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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2016-08-20, Collections de BAnQ.

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[" AMAZON, NETFLIX, HBO Des séries télé américaines très attendues : en haut, Crisis in Six Scenes de et avec Woody Allen (Amazon), en bas à gauche : The Get Down (Netflix), au centre et à droite : Goliath (Amazon).La programmation au petit écran s\u2019annonce diversifiée et bien garnie.Dramaturgies en dialogue: textes politiques et paroles de femmes Page E 3 Le «roman monstre» de Mariam Petrosyan lu par Christian Desmeules Page E 7 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 A O Û T 2 0 1 6 Roman radical, violent et salvateur, Marie- Hélène au mois de mars regagne les rayons des librairies.Son auteur, Maxime Olivier Moutier, en parle plus de vingt ans après son écriture avec un singulier mélange de honte et de fierté.L\u2019impudeur d\u2019un livre-culte Vingt ans plus tard, retour sur Marie-Hélène au mois de mars, de Maxime Olivier Moutier D O M I N I C T A R D I F M axime Olivier Moutier n\u2019a pas relu Marie- Hélène au mois de mars d\u2019un bout à l\u2019autre depuis sa première parution en 1998.Pourquoi ?«Parce que ça me touche encore ! répond-il sans hésitation.Même si j\u2019ai 45 ans, quand j\u2019en relis des bouts pour en parler dans les cégeps, par exemple, ça m\u2019émeut.J\u2019aime pas ça, et j\u2019aime ça.Il y a des paragraphes extraordinaires.C\u2019est haletant, tranchant, edgy.Je n\u2019écrirais plus quelque chose comme ça.Il fallait être jeune et en crise.En même temps, c\u2019est un livre qui me rend honteux parce qu\u2019avec le recul, je trouve ça niaiseux d\u2019avoir fait ça.» D\u2019avoir fait quoi ?D\u2019avoir tenté de se pendre avec le fil d\u2019un casque d\u2019écoute afin de mater, dans cet espace fragile séparant les deux oreilles, les images de sa blonde on-and-off du moment au lit avec un autre homme.« Près des deux tiers de ce récit furent écrits alors que j\u2019étais interné à l\u2019hôpital Saint- Vincent-de-Paul de Sherbrooke.C\u2019était en 1995.J\u2019avais vingt-trois ans.À cette époque, la mort était partout », signale Moutier dans la « Note de l\u2019auteur » précédant ce « roman d\u2019amour » (on y reviendra).Publiée trois ans après avoir été frénétiquement gribouillée en psychiatrie, cette troisième entrée dans l\u2019œuvre de Moutier \u2014 qui avait déjà publié chez Triptyque deux recueils de textes brefs, Potence machine et Risible et noir \u2014 jaillit comme une giclée de bile dans le paysage littéraire d\u2019alors, grâce à son style à la fois logorrhéique, télégraphique et maniaquement calculé, brouillant les pistes entre journal intime, récit et thérapie en direct.En refusant de se démener pour marquer une distance entre ses idées et celles de son narrateur qui dégueule son dégoût de tout, et surtout de lui- même, Moutier ne présente forcément pas son meilleur profil, s\u2019attire l\u2019admiration des uns et le mépris des autres.«C\u2019est un narrateur qui se fout de tout, qui ne fait pas attention à ce qu\u2019il dit.L\u2019écriture l\u2019aide à se reconstruire », explique-t-il lorsqu\u2019on lui cite quelques passages d\u2019une violence propre à retourner le ventre, entremêlant désirs de faire mal à l\u2019autre et fiévreux fantasmes de mort.L\u2019inconfort que procure cette visite guidée des confins de la détresse tranche avec le lyrisme des stars de l\u2019époque.« Pour moi, le milieu littéraire, c\u2019étaient Christian Mistral et Louis Hamelin, se rappelle-t-il.C\u2019est un livre qui S T É P H A N E B A I L L A R G E O N I l faut toujours se méfier des prédictions, surtout quand elles concernent l\u2019avenir des technologies.Il y a un peu plus de vingt ans, en octobre 1994, alors que la création de réseaux spécialisés explosait, Sumner Reds- tone, président et principal actionnaire du conglomérat Viacom, s\u2019avouait « très sceptique » devant la perspective d\u2019une offre de « 500 chaînes et plus », ajoutant : « Je ne comprends juste pas ce qu\u2019on va y regarder.» Deux décennies et bien plus de 500 chaînes plus tard, la réponse saute aux yeux : on peut y voir un très, très gros tas de tout, du pire, du pas pire et du meilleur, de la téléréalité jusqu\u2019à plus soif , des documentaires à profusion, des débats et des infos, mais aussi beaucoup, beaucoup de fictions.Il y en a tellement, et d\u2019excellentes, que les plus fins observateurs parlent d\u2019un nouvel âge d\u2019or de la télévision.Contrairement à la nôtre, la machine télévisuelle américaine ne se repose jamais en période estivale.Une « rentrée d\u2019automne » comme celle qui s\u2019annonce ici dans les prochains jours n \u2019y a aucun sens , ou presque.Les grands réseaux traditionnels ou spécialisés comme les nouveaux joueurs en ligne programment à longueur d\u2019année, non-stop.De plus en plus, en fait.Entre 2009 et 2015, le nombre de nouvelles séries annuelles ( scr ip ted shows) mises en ondes est passé de 210 à 419.Des milliers d\u2019autres ont été déve loppées à d i f fér entes étapes sans aboutir.Une bulle?S e l o n F X N e t w o r k s R e - search, les télévisions américaines auront of fer t environ 450 nouvelles séries de fiction en 2016.L\u2019immense grille propose quelque 1400 émissions déjà au total, toutes catégories confondues.Les dif fuseurs du Web comme Amazon fournissent une part de cette manne en expansion.À lui seul, le service en ligne Netflix aura programmé 71 nouvelles productions sérielles en anglais cette année, davantage que les gri l les de HBO, de Showtime et de Starz combinées.The Get Down, traitant des origines du rap, qui vient de commencer sa vie utile sur le réseau, a été décrite comme « la série la plus jouissive de l\u2019été » par le magazine français Les In- rocks.Il s\u2019agit de la plus chère de l\u2019histoire de Netflix, avec un budget évalué à 120 millions de dollars pour 12 épisodes.Les grands réseaux historiques des États-Unis (NBC, ABC et CBS), eux, vont proposer environ 150 nouvelles fictions en 2016.Les chaînes spécialisées font le reste, pour arriver à un total de 450.Il devrait y en avoir plus de 50 de plus en 2017.L\u2019ère des 500 nouvelles séries annuelles est à por tée de zappette, pour l\u2019an prochain selon plusieurs projections rationnelles, dont celle du président de FX Network.Il a prédit que le seuil de tolérance serait alors atteint.« J e n e d i s p a s q u e n o u s sommes dans une bulle qui va éclater pour nous faire passer de plus de 500 séries à la moitié de ce nombre », a résumé John Landgraf au début du mois devant l\u2019Association des critiques de télévision, à Beverly Hills, en Californie.Il a cependant envisagé un retour à quelque 400 productions annuelles.Il a surtout avancé que les téléspectateurs ne réussissent plus à distinguer dans cette masse disparate « l\u2019excellence de la simple compétence ».Sa propre chaîne mise plutôt sur une vingtaine de productions annuelles choisies selon des critères « non industriels et extrêmement personnels ».Tout baigne?Faire mieux, c\u2019est mieux, évidemment.Mais quel est le rappor t entre la quantité et la qualité ?« Honnêtement, je suis encore très ambivalente par rapport à cette explosion de création », dit Stéphany Boisvert, spécialiste de la télé, qui amorce en septembre un post-doctorat sur la sérialisation dans les industries culturelles à l\u2019Université McGill.« D\u2019un côté, en tant que personne qui a une énorme passion pour la télévision et pour la culture populaire de manière générale, je ne vois pas pourquoi il y aurait une telle chose que trop de séries .On peut a u c o n t r a i r e r e v a l o r i s e r une produc t ion abondante e t d ivers i f i ée .Je ne vois pas en quoi ce serait un problème.» D\u2019un autre côté, elle voit bien que la surproduction s\u2019accompagne de défis importants pour cette industrie culturelle en surchauf fe.Tous les produits ne trouveront pas nécessairement leur public et la qualité attendue ne sera peut-être pas toujours au rendez-vous.« Une grande vague de légitimation a accompagné la production depuis le début des années 2000, dit la jeune chercheuse.Nous sommes maintenant à un moment charnière : il faut penser à la façon de préserver cette forme culturelle, pour ne pas la faire imploser.Cela dit, je suis très enthousiaste de voir une télévision aussi riche et diversifiée.» Tout stagne?L\u2019observation vaut ici aussi.Au Québec, bon an, mal an, il se tour ne une quarantaine de séries et une vingtaine de mini- séries, selon l\u2019Observatoire de la culture.Seulement, ce niveau ne change pas, ou presque, depuis des années, tandis que les budgets n\u2019augmentent pas, sauf pour un petit sursaut prévisible à CBC/Radio-Canada.« La tendance est à la stagnation ici, alors que Netflix investit 6 milliards par année dans la production », souligne Hélène Messier, présidente-directrice générale de l\u2019Association québécoise de la production médiatique (AQPM), qui regroupe les forces vives des écrans.« Les nouveaux grands joueurs internationaux consacrent des sommes phénoménales à la télé.Pendant ce temps, les grands groupes québécois, comme TVA, Corus ou Bell, ont tous demandé des réductions de leurs obligations de dépenses en production d \u2019émiss ions .I l faudrai t au contraire plus d\u2019argent.Nous, nous demandons par exemple que les services numériques contribuent au système pour que ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «Je n\u2019écrirais plus quelque chose comme ça.Il fallait être jeune et en crise», lance l\u2019auteur.VOIR PAGE E 6 : IMPUDEUR VOIR PAGE E 2 : TÉLÉVISION TÉLÉVISION Bientôt l\u2019ère des 500 séries américaines par année.Mais plus, est-ce nécessairement mieux ?Et comment s\u2019adapte le Québec ?Le paradoxe de la surabondance la population profite de ces contenus culturels.» Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CR TC) vient de changer les règles, qui n\u2019obligent plus les dif fu- seurs à proposer du contenu canadien à cer taines heures de la journée tout en maintenant leurs obligations de dépenses.Le gardien des ondes espère ainsi stimuler la créa- t ion nat ionale de qual i té .L\u2019AQPM croit que la décision aura l\u2019effet contraire et que de plus en plus de productions étrangères vont occuper les chaînes canadiennes.«La semaine dernière, Musi- max, devenu Max, a dévoilé sa programmation, rappelle la présidente.On y constate de plus en plus de séries étrangères et relativement peu d\u2019investissements dans la production.Moi, je suis plutôt de l\u2019école qui pense qu\u2019il faut de la quantité et de la qualité.Il faut occuper les ondes et les nouvelles plate- formes avec du contenu original en langue française.Le public québécois est encore au rendez-vous.On est chanceux.Le star-système est for t.Les cotes d\u2019écoute sont encore très bonnes.Il faut donc produire plus d\u2019œuvres de qualité.» Mme Messier ne craint pas non plus pour la surabondance américaine.« Ma position est simple : c\u2019est le public qui décide, dit-elle.C\u2019est une logique de marché : l\u2019of fre et la demande s\u2019équilibrent.En plus, les plate- formes numériques permettent à cer tains produits de niche de trouver leurs auditoires à l\u2019échelle globale.Je pense que nous serons dans une phase d\u2019expérimentation pendant encore plusieurs années avant de décréter qu\u2019il y a trop de séries.» Le Devoir CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 A O Û T 2 0 1 6 E 2 14 \u2013 27 AOÛT DIRECTEUR GÉNÉRAL & ARTISTIQUE ANDRÉ J.ROY ENTRÉE GRATUITE / RÉSERVEZ VOS PLACES 2016 6 CONCERTS EXCEPTIONNELS 18 08 ROLSTON CANADA / GOLDMUND ALLEMAGNE 19 08 MECCORE POLOGNE / ARGUS ÉTATS-UNIS 14 08 BORODIN RUSSIE CONCERT D\u2019OUVERTURE 27 08 CALIDORE ÉTATS-UNIS / CANADA CONCERT DE CLÔTURE 25 08 GOLDMUND ALLEMAGNE / ROLSTON CANADA 26 08 ARGUS ÉTATS-UNIS / MECCORE POLOGNE QUATUORS À CORDES SALLE POLLACK 19 H MISQA.COM 514.550.8057 INVITÉS : STEFAN FEHLANDT & VLADIMIR BALSHIN I l l u s t r a t i o n : M i c h e l H e l l m a n A B O N N E Z - V O U S ! THEATRELALICORNE.COM S A I S O N 1 6 / 1 7 LA MANUFACTURE PORTE PAROLE LE CRACHOIR THE BAKERY THÉÂTRE DU NOUVEL-ONTARIO THÉÂTRE LE CLOU PROJET BOCAL THÉÂTRE URBI ET ORBI LAB87 LES BICHES PENSIVES THÉÂTRE DU GRAND CHEVAL THÉÂTRE CATFIGHT FÉLIX BEAULIEU-DUCHESNEAU 16 SPECTACLES 13 COMPAGNIES 2 SALLES E n cet été radieux, le ministre de la Culture, Luc Fortin, sillonne le territoire du Québec beau et profond.Admirant la splendeur des paysages, on l\u2019espère pour lui, mais avant tout afin de consulter la population, en vue du renouvellement de la politique culturelle.À bientôt 25 ans, celle-ci accuse bien du retard sur l\u2019avenir en mouvement.Hue, donc ! Nos petites ou moyennes villes du Nord, du Sud, de l\u2019Ouest, de l\u2019Est, dans les terres, près des mers ou en forêts, ne voient pas souvent l\u2019ombre d\u2019un ministre de la Culture.Là-bas, on parlera bientôt de l\u2019homme qui a vu l\u2019homme qui a vu le ministre.Voici l\u2019ours déclassé.Traitées depuis longtemps en cousines pauvres, dont les citadins regardent de haut les drôles d\u2019habits, les régions (ô l\u2019affreuse expression fourre-tout !) sont traditionnellement les grandes négligées de la vie des arts.L\u2019aimant des villes comme Québec et Montréal se révèle autrement puissant.Grande est la tentation de privilégier leurs pôles, quand mieux vaudrait célébrer les noces du rat des villes et du rat de champs.On n\u2019ira pas reprocher au ministre Fortin de se promener dehors à l\u2019accueil de son monde.Bien sûr qu\u2019il faut tendre le micro et la plume aux Québécois de partout pour entendre leurs besoins et leurs rêves en matière de culture éclatée.Des patrimoines sont à sauvegarder et à transmettre, des artistes émergents, à pousser, des membres des Premières Nations, à rallier au projet de société.Sur le terrain, les arts de tradition orale se sont émoussés, remplacés par une culture télévisuelle de plus en plus vidée de contenu et par les nouvelles technologies dont la vitesse d\u2019impact empêche de mesurer les atouts comme les pièges.Lundi dernier, des signaux d\u2019alarme ont retenti de Rimouski : cité sur le site d\u2019ICI Radio-Ca- nada, Eudore Belzile, le directeur du Théâtre des Gens d\u2019en bas, soupirait : «On est désespérément en manque de projets collectifs dans notre société.» Et d\u2019inviter, comme tous les observateurs éclairés, au dialogue entre culture et éducation, suggérant, avec raison, la tenue de véritables états généraux sur la culture, tant le champ à labourer est vaste et les replis, profonds.À Baie-Comeau, mercredi, les gens de la Côte-Nord prenaient à leur tour le micro cette semaine.Neuf personnes, en fait \u2014 artistes, promoteurs ou intervenants du milieu \u2014, venues surtout réclamer une meilleure prise en compte des réalités régionales et de l\u2019importante population autochtone.«Pour une région aussi mobilisée, on a eu peu d\u2019intervenants », déplorait le ministre.Tout est dans toutte Certaines communautés du Québec rivalisent de dynamisme pour mettre leurs forces culturelles en lumière, là où d\u2019autres y songent à peine.Quand l\u2019économie vacille, la culture, gros pilier de développement touristique, prend parfois le fossé.Et comment pourrait-elle se frayer un chemin dans l\u2019esprit et les habitudes des gens sans l\u2019appui d\u2019une économie de partage, d\u2019incitatifs sociaux et d\u2019un bon système d\u2019éducation, pour ne citer qu\u2019eux.Tout est interrelié.Ça prend un terreau propice pour développer à travers le Québec entier le goût des arts.Et des sous pour s\u2019y adonner.On entend des voix se mobiliser pour réclamer la hausse du salaire minimum de 10,75 $ à 15 $ l\u2019heure.Parlons là carrément de misère au bas de l\u2019échelle, avec les conséquences sociales qui s\u2019ensuivent.À balconville comme sur les rives de la baie des Chaleurs et sur le sol minier de l\u2019Abitibi, l\u2019endettement des ménages et les inégalités sociales grugent les forces vives des Québécois.Vie culturelle, vous dites ?Reste à pouvoir se l\u2019offrir.À l\u2019écoute ou pas des gens consultés Ces consultations mar tèlent beaucoup le message d\u2019une future politique-culturelle-dont- vous-serez-l\u2019auteur.Une approche tantôt féconde, tantôt à côté de la plaque.La politique culturelle de 1992 s\u2019était beaucoup concentrée sur l\u2019appui à la création, sans se préoccuper de former des audiences et des circuits de diffusion dignes de ce nom.D\u2019où les effets pervers\u2026 Le Québec fourmille de créateurs hors pair, en des domaines parfois pointus, célébrés à l\u2019étranger.L\u2019ennui, c\u2019est que nombre de leurs compatriotes ne possèdent pas les clés pour en décoder les beautés.Comment, dès lors, plusieurs citoyens, même avec la meilleure volonté du monde, pourraient-ils réclamer un meilleur accès à des disciplines jugées par eux élitistes \u2014 musique classique, théâtre de création ou de répertoire, danse contemporaine, opéra, trésors des ar ts visuels, etc.?Des disciplines dont ils n\u2019ont jamais entendu parler à la maison, sur les bancs d\u2019école ou dans les grands médias qui courtisent le plus bas dénominateur commun pour mieux appâter le client ?La révolution numérique, en transformant les modes de consommation culturelle de fond en comble, génère d\u2019autres coupes à blanc.Des habitudes de lecture y ont goûté.Les nouvelles technologies, en fragmentant le temps de concentration des usagers, n\u2019incitent guère, en parallèle, à la redécouverte des Chroniques du Plateau-Mont-Royal ou de Guerre et paix, trop longs à lire à l\u2019ère du clip.Ce sont souvent les musées eux-mêmes, les formations musicales, les théâtres, les bibliothèques publiques, etc., qui se fendent en quatre pour séduire de nouvelles clientèles, alors que l\u2019État n\u2019incite pas grand monde à se cultiver.Dans l\u2019arène publique, seules les productions à grand déploiement sont médiatisées.Tout est à revoir en matière culturelle, pour avancer avec son temps en embrassant l\u2019ère numérique, soit, mais également pour sauver un héritage commun en voie de sombrer dans l\u2019oubli.Des trous béants sont à combler.Si bien que cette politique culturelle, par ses vœux tout ouïe, devra adopter pour le bien commun certaines positions jamais mises en avant par le public.Tout ça faute d\u2019avoir su fournir à ses enfants, au long des décennies, des bases minimales pour l\u2019y intéresser.otremblay@ledevoir.com Sur la route des consultations culturelles SUITE DE LA PAGE E 1 TÉLÉVISION ODILE TREMBLAY La BBC proposait cet hiver un show sur la télé ironiquement intitulé Too Much TV, comme il existe ici C\u2019est juste de la TV.Son slogan concentre notre situation pléthorique où il faut une émission pour les filtrer toutes : «Si vous ne savez pas quoi regarder, regardez-nous ! » Le chef scénariste Carlton Cruse (Bates Motel) a proposé une allégorie sportive en comparant la surabondance de productions télé à une ligue de football comptant 90 équipes.La qualité du jeu s\u2019en ressentirait.Mais les footballeurs, eux, les bons comme les moins bons, n\u2019en seraient que plus heureux.Les joueurs des écrans se retrouvent dans cette même enviable position.La rumeur veut que Billy Bob Thornton reçoive environ 450 000 $ par épisode pour Goliath, produite et diffusée par Amazon.Le pure player a aussi attiré Woody Allen, qui dévoilera les six épisodes de Crisis in Six Scenes fin septembre.Comme ici, le système repose sur un star-système, le 1 % du bottin d\u2019Hollywood emportant la grosse mise.En même temps, des centaines et des milliers d\u2019artistes et de techniciens bossent sur des productions plus ou moins prometteuses pour du bon argent.«Si vous êtes un écrivain habile, ce n\u2019est pas si difficile par les temps qui courent, résume un agent d\u2019artistes interviewé récemment par Vulture.Le défi, c\u2019est plutôt de rester employé à longueur d\u2019année.» Cette situation paradoxale s\u2019explique par le rétrécissement des saisons.Les séries de 26 épisodes n\u2019ont plus la cote.La norme à 13 déclinaisons par saison cède devant les moyennes productions de six, huit ou dix moutures.Trop de télé ?NETFLIX La série The Get Down, réalisée par l\u2019Australien Baz Luhrmann, raconte la naissance du hip-hop. A R T S V I S U E L S T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 A O Û T 2 0 1 6 E 3 Texte : Marta Hillers ESPACE GO + SIBYLLINES + Théâtre français du CNA Octobre 2016 CLARA Théâtre de l\u2019Opsis NORGE Théâtre Humain + Théâtre du Trident LE DÉCLIN DE L\u2019EMPIRE AMÉRICAIN Théâtre PÀP + + + Texte et mise en scène : Olivier Choinière Avec Marc Beaupré + Stéphane Crête + Maude Guérin + Emmanuelle Lussier-Martinez + Joanie Martel + Monique Miller + Gilles Renaud ESPACE GO + L\u2019ACTIVITÉ Janvier 2017 L\u2019ABONNEMENT LE PLUS FLEXIBLE EN VILLE! ESPACEGO.COM 514 845-4890 Texte : Marieluise Fleisser Mise en scène : Denis Marleau ESPACE GO + UBU Mars 2017 PARTENAIRE DE SAISON J É R Ô M E D E L G A D O U ne île, une ville, le grand échec politique de Pierre Bourque, est une réalité très c o n c r è t e à L a v a l \u2014 n \u2019 e n dépla ise à l \u2019 anc ien maire de Montréal.Si concrète, en fait, qu\u2019on oublie que Laval et l\u2019île Jésus ne font qu\u2019une.Avec l\u2019appui de Verticale, centre en ar t actuel lava l lo is , deux ar tistes de Saint-Hyacinthe, Maude Pilon et Simon Brown, ont voulu y voir plus clair.«Laval est une entité géographique rarement vue en tant qu\u2019île.On pense à elle comme à une banlieue, pour ses activités humaines, pour son asphalte, commente Simon Brown.Nous, on s\u2019intéresse aux lieux qui sont une chose et en cachent une autre, aux phénomènes qui ne sautent pas aux yeux.» Laval, ville de chars ?Pas pour eux.Ou pas juste ça.Réunis par la création littéraire et par des intérêts communs pour l\u2019exploration de ter ri- toires, Maude Pilon et Simon Brown se penchent sur Laval comme un tout composé de nature (sauvage) et de culture (humaine).Leur moyen le plus ef fi- cace ?En faire le tour, littéralement : le projet Sans titre (circonférence 83 km) consiste à marcher et à observer Laval à partir de ses rives, à partir de son contour.Quoique marcher semble être un grand mot.« Je préfère l\u2019image du surplace, note Maude Pilon.L\u2019arrêt, la pose, le regard.On est moins dans le mouvement, on est plus dans la redite et dans le détail, que l\u2019on regarde de façon indue.» Depuis juin, les deux complices consacrent une bonne partie de leur temps (parfois jusqu\u2019à 10 heures d\u2019af filée) à ce projet aux limites du sensé et de son contraire.I ls en sont rendus aux deux tiers du parcours, et à quelque 80 points d\u2019obser vation, qu\u2019ils répertorient au fur et à mesure sur une carte publiée par Verticale sur son site Web.Leur quête, basée sur une collecte en mots de ce qu\u2019ils voient, prendra la forme d\u2019un livre à paraître en 2017.S\u2019ils ne savent pas encore comment se déclineront leurs prises de notes, Maude Pilon et Simon Brown imaginent un texte final respirant l\u2019oralité.Nature et urbanité, marche et surplace, écrit et oral.Cette paire d\u2019artistes a décidément un faible pour la contradiction.« Moi, je regarde l\u2019intérieur [de l\u2019île], dit la voix masculine.Elle, l \u2019extérieur.Ça donne presque lieu à des chicanes, car c\u2019est difficile de distinguer l\u2019intérieur de l\u2019extérieur.Dans un marécage, il est où, le contour?» Premiers constats Réunis par un projet commun pour la troisième fois, Pilon et Brown ne cherchent pas à devenir un être bicéphale.Bien qu\u2019ils fassent dans le cas présent la même chose au même endroit, ils ne se consultent pas.La cueillette de chacun prend des tournures divergentes, l\u2019une sous forme de « questions aux brindilles et aux emballages [les déchets]», l\u2019autre en tant que vagues descriptions de la réalité.C\u2019est un constat, intrinsèque à leur travail créatif.Or, dans cette aventure qui consiste à scruter Laval autrement qu\u2019en la traversant et qu\u2019en s\u2019arrêtant au centre de l\u2019île, les découvertes dépassent la seule écriture.« Il est rare qu\u2019on observe un lieu par sa périphérie.On identifie une ville par son centre- ville, une montagne par son sommet.C\u2019est un constat banal, oui, mais c\u2019est [dans la banalité] que surgissent les dif fé- rences», analyse Simon Brown.La Laval des berges, c\u2019est une Laval qui se révèle dépendante de la nature, même dans son urbanité galopante.Une falaise abrupte impose un changement brutal du paysage ou, comme le décrit l\u2019imagé artiste, «l\u2019asphalte se frotte à l\u2019eau».100km de berges Du nord au sud, de l\u2019ouest à l\u2019est, d\u2019un coin plus dense à un autre plus rural, le contour la- vallois est très similaire, ont constaté ces deux littéraires terre à ter re.Le diable est dans les détails, dit le dicton, mais pour eux, ce sont ces détails, perceptibles à pied, qui font l\u2019intérêt du projet.Dans cet exercice de proximité avec 100 kilomètres de berges, Maude Pilon estime pour tant que l\u2019écriture les éloigne de l\u2019expérience du lieu.« La prise de notes descriptives provoque un dégonflement du réel.Elle permet de se rapprocher d\u2019un lieu inventé qui \u201cconviendra\u201d, dit-elle.Dans notre cas, cette invention est le contour de l\u2019île Jésus, inaccessible dans le réel.Personne n\u2019en fait vraiment l\u2019expérience dans son intégralité.Par l\u2019écriture, nous souhaitons faire apparaître ce lieu-contour.» Ancré dans l\u2019art contextuel, celui hors des institutions, Sans titre (circonférence 83 km) a beaucoup à voir avec l\u2019art de la déambulation.Cet art de l\u2019errance a autant fait marcher les Richard Long ou rouler les Bill Vazan dans les années 1970 qu\u2019il pousse encore une pléthore d\u2019artistes à quitter l\u2019atelier.Le duo Pilon-Brown n\u2019invitera personne à refaire son parcours.L\u2019idée n\u2019est pas là, notamment parce qu\u2019il est particulièrement compliqué.« La principale entrave ?La propriété privée », résume Simon Brown, pour qui on finit toujours par trouver son chemin jusqu\u2019au bord de l\u2019eau.Le Devoir Laval vue de ses berges M A R I E L A B R E C Q U E L a cuvée 2016 de Dramaturgies en dialogue sera politique ou ne sera pas.Si les textes inédits lus durant cet événement sont choisis pour leur qualité individuelle, certaines années « une ligne directrice apparaît d\u2019elle-même, comme s\u2019il y avait quelque chose dans l\u2019air qui préoccupait les auteurs », observe Sara Dion, jeune conseillère dramaturgique au Centre des auteurs dramatiques, l\u2019organisme qui orchestre la célébration.C\u2019est le cas de la huitième édition, d\u2019où émergent quelques filons.D\u2019abord l\u2019âge des auteurs, tous relativement jeunes, même si certains ont déjà fait leur marque.Les six œuvres retenues montrent aussi un souci de recherche formelle.« Et c\u2019est très politisé, engagé.Plusieurs textes comportent une trame féministe sous-jacente.» Le corpus aborde le politique dans son sens large, remettant notamment en question les relations de pouvoir entre hommes et femmes.Mais aussi souvent la politique, avec des références précises à des événements et des personnages identifiables issus du Québec actuel ou du passé proche.«C\u2019est facile de se casser les dents sur un sujet politique.Ici, c\u2019est très bien mené, avec des points de vue complètement décalés.Les auteurs de cette année ont beaucoup surpris par leur regard de biais sur le monde.» Nous autres antipodes de Marie-Claude Verdier offre ainsi des « éléments de réalisme magique ».Avec Histoire populaire et sensationnelle, lauréat du prix Gratien-Gélinas, Gabriel Plante « prend l\u2019histoire du FLQ à bras-le- corps, dans une perspective originale qui renouvelle un peu notre mode de pensée » par rapport à la génération qui a suivi cette époque.Zones grises et prise de parole féminine En général, le cru 2016 pose un regard sur l\u2019héritage laissé aux nouvelles générations, sur les valeurs qui leur ont été transmises, sur ce qui s\u2019est perdu des luttes antérieures.Les pièces témoignent d\u2019une tentative « de saisir le monde et de le façonner», sans pour autant faire table rase du passé.« C\u2019est un combat aussi contre une certaine amnésie.» La plupart des textes déploient un dialogue entre plusieurs générations.Un concept qui semble d\u2019ailleurs s\u2019écourter avec le temps.«On dirait qu\u2019une génération s\u2019étend désormais sur 10-15 ans », note Sara Dion, qui, à 29 printemps, constate déjà un fossé, dans sa façon de penser, avec ses cadets d\u2019une décennie.«Les discours circulent beaucoup plus rapidement.Et les questionnements de valeurs se font en accéléré aussi.Les regards critiques sur nos vies sont beaucoup plus nombreux qu\u2019avant, à cause des médias sociaux entre autres, qui nous renvoient constamment à nos discours.Dès qu\u2019on affirme quelque chose, on peut recevoir sur Internet 10 avis opposés.Parfois, on a un regard presque immédiatement rétrospectif sur ce qu\u2019on fait.Je pense que ça se reflète dans les textes \u2014 notamment Moule Robert, de Martin Bellemare.» Et cette obligation incessante de défendre, voire de réviser, ses idées engendre une «zone grise » dans les prises de position.La conseillère cite comme exemple Filles en liberté, de Catherine Léger : pour l\u2019une de ses protagonistes, qui se déclare féministe, « la liberté, c\u2019est de faire de la pornographie équitable »\u2026 Les dramaturges n\u2019hésitent d\u2019ailleurs pas à sauter à pieds joints dans les tabous.« Ils sont dans un humour grinçant.Il y a des phrases, des situations qui choquent.» Avec quatre textes sur six issus de plumes féminines, dont le « résolument féministe » Chienne(s), signé par Marie-Ève Milot et Ma- rie-Claude St-Laurent, et La machine à révolte, d\u2019Annick Lefebvre \u2014 «peut-être la plus belle ode à l\u2019amitié que j\u2019ai lue» \u2014, l\u2019événement accorde une rare place majoritaire aux auteures.Les hasards de la sélection, mais aussi le fruit de l\u2019émergence de paroles féminines fortes.« Il se passe quelque chose dans la prise de parole.La capacité des femmes à prendre leur place et à s\u2019imposer, croit Sara Dion.Il y a encore des préjugés sur les pièces écrites par des auteures, mais on sent que ça change.» Collaboratrice Le Devoir DRAMATURGIES EN DIALOGUE Au Centre du Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui, du 25 au 31 août dramaturgiesendialogue.com Quand les générations dialoguent PILON BROWN Maude Pilon et Simon Brown se penchent sur Laval comme un tout composé de nature (sauvage) et de culture (humaine).Extrait de leurs notes.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Selon Sara Dion, les auteurs de cette année ont surpris par leur regard de biais sur le monde. LIZ MAGOR Commissaires : Lesley Johnstone et Dan Adler.Au Musée d\u2019art contemporain de Montréal jusqu\u2019au 5 septembre.N I C O L A S M A V R I K A K I S C ette expo est ponctuée de nombreux panonceaux qui vous diront à quel point les œu- vres qui y sont installées sont « très fragiles » et que vous ne devez donc pas y toucher\u2026 Et en effet, dans cette rétrospective qui présente plus de 40 ans de création de cette artiste née à Winnipeg en 1948 et qui travaille maintenant à Vancouver, bien des pièces sont constituées de matériaux délicats.L e s n i d s d \u2019 o i s e a u x q u i composent Bird Nest Kits de 1975 ou les briques de papier qui structurent l\u2019installation Production de 1980 en sont de bons exemples.Et même quand les matériaux ne sont pas si fragiles, il y a néanmoins une précarité de l\u2019œu- vre, tout au moins dans son installation, dans son équilibre.C\u2019est le cas de Gold Box, de 2015, où un oiseau naturalisé \u2014 un de ceux que l\u2019artiste Liz Magor collectionne et qui sont très anciens \u2014 est inséré dans un sac de plastique lui- même déposé sur une toute petite tablette de gypse, moulage d\u2019une boîte en car ton amollie.C\u2019est aussi le cas de H.B.C., de 2013, une lourde couverture de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson suspendue à un triangle de fil qui semble être sur le point de casser et de laisser chuter son chargement sur le sol.La question de la fragilité est aussi interpellée à travers le problème plus large de la conservation des œuvres que ce travail met en scène.Le visiteur y pensera par exemple en voyant Good Shepherd , composée entre autres de sacs de plastique\u2026 J\u2019imagine que ce problème a été résolu par l\u2019artiste, mais visuellement il semble néanmoins encore présent, encore actif, comme si le temps allait réduire à presque rien l\u2019œuvre fabriquée d\u2019éléments disparates et de matériaux précaires.Voici une expo où de nombreux textiles sont utilisés et nous font réfléchir à la dif fi- culté de leur conser vation, même dans un musée.Même lorsque, dans le cas de l\u2019œuvre Being This, ces vêtements trouvés au Village des valeurs \u2014 dont plusieurs faits de tissus diaphanes \u2014 ont été placés dans des boîtes et dans ce qui ressemble à du papier de soie.Catastrophe et mort L\u2019œuvre de Liz Magor n\u2019est donc pas que fragile matériellement, c\u2019est une réflexion plus générale sur la fragilité.Celle des êtres humains, par exemple.Magor met souvent en scène des piles de vieux vêtements qui feront penser au tri que des individus, parfois les membres d\u2019une famille, réalisent dans une maison après le décès d\u2019une personne âgée.La mor t plane un peu partout dans cette œuvre.Plusieurs de ses créations ressemblent aux catalogages qui peuvent se produire après une guerre ou une catastrophe naturelle\u2026 Cer taines de ses piles de vêtements s\u2019apparentent à celles que l\u2019on peut voir dans des musées dédiés à la mémoire des morts dans les camps de concentration.Mais Magor évoque plus que la fragilité de nos vies et la présence de la mort dans nos vies.Elle parle aussi de la fragilité des vivants.Souvent, dans ses créations, il y a des références aux sans-abri ou à des marginaux de la société.Cela s\u2019observe dans les deux œuvres intitulées Burrow et Hollow composées de moulages de troncs de cèdre.Ses troncs d\u2019arbre recréés sont « rembourrés » de sacs de couchage et évoquent des abris de fortune\u2026 Cette fragi l i té est aussi psychologique, pas seulement économique.L\u2019installation Messenger (1996-2002) fait penser à ces cabanes bâties par les obsédés de la survie dans les bois ou par ces individus qui croient que l\u2019État les prive de leur liberté et qu\u2019ils doivent s\u2019isoler en forêt pour se préparer à la guerre\u2026 Dans une petite baraque placée dans une salle noire \u2014 le ton inquiétant est donné \u2014, éclairée de l\u2019intérieur, le visiteur pourra apercevoir, par la fenêtre et par la porte, un lit de camp, une étagère remplie de boîtes de conser ve, un casque de militaire moderne, un casque et une hache moyenâgeuse ainsi que deux grenades\u2026 Là encore, l\u2019idée de la catastrophe semble hanter le monde de Magor.Voilà donc une exposition de pièces très intimistes.Leur présentation dans deux des grandes salles du MAC nuit cependant parfois un peu à leur réception.Le visiteur s\u2019en rendra compte lorsqu\u2019il visitera deux plus petites salles du musée, qui elles ne montrent chacune qu\u2019une seule œuvre\u2026 L\u2019atmosphère qui s\u2019en dégage sied mieux à ces fragiles évocations.Signalons que cette rétrospective se déplacera au Migros Museum für Gegenwar ts - kunst, à Zurich, en février et au Kunstverein de Hamburg à la fin de juin 2017.Voilà un projet qui participera certainement à mieux faire rayonner le travail de cette artiste canadienne.Collaborateur Le Devoir C I N É M A D E V I S U CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 A O Û T 2 0 1 6 E 4 Grands partenaires 25$ EN PRÉVENTE JUSQU\u2019AU 6 SEPTEMBRE Du 6 septembre au 1er octobre 2016 Une coproduction du Théâtre de Quat\u2019Sous et de LA FABRIK Le Royaume des animaux Texte Roland Schimmelpfennig Traduction Angela Konrad et Dominique Quesnel Mise en scène Angela Konrad Avec Eric Bernier, Philippe Cousineau, Alain Fournier, Marie-Laurence Moreau, Gaétan Nadeau, Lise Roy Concepteurs Loïc Bard, Juan Mateo Barrera Gonzalez, Angelo Barsetti, Catherine Béliveau, Carol-Anne Bourgon-Sicard, Linda Brunelle, Cédric Delorme-Bouchard, William Durbau, Simon Gauthier, Marie-Audrey Jacques, Anick La Bissonnière et Kenny Lefebvre Théâtre de Quat\u2019Sous 100 avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 quatsous.com Presque rien \u2013 presque tout Liz Magor fait l\u2019objet d\u2019une rétrospective couvrant plusieurs décennies de sa création KUBO ET L\u2019ÉPÉE MAGIQUE (V.F.DE KUBO AND THE TWO STRINGS) ?1/2 Animation de Travis Kinght.États-Unis, 2016, 101 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E C\u2019 est l\u2019histoire d\u2019un petit garçon, Kubo, un conteur- né.Dans le Japon féodal, il vit dans une grotte tout en haut d\u2019un pic rocheux où il prend soin de sa mère cataleptique, laquelle ne retrouve l\u2019usage de la parole que le soir venu.Durant le jour, Kubo se rend au village où il relate la légende d\u2019un samouraï mythique en lutte contre le vil roi de la lune.Kubo et l\u2019épée magique, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un petit garçon qui, tout conteur-né soit-il, ne parvient jamais à finir son histoire.Parce qu\u2019il s\u2019agit en réalité de la sienne, et qu\u2019elle ne fait que commencer.Pendant que Kubo joue les narrateurs pour le bonheur de la foule, les feuillets multicolores qu\u2019il traîne toujours dans sa besace s \u2019animent et se plient en figures origamiques complexes par la seule force de sa pensée.Car Kubo possède des pouvoirs magiques hérités de sa mère, la fille désobéissante dudit roi de la lune qui n\u2019a pas renoncé à se venger de sa progéniture.Lorsque Kubo désobéit et reste dehors une nuit, ses deux tantes, harpies maléfiques à la solde du grand- père, repèrent l\u2019enfant étourdi.S\u2019engage alors une aventure bien réelle, mais riche en retournements surnaturels, durant laquelle Kubo sera assisté par un grand singe parlant et un samouraï mi- homme, mi-scarabée.Beauté exquise Produit par le studio Laika, qui se spécialise dans l\u2019animation en volume, ou stop-motion, Kubo et l\u2019épée magique (une traduction générique du plus évocateur Kubo and the Two Strings, qui renvoie entre autres aux cordes du shamisen, instrument dont joue l\u2019enfant) affiche un brio technique renversant.Chaque plan est d\u2019une beauté exquise, de sa composition à sa coloration en passant par la grâce des mouvements qui s\u2019y déroulent.L\u2019histoire sans fin Pour mémoire, on doit à Laika le remarquable Cora- line.Pendant les deux premiers actes, on se dit d\u2019ailleurs que ce cru-ci égalera le premier \u2014 et meilleur \u2014 opus du studio.Hélas, comme ses deux prédécesseurs immédiats, ParaNorman et Trolls en boîte, Kubo et l\u2019épée magique s\u2019étire passé l\u2019af frontement final et peine à conclure.L\u2019ensemble témoigne néanmoins d\u2019un rare brio et, hormis cet écuei l u l t ime, le réci t s\u2019avère aussi prenant qu\u2019enlevé.Dommage simplement que le film, comme son héros au commencement, ait tant de mal à finir son histoire.Le Devoir Ensorcelant ! LIZ MAGOR L\u2019œuvre de Liz Magor n\u2019est pas que fragile matériellement, c\u2019est une réflexion plus générale sur la fragilité.(Ci-dessus, l\u2019œuvre Hollow).FILMS SÉVILLE Kubo et l\u2019épée magique affiche un brio technique renversant. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 A O Û T 2 0 1 6 E 5 CINEMA C U L T U R E 335, boul.de maisonneuve est berri-uqam (514) 842-9768 cinematheque.qc.ca cinematheque.quebecoise cinemathequeqc À la poursuite de la paix Un documentaire de Gary Betel, 85 min - VOSTF DÈS LE 19 AOÛT 20h00 Le chant des étoiles Un documentaire de Nadine Beaudet, 76 min - VOF 19, 20, 21 AOÛT 18h15 ÉGALEMENT À L\u2019AFFICHE : Parfaites - Jérémie Battaglia - VOF 16h30 Téléphone rose (Phone Whore) - Farzin Farzaneh - VOSTF Du 22 au 25 août, 18h15 2e édition theatreoutremont.ca | 514 495-9944, # 1 STRATFORD ON OUTREMONT DE LA SCÈNE À L\u2019ÉCRAN 23 au 28 août | 16 h et 20 h F R A N Ç O I S L É V E S Q U E I maginez : vous êtes aveugle et, à votre insu, des brigands se sont introduits chez vous.Silencieux, ils rôdent dans la maison\u2026 Utilisée au meilleur effet, cette prémisse a donné d\u2019excellents suspenses, comme Seule dans la nuit, avec Audrey Hepburn, et Terreur aveugle, avec Mia Farrow, mais depuis, la formule est devenue un brin ringarde.Arrive le thriller Ne respire pas, qui inverse celle-ci en transformant les intrus en proie et le maître de céans privé de vision en prédateur.Prendre les clichés à rebrousse-poil est en l\u2019occurrence une préoccupation constante pour le réalisateur Fede Alvarez, rencontré plus tôt cet été à Fantasia.Né en Ur uguay, Fede Alvarez a réalisé quelques courts métrages d\u2019horreur dont l\u2019un, Panic Attack !, a attiré l\u2019attention de Sam Raimi sur YouTube.Réalisateur et producteur à succès, entre autres de la première trilogie de Spider-Man, Raimi lui a confié les rênes du remake de son succès-culte, L\u2019opéra de la terreur (il coproduit aussi Ne respire pas).« Une telle marque de confiance en début de carrière, c\u2019est inespéré, confie Fede Alvarez.J\u2019ai procédé avec L\u2019opéra de la terreur de la même manière qu\u2019avec Ne respire pas.Dans l\u2019original de Sam, on avait un héros propret ; j\u2019ai opté pour une héroïne toxicomane.C\u2019est encore le cas dans Ne respire pas : Rocky, qu\u2019incarne Jane Levy, se révèle graduellement le personnage principal.De la même manière, je n\u2019ai pas une jeune femme gracile dans le rôle de l\u2019aveugle, mais plutôt un vieux soldat rusé.Peu importe le projet, quand je commence à réfléchir à une intrigue, je me pose d\u2019abord la question : \u201cComment la plupart des films raconteraient ça ?\u201d Et je fais l\u2019inverse.» Tel est pris\u2026 Ne respire pas relate un vol qui tourne mal alors que les trois jeunes complices, Rocky, Alex et « Money », s\u2019aperçoivent avec ef froi qu\u2019ils ont dangereusement sous-estimé le propriétaire de la maison qu\u2019ils ont décidé de dévaliser.« Habituellement, le héros ou l\u2019héroïne aurait été la personne victime de la violation de domicile ; beaucoup de films reposent sur cette formule-là.Donc, évidemment, je trouvais intéressant, encore là parce que ça me paraissait plus original ou enfin moins attendu, de faire de mon aveugle l\u2019antagoniste et de faire de mes trois jeunes voleurs les protagonistes en les rendant relativement attachants en dépit de l\u2019acte répréhensible qu\u2019ils commettent.En explorant leurs vies personnelles, sur tout celle de Rocky, on comprend leurs motivations, à défaut d\u2019approuver leurs actions.» En ef fet, les personnages ne sont pas des «gentils».Il y a les «pires» et les «moins pires».« Il n\u2019y a pas de héros dans le film, ce qui est également inhabituel pour un thriller produit à Hollywood, note Fede Alvarez.Par contre, ça ne l\u2019a pas toujours été : je pense à Hitchcock avec L\u2019inconnu du Nord-Express ou encore Psychose : preuve ultime qu\u2019on peut s\u2019attacher à des personnages louches.Avec des personnages ambivalents sur le plan moral, on ne sait jamais qui va gagner\u2026 si quelqu\u2019un gagne.Et ça, c\u2019est génial.» Ville fantôme Un autre aspect ingénieux du film est que Fede Alvarez en fait presque un récit de maison hantée, avec cet ancien soldat aux yeux blancs et vitreux tel un véritable spectre vivant.Dans cette optique, Ne respire pas use habilement de la déliquescence urbaine qui ronge Detroit, théâtre de l\u2019action et désormais authentique ville fantôme (seules quelques prises de vue y ont été effectuées, la magie du cinéma faisant le reste).«Le décor, l\u2019environnement immédiat, c\u2019est un élément important dans le succès d\u2019un film, croit Fede Alvarez.Forger une atmosphère, surtout quand on essaie de générer de la tension, c\u2019est fondamental.» Dans l\u2019expectative La tension, ce réalisateur qui monte semble vouloir s\u2019en faire une spécialité.Envisage-t-il d\u2019aborder d\u2019autres genres pour autant ?« Je reste ouvert à tout, mais j\u2019avoue me sentir des affinités avec le suspense.Les défis narratifs inhérents à ce genre-là sont très stimulants.Idéalement, avec un bon suspense, on doit se débrouiller pour que le spectateur ne sache pas comment l\u2019histoire va être bouleversée et qu\u2019il ne puisse pas deviner comment elle va se terminer.C\u2019est dans l\u2019expectative qu\u2019on est le plus à cran.» Et qu\u2019on retient son souffle.Le Devoir Ne respire pas prend l\u2019affiche le 26 août.ENTREVUE L\u2019art de couper le souffle Fede Alvarez sur ces clichés qu\u2019il détourne dans son thriller Ne respire pas PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le réalisateur Fede Alvarez veut prendre les clichés à rebrousse-poil.LES INNOCENTES ?Drame historique d\u2019Anne Fontaine.Avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Joanna Kulig, Agata Kulesza, Agata Buzek.France\u2013Pologne, 2016, 100 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E D ans les livres d\u2019histoire, on circonscrit le déroulement de la Deuxième Guerre mondiale entre 1939 et 1945.Signée le 7 mai 1945 et entrée en vigueur le lendemain, la reddition de l\u2019Allemagne nazie est considérée comme la fin du conflit.On découvrit alors l\u2019horreur des camps de la mort dans toute son ignominie.D\u2019autres infamies furent graduellement mises en lumière \u2014 les collabos, le pillage systématique d\u2019œuvres d\u2019art, la « neutralité » du Vatican, etc.Certaines, toutefois, furent occultées.C\u2019est le cas du calvaire que vécurent des religieuses polonaises aux mains de l\u2019armée russe, sur lequel le film Les innocentes lève le voile.Le récit démar re en décembre 1945.Af fi l iée à la Croix -Rouge, la docteure Mathilde Beaulieu par ticipe en Pologne à une importante mission de recherche et de rapatr iement des so ldats français blessés.Athée et communiste, Mathilde (excellente Lou de Laâge) voit chaque jour ses convictions renforcées par ce qu\u2019elle voit et entend, à mesure que se révèle à elle l\u2019ampleur du cauchemar dont l\u2019Europe se réveille à peine.Entre terreur et déni Pas tant blasée qu\u2019endurcie, Mathilde n\u2019est, cela dit, pas du tout préparée à ce qui l\u2019attend lorsque, une nuit, une nonne paniquée, Maria (Joanna Ku- lig, investie), vient la trouver.Dans le couvent des bénédictines érigé à quelques kilomètres du campement, une novice est sur le point d\u2019accoucher.V iolées à répét i t ion par des soldats russes, d\u2019autres religieuses sont enceintes.Malgré leur ventre rond, certaines nient l\u2019évidence (on pense par fois au très beau Agnès de Dieu), tandis que d\u2019autres sont terrifiées par ce qui les attend.D\u2019autres, encore, vivent une profonde crise, incapables de comprendre comment leur Dieu de miséricorde a pu leur infliger une telle épreuve.Réfractaire à toute forme d\u2019intr usion, la mère supérieure (Agata Kulesza, intimidante) accueille Mathilde de mauvais gré.Pas de réponse convenue L\u2019 u n e d e s n o m b r e u s e s forces du film d\u2019Anne Fontaine (Nettoyage à sec, Comment j\u2019ai tué mon père, La fille de Monaco) est le refus de la cinéaste de simplifier l\u2019enjeu de la foi, qu\u2019il s\u2019agisse de celle, inébranlable, de Maria ou de celle, fanatique, de la mère supérieure, voire de celle, inexistante, de Mathilde.Chaque déclinaison est ainsi explorée en lien avec cette situation extraordinaire à laquelle la cinéaste n\u2019essaie pas davantage de fournir une réso lu t ion fac i le .Jamais manichéen, le fi lm aborde franchement, mais avec délicatesse néanmoins, la question centrale de la maternité forcée puis volée, les poupons devant être livrés à des familles des environs.Incroyablement dense sur le plan psychologique, humain, le scénario reste pourtant limpide, et très efficace dramatiquement parlant, une foule de crescendos mineurs convergeant vers un paroxysme étonnant.De fait, si, tel qu\u2019attendu, le dénouement est riche en émotions, la sérénité qui en émane est, elle, plus surprenante.Et d\u2019autant plus prenante.Lumière diffuse I n s p i r é p a r l e s é c r i t s d\u2019époque consignés dans le journal de bord de Madeleine Pauliac, médecin à l\u2019Hôpital français de Varsovie, Les innocentes frappe fort, frappe franc, et sur tout frappe juste.Pas une fois Anne Fontaine ne se défile afin de livrer un récit moins dur ou plus édifiant, contrairement, par exemple, à La rafle, de Rose Bosch.Exquise, la facture du film est cela dit complètement justifiée, avec une image longtemps drainée de toute couleur, presque noir et blanc.Au sein de celle-ci persiste toutefois une lumière diffuse, blafarde, et qui gagne lentement en force, à l\u2019instar des personnages.À l\u2019issue d\u2019une très longue nuit, d\u2019un trop long hiver, cette lumière baignera l\u2019écran, charriant dans son sillage couleur et chaleur.Et éclairant les parcelles de beauté nées de la laideur.Le Devoir Après l\u2019hiver LES COWBOYS ?1/2 Western de Thomas Bidegain.Avec François Damiens, Finnegan Oldfield, John C.Reilly, Agathe Dronne, Djemel Barek, Leila Saadali.France, 2015, 105 minutes.O D I L E T R E M B L A Y F ilm romanesque et ambitieux rempli d\u2019ellipses, avec des fulgurances et quelques temps morts, Les cowboys de Thomas Bidegain, scénariste français de renom (Un prophète, Dheepan, etc.) passé à la réalisation, trouve des échos profonds dans les remous actuels du djihadisme, avec une finesse et des pans de mystère préservés.Bidegain, qui se révèle ici un excellent directeur d\u2019acteurs, s\u2019était au départ penché sur la radicalisation d\u2019avant le 11-Septembre, puisque le film démarre au milieu des années 1990, mais les attentats en France ont perturbé et son tournage à l\u2019heure de Charlie Hebdo et sa diffusion dans la foulée des tueries de novembre dernier, lui offrant un écho troublant.Le film humanise ces conflits en les incarnant, sans chercher à comprendre les causes de la radicalisation, seulement à travers ses conséquences familiales.La réalisation est souvent brillante, faute d\u2019une constante homogénéité, et on suivra les lendemains de ce cinéaste plein de promesses.Riche idée de départ, longuement et bien mise en scène : asseoir les prémisses dans une fête country, dont des campagnards français sont adeptes.Ce terreau d\u2019acculturation s\u2019impose dès lors comme une métaphore d\u2019une France coupée de ses repères et le film s\u2019y amarre en western ; cowboys contre Indiens (ici les musulmans).Au cours de cette fête, la jeune fille d\u2019une famille disparaît, et ses liens avec un djihad, dont l\u2019Occident ne connaît alors pas grand-chose, se manifestent au fil de l\u2019enquête.Film en deux temps, déroulé sur quinze ans, les héros père et fils s\u2019y succèdent au premier rôle, avec un formidable duo d\u2019interprètes : François Damiens en père justicier et Finnegan Oldfield en adolescent sacrifié appelé à devenir homme-pont entre les deux mondes.La première partie est centrée sur la quête paternelle, sous l\u2019obsession de cette fille à retrouver, qui entraîne le personnage, avec ou sans chapeau de cowboy, par monts et par vaux jusqu\u2019au Yémen, au péril de sa vie et de celle de son garçon, y perdant tout (comme Daniel Auteuil dans Au nom de ma fille de Vincent Garenq).On n\u2019avait jamais vu le Belge François Damiens (Suzanne, La famille Bélier, etc.) dans ce type de rôle d\u2019homme fort, colérique, monomaniaque.Or il excelle dans un registre sombre et dur que les cinéastes devraient lui faire épouser plus souvent.Le second segment, situé au Pakistan puis dans la campagne française retrouvée, affiche davantage de faiblesses et de références appuyées au western.John C.Reilly y incarne en outre avec un sourire en coin un Américain chasseur de têtes.Des amours entre une jeune Pakistanaise et Kid, après des péripéties dignes du Far West, jouent de facilité, mais le jeune acteur s\u2019ajuste brillamment aux mutations de son personnage.Si Les cowboys embrasse large, en échappant quelques fils de son intrigue à tiroirs, reste que cette première réalisation de Tomas Bidegain foisonne d\u2019idées et montre une audace et souvent une justesse que bien des réalisateurs chevronnés pourraient lui envier.Le Devoir Une quête éperdue MÉTROPOLE FILMS Inspiré par les écrits d\u2019époque consignés dans le journal de bord de Madeleine Pauliac, Les innocentes frappe fort, frappe franc, et surtout frappe juste.AXIA FILMS Cette première réalisation de Tomas Bidegain foisonne d\u2019idées. L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 A O Û T 2 0 1 6 E 6 prenait des permissions et qui en a donné, je pense.Ce que les cégépiens me disent aimer, habituellement, c\u2019est qu\u2019ils sont en contact avec un gars libre.C\u2019est un livre cru, mais vrai.» Impudeur nécessaire, ou pas?Malgré toutes les images sordides tyrannisant le narrateur de Marie-Hélène au mois de mars, la plus grande violence de ce livre-culte tient sans doute à son impudeur.En choisissant de préserver les véritables prénoms des acteurs de cette période trouble de son existence (certains gardent même leur nom de famille), Maxime Olivier Moutier entraînera avec lui plusieurs personnes sous la désagréable lumière de l\u2019espace public.Une décision que l\u2019on ne prend pas dans l\u2019espoir de se réconcilier avec ceux qu\u2019on a blessés, et qui pose toujours de façon spectaculaire la millénaire question de ce que l\u2019art peut se permettre au nom d\u2019une certaine vérité.« Aujourd\u2019hui, je prendrais plus de précautions », avoue l\u2019auteur du récent Journal d\u2019un étudiant en histoire de l\u2019art.« Pourquoi heurter des gens pour rien?Je me dirais peut-être que je n\u2019ai pas besoin d\u2019écrire ça comme ça, pour exprimer cette idée-là.En même temps, c\u2019est le livre d\u2019un gars qui écrit pour lui.Je ne savais pas alors, comme je le sais aujourd\u2019hui, ce que peut être l\u2019impact d\u2019un livre.Est- ce que je republierais ça ?Peut-être pas.Je suis content de l\u2019avoir fait, mais ce qui est sûr, c\u2019est que ces événe- ments ne seraient qu\u2019une anecdote dans ma vie si je ne l\u2019avais pas fait, alors que maintenant ça me définit en partie.» Bien que d\u2019un ton dont la dureté ne s\u2019est pas adoucie depuis 1998, Marie-Hélène au mois de mars trouve au- jourd\u2019hui de nombreux rejetons sur le Web et les réseaux sociaux, où fleurit une nouvelle culture de la confession salvatrice et où l\u2019on brandit sa propre nudité émotive comme un acte de courage.« C\u2019est une œuvre qui génère plus la controverse que lors de sa parution, pense malgré tout Maxime Olivier Moutier.Le tabou de la maladie mentale est encore for t.Je n\u2019en reviens toujours pas mais, il y a quelques années, des parents ont essayé d\u2019interdire le livre au cégep de Victoriaville, de peur que ça donne des idées suicidaires à leurs enfants.» Un roman d\u2019amour, vraiment?Roman d\u2019amour.La mention placée sur la couverture de Marie-Hélène au mois de mars tel que publié d\u2019abord chez Triptyque, et de nouveau placée en couverture de la récente réédition signée Marchand de feuilles, résonne toujours comme une provocation.Pourquoi qualifier ainsi l\u2019histoire d\u2019un jeune homme ne rêvant à rien d\u2019autre qu\u2019à son sang s\u2019écoulant lentement dans le drain de la baignoire ?«Parce que c\u2019est un livre d\u2019amour ! s\u2019exclame Moutier.L\u2019amour en littérature, pour moi, c\u2019étaient les Harlequin, les chevaux et la plage, et je voulais dire que c\u2019est aussi ça, l\u2019amour.Ce qui arrive dans ce livre-là ne se peut que par l\u2019amour.C\u2019est un suicide d\u2019amour.» Existe-t-il vraiment une telle chose qu\u2019un suicide d\u2019amour ?« Je comprends ce que tu veux dire, mais la haine et l\u2019amour, c\u2019est proche, oui.Ce sont les gens qu\u2019on aime qu\u2019on hait le plus.On se crisse des gens qu\u2019on n\u2019aime pas, on ne les hait pas.» « J\u2019ignore encore pourquoi j\u2019ai décidé de rendre publique une pareille chose, qui m\u2019apparaît au- jourd\u2019hui tellement intime », se demandait Maxime Olivier Moutier en 1998.A-t-il depuis trouvé réponse à sa question?«Comme la psychanalyse, l\u2019écriture permet de restructurer ce qui s\u2019est écroulé.Vouloir faire quelque chose avec sa souffrance, c\u2019est déjà vouloir rester en vie.Je pense que c\u2019est ça, la réponse.» Collaborateur Le Devoir MARIE-HÉLÈNE AU MOIS DE MARS Maxime Olivier Moutier Marchand de feuilles Montréal, 2016, 257 pages SUITE DE LA PAGE E 1 IMPUDEUR A R N A U D S T O P A En recevant en 2014 le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d\u2019Alfred Nobel \u2014 qui, malgré ses habits, n\u2019est pas un prix Nobel \u2014, l\u2019économiste Jean Tirole a dû sortir de son rôle de chercheur discret pour faire face à une aura médiatique nouvellement née.En publiant Économie du bien commun, le président fondateur de l\u2019École d\u2019économie de Toulouse livre une œuvre pédagogique sur une science économique mal-aimée, et ses prises de position libérales sur les grands enjeux actuels n\u2019aideront pas à mieux apprécier la discipline.Dans ce livre construit en deux par ties \u2014 l\u2019une, assez longue, sur le rôle de l\u2019économiste, l\u2019autre, plus intéressante, sur ses idées \u2014 et où les chapitres peuvent se lire indépendamment, il rappelle que les « humbles » économistes ne sont pas des devins.Comme les médecins , i l s « diagnostique[nt], propose[nt] si nécessaire le meilleur traitement adapté étant donné l\u2019état ( forcément impar fa i t) de [leurs] connaissances ».Mais aucun d\u2019eux ne pourra prédire le jour exact d\u2019une crise \u2014 cardiaque pour l\u2019un, économique pour l\u2019autre.Tout comme la médecine, les sciences économiques seraient neutres.En considérant cela, l\u2019économiste essaye de nous faire croire que ses solutions sont des vérités absolues, fondées sur des résultats « empiriques » et approuvées par une communauté scientifique composée, après tout, par de bons économistes \u2014 ceux qui acceptent « le cadre unificateur de l\u2019économie moderne » \u2014, rejetant les autres \u2014 préoccupés par les « pensées économiques obsolètes et des débats entre économistes anciens ».Ainsi, « je n\u2019ai jamais entendu les par tisans de la relance f iscale [dont T irole n\u2019est pas par tisan] , comme Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, dire qu\u2019il fallait un marché de l\u2019emploi dual ou qu\u2019il fallait instaurer un temps de travail réduit ».Malgré les thèmes qui abordent avant tout les problématiques françaises, le docteur honoris causa de l\u2019Université de Montréal amène des réflexions qui peuvent alimenter le débat au Québec.Le rôle de l\u2019État ?« Notre choix de société n\u2019est pas un choix entre État et marché [\u2026 ].L\u2019État et le marché sont complémentaires et non exclusifs.Le marché a besoin de régulation et l\u2019État, de concurrence et d\u2019incitations.» Plus loin, celui qui souhaite voir l\u2019État « dépenser moins, mais mieux » dira que « la conception de l\u2019État a changé.Autrefois pourvoyeur d\u2019emplois à travers la fonction publique et producteur de biens et services à travers les entreprises publiques, l\u2019État dans sa forme moderne fixe les règles du jeu et intervient pour pallier les défaillances du marché et non s\u2019y substituer ».L\u2019écologie ?Critique sévère de la COP 21, où, « en ce qui concerne les mesures concrètes, peu de progrès ont été faits », il estime que seule une taxe universelle sur les émissions de CO2 pourra conduire au salut de la planète.À vouloir responsabiliser, sur le principe de l\u2019utilisateur-payeur, les acteurs économiques individuellement, Jean Tirole en oublie que ces mécanismes ne donnent aucun liant à des sociétés en manque de projets communs.Comme la lutte contre le réchauffement climatique.Le Devoir ÉCONOMIE DU BIEN COMMUN Jean Tirole PUF Paris, 2016, 640 pages Une œuvre pédagogique sur une science mal-aimée C H R I S T O P H E H U S S A utant le livre de Kent Na- gano, Sonnez, merveilles ! (Boréa l) , e t l \u2019ouvrage de Brian Moynahan, Le concer t héroïque (Jean-Claude Lat- tès), racontant l\u2019histoire du siège de Leningrad et de la création de la 7e Symphonie de Chostakovitch, avaient dominé le chapitre livres musicaux de la première partie de la saison 2015-2016, autant la première moitié de 2016 est écrasée par deux ouvrages majeurs au sujet de l\u2019opéra : La civilisation de l\u2019opéra de Timothée Picard chez Fayard et ce Wagner antisémite chez Christian Bourgois.La question de l\u2019antisémitisme de Wagner ne se pose même pas.Dès la première de trois citations judicieusement mises en exergue, Jean-Jacques Nattiez met clairement la table : « J\u2019avais une vieille dent contre cette juiverie et cette rancœur est aussi nécessaire à ma nature que la bile l\u2019est au sang.» Le sujet lui-même a déjà été largement abordé.Mais a-t - i l été « traité », scr uté, comme il l\u2019est ici ?Pas à ma connaissance.Jean-Jacques Nat t iez appr ofondi t tout .D\u2019abord, on trouve dans une nouvelle traduction tous les textes originaux écrits par Wa g n e r, d o n t l e p l u s i m - médiatement éloquent, La judéité dans la musique.Textes et contextes sont analysés.Ensuite, Nattiez ouvre le débat sur le père de Wagner.La mère du compositeur ayant eu une liaison avec un acteur du nom de Ludwig Geyer, ce dernier était-il le vrai père de Wagner?Et Geyer était-il Juif?Quoi qu\u2019il en soit, la recherche de la paternité hanta Wagner et imprègne notamment Lohengrin.Grosso modo, on peut s\u2019entendre sur la dichotomie suivante : Wagner était un musicien de génie, l\u2019autre, un personnage peu recommandable.Cela sépare les choses et c\u2019est finalement assez confortable.Mais on peut aller plus loin, et l\u2019importance capitale du livre Wagner antisémite est de franchir une étape supplémentaire en reliant la vie et l\u2019œuvre, c\u2019est-à-dire en traquant l\u2019antisémitisme dans les compositions et les livrets.Cer tes, on avait quelques évidences sur le fait qu\u2019Albe- rich qui vole l\u2019or du Rhin pour dominer le monde était une caricature antisémite.Alberich, Mime et aussi Hagen le sont.Nattiez montre et analyse pourquoi et comment l\u2019antisémitisme s\u2019instille dans des paroles ou leur traitement musical.L\u2019exemple le plus éloquent et original est cependant celui du personnage de Beckmes- ser dans Les maîtres chanteurs, Nattiez prouvant que la sérénade est la caricature d\u2019une prière intitulée Retzai.Ces dimensions sont peu à peu perdues aujourd\u2019hui, surtout et y compris dans l\u2019interprétation.Il serait intéressant de voir si une interprétation « authentique » serait comprise par les auditeurs\u2026 Jean-Jacques Nattiez, toujours très scrupuleux et méthodique, montre comment le racisme s\u2019est élargi dans Parsifal, avec le côté ouvertement arabisant du haïssable Kundry et de ses filles-fleurs.On remerciera aussi l\u2019auteur de mettre les points sur les i en ce qui concerne le national-socialisme.Dans Wagner est-il la cause de la Shoah ?, Nattiez af firme haut, for t et avec raison que ce n\u2019est pas parce que Hitler était fasciné par Wagner que Wagner est une source ou une cause de la montée du nazisme et de ses pires atrocités.Lecture passionnante, donc.On espère que l \u2019 index des noms propres, qui a connu quelques problèmes dans notre exemplaire, a pu être reconstitué pour les tirages suivants.Le Devoir WAGNER ANTISÉMITE Jean-Jacques Nattiez Textes de Wagner, traduits de l\u2019allemand par Marie-Hélène Benoit-Otis Christian Bourgois éditeur Paris, 2015, 695 pages L\u2019antisémitisme de Wagner décrypté WIKIPÉDIA DOMAINE PUBLIC Ce n\u2019est pas parce que Hitler était fasciné par Wagner que Wagner est une cause de la montée du nazisme.M I C H E L B É L A I R I l arrive que certains livres ne se laissent lire qu\u2019entre les lignes alors que d\u2019autres se lovent quelque part, en filigrane presque, au-delà même des mots.Mais quelle que soit la façon dont on lira cette étonnante histoire, on se rendra compte deux pages avant la f in\u2026 qu\u2019on s\u2019est fait avoir tout au long ! Bizarre d\u2019impression qui tient à la fois de la surprise, de la frustration et, disons-le carrément, de l\u2019admiration devant une réussite exceptionnelle.La «tentative» de la 105 On connaît peu de choses de ce Michel Moatti sinon qu\u2019il enseigne la sociologie à l\u2019Université de Montpellier III et qu\u2019il a déjà été journaliste.Il signe ici son troisième roman après Retour à Whitechapel et Blackout Baby publiés dans la col lection «Grands détectives» chez 10-18, nous apprend également la quatrième de couver ture.C\u2019est bien.Mais tout cela ne prépare absolument pas le lecteur au choc qu\u2019il va vivre ici\u2026 Il s\u2019agit en fait de l\u2019histoire d\u2019Alice Hof fman, une jeune femme qui sort d\u2019un profond coma de 53 jours après une tentative de suicide.Rapidement on apprend qu\u2019elle n\u2019a pas pu supporter la perte de son fils Franck, 11 ans, emporté par un mur d\u2019eau sur le bord d\u2019un canal lors d\u2019un orage violent.Une histoire donc qui se passe surtout dans un lit de la clinique Belmont, un centre de « soins de suite » situé en banlieue parisienne, mais qui nous amènera dans le Morvan profond, le long des écluses du Nivernais, et même jusqu\u2019à Baltimore et en Australie\u2026 L\u2019histoire d\u2019Alice est touchante et l\u2019écriture de Michel Moatti, brillamment ciselée.Il faut dire que le lecteur découvre tout ce qui arrive à Alice par le biais de sa faible présence à la réalité : c\u2019est elle qui raconte si merveilleusement cette histoire extirpée un mot, une image à la fois des brumes de sa conscience torturée par la culpabilité.Les détails techniques du suicide d\u2019abord puis la surprise de ne plus être morte et la culpabilité qui revient.Et l\u2019absence du fils.Douloureuse.À la clinique, on tente de la faire parler pour qu\u2019elle se libère de ce poids, mais rien n\u2019y fait.Jusqu\u2019à ce que surgisse un impossible personnage, Van Dern, un flic en convalescence qui apparaît au bout du lit d\u2019Alice et qui lui dit : «Et si votre fils n\u2019était pas mort\u2026 » Cette phrase aura l\u2019effet d\u2019un électrochoc : Alice se remettra à revivre en devenant complice de Van Dern.Lentement, on en apprendra alors un peu plus sur elle, sur son métier, ses goûts, ses lectures\u2026 Entre autres sur son affection pour Poe et surtout sur ce livre bizarre qu\u2019on lui a remis à la clinique et qui se déroule en Australie, au pays de l\u2019Arrière, et qui met en scène aussi un jeune fils nommé Franck.Bientôt, on verra Alice et Van Dern s\u2019échapper tous deux pour mener l\u2019enquête sur le terrain \u2014 ce qui nous vaudra des pages admirables sur le Morvan.Et c\u2019est là, près de ces fameuses écluses, que toute l\u2019histoire ressurgira difficilement, comme arrachée du tourbillon bouillonnant dans lequel Alice et Franck ont sombré ce jour-là.Sauf que, concrètement, l\u2019enquête tourne en rond et que rien n\u2019en ressort vraiment\u2026 jusqu\u2019à ce que l\u2019on saisisse, deux pages avant la fin, à quel point l\u2019auteur et son personnage nous ont entraînés dans les méandres de la plus pure fiction que l\u2019on puisse imaginer.Celle-là même qui s\u2019écrit sous nos yeux en se servant du moindre élément.Ce livre est un piège admirable et ce serait un sacrilège de vous en dévoiler l\u2019élément essentiel : allez donc vous y perdre en attendant le prochain opus de Michel Moatti.Collaborateur Le Devoir ALICE CHANGE D\u2019ADRESSE Michel Moatti HC éditions Paris, 2016, 300 pages POLAR Alice au pays des cauchemars SPORT RÉCITS SPORTIFS DIFFÉRENTS VISAGES DU DÉPASSEMENT DE SOI Stéphane Garneau Flammarion Québec Montréal, 2016, 192 pages Les témoignages d\u2019athlètes au sujet de leurs motivations et de leur carrière sont généralement décevants.Le discours sportif, en effet, est riche en clichés sur l\u2019importance du rêve, de la détermination et de la résilience et ressemble souvent à une conférence de chambre de commerce.Ce recueil d\u2019entretiens avec douze athlètes québécois et six observateurs du monde du sport n\u2019échappe pas à ces travers, mais il se lit néanmoins avec un certain plaisir, surtout en cette saison olympique.Inspiré par son défunt père, Richard Garneau, qui admirait les athlètes, l\u2019animateur Stéphane Garneau dit avoir voulu comprendre, avec ce livre, ce qui pousse les sportifs d\u2019élite à se dépasser.Les témoignages les plus intéressants, parce qu\u2019ils dépassent un peu les banalités d\u2019usage, sont ceux de Chantal Petitclerc, qui parle de l\u2019influence qu\u2019a eue l\u2019œuvre de Simone de Beauvoir sur sa motivation sportive, et de Jean- Luc Brassard, peut-être le plus sage et le plus juste des athlètes interviewés, qui confie avoir fini par accepter le fait qu\u2019il adorait son sport, mais qu\u2019il n\u2019aimait pas beaucoup la compétition.Louis Cornellier Roman d\u2019amour.La mention placée sur la couverture de Marie-Hélène au mois de mars résonne toujours comme une provocation. D A N I E L L E L A U R I N D ans un théâtre de Toronto, un célèbre acteur jouant le roi Lear s \u2019ef fondre sur scène.Crise cardiaque.Le même soir, dans un hôpital de la v i l le , une ép idémie foudroyante se déclare.Grippe de Géorgie.C\u2019est le point de départ de Station Eleven.Pas de lien à première vue entre la mort de l\u2019acteur et la pandémie, qui va se propager à la vitesse du feu et décimer 99 % de la population mondiale.Mais tout au long du roman, la figure de l\u2019interprète shakespearien reviendra nous hanter.Par des retours dans le temps judicieusement orchestrés, c\u2019est toute sa vie qui nous sera révélée.On comprendra à quel point cette vie, il voulait en changer, sinon se changer lui-même.Il était sur le point de passer à l\u2019action quand la mort l\u2019a pris par surprise.Chemin faisant, on rencontre aussi les gens qu\u2019il a côtoyés ici et là : épouses, fils, amis, acteurs\u2026 Et on fouille leur histoire à eux aussi.Leur histoire avant, et après le cataclysme.On s\u2019intéresse de plus aux personnes qu\u2019eux- mêmes ont côtoyées ou sont appelés à rencontrer, 20 ans plus tard.Recoupements nombreux, hasards un peu insistants.Divers procédés narratifs s\u2019entrecoupent, jusqu\u2019à inclure de fictifs extraits de lettres, d\u2019entrevues, d\u2019ar ticles de magazines, de livres, de pièces de théâtre.Et de romans graphiques qui se passent dans une station spatiale, «mille ans dans le futur ».Ça fait beaucoup.Ça s\u2019étire un peu vers la fin.Mais tout se tient.Ceci éclairant cela.Si ce quatrième roman de la Canadienne Emily St.John, paru aux États-Unis en 2004 et f inal iste au prestigieux National Book Award, impressionne, c\u2019est d\u2019abord par la fabuleuse mosaïque narrative qu\u2019il tisse.Cela va bien au-delà de l\u2019intrigue comme telle.Et du contexte de science-fiction dans lequel nous sommes nécessairement plongés.«Parce que survivre ne suffit pas» Parmi les quelques sur vivants de la terrible pandémie : une jeune actrice de huit ans qui a vu mourir sous ses yeux le grand acteur qu\u2019elle aimait tant juste avant que sa propre vie bascule à jamais.Vingt ans plus tard, elle fait partie de la Symphonie itinérante, composée de musiciens et d\u2019acteurs qui jouent du Shakespeare et interprètent de la musique classique.Sur leur caravane tirée par des chevaux fatigués, outre le nom de la troupe, il y a d\u2019inscrit cette ligne de texte, inspirée d\u2019un épisode de la série Star Trek : «Parce que survivre ne suffit pas».Ça ne suffit pas, en effet.La troupe va à la rencontre de petites communautés, tentant de leur apporter du merveilleux, alors que règnent l\u2019anarchie, la barbarie, et que sévissent de prétendus prophètes.Les frontières entre pays n \u2019 e x i s t e n t p l u s .P l u s d e gardes-frontières.Plus de polices, de pompiers.Plus de carburant pour les voitures non plus.Plus d\u2019Inter net, d\u2019ordinateurs, d\u2019électricité et tutti quanti.De fait, c\u2019est notre monde actuel qui apparaît dans ce roman comme de la science-fiction aux yeux des protagonistes, trop jeunes pour avoir eu le temps de profiter de tout ce à quoi donnait accès la modernité avant la catastrophe.Comme lec teurs , comme lectrices, outre les images marquantes de f in du monde qui rappellent par moments La route de Cormack McCarthy, c\u2019est aussi notre dépendance au f a - meux progrès technologique qui nous apparaît, en creux.Ce qui reste Restent les vest iges du monde ancien, inutiles, inutilisables : car tes de crédit, passepor ts, téléphones portables, carcasses de voitures rouillées\u2026 Reste la mémoire des plus âgés.L\u2019un d\u2019eux aura d\u2019ailleurs la merveilleuse idée de collectionner ces vestiges comme autant de preuves du passé et d\u2019ériger une sorte de musée de la civilisation disparue.Un autre archivera les témoignages de survivants pour les faire circuler.Restent les fantômes des proches disparus.Leur souvenir.Et l\u2019entraide, par fois, au milieu du désastre.La nécessité de s\u2019organiser, de reconstruire, de se reconstruire.L\u2019espoir qu\u2019à force, une étincelle de recommencement surgisse.Restent aussi le théâtre, la musique.La beauté.«Ce qui a été perdu lors du cataclysme : presque tout, presque tous.Mais il reste encore tant de beauté : le crépuscule dans ce monde transformé, une représentation du Songe d\u2019une nuit d\u2019été dans un stationnement, dans la localité mystérieusement baptisée St.Deborah by the water, avec le lac Michigan qui brille à cinq cents mètres de là.» L\u2019ar t comme mécanisme de survie.C\u2019est peut-être ce qui subsiste de plus fort dans Station Eleven.Collaboratrice Le Devoir STATION ELEVEN Emily St.John Mandel Traduit de l\u2019anglais par Gérard de Chergé Alto Québec, 2016, 432 pages Le livre sera en librairie le 23 août.L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 A O Û T 2 0 1 6 E 7 Louisa Blair, Patrick Donovan et Donald Fyson Préface de Louise Penny Étagères et barreaux de fer Une histoire du Morrin Centre s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 3/17 Vrai ou faux Chrystine Brouillet/Druide 1/10 Vi Kim Thúy/Libre Expression 2/19 Les maisons Fanny Britt/Cheval d\u2019août 9/2 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 7/18 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 4/13 Les filles de l\u2019Allemand Annie-Claude Thériault/Marchand de feuilles \u2013/1 La bête à sa mère David Goudreault/Stanké \u2013/1 Naufrage Biz/Leméac \u2013/1 Ça peut pas être pire.Nathalie Roy/Libre Expression 5/13 Romans étrangers La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 2/21 Crossfire \u2022 Tome 5 Exalte-moi Sylvia Day/Flammarion Québec 1/6 Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel 3/11 Le temps est assassin Michel Bussi/Presses de la Cité 8/2 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy 6/11 Un été pour tout changer Brenda Bowen/City 7/4 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 5/27 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 4/14 Cours, Alex Cross! James Patterson/Lattès \u2013/1 Le dompteur de lions Camilla Läckberg/Actes Sud 10/5 Essais québécois Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 1/44 Trouve-toi une vie.Chroniques et sautes.Fabien Cloutier/Lux 9/3 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 3/15 Le multiculturalisme comme religion politique Mathieu Bock-Côté/Cerf 2/2 Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 7/2 Les passagers clandestins.Métaphores et.Ianik Marcil/Somme toute 6/8 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 4/14 La médiocratie Alain Deneault/Lux 5/5 La dure école Normand Baillargeon/Leméac 8/3 Treize verbes pour vivre Marie Laberge/Québec Amérique \u2013/1 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/30 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/26 Le plus et le moins Erri De Luca/Gallimard 3/2 Penser l\u2019islam Michel Onfray/Grasset \u2013/1 Les Trumperies.Le meilleur du.François Durpaire | Kévin Picciau/Édito 4/8 Ivres paradis, bonheurs héroïques Boris Cyrulnik/Odile Jacob 9/4 Je selfie donc je suis.Les métamorphoses.Elsa Godart/Albin Michel \u2013/1 Tout peut changer.Capitalisme et.Naomi Klein/Lux \u2013/1 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL \u2013/1 Sable mouvant.Fragments de ma vie Henning Mankell/Seuil \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 8 au 14 août 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.C\u2019 e s t u n e s o r t e d\u2019océan de presque 1000 pages.Mille vies condensées dans un seul lieu appelé « la Maison », une r uine où vivent en communauté des enfants et des adolescents, pour la plupart handicapés, qui y ont été placés en attendant leur majorité.Une sorte d\u2019institut léthargique et centenaire aux confins d\u2019une ville anonyme, « à la frontière entre deux mondes » , posé entre des immeubles et des terrains vagues.La Maison dans laquelle, l \u2019unique roman de l\u2019Arménienne Mariam Petrosyan, née à Erevan en 1969 au sein d\u2019une famille d\u2019artistes, son auteure l\u2019a commencé lorsqu\u2019elle avait 18 ans.Écrite en russe, cette entreprise l i t téraire hors normes lui aura demandé un investissement d\u2019une dizaine d\u2019années.Après des années de réécriture et d\u2019hibernation, le manuscrit a été édité en Russie en 2009, après être passé entre plusieurs mains.Un écriteau accueille les pensionnaires : « Salut à vous les avortons, les prématurés et les attardés.Salut les laissés- pour-compte, les cabossés et ceux qui n\u2019ont pas réussi à s\u2019envoler ! Salut à vous \u201cEnfants- chiendent\u201d! » Manchot, aveugle ou cul-de-jatte, dès son arrivée dans la Maison, chacun se voit attribuer un surnom.Ils s\u2019appellent ainsi Crochet, Bossu, Sphinx, Fumeur, le Macédonien ou Sauterelle, « le petit garçon sans bras ».Ou bien encore Lapin, un albinos dont les dents de devant « lui donnaient l\u2019allure d\u2019un rongeur ».L\u2019un des personnages les plus fascinants est l\u2019Aveugle, qui franchira tous les obstacles jusqu\u2019à devenir une sorte de caïd de la Maison.Des guerres de clans larvées ou éclatantes traversent ainsi tout le roman, les souffre-douleur deviennent parfois bourreaux à leur tour, la Maison a ses cycles.Et les adultes responsables des lieux interviennent peu pour calmer le jeu.« La Maison appartenait aux grands.C\u2019était la leur.Les éducateurs y venaient pour maintenir un semblant d\u2019ordre ; les professeurs, pour que les grands ne s\u2019ennuient pas, et le directeur, pour que les professeurs ne s\u2019enfuient pas.Les grands pouvaient bien allumer des feux en plein milieu de leurs chambres et faire pousser des champignons hallucinogènes dans les salles de bains, personne n\u2019était en mesure de le leur interdire.» La Maison est leur monde.Une sorte de microcosme de la société \u2014 celle qu\u2019on imagine exister à l\u2019extérieur des murs de l\u2019établissement.Les protagonistes évoluent dans un espace-temps flou, qu\u2019on arrive vaguement à cerner à partir des rares références culturelles qu\u2019on y rencontre (un tel ressemble à « David Bowie jeune», un autre écoute du Led Zeppelin).Pour la plupart de ceux qui y vivent, elle représente le début et la fin du monde.Et sans surprise, c\u2019est avec ter reur que plusieurs d\u2019entre eux envisagent le moment de fêter leurs dix-huit ans et d\u2019être poussés hors du nid.Les vagues de suicide n\u2019y sont pas rares.Fantastique et dialogues mystérieux Le roman s\u2019intéresse à la vie de quelques bandes en particulier, les Roulants, les Rats, par exemple, et leurs membres vivent dans le souci constant d\u2019être acceptés par le groupe.Mariam Petrosyan enregistre leur évolution, leurs in terac t ions , cap te leurs moments de solitude et ficelle tout ça avec du fantastique et des dialogues parfois mystérieux.Sorte de « roman monstre », par son ampleur, par les curiosités et les excroissances qui le traversent à l\u2019image de certains de ses personnages, La Maison dans laquelle est traversé par les influences de Lewis Carroll, de Rudyard Kipling, de Richard Bach (Jonathan Livingstone) ou de Bob Dylan (des extraits de Tarantula, sa prose expérimentale de 1971, y figurent parfois en exergue).Un mélange de Tim Burton, de Harr y Potter, de Stephen King et de Sa Majesté des mouches (William Golding).Un univers qui déroute autant qu\u2019il envoûte.Graphiste de formation, Mariam Petrosyan a travaillé une vingtaine d\u2019années en cinéma d\u2019animation.Mère de deux enfants, elle semble avoir aujourd\u2019hui fait le deuil de l\u2019écriture.Elle l\u2019exprimait dans une entrevue en russe accordée au Chastniy Korre- pondent en 2010 : « Je n\u2019ai pas écrit ce livre, je vivais à l\u2019intérieur de lui.» Ajoutant qu\u2019il ne fallait pas attendre d\u2019autres livres de sa part.Pris dans l\u2019ensemble, malgré son côté souvent sombre, le roman apparaît comme une sorte d\u2019éloge de l\u2019adolescence, valeur refuge avec ses codes et ses valeurs, sa liberté relative par rapport au monde des adultes.Sa longueur contribue sans aucun doute à l \u2019ef fet « océanique » qui opère.Et tout comme ses jeunes protagonistes, le lecteur pris au piège de la séduction trouble du roman risque lui aussi de ne jamais vouloir en sortir.LA MAISON DANS LAQUELLE Mariam Petrosyan Traduit du russe par Raphaëlle Pache Monsieur Toussaint Louverture Paris, 2016, 960 pages Un endroit où aller La Maison dans laquelle, «roman monstre» de l\u2019Arménienne Mariam Petrosyan CHRISTIAN DESMEULES Quand tout disparaît Station Eleven ou l\u2019art comme mode de survie TIRÉ DU FILM RUSSIA\u2019S OPEN BOOK INTELLIGENT TELEVISION WNET Mariam Petrosyan semble avoir aujourd\u2019hui fait le deuil de l\u2019écriture.DESE\u2019RAE L.STAGE Station Eleven est le quatrième roman d\u2019Emily St.John, et il a été finaliste au prestigieux National Book Award.LA VITRINE LITTÉRATURE FRANÇAISE ROMAN Linda Lê Bourgois Paris, 2016, 175 pages Linda Lê persiste et signe un récit de passion, Roman, où L., souffrant d\u2019un anévrisme au cerveau qui la laisse aux prises avec une histoire douloureuse, se réveille à l\u2019hôpital.Sur un mode de confidence, d\u2019autofiction et de journal intime, elle raconte alors sa passion pour Roman, un homme mûr qui l\u2019initie durant un an et demi à une littérature exaltée, en la poussant vers ses propres fantômes.La mort rôde dans cette rencontre catastrophique et désirée, où l\u2019esprit instable et fragile de L.fréquente des absolus.Roman est lui-même sujet à des crises psychiatriques, mais il s\u2019insinue en «clandestin» dans sa vie, dit-elle, en «extraterrestre».Voyageur en Orient, il se fond au souvenir de son frère mort, un « jumeau perdu» en qui elle se dédouble à la manière de Nerval.Quoique trahie par Roman, L.lui donne un statut littéraire où se joue toute l\u2019emprise symbolique qu\u2019il exerce aussi dans sa vie réelle.On est dans un vertige autofictif puissant, un archétype que l\u2019écrivaine décrit comme « l\u2019accident cérébral et l\u2019envoûtement par un individu d\u2019une haute toxicité ».Guylaine Massoutre POÉSIE MÈCHE Sébastien B.Gagnon L\u2019Oie de Cravan Montréal, 2016, 68 pages Promesse d\u2019amour, promesse d\u2019auteur, comme on peut le jurer quand on est ado : écrire 54 poèmes en 54 jours à l\u2019être aimé, parce qu\u2019il faut prouver à l\u2019autre son importance.Folie douce qui dure ce que durent les roses, à savoir pas même 54 jours, que cet amour-là.L\u2019auteur réalisera tout de même son projet jusqu\u2019au désamour à partir de la page 49.La passion se dit de façon étrange ici : « je t\u2019y donnerai mon innocence / mes matins / tous mes matins / pour plier ma main avec la tienne / comme dans les accidents d\u2019automobiles ».Nous imaginons déjà l\u2019amoureuse transie et bouleversée, mais c\u2019est notre propre imagination qui est alors sollicitée.Étrange chant porté par une naïveté qu\u2019on pourrait croire feinte et une conscience politico-sociale qui taraude le présent des amoureux.Ainsi, ce pseudo-reproche : « l\u2019eau souillée des capitalistes montera jusqu\u2019à l\u2019étage / tu te seras essayée au commerce et auras brûlé des efforts avec des papiers de calculatrices ».Pas simple, l\u2019amoureux.Il avoue, un peu candide : « tu me renieras peut-être parce que j\u2019aurai jugé tout seul ce qui est bon ou mauvais ».Cette poésie, qui aurait pu sombrer dans le quétaine fini, tient pourtant la route, car la sincérité veille à ce que le style ne s\u2019édulcore pas.Et cette tendresse parfois, qui fait survivre l\u2019émoi, nous mène à ce seul vers qui à lui seul résume le projet : « pourrais-tu ramasser mes morceaux si je perds un peu de toi .» Hugues Corriveau L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 A O Û T 2 0 1 6 E 8 A vec sa tête de guitariste heavy métal et sa passion pour les rats, qui lui courent par fois sur les épaules pendant ses conférences, l\u2019astrophysicien et philosophe français Auré- lien Barrau est un drôle de personnage.Professeur à l\u2019Université Grenoble-Alpes et chercheur spécialisé en cosmologie, le scientifique s\u2019adonne aussi à la poésie.C\u2019est un phénomène, quoi, et il faut s\u2019atteler pour le lire parce que sa réflexion est costaude.Auteur de quelques livres savants sur la cosmologie, Barrau pose, dans De la vérité dans les sciences, un court essai paru le printemps dernier, une question pour le moins corsée, qui relève de cette approche philosophique qu\u2019on appelle l\u2019épistémologie : la science détient-elle la vérité ?« Le recours à l\u2019argument \u201cscientifique\u201d a par fois ver tu incantatoire, constate-t-il.Référer à la scientificité d\u2019une démarche, c\u2019est presque couper court au débat.La science serait comme résolument, absolument, du côté de la correction, voire de la vérité.Est-il légitime de lui conférer un tel primat?» Brillante, exigeante et dérangeante, la réponse formulée par Barrau ébranle les certitudes contemporaines.Ni scientiste ni laxiste, elle plaide «pour une irréductible diversité de manières d\u2019appréhender, d\u2019affronter et d\u2019inventer le réel » et ne cache pas sa volonté de «plonger le lecteur dans un certain \u201cinconfort\u201d pour lui éviter les analyses à l\u2019emporte-pièce qui ne font pas justice à la subtilité du point abordé ».Qu\u2019est-ce que la vérité ?Barrau n\u2019est pas un trublion postmoderne qui nie la pertinence du concept de vérité.« Plus qu\u2019un devoir, écrit-il, la vérité est une méthode.La contrainte de vérité n\u2019est pas optionnelle.Elle ne se négocie pas.» Il ajoute, cependant, que la science «ne révèle pas le réel en lui-même », que « le prisme physico-mathématique n\u2019est qu\u2019une perspective parmi tant d\u2019autres possibles » et que si la science nous permet d\u2019appréhender ef ficacement le « réel scientifique », rien ne permet toutefois d\u2019af firmer « que celui-ci embrasse la totalité des modes d\u2019être».Saint Thomas d\u2019Aquin, rappelle Barrau, définissait la vérité comme l\u2019adéquation de la pensée et des choses.Aujourd\u2019hui encore, cette définition s\u2019impose dans le monde de la science et dans la vie courante.Or, souligne Barrau, elle ne va pas de soi.Comment l\u2019appliquer, par exemple, à une symphonie de Beethoven ou à un poème de Gaston Miron?Pour l\u2019astrophysicien, il faut donc accepter le fait que « la science n\u2019est qu\u2019un mode d\u2019accès au réel, parmi beaucoup d\u2019autres », notamment les arts et la littérature, et que la vérité qui résulte de sa pratique ne révèle pas l\u2019essence pure du monde, mais fournit une rigoureuse description du réel, qui reste «dépendante d\u2019un système de pensée» humainement construit.Il ne faut pas voir dans cet essai audacieux une attaque contre la science.Bar rau, d\u2019une certaine façon, la vénère, mais il déplore la tendance à en figer la définition et la pratique.Il montre que définir la science par le recours au langage mathématique (l\u2019éthologie, par exemple, échappe à ce critère), par sa capacité de prévoir, par son lien avec l\u2019expérience (l\u2019astrophysique n\u2019est pas vraiment expérimentale et, de plus, « une expérience ne parle qu\u2019au sein d\u2019un cadre interprétatif » ; la mort d\u2019Einstein, par exemple, est peut- être un fait, mais, « à l\u2019échelle des noyaux atomiques, rien de lui n\u2019a disparu en 1955 ») ou par son rapport avec la rationalité est insuffisant et imprécis.Relativisme cohérent Au fond, suggère Barrau, la science se définit d\u2019abord comme « une tension constitutive entre, d\u2019une par t, la liber té presque démiurgique du scienti f ique et , d \u2019autre part, la contrainte terrible que constitue le réel ».La science, en ce sens, est une « création sous contrainte », qui invente un «rapport au monde» en respectant son «altérité radicale».Son culte du doute et son souci de la méthode la rendent respectable et belle, souligne l\u2019astrophysicien, mais ne justifient pas le primat qu\u2019on lui accorde, notamment à l\u2019école.Barrau rend justement hommage au philosophe Gaston Bachelard, qui refusait de choisir entre science et littérature pour plutôt défendre la nécessité d\u2019une diversité des approches du réel.Dans l\u2019histoire et aujourd\u2019hui encore, note Barrau, « l\u2019immense majorité des vivants, y compris des humains, ne connaissent rien à la physique et n\u2019en sont pas moins dans un rapport intense et authentique avec le réel ».Après avoir brillamment discuté des thèses des plus g r a n d s p h i l o s o p h e s d e s sciences du XXe siècle \u2014 Popper, Feyerabend, Kuhn et quelques autres \u2014, Barrau plaide, en s\u2019appuyant entre autres sur Derrida, pour un « relativisme cohérent ».Il ne s\u2019agit évidemment pas de dire que « tout se vaut».Le scientifique précise que le création- nisme et le négationnisme doivent être combattus parce qu\u2019ils sont ineptes et dangereux.Il s\u2019agit plutôt, en reconnaissant la spécificité de la science e t son e f f i cac i té dans l a compréhension d\u2019un réel qui existe hors de nous, de valoriser la diversité des rapports au monde \u2014 la science ne les résume pas, même pour un physicien \u2014 et d\u2019accepter que nos convictions, même scientifiques, « sont les résultats d\u2019une histoire, d\u2019un environnement intellectuel, d\u2019un cheminement cul ture l , de c ircons tances contingentes et par fois imprévues », qu\u2019elles sont donc « des choix ou des constructions plus que [.] des révélations ou des pré-existants », et qu\u2019il convient donc d\u2019interroger le cadre de pensée qui les fonde au lieu de figer la vérité.Défenseur de la science qu\u2019il refuse toutefois de considérer comme le seul point de vue valable sur le réel, Auré- lien Barrau est un penseur de haut vol.louisco@sympatico.ca DE LA VÉRITÉ DANS LES SCIENCES Aurélien Barrau Dunod Paris, 2016, 96 pages La science dit-elle la vérité ?LOUIS CORNELLIER WIKIPEDIA C.C.Pour Aurélien Barrau, il faut accepter le fait que la science n\u2019est qu\u2019un mode d\u2019accès au réel parmi beaucoup d\u2019autres.M I C H E L L A P I E R R E S elon James K.Galbraith, en osant dire non à 61 %, par référendum en 2015, à ses créanciers dont l\u2019ultimatum « serait synonyme de plus d\u2019austérité et de destruction du tissu social », la Grèce, « en dépit de tous ses défauts », a réussi à « sauver l\u2019Europe ».Pour l\u2019économiste américain hétérodoxe, la crise grecque résulte moins d\u2019une irresponsabilité nationale que de la débâcle financière propagée, entre 2007 et 2009, des États-Unis au reste du monde.Dans Crise grecque, tragédie européenne , James K.Galbraith signale que sa famille est très liée au sort tragique de la Grèce qui remonte à l\u2019occupation nazie, à « la trahison des résistants par les Britanniques » et au « putsch des colonels de 1967 (soutenu par la CIA) ».Il rappelle que son père, le célèbre John K.Galbraith, conseiller économique de présidents américains démocrates, intervint auprès de la Maison-Blanche pour empêcher l\u2019exécution par les colonels d\u2019Andréas Papandréou, figure progressiste du pays.Fidèle à cette sympathie pour la marche en avant du peuple grec, Galbraith fils séjourne à Athènes presque en permanence pendant la crise de 2015 pour conseiller, dans le gouvernement de gauche, son vieil ami Yanis Varoufakis, ministre des Finances, et le premier ministre Alexis Tsi- pras.I l les accompagne à Bruxelles, capitale en pratique de l\u2019Union européenne, et à Berlin, car les banques allemandes sont les principales créancières de la Grèce, pour négocier une entente sur le défaut de paiement du pays.Pour Galbraith, le sort de la Grèce est inséparable de celui du continent, puisque Tsipras et Varoufakis sont « sans doute les derniers dirigeants de toute l\u2019Europe appar tenant à une authentique gauche pro-euro- péenne » .Voilà la réflexion capitale qui se dégage du livre.L\u2019économiste la complète en soulignant que, si la gauche de Tsipras et Varoufakis est remplacée par une coalition eurosceptique, « l\u2019incendie anti-européen se propagera, en France, au Royaume-Uni, en Espagne, parmi d\u2019autres nations ».Le Royaume-Uni n\u2019a pas attendu une hypothétique flambée d\u2019euroscepticisme en Grèce pour se prononcer en faveur de son retrait de l\u2019Union européenne par un référendum en juin 2016.Galbraith insiste sur un rare phénomène obser vé à Athènes : l\u2019expression d\u2019un « sentiment de dignité qui a bien plus de valeur que l\u2019argent » .On le croit lorsqu\u2019il a f f i r me que ce sent iment contagieux pourrait gagner les autres nations peu favorisées de l\u2019Europe.Pour renforcer l\u2019idéal de l\u2019unité européenne, réponse généreuse à la Deuxième Guerre mondiale, Galbraith envisage même l\u2019annulation de la dette grecque.Un président états- unien aussi conservateur que George Bush père n\u2019avait-il pas déjà réduit la dette de l\u2019Amérique latine envers l\u2019oncle Sam?L\u2019Europe a une lourde dette morale envers la Grèce : son propre nom, celui de la belle aux grands yeux dont s\u2019éprit Zeus dans la mythologie.Collaborateur Le Devoir CRISE GRECQUE, TRAGÉDIE EUROPÉENNE James K.Galbraith Seuil Paris, 2016, 256 pages La leçon grecque à l\u2019Europe entière L\u2019économiste américain James K.Galbraith prend la défense de la Grèce LOUISA GOULIAMAKI AGENCE FRANCE-PRESSE Manifestations devant le parlement grec à Athènes en février 2016 LA VITRINE ROMAN QUÉBÉCOIS À LA FIN ILS ONT DIT À TOUT LE MONDE D\u2019ALLER SE RHABILLER Laurence Leduc-Primeau Ta mère Montréal, 2016, 228 pages Après une tentative de suicide, une jeune femme, Chloé, débarque dans un pays hispanophone de l\u2019hémisphère sud du continent américain, dans une ville portuaire surnommée la «capitale des psys ».« Ici, ils sont tous fous.C\u2019est pour ça que je suis venue.» Agressée par le bruit et la pollution, isolée par son ignorance de la langue et sa timidité maladive, elle se terre dans sa chambre où, fuyant ses colocataires, elle monologue devant une tache sur le mur tout en caressant son mal de vivre.« Je ne peux accepter que la vie ne soit rien de plus que la somme des jours qui s\u2019allongent», confie-t-elle.Quelques rencontres forcées vont vite la renvoyer à sa sexualité éteinte et à l\u2019impossibilité de l\u2019amour.Long récit dépressif qui se double d\u2019un choc culturel mal vécu, divagation narrative, À la fin ils ont dit à tout le monde d\u2019aller se rhabiller, de Laurence Leduc-Primeau, baigne dans le flou et nourrit une révolte juvénile et impuissante.Un peu vain et complaisant, malgré quelques éclairs poétiques.Christian Desmeules POLAR UNE SALE AFFAIRE Marco Vichi Traduit de l\u2019italien par Nathalie Bauer Éditions Philippe Rey/Noir Paris, 2016, 280 pages Nous sommes en 1964, à Florence, et le commissaire Bor- delli enquête sur la mort d\u2019une fillette de sept ans, étranglée et sauvagement mordue.Un pied dans ses souvenirs de résistance et l\u2019autre dans un quotidien qui fait se dérouler un film italien réaliste en noir et blanc, le policier semble surtout débordé par tout ce qui lui arrive et il apparaît aussi bordélique que dans sa première enquête (Le commissaire Bordelli, chez le même éditeur).Mais les cadavres ne cessent de s\u2019accumuler et, en plus de celui de l\u2019un de ses fidèles indicateurs, Bordelli se retrouve bientôt avec trois fillettes assassinées.L\u2019enquête piétine\u2026 lorsqu\u2019il tombe presque par hasard sur un chasseur de nazis appartenant à la Colombe blanche, un groupe avec lequel il a déjà travaillé à la fin de la guerre.Cela lui permet d\u2019expliquer la mort de son informateur trop curieux et le met sur la piste d\u2019un étrange individu qu\u2019il soupçonne sans parvenir à trouver la moindre preuve\u2026 avant que tout se résolve de façon brillante.Cette nouvelle enquête est tout aussi savoureuse que celle qui nous avait fait découvrir l\u2019impossible personnage de Bordelli.Entouré de ses mêmes précieux collaborateurs \u2014 Piras, le légiste Diotivede, Toto le cuisinier et ses recettes, sans oublier sa bonne amie Rosa \u2014, le commissaire se permettra même une pétillante histoire d\u2019amour avec une agente de la Colombe blanche.Vivement une autre histoire aussi «politically incorrect » ! Michel Bélair POLAR LE TEMPS EST ASSASSIN Michel Bussi Presses de la Cité Paris, 2016, 532 pages Michel Bussi \u2014 une sorte de météore au palmarès des auteurs français les plus lus \u2014 nous raconte ici une histoire qui se passe en deux temps.La première tranche située en 1989 définit déjà le lieu et les personnages qui hantent ce sombre récit : nous sommes en Corse, sur la presqu\u2019île de la Revel- lata, près de Calvi.Et ce premier épisode va se terminer de façon tragique par le plongeon dans le vide d\u2019une voiture transportant Clotilde, la jeune narratrice, Nicolas, son frère aîné, et ses parents Palma et Paul Idrissi.Seule Clotilde survivra miraculeusement et nous la retrouverons 27 ans plus tard alors qu\u2019elle revient pour la première fois sur les lieux du drame avec sa famille à elle : son mari, Franck, et sa fille Valentine.Dès son retour au camping des Euproctes, où elle venait jadis tous les étés avec les siens, une série d\u2019événe- ments bizarres se produisent : plus encore, elle reçoit un message où elle reconnaît l\u2019écriture de sa mère.Clotilde mène son enquête et apprend peu à peu ce qui s\u2019est vraiment passé il y a 27 ans ; à mesure que le portrait se fait plus clair, tout s\u2019accélère.La vengeance pointe à l\u2019horizon alors que Valentine est victime d\u2019un «accident » et que le patron du camping est assassiné.Il y aura même des enlèvements et un autre plongeon du haut d\u2019une falaise\u2026 Le scénario est en fait tellement inattendu que le lecteur ne saisira qu\u2019à la toute fin qui est derrière tout cela.Les personnages de Bussi sont solides ; son portrait du patriarche Idrissi est remarquable, même si le vieux Corse se transforme presque en superhé- ros à la fin.Son écriture est fluide et la description de lieux où se déroule tout cela donne envie d\u2019aller s\u2019y perdre.N\u2019empêche qu\u2019on a tout au long l\u2019impression de lire une histoire écrite pour qu\u2019elle soit portée à l\u2019écran\u2026 Michel Bélair "]
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