des opérations en fonds publics : 8,4 milliards $US.Avec quels résultats ?À New York, le Musée et le Mémorial du 11 septembre 2001 ont été inaugurés par Barack Obama il y a deux ans sur les décombres de « Ground Zero ».L\u2019ouvrage est monumental et l\u2019hommage rendu aux victimes est émouvant.Mais pour qui l\u2019a visité, il est dif?cile de ne pas en ressortir avec le sentiment que la représentation de cette catastrophe de dimension historique a réduit la tragédie à un gigantesque fait divers \u2014 alors qu\u2019il s\u2019agit pourtant d\u2019une tragédie aux conséquences graves et complexes sur les plans historique, géopolitique et social.Historique parce que les 15 dernières années donnent lieu, dans un contexte de violence inouïe, à une recon?guration du monde arabo-musulman et, au vu de l\u2019erreur que fut la guerre d\u2019Irak et des mensonges qui l\u2019ont justi?ée, à une relativisation \u2014 salutaire \u2014 du rôle de l\u2019Empire américain dans les affaires du monde.Géopolitique parce que la Syrie est aujourd\u2019hui au cœur d\u2019un con?it multidimensionnel qui est verrouillé, d\u2019une part, par une lutte d\u2019in?uence régionale entre l\u2019Iran et l\u2019Arabie saoudite et, d\u2019autre part, par des relents de guerre froide entre Washington et Moscou.Sociale parce que le 11-Septembre a entraîné, au nom d\u2019impératifs de sécurité intérieure, l\u2019adoption dans le monde occidental de toute une panoplie de lois qui se trouvent à éroder les libertés civiles et porter atteinte, la révolution technologique aidant, au respect de la vie privée.Madrid, Londres, Paris, Nice et tous les massacres commis au Proche-Orient : aux attentats du 11-Septembre a succédé un interminable chapelet d\u2019autres attaques, non moins anxiogènes.Le tableau est dystopique, les opinions publiques se résignent.Constatons les dégâts, mais qu\u2019il nous soit quand même permis d\u2019espérer, un peu, que les États-Unis mettront un jour autant de volonté à accompagner les mouvements démocratiques qu\u2019à larguer des bombes ; que l\u2019imposture idéologique dont le groupe EI est porteur sera bientôt mise à nu ; et qu\u2019il y aura d\u2019autres printemps arabes.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 S E P T E M B R E 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S L I B R E O P I N I O N J E A N - M A R C A R B A U D Directeur général adjoint CDPQ Infra D epuis quelques mois, certaines informations inexactes circulent concernant le projet de Réseau électrique métropolitain (REM).À force d\u2019être répétées, et bien qu\u2019elles soient erronées, ces allégations ont malheureusement le potentiel d\u2019induire des personnes en erreur.Dans ce contexte, il nous apparaît nécessaire de rectifier certains faits, qui pourront favoriser une discussion constructive sur le projet de REM.CDPQ Infra a choisi un système léger sur rail (SLR) automatisé parce que cette solution est la mieux adaptée aux besoins déterminés : circulation dans un corridor dédié, qui permet un ser vice rapide et fiable, capacité et flexibilité importantes pour s\u2019adapter à la demande actuelle et à venir, et faibles coûts d\u2019exploitation.Aucun autre système n\u2019of fre une telle combinaison d\u2019avantages dans les circonstances.L\u2019option du tramway, en particulier, of frirait peu de capacité additionnelle par rappor t au statu quo, et aggraverait la congestion routière actuelle, puisque les tramways circulent dans les rues.Les déplacements en tramway sont aussi moins rapides et fiables qu\u2019en SLR.Au départ, deux dossiers ont été soumis à l\u2019évaluation de CDPQ Infra : un projet de transport collectif électrique sur le nouveau pont Champlain, et un second vers l\u2019aéropor t et l\u2019Ouest-de-l\u2019Île.Après analyse, CDPQ Infra a proposé un tracé unifié, circulant sur un réseau dédié, construit à 80 % sur des emprises existantes.Cette solution permet de limiter les coûts et les impacts du projet, d\u2019éviter des difficultés majeures liées au partage des voies du CN et du CP, et de relier la Rive-Nord plus efficacement au centre-ville, à l\u2019aéroport, à l\u2019Ouest- de-l\u2019Île et à la Rive-Sud.Connexions au métro Le REM sera étroitement connecté aux autres réseaux de transport de la région de Montréal.Nous sommes conscients, en particulier, de l\u2019importance cruciale des connexions au métro pour l\u2019efficacité du REM comme solution de mobilité durable.Le REM sera connecté à la ligne orange du métro à la Gare centrale.Des connexions potentielles à la ligne verte (McGill) et à la ligne bleue (Édouard-Montpetit) ont aussi été envisagées dès le départ.À l\u2019occasion d\u2019une mise à jour ef fectuée le 24 août dernier, nous avons annoncé que des solutions techniques ont été trouvées, que des scénarios de financement sont à l\u2019étude, et que la réalisation de ces deux stations, ainsi qu\u2019une troisième (Grif fintown), sera incluse dans les appels d\u2019of fres qui seront lancés prochainement.Impact environnemental Sur 80 % de sa longueur, le REM suit des emprises existantes, ce qui limite ses impacts environnementaux.Le projet a aussi fait l\u2019objet d\u2019une étude d\u2019impact exhaustive, publiée par le BAPE.Parmi les milieux sensibles décelés se trouvent notamment le parc-nature des Sources et des milieux humides à Sainte- Anne-de-Bellevue.Lors de la récente mise à jour, nous avons annoncé que le passage dans le parc-nature des Sources se ferait dans un tunnel dans le roc et que certains équipements prévus à la station Sainte-Anne-de-Bellevue seraient déplacés ailleurs sur l\u2019antenne.Ces ajustements devraient limiter ou éliminer les impacts sur ces zones sensibles.Rentabilité Le REM sera rentable ou ne sera pas.En vertu de notre modèle d\u2019affaires, le risque de rentabilité du REM est assumé par CDPQ Infra, et non par le gouvernement.La Caisse a l\u2019obligation de faire fructifier les actifs de ses déposants.Les revenus et sources de financement du REM seront multiples : équité de CDPQ Infra et des gouvernements fédéral et provincial, dette, captation de valeur foncière, achalandage des usagers et recettes tirées de l\u2019exploitation des installations.Les tarifs du REM seront fixés avec la nouvelle Autorité régionale de transport métropolitain et seront comparables aux tarifs en vigueur pour des déplacements en transport collectif dans la région de Montréal.Nous prévoyons que les revenus du REM seront supérieurs à ses coûts d\u2019exploitation, qui seront inférieurs à ceux des réseaux de transport traditionnels, en raison notamment de la technologie choisie.Compatibilité avec un projet de TGF Le REM n\u2019aura aucun impact sur les services existants de Via Rail.Le REM est également compatible avec un projet de train à haute fréquence, pour lequel plusieurs options existent.La gare de Montréal pourrait aisément se trouver à la future station inter- modale A40, ou encore à l\u2019aéroport Montréal- Trudeau.La seule incompatibilité concerne l\u2019utilisation commune de la ligne Deux-Mon- tagnes par un système de métro léger et des trains lourds.Ce double usage est impossible sur le plan technique, et interdit pour des raisons de sécurité.Il est normal et sain que des projets de l\u2019envergure du REM suscitent des questions et des discussions passionnées.Dans ce cas-ci comme dans bien d\u2019autres, il importe toutefois de se baser sur des faits et des analyses rigoureuses.Le REM est un projet déterminant pour l\u2019avenir de notre métropole.Il mérite un débat public ouver t, informé et de bonne foi.Projet de REM : pour une discussion constructive FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente des ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET La SPCA et les enfants La SPCA songe à boycotter les chiens pour faire pression contre l\u2019interdiction des chiens dangereux, des pitbulls en particulier.Ne perdons pas notre jugement et notre humanité.Eh bien, boycottez ! Cela aura beaucoup de bon.Il y a plus de 1 million de chiens au Québec.Et plus de 8 millions de personnes.Il y a de quoi se poser des questions sur la place prépondérante qu\u2019occupent dorénavant les chiens au Québec et dans les familles.Il en coûte environ plus de 70 dollars pour l\u2019achat de nourriture pour chien chaque mois et par chien.De quoi nourrir des centaines de milliers d\u2019enfants qui ont faim dans le monde et n\u2019ont absolument rien à manger.Alors, à mon humble avis, il serait préférable de revisiter nos valeurs et de se réajuster.Au lieu d\u2019adopter un chien, il serait bien de songer à adopter un enfant du Québec et du monde.Mieux vaut nourrir dix enfants dans le monde qu\u2019un seul chien.Il va sans dire.Il y a beaucoup de publicité pour l\u2019adoption de chiens et aucune n\u2019est consacrée à l\u2019adoption des enfants en attente d\u2019adoption au Québec.Il y a de quoi s\u2019inquiéter de cette tangente.Encore une dérive du capitalisme à outrance, cause des inégalités flagrantes et inacceptables au Québec et dans le monde.Joceline Gagnon Saint-Jean-Port-Joli, le 8 septembre 2016 LE 11-SEPTEMBRE, 15 ANS PLUS TARD Les bombes continuent de tomber Q GUY TAILLEFER Revoir La passion d\u2019Augustine Je revois en esprit La passion d\u2019Augustine de Léa Pool.Je revis le moment où mère Augustine se retrouve habillée en civil, elle qui avait porté le costume religieux durant des décennies.Quel choc et quelle gaucherie ! J\u2019ai soudainement compris ce qu\u2019on exigeait des femmes musulmanes sincères et nouvellement émigrées en leur demandant, d\u2019un coup de plume, d\u2019abandonner leurs habitudes vestimentaires.C\u2019est toute leur image d\u2019elles-mêmes et leur relation aux autres qui sont en jeu.Raymond Aubin Gatineau, le 6 septembre 2016 Le pont très payant de l\u2019A-25 Ma lettre vise à soutenir l\u2019indignation de M.Lucien Lessard (ex-ministre des Transports), dont la lettre ouverte publiée le 8 septembre 2016 dans votre journal, L\u2019A-25 : une arnaque légalisée, recoupe mon expérience.Depuis, le 13 juillet dernier, j\u2019ai renouvelé mon transpondeur en versant un montant de 50 dollars qui a été prélevé à cette même date sur ma carte de crédit.L\u2019achat de ce transpondeur est la façon proposée par l\u2019A-25 pour nous éviter les frais d\u2019administration de 5,34 $, par passage.Ainsi les frais de péage sont débités sur l\u2019avance de paiement ef fectué, et le montant de 50 dollars est renouvelé lorsque le montant des passages cumule ce montant.Toutefois, malgré ce paiement, l\u2019A-25 continue de m\u2019acheminer des factures pour mes passages avec des frais d\u2019administration de 5,34 $.Malgré trois appels effectués, la situation n\u2019est toujours pas corrigée à ce jour.On me donne comme raison que je dois avoir un nouveau transpondeur, mais que leur réserve est épuisée.De deux choses l\u2019une : ou les gestionnaires de cette entreprise sont incompétents pour ne pas avoir su prévoir le renouvellement des transpondeurs de leurs clients (depuis au moins 3 mois) pour leur éviter des frais d\u2019administration ou ils ont de toute évidence trouvé une nouvelle façon de s\u2019emplir les poches.Gaston Croisetière Sainte-Julie, le 8 septembre 2016 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 S E P T E M B R E 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.J E A N - P I E R R E A U B R Y Fellow invité au CIRANO F R A N Ç O I S D E L O R M E Chargé de cours à l\u2019Université de Sherbrooke P I E R R E F O R T I N Professeur émérite à l\u2019UQAM a plupart des intervenants dans le débat sur la stratégie financière du gouvernement Couil- lard conviennent que son budget doit chercher à concilier trois grandes responsabilités.La première consiste à aider à maintenir l\u2019économie le plus près possible de son potentiel sans attiser l\u2019inflation.La deuxième, à offrir des services publics de qualité correspondant aux besoins exprimés par les citoyens, tout en respectant leur capacité de payer.La troisième, à assurer la viabilité financière à long terme du gouvernement en contrôlant le poids de sa dette dans l\u2019économie (son ratio dette-PIB).Cer tains inter venants de bonne foi jugent que la stratégie budgétaire adoptée jusqu\u2019ici par le gouvernement est tout à fait conforme à ces objectifs.Ils sont d\u2019avis que l\u2019économie du Québec fonctionne actuellement à plein régime ; que la stratégie budgétaire du gouvernement depuis avril 2014 n\u2019a pas ralenti la croissance économique ; et que les restrictions budgétaires n\u2019ont réduit ni la quantité, ni la qualité, ni l\u2019accessibilité des services publics.Ils en déduisent que le gouvernement a raison de profiter de la bonne tenue de l\u2019économie pour afficher des surplus budgétaires croissants et réduire le ratio dette-PIB de plus de 10 % d\u2019ici cinq ans, comme le ministre des Finances Carlos Leitão en a manifesté l\u2019intention dans son budget de mars dernier.Loin du plein emploi Malheureusement, leurs trois hypothèses sont mal fondées.Car, premièrement, si l\u2019économie du Québec fonctionnait à pleine capacité, les salaires et les prix auraient tendance à s\u2019accélérer.Or ce n\u2019est pas du tout le cas au Québec: depuis deux ans, les salaires augmentent à un rythme stable et l\u2019inflation est en baisse.Il n\u2019y a pas de preuve plus claire que l\u2019économie du Québec fonctionne actuellement en deçà de son potentiel non inflationniste.Deuxièmement, il est passablement téméraire de croire, au contraire des résultats unanimes de la recherche économique contemporaine, que retirer 4,7 milliards de dollars du circuit économique en hausse d\u2019impôts et en compressions de dépenses, comme le gouvernement du Québec l\u2019a fait en 2014 et en 2015, n\u2019a pas eu d\u2019effet négatif sur la croissance économique depuis deux ans.La consommation des ménages a marqué le pas et l\u2019investissement des entreprises a dégringolé.En juin 2014, le ministre Leitão prévoyait que le PIB du Québec atteindrait 406 milliards de dollars en 2016 ; or, selon toute vraisemblance, il ne dépassera pas 389 milliards \u2014 17 milliards de moins! Une observation semblable s\u2019applique à l\u2019emploi : M.Leitão anticipait la création de 110 000 emplois en trois ans ; nous serons chanceux d\u2019en récolter 50 000.Bien sûr, la conjoncture internationale et le vieillissement démographique n\u2019ont pas aidé.Mais les restrictions budgétaires ont nettement empiré la situation.Et pendant ce temps, en 2014 et 2015, la croissance économique et la création d\u2019emploi s\u2019accéléraient en Ontario.Nous n\u2019hésitons pas un instant à répéter ce que nous avons soutenu dans Le Devoir du 13 juillet dernier (Tout ça pour ça?) : il aurait été préférable de réduire l\u2019ampleur des hausses d\u2019impôts et des compressions budgétaires appliquées depuis 2014.L\u2019élimination du déficit budgétaire à court terme et la réduction du ratio dette/PIB à long terme auraient dû être étalées de façon plus progressive dans le temps.On aurait même pu envisager de remettre à un peu plus tard, si nécessaire, l\u2019atteinte de la cible de 45 % pour le ratio dette/PIB, que le libellé actuel de la Loi sur la réduction de la dette fixe à mars 2026.Services publics détériorés Troisièmement, nier que les services publics ont pâti des compressions budgétaires des deux dernières années est une position qui nous apparaît franchement insoutenable .En 2015-2016, les dépenses de programmes n\u2019ont augmenté que de 0,4 % par rappor t à 2014-2015.Les compressions ont été marquées par la précipitation et un autoritarisme outrancier.La précipitation a notamment reçu l\u2019appui d\u2019élus opportunistes, impatients de se procurer une marge de ma- nœuvre financière afin de pouvoir réduire les impôts et accélérer les dépenses tout juste avant l\u2019élection de 2018.Pour aller vite, il a fallu agir par décrets au sommet, de façon aveugle et indifférenciée, en laissant la main haute aux cabinets de ministres.N\u2019aurait- il pas été préférable de tenir davantage compte de l\u2019expérience des hauts fonctionnaires et des employés sur le terrain, de prendre plus de temps pour dialoguer avec les divers groupes d\u2019intervenants et de donner aux gens le temps de se préparer et de s\u2019adapter aux changements envisagés ?En agissant aussi rapidement, n\u2019est-il pas normal que la méfiance et la résistance se soient répandues, créant du découragement chez plusieurs de nos meilleurs enseignants, infirmières et fonctionnaires ?Ne fallait-il pas s\u2019attendre à ce que les services aux citoyens en souffrent?«Stop-and-go» Aujourd\u2019hui, le gouvernement fait volte-face.Il s\u2019engage à procéder à des réinvestissements substantiels d\u2019ici l\u2019élection de 2018.Cette approche du « stop-and-go», que nous décriions dans notre texte de juillet dernier, est contraire à tous les principes de bonne gestion.La volte-face confirme qu\u2019il aurait fallu y aller à un r ythme soutenu, mais plus modéré, sans à-coups, en prenant le temps de soumettre chaque innovation dans le fonctionnement de l\u2019État et chaque investissement à une évaluation technologique, financière, environnementale et sociale rigoureuse.Notre conclusion reste donc inchangée : jusqu\u2019ici, la politique budgétaire du gouvernement Couillard a malheureusement fragilisé l\u2019économie du Québec et réduit la quantité, la qualité et l\u2019accessibilité des services publics.On pourrait décidément faire beaucoup mieux avec ce mastodonte au « chiffre d\u2019affaires » annuel dépassant 100 milliards de dollars qu\u2019est le gouvernement du Québec.POLITIQUE BUDGÉTAIRE DU GOUVERNEMENT COUILLARD Une économie et des services publics fragilisés T H O M A S G I O N E T - L A V I G N E Montréal ouvent, lorsque je m \u2019ennu ie et qu\u2019 i l me prend de me poser des questions, je me demande quel est mon endroit préféré à Montréal, le lieu où je me sens le plus chez moi dans ce qui m\u2019est propre.C\u2019est toujours la même réponse qui me vient à l\u2019esprit à la manière d\u2019une évidence: la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie, un des secrets les mieux gardés du centre-ville de Montréal.J\u2019ai découvert ce lieu exceptionnel il y a de cela deux ans alors que je commençais à travailler sur un spectacle tournant autour du grand poète Hector de Saint-Denys Gar- neau.J\u2019avais entendu parler de ce lieu qui abritait les plus précieux souvenirs de la poésie d\u2019ici.M\u2019ouvrant toute grande la porte de sa maison, M.Dostie m\u2019a accueilli avec sa fougue et sa passion comme lui seul sait le faire.À la manière d\u2019un guide spirituel, d\u2019un chevalier du patrimoine et d\u2019un missionnaire de la littérature d\u2019ici, il m\u2019a offert une visite guidée de sa grande et unique collection labyrinthique qui comprend un exemplaire du Refus global ayant appartenu à Claude Gau- vreau, des extraits du manuscrit de Nègre blanc d\u2019Amérique de Pierre Vallières et des documents amassés depuis cinq décennies.Nous avons parlé des heures durant de poètes et de poésie, mais aussi d\u2019histoire, d\u2019écriture et de littérature, et il m\u2019a offert généreusement de venir répéter notre spectacle chez lui, quelque part entre la toute première anthologie de poésie du Québec de 1830 et les plus vieux documents de la francophonie d\u2019Amérique\u2026 Lieu d\u2019intelligence Quel mois et demi-formidable nous avons vécu là parmi les œuvres de Paul Chamberland et de Nicole Brossard, au milieu des manuscrits des Louis Dan- tin, Émile Nelligan et Alfred DesRochers\u2026 Chaque jour, entourés des documents amassés par M.Dostie depuis 1957 qui ont traversé les censures et le temps, nous avions l\u2019impression profonde, fière et sincère de participer là à quelque chose de grand, d\u2019unique et de sacré qui nous transportait et nous dépassait, une quête de beauté et de sens qui trouvait écho en nous.Quelque part entre le spectaculaire Abécédaire de Roland Gi- guère qui fait dix mètres de long et une photographie de Louis Fréchette tirée d\u2019un autre temps, entre les poèmes-af- fiches de Paul-Marie Lapointe et les tableaux des automa- tistes, nous étions bénis des dieux de pouvoir construire une œuvre dans un tel lieu d\u2019intelligence, de savoir et d\u2019érudition, à une époque où tout semble être conçu pour empêcher, détruire et annihiler la mémoire collective, pour décourager les éveils et neutraliser la transmission des mots, des discours et des idées.Mon métier premier étant d\u2019écrire et de raconter des histoires, je peux dif ficilement parler du problème de logement et d\u2019éviction que connaît actuellement la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie, mais je peux parler des choix que nous faisons comme peuple et comme société.Choix de société Ces choix, ces décisions, ces actions sont des symboles, des messages et des idées que nous nous transmettons collectivement, et ce, de génération en génération.Il faut respecter et protéger un lieu de résistance aussi fort et unique que la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie, car il en va de l\u2019intégrité, de la dignité et de la fierté de notre mémoire littéraire.Il est totalement anormal, illogique, absurde et aberrant qu\u2019un tel lieu de rassemblement et de communion ne soit soutenu par aucun organisme subventionnaire ni aucune aide gouvernementale.Cette bâtisse exceptionnelle, cette caverne d\u2019Ali Baba de l\u2019imaginaire d\u2019ici, qui comprend les plus précieux recueils des éditions de l\u2019Hexagone et de Parti pris, doit être encouragée, soutenue et défendue dès maintenant.Nous devons protéger et sauvegarder cet espace de résistance, de combat et d\u2019engagement qui abrite et préserve les œuvres des Miron, Ferron, Gauvreau, Godin, Langevin et Aquin, pour ne nommer que ceux-là\u2026 Je viens pour la toute première fois de ma vie de devenir papa.J\u2019aimerais pouvoir dire à mon fils quand il grandira que la poésie a encore sa place dans ce monde lisse, plat et parfois brutal où je l\u2019ai fait naître.Que les poètes, les écrivains, les intellectuels et les penseurs sont respectés, encouragés, compris, admirés et défendus dans notre société et notre collectivité\u2026 J\u2019aimerais qu\u2019en grandissant mon fils ait accès à ces lieux où on lui expliquera ce qu\u2019est la poésie, à quoi elle sert et ce qu\u2019elle signifie.J\u2019aimerais lui apprendre qu\u2019il y a de la poésie dans cette vie et qu\u2019elle a le droit d\u2019exister, fière, forte et libre.Sauvons la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie O S V A L D O N U Ñ E Z Ex-député du Bloc québécois ne fois de plus, les États-Unis s\u2019apprêtent à commémorer, ce 11 septem - bre 2016, le terrible attentat contre les tours jumelles de New York.Les grands médias ont déjà commencé à en parler.Malheureusement, ces mêmes médias tendent à oublier un autre événement tragique qui touche intensément des millions de Chiliens, y compris ceux et celles qui résident à Montréal ou ailleurs au Canada : le sanglant coup d\u2019État du 11 septembre 1973 et la mor t héroïque du président Salvador Allende.Ces deux faits dramatiques ont changé profondément nos vies et le Chili dans son ensemble.Leurs ef fets néfastes se font sent ir jusqu\u2019à au- j o u r d \u2019 h u i , 43 ans plus tard.On oublie souvent, ou o n p a s s e s o u s s i - l e n c e , l e s terribles violations des droits de la p e r s o n n e , l e s e x é c u - tions et les disparitions de plus de 3 0 0 0 C h i - liens, ainsi que les arrestations arbitraires et les tortures infligées à plus de 30 000 personnes au cours des 17 années de dictature du général Augusto Pinochet.On ne peut ignorer le rôle et la responsabilité directe des États-Unis, particulièrement de la CIA et des multinationales améri - caines comme l\u2019ITT, dans le coup militaire sanglant.Profonde gratitude Des milliers de Québécois d\u2019origine chilienne sont arrivés ici, dont moi-même et ma famille, pour fuir les atrocités commises par le régime militaire, condamné chaque année par l\u2019ONU et par d\u2019autres organismes internationaux.Je tiens à exprimer, une fois de plus, ma profonde gratitude à tous les Québécois de naissance pour leur accueil généreux, chaleureux et fraternel dans ces moments très dif fi- ciles de nos vies.Souvenons- nous du cas de Carmen Quin- tana, cette jeune fille brûlée atrocement par les militaires en 1986 et qui fut soignée ici par des gens pleins de compassion et de compétence .Cela constitue un exemple vivant de l\u2019énorme solidarité du peuple québécois envers les réfugiés chiliens.Après plusieurs années de pressions exercées par la communauté chilienne de Montréal \u2014 et avec notre appui financier \u2014, la Ville de Montréal a érigé une œuvre d\u2019art à la mémoire d\u2019Allende au parc Jean-Drapeau.Ainsi , notre rêve s\u2019est finalement concrétisé en 2009.L\u2019auteur de cette œuvre est le réputé sculpteur québécois Michel de Broin.Pour une plus grande visibilité, cette sculpture devrait être transférée au centre de Montréal.De nombreuses activités se dérouleront au Chili et dans les grandes villes où habitent des Chiliens pour rendre hommage à l\u2019une des personnalités les plus remarquables du XXe siècle.Parmi d\u2019autres manifestations à Montréal, ce 11 septembre, à midi, nous nous rencontrerons au parc Jean-Drapeau, au pied de l\u2019arbre de la mémoire, pour rendre hommage à ce grand chef d\u2019État démocrate et socialiste que fut Salvador Allende.L\u2019autre 11 septembre S U L PEDRO RUIZ LE DEVOIR La Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie est l\u2019un des secrets les mieux gardés du centre-ville de Montréal.Le coup d\u2019État du 11 septembre 1973 et la mort du président Salvador Allende ont changé profondément la vie des Chiliens L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 S E P T E M B R E 2 0 1 6 PHILOSOPHIE B 6 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.É R I C P O I R I E R Avocat, doctorant en droit et auteur d\u2019un livre portant sur la loi 101 à paraître le 11 octobre aux éditions du Septentrion, La Charte de la langue française: ce qu\u2019il reste de la loi 101 quarante ans après son adoption L e 12 avril 2016, la Cour supérieure confirmait, dans un jugement passé complètement inaperçu, la décision qu\u2019avait rendue la Cour du Québec en janvier 2015 dans l\u2019affaire Boulangerie Maxie\u2019s.Onze petits commerçants de la région de Montréal, reconnus coupables d\u2019infractions à la Charte de la langue française, revenaient à la charge avec des arguments bien connus : leur affichage commercial bilingue ou unilingue anglais ne respectait pas la règle de la nette prédominance du français, mais les accusations à leur endroit devaient tomber puisque les dispositions de la loi 101, présentées comme contraires aux droits protégés par les char tes canadienne et québécoise des droits, seraient inconstitutionnelles.Débouté en Cour supérieure, leur procureur portait la cause en appel.Le 3 juin 2016, le plus haut tribunal québécois accueillait la requête pour permission d\u2019en appeler.Troisième fois Pour la troisième fois depuis l\u2019adoption de la loi 101 en 1977, la Cour d\u2019appel se prononcera sur la constitutionnalité des règles encadrant la langue de l\u2019affichage au Québec.Évidemment, l\u2019af faire Boulangerie Maxie\u2019s fait mentir Camille Laurin, ministre d\u2019État au Développement culturel dans le gouvernement de René Lé- vesque et père de la loi 101, qui entendait doter le Québec d\u2019un instrument devant clore le débat sur le statut du français.En ce sens, la réouverture du dossier de l\u2019affichage est l\u2019occasion d\u2019en proposer une lecture à la lumière de la thèse défendue par Hubert Aquin (1929-1977) dans La fatigue culturelle du Canada français, qui est parue en 1962 dans la revue Liber té.L\u2019intellectuel verrait d\u2019abord dans cette affaire l\u2019expression concrète d\u2019une attaque menée contre ce qu\u2019il appelait la « culture globale» du Québec.L\u2019abolition de la culture globale du Québec En 1977, la loi 101 manifestait de façon éclatante le caractère «global » de la culture québécoise.Dorénavant, l\u2019État du Québec serait un État de langue française ; les Québécois pourraient, grâce à cette langue et sans qu\u2019il y ait besoin d\u2019en maîtriser une seconde, participer à toutes les affaires de la cité et saisir toutes les chances que leur offre la société québécoise.D\u2019une cer taine façon, le Québec prenait la place qui lui revient et engageait un dialogue d\u2019égal à égal avec les autres nations.Ainsi, la langue (ou la culture) n\u2019était pas, comme l\u2019écrivait Aquin à juste titre, « que l\u2019aspect artistique et cognitif d\u2019un groupe », ou l\u2019aspect « divertissant ».Avec la loi 101, le français devenait la langue dans laquelle s\u2019exprimerait le pouvoir au Québec.Dans La fatigue culturelle du Canada français, Aquin affirmait que, du point de vue d\u2019Ottawa, « les manifestations globales » de la culture québécoise menacent l\u2019ordre établi.Selon l\u2019auteur, cherchant à être seul à exprimer la «globalité », le pouvoir central devait briser toute prétention «globalisante» de la culture québécoise, comme constituant une remise en cause du lien politique unissant le Québec au Canada.Pour Aquin : « Seule l\u2019abolition de la culture globale canadienne-française peut causer l\u2019euphorie fonctionnelle au sein de la Confédération et permettre à celle-ci de se développer \u201cnormalement\u201d comme un pouvoir central au-dessus de dix provinces administratives et non plus de deux cultures globalisantes.» Un coup en ce sens viendrait en 1982.«Provincialisé» Avec l\u2019adoption en 1975 de la Charte québécoise des droits et libertés, le Québec s\u2019inscrivait, à sa façon, dans le mouvement universel en faveur des droits de l\u2019homme.Toutefois, en 1982, l\u2019entrée en vigueur de la Charte canadienne, malgré l\u2019opposition du Québec, bouleversait le paysage.Dorénavant, les droits fondamentaux allaient trouver leur source dans un document enchâssé dans la Constitution canadienne, applicable en principe uniformément d\u2019un océan à l\u2019autre et interprété en dernier appel par les juges de la Cour suprême nommés unilatéralement par le pouvoir central.La Charte québécoise des droits perdait alors son autonomie et devenait le relais de l\u2019interprétation donnée aux droits prévus dans le document constitutionnel canadien.Dans une perspective aquinienne, 1982 est l\u2019expression de la volonté de briser le caractère « global » de la culture québécoise, de « déréaliser » et d\u2019« écraser dialectiquement » le Québec.Conséquence de l\u2019entrée en vigueur de la Char te canadienne, celui-ci ne pourrait plus participer par lui-même au mouvement universel en faveur des droits de l\u2019homme.Il était « régionalisé » ou «provincialisé ».En 1988, dans l\u2019arrêt Ford confirmant le jugement de la Cour d\u2019appel du Québec, la Cour suprême invalidait les dispositions de la loi 101 qui exigeaient généralement l\u2019usage exclusif du français dans l\u2019affichage commercial.Celles-ci étaient jugées contraires aux char tes des droits, telles qu\u2019interprétées depuis 1982.La Cour suprême ajoutait toutefois que la nette prédominance du français pourrait se justifier au regard de ces chartes.Constatant les modifications apportées à la loi 101, alors que le législateur québécois y intégrait cette suggestion, en partie en 1988, puis complètement en 1993, Aquin y verrait la confirmation d\u2019un Québec « fonctionnarisé».La fonctionnarisation du Québec Hubert Aquin proposerait l\u2019analyse suivante : pour le Québec « fonctionnarisé », la loi 101 se voyait renforcée par l\u2019intégration de la nette prédominance.Car dans sa nouvelle mouture, la politique linguistique québécoise se voyait « acceptée » par le pouvoir central.« Le Canada français, depuis qu\u2019il est encadré par une structure qu\u2019il n\u2019invente pas, de dire Aquin, ne connaît pas d\u2019autre responsabilité, ni d\u2019autre inconvénient que ceux qui sont inhérents à la subordination de toute fonction à un organisme.» Dans cette logique, dira Aquin, il n\u2019y a pas d\u2019autre destin pour les Québécois que celui de « justifier leur existence », de chercher la reconnaissance du pouvoir central.Le «Canada français, fonctionnaire collectif, ne fait pas d\u201chistoire\u201d et n\u2019en veut pas avec ses patrons », d\u2019ajouter Aquin.Selon ce dernier, la nette prédominance, finalement acceptée au Québec, ne serait qu\u2019une illustration de sa subordination qui s\u2019exprimerait comme celle d\u2019un fonctionnaire acceptant ses fonctions.Fini donc les prétentions « globalisantes » de la culture du Québec, pour reprendre les mots d\u2019Aquin.Le projet québécois passerait de la volonté d\u2019être à celui de devenir « indispensable à la destinée de l\u2019Autre».Pour l\u2019auteur, « l\u2019existence du groupe canadien-français ne peut se justifier que si, demeurant gref fé à sa majorité anglophone, celle-ci en arrive à ne plus pouvoir se passer de celui-là ».Désormais, avec l\u2019intégration dans la loi 101 d\u2019une version adaptée au Québec du bilinguisme canadien, Aquin affirmerait que le «Canada français » détient un rôle «dans une histoire dont il ne serait jamais l\u2019auteur ».Mais une histoire rassurante et apaisante ; le Québec n\u2019aurait pas à en assumer les possibles travers.« L\u2019Histoire étant évidemment dévolue au peuple canadien-anglais, il ne nous resterait qu\u2019à la prendre comme on prend un train », de rappeler Aquin.La loi 101 pourrait devenir une grande loi canadienne.Puis, dans ce rôle de « fonctionnaire », c\u2019est, selon Aquin, « l\u2019État fédéral qui nous protège contre nous-mêmes».En 2001, lorsqu\u2019on contestait pour une deuxième fois la validité des dispositions de la loi 101 sur l\u2019affichage commercial (en l\u2019occurrence l\u2019exigence de la nette prédominance), la Cour d\u2019appel confirmait, dans l\u2019arrêt Entreprises W.F.H., qu\u2019il revient aux commerçants qui préfèrent le simple bilinguisme à la nette prédominance de prouver que cette dernière mesure ne se justifie plus comme elle se justifiait aux yeux de la Cour suprême en 1988.Grâce à l\u2019arrêt Ford, le fardeau de la preuve reposait désormais sur les commerçants fautifs.Québec n\u2019avait donc plus besoin de voler au secours de la loi 101 ; un arrêt de la Cour suprême s\u2019en chargerait.Comme l\u2019écrivait Aquin, en tant que « fonctionnaire », le Québec « jouit de tous les avantages de la fonction (salaire, honneurs, sécurité, promotion) ».Seul bémol : le débat pouvait reprendre, obligeant les Québécois à constamment revenir « justifier leur existence ».Un tel climat ne pourrait qu\u2019entretenir la « fatigue culturelle » du Québec telle que la pressentait Aquin.La fatigue culturelle du Québec Ce qui nous ramène à l\u2019affaire Boulangerie Maxie\u2019s.Devant la Cour du Québec, le procureur général du Québec prenait les devants et présentait une preuve de la fragilité du français.Selon son témoin expert, les données récentes démontreraient que « le français comme langue d\u2019usage poursuit sa trajectoire vers un statut de langue minoritaire » sur l\u2019île de Montréal (traduction libre).Sa conclusion était sans ambiguïté : « la population francophone du Québec déclinera inévitablement » (traduction libre).Au terme du débat, la validité constitutionnelle de la nette prédominance était confirmée.La preuve n\u2019indiquait pas que la situation du français au Québec s\u2019était améliorée au point où les dispositions en cause de la loi 101 ne se justifiaient plus.C\u2019était donc la fragilité du français qui en permettait le maintien.Chaque décennie Évidemment, la loi 101 ne se résume pas à ses dispositions sur l\u2019af fichage.Il faut néanmoins reconnaître l\u2019importance des questions posées dans l\u2019af faire Boulangerie Maxie\u2019s du fait qu\u2019elles se posent chaque décennie depuis l\u2019adoption de la loi 101 en 1977.Si la Cour d\u2019appel confirmait le jugement de la Cour supérieure en se fondant sur la fragilité du français, c\u2019est le déclin, plutôt que la volonté d\u2019être, qui pourrait apparaître comme le moteur de la politique linguistique québécoise.Puis, avec le déclin vient la fatigue.La répétition des mêmes contestations vis-à- vis de la loi 101, des mêmes justifications, pourrait, selon les termes employés par Aquin, alimenter «un peuple blasé qui ne croit ni en lui, ni en rien».Avec la fragilité érigée en projet de société, ne serait-il pas «beaucoup plus reposant de cesser d\u2019exister », comme l\u2019écrivait Aquin ?Pour ce dernier, la «culture canadienne-française offre tous les symptômes d\u2019une fatigue extrême : elle aspire à la fois à la force et au repos, à l\u2019intensité existentielle et au suicide, à l\u2019indépendance et à la dépendance».Le jugement du 12 avril dernier est, rappelons- le, passé complètement inaperçu.Les Québécois ne se soucient peut-être plus du statut de leur langue comme ils s\u2019en souciaient au moment de l\u2019adoption de la loi 101.Même que les jugements de la Cour du Québec et de la Cour supérieure n\u2019ont été publiés qu\u2019en anglais.Dans un État où la langue officielle demeure le français, mais où les jugements traitant du statut de cette langue ne sont publiés qu\u2019en anglais, Aquin ne manquerait pas d\u2019y voir un signe de « fatigue culturelle».« [L]\u2019auto-punition, le masochisme, l\u2019auto-déva- luation, la \u201cdépression\u201d, le manque d\u2019enthousiasme et de vigueur », voilà de quelles façons s\u2019exprime cette fatigue selon l\u2019intellectuel.Peut- être y ajouterait-il aujourd\u2019hui « l\u2019indifférence».Peut-on sortir de cette fatigue?Aquin n\u2019en doutait pas : «Un jour, nous sortirons de cette lutte, vainqueurs ou vaincus.» Cela sonne comme un possible ou une condamnation.?Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robi- taille : arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo LE DEVOIR DE PHILO Aquin et l\u2019affichage : de la fatigue à l\u2019indifférence ?La cause Boulangerie Maxie\u2019s semble confirmer le diagnostic de l\u2019écrivain québécois au sujet de la fatigue culturelle du Québec CHANTAL KEYSER LE DEVOIR Manifestation pour la Loi 101 en mars 1989 PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019auteur, Éric Poirier Dans un État où la langue officielle demeure le français, mais où les jugements traitant du statut de cette langue ne sont publiés qu\u2019en anglais, Aquin ne manquerait pas d\u2019y voir un signe de « fatigue culturelle» Hubert Aquin "]
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