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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-07-02, Collections de BAnQ.

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[" En l\u2019espace de quelques années, le quartier Saint-Roch a gagné au moins trois salles de spectacles, une maison de disques majeure et des dizaines de nouveaux groupes.La scène locale de la capitale est en feu et ça paraît dans la programmation du Festival d\u2019été.I S A B E L L E P O R T E R à Québec « I l y a vraiment une effervescence, note le directeur de la programmation du Festival d\u2019été, Louis Bellavance.Ç\u2019a été une révélation depuis que je suis ici, et ça continue.» Avant d\u2019être nommé au Festival en 2011, le programmateur œuvrait au sein d\u2019Evenko à Montréal.Il se rappelle encore son étonnement lorsque Pascale Picard s\u2019est imposée dans l\u2019industrie en 2007.«Ça m\u2019avait frappé qu\u2019elle vienne de Québec.Pour moi, c\u2019était une anomalie.» Or on n\u2019en est plus là.De Karim Ouellet à Tire le Coyote, les révélations issues de la capitale se multiplient et le festival nous permettra d\u2019en découvrir des dizaines d\u2019autres cette année.Près de 40 artistes de la capitale sont au programme cette année.Du jamais vu.Parce que le talent est là, souligne le bras droit de Louis Bellavance, Arnaud Cordier.«On ne fait pas du local pour faire du local, il y a de plus en plus de projets intéressants.» Et d\u2019ajouter que, s\u2019ils avaient eu de la place, ils auraient pu « facilement en \u201cbooker\u201d une dizaine de plus».Histoire d\u2019illustrer le phénomène, Le Devoir a réuni les musiciens de neuf de ces groupes pour une photo dans le quartier Saint-Roch, où la plupart résident et presque tous travaillent.Tous les jours durant le festival, le journal présentera un portrait d\u2019au moins un de ces artistes à découvrir.Le plus maquillé du groupe s\u2019appelle Anatole.Révélé l\u2019an dernier aux Francouvertes, cet androgyne provocateur se produira deux fois au Festival d\u2019été.Comme la plupart des musiciens qui ont par ticipé au reportage, il a plus d\u2019un projet (également Mauves, dans son cas).Selon lui, « la scène locale n\u2019a jamais été aussi vivante ».« Il n\u2019y a pas si longtemps, les groupes qui roulaient ici se comptaient sur les doigts d\u2019une main, et là, c\u2019est vraiment ef ferves- cent.Il y a des nouveaux projets qui naissent à toutes les saisons.» Surtout, ils sont de plus en plus nombreux à rester à Québec, note Benoît Pinette, du projet folk Tire le Coyote.À l\u2019origine, le chanteur originaire de Sherbrooke s\u2019est installé dans la capitale par amour et il se réjouit aujourd\u2019hui de pouvoir y poursuivre sa carrière.« Le plus le fun, c\u2019est que les artistes sentent qu\u2019ils peuvent rester ici.Avant, on pensait qu\u2019on était obligés d\u2019aller à Montréal.» En plus, la scène locale s\u2019est ouverte et diversifiée, note King Abid, qui fait dans l\u2019électro-reggae d\u2019inspiration tunisienne.«Avant, c\u2019était très axé sur le rock, la techno et la chanson française, mais maintenant, il y a plus de genres, plus d\u2019immigrés, plus de couleurs qui s\u2019ajoutent.Il y a une scène reggae à Québec, le hip-hop se porte à son mieux.C\u2019est très vivant.» Des lieux et un coup de pouce financier Mais qu\u2019est-ce qu\u2019on a mis dans l\u2019eau ?Comment l\u2019expliquer ?D\u2019abord par les salles, note Karim Ouellet.Après la fermeture du bar Le D\u2019Auteuil il y a dix ans, les artistes moins commerciaux avaient de la difficulté à trouver des lieux pour se faire entendre.Jusqu\u2019à ce que de nouveaux joueurs prennent le relais.« Avec L\u2019Anti, Le Cercle, Pantoum et Le District, c\u2019est incroyable, explique Karim Ouellet.Maintenant, on a presque un spectacle par jour à Québec.» Et tout ça se passe dans le quartier Saint- Roch.« Ça va plus loin que la musique.Ç\u2019a donné un nouveau visage culturel à Québec.» Dans cet écosystème, Pantoum joue un rôle particulier.Plus underground que les autres, la salle présente tous les samedis des prestations de groupes de Québec ou d\u2019ailleurs pour pas cher (10 $ l\u2019entrée).En plus, Pantoum sert de lieu de répétitions.«Tout le monde se connaît chez Pantoum, note Margaux Sauvé, du groupe électro-pop Ghostly Kisses.Je ne sais plus combien de groupes répètent là-bas.C\u2019est très accessible, pas très cher et axé sur l\u2019entraide.» Diplômée du conservatoire, cette violoniste a lancé Ghostly Kisses avec Dragos Chiriac il y a à peine un an.Leur pièce Such Words a fait un tabac sur Spotify avec plus d\u2019un million de visionnements.Au Festival d\u2019été, on pourra les entendre sur la scène Fibe, face au parlement.Lancée cette année, cette scène gratuite (qui s\u2019ajoute au square D\u2019Youville) met l\u2019accent sur les découvertes d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Son acolyte Dragos Chiriac s\u2019y produira deux fois parce que son autre groupe d\u2019électro, Men I Trust, est aussi à l\u2019affiche.Cet étudiant au doctorat en musicologie est associé à mille et un projets dans la capitale comme réalisateur.Cet hiver, Men I Trust et Ghostly Kisses ont pu participer à la Canadian Music Week à Toronto, une précieuse occasion de se faire connaître par l\u2019industrie.Tout ça en bonne partie grâce à la Ville et à son programme Première Ovation qui subventionne des projets d\u2019artistes locaux depuis 2008 avec le soutien du ministère de la Culture.Chaque année, entre 20 et 40 bourses sont décernées en musique.Presque tous les artistes à qui nous avons parlé en ont bénéficié à un moment ou à un autre.« C\u2019est un bon tremplin pour débuter », avance Maxine Maillet de LOS, un autre groupe attendu sur la scène Fibe, qui mêle pop, punk et rock garage.« Ça aide beaucoup les jeunes et les groupes locaux», ajoute-t-elle.En entrevue, les membres de son groupe disent quand même se méfier de l\u2019étiquette «groupe local».«On veut aller loin», insiste Maxine en soulignant qu\u2019on donne parfois cette étiquette à ceux qui n\u2019arrivent pas à percer ailleurs.Une maison de disques clé Chose certaine, Karim Ouellet a fait la preuve qu\u2019on pouvait rester à Québec tout en perçant à l\u2019international.«Toute ma gang est à Québec, dit- il.Ma maison de disques, mon groupe.» Sa maison de disques, c\u2019est Coyote Records, un nouveau joueur-clé dans cette nouvelle dynamique.«Avec Coyote, on montre qu\u2019on est capables de faire la job », résume Marc-André Le- Bon, bassiste du groupe reggae Jah & I, qui est aussi ingénieur de son chez Coyote.Fondée en 2014 par Raphael Perez à partir GUILLAUME D.CYR Dans l\u2019ordre, de gauche à droite : les quatre membres de Men I Trust, Anatole, Margaux Sauvé de Ghostly Kisses, deux membres de LOS, Tire le Coyote, Karim Ouellet, King Abid, Simon Lachance de Raton Lover et quatre membres du groupe Jah & I.Kenny Barron en vedette dans trois concerts différents au FIJM Page E 3 Eric McCormack, le secret le mieux gardé de la littérature canadienne Page E 7 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 J U I L L E T 2 0 1 6 Une exposition organisée en partenariat par le Musée royal de l\u2019Ontario, Toronto, et le Musée des beaux-arts de Montréal, en collaboration avec le Museo Archeologico Nazionale di Napoli et la Soprintendenza Pompei.Une présentation de Partenaire de l\u2019exposition DÉJÀ 200 000 VISITEURS ! Cet été, le Musée est ouvert tous les jours dès 10 h.mbam.qc.ca «Avant, c\u2019était très axé sur le rock, la techno et la chanson française, mais maintenant, il y a plus de genres, plus d\u2019immigrés, plus de couleurs qui s\u2019ajoutent \u2013 King Abid VOIR PAGE E 4 : SCÈNE FESTIVAL D\u2019ÉTÉ DE QUÉBEC SCÈNE QUÉBEC LOCALE S\u2019ILLUSTRE À LA C I R Q U E THÉÂTRE CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 J U I L L E T 2 0 1 6 E 2 M A R I E L A B R E C Q U E P our s\u2019exprimer en termes contemporains, disons que la pièce de Shakespeare ne passerait pas le fameux test de Bechdel, conçu pour jauger la présence féminine dans les œu- vres.La nouvelle directrice artistique du Théâtre Répercussion désirait monter Jules César \u2014 une première pour la compagnie en 28 ans d\u2019existence \u2014 pour sa tournée estivale de Shakespeare - in - the -Park.Mais elle jugeait dif ficile de présenter tel quel ce texte, qui ne comporte que deux personnages féminins, des épouses inquiètes pour leur homme\u2026 «Elles n\u2019ont aucun pouvoir et sont réduites au silence.Et moi, comme femme, je n\u2019en peux plus », explique Amanda Kel- lock, qui a donc décidé de miser plutôt sur une distribution exclusivement féminine.Bref, l\u2019exact contraire des conditions de la création, une époque où tous les interprètes devaient être mâles.Avec le répertoire du Grand Will, la metteure en scène se trouve souvent aux prises avec ce problème.Et sa propension à opérer un changement de sexe chez certains personnages relève d\u2019abord du désir de donner des rôles consistants aux actrices.«Si je lis Jules César, c\u2019est Cassius, Brutus, Marc-An- toine que je veux jouer, pas les personnages féminins ! » C\u2019est aussi une façon d\u2019illustrer que les enjeux politiques que pose la pièce intéressent, et concernent aussi, les femmes.Écrite en 1599, la tragédie raconte le complot fomenté par cer tains tribuns contre Jules César (Leni Parker), un dictateur adulé auquel ils prêtent l\u2019intention de devenir roi, puis la guerre qui découle de cet assassinat pour sauver la République.Amanda Kellock s\u2019intéresse au conflit «entre les besoins de la société et l\u2019ambition personnelle ».Et se demande si la violence est une réponse valable contre ce qui menace la démocratie.La pièce explore aussi l\u2019influence des dirigeants sur des citoyens qu\u2019ils manipulent.«Mais on voit aussi que le peuple a beaucoup de pouvoir.Ces politiciens ont besoin du peuple pour faire ce qu\u2019ils veulent.» Ce culte de la personnalité n \u2019 a p a s d i s p a r u : « En c e moment, c\u2019est un peu comme Trump.» «Sauf que César était pas mal plus intelligent ! » rétorque malicieusement la comédienne Danette MacKay, qui incarne Cassius, l\u2019instigateur de la conjuration.Pouvoir féminin Pour justifier sa distribution, la metteure en scène a transposé l\u2019intrigue dans un futur post-apocalyptique, dévasté par la guerre, où l\u2019une des sociétés restantes a décidé de bannir les hommes.Sauf que cette civilisation féminine persiste à reproduire les anciens modèles et à se partager les rôles selon une division traditionnelle des genres: certaines ont donc choisi de vivre « comme des hommes».«C\u2019est pourquoi c\u2019est une tragédie : leur démarche utopique n\u2019a pas fonctionné.» Paradoxalement, Amanda Kellock est l\u2019une de ceux qui croient que, si les femmes étaient au pouvoir, le monde serait différent.«Je pense qu\u2019on n\u2019a jamais vu une société importante où les femmes ont vraiment le pouvoir.On découvre ic i qu \u2019on e s t enc l ines aux mêmes passions et erreurs.Mais à la fin du spectacle \u2014 c\u2019est la seule chose que j\u2019ajoute à Shakespeare \u2014, les survivantes ont un moment d\u2019épiphanie.» Partie sans idée préconçue, la metteure en scène découvre à mesure ce que cette féminisation apporte à la pièce.« Je pense qu\u2019il y a des moments où on entend le texte dif férem- ment.» La violence prend une autre couleur, estime pour sa part Danette MacKay.«On est tellement habitués à voir les hommes associés aux atrocités de la guerre qu\u2019on devient un peu immunisés.Mais quand c\u2019est une femme qui dit ces choses-là, c\u2019est traumatisant.» L\u2019interprète de Cassius affirme jouer d\u2019abord « l\u2019intention du texte», et pas le sexe de son personnage.Par contre, elle s\u2019efforce de rendre la voix for te de ce puissant général et, sur le plan physique, d\u2019occuper l\u2019espace.La comédienne constate qu\u2019en général, les femmes ne sont pas habituées à s\u2019imposer sans s\u2019excuser.« C\u2019est la première fois de ma vie que je travaille avec seulement des femmes.J\u2019adore ça.C\u2019est intéressant de voir comment les actrices apprennent graduellement à prendre de la place.» Car il en irait dans les salles de répétition comme dans n\u2019importe quelle réunion : ce sont les hommes qui s\u2019imposent, même s\u2019ils sont minoritaires.« C\u2019est le pouvoir qui veut ça.Mais lorsqu\u2019on est seulement entre femmes, on a la liberté de faire ce qu\u2019on veut.» Collaboratrice Le Devoir JULES CÉSAR Texte : William Shakespeare Mise en scène : Amanda Kellock Une production du Théâtre Répercussion Du 7 juillet au 3 août, dans des parcs de la région montréalaise http://repercussiontheatre.com /current-production/the-tour Shakespeare change de sexe Le Théâtre Répercussion transpose les luttes de Jules César dans un univers féminin M A N O N D U M A I S D epuis la création de leur premier spectacle, La piste là, en 2007, où ils partageaient la scène avec d\u2019autres artistes, Kati Pikkarainen et Victor Cathala rêvaient d\u2019un spectacle à deux.En tournée pendant quatre ans avec La piste là , le couple à la vi l le et à la scène a eu amplement le temps de trouver la matière de leur second spectacle, Pour le meilleur et pour le pire.« Avec La piste là, qu\u2019on a présenté 400 fois, on était souvent sur la route et on écoutait la radio.Donc, la musicalité est vraiment importante dans ce spectacle.La voiture, la radio, l\u2019émotion : c\u2019est vraiment la base de Pour le meilleur et pour le pire.On avait envie de raconter le fait de se déplacer, d\u2019être itinérant, de monter et de démonter le chapiteau.On voulait faire voyager le public en voyageant nous-mêmes », explique Cathala au téléphone.Sans être autobiographique, le spectacle est ponctué de moments qu\u2019a vécus le couple, tel ce numéro final où ils se livrent à un pas de deux sur Le vent nous portera de Noir Désir, repris par Sophie Hunger.«C\u2019est une scène qu\u2019on a trouvée assez vite.Un soir qu\u2019on était très fatigués, on a mis la radio et on est tombés là-dessus.» En fondant le Cirque Aïtal en 2004, Pikkarainen et Cathala ont voulu respecter la tradition du cirque sous le chapiteau.À bord d\u2019une rutilante Simca rouge, la menue Finlandaise et le colosse français s\u2019amènent ainsi sur une scène circulaire de terre où ils racontent les hauts et les bas d\u2019un couple.«Le chapiteau amène un côté traditionnel, et la tradition, Kati et moi, on respecte ça.Du coup, on ne joue pas le cirque, on le fait.Je pense que la circularité de la scène accentue la proximité avec le public, qui peut sentir la poussière, qui ne sait pas s\u2019il est chez nous ou sous le chapiteau.Le public interagit avec une telle proximité qu\u2019on peut le sentir, le toucher.Il y a vraiment un courant qui passe entre nous et le public, ça devient magique.C\u2019est vraiment agréable à vivre et à faire partager.» Jeux de mains S\u2019étant rencontrés au Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne, Kati Pikkarainen et Victor Ca- thala y ont rapidement formé un duo spécialiste du main à main.Cette discipline, qui leur a permis de rempor ter une médaille d\u2019argent au Festival mondial du cirque en 2005, tient une place de choix dans Pour le meilleur et pour le pire.«Le main à main, c\u2019est un moment de cirque pur, avance Victor Cathala.Cela nous a permis de découvrir d\u2019autres disciplines, notamment les jeux icariens, la perche, sans pour autant en devenir spécialistes.Dans le fait de travailler à deux, il faut vraiment beaucoup de tempo, être en accord avec l\u2019autre.» Contrairement à leur précé- dent spectacle, le tandem n\u2019a pas voulu mettre l\u2019accent sur les différences physiques, lesquelles sautent aux yeux dès l\u2019arrivée en piste.«Dès que je suis à côté d\u2019elle, ça impressionne.Elle est petite, mais attention!» avertit-il.Fidèles à leurs habitudes, les deux artistes se laissent porter par ce qu\u2019ils appellent des accidents, des moments de grâce, dont ils sont très friands.«On avait envie de travailler sur l\u2019émotion, de s\u2019y confronter.La par t du rire est beaucoup plus dans la première partie du spectacle.Plus on avance, plus on rentre dans les choses un peu plus sombres, plus touchantes.On passe du vrai rire aux vraies larmes, on est dans l\u2019émotion pure.On a beau avoir présenté le spectacle 350 fois depuis cinq ans, l\u2019émotion est toujours là et c\u2019est d\u2019autant plus agréable.» Le Devoir Au chapiteau de la Tohu du 7 au 17 juillet MONTRÉAL COMPLÈTEMENT CIRQUE Pas de deux pour saltimbanques amoureux C A R O L I N E M O N T P E T I T L eur truc, c\u2019est le cirque, le vrai : avec ses folles voltiges, ses acrobaties à couper le souffle et ses clowns hilarants.Ils ont ravi tout le monde avec leur premier spectacle, Attrape-moi.Ils persistent et signent cette année avec Transit, le spectacle des artistes de Flip FabriQue qui ouvre, en grande première mondiale, le festival Montréal complètement cirque, à la Tohu, le 7 juillet.Il faut dire que, depuis sa conception en 2011, par six copains ayant étudié ensemble à l\u2019École de cirque de Québec, la compagnie Flip FabriQue a connu un succès fulgurant.Cet été, elle produit même trois spectacles en même temps, Transit à Montréal, Attrape- moi à Édimbourg et Crépuscule dans le Vieux-Port de Québec.« Flip FabriQue a environ 60 sous-traitants, en comptant les techniciens et employés », dit Bruno Gagnon, qui dirige la troupe depuis sa création.Mais Flip FabriQue, c\u2019est d\u2019abord et avant tout six artistes de cirque qui ont roulé leur bosse par tout dans le monde après avoir obtenu leur diplôme ensemble de l\u2019École de cirque.Certains ont travaillé auparavant avec le Cirque du Soleil, d\u2019autres avec le Cirque Éloize.«À un moment donné, après 1500 spectacles, on s\u2019est dit : c\u2019est peut-être le temps de prendre un tournant, un risque.J\u2019ai appelé tout le monde et j\u2019ai demandé: \u201cEst-ce qu\u2019on lâche tout pour créer notre propre spectacle, notre propre couleur, notre propre identité?\u201d Tout le monde a sauté dans l\u2019aventure.La compagnie a été créée en 2011 et les artistes sont arrivés en 2012», raconte Bruno Gagnon.Leur premier spectacle, At- trape-moi, a été adapté pour être présenté durant six mois à Berlin.Et Transit en est quelque sorte la suite, c\u2019est-à-dire qu\u2019on va y aborder les expériences vécues par l\u2019équipe depuis le début de la compagnie.L e s a r t i s t e s m e t t e n t l e paquet, puisqu\u2019ils ont choisi d\u2019aborder ce spectacle «comme si c\u2019était le dernier ».«C\u2019est sûr qu\u2019on parle des péripéties qui nous sont arrivées alors qu\u2019on a traversé des dizaines de villes en tournée.On a fait ensemble une rétrospective », poursuit Bruno Gagnon.On y abordera aussi la carrière démesurément courte de l\u2019artiste de cirque, dit-il.« On n\u2019est pas au début de notre carrière, relève-t-il.Mais on n\u2019est pas à la fin non plus.On n\u2019est pas nécessairement à la croisée des chemins.» En imaginant ce spectacle comme si c\u2019était le dernier, les ar tistes se donnent le droit de faire toutes les folies dont ils ont rêvé, dit-il.Spectacle accessible à toute la famille, Transit sera à la fois léger et ludique, même si on aborde le thème d\u2019une certaine nostalgie de l\u2019enfance.Mais ce sont bien les disciplines circassiennes qui sont exploitées ici au maximum : jonglerie, houla houp, trampo- mur.« Voir un acrobate de 200 livres virevolter dans les airs, pour atterrir sur un pied au sommet du trampomur, ça ne laisse personne indifférent », promet-il.Mais il y aura aussi abondance de bonbons pour les petits et les grands.« Les bonbons, les jeux, c\u2019est ludique, c\u2019est léger, ça fait du bien à regarder», poursuit-il.Que les spectacles soient à petit ou à grand déploiement, c\u2019est une énergie contagieuse qu\u2019ils veulent transmettre.« Les gens veulent jouer avec nous », dit-il.Et en bout de piste, il devrait y avoir des jujubes pour tout le monde.Le Devoir TRANSIT De Flip FabriQue.À la Tohu le jeudi 7 juillet à 20h30, et ensuite tous les soirs à 19 h (sauf lundi) jusqu\u2019au 16 juillet.Les six amis de Flip FabriQue ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Amanda Kellock et Danette MacKay ont transposé l\u2019action dans un futur post-apocalyptique.Cet été, Shakespeare-in-the-Park sera accessible aux francophones rebutés par l\u2019exigeant texte original.Grâce à la mise à l\u2019essai d\u2019une technologie de la compagnie Plank Design, les spectateurs pourront télécharger le texte traduit sur leur cellulaire.Bienvenue aux unilingues RAYNAUD DE LAGE Sur une scène circulaire, Kati Pikkarainen et Victor Cathala racontent les hauts et les bas d\u2019un couple.NORBI WHITNEY La compagnie Flip FabriQue a été créée en 2011 par six copains ayant étudié ensemble à l\u2019École de cirque de Québec. S E R G E T R U F F A U T D uke Ellington et Count Basie hier, Joe Lovano et Matt Wilson aujourd\u2019hui, soulignaient et soulignent encore que le jazz vit et survit grâce, en bonne par tie, aux musiciens locaux.Ceux qui restent.Ceux qui enseignent, qui font du studio et déclinent les audaces et les ressorts du jazz les fins de semaine.Parmi les ar t istes à l \u2019af f iche de cette 37e édition du FIJM, on a retenu trois Montréalais et un Torontois.Ceux qui habitent dans nos environs sont le trompettiste Ron Di Lauro ainsi que les contrebassistes Frédéric Alarie et Normand Guilbeault.Celui qui nous vient de Toronto est le pianiste Robi Botos.Un protégé d\u2019Oscar Peterson qui est d\u2019origine hongroise et roumaine.Ce samedi soir à l\u2019Upstairs, le pianiste Robi Botos de Toronto se produira à 19 h puis à 21 h 45 en compagnie notamment du saxophoniste ténor Seamus Blake, avec lequel il a enregistré Movin\u2019 Forward sur l\u2019étiquette A440-Enter tain- ment.En protégé de Peterson, Botos se démarque par sa virtuosité, par le flot des grappes sonores.Il a pour lui un sens de l\u2019articulation hors du commun.Qui plus est, il sera accompagné de Blake, né au Royaume-Uni, qui a grandi à Vancouver avant de s\u2019installer à New York, où il se produit très souvent en compagnie de ces musiciens qui ont fait la réputation, et la bonne, du club Small\u2019s et de son label.À bien des égards, Ron Di Lauro résume l\u2019archétype du professionnel qui reste à demeure.Il joue donc de la trompette, qu\u2019il enseigne à l\u2019Université de Montréal, où il dirige notamment le big band, et il fait pas mal de studio et beaucoup de tournées avec les artistes dits populaires.Quoi d\u2019autre ?Depuis plusieurs mois maintenant, il s\u2019emploie avec talent à la mise en relief des clartés qui ponctuent l\u2019œu- vre de Miles Davis en général et de Kind of Blue en particulier.Vraiment\u2026 chapeau ! Le 7 juillet au Gesù à compter de 18 h.Prix des billets : de 33 $ à 39,35 $.Les 8 et 9 juillet au Dièse Onze à compter de 21 h30.Prix du billet : 20 $.Le contrebassiste Frédéric Alarie a toujours été un artiste de la finesse, des nuances, des voluptés, de la subtilité.Et ce, mine de rien, depuis plus de 20 ans maintenant.Il est également très courageux.À preuve, ce qu\u2019il entend proposer le 5 juillet à L\u2019Astral dans le cadre de la série Jazz d\u2019ici, soit un hommage à Scott LaFaro.Enfin, le contrebassiste Normand Guilbeault, le grand Guilbeault.Oui, oui, oui, le grand Guilbeault, car il est comme son modèle, Charles Mingus.Autrement dit, il est toujours enclin à conjuguer le jazz avec passion, parfois avec colère, et ce ne sont pas les raisons qui manquent, par fois avec tendresse, avec joie et son contraire, toujours avec intensité\u2026 Guilbeault est la contradiction du jazz tranquille, pépère, on osera dire «petit-bourgeois ».En d\u2019autres termes, il est jazz sans concessions.Il en est un des héros.Avec son ensemble qui comprend notamment Jean Derome aux saxes et Mathieu Bélanger à la clarinette basse, Guilbeault détaillera les œuvres de Mingus le 3 juillet à compter de 21 h 30.Prix du billet : 20$.?De la série Jazz dans la nuit, on a retenu un nom, mais un grand : Aaron Parks.Ce pianiste est toujours étonnant.Que ce soit en solo, en trio ou avec ce formidable quar tet James Farm qu\u2019il a fondé en compagnie du saxophoniste Joshua Redman, du contrebassiste Matt Penman et du batteur Eric Harland, Parks se distingue par son brio.Il est dynamique, puissant, prolixe et, on insiste, étonnant.Il se produira en trio le 9 juillet à compter de 22 h30.Prix du billet : de 37 $ à 43,35 $.Collaborateur Le Devoir Y V E S B E R N A R D E ntre les envolées opéra- tiques et le slam-rap sur des brassées de cumbia, de musique de mariachis, de norteña, de jazz, de blues et plus encore, Lila Downs raconte l\u2019histoire des déshérités et explique en poésie les rituels autochtones de l\u2019Amérique.Il en découle une façon véritablement singulière d\u2019exprimer le cycle de la vie et de la mort.Et l\u2019expérience se poursuit sur Balas y chocolate, le disque qu\u2019elle a fait paraître l\u2019an dernier.Elle vient en présenter la substance ce samedi au Mé- tropolis, tout en ajoutant plusieurs grandes chansons de différentes époques.Sur Balas y chocolate, le thème de la mort occupe une place prépondérante : par la mort physique, les disparus et les liens avec les ancêtres.Lila Downs confirme: «Oui, c\u2019est important, et dans le monde anglo, il y a maintenant un peu plus de réception par rappor t à cela.Avant, personne ne voulait en entendre parler.Mais on a commencé à mieux comprendre le cycle de la récolte, des campesinos, de la mère terre, de la vie et de la mort.Au Mexique, il y a quinze façons de nommer la mort.» L\u2019an dernier, Lila Downs a présenté un grand concert à l\u2019Auditorium national de Mexico et les auditeurs ont arboré des coiffures en fleurs pour célébrer la Journée des morts.Dans Humito de copal, le titre qui ouvre Balas y chocolate, Lila Downs met cartes sur table : «Je suis la personne qui est disparue.Je suis la femme qui s\u2019est battue pour sa vie.Je suis l\u2019étudiant qui change les règles», y chante-t-elle.Au début, on y entend des ondes radio.«Cette chanson est dédiée aux journalistes.Quinze d\u2019entre eux sont disparus au Mexique et il n\u2019y a pas eu de justice.Nous avons donc composé cette chanson qui parle du type de connexion possible avec les ancêtres pour leur demander d\u2019aider les disparus.» Balas y chocolate : les balles pour la terreur et le chocolat pour l\u2019of frande aux esprits.Chez Lila Downs, l\u2019intérêt pour les questions autochtones continue de croître.«Mais ça prend plus d\u2019informations pour les extrémistes qui ne comprennent pas.Je pense que les racistes expriment leur existence plus que jamais.Nous sommes dans un cycle différent, très dif ficile, mais je crois au pouvoir de la musique.» Son groupe s\u2019est récemment modifié à cause des visas plus dif ficiles à obtenir.« Nous avons dû trouver des musiciens à New York.C\u2019est bien pour les nouveaux compañeros, mais cela te ramène encore à cette terrible question des frontières», poursuit l\u2019artiste engagée, qui est à la fois d\u2019origine mixtèque et américaine, pour qui la frontière est un enjeu central depuis ses débuts.Durant l\u2019entrevue, elle ne nommera jamais Donald Trump, mais on la sent préoccupée par l\u2019actualité de los Estados Unidos.La majorité de ses musiciens actuels sont toutefois de culture latino-américaine et le groupe avec lequel elle vient à Montréal comprend un bassiste, un batteur, un guitariste, son mari, le saxophoniste-clarinettiste Paul Cohen, et un ar tiste de Nuevo Laredo qui joue de l\u2019accordéon et du trombone, ce qui permet des saveurs musicales frontalières nor teñas.On se plonge aussi avec un autre guitariste dans l\u2019univers formidablement rythmé du son jarocho du nord-ouest du Mexique.Sur Balas y chocolate, l\u2019interprète chante en maya, qui a beaucoup à voir avec le système tonal de certaines langues asiatiques, en zapothèque, un idiome dans lequel on termine souvent les mots avec des voyelles, et en mixtèque, dont le répertoire plus cérémonial reflète l\u2019âme des gens de la montagne de l\u2019État de Oaxaca, qui est devenu le camp de base de l\u2019inspiration de l\u2019ar tiste.« Il faut continuer de composer des chansons qui parlent de notre réalité », conclut-elle.Collaborateur Le Devoir J A Z Z CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 J U I L L E T 2 0 1 6 E 3 Direction générale et artistique Grégoire Legendre festivaloperaquebec.com Starmania opéra Plamondon - Berger 30, 31 juillet, 1er, 3 et 4 août à 20 h Salle Louis-Fréchette, Grand Théâtre de Québec Les quatre ténors 24 juillet à 20 h La cour du Vieux-Séminaire de Québec Christophe Dumaux et Bernard Labadie 26 juillet à 20 h, Palais Montcalm Prima la musica, poi le parole Salieri Le directeur de théâtre Mozart 31 juillet, 2 et 5 août à 20 h, Théâtre La Bordée Gounod à l\u2019apéro 25 au 29 juillet à 16 h Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone La brigade lyrique Mercredi au dimanche inclusivement 2 représentations par jour Divers lieux à travers la ville de Québec Le serpent et le chat Opéra jeunesse 24 au 29 juillet, La Maison Jaune Les Grands Feux Loto-Québec 6 août à 22h 24 juillet au 6 août 2016 billetech.com 1 877 643-8131 Le rendez-vous lyrique de l\u2019été ! Le FIJM d\u2019ici et maintenant Lila Downs, le cycle de la vie et de la mort G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É K enny Barron est une sorte de caméléon, un musicien capable de s\u2019adapter à tous les formats et de moduler son jeu au gré des projets \u2014 et ils ont été innombrables au fil de sa car rière.Le genre d\u2019atout par ticulièrement utile dans une série Invitation\u2026 Pianiste de référence en matière d\u2019élégance stylistique et sonore, Barron est assurément l\u2019un des plus grands noms du piano jazz du dernier demi-siè- cle.Accompagnateur hors pair, il compte à ce titre « près de 450 albums », en plus d\u2019une «cinquantaine de disques comme leader», disait-il au téléphone la semaine dernière.Rendu à ce niveau, il a gagné le droit d\u2019être légèrement approximatif.« Ça fait beaucoup de projets, mais j\u2019apprends encore tous les jours, vous savez.Chaque musicien a quelque chose à of frir.J\u2019ai appris de plusieurs élèves que j\u2019ai eus au fil des ans\u2026 Et toutes ces expériences font ce que ma musique est aujourd\u2019hui », dit celui à qui on doit des collaborations impor tantes avec Stan Getz, Yusef Lateef, Ron Carter et Dizzy Gillespie.Habitué du FIJM, Barron en sera à une douzième présence depuis 1984\u2026 et à sa deuxième carte blanche.Il y a 20 ans, il avait of fert une performance quintuple au théâtre Maison- neuve, jouant en solo, en duo, en trio, en quartet et en quintet au cours d\u2019une même soirée.Cette année, l\u2019homme de 73 ans aura le temps de s\u2019installer plus confortablement, la série Invitation se déclinant sur trois soirées au cours desquelles il recevra notamment le guitariste Lionel Loueke.Les deux avaient contribué à l\u2019album Traveler paru en 2008.« C\u2019est cer tainement un des concer ts que j \u2019attends avec le plus d\u2019impatience, disait Loueke au Devoir cette semaine.Nous n\u2019avons jamais joué en duo en concert ensemble.Ce sera très spécial, étant donné l\u2019admiration et le respect que j\u2019ai pour lui.» Pour Loueke, Kenny Barron est « un pianiste qui reste toujours lui-même, qu\u2019on peut reconnaître facilement.Il a cette qualité rare de pouvoir tout faire parce qu\u2019il \u201centend\u201d bien : il s\u2019ouvre à la musique, il s\u2019adapte à ce qui se passe.Et il n\u2019a peur de rien.» Du guitariste béninois, Barron aime justement « le jeu très aventureux et le grand spectre qu\u2019il utilise.Il m\u2019oblige à penser dif féremment.Jouer avec lui, c\u2019est comme voyager.» Concernant la combinaison piano-gui- tare, Barron dit qu\u2019elle nécessite une cer taine prudence : les deux sont des instruments harmoniques, « il peut y avoir risque de collision, illustre-t-il.Mais avec Lionel, il n\u2019y a aucun souci : il est sensationnel, on va bien se compléter.» Second acte : un duo avec la jeune flûtiste et chanteuse Elena Pinderhughes, dont la carrière connaît une fulgurante ascension.Kenny Barron la trouve purement\u2026 « fascinante ».« J\u2019enseignais à son frère qui me l\u2019a présentée il y a quelques années.J\u2019ai été soufflé par elle.C\u2019est une formidable flûtiste, avec un son très beau, très profond.Elle sait comment naviguer à travers les changements harmoniques et peut jouer de tout.Vraiment une grande musicienne, à mon avis.Et une excellente chanteuse, en plus.» Les deux interpréteront notamment des compositions de Barron sur lesquelles la chanteuse et auteure Janice Jarrett a posé des paroles.La série se terminera avec un concert du trio de Barron, qui comprend le batteur Jonathan Blake et le contrebassiste Kiyoshi Kitagawa.Après dix ans de jeu commun, le groupe vient de faire paraître un premier album, Book of Intuition, qui sera à la base du concert de mardi.«Chacun amène une expérience particulière, dit le pianiste.Kitagawa a un son fantastique, et c\u2019est quelqu\u2019un d\u2019aventureux, comme Loueke.Blake possède une énergie qui apporte beaucoup à l\u2019ensemble.C\u2019est toujours un plaisir de jouer avec eux\u2026 et de jouer tout court.» Le Devoir KENNY BARRON, SÉRIE INVITATION Avec Lionel Loueke, au Gesù dimanche 3 juillet à 18 h.Avec Elena Pinderhughes, au Gesù lundi 4 juillet à18 h.En trio, au Gesù mardi 5 juillet à 18 h.Les innombrables déclinaisons de Kenny Barron Le légendaire pianiste tient l\u2019affiche de la série Invitation ELENA PARDO Lila Downs croit au pouvoir de la musique contre les frontières.PAUL BERGEN ANP AGENCE FRANCE-PRESSE Kenny Barron est assurément l\u2019un des plus grands noms du piano jazz du dernier demi-siècle.LILA DOWNS Au Métropolis, ce samedi 2 juillet à 21 h D E V I S U MUSIQUE CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 J U I L L E T 2 0 1 6 E 4 www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Voyage d\u2019art et de musique aux États-Unis les 12 et 13 août Glens Falls Rembrandt, Dürer au HYDE COLLECTION Saratoga Springs UN BALLET EN MARIONNETTES GÉANTES L\u2019OISEAU DE FEU de Stravinsky Glover, Vermont le BREAD & PUPPET MUSEUM Détails du voyage sur demande Inscription prolongée jusqu\u2019au 11 juillet Universal use jusqu\u2019à la corde la mode des coffrets cubiques, parfois pour le mieux, comme en témoigne une boîte regroupant 55 récitals vocaux.CLASSIQUE Le festin vocal cubique de Decca J É R Ô M E D E L G A D O A vec un nouveau pavillon qui double ses espaces d\u2019exposition, et qui permet de montrer 8 % de ses collections (plutôt que 3 %), le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) est désormais un complexe.Il y a tant à y voir ! Y compris un corridor souterrain, devenu le gîte du trésor des lieux, l\u2019Hommage à Rosa Luxembourg , célèbre fresque de Riopelle.Nouveauté oblige, le bâtiment signé Shohei Shigematsu, de la f i r me new-yorka ise OMA, est le principal attrait.Il ne manque pas d\u2019éclat \u2014 ni de surprises, de celles qui rompent avec les lignes droites et les formes cubiques de l\u2019ensemble.Passé l\u2019expérience architecturale, le pavillon baptisé Pierre Lassonde est-il une coquille vide ?À voir la programmation inaugurale, exclusive à la collection du musée, on peut répondre non.La première exposition temporaire, et qui est celle qui accueille les visiteurs maintenant qu\u2019ils entrent par Grande- Allée, est à la mesure de la transformation du site.Intitulée Installations.À grande échelle, elle parle d\u2019espace, de vastes espaces, physiques comme mentaux ou immatériels, tous ceux-là qu\u2019un complexe muséal tente d\u2019aborder.Les œuvres rassemblées par Bernard Lamarche, conservateur de l\u2019art actuel, sont de dimensions si imposantes que le pavillon Lassonde, paradoxalement, n\u2019a pas suffi.L\u2019expo ne comporte que 34 installations (sur les 200 que possède le MNBAQ), mais il a fallu en placer dans le bâtiment adjacent, bientôt centenaire.Voilà une belle manière d\u2019attirer les gens vers les vieux murs.Qu\u2019ils se satisfassent du bijou tout neuf n\u2019est en effet d\u2019intérêt pour personne.Feront-ils l\u2019effort de marcher autant ?Ça, c\u2019est une autre histoire.Le parcours d\u2019Installations.À grande échelle commence par des pièces emblématiques.Le préambule nous offre la formidable Le courtisan (2002), de Yannick Pouliot, banale boîte ver ticale qui emmène celui qui s\u2019y introduit dans un lointain ailleurs.Puis, surgit l\u2019immense caisson de Monuments (1997-1998), de Dominique Blain.Évocation de la fragilité de l\u2019objet d\u2019art et de la démesure des efforts quand il s\u2019agit de déplacer des monuments de l\u2019histoire, cette œu- vre fait écho à l\u2019agrandissement du musée et à l\u2019incontournable besoin de placer et replacer ses collections.Organisée par thèmes (lieux autres, lieux immatériels, espace social\u2026), l\u2019expo livre un petit survol de l\u2019installation, entre La salle de classe (1977-1980) d\u2019Irene F.Whittome et Imbrication (machines à réduire le temps) (2011-2013) de Diane Morin.La présentation prend d\u2019abord des airs d\u2019une histoire en accéléré, comme une enfilade de moments phares.Avec bonheur, on retrouve Une construction à Venise (1987), œuvre oubliée de Melvin Char- ney, La moderne (1999), cabane bric-à-brac du Patrick Coutu d\u2019une autre époque, ou encore les téléviseurs de Chutes (1995- 2003), d\u2019Alexandre Castonguay.Par contre, certaines installations écopent du manque (?) d\u2019espace, à commencer par Parages (2002) d\u2019Alain Paiement, si coincée qu\u2019elle semble avoir été amputée.Étrangement, c\u2019est dans le vieux pavillon Gérard-Moris- set que les œuvres, dont certaines parmi les plus démesurées, respirent le mieux.Du coup, les cinq salles, moins r e m p l i e s q u \u2019 a u p a r a v a n t , gagnent en prestige.Par la rotation de ses projecteurs, l\u2019installation vidéo En pensant à toi (2003-2004), de David Blatherwick, non seulement enveloppe le visiteur et l\u2019entraîne dans un face-à-face avec les visages filmés, elle met aussi en relief les murs de l\u2019enceinte.L\u2019établissement mu- séal devient dès lors un espace social, le thème abordé ici.Celui-ci inclut, parmi d\u2019autres œu- vres, Les personnes (1997), du duo Nathalie Caron-Charles Guilbert, une affaire d\u2019amitié, ample et emplie de dessins, de photos, de vidéos et de sons.La section « Des lieux fabriqués » rassemble, elle, des installations à la fois éclatées, par la diversité des matériaux et l\u2019étalement des objets, et basées sur la répétition et un alignement précis de leurs éléments.Les œuvres de Michel Goulet, de Serge Murphy, de Claudie Gagnon, de Louis For- tier et de Jean-Pierre Gauthier n \u2019 o n t j a m a i s p a r u a u s s i proches, malgré leurs dissemblances, leur individualité.C\u2019est la cerise sur le gâteau, à déguster au bout du parcours de l\u2019expo.Les expos permanentes Le pavillon Lassonde a aussi ses expositions permanentes.La principale, De Ferron à BGL, survole la création au Québec depuis les années 1960.Le souhait de vouloir montrer le plus de choses rend la présentation lourde.La conser vatrice de l\u2019ar t contemporain Eve-Lyne Beaudry trouve tout de même de belles solutions pour rendre perceptible l\u2019évolution de cette histoire, d\u2019abord picturale, puis sculpturale, photographique et multiple, dans sa récente production.La section consacrée à la sculpture est sans doute la meilleure, faisant passer sans heurts l\u2019art du 3D par une variété de propositions plastiques, de Cozic et Michael Snow à David Altmejd et Claudie Gagnon.Le pavillon Lassonde, dédié à l\u2019art contemporain, place le MNBAQ une coche au-dessus du Musée d\u2019art contemporain de Montréal (MAC), rendant les projets d\u2019agrandissement de celui-ci risibles.Le MAC, qui s\u2019est toujours vanté d\u2019avoir une grande collection d\u2019installations, n\u2019a pas, il est vrai, un solide mécène derrière lui.Le gouvernement québécois semble néanmoins pratiquer le deux poids, deux mesures à l\u2019égard de ses deux musées.Les expositions de design et d\u2019art inuit que le MNBAQ présente pour la première fois de son histoire ne le situent cependant que bien en deçà de ce que montre sur ces sujets le Musée des beaux-ar ts de Montréal.L\u2019impression qu\u2019à Québec on visite des copies réduites des collections mont- réalaises est tenace.Pouvait-il en être autrement ?Collaborateur Le Devoir MUSÉE NATIONAL DES BEAUX-ARTS DU QUÉBEC Architecture et belles démesures C H R I S T O P H E H U S S L\u2019 objet é ta i t ina t tendu.Avec trois coffrets «Decca Sound», Decca avait balayé son catalogue chronologiquement.La nouvelle parution est thématique et ce thème est vocal.Le succès fulgurant , en 2011, du premier cube rouge et b leu de 50 CD « Decca Sound », avec reproduction des pochettes originales, entraîna la parution d\u2019une boîte The Analogue Years puis d\u2019une très remarquable compilation The Mono Years.La boîte regroupant 55 récitals vocaux, édités dans leurs pochettes originales, se range aussi sous la bannière « Decca Sound».Cela ne veut pourtant pas dire que le son est uniment étincelant ou «hifi ».Simplement, les récitals ont été enregistrés à diverses époques, selon les meilleures normes techniques d\u2019alors.Générosité foisonnante Il y a une légitimité de la part de Decca de réaliser un tel coffret.Les récitals vocaux et la révélation de chanteurs sont une sorte de «marque de fabrique» du label londonien.Le parcours débute en 1950 avec des récitals de Susanne Danco, de Paul Schöf fler, de Kathleen Ferrier.De l\u2019ère monophonique, nous avons également Cesare Siepi (le Don Giovanni du siècle), Fernando Corena, Mario Del Monaco, Kirsten Flagstad, Lisa Della Casa, Giulietta Simionato, Gérard Souzay, Virginia Zeani et Jennifer Vyvyan.L\u2019ère stéréo s\u2019ouvre en 1957 avec deux « té- norissimes » : Giuseppe di Ste- fano et Carlo Bergonzi.Un récital, dont la pochette de l\u2019époque orne l\u2019album, sert de base au programme du CD.Chaque disque est monographique (à une exception, Decca ne mélange pas divers chanteurs sur un même CD) et, comme dans The Mono Years, les minutages ont été très copieusement augmentés par l\u2019ajout d\u2019autres enregistrements.Il n\u2019est ainsi pas rare de voir deux récitals regroupés sur un seul CD.Pour Kirsten Flags- tadt, la base est le disque des Wesendonck-Lieder de Wagner, mais le « bonus » nous of fre toutes ses mélodies de Sibelius.Idem pour Gérard Sou- zay, dont le programme d\u2019airs d\u2019opéras français, gravé en 1950 sous la direction de Paul Bonneau, est enrichi de 15 Mélodies de Fauré enregistrées en 1955.En la matière, un disque en cache souvent un autre.Il est heureux de retrouver Giuseppe di Stefano avec un florilège de chansons napolitaines, juste après l\u2019avoir écouté chanter Nessun dorma.Évidemment, quand on entre dans l\u2019ère numérique, les bonus se font plus rares puisque les récitals étaient conçus pour la durée d\u2019un disque compact.Des générations Vous avez sans doute perçu que l\u2019ensemble, qui reprend nombre de titres des 35 « classic recitals » parus entre 2004 et 2006 mais peu des 50 «most wanted recitals » de 2014, est une véritable caverne d\u2019Ali Baba vocale.Le compilateur est un vrai connaisseur, qui choisit des récitals pertinents et représentatifs, mais n\u2019hésite pas à dénicher des raretés.Ainsi, Régine Crespin n\u2019apparaît pas pour ses Nuits d\u2019été de Berlioz, mais dans un programme Schumann Wolf, Debussy et Poulenc, alors que Gwyneth Jones ne chante ni du Wagner ni du Strauss, mais du Verdi, Teresa Berganza s\u2019adonnant à Mozart.Oui, il y a quelques sacrifiés (dont Joseph Rouleau et Stuart Burrows), mais toutes les immenses vedettes y sont : Birgit Nilsson, Hans Hotter, Nicolai Ghiaurov, Sheri l l Milnes, Luciano Pavarotti et, parmi les ar tistes récents, Angela Gheorghiu, Andreas Scholl, Renée Flemming, Barbara Bonney, Matthias Goer ne, Juan Diego Florez, Joseph Calleja et Jonas Kaufmann.Achat très recommandé pour les amateurs d\u2019art vocal.Et dire que Decca a encore matière à nous concocter un second coffret du genre ! Le Devoir Decca Sound \u2013 55 Vocal Recitals, 55CD 478 9679 STEVEN HENRY GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE Renée Fleming est bien présente dans le cof fret Decca.FRANCIS VACHON LE DEVOIR Une vue de l\u2019exposition De Ferron à BGL, qui survole la création au Québec depuis les années 1960.IDRA LABRIE MNBAQ L\u2019exposition de design, que le musée présente pour la première fois du petit label Abuzive Music, la maison est toutefois loin de se limiter aux talents de Québec et compte parmi ses ar t is tes Al fa Rococo, Klô Pelkag et Stefie Shock.Mais sa présence dans la capitale contribue sans conteste à l \u2019 impression que les créateurs de Québec ont p lus d\u2019options qu\u2019avant.Bien sûr, Montréal a des atouts que Québec n\u2019aura peut -ê tre jamais , note le chanteur du groupe rock franco Raton Lover, Simon Lachance.« Il y a moins de publics à Québec.À Montréal, tu peux faire du rockabilly, avoir une scène de rockabilly et agir dans cette scène-là indépendamment des autres scènes.C\u2019est peut-être un des inconvénients à Québec, dit-il.Mais c\u2019est aussi, selon moi, un avantage.L\u2019autre côté de la médaille, c\u2019est que, quand tu veux faire de la musique à Québec, t\u2019as pas le choix de toucher à tout pour gagner ta vie.» Surtout pour les groupes qui tournent beaucoup en région, dans l\u2019Est notamment, la ville est plus centrale, ajoute-t-il.Bien sûr, on aurait pu parler de plusieurs autres groupes de Québec, comme les nouveaux talents issus de l\u2019école L\u2019Ampli créée par la Ville en 2010 pour soutenir le talent local.Encore dans Saint-Roch.« Il y a une nouvelle génération qui se gref fe au noyau actuel, conclut Anatole.Je suis persuadé que ça va continuer à se développer et à se diversifier.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 SCÈNE LES 3 P\u2019TITS COCHONS 2 ?Comédie de mœurs de Jean- François Pouliot.Avec Paul Doucet, Patrice Robitaille, Guillaume Lemay-Thivierge, Sophie Prégent, Isabel Richel, Maxime Lepage et Francine Ruel.Québec, 2016, 102 minutes.M A N O N D U M A I S L a popularité n\u2019est pas nécessairement un gage de qualité.À titre d\u2019exemple, en 2007, Les 3 p\u2019tits cochons, comédie médiocre et pataude de Patrick Huard, a récolté 4,7 mil l ions de dollars au box-of fice, faisant de lui le film le plus populaire cette année-là.Divisé en trois volets, le film de Huard traçait le por trait de trois frères (Paul Doucet, Claude Legault et Guil laume Lemay-Thi- vierge) qui se confiaient leurs incartades sexuelles au chevet de leur maman dans le coma (France Castel).Indécrottables adulescents, les trois larrons ne pensaient jamais plus loin que le bout de leur queue.L\u2019humour, en bas de la ceinture, il va sans dire, faisait rarement mouche.Et ce, malgré le bel enthousiasme des acteurs.En remplacement de Patrick Huard, Jean-François Pouliot (La grande séduction) appor te une cer taine élégance au second volet des aventures de cette fratrie qui of fre une piètre image de l\u2019Homo quebecus.Le compositeur Martin Léon apporte, lui aussi, son sceau de qualité.Revenons donc à nos cochons.Cinq ans après le décès de leur mère, Rémi (Paul Doucet), Mathieu (Patrice Ro- bitaille, en remplacement de Claude Legault) et Christian (Guillaume Lemay-Thivierge) n\u2019ont guère évolué.De fait, leurs tribulations sexuelles menacent une fois de plus leur vie sentimentale et familiale.Lasse des infidélités de son mari, Dominique (Sophie Pré- gent) a mis Rémi à la por te.Peu de temps après, elle doit héberger Christian, qui s\u2019est encore foutu les pieds dans les plats.Les deux bras dans le plâtre, Mathieu, qui souffre de problèmes érectiles, retrouve un peu de vigueur entre les mains d\u2019une infirmière d\u2019expérience, Ginette (Francine Ruel).Au grand dam de sa blonde Geneviève (Isabel Richer), qui ne sait plus quoi faire pour requinquer leur couple.S\u2019ensuivent lourds quiproquos et situations se voulant cocasses au gré d\u2019un rythme plombé.Malgré le vernis de la réalisation, cette suite sombre platement dans la vulgarité et le racolage.À l\u2019instar du premier volet, les scénaristes, à qui l\u2019on doit aussi le navrant Filière 13 de Patrick Huard, Pierre Lamothe et Claude Lalonde, ressassent sans imagination les clichés sur la libido, la fidélité et la perte de désir.Si Pouliot parvient à saluer la beauté des femmes de plus de 40 ans, les personnages féminins ne servent pourtant que de faire-valoir.On aurait envie de saluer l\u2019audace des scénaristes d\u2019aborder le spectre des orientations sexuelles à travers un personnage se déclarant pansexuel (Maxime Lepage).Malheureusement, la scène où l\u2019on traite du sujet est d\u2019une telle bêtise que l\u2019on voudrait se cacher sous son siège tant on est embarrassé pour ces acteurs de talent qui doivent débiter de telles inepties.Déjà que le premier volet ne volait pas haut, on n\u2019avait vraiment pas besoin de ça.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 J U I L L E T 2 0 1 6 E 5 CINEMA C U L T U R E theatreoutremont.ca 514 495-9944 DHEEPAN 8,50 $ de Jacques Audiard (France, vostf) Animation : Michel Coulombe Le lundi 4 juillet | 16 h et 19 h 30 Palme d\u2019Or, Festival de Cannes 2015 SWISS ARMY MAN ?Comédie dramatique de Dan Kwan et Daniel Scheinert.Avec Paul Dano, Daniel Radclif fe et Mary Elizabeth Winstead.États-Unis, 2016, 95 minutes.M A N O N D U M A I S F arfelu, morbide, étrange, grotesque.C\u2019est ainsi que s\u2019annonce Swiss Army Man.Échoué sur une île déser te, sur le point de se pendre, un jeune homme (Paul Dano) retrouve goût à la vie en se liant d\u2019amitié avec un cadavre (Daniel Radclif fe).S\u2019ensuivent d\u2019étonnantes péripéties dans la natur e où la dépoui l le aux puissantes flatulences dev iendra auss i pra t ique qu\u2019un couteau suisse.Ça vous rappelle un peu Week-end chez Bernie, n\u2019est-ce pas ?Oubliez sans plus tarder cette comédie folichonne des années 1980.D\u2019une rare inventivité, d\u2019une folle poésie et d\u2019une fantaisie débridée, Swiss Army Man évoque tour à tour Robinson Crusoé de Defoe, Philémon de Fred, Beasts of the Southern Wild de Zeitlin et Oncle Boonmee de Weerase- thakul.Bref, on pourrait dire que Swiss Army Man est le pendant sous acide de Seul au monde de Zemeckis.Et que Paul Dano, dont le personnage s\u2019appelle, soit dit en passant, Hank, n\u2019a rien à envier à Tom Hanks.Prix de la réalisation à Sun- dance, ce premier long métrage de Dan Kwan et Daniel Scheinert est sans contredit la proposition la plus originale et la plus déroutante qu\u2019on ait vue depuis longtemps au cinéma.Vous en voyez souvent des personnages qui jouent eux-mêmes la trame sonore de leur vie ?Tandis que débarquent sur nos écrans de pâles comédies for matées et de br uyants blockbusters aux airs de déjà- vu, il n\u2019y a rien de plus rafraîchissant que de se retrouver face à un tel ovni.À la fois récit d\u2019aventures palpitant et récit d\u2019apprentissage émouvant, ce premier long métrage de Dan Kwan et Daniel Scheinert traite, à travers ses gags grivois \u2014 on vous laisse deviner quelle partie de l\u2019anatomie du noyé servira de boussole \u2014 et son humour de potache, du mal-être des hommes.Inspiré par la photo d\u2019une d é n o m m é e S a r a h ( M a r y Elizabeth Winstead) dans le téléphone de Hank, Manny (Radcliffe) voudra tout connaître de la vie et de l\u2019amour.Dès lors, à par tir de déchets et d\u2019objets perdus, Hank recrée le souvenir d\u2019une rencontre amoureuse jusqu\u2019à plus soif.L\u2019esthétique bric-à-brac de ses installations offre un riche contraste avec l\u2019opulence de la végétation.Alternant savamment scènes d\u2019action trépidantes et dialogues hilarants, Swiss Army Man multiplie les coups de théâtre, les trouvailles les plus étonnantes et d\u2019amusantes références cinématographiques.Ce faisant, le duo surnommé Daniels célèbre la culture populaire et le pouvoir de l\u2019imagination.Alors que se tisse cette improbable et tendre amitié entre le jeune homme et le mort, cette brillante comédie dramatique réser ve jusqu\u2019à la fin son lot de surprises et d\u2019émotion.Le Devoir L\u2019un pète, l\u2019autre pas Swiss Army Man est le plus formidable ovni vu à l\u2019écran depuis longtemps Conte pour ados attardés FILMS SÉVILLE Daniel Radclif fe et Paul Dano dans la proposition la plus originale et la plus déroutante qu\u2019on ait vue depuis longtemps au cinéma.FILMS SÉVILLE Les trois larrons sont d\u2019indécrottables adulescents qui ne pensent jamais plus loin que le bout de leur queue.LIVRE MARIAGE EN DOUCE GARY & SEBERG Ariane Chemin Éditions des Équateurs Paris, 2016, 155 pages Le général de Gaulle compte bien des faits d\u2019armes dans sa longue carrière, mais qui aurait cru qu\u2019il allait tirer quelques ficelles dans l\u2019organisation du mariage « secret défense » de l\u2019écrivain Romain Gary avec l\u2019actrice Jean Se- berg ?Le 16 octobre 1963, alors que l\u2019auteur de La promesse de l\u2019aube et la vedette d\u2019À bout de souf fle sont au sommet de leur popularité, ils s\u2019unissent devant le maire d\u2019un village de la Corse, sans famille ni amis, et très loin des paparazzis.La journaliste Ariane Chemin, grand reporter au journal Le Monde, a retrouvé une précieuse photo de l\u2019événement, beau prétexte pour se lancer dans une petite enquête sur les circonstances étranges de cet événement orchestré en partie par les services secrets français et les raisons qui ont poussé Romain Gary à jouer au mystificateur, bien avant l\u2019affaire Émile Ajar.Cet épisode, peu commenté par les célèbres protagonistes, est souvent farci d\u2019incohérences, raison de plus pour la journaliste de retrouver les rares témoins et de plonger dans l\u2019existence tumultueuse de ce couple en apparence mal assorti, lié par une affection profonde jusqu\u2019à leur mort \u2014 dans les deux cas tragique, violente, sordide.C\u2019est aussi le portrait d\u2019une époque croulant sous les conventions étouffantes, impitoyable à l\u2019égard de ceux et celles qui brisaient les carcans avec éclat.Par insouciance autant que par défi, le tandem Gary et Seberg a bravé de nombreux interdits, mais en a payé le prix.Parlez-en au FBI\u2026 André Lavoie L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 J U I L L E T 2 0 1 6 E 6 JEUNESSE LES VACANCES DE FACTEUR SOURIS Marianne Dubuc Casterman Bruxelles, 2016, 26 pages Après La tournée de Facteur Souris, Marianne Dubuc récidive en permettant cette fois au petit personnage de prendre la route et de s\u2019accorder des vacances bien méritées.Avec sa famille, et une charrette bien remplie, il quitte le bureau de poste pour une virée aux quatre coins du monde.Court arrêt chez tante Claudette, un autre chez Monsieur T qui l\u2019attend sur une île volcanique, un saut en ville, un tour dans le désert, et pourquoi pas un dernier dans les airs.Il semble que le travail ne quitte jamais vraiment Souris.Si le texte invite les lecteurs à suivre l\u2019essentiel du trajet parcouru, la complémentarité qui se joue entre la narration et l\u2019image fait la force de cet album.L\u2019illustration nous en donne plein la vue, grouille de vie, fourmille de mille détails que les enfants s\u2019amuseront à découvrir.Il faut notamment voir les colis disparaître du chariot, un à un, au fil des visites, le trouvant allégé à la fin du parcours.Le grand format permet par ailleurs de voir l\u2019étendue du paysage, de parcourir ces doubles pages en observant les nombreux récits qui s\u2019ajoutent à la trame principale.Tout comme le premier titre, ce livre est un incontournable.Marie Fradette ROMAN ITALIEN LE JOUR DES OURS VOLANTS Evelina Santangelo Les Allusifs Montréal, 2015, 238 pages Comment revivre, loin de chez soi, et ré-espérer lorsqu\u2019on s\u2019est frotté enfant à une guerre qui semblait discrète jusqu\u2019à ce qu\u2019elle massacre tous les nôtres ?Pour Jon Scripcaru, la réponse passe par l\u2019élevage et la tentative de domptage d\u2019un ours, mastodonte brun de muscles et de musc.« C\u2019est un monstre », se fera dire Scripcaru, alias Le Blond.« J\u2019ai vu pire », répondra-t-il, rêvant, et entraînant peu à peu tout un village \u2014 Palerme ?\u2014 dans son aspiration à faire faire du vélo au plantigrade.Il y a du Romain Gary dans cette pensée.Celui de la métaphore du jongleur qui veut repousser les limites humaines, celui pour qui « un pied sur un goulot de bouteille, faire tourner deux cerceaux sur l\u2019autre pied replié derrière lui, tout en tenant une canne sur son nez, un ballon sur la canne, un verre d\u2019eau sur le ballon, et jonglant en même temps avec sept balles », ne sera jamais suffisant tant qu\u2019il ne pourra inclure une huitième balle à sa routine.Mais le ton du Jour des ours volants d\u2019Evelina Santangelo est tout autre.L\u2019auteure amorce magnifiquement son conte triste par un jeu d\u2019oscillation entre la quête circassienne du Blond \u2014 sa pauvreté, ses boulots de misère, ses relations avec les villageois et l\u2019ours \u2014 et des flash-back vers son enfance et ses cassures.Au milieu du récit, elle s\u2019attarde au présent et alourdit le rythme dans la foulée, pour reprendre en un balancier final plus (trop ?) serré, et rendu un chouïa mièvre, là où la force était de décrire poétiquement une réalité rude mais pleine de suc, par un soudain dialogue avec le fantôme du père.Nostalgie, rudesse paysanne et de toute une époque et d\u2019une Europe, descriptions des sens et des sensations, exposition sans pathos de la nécessité d\u2019une quête humaine sont les grandes forces de ce livre, qui n\u2019arrive pas tout à fait à garder, par sa structure, la beauté de chant dans la longueur de son déploiement.Catherine Lalonde C\u2019 est ce qu\u2019on pourrait appeler une curiosité littéraire.Forme hybride, récit fragmenté, narration bicéphale, ton décalé : du début à la fin, on ne sait sur quel pied danser.Complètement déjanté.Premier l ivre traduit en français de la poète et romancière polonaise Justyna Bar g ie lska , née en 1977 , Petits renards regorge d\u2019inventivité.L\u2019univers dans lequel on glisse semble sur- réel.On patauge entre le fantasme, le rêve et le souvenir.Les pensées s\u2019entrechoquent , l \u2019 agencement des phrases surprend.Ça va dans tous les sens.On voltige de branche en branche, sans savoir où on va.Mais comme on y va.Magie de la prose.Le plus étrange, c\u2019est que tout évolue dans un quotidien on ne peut plus banal, terre à terre, petits gestes concrets à l\u2019appui.Autrement dit, ça divague, ça délire, mais dans un contexte routinier.Peut-être s\u2019agit-il justement, dans Petits renards, de pallier le manque de magie du quotidien, de s\u2019extirper de tout ce qui fait entrave à la surprise, à la découverte, au désir ?Nous sommes dans un quartier populaire de Varsovie, au jour le jour.Deux voisines d\u2019un immeuble à logements situé à proximité d\u2019une forêt vont prendre tour à tour le récit en main.Un récit livré sur fond de bavardages, de conversations à bâtons rompus.« Hé, les poulettes, vous avez déjà fricoté avec un voyou dans les bois?Parce que moi, si.» Ça commence ainsi.Celle qui s\u2019exprime se présente comme une chercheuse militante.Elle offre aussi des ateliers d\u2019écriture à ses heures.Elle vit seule.Elle a fait une croix sur l\u2019amour après la mort par accident, sous ses yeux, de son copain, un homme marié.C\u2019est ce qu\u2019elle dit.Et de nous raconter par petits bouts les détails de cette relation intense qu\u2019elle a eue avec son copain mor t.Et d\u2019ajouter : « À cette époque-là, j\u2019étais prête à pleurer aux toilettes en train de faire pipi lorsqu\u2019au lieu d\u2019un texto de mon copain, je recevais un texto d\u2019une copine qui venait d\u2019accoucher.J\u2019étais prête à pleurer toutes les larmes de mon corps alors qu\u2019il fallait simplement s\u2019essuyer et se lever.» Et d\u2019émailler ses souvenirs par des bouts de conversation avec les gens qu\u2019elle croise et recroise, au hasard du quotidien.Et ainsi de suite.Tous les moyens sont bons pour retarder le moment d\u2019arriver au but, de cracher le morceau, semble-t-il.Les détai ls de ses rêves étranges ne nous sont pas épargnés.Ni ceux de sa vie en solitaire non plus.« Je me masturbe pour savoir que je peux toujours compter sur moi.Mais jamais sous la d o u c h e c o m m e l e s hommes.Il suf fit que j\u2019imagine le coût que ça représenterait pour la planète pour que ça me donne la nausée.» Plus loin : « Je m\u2019étais couchée sans me démaqui l l er, j \u2019a i touché le fond.» Une vie de femme Dans les faits, on le sait depuis le début, elle a remis ça.L\u2019amour.Avec le voyou dans les bois, un homme mystérieux recherché par la police.Puis arrêté.Fin de l\u2019aventure.Parallèlement, sa voisine, mariée, deux enfants, ex-jour- naliste ménagère le jour et rédactrice pour un petit journal le soir, replonge dans ses propres souvenirs.Elle aussi a une façon plutôt décousue, incongrue, de dire les choses.Elle aussi rêve beaucoup.Et elle n\u2019est pas pressée de raconter son aventure extracon- jugale, puisque c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit.Elle n\u2019en mène pas large.Dépressive, disons le mot.Mauvaise mère, elle fait peur à ses enfants, menace de se volatiliser par les tuyaux d\u2019évacuation.«Si jamais l\u2019envie de m\u2019enfuir par le tuyau d\u2019évacuation de la baignoire me prend de nouveau, leur ai-je dit, je vous promets de vous emmener avec moi.» Quant au mari : « J\u2019ai pendant longtemps tellement voulu avoir un enfant de plus, mais mon mari n\u2019a été d\u2019accord que pour un chien.Il a été tellement gentil, disais-je à mes copines, ce chien, que désormais je bouf ferai des contracepti fs sans regre t e t pas comme avant, en avalant des larmes.Je les bouf ferai sans faire de chichi et sans m\u2019étrangler.» Peu à peu on en vient à comprendre que les deux voisines, qui se croisent de temps en temps, ont partagé, sans le savoir, le même amant : le fameux voyou en question.Mais peu importe.Ce n\u2019est pas tellement l\u2019histoire qui nous tient dans Petits renards.Même si l\u2019auteure nous réserve de mauvaises et bonnes surprises.C\u2019est ce qu\u2019il y a dessous.Ce qui ressort, c\u2019est tout ce qui se joue dans la maternité, les grossesses, les fausses couches, le couple, la sexualité, l\u2019amour.Le désir.Le besoin de s\u2019évader, de sortir de soi-même.L\u2019envie de disparaître, jusqu\u2019à vouloir mourir.Ce qui ressor t, c\u2019est la vision complémentaire qu\u2019ont les deux narratrices de ce qui fait une vie de femme.Et cette façon particulière qu\u2019elles ont, chacune de leur côté, d\u2019avoir l\u2019air de s\u2019égarer, de balancer des balivernes.Alors qu\u2019elles sont complètement dans le sujet au final.Collaboratrice Le Devoir PETITS RENARDS Justyna Bargielska Traduit du polonais par Agnieszka Zuk Les Allusifs Montréal, 2016, 144 pages Fuir le quotidien Petits renards, un roman polonais hors norme qui regorge d\u2019inventivité C H R I S T I A N D E S M E U L E S «J e tente sans fin d\u2019aller là où tous mes rêves coïncideraient avec la réalité», confie la narratrice du Léopard ne se déplace pas sans ses taches, le second roman de Bianca Jouber t.Des rêves qui sont faits de par tage, de justice et de mobilité.Le temps d\u2019un trajet en train entre le Pays basque espagnol et Paris, la jeune Québécoise accumule les descriptions d\u2019hommes, de femmes et de paysages, mult ipl ie les réflexions sur l \u2019état d u m o n d e e t s \u2019 i n - ter roge sur la place qu\u2019elle occupe dans l\u2019univers.Pendant une année, raconte- t-elle, elle avait changé de décor, troquant le métro mont- réalais contre celui de Paris, capitale cosmopolite où elle assiste, impuissante, au défilé des laissés-pour-compte venus s\u2019y échouer avec leurs rêves.« D\u2019une ville à l\u2019autre, le matin avait la même haleine.Elle sentait juste un peu plus l\u2019alcool à Paris.J\u2019aimais y revenir, pour sentir tout le poids de l\u2019histoire et m\u2019en imaginer une liée à toutes ces vieilles pierres, ces révolutions, et au départ de mes ancêtres, qui se sont dir igés vers ce continent sauvage où ils ont tracé leurs sentiers jusqu\u2019à moi , au p r i x de que lque s scalps e t de couver - tures pleines de variole, unissant leur destinée à des sauvagesses qu\u2019on débaptiserait.» Les visions s\u2019enchaînent.Une vieille gitane aperçue dans le métro parisien, un Africain jouant à cache-cache avec le contrôleur dans un tra in , racontant comment son pet i t frère est mort pendant le naufrage du rafiot qui les trans- por tait des côtes du Sénégal jusqu\u2019aux îles Canaries.Les désillusions d\u2019un immigrant malien qui se retrouve à la rue après l\u2019incendie criminel du squat où il vivait.Un réfugié estropié de la Sierra Leone.Comme une médium ou une télépathe, dotée du « don étrange de projeter les enfants dans leur vieillesse et de voir les vieux dans leur enfance », la jeune femme est ainsi possédée par leurs voix, leurs paroles, leurs souvenirs.Elle y mélange les atmosphères et les réf lexions, entre deux eaux, entretenant entre le rêve et la réalité un discours vaguement tiers-mondiste, sensible et colérique sur le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Viennent également s\u2019y mêler des impressions de voyage en Cisjordanie et au Sénégal, « le pays de l\u2019hospitalité ».Mais où qu\u2019elle soit, elle semble por ter en écharpe sa condition de privilégiée.Comme « une clandestine arrivée dans le mauvais sens, échouée là où les autres se jetaient dans les bras de la mort, dans les bras de la mer, pour aller se faire voir ailleurs et faire fortune », elle traîne une sorte de culpabilité qui nourrit le regard qu\u2019elle porte sur le monde, « Je n\u2019étais nulle par t chez moi.J\u2019étais partout chez moi.Le léopard ne se déplace pas sans ses taches », soutient cette citoyenne du monde qui porte aussi, en même temps, la nostalgie d\u2019une identité for te et enracinée.« J\u2019avais l\u2019audace de me sentir chez moi un peu par tout.Mais au fond de ma carcasse, il y avait l\u2019empreinte d\u2019une maison de fausses briques derrière laquelle était planté un grand sapin.» Un court roman à la prose dense et éclatée, por té par une tension poétique et des idéaux humanitaires.Une crise d\u2019identité qui balance entre la pesanteur et la grâce.« Je suis la somme de ce que m\u2019ont transmis mes aïeux qui voyageaient en canots d\u2019écorce, de ceux qui ont pris de grands bateaux pour aller voir ce qui se tramait dans le nouveau monde et des autres, qu\u2019on a amenés de force sur ces mêmes grands bateaux.À la fin, ne reste que le poids de l \u2019âme, quelques milligrammes qui résident dans le cœur.» Collaborateur Le Devoir LE LÉOPARD NE SE DÉPLACE PAS SANS SES TACHES Bianca Joubert Marchand de feuilles Montréal, 2016, 152 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Crise humanitaire La prose dense de Bianca Joubert balance entre la pesanteur et la grâce DANIELLE LAURIN ISTOCK Justyna Bargielska a placé ses Petits renards au cœur d\u2019un quartier populaire de Varsovie.ISTOCK Pendant un an, la narratrice a troqué le métro de Montréal pour celui de Paris, où elle assiste au défilé des laissés-pour-compte.SOURCE CASTERMAN E ric McCormack aime les mystères.Les « résistants », comme on le dit de cer tains sacs poubelles.Dans Mysterium (1999), il racontait le sor t des habitants de la petite ville de Carrick, en Écosse, décimés par un mal étrange, une forme de logorrhée qui les faisait parler jusqu\u2019à l\u2019épuisement, comme ce pape dont on dit qu\u2019il est mort du hoquet.Refusant la forme de facilité qui aurait consisté à proposer une éventuelle explication scientifique ou fantastique du phénomène, l\u2019auteur, après avoir épuisé hypothèse sur hypothèse, finissait par conclure à un « cas probable de justice poétique ».D a n s L \u2019 é p o u s e hollandaise, McCor- mack, citant un obscur médecin et auteur de la R e n a i s - s a n c e d u n o m d e Basil ius, af f irmait que « l e s mys t è re s sont par fo i s pré fé - rables à la connais- s a n c e » .D a n s L e nuage d\u2019obsidienne, son dernier ouvrage traduit en français, l\u2019écrivain canadien n é e n É c o s s e s e montre fidèle à cette mémorable maxime.Je défie quiconque de lire le prologue de ce r oman sans être aussitôt saisi de l\u2019impérieux désir de connaître la suite, de trouver la clé.C\u2019est une frénésie qu\u2019il est tentant de comparer aux inexplicables accès de prolixité des villageois de Carrick : on est dans la pulsion, l\u2019abandon à une sombre magie.On veut lire ! La comparaison elle-même ne sor tirait pas d\u2019un cer tain ordre des choses puisque, comme nous pouvons l\u2019apprendre en lisant Le nuage d\u2019obsidienne : « Certains métaphysiciens érudits de l\u2019antiquité croyaient que toute chose en ce monde était un symbole de tout le reste [\u2026] qu\u2019en un sens, elles se reflétaient les unes les autres, en miroir.» Les romans de McCormack sont ainsi : de subtils jeux de miroirs où les histoires semblent s\u2019emboîter et se renvoyer leurs significations à l\u2019infini, en autant de mises en abîme pourtant situées aux antipodes de la posture de l\u2019écrivain auto-conscient se regardant écrire.Chez Eric McCor- mack, on est dans le pur jeu de l\u2019intelligence scripturaire, dans le monde des Borges et compagnie, des manuscrits anciens, des éditions princeps et des incunables aux caractères biscornus, dans cette incessante quête du mystère des livres eux-mêmes, de leur aléatoire transmission, de leurs échos surnaturels et des sens profonds dont ils font résonner nos vérités personnelles.En même temps, ça se lit comme du roman policier.On songe à Rober tson Davies pour l\u2019érudition.Davies fut, il y a quelques années, cette passade des lecteurs québécois.Qui le l i t encore ?McCor- mack, lui, vu de Montréal, est toujours, à 78 ans, le secret le mieux gardé de la littérature canadienne, au sommet de laquelle il trône aujourd\u2019hui.McCormarck, c\u2019est Mozart Le nuage d\u2019obsidienne offre un magnifique exemple de ces enquêtes livresques érudites qui forment, depuis Le nom de la rose d\u2019Eco, pratiquement un genre en soi, aujourd\u2019hui encombré de sous-imitateurs de Dan Brown.Des t o n n e s d e S a l i e r i pour un Mozart, ainsi va le monde, ce commerce toujours recommencé entre les lumineux coups de tonnerre du génie, les laborieuses compromissions du simple talent, les tradi- t ionnel les in jonc- t i o n s d e b r o n z e r idiot et autres tendances lourdes du marché.Eric McCor- mack, c\u2019est Mozart\u2026 Son enquête ér u- dite se double du récit autobiographique fictif d\u2019un héros ballotté par les hasards de la vie, l\u2019étroite imbrication de la chose écrite et des détours de l\u2019existence faisant figure ici de postulat annoncé par le narrateur dès le fascinant prologue susmentionné : « [\u2026] comme si le livre et ma pers onne é ta i en t en un s en s inextricablement liés.N\u2019est- ce pas ce que ressentent tous les lecteurs qui fréquentent cer tains ouvrages ?» Le nuage d\u2019obsidienne raconte le croisement de deux trajectoires, celle d\u2019un livre et celle d\u2019un homme, qui se rencontrent dans une bouquinerie miteuse de la ville mexicaine de La Verdad (« La Vérité »), où se t ient un congrès de l\u2019industrie minière \u2014 le toponyme se voulant sans doute un clin d\u2019œil au lecteur qui fait ses premiers pas dans une histoire dont un des fils conducteurs est une ode aux ef fets prodigieux de la fiction.Le hér os , Har r y S teen , voyage à travers le monde pour un fabricant de pompes et de systèmes de ventilation industriels basé à Camberloo (sic), au Canada.Aussi bien dire qu\u2019il aide les réputées compagnies minières de ce pays à éventrer, e n A m é r i q u e d u S u d , e n Afrique et ailleurs, les terres ancestrales de pas mal de peuples autochtones à l\u2019aide d\u2019un bétail humain souterrain adapté aux réalités de l\u2019économie locale.Sa conscience s\u2019en accommode tant bien que mal.Steen est un idéaliste repenti, devenu plutôt pragmatique avec le temps.Il en est aussi venu à se méfier des dégâts causés par les idéalistes, comme son ami Dupont, le médecin humanitaire québécois rencontré en Afrique, qu\u2019il retrouve, plus tard, aux commandes d\u2019un ténébreux projet de recherche sur l\u2019esprit humain et les effets de certaines lobotomies ciblées.On pense, cette fois, à ces protocoles expérimentaux de destruction du libre arbitre jadis échafaudés par des universités canadiennes grâce aux généreux pipelines de fric mis en place par une variété d\u2019organismes plus ou moins occultes du pays voisin.McCormack connaît son histoire canadienne.De quelle manière le contenu des pages noires d\u2019humidité d\u2019un livre ancien amènera, des années plus tard, le narrateur à faire ce constat : « une chose m\u2019appartiendrait toujours, à moi seul : l\u2019expérience de la découverte du Nuage d\u2019obsidienne.Quand j\u2019ai ouver t ce vieux quarto pour la première fois, [\u2026] j\u2019aurais presque pu croire que le livre m\u2019attendait, qu\u2019il m\u2019avait en un sens choisi » , c\u2019est là un mystère que le romancier prend bien son temps \u2014 le temps d\u2019une vie \u2014 pour dévoiler.« [\u2026] les découvertes véritablement enthousiasmantes, dit un personnage, se font souvent de cette manière fortuite\u2026 comme si le dieu des livres était à l\u2019œuvre.» Chez McCormack comme chez Borges, nous évoluons à l\u2019intérieur d\u2019une Bibliothèque qui n\u2019est autre que le monde.« [\u2026] j\u2019imaginais ces forêts primaires défilant de part et d\u2019autre comme les rayonnages de certaines bibliothèques infinies, remplis de livres tous semblables d\u2019aspect.» Pas tous, en fait.LE NUAGE D\u2019OBSIDIENNE Eric McCormack Traduit de l\u2019anglais par Johan-Frédérik Hel-Guej Christian Bourgois éditeur Paris, 2016, 478 pages L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 J U I L L E T 2 0 1 6 E 7 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Vrai ou faux Chrystine Brouillet/Druide 1/3 Vi Kim Thúy/Libre Expression 3/12 Ça peut pas être pire.Nathalie Roy/Libre Expression 5/6 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 4/6 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 7/11 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 6/10 Souvenirs d\u2019autrefois \u2022 Tome 3 1920 Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis 2/3 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente.Anne Robillard/Wellan 9/7 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 2 1942.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 8/11 J\u2019adore Rome.Enquête dans les bas-fonds du.Isabelle Laflèche/Québec Amérique 10/6 Romans étrangers Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel 1/4 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 3/14 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy 2/4 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 4/7 Le dompteur de lions Camilla Läckberg/Actes Sud 5/4 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 7/20 Sans nouvelles de toi Joy Fielding/Michel Lafon 8/8 Le Mercato d\u2019hiver Philip Kerr/Masque 6/3 La rumeur Elin Hilderbrand/Lattès 9/5 Le coma des mortels Maxime Chattam/Albin Michel \u2013/1 Essais québécois Le multiculturalisme comme religion politique Mathieu Bock-Côté/Cerf 2/4 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 1/37 La route du Pays-Brûlé.Archéologie du.Jonathan Livernois/Atelier 10 7/3 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 10/8 Mon combat pour sauver Raïf Badawi Ensaf Haidar/Archipel \u2013/1 Les passagers clandestins.Métaphores et.Ianik Marcil/Somme toute \u2013/1 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 3/7 Le piège Énergie Est.Sortir de l\u2019impasse des.Éric Pineault | David Murray/Écosociété \u2013/1 Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 6/12 Le point sur la langue Louis Cornellier/VLB 5/6 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/23 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/19 Ivres paradis, bonheurs héroïques Boris Cyrulnik/Odile Jacob 3/5 Les Trumperies.Le meilleur du pire de Donald.François Durpaire | Kévin Picciau/Édito \u2013/1 Économie du bien commun Jean Tirole/Presses universitaires de France \u2013/1 Penser l\u2019islam Michel Onfray/Grasset \u2013/1 Justice Michael J.Sandel/Albin Michel \u2013/1 La sagesse de l\u2019argent Pascal Bruckner/Grasset \u2013/1 Quelle sorte de créatures sommes-nous?.Noam Chomsky/Lux \u2013/1 Antispéciste.Réconcilier l\u2019humain, l\u2019animal.Aymeric Caron/Don Quichotte 5/7 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 20 au 26 juin 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.D O M I N I C T A R D I F M inute sylvicole : au sud- est des États-Unis, des forêts de pins des marais doivent régulièrement être soumises à des feux \u2014 de forêt ! \u2014 afin de se régénérer, rappelant qu\u2019un incendie n\u2019est pas toujours synonyme de destruction.S\u2019il est bien balisé.« Une parcelle de terrain avait été nettoyée et on avait mis le feu aux branches.Tout ayant été consumé, aucun danger quel qu\u2019il soit ne fut appréhendé.Malheureusement, personne ne réalisa que la tourbe sous terre était en braises.Le 10 du mois, une douce brise venant du sud activa les braises qui s\u2019enflammèrent », apprend- on sur le site Web du Musée des Acadiens des Pubnicos en Nouvelle-Écosse, au sujet du grand incendie de 1820 à la baie Sainte-Marie, qui rasa 18 maisons et 23 granges, une tragédie qui a longtemps marqué les mémoires.En 1950, l\u2019historien Jean-Al- phonse Deveau raconte la vie du sud-ouest de la Nouvelle- Écosse au XIXe siècle dans son Journal de Cécile Murat, du nom de cette orpheline qui aurait vécu entre 1780-1855 et qui aurait goûté aux ravages de 1820.Plus de 65 ans plus tard, l\u2019écrivaine néo-écossaise Georgette Leblanc réinvente en poète ce personnage qui la fascine depuis longtemps entre les pages d\u2019un roman en vers, Le grand feu.Au « sud- ouest du Far-Est » , dans le Kespukwitk (mot micmac désignant le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse), la jeune amante de Jean-Baptiste a les sens en désordre.« Cécile commençait, recommençait / page après page, un début de quoi ?[\u2026] / un conte ?rien de ce qu\u2019elle écrivait ressemblait / à ce qu\u2019on lui avait demandé / rien de ce qu\u2019elle avait appris à l\u2019Académie / structures, charpentes des lettres, tout / dégringolait sous ses doigts, ses mains / à trébucher », peut-on lire dans un chapitre intitulé « Le feu braque » (« braquer » signifiant « commencer », précise un salutaire lexique inclus en fin d\u2019ouvrage).Un grou tyme Alors qu\u2019un tyme (un party, en Acadie) s\u2019organise dans le compound de la Dame, magnat régnant sur les jeux et la Cantine de ce coin de pays, Cécile craint de plus en plus que les agapes signent sa fin sans qu\u2019elle soit réellement devenue écrivaine.« [L]a fête de la Dame, la grande soirée / est le même soir que le rituel du Grand Lac / le soir des poètes et musiciens / PIS c\u2019est ma fête / le Dragon va me brûler / ej le sais, ej le sais », pressent-elle en évoquant cette créature maléfique avec laquelle doit pactiser quiconque veut éclore en artiste.La création est ici un tango qu\u2019il faut accepter de danser avec le danger.En attribuant un caractère mystique à un fait divers, la poète néo-écossaise décrirait- elle, métaphoriquement bien sûr, les circonstances propres à l\u2019éclosion de cette langue serpentine, par fois hermétique, mais toujours opiniâtre et riche, qui embrase son récit, mais dans le magma de laquelle elle aurait pu elle- même se perdre ?« Cette langue littéraire n\u2019a aucune prétention prescriptive.Au contraire, elle cherche à laisser une trace textuelle d\u2019un élan poétique, individuel, où le sens et la raison du mot/matière continuent de se transformer et d\u2019en transformer d\u2019autres », ex- plique-t-elle sous la rubrique « Remerciements » concluant son livre.Le grou tyme ne se déroulera peut-être pas exactement comme prévu, mais Cécile connaîtra au bord des flammes l\u2019épiphanie créatrice et existentielle qu\u2019elle espérait et redoutait tant.Demandez à n\u2019im- por te quel ar tiste ou à n\u2019importe quel amant : du feu peuvent surgir de grands émois, de grandes révélations, pas que la destruction.Collaborateur Le Devoir LE GRAND FEU Georgette Leblanc Éditions Perce-Neige Moncton, 2016, 92 pages LITTÉRATURE CANADIENNE Danser avec le feu Georgette Leblanc fait surgir de grands émois d\u2019un fait divers transformé en conte Le dieu des livres Eric McCormack reste le secret le mieux gardé de la littérature canadienne ISTOCK Chez Eric McCormack, on est dans le pur jeu de l\u2019intelligence scripturaire, dans le monde des Borges et compagnie, des manuscrits anciens, des éditions princeps et des incunables aux caractères biscornus, dans cette incessante quête du mystère des livres eux-mêmes.POLAR INDÉCENCE MANIFESTE David Lagercrantz Traduit du suédois par Rémi Cassaigne Actes Sud/Actes noirs Arles, 2016, 376 pages Pour le lecteur québécois moyen, David Lagercrantz est apparu sur les radars il y a à peine un an.En Suède, pourtant, il est l\u2019auteur fort connu de quelques best-sellers, dont un sur le footballeur étoile Abraham Ibrahimovic.On se souviendra de lui quand on saura que c\u2019est Lagercrantz qui fut choisi pour écrire le quatrième tome de Millénium (Ce qui ne me tue pas).L\u2019affaire a fait scandale ; partout à travers le monde, on s\u2019est offusqué de voir une entreprise aussi bassement commerciale étant donné la mort de l\u2019auteur et l\u2019absence du moindre manuscrit\u2026 On se souviendra aussi (voir Le Devoir du 31 août 2015) que le Millénium de Lagercrantz était particulièrement réussi.Bon.Le revoilà donc avec Indécence manifeste, un gros livre publié en 2009 en Suède et que l\u2019éditeur français de Millénium, Actes Sud, décide de diffuser.Et c\u2019est encore une fois très réussi.En plus, le sujet est maintenant très connu puisqu\u2019on en a fait un film \u2014 à partir d\u2019un autre livre toutefois \u2014 avec Benedict Cumberbatch.Il s\u2019agit en fait de l\u2019histoire du brillant mathématicien Alan Turing.Turing, qui était un véritable génie, a déchiffré le code secret des nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, puis inventa la première «calculatrice électronique » et anticipa l\u2019intelligence artificielle.Il se suicida en 1954 après avoir été castré chimiquement parce qu\u2019il était homosexuel.Lagercrantz met ici en scène un petit inspecteur de police qui enquête sur la mort du mathématicien.Nourri au départ de tous les préjugés de l\u2019époque sur l\u2019homosexualité, l\u2019inspecteur Leonard Corell en viendra peu à peu, en fouillant la vie et les écrits de Turing, à saisir la profonde injustice dont il fut victime, tout comme le ridicule de la mise au ban des homosexuels.Cette enquête transformera littéralement sa vie.Un livre puissant qui démarre un peu lentement et qui se révèle au compte-gouttes, mais qui met en scène de vrais personnages qui vous remueront en profondeur.Michel Bélair Cécile sentait les braises de la nuit / jusqu\u2019à dans son corps, son temple à elle Extrait du Grand feu « » LOUIS HAMELIN Le nuage d\u2019obsidienne offre un magnifique exemple de ces enquêtes livresques érudites qui forment, depuis Le nom de la rose d\u2019Eco, pratiquement un genre en soi L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 J U I L L E T 2 0 1 6 E 8 L e g r a n d r o m a n c i e r américain John Steinbeck s\u2019expliquait mal la résignation du peuple frappé par la crise des années 1930.N\u2019aurait-il pas été normal que les travailleurs se révoltent contre un système qui les réduisait à la plus grande misère ?« Je crois que le problème est que personne ne se considérait comme un prolétaire, écrivait Steinbeck.Chacun n\u2019était qu\u2019un capitaliste en dif ficultés temporaires.» Le mythe du rêve américain, en d\u2019autres termes, était passé par là.L\u2019économiste Ianik Marcil, qui rappor te cette réflexion du romancier, af firme qu\u2019au- jourd\u2019hui encore, le discours dominant de ses confrères produit le même effet mystificateur.« La maîtr i se d \u2019un discours pseudoscientifique, l\u2019appel à la vérité des faits statistiques ou la capacité digne d\u2019une sorcière de lire l\u2019inquiétant avenir dans les entrailles de poulet ou les feuilles de thé font de l\u2019économiste l\u2019alchimiste des temps modernes », écrit Marcil dans Les passagers clandestins, un vif essai qu\u2019il présente comme « un réquisitoire contre les détournements du discours économique et politique qui masquent les rap- por ts de pouvoir en jeu et les conséquences néfastes de notre activité économique».Métaphores et réalités Le discours économique dominant, néolibéral pourrait-on dire pour résumer, fourmille, en effet, de métaphores visant à rendre accessibles à tous des concepts savants.Les marchés, dit-on par exemple, ont des « humeurs », chacun doit payer sa « juste part », qui équivaut souvent à « un café par jour », pour ne pas faire reposer le « fardeau fiscal » sur les épaules des riches qui sont souvent d\u2019admirables « self- made-men» et tout le tralala.Marcil, en bon keynésien qui aime l \u2019ar t et cult ive le souci de la vulgarisation, n\u2019a rien contre la métaphore.Son titre en reprend une en la détournant.En économie, le passager clandestin est celui qui profite d\u2019un avantage sans payer sa juste part.Pour Mar- cil, les économistes qui utilisent la métaphore pour couper court à la réflexion sont dans une semblable position.Aussi, précise-t-il, la métaphore devient « problématique à partir du moment où elle remplace l\u2019analyse et la réflexion nuancées et approfondies », entraînant ainsi une «perte d\u2019emprise sur le réel ».L\u2019exemple classique est le concept de « main invisible », théorisé au XVIIIe siècle par Adam Smith.Chacun, en poursuivant son intérêt individuel, contribuerait à la réalisation du bien-être collectif, grâce à cette main qui s\u2019apparente à une force divine.Les économistes qui suivront, explique Marcil, naturaliseront cette idée en parlant de « lois du marché » et d\u2019« ordre naturel » ou « spontané», qu\u2019il convient, par conséquent, de ne pas entraver par des interventions de l\u2019État qui briseraient l\u2019«équilibre».L\u2019économiste Léon Walras (1834-1910) décrira même cette « réalité » à l\u2019aide de modèles mathématiques, comme le font les physiciens pour décrire la réalité matérielle.« Le sous-texte, explique Marcil, est que les agents économiques que nous sommes ne peuvent que s\u2019y contraindre.Qui refuserait d\u2019obéir à la loi de la gravité ?Il faudrait être tout aussi sot d\u2019avoir l\u2019ambition de contrecarrer les lois du marché.» Pourtant, précise l\u2019économiste contestataire, les marchés sont des institutions sociales qui n\u2019ont rien de naturel et « qui peuvent donc être transformées volontairement par l\u2019action collective».Bluff statistique Les économistes maîtrisent l\u2019art de bluf fer le profane en lui balançant des chif fres.« La statistique apporte une illusoire précision au discours politique et économique » , note Marcil en montrant notamment que la notion de moyenne est le plus souvent trompeuse, tout comme le sont les concepts de classe moyenne et de génération.La pensée néolibérale, en réduisant l\u2019humain à son statut d\u2019Homo œconomicus, c\u2019est-à- dire d\u2019acteur économique rationnel à la poursuite de son intérêt financier qui n\u2019entretient qu\u2019un lien marchand avec le monde, n\u2019explique pas le réel, qui est fait de liens soc iaux, cul turels et pol i - tiques ; elle l\u2019aplatit au bénéfice des privilégiés qui ont tout intérêt à transformer les citoyens, préoccupés par le bien commun, en « ressources humaines » exploitables.Disciple du grand Keynes et de son commentateur québécois Gilles Dostaler, Ianik Mar- cil adhère à une vision économique à la fois scientifique, politique et morale, mise «au service du bien, du beau et du juste » et soumise à un devoir de modestie.Son essai, éclairant et accessible au lecteur motivé, rappelle les excellents Pour en finir avec l\u2019économisme (Boréal, 1995), de Richard Langlois , et La juste par t (Atelier 10, 2012), de David Robichaud et Patrick Turmel.Il ne s\u2019agit pas d\u2019être contre l\u2019économie, ce qui serait stupide.Il s\u2019agit d\u2019être pour une économie humaniste.louisco@sympatico.ca LES PASSAGERS CLANDESTINS MÉTAPHORES ET TROMPE-L\u2019ŒIL DE L\u2019ÉCONOMIE Ianik Marcil Somme toute Montréal, 2016, 188 pages Quand l\u2019économie fait illusion Économiste contestataire, Ianik Marcil dégonfle les métaphores trompeuses de ses confrères M I C H E L L A P I E R R E «À l \u2019heure où les enjeux migratoires deviennent de plus en plus pressants et où est remise en question de multiples manières la pertinence des frontières, la pensée de ceux qui ont connu l\u2019exil doit éclairer notre réflexion », écrit le polito- logue François Charbonneau à propos de l\u2019ouvrage collectif L\u2019exil et l\u2019errance.Le rejet de l\u2019hitlérisme, surtout, y est instructif.L\u2019exilé Thomas Mann ne transportait-il pas en lui son Allemagne natale et même le monde entier ?Dans le livre publié sous la direction de Charbonneau, de l \u2019Universi té d \u2019Ottawa, parmi les textes des 20 collaborateurs, dont une dizaine de Québécois, le chapitre consacré à Thomas Mann (1875-1955) par le philosophe Daniel Jacques est particulièrement intéressant.L\u2019auteur y analyse le roman Docteur Faustus que l\u2019écrivain allemand antinazi composa de 1943 à 1947, au cours de son exil aux États-Unis, convaincu alors de sa seule identité intérieure : «Là où je suis, là est la culture allemande.» Pour Mann, «la tragédie» de l\u2019un des personnages principaux du récit, un musicien qui sombre dans la folie, « se confond avec celle de Nietzsche».À la même époque, le romancier brossa un portrait du penseur qui prolonge la réflexion de Jacques.Il risqua cette étonnante et subtile interprétation : « C\u2019est non pas Nietzsche qui a fait le fascisme, mais le fascisme qui a fait Nietzsche » , pour tant bien antérieur au mouvement.Il explique : « essentiellement étranger à la politique et spirituellement innocent », Frie- drich Nietzsche (1844-1900) « a pressenti, dans sa philosophie de la puissance, ainsi qu\u2019un très sensible appareil enregistreur et émetteur, et signalé, comme une aiguille, tremblante, la venue de l\u2019époque fasciste dans laquelle nous vivons et vivrons, malgré la victoire militaire rempor tée sur le fascisme, longtemps encore ».Un collaborateur du livre, Yves Couture, dépeint d\u2019ailleurs Nietzsche comme un «errant» lumineux.Quant à Daniel Tanguay, il souligne chez Karl Löwith (1897-1973), philosophe allemand d\u2019origine juive, réfugié aux États-Unis pendant la Deuxième Guerre mondiale, sa conscience de l\u2019instrumen- talisation de Nietzsche par les nazis et de l\u2019af finité secrète de la pensée de Mart in He idegger avec l eur doctr ine .Cela per - mit à Löwith, comme le conclut si bien son exégète québécois, « d\u2019apprendre que la seule patrie du philosophe était le monde ».Un autre penseur ju- déo-allemand, expatrié à l a même époque , Günther Anders (1902- 1992), étudié par Patrick Moreau, se rend compte que, sur une planète tourmentée par les chauvinismes et les hégémo- nismes, «être libre, cela signifie: être étranger».Sa brillante extravagance rejoint celle de Thomas Mann qui, pour les protéger contre les venins, traînait superbement l\u2019Allemagne et le reste du monde dans son baluchon de créateur en exil.Collaborateur Le Devoir L\u2019EXIL ET L\u2019ERRANCE LE TRAVAIL DE LA PENSÉE ENTRE ENRACINEMENT ET COSMOPOLITISME Sous la direction de François Charbonneau Liber Montréal, 2016, 308 pages Les grandes leçons de l\u2019exil Des intellectuels d\u2019un proche passé nourrissent l\u2019actuel débat identitaire AGENCE FRANCE-PRESSE Le chapitre consacré à l\u2019auteur Thomas Mann (ici en 1949) est particulièrement intéressant.LOUIS CORNELLIER ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La statistique apporte une illusoire précision au discours politique et économique, note Ianik Marcil.Il ne s\u2019agit pas d\u2019être contre l\u2019économie, ce qui serait stupide.Il s\u2019agit d\u2019être pour une économie humaniste."]
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